« Lucidité Québec » : la Dernière Cène avant la crucifixion, version Québec

Russel Bouchard
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2005

Dans un sidérant manifeste lancé, urbi et orbi en plein heure du souper, l'ex-premier ministre Lucien Bouchard, flanqué d'une douzaine d'apôtres, sonne le tocsin. D'un retour inattendu de son nuage néolibéral où il s'est expatrié depuis son abdication (janvier 2001), l'inventeur du « déficit zéro », cet american patriot à qui l'on doit du reste d'avoir vidé les hôpitaux du Québec de ses spécialistes au nom de cette doctrine, se morfond d'inquiétude aujourd'hui pour l'avenir prochain du Québec, qu'il dit voué aux pires tourments si nous ne devenons pas plus « lucides ».

«Lucidité », « responsabilité », « liberté », voilà donc le credo ; une dernière invitation qui me rappelle soudainement un autre écriteau banal qu'on retrouve au tout début d'un livre fétiche, le « 1984 » d'Orwell, et qui disait à peu près ceci : « La guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force ». Sinon ! Sinon c'est la catastrophe assurée. L'annonce ne pouvait être plus forte, l'appel au « débat » en guise d'approche au consensus auquel on sera obligé d'adhérer, coûte que coûte, est trop tentant, la situation trop énervante, le péril en la demeure trop près pour ne pas s'y soumettre sans tarder.

Pour nos amis outre-atlantique et pour tous ceux et celles qui ne disposent pas encore de tout le suivi, voilà à peu près les gros titres de cette annonce : le Québec subit déjà les effets douloureux d'un « déclin » démographique majeur (effondrement serait plus approprié) ; l'économie Québécoise, trop peu performante, s'effondre de pair ; le vieillissement de la population menace sur tous les fronts dont celui de la Santé ; les syndicats et les mouvements de pression (tous associés à la gauche) doivent rentrer dans l'ordre nouveau pour diminuer la vitesse de notre effondrement ; et l'Hydro-Québec, doit inévitablement mettre à l'épreuve l'équilibre financier des Québécois —mais surtout celui des classes laborieuses— en rehaussant ses tarifs domestiques dans la perspective d'atteindre, dans la semaine des quatre jeudis, le « déficit zéro ». Ici, il n'est évidemment pas question d'en remettre sur le dos de l'Alcan, sur celui des papetières et des autres multinationales énergivores qui disposent de tarifs préférentiels auxquels souscrivent du reste et déjà tous les Québécois dans les dernières hausses de leurs factures.

Ceux qui ont eu l'occasion de voir tout le décorum de ce cortège funèbre à la télé, ont sans doute remarqué qu'il n'y avait pas de pauvres à cette tablée de croque-morts ! Ce qui ne veut pas dire pour autant que le constat qu'ils ont établi, en communion d'intérêts, n'est pas dénué de sens, bien qu'il y ait un angle mort qui limite une vision plus saine, c'est-à-dire moins tamisée, de cette réalité qui nous étrangle. Si mince soit-elle, raconte le proverbe, une médaille a toujours deux côtés. Et ce qui n'a pas été dit dans ce manifeste, est loin de faire reluire l'aura de celui qui le porte comme s'il eut été de la dernière cène version québécoise.

Pour dire juste et bien, le fait est que la « désintégration du Québec » —après celle des régions ressources dont ils ont bien pris garde de ne pas souffler mot devant les caméras—, c'est effectivement une réalité qu'un groupe de chercheurs auquel j'ai été associé en tant qu'historien —dont le sociologue Charles Côté et son collègue historien Daniel Larouche— annonce depuis au moins quinze ans si ce n'est vingt. En ce qui me concerne, j'ai toujours cru que Lucien Bouchard avait abdiqué parce qu'il avait fini par comprendre le dramatique de la situation, qu'il avait pressenti la crise, et qu'il avait été trop... calculateur (c'est l'épithète la plus faible que j'ai pu trouver dans le dictionnaire des synonymes pour ne pas être grossier) pour prendre les mesures impopulaires qu'un tel délabrement national imposait déjà ; préférant en cela s'écarter du pouvoir politique sous un faux prétexte et laissant à d'autres l'odieux d'une crise à venir dont il n'est personnellement pas étranger. Et le voilà aujourd'hui, la mine triste comme un blanchon perdu sur une glace du Saint-Laurent, confirmant mes doutes, flanqué de quelques Déliés* qui l'accompagnent comme des apôtres dans sa croisade, pour néolibéraliser davantage le Québec qu'ils ont eux-mêmes fragilisé par leurs actions politiques, leurs décisions d'affaires et leurs compromissions idéologiques avec la grande presse franco-québécoise.

