Tasse-toi, mon onc'

Michel David
Le Devoir mercredi 16 novembre 2005

L'appel à l'unité est une figure imposée à l'issue d'une course au leadership. L'important est de savoir manifester concrètement cette volonté rassembleuse.

II y a au moins un point commun entre le nouveau chef du PQ et son prédécesseur: tout autant que ses adversaires, à l'intérieur de son parti comme à l'extérieur, il devra se méfier de lui-même.

Avant même de succéder officiellement à Lucien Bouchard, Bernard Landry avait exposé son talon d'Achille en qualifiant le drapeau canadien de «bout de chiffon rouge». Du début à la fin de son règne, son impulsivité n'a cessé de lui jouer des mauvais tours.

André Boisclair devra plutôt prendre garde à ne pas s'éblouir lui-même. Il a dit accepter sa victoire avec «humilité», mais son ascension vertigineuse mettra à dure épreuve une modestie déjà bien fragile. C'est pourtant la qualité qui lui sera la plus nécessaire au cours des prochains mois.

Il lui faudra aussi démontrer beaucoup de générosité pour contrer le sentiment de dépossession qui risque de s'emparer de plusieurs, même si les résultats d'hier ne laissent aucun doute sur sa légitimité. Il a déjà reconnu avoir écrasé «beaucoup d'orteils» depuis le début de sa carrière politique, mais il assure avoir appris à danser depuis. On verra bien.

Il n'existe pas d'animosité de longue date entre Pauline Marois et André Boisclair, mais la dégelée qu'elle vient de prendre laissera forcément des traces. Même si, de l'avis général, elle a mené une très bonne campagne, le verdict des membres a été sans appel, malgré l'affaire de la cocaïne. La course aurait duré un mois de plus que cela n'aurait probablement rien changé.

Malgré sa déception évidente, elle a eu la défaite aussi élégante que possible dans les circonstances, mais il serait étonnant qu'elle accepte de servir bien longtemps sous ses ordres. À sa troisième tentative, si on inclut la course avortée de 2001, elle sait qu'il lui faut maintenant enterrer ses ambitions à jamais. M. Boisclair s'est engagé à lui réserver «une grande place», mais son rapport de forces vient d'en prendre un coup.

***

Bernard Landry n'a pas mis de temps à se porter volontaire pour jeter un pont entre la vieille garde et la génération qui s'installe aux commandes. Il semblait d'excellente humeur. De la victoire de M. Boisclair ou de la sévère défaite de Mme Marois, on pouvait se demander ce qui lui faisait le plus plaisir.

Il faudra aussi que la garde rapprochée du nouveau chef ne se montre pas trop gourmande. Louise Harel a toutes les raisons de s'interroger sur ce qui l'attend au-delà de l'ajournement des travaux de la mi-décembre. Durant la course, les fidèles de M. Boisclair ont superbement fait fi de ses rappels à l'ordre ou à leur devoir de réserve. Elle n'était pas de la «gang». Au sein de l'aile parlementaire, elle est cependant toute désignée pour le rôle de médiateur que Guy Chevrette avait joué en 1988, durant la période de transition entre le départ de Pierre-Marc Johnson et l'arrivée de Jacques Parizeau.

Il est à espérer que M. Boisclair aura tiré certaines leçons de la course. Quand M. Landry s'était mis à réfléchir tout haut à la possibilité d'être candidat à sa propre succession, il lui avait signifié sans ménagement qu'il était mûr pour une retraite définitive. Dans un parti composé encore très largement de baby-boomers, la dernière chose à faire est d'adopter une attitude de «tasse-toi, mon onc'».

Hier soir, il a promis «d'engager un dialogue riche et fécond entre toutes les générations». Sans minimiser les divergences idéologiques au sein du parti, plusieurs de ceux qui lui reprochent ses idées de droite ou un nationalisme trop mou semblent surtout dépaysés par une vision du Québec qui n'est pas celle de leur génération.

Inversement, M. Boisclair voit beaucoup trop facilement du racisme dans le discours identitaire de ceux qui ont grandi dans le Québec d'avant la loi 101 et qui comprennent mal le peu de cas qu'il semble faire de la question linguistique.

Il y a quelques années, Rita Dionne avait maladroitement reproché à Mario Dumont ce qui lui apparaissait comme une manifestation d'égoïsme propre à une génération qui avait abandonné les valeurs collectives de celle qui l'avait précédée. Les baby-boomers vieillissants qui sont tout naturellement passés du peace and love à la social-démocratie reprochent un peu la même la même chose à M. Boisclair.

Le camp souverainiste peut certainement tirer un très grand avantage à rajeunir le parti. À cet égard, la course a très bien démontré ses capacités. Le passation du pouvoir d'une génération à une autre n'en demeure pas moins un passage très délicat.

mdavid@ledevoir.com




LES MINISTRES DU GOUVERNEMENT CHAREST DISCRÉDITENT ANDRÉ BOISCLAIR

Presse Canadienne mercredi 16 novembre 2005

Les ministres du gouvernement Charest n'ont pas mis de temps à attaquer la crédibilité d'André Boisclair en raison de son passé de consommateur de cocaïne.

Dès le lendemain de son élection à la tête du Parti québécois, les ministres du Développement économique, Claude Béchard, et de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, questionnent ce matin (mercredi) son autorité morale.

M. Béchard estime qu'en raison de son passé, le nouveau chef péquiste ne pourrait être ministre de la Sécurité publique, ni ministre de la Justice.

Il conclut qu'il ne détient pas l'autorité nécessaire pour devenir premier ministre, qualifiant de demi-vérités ses aveux sur la cocaïne.

M. Béchard soutient qu'André Boisclair ne pourrait pas non plus être ministre de l'Éducation parce qu'il n'a pas donné un bon exemple aux jeunes en consommant de la cocaïne alors qu'il était ministre.

Le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, indique que même à l'intérieur du PQ, des voix soulèvent des doutes quant à l'autorité d'André Boisclair. Selon lui, si des militants croient que le leadership du nouveau chef peut être contesté en raison de ses frasques du passé, des Québécois vont sûrement le juger de la même façon.

Il l'accuse de n'avoir présenté aucune autre idée que la souveraineté.

Pour sa part, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, estime que le Parti Québécois est maintenant l'objet d'un conflit interne important, entre les partisans du Québec «lucide» et du Québec «solidaire». M. Couillard affirme que le parti est mal à l'aise avec les différences de vues entre ses différentes factions.

Il croit aussi qu'André Boisclair devra préciser ses positions dans de nombreux domaines, soutenant qu'il s'est contenté jusqu'ici d'avoir recours à la ce qu'il appelle la pensée magique, voulant que la souveraineté règle tous les problèmes.

