Promener le cercueil

Michel David
Le Devoir jeudi 17 novembre 2005

André Boisclair n'avait pas encore terminé son discours de couronnement, mardi soir, que les téléphones cellulaires des journalistes présents au centre des foires de Québec sonnaient déjà. Les membres du gouvernement Charest ne pouvaient pas attendre plus longtemps pour commenter l'élection du nouveau chef du Parti québécois. Pour le vice-premier ministre, faites le 1. Pour la ministre de la Culture, faites le 2...

Hier matin, à leur arrivée à la réunion du caucus des députés, l'attaque était encore mieux coordonnée. Bien entendu, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, n'allait pas s'abaisser à parler de cocaïne. Quand on est médecin, on s'assure de garder les mains propres. M. Couillard s'en est donc tenu à des considérations plus élevées sur le vide des propos de M. Boisclair.

De toute manière, certains de ses collègues sont beaucoup plus doués que lui pour les travaux salissants. Le ministre du Développement économique, Claude Béchard, est de ceux-là. Remarquez, sa question d'hier était tout à fait pertinente : comment un homme que ses «erreurs de jeunesse» disqualifient pour la fonction de ministre de la Justice peut-il aspirer à celle de premier ministre ?

Le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, qui apprécie lui aussi la politique avec un p minuscule, s'est fait un plaisir d'improviser quelques variations sur le même thème. Pourquoi pas ? Après tout, Pauline Marois et Bernard Landry ont eux-mêmes déclaré que la consommation de cocaïne de M. Boisclair posait un sérieux problème !

En grand démocrate qu'il est, le premier ministre Jean Charest laisse à la population le soin d'en juger. Les libéraux vont-ils se mettre à fouiller les placards pour débusquer quelque autre squelette que le nouveau chef du PQ pourrait encore y cacher ? Bien sûr que non, a assuré M. Charest. Pour reprendre l'expression savoureusement morbide du ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, qui s'y connaît en salissage, il n'y aura qu'à «promener le cercueil» aux quatre coins du Québec. L'odeur suffira.

***

Il n'est certainement pas trop tôt pour commencer à gratter la couche de téflon dont M. Boisclair est généreusement enduit. Les résultats de la course au leadership n'ont fait que confirmer ceux des nombreux sondages effectués au cours des derniers mois. Pour l'heure, les Québécois démontrent une extraordinaire indulgence pour ses frasques.

Afin de s'assurer que la boue puisse lui coller à la peau lors de la prochaine campagne électorale, qui n'est pas si lointaine, il faut donc entreprendre dès maintenant de démythifier le personnage et exploiter d'autres défauts que la beauté du plumage et du ramage ont jusqu'à présent réussi à masquer aux yeux de plusieurs.

Il est peut-être un peu exagéré de dire que M. Boisclair n'a développé qu'une seule idée au cours des cinq derniers mois, comme le prétend M. Charest, mais il est clair qu'il ne gagne pas à être entendu trop souvent. Son discours de mardi soir était d'une longueur nettement disproportionnée par rapport à son contenu.

La hâte des libéraux de le voir faire un retour à l'Assemblée nationale démontre bien qu'il n'a lui-même aucun intérêt à le faire. Depuis Jean Lesage, les nouveaux chefs qui n'étaient pas déjà députés ont systématiquement attendu le plus longtemps possible avant de le devenir. Le seul à se précipiter a été Lucien Bouchard, parce qu'il était aberrant que le premier ministre ne siège pas au Salon bleu.

La nécessité de faire l'unité du parti n'a rien de factice, surtout au PQ, mais la véritable raison est qu'une présence continue à l'Assemblée nationale provoque une usure prématurée. Certains sont plus efficaces que d'autres dans le rôle de chef de l'opposition, et M. Boisclair pourrait être de ceux-là, mais les règles du jeu parlementaire n'en laissent pas moins le dernier mot au gouvernement.

Pendant la course, M. Boisclair a évolué dans une atmosphère soigneusement contrôlée, évitant tous les débats et toutes les entrevues qui pouvaient décemment l'être. La recette l'a bien servi, alors pourquoi en changer ? Quoi de mieux que d'attaquer un adversaire qui n'est pas là pour répliquer ?

***

L'Assemblée nationale, plus particulièrement la période des questions, n'en demeure pas moins la principale, sinon la seule vitrine dont dispose l'opposition. Si M. Boisclair ne veut pas s'exposer inutilement, il faudra pourtant trouver le moyen de donner l'impression que son arrivée a changé quelque chose.

Devant la nécessité de ce renouveau et celle de ne pas trop bousculer ceux qui ont tenu le fort pendant que lui-même faisait le beau à Harvard, le nouveau chef devra agir avec beaucoup de tact. L'aile parlementaire, condamnée à vivre dans un espace restreint et surchauffé, est une créature capricieuse, dont la chimie est facilement perturbée.

Quinze députés ont appuyé la candidature de M. Boisclair, mais dix-neuf ont appuyé deux des principaux adversaires. Sa garde rapprochée voudra tout naturellement profiter des fruits de sa victoire, et la manne est passablement limitée quand on siège dans l'opposition.

C'est un secret de Polichinelle que Sylvain Simard aurait bien aimé réchauffer le fauteuil du chef de l'opposition en attendant l'arrivée de son nouveau patron, qu'il a servi avec le zèle de l'ouvrier de la onzième heure. Il le convoitait déjà quand Bernard Landry a démissionné, après avoir vainement espéré être nommé leader parlementaire, mais déplacer Louise Harel au profit de celui qu'Yves Michaud a baptisé «l'olibrius» aurait été de la dernière maladresse.

Malgré les sarcasmes dont il ne manquera pas d'être l'objet, M. Boisclair peut se permettre de bouder Sainte-Marie-Saint-Jacques, mais si les élections générales tardent trop, il lui faudra bien se décider à aller imprimer sa marque à l'Assemblée nationale, quitte à demander à un de ses députés de se sacrifier au moins temporairement.




Faire ses preuves

Bernard Descôteaux
Le Devoir jeudi 17 novembre 2005

L'élection d'André Boisclair à la tête du Parti québécois a été accueillie avec enthousiasme tant par les militants de ce parti que par les membres du gouvernement Charest. Les premiers ont fait le pari que leur nouveau chef saura les mener à la victoire lors des prochaines élections alors que les seconds le voient comme un leader vulnérable. Son défi consiste à démontrer que ce sont les premiers qui ont raison.

Ceux qui ont trouvé la campagne au leadership trop dure à l'endroit d'André Boisclair doivent s'attendre à ce que les prochains mois soient encore plus difficiles pour lui. Dès hier, les libéraux reprenaient à leur compte les attaques de ses adversaires dans cette course sur sa consommation passée de cocaïne. Le nouveau chef péquiste est désormais l'homme à abattre, et les libéraux ne ménageront aucun effort pour ternir l'aura dont il jouit au lendemain de sa victoire.

Ces premières attaques libérales apparaissent déplacées, et les Québécois réagiront pour l'instant de la même manière qu'ils l'ont fait au cours des derniers mois en rejetant les prétentions de ceux qui ont prétendu que cette affaire de consommation de cocaïne était un manque de jugement rendant M. Boisclair inapte aux fonctions de chef de parti et de futur premier ministre. À moins que des faits nouveaux ne soient portés à l'attention du public, les attaques des libéraux pourraient tout simplement se retourner contre eux.

La vulnérabilité d'André Boisclair, contrairement à ce que ses adversaires peuvent croire, se situe probablement ailleurs. Bien que la course au leadership ait duré cinq mois, M. Boisclair ne s'est guère révélé sur le plan de la pensée politique. Il a même pris grand soin d'en dire le moins possible. Maintenant qu'il est chef, il ne pourra pas se contenter de dire que la souveraineté est la réponse à toutes les questions. Il devra exposer à ses concitoyens la façon dont un gouvernement péquiste résoudra les problèmes que l'actuel gouvernement libéral n'arrive pas à régler.

Pendant la campagne au leadership, on a vu que le nouveau chef ne maîtrisait pas toutes les données. C'est une chose que de se faire dire une fois par Pauline Marois, qui venait de le prendre en défaut, d'aller faire ses devoirs. C'en sera une autre que de se le faire dire à quelques reprises par le premier ministre Jean Charest. C'est à celui-ci que les Québécois compareront M. Boisclair, et il se doit de lui être tout simplement supérieur s'il veut garder la position de force que lui ont confirmée les derniers sondages.

De la résistance, le nouveau chef péquiste pourrait en rencontrer aussi au sein même de son parti. Sa victoire, il la doit à une organisation largement supérieure à celle de sa principale adversaire, Pauline Marois. Sa machine électorale a su imposer une idée maîtresse, celle du passage du pouvoir à une nouvelle génération, qui a manifestement suscité l'enthousiasme. Or ce passage sera délicat à effectuer. Il faudra que le renouvellement du parti se fasse à tous les étages, pas seulement à la tête, ce qui signifie notamment que des militants et des députés devront, de bon ou de mauvais gré, céder leur place à des plus jeunes.

Ce passage pourra aussi avoir des effets sur le plan idéologique. Si jeunes et moins jeunes s'entendent plutôt bien sur la question de la souveraineté, leurs priorités seront bien différentes sur le reste. Ainsi, les premiers sont davantage préoccupés que les seconds par des questions comme la dette et le déficit démographique. Cela pourrait mener ce parti à être plus lucide que solidaire et à se situer davantage au centre qu'à gauche. Des militants pourraient en être malheureux et vouloir rallier le nouveau parti de gauche en voie de formation.

André Boisclair a du temps devant lui pour se révéler sur le plan des idées et faire ses preuves dans l'action. La chance qu'il a est que les prochaines élections ne sauraient avoir lieu avant 18 mois. Cela lui donne la possibilité de rattraper les erreurs qu'il pourra faire. Mais il n'aura pas le luxe d'en commettre trop.




Les souverainistes se radicalisent au Québec

Ludovic Hirtzmann
Le Figaro jeudi 17 novembre 2005

«CELA DÉPASSE mes espérances», a lancé le nouveau chef du Parti québécois, élu avant-hier avec 53% des suffrages exprimés, contre 30% à sa plus proche rivale, Pauline Marois. Plus de 76% des 140 000 militants du parti souverainiste ont exercé leur droit de vote. Si huit candidats se sont affrontés lors de la «course à la chefferie», seuls deux, Pauline Marois et André Boisclair, ont eu la faveur des militants.

A 56 ans, Pauline Marois, ancien vice-premier ministre et ministre des Finances, n'a pas su convaincre malgré sa grande expérience. Souverainiste convaincue, elle a tenté plusieurs fois par le passé de ravir la direction du Parti québécois. Si cet acharnement lui a valu d'être classé parmi la vieille garde, son manque de charisme l'a fait tomber.

André Boisclair a, pour sa part, joué la carte de la jeunesse. A 39 ans, ce Montréalais au visage de premier communiant est cependant un vétéran de la politique et des cabinets ministériels. C'est l'un des rares politiciens de carrière, dans un pays où les hommes politiques doivent d'ordinaire montrer leurs qualités professionnelles avant de gagner leurs galons de chef de parti.

Ses détracteurs ont souvent montré du doigt son parcours universitaire modeste, constitué de deux années de sciences économiques. Le jeune chef a compensé ce handicap par une année d'études à Harvard l'an dernier. Elu député à 23 ans, nommé ministre à 29 ans, Boisclair n'est pas à proprement parler un va-t-en guerre de l'indépendance de la Belle Province.

Au sein du Parti québécois, ses adversaires n'ont eu de cesse de mettre en doute sa ferveur souverainiste. Au soir de sa victoire, le «Kid Kodak», ainsi surnommé pour son éternel sourire aux dents blanches, a assuré pourtant qu'il mènerait le Québec vers l'indépendance. Cela suppose d'abord une victoire de son parti aux prochaines élections générales québécoises, prévues en 2007.

Le PQ entend alors organiser un nouveau référendum pour faire sécession du Canada. «Le peuple aura un nouveau rendez-vous avec l'histoire. Ce soir, plus que jamais, tout devient possible», a promis Boisclair.

Les Québécois avaient rejeté d'un cheveu la séparation d'avec le Canada lors d'un précédent référendum, en 1995. Pendant la campagne, André Boisclair, homosexuel affiché, a fait preuve de charisme et a su séduire les militants d'un parti dont les cadres vieillissent. Le nouveau patron des «péquistes» et peut-être futur premier ministre québécois incarne la jeunesse, un élément important à un moment où l'indépendance a de nouveau la faveur de l'opinion publique au Québec.

L'homme est un battant, qui aime la fête. Il a réussi le tour de force de convaincre les militants que ses frasques de jeunesse n'avaient guère d'importance. Lors de la campagne pour la direction de son parti, l'ancien ministre de l'immigration du gouvernement Bouchard a reconnu avoir consommé de la cocaïne à plusieurs reprises.

