Le spectacle de l’ineptie

Robert Laplante
Le Bulletin du lundi - L'Action nationale lundi 14 novembre 2005

Quel incroyable spectacle nous donnent le NPD et le Parti conservateur. On ne sait plus très bien dans quel registre situer cette médiocrité : le vaudeville, le délire, l’absurde ou tout simplement l’insignifiance.

On les avait vu s’effondrer au printemps dernier, tremblant devant la moindre oscillation des sondages, rongés par la peur de se faire associer aux séparatistes pour renverser un gouvernement corrompu. On les voit désormais se désintégrer devant … devant quoi au juste ? Devant eux-mêmes, au fond. Devant la politique canadian et ce qu’elle a d’impitoyable depuis que le trudeauisme en a refaçonné la logique au point d’en faire le fondement de la modernisation institutionnelle. Ces deux partis sont incapables de se donner des programmes qui s’en démarquent réellement. Les préoccupations des couches électorales qu’ils servent ne parviennent guère à s’articuler sur un autre registre que celui qui a donné sa matrice idéologique au Parti Libéral du Canada et n’apparaissent dès lors dans l’espace politique qu’en termes régionaux ou locaux. Le PLC a d’autant moins de mal à se présenter et se penser comme l’incarnation des intérêts nationaux que le paradigme sur lequel il s’est construit constitue réellement le nouveau socle identitaire de la société canadienne.

La négation de la nation québécoise, l’imposition d’une constitution illégitime, le Clarity Bill, tout cela forme un ensemble, un paradigme véritablement fondateur. Pour mieux empêcher toute forme de reconnaissance de la nation québécoise, le Canada s’est laissé entraîner dans un multiculturalisme radical dont personne n’a vu à l’époque qu’il venait souder les intérêts du Parti libéral du Canada au clientélisme ethnique. Faisant le choix d’accroître substantiellement son immigration, déployant des moyens faramineux pour encadrer les communautés en finançant une véritable nébuleuse organisationnelle, l’État canadian a été pour ainsi dire été livré au PLC. L’immigration se concentrant dans les grandes agglomérations urbaines, le long règne des libéraux a permis la consolidation de véritables châteaux-forts où se jouent désormais les élections fédérales.

Toute la dynamique politique du Canada s’appuie dès lors sur une mécanique impitoyable qui fixe les rapports entre les régions, surdéterminent les champs de recrutement des partis politiques et délimitent les zones de mouvance de l’opinion publique en fonction de la répartition des populations immigrées acquises au Parti Libéral du Canada et qui jouissent pour ainsi dire de la « balance du pouvoir » dans l’arithmétique électorale. Le Parti Conservateur et le NPD sont structurellement condamnés aux pirouettes insignifiantes : le Canada a préféré le risque du parti unique à celui du règlement de la question nationale du Québec.

C’est d’abord à cela que tient la médiocrité de la performance actuelle de ces deux partis. Ils sont incapables d’articuler une position politique conséquente parce que le Canada « national » qui s’est construit grâce à leur adhésion aux présupposés sous-jacents à la configuration de sa modernisation institutionnelle reste le seul horizon sur lequel se définit la dynamique politique. Le clientélisme faisant bien les choses, l’emprise du PLC sur l’Ontario ne fait pas seulement obstacle au développement d’une force « nationale » par l’un ou l’autre de ces partis, ils les condamne à singer un programme qui génère pourtant les sentiments d’aliénation sur lesquels ils ont recruté le noyau dur de leurs clientèles. C'est un paradoxe qui ne cesse de saper leurs bases électorales et de dresser une espèce de mur invisible sur leur progression vers une plateforme « nationale ». Ce mur est devenu blindé avec l’échec de Meech et les transformations de la carte électorale qui ont achevé d’isoler le Québec, de réduire son poids dans la formation des majorités. Depuis qu’un gouvernement majoritaire peut être formé sans l’appui du Québec, le PLC bénéficie d’un avantage structurel qui fait dériver chaque jour davantage le Canada vers un régime de parti unique, un régime pimenté par des partis régionaux.

Le Bloc Québécois a beau être fort au Québec, cela reste accessoire désormais. Il faut le dire et le redire pour ne pas perdre de vue l’essentiel : le Canada s’organise et évolue désormais sans le Québec. Certes, il reste empêtré dans ses contradictions, mais ce sont les siennes. Cela n’a plus rien à voir avec nous. Gilles Duceppe a beau être populaire à Moose Jaw, cela ne change rien à l’affaire. On l’a bien vu ces derniers jours, la décision et la capacité de renverser le gouvernement se prendront entre partis canadian. Sur le plan électoral, le Bloc y trouvera son compte, c’est sûr. Mais il n’y trouvera que son compte, c’est-à-dire la possibilité d’aller témoigner à la Chambre des Communes de la persistance d’une question nationale que le Canada choisit encore et toujours de nier en endossant une vision nationale et des réformes institutionnelles mises en place pour oblitérer notre peuple.

Le Bloc peut bien s’égosiller à dénoncer les libéraux, à prétendre qu’ils n’ont plus l’autorité morale pour gouverner, il perd son temps. C’est une majorité qui nous est étrangère qui en décidera. Le NPD et les conservateurs fondent leurs évaluations sur leur opinion publique nationale. On peut bien se désoler de leurs tergiversations, de l’invraisemblable cafouillage de leurs stratèges et de la faiblesse de leurs leaders, mais il faut voir les choses comme elles sont : la décision leur appartient. Le Bloc peut bien essayer de manœuvrer pour que cette décision se fasse dans un contexte qui lui permettra de tirer le meilleur parti des circonstances. Mais il ne fera que cela. Dans la politique canadian, il est condamné, comme le Québec tout entier, à essayer de se définir un horizon devant le spectacle de l’ineptie.




LE LEADER IDÉAL!

Benoît Aubin
L'Actualité, n° Vol: 30 No: 19, 1 décembre 2005

Autoritaire ou humain? Bagarreur ou rassembleur? Charismatique ou authentique? Pas facile de déterminer les caractéristiques du chef idéal pour les québécois.

"P'us capab'e." L'opinion du Québécois moyen sur le discours politique en ce moment semble se résumer à ces deux mots. Plus capable d'entendre Gilles Duceppe s'égosiller en dénonçant le gouvernement, de voir Stephen Harper essayer d'avoir l'air encore plus offusqué que Duceppe, d'entendre Paul Martin bredouiller dans les deux langues que ce scandale libéral sera le dernier. Plus capable d'entendre les libéraux de Jean Charest dire que le Québec est ruiné et que ce sera pire demain, de voir les péquistes s'exciter sur leur Fantasme en se "bitchant" comme des nonnes.

Nous vivons ces jours-ci un malaise politique qui rappelle beaucoup la fin des années 1960, quand une nouvelle génération d'électeurs - instruits, nombreux, exaltés et plus exigeants que leurs prédécesseurs - affrontaient cette galerie de dinosaures en vilains complets foncés qui disaient vouloir les représenter: vers qui se tourner?

Mais mettez-vous un instant dans la peau d'un politicien: l'électorat est-il seulement gérable? Que doit faire le leader politique qui a affaire à 25% de séparatistes convaincus, à 25% de fédéralistes engagés et à 50% d'indécis plus ou moins bien informés? Qu'est-ce qu'il dit à une population dont la moitié veut qu'il réduise les impôts et dont l'autre moitié tire un revenu de l'État? Les Québécois veulent des baisses d'impôts mais le maintien des services, pas de déficit mais de nouvelles routes. Ils veulent un leader qui soit énergique et décidé, mais d'abord à l'écoute de leurs besoins...

La seule certitude qu'on semble avoir au sujet du politicien idéal - celui qu'il faudrait maintenant -, c'est qu'il n'est pas en service dans un gouvernement près de chez vous. "Le politicien idéal serait sans doute celui qui le serait le moins, politicien, dit Jean-Jacques Streliski, spécialiste des communications. Nous sommes devenus très blasés; tout ce qui est politique est devenu très suspect."

Une partie de ce désenchantement s'explique par le fait que les politiciens promettent toujours plus qu'ils ne sont capables de tenir. Qu'ils soient de gauche ou de droite, ils gouverneront toujours au centre, forcément. Les indépendantistes n'ont pas fait l'indépendance, les fédéralistes n'ont pas amélioré la fédération. On exige d'un gouvernement séparatiste qu'il gère le déficit comme les libéraux et du gouvernement libéral qu'il "défende les intérêts du Québec" comme des séparatistes. Et eux, ils s'engagent à le faire...

Jean-Herman Guay, politologue de l'Université de Sherbrooke, dit qu'il est "très difficile de tracer le portrait-robot du leader politique idéal, parce que nous vivons maintenant dans une société postmoderne, aux valeurs éclatées, aux solidarités fragmentées. En une seule génération, nous sommes passés d'une société homogène, tissée serré, à une société métissée et éclatée, mais nos institutions et notre culture politiques n'ont pas évolué à la même vitesse et sont en retard sur notre réalité. Il faudra sans doute beaucoup de temps avant que le tout se réajuste."

Dans son étude, Guay discerne deux grandes approches de l'exercice du pouvoir, avec lesquelles les électeurs québécois sont très familiers: celle du prophète et celle du gestionnaire. "Il y a des gens qui disent qu'on est en politique pour donner une direction à la société. C'est une vision platonicienne, dans laquelle le leader politique se perçoit comme un pédagogue, celui qui éclaire le peuple dans sa marche. Et il y a la vision pragmatique, totalement à l'opposé: on doit accompagner le peuple. On ne fera rien de grand au-dessus de la tête du peuple - on le fera avec lui ou on ne le fera pas."

Pierre Trudeau, Robert Bourassa...

Les Québécois se souviennent plus volontiers des personnages plus grands que nature, des leaders autoritaires et charismatiques qui ont frappé leur imagination et infléchi le cours de leur histoire: Jean Lesage, le grand seigneur de la Révolution tranquille; Jean Drapeau, le maire-dictateur qui a "mis Montréal sur la carte"; Pierre Trudeau, l'aristocrate, et son contraire absolu, René Lévesque, le "Ti-Poil" national; Lucien Bouchard, drapé dans la fierté nationale blessée...