Définitivement, malgré le côté particulièrement ténébreux de cette sortie en catastrophe et en dépit du peu de sympathie que j'ai pour ce cénacle, il faut comprendre que les temps à venir ne seront pas les plus joyeux qu'aura à traverser le Québec dans sa lancinante agonie. Foi d'historien, l'avenir qui s'annonce de lui-même ne fera pas de quartier... et le bon peuple, qui va inévitablement en souffrir, a intérêt à numéroter ses abattis. C'est triste à dire comme cela, mais c'est écrit dans le grand livre des statistiques que nous auscultons depuis des décennies (dont STATCAN, un grand livre ouvert, de notre mort annoncée, que le Canada a vu, analysé et compris depuis longtemps, ce qui vous permet de tirer vos propres conclusions sur l'Indépendance du Québec et tous ces beaux discours de tous ces beaux parleurs !). Prochaine et dernière victime qui ne peut éviter l'écueil de cette descente aux enfers : Montréal, notre Babylone bien à nous et rien qu'à nous ; Montréal la grande, qui n'a jamais voulu voir le reste du Québec pour ce qu'il était, portion d'un tout, et autrement qu'un entrepôt à matières premières à piller jusqu'au dernier rond, c'est-à-dire un ensemble humain où chacun, dans chacune des régions, a le droit de vivre décemment et le droit d'aspirer au bonheur**.

«Le Québec se meurt», vaticine Lucien Bouchard ! Avouons qu'on ne l'aura pas volé. Ni d'un bord ni de l'autre !...

* Le Délié, c'est le personnage choisi par l'auteur Félix-Antoine Savard, dans son fabuleux «Menaud maître draveur», pour personnifier ce Canadien français qui concoctait de vendre aux étrangers sa propre montagne, celle de tous (toutes), dans l'espoir d'être engagé comme gardien.

** Pour le lecteur qui voudrait en savoir davantage sur cette mort annoncée, il lui faut consulter les livres suivants, dont les trois premiers sont disponibles sur Internet, dans « Les classiques des sciences sociales » :
1-Charles Côté, «La désintégration des régions du Québec», 1991.
2-Charles Côté et Daniel Larouche, «Radiographie d'une mort fine», 2000.
3-Russel Bouchard, Charles Côté et coll., «Le Pays trahi», 2001.
4-Russel Bouchard, «Annales de l'industrie forestière au Québec, 1838-2000«, 2004.




MANIFESTE BOUCHARD : ATTAQUE HYSTÉRIQUE CONTRE LE MODÈLE SOCIAL-DÉMOCRATE

Éric Tremblay, Avocat et fervent indépendantiste
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2005

La leçon de morale prétentieuse du gourou Bouchard et de ses onze fidèles néo-conservateurs constitue une attaque en règle non fondée contre le modèle social-démocrate, afin d’offrir à leurs riches amis des multinationales et du milieu des affaires encore plus de liberté dans l’accumulation de richesses au détriment du peuple québécois. Les mesures irresponsables proposées par ces apôtres du capitalisme néo-libéral ne visent qu’à pénaliser davantage la classe moyenne, les travailleurs et les pauvres.

Ces 12 « citoyens ordinaires » font preuve d’une condescendance et d’une hypocrisie sans borne. Ces personnes font partie du club des riches de notre société. Ne savent-ils pas que 45% des citoyens gagnant plus de 200 000 $ par année ne paie aucun impôt? Que la classe moyenne paie 80% des impôts? Que les grandes et moyennes entreprises ne paient quasiment aucun impôt? Que les paradis fiscaux, coûtent près de 80 milliards par année à notre état? Plutôt que de proposer des modifications profondes à nos lois fiscales afin de mettre un terme à cette aberration, ces tristes personnages, sous la menace de la catastrophe collective, appellent à la responsabilisation du peuple en lui disant qu’il devra supporter une augmentation des différentes charges, telles les taxes, les tarifs d’électricité et l’augmentation des frais de scolarité, afin de rembourser la dette publique. Quel culot! Pourquoi la société devrait se serrer la ceinture afin de favoriser la compétitivité des compagnies qui exploitent leur travail afin de réaliser des profits de plus en plus pharaoniques.

Le modèle néo-libéral reaganien et thatcherien a provoqué de profonds déséquilibres, un écart grandissant des inégalités socio-économiques, non seulement entre les différents pays, mais au sein même de nos sociétés occidentales, ainsi qu’une précarisation accélérée du travail et une accentuation graduelle de la pauvreté. Aux États-Unis, phare du capitalisme néo-libéral, 1/6 de la population, majoritairement les minorités noire et hispanique, vit dans des conditions de pauvreté extrême. Le 1% des plus riches s’accapare plus de la moitié de la richesse nationale. Nos voisins du sud ont construit la société la plus inégalitaire du monde occidental. Pourquoi vouloir les imiter? Sommes-nous à ce point masochistes? Manquons nous d’imagination au point de vouloir appliquer des solutions bêtes ayant démontré leur incapacité à améliorer les niveau et qualité de vie de l’ensemble des citoyens des sociétés états-unienne et anglaise?

Le groupe des 12 sbires néo-conservateurs prétend que le modèle social-démocrate québécois est dépassé et incapable d’assurer la compétitivité de nos entreprises et de notre société à l’heure de la mondialisation. Complètement faux! Selon le World Economic Forum (WEF), entité capitaliste internationale par excellence, le modèle social-démocrate, loin d’être archaïque, se veut celui le plus apte à favoriser une augmentation des niveau et qualité de vie des citoyens d’un pays donné. En effet, le classement mondial annuel de la compétitivité des pays, publié par le WEF, démontre non seulement que la social-démocratie produit des résultats très positifs au niveau économique, mais que ce modèle surpasse le néolibéralisme proposé par Bouchard et cie. Parmi les 15 pays occupant la tête du classement, 11 sont sociaux-démocrates : 1- Finlande, 3- Suède, 4- Danemark, 5- Taïwan, 7- Islande, 8- Suisse, 9- Norvège, 11- Pays-Bas, 12- Japon, 15- Allemagne. Parmi les 15 pays profitant du plus haut degré d’innovation, 10 sont sociaux-démocrates.