Le premier ministre Jean Charest doit quant à lui commenter l'élection d'André Boisclair à la tête du Parti québécois vers neuf heures 30, ce matin, au sortir de la réunion du caucus des députés de l'aile parlementaire libérale.




La vraie surprise de cette victoire

Gilbert Lavoie
Le Soleil mercredi 16 novembre 2005

Éditorial - André Boisclair a peut-être mal géré sa confession sur la cocaïne, mais il sera un adversaire redoutable pour Jean Charest s'il démontre la même efficacité qui l'a amené hier soir jusqu'à direction du Parti québécois. Bien plus que sa victoire, c'est la rapidité avec laquelle il a lancé son réseau, l'été dernier, qui surprend le plus au lendemain de cette course à la direction.

M. Boisclair venait de passer un an à Harvard. Il se préparait à occuper un emploi à Toronto quand Bernard Landry a annoncé sa démission. Ce départ précipité a chambardé ses plans et l'a forcé à ouvrir sa machine politique au moins deux ans plus tôt que prévu. Tout le monde croyait que Bernard Landry dirigerait le Parti aux prochaines élections.

Malgré ce départ inattendu, la machine Boisclair a battu tout le monde à toutes les échéances de la course.

Gilles Duceppe espérait un appel du genou de la députation péquiste ; personne au sein du caucus n'a sollicité sa candidature.

Pauline Marois a été la première à annoncer son intention de se porter candidate ; André Boisclair l'a devancée de deux semaines dans le dépôt de sa candidature officielle. Le clan Boisclair avait recueilli 3720 signatures en appui à ce dépôt ; Mme Marois en avait 1600.

Peu aimé de ses collègues, qui le trouvaient prétentieux et arrogant lorsqu'il était ministre, M. Boisclair a rapidement obtenu une majorité d'appuis au sein du caucus péquiste, soit 15 députés, contre 8 pour Mme Marois. Il a fait le plein chez les jeunes et chez les présidents d'associations de comté.

Le clan Boisclair a vendu environ 30 000 cartes de membres, comparativement à moins de 10 000 pour celui de Mme Marois. Et encore en fin de semaine, l'organisation Boisclair comptait sur un millier de bénévoles au téléphone pour faire sortir son vote, alors que celle de Pauline Marois en avait environ 600.

Il est difficile d'expliquer une telle mobilisation autrement que par la mise en place, au fil des ans, d'un réseau bien structuré. On a vu d'autres situation où c'est l'establishment du parti qui choisissait son candidat et lui fournissait l'organisation nécessaire à la victoire. C'est le cas de Kim Campbell, qui a battu Jean Charest à la suite du départ de Brian Mulroney en 1992. La direction du Parti avait décidé qu'une femme, soi-disant bilingue et provenant d'une autre province que le Québec, aurait plus de facilité à battre Jean Chrétien. Erreur fatale !

Boisclair ne disposait pas d'un tel avantage sur la ligne de départ. Les François Legault et Pauline Marois, qui ne cachaient pas leurs ambitions, le trouvaient bien jeune et inexpérimenté pour chausser les souliers de René Lévesque,de Jacques Parizeau, de Lucien Bouchard et de Bernard Landry. Qui plus est, il n'avait pas et n'a toujours pas la confiance des orthodoxes du Parti, qui le soupçonnent de ne pas être un vrai souverainiste. Il a déjoué toutes ces objections et a survécu à une presse critique qui ne lui avait pas pardonné son manque de transparence dans le dossier de la cocaïne. Il a également survécu à une foule de rumeurs, alimentées autant par les libéraux que par ses "amis" péquistes, et qui ont semé un doute sérieux au sein du Parti sur sa capacité réelle de se rendre jusqu'aux prochaines élections.

Surprenant phénomène, donc, que cette victoire facile du nouveau chef du Parti québécois. La victoire d'une machine ou d'un politicien hors de l'ordinaire ? Peu importe. Elle ne mènera nulle part si le nouveau leader ne parvient pas à contrôler la frange du Parti qui a eu la peau de Lucien Bouchard et de Bernard Landry.

André Boisclair a passé le test de l'organisation politique. Il lui reste à démontrer que sa victoire est également celle de la prise en charge du PQ par une nouvelle génération de militants capables de porter le flambeau avec autant de convictions et de principes que leurs parents. Et capables d'une plus grande discipline...




Le pari du PQ

André Pratte
La Presse mercredi 16 novembre 2005

Les militants du Parti québécois se sont donné hier un nouveau chef, André Boisclair. Entre l'expérience et la jeunesse, les péquistes ont privilégié la seconde. Pour un parti vieillissant- la soirée d'hier consistait notamment en la lecture de discours des chefs passés!- c'était le pari le plus séduisant. C'est aussi le plus risqué.

Élu dès le premier tour dans un scrutin auquel les membres du parti ont voté en grand nombre, le nouveau chef jouit de toute la légitimité nécessaire pour prendre les rênes de la formation souverainiste. Il faut donner crédit à M. Boisclair, qui est parvenu à traverser sans craquer une campagne difficile, dominée par ce qu'il a appelé ses " erreurs de jeunesse ". On savait que l'homme est intelligent, modéré, s'exprime aisément. À ces qualités il faut désormais ajouter le cran. Les libéraux qui priaient secrètement pour sa victoire feraient mieux de s'attaquer à leurs propres problèmes plutôt que de souhaiter un bien improbable écroulement du nouveau leader péquiste.

La défaite est cruelle pour Pauline Marois, dont la feuille de route en faisait la successeure naturelle de Bernard Landry. Malgré tous ses mérites, Mme Marois traînait un boulet dont il était impossible de se défaire: on l'identifiait au passé plus qu'à l'avenir.

Les prochains mois constitueront un test de leadership pour le nouveau chef. Pour les militants du Parti québécois et pour les souverainistes, il s'agira de voir si André Boisclair réussira à faire l'unité des troupes en vue des prochaines élections. Les électeurs québécois, eux, observeront les faits et gestes du chef du PQ sous une autre perspective: ils jaugeront sa capacité de gérer le Québec dans une période clé de son histoire.

Pour notre part, nous souhaitons que M. Boisclair présente aux Québécois un portrait clair des intentions d'un prochain gouvernement du Parti québécois. Depuis le congrès du parti, en juin dernier, nombreux sont les leaders de la formation qui ont déclaré qu'ils n'étaient pas intéressés à " gouverner une province ", que leur seul projet une fois élus serait d'organiser un référendum sur la souveraineté. Est-ce bien ce que proposera le PQ aux électeurs québécois? Sinon, comment le Parti québécois compte-t-il aborder les défis du Québec moderne avant que n'arrive le " grand soir "?