Cette révélation est devenue une affaire d'Etat, menaçant longtemps sa candidature et reléguant au second plan les programmes électoraux des candidats. Le brillant orateur, ébranlé, mal conseillé, a géré difficilement cette crise qui le poursuit encore. Cet exercice délicat n'est qu'un avant-goût des problèmes que rencontrera André Boisclair au sein d'un parti difficile à diriger et composé de nombreux courants idéologiques antagonistes.

Le jeune vainqueur devra faire montre de qualités de rassembleur pour mener ses troupes à la victoire aux prochaines élections. antagonistesCourants idéologiques Un nouveau référendum




Le début d'un chef nouveau

Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 17 novembre 2005

Tout le monde aime André Boisclair ces jours-ci, même les libéraux! À tout prendre, ces derniers préfèrent cet adversaire qu'ils jugent, à tort ou à raison, plus vulnérable que la solide Pauline Marois... laquelle, incidemment, a bien démontré mardi qu'elle avait des nerfs à toute épreuve. Elle fut, malgré cette seconde défaite - la plus amère parce que ce sera la dernière - l'incarnation de ce que les Anglais appellent grace under pressure.

En début de soirée, le futur chef, au contraire, cachait mal sa nervosité. Alors que tous les autres candidats se mêlaient à la foule des militants, " Monsieur " allait directement de sa voiture à sa loge... d'où il n'allait émerger que pour le spectacle.

Le spectacle? Enfin, c'est beaucoup dire. Ce parti né dans la ferveur et l'émotion, qui a toujours baigné dans le milieu artistique, n'a rien trouvé d'original ni d'inspirant pour marquer l'élection d'un nouveau chef et le 29e anniversaire de sa victoire de 1976. On a ressorti des boules à mites la chanson de Stéphane Venne et des extraits de discours des anciens chefs! Ce qui a donné aux péquistes une occasion en or de huer Johnson et Bouchard, à qui ils ont toujours reproché leur tiédeur souverainiste.

Voilà qui annonce quelques secousses au sein du PQ, car de tous les anciens chefs, c'est à Pierre Marc Johnson qu'André Boisclair ressemble le plus.

Comme M. Boisclair, M. Johnson avait 39 ans lorsqu'il fut élu à la tête du PQ, en 1985. Comme M. Boisclair, c'était un souverainiste modéré, ennemi de tout ethnocentrisme et respectueux des minorités, un petit-bourgeois bien élevé qui s'abstenait d'insulter ses adversaires. Comme M. Boisclair, ses instincts le poussaient vers le centre-droite.

L'analogie la plus frappante est la vague de popularité qui a porté les deux hommes durant leurs campagnes au leadership. Pierre Marc Johnson, les péquistes le voyaient dans leur soupe en 1985. Ils allaient lui donner une formidable majorité de 58,7 %, cinq points de plus que celle de Boisclair. Comme Boisclair aujourd'hui, Johnson était la Nouvelle Génération, le Prince charmant qui incarnait la jeunesse et le renouveau...

Deux mois plus tard, il menait le PQ à la défaite, et deux ans plus tard, il démissionnait de son poste de leader, victime d'un putsch ourdi par les souverainistes orthodoxes.

Rien ne dit que c'est le sort qui attend André Boisclair.

Différence fondamentale: en 1985, le gouvernement péquiste, émergeant d'un second mandat houleux, n'en menait pas large dans les sondages, et même la popularité personnelle de Johnson ne pouvait le rescaper. C'était l'heure du retour de Bourassa. Il en va tout autrement aujourd'hui, alors que le gouvernement Charest atteint des records d'impopularité.

En ce sens, André Boisclair a un jeu de cartes gagnant. Mais il se trouvera vite dans un dilemme épineux. Il a hérité d'un programme politique ultra-radical. Ou il prend ses distances par rapport à ce programme, et l'aile orthodoxe fera tout pour le déstabiliser. Ou il reste fidèle au programme, offrant du même coup aux libéraux un argument-massue pour la campagne électorale.

L'autre danger immédiat vient de l'aile gauche du parti, qui sent bien que M. Boisclair n'est pas de son bord et qui pourrait éventuellement passer au nouveau parti de Françoise David. Cela priverait le PQ d'un bon bloc de militants mais n'aurait pas l'impact d'une révolte des souverainistes " purs et durs ", car ceux-là n'ont pas d'autre maison que le PQ, et ils seront toujours là pour houspiller leur chef.

Souvent la victoire change un homme, lui apporte de l'assurance et de la " gravitas ". Lors de son discours d'acceptation et de sa rencontre avec la presse, le lendemain, André Boisclair n'était déjà plus le candidat tendu et évasif des cinq derniers mois. Il projetait une image de dignité, de sérieux et d'ouverture d'esprit. C'est avec générosité et en parfait gentleman qu'il a commencé à ramener l'unité dans son caucus déchiré, et il a eu l'élégance de remercier M. Charest qui, en gentleman lui aussi, lui a téléphoné mardi soir pour le féliciter. Il a même dit candidement qu'il pourrait bien un jour vivre ailleurs qu'au Québec et qu'il fallait aller partout au monde. C'était rafraîchissant.

Mais c'est dans l'adversité qu'on juge un chef. Il faudra le voir traverser sa première crise pour savoir si M. Boisclair avait raison lorsqu'il disait lui-même, il y a six mois, qu'il n'était " pas prêt " pour le leadership.

lgagnon@lapresse.ca




Et maintenant? : Une approche pragmatique

Jean-François Lisée
Ancien conseiller de Jacques Parizeau et Lucien Bouchard l'auteur est directeur exécutif du CÉRIUM. Il s'exprime ici à titre personnel.
La Presse jeudi 17 novembre 2005

La première journée d'André Boisclair à la direction du PQ est maintenant chose du passé. Qu'attendre des prochains mois?

Avant de dire quoi que ce soit sur André Boisclair, il faut dire ce qu'il n'est pas. Il n'est pas René Lévesque. Lévesque était courbé, hésitant, habillé à la va-vite. Boisclair se tient droit, ses phrases ont un début, un milieu et une fin. Son budget vestimentaire est à l'évidence considérable.

Il n'est pas Jacques Parizeau, qui portait la colère de la génération ayant arraché chaque mètre de pouvoir francophone à l'establishment anglophone. Boisclair livre un discours positif, nullement revanchard, débarrassé (trop?) du poids du passé.

Il n'est pas Lucien Bouchard. On sentait Bouchard janséniste, socialement conservateur, issu d'un Québec désargenté, accablé par les malheurs de son peuple, anciens, actuels et - les huissiers sont à la porte! - à venir. Boisclair sort tout droit du Québec nouveau, sûr de lui, du Québec qui réussit et qui profite - parfois à l'excès - des plaisirs de la vie.

Les Québécois de 2005 ont, comme moi, estime et affection pour ces leaders, mais les membres-électeurs du PQ et les citoyens en réponse aux sondeurs disent qu'ils veulent quelqu'un d'autre. Jeune et nouveau, certes. Différent, surtout. Quelqu'un qui incarne le présent et le chemin à parcourir plutôt que le chemin parcouru.

Ils avaient donné ce signal dès 2002, flirtant avec Mario Dumont avant d'en être désenchantés. Ils l'ont donné encore en 2003 alors que, satisfaits des politiques du gouvernement de Bernard Landry, ils voulaient changer les têtes. Ils se sont retrouvés avec un Jean Charest de méchante humeur, malheureux dans sa peau, voulant être ailleurs. (André Boisclair gagne beaucoup de n'être pas Jean Charest.)

Je ne parle pas de programme mais de personnalité. Boisclair n'est pas bien défini, au plan des idées. Défenseur d'un programme social-démocrate, il envoie des signaux de centre et de centre droit. À quoi tient-il vraiment? Trop tôt pour le dire. Le sait-il lui-même vraiment? De ce flou se dégage, comme chez le Tony Blair pré-Irak, une approche non idéologique, pragmatique, à juger sur pièces. Voilà pourquoi des gens aux approches diverses investissent Boisclair de leurs espoirs. Cela durera jusqu'à ce qu'il doive trancher.

Mais, j'y tiens, le choix de ce chef est stylistique. Comme le Canada choisissait en 1968 un Pierre Trudeau non représentatif de la société telle qu'elle était, mais de la société telle qu'elle voulait être, le Québec de 2005 veut se renvoyer l'image d'André Boisclair. Celle d'un Québec décomplexé, déchargé d'une partie de ses épuisants démons. Un Québec sérieux et appliqué, mais moins grave, plus léger. Il y a, chez Boisclair et dans le choix de Boisclair, un goût, une soif, une illusion peut-être, de liberté.

Cela va-t-il tenir? Cela dépend de lui. De l'homme derrière l'image. De son habileté et de son intelligence. Il était épatant d'entendre le ministre Jacques Dupuis comparer la popularité de M. Boisclair à celle dont jouissait Jean Charest lors de son arrivée au PLQ en 1998. Il paraissait invincible. Six mois plus tard, on ne donnait pas cher de sa peau. M. Boisclair ne deviendra-t-il pas rapidement aussi impopulaire que mon chef, demandait-il en des mots à peine moins crus?

Peut-être. Mais contrairement au Charest échouant à son test d'entrée en politique québécoise en 1998, le Boisclair de 2005 a traversé avec succès sa première épreuve. La course a donné à ses supporters trois raisons de se détourner de lui. Les aveux sur la cocaïne mettaient en doute la qualité de son jugement. Puis la controverse, entretenue par ses adversaires, illustrait le risque permanent que fait courir à Boisclair cet écart et les rumeurs qu'il charrie. Les membres du PQ et l'opinion ont jugé et maintenu leur appui.

Finalement, est apparu un véritable choix de remplacement. Pauline Marois a su s'imposer comme une candidate vigoureuse, bénéficiant d'appuis grandissants et d'une assurance décuplée. En fin de campagne, elle était devenue redoutable. Les membres et l'opinion ont quand même choisi Boisclair. Sa victoire n'en est que plus convaincante. Cela témoigne surtout de la force du lien que l'électorat et les membres du PQ ont décidé de tisser avec lui.




La vraie course commence

John Parisella
L'auteur est analyste politique et ancien chef de cabinet de Robert Bourassa et de Daniel Johnson.
La Presse jeudi 17 novembre 2005

Si Robert Bourassa se plaisait à décrire la gouvernance du PQ d'État-"spectacle", la course à la succession de Bernard Landry aura été celle du parti-"spectacle". Une course à la direction offre habituellement l'opportunité pour un parti de se ressourcer. Le PQ a-t-il réussi dans sa démarche? Le PQ sort-il vraiment plus fort de l'exercice qu'il ne l'était auparavant? Pourquoi ressentons-nous cette dose profonde de perplexité alors que le PQ vient de choisir son nouveau chef?

D'abord, le départ hâtif de M. Landry a pris de court deux candidats de premier plan à sa succession: Gilles Duceppe et François Legault. Leur absence s'est fait sentir. Aussi, les tergiversations de l'ancien chef durant la période estivale ont freiné l'élan de la course. Enfin, une course à deux vitesses s'est développée rapidement entre quatre candidatures jugées sérieuses et les autres qualifiées de marginales, ce qui a compliqué la formule des débats et grandement dilué la qualité des échanges.

Historiquement, le PQ nous a habitués à beaucoup mieux. On était en droit de s'attendre à un combat d'idées beaucoup plus percutant et à des critiques mieux étoffées des politiques du gouvernement. Au contraire, le PQ nous a offert un spectacle de divisions internes, d'injures rarement entendues et d'une obsession sans précédent pour la souveraineté. On se souviendra de cette course comme celle où la consommation passée de cocaïne d'un candidat a dominé les débats internes et la couverture médiatique. On est loin du parti de René Lévesque!

Peu de surprises

Cela dit, le choix d'André Boisclair n'est guère une surprise. Dès l'annonce de sa candidature, il a pris les devants et même ses frasques passées n'ont pas fourni à sa principale rivale, Pauline Marois, les armes nécessaires pour renverser le courant. La victoire d'André Boisclair reflète en grande partie un désir de changement, bien au delà des idées.

Le PQ s'est donné un leader issu de la nouvelle génération de souverainistes. Un adepte du nationalisme " civique ", moins idéologue sur le plan de la social-démocratie et plus ambigu sur le processus d'accession au rêve éternel du Québec souverain. Si ce choix comporte certains risques, il contraste singulièrement avec la tradition du PQ.

Refaire l'unité du parti ne sera pas une mince tâche. M. Landry, avec des appuis de 76 %, a tiré sa révérence. René Lévesque et Lucien Bouchard en sont arrivés aux mêmes conclusions dans des circonstances différentes. La victoire d'André Boisclair avec 53,68 % n'est pas garante de lendemains faciles. Par ailleurs, le doute soulevé lors des derniers jours de la campagne sur sa capacité à gérer des crises ne se dissipera pas subitement. Saura-t-il être le rassembleur qu'il prétend?

La vraie course est donc à venir. Choisir un chef de parti entre militants qui partagent le même diagnostic et le même remède est nettement différent d'une élection générale qui interpelle l'ensemble de la population avec sa diversité d'opinions et de valeurs. De son côté, Jean Charest connaît maintenant son principal adversaire, lui qui est un redoutable et coriace campaigner en période électorale.

