LA LUCIDITÉ

Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

Bien sûr la Chine.
Bien sûr l’Inde.

Mais plutôt que de remodeler le Québec à coups de PPP
voyons d’abord à changer les Québécois
et leur mentalité de vassaux.

Il nous faut revoir le financement des hôpitaux
et des universités de langue anglaise.
L’État québécois a-t-il les moyens de se payer
sur un même territoire
deux centres hospitaliers
dont un centre anglophone au coût de un milliard de dollars ?
Commençons par offrir à la minorité anglo-québécoise
un financement de ses institutions proportionnel à sa démographie.
Nous finançons des structures qui anglicisent les immigrants
et qui ne rendent pas pour autant les anglophones bilingues.

Alors qu’ils ne parviennent même pas
à imposer leur langue nationale,
on veut inciter les Québécois à parler plusieurs langues,
dont l’anglais, surtout l’anglais
pour accommoder Peter, John et James.
Réglons la question du français
avant d’aspirer à faire des Québécois
des polyglottes.

Et, tant qu’à faire,
faisons un pays
une fois pour toutes
afin d’affronter
comme bon nombre de pays
le virage que nous impose la Chine.
Donnons-nous les moyens d’avoir des enfants.
Donnons-leur les moyens d’avoir un avenir
au Québec.




Sauver les meubles en les détruisant, ou :
comment tourner en rond sans s’en rende compte

Jean-Olivier Noreau
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

L’auteur est étudiant à la maîtrise, à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. Son intérêt de recherche porte sur développement durable et l’éthique environnementale.

Après ce petit interlude fort agréable de Maître De La Fontaine, qu’entends-je ? Un groupe de soi-disant intellectuels québécois me saissisant d’une nouvelle terrible. Le Québec aurait une dette accumulée de 116 milliards de dollars, la démographie de notre pauvre petite ratatinante province serait à la baisse, la concurrence mondiale serait sur le point de nous manger la laine sur le dos, nous précipitant du fait même dans un déclin sans précédent. En bref, il y aurait feu en la demeure.

Oh – attendez – ils en rajoutent. Si rien n'est fait, les 7 millions de Québécois seront éventuellement noyés dans une masse de 1,2 milliard de Nord-Américains anglophones, plus nombreux et plus prospères. Messieurs, mesdames les signataires, permettez-moi de changer de temps de verbe tout en ‘pètant votre balloune’ : 1) quelques citoyens, tant de ma génération que de la vôtre, sont parfaitement au courant de la catastrophe annoncée; 2) si un tel scénario se produit, la planète est foutue à jamais et nous tous avec. Prenez un instant pour vous imaginer l’impact environnemental engendré par l’activité économique et la sur-consommation de 1,2 milliard de Nord-Américains... Comment dirais-je? Un gargantuesque dépotoir ?

Or, faut-il s’inquièter à outrance des baisses démographiques ? Si on reste pris dans le dogmatique et traditionnel modèle économique de la perpétuelle croissance, oui. Si on en sort, non, bien au contraire, il faut s’en réjouir. Car le problème est exactement dans ce que vous cherchez à maintenir, messires les signataires. Vous êtes incapables de concevoir un développement économique sans une croissance économique – cela vous dépasse complètement. L’allitération en vaut la peine, je l’avoue de vive voix : « vivement la décroissance ! »

Le Chat et le Renard

Le Chat et le Renard, comme beaux petits saints,
S’en allaient en pèlerinage.
C’étaient deux vrais Tartufes, deux Archipatelins,
Deux francs Patte-pelus, qui des frais du voyage,
Croquant mainte volaille, escroquant maint fromage,
S’indemnisaient à qui mieux mieux.

Le chemin étant long, et partant ennuyeux,
Pour l’accourcir ils disputèrent.
La dispute est d’un grand secours
Sans elle on dormirait toujours.
Nos pèlerins s’égosillèrent.
Ayant bien disputé, l’on parla du prochain.
Le Renard au Chat dit enfin :
« Tu prétends être fort habile ;
En sais-tu tant que moi ? J’ai cent ruses au sac. »
- Non, dis l’autre : je n’ai qu’un tour dans mon bissac,
Mais je soutiens qu’il en vaut mille. »
Eux de recommencer la dispute à l’envie.

Sur le que si, que non, tous deux étant ainsi,
Une meute apaisa la noise.
Le Chat dit au Renard : « Fouille en ton sac, ami ;
Cherche en ta cervelle matoise
Un stratagème sûr : pour moi, voici le mien. »
À ces mots, sur un arbre il grimpa bel et bien.
L’autre fit cent tours inutiles,
Entra dans cent terriers, mit cent fois en défaut
Tous les confrères de Brifaut.
Partout il tenta des asiles
Et ce fut partout sans succès ;
La fumée y pourvut, ainsi que les bassets.
Au sortir d’un terrier deux chiens aux pieds agiles
L’étranglèrent du premier bond.

Le trop d’expédients peut gâter une affaire
On perd du temps au choix, on tente, on veut tout faire.
N’en ayons qu’un, mais qu’il soit bon.

N’y a-t-il donc que Jean Ouimet – Dieu le bénisse d’éclairer quelques lanternes – à l’intérieur de notre élite politico-économique qui comprenne cette réalité ? N’avez vous donc pas compris que la planète a une capacité portante maximale et que la population et l’économie ne peuvent augmenter perpétuellement ad vitam eternam ? Dois-je vous rappeler que le capital monétaire que vous vénérez – création de la richesse oblige, dites-vous – est créé dans sa presque entièreté à partir du capital naturel de la biosphère ? Ne voyez-vous donc pas que vous courrez sans cesse après votre queue ? Où s’arrêtera donc ce manège infernal de la destruction ?

La survie de la langue française et de la différence québécoise vous préoccupent, dites-vous. De toutes les solutions impératives aux maux que vous identifiez, pas un mot au sujet de l’indépendance ! Rien. Nenni. D’un point de vue strictement culturel, si le Québec était indépendant, cela importerait-il qu’il soit entouré de 300, 500 ou 900 millions d’anglos-saxons ? Du tout. Alors... lucidité dites-vous ?

Si le Québec perd quelques millions d’habitants, si sa population se stabilise autour de 4 millions d’habitants avec une bonne répartition territoriale, je ne pleurai pas, je ne m’alarmerai point. Car pour autant qu’il soit indépendant, et que sa population change radicalement ses priorités de vie et ses intentions, l’important est que cette population soit heureuse et qu’elle puisse s’épanouir. Or, si une condition matérielle de base est requise pour le sain développement de tout être humain, l’accumulation de la richesse par le biais d’une croissance économique qui nous coince dans un étau de productivité au profit d’un petit nombre, elle, ne l’est pas.