Le problème, c'est que ces grands leaders dominants, le peuple les a tous un jour jetés, rejetés, après les avoir applaudis, adulés. Dans les confidences qu'il livre au journaliste Peter C. Newman, Brian Mulroney se lamente sur l'ingratitude des électeurs: son gouvernement conservateur a été le plus productif, le plus "révolutionnaire" de l'histoire récente du Canada, dit-il. En deux mandats majoritaires consécutifs, il a introduit le libre-échange avec les États-Unis et renfloué le Trésor fédéral grâce à la TPS. Sous sa gouverne, le Parti conservateur est devenu une formation vraiment nationale, avec des assises au Québec, et il a proposé une réforme constitutionnelle qui est passée à un cheveu d'amener le Québec à signer la Constitution. Mais, dit Mulroney, un peu amer, les électeurs ne se souviennent de rien de tout cela...

Tout ce qu'un leader politique peut espérer faire, dans la cacophonie présente, dit Jean-Herman Guay, "c'est de surfer entre les contradictions et les paradoxes, en essayant de tenir le cap". À ce propos: qui détient le record de longévité politique du Québec moderne? Le leader le moins militant, le moins prophétique, le moins charismatique de tous: Robert Bourassa.

Bourassa était un politicien ambigu, sinueux, insaisissable: un fédéraliste conditionnel, un nationaliste tempéré, un libéral, certes, mais socialisant, en faveur du bilinguisme, mais père de la loi 178, qui restreignait ce même bilinguisme. Un politicien apte à promettre un Québec fort dans un Canada uni; un "opérateur" fluide qui avait compris qu'il resterait à la tête du troupeau seulement s'il le guidait là où le troupeau voulait aller. Bref, Bourassa fut sans doute le premier leader québécois postmoderne: il pouvait rassembler bien du monde, mais n'emballait personne.

Les leaders politiques sont un peu comme les amants: on ne les connaît vraiment qu'après les avoir choisis. Alors, quelles qualités chercher parmi les soupirants? "D'abord et avant tout, l'authenticité", dit Alain Giguère, président de CROP, qui scrute les humeurs collectives des Québécois depuis près d'un quart de siècle. "Ce n'est pas seulement au Québec, et pas seulement en politique: partout, les gens sont en train de faire une réaction allergique aiguë à la bullshit."

Bullshit, oui. Difficile à traduire: baratin, bluff, bêtise, mensonge, langue de bois, bouillie pour les chats, la "boulechitte", c'est un peu tout cela, et il y en a beaucoup et partout. Les politiciens subissent une pression constante de la part des médias, des groupes d'intérêts, des bonzes de la rectitude politique, qui épient le moindre écart de langage en espérant le faire mousser en scandale. "Le recours à la bullshit est devenu un outil de survie, dit Alain Giguère. Mais un politicien qui serait assez fort pour s'élever au-dessus de tout cela, être authentique et parler des "vraies affaires" répondrait à un besoin pressant."

Ce serait, en effet, un bon début. Quoi d'autre? Il faudrait davantage de ce qu'Alain Giguère appelle "la compassion réaliste: un leader qui trouverait la note juste entre la solidarité sociale et la responsabilité fiscale".

Tant qu'à y être, dit-il, "réclamons aussi une vision. Où est-ce qu'on s'en va avec tout ça? Les réponses ne sont pas là."

Ann Champoux, spécialiste des communications politiques - elle a géré l'image de Daniel Johnson, de Liza Frulla, de Paul Martin, entre autres -, regarde la scène d'un peu plus loin maintenant. Ses observations recoupent celles d'Alain Giguère. Quand on lui demande de quoi aurait l'air le leader idéal en ce moment, elle répond: "Quelqu'un qui serait calme et rassurant. Je trouve que les politiciens sont tellement tous énervés de nos jours..."

Un leader qui serait calme et rassurant ou un leader qui en aurait l'air? Image et perception, en politique, se prêtent si facilement aux pires manipulations qu'on ne sait plus comment séparer le bon grain de la "boulechitte". Calme comme Pauline Marois ou comme le maire de Montréal, Gérald Tremblay? Mais certains sont d'avis que le "calme" de Marois est un masque cachant une arriviste calculatrice; d'autres, que Tremblay n'a rien fait pour "calmer" les cols bleus de sa ville. Philippe Couillard, le ministre de la Santé, semble cool et rassurant - mais serait-il aussi cool comme premier ministre, au bat chaque soir aux infos? André Boisclair est cool, sans doute, mais est-il... rassurant?

Ann Champoux n'avait pas fini sa réponse. "On cherche avant tout quelqu'un qui aurait de grandes qualités de coeur, dit-elle. C'est toujours le coeur qui passe en premier..."

Quand le coeur y est, bien sûr. Mais il semble que, ces jours-ci, ce soit plutôt la bullshit qui tend à percer.




10 questions à un nouveau chef

Michel Vastel
L'Actualité, n° Vol: 30 No: 19, 1 décembre 2005

L'accession à la présidence du Parti québécois n'est que le début d'une longue course d'obstacles. Le nouvel élu aura-t-il l'étoffe nécessaire pour relever chacun des défis qui l'attendent?

Vous voilà président du Parti québécois et chef du mouvement souverainiste. Félicitations! Mais ne vous reposez pas trop longtemps sur vos lauriers. On ne voudrait pas gâcher votre triomphe, mais cette victoire vous lance dans une longue course d'obstacles qui vous permettra peut-être, d'ici 2010, de faire de la province de Québec un État souverain. Cinq ans, c'est demain...

Vous venez de prendre le dessus sur vos huit adversaires, mais comment allez-vous battre Jean Charest? Comment dites-vous? Ce sont les gouvernements qui se défont eux-mêmes? Vous connaissez l'adage: "À vaincre sans péril..." Il vous faudra l'élan d'un formidable triomphe pour aller plus loin.

Réussirez-vous, par exemple, à conserver, dans votre équipe de candidats, chacun de vos adversaires d'hier? Vous savez comme les courses au leadership peuvent être fratricides: avez-vous l'étoffe d'un rassembleur? Et puis, vous héritez d'un programme de 80 pages adopté sous la direction de votre prédécesseur. Nous direz-vous, avant la prochaine élection, ce que vous entendez y changer?

Ce programme - un "programme de pays" - est en particulier muet sur la gouvernance de la province de Québec. René Lévesque s'était beaucoup appliqué à diriger un "bon gouvernement" provincial. Jacques Parizeau ne voulait pas en entendre parler et je sais qu'aucun des candidats dans cette course n'a voulu aborder la question. Mais enfin, pendant un an ou deux - "le plus tôt possible à l'intérieur du mandat", comme date cible pour tenir un référendum sur la souveraineté, est une notion bien élastique -, vous devrez prendre des décisions, faire face à des crises, présenter un ou deux budgets, participer aux réunions du Conseil de la fédération, négocier des ententes avec le gouvernement du Canada...

Il vous faudra surtout plaire à une majorité de citoyens, afin que ceux-ci envisagent de vous suivre jusqu'au bout de votre course. Quel prix êtes-vous prêt à payer pour que les Québécois vous aiment et fassent confiance à votre gouvernement?

Vous aurez en effet besoin de popularité pour franchir le troisième obstacle de votre nouveau mandat: comment allez-vous gagner votre référendum? Lucien Bouchard suggérait que, pour réussir, le camp du Oui devrait faire le plein de tous les souverainistes - et pas seulement des péquistes. D'où ce pacte avec l'Action démocratique, en 1995, auquel il tenait beaucoup. Mais vous, vous voilà avec deux tiers partis, l'un à droite, l'ADQ, et l'autre à gauche, qui naîtra de la fusion de l'UFP et de l'Option citoyenne. Et un adversaire, le gouvernement fédéral, plus déterminé que jamais depuis qu'il a adopté cette "Loi sur la clarté". Irez-vous défendre votre question référendaire, puis, si elle réunit une majorité de Oui, le résultat de la consultation populaire devant le Parlement du Canada? Car vous savez sûrement que l'une et l'autre seront soumis à son approbation. Ou laisserez-vous cette responsabilité à Gilles Duceppe et aux élus du Bloc québécois?

Enfin, vos prédécesseurs à la présidence du Parti québécois ont généralement improvisé leurs lendemains référendaires. René Lévesque a par exemple renoncé au droit de veto du Québec avant de s'engager dans des négociations constitutionnelles qui ont conduit à l'adoption d'une nouvelle Constitution pour... le Canada! Jacques Parizeau a immédiatement démissionné de son poste de chef du gouvernement. Et vous?

Vous êtes convaincu de gagner le troisième référendum sur la souveraineté du Québec. Le nouveau pays aura besoin d'une Constitution: la soumettrez-vous à l'ensemble des citoyens du Québec par une autre consultation populaire? Ou vous contenterez-vous, comme Pierre Elliott Trudeau, de la faire approuver par une majorité parlementaire?

Bien entendu, vous refusez d'envisager le pire. Il serait cruel d'exiger cela de vous au lendemain de votre victoire. Mais tout de même, si les Québécois refusent de vous suivre dans votre projet de faire du Québec un pays, remettrez-vous la démission de votre gouvernement, soumettant votre parti et vos candidats à une élection générale?

La Constitution - canadienne! - vous autorisera à rester au pouvoir jusqu'à la fin de votre mandat de cinq ans. Alors, la question se posera de nouveau: comment entendez-vous diriger la province de Québec?

Suivez régulièrement le blogue de Michel Vastel dans le site de L'actualité: www.lactualite.com.




Tout ça pour ça ?

Jean-Marc Salvet
Le Soleil samedi 12 novembre 2005

Éditorial - La course à la direction n'a pas été l'occasion d'un renouveau au Parti québécois. Les candidats ont davantage effleuré qu'enrichi les débats. Ils ont même réussi à escamoter toute discussion sérieuse sur deux documents importants présentés récemment, celui pour un "Québec lucide" et celui pour un "Québec solidaire". Dans le contexte actuel, c'est un tour de force.