Plusieurs défis attendent le nouveau chef du PQ dans les mois à venir. La gauche souverainiste se trouvera-t-elle à l'aise dans un parti dirigé par un André Boisclair plus à droite ou se réfugiera-t-elle chez l'Option citoyenne de Françoise David? Entre la vision du Québec lucide proposée entre autres par Lucien Bouchard et Joseph Facal, deux anciens dirigeants du PQ, et celle du Québec solidaire, le PQ pourra-t-il trouver sa pertinence? Y a-t-il vraiment un engouement pour une élection référendaire au Québec, comme le croit André Boisclair, avec les déchirements que cela entraîne et le risque de rendre le Québec encore plus vulnérable?

Bref, entre le surréalisme et la souveraineté à saveur jovialiste associés à cette course et le réalisme qu'imposera la prochaine élection, la vraie course ne fait que commencer.




André Boisclair, chef du Parti québécois - L'indépendance-Tupperware

Guillaume Hébert, Étudiant à la maîtrise en science politique à l'Université du Québec à Montréal
Le Devoir jeudi 17 novembre 2005

C'est fait: André Boisclair a été couronné roi des péquistes et tous les citoyens du Québec doivent en tirer les conclusions. Jamais l'équipe d'un politicien québécois n'avait poussé aussi loin son marketing électoral au point de vider de toute substance le produit, André Boisclair, afin de le vendre à travers les médias.

C'est la consécration de la troisième phase de la démocratie au Québec, une phase qui se distingue de la deuxième en prenant ses distances avec les bases militantes, avec les grosses machines électorales, avec l'idée de partis politiques s'appuyant sur des bases populaires par leur présence physique dans une pluralité de lieux et d'institutions au sein de la société, et qui s'en remet exclusivement à l'image d'un chef.

On qualifiait le comédien Ronald Reagan de président-Téflon tellement toutes les accusations qu'on lui portait, même véridiques, ne pouvaient coller à son image parfaite. Difficile de ne pas faire le lien entre ce Reagan, issu d'un État aujourd'hui gouverné par Arnold Schwarzenegger, et André Boisclair, pour lequel on entend des appuis tels que «malgré tout ce qu'on dit sur lui, il me semble que c'est une bonne personne».

Pas surprenant que des oppositions se soient manifestées contre ce candidat-Téflon même au-dehors du Parti québécois chez des citoyens soucieux du degré de profondeur que connaîtra la politique québécoise au cours des prochaines années. Dans un scrutin téléphonique où la course à la chefferie du PQ se confond avec la méthode de vote retenue à Star Académie, on ne peut que s'étonner du fait que la direction du parti n'a pas décidé de procéder chaque semaine à l'élimination d'un candidat après le débat du mercredi soir.

L'engouement que suscite Boisclair est de même nature que celui dont avait un moment bénéficié Mario Dumont, chef de l'«ADQ-Équipe Mario Dumont». La recette est simple : l'image impeccable d'un chef qui incarne la jeunesse, la beauté, l'honnêteté (que cela soit vrai ou faux) et l'absence de positions claires.

Ainsi, Dumont avait eu l'idée géniale de ne plus prendre position sur la question nationale. Cela lui avait valu une popularité subite sans précédent qui s'est évaporée tout aussi rapidement lorsqu'il a prêté serment au Canadian Club à Toronto. Son erreur n'était pas un prétendu choix fédéraliste mais le simple fait de s'être remis à faire de la politique au lieu de soigner son image sans faire de vagues. Les conseillers de Boisclair, eux, n'ont pas commis cette erreur.

Une scène politique clarifiée

Les progressistes doivent quitter le Parti québécois car ce ne sont pas les histoires de cocaïne de l'ancien ministre qui font craindre pour l'avenir de notre société mais bien ce que démontre l'élection à la chefferie d'un personnage pragmatique tel André Boisclair : un échiquier politique constamment plus à droite. Cela n'aura pas échappé aux membres du club politique SPQ Libre à l'intérieur du PQ. Ceux-ci ont tenté une manoeuvre désespérée en s'alliant à une Pauline Marois qui, à défaut d'être progressiste, recherchait tout aussi désespérément des appuis dans une course à la chefferie où elle tirait de l'arrière.

Mais l'élection de Boisclair aura au moins eu un effet bénéfique pour tous les citoyens : celui de clarifier la scène politique québécoise. En effet, le PQ est un parti de droite et la gauche n'a plus de prise sur lui. Récemment encore chef et ministre de ce parti, Lucien Bouchard et Joseph Facal ont eux aussi contribué à cet éclaircissement en signant un manifeste néolibéral.

Les progressistes ne doivent plus céder au vieux chantage péquiste qui est parvenu à kidnapper le projet d'indépendance du Québec et qui, au fil des ans, en aura fait une marque de commerce, une fin plutôt qu'un moyen, un projet vide. Le PQ propose un État mais pas de pays. [...] Il propose une indépendance bidon, fabriquée à coups de slogans réducteurs et de relations publiques, un projet élitiste et essentiellement publicitaire indigne des Québécois : une indépendance-Tupperware.

Avant le PQ

La volonté indépendantiste n'est pas née avec le PQ. Avant lui, le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) avait largement disséminé cette idée dans la population du Québec. Or ce petit parti politique, qui, par son interférence, avait fait perdre les élections de 1966 au Parti libéral du Québec, était né à Morin-Heights d'une fusion entre le Mouvement socialiste (où on trouvait de nombreuses personnalités regroupées autour de la revue de gauche Parti pris) et l'Alliance laurentienne (héritière d'un vieux nationalisme fondé sur la langue et la foi).

Plus tard, ce parti s'était sabordé et avait enjoint à ses membres de rejoindre le jeune et dynamique Parti québécois, qui proposait à cette époque un projet de société auquel la gauche québécoise apportait un élément indispensable. C'est donc en se liant à un idéal de gauche que le PQ a pris son essor. Trente ans plus tard, il y a longtemps que les mouvements sociaux ont quitté ce parti et que l'aile gauche, déprimée, n'y exerce plus qu'une influence négligeable.

En 2006, les progressistes québécois rejoindront le nouveau parti politique qui naîtra en janvier de la fusion de l'Union des forces progressistes et d'Option citoyenne (UFP-OC). Cette nouvelle formation connaît actuellement une grande effervescence en vertu de sa capacité à intégrer des idées nouvelles. [...] Le nouveau parti UFP-OC risque fort bien de recevoir très tôt l'appui de divers mouvements sociaux, de syndicats, de l'aile de gauche marginalisée du PQ (rappelons que le SPQ Libre a déjà tenu des conférences conjointes avec l'UFP-OC) et, pourquoi pas, de certains libéraux honnêtes citoyens bien conscients des incohérences du PQ et brusqués par les politiques rétrogrades du gouvernement Charest.

L'indépendance que défendra le nouveau parti de gauche sera tributaire d'une assemblée constituante sensible aux possibilités qu'offre la démocratie participative et non pas d'une stratégie électoraliste élaborée par quelques individus au sein d'un parti. En outre, l'indépendance deviendra un outil dans la réalisation d'une société plus juste et qui saura s'inspirer des avancées actuelles au niveau mondial plutôt que de sombrer dans l'à-plat-ventrisme que suggèrent les secteurs de droite, hypnotisés par un modèle anglo-saxon qui requiert la destruction du modèle de société original construit par les Québécois depuis la Révolution tranquille.

Si le Québec choisissait la voie que proposent actuellement Lucien Bouchard et André Boisclair (qui, somme doute, ressemble fort à celle de Jean Charest et Paul Martin), le projet indépendantiste perdrait toute sa substance et, par ce fait même, sa raison d'être.




Boisclair ne s'émeut guère des attaques libérales
«Les libéraux jouent à un jeu dangereux», selon Landry

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 17 novembre 2005

Québec -- Le chef fraîchement élu du Parti québécois, André Boisclair, prend avec hauteur les attaques que les libéraux, tant à Québec qu'à Ottawa, font pleuvoir sur lui.

«Je veux me tenir au-dessus de la mêlée», a dit André Boisclair lors de la première conférence de presse qu'il accordait à titre de chef du PQ. M. Boisclair n'a pas manqué de sourire en évoquant les remarques que lui avait réservées hier le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion.

Quant à la sortie du ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Claude Béchard, qui est revenu sur la consommation passée de cocaïne de M. Boisclair pour affirmer que celui-ci n'a pas l'autorité morale pour devenir premier ministre, M. Boisclair estime que les libéraux ne sont pas au diapason de la population. «La population a parlé. Je les laisse faire. Je me fie au bon jugement des gens et je ne me lancerai pas moi-même dans ce genre d'attaques personnelles», a-t-il dit.

M. Boisclair a souligné que les derniers sondages d'opinion dans la population en général lui donnaient un score semblable à celui qu'il a obtenu mardi de la part des membres du PQ, soit 53,7 %. Les derniers sondages CROP suggèrent qu'entre 44 et 46 % des Québécois estiment que M. Boisclair fera le meilleur chef du PQ.

Pour Bernard Landry, les libéraux, en lançant de telles attaques, vont se nuire. «Les libéraux jouent à un jeu très dangereux qui va leur faire plus mal à eux qu'à d'autres», a dit l'ancien chef du PQ au Devoir.

Son successeur s'est dit fier de ce qu'il a réussi pendant la course. «Il y a quelque chose de positif qui émerge de tout ce débat : c'est la capacité qu'ont les Québécois de se parler, d'accepter des erreurs», a-t-il dit. Selon lui, il existe un mouvement au sein de la population québécoise à l'heure actuelle. «Il y a une vague de fond en ce moment qui est en train de déferler sur le Québec. Il y a de l'intérêt pour la politique», a-t-il fait observer.

André Boisclair ne fera pas son entrée à l'Assemblée nationale de sitôt et pourrait devoir attendre jusqu'aux prochaines élections générales. Le chef péquiste a rejeté hier l'offre formelle que lui a faite Jean Charest de se présenter dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, où les libéraux ne lui auraient pas opposé de candidat. M. Boisclair a rappelé que M. Charest, qui venait d'être élu chef du Parti libéral du Québec, avait refusé de se présenter dans Argenteuil et était resté sept mois en dehors de l'Assemblée nationale.

M. Boisclair entend se consacrer à rallier les péquistes, à augmenter le nombre de membres et à recruter des candidats avec les comités exécutifs des circonscriptions en vue des prochaines élections. Le PQ n'est pas prêt pour un rendez-vous électoral, a-t-il réitéré. «Dans cinq mois, je serai heureux de rapporter les progrès», a-t-il dit.

Hier, les députés du PQ ont tenu la réunion de leur caucus, accueillant le nouveau chef par des applaudissements nourris. L'heure était au ralliement. Pauline Marois était fidèle au poste. André Boisclair a eu avec la candidate défaite «une discussion agréable, cordiale et conviviale», a-t-il dit. «Je souhaite qu'elle soit à mes côtés dans les batailles politiques que nous avons à mener.» Mme Marois n'a pas décidé de la suite des choses.

Quant à la chef de l'opposition officielle, Louise Harel, elle conserve son poste, a confirmé M. Boisclair. La leader parlementaire, Diane Lemieux, reste également en place, a-t-on appris.

Le nouveau chef a échangé avec les députés qui ont appuyé d'autres candidats que lui pendant la course, notamment Nicole Léger, Jocelyne Caron et Jonathan Valois, des supporters de Mme Marois. Accompagné d'Elsie Lefebvre, qui avait elle aussi choisi le mauvais cheval en la personne de Richard Legendre, M. Valois a fait sa figure imposée de ralliement devant la presse aux côtés des autres mousquetaires, Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Nicolas Girard qui, eux, avaient opté pour le camp gagnant. Devant le caucus, «André a trouvé les bons mots», a dit le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau.

Par ailleurs, Gilles Duceppe a fait part de ses félicitations à M. Boisclair, a mentionné celui-ci. Le chef péquiste lui a offert son aide en vue de la prochaine campagne fédérale.




Tirs groupés sur Boisclair

Antoine Robitaille
Le Devoir jeudi 17 novembre 2005

Son usage passé de drogue le rend inapte à devenir premier ministre, disent des libéraux

Québec -- Les libéraux québécois se sont férocement attaqués hier au nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair, certains allant jusqu'à prétendre que son usage passé de drogue le rend inapte à devenir premier ministre.

Le premier ministre Jean Charest a toutefois refusé d'emprunter cette voie s'est contenté de dire que ce sera aux Québécois de «porter un jugement» à ce sujet. Jouant avec la consonance du nom du nouveau chef péquiste, il a cependant souligné «qu'il y a bien des choses qui ne sont pas claires dans le cas de M. Boisclair».