Ainsi, permettez-moi de réagir à quatre des solutions proposées par les signataires du manifeste de la lucidité pour justement évaluer la lucidité de tels gestes.

1. Faire plus de place au secteur privé

Pourquoi ? Pour remettre une plus grande somme de capitaux entre les mains de quelques présidents-directeurs-généraux et actionnaires d’entreprises sans scrupule, qui s’en mettent plein les poches et se fouttent éperdument de la qualité de vie du reste du monde pour autant que ces messieurs puissent vivre dans la ouatte ? Tant et aussi longtemps que toutes les entreprises, les corporations et les multi-nationales ne se verront pas forcées d’adopter de véritables plans de responsabilité sociale et environnementale, plus de place au secteur privé voudra dire création de la richesse pour les riches et création de l’appauvrissement pour les pauvres, en plus d’une dégradation constante de la biosphère. Vous brandissez le porte étendard de la dure concurrence mondiale, mais vous êtes incapable de voir que le problème est de nature éthique. La philosophie de la majeure partie des entreprises occidentales est de faire des profits, toujours plus de profits – par tous les moyens possibles, compétition oblige. Faut-il se surprendre si elles font des mises à pieds massives et quittent nos pays pour aller s’installer ailleurs, là où l’exploitation de l’être humain est plus facile à opérer, là où elles n’ont pas à verser des sommes pour des plans d’assurances, ou de retraites, là où elles n’ont pas à respecter un très chiant code du travail ? Faut-il citer l’exemple de GM, une entreprise prospère qui a le culot d’enlever à ces travailleurs leur plan de santé, parce que ses gestionnaires sont tout simplement des escrocs, incapables d’une gestion équitable à long terme ? Ah mais oui, pardon, où avais-je la tête, la loi du marché est une loi naturelle, bien entendu.

Avant de faire plus de place pour le secteur privé, j’aimerais voir les signataires de ce manifeste oeuvrer pour les droits de l’Homme et les conditions de travail en Chine et en Inde, ou oeuvrer dans les forums internationaux pour aider les populations des pays en développement afin qu’elles puissent jouir des mêmes privilèges que nous avons – ou du moins j’aimerais les voir faire pression auprès de nos gouvernements, avec acharnement, en ce sens. J’aimerais voir les signataires s’engager d’une quelquonque manière pour faire cesser les jugements du type « deux poids, deux mesures » présent murs à murs dans notre société. Si vous voulez de la richesse, assurez-vous d’être capable de la répartir équitablement pour tous, par des pratiques commerciales convenables. J’aimerais voir l’éditorialiste de votre groupe être en mesure de faire des liens, dans ces écrits, entre le modèle économique actuel, les pratiques douteuses de plusieurs entreprises et leurs impacts sociaux et environnementaux. Pour le moment, il semble en être incapable, prisonnier dans une vision réductionniste du monde. Pourquoi ne se grouille-t-il pas le crayon pour construire des dossiers bien documentés sur les manigances de la Monsanto, de Philip Morris, de l’Union Carbide ou de tout autres viles corporations de ce monde (des exemples, il en pleut !), plutôt que de dégobiller constamment les mêmes insanités, jour après jour, sur les volontés émancipatrices de la nation québécoise ? Pourquoi ne fait-il pas en sorte que son journal s’investisse d’une mission spéciale, celle de scruter à la loupe les activités polluantes des entreprises non seulement québécoises, mais canadiennes et américaines ? Lorsque la planète entière aura développée une conscience globale et un respect d’autrui impéccable, alors peut-être pourrez-vous venir prêcher pour votre sacro-sainte religion économique. Peut-être que ce ne sera plus nécessaire, puisque l’amour de notre prochain sera réel, tangible, palpable dans le doux parfum de l’air d’automne que seule cette merveilleuse bille spaciale bleue et verte sait nous offrir gratuitement.

2. Réduire l'endettement du Québec, par une hausse des tarifs d'Hydro Québec

Vous vous inquiétez constamment du regard des firmes d’analyse qui nous tiennent tous en otage dans un système économique pourri. Réduire la dette, ça veut dire détourner des fonds du système d’éducation et de santé pour les remettre dans les poches des grands créanciers de ce monde. Ils sont déjà riches à craquer, envoyez les paîtres, ou du moins, faites les patienter ! L’argent doit être canalisé vers les vraies priorités : 1) soigner les malades et 2) donner le maximum de ressources aux jeunes, car ce sont eux qui accoureront à votre appel, lorsque vous serez incontinent, assis dans votre chaise roulante au fond d’un terne corridor beige d’une de nos institutions nationales. Les revenus d’Hydro-Québec devraient être investis dans la recherche et le développement d’énergies alternatives et propres, devraient aider, tout comme le reste du budget de l’État, à remodeler l’organisation urbanistique de notre société, et devraient permettre la mise en place de moyens de transport durables.

3. Investir davantage dans l'éducation, mais dégeler les frais de scolarité

Investir dans l’éducation, mais quel genre d’éducation ? Vous êtes-vous questionner sur les moyens de développer l’empathie et la compassion des jeunes, de développer leur sens de la citoyenneté et de la vie en commun, de développer leur conscience collective et planétaire ? Vous déplorer le taux de suicide chez nos jeunes, mais vous méconnaissez complètement la source de leur spleen et de leur détresse. N’êtes-vous pas de cette génération qui a jeter le bébé avec l’eau du bain en vidant nos écoles d’une religion pour en y instaurer une autre, celle des dogmes économiques et de la techno-science qui seules, mènent droit au précipice de la vacuité spirituelle ? Les jeunes qui auront une vision individualiste et matérialiste ne seront pas les plus prompts à venir à votre secours lorsque vous serez tels des croutons et que le Québec fera face au désastre. Si vous voulez être lucides, dites-vous qu’il y aura beaucoup de souffrance – s’en est presque assuré. Il y aura de la souffrance parce que vous n’avez pas veiller à soigner le mal être des gens. Le monde extérieur actuel est le reflet du monde intérieur de la moyenne des gens qui compose notre peuple. Il y a certe de la douleur et peut-être aussi de la souffrance chez ceux qui sont opprimés par le système économique, mais j’en suis convaincu, il y a une souffrance véritable et bien plus profonde à l’intérieur de ceux qui le défendent.

Je ne sais pas dans quelle mesure vous voulez dégeler les frais de scolarité. Si cela mène à restreindre l’accès à l’éducation au plus grand nombre de désireux, ce n’est certainement pas la voie vers le développement durable de notre nation. Certains des plus grands génies émergent parfois de milieux défavorisés. Tenez-vous le pour dit et bâtissons le modèle québécois en conséquence.