Au sujet de la souveraineté, le programme du parti prévoit qu'un gouvernement péquiste engagerait des fonds publics pour la promotion de son option; le nouveau chef devra préciser de quoi on parle ici. Le programme statue aussi que le référendum portera " directement sur l'accession du Québec au statut de pays "; cela étant, il serait utile que le PQ annonce dès avant l'élection le texte de la question qui sera soumise aux Québécois. M. Boisclair a le don des formules belles à entendre et vides de sens. Mais en ce qui concerne leur avenir, les Québécois ont besoin de franchise et de clarté.

Le nouveau chef bénéficiera au cours des prochains mois de la vague de sympathie qui suit toujours l'arrivée d'un nouveau visage. Il devra en profiter pour faire ses preuves. Le Parti québécois est une formation difficile à diriger; mais il est encore plus difficile de diriger le Québec, en particulier lorsqu'on a la prétention de vouloir en faire un pays indépendant. D'où le grand risque qu'ont pris hier, de leur point de vue, les membres du Parti québécois. Lorsque les Québécois seront confrontés une nouvelle fois à un choix historique à l'occasion du prochain scrutin, seront-ils vraiment disposés à faire confiance à un homme qui a si peu d'expérience? Dont le jugement a été remis en question? Dont la capacité de gérer les crises est inconnue? Chose certaine, les Québécois placeront la barre haute.




André Boisclair nouveau chef du PQ

Denis Lessard
La Presse mercredi 16 novembre 2005

Québec - Avec une victoire décisive, le nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair s'est voulu rassurant et rassembleur hier. Promettant d'aller chercher l'appui des jeunes, il s'est engagé à faire une place " importante " à sa principale rivale, Pauline Marois.

Au terme d'une course où, souvent, les couteaux ont volé bas, M. Boisclair l'a emporté clairement hier sur Mme Marois. Avec 53,6 % des votes exprimés, il a nettement déclassé sa rivale, qui a obtenu l'appui de 30 % des 104 000 électeurs. Pas moins de 76 % des 140 000 membres du PQ ont voté au cours des trois derniers jours.

À quelques points près, M. Boisclair réédite le score de Pierre Marc Johnson en 1985 (58 %). Mme Marois, encore deuxième, avait alors récolté 20 %.

Loin derrière, Richard Legendre a obtenu hier un maigre 7,4 %, en dépit d'une machine imposante, tandis que Louis Bernard, dont l'organisation était squelettique, a récolté 5 % des suffrages. Les autres candidats, marginaux, tournaient autour de 1 % des suffrages.

" Nous devons bâtir une coalition avec les souverainistes de tous les horizons ", a insisté hier soir M. Boisclair dans son discours de la victoire. Il s'est voulu avant tout rassurant devant les 2000 militants venus assister au dépouillement du vote.

À l'arrière de la salle, plusieurs dizaines de spectateurs, souvent plus âgés, l'observaient sans grand enthousiasme. Autour de lui, M. Boisclair avait amené ses principaux collaborateurs pour attendre le résultat du scrutin- les députés Nicolas Girard et Stéphane Bédard, mais aussi Éric Bédard, son principal organisateur, Yves Duhaime, ancien ministre, et des amis de longue date, comme le Dr Réjean Thomas.

Clairement désireux de s'adresser d'abord aux jeunes, M. Boisclair a promis de faire le pont entre les générations.

" Si on a le même talent et le même courage que nos parents durant la Révolution tranquille, nous réussirons ", a-t-il lancé.

Il s'est engagé à mettre l'accent sur l'éducation, une fois porté au pouvoir.

Surtout, il a voulu rassurer les souverainistes en soulignant qu'il adhérait totalement au programme adopté au congrès de juin qui prévoit la tenue d'un référendum " le plus tôt possible " après l'élection du PQ.

Il a même dit quelques mots à l'intention des anglophones québécois, promettant dans leur langue que leur contribution au Québec serait préservée.

Pauline

Surtout, M. Boisclair a tendu la main à Pauline Marois et à tous les candidats qui sont allés le rejoindre sur l'estrade à la fin de la soirée. " Pauline, nous avons besoin de toi. Pauline Marois aura une grande place dans le parti, j'en prends l'engagement solennel ", a-t-il soutenu. Immédiatement Pauline Marois a assuré M. Boisclair " qu'il pourra compter sur (son) appui pour rassembler les militants du PQ ".

Intervenant avant M. Boisclair, Louise Harel avait d'ailleurs prévenu, à l'issue de cette course éprouvante, que le PQ réussirait " à deux conditions, se rallier et se rassembler ".

Personne ne décrivait M. Boisclair comme un rassembleur, mais la plupart de ses anciens adversaires étaient convaincus que, comme chef, il n'aura pas d'autres options que de rallier ses opposants d'hier.

" C'est un gars intelligent. La fonction changera bien des choses. Déjà, les gens de son entourage donnent des signes qu'ils veulent être conciliants, rassembleurs ", a dit François Legault, un des principaux partisans de Richard Legendre.

Quelques heures avant la fin du vote, le clan Boisclair soutenait que son pointage permettait de prédire un appui de 55 % des militants. Un organisateur de M. Boisclair a souligné que la glissade constatée il y a deux semaines s'était arrêtée vendredi dernier, après un appel à la réconciliation au débat de Gatineau.

Longue et curieuse soirée hier, durant laquelle les organisateurs avaient choisi de faire livrer par des comédiens de longs extraits des discours des prédécesseurs de M. Boisclair à la barre du PQ.

Jacques Parizeau, mais surtout Bernard Landry, ont été chaleureusement ovationnés dès que leur photo est apparue sur l'écran géant. En revanche, l'apparition de Lucien Bouchard a déclenché quelques huées.




Easy part is over for Boisclair

Editorial
The Gazette Wednesday, November 16, 2005

If Andre Boisclair thought he was jostled by a few reporters at that impromptu press conference in September, he ain't seen nothin' yet. The new Parti Quebecois leader has just entered the big leagues of political hardball.

Few politicians step into a major party's leadership with as little experience as Boisclair. Few have so little caucus support. Few assume the job with an admitted history of cocaine use. And only in the PQ does the job come complete with an in-house crew of schemers, snarlers and snipers.

The PQ's vaunted "season of ideas" has been won by a front-runner who nursed his lead by avoiding in-depth interviews and offering few proposals. Boisclair had strong support from students, with whom he clearly strikes a chord. But young voters have notoriously short attention spans, as Mario Dumont could tell him.