Certains membres de son gouvernement sont allés beaucoup plus loin. Le ministre du Développement économique, Claude Béchard, a affirmé que la consommation passée de cocaïne de M. Boisclair traduit une faille sur le plan de «l'autorité morale», ce qui le rendrait inapte à exercer plusieurs hautes fonctions gouvernementales : «Est-ce que M. Boisclair peut être ministre de la Sécurité publique demain matin ?», s'est interrogé M. Béchard, répondant ensuite par la négative. «Est-ce qu'il pourrait être ministre de la Justice dans un gouvernement ? Je pense que la réponse est non», a-t-il poursuivi avant d'ajouter ceci : «En bout de ligne, est-ce qu'il pourrait être premier ministre ? C'est la même réponse : on ne pense pas», a-t-il déclaré en laissant entendre qu'il parlait au nom de plusieurs de ses collègues. Au moins un d'entre eux, Lawrence Bergman, ministre du Revenu, a explicitement ajouté sa voix à celle du ministre Béchard.

Dès mardi soir

Le gouvernement Charest semblait avoir hâte d'engager le combat avec le nouveau chef péquiste. C'est au milieu du discours de M. Boisclair mardi soir, soit quelques minutes après que le résultat eut été annoncé, que le vice-premier ministre Jacques Dupuis a joint Le Devoir ainsi que d'autres médias pour faire part de ses réactions. «André Boisclair a vécu la vie qu'il a vécue et il portera la responsabilité de la vie qu'il a vécue», a-t-il dit de façon sibylline pour ensuite affirmer que le politicien n'avait pas encore donné toutes les «réponses» auxquelles on se serait attendu.

Quant au ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, à qui on demandait si André Boisclair constituait un «bon exemple pour la jeunesse», il a répondu hier en citant l'ancien chef péquiste Bernard Landry : «Il a dit qu'il n'aurait pas accepté ça et que c'est un défaut au niveau du leadership moral. Mme Marois a dit que ça constitue un risque pour le Parti québécois. Je n'ai pas d'autres commentaires à ajouter que ces commentaires de ses proches.»

André Boisclair ? «Qu'il assume ses responsabilités !», a pour sa part lancé le whip en chef du gouvernement, Norman MacMillan. Il estime que les aveux de M. Boisclair ont rappelé de mauvais souvenirs aux gens comme lui dont des proches ont été affligés de problèmes de drogue. «Mais lui [M. Boisclair] dit qu'il n'a jamais eu de problèmes de drogue», a noté M. MacMillan, disant estimer que le nouveau chef devrait se montrer plus clair à ce sujet. «Par la suite, ce sera à la population de juger.»

Attaques tous azimuts

Les attaques contre le nouveau chef ont bien entendu porté sur bien d'autres sujets que la cocaïne.

Cherchant à l'associer le plus possible aux gouvernements péquistes antérieurs, M. Charest a souligné à grands traits que «M. Boisclair s'est solidarisé sur toutes les décisions antérieures du gouvernement du Parti québécois, qu'il en accepte la responsabilité. Rappelons-nous que c'est ce même gouvernement que les Québécois ont choisi de changer en avril 2003». Selon M. Charest, les convictions de centre-droit du nouveau chef du PQ sont incompatibles sur bien des plans avec le programme du parti. «Après les partielles du 17 juin 2002, M. Boisclair et M. Facal, rappelez-vous, avaient dit que le Parti québécois devait revenir au centre, qu'il fallait remettre en question le modèle québécois. Mais ça, c'était André Boisclair, la version du 19 juin 2002.»

M. Charest a soutenu que pendant la course à la direction du PQ, soit sur une période de cinq mois, «M. Boisclair a défendu une seule idée» : que «la souveraineté se fasse le plus vite possible». Pour cette raison, a dit le premier ministre, on ignore où se situe le chef péquiste sur une foule de sujets : «Il plaidait pour les PPP au mois de juin avant la course au leadership [...]. Il disait que le public, ça allait avec le privé, puis que le privé, ça allait avec le public. Aujourd'hui, là, il se situe où ?» Autre exemple d'imprécision, l'avenir des écoles privées : «M. Boisclair avait dit pendant la course au leadership que lui, il était favorable à ce qu'on coupe le financement aux écoles privées au Québec mais qu'il n'allait rien faire là-dessus avant un référendum. Encore une fois, là, c'est loin d'être clair.»

Malgré cet aspect nébuleux, l'arrivée d'André Boisclair à la tête du PQ «annonce une radicalisation des positions» de cette formation, a dit le premier ministre Charest.

Jeune

Enfin, pour le président des jeunes libéraux, Simon Boivin, le fait qu'André Boisclair soit à la tête d'un parti alors qu'il a consommé de la drogue dure «envoie le mauvais signal aux jeunes». Par ailleurs, le statut de «jeune» qu'on attribue au nouveau chef péquiste ne l'impressionne guère : «On peut être jeune et avoir de vieilles idées. La souveraineté, c'est une vieille idée», a dit M. Boivin.




Sitôt élu, Boisclair fait face au feu nourri des fédéraux

Alec Castonguay
Le Devoir jeudi 17 novembre 2005

Ottawa -- L'élection d'André Boisclair à la tête du Parti québécois mardi soir a suscité de fortes réactions sur la colline parlementaire fédérale hier. Pendant que Gilles Duceppe exprimait sa joie, que Stephen Harper n'osait pas s'avancer et que Paul Martin offrait ses félicitations ironiques, certains députés et ministres du gouvernement libéral fédéral ne se gênaient pas pour attaquer brutalement le nouveau chef des troupes souverainistes au Québec.

Les libéraux fédéraux, qui ont à peine commenté la course au leadership du PQ depuis juin dernier, sont sortis de leur mutisme de manière fracassante hier. L'offensive la plus cinglante est venue du ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, qui a affirmé que le PQ était «passéiste» et que le discours de M. Boisclair «ne tient pas la route». «C'était une soirée-hommage à des losers. Un loser après l'autre. Et c'était le soir de l'élection du prochain loser», a-t-il lancé, mordant, à sa sortie de la période de questions.

Selon lui, le PQ est un parti «chicanier» qui n'est même pas capable de reconnaître le travail de ses anciens chefs. «Tous les chefs célébrés hier, sauf Lévesque, étaient encore vivants. Or M. Johnson, M. Parizeau et M. Bouchard n'étaient pas là. Et on n'a même pas fait un hommage à Bernard Landry. Ça en dit long sur le PQ», a-t-il soutenu. Le ministre estime que M. Boisclair se démarque par son absence d'idées et que le temps qu'il passera à la tête du PQ est déjà compté. «Regardez bien ce que les purs et durs vont faire avec lui. Je me disais : pauvre André, bonne chance !»

Peur de Boisclair ?

Est-il un adversaire redoutable en raison de son dynamisme et de sa jeunesse, ce qui expliquerait ces commentaires acerbes ? ont demandé les journalistes. Pierre Pettigrew a répondu par un grand rire désinvolte, alors que le ministre Jean Lapierre a soutenu que le couronnement d'André Boisclair «était le meilleur moment» de la carrière du nouveau chef et que ce dernier ne pourrait pas gagner les prochaines élections.

«Hier [mardi soir], j'étais vraiment content pour Jean Charest, a déclaré M. Lapierre. Il aura en face de lui un leader uniquement préoccupé par le prochain référendum. [Mardi], c'était André au pays des merveilles. Tout allait bien pour lui. Mais c'est l'adversaire le plus facile pour Jean Charest qui a gagné.» M. Lapierre, qui a fait plusieurs entrevues avec les deux principaux candidats lorsqu'il était journaliste à CKAC et à TQS, estime que Mme Marois «était beaucoup plus solide» et une adversaire «beaucoup plus dure» pour le camp fédéraliste. «Boisclair a la peau mince», a-t-il soutenu.

Tout comme l'avait affirmé le député et ex-ministre Denis Coderre plus tôt dans la journée, Jean Lapierre a soutenu que la consommation passée de cocaïne d'André Boisclair reviendrait éventuellement sur le tapis. «Tout va être un enjeu, a-t-il dit. Quand on est dans la vie publique, tout devient un enjeu et c'est le public qui va juger. Je suis certain que M. Boisclair se fera poser beaucoup de questions dans les prochains mois.» Plus tôt, Denis Coderre avait soutenu que «plusieurs questions restaient sans réponses» à ce sujet.

La ministre du Patrimoine, Liza Frulla, a toutefois eu des commentaires plus mesurés sur André Boisclair, qui a été son premier critique à l'Assemblée nationale, a-t-elle rappelé. «D'emblée, je lui souhaite bonne chance, surtout parce que son parti dispose de ses chefs comme d'un vieux mouchoir. C'est sincère, je lui souhaite bonne chance.» Selon elle, le fait que M. Boisclair parle directement d'un référendum dans la première moitié d'un mandat péquiste est une bonne chose. «Ce que j'aime, c'est qu'il y a clairement deux façons de voir le Québec. J'aime mieux faire affaire avec une position très campée.»

De son côté, le premier ministre Paul Martin n'a pas voulu s'étendre sur le sujet, lui qui quittait le pays hier en direction de la Corée du Sud. «Je félicite M. Boisclair et j'espère qu'il sera chef de l'opposition vraiment longtemps», a-t-il simplement lancé, sourire aux lèvres. Le leader conservateur, Stephen Harper, a préféré jouer de prudence. «On a au Québec un gouvernement fédéraliste et j'espère qu'il sera là longtemps, a-t-il dit. Je ne veux pas analyser la situation au Québec, mais je pense vraiment que les Québécois sont attachés au Canada.»

Évidemment, au Bloc québécois, la nouvelle de l'élection d'André Boisclair a été bien accueillie hier. «C'est formidable comme exercice démocratique, il va faire un excellent premier ministre du Québec», a commenté le leader en Chambre du Bloc, Michel Gauthier. Pour Gilles Duceppe, «c'est une belle victoire». «En plus, le résultat suit les sondages qui ont été menés dans la population en général, ce qui montre que le PQ est en symbiose avec le Québec. Ça, c'est significatif.»




Stéphane Dion qualifie André Boisclair de radical et le PQ d'irresponsable

LIA LÉVESQUE
PC-Le Devoir jeudi 17 novembre 2005

MONTREAL (PC) - Quelques heures à peine après l'élection d'André Boisclair comme chef du Parti québécois, le ministre fédéral Stéphane Dion le traite de "radical" ajoutant que le PQ est "irresponsable" pour l'avoir élu.

Le ministre Dion a fait ces commentaires mercredi, à Montréal, après qu'il eut prononcé une allocution sur les enjeux de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques devant le CORIM (Conseil des relations internationales de Montréal).

Interrogé par la presse sur l'élection de M. Boisclair à la tête du Parti québécois, M. Dion n'a pas mâché ses mots: "son vernis de modération ne tient pas la route; c'est un radical. Je crois que les Québécois vont se détourner d'un tel parti", a opiné M. Dion.

Le ministre Dion a reproché au Parti québécois de vouloir une déclaration unilatérale d'indépendance, après un référendum favorable à la souveraineté du Québec, ce qui serait "illégal" et créerait "une situation chaotique", selon lui.

"Ils ont élu sur un fauteuil quelqu'un qui essaie de leur faire croire que ça va être un fleuve tranquille, que ça va aller sans problème, qu'on peut bafouer les règles du droit, faire une sécession unilatérale, avec une majorité incertaine, et que ça ne créera pas de problème. C'est parfaitement irresponsable et c'est inexact", s'est exclamé le ministre Dion.

L'élection de M. Boisclair, déplore M. Dion, "prouve que le Parti québécois est un parti irresponsable" qui n'écoute pas les avertissements plus réalistes qui lui ont été servis, à l'occasion.

"M. (Louis) Bernard leur avait dit que 50 pour cent plus un, ce n'est pas faisable, écoutez, soyons sérieux, une sécession unilatérale ne peut pas être effectuée. Ils lui ont donné quoi? Cinq pour cent ? Même pas ? (du suffrage exprimé chez les membres du PQ)?"

En fait, M. Bernard a affirmé qu' "il ne suffit pas que le Québec déclare son indépendance pour recevoir la reconnaissance des autres Etats" après un éventuel référendum favorable. M. Bernard prône plutôt des négociations avec Ottawa sur la mise en oeuvre de la souveraineté et la passation des pouvoirs.

M. Dion a aussi soutenu que "Madame Marois, au moins durant un temps, leur a dit que faire une séparation, ça va donner cinq années de situation chaotique."

En vérité, Mme Marois n'a pas évoqué une situation chaotique, mais plutôt de l'effervescence et le fait que "ça va brasser". Or, dénonce M. Dion: "ils lui ont demandé (à Mme Marois) de retirer ses paroles. Et ils lui ont donné 30 pour cent (du suffrage exprimé)".




Élection d'André Boisclair - Vives réactions à Ottawa
Le PQ, un parti de "losers", pour Pierre Pettigrew

Nathaëlle Morissette
La Presse jeudi 17 novembre 2005

Ottawa - L'élection d'André Boisclair a provoqué des échanges acrimonieux entre fédéralistes et souverainistes dans la capitale fédérale, hier. Pendant que le chef bloquiste, Gilles Duceppe, se réjouissait de l'élection de ce nouvel allié, le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, qualifiait le PQ de parti de losers.

Bien que la campagne électorale ne soit pas officiellement lancée, libéraux et bloquistes ont déjà enfilé leurs gants de boxe et se sont assené plusieurs coups à la suite de l'arrivée de M. Boisclair à la tête du Parti québécois.