Selon le WEF, ces performances supérieures des pays sociaux-démocrates s’expliquent en grande partie par des dépenses publiques majeures et une culture de l’innovation technologique favorisée par les autorités gouvernementales. Toujours selon le WEF, la fiscalité progressive et le taux d’imposition des compagnies plus élevé de ces pays profitent à l’ensemble de leurs citoyens en permettant une meilleure redistribution de la richesse, ce qui améliore les niveau et qualité de vie de tous. Nous pouvons donc balayer du revers de la main les fausses prétentions de nos 12 faux penseurs.

Au Québec, plutôt que vouloir détruire notre héritage sociétal, nous devrions nous inspirer de ces pays ayant eu le courage de tenir tête au tsunami néo-libéral. Nous devons absolument réaliser l’indépendance du Québec afin de protéger, tout en l’améliorant constamment, notre modèle humaniste, juste et progressiste. Voulons-nous d’une province « walmartisée » ou d’un pays juste et solidaire?




Une voie d'évitement?...

Marie-Mance Vallée
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2005

J'ai déjà évoqué cette possibilité dans des tribunes libres, dont certaines remontent maintenant à quelques années.

Comment expliquer que les deux «Bouchard», Gérard, la Girouette et Lucien, le Déserteur, qui ont une certaine audience grâce à la SRC, en l'espace de quelques semaines puissent nous indiquer la voie, la bonne. Ils vont jusqu'à se dédire, se contredire... Curieux tout de même!

Rappelons-nous qu'au moment de la révolution dite tranquille, terme très bien choisi pour ne pas faire peur aux Québécois, déjà bien programmés, même à cette époque, que l'idée de l'indépendance qui est un geste de rupture politique et non seulement un projet social comme le laissent entendre certains candidats à la direction du Parti québécois, avait été mise sur une voie d'évitement. On ne parlait que de social, que de mise à jour, de réformes, etc... Et cela duré des années et des années. Des politiciens, des intellectuels ont fait carrière à la suite de cette mise à jour de la société québécoise.

Curieusement, voilà que les sondages nous indiquent que l'idée de l'indépendance est à niveau élevé. Que les électeurs sont désabusés à un point tel qu'il n'y a que dans les années précédant la révolution tranquille qu'on ait atteint ce niveau d'écoeurement. Curieusement, c'est à l'unanimité, et le sujet s'y prête bien, personne ne nie les constats du Manifeste, que les médias, certains intellectuels, politiciens se mettent à la queue leu leu pour renchérir sur toutes les tribunes.

Voudrait-on nous mettre sur une voie d'évitement comme dans les années soixante qu'on ne procéderait pas autrement. Je dirais qu'il faut se méfier au plus haut point de cette tentative d'occulter le projet indépendantiste. Je dirais surtout qu'il y a du fédéral là-dedans. Je dirais aussi qu'il ne faut pas oublier que Guy St-Pierre, ancien ministre libéral, était assis à la table de la révolution tranquille dans les années soixante. Je dirais que le gouvernement fédéral nous connaît bien et qu'il utilise ce remue-méninge pour mieux nous contrôler, pour pousser derrière les décors, à l'arrière scène l'indépendance du Québec.

Méfions-nous parce que le scénario ressemble étrangement à ce que nous avons déjà vécu! Et quarante ans plus tard, voyez où nous en sommes...




Soyons lucides… à propos de Lucien Bouchard !

Luc Potvin, Montréal
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2005

Lucien Bouchard :

• Responsable de la remontée du OUI en 1995 ? Faux ! Archi-faux ! On le sait : le OUI avait amorcée sa remontée avant son entrée en scène. Mais les fédéraux aiment bien entretenir la légende... (http://www.vigile.net/ds-actu/docs3a/03-8-5-1.html#tlps)

• Discours au Centaur, congrès du miroir

• Sempiternelle évocation des «conditions gagnantes» sans aucune action concrète pour les réunir

• « Père politique » et protecteur du sniffeux André Boisclair, actuelle grosse épine au pied du PQ

• Admirateur de Pierre Marc Johnson qu'il consultait fréquemment (voir La Presse du 29 décembre 2000, page E-1)

• Affaire dite Michaud (delirium tremens à l’Assemblée nationale)

• Bénéficiaire d’une lettre de recommandation signée Marc Lalonde (http://radio-canada.ca/nouvelles/Politique/nouvelles/200103/14/001-bouchard-emplois-rb.asp, Le Soleil, 14-3-2001, La Presse, 15-3-2001, page A-7)

• Promoteur du CHUM-Outremont de la famille Desmarais (http://www.lautjournal.info/autjourarchives.asp?article=2234&noj=238)

• Défenseur de la vente de Radiomédia (société québécoise) à Corus (société ontarienne)

• Enfin, avec André Pratte, Guy St-Pierre et consorts, propagandiste du gouvernement Charest et de sa «réingénierie»

Bon. Que faut-il de plus pour tirer la conclusion qui s’impose ?