Pas étonnant que Louise Harel, qui assume le rôle de chef de l'opposition à l'Assemblée nationale, puisse aujourd'hui déclarer que la "confrontation" a surtout porté sur les personnes pendant cette éprouvante campagne. Et comment !

Pour les Marois, Boisclair, Legendre et les candidats marginaux, cette course a été une répétition de la Saison des idées qu'avait pilotée Bernard Landry l'an dernier. Les mêmes camps, les mêmes factions se sont affrontés. Sans beaucoup plus de résultat, cependant.

À quelques heures du début du vote des membres, Louise Harel a parfaitement raison d'affirmer - même si c'est pour s'en féliciter - que tous les candidats s'entendent pour faire la "souveraineté le plus tôt possible". Et qu'ils veulent tous s'appuyer sur le programme adopté par le Parti en juin...

S'appuyer sur le programme du Parti pour réaliser la souveraineté le plus vite possible ? N'était-ce pas l'objectif de Bernard Landry ?

Pour le renouveau, on repassera.

Au début de la course, le candidat Louis Bernard a soutenu qu'un Oui qui l'emporterait par une très faible marge lors d'un éventuel troisième référendum serait juridiquement acceptable, mais politiquement fragile. Un point de vue que ce souverainiste de la première heure a répété, hier, en entrevue au SOLEIL. Y a-t-il eu le moindre débat là-dessus ? Non.

Pauline Marois a parlé avec franchise d'une période de perturbations après une victoire référendaire. On l'a obligée à ravaler ses paroles et à parler d'effervescence. La vérité, c'est qu'il y aurait un peu des deux.

Ce matin, il y a bien des militants péquistes et des Québécois qui sont en droit de se demander à quoi a bien pu servir cette course au juste. Encore heureux pour le Parti québécois que les libéraux soient à couteaux tirés avec l'opinion publique. S'il n'écrasait pas Jean Charest dans les sondages, le PQ aurait implosé ces dernières semaines.

Le vote des membres se déroulera jusqu'à 17 h mardi. Il ressemblera à un référendum sur André Boisclair. Il est évident que sa consommation de cocaïne, qui l'a rendu vulnérable pendant cette course, constituerait une arme de choix pour les adversaires du PQ lors d'une campagne électorale. Voilà pourquoi Pauline Marois est parvenue à rassembler autour d'elle des gens aussi aux antipodes que Joseph Facal et Pierre Dubuc. L'ancien président du Conseil du trésor Joseph Facal est l'un des porte-étendards du manifeste Pour un Québec lucide. Pierre Dubuc est le représentant d'une gauche orthodoxe, celle du SPQ-Libre.

Qui dit référendum dit polarisation du vote. Le prochain chef, quel qu'il soit, n'aura pas la vie facile. Les partisans d'André Boisclair ne se rangeront pas facilement derrière Pauline Marois - même si sa candidature paraît moins risquée. Et les partisans de Pauline Marois n'accepteront pas qu'André Boisclair prenne la direction du Parti.

Bernard Landry, à qui des militants ont montré la porte en juin, peut bien cultiver quelques rancoeurs ces temps-ci. C'est un sentiment inavouable, mais tellement humain... Surtout après une pareille course de démolition.

JMSalvet@lesoleil.com




Une campagne redondante

Lysiane Gagnon
La Presse samedi 12 novembre 2005

On a l'impression que la course au leadership du PQ dure depuis deux ans, tant on a étiré la sauce. Les candidats se sont répétés ad nauseam, les banalités succédant aux clichés. Le battage médiatique auquel a donné lieu cette campagne électorale était inversement proportionnel à l'intérêt des propos et des discussions.

Si au moins le leadership s'était ouvert avant que le congrès de juin ne grave dans la pierre les tables de la Loi, on aurait peut-être au moins eu droit à quelques débats de fond. Mais les candidats étaient tous encarcanés dans un programme rigide et radical qu'ils devaient faire mine de respecter.

Seul Louis Bernard a eu l'indépendance d'esprit de s'en démarquer, notamment sur la stratégie à adopter après un référendum gagnant. De tous les candidats, ce fut d'ailleurs le seul à " parler vrai " du début à la fin- mais il est vrai qu'il n'avait rien à perdre car ses chances de gagner étaient nulles.

Pauline Marois a timidement essayé d'introduire une goutte de réalité dans le débat en signalant que les lendemains de ce fameux référendum ne seraient pas nécessairement paradisiaques, pour se faire instantanément tomber dessus par les autres... Elle n'a pas eu le cran de tenir à cette opinion pourtant parfaitement sensée et a piteusement reculé en disant qu'au lieu de " perturbations " elle aurait dû parler d'" effervescence "... sans se rendre compte qu'il s'agit de deux concepts totalement opposés. La perturbation, c'est le dérangement, le trouble, la crise. L'effervescence, c'est un phénomène joyeux, agréable et dynamique. Il y a entre les deux mots autant de différences qu'entre un ouragan et une coupe de champagne.

Quant à André Boisclair, le type de campagne qu'il a menée pourrait se résumer par le slogan " sois beau et tais-toi ". À part quelques idées sans originalité (réduction de la dette, renforcement du parti, priorité à l'éducation, etc.), il s'est contenté de " surfer " sur la vague de popularité qui le portait, sans même daigner- contrairement à tous les autres- accorder une seule entrevue particulière à un journal, ce qui aurait été la seule façon d'expliciter sa pensée en détail.

On l'a dit et redit, la façon dont il a réagi aux révélations sur sa consommation de cocaïne était plutôt inquiétante. Non seulement ni lui ni son entourage n'avaient-ils vu venir le coup, ce qui témoigne d'une rare arrogance, mais la façon dont il s'est défendu démontrait un manque de maturité étonnant et une difficulté évidente à gérer une crise.

Même à la fin de la campagne, M. Boisclair n'avait pas encore l'air de comprendre ce qu'on lui reprochait. En comparant son cas à celui de Jean Charest qui a déjà fumé du pot quand il était étudiant, il a vraiment perdu tout sens de la mesure. Comme si le pot était analogue à la coke, et un étudiant de 20 ans comparable à un ministre dans la trentaine!

Lorsque les choses dérapaient, le ton du débat a pris une tournure carrément vicieuse. Le clan Boisclair, incapable de supporter la moindre critique et prompt à voir des complots partout, a été de loin le plus agressif.

On se rappellera longtemps cette algarade de son conseiller senior, Sylvain Simard, qui a traité Ghislain Lebel d'" enculé ". Ou alors le soi-disant scandale échafaudé par l'écologiste Jean Ouimet, qui a annoncé qu'il enquêtait sur la possibilité que M. Boisclair ait fait faire du travail au noir à son chalet! La charge était futile- combien y a-t-il de Québécois qui n'ont jamais payé une femme de ménage ou un peintre en espèces?- mais au lieu de l'ignorer, le clan Boisclair s'y est attaqué avec la férocité d'un pit-bull en envoyant à M. Ouimet une mise en demeure assortie, comble du ridicule, de l'ordre exprès de la garder confidentielle!

Grâce au ciel, cette campagne redondante se terminera mardi. Ce n'est pas trop tôt. Les péquistes auront le choix entre une femme responsable et compétente, qui cependant ne pourra pas galvaniser l'électorat, et un homme plus attrayant en termes d'image et de nouveauté, dont on ne sait cependant pas quelle sorte de leader il ferait. L'une est trop connue, l'autre pas assez. L'une représente une sorte de continuité sans surprise ni excitation, l'autre représente un risque, dont on ne sait trop s'il pourrait être " un beau risque " ou un risque dangereux pour le PQ et son projet.




Les musiciens du Titanic

Jérôme Lussier et Frédéric Mérand
M. Lussier est juriste dans un cabinet d'avocats new-yorkais et M. Mérand est professeur de science politique.
La Presse samedi 12 novembre 2005

Comme les musiciens qui jouaient pendant leur naufrage, la campagne à la direction du PQ semble ignorer les grands enjeux auxquels nous sommes confrontés

" NOUS sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains... Toute? Non! Un village peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur... " Ainsi commencent les aventures d'Astérix, célèbre guerrier dont le village résiste à l'empire romain.

Cette image illustre bien un certain discours québécois. " Il suffit d'avoir le courage de rompre avec les recettes inefficaces du capitalisme financier (...) ", écrivent les auteurs du manifeste Pour un Québec solidaire, " opposons à la machine à fabriquer les inégalités toute la solidarité du peuple québécois (...) "

La menace ne provient pas que du capitalisme international. Selon Pauline Marois, " Le déséquilibre fiscal est le nouvel instrument d'Ottawa pour mettre le Québec à genoux. "

Que l'envahisseur vienne de Wall Street ou d'Ottawa, la solution proposée est la même: la résistance. Par les nationalisations, l'indépendance et l'achèvement final du " modèle québécois ".

Les objectifs sont clairs. Ne manque que la potion magique.

Pour le meilleur et pour le pire, le libéralisme économique est en marche. C'est le chemin sur lequel sont engagés les États-Unis, la Chine, l'Inde, l'Europe, et le reste du Canada. Sans réel poids démographique ou économique, nous ne pouvons espérer contrer ce mouvement, même avec quelques alliés sud-américains. Le défi, c'est d'adapter notre modèle social à cette réalité.

Au Québec, ces enjeux sont travestis par la rhétorique de l'enflure nationale, selon laquelle nous sommes (nous aussi) habitants du " plus meilleur " presque-pays du monde. À en croire certains, il suffirait de s'attaquer au déséquilibre fiscal et de nationaliser l'énergie éolienne pour propulser le Québec au sommet des nations.

Le " modèle québécois "- son subventionnisme, son collectivisme- a-t-il vraiment les reins si solides?

Notre PIB par habitant et notre productivité sont inférieurs à la moyenne canadienne. Notre taux de chômage est supérieur. Notre taux d'épargne est inférieur à celui de l'Europe. Notre performance sociale et environnementale n'a rien de spectaculaire non plus. Ni Wall Street ni Ottawa ne sont responsables de ces faiblesses.