4. Augmenter la productivité des travailleurs québécois

Ah ! Le maire d’Hundington sera heureux de l’entendre celle-là ! Bien sûr, dans votre paradigme actuel, c’est logique : puisque nous serons en pleine diminution démographique et que le ratio travailleurs-retraités ne sera plus le même, il faudra bien augmenter la productivité des citoyens. Prenons l’exemple du système de santé. Apparemment, les médecins et les infirmières se tuent déjà à la tache. Qu’allez-vous faire ? Les exténuer davantage ? N’avez-vous pas été informé que le nombre d’épuisements professionnels auprès de ce type de travailleurs est constamment à la hausse ? Comble de malheur – et à cause de la systématisation de la pensée économique actuelle au niveau mondial, de la misère qu’elle engendre et l’ignorance qu’elle maintient – une pandémie se pointe à l’horizon. Ouf ! Ces pauvres travailleurs de la santé surviveront-ils ?

Combien de Québécois travaillent comme des enragés pour ne récolter que bien peu, le reste allant dans les poches des riches de ce monde. Où êtes-vous lorsque vient le temps d’épauler des gens comme Léopold Lauzon ou Yves Michaud et prendre note des excès qu’ils dénoncent pour mieux intervenir ? Que faites-vous pour « éveiller » les dirigeants des grandes entreprises aux multiples conséquences sociales et environnementales de leurs décisions, pour rediriger leur regard vers des buts plus grands et plus nobles que la simple accumulation de la richesse ? Je ne sais pas, cognez à des portes, prenez des rendez-vous, allez les rencontrer, utilisez votre pouvoir d’influence et vos capacités de grands communicateurs pour les convaincre de partager et de redistribuer cette richesse, ils vous écouteront et vous respecteront peut-être, qui sait. Mais de grâce, cessez de toujours remettre ça sur le dos des petits travailleurs et de la classe moyenne !

Certes, l’immigration pourrait pallier au changement du ratio travailleurs-retraités. Mais comme nous tous, vous savez fort bien que la société québécoise n’est pas en mesure d’intégrer plus d’immigrants qu’elle ne le fait actuellement, pour diverses raisons, dont celle de la langue – débat qui n’a pas encore été réglé d’une manière pleinement satisfaisante pour la majorité des Québécois, puisqu’un grand nombre d’immigrants se convertisse jovialement à l’anglais, force majeure oblige. Cette force majeure, vous l’identifiez dans votre manifeste, c’est la masse anglo-saxonne qui devient de plus en plus influente et puissante non seulement au niveau économique, mais aussi culturel. Vous êtes comme des hypocrites, vous voyez la menace, mais vous préférez vous mettre la tête dans le sable, incapable d’avoir entre vous un débat constructif normal sur la question de notre indépendance nationale et de prendre position vis à vis cet outil clé qui permettrait pourtant au Québec de sauvegarder sans l’ombre d’un doute son caractère français. Vous voulez une présence sur la scène internationale – que le fédéral vous refuse – sans vouloir la souveraineté. Vous voulez, vous voulez, vous voulez, mais vous n’avez jamais la lucidité requise pour admettre qu’au delà de vouloir, il faut agir, agir avec les vrais bons moyens : se tenir debout, avoir du courage, de la témérité, prendre une grande respiration et faire le Grand saut.

Le trop d’expédients est en train de gâter notre affaire, on perd notre temps au choix qu’il reste à faire, on tente, on veut tout faire. Pendant ce temps, les possibilités brillantes pour les générations qui viendront s’évaporent dans l’éther de votre incompréhension de la raison de l’existence des êtres vivants et du manque de vision à long terme en résultant. N’ayons qu’un choix, que ce soit le bon, celui de la lucidité, la vraie, celle de la hauteur d’âme, du respect de notre identité nationale et de notre valeur collective pour le devenir de l’humanité, grâce à notre différence – tout en sachant que le gros du travail, comme disait Bourgault, il commence le lendemain de notre victoire collective.

Quand, pour l’amour du ciel, allez-vous réaliser cela en vous ?




QUÉBEC LUCIDE?
PLUTÔT DOGME NÉOCONSERVATEUR!

Éric Tremblay, Avocat
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

Le manifeste de dix pages intitulé « Pour un Québec lucide », cosigné par Lucien Bouchard et ses acolytes de droite, relève plutôt du dogme néoconservateur que d’une réflexion constructive pour l’avenir du Québec. Voulons-nous vraiment d’un Québec calqué sur le modèle états-unien où les inégalités socio-économiques ne cessent de croître, où la classe moyenne disparaît à une vitesse exponentielle et la guerre de tous contre tous s’intensifie? Quelle vision pathétique et étroite de la vie en société!

Les scénarios catastrophes avancés par ces douze apôtres de l’école de Chicago, dont Milton Friedman se veut le Messie, ne sert les intérêts que des riches et puissants de ce monde absurde. Leur propagande de peur ne vise qu’à diviser et affaiblir les travailleurs et les citoyens des classes moyenne et ouvrière, en plus de culpabiliser les pauvres. Nulle part, dans ce document, les multinationales et les dirigeants d’entreprises sont critiqués pour leur comportement irresponsable en matières d’exploitation des bas salariés, de délocalisation de compagnies, de pollution de l’environnement ou d’évasion fiscale.

Pire, ce texte tente insidieusement de blâmer les honnêtes citoyens, travailleurs et syndicats pour leur manque de responsabilité. Ces derniers, tels des enfants gâtés, en demanderaient trop selon les sbires néoconservateurs. Quelle hypocrisie! Ne savent-ils pas que plus de 80% des Québécois gagnent moins de 30 000 $ par année? Que les travailleurs salariés de Montréal gagnent en moyenne moins de 18 000$ sur une base annuelle? Que le salaire minimum ne suffit même pas à se sortir de la pauvreté? Que 50% des enfants de Montréal proviennent de familles vivant sous le seuil de la pauvreté? Bouchard et cie seraient-ils aveugles ou simplement malhonnêtes? J’allais oublier, ces personnages gagnent plus de 500 000 $ en moyenne par année. Payent-ils seulement leur juste part d’impôt? Facile pour ce club de riches de cracher sur le peuple! La vérité est sûrement de leur côté.

De plus, Bouchard gagne en partie sa vie grâce aux juteux contrats que lui octroie le gouvernement du Québec afin de briser des syndicats (ex. : SAQ et OSM). Sans oublier les pensions d’ancien député que lui versent à vie les gouvernements fédéral et québécois. Quant à M. Saint-Pierre, président de SNC-Lavalin, grande firme d’ingénieurs, il doit sa richesse aux juteux contrats gouvernementaux et multiples subventions. Son rythme de vie, il le doit aux contribuables québécois. Passons maintenant à messieurs Lacroix, ex-recteur de l’Université de Montréal, Facal, ex-ministre et professeur aux HÉC, et Fortin, professeur d’économie à l’UQAM. Quels hypocrites! Ce sont l’État québécois, par l’entremise des revenus fiscaux et le financement des universités, ainsi que les étudiants payant des droits de scolarités, qui leur ont permis de gagner beaucoup d’argent. Aussi, André Pratte, le caniche de la famille Desmarais, ne fait qu’être égal à lui même. Il ne fait que protéger les intérêts financiers des Desmarais qui pratiquent l’évasion fiscale afin de ne pas payer leur juste part d’impôt. Franchement, ces tristes personnages devraient cesser de prendre les Québécois pour des cons! Ils peuvent ravaler leur leçon moraliste de responsabilisation.