With the easy ingratitude of the young, Boisclair and his followers defeated party veteran Pauline Marois. She would not, we suppose, welcome comparison with Paul Martin Sr., who lost the federal Liberal leadership in 1968 to a trendy crowd-pleasing upstart named Pierre Trudeau.

So now the PQ has made a generational change at the top. But the party hierarchy is still dominated by the same old "pur et dur" independantistes who, far from welcoming a debate of ideas, have instead imposed an ideological litmus test: official PQ policy is that after a referendum Yes vote, Quebec can and should make a unilateral declaration of independence, or UDI. That this extra-legal tactic would create tumult, melt down the economy, and open the way to political violence seems not to matter.

Only one candidate, Louis Bernard, rejected this "magic wand" route to utopia, correctly if mildly calling it irresponsible. Marois was widely castigated for suggesting a UDI might lead to five years of uncertainty.

And where, during this race, were grown-up politicians Gilles Duceppe and Francois Legault? Why did they each pass up the chance to midwife great events, maybe even end up with his face on the currency of the Quebec republic?

They stayed away, one theory runs, because they could neither stomach a UDI nor beat the hard-liners. If that's so, who can think that voters in a referendum, or even an election, would go there? By this analysis, the hard-liners may well keep the PQ from closing in on the goal it seeks.

Does Boisclair have the wisdom and courage to resist the extremists and pull back from the UDI abyss? Not that we can see so far. The hard-liners wore down PQ leaders Rene Levesque, Lucien Bouchard and Bernard Landry, bigger men made of sterner stuff than we have seen in Boisclair.

All that considered, the PQ under Boisclair seems unlikely to be the dangerously sharp country-breaking tool once wielded by the sly Jacques Parizeau and the demagogic Bouchard. Quebec voters, we are entitled to hope, will not follow Boisclair, or anyone else, into the black hole of UDI uncertainty opened so wide by hard-liners.

But the stakes are far too high for federalists to be complacent. It's now up to federalist leaders, and the sensible silent majority, to save Quebec from the party which has chosen Andre Boisclair.




Contest of lesser evils

DON MACPHERSON
The Gazette Wednesday, November 16, 2005

History was made yesterday, as the Parti Quebecois concluded the first Quebec election in which none of the voters needed to wear pants.

And because it was so easy for PQ members (plus any pet, houseplant or federalist-for-Boisclair who slipped unseen through the online registration process) to vote by telephone, we know precisely how many of them didn't want their new leader.

There were 48,074 of them, or 46.3 per cent of those who voted in an election that polarized over the winner.

In five months, the PQ has traded in a leader rejected by one-quarter of its convention delegates for one who starts out without the support of nearly half its rank-and-file members.

Elections often come down to choosing the lesser evil, and this was especially true of the one for the PQ leadership. Likened to the Star Academie TV popularity contest because the PQ used the same telephone voting system (and contracted out the tabulation of votes to the same private firm), the PQ election was in fact its mirror image. It was an unpopularity contest, in which the winner would be not so much the more popular of the two leading candidates as the less disliked.

Andre Boisclair started out as the anybody-but-Marois candidate, his own candidacy viable only because the PQ didn't want Pauline Marois, and Gilles Duceppe chose to stay in the comfort of Ottawa. Boisclair instantly became the front-runner, and as doubts grew about the strength of his nerve as well as that of his commitment to a left-wing agenda, a stop-Boisclair movement coalesced around Marois. It came down to anybody-but-Marois against anybody-but-Boisclair.

This does not make for a lasting, strong mandate. Boisclair's 53.7 per cent of the vote was less than the 59 per cent Pierre Marc Johnson received in the PQ's last leadership election 20 years ago, and Johnson lasted only two years as leader.

Leading this aging yet often infantile party is like going on a long vacation with several thousand 5-year-olds in the back seat, constantly kicking the back of the driver's seat and demanding, "Are we there yet?"

The PQ goes through leaders like chewing gum, spitting out each one as soon as he loses his flavour and popping in a fresh one. It spat out Bernard Landry even though it was leading comfortably in the polls. But you don't just pop open a new package of leaders like a package of Chiclets, and the PQ now is down to what looks to be the weakest in its history.

Boisclair ran to victory while running away from journalists' questions; we know he isn't losing his hair because we've seen so much of the back of his head. All parties are left divided by leadership campaigns, and the PQ emerges from this campaign with its leader estranged from the left wing of the party.

Boisclair inherits a program on sovereignty that is self-indulgently and delusionally radical, which Bernard Landry allowed the party to adopt in a vain attempt to preserve his leadership and to which Boisclair has tied himself in order to win his.

And on the eve of the vote, candidate Richard Legendre has vowed to hold the new leader to the program. That would be fine with Premier Charest, who couldn't wait for the election of his adversary to begin drawing public attention to the radicalization of the PQ program.

Boisclair will lead with at least two former leaders constantly looking over his shoulder and kibitzing, Landry having joined Jacques Parizeau.

Paradoxically, even though the polls point to the PQ's return to power within a couple of years, the party was financially in the red even before incurring the expense of the leadership election.

Boisclair, who does not have a seat in the National Assembly, will be absent from a legislative caucus in which his supporters are in the minority, only 15 out of the 44 members.

And by next spring, Duceppe will be available as an alternative to Boisclair, having honoured his commitment to lead the Bloc through one more federal election.

Boisclair will do well just to make it to the next provincial election as leader. His supporters who elected him with their fingers now should cross them while wishing him luck.




Boisclair easily wins leadership of PQ
Former drug user first-round victor

Graeme Hamilton
National Post Wednesday, November 16, 2005

QUEBEC - Andre Boisclair was crowned leader of the Parti Quebecois last night after fending off accusations that his earlier cocaine use made him unfit to steer the separatist cause.

Mr. Boisclair, 39, becomes the first openly homosexual head of a major Quebec party. He won a clear majority of votes in the first round, crushing the dream of party stalwart Pauline Marois, who was making her second bid for the leadership.

PQ members gambled that Mr. Boisclair's admitted cocaine use when he was a Cabinet minister in the 1990s will not come back to haunt him during an election or referendum campaign. He captured 54% of the roughly 105,000 votes cast, compared with 31% for Ms. Marois. None of the other six candidates was in contention.

Mr. Boisclair seemed dazed by his easy victory, repeating "Wow," over and over before beginning his speech. He told the crowd of more than 1,000 party members that Quebec has never been closer to achieving sovereignty.

"Tonight, more than ever, everything becomes possible," he said, pledging to make independence his priority.

"In the next election campaign the Parti Quebecois will seek a mandate to hold after our election, as quickly as possible, a referendum on the sovereignty of Quebec," he said.

