
Rimouski : le PQ grand gagnant
Charles Courtois
TRIBUNE LIBRE 27 octobre 2005
D'aucuns trouvent la course trop longue. Toujours est-il qu'hier, pratiquement tous les candidats ont montré une maîtrise plus grande comme si justement la course les avait aguerris.
Cette fois-ci, aucun des candidats, je crois, n'a émergé comme grand gagnant. Mais c'est un débat plus positif qui en est ressorti ! Quel plaisir de voir les candidats débattre sur un ton civilisé et même s'échanger les poignées de main.
La portée de l'indépendance, qui rapatriera nos fonds et nos pouvoirs permettant justement de mieux les répartir sur le territoire, est ce que les médias ont retenu de la soirée. Malgré un certain accord des candidats sur le fait que l'indépendance dégage la marge de manoeuvre pour développer les régions et qu'il faut lancer l'élan structurel dans la foulée de l'indépendance, nous avons eu droit à un vrai débat entre les positions les moins décentralisatrices de Dubuc et les plus fédéralistes de Paquette.
Sans oublier de véritables idées, comme l'électrification des transports pour développer le Québec (une vraie mesure d'enrichissement du Québec contrairement aus suggestions des "lucides"). De véritables idéees originales, comme les "réfugiés écologiques" de Ouimet, n'étaient pas en pénurie puisque Lebel a avancé l'idée des banques régionales pour offrir une épargne réagionale au développement des régions. Un Ghislain Lebel fidèle à lui-même pour divertir l'assemblée, mais en fait obliger ses vis-à-vis à défendre leurs idées avec plus de verve et de concret.
Selon moi, de cette performance et de ce climat, le PQ sort grand gagnant. Et du même coup l'indépendantisme, en illustrant concrètement à quel point elle est essentielle au développement du Québec.

Un traitement de faveurs royales
Marie Mance Vallée
TRIBUNE LIBRE 27 octobre 2005
Son Excellence Jean-Daniel Lafond aura été en-dessous de tout à cette entrevue de Marie-France Bazzo qui en a perdu son aplomb habituel. Tout a été dit ou presque tout sur ce sujet : mauvaise foi, trop d'émotions, basse vengence de la part d'un philosophe(!!), d'un humaniste, pourrait-on dire, diarrhée verbale, accusations de terrorisme, mépris du Québécois ignorant qui ne connaît pas le sens des mots, etc...
Quatre choses cependant me restent en travers de la gorge.
La première : Son Excellence a eu droit à près d'une heure d'entrevue à la Société Radio-Canada. Quand les Michaud, les Parizeau ont-ils eu droit à pareil traitement? À ma connaissance, jamais. Et si je me trompe qu'on me le dise.
La deuxième : Son Excellence a accusé de terrorisme les «authentiques indépendantistes». Cette accusation est très grave. Elle mériterait des poursuites légales pour avoir lancé de pareilles accusations. Ce ne sont pas les Juifs qui laisseraient passer de tels propos. Mais le mouton québécois se taira; il est ouvert, il est tolérant jusqu'à la bêtise. Et Son Excellence le sait très bien puisqu'il le connaît pour l'avoir fréquenté pendant vingt ans.
La troisième : Son Excellence qui ne connaît de notre histoire que ce qu'il veut bien en savoir, comme beaucoup d'immigrants, se permet de nous dire ce que nous devons faire, comment nous devons le faire, et surtout pourquoi nous devons le faire. Il aurait été plus avisé de se taire.
La quatrième et non la moindre : Son Excellence, qui était en mission diplomatique, n'en doutons point, malgré ses affirmations contraires, a lancé un nouveau slogan, une nouvelle idéologie, une nouvelle philosophie, «l'indépendance culturelle». Et voilà sa mission accomplie, une néo-commandite, puisqu'il est repris à la Une du journal Le Devoir ce matin.
Voilà ce qui explique à mon avis le traitement de faveurs royales de M. Doublefond.

LES FAUVES
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 27 octobre 2005
Le conseil d’agglomération ne sera pas élargi.
Tremblay s’en félicite.
La création de commissions de recommandations
dont on tiendra à peine compte,
un représentant supplémentaire pour Dollard-des-Ormeaux,
des emprunts pour atténuer les hausses de taxes
dans les villes hostiles aux fusions,
droit d’opposition,
quelle victoire pour Montréal et son maire !
Gérald Tremblay pousse un soupir de soulagement.
On ne l’envoie pas dans la fosse aux lions
mais dans la fosse aux fauves.
Avec ce droit d’opposition,
dont entend se prévaloir au plus coupant
le maire de Dollard-des-Ormeaux
et tous les élus contrariés des villes reconstituées,
le gouvernement du Québec, sans agir en arbitre,
aura le dernier mot.
Le tribunal libéral tranchera.
En faveur de qui, on se le demande.
Même un gouvernement péquiste
n’oserait s’élever contre ces insatiables
qui réclament le gâteau, le glaçage, la cerise et le couteau.
Estimons-nous chanceux,
il nous reste le plat à lécher.
La langue, c’est fait pour ça.
Nous croyons ainsi acheter à prix d’or
une paix impossible
face à cette minorité toujours plus avide,
toujours plus arrogante,
qui crie à l’injustice,
qui nous fait chanter.
Parce que la ministre Nathalie Normandeau
n’est pas anglophone,
estiment les défusionnistes aujourd’hui frustrés
par la taille du conseil et
par les coûts de leur rejet de la grande métropole,
elle ne peut comprendre leur réalité.
Leur viendra-t-il un jour à l’idée
d’accorder de l’importance au français
pour comprendre la nôtre ?
Ils ont voulu défusionner,
faire bande à part
qu’ils paient maintenant.

Les deux faces de RDI
Olivier Guinard, Biologiste, Montréal
TRIBUNE LIBRE 27 octobre 2005
La Société Radio-Canada présentera jeudi soir à RDI son « face-à-face » entre les candidats à la mairie de Montréal. Sera absent de cette tribune publique M. Richard Bergeron, chef de Projet Montréal.
Quoi? Vous ne connaissez pas Projet Montréal? C’est que le parti a choisi de mener une campagne digne de ses convictions en optant de limiter leurs affiches électorales, ne polluant pas l'ensemble de la ville avec on ne sait combien d’images de cœurs et de go! insipides. Sa visibilité dépend donc des médias dits propres, entre autres son (superbe) site web, et sa couverture télévisuelle. RDI assure que « le programme de Projet Montréal est couvert comme il se doit ». Drôle de « couverture », le Réseau ayant créé lui-même la tribune dont il exclut M. Bergeron.
On justifie la décision par le fait “qu’aux élections provinciales et fédérales le consortium des diffuseurs n’invite jamais tous les chefs de partis officiellement inscrits”. Il faut lire entre les lignes : un parti ayant sa plateforme sur le développement durable, aussi étoffée soit-elle, est un parti marginal, digne des Rhinocéros et des Eléphants blancs du monde politique.
Pourtant, à l'heure où d'aucuns constatent les lacunes de nos infrastructures actuelles, et où les remises en question par rapport à notre dépendance au pétrole foisonnent, RDI soustrait de sa tribune le seul parti qui propose concrètement et sérieusement une alternative emballante à ces préoccupations. On se contentera de « recueillir les réactions de M. Bergeron », relégué aux estrades.
On préfère ainsi la « confrontation », le showdown à la sauce Western qui fait bien meilleur spectacle qu’un échange d’idées visionnaires. Tant pis pour la vie démocratique. Tant pis pour l’intérêt des jeunes aux campagnes municipales. Et peu importe si leur propre journaliste, Philippe Schnobbe, soulignait à juste titre le terrible ennui de cette campagne et de ses enjeux, la semaine dernière. Jeudi soir, à la Part des Choses, ce sont des nids de poules et des ô combien sirupeux scandales contractuels que l'on nous présentera. Chapeaux de cowboys en sus.
Et si, entre deux tirs de pistolet, vous apercevez au passage une boule de foin entre les deux desperados, dites-vous que c’est ça la priorité de notre télévision publique. Car ultimement, à RDI comme à la Mairie de Montréal, c’est bien ça que l’on rumine.

