
Patriote de l'année
Après Luck Mervil, Louise Laurin
SRC 18 novembre 2005
La Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal a désigné Louise Laurin comme Patriote de l'année pour 2005.
Ancienne enseignante et commissaire d'école, Mme Laurin a milité activement pour la laïcisation du système scolaire du Québec à titre de présidente de la Coalition pour la déconfessionnalisation du système scolaire québécois.
En 1989, elle a été candidate pour le Parti québécois dans la circonscription d'Anjou, mais n'a pas réussi à se faire élire.
En entrevue à RDI, la lauréate s'est dite honorée de recevoir cette distinction.
La SSJB de Montréal décerne le titre de Patriote de l'année depuis 1975.
L'an dernier, la distinction a été remise à Luck Mervil.

Another Yves Michaud?
JOSÉE LEGAULT
The Montreal Gazette 18.11.2005
If the Liberals in Ottawa and Quebec City aren't careful, they could elevate André Boisclair to the status of martyr
When it comes to André Boisclair, the federal and provincial Liberals should beware of what I call the "Yves Michaud syndrome." That's when you turn a public figure into a national martyr.
And martyrs are always popular.
The Michaud syndrome refers to what happened in December 2000. Then Premier Lucien Bouchard teamed up with the Liberals to pass a unanimous motion denouncing the "unacceptable" remarks Michaud
allegedly made about the Jewish community - remarks no MNA had read or heard about before the vote.
But the motion boomeranged. Michaud is a well-respected sovereignist, and most Quebecers perceived the motion as unjust and unfounded. Michaud became a martyr on a major scale.
When Parti Québécois MNA Sylvain Simard got hysterical, saying Michaud's words were of the sort that led to the Holocaust, Michaud was ready for beatification.
On Jan. 11, 2001, Bouchard came to the wise conclusion that he had lost the public-relations battle in the Michaud affair. He then used the whole mess as a convenient excuse to quit the party he couldn't stomach anymore.
This week, when Liberals in Ottawa and Quebec pounced on the new Parti Québécois leader the morning after he was elected, calling him a "loser," a "pedant," and as a "radical," as well as questioning his "moral authority," they rolled a very risky pair of dice.
If the Liberals are lucky, all that will feed into the worries a number of péquistes already have that the cocaine story could render their new leader too vulnerable. This, in turn, could hamper Boisclair's attempts at reconciling and unifying the factious PQ troops.
Or it could backfire on the Liberals the same way Bouchard's attacks on Michaud's character did.
Remember that it was when the media started asking Boisclair pointed questions about his past use of cocaine that he managed to turn the tables on reporters by appearing victimized.
When he asked journalists to stop their "physical aggression" in a scrum, Boisclair projected the image of someone who had become the victim of those nasty reporters the public sometimes loves to hate.
It was one thing for other leadership candidates to attack Boisclair, even on the cocaine issue. They were adversaries in a leadership race. More importantly, they were in the same political family. The media are not. Neither are the Liberals.
If Liberals go on criticizing his ethics, they risk promoting him from victim to martyr and reinforcing his popularity.
Premier Jean Charest seems to understand that potential danger. He's kept his attacks on the political level, leaving his ministers to question Boisclair's personal ethics. But even his ministers could trigger the "Michaud syndrome" if they go too far too fast without any new revelations.
As for the federal Liberals, they used even harsher words than did their provinvial counterparts. Even though they're indulging in the usual "separatist bashing" to please their English Canadian constituency in the run up to an election; their tactic could also strengthen Boisclair's image as a victim.
I mean, really, when Stéphane Dion called Boisclair a "radical" and managed to keep a straight face doing it, you know his target audience was Toronto, not Montreal. If Boisclair is a "radical," then what is Jacques Parizeau? A revolutionary?
Action démocratique du Québec leader Mario Dumont was a bit wiser. He criticized Boisclair's ideas. Because he's of Boisclair's generation and the most effective practitioner of the "12-second clip," Dumont could turn out to be Boisclair's most dangerous adversary.
Which brings us to an interesting sociological paradox that results from Boisclair's victory. For the first time in ages, the leader of every party in the National Assembly is under 50, with two being under 40. Charest is 47, Boisclair is 39 and Dumont 35. You'd think this would renewal, rejuvenation and change.
But it's also the first time every party leader is also a career politician, men who went into active politics in their early 20s and never did anything else in their adult lives.
In fact, the three leaders have an impressive total of 47 years of experience as elected members of a legislature, whether in Québec or Ottawa.
The optimistic view is that Quebecers now have three party leaders who have chronological youth and political experience. But the more critical, and perhaps more realistic interpretation is that youth and renewal may be much more relative here
than they appear to be.

Ma sympathie à André Boisclair!
Pierre S. Pettigrew, député de Papineau et ministre des Affaires étrangères du Canada.
La Presse vendredi 18 novembre 2005
Les radicaux péquistes feront la vie impossible à leur nouveau chef jusqu'à en faire un perdant
Permettez-moi de faire une mise au point quant à ma déclaration à la suite de l'élection du nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair.
Ce sont les péquistes qui sont donc les premiers à traiter leurs chefs en perdants et même leurs victoires électorales sont de peu d'importance puisque gouverner une province est un exercice méprisable à leurs yeux. Seul faire du Québec un pays compte.
La très longue grand-messe péquiste à laquelle nous avons assisté mardi soir fut marquée par des discours au ton franchement passéiste, aux mots creux. La répétition même, sur le thème récurrent de l'indépendance, accentuait encore l'impression même d'échec des cinq derniers chefs.
D'abord, force est de constater que les autorités du PQ ont refusé de rendre un hommage au chef sortant Bernard Landry. Il y a là un manque de respect flagrant. On ne lui pardonne pas son 33 % de vote péquiste à sa seule élection générale comme chef.
Ainsi, ils ont choisi de célébrer tous les anciens chefs dont trois, toujours vivants, n'étaient même pas présents pour assister à la lecture de leur prose d'antan. Le seul ancien chef vivant présent, mardi soir, Bernard Landry, a regretté son départ au point où on peut sérieusement se demander s'il ne souhaite pas revenir un jour.
Parti chicanier comme pas un, le PQ a toujours traité ses chefs sans ménagement. Tout le monde le sait. Le PQ ne cherche pas seulement la chicane systémique avec les libéraux et avec le reste du Canada, il la pratique allègrement en ses propres rangs.
Même René Lévesque, le chef fondateur, a été rejeté avec tant de hargne- neuf de ses ministres ont claqué la porte de son cabinet. La biographie de Pierre Godin L'Homme brisé démontre la blessure qui lui a été infligée.
D'une part, le PQ radicalise son programme en promouvant l'indépendance pure et dure, sans association et sans partenariat et, d'autre part, choisit un chef, André Boisclair, plus rassembleur à première vue, mais visiblement mal à l'aise au point où il bafouillait chaque fois qu'il parlait de ce programme durant la course au leadership.
S