Obnubilés par la célébration de nos succès réels ou imaginaires, nous perdons souvent de vue le véritable cadre de référence, qui aujourd'hui ne peut être qu'international. La fierté ou la honte qui naît des " comparaisons avec soi-même " est parfaitement illusoire dans un contexte où, comme l'économie, les problèmes et les solutions sont mondialisés.

Comme les musiciens du Titanic qui jouaient pendant leur naufrage, la campagne à la direction du Parti québécois semble ignorer complètement ces enjeux. Un leitmotiv unit les aspirants: l'indépendance doit précéder la résolution des problèmes. " Je ne veux pas tomber dans le piège de la gouvernance provinciale ", écrit Richard Legendre. " Nous voulons tous un Québec éduqué, une population en santé, une société qui valorise les arts et la culture. " Mais " pour réaliser ces aspirations, la souveraineté est urgente. "

D'ici là, on discutera de questions aussi fondamentales que la structure militaire d'un Québec indépendant, et l'épineuse question du référendum (trois mois ou 12 mois après les élections?). Ce discours tiers-mondiste, tout droit sorti des années 1960, ne répond en rien aux défis que représente la mondialisation pour une société comme le Québec.

À travers les discours, un consensus apparaît: il faut s'attaquer à la détérioration des services publics, moderniser notre économie, réagir aux problèmes environnementaux et à la pauvreté. Mais s'il faut attendre la fin du capitalisme ou l'avènement d'un Québec souverain avant de se mettre à l'oeuvre, les réformes risquent d'arriver bien tard.

La solution n'est évidemment pas de devenir le 51e État américain. Le Québec a des atouts à faire valoir: son bilinguisme, sa paix sociale, son niveau d'éducation croissant. Mais nous ne pouvons plus nous permettre de rester en marge des évolutions mondiales. À une époque où les personnes, les idées et les capitaux peuvent être déplacés en quelques minutes, les États qui s'opposent au changement se préparent d'amers lendemains.

On peut évidemment ne pas apprécier la rhétorique des " lucides ". Il n'empêche que plusieurs de leurs recommandations ne devraient pas choquer. Faire payer l'électricité à son coût réel, investir en éducation en faisant contribuer ceux qui en profiteront le plus, privatiser quelques secteurs auxiliaires pour améliorer le service public: ce sont là des propositions qui, en Scandinavie ou en Angleterre, sont avancées par les partis sociaux-démocrates.

Il est possible d'être de gauche et nationaliste sans rêver en couleur. Pour cela, il faut observer ce qui se fait ailleurs et porter un regard réaliste sur les moyens dont dispose le Québec. Malheureusement, les récentes professions de foi dans la toute-puissance du " modèle québécois " laissent croire que la réflexion sérieuse a encore du chemin à faire, et qu'encore trop de gens rêvent de la marmite de Panoramix.




Prix Georges-Émile-Lapalme: Le culte de la langue

Guylaine Boucher
Le Devoir samedi 12 novembre 2005

«Une dette envers tous ceux qui nous ont précédés et ceux qui viennent»

Journaliste, employé de l'État ou diplomate, peu importe les fonctions qu'il a occupées au cours de sa vie, un fil conducteur traverse la vie de Jean-Marc Léger: celui de l'amour de la langue. La langue en tant que véhicule d'expression, mais aussi d'affirmation. Rencontre avec l'un des pères de la francophonie moderne.

Fils d'ouvrier, né dans le Québec de l'entre-deux-guerres, Jean-Marc Léger avoue avoir compris très jeune la portée que peut avoir une langue commune en tant qu'élément de solidarité et de rassemblement. «Mes parents avaient le culte de la langue. Ils souhaitaient que leurs enfants puissent faire les études qu'ils n'avaient pas eu la possibilité de faire. Ils ont réussi. Au collège, je me suis intéressé à toutes les formes d'expression de la langue. Rapidement, j'ai compris qu'elle était importante, non seulement pour ce qu'elle était, mais aussi pour ce qu'elle pouvait incarner. Très tôt, affirme-t-il, j'ai eu le sentiment qu'une langue commune pouvait solliciter la solidarité.»

Cette conviction profonde, acquise sur les bancs d'école, ponctuera l'ensemble de ses actions subséquentes. Diplômé en droit, puis en sciences sociales et en histoire, il obtient aussi un certificat en relations internationales de l'Institut d'études politiques de Paris. De retour au pays, en 1951, il devient journaliste au journal La Presse, puis chargé de l'information internationale et éditorialiste pour Le Devoir au tournant des années 1960.

Déjà, son action pour la promotion du français est réelle. Depuis 1955, il agit à titre de secrétaire général, puis président de l'Union canadienne des journalistes de langue française. À la même époque, aidé de collègues d'outre-Atlantique, il fonde l'Association internationale des journalistes de langue française. «Pour la première fois, dit-il, des Québécois, des Belges, des Français et des Suisses sont réunis sous une seule association avec le français pour trait d'union.»

L'histoire fera en fait de cette initiative l'un des premiers jalons de la francophonie moderne avec la création en 1961 de l'Association des universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF). Un organisme que Jean-Marc Léger concourra également à faire naître. «À titre de journaliste, je devais faire le suivi de la presse universitaire. À l'époque, il existait une Association des universités du Commonwealth dont les établissements québécois faisaient partie. Avec André Bachand, qui était alors responsable des communications à l'Université de Montréal, nous nous étions mis en tête qu'il faudrait aussi tenter de réunir les universités francophones pour fonder une association de langue française.» À force d'arguments, ils parviennent à convaincre le recteur de l'Université de Montréal, Mgr Lussier, de l'intérêt de la chose. Rapidement, des liens sont établis avec les autres recteurs du Canada français, quelques représentants des universités françaises et africaines. Une première réunion d'échange de vues est organisée et mène à la création d'une association en bonne et due forme. «Ce que nous espérions est arrivé, raconte aujourd'hui Jean-Marc Léger. Les représentants des universités ont senti le besoin de formaliser leurs relations en créant une nouvelle association. Avec le recul, je pense que l'on peut affirmer sans se tromper que cette association a marqué une étape importante dans l'unification de la francophonie. Elle en a été le fer de lance.»

De l'autre côté du miroir

Concrètement, les échanges internationaux rendus possibles par le biais de l'AUPELF mèneront le ministère de l'Éducation du Québec à resserrer, lui aussi, ses relations avec la France. Le rapprochement mènera à la création de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) qui deviendra plus tard l'Organisation internationale de la francophonie.

À la fois instigateur et témoin de la création de ces institutions, Jean-Marc Léger prendra aussi rapidement pied dans l'action. Secrétaire général pour l'AUPELF de 1961 à 1978, il agira également en tant que secrétaire exécutif de l'ACCT. Puis, en 1962, sur recommandation de l'un de ses anciens professeurs devenu sous-ministre aux Affaires culturelles, George-Émile Lapalme lui confie le mandat de mettre sur pied l'Office de la langue française. «L'honneur était grand, mais le défi aussi, relate-t-il aujourd'hui. Je devenais le premier directeur du premier instrument consacré entièrement à la défense, à la diffusion et à l'usage de la langue française au Québec. Tout était à faire.» La suite de l'histoire est désormais connue. Avec son équivalent français, l'Office de la langue française du Québec reste aujourd'hui l'un des moteurs de l'avancement et de la promotion du français dans le monde.

Sorti du monde journalistique le temps de fonder l'Office, Jean-Marc Léger cumulera ensuite les fonctions dans le secteur public. Il sera tour à tour délégué du Québec à Bruxelles, sous-ministre adjoint au ministère de l'Éducation et au ministère des Relations internationales, commissaire général à la francophonie pour le Québec et chargé de mission auprès du Comité international des sommets francophones.

Pour Jean-Claude Corbeil, linguistique émérite, peu importe les fonctions qu'il a occupées, «Jean-Marc Léger fut l'un de ceux qui ont ouvert la voie, qui ont inventé les instruments de la modernité et de l'ouverture au monde du Québec». Un avis que Fernard Daoust, ancien président de la Fédération des travailleurs du Québec, partage entièrement, qualifiant le lauréat de «véritable éveilleur de consciences». «Je connais, dit-il, peu de personnes au Québec qui aient contribué avec autant de perspicacité et de talent à sensibiliser les gens de sa génération à l'importance des questions internationales et du nécessaire dialogue des cultures et des civilisations.»

Pour Jean-Marc Léger, les actions passées se sont imposées d'elles-mêmes comme étant la chose à faire. Homme de devoir et de convictions, il continue aujourd'hui à faire la promotion du français. «Nous avons, affirme-t-il, une dette envers tous ceux qui nous ont précédés et ceux qui viennent. Pour eux tous, nous devons préserver cet outil fondamental qu'est le français en tant qu'expression de notre spécificité et manifestation de notre survivance. Il nous faut maintenir sa qualité, favoriser sa diffusion et son usage. Quelles que soient mes activités, au fil des ans, j'ai toujours été passionné par ce que la langue incarne et ce qu'elle rend possible. Je le suis encore aujourd'hui.»

Collaboratrice du Devoir




Du nationalisme étriqué

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 12 novembre 2005

Fondateur du journal indépendantiste Le Québécois, Patrick Bourgeois est un militant batailleur. Les fédéralistes, pour lui, sont moins des adversaires idéologiques que des ennemis. Inspiré par la pensée décolonisatrice d'Albert Memmi, Bourgeois considère le Canada comme un pays agressivement assimilateur et le Québec comme une colonie en lutte pour sa liberté. Cause première de ce triste état de fait, la Conquête anglaise, selon lui, aurait transformé les Québécois en êtres peureux et traumatisés sur le plan identitaire, et seule l'indépendance pourrait renverser la situation. Aussi, si vous êtes favorable à cette solution, Bourgeois vous considère comme un frère d'armes, mais si vous êtes contre, vous êtes un traître, un vendu ou, comme Pierre Elliott Trudeau, un «génocidaire en puissance». On est près, ici, de la pensée d'un Pierre Falardeau qui, d'ailleurs, est le préfacier de ce livre.