Jean-Daniel Lafond - plus que divertissant...
Xavier Dionne, étudiant 1er cycle en science politique à l'UQAM
TRIBUNE LIBRE 27 octobre 2005
Laval, le 26 octobre 2005 - J’ai eu l’immense plaisir d’écouter Jean-Daniel Lafond pour la première fois, aujourd’hui, dans une retransmission de l’émission de Marie-France Bazzo. Le plaisir, certes, puisque ce fut plus que divertissant. Notre éminent « philosophe » québécois s’est plaint du triste sort que certains « terroristes » indépendantistes ont réservé à cette nomination plus que déplacée.
Jean-Daniel Lafond se complait manifestement dans une pensée magique et artificielle. Pire encore, il semble vouloir se justifier à ses propres yeux et ainsi adoucir sa mauvaise conscience.
Pour commencer, l’illustre penseur dit voir en un simple mot (« traître ») une manifestation de terrorisme. Comme si, délibérément, des souverainistes tentaient de le menacer de mort, « comme en Iran ou à Cuba, où les traîtres sont condamnés à la peine de mort ». Jamais de ma vie, et j’étudie en politique, je n’ai eu la chance d’entendre un « intellectuel » faire un aussi minable rapprochement. Allez donc, M. Lafond, vous plaindre à la commission des droits de la personne, pour les avertir que la peine de mort pour traîtrise vient d’être établie, au Québec. Allez donc parler de terreur aux Irakiens, aux Iraniens, aux Haïtiens (du moins, ceux qui n’occupent pas de fonctions royales) ou aux Africains; ils vous parleront de ce qui convient d’être appelé de la terreur. Certains d’entre eux vous parleront peut-être aussi de la terreur royale, impériale et même britannique. D’autres vous diront que l’impérialisme incarne la pire source de terreur, et que l’assujettissement est la source première de la révolte. Que penser, c’est aussi refuser une fonction qui découle de cette terreur.
L’homme se dit penseur, philosophe et intellectuel. Il se dit aussi cinéaste, ce qui ne fait pas de doute. Certes, il a réalisé des films. Ceci dit, ce sont les trois premiers attributs qui me font douter de son honnêteté. Lorsqu’un « philosophe » ne comprend même pas pourquoi certains Québécois sont insultés qu’un « intellectuel » soi-disant de gauche puisse accepter une telle fonction en la défendant en plus, il perd toute sa crédibilité. Le « penseur » ne comprend pas, non plus, qu’il représente un pouvoir qui tente d’écraser le droit d’un peuple à son autodétermination et ce, par des moyens illégaux et illégitimes (est-il pertinent de les rappeler?)
Finalement, l’homme qui est attaqué par des terroristes avoue, aujourd’hui encore, avoir eu des liens amicaux avec des hommes tels Francis Simard et Pierre Vallières. L’un fit parti de la cellule qui aurait causé la mort de M. Laporte, et l’autre était considéré comme le « cerveau du terrorisme » au Québec. Je ne comprend plus, aujourd’hui, pourquoi on s’obstine à considérer notre nouveau prince consort comme étant un intellectuel, un philosophe ou même un penseur. Cet homme est intellectuellement malhonnête.

Très chers lucides, voici ma banane livrée pour vous
Danièle Magnan, St-Pie, Québec
TRIBUNE LIBRE 27 octobre 2005
«Mais diantre, me disais-je!», incapable que j'étais de comprendre pourquoi les efforts exigés pour réduire la dette retombaient encore sur le dos des classes moyennes et pauvres, plutôt que sur celui des classes aisées.
«Quel type d'individu peut à la fois demander plus aux pauvres et moins aux riches afin de payer la dette?», me répétais-je sans cesse et vainement.
Puis, hier soir, bang! La réponse m'est finalement parvenue via des chercheurs de l'Université de Californie et je les remercie d'avoir permis des connexions synaptiques qui m'étaient jusqu'alors impossibles. En effet, ces derniers ont démontré que «les chimpanzés refusent de faire un geste en faveur d'autrui, même si cela ne les prive de rien».
Alors mes chers lucides qui voulez moins d'impôt et plus de taxes à la consommation, je vous donne gentiment, nue et le dos bien courbé, ma banane. Je me priverai, moi n'étant point de votre espèce, et me contenterai de la pelure que vous voudrez bien me laisser, même si votre but n'est que de me faire culbuter de temps à autre en marchant dessus.
Cette question résolue, une autre a rapidement pris sa place: «À quand le manifeste de MacDonald «Pour un Québec glucide»?» Tant qu'à ne pas couper dans le gras...