Unusual for a PQ leader speaking to party faithful, he included a section in English, assuring the province's anglophones they have his respect. "Some of you agree with us, but I know the concerns of the majority," he said. "Tonight I'd like to reiterate our attachment to democratic values and our commitment to your historical and individual rights, be it in the province of Quebec, be it in an independent Quebec."

In choosing Mr. Boisclair, who was first elected at age 23 and has not held a job outside politics since then, the party is hoping to appeal to a new generation of sovereigntists who have drifted away from the party. Ms. Marois has a far stronger track record in government and ran a smooth campaign for the leadership, but she has always been more reliable than exciting.

With Jean Charest's Liberal government trailing badly in opinion polls, Mr. Boisclair is in position to become Quebec's next premier and lead the "Yes" forces in a third sovereignty referendum. A poll published on Friday by La Presse put a Boisclair-led PQ 20 points ahead of the Liberals, picking up 41% of support compared with 21% for the Liberals. (The Action Democratique du Quebec, Mario Dumont's party, was second at 22%.)

Mr. Charest must call an election by April, 2008, but a vote is more likely in 2007.

Mr. Boisclair said in an interview last week that he plans to make the election campaign all about sovereignty. "I am going to talk about sovereignty as much as Mr. Mulroney talked about free trade when he was elected [in 1988]," he said.

A more immediate challenge awaits in uniting a party that at times seems more intent on dividing itself than splitting up Canada. Mr. Boisclair's organizers suspected the Marois camp of fuelling rumours about his cocaine use and orchestrating some of the vitriolic attacks against him, such as the "spoiled-child" label given him by Daniel Paille, a former PQ minister.

Mr. Boisclair reached out to Ms. Marois in his victory speech, saying she will continue to have "a large place" within the party. Ms. Marois and the other defeated candidates joined Mr. Boisclair on stage following his speech, as the crowd chanted, "We want a country."

Ms. Marois told reporters, "I'm a democrat and I rejoice in Andre's victory."

Mr. Boisclair replaces Bernard Landry, who quit in June after receiving 76% support in a leadership review. The race to succeed him attracted nine candidates, although one, Gilbert Paquette, withdrew last week to support Ms. Marois. Party membership swelled to 140,000 from fewer than 60,000 under Mr. Landry.

All registered members were eligible for the telephone vote, which used the same technology employed by the televised Quebec talent search, Star Academie. Members were required to rank their preferences.

Although party officials said the system worked, the satirical Radio-Canada television program Infoman succeeded in registering votes on behalf of a house plant and a Chihuahua. The votes did not affect the outcome.




New party leader overcomes controversy; vows to rally supporters for sovereignty

RHÉAL SÉGUIN
Globe and Mail Wednesday, November 16, 2005

Quebec — André Boisclair won a decisive victory on the first ballot last night, becoming the new Parti Québécois Leader — immediately expressing his intention to rally supporters toward an election victory and eventual Quebec sovereignty.

His win comes after an acrimonious campaign that has left the party divided and bitter.

Mr. Boisclair won the leadership with 53.6 per cent of the vote, more than 20 points ahead of his closest rival, Pauline Marois.

"Wow," Mr. Boisclair repeated, surprised by the strength of his support, which comes on the heels of the controversy over his admitted cocaine use.

"Tonight, more than ever, I have confidence in my party ..... and how happy I am to be in my Parti Québécois family," Mr. Boisclair said in his victory speech.

In his call for party unity, he thanked the other candidates who together received a total of 15 per cent of the vote. More than 76 per cent of the 140,000 party members voted in the telephone vote.

"Let us all work together to achieve the country of Quebec," he said. "Pauline, we need you. You will have a great place in our party. I make a solemn promise to you tonight."

When the party assesses the 70-per-cent disapproval rating for Premier Jean Charest's government, it believes it can easily win the next election. The prospect of an election victory for the new leader constitutes the strongest bond of unity.

"We have an election to win, a referendum to hold and a country to build," said party president Monique Richard to an enthusiastic crowd gathered to hear the results.

The first test will be in two by-elections next month followed by the federal election where the Bloc Québécois continues to hold a comfortable lead in the polls. Most PQ members will be called upon to work for the Bloc in the next election and it could become an important element in helping cement unity within the provincial party.

This was the second time Ms. Marois ran for the leadership, having finished second in the last campaign in 1985. Last night, she bowed graciously to the will of the members. "I accept the verdict," she said, her face filled with disappointment.

Former leader Bernard Landry was also on hand as a television political commentator to witness his hand-picked successor win easily against his long-time rival, Ms. Marois.

Mr. Boisclair promised to honour the party program. "We will seek a mandate to hold a referendum on Quebec sovereignty in the next election," Mr. Boisclair said. "We will offer a plan for a country, a transition plan ..... a project to achieve sovereignty the right way."

Mr. Boisclair projected himself as the voice of the new generation of separatists, intent on projecting sovereignty as the ideal of the future rather than an ideal of the past.

The controversial cocaine issue, as reprehensible as it was seen to be in some circles, didn't sway PQ members from supporting Mr. Boisclair.

The new leader sidestepped the issue throughout the campaign and avoided answering important questions that his adversaries contend will eventually come back to haunt him.

But he mounted the strongest campaign with an impressive army of supporters and a half-million dollars in funding. He emerged as the candidate of continuity, one that will follow in his predecessor's role as a cautious proponent of sovereignty.

With his youthful image, the 39-year-old Mr. Boisclair became the party's sixth leader and must now persuade Quebeckers that he can govern the province — and that he can achieve Quebec sovereignty if elected to power.

However, Mr. Boisclair's victory will do nothing to alleviate the tensions within the party regarding the course the PQ will adopt in its quest to achieve sovereignty.

The new leader's conservative ideology will be as much an issue in the party as his admission of using cocaine while he was a cabinet minister in 1997.

The progressive groups, including the left-wing social-democratic faction of labour leaders and social activists, threw their support behind the other leading contender, Ms. Marois, rather than Mr. Boisclair.

That faction has accused Mr. Boisclair of lacking compassion for the poor and fixating on reducing Quebec's debt rather than eliminating the province's anti-labour legislation adopted by the current Liberal government. For instance Mr. Boisclair declined to condemn a law that bars workers in some private daycare centres from joining a union. And his stand on the environment has been less adequate in persuading many environmentalists to support his leadership.

The left-wing elements in the party fear they will be isolated under Mr. Boisclair's leadership. They point to one of his main advisers, Daniel Audet, as an indication of where the party may be headed.