Déterminé à travailler main dans la main avec le nouveau chef péquiste, M. Duceppe estime qu'André Boisclair sera un allié de taille en vue des prochaines élections, qui se tiendront vraisemblablement le 9 ou le 16 janvier.

Du même souffle, M. Duceppe s'est dit peu surpris du score de 53,7 % obtenu par André Boisclair, en raison de son avance dans les sondages depuis le début de la course. " C'est une très belle victoire, a-t-il déclaré hier à la sortie de la réunion de son caucus. C'est une victoire nette, les pourcentages parlent d'eux-mêmes. Le résultat du vote est à peu près le même que les sondages de la population. Le PQ est vraiment en symbiose avec la population. "

Le chef du Bloc, qui avait été pressenti pour succéder à Bernard Landry, assure ne pas regretter d'avoir décidé de demeurer bien en selle à Ottawa, particulièrement à l'aube d'un scrutin fédéral. D'ailleurs, en raison des préparatifs reliés à la tenue imminente des élections, le chef du Bloc n'a pu se rendre à Québec mardi soir pour assister au dévoilement des résultats du vote. Il s'est toutefois entretenu avec le nouveau chef mardi soir et il compte bien le rencontrer au cours des prochains jours. M. Duceppe a également parlé avec les trois autres principaux candidats, Pauline Marois, Richard Legendre et Louis Bernard.

Interrogé à propos des révélations portant sur la consommation de cocaïne de M. Boisclair alors qu'il était ministre, Gilles Duceppe estime que les adversaires du nouveau chef devraient y penser à deux fois avant de ramener cette question sur le tapis. " Il faudrait que les adversaires fassent bien attention à cela. La rumeur, les ouï-dire, ça peut se retourner contre eux. "

Les libéraux attaquent

Plusieurs députés libéraux fédéraux du Québec ont vivement critiqué l'élection de M. Boisclair. Certains, tels Denis Coderre et Denis Paradis, ont dit qu'André Boisclair n'est pas digne d'être élu premier ministre après ses aveux concernant sa consommation de drogue.

Le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, y est allé d'une charge à fond de train contre le PQ, en qualifiant l'hommage rendu aux anciens chefs mardi soir de " soirée hommage à des losers ". " Et c'était le soir d'une élection d'un prochain loser, parce que regardez ce que les purs et durs vont faire avec lui ", a-t-il souligné à la sortie des Communes.

Son collègue des Transports, Jean Lapierre, en a remis en déclarant que l'élection de M. Boisclair est une excellente nouvelle puisqu'il sera un adversaire facile à battre pour Jean Charest. " (Mardi) soir, c'était André au pays des merveilles, a-t-il ironisé. On était prêt pour la souveraineté demain matin. "

Il a même qualifié Pauline Marois- principale adversaire d'André Boisclair- de candidate " beaucoup plus solide ". " Mme Marois connaissait beaucoup mieux ses dossiers. Elle était surtout moins pédante. "

Le premier ministre Paul Martin a commenté l'élection de M. Boisclair en disant espérer qu'il ne prenne pas le pouvoir. " Je félicite M. Boisclair et j'espère qu'il (sera) le chef de l'opposition pendant très longtemps. "




Les propos de Pierre Pettigrew déclenchent une tempête

Norman Delisle
PC jeudi 17 novembre 2005

La déclaration du ministre Pierre Pettigrew, qui a traité les anciens premiers ministres du Québec de «losers», a soulevé l'indignation jeudi à l'Assemblée nationale.

«Inacceptable, méprisant, indigne» sont quelques uns des qualificatifs qui ont été utilisés pour commenter la conduite du ministre des Affaires étrangères du Canada.

Le député péquiste de Joliette, Jonathan Valois, a même invité M. Pettigrew à «un autre voyage à travers le monde, aller seulement, avec son garde du corps».

C'était une allusion au fait que M. Pettigrew se fait habituellement accompagner de son chauffeur lors de ses pérégrinations à travers le monde.

À Ottawa, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a aussi mal réagi aux propos de Pierre Pettigrew.

«Je ne peux pas comprendre qu'un élu ait de tels propos à l'endroit de d'autres élus, lui qui vient du Québec à part ça, a-t-il déclaré. Je pense qu'il est descendu plus bas que j'aurais cru qu'il ne puisse un jour descendre. C'est du mépris, c'est de l'arrogance, c'est de la suffisance. Ils se demandent, après ça, pourquoi les Québécois en ont assez des libéraux.»

Le lieutenant du premier ministre Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, s'est montré agacé.

«Je pense que M. Pettigrew voulait parler de l'avenir», a-t-il glissé.

Mais le principal intéressé a refusé de s'excuser. Il a même continué, jeudi, de critiquer le Parti québécois.

Le chef de l'opposition péquiste, Louise Harel, a tenté de présenter une motion à l'Assemblée nationale demandant au premier ministre Charest de «protester officiellement et formellement auprès de Paul Martin, afin que soit condamné le mépris de M. Pettigrew à l'endroit de cinq premiers ministres du Québec».

Les libéraux ont refusé de donner leur consentement pour la présentation de la motion. Mais le vice-premier ministre, Jacques Dupuis, a néanmoins manifesté une certaine gêne à l'endroit des paroles de M. Pettigrew.

«J'ai déjà eu l'occasion d'indiquer devant cette Chambre qu'il fallait avoir le plus grand respect pour tous les gens qui ont occupé cette fonction importante de premier ministre du Québec, quel que soit le parti dont ils sont issus, a déclaré le vice-premier ministre. Tout le monde a été unanime sur le fait que la déclaration (de M. Pettigrew) a rendu les gens mal à l'aise».

Par contre, M. Dupuis a soutenu que «prolonger la controverse sur cette déclaration du ministre des Affaires étrangères ne ferait que faire en sorte qu'elle ne soit pas oubliée le plus rapidement possible. Or, j'estime qu'elle devrait être oubliée le plus rapidement possible».

Mme Harel a affirmé que «Pierre Pettigrew affiche ouvertement un mépris intolérable à l'endroit de cinq premiers ministres du Québec».

Pour le député péquiste Jonathan Valois, la déclaration de M. Pettigrew manifeste «de la panique» à la veille du déclenchement des élections fédérales.

«On sait que M. Pettigrew, a gagné ses dernières élections de justesse. On sait aussi qu'à la prochaine élection, ce sera Vivian Barbot, l'ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, qui sera candidate du Bloc québécois dans son comté», a rappelé le député Valois.

De son côté, Jean-Pierre Charbonneau, député de Borduas, a mis en relief chez les libéraux fédéraux «nombre de déclarations qui n'ont pas d'allure. C'est un problème d'éthique. Quand on est en politique, il y a un niveau à ne pas franchir».

Mme Agnès Maltais, députée de Taschereau, a fait allusion au scandale des commandites.

«Au lieu de chercher des «losers», qu'ils cherchent les voleurs, C'est ça le travail qu'ils ont à faire à Ottawa», a-t-elle dit.

Enfin, le Mouvement national des Québécois a exigé que M. Pettigrew s'excuse auprès des Québécois.

La présidente du MNQ, Chantale Turcot, a attribué les paroles de M. Pettigrew à «un grave égarement intellectuel».




Politics in Quebec are never dull

NORMAN WEBSTER
The Montreal Gazette Saturday, November 12, 2005

Who needs Gomery to stay amused? Here in Quebec, we've got constant hilarity from our intersecting political worlds.

Montreal can't even manage a municipal election. In the wake of last Sunday's fiasco, Pierre Bourque is calling for the whole affair to be rerun. It's the sort of thing you'd expect in a place like Liberia, except that the Liberians actually pulled off a relatively acceptable vote this week.

How embarrassing. Maybe we should pick up an idea from former premier Bernard Landry, who wants to bring in foreign observers to monitor future referendums on Quebec secession. A delegation from Azerbaijan ought to do the trick.

Even the governor-general can't stay out of trouble. At the parliamentary press gallery dinner, Ottawa's annual booze-up and yukfest, the G-G is expected to join the capital's political leaders by giving a witty speech.

Funny things happen when people try to be funny. Robert Stanfield was a smash hit, while Pierre Trudeau, who detested the event, was a dud. Governor- General Georges Vanier was elegant and hilarious. Ed Schreyer was so boring the scribes actually started throwing buns at him.

"Do that again and I'll come down there and kick your ass," he growled from the podium. He would have, too. I was there.

Michaelle Jean seems to have done all right until she loosed a quip about serving "sandwiches and Coke" when Andre Boisclair came to dinner. This might have been funny on the night, but was, to say the least, politically incautious.

The result was moaning from Boisclair's PQ leadership camp - and a startling public rebuke from Jean's own sister, who happens to be a Quebec separatist. (My, my, the things we keep learning.) What the G-G needs to know for next year is that the best jokes at the press gallery dinner are the ones you tell about yourself.

Do not, please, try to find a sense of humour among independantistes. They haven't laughed since Pierre Bourgault.

Hilarity has not been rampant during the Parti Quebecois contest, which wraps up this weekend. It has featured all the backstabbing, bitterness and ideological warfare we have come to welcome from the Peqs.

Unfortunately, almost all of the debate has been about sovereignty - in particular, about how quickly and irresponsibly the new leader should move to achieve independence. There have been the usual fairy-tale figures about all the money Quebec will gain from a breakup, and Pauline Marois was forced onto the defensive after making the unremarkable observation that secession would cause "five years of turmoil."

Separatism, it haunts us still, and it's about to get a new champion.

The polls say this will be Boisclair. He has been the central figure of the campaign, dodging questions about his use of cocaine while a PQ government minister.

Amid Boisclair's lies and fudges, enough details have emerged to raise real questions about the man's judgment and character. PQ opponents call him a ticking time-bomb.

For federalists, the danger is that Boisclair might get a whole new generation excited about sovereignty/secession. He has drawn huge crowds of students during the campaign. His homosexuality and cocaine use seem to add an edge, an allure to his candidacy for young people. He could be far from an easy mark.

The same for Pauline Marois. She might not ooze charisma, but boasts an impressive record in government, where she has held pretty well every post that counts except first minister.

In a recent speech to the University Club of Montreal, she made a tidy case for small states such as Ireland, Holland, Finland, Norway - and Quebec. She has a detailed "plan de match" for a division of jurisdictions and assets with Ottawa.

Finally, to quote my favourite columnist, Lysiane Gagnon of La Presse, "She has lost weight and she was very pretty." (Would I dare offer this myself? Hah!)

A third candidate to catch the eye has been Louis Bernard, super servant to previous PQ administrations.

In 1977, as Rene Levesque's chef du cabinet, he met with Reed Scowen, the prominent anglo Quebecer, then a civil servant. According to Scowen, Bernard told him he should resign "because there was no more place for anglophones in the Quebec civil service" - even those, like Scowen, fluent in French.

Has anything changed?

Norman Webster is a former editor of The Gazette.




Boisclair, in a Walk

PHILIP AUTHIER
The Gazette Wednesday, November 16, 2005

Pledges Referendum: PQ leader says anglophones are 'full members of the family'

Andre Boisclair last night grabbed hold of the Parti Quebecois crown, pledging to stage another referendum on sovereignty and telling Pequistes that under his leadership everything is possible for Quebec.

In a breathtaking first ballot victory that stunned the room, Boisclair bagged 53.68 per cent of the vote, neatly defeating seven other candidates, including his main rival, Pauline Marois, who, despite waiting 20 years for a second shot at the job, garnered only 30.56 per cent of the vote. The other candidates in the race split a mere scattering of ballots.

The crowd of 2,000 in the jammed Quebec City fairground hall, which had waited an hour for the result, immediately burst into loud cheers of "Andre, Andre, Andre," while a cannon launched a volley of confetti over their heads.

"Wow," Boisclair said after taking to stage, waving a V for victory to supporters and beaming his trademark 100-watt smile. "I accept with humility and great enthusiasm the mandate you have given me."

Closing his speech, he said, "Tonight, more than ever, everything becomes possible."

After the announcement, Marois almost immediately crossed the hall from her camp to shake Boisclair's hand and give him a hug despite what was certainly a bitter defeat.

"I am a democrat and I rejoice in Andre's victory," Marois told reporters, reading a statement in French and English before leaving the hall.

Boisclair moved quickly to mend fences after what was the longest and most acrimonious leadership campaign in recent Canadian history.

Naming each of the nine candidates to thank them, he turned his attention to Marois.

"Pauline you have always had a big place in our party," he said. "You will always have a place. I swear a solemn oath."

Marois was equally graceful.

Barely registering on the radar, the other candidates quickly disappeared. Only candidates Richard Legendre and Louis Bernard scored over five per cent in the race despite a record high participation rate. Of the 140,000 eligible voters, 104,577 Pequistes cast ballots for a total of 76 per cent.

Jean Ouimet, the former leader of the Green Party, was low man on the list with 247 votes or .23 per cent.

Nevertheless, Boisclair, in making a pledge to respect the party program calling for another referendum on sovereignty, drew some ideas from them, adopting Legendre's line that the PQ needs a plan for sovereignty and Bernard's wise idea that any leap to separation has to be done "correctly."