TRISTE BOUCHARD
Éric Tremblay, Avocat et fervent indépendantiste
TRIBUNE LIBRE 27 octobre 2005
Notre bienséant « penseur » se dit heurté par les propos cavaliers d’un certain journaliste, travaillant pourtant pour une entreprise appartenant à ses amis de la famille Desmarais. Bouchard, indigné, s’insurge contre la vulgarité des vociférateurs de son nouvel évangile néo-conservateur. Il ne peut tolérer les critiques de son bébé qui propose, selon lui, des idées nouvelles afin de régler nos graves problèmes d’endettement et de démographie. Pauvre Bouchard. Ne possède-t-il pas la « lucidité » nécessaire afin de constater que la vulgarité qu’il condamne relève plutôt des mesures socialement régressives avancées dans son ouvrage bâclé.
Loin de proposer aux Québécois des solutions novatrices quant à la réduction de la dette publique, les 12 apôtres néo-libéraux se contentent de répéter bêtement les politiques d’ajustements structurels destructrices du FMI, inspirées par le consensus de Washington, bible néo-capitaliste, ayant entraîné successivement, dans les années ’90, le Mexique, les pays du Sud-Est asiatique, la Russie, le Brésil et l’Argentine dans la plus grande crise socio-économique et financière de l’histoire universelle moderne.
Afin de combattre les problèmes de dettes publiques des pays en voie de développement, le FMI octroi des prêts aux gouvernements nationaux afin que ces derniers puissent rembourser les créanciers internationaux. Cependant, cette aide dépend de conditionnalités strictes devant être respectées par les États demandeurs, dont la privatisation des secteurs publics (santé, éducation, transport, énergie,…), la libéralisation des marchés financiers, la non-taxation des transactions financières, l’utilisation des recettes d’exportation à des fins de remboursement des prêts octroyés par les banques occidentales privées, l’ouverture des marchés locaux aux produits et services en provenance des pays occidentaux, l’instauration d’un régime fiscal favorisant l’investissement étranger et l’installation des multinationales, l’augmentation des taxes à la consommation, l’adoption de lois du travail plus flexibles et permissives, l’adoption de lois protégeant la propriété intellectuelle profitant aux multinationales occidentales, etc.. Cette médecine néo-libérale a provoqué un accroissement de la pauvreté, de la faim et des inégalités socio-économiques au sein de ces pays, tout en permettant au capital étranger d’accumuler des richesses incommensurables, comme jamais dans l’histoire de l’humanité. Pendant que de riches actionnaires et dirigeants d’entreprises s’en mettent plein les poches, les 2/3 de la population mondiale gagnent moins de 2$ par jour, dont plus d’un milliard d’individus gagnent moins de 1$ par jour. Ce système néo-libéral est tellement bien fait que les produits agroalimentaires occidentaux subventionnés par nos gouvernements contribuent à l’exacerbation des famines et de la mortalité des pays pauvres par la pratique du dumping.
Pourquoi vouloir nous imposer des solutions favorisant les riches au détriment de la classe moyenne et des pauvres? Le problème de la dette ne se trouve pas du côté des dépenses étatiques, mais bien des revenus fiscaux. Si les multinationales et les grandes entreprises payaient leur juste part d’impôt, si les paradis fiscaux étaient abolis, si l’évasion fiscale des riches était enrayée, les revenus de l’État seraient suffisants pour rembourser graduellement la dette publique, et ce de manière responsable. Pourquoi vouloir étouffer davantage la classe moyenne, qui contribue pour plus que sa part aux recettes fiscales de l’État, en augmentant les taxes sur la consommation, les tarifs d’électricité, les frais de scolarité, etc..? Pourquoi vouloir briser le moral déjà affaibli des pauvres en les culpabilisant ? Comme si ces derniers vivaient au-dessus de leurs moyens. Pourquoi ne pas imposer les riches qui profitent pourtant des mêmes services publics de santé et d’éducation financés par la classe moyenne? Pourquoi ne pas taxer les transactions financières? Pourquoi tolérer le comportement éhonté des pétrolières et des banques qui s’enrichissent sur le dos des citoyens ordinaires sans pour autant contribuer au bien-être collectif? Pourquoi vouloir privilégier les PPP dont l’effet principal consiste en un abaissement du traitement salarial des travailleurs? Pourquoi accepter un nivellement par le bas des conditions de travail et de la rémunération des travailleurs afin de concurrencer les entreprises chinoises et indiennes peu soucieuses des droits humains et du respect de l’environnement? Cessons plutôt de commercer avec ces pays tant que leurs travailleurs ne profiteront pas de conditions semblables aux nôtres. Légiférons afin d’empêcher la délocalisation de nos compagnies. Ayons un peu de courage politique! Le progrès économique du Québec passe par la réalisation de projets innovateurs et ambitieux ,et non de l’importation et la vente de produits chinois et indiens.
Quant au problème démographique, est-ce que nos apôtres néo-conservateurs croient sincèrement que la précarisation des travailleurs et l’appauvrissement des citoyens ordinaires contribueront à l’augmentation du taux de natalité québécois? Si nous voulons avoir plus de naissances au Québec, il faut absolument proposer une vraie politique familiale progressiste! Des enfants, ça se payent!
Vivre en société implique une volonté de partage, d’entraide et de solidarité. La force d’une société réside dans sa capacité à favoriser et préserver des liens solides entre les individus qui la composent. Les Québécois ne sont pas que des travailleurs/consommateurs. L’individualisme ne peut qu’entraîner une désintégration de notre société en créant des îlots égoïstes déshumanisés.
Enfin, libérons-nous de ce pays absurde qui nous étouffe. Réalisons notre indépendance nationale!
En droit, l’on dit que la bonne foi se présume. Malheureusement, dans le cas de nos 12 tristes « penseurs », nous devons conclure que leur mauvaise foi se constate.