Le pays lucide de Lucien 1er!

Jacques Bergeron
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2005

Lucien 1er Bouchard qui se prétendait «indépendantiste»alors qu'il n'est qu'un conservateur déguisé et néo-capitaliste en économie, comme l'a démontré son court passage à la tête du Québec, (n'a-t-il pas fait du déficit zéro son cheval de bataille envers et contre la promotion de l'indépendance du Québec) ce que vient démontrer à nouveau son intervention d'aujourd'hui avec un groupe de «capitalistes» qui n'ont d'autre but que de dépouiller le Québec de ses acquis sociaux et économiques.

Des exemples: A)Ces gens veulent que le système de santé devienne partiellement privé, avant qu'il ne le devienne complètement! B) Augmenter les coûts de l'électricité afin de payer la dette du Québec C) Modifier le visage socio/économique du Québec afin qu'il corresponde à la vision des néo-capitalistes à la sauce Ménard et Bouchard, de même qu'au désir de Jean Charest, qui n'en demandait pas autant. Et dire qu'un ancien ministre Indépendantiste (sic) du Québec, Joseph Facal pour ne pas le nommer, professeur à ses heures, fait partie de ce groupe. Il ne leur reste que de s'emparer de la Société des Alcools du Québec et ils auront tout ce que peut désirer un capitaliste anti-social et anti-entreprises de l'état afin de s’enrichir aux dépens de la société québécoise. La prochaine étape devrait être de former des «PPP» dans tous les domaines de la vie socio-économique et politique du Québec.

Alors que ces gens, plus que tout autre Québécois, savent pertinemment qu'ils font le jeu d'Ottawa par le projet qu’ils proposent, sachant qu’Ottawa a coupé les vivres (40 milliards et/ou plus) au Québec en assurance santé depuis près de 20 ans, et que ces sommes représentent presqu'à elles seules, le manque à gagner du Québec. Par ce rapport, ne font-ils pas le jeu du grand frère fédéral qui refuse de reconnaître les besoins des provinces en coupant dans la péréquation alors qu’il possède des milliards de dollars de surplus, lui qui s’immisce dans les droits des provinces,droits inclus dans la constitution, comme la «santé», la formation «universitaire», les «allocations familiales», la «garde des enfants» et j’en passe, tout ça en fonction de ses objectifs centralisateurs et sa volonté de punir le Québec ( parole du célèbre fils de Léon, Stéphane Dion , dit le «roi des sbires de l’assujettissement» et de la soumission de son peuple) qui ose prétendre à son autonomie et à une certaine velléité indépendantiste.

Si on avait voulu donner de meilleures armes aux fédéralistes et à leurs sbires et rois-nègre afin de contrer les désirs d'émancipation du Québec, on n'aurait pu faire mieux. Et ces gens ont choisi comme porte parole, peut-être a-t-il été celui qui a initié ce projet,Lucien 1er, dit Bouchard, ancien premier ministre du Québec, devenu de nouveau, l'ami des fédéralistes en acceptant de travailler avec les ennemis du Québec comme président du Port de Montréal,propriété d'Ottawa, justement le groupe qui vient d'appuyer le déplacement inopportun du Casino de Montréal, pour le plus grand bien des capitalistes néo-libéraux, et pour les plus grands malheurs de la population de Montréal. Encore là, Lucien Bouchard y a mis toute la gamme ( et la gomme) de ses efforts de conviction, le bonheur (sic) des gens de cet environnement étant lié au projet qu'il défend avec toute l'ardeur de ses convictions anti-sociales.

Encore une fois, au lieu et place de faire la promotion de l'indépendance du Québec et du genre de pays dans lequel nous voulons vivre, on devra lutter contre ce nouveau projet qui ne vise qu'a nous faire oublier notre idéal, le seul projet qui devrait nous intéresser dans le présent débat politique. Et Lucien Bouchard aura de nouveau retardé , comme lors de son bref passage comme premier ministre, sinon fait disparaître de notre paysage politique pour plusieurs années, l'indépendance du Québec, projet s'il en est un, qui mérite toute notre attention et toutes nos énergies.

Bravo Lucien! Après avoir ralenti notre démarche vers l’indépendance, après avoir insulté et démoli, pour un certain temps l'image d'un vrai indépendantiste, Yves Michaud en l'occurrence, te revoilà encore une fois sur les rails de la servitude, au service des ennemis du Québec, ceux qui veulent la disparition de notre langue et de notre culture afin que se réalise le grand rêve des Anglo-saxon, celui de faire de l'Amérique du nord un continent à leur image. Après ton refus de la modification de la loi 86, j’espère que tu analyseras ton comportement à la lumière de tes réalisations et qu’il te sera possible de te regarder dans le miroir sans que tu ne puisses te décourager à la vue des rides disgracieuses de la servitude.