Pour être contestable à certains égards, cette pensée un peu brutale n'en reste pas moins légitime en ce qu'elle s'appuie sur certains arguments valables. Le malaise ressenti à la lecture de We Are Québécois when ça nous arrange ne tient donc pas au parti pris indépendantiste et décolonisateur de son auteur, mais plutôt aux insinuations à saveur ethnique qui lui tiennent lieu de stratégie argumentative.

On peut penser, en effet, que Justin Trudeau, Ben Mulroney et Yann Martel, en se faisant les chantres d'un bilinguisme salvateur et garant d'une ouverture sur le monde, se trompent, nuisent au projet souverainiste et doivent être contestés. Laisser entendre, comme ils le font, que le projet d'un Québec indépendant et français est rétrograde parce que l'avenir sera aux identités multiples relève de la bêtise idéologique et de la mesquinerie. Aussi, critiquer leur attitude de parvenus identitaires est donc un devoir intellectuel et il est pertinent de s'y employer.

Là où Bourgeois dérape, toutefois, c'est quand il attribue la source de leur attitude à leurs origines ethniques. Facile de comprendre, suggère-t-il, pourquoi ces gens-là sont des traîtres quand on constate qu'ils appartiennent à «une nouvelle race de bâtards» issue, par filiation, du «métissage ethnique» et riche en «collabos» à la double identité. On croirait lire du mauvais Lionel Groulx (je précise, parce qu'il y en a du bon)! Ce glissement du débat d'idées vers une chasse au complot fondé sur l'origine ethnique est profondément malsain et n'aide pas la cause souverainiste en donnant raison à ses adversaires les plus primaires.

Montrer que Jean Charest nuit au Québec en s'accrochant obséquieusement à la logique fédéraliste, que Paul Martin n'a rien d'un ami du Québec et qu'Alain Dubuc est prêt à toutes les bassesses argumentatives pour discréditer le projet souverainiste est un juste combat. Affirmer, par ailleurs, que leur fédéralisme s'explique par leur identité métissée relève de la xénophobie la plus crasse et est parfaitement indéfendable puisque cela voudrait dire que les idées tiennent à l'origine ethnique.

Il n'y a rien de scandaleux, redisons-le, à qualifier des gens de mauvais penseurs, d'adversaires, de mercenaires, voire d'opportunistes, quand on a des arguments pour ce faire. On peut, oui, dire haut et fort: voici, à mon avis, des gens dont les opinions et les gestes nuisent au progrès du Québec. Nous sommes, alors, dans l'argumentation, aussi polémique soit-elle. Présumer d'un lien de causalité entre les origines ethniques et la pensée (et non entre la culture et la pensée, ce qui serait autre chose) nous fait toutefois quitter ce terrain pour nous entraîner dans l'orbite d'un antihumanisme déshonorant que le souverainisme, tout comme le fédéralisme d'ailleurs, doit fuir comme la peste.

Collaborateur du Devoir




Le pouvoir à droite

Robert Comeau
Le Devoir samedi 12 novembre 2005

La maison d'édition L'Atalante publie Droites et extrêmes droites dans le monde, un deuxième ouvrage du professeur de l'Université autonome de Mexico Octavio Rodriguez-Arunjo.

L'an dernier, sous le titre Gauches et gauchisme, Rodriguez-Arunjo nous livrait une synthèse des grands courants de la gauche dans le monde, l'histoire de leurs transformations ainsi que des combats qui les ont opposés. À partir d'une approche marxiste, il s'intéresse alors aux «nouvelles gauches», en particulier au mouvement altermondialiste à qui il reproche son manque d'unité et son absence d'assises théoriques.

Dans Droites et extrêmes droites dans le monde, ouvrage fort documenté à mi-chemin entre l'histoire et l'essai politique, il explore cette fois l'autre versant de la question en puisant dans l'histoire récente et actuelle des gouvernements et mouvements de droite et d'extrême droite, pays par pays. Il discute d'abord de définitions. Une politique de gauche, c'est «celle qui tend à réduire les inégalités et celle de droite vise à les maintenir ou les accentuer». Si, de surcroît, un gouvernement de droite met en oeuvre des politiques racistes, xénophobes, contraires à diverses expressions culturelles ou religieuses, on le qualifiera d'extrême droite.

Distinguant, pour les États-Unis, l'extrême droite proche des cercles gouvernementaux et l'extrême droite groupusculaire, il trace un tableau très fouillé et ahurissant de la famille Bush et de son cabinet. Il multiplie les révélations troublantes sur ces magnats du pétrole que sont le vice-président Cheney, qui a occupé la présidence de la société Halliburton, la compagnie pétrolière la plus importante du monde, Condoleezza Rice, qui a dirigé Chevron Texaco, Colin Powell, qui était lié à America Online, Gale Norton, associé à Delta Petrolium et BP Amoco, et d'autres qui ont permis à Bush fils d'arriver à son poste «avec l'appui de la mafia américano-cubaine de Miami».

Il soutient, statistiques à l'appui, que, même si depuis trente ans, on assiste à un essor de la démocratie formelle, la pauvreté et les inégalités entre pays et individus sont plus fortes aujourd'hui. Avec la mondialisation, la disparité des revenus s'accentue: le rapport des plus riches et des plus pauvres de la population mondiale, qui était de 30 à 1 en 1960, est passé de 45 à 1 en 1980, pour atteindre 59 à 1 en 1989. En chemin, il ne craint pas de remettre en question des cadres d'interprétation qui se sont imposés depuis des décennies. Ainsi trouve-t-il à inclure des pays dits socialistes dans un livre consacré aux droites! Rodriguez-Arunjo nous explique pourquoi les partis sociaux-démocrates qui étaient au pouvoir dans 13 des 15 pays de l'Union européenne sont devenus minoritaires. N'ayant pu résoudre, entre autres, le problème du chômage, de la pauvreté et de l'intégration des immigrants, les partis de la gauche modérée ont été écartés au profit de la droite en Allemagne et en France. En mai 2004, les députés des dix nouveaux membres de l'Union européenne sont venus grossir les rangs du Parlement européen, où la droite a obtenu la majorité. Sur la question de l'Europe de l'Est et balkanique, l'auteur décrit ce qu'il est advenu de ces pays auparavant «socialistes». Quant à l'évolution de la droite en Amérique latine, peu importe la voie suivie, l'alignement sur les intérêts stratégiques des États-Unis ou celle de l'indépendance avec la droite nationaliste et parfois populiste, les acquis sociaux sont partout en recul. Il fait la démonstration qu'en Amérique latine, droite et extrême droite se confondent même souvent.

Dans les pays non occidentaux, à de rares exceptions près, les gouvernements récents se sont montrés fort peu enclins à combattre les inégalités sociales et économiques. Sa conclusion: «dans les principaux pays du monde, le pouvoir reste dans l'ensemble aux mains de la droite, c'est-à-dire des défenseurs des politiques néolibérales et de ceux qui en bénéficient de manière directe ou indirecte».

L'auteur voit peu d'espoir. Même le gouvernement de Lula da Silva, au Brésil, ne trouve pas grâce à ses yeux. Il soulignera en outre l'opposition de droite qu'a suscitée Hugo Chávez au Venezuela, où les États-Unis ont tenté de provoquer à deux reprises la destitution du président. Bref, la gauche (en réalité le centre-gauche) n'a pas progressé de manière significative. Devant un état des lieux aussi sombre, unilatéral et désespérant, on pourrait reprocher à cet universitaire de ne pas avoir su reconnaître les foyers de résistance et les nouvelles formes d'opposition telles que décrites par Hardt et Negri dans Empire.




La peur du privé

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 14 novembre 2005

Selon une manchette du Devoir confirmée par le ministre de la Santé, Philippe Couillard, Québec publiera d'ici peu un document de consultation sur la présence plus active du privé dans le régime de santé. Avant de crier au meurtre, attendons de voir ce document en souhaitant qu'il réponde d'abord aux besoins des malades et non aux pressions des lobbies.

Au Québec, les médecins peuvent se retirer du régime public, mais ils doivent alors couper tout lien avec la Régie de l'assurance maladie. Quant aux patients qui les suivent, ils leur faut payer de leur poche les soins reçus, sans remboursement possible puisque la loi interdit la vente d'assurances pour des soins déjà couverts par l'assurance maladie.

Un arrêt de la Cour suprême rendu en juin dernier ordonnait au Québec d'autoriser la vente de tels produits d'assurance. Québec a obtenu un délai pour s'y conformer, et c'est dans ce cadre que le ministre Philippe Couillard fera bientôt connaître les couleurs du gouvernement. À moins d'avoir recours à la clause dérogatoire comme le demande le Parti québécois, ce qui ne serait pas une solution au problème soulevé par la Cour suprême, Québec est placé devant plusieurs possibilités, toutes plus difficiles les unes que les autres, dont deux paraissent plausibles.

La première serait d'autoriser la vente de produits d'assurance maladie privés, sans plus. Cela ne changerait pas grand-chose au statu quo sinon encourager certains médecins à se désengager du régime public en espérant reconstituer leur clientèle parmi les détenteurs de polices d'assurance. Ça paraît simple, ça ne l'est pas.

D'abord, peu de gens voudront payer une telle assurance dont l'admissibilité à prix raisonnable exigera d'être jeune et en parfaite santé, donc peu désireux de s'assurer contre le cancer de la prostate... Puis, quelle compagnie peut offrir une assurance tous risques couvrant autant la visite annuelle que le triple pontage cardiaque ? À certaines conditions, tel un contrôle des prix des interventions privées, la formule paraît donc imaginable sans bouleversement majeur du régime public.

La seconde possibilité aurait des conséquences plus importantes. Elle consiste à autoriser la vente d'assurances maladie, mais aussi la pratique privée pour les médecins spécialistes une fois leurs quotas d'interventions dans le régime public atteints.

Les défenseurs du monopole public diront que l'État n'a qu'à éliminer ces quotas pour obtenir le même résultat en ce qui touche au nombre d'interventions, mais l'argument ne tient pas puisque Québec n'aura jamais les moyens de financer une médecine spécialisée non contingentée et sans listes d'attente. Si on veut vraiment régler ces problèmes, il faut trouver autre chose. De toute façon, si les listes d'attente viennent à disparaître grâce à l'efficacité accrue du système public, plus personne ne voudra payer des assurances.