Mr. Audet is a director of the right-wing think-tank, the Montreal Economic Institute, which has promoted higher university tuition fees, a parallel private health-care system and reducing the province's debt. Mr. Audet and a small group of Montreal business leaders have played a key role behind Mr. Boisclair's campaign.

And this may explain the skepticism of some PQ members over Mr. Boisclair's sovereigntist credentials. Mr. Boisclair's conservative ideals and lukewarm commitment to sovereignty annoyed some of the restless tenants of Quebec independence in the party who said Mr. Boisclair will steer the party even closer to business interests than did his predecessors Mr. Landry and Lucien Bouchard.

But while the left-wing faction ponders its future under Mr. Boisclair's leadership, the Liberals are eagerly awaiting the chance to revive the cocaine scandal that created an acrimonious campaign that erupted into a full-scale war within the party.

Privately the Liberals contend that there are more skeletons in Mr. Boisclair's closet and will wait for just the right moment to bring them out in full public view.




Puisse se faire la guerre... en paix

Jean-Serge Baribeau, ex-professeur de sociologie des médias
La Presse mercredi 16 novembre 2005

Entre les "lucides" et les "solidaires", il est important que le débat se fasse, avec beaucoup de vigueur si nécessaire, mais avec un minimum de respect!

Étant actuellement en train d'écrire un livre sur la " correctitude " politique (angélique et axée sur l'euphémisme et la langue de coton) et sur son inverse ou son opposé, réel ou apparent, (une certaine " correctitude " droitière, souvent grossière et ordurière, raciste et méprisante), j'ai été fasciné par la récente multiplication des manifestes (lucide, solidaire, morbide, ludique, etc.).

Même si les mots " gauche " et " droite " n'ont plus tout à fait le sens qu'ils ont déjà eu en d'autres circonstances, je suis toujours étonné de l'étonnement d'une certaine gauche lorsqu'elle est confrontée à des discours de droite, comme si cette gauche ignorait que d'autres discours que le sien sont possibles. Mais enfin, si l'on se dit " de gauche ", c'est probablement parce que l'on sait pertinemment que d'autres positions (ou postures) idéologiques et intellectuelles sont possibles. D'ailleurs, une certaine gauche ne cesse de parler de " la pensée unique ", ce qui n'a absolument aucun sens. Si pensée unique de droite il y avait, il n'y aurait aucune possibilité de quelque pensée de gauche que ce soit. On peut certes parler de courants de pensée prédominants, plus ou moins hégémoniques. Mais on ne peut parler sérieusement de pensée unique. Pas dans le Québec actuel! Quand même!

Les mêmes remarques valent pour une partie de la droite qui semble parfois étonnée d'entendre des discours de gauche tout en semblant penser qu'il y a, au Québec, une pensée unique, laquelle serait l'apanage de la gauche. J'entendais récemment le professeur de droit, à l'Université Laval, Réjean Breton, faire des affirmations allant dans ce sens. Monsieur Breton, et c'est son droit, intervient de plus en plus en défendant hors de tout doute des idées de droite concernant l'État, les entreprises privées, les syndicats (tous corporatistes selon lui) et la responsabilité (sociétale ou individuelle).

En fait, ce qui est hautement souhaitable, c'est que la société québécoise en arrive bientôt à accepter un débat entre la gauche et la droite, en oubliant quelque peu le débat souverainisme-fédéralisme. Quels rôles doit-on attribuer à l'État, à l'entreprise privée et aux citoyens à titre individuel? Quel est (ou quel doit être) le rapport entre l'aide sociale et étatique d'une part et la responsabilisation individuelle d'autre part? S'il existe indubitablement de vraies victimes, n'est-il pas vrai que certaines personnes ou groupes ont tendance à se complaire dans un statut de victimes totales? Si les syndicats sont parfois corporatistes et figés dans un immobilisme inquiétant, est-ce que les entreprises privées sont toujours conscientes de leur responsabilité sociétale?

Il serait intéressant qu'une certaine droite cesse de " staliniser " ses adversaires de gauche et qu'une certaine gauche (souvent plus gnangnan et fleur bleue que stalinienne) cesse, une bonne fois pour toutes, d'" hitlériser " les adversaires de droite.

En fait, pour ne prendre que ces deux exemples, les " lucides " manquent de perspectives sociales, culturelles et artistiques et leur ton est on ne peut plus dogmatique et paternaliste. Quant aux " solidaires ", un peu cuculs, ils manquent de rigueur dans leur analyse économique, tout en ne présentant à peu près aucune perspective culturelle, ce qui ne peut qu'étonner. Mais leurs idées généreuses et fondées sur la solidarité restent essentielles.

Puisse le débat se faire, avec beaucoup de vigueur si nécessaire, mais avec un minimum de respect!




How Quebec deals with its health plight

Editorial
The Globe and Mail Wednesday, November 16, 2005

Quebec Health Minister Philippe Couillard deserves full marks for driving the search for a creative solution to an urgent health-care problem that many other Canadian politicians would be only too happy to pretend does not exist. Dr. Couillard has reaffirmed the Charest government's commitment to comply with a ruling last June by the Supreme Court of Canada that struck down the provincial ban on private insurance for publicly funded health services. The government has not yet said how it intends to proceed. But the minister has already staked out a position that is sure to spark controversy across Canada, because it calls into question the sanctity of the single-tier health system.

"I believe there is a place for private health care in our public system," he declared. "There appears to be a perversion of the debate here in Canada and particularly in Quebec. There are some people who associate any intrusion of private delivery of the health-care system with some kind of social backwardness."

Le Devoir reported last week that one proposal being considered would allow Quebec doctors to offer medically required services such as joint replacements in the private sphere, provided the doctors met specified obligations to the public health system by working a certain number of hours and treating a certain number of patients. The proposal is reportedly contained in a white paper that will betabled in the National Assembly next month. Dr. Couillard insists that the government has not yet taken a position and that he is looking for a thorough public debate on the paper's recommendations before tabling any legislation.

Let the debate begin. To many people with a vested interest in maintaining the current system unchanged, Quebec appears headed toward two-tier health delivery, which they say simply cannot be allowed and should not be opened to public discussion. Dr. Couillard begs to differ. "Can't we have a debate in Quebec on this question?" he asked the other day. "The risks are well known to giving unregulated and unlimited access to private care. So our task is to take these factors into consideration and act in such a way that we avoid those risks."

That seems entirely reasonable. It makes more sense for the province than sticking its head in the sand and pretending there is no looming crisis. Quebec, like other provinces, has seen its health costs soar while services have steadily declined. Private medical clinics have sprung up to meet growing public demand, staffed by physicians who are required to opt out of the public system. Their patients have had to dip into their own savings to pay their bills, because of a law that prevented them from buying private insurance for medical services covered by the province. This was the law struck down by the Supreme Court in a 4-3 ruling.