Sous le couvert de la mondialisation, de la compétitivité internationale et de la concurrence acharnée de la Chine et de l’Inde, ces représentants de la droite voudraient plus de flexibilité de la part des syndicats et des travailleurs. Traduction : acceptez des baisses de salaire et une réduction de vos conditions de travail, sinon les entreprises vont délocaliser. Toute une vision constructive. Ce discours n’est pas nouveau. C’est celui de Reagan et Thatcher du début des années ’80 qui contribue à la disparition progressive de la classe moyenne et l’appauvrissement de l’ensemble des travailleurs états-uniens et anglais. Pendant ce temps, les dirigeants des 300 plus grandes multinationales gagnent maintenant plus de 500 fois le salaire moyen de leurs employés. Croyez-vous que cette réalité s’avère juste?

Autre dogme : pour demeurer compétitif et améliorer les services à la population, il faut faire plus de place au privé dans les secteurs de la santé et des services publics. Mensonge! Aux États-Unis, plus de 45 millions de personnes, ne possèdent aucune assurance privée de santé. La fortune personnelle décide de la santé des gens. Dans la ville de New-York, les hommes pauvres de Brooklyn vivent en moyenne 25 années de moins que les hommes riches de Manhattan. Est-ce ce modèle privé de santé que nous voulons pour les futures générations? Même chez nos voisins du sud, les démocrates se rendent compte de l’importance d’adopter un système de santé universel public. Leur système privé est en faillite à cause des pressions économiques exercées par les compagnies d’assurance. Quant aux autres services publics, l’Angleterre et plusieurs États américains s’aperçoivent de l’inefficacité de gestion du secteur privé dans les domaines collectifs, tels les secteurs du transport et de l’énergie (ex. : chemins de fer en Angleterre et scandale de Enron aux Etats-Unis).

Autre dogme : la dette publique québécoise et les problèmes démographiques s’avèrent dangereux pour la pérennité de notre système de santé. Faux. Nous n’avons pas besoin de rembourser la dette afin d’assurer l’avenir de notre système. Ce que nous devons faire, c’est de la contrôler. Aucun pays occidental développé ne peut rembourser sa dette sans risquer un chaos social. Pourtant, tous les pays occidentaux vivent les mêmes problèmes démographiques que le Québec. Comment se fait-il que ces 12 « penseurs » ne possèdent pas la lucidité nécessaire à l’implantation d’une vraie politique familiale permettant une hausse de la natalité? Un gouvernement responsable doit s’assurer d’améliorer la condition et la qualité de vie des citoyens par la redistribution de la richesse collective, tout en assurant une paix sociale. Le Québec n’a jamais été aussi riche. Pourtant, la pauvreté ne cesse d’augmenter. La réduction de la dette ne ferait qu’exacerber les inégalités socio-économiques.

Autre dogme : le dégel des droits de scolarité est nécessaire afin d’améliorer le système d’éducation. Faux. Tout ce que cette décision entraînerait, c’est une diminution de la fréquentation de nos établissements collégiaux et universitaires par une partie importante de nos jeunes en introduisant une injustice basée sur la capacité de payer. Le problème d’accession équitable à l’éducation post-secondaire s’aggraverait. Notre société a besoin de plus de jeunes diplômés, et non de moins, afin de relever les grands défis qui nous attendent. Voulons-nous vraiment du système universitaire états-unien discriminatoire qui bloque le plein développement des moins fortunés? Il n’y a pas que le modèle injuste de nos voisins du sud. Plusieurs pays européens riches ont aboli les droits de scolarités. Pourtant, ils ne sont pas en faillite.

Autre dogme : la fiscalité des entreprises doit être réformée à la baisse afin d’offrir un climat d’investissement plus favorable et améliorer leur compétitivité. Assez, c’est assez! Le taux marginal d’impôt des grandes et moyennes compagnies avoisine le zéro absolu. Pire, ces mêmes entreprises licencient massivement malgré leurs profits et les généreuses subventions gouvernementales. Ainsi, les travailleurs, par leurs impôts, financent leur propre mise à pied. Depuis les années ’60, la part des impôts corporatifs, en pourcentage de la totalité de l’assiette fiscale, a fondue comme neige au soleil, alors que les revenus réels des travailleurs et de la classe moyenne ont stagnés.

Alors que la classe moyenne est étranglée par la fiscalité des particuliers, ces gens de droite proposent une augmentation substantielle des tarifs d’électricité et de la taxe de vente. Voulons-nous que l’ensemble des Québécois améliorent leur niveau de vie ou qu’ils s’appauvrissent? L’exemple de la privatisation de l’électricité en Californie et en Ontario devrait pourtant suffire à nous convaincre du danger d’une telle démarche. Que les entreprises cessent de profiter de contrats d’approvisionnement spéciaux. Qu’elles payent leur juste part. Quant à la taxe de vente, il ne faut pas l’augmenter, car cela pénaliserait les travailleurs et la classe moyenne, et n’aurait que peu d’impact sur les riches. Mettons en place un vrai régime d’impôt progressif et abolissons les paradis fiscaux. Ainsi, la classe moyenne serait soulagée et les riches paieraient enfin leur juste part.

Enfin, ces 12 comiques ne mentionnent nullement que le problème majeur des finances publiques du Québec réside dans le fait que nous appartenons à la fédération canadienne et, conséquemment, que nous ne contrôlons toujours pas la moitié de nos argents accaparés par les autorités centralisatrices de ce pays absurde. Si le Québec devenait un pays, nous pourrions profiter de l’ensemble des recettes fiscales afin d’investir dans nos priorités collectives telles l’éducation, la santé et la lutte à la pauvreté. Le Québec indépendant pourrait alors se développer pleinement en assurant une meilleure redistribution de la richesse, tout en continuant à améliorer les services publics dans un souci de solidarité et de justice. Voilà la solution lucide que les Québécois doivent appliquer afin de prospérer librement!