D’abord grâce à l’indépendance
Charles Courtois
TRIBUNE LIBRE 27 octobre 2005
J'aimerais bien apporter ma modeste contribution au débat sur l'avenir du Québec, un texte faisant ressortir quelques points qui me paraissent fondamentaux pour l'avenir de notre nation et que le Manifeste d'un Québec dit lucide occulte complètement. Même si je sais que du point de vue de la résonnance c'est un combat inégal, je ne suis pas seul, et à nous tous nous pouvons remettre les pendules à l'heure.
On se soucie de l'avenir du Québec, l'avenir économique et démographique en fait. Bien sûr c'est parce que la petite minorité qu'on appelait autrefois le grand capital accumulerait des profits en croissance moins faramineuse que ces gens relancent des idées réchauffées et inefficaces, mais aptes à augmenter les profits d'une petite minorité. Leurs idées sont ineptes du point de vue concret du bien-être, de la prospérité économique des Québécois et du renouvellement démographique de notre nation.
Le premier pas à faire pour nous garantir un avenir meilleur est d'en prendre contrôle en rapatriant d'Ottawa des pouvoirs et des sommes qui servent présentement à la force et à la croissance démographique comme économique du Canada [anglais].
Mine de rien, Ottawa a doublé sa population depuis trente ans, et le revenu per capita d'Ottawa est le double de Montréal. Mine de rien, en rapatriant pouvoirs et emplois à Québec, on y favorisera une forte croissance économique et démographique. Les ambassades aussi y apporteront de l'immigration. Les capitaux dégagés par ces nouvelles activités, la mise en place d'instituts de recherche, de réglementation, les consulats, etc. attireront migration et immigration. Des familles québécoises qui migrent à Ottawa et se canadianisent, des familles immigrantes qui s'y installent et se canadianisent, tout comme la croissance économique qui l'entoure, voilà une forte activité qui profitera désormais à la nation québécoise.
Avec la décentralisation que l'on pourra alors faire vers les capitales régionales, on stimulera non seulement la créativité du Québec mais sa démographie. Songeons qu'il faudra accorder une certaine enveloppe budgétaire aux régions, doter leurs capitales d'institutions culturelles et de recherche, y décentraliser certains bureaux, (comme pourquoi pas le siège de la Cour suprême du Québec à Gatineau ou Trois-Rivières? La gestion de la pêche à Rimouski ou Gaspé, etc.)
Or, il est bien connu que les villes moyennes sont plus faciles pour les familles et propices à la natalité. Il faut se pencher sur la réussite de Cowansville en ce domaine, un modèle à élargir. Et Montréal comme Québec seront plus vivantes parce que le Québec sera ainsi plus grand, tout comme la culture québécoise, la vitalité du Québec seront plus riches avec deux grandes villes actives et des capitales régionales en santé.
Parlons démographie: étant donné le poids de l'immigration, le Québec doit faire son indépendance pour intégrer son immigration, non pas 50-50 mais à 100% comme il se doit. L'immigration ne sert pas à organiser des festivals multiculturels, à alimenter un cosmopolitisme frivole, mais à appporter de nouveaux citoyens à la nation en permettant à quelqu'un d'améliorer son sort en devenant citoyen d'un nouveau pays. Le Québec a son propre modèle d'immigration à proposer, modèle républicain qui tranche avec la ségrégation du multiculturalisme canadian et mise sur l'intégration et l'interculturalisme, ce qui en fera l’attrait, comme il en fait déjà l’attrait pour plusieurs.
Parlons économie: outre l'argent du Québec qui enrichit année après année le Canada [anglais] par Ottawa, il y a des flots de capitaux qui quittent le Québec dans des secteurs qu'il ne maîtrise pas bien car ils relèvent du fédéral et donc du Canada [anglais].
Prenons les transports, exemple clé avec la politique internationale. A chaque année, les Québécois, (gouvernement et particuliers confondus), dépensent 47 milliards pour l'automobile, les routes et le pétrole. La moitié de cet argent quitte le Québec pour des importations de pétrole et de véhicules.
Les villes d'Europe, des États-Unis et même de l'Ontario se dotent de transports collectifs modernes, sur rail, électriques, et de trains rapides entre elles. A croire que Bombardier et Hydro-Québec sont des compagnies étrangères, seul le Québec s'obstine à être plus étatsunien que les États-Unis et à appliquer lui, contrairement aux États des USA, le credo Bushien que l'auto est un mode de vie nord-américain qui ne doit pas être remis en cause. L’immobilisme réfractaire au progrès de Bush semble trouver chez nos dirigeants, des Hôtels-de-Ville à l’Assemblée nationale, ses défenseurs les plus actifs.
Le ministre Béchard parle d'augmenter le niveau de vie des Québécois, mais en favorisant de plus grandes dépenses de route et zéro pour le transport collectif, il fait exactement le contraire de ce qu'il professe !
Pour chaque 5% de réduction de la dépense de tous les Québécois (les 47 milliards) en transport routier, par l'offre d'alternatives de transport ferroviaire et maritime, l'économie québécoise conserve plus d'un milliard de dollars. C'est considérable. Chaque 5% de réduction nous enrichit de près d’un milliard et demi ! Étant donné que les matériels sur rail - train rapide, train de fret, nouveau tramway, métro, etc. - sont de fabrication québécoise, qu’ils sont propulsés à l’énergie québécoise, l'électricité, c'est une véritable folie de ne pas développer ces moyens de transport ! Car ils nous rapportent doublement, par leur activité et par la diminution d’importations dispendieuses. Ne sommes-nous pas entrés dans l'ère de Kyoto ? Avec une politique de transport digne de ce nom et de l'intérêt national, on peu développer le Québec des grandes villes mais aussi des régions.
Les conséquences du réchauffement sont un legs empoisonné pour nos descendants au coût bien plus gargantuesque et catastrophique que la dette du Québec ! Derrière leurs élans moralisateurs, Bouchard et sa bande d’agents de relations publiques du grand capital nous détournent du plus important défi auquel nous faisons face et des moyens qu’il faut prendre pour résoudre ce problème en assurant notre développement collectif.
Parlons électricité: il n'y a pas que la question des tarifs. Pour accroître notre richesse collective, il faut mettre un terme à la privatisation d'Hydro-Québec, legs de M. Bouchard, et remettre cette société - comme le ministère des Ressources naturelles - au service de la nation. La privatisation des éoliennes fait fuir des milliards de profits du Québec (au profit de GE). Outre les micro-barrages, il faut parler réglementation: imposons des standards de bâtiment dignes du XXIè siècle. Les normes existent, qui permettent aux résidences et aux bâtiments publics d'économiser 50% de leur facture d'énergie. Voilà un moyen de dégager des surplus d'électricité, pour exportation ou pour production économique au Québec. Il existe aussi des normes en matière de pollution lumineuse, que Mont-Mégantic promeut pour sauver son observatoire mais qui signifieraient des céonomies pour nous tous, donc des surplus, enfin des profits.
Parlons éducation: pour accroître le niveau scolaire des Québécois, il faut d'abord aider l'école publique. Cela signifie, outre le déséquilibre fiscal, inverser la proportion du financement public des écoles privées. En ce qui a trait aux universités, il faut rapatrier les fonds d'Ottawa et les distribuer autrement. Les universités francophones hors-Québec sont financées à un taux inférieur au poids démographique des francophones : au Québec c'est exactement identique et donc l'inverse pour les établissements anglophones.
Faut-il vraiment allouer le quart du budget de formation de médecins au Québec à une école montréalaise qui forme surtout des Anglophones hors-Québec qui quittent aussitôt que le Québec a fini de payer une fortune pour les diplômer ? Il faut ramener le poids du financement des universités anglophones à un taux démocratique. Il faut ramener les CEGEPs sous l'autorité des volets de la Charte de la langue française portant sur l'éducation publique. Améliorer le français de tous les professeurs scolaires, offrir systématiquement des 3e langues, et donner aussi un cours de français obligatoire au CEGEP, modulé selon le niveau de chacun, dans le réseau anglo comme francophone. Car il importe de développer l'espace collectif que partagent les citoyens québécois et de fortifier notre culture.
Indépendance, décentralisation, transports électriques et alternatifs à la route, développement durable, amélioration de l'éducation, du financement des écoles publiques et des institutions de savoir francophones et donc de la situation du français, tout en augmentant l'immigration, une immigration intégrée parce que bien gérée au Québec pour le Québec. Voilà des clés de notre développement, démographique comme socio-économique, de la croissance du Québec, de sa culture et de son rayonnement dans le monde, avec l'ouverture en relations internationales que l'indépendance offre au Québec, lui permettant enfin de défendre ses intérêts (comme l’agriculture en ce moment) et de défendre ses valeurs.
Le Québec dont nous pouvons rêver, que nous pouvons bâtir sera plus grand et rayonnant d’abord grâce à l’indépendance. La capitale nationale sera plus populeuse, riche, active et diversifiée. Comme elle, nous pouvons doubler la population des capitales régionales et maintenir la croissance de Montréal à un niveau raisonnable. Non seulement par une politique favorable aux familles mais parce que seul un Québec indépendant pourra mieux intégrer et répartir l’immigration grâce à l’indépendance. Rêver de pouvoir alors multiplier les paix des Braves avec les Premières nations en mettant fin à l’odieux régime canadien du statut indien. Rêver d’une une politique internationale québécoise, mais aussi d’une politique de développement nationale axée sur les transports québécois. On peut rêver d’un TGV de facture québécoise entre Montréal et Québec, Montréal et New York, de trains rapides entre nos deux grandes villes et les grands pôles régionaux (Rouyn, Gatineau, Sherbrooke, Trois-Rivières, Saguenay, Rimouski) dotés de nouvelles institutions de culture, de savoir et de recherche. On peut rêver d’un Québec à la page des nouvelles technologies – que ce soit pour le MagLev des navettes d’aéroport, la géothermie, les toits verts, le moteur-roue et l’éolienne publique - qui l’enrichiront. Un Québec dont les grandes villes seront transformées au profit de la qualité de vie, du bonheur et de la sécurité des citadins, vieux, adultes et enfants, au profit de l'écologie et de notre économie par le nouveau tramway. Autant de villes où l’espace public est embelli et valorisé à la hauteur des villes de culture et du rayonnement de notre culture. Un Québec vivant, fier et tout sauf provincial.

Lucidité ?
Charles Courtois
TRIBUNE LIBRE 27 octobre 2005
On s'inquiète pour la démographie du Québec et ses moyens économiques et financiers dans un avenir proche.
Entre-temps Ottawa a doublé sa population depuis trente ans, et son PIB par habitant est le double des Montréalais !
Une part énorme de nos fonds publics stimule la croissance de l'Ontario. Il faut rapatrier à Québec la part de cette croissance démographique et économique qui nous revient. Avec l'indépendance, Québec connaîtra une forte croissance grâce aux emplois de haute fonction publique, instituts de recherche, de réglementation et autres ambassades. Du coup, des familles québécoises et étrangères qui iraient comme aujourd'hui s'établir à Ottawa s'établiront dans notre capitale nationale. Si nos impôts sont mal gérés, si nos dépenses publiques sont à diminuer, alors il y a un luxe superflu, une dépense folle à couper : c'est Ottawa. Ottawa qui voudrait d'ailleurs en ce moment nous faire financer la dépollution de l'Alberta...
Comme le débat du PQ à Rimouski l'a illustré, l'indépendance nous procure aussi les moyens de développer les régions, en diversifiant l'économie de leurs villes principales. Sans quoi, des régions ratatinées vont diminuer le dynamisme de notre capitale et de notre métropole. Or en dévelopant ainsi les régions nous affecterons positivement la démographie du Québec puisque les villes moyennes sont plus favorables à qui veut fonder famille. Le succès du maire de Cowansville sur ce plan est d'ailleurs à généraliser. Tout cela c'est sans compter l'importance de l'immigration que l'indépendance permettra d'intégrer comme il faut à l'avantage de la nation.
Pour ce qui est des moyens économiques, Pierre Dubuc a insisté avec raison sur les moyens modernes de développer les régions en les reliant par un réseau de trains rapides et de développer le Québec par l'électrification des transports. Justement, ce sont là des technologies québécoises tandis que les transports comme le chemin de fer sont de compétence fédérale : il faut se prendre en main.
Si nous développons une vraie stratégie de substitution d'importations au profit des transports collectifs Bombardier (et d'autres sociétés québécoises), et d'électrification des transports, nous pouvons alors contribuer à l'enrichissemnt collectif des Québécois de manière magistrale. Richard Bergeron montre dans Les Québécois au volant, c'est mortel que cette substitution peut parvenir à maintenir au Québec 10 milliards de capitaux par année, qui quittent présentement en importations de pétrole et d'autos. C'est bien plus que le 7 milliards de service de la dette, et c'est sans compter l'effet des retombées positives de ces infrastructures, qui révolutionneront notre qualité de vie ! Une récente étude de la Chambre de commerce de Montréal rappelait la rentabilité d'un investissement en transport collectif.
Comment faire pour dégager l'électricité requise ? Non seulement devons-nous standardiser les normes existantes de haute efficacité énergétique, qui permettent des réductions de facture de l'ordre de 50% dans les édifices publics et résidentiels, mais nous devons aussi développer le potentiel éolien du Québec.
Pour que le Québec en tire pleinement profit, il faut le faire par Hydro-Québec, fleuron de notre industrie nationale. Au lieu de laisser fuir les profits des éoliennes privées à l'étranger, renouons avec ce qui a fait le succès d'Hydro-Québec pour notre bien-être collectif. Développons l'éolien intégré au réseau et par notre société nationale. C'est justement un des drôles de "lucides", Lucien Bouchard, qui a commencé en 1996 une sorte de privatisation par la porte arrière d'Hydro-Québec avec l'équipe de Caillé et Vandal. Il faut mettre un terme à ce détournement des intérêts économiques du Québec que sont les privatisations de la production d'électricité (Cf. l'article de J.F.Blain dans L'Action nationale d'Oct.05).
Avec lucidité nous pouvons prendre en main notre destin et faire un Québec meilleur, tout en relevant avec grand succès les défis démographiques et économiques qui nous condamnent à la marginalisation si nous demeurons dans le Canada. Ce qu'il faut pour avancer c'est répandre l'information au sujet de notre potentiel, une autre réflexion que celle des "lucides", une réflexion concrète sur les moyens de développer le Québec. L'indépendance est la première des conditions gagnantes pour notre nation.