Cela dit, là encore, rien n'est simple. Qui prendra en charge les examens préopératoires et le suivi postopératoire des patients traités en privé ? Permettra-t-on la déductibilité des primes d'assurance et, si oui, quel sera le manque à gagner pour l'État en comparaison des économies réalisées ? En revanche, cette ouverture pourrait-elle servir à retenir les médecins qui choisissent l'exil faute d'un nombre d'heures d'intervention suffisant dans le système public ?

Ces quelques questions, et bien d'autres encore, méritent réponses avant quelque décision que ce soit. Mais il ne faut pas avoir peur de les poser, car s'il est vrai que la pratique privée présente des risques, il est tout aussi vrai que des gens souffrent le martyre et que d'autres meurent à cause d'un système dont des pans entiers rappellent davantage les formules de partage équitable de la misère soviétique que celles d'une médecine moderne efficace et compatissante.

Après trente ans de réformes des structures qui nous ont conduits à consacrer 42 % du budget de la province à la santé, l'objectif théorique paraît malheureusement plus inatteignable que jamais. Le temps est peut-être venu de changer les paradigmes comme d'autres nations civilisées l'ont fait avec un certain succès.




Couillard cafouille

Pierre Allard
Le Droit samedi 12 novembre 2005

Dans le sillage du document Pour un Québec lucide, la mode est aux débats de fond et c'est tant mieux. Certaines grandes remises en question ont sans doute trop tardé. Il ne faut donc pas être surpris, dans le sillage du jugement Chaoulli de la Cour suprême du Canada en juin dernier, de voir une certaine "privatisation" de la santé à l'ordre du jour.

La pénurie de médecins et les délais d'attente dans les institutions publiques de santé ne pouvaient se perpétuer sans qu'un jour l'édifice entier soit ébranlé. Les services publics de santé sont payés avec l'argent des contribuables et au rythme de plus de 20 milliards $ par année pour le Québec seulement, la facture semble parfois salée pour un système que trop de personnes trouvent insuffisamment accessible.

Le médecin Jacques Chaoulli et un de ses patients, George Zeliotis, s'étaient justement adressés aux tribunaux, et éventuellement à la Cour suprême, pour obtenir "une décision qui les autoriserait à souscrire à une assurance leur donnant accès à des services privés, pour le motif que les délais du système public compromettent leur santé et leur sécurité". À cette demande relativement simple, la Cour suprême a acquiescé.

Le ministre québécois de la Santé, Philippe Couillard, semble avoir profité de cette décision à portée tout de même limitée pour relancer un débat beaucoup plus large sur le rôle des services de santé privés. La décision de la Cour suprême permet de s'assurer au privé pour des services - également privés - qui ne sont pas disponibles dans le secteur public. Le ministre va plus loin, parlant confusément d'assurances privées pour des soins couverts par la RAMQ et dispensés par le système public.

Le penchant de ce gouvernement pour la privatisation étant bien documenté, on a l'impression que le message ambigu de M. Couillard laisse présager, quoi qu'il en dise, des brèches importantes dans un système de santé qui fut jadis - et qui se veut encore le plus possible - "universel". Dans son désir de provoquer un débat au sein de l'opinion publique, le ministre de la Santé aura surtout réussi à inquiéter.

S'il était tenu au secret parce qu'une annonce plus complète doit venir en décembre, il aurait dû se taire et amorcer le mois prochain une discussion sur des bases plus claires. Nous mijote-t-il vraiment un scénario au sein duquel les médecins pourront pratiquer un jour au public et le lendemain au privé, pigeant un jour dans les deniers publics et le lendemain dans les poches de leurs clients ?

M. Couillard parle de lever la prohibition de l'assurance privée "sans que ça crée de distorsion dans l'accessibilité". Comment peut-il offrir une telle garantie quand personne ne sait vraiment quel sera l'effet de l'autorisation des assurances privées ? Quant à l'image de gens riches qui se font traiter avant les pauvres, il se fait moins rassurant.

"Ce n'est pas nécessairement ce qui va arriver", dit-il. Mais cela pourrait arriver, devons-nous conclure. Décidément, telle qu'énoncée, cette nouvelle orientation du gouvernement Charest n'augure rien de bon. Espérons que le document de consultation annoncé par M. Couillard soit plus clair, et qu'il permette le débat fructueux que tous souhaitent.

editorial@ledroit.com




La médecine à deux vitesses n'est pas un droit

Michel Venne
Le Devoir lundi 14 novembre 2005

Le gouvernement a l'intention de permettre aux Québécois de souscrire une assurance maladie privée couvrant les services médicaux et hospitaliers déjà offerts gratuitement par le régime public. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, publiera en décembre un document de consultation à ce sujet.

Jusqu'à présent, la loi interdit la souscription d'une assurance privée. En juin, dans un jugement divisé (4 juges contre 3), la Cour suprême du Canada a invalidé ces dispositions législatives. Selon les juges majoritaires, la prohibition de souscrire une assurance privée est une atteinte au droit à la vie et à la sécurité qui est injustifiable dans une société libre et démocratique.

Nous ne connaissons pas le contenu détaillé de la proposition de M. Couillard. Cependant, en se conformant à la lettre du jugement, le gouvernement libéral de Québec renierait ses propres engagements. Dans son document d'orientation intitulé Briller parmi les meilleurs, il affirme que le recours au secteur privé dans le domaine de la santé se ferait «dans le cadre d'un financement public et dans le respect de l'égalité des Québécois devant la maladie».

L'ouverture à l'assurance privée pour couvrir les services qui constituent le coeur du système de santé (les actes médicaux et les soins hospitaliers) est le contraire du financement public. Par définition, une assurance privée est payée par les souscripteurs directement de leur poche et non par l'entremise de l'impôt. De plus, on sait par expérience, ici et ailleurs, qu'une forte proportion de la population n'a pas les moyens financiers de souscrire une assurance privée. C'est déjà le cas ici pour les assurances complémentaires (soins dentaires, psychothérapie, soins à domicile, etc.). C'est déjà comme ça ailleurs dans le monde où l'assurance privée est autorisée pour les services médicaux. Les pauvres et la classe moyenne à revenus modestes n'ont pas d'assurance privée.

En se conformant à la lettre du jugement, le ministre favorise un recours accru au financement privé et l'élargissement des inégalités d'accès aux soins en fonction du revenu.

Non seulement Québec renierait un engagement, mais il ferait volte-face par rapport à la position défendue devant les tribunaux dans cette affaire. Le Procureur général du Québec a en effet soutenu devant les juges que la prohibition de l'assurance privée était nécessaire pour préserver l'intégrité du système public. Le gouvernement craint que l'existence de ce secteur parallèle n'attire médecins et personnel soignant et affaiblisse la capacité du secteur public d'offrir, à tous sans distinction, des services de qualité partout sur le territoire.

Le Québec adhère de plus au principe selon lequel l'accès à un service de santé doit être déterminé par le besoin et non par la capacité de payer d'une personne.

S'il accepte les conclusions de l'arrêt Chaoulli, le ministre devra nous dire pourquoi ce que Québec présentait comme nécessaire il y a moins de six mois ne le serait plus parce que quatre juges en ont décidé autrement.

***

M. Couillard souhaite que son document de consultation fasse l'objet d'un large débat. Excellente nouvelle. Pour qu'un réel débat ait lieu, il faut cependant que la conclusion ne soit pas imposée d'avance.

M. Couillard donne à penser que le seul débat qui puisse avoir lieu porte sur les modalités de l'assurance privée et non sur le bien-fondé d'une telle ouverture.

Il cite par exemple la Cour suprême et brandit à la face de ses opposants qu'on ne peut pas «faire fi de la charte [des droits et libertés] et du droit à la vie».

Il a raison : le droit à la vie est fondamental. Mais est-ce bien de cela qu'il s'agit ? Certes, quatre juges de la Cour suprême ont soutenu que l'impossibilité pour les Québécois de souscrire une assurance privée pour les soins médicaux menaçait le droit à la vie. Mais trois autres juges de la même cour n'ont pas adhéré à ce point de vue. Et avant eux, une juge de la Cour supérieure et trois juges de la Cour d'appel avaient rejeté les prétentions du médecin et du patient qui ont porté la cause dans l'arène judiciaire. Au total, sur cette question, 11 juges se sont prononcés. La majorité, sept contre quatre, a refusé d'imposer un changement de loi renvoyant la responsabilité au pouvoir politique.

Les quatre juges majoritaires de la Cour suprême ont concédé que ce qui était en cause ici n'était pas le droit constitutionnel à une assurance privée. Ce qui est en cause, c'est la possibilité d'avoir accès à des soins dans un délai raisonnable. Le long jugement met en lumière le risque que fait porter aux patients les délais d'attente dans le système public. Le droit à la vie n'est pas menacé par la prohibition de l'assurance privée mais par les délais d'attente.

Pour régler le problème, la juge Deschamps affirme d'ailleurs, au nom de la majorité, que le gouvernement a «le choix des moyens, mais il n'a pas celui de ne pas réagir». Nous sommes donc devant un débat sur les moyens pour réduire les délais d'attente, et ce débat est politique. Le ministre ne peut pas se cacher derrière les juges.

Appliquer à la lettre l'arrêt Chaoulli (et donc permettre la souscription d'une assurance privée) reviendrait à reconnaître un «droit constitutionnel à un système de santé à deux vitesses», pour reprendre les mots des juges dissidents Binnie et LeBel de la Cour suprême du Canada. Or un tel droit n'existe pas dans la Constitution canadienne.

Le débat qui vient sur cette question est très important. Nous y reviendrons.




Gomery reste une épine au pied de Martin

Simon Boivin
Le Soleil lundi 14 novembre 2005

La Commission Gomery n'aura pas été un exercice très rentable pour Paul Martin. Les Québécois comprennent qu'il n'est pas blâmé, mais ne voteront pas pour lui. Et partout au pays, la population estime qu'il a sa part de responsabilité dans le scandale.