MEA CULPA

Robert Lachance
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

Je viens d’écouter à nouveau l’entrevue de Lucien Bouchard à l’émission « Le Point »d’hier soir. Lulu y causait bien sûr de son manifeste pré-Halloween « A souère on fait peur au monde ». Avant de formuler quelques commentaires sur ce texte, je dois faire un grand mea culpa : je suis en partie responsable du fait que ça va mal au Québec. Lulu proclame en effet que ça va mal au Québec sur le plan social à cause du grand nombre de familles mono-parentale et des naissances hors-mariage. Ouch! J’ai doublement péché, si Lulu savait en plus que mes deux fils ne sont pas baptisés et qu’ils sont de mères différentes, il me lancerait vite fait bien fait dans un bûcher tout électrique à tarif augmenté.

Dans la même entrevue, Lulu fait preuve de plein de compassion pour les pauvres politiciens honnis par le peuple. Pas une trace d’autocritique dans son pleurnichage. Il ne lui est pas venu à l’esprit que les politiciens qui mentent allègrement sont un peu les propres artisans de leurs malheurs. Il ne se rend sans doute pas compte qu’en nous disant que ce texte a été pondu par ces gens en prenant un café ou une bière il nous prend pour des foutues valises. Ca s’est fait attablés chez « Second Cup » ou à la taverne « Verres stérilisés » ? Mon œil, ça s’est écrit ou du moins réfléchi dans les fauteuils biens rembourrés d’un club privé de Montréal.

En parcourant le texte du manifeste(que vous trouverez sur internet en tapant www.pourunquebeclucide.com), vous constaterez que la responsabilité sociale des entreprises et des gens d’affaires n’est nulle part interpellé. Rien non plus sur le manque de transparence et la corruption des politiciens et des PDG magouilleurs. Tout va mal parce que le bon peuple ne songe qu’à s’amuser et que les méchants syndicats sont solidement cramponnés au statu quo.

Dans son entrevue, Bouchard nous rejoue la carte de la culpabilité qui lui va comme un gant d’ailleurs étant un grand catholique pratiquant. Pour plagier la caricature de Garnotte dans « Le Devoir » d’aujourd’hui, on entend d’ici « Esprit de l’Opus Dei es-tu là? » Il nous refait donc le jeu de la génération qui a tout et qui laissera celle qui vient avec la facture. Lulu en bon fils qu’il est remercie tous nos parents pour le riche patrimoine qu’ils nous ont légué (sic). Wow beau patrimoine quand on se souvient qu’avant 1960, 80% de l’économie québécoise était détenue par des intérets américains ou anglos, que nos ressources naturelles étaient bradées à vil prix, que les profits qui en découlaient étaient investis hors Québec pendant que les rares usines québécoises étaient vouées à la décrépitude sans oublier que les territoires les plus giboyeux appartenaient à ceux qui nous exploitaient sans vergogne. La génération sur laquelle Bouchard pisse est celle qui a inversé cet ancien ordre des choses. Ce qui ne veut pas dire qu’il nous faut rester assis sur nos lauriers mais il y a des limites aux conneries surtout de la part d’une belle tablée qui en a profité bien plus allègrement que ceux et celles que l’on veut faire se sentir « responsables » et coupables.

A compter d’aujourd’hui, ce qui va être intéressant, c’est de surveiller les réactions des enfants spirituels (hors-mariage?) de Lucien Bouchard. Faites le tour, ça commence à être éclairant.




Une objection pour Claude Bariteau et... les nations unies

Francois Therrien, L’ancienne-Lorette
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

Vous dites

"Pour que le Québec devienne un pays indépendant, il importe d'abord d'inverser les rapports de pouvoir entre le peuple québécois et le Canada en vue d'installer une nouvelle autorité sur le territoire du Québec. Cet acte engendrera des tensions, car tous les États souverains sont réfractaires à leur démembrement. C'est d'ailleurs à cause de cela que les Nations unies ont voté, en 1960, une loi octroyant un droit particulier aux peuples colonisés. Pour les autres peuples, dont celui du Québec, il n'y a pas de règles établies, ni d'arbitrage. Le droit coutumier et l'obligation de courtoisie s'appliquent s'ils choisissent le chemin de l'autodétermination"

Ce que je remets en question c'est que nous ne soyons pas en fait un peuple colonisé. Comment se fait-il que nous ne sommes pas considéré comme une colonisé ? Toutes les fois que nous nous regardons dans le miroir de nos médias avec les yeux donc de nos colonisateurs nous pouvons savoir que nous sommes colonisé bien malgré nous cela s'entends mais pas toujours.... Me semble que n'importe qui par exemple qui visite l'affreuse et démoralisante ville de Montréal a la démonstration spectaculaire d'une histoire coloniale incontestable qui perdure par simple force d'inertie tant l'impulsion initiale a été tout au malheur d'un peuple et au bonheur de l'autre. Un juge il n'y a pas longtemps n'a d'ailleurs pas hésité récemment à faire de la rue St-laurent la limite symbolique qui partage colonisateur et colonisé... De la même manière après une observation de quelques jours un observateur étranger pourra difficilement s'empêcher de sourire à voir les médias du Québec continuer à subir systématiquement une inspiration héritère du colonialisme Britanique et conforme à ses voeux..

Et quand bien même ce ne serait que pour la raison que c'est pratiquement la reine d'Angleterre elle-même qui hier nous lisait les nouvelles à la chaine de nouvelles nationales à un peuple majoritairement d'origine française ne faut-il pas faie des démarches actives auprès des nations unies pour faire modifier ?... Cessons de péter plus haut que le trou et allons revendiquer notre statut de peuple colonisé subissant sinon de droit du moins de fait le colonialisme Britanique par son bras de fer rigide à Ottawa. Quand Jean Chrétien a vu Paul Martin lancer des commissionhs prétendant faire la lumière sur son administration la premièere chose qu'il a fait c'est d'aller se plaindre au Commonwealth office, c'est-à-dire à une instance supérieure...C'est peut-être là qu'on lui a suggéré d'imiter les têtes de Churchill avec un sourire en coin dès lors que son rôle de petit roi fouettard colonial était à leurs yeux terminé.




Course à la direction bidon

Marc-André Labrecque, L’Ancienne-Lorette
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

Lors de l’élection d’avril 2003, le Parti québécois et son chef monsieur Bernard Landry ont subi une sévère et humiliante défaite. Avec 33% du vote exprimé, ils reculaient plus de 30 ans en arrière alors qu’ils avaient reçu 31% des votes exprimés lors de l’élection de 1973. La simple décence aurait dû mener le chef du parti à démissionner, quitte à se présenter à une course à la chefferie. Il n’en fit rien.

Il lança plutôt la « saison des idées » supposé vaste brassage d’idées devant renouveler en profondeur le programme du parti. Le moins que l’on puisse dire est que la montagne a accouché d’une souris. À l’exception de l’étude sur les finances publiques d’un Québec souverain, sous la direction de monsieur François Legault, les nouveautés furent très limitées.

En raison d’un appui jugé par lui insuffisant lors du congrès de juin dernier (76%) monsieur Landry démissionna avec fracas, ouvrant la porte à la tenue d’une course à la chefferie tant désirée par plusieurs.