Une lucidité au-dessus de tout soupçon…
Serge Cantin, Professeur de philosophie et chercheur au Centre interuniversitaire d’études québécoises,
Université du Québec à Trois-Rivières
TRIBUNE LIBRE 28 octobre 2005
Dans son dernier livre, La force de conviction (Seuil, 2005), Jean-Claude Guillebaud s’attache à montrer à quel point l’économie se trouve aujourd’hui « saisie par le cléricalisme », c’est-à-dire par un discours à connotation religieuse que diffuse un clergé à triple niveau. Il y a d’abord, explique l’essayiste français, le haut clergé des grands patrons multinationaux qui sont comme « les nouveaux cardinaux de l’Église séculière, périodiquement réunis dans des “conciles” comme celui de Davos ». Plus bas dans la hiérarchie ecclésiale se trouvent les chefs d’entreprise, les consultants et autres agents du développement économique qui pratiquent « une infatigable catéchèse ». Enfin, quelque part à distance de ce haut et de ce bas clergé, gravitent ceux que Guillebaud appelle « les prédicateurs médiatiques » et les « manipulateurs de symboles », qui ont pour fonction de convaincre le bon peuple de communier aux vertus de l’économie, de « mener la croisade contre les “blocages” perpétués par les manigances des païens ou des infidèles ».
Nul besoin d’être soi-même grand clerc pour comprendre que les signataires du « Manifeste pour un Québec lucide » appartiennent à ce clergé moyen qui, pour ne pas jouir des privilèges et des pouvoirs du haut clergé, n’en remplit pas moins un rôle capital. La nouvelle religiosité économique nécessite en effet le concours des « manipulateurs de symboles » locaux, chargés non seulement de traduire le message de l’oncle Sam dans l’idiome des peuples conquis, mais d’en légitimer la violence et l’horreur objectives. Et ils ne peuvent y parvenir que par imprégnation idéologique, que par l’usage d’un discours liturgique qui élève les dogmes de l’économie libérale au rang de forces transcendantes contre lesquelles il est vain de lutter. La mondialisation, souligne Guillebaud, « est invoquée comme une puissance vague mais irrésistible qui nous commande d’ouvrir davantage nos frontières, de réduire nos dépenses publiques, d’entrer en compétition pour attirer les capitaux, de défaire nos systèmes de protection sociale, de pratiquer une politique monétaire et fiscale de “monnaie saine” (sound money), de privatiser les entreprises publiques, de renoncer à l’omnipotence de l’État, etc. »
Pour faire avaler de telles couleuvres aux milliards de pauvres gens qui en sont les victimes, l’orthodoxie de l’économie mondialisée a en effet besoin de « prédicateurs médiatiques » indigènes. Or, quel meilleur prédicateur, quel plus habile « manipulateur de symboles » eût-elle pu trouver ici que Lucien Bouchard, dont la lucidité a déjà coûté si cher au Québec? Celle dont il se réclame aujourd’hui, avec ses acolytes, risque de nous coûter beaucoup plus cher encore. Car cette prétendue lucidité n’est au fond que celle des riches qu’ils sont et des plus riches encore qu’ils servent et représentent. Lucidité des profiteurs de paradis fiscaux qui doivent leur richesse à l’inféodation du pouvoir politique.
À cet égard, la composition de notre auguste aréopage de la lucidité témoigne on ne peut mieux de l’inquiétante complicité qui lie nos gouvernements aux milieux d’affaires. « Si, par suite d’une communauté de pouvoir et de culture, la circulation entre les administrateurs de l’État et ceux de l’entreprise s’accentue, il se pourrait que s’atténue, que s’efface même, la tension qui séparait les deux secteurs et qui assurait, au moins en principe, la sauvegarde du bien public à l’encontre des intérêts privés. Le retour actuel du néolibéralisme jusque dans les enceintes gouvernementales est-il un signe avant-coureur? »
Depuis que Fernand Dumont a écrit ces lignes dans Raisons communes en 1995, la circulation en question n’a fait que s’intensifier, brouillant ainsi les frontières entre le public et le privé, entre le politique et l’économique, entre l’État et la logique marchande. Il en résulte que nous sommes de moins en moins capables, individuellement et collectivement, de percevoir les inégalités et les injustices sociales. Aussi, à la faveur de ce brouillage, peut-on comme Lucien Bouchard appeler au réveil de la société québécoise en se prétendant ni de gauche ni de droite, ni fédéraliste ni souverainiste (ça, on s’en doutait…), en récusant toutes les étiquettes, quitte à dénoncer les syndicats « qui ont monopolisé le label “progressiste” pour mieux s’opposer aux changements », et à jeter l’anathème sur tous les athées de la mondialisation.