Même si 60 % des Canadiens croient que la faute incombe d'abord à Jean Chrétien, 59 % pensent que le premier ministre Martin ne peut se laver les mains du Programme des commandites, indique un sondage EKOS-Toronto Star-La Presse. Il est membre du gouvernement depuis 1993 et reste imputable pour les décisions prises par les libéraux, disent-ils.

La Commission Gomery "n'a pas fonctionné pour les libéraux en tant qu'initiative politique, remarque Paul Adams, directeur exécutif chez EKOS. Les gens pensent quand même qu'il en résultera un resserrement de l'éthique au gouvernement, bien que les Québécois sont plus sceptiques à cet égard. Mais, politiquement, pour Paul Martin et les libéraux, ça n'a pas été un succès."

Le "meilleur spectacle en ville", comme l'a dit John Gomery au sujet de sa propre Commission, a suscité beaucoup d'intérêt d'un océan à l'autre. En moyenne, 41 % des 1275 Canadiens interrogés disent avoir suivi les travaux de près, et 29 % de plus leur ont accordé une attention modérée.

Le verdict populaire : de tous les acteurs, le Parti libéral du Canada est le premier à blâmer pour 49 % des gens. Cela représente plus de double de ceux qui lancent la pierre à certains fonctionnaires (23 %), ou aux "dirigeants malhonnêtes" d'agences de publicité québécoises (17 %).

Même si l'intérêt est élevé, l'indignation suscitée par les commandites se résorbe un peu par rapport au début de l'année. Pour 47 % des gens, il s'agit bien d'un scandale, mais pas plus terrible que d'autres dont ils se souviennent.

Fédéralisme en danger

Par ailleurs, si la question de 1995 était reposée aux Québécois, ils seraient 56 % à voter pour le Oui, indique aussi le coup de sonde EKOS. Le faible échantillonnage du sous-groupe québécois, 365 personnes, invite par contre à la prudence en raison de la marge d'erreur plus grande.

Néanmoins, M. Adams juge le résultat au Québec "désastreux" pour le Canada. "On pense que le fédéralisme fait face à une autre crise d'unité avec un mouvement souverainiste auquel Ottawa n'est pas prêt à faire face", juge-t-il.

À la "question dure" "préférez-vous l'indépendance au statu quo ?" sans référence à un partenariat avec le Canada, 46 % des Québécois ont répondu par l'affirmative.

L'autre pied de nez à Ottawa du sondage est une gracieuseté de l'Alberta. Au pays de Ralph Klein, les gens sont 45 % à dire qu'ils se passeraient du fédéral s'ils devaient éliminer un niveau de gouvernement. Seulement 3 % de moins qu'au Québec.

"Ça ne veut pas dire qu'on voit un mouvement séparatiste apparaître en Alberta, mais l'appui au gouvernement et aux valeurs fédérales est très faible, souligne Paul Adams. Ç'a atteint un niveau sérieux et ça pose un problème pour Ottawa."

Devant la croissance de leur richesse, les Albertains ont tendance à voir le fédéral comme un "prédateur" qui vient prendre leur argent pour le redistribuer ailleurs, ajoute M. Adams.

Sans avoir initié la tendance, le scandale des commandites n'a pas aidé les politiciens à augmenter leur cote de popularité auprès de leurs commettants. Les Canadiens sont 54 % à dire qu'ils ont moins confiance en leurs élus que lors de la décennie précédente. En 1996, ce chiffre était à 47 %. À la question "seriez-vous fier que votre enfant devienne politicien ?", 45 % disent non.

"Les Canadiens se targuent d'avoir un bon sens éthique, et pensent la même chose de leurs voisins, note Frank Graves, président de EKOS. C'est à se demander de quelle planète ils croient que leurs politiciens débarquent."

SBoivin@lesoleil.com





Sondage EKOS - La Presse - Toronto Star

Jean Chrétien blâmé: 60 % des Canadiens tiennent l'ancien premier ministre responsable du fiasco des commandites

Joël-Denis Bellavance
La Presse lundi 14 novembre 2005

Ottawa - Le juge John Gomery a blâmé sévèrement l'ancien premier ministre Jean Chrétien dans son rapport sur le scandale des commandites. Une majorité de Canadiens partage ses conclusions.

Un sondage EKOS-La Presse-Toronto Star révèle que 60 % des Canadiens tiennent l'ancien premier ministre responsable de ce fiasco administratif. Seulement 15 % des personnes interrogées croient au contraire que la faute revient à l'actuel premier ministre Paul Martin, et 4 % blâment les deux hommes.

Un maigre 1 % des gens interrogés lance la pierre à Alfonso Gagliano, l'ancien ministre des Travaux publics qui était responsable du programme de commandites. M. Gagliano a d'ailleurs été expulsé à vie du Parti libéral du Canada par M. Martin pour le rôle qu'il a joué dans cette affaire.

Bien que les Canadiens, dans une grande proportion, disculpent M. Martin, comme l'a fait d'ailleurs le juge Gomery dans son rapport publié il y a deux semaines, le PLC traîne quand même ce scandale tel un boulet.

En effet, 59 % des Canadiens croient que Paul Martin est un acteur de première importance pour le Parti libéral depuis 1993 et qu'il doit, en tant que chef du PLC, rendre des comptes pour le scandale des commandites. À l'inverse, seulement 35 % des gens affirment qu'il n'a rien eu avoir avec le scandale et qu'il a fait preuve de courage en déclenchant une enquête publique pour déterminer ce qui s'est passé. " Les efforts de Paul Martin pour prendre ses distances du scandale des commandites semblent avoir remporté plus de succès au Québec que dans le reste du pays, mais cela ne s'est pas traduit par une hausse des appuis à son parti dans cette province ", note Frank Graves, président de la firme de sondage EKOS.

D'ailleurs, la moitié des Canadiens (49 %) estime que c'est le Parti libéral dans son ensemble qui est le plus à blâmer dans cette histoire, tandis que 23 % tiennent les fonctionnaires responsables et 17 % les dirigeants d'agences de publicité.

Une proportion importante de Canadiens (60 %) est convaincue que le rapport Gomery permettra, en fin de compte, d'avoir de meilleurs gouvernements au sens de l'éthique plus élevé.

En outre, 47 % des Canadiens affirment qu'il s'agit d'un scandale choquant, mais pas le pire de l'histoire du pays, contrairement aux prétentions des partis d'opposition. Mais 45 % pensent le contraire.

L'effet de ce scandale sur la classe politique est palpable. Au point où seulement 34 % des Canadiens disent qu'ils seraient fiers si un de leurs enfants faisait le saut en politique un jour. Près d'un Canadien sur deux dit qu'il ne s'en vanterait pas (45 %). En outre, 54 % des Canadiens disent qu'ils font moins confiance au gouvernement fédéral aujourd'hui qu'il y a 10 ans. Seulement 15 % disent qu'ils font plus confiance aux députés d'Ottawa qu'en 1996.

Malgré toute l'encre qu'a fait couler le scandale des commandites, les questions d'éthique ne sont pas au coeur des préoccupations des Canadiens. Seulement 17 % des personnes interrogées ont soulevé cette question tandis qu'un Canadien sur deux a choisi les questions sociales telles l'éducation et la santé. L'économie a été identifiée par seulement 20 % des Canadiens. Le NPD est vu comme étant le meilleur parti (27 %) pour trouver des solutions aux problèmes qui affligent les systèmes d'éducation et de santé. Le Parti libéral arrive deuxième (23 %) et le Parti conservateur est loin derrière (10 %).

Parmi les autres constatations de la firme EKOS dans le cadre de ce sondage, il est intéressant de noter que:

54 % des Canadiens croient que le pays s'en va dans la bonne direction alors que 38 % pensent le contraire;

45 % des Albertains, soit presque autant que les Québécois (48 %) disent qu'ils pourraient facilement se passer du gouvernement fédéral sans que cela ne perturbe leur vie.

Ce sondage a été réalisé auprès de 1275 personnes (dont 365 Québécois) du 7 au 9 novembre, soit une semaine après la publication du rapport Gomery. La marge d'erreur est de 2,7 %, 19 fois sur 20.

(...) MÉTHODOLOGIE : ce sondage Ekos a été réalisé pour le compte de La Presse et du Toronto Star auprès de 1275 Canadiens, du 7 au 9 novembre 2005. Sa marge d'erreur est de 2,7 points, 19 fois sur 20. Rappelons que la marge d'erreur est plus élevée dans les sous-groupes.





Réactions de Chrétien et Pelletier au Rapport Gomery

Le grand cirque des irresponsables

Yves Boisvert, Professeur en éthique et gouvernance, École nationale d'administration publique
Le Devoir lundi 14 novembre 2005

Après avoir pris un peu de recul, afin de lire le Rapport Gomery et d'analyser les réactions qui ont suivi son dépôt, il me semble important de dénoncer le lamentable spectacle que MM. Jean Chrétien et Jean Pelletier nous ont donné à sa sortie. [...]

Dans le sillon déjà tracé par M. Gagliano, MM. Chrétiens et Pelletier refusent de reconnaître la part de la responsabilité politique qui leur incombe dans cette triste histoire qui a pris les allures d'une dérive systémique. Pourtant, le juge a fait très attention pour ne pas faire porter toute la responsabilité des différents types d'inconduites sur les épaules d'une seule personne ou d'un groupe unique de personnes. Une analyse du rapport nous permet de comprendre que le nombre de personnes blâmées pour avoir eu des comportements inappropriés, illégaux ou contraires à l'éthique est important. [...]

Ainsi, MM. Chrétien et Pelletier ont beau vouloir jouer le rôle de boucs émissaires d'un jugement injuste [...], le simple blâme qu'on leur demande d'accepter (et à M. Gagliano dans une moindre mesure) est celui d'avoir été les responsables gouvernementaux de cette grande dérive politico-administrative qui a tant sali la réputation de nos élus, des agents publics fédéraux et de nos institutions publiques.