Rappelons que ce parti politique, qui se targue pourtant d’être un parangon de démocratie, n’a tenu qu’une seule course à la chefferie au cours de son histoire de près de 40 ans, il y a maintenant 20 ans, en 1985. En cela, il n’a aucune leçon à donner aux vieux partis fédéraux ou québécois.

Cette course à la chefferie compte 9 candidats. Aucun congrès ne viendra la couronner, privant le parti d’une visibilité importante. Le vote par téléphone, confus et complexe, suscite au mieux le désintérêt et au pire la moquerie des citoyens.

Qu’en est-il des candidats, de leurs idées et surtout de leur rapport à la souveraineté du Québec ?

D’abord, avec une course à 9 candidats, la bataille se livre beaucoup plus sur l’image que sur les idées.

LE candidat favori d’après les sondages, monsieur André Boisclair, fonde sa campagne essentiellement sur l’âge et la jeunesse. S’il est jeune d’âge, ce n’est sûrement pas le cas de ses idées. Cet individu, qui n’a fait que de la politique durant sa vie, prône des idées plutôt conservatrices. C’est le Mario Dumont du PQ même si ses idées nous ramènent moins loin dans le passé.

Le fait d’avoir pris de la cocaïne lorsqu’il était ministre, ce qui constitue un acte criminel, démontre non seulement un manque de jugement et de maturité qui le rendaient vulnérable à différentes pressions mais encore portera préjudice, s’il devient le chef du P.Q., à la promotion de la cause souverainiste, étant donné que les fédéralistes ne se priveront nullement d’utiliser cette erreur manifeste à leur profit.

Quant à madame Marois, elle fut une bonne ministre dans différentes responsabilités d’un bon gouvernement provincial dans le régime fédéraliste. En politique depuis des lunes, elle a pris tous les virages de la souveraineté-association au beau risque, de l’indépendance de Jacques Parizeau aux conditions gagnantes de Lucien Bouchard au confédéralisme de Bernard Landry.

Pour illustrer le manque de conviction et surtout de détermination souverainiste de madame Marois, il suffit de se référer à ses différentes prises de position à ce sujet au cours des dernières années.

- En 2003, elle prône la souveraineté continue et la tenue de référendums sectoriels;

- En 2004, elle rejette l’idée d’un budget de l’an 1 d’un Québec souverain et suggère que le parti doit se présenter comme le plus apte à administrer le Québec dans l’état actuel des choses;

- En 2005, elle appuie l’idée de référendums d’initiative populaire sur la souveraineté;

- Plus récemment, son plan prévoit la tenue d’un référendum dans un délai de 6 mois à un an après les élections « à la condition qu’il soit gagnant ». Cela ressemble étrangement aux « conditions gagnantes » de Lucien Bouchard.

On conviendra que pour prouver sa détermination de réaliser la souveraineté, on a déjà vu mieux. Il s’agit d’une véritable auberge espagnole; il y en a pour tout le monde.

Selon moi, ces deux candidats ne sont pas souverainistes. Ce sont au pire des fédéralistes autonomistes, au mieux des confédéralistes. Ils ont fait partie des gouvernements du PQ qui, au cours de 17 des 29 dernières années, ont gouverné le Québec provincial en laissant le concept d’indépendance au placard.

Les seuls souverainistes convaincus, les Dubuc, Lebel, Paquette ou Saint-André n’ont aucune chance de gagner, étant donné leur marginalité et leur absence de notoriété.

En conclusion, cette course est non seulement ennuyeuse mais elle rate une occasion unique de donner un nouveau souffle à la souveraineté et une chance raisonnable de la réaliser dans un avenir prévisible.




Les Têtes molles du Parti québécois
Ou le ciné du sine die

Jean-Luc Gouin, Capitale nationale
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

« Aimer c'est agir »
Victor Hugo, Les Contemplations

À l'exemple vraisemblablement d'un nombre grandissant de concitoyens, je pense que Mme Pauline Marois incarne, parmi les candidats qui visent à commander les troupes du PQ, la personne la plus apte à mener la barque à bon port.

Toutefois il est vrai que Madame, sauf erreur ou géniale dissimulation trente ans durant, n'est pas inspirée ou pénétrée par l'instinct du guerrier. Un instinct « puissamment » nécessaire dans l'univers du politique, dans ses plus hautes sphères a minima. Instinct par ailleurs, il n'est pas sans intérêt de le signaler, qui ne s'oppose nullement - ou invariablement - à un haut sens du Polis dans son acception la plus noble.

Les de Gaulle, les Jehanne et les Churchill sont là - sont toujours là - pour en témoigner devant l'Histoire.

Instinct guerrier, soit dit au passage, voire pulsion de l'écrasement-de-l'autre lorsque abandonné à ses modalités extrêmes (qui n'a pas souvenance des propos référendaires de Claude Garcia, président en Québec de cette Standard Life qui, si on se fie à ses réclames publicitaires du moment, n'aurait ô horreur ! qu'une parole et une seule...), qui depuis longtemps - des Pierre Elliott Trudeau et des André Ouellet aux Jean Pelletier et autres Pierre S. Pettigrew (Paul Martin compris) - a investi le Federal Government of Canada, le Liberal Party en particulier. Toute noblesse et grandeur du Polis mises au rancart du même élan (qualités troquées depuis des lunes pour les forces de l'argent et de la propagande, Radio-Canada en première ligne), nous ne le savons hélas ! que trop.

Or on n'affronte pas de pareilles gens - d'aucuns parleraient ici de fanatiques - armé de la joliesse d'une écharpe de soie ou du « pouvoir » de séduction d'une somptueuse paire de gants. Blancs. Ce qui au reste vaut aussi bien pour le principal rival et émule de Mme Marois - compétence, expérience (et jugement) en moins, qui plus est. Ce qui est plus dramatique encore.

What Now ?

Indépendantiste de longue date bien que n'ayant pas encore encaissé le demi-siècle dans les reins, si je puis m'autoriser ce clin d'yeux aux Lebel et Reggiani, je me vois pour ma part rien moins qu'exaspéré jusqu'à l'ire par la mollesse généralisée, voire systémique, qui prévaut depuis plusieurs années au sein de l'État major du Parti dit québécois. Organisation politique dont la raison d'être, on semble l'oublier un peu plus chaque jour dans le sillon des « victoires morales », réside dans l'objectif - sain, digne, magnifique, oxygénant, nourricier et enthousiasmant - de la Libération des Québécois du joug canadian. Et ce - hier déjà, si possible - dans les plus brefs délais.

Exaspération qui entraîne irrésistiblement le patriote vers une croisée des chemins où l'alternative - hormis changement de cap radical et immédiat dans la manière et le verbe chez les sachems et les manitous de la Bella Causa - se réduit désormais à la fourchette suivante: la retraite en ses terres ou la prise du maquis.