Avec ce nouveau coup de Jarnac, puis-je te le dire, le Québec n'a pas besoin d'autres ennemis. Même la commission «Gomery», par le dévoilement de tous les scandales des libéraux de ti-Jean et de Paul,dit Paul-les-bateaux, cautionnés par leurs sbires/ministres et députés Canadiens-français, ne pourra contrer la démarche assimilatrice de notre peuple par les occupants du Québec venus d'outre Outaouais.

On peut vraiment te dire bravo pour ce dernier geste. Tu as bien mérité de la patrie «canadienne»! Les fédéralistes sauront, plus que tout autre, apprécier le service rendu au nom d’un projet détourné de toute lucidité émancipatrice.




Pourquoi j'appuie Pierre Dubuc

Benoît Dubreuil
L'auteur, candidat au doctorat en philosophie à l’Université libre de Bruxelles, était jusqu’à tout récemment vice-président au contenu du Comité national des jeunes du Parti Québécois
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2005



La course à la direction du Parti Québécois n'a pas été pour l'instant marquée par les idées fortes. Les trois candidats principaux font de la surenchère pour savoir lequel est le plus rassembleur, alors que la multiplication des candidatures démontre par l'absurde qu'aucun d'entre eux ne l'est réellement.

Le grand public ne s'en apercevra peut-être pas, mais il devient clair que les véritables débats se trouvent du côté des candidats dits marginaux. Parmi ceux-ci, celui dont le discours est le plus audacieux est Pierre Dubuc, directeur de L'Aut' Journal et membre du groupe Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQlibre). Là où un candidat comme André Boisclair multiplie les discours creux, Pierre Dubuc prend positions sur des enjeux réels. Dans son discours de lancement, il a montré un souci réel pour les travailleurs et la classe moyenne. En Gaspésie, un souci pour l'économie régionale et la question des forêts, puis d'un engagement sans compromis pour construire un État québécois indépendant.

Mais j'appuie surtout Pierre Dubuc parce qu'il est porteur d'un projet d'intégration pour le Québec. Depuis le départ de Jacques Parizeau, le Parti Québécois est divisé entre deux tendances: une tendance libérale et multiculturaliste, qui accepte la compétition entre les groupes linguistiques et les établissements scolaires, puis une tendance républicaine et intégrative, qui souhaite utiliser l'État pour générer de la cohésion culturelle et sociale.

La première tendance nous vente les mérites du pluralisme et de la diversité, mais n'irait jamais élever ses enfants dans Parc-Extension, Saint-Michel ou Montréal-Nord, trop heureuse de s'installer dans un chic condo du plateau Mont-Royal, du Square Angus ou du Canal Lachine, et d'envoyer ses enfants dans une école privée d'élite. Je vois aujourd'hui cette tendance incarnée par André Boisclair et autres mousquetaires. La seconde tendance sait que la solidarité ne se développe pas dans un contexte de fragmentation sociale et culturelle, mais qu'elle a besoin pour naître d'institutions fortes favorisant l'égalité et l'identification à la communauté politique.

Au congrès national du Parti Québécois, en juin dernier, ces deux tendances se sont affrontées durement autour de la question du cégep français et du financement des universités. Alors que l'aile parlementaire du Parti était paralysée par la peur de froisser les lobbies libéraux et multiculturalistes, le groupe politique SPQlibre n'a pas hésité à défendre une conception forte de l'intégration sociale, économique et culturelle. De pair avec des groupes comme la SSJB et L'Action nationale, SPQlibre a affirmé que la cohésion sociale devait passer devant la libre concurrence entre les établissements collégiaux francophones et anglophones.

Il faut cesser de fermer les yeux: les jeunes francophones et allophones issus de milieux socio-économiques privilégiés quittent le réseau français pour le réseau anglais. Ils le font dans le but d'augmenter leur valeur sur le marché du travail face à la masse des francophones unilingues, périphériques et sous-scolarisés. Nos élites urbaines et sophistiquées sont trop heureuses de voir leurs enfants damer le pion à leurs compatriotes unilingues et régionaux dans la compétition pour les postes importants dans le monde bilingue du droit, de la médecine ou des affaires. Soyons clair: ce sont les classes privilégiés qui bénéficient de cette compétition. Pierre Dubuc le sait. André Boisclair feint de l'ignorer.

Les jeunes Québécois privilégiés quittent le cégep français pour le cégep anglais, mais aussi l'école publique pour l'école privée. 90% des Québécois fréquentent toujours le réseau publique, mais cette proportion diminue plus on monte dans l'échelle sociale. Cette situation porte atteinte à nos valeurs d'égalité et de fraternité. Il faut mettre fin à la compétition malsaine entre les réseaux public et privé en enlevant aux écoles privées le droit de sélectionner leurs élèves et en redirigeant une partie significative de leur financement vers le réseau public.

La cohésion sociale ne s'atteint pas par la promotion ostentatoire de la « différence » et de l'« altérité », à la manière d’André Boisclair, mais par la promotion de nos institutions publiques françaises : l'école et le cégep. J'appuie Pierre Dubuc parce qu'il sait que la diversité sociale et culturelle a une valeur lorsqu'elle est vécue aux seins d’institutions fortes et égalitaires, et non lorsqu'elle mène à la fragmentation sociale et à la ghettoïsation.