L'imposture de Stéphane Dion ou le mépris du processus démocratique
Charles Courtois
TRIBUNE LIBRE 28 octobre 2005
Ne nous laissons pas berner par les manipulations du nationaliste canadian Dion. Depuis qu'il est au service d'Ottawa, il s'évertue un jour à dévaluer l'importance de la souveraineté pour un peuple, l'autre à miner la portée d'un référendum. Contrairement à ce qui se pratique dans le monde, contrairement à la règle universelle du 50% + 1 que nous voyons régulièrement mise en pratique, notamment dans l'Union européenne, Dion voudrait nous faire accroire qu'une majorité soviétique est requise pour qu'un référendum soit respecté.
Un Dominion du Canada imposé aux Québécois
Bien sûr, le Canada quant à lui s'est toujours passé d'un tel exercice démocratique, à commencer par l'Union du Québec et de l'Ontario imposée par Londres en 1840 dans le but exprimé de faire disparaître la culture québécoise. Les Canadians eux, sont jaloux de leur souveraineté. Ils se sont efforcés en 1867, avec les Statuts de Westminster ensuite et enfin avec la constitution anti-québécoise de 1982, de l'arracher de Londres et la défendre de Washington.
Graves décisions, qui engageaient les sujets de la Reine et leur descendance mais qui n'ont été soumis à aucun référendum : croyez-vous qu'ils auraient obtenu les majorités soviétiques que Dion a la prétention d'exiger? Le Canada, et la domination canadian qui s'ensuit, a toujours été imposé aux Québécois et il n'a jamais fait approuver ses évolutions constitutionnelles par référendum. Sauf la défunte proposition de Charlottetown - exception qui confirme la règle - où, bien sûr, il n'était pas question des majorités soviétiques que réclament soudain Dion et Pettigrew.
Référendum : ce qui vaut pour les Terre-Neuviens ne vaudrait pas pour les Québécois?
Le plus ironique, discréditant totalement les fumisteries de Stéphane Dion, c'est que lorsqu'il s'est agit de déterminer si Terre-Neuve devait reprendre son indépendance ou joindre le Canada, le premier ministre de l'époque, le libéral MacKenzie King déclara qu'à 52% pour le Canada, les Terre-Neuviens avaient exprimé une décision "claire et incontestable"!
Stratégie du désespoir : prisonniers du Canada
Maintenant qu'il affronte une nation de mieux en mieux outillée et prête à exercer son auto-détermination, Ottawa abandonne les fausses promesses de réformer le Canada pour reconnaître la nation québécoise. La nouvelle stratégie énoncée par Dion est de changer les règles du jeu à la dernière minute et retenir les Québécois sous tutelle des Canadians par coercition.
On ne parle pas de sécession pour l'indépendance d'un peuple annexé
Pour faire sa basse besogne de dénigrement de l'émancipation québécoise, Dion tente de peindre de couleurs sombres le processus d'auto-détermination en le qualifiant de "sécession". Oh ! la vilaine affaire, propre à froisser la mémoire de nos voisins. Nos voisins qui eux n'ont pas craint de faire leur indépendance, avec tout le bien qu'ils en ont retiré! Pour faire sécession, encore faudrait-il que Québécois et Canadians forment une même nation, unies dans une lutte d'indépendance comme aux USA. Or il n'en fut jamais rien et il n'en est toujours rien : les Canadians vont garder leur Monarque britannique et les Québécois vont enfin se libérer de ce colonialisme en fondant une République au service de leurs intérêts démocratiques, comme des dizaines de peuples l'ont fait tout récemment.
Une mauvaise foi très claire d'Ottawa dont les Québécois doivent prendre acte
Ce qu'il faut retenir par contre de l'hostilité exprimée par "l'honorable" Dion envers l'émancipation du peuple québécois, c'est que contrairement aux belles paroles de MacKenzie King lors du référendum de Terre-Neuve, Ottawa entend par tous les moyens empêcher les Québécois d'exercer leur droit à l'auto-détermination, une valeur universelle qui est au fondement même de la démocratie. Que les souverainistes se le tiennent pour dit.

Une démocratie à géométrie variable…
Daniel Lévesque
L’auteur fut président du Parti québécois de la circonscription de Montmorency
TRIBUNE LIBRE 29 octobre 2005
Une minorité qui décide à l’encontre de la volonté de la majorité, ce n’est plus de la démocratie, Monsieur Dion !
La question de la clarté référendaire est une fois de plus revenue dans l’actualité récemment alors que l’ineffable Stéphane Dion s’est immiscé dans le débat sur la chefferie du Parti québécois. Les élucubrations de monsieur Dion sont devenues si grossièrement ridicules que presque plus personne n’y prête attention si ce n’est de quelques journaux dont les allégeances fédéralistes sont bien connues. À sa décharge, il faut cependant dire ici que ce geste origine des angoisses personnelles de Monsieur Dion qui sont, disons-le, tout à fait compréhensibles et qu’à défaut d’une justification, celles-ci donnent tout de même un motif à son impertinente et inutile intervention. Car, sondages après sondages, les appuis à la souveraineté se consolident, ce qui n’était pas le cas lorsque d’autres montées de fièvre nationalistes s’étaient manifestées dans notre histoire récente. L’appui à la souveraineté du Québec semble donc de plus en plus solide et durable en plus d’être majoritaire. Et nous sommes encore loin d’une campagne référendaire. C’est là un phénomène nouveau.
Or tant et aussi longtemps que les fédéralistes ont vu leur option tenir le haut du pavé, jamais ils n’ont questionné la légitimité ou la légalité du processus référendaire. Maintenant qu’ils sentent que le tapis leur glisse sous les pieds, ils s’approprient soudainement le droit de passer par-dessus l’Assemblée nationale et d’imposer leurs règles de démocratie à géométrie variable.
Infantiliser le peuple Québécois
Mais là n’est pas le pire ! Car on sait très bien (et monsieur Dion au premier chef) que la Loi sur la clarté référendaire n’a aucune emprise sur la volonté manifeste des Québécois exprimée à travers leur Assemblée nationale. Toute intervention des tribunaux serait de nature politique et reviendrait à une mise en tutelle de l’institution qui représente les Québécois. Un tel geste serait abject et aurait des conséquences politiques et économiques exponentielles encore plus douloureuses pour le Canada qui serait mis au banc de la communauté internationale. Non, ce qui est encore plus abominable, c’est ce qui sous-tend cette loi. C'est-à-dire l’idée même que les Québécois n’ont rien compris lors du dernier référendum, qu’ils soient incapables de comprendre le sens d’une question posée par leur gouvernement et qu’il faille protéger la population contre ce dernier.
Non, mais il faut le faire ! Quelle prétention ! Personne d’autre que Stéphane Dion ne pouvait venir affirmer avec plus de force, à travers cette loi, la perception méprisante que les fédéralistes ont à l’égard des Québécois. Ils refusent de reconnaître à ces derniers qu’ils ont l’intelligence suffisamment développée pour comprendre une question posée par leur gouvernement. Pourtant, la question sur l’entente de Charlottown était pas mal plus complexe que celle du référendum de 1995. Il fallait lire de volumineux documents pour y comprendre clairement comment le Québec se faisait avoir jusqu’à l’os. Mais dans ce cas là, on avait semble-t-il la capacité de comprendre que l’on ne nous reconnait soudainement plus. Tiens, tiens !
Je me restreins ici d’énumérer les règles de démocratie en vigueur à travers le monde ainsi que le droit international qui donneraient raison au Québec sur toute la ligne, s’il y avait contestation judiciaire. C’est connu par exemple que Terre-Neuve est entrée dans la confédération avec deux référendums tenus à quelques semaines d’intervalles ainsi qu’un résultat très serré.
Ce qui vaut pour l’un vaut aussi pour l’autre n’est-ce pas ?
D’autre part, on sait que l’un des motifs invoqués par Stéphane Dion est l’importance de la question qui justifierait, selon lui, l’adhésion d’une majorité plus grande que 50% plus un. Suivant cette logique, les souverainistes pourraient à leur tour invoquer le même argument pour demeurer dans le Canada s’ils se décidaient, par exemple, à poser une question du genre de la suivante : Êtes-vous en faveur de l’acte d’Amérique du nord britannique de 1867 et de l’amendement constitutionnel de 1982 ? Et si la réponse n’est pas favorable aux deux-tiers, le Québec pourrait alors s’arroger le droit de sécession unilatérale puisque jamais le peuple du Québec n’a été consulté sur la fusion du bas et du haut-Canada. Pour ce faire, les souverainistes pourraient également invoquer la corruption du gouvernement fédéral. Celle-ci pourrait s’avérer être une justification de la plus haute importance à l’appui d’une démarche de renouvellement de notre adhésion au Canada. Vous voyez où nous mène la logique schizophrène de Stéphane Dion ?
De plus comment peut-on soutenir une formule aussi antidémocratique qui subordonnerait la volonté d’une majorité au vœu d’une minorité ? Cela n’aurait aucun sens et serait susceptible de créer un conflit majeur aux répercussions incalculables.
On le voit, les fantasmes de Stéphane Dion sont le ferment de la guerre et il le sait lui-même mieux que quiconque. Il sait que ses idées tordues sont inapplicables et ne servent une fois de plus qu’à faire peur en cette veille d’halloween. La stratégie est vieille et éculée et elle ne prévaudra point contre la force tranquille d’un peuple dont le destin d’avoir son pays et qui vogue inexorablement vers son affranchissement et sa liberté.
Finalement, un bon conseil : plutôt que d’écœurer les Québécois avec ses inepties et de gaspiller de l’argent des contribuables dans des campagnes de publicité pour l’unité nationale, monsieur Dion et son gouvernement auraient tout intérêt à mettre de l’énergie et de l’argent pour aider les nations autochtones qui vivent dans des conditions plus que misérables dans le « plus meilleur pays du monde ». Cela serait fort plus utile !