Car la conjoncture historique opposant en miroir les Pierre Pettigrew, les Denis Coderre, les Paul Martin, les Stéphane Dion et les Lucienne Robillard (les Jean Lapierre n'étant même plus en reste), d'une part (les Québécois d'Ottawa), et les Indépendantistes velléitaires, asthéniques, pusillanimes et abouliques jusque dans le directoire des « forces » de libération de cette assemblée, d'autre part (les Québécois de la nation), appelle tantôt la désaffection de ce citoyen vis-à-vis du et de la Politique (phénomène dangereux et d'ores et déjà préoccupant), tantôt le retour sinon la multiplication de cellules de type Chénier à faire saliver, puisque prétextes à d'autres Octobre rouges unifolié de répression, tous les Marc Lalonde du Canada.

Je termine mon propos sur de tendres pensées, que je dissémine comme autant de papillons discrets et délicats dans l'aura du souvenir de Corinne Côté-Lévesque.

Que je salue avec émotion.
Et recueillement.




L’inéquité de financement des universités est une des causes de l’assimilation linguistique

Frédéric Lacroix
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

Le gouvernement Charest réclamait récemment que les transferts fédéraux destinés à l’éducation postsecondaire soient rétablis à leur niveau d’avant 1994, soit avant le début des compressions imposées par Paul Martin pour lutter contre le déficit fédéral. Cet argent, selon le Ministre de l’éducation, doit être investi dans le réseau universitaire québécois pour lutter contre le sous-financement dont les universités souffriraient. Curieusement, le ministre ne mentionne pas qu’il existe en fait 2 réseaux universitaires au Québec: un de langue française et un autre de langue anglaise. Le sous-financement dont il est question est-il le même pour les deux? Y a-t-il égalité de traitement entre le français et l’anglais en ce qui concerne le financement des universités au Canada?

Dans un dossier paru dans « L’Action Nationale » du mois de septembre intitulé « Le financement des universités et la vitalité linguistique des communautés de langue officielle au Canada », moi et mon collègue Patrick Sabourin avons vérifié s’il y avait égalité entre les groupes linguistiques au Canada en ce qui a trait au financement des universités, comme il y a égalité juridique des langues au Canada. Pour ce faire, nous avons calculé la partie du financement qui allait aux universités francophones et anglophones dans chaque province canadienne ainsi que la partie de population de langue maternelle française et anglaise en nous basant sur les données financières provenant des universités elles-mêmes et les recensements de Statistiques Canada. Nous avons ensuite vérifié à quel point le sous ou sur-financement influe sur l’assimilation des francophones à l’extérieur du Québec et des anglophones au Québec.

Les résultats sont tout à fait étonnants. Voici quelques extraits :

1) Au total, au Canada, les institutions universitaires de langue française récoltent 19,5 % des fonds destinés aux universités alors que les francophones forment 22,9 % de la population, tandis que les institutions universitaires de langue anglaise récoltent 80,5 % des fonds alors que les anglophones ne forment que 59,5 % de la population canadienne. Le sous-financement des francophones représente la bagatelle de 615 millions de dollars par année. 2) Les franco-québécois sont le seul groupe linguistique à être financé en-dessous de leur poids démographique au Canada. Dans toutes les autres provinces, les anglophones sont financés au-delà de leur poids démographique. 3) La part attribuée à l’anglais au Québec représente 1 milliard 227 millions de dollars par année, soit presque quatre fois celle attribuée au français hors du Québec. Les anglophones obtiennent 27,7% des fonds destinés aux universités au Québec alors qu’ils n’en constituent que 8,4% de la population. 4) Si on met tous ces chiffres ensemble, on peut affirmer que chaque anglo-québécois est financé six fois plus que chaque francophone hors-Québec.

Le sous-financement des francophones représente plus de deux fois le budget annuel de fonctionnement donné à l’université McGill par le gouvernement du Québec. Ce qui représente suffisamment d’argent pour faire fonctionner deux grandes universités de langue française en Ontario (qui n’en a aucune!). Notons que les universités de langue anglaise abritent 3,27 fois plus d’argent dans leurs fonds de dotation que les universités de langue française au Québec, soit 805 contre 247 millions de dollars. L’égalité des groupes linguistiques en matière d’éducation est loin d’être atteinte en ce qui concerne le niveau universitaire.

De plus, nous avons prouvé qu’il existe une corrélation presque parfaite entre le financement des universités et l’assimilation. Un sous-financement des universités conduit à l’assimilation du groupe sous-financé et vice-versa. Le sous-financement des universités francophones partout au Canada explique le taux d’assimilation élevé des francophones hors-Québec (soit 38%) tandis que le sur-financement du réseau anglais au Québec explique que ce soit les anglophones qui assimilent le plus au Québec (selon Statistiques Canada, 161 378 personnes ont adopté l’anglais et 126 562 personnes ont adopté le français comme langue parlée à la maison au Québec en 2001).

Rappelons que 2,48 millions d’allophones et de francophones avaient effectué un transfert linguistique vers l’anglais selon les données du dernier recensement.

Le sur-financement du système universitaire de langue anglaise, en accordant un poids effectif à la communauté anglophone proche de 30 % au Québec (et proche de 50 % à Montréal où se concentre l’immigration), peut expliquer tout au moins partiellement de ce que la communauté anglophone jouisse d’un pouvoir sur la langue de travail et les taux de transferts linguistiques largement supérieurs à sa taille réelle au Québec. Le sous-financement des institutions francophones partout au Canada apparaît aussi partiellement responsable du fait que la vitalité linguistique des francophones est franchement médiocre presque partout au Canada, se traduisant par un puissant mouvement d’assimilation à la langue dominante.

L’assimilation linguistique n’est pas simplement « une réalité de la vie » comme le disait le premier ministre fédéral Jean Chrétien, mais semble plutôt être une conséquence des choix budgétaires faits par le gouvernement fédéral et par les provinces canadiennes, Québec compris. La Loi sur les langues officielles du Canada, en enchâssant dans la charte des droits une égalité juridique des langues sans se soucier de l’absolue nécessité du traitement asymétrique des langues au Canada (protéger le français partout au Canada, y compris au Québec), qui est la véritable condition nécessaire à l’atteinte de l’égalité réelle, a conduit à cautionner un bilinguisme inégalitaire au Canada, situation pernicieuse qui condamne au dépérissement les communautés francophones minoritaires au Canada.




Le pays lucide de Lucien 1er!