Voilà la véritable lucidité

René-Marcel Sauvé
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2005

(...) L'ennemi à Ottawa et à Bay Street n'est pas l'invention d'une imagination malade. Il est réel, actif et dangereux. Klauzewitz définit la guerre comme un acte de violence destiné à briser une volonté et à la soumettre. Cette violence ne commence pas avec les armes et les armées. Elle commence lorsque surgit une volonté émergente qui menace les gros intérêts en place lorsqu'ils ont peur de perdre.

Cette volonté qui émerge, suivant un processus sui generis de quatre siècles, c'est NOUS et c'est ce qu'Ottawa et son oligarchie veulent briser par tous les moyens. Tous les coups sont permis.

La violence utilisée contre nous est "légale" en ce sens que le contrôle quasi absolu des communications dont dispose l'ennemi, sa maîtrise de la fiscalité, son exploitation de la "loi", sa menace pressante et continuelle, sont autant de moyens de nous briser.

La violence la plus dangereuse n'est pas au bout des fusils et des canons, foi de militaire de carrière. La violence armée a pour but de briser les corps mais n'y arrive pas toujours et parvient rarement à briser les esprits, qui se révoltent et s'organisent pour se défendre. Plus subtile, la pire des violences brise les esprits et les âmes de manière à soumettre et inféoder les corps aux puissances du pouvoir et de l'argent. Craignez davantage ceux qui tuent l'âme et peuvent vous envoyer corps et âme dans la géhenne, dit l'Évangile.

La véritable violence part d'une volonté déterminée d'en finir avec nous, de nous réduire et nous briser une fois pour toutes. Nous serions naïfs de ne pas voir le mur qu'on cherche continuellement à élever autour de nous.

Je me demande si le manifeste Bouchard ne s'inscrit pas parmi ces actes les plus délétères destinés à briser notre volonté d'agir en tant que Peuple, Nation et État, ce que nous sommes effectivement devenus après 400 ans de continuités, de constance, d'efforts répétés, de filiation et de détermination.

L'argent achète toutes les complicités et toutes les trahisons et nous en aurons une nouvelle preuve lorsqu'on aura fini de décortiquer ce "manifeste", qui m'apparaît comme un nouveau protocole pour nous abattre.

Voyez comme les clichés ne manquent pas. C'est la manipulation de la peur poussée à sa dernière limite. Quelle peur? La peur "économique", la peur de reculer, de se faire damer le pion par plus d'un milliard d'individus en Amérique du Nord, qui nous "entourent" et vont nous "noyer" par leur "prospérité" alors que nous ne serons plus rien du tout. Ce cliché a fait fortune dans le passé et voilà que Lucien Bouchard et compagnie le reprennent à leur compte.

Cette analogie avec la noyade dans une mer anglo-saxonne est fausse. Nous sommes périphériques et nous allons le rester, plus périphériques que les Scandinaves, que la Hollande et que le Portugal, qui se tirent tous très bien d'affaires, y compris la petite Islande, dont le niveau de vie est un des plus élevés au monde, en fait plus élevé que le nôtre.

Nous sommes plus périphériques que les États baltes. Par sa configuration et son étendue, le golfe Saint Laurent comporte d'intéressantes analogies avec la Baltique et la Mer du Nord, milieu géographique de peuples, de Nations et d'États contrastés et différenciés les uns par rapport aux autres.

Et puis, où ces savantasses ont-ils trouvé le "milliard et demi d'individus en Amérique du nord, qui vont venir nous "noyer"?

Toute l'Amérique du nord dépasse deux fois l'Europe, ou deux fois la Chine, en superficie, de sorte qu'avec une population projetée à un milliard d'individus dans l'avenir, concentré dans les régions les plus oékoumènes, (dont le Québec ne fait pas partie), le continent ne sera pas surpeuplé, ni trop peuplé, loin de là.

Par sa géographie, l'Amérique du nord, un continent neuf à l'histoire très récente, est appelé à voir émerger plusieurs nouveaux États, contrastés et différenciés, qui vont rendre caducs les États post-impériaux et centralisateurs que sont Washington et Ottawa. Ces États existent déjà de fait, (de facto) et n'attendent que des événements favorables pour se faire reconnaître de droit (de jure).

Que notre continent soit plus habité qu'il ne l'est maintenant avec environ 350,000,000 d'individus, ce sera assez normal. Mais nous, Québécois, dont le territoire est très périphérique par rapport au reste de l'Amérique, allons continuer d'émerger comme tous les peuples périphériques du monde, y compris la Nouvelle Écosse, Terre Neuve, le Nouveau Brunswick et l'Ile du Prince Édouard, tous capables de vivre en tant qu'États distincts, comme beaucoup d'États minuscules.

Quant à la Nouvelle Angleterre, dont l'économie prend ses distances par rapport au capitalisme sauvage, je ne crois pas qu'elle suivra les dictées du mondialisme économique que Lucien Bouchard, Guy Saint Pierre et tutti quanti brandissent à la face des Québécois pour leur faire peur.

Le temps des grandes puissances est révolu. Même la Chine et l'Inde connaissent leurs limites et s'ils prennent la tête du monde économique dans les temps qui courent, ce ne sera pas nécessairement mauvais pour nous, à la condition de nous prendre en charge et nous gouverner nous-mêmes.