TOUCHER LE FOND
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 29 octobre 2005
Il en rajoute.
Jean Lafond vide son sac de poubelle.
Lafond prêcheur de tolérance,
défendeur des droits et libertés
a, de son aveu, beaucoup de difficulté avec
les nationalistes en général.
Ça tombe bien,
Nous, on a beaucoup et
de plus en plus de difficulté avec
les fédéralistes de son acabit.
Ils auront l’air fin,
les Pettigreew, Dion, Coderre, Jean, Lafond, Frulla, Lapierre,
et tous ces petits minus
dont le gouvernement se sert
pour mieux nous écraser,
le jour où le Québec deviendra souverain.
Dans quelle main mangeront-ils ?
Paul Martin a peut-être marqué un bon coup
avec l’intronisation d’un
« symbole du Québec contemporain »
mais il nous a également rendu un fier service
en nous débarrassant de cet engeance,
ce porte-chiffon rouge de Lafond.
Le voilà à sa place,
dans ce « petit groupe de terreur »,
ces voleurs de liberté.
Lafond a vidé son sac.
A-t-on besoin d’un autre déballage ?

RÉFLEXION SUR LA CANDIDATURE LOUIS BERNARD
Éric Tremblay, Avocat et fervent indépendantiste
TRIBUNE LIBRE 29 octobre 2005
La publication du dernier tome de la biographie de René Lévesque doit nous amener à la réflexion suivante concernant le candidat Bernard, son discours et la démarche d’accession à la souveraineté qu’il propose.
En effet, la naïveté de M. Bernard ressemble à celle dont souffrait René Lévesque. Comme ce dernier, le candidat Bernard présume la bonne foi de nos adversaires fédéralistes canadiens. Dans plusieurs des entrevues qu’il a données depuis le début de la course à la chefferie, sa nostalgie du projet confédéral remonte à la surface. L’idée d’une souveraineté-association plaît beaucoup à ce candidat ayant travaillé étroitement avec René Lévesque, bien qu’il refuse de l’admettre publiquement. Il a dit souvent qu’il entretenait de bons liens d’amitié avec bon nombre de fédéralistes québécois et canadiens. Son désir de faire l’indépendance « correctement » soulève plusieurs interrogations.
Pour M. Bernard, advenant une victoire lors d’un référendum purement consultatif, la déclaration d’indépendance doit se faire après des négociations d’un an avec Ottawa. La proposition de cette démarche étapiste démontre avec éloquence la naïveté dont souffre ce candidat. Cette naïveté s’avère la même ayant amené René Lévesque à faire confiance aux fédéralistes canadiens avant la « Nuit des longs couteaux », funeste événement ayant scellé le rapatriement unilatéral de la Constitution et l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés utilisée afin de détruire la Loi 101 et affaiblir le peuple québécois.
Malgré le constat du vol référendaire de 1995, M. Bernard refuse d’admettre la mauvaise foi évidente des fédéralistes canadiens « from coast to coast » et des autorités centralisatrices de ce pays absurde. Ce candidat croit pouvoir forcer Ottawa à négocier après une victoire référendaire en avançant que même la Cour Suprême a reconnu l’obligation de négociation du gouvernement canadien. Par contre, il semble oublier que nos adversaires fédéralistes auront le loisir de refuser ces négociations en vertu de la Loi sur la clarté. Si le Parlement fédéral a procédé à l’adoption de cette loi, nul ne doit douter que le gouvernement canadien s’en servira pour balayer du revers de la main les résultats d’une victoire serrée à un référendum purement consultatif, et ainsi refuser toutes négociations en promettant une refonte sérieuse du fédéralisme canadien.
En cas de refus de négocier de la part d’Ottawa, que va faire Bernard? Comment pourra-t-il déclarer unilatéralement l’indépendance sans reconnaissance internationale préparée adéquatement? Rappelons-nous que ce candidat ne propose pas de stratégie diplomatique afin d’obtenir l’appui des grands pays démocratiques occidentaux comme la France, l’Allemagne et les États-Unis. Il trouve ces démarches bien inutiles, en présumant faussement la bonne foi des représentants canadiens. Quelle naïveté! Devant cette impasse plus que probable, que restera-t-il comme moyens d’action à M. Bernard? Allons-nous assister à un nouveau « Beau risque »?
Dans sa critique du programme du PQ, en se basant sur la théorie de l’effectivité, le candidat Bernard avance qu’il nous sera impossible de déclarer l’indépendance le lendemain d’une victoire référendaire, car l’État québécois ne sera pas capable d’assurer la continuité des services présentement offerts par l’État central et qu’il y aura un vide juridique dans les domaines de juridiction fédérale, tels la poste, l’assurance-emploi et les pensions de vieillesse. Pour ces raisons, nul pays pourra nous reconnaître.
Un peu de courage, de conviction et de cohérence, M. Bernard. Dès l’élection de son chef en novembre, le PQ va profiter d’au moins deux années avant la prochaine élection québécoise. Ce temps devra être mis à profit afin de rédiger des lois québécoises visant à assurer une continuité des services présentement offerts par Ottawa et mettre en place un cadre législatif remplaçant les lois de juridiction fédérale. Ainsi, dès la proclamation de l’indépendance, l’État québécois pourra exercer un contrôle effectif de l’ensemble des lois s’appliquant sur son territoire. Cette approche, appuyée par le déploiement d’une stratégie diplomatique, assurera la reconnaissance de grands pays tels la France et l’Allemagne. Ce faisant, nous pouvons avoir confiance que les États-Unis reconnaîtront l’existence du pays du Québec. Le Canada n’aura d’autre choix que de suivre. Ensuite, nous pourrons mener des négociations, de pays à pays, n’ayant pour but que le partage des actifs et passifs.
Quoiqu’en pense M. Bernard, nous serons prêts à déclarer l’indépendance du Québec et adopter une constitution provisoire dès la victoire référendaire. Le danger de la démarche Bernard réside dans son grand potentiel de dilution de notre idéal commun. Elle nous conduit vers un cul-de-sac constitutionnel et risque de reléguer notre rêve d’émancipation nationale aux calendes grecques. Soyons vigilants!