Jacques Bergeron
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

Lucien 1er Bouchard qui se prétendait «indépendantiste» alors qu'il n'est qu'un conservateur déguisé et néo-capitaliste en économie, comme l'a démontré son court passage à la tête du Québec, (n'a-t-il pas fait du déficit zéro son cheval de bataille envers et contre la promotion de l'indépendance du Québec) ce que vient démontrer à nouveau son intervention d'aujourd'hui avec un groupe de «capitalistes» qui n'ont d'autre but que de dépouiller le Québec de ses acquis sociaux et économiques.

Des exemples: A) Ces gens veulent que le système de santé devienne partiellement privé, avant qu'il ne le devienne complètement! B) Augmenter les coûts de l'électricité afin de payer la dette du Québec C) Modifier le visage socio/économique du Québec afin qu'il corresponde à la vision des néo-capitalistes à la sauce Ménard et Bouchard, de même qu'au désir de Jean Charest, qui n'en demandait pas autant. Et dire qu'un ancien ministre Indépendantiste (sic) du Québec, Joseph Facal pour ne pas le nommer, professeur à ses heures, fait partie de ce groupe. Il ne leur reste que de s'emparer de la Société des Alcools du Québec et ils auront tout ce que peut désirer un capitaliste anti-social et anti-entreprises de l'état afin de s’enrichir aux dépens de la société québécoise. La prochaine étape devrait être de former des «PPP» dans tous les domaines de la vie socio-économique et politique du Québec.

Alors que ces gens, plus que tout autre Québécois, savent pertinemment qu'ils font le jeu d'Ottawa par le projet qu’ils proposent, sachant qu’Ottawa a coupé les vivres (40 milliards et/ou plus) au Québec en assurance santé depuis près de 20 ans, et que ces sommes représentent presqu'à elles seules, le manque à gagner du Québec. Par ce rapport, ne font-ils pas le jeu du grand frère fédéral qui refuse de reconnaître les besoins des provinces en coupant dans la péréquation alors qu’il possède des milliards de dollars de surplus, lui qui s’immisce dans les droits des provinces,droits inclus dans la constitution, comme la «santé», la formation «universitaire», les «allocations familiales», la «garde des enfants» et j’en passe, tout ça en fonction de ses objectifs centralisateurs et sa volonté de punir le Québec ( parole du célèbre fils de Léon, Stéphane Dion , dit le «roi des sbires de l’assujettissement» et de la soumission de son peuple) qui ose prétendre à son autonomie et à une certaine velléité indépendantiste.

Si on avait voulu donner de meilleures armes aux fédéralistes et à leurs sbires et rois-nègre afin de contrer les désirs d'émancipation du Québec, on n'aurait pu faire mieux. Et ces gens ont choisi comme porte parole, peut-être a-t-il été celui qui a initié ce projet,Lucien 1er, dit Bouchard, ancien premier ministre du Québec, devenu de nouveau, l'ami des fédéralistes en acceptant de travailler avec les ennemis du Québec comme président du Port de Montréal,propriété d'Ottawa, justement le groupe qui vient d'appuyer le déplacement inopportun du Casino de Montréal, pour le plus grand bien des capitalistes néo-libéraux, et pour les plus grands malheurs de la population de Montréal. Encore là, Lucien Bouchard y a mis toute la gamme ( et la gomme) de ses efforts de conviction, le bonheur (sic) des gens de cet environnement étant lié au projet qu'il défend avec toute l'ardeur de ses convictions anti-sociales.

Encore une fois, au lieu et place de faire la promotion de l'indépendance du Québec et du genre de pays dans lequel nous voulons vivre, on devra lutter contre ce nouveau projet qui ne vise qu'a nous faire oublier notre idéal, le seul projet qui devrait nous intéresser dans le présent débat politique. Et Lucien Bouchard aura de nouveau retardé , comme lors de son bref passage comme premier ministre, sinon fait disparaître de notre paysage politique pour plusieurs années, l'indépendance du Québec, projet s'il en est un, qui mérite toute notre attention et toutes nos énergies.

Bravo Lucien! Après avoir ralenti notre démarche vers l’indépendance, après avoir insulté et démoli, pour un certain temps l'image d'un vrai indépendantiste, Yves Michaud en l'occurrence, te revoilà encore une fois sur les rails de la servitude, au service des ennemis du Québec, ceux qui veulent la disparition de notre langue et de notre culture afin que se réalise le grand rêve des Anglo-saxon, celui de faire de l'Amérique du nord un continent à leur image. Après ton refus de la modification de la loi 86, j’espère que tu analyseras ton comportement à la lumière de tes réalisations et qu’il te sera possible de te regarder dans le miroir sans que tu ne puisses te décourager à la vue des rides disgracieuses de la servitude.

Avec ce nouveau coup de Jarnac, puis-je te le dire, le Québec n'a pas besoin d'autres ennemis. Même la commission «Gomery», par le dévoilement de tous les scandales des libéraux de ti-Jean et de Paul,dit Paul-les-bateaux, cautionnés par leurs sbires/ministres et députés Canadiens-français, ne pourra contrer la démarche assimilatrice de notre peuple par les occupants du Québec venus d'outre Outaouais.

On peut vraiment te dire bravo pour ce dernier geste. Tu as bien mérité de la patrie «canadienne»! Les fédéralistes sauront, plus que tout autre, apprécier le service rendu au nom d’un projet détourné de toute lucidité émancipatrice.




Que les babys-boomers la paye, leur dette !

Normand Perry, Philosophe, Les Coteaux
TRIBUNE LIBRE 20 octobre 2005

Mon intervention sera très courte et incisive : aux signataires de ce manifeste « Pour un Québec lucide » j’ai une question très simple à adresser : vous tous qui avez la gachette rapide pour accroitre une fois de plus le fardeau fiscal des citoyens de la classe que je vais qualifier « d’ordinaire », les salariés de moins de $50K annuellement, quelles sont les mesures que vous êtes prêt a appliquer sur vos modes de vie plus que confortable, pour donner l’exemple du discours que vous prêchez ?

Et j’aimerai bien que les gens qui ont des revenus de plus de $100K annuellement soient aussi rapide sur la gachette pour faire la démonstration limpide de ce régime minceur néo-libéral que l’on veut encore appliquer à monsieur et madame tout le monde. Charest peut bien se réjouir du discours de Bouchard, ne sont-ils pas tous deux d’anciens conservateurs ?

Je ne suis plus capable d’entendre ce genre de discours, alors que l’on sait très bien que la grande majorité des citoyens au Québec n’arrivent même pas à boucler leur budget, parce que plus de la moitié de leur revenus est consacré aux impôts, taxes et paiments de services publics en continuel augmentation (l’électricité entre autre).

Commencez donc par vous sacrifier (vous la génération des babys-boomers qui avez contracté cette dette justement pour vous faire une belle vie confortable, alors que nous jeunes de 40 ans et moins peinons a joindre les deux bouts), après nous suivrons votre exemple s’il en vaut la peine !

Voilà bien une belle guerre de générations qui se prépare !