Federal Health Minister Ujjal Dosanjh has said in the past that Ottawa will not countenance a situation where doctors work in both the public and private sectors. But he has yet to propose a workable alternative. The federal government faces a huge battle fraught with political risks if it tries to stop Quebec from introducing private insurance for medically necessary treatments or from experimenting in the private delivery of publicly funded health care. Worse, Ottawa would be in the untenable position of effectively telling the province either to ignore the Supreme Court or to invoke the notwithstanding clause in the Charter of Rights, a path wisely rejected by Jean Charest's government.

The issue, as framed by Dr. Couillard, should be who controls the system, not who delivers the services. The debate is long overdue.




Retour au fouillis

Katia Gagnon
La Presse mercredi 16 novembre 2005

Après les garderies, l'aide sociale: le budget Goodale vient poser un nouveau pied dans le champ des provinces en créant un programme de soutien à l'emploi pour les travailleurs à bas revenus, conçu comme un levier pour quitter l'aide sociale. Pourtant, on ne peut pas dire que la gestion fédérale d'une clientèle très majoritairement accrochée à l'aide sociale, soit les autochtones, soit très reluisante. Que M. Goodale s'occupe donc d'eux et qu'il laisse les provinces gérer leur régime d'aide sociale comme elles l'entendent.

Décidément, ça devient une habitude pour le gouvernement fédéral de copier des programmes sociaux mis en place au Québec. Le gouvernement Martin a tellement aimé les garderies à 5 $ qu'il voudrait les étendre à l'ensemble du Canada. Au ministère des Finances, on a visiblement vu d'un bon oeil la " prime au travail " mise en place par l'ex-ministre Yves Séguin. En deux temps trois mouvements, on a donc bricolé un programme, afin que tous les travailleurs canadiens à bas revenus puissent profiter d'un tel " bonus à l'emploi ". Coût: 2,2 milliards.

À la suite de cette annonce s'engage maintenant une longue négociation avec chacune des provinces pour déterminer où et comment elles dépenseront cet argent. Dans le cas des garderies, cette négociation a duré plusieurs mois. On n'ose imaginer combien de temps il faudra parlementer pour que la mesure fédérale s'insère dans le casse-tête complexe des régimes d'aide sociale. Il aurait été beaucoup plus simple, logique et efficace de transférer, tout simplement, de l'argent aux provinces sous l'étiquette générale de la réinsertion à l'emploi.

Parce qu'on ne peut pas dire que le gouvernement fédéral remporte de très grands succès dans l'aide à la main-d'oeuvre lorsque c'est lui qui s'en occupe. À preuve, le désastreux dossier des autochtones, qui relève de la compétence fédérale. Les taux de chômage dans la quasi-totalité des réserves sont astronomiques. Les autochtones sont bénéficiaires de l'aide sociale de génération en génération. Bien sûr, les problèmes des autochtones sont complexes et ne peuvent être, en totalité, imputés au fédéral. Mais disons qu'en matière de formation de la main-d'oeuvre, ou de préparation à l'emploi, elle démontre éloquemment que le fédéral ne possède aucune expertise particulière.

C'est d'ailleurs pourquoi, il y a une décennie, Ottawa avait accepté de transférer l'ensemble de ses pouvoirs en la matière au Québec, un niveau de gouvernement jugé plus proche des citoyens. Tout le monde s'entendait pour dire que la cohabitation d'Ottawa et de Québec en matière de formation de la main-d'oeuvre avait créé un innommable fouillis de programmes dont les objectifs étaient parfois contradictoires. Les pauvres bénéficiaires ne savaient plus où donner de la tête. C'est malheureux, mais le budget Goodale sonne le début d'un retour à cette situation. Et tout cela, redisons-le, strictement à cause de l'imminence d'une échéance électorale.




Les champions de l'effort fiscal au Canada:
Les Québécois versent la plus forte proportion du revenu personnel

Gilles Fisette
La Tribune (Sherbrooke, Qc) mercredi 16 novembre 2005

Au Québec, l'État et les municipalités perçoivent 5,8 milliards $ de plus que la moyenne canadienne. Et malgré les efforts, l'écart avec la moyenne ne s'estompe pas.

Telle est l'une des constatations auxquelles a abouti le professeur de fiscalité, Luc Godbout, de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l'Université de Sherbrooke qui, hier midi, était l'un des deux conférenciers dans le cadre de la Semaine de la recherche en administration.

Pour dresser son portrait fiscal global, selon les données de 2002 (les plus récentes chez Statistique Canada), le professeur a analysé les recettes fiscales provinciales et municipales selon les assiettes suivantes: impôt sur le revenu des particuliers, les taxes à la consommation, les impôts fonciers, l'impôt sur les bénéfices des sociétés, la taxe sur le capital et les taxes sur la masse salariale.

Selon ce portrait fiscal global, l'Ontario puise des recettes de 65,9 milliards $, soit 5447 $ par habitant. Le Québec, lui, puise 39,6 milliards $ ou 5314 $ par habitant. Toutefois, lorsqu'on examine l'effort fiscal total par dollar de revenu personnel, le Québec occupe le premier rang peu enviable avec un effort de 0,199 $ pour chaque 1 $ de revenu. L'Ontario arrive au 3e rang avec un effort de 0,178 $.

Par rapport à la moyenne canadienne, a souligné M. Godbout, le Québec perçoit 5,8 milliards $ de plus; en Ontario, on parle plutôt de 3,4 milliards $ de plus que la moyenne canadienne. En Alberta, le pays du pétrole, on fait mieux que partout ailleurs au pays puisque, là, on perçoit 5,7 milliards $ de moins que la moyenne canadienne.

Par ailleurs, au chapitre du seul impôt sur le revenu, M. Godbout a signalé que 40,7 pour cent des contribuables québécois ne paient aucun impôt - parce qu'ils ne gagnent pas assez d'argent et parce que Québec a un seuil minimum plus élevé qu'ailleurs _, comparativement à 29,6 pour cent d'Ontariens. Quelque 50 pour cent des contribuables québécois (les moins bien nantis possèdent 18 pour cent des revenus et paient 3 pour cent des impôts. Au milieu de l'échelle, on rencontre 35 pour cent des contribuables qui déclarent 40 pour cent des revenus et paient 35 pour cent des impôts. Enfin, en haut de l'échelle, il y a 15 pour cent des contribuables qui gagnent 42 pour cent des revenus et paient 62 pour cent des impôts.