Boisclair gave no indication of his immediate plans. He has scheduled a news conference for this afternoon. The Marois camp said it is maintaining "radio silence."

Premier Jean Charest is also planning to react at his own news conference this morning.

Last night, Public Security Minister Jacques Dupuis wasted no time on niceties.

"He was part of two cabinets that were disastrous for Quebecers," he said late last night.

He said Boisclair has portrayed himself as a man who could renew the party.

"But I don't see it," Dupuis said.

Liberal culture minister Line Beauchamp recalled that under Boisclair, education funding was cut.

"Last June he said he was not ready," said Beauchamp referring to Boisclair's decision to take a job in Toronto.

Boisclair, who had prepared a second speech in case he lost, pushed all the right buttons, saying he wants the PQ to welcome members of all stripes.

In a rare move at a PQ event, Boisclair also reached out to the province's anglophone community. Switching to English, he said he understands they may not agree with separation and fears the PQ's harder-than-ever line adopted last June on language and sovereignty.

He said under his leadership, anglophones will not just be treated as institutions worth conserving.

"You are full members of the family as any other group of citizens in Quebec," Boisclair said.

Boisclair becomes the sixth leader in the party's 37 year history and its youngest ever. He is also the first political leader in Quebec's history to be openly gay.

He has one other distinction. He has admitted consuming cocaine eight or nine years ago while a minister in the PQ cabinet, a fact that went unknown to the two leaders he worked under, Lucien Bouchard and Bernard Landry. What could have been a career-ending revelation for most politicians only pushed him further up in the polls.

Last night, Boisclair made no mention of his past, issued no apologies for the gut-wrenching decision some Pequistes had to make after learning their candidate had consumed cocaine.

Landry was the only former leader to attend the event but was there as as TVA commentator. He got a huge cheer when he waved from the television stage.

By picking Boisclair, the party is banking on youth as the old generation of separatists who have failed to make Quebec a country despite 40 years of efforts passes the torch.

Urbane, bilingual, born in Outremont, known as Dede to his family, Boisclair managed to incarnate that desire for change within the ranks despite the fact Marois was clearly the more experienced, mature leader and ran a better, almost flawless campaign.

For Marois, it could be the end of a dream she has harboured since she came in second in the 1985 leadership race, defeated then by Pierre-Marc Johnson. She has strongly suggested she would not take another run at the job.

How her supporters and the large group of anti-Boisclair militants that gravitated to her at the end of campaign behave in the future is anyone's guess. Boisclair's first task will be to heal a party that has feuded in public for five months and made it an easy target for the Liberal government.

The vote ends an acrimonious campaign among the nine candidates in which personality and character debates dominated issues of policy and strategy.

By far the hottest debate was over Boisclair's admission that he had consumed cocaine while a government minister. He was described by some of his fellow candidates as risky for the party and sovereignty, a kind of ticking time bomb that would go off somewhere in the heat of a future election or referendum campaign.

In one of the seven all-candidate's debates, Marois said that the PQ needed a leader who was morally unassailable, later denying she was targeting Boisclair directly.

Political cartoonists and satirists right up to the governor general had a field day with the story, which stalked Boisclair almost every where he went and will likely continue to do in the future. Most days he refused to talk about it, ending news conferences and walking away.

Boisclair is banking on the population accepting his line that he made a mistake in his youth and has no dependency problems today.

On Monday he repeated that he feels just admitting he took it was enough and that he was drawing a line in the sand. He has said several times that he feels he has answered all the questions on the issue and has been honest with the people.

"I have nothing more to say," Boisclair said. "What question should I answer?

Names? Circumstances? I won't start into that."

In one new twist on his story he said he did not want to elaborate further it is because he does not want to get friends in trouble.

"I won't fall into something that is not acceptable, that is contrary to my principles," he said. "I won't be a stool pigeon."

But Boisclair faces another challenge: mending the party at the same time as keeping the hardliners at bay. For example, he is considered far too moderate on language and sovereignty for many Pequistes. One of the defeated candidates, Jean Pierre St. Andre, has vowed to keep up his personal push for Quebec to do whatever it takes - even if it is illegal - to separate .

At 39, Boisclair is not the youngest politician to become party leader in Quebec history. The late Robert Bourassa holds that record. He was elected premier at age 36. Action democratique leader Mario Dumont, now 35, is still a younger leader than Boisclair. Premier Jean Charest is 47.

Boisclair is not expected to rush into the National Assembly even though a safe PQ seat is open in Sainte Marie-Sainte Jacques, the downtown Montreal riding that includes the Gay Village.

Charest held off calling a by-election in the riding when he announced two others in order to goad the new PQ leader into the legislature but Boisclair has said he needs more time to build the party. The PQ has already nominated a candidate as well, Boisclair argued.

Interim PQ leader Louise Harel is expected to stay on for now.

pauthier@thegazette.canwest.com




Contest of lesser evils

DON MACPHERSON
The Gazette Wednesday, November 16, 2005

History was made yesterday, as the Parti Quebecois concluded the first Quebec election in which none of the voters needed to wear pants.

And because it was so easy for PQ members (plus any pet, houseplant or federalist-for-Boisclair who slipped unseen through the online registration process) to vote by telephone, we know precisely how many of them didn't want their new leader.

There were 48,074 of them, or 46.3 per cent of those who voted in an election that polarized over the winner.

In five months, the PQ has traded in a leader rejected by one-quarter of its convention delegates for one who starts out without the support of nearly half its rank-and-file members.

Elections often come down to choosing the lesser evil, and this was especially true of the one for the PQ leadership. Likened to the Star Academie TV popularity contest because the PQ used the same telephone voting system (and contracted out the tabulation of votes to the same private firm), the PQ election was in fact its mirror image. It was an unpopularity contest, in which the winner would be not so much the more popular of the two leading candidates as the less disliked.

Andre Boisclair started out as the anybody-but-Marois candidate, his own candidacy viable only because the PQ didn't want Pauline Marois, and Gilles Duceppe chose to stay in the comfort of Ottawa. Boisclair instantly became the front-runner, and as doubts grew about the strength of his nerve as well as that of his commitment to a left-wing agenda, a stop-Boisclair movement coalesced around Marois. It came down to anybody-but-Marois against anybody-but-Boisclair.

This does not make for a lasting, strong mandate. Boisclair's 53.7 per cent of the vote was less than the 59 per cent Pierre Marc Johnson received in the PQ's last leadership election 20 years ago, and Johnson lasted only two years as leader.

Leading this aging yet often infantile party is like going on a long vacation with several thousand 5-year-olds in the back seat, constantly kicking the back of the driver's seat and demanding, "Are we there yet?"

The PQ goes through leaders like chewing gum, spitting out each one as soon as he loses his flavour and popping in a fresh one. It spat out Bernard Landry even though it was leading comfortably in the polls. But you don't just pop open a new package of leaders like a package of Chiclets, and the PQ now is down to what looks to be the weakest in its history.

Boisclair ran to victory while running away from journalists' questions; we know he isn't losing his hair because we've seen so much of the back of his head. All parties are left divided by leadership campaigns, and the PQ emerges from this campaign with its leader estranged from the left wing of the party.

Boisclair inherits a program on sovereignty that is self-indulgently and delusionally radical, which Bernard Landry allowed the party to adopt in a vain attempt to preserve his leadership and to which Boisclair has tied himself in order to win his.

And on the eve of the vote, candidate Richard Legendre has vowed to hold the new leader to the program. That would be fine with Premier Charest, who couldn't wait for the election of his adversary to begin drawing public attention to the radicalization of the PQ program.

Boisclair will lead with at least two former leaders constantly looking over his shoulder and kibitzing, Landry having joined Jacques Parizeau.

Paradoxically, even though the polls point to the PQ's return to power within a couple of years, the party was financially in the red even before incurring the expense of the leadership election.

Boisclair, who does not have a seat in the National Assembly, will be absent from a legislative caucus in which his supporters are in the minority, only 15 out of the 44 members.

And by next spring, Duceppe will be available as an alternative to Boisclair, having honoured his commitment to lead the Bloc through one more federal election.

Boisclair will do well just to make it to the next provincial election as leader. His supporters who elected him with their fingers now should cross them while wishing him luck.




Boisclair unveils separatist plan, Liberal adversaries weigh in

Canadian Press
Wednesday, November 16, 2005

QUEBEC -- Andre Boisclair, the new leader of the Quebec independence movement, showed the two sides of his separatist plan Wednesday, promising to aggressively chase his dream while reaching out to the rest of Canada.

Boisclair, long considered soft on sovereignty, has promised to follow Parti Quebecois policy which ties him to holding a referendum as soon as possible if he becomes premier.

But Canadians should not see Quebec independence as an attack, Boisclair insists.

"It's not against Canada or anyone, it's what Quebec needs for its future to be able to reinvest in education, prioritize public services and to be able to maintain our identity,'' Boisclair said in his first news conference as PQ leader.

Boisclair said Canada has done nothing since 1995 to bring Quebec into the fold.

"Quebecers will want more and more to build their own access to the rest of the world. Our case is much better than it was in (the 1995 referendum), not only because of the Gomery commission, but because nothing has happened since 1995.''

While Boisclair mused about independence and predicted his party will become stronger than ever, his Liberal opponents cut off his honeymoon, battering him for using cocaine while in government in the 1990s.

During the PQ leadership race that ended Tuesday night with a first-ballot victory for Boisclair, his Pequiste opponents avoided attacking him for consuming the illegal drug while serving as a cabinet minister.

His Liberal adversaries were not so kind less than 12 hours after he won easily over former cabinet minister Pauline Marois and six other candidates. Several federal and provincial Liberal politicians said Boisclair is unfit to lead.

Federal Environment Minister Stephane Dion described Boisclair as a "radical'' who would unilaterally declare Quebec independent. He said the PQ is irresponsible for chosing him to lead the party.

"He wants a unilateral declaration of independence that would be illegal and would create a chaotic situation,'' Dion said in Montreal.

"So this party has shown once again that the PQ is unable to choose somebody who is able to be clear and responsible. His appearance of moderation doesn't hold up. He's a radical and I think Quebecers will turn away from such a party.''

Quebec Economic Development Minister Claude Bechard said Boisclair does not have the moral authority to serve in many cabinet posts, let alone be premier of Quebec or lead the province to independence.

"Could Mr. Boisclair be minister of public security tomorrow morning?'' asked Bechard.

"Could he be minister of justice? The answer is no, so at the end of the line can he be premier of Quebec? It's the same answer: we don't think so.

"It was up to PQ members to look at it. Now it will be up to all Quebecers to look at it.''

Boisclair says he has confidence in the judgment of Quebecers to see past his previous mistakes and accept him as a leader. He said he intends to keep himself above the fray.

"I have faith in people's good judgment,'' Boisclair said.

"Something positive that's emerging from this is the capacity of Quebecers to talk to each other, to accept mistakes.''

"I'm not going to get involved in these kinds of personal attacks.''

Boisclair rejected an offer from Premier Jean Charest to be able to run unopposed in an upcoming byelection, saying he needs to spend time getting organized and helping the Bloc Quebecois in the upcoming federal election.

Charest left the harshest criticism to several cabinet ministers but said Quebecers will decide in the next provincial election whether Boisclair has the moral authority to govern.

Charest said PQ members should have used the campaign to debate Boisclair's moral authority.

"It's a judgment Quebecers will have to make,'' Charest told a news conference.

"It's a question that needs to be asked, and I was stunned it was not asked during the leadership campaign.''

In Ottawa, Prime Minister Paul Martin offered backhanded congratulations.

"I guess I would congratulate Mr. Boisclair and I hope he's the Opposition leader for a very long time,'' Martin said.

Like Charest, Martin left it to his MPs to take the tougher line.

"In my scale of values, I find it difficult to think I could have a premier of Quebec, my premier of Quebec, who is a consumer of cocaine, who was a consumer of cocaine,'' said Denis Paradis, an MP from Quebec.

"It's not a dead issue, not in my point of view.''

Charest, who will likely face Boisclair in an election sometime in 2007, said the PQ leader needs to clarify his stand on many issues after a leadership campaign that concentrated mainly on cocaine and commitment to Quebec independence.

"It's not enough to express no new ideas in five months except one single idea (a quick referendum) and say `I'm going to do it faster than those who did it before,'''Charest said.

"I don't think it's enough. I think Quebecers deserve some answers to a lot of questions. In the case of Mr. Boisclair, as we have come to know, nothing is clear.''




Quebec Liberals train sights on Boisclair

LES PERREAUX
Canadian Press Wednesday, November 16, 2005

Quebec — New Parti Québécois Leader André Boisclair got an early taste Wednesday of the battering he will receive from Liberal opponents over his use of cocaine while in government.

Several federal and provincial Liberal politicians attacked Mr. Boisclair, saying he does not have the moral authority to serve in many cabinet posts, let alone be premier of Quebec or lead the province to independence.

“Could Mr. Boisclair be minister of public security tomorrow morning?” asked Economic Development Minister Claude Béchard.