On leur reproche d'avoir été les concepteurs et les architectes d'un programme nébuleux prioritaires, masqué par le voile du secret, et d'avoir mis en place une structure de direction de ce programme qui carburait à partir d'une chaîne de commandement particulière, voire atypique. Cette dernière liait directement le politique à un cadre intermédiaire de la fonction publique fédérale et neutralisait par le fait même tous les mécanismes usuels de contrôle, de vérification, de responsabilité et de reddition de comptes de ce dit fonctionnaire.

Pire, nos deux hommes n'ont pas tenu nécessaire d'informer le Parlement de leurs décisions et de leurs actions. Est-ce abusif de rappeler à ces messieurs que, malgré leur fantasme monarchique et leur attitude autoritaire, nous étions toujours dans un régime démocratique et que le Parlement était souverain ?

Explication fallacieuse

Le juge s'insurge contre le fait que c'est justement cette façon de faire anormale qui a fait du fonctionnaire Guité un intouchable dans son ministère, qui a travaillé «à sa guise, sans respecter le processus compétitif». Cette structure lui a permis de développer des méthodes de travail et des façons de faire plus que douteuses (donner des contrats à des amis intimes, fermer les yeux sur les surfacturations, planifier une retraite dorée, etc.), et ce, en toute impunité.

Pour gérer ce programme exceptionnel, MM. Chrétien et Pelletier avait donc volontairement mis K.O. la sacro-sainte «responsabilité ministérielle usuelle» qui repose sur les épaules du ministre et qui nécessite toute la vigilance du sous-ministre. Le juge Gomery précise que «le programme était dirigé à partir du CPM [cabinet du premier ministre] sous la supervision de M. Pelletier à qui le premier ministre avait spécifiquement confié cette responsabilité. M. Pelletier était donc investi, à toutes fins utiles, du rôle, des fonctions et des responsabilités d'un ministre chargé de mettre en oeuvre un programme dans un ministère». [...]

Comment accepter l'argumentation fallacieuse de M. Pelletier et de son avocat lorsqu'ils affirment qu'il n'y aurait pas eu de dérapage si les autorités du ministère et les autres dispositifs gouvernementaux avaient assumé leurs fonctions de contrôle et de surveillance. En effet, on a appris au cours des dernières années, notamment pendant les audiences de la commission et devant le comité parlementaire des Comptes publics, que tous ceux et celles qui ont exigé des comptes à M. Guité ou qui ont refusé de collaborer à son système ont été tassés, réprimandés ou carrément congédiés.

On sait aujourd'hui que la ministre Marleau a perdu son poste de ministre à TPSGC justement parce qu'elle a eu le malheur de vouloir remettre M. Guité au pas en lui demandant des comptes. Elle a donc perdu son poste parce qu'elle a voulu redonner un minimum de sens à ce principe sacré de notre démocratie qu'est la responsabilité ministérielle...

Le sous-ministre adjoint Stobbe, supérieur hiérarchique de Guité, s'est fait dire que ses interventions auprès de ce dernier et la supervision qu'il voulait lui imposer n'était pas «appréciées» par le politique et qu'il était préférable «qu'il s'abstienne d'intervenir»... Un fonctionnaire de l'équipe de Guité qui a eu le malheur de demander une vérification de la gestion du programme qu'il trouvait irrégulière, a été congédié. Le juge Gomery interprète le congédiement de la façon suivante : on peut supposer que M. Guité «ne souhaitait pas que quelqu'un comme M. Cutler, qui tenait à ce que l'on respecte les règles, puisse lui faire obstacle ou le ralentir dans sa façon de traiter les dossiers des commandites».

Voilà bien le résultat de cette nouvelle structure atypique : il fallait contrôler et éliminer, ceux et celles qui voulaient contrôler et surveiller les agissements de M. Guité et de son équipe. La rhétorique de M. Pelletier ne peut donc qu'être interprétée comme intellectuellement malhonnête.

Responsabilité acceptée

Selon le raisonnement du juge Gomery, M. Chrétien ne peut aujourd'hui se décharger complètement de sa responsabilité puisqu'il avait été prévenu, dès le 18 décembre 1996, par la greffière du Conseil privé, Mme Jocelyne Bourgon, qu'en choisissant la voie de la centralisation décisionnelle dans son cabinet, le «premier ministre s'est chargé d'une très lourde responsabilité». M. Chrétien n'a pas écouté les conseils de la grande responsable de la fonction publique et il maintenu sa décision de faire de M. Pelletier le ministre clandestin du programme des commandites.

Pour le juge Gomery, le premier ministre savait parfaitement ce qu'il faisait, car son allié M. Pelletier s'est fait un devoir de préciser devant la commission «que M. Chrétien comprenait parfaitement ses responsabilités et son obligation de rendre compte, qu'il a choisi de les conserver et qu'il est devenu redevable de la façon dont les fonds auxquels TPSGC a eu accès en son nom ont été dépensés ou gaspillés». S'il connaissait si bien ses responsabilités, pourquoi conteste-t-il aujourd'hui le blâme qui lui est fait ?

Cette culture de la clandestinité ne s'arrête pas là, et c'est justement pourquoi MM. Chrétien et Pelletier sont si nerveux. Si le juge ne peut pas aller plus loin dans ses accusations, faute de preuve, il soulève des questions de fond à partir de certains de ces reproches polis, trop polis diront certains, sur le laxisme et la négligence (volontaire ou involontaire) de M. Pelletier.

Selon le juge, il ne s'est pas acquitté de la responsabilité normale qui aurait dû découler des fonctions particulières que

M. Chrétien venait de lui confier -- ministre clandestin du Programme des commandites -- «puisqu'il n'a pas donné d'instructions satisfaisantes aux subalternes de TPSGC auxquels il déléguait la tâche d'administrer ce nouveau programme». Pour le juge, c'est justement ce refus de rendre officielles les règles particulières qui est à la base de la dérive de ce programme et qui a engendré la cascade d'inconduites des différents intervenants.

Une chose est cependant certaine : en refusant de reconnaître les responsabilités minimales qui leur incombent, MM. Pelletier et Chrétien se déshonorent et ils ne font qu'alimenter le cynisme ambiant et la perte de confiance de la population à l'égard du milieu politique. Plutôt que de les rendre plus sympathiques aux yeux de la population, qui affectionne pourtant souvent les victimes, le déni actuel ne fait que confirmer que ces acteurs politiques n'ont jamais été sensibles à la dimension éthique.

Ils auront beau nous dire qu'ils marquent l'histoire politique canadienne pour avoir mis en place une infrastructure en éthique gouvernementale, nous pourrons leur répliquer que les nouvelles études démontrent de plus en plus que cette dernière n'avait rien de fonctionnelle et, pour reprendre les facteurs prioritaires de succès de la démarche éthique telle que proposé par l'OCDE, il leur a toujours été impossible de fournir le plus important, soit l'exemplarité éthique des représentants politiques.




MÉMOIRE D'UN SACCAGE

Film de Fernando SOLANAS

Après avoir tourné durant 20 ans des oeuvres de fiction, le réalisateur argentin Fernando Solanas revient vers le documentaire. Le film qu'il nous propose, Mémoire d'un Saccage (Memoria del Saqueo), a connu un grand succès à Berlin et a été salué par le président Nestor Kirchner lui-même à Mar del Plata. C'est un regard implacable sur l'ère Menem.

Un président qui danse avec une odalisque sur un plateau de télévision, un ministre qui annonce des privatisations à tout va, des gens qui perdent leurs emplois à cause de ces privatisations, une petite fille de Tucuman qui meure de faim... ce sont les images que veut nous montrer Solonas, dénonçant les dégats causés durant le règne de Carlos Menem.

Mémoire d'un Saccage c'est l'histoire de cette Argentine qui a subi une crise économique sans précédent. Un pays considéré comme "le grenier du monde" victime du jeu des multinationales sous le regard complice du FMI et des grandes puissances mondiales.

D'après son réalisateur, ce film est une manière de contribuer au débat qui se déroule en Argentine et dans le Monde entier au sujet de la globalisation inhumaine, en développant la thèse qu'un autre monde est possible. L'oeuvre est un récit militant, dont la vocation est le devoir de mémoire, qui met l'accent sur l'espoir et les valeurs humaines de ceux qui ont tout perdu et qui continuent à lutter avec dignité pour un monde meilleur.

Mémoire d'un saccage

Réalisation et scénario : Fernando E. Solanas.
Pays : Argentine, France et Suisse.
Année : 2003.
Durée : 120 min.
Genre : Documentaire.
Production : Fernando E. Solanas.
Musique : Gerardo Gandini.
Photo : Alejandro Fernández Mouján et Fernando E. Solanas.
Montage : Juan Carlos Macías, Fernando E. Solanas et Sebastián Mignona.

Source : http://www.americas-fr.com/cinema/film-argentin-1.html




L’UNESCO adopte la Convention sur la diversité des expressions culturelles



Les efforts déployés par le Québec, le Canada et la France pour faire reconnaître par l'UNESCO les « activités, biens et services culturels » comme étant « porteurs d'identité, de valeur et de sens » n’auront pas été vains. En effet, la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles a été adoptée par 148 voix sur les 154 États présents à la Plénière de la 33e Conférence de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la cultu re (UNESCO). L'adoption par l'UNESCO de cette convention crée un consensus historique – jamais atteint jusqu’ici – par la communauté internationale en faveur de principes novateurs relatifs à la diversité culturelle. Cette victoire est le fruit d'un long processus de maturation suivi de deux années de négociations sans relâche auxquelles le Québec a participé activement. C'est afin de garantir le droit des États de soutenir leurs créateurs et leurs industries culturelles qu'a germé, au Québec, l'idée de la mise sur pied d'un instrument juridique international sur la diversité culturelle, idée rapidement appuyée par le Canada et la France. Rappelons que l’accord, pour entrer en vigueur, doit être ratifié par au moins 30 pays. La mobilisation reste de mise et les efforts demeurent constants afin que la Convention puisse rapidement être mise en œuvre. L'Assemblée nationale du Québec approuvera la Convention lors d'un événement spécial qui se tiendra en novembre.

Source : http://aieq.cybercat.ca/fr/voir.php?idNewsLetter=98