Ces données sont comparables à ce qui se vit en Ontario. En Ontario, les moins nantis forment 50 pour cent des contribuables; ils déclarent 16 pour cent des revenus et paient 5 pour cent des impôts. Au milieu, se retrouvent 35 pour cent des contribuables qui paient 26 pour cent des impôts. Enfin, au sommet, 15 pour cent des contribuables qui paient 69 pour cent des impôts.

Parmi ses autres constats, le professeur Godbout a souligné que le Québec utilise moins les impôts fonciers que les autres provinces. Alors que la moyenne canadienne est à 100, le Québec est à 82,9 à ce sujet alors que l'Ontario est à 115,7. Au global, huit provinces ont un écart inférieur à 10 pour cent de la moyenne.

Quant aux impôts touchant les sociétés, Il a rapporté que le Québec utilise beaucoup plus les taxations sur le capital et sur la masse salariale que les autres provinces.

"Au global, l'effort fiscal rattaché à l'imposition des sociétés est plus que 50 pour cent supérieur à la moyenne canadienne", a-t-il révélé.

Il a expliqué que Québec taxait davantage le capital et la masse salariale plutôt que les bénéfices parce que Jacques Parizeau, en 1979-1980, avait donné le ton, sourire en coin, sachant que ces initiatives de Québec permettaient aux entreprises de profiter, à l'inverse, de déductions fiscales au fédéral. Donc, au total, les entreprises donnaient davantage à Québec et moins à Ottawa. Or, le ministre québécois Michel Audet, en taxant moins le capital des entreprises et plus leurs bénéfices, a fait en sorte de priver Québec de revenus tout en accroissant ceux d'Ottawa... qui croule pourtant sous les surplus, a souligné M. Godbout.




C'est quoi, un budget électoral?

Alain Dubuc
La Presse mercredi 16 novembre 2005

La rhétorique politicienne est parfois agaçante. La démarche qui consiste à forcer les libéraux de Paul Martin à des élections, et ensuite à les accuser, l'indignation dans la voix, de poser des gestes de nature électorale, est parfaitement circulaire.

Il est clair que la La Mise à jour économique et financière, présentée lundi par le ministre fédéral des Finances Ralph Goodale est bien plus qu'une simple mise à jour, bien plus même qu'un mini-budget. C'est en fait le maxi-budget que les libéraux auraient voulu présenter en février, recyclé à toute vapeur pour être déposé avant que les partis d'opposition ne réussissent à renverser le gouvernement. Cette mise à jour gonflée aux stéroïdes est électorale, comme l'aurait été un vrai budget déposé en février, tout juste avant des élections prévues par M. Martin pour le mois de mars.

Mais est-ce que ce contexte électoral évident disqualifie a priori tout ce que contient ce quasi-budget? À écouter et à lire les commentaires, il faut croire que oui, puisque l'exercice de M. Goodale est réduit à une distribution de bonbons ou de cadeaux de Noël.

La première question qu'il faudrait se poser pour évaluer l'électoralisme, dans le sens le moins noble du terme, c'est si les initiatives proposées par le ministre Goodale auraient été radicalement différentes sans ces enjeux électoraux? Et dans l'ensemble, la réponse est non. Ce budget ressemble probablement beaucoup à ce que le gouvernement Martin aurait proposé s'il avait quatre belles années de pouvoir devant lui.

La seconde question, c'est si les libéraux comptent sur ce quasi-budget pour être réélus et possiblement de façon majoritaire? La réponse est évidemment oui. C'est une plate-forme électorale. Mais en soi, il n'y a rien de méprisable à ce qu'un gouvernement, à la veille d'une campagne électorale, propose un projet aux électeurs.

D'autant plus que ce budget est une arme à double tranchant. Toute la démarche repose sur l'indécente richesse du gouvernement fédéral. Les surplus d'Ottawa, pour les cinq prochaines années, s'élèveront à 86 milliards. Les initiatives de cette semaine ne grugent que 39 milliards de ce total, 31,5 milliards sont mis de côté par prudence. Mais il reste encore un excédent de 15,5 milliards, " disponible à des fins budgétaires "! Pour une fois, nous avons l'heure juste, parce que les excédents ont été évalués par quatre organismes non-gouvernementaux.

Ce que Ralph Goodale avoue, en publiant ces projections, c'est que le déséquilibre fiscal est une réalité qu'il ne peut plus occulter et à laquelle il apporte une partie de réponse. Si Ottawa a trop d'argent, c'est parce qu'il en prend trop dans les poches des contribuables. Le correctif devrait consister à le retourner là où il l'a pris. Dans cette logique, les baisses d'impôt de 29,1 milliards promises aux particuliers par les libéraux étaient la chose à faire.

C'est également la meilleure façon de régler le déséquilibre fiscal, en libérant un champ fiscal que les provinces dans le besoin pourront réoccuper en augmentant leurs impôts.

Il est vrai que les provinces qui récupéreront ces baisses d'impôt devront en supporter l'odieux. Mais c'est justement là un des grands fondements de nos traditions démocratiques, le lien entre la taxation et les dépenses publiques. Aurait-on préféré que le gouvernement fédéral joue au père Noël envers les provinces avec de l'argent qu'il ne devrait pas avoir?

Cela étant dit, avec des surplus aussi colossaux, la transparence aurait voulu que Ralph Goodale reconnaisse l'existence du déséquilibre fiscal. Et l'ampleur des moyens aurait justifié des baisses d'impôts encore plus massives.

Mais ce qui frappe quand même, c'est que ces baisses d'impôt s'inscrivent dans un projet d'ensemble. Pour la première fois depuis qu'il est premier ministre, Paul Martin ne se disperse pas, ne saupoudre pas, arrête de parler de garderies et d'urgences d'hôpitaux, et manifeste une cohérence et un focus qui faisaient cruellement défaut.

Avec son Plan pour la croissance et la prospérité, le gouvernement libéral traite des vrais enjeux qui confrontent le Canada, sa faible productivité, l'érosion de sa capacité à résister à la concurrence, le genre de choses qui auraient dû être le fonds de commerce des conservateurs. Et propose des solutions qui vont toutes dans la même direction, en insistant sur la recherche et l'innovation, l'adaptation à la main d'oeuvre, l'accès aux études.

Mais ces surplus n'appartiennent pas qu'aux libéraux; ils seront à la disposition du parti qui formera le prochain gouvernement. Ralph Goodale offre donc aux conservateurs un cadre financier sur lequel ils pourront, eux aussi, asseoir leur plate-forme électorale. Et s'il y a un enjeu dans la campagne électorale qui nous pend au bout du nez, c'est bien celui-là. Qu'est ce que chacun des partis ferait avec ces 86,8 milliards?

Adubuc@lapresse.ca