“Could he be minister of justice? The answer is no, so at the end of the line can he be premier of Quebec? It's the same answer: We don't think so.

“It was up to PQ members to look at it. Now it will be up to all Quebeckers to look at it.”

During the PQ leadership race that ended Tuesday night with a first-ballot victory for Mr. Boisclair, his fellow Péquiste opponents avoided attacking him for consuming the illegal drug while serving as a cabinet minister.

His Liberal adversaries were not so kind less than 12 hours after he won easily over former cabinet minister Pauline Marois and six other candidates.

Premier Jean Charest left the harshest criticism to several cabinet ministers but said Quebeckers will decide in the next provincial election whether Mr. Boisclair has the moral authority to govern.

Mr. Boisclair admitted during the five-month PQ leadership campaign that he used cocaine when he was a cabinet minister in the 1990s. Mr. Charest said PQ members should have used the campaign to debate Mr. Boisclair's moral authority.

His rival candidates, however, tap-danced around the question while journalists hounded him.

“It's a judgment Quebeckers will have to make,” Mr. Charest told a news conference. “It's a question that needs to be asked, and I was stunned it was not asked during the leadership campaign.”

In Ottawa, Prime Minister Paul Martin offered backhanded congratulations.

“I guess I would congratulate Mr. Boisclair, and I hope he's the Opposition leader for a very long time,” Mr. Martin said.

Like Mr. Charest, Mr. Martin left it to his MPs to take the tougher line.

“In my scale of values, I find it difficult to think I could have a premier of Quebec – my Premier of Quebec – who is a consumer of cocaine, who was a consumer of cocaine,” said Denis Paradis, an MP from Quebec. “It's not a dead issue, not in my point of view.”

Mr. Charest said Mr. Boisclair needs to clarify his stand on many issues after a leadership campaign that concentrated mainly on cocaine and commitment to Quebec independence.

“It's not enough to express no new ideas in five months except one single idea (a quick referendum) and say ‘I'm going to do it faster than those who did it before,' ” Mr. Charest said.

“I don't think it's enough. I think Quebeckers deserve some answers to a lot of questions. In the case of Mr. Boisclair, as we have come to know, nothing is clear.”

Mr. Charest also announced that the Liberals will not field a candidate in an upcoming by-election in a Montreal-area riding, giving Mr. Boisclair an easy path to a seat in Quebec's National Assembly.

It was not immediately clear whether Mr. Boisclair would accept the offer.




Watch for Boisclair

Editorial
The Ottawa Citizen Thursday, November 17, 2005

In Andre Boisclair, Parti Quebecois members have chosen a leader whose philosophy should be good for their party, if not Canada.

Mr. Boisclair is a civic nationalist, a believer in a Quebec that's defined by its French history but not exclusive of others. In his victory speech in Quebec City, after garnering 54 per cent of the vote in a final field of eight candidates, he explicitly said he believes anglo-Quebecers are part of the Quebec family.

In the rest of Canada, such a remark would be political pablum. In Quebec, from the leader of the Parti Quebecois, it's a potentially dangerous challenge to the PQ hierarchy, which is still occupied by hardline nationalists in the mould of Jacques Parizeau and Bernard Landry. And now Mr. Boisclair has to deal with Premier Jean Charest's Liberals, who have none of the pequiste reluctance to attack the party's golden boy over his political record and admitted cocaine use.

Still, Mr. Boisclair is a much greater threat to Canadian unity than Mr. Parizeau or Mr. Landry, who appealed more to the PQ's old base than to young swing voters. Mr. Boisclair is a moderate with charisma, a vital characteristic for the leader of any movement; the Parti Quebecois is only the political vehicle for a much broader social force in Quebec.

He's not been seriously tested thus far, but if he proves to be as competent a politician as his supporters believe him to be, Mr. Charest and Prime Minister Paul Martin will have to pay him very close attention.




Boisclair's appeal tests federalists

Editorial
Toronto Star Nov. 17, 2005

André Boisclair is no pioneering René Lévesque, combative Jacques Parizeau or fiery Lucien Bouchard. Good thing, too. Canadian federalists must hope the new Parti Québécois leader never develops their crusading zeal, moral stature with sovereignists and sheer oratorical power.

His claim yesterday that "Quebecers have a taste for change," and his promise to fight the next election on sovereignty and to hold a referendum "as quickly as possible," is stock sloganeering. So is his readiness to gamble Quebec's stability with a unilateral declaration of independence that would be unlawful, in the eyes of the Supreme Court of Canada.

Moreover, despite Boisclair's profession of PQ orthodoxy, skeptics question the depth of his convictions. As a minister in a PQ government under Bouchard he favoured a new Canada-Quebec political arrangement. And he campaigned for the federalists in the 1980 referendum. While Boisclair displayed a charming, good-humoured confidence with reporters yesterday, he can be haughty, brittle and thin-skinned. Unlike many in the PQ, he is a fiscal conservative.

Then there is the cocaine issue. Quebec's Liberal Premier Jean Charest yesterday foreshadowed the next election by suggesting Quebecers must ponder whether Boisclair has the moral authority to govern, given his use of the unlawful drug when he served as a PQ cabinet minister.

Still, Boisclair at 39 possesses a youthful energy that endears him to the militants who elected him in a break with the "founding generation" of leaders represented by Pauline Marois, his defeated chief rival. His campaign signed up 30,000 new members. He has re-energized a sclerotic movement that many young Quebecers view as "outmoded, obsolete and decrepit," and that was in the doldrums after the 1995 referendum defeat.

Thus he poses a serious threat to Quebec's ruling Liberals, and to the nation. While an election is not due until as late as 2008, Boisclair outpolls Charest today. If Boisclair wins, federalism again will be put to the test.

And Boisclair has political savvy. He is the first openly gay leader of a major Canadian party and used his victory speech to reach out — in excellent English — to minorities. He insisted he respects their rights. He says, "I'm open to the world." Making the PQ appear less insular and less hostile to minorities is critical to winning a referendum.

Where does all this leave Prime Minister Paul Martin, Stephen Harper, Jack Layton and Charest? One hopes it means they are determined to make a vigorous and persuasive case for Canada, before the sovereignists drive support for "soft separatism" beyond the 49 per cent it has hit in recent polls. And determined as well to recruit the next generation of articulate federalist Members of Parliament and of the Quebec assembly.

Federalists must preach the merits of remaining part of a larger Canada of 32 million with a positive image in the world, a strong Charter of Rights and a thriving economy. Quebecers value these things. So they should. Around the world Canada is known as a successful, vibrant, multicultural society that serves as a model to others.

Federalists must also explode the myth that Canada is a cultural and economic drag on Quebec. They must remind Quebecers of the vital place they occupy in Canadian politics, government, business, academics, medicine, law and the arts. Quebec itself is a vibrant francophone society that has thrived culturally as part of the Canadian federation, achieving international success and acclaim.

And Canada's economy, larger and growing faster than Quebec's, is an asset not a drag. Quebec has benefited from $45 billion in federal equalization payments since the 1995 referendum. How would severing Quebec from prosperity leave people better off?

The federalist riposte also involves reminding Quebecers that when asked the clear question Do you want Quebec to become an independent country? two in three say "No." Federalists need not feel marginalized.

Canada is a success story. It should not be a hard sell. But Boisclair's election is a reminder that federalists must take nothing for granted.




André Boisclair and the separatist project

Editorial
The Globe and Mail Thursday, November 17, 2005

Quebec separatism hasn't magically become a good idea with André Boisclair's election as Parti Québécois Leader, but foes of separatism have more cause to worry. Mr. Boisclair, who received 53.6 per cent of the provincial party's votes on Tuesday, makes it tougher to write off the champions of sovereignty as yesterday's ideologues. He is 39, a member of a new generation carrying the separatist baton; he drew large crowds of students during his campaign. The party's acceptance of an openly gay leader suggests a broadness of mind that wasn't in evidence with, say, Jacques Parizeau and his 1995 cry that money and the "ethnics" had stolen his referendum. Mr. Boisclair sought the participation of ethnic minorities in his drive to lead the PQ, and, in his victory speech, assured anglophones that their rights would be protected if Quebec became a separate nation.

If he can make the separatist crusade appear to be the wave of the future rather than a tired, exclusionary relic of the past, federalists will have more of a fight in any future sovereignty referendum. And, as a fiscal conservative, he can preach the gospel of good, sound government even as he paves the way for a vote to hive Quebec off from the rest of Canada.

While Mr. Boisclair has been accused by more radical members of his party of not being truly committed to secession, he was singing from the separatist hymnbook on Tuesday. He endorsed the PQ platform that calls for a referendum "as soon as possible in the next mandate." "We will offer a plan for a country," he said. ". . . a transition plan . . . a project to achieve sovereignty the right way." It would be a mistake not to take him seriously, particularly since Premier Jean Charest's public approval rating is only 30 per cent and an election looms, most likely in 2007.

But there is much still to learn about Mr. Boisclair. He has already proved that his judgment is abysmal, through his use of cocaine "on a few occasions" while a minister in the PQ cabinet. If some voters see that as part of an edgy, alluring bad-boy image, Mr. Charest's Liberals will make a more compelling point: that a senior lawmaker casually broke the law (he says he "never had an addiction problem") even as police and prosecutors sought his cabinet's help in the war against drug-dealing gangs.

Mr. Boisclair may also be tripped up by his thin skin. He was offended when Governor-General Michaëlle Jean made a couple of cute puns about his cocaine use ("the party 'line' ") at the Press Gallery's annual jokefest in Ottawa, and he has cancelled or stomped out of press conferences and interviews rather than give straight answers to the media's questions. Former PQ minister Daniel Paillé said he withdrew his support for the candidate because Mr. Boisclair handled the cocaine issue like a spoiled child rather than a responsible politician.

Federalists in Quebec and elsewhere should deal with Mr. Boisclair's arrival by continuing to make plain the advantages of being part of a large, economically successful and culturally diverse country such as Canada. The sponsorship scandal has shown the folly of trying to buy support, but a recent low-key deal between the federal and Quebec governments on daycare funding underlined the flexible, accommodating nature of federalism. Mr. Boisclair can slap a fresh coat of paint on separatism, but it's the same stale-dated, unnecessary notion underneath. The key is to make that case wherever and whenever necessary.




Oh, the fun we’ll have

Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen, Thursday November 17, 2005

Let the fun begin. Starting with a little victory dance for me. I predicted, way back in June, that André Boisclair would win the Parti Québécois leadership race. He did, and hands-down at that. Yé.

After three days of voting by phone (much the same way people vote for their favourites on those Idol TV shows, in more ways than one), an impressive 76 per cent of the PQ’s 140,000 members cast their ballots. Some 56,500, or 53.7 per cent, went to Mr. Boisclair, 30.6 per cent to distant second Pauline Marois, 7.5 per cent to Richard Legendre, and peanuts to the other candidates (one of whom, Gilbert Paquette, dropped out last week to support Ms. Marois).

Not even Mr. Boislcair’s admission that he took cocaine on a few occasions up to seven or eight years ago, and his refusal to answer detailed questions about when, exactly, he became clean, were enough to cost him the party’s top job. If indeed it hurt him at all. And the vocal “anybody but Boisclair” movement seems, in the end, to have been much smaller than the noise it produced indicated.

The last poll, published last week, showed the gap between Mr. Boisclair and Ms. Marois narrowing a bit. But not nearly enough to put the lady ahead. Certainly not after she crowed, publicly, that “With the way the wind has shifted, I think it’s possible now” for her to win the race in the first ballot. Ahem. What is it they say about not selling the bear’s skin before the beast is dead? I guess she forgot.

So where does that leave the rest of us? Laughing to our little hearts’ content. Quebec politics is about to get downright comical, which is great for someone like me, who makes a living chronicling the province’s goofy antics. Oh, the fun we’ll have. It’s also good news for federalists.

First, the PQ will be convulsed by intense recriminations and lots of salt going into nasty, wide-open wounds. The campaign got ugly in the home stretch, with candidates and their proxies hurling awful insults (including a few un-reprintable choice words) at each other. Nothing fills your typical anti-separatist with joy as much as a bitterly divided PQ. I’d even venture to guess it will give Premier Jean Charest a wee bit of a break, too. Quebecers may be famously unhappy with his government, but it doesn’t mean they’re ready to vote for a party that can’t even stand itself.

Second, there’s that cocaine thing again. Expect Mr. Charest and his Liberal colleagues to use it very, very, very, er, liberally. As they should.

Third, there’s Mr. Boisclair himself. Sure, he’s good looking, young, and hip. And folks like him for that. But five months of intense campaigning have revealed him to be particularly thin-skinned. Possibly more even than Bernard Landry, whose temper tantrums (remember the red rag?) were notorious. As the Citizen’s Kate Jaimet reported on Sunday, when asked why a separatist would want to work and live in Toronto, as he was set to do before Mr. Landry surprisingly resigned, Mr. Boisclair reacted petulantly: “Are there places where, as a sovereigntist, I’m not allowed to go? Is there a list of countries or capitals or cities where, as a sovereigntist, I’m not allowed to go? Are there places I can’t go to study or I can’t go to work? What is this kind of question?”