Je crains bien davantage Ottawa et son oligarchie de Toronto que je crains la Chine et l'Inde, très éloignées par rapport à nous et à nos préoccupations, ce qui n'est pas le cas des régions les plus habitées et les plus "fortes" de l'Amérique évidemment. Ce sont elles qui sont exposées à l'invasion économique chinoise et hindoue, pas nous. Nous ne sommes pas assez gros pour intéresser les grandes puissances qui dominent le monde et pensent trop grand pour nous voir.

Mais l'ennemi d'Ottawa et de Bay Street, entré par effraction dans notre Maison, va tout entreprendre pour en finir avec nous. De notre côté, il nous reste pour nous défendre le principe de réalité et de constance, dont les résultats sont manifestes dans la géographie, l'histoire, la sociologie et l'anthropologie.

Il nous reste à prendre la seule décision qui convienne: maintenir le cap et viser Ottawa de manière à frapper l'ennemi à la tête. Nous n'avons pas le choix. David contre les Philistins se trouvait dans une situation désespérée. De même Vo Nguyen Giap au Vietnam, que les Américains ont frappé de toutes leurs forces, lancant sur ce pays sans défense plus de bombes qu'ils ne l'avaient fait pendant toute la seconde guerre mondiale. Giap avait perdu presque tous ses effectifs et avec ce qu'il lui restait, il a frappé droit à la tête, le quartier général américain, qui est tombé comme la tête de Goliath. Le corps a suivi.

De même Mannerhein en Finlande. Indépendants depuis 1919, les Finlandais sont demeurés moutons, comme le sont les peuples qui ne se sont jamais pris en charge. La menace de guerre, présente en 1930, n'a pas été suffisante pour les décider à s'armer. Leurs bonnes intentions de "neutralité" entre les Allemands et les Russes en 1939 n'avaient aucune crédibilité. Résultat: l'invasion russe avec une énorme armée fin novembre. Mannerheim, qui n'avait presque rien à leur opposer, décida néanmoins de frapper cette armée à la tête, à Suomussalmi pendant le mois de décembre, et a réussi.

Ces leçons sont faites pour nous et je vais y revenir jusqu'à ce qu'on se le mette dans la tête une fois pour toutes. Notre ennemi mortel est à Ottawa et jamais il ne lâchera prise. D'où nécessité pour nous de nous débarasser de notre intellectualisme de pacotille et passer aux actes. Nous n'avons pas les moyens de la lutte armée mais nous avons les moyens de la lutte politique et diplomatique, fondée sur la connaissance des statuts, de fait et de droit, des jeux d'intérêts, de rapports de forces et des principes qui gouvernent l'effectivité de l'action entreprise. Tout celà est concret et n'a rien à voir avec les clichés commodes dont nous abreuvent nos ennemis.

À nous de garder notre détermination, de continuer à savoir qui nous sommes et d'apprendre à agir avec effectivité.

Voilà la véritable lucidité.




Pour un Québec Lucien

Gilles Néron, Charlesbourg
TRIBUNE LIBRE 23 octobre 2005

Le manifeste du groupe Bouchard a des relents du corporatisme, cette doctrine sociale propagée par l’Église catholique avant la dernière guerre mondiale et de ce fait très populaire chez-nous. Il faudrait appeler ce document « Il manifesto » à cause des rôles dévolus à chacun des acteurs sociaux : - aux entrepreneurs privés, le développement économique et l’efficacité; - aux travailleurs et aux syndicats, l’obéissance et la paix sociale; - aux citoyens qu’ils soient riches ou pauvres, les mêmes charges fiscales; - à l’État, la simple coordination et le maintien de l’ordre public. Il m’a semblé relire les leçons des «Semaines sociales» des années ‘30 inspirées des succès du gouvernement italien. Tout le bagage conceptuel des régimes fascinants de l’époque y passe : l’histoire remplie de ténacité et de miracles, l’élan vers l’avenir, le progrès nécessaire, la sauvegarde des valeurs, la préservation de la langue, l’accroissement des naissances, le sens des responsabilités, l’œuvre commune, le respect des élites. Il ne manque que l’élection divine. En somme le changement proposé consiste à changer le statu quo par un statut vieillot. Pour faire encore plus vrai le document consacre 7 de ses 10 pages au lyrisme national et ethnique et aux défis qui se présentent à une petite nation qui veut s’affirmer.

Sur ce fond suranné se greffent facilement les idées du néo-libéralisme américain répandues par le Département des sciences économétriques de l’Université de Montréal et de son gourou Claude Montmarquette ainsi que par le professeur Pierre Fortin du Département de sciences économiques de l’UQAM. Il est amusant de constater que le prétendu modernisme du développement économique se nourrit des concepts d’un conservatisme réactionnaire du début du siècle : présence accrue du privé dans les programmes publics et dans l’activité gouvernementale; réforme de la fiscalité pour un taux unique d’imposition compensé par une TVQ plus vorace; élimination radicale de la dette publique au moyen de la réduction des programmes sociaux; augmentation des revenus de l’État par la tarification selon principe du consommateur payeur, mise en place de régimes d’assurances payées par les citoyens à risque; concession d’activités au secteur privé et abandon de la protection universelle en matière de santé; vente d’actifs collectifs à des détenteurs d’actions ( Ex. :SAQ, Hydro-Québec, Loto-Québec). Et il y a et bien d’autres de ces trucs puisés dans le coffre à outils des nantis, car le profit qui redevient le seul moteur du progrès social n’est à bout d’initiatives.