«Lucidité » d’un Manifeste?
Marc-André Labrecque, L’Ancienne-Lorette
TRIBUNE LIBRE 29 octobre 2005
La semaine dernière, le Québec a eu droit à un manifeste non sollicité qui a suscité beaucoup de réactions dans les médias. Je n’entends pas commenter ce document qui l’a été abondamment depuis sa parution mais plutôt dresser un parallèle entre les signataires de ce manifeste, leurs imprécations à la société québécoise, le profil du modèle de société qui découle de leurs propositions et un important ouvrage qui devrait paraître demain en France.
En effet, dans un livre intitulé : « Le monde comme je le vois », l’ancien premier ministre socialiste français, monsieur Lionel Jospin, selon moi un des seuls hommes d’état des dernières décennies dans le monde, propose sa propre conception d’un modèle de société optimal.
Dans des extraits publiés dans le dernier numéro de l’hebdomadaire « LE NOUVEL OBSERVATEUR », il traite abondamment de ce qu’il appelle « la nouvelle aristocratie » et de ses valeurs. Même s’il s’inspire du milieu français, on peut, selon moi, appliquer ses réflexions aux auteurs de notre manifeste ainsi qu’à leurs élucubrations.
Selon l’auteur, « tout en invoquant le modernisme et sous prétexte d’adaptation à l’époque, ce groupe opère un retour en arrière pour adopter une vision des rapports sociaux qui s’inspire d’un passé très lointain. Le discours des représentants de ce groupe oscille entre l’insensibilité sociale et la bonne conscience économique. Il se réclame avant tout de la rationalité économique et de l’efficacité. »
Par ailleurs, il ajoute que « méthodiquement ce groupe explique pourquoi les salariés doivent renoncer à tout excès d’espérance. Il faut inévitablement réduire les coûts de production face à la compétition mondiale et aux pays à bas salaires. Il faut réduire la taille de l’État-providence pour diminuer les frais généraux de la nation. Le tout, nécessairement, pesant sur les salaires, l’intensité du travail et la protection sociale de la masse des salariés petits et moyens. »
« Bien sûr ajoute-t-il, il peut venir à l’esprit de demander à ces chantres du sacrifice ce qu’ils sont prêts, pour les besoins de la bataille économique, à concéder eux-mêmes sur leurs profits, sur leurs salaires très élevés, sur leur propre temps de travail, sur leurs nombreux avantages secondaires, sur leurs retraites spectaculaires ou leurs indemnités fastueuses en cas de départ.»
Il ajoute « mais la rationalité économique a réponse à tout. On ne saurait toucher aux profits, imposer davantage le capital, limiter les salaires extravagants sans décourager les initiatives et paralyser les énergies créatrices, sans provoquer des désinvestissements et des délocalisations d’entreprises ou encore sans entraîner des fuites de cerveaux ou de talents. Des tentatives aussi fâcheuses seraient, selon eux, antiéconomiques et nuiraient finalement à tous. Elles ne sauraient donc être envisagées. »
N’en jetons plus, la cour est pleine. Ces réflexions de l’ancien premier ministre français s’appliquent parfaitement, selon moi, à nos gourous de la « lucidité », adeptes du deux poids deux mesures.
Elles vont comme un gant à leur porte-parole principal, l’ancien premier ministre du Québec, monsieur Lucien Bouchard, caméléon politique par excellence (libéral, conservateur, bloquiste, péquiste), dont le programme de déficit zéro a non seulement floué les syndicats et leurs membres, mais encore a provoqué des perturbations notamment dans les domaines de la santé et l’éducation dont le Québec tarde encore à se remettre près de dix ans plus tard.

Joyeux Anniversaire!
Francis Dupuis
TRIBUNE LIBRE 29 octobre 2005
Demain nous fêterons le dixième anniversaire de la quasi-victoire du NON et du OUi. Un match nul qui a passé à l'histoire. Un verdict qui signifiait qu'il ira en prolongation tôt ou tard.
De l'arrêt d'autobus de la STL jusqu'au Palais des Congrès de Montréal là ou se tenait le rassemblement pour le OUi, les souvenirs sont profondemment ancrés dans ma mémoire. Armés de drapeaux, de rêves et de libertés, mes amis et moi tenions mordicus à y être présents. Nous n'avions bien sûr aucun droit de vote mais nous désirions changer les choses et participer à la naissance d'un pays en direct. Tous les espoirs étaient permis. Nous voulions faire un avec l'Histoire. La cause du Québec nous animait comme jamais. Une St-Jean ou un match des séries du Canadien n'auraient pu nous rallier tous plus fortement. Nous partîmes déçus mais nous pouvions sentir qu'une flamme naquît. À la prochaine fois, comme dirait René.
10 ans plus tard... Qu'est-ce qui a changé?
Admettons rien et que bien des choses ont empiré...
Avec le scandale des commandites, on a tenté de nous acheter. La commission Gomery se penche seulement sur les fonds publics dilapidés. Rien sur l'effort de guerre soutenu et raté pour infiltrer à coups d'millions (et milliards?) la conscience de tous les Québécois. Voyez par vous-mêmes, la souveraineté du Québec n'a jamais été aussi populaire. L'effort a viré en notre faveur. On dira que NOTRE argent aura servi à éveiller certaines consciences.
Avec la loi sur la clarté, on a tenté de nous baîllonner. Le Cour Suprême statue que le Québec dispose des droits de fonder son pays advenant une majorité "claire". En démocratie, 50%+1 vote signifie une clairvoyance évidente. Stéphane Dion se permettait même cette semaine dans une lettre envoyée aux principaux candidats du PQ qu'il faisait fi de l'avis de la cour et qu'il ne reconnaîtrait qu'une majorité écrasante.
Après ils s'imposent de par le monde pour respecter les référendums tenus. Syndrome du "pas dans ma cour."
Navrante apoplexie.
Au fond, on nous promettait mers et mondes à la veille de voter pour notre liberté politique.
D'un côté on offrait un fédéralisme renouvelé malgré la signature sans le Québec du rapatriement de la constitution en 82, l'échec de Meech en 90, suivi de celui de Charlottetown en 92.
Nous pouvions compter sur nos 52 députés bloquistes à Ottawa, d'un charisme d'un Bouchard, de puissantes têtes comme Parizeau et Landry et d'un flamboyant jeune transfuge libéral en Dumont. Nous avions les outils.
On nous a traités de tous les noms à travers le pays car, en agissant ainsi, on brisait leur pays.
Ils n'avaient tout simplement rien compris. Nous voulions que notre pays naisse enfin.

Toronto et l'Ontario, encore une fois
Sylvio Le Blanc, Montréal (Québec)
TRIBUNE LIBRE 30 octobre 2005
À qui profite la pagaille des festivals du film à Montréal? Au Festival international du film de Toronto (FIFT), bien sûr. Et qui est le premier responsable de ce gâchis? Wayne Clarkson, «le Wayne Gretsky du cinéma canadien»[1], «un nationaliste de la culture»[2], actuel directeur général de Téléfilm Canada et tout premier directeur général du… FIFT. On oublie pas comme ça son rejeton, hein Wayne?
Montréal est aujourd’hui la risée du monde du cinéma, avec pour conséquence que demain nous verrons les films que le FIFT daignera bien ne pas retenir. Des films ordinaires comme «L'Audition» se méritant les grands honneurs d’un festival dit international, cela risque de devenir la norme. Merci Téléfilm Canada; on te revaudra ça.
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[1] http://www.telefilm.gc.ca/01/1721.asp?f=523&ct=f
[2] Idem.

Bravo à M. Lévesque
Steve Quilliam
TRIBUNE LIBRE 30 octobre 2005
Du fin fond de la Belgique, où je me trouves "en exil" depuis un certain
temps, je tiens à donner mon appui à M. Raymond Lévesque pour son refus du
prix du gouverneur général pour les raisons qu'il invoque ainsi qui lui
souligner mon admiration et, surtout, pour le remercier d'avoir parlé en
mon nom.
Dans ce monde où l'argent est roi et peut acheter presque tout, dans ce
monde où les valeurs s'effondrent comme des châteaux de cartes, voilà que
quelqu'un refuse, pour des raisons nobles qui lui sont propres mais que
plusieurs partagent, de se plier au jeu des autres.
Bravo à M. Lévesque et merci, en passant, à Vigile pour me permettre
d'écouter et de faire connaître aux amis belges, "Bozo les culottes".