Dude, what is this kind of answer? He could have smiled and said, “I like Toronto. Great city, fine museums, nice people. I prefer Montreal, of course, but sometimes you have to go where the job is, right?” and left it at that. But no, he had to snap. Something he does quite frequently; just recently he had a lawyer send a letter to one of his opponents (Jean Ouimet who, as far as I can understand, was talking about investigating some work Mr. Boisclair had done on his cottage) ordering him to cease and desist.

Oh, the fun we’ll have. At least until the PQ dumps Mr. Boisclair and we’re back to square one. The party notoriously feeds on its leaders, especially the ones who aren’t breathing fire over separation and threatening to eat anglos for breakfast. Which Mr. Boisclair doesn’t do – he’s not the bitter type when it comes to sovereignty. In hard-core separatist circles, that’s the kiss of death. Without bitterness, the purs et durs have nothing; these people wake up at night to hate the Eaton’s lady (Gaaaaakk! An apostrophe). They’re not about to tolerate a leader who’s on speaking terms with Wolfe’s descendents.

Actually that will be fun too. Wheeee.




Andre Boisclair's Quebec

Raymond J. de Souza
National Post November 17, 2005 Thursday

Every news story tells us the same four things about Andre Boisclair, the new leader of the Parti Quebecois: He's young, he's gay, he used cocaine while serving in the provincial Cabinet and he's committed to moving ahead with sovereignty as soon as possible.

None of this tells us much about how he will do as Leader of the Opposition in Quebec's National Assembly. But it does show that he is an almost perfect representative of the broad cultural and political change that has transformed Quebec since his birth in 1966.

The standard tale has often been told. Prior to 1960, Quebec was a closed and traditional society. The English kept Quebecers poor by controlling the province's commercial life, and the Catholic Church kept them backward by controlling the culture. The Quiet Revolution would throw off the twin shackles on the Quebec spirit, and they would become, finally, maitres chez nous.

And so, Quebec emerged from the pre-1960 Grande Noirceur -- the Great Darkness. The Quiet Revolution began with the nationalization of the electricity industry, and then moved on to other ambitious projects. The government expanded rapidly into all sectors of the economy, adopted an aggressive language policy, and set about, where it could, secularizing the previously Catholic public ethos.

The modernization of Quebec was aimed at protecting the French culture amid a sea of English. But even during la Grande Noirceur, Quebec's culture was not so fragile. For some 200 years after the French defeat at the Plains of Abraham, a distinct culture survived, and even flourished, under the protection of the Church. Post-1960, that task would be given to the state. Repudiating their religious heritage, Quebec's quiet revolutionaries channelled their energy into building a social democratic state.

It was this environment into which Boisclair was born and raised, and which he represents so completely. He is a man who has spent his entire adult life in politics -- the worlds of business, the arts, academia did not attract him. For Boisclair, the social project has been completely absorbed by the state. It is not difficult to understand, then, why such a man would want his own state.

But the future of such a state is seriously in doubt. Not whether the future will be bleak, but whether there will be a future at all. In October, Boisclair's predecessor as PQ leader, Lucien Bouchard, put his name to a manifesto which sounded an urgent alarm on Quebec's "demographic decline."

"As early as 2012, there will be fewer and fewer people of working age and fewer young people, as the numbers of seniors continues to swell," the report concluded. "This means we will be less dynamic, less creative and less productive."

Having sold their cultural birthright for a mess of politics, Quebecers handed over the future of their nation to the state. With the national project now entrusted to the government, Quebecers simply stopped producing Quebecers. It was no longer necessary to hang on to the cultural patrimony of Quebec generation to generation, father to son, mother to daughter. The state would do that now, passing laws against English signs and providing cheap electricity and cheap education and generous social assistance and favourable labour laws. What need was there for children?

Quebecers were apparently unfazed by Boisclair's admission that he used cocaine while serving in Bouchard's Cabinet. It was shrugged off as the kind of thing that marked Boisclair's raucous past. But it speaks to a hedonism and frivolity characteristic of someone unburdened by responsibility. That has been the Quebec story since 1960 -- the organs of culture have gone on holiday.

Though the Bouchard manifesto returns over and over to the issue of Quebec's "demographic decline," a more accurate phrase would be the death of a nation. Quebecers may be masters in their own house, but rather than the head of a bustling household, the future looks more like a party boy living it up in his cool party pad. That is Andre Boisclair's Quebec.




Privatisation des soins de santé au Québec
- Il n'y a pas d'«ordre» de la Cour suprême

Henri Brun, Faculté de droit de l'Université Laval
Diane Demers, Département des sciences juridiques de l'Université du Québec à Montréal
Patrice Garant, Faculté de droit de l'Université Laval; Daniel Proulx, Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke
Andrée Lajoie, Faculté de droit de l'Université de Montréal; Marie-Claude Prémont, Faculté de droit de l'université McGill
Le Devoir jeudi 17 novembre 2005

Le mardi 8 novembre, le premier ministre du Québec, Jean Charest, affirmait devant l'Assemblée nationale du Québec avoir reçu un «ordre» de la Cour suprême du Canada dans l'affaire Chaoulli pour créer une place au secteur privé dans notre système de soins de santé. Malgré les questions répétées de l'opposition officielle, ni le premier ministre ni le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, n'ont fourni une réponse claire quant au sens qu'ils entendaient donner à cet ordre.

C'est le lendemain, mercredi 9 novembre, que nous apprenions, par la voie des journaux (Le Devoir), que les médecins seraient autorisés à pratiquer à la fois dans le système financé par les fonds publics et dans un système parallèle financé par les fonds privés, où l'assureur privé jouerait un rôle. Or rien dans le jugement Chaoulli de la Cour suprême du Canada n'impose ce choix ou n'envoie cet «ordre» à notre législateur.

Nous soutenons plutôt que cette position est même contraire à l'opinion de l'ensemble des sept juges formant le banc de la Cour suprême.

Seulement pour les médecins non participants

Dans le contexte des listes d'attente parfois trop longues, la Cour suprême, par une majorité de quatre voix contre trois, a effectivement invalidé le 9 juin dernier deux dispositions législatives québécoises qui interdisent la conclusion de contrats d'assurance privée pour les services assurés par notre régime public.

Il ne fait pas de doute que le Québec doit procéder à des ajustements, à défaut d'utiliser la disposition de dérogation, pour répondre à cette décision. Les propositions annoncées semblent par contre s'inspirer d'une interprétation erronée de la levée de l'interdiction de l'assurance privée. Contrairement aux apparences, l'invalidation par la Cour suprême des deux dispositions législatives en cause ne signifie pas que les contrats d'assurance privée sont soudainement autorisés pour l'ensemble des services de santé. La raison tient à deux principes juridiques élémentaires.

Le premier principe veut que les dispositions législatives s'interprètent les unes à la lumière des autres. Or le régime juridique de santé au Québec prévoit la règle de l'étanchéité de la pratique médicale entre un secteur financé par les fonds publics et un autre, qui n'a d'ailleurs jamais été interdit, financé par des fonds privés. La seule interdiction tenait à l'assurance. Cette règle est matérialisée par les catégories mutuellement exclusives des médecins participants et des médecins non participants.

Rien dans le jugement ne remet en cause cette règle intrinsèque au régime juridique de santé québécois. La levée de l'interdiction de l'assurance privée en matière de soins médicaux ne vaut que pour les médecins non participants. Cette limite est à ce point centrale et évidente que les tribunaux d'appel n'ont jamais senti le besoin de répéter ce que la Cour supérieure du Québec, sous la plume de la juge Piché, juge au procès, exprime clairement à la page 791 du jugement publié en précisant la portée de la demande judiciaire : «Les requérants demandent au tribunal d'avoir la possibilité de contracter une police d'assurance privée afin de couvrir les frais inhérents à des services de santé et à des services hospitaliers lorsque ces derniers sont rendus par des médecins non participants au régime de santé public québécois.»

La juge Deschamps, de la Cour suprême, écrit noir sur blanc, aux paragraphes 66 et 68 de son opinion, qu'elle accepte d'invalider l'interdiction d'assurance parce que les médecins ne peuvent par ailleurs pratiquer des deux côtés de la clôture qui sépare le financement public du financement privé. Les trois autres juges qui l'appuient dans sa conclusion quant à la Charte québécoise (le seul point sur lequel repose la majorité) sont exactement du même avis.

Il est donc clair que la levée de l'interdiction de l'assurance privée par la Cour suprême est conditionnelle au maintien de la distinction et de l'étanchéité entre médecins participants et médecins non participants.

Proposition contraire au jugement

Il va sans dire que les trois juges de la minorité rejettent toute atteinte à ce principe. La proposition de l'actuel gouvernement de permettre aux médecins québécois d'être rémunérés à la fois par la RAMQ et par un assureur privé est donc carrément contraire au jugement de la Cour suprême du Canada.

Cette lecture est confirmée (si besoin en était) par un deuxième principe juridique de base, celui de la règle ultra petita, prévue à l'article 468 du Code de procédure civile du Québec, qui interdit au tribunal d'adjuger au-delà de ce qui est demandé. Les requérants Chaoulli et Zeliotis ne demandaient la levée de l'assurance privée que pour les médecins non participants, et c'est tout ce qu'ils ont obtenu.

Il n'est pas nécessaire d'aborder la problématique de la loi canadienne sur la santé puisque le régime juridique québécois suffit amplement, et à lui seul, à remettre sérieusement en question les propositions avancées.

Il ne fait pas de doute que le régime juridique de santé québécois fait partie des constructions les plus complexes. Le jugement de la Cour suprême n'en facilite certes pas la compréhension. C'est dans ce contexte que nous présentons cette mise au point afin que le Parlement du Québec puisse procéder, si tel devait être son choix, aux changements nécessaires de façon rationnelle et conforme à la règle de droit.




The evil lives on

Richard Marceau, a member of Parliament since 1997, is the justice critic for the Bloc Quebecois.
The Ottawa Citizen Wednesday 09 November 2005

Converting to Judaism has heightened my sensitivity to the racism and injustice still all too common in the world

Since converting to Judaism, I am not aware of having been the victim of anti-Semitism. I have discovered, however, that becoming Jewish affected my view of the world. The history of the Jewish people has heightened my sensitivity to racism and injustice, and made me recognize the importance of Tikkun Olam, a Hebrew phrase meaning "to repair the world."

We are now in the middle of Holocaust Education Week. I was one of the Parliamentarians who two years ago this month sponsored the Holocaust Memorial Bill. Had I or my family been alive at the time of the Nazis, we too would have been targets of Hitler's hatred. The Holocaust, or Shoah in Hebrew (meaning "disaster"), has a special resonance for me, as it does for all Jews.

Sadly, we are witnessing a resurgence of anti-Semitism in Canada and in the world. In Montreal, a school was the target of arson in April 2004. At Montreal's Concordia University, former Israeli prime ministers Benjamin Netanyahu and Ehud Barak were prevented from addressing the students. In Toronto, synagogues and cemeteries and private Jewish homes have been vandalized.

In the U.S., hatemongers spread the lie that the Sept. 11 terrorist attacks were a Mossad operation and that 4,000 Jewish workers in the Twin Towers did not show up for work that day, the implication being that we Jews were tipped off by our comrades in the worldwide Zionist conspiracy.

In France, a so-called humorist named Dieudonne spews venom on the airways, ridiculing the Shoah as memorialized pornography. Yet Dieudonne was invited to appear on Radio-Canada's hugely popular talk show Tout le monde en parle last month.

In Turkey, the notorious anti-Semitic tract The Protocols of the Elders of Zion has been on the bestseller list. In other Muslim and Arab countries, anti-Jewish propaganda is commonplace in newspapers and on television. Consumers of Arabic media are told that Jews are a cancer, that international Zionism kidnapped child survivors of the tsunami in Southeast Asia for the purpose of selling them as slaves, that "Allah brought the Jews together [in Israel] so that the Muslims can kill them."

Iranian soap operas peddle stories about Israelis kidnapping Palestinian children for organ harvesting. In the fall of 2003, Syrian television broadcast Al-Shatat, whose storyline was about a worldwide Jewish conspiracy featuring the murder of a gentile child so that his blood could be used to make matzah (unleavened bread that we eat during Passover).

How can we reasonably expect to have peace in this region if minds are being poisoned with this horrible hatred?

Of course, the state of Israel is not perfect, and should be criticized like any other country. I define myself as a pro-Palestinian Zionist. I take strong issue with the continuation of the settlement process in the West Bank and the location of the security barrier. In fact, similar criticism is often voiced in the Israeli press. I have also been a consistent supporter of an independent Palestinian state side by side with the Jewish state.

However, I believe Israel is consistently held to a higher standard than other countries. Why is Israel the only country being threatened by academic boycott while many other countries have a human rights record much, much worse than Israel's?

As the New York Times columnist Thomas Friedman wrote: "Criticizing Israel is not anti-Semitic, and saying so is vile. But singling out Israel for opprobrium and international sanction -- out of all proportion to