En effet, le manifeste reprend tous les thèmes majeurs de Montmarquette et de Fortin malgré le fait que les rapports Clair et Ménard sur l’avenir des programmes de santé, rapports qui avaient retenu ces idées, ont été carrément rejetés par les instances populaires. Rien ne peut mieux qualifier la pensée de ces spécialistes que le reproche fait au professeur Fortin par un ancien sous-ministre des Finances du Canada, Ian A. Stewart (rien de moins), à l’effet que « les questions de bien public surgissent et disparaissent tout au long de son analyse et ne sont jamais formellement abordées ou sont trop souvent écartées comme étant affaire de préférence personnelle plutôt que de volonté collective ». Probablement à cause de cette caractéristique, ces économistes, consultés année après année, comité après comité, par nos gouvernements, sont devenus des porte-étendards des thèses défendues par les institutions financières et les grandes entreprises. À preuve le professeur Montmarquette reçoit des appuis généreux de Bell Canada et de la Caisse de dépôts pour sa Chaire d’applications pratiques des théories de développement économique. Ces théoriciens du grand capital ont aussi de nombreux disciples; c’est ce que prouve la co-signature de l’appel à la lucidité de la part de personnes bien placées comme le professeur Joseph Facal de HEC, le recteur Robert Lacroix de l’Université de Montréal, le professeur d’histoire Jean-Claude Robert, l’éditorialiste André Pratte, de La Presse, faut-il le rappeler et les entrepreneurs et chefs d’entreprise Sylvie Lalande, Marie Saint-Pierre, Denise Robert et Denise Verreault. Par contre, de la nébuleuse du monde ordinaire, nenni, pas un chat.

Mais comment expliquer la présence de Lucien Bouchard à la présidence du groupe. Rappelons que l’ex-premier ministre s’est joint, l’hiver dernier, au camp du projet du CHUM à Outremont. Tout ce beau monde, conseillé par le Département de sciences économiques, ne trouvait que des vertus au projet d’une techno-pôle médicale sur le terrain acquis par l’entremise de Power Corporation et de SNC-Lavalin dans l’ouest de Montréal. Les ingénieurs de Guy Saint-Pierre s’étaient déjà engagés dans la construction d’une super-clinique privée qui devait être tellement plus rentable si elle était branchée sur la Faculté de médecine et ses centres de recherches. Dès lors, l’ancien leader des Péquistes trouvait bon déjà d’introduire du privé à l’américaine dans les services de santé québécois. Heureusement, le Libéral Couillard a trouvé le projet par trop indécent et a tiré le tapis de dessous les pieds de ces promoteurs pour le remettre à la population. Mais qu’est-ce qui justifiait une telle prise de position de la part Lucien Bouchard, lui si silencieux depuis qu’il avait claqué la porte du bunker de Québec? Il était naturel que Guy Saint-Pierre, Robert Lacroix et Claude Montmarquette, se battent férocement pour la réalisation de ce projet à cause des liens, autant pratiques qu’académiques, qui les réunissaient, mais lui, l’ex-premier ministre, le péquiste, l’homme de la social-démocratie, que faisait-il dans cette galère douteuse?

Disons d’abord que M. Bouchard a toujours été un admirateur du professeur Montmarquette à qui il a confié plusieurs mandats d’étude principalement sur l’assurance maladie, l’assurance médicaments, la dette publique, les jeunes décrocheurs, les personnes âgées, et j’en passe. On peut dire que l’universitaire du néo-libéralisme (Université de Chicago) était très en demande sous son règne. Mais il y a plus, quelque chose dans le genre d’atomes crochus entre Lucien Bouchard, Guy Saint-Pierre et certains dirigeant d’institutions financières qui tiennent toujours à rester dans l’ombre. Loin de moi l’insinuation qu’il pourrait y avoir échange de bons procédés entre ces personnalités. Je ne réfère aucunement à des intérêts en espèces sonnantes et trébuchantes, mais plutôt à une communauté de pensée entre personnalités conservatrices et de bonne compagnie.

Y aurait-il, de plus, chez M. Bouchard comme un besoin de réapparaître sur la scène publique, comme un besoin de tenir le crachoir, comme on dit dans son Lac Saint-Jean natal? J’entends une sorte de désir de ne pas se faire oublier en attendant quelque mission que Dieu lui confierait dans l’avenir, ménager en quelque sorte ses chances de revenir sous les spots. Ses nombreuses déclarations depuis six mois, ses engagements sur le plan social, ses dossiers à portée collective sont des indices révélateurs malgré ses dénégations. Le moins qu’on peut dire c’est que l’animal politique chez lui est loin d’être mort. Ce qui est troublant c’est que toute cette belle activité est enrobée dans un discours d’un lyrisme à tirer les larmes. Est-ce que sa belle morgue s’amollirait au point de verser dans un nationalisme romantique?

La lucidité c’est comme la charité, ça doit commencer par soi-même. Quand on la conseille aux autres, ça attire les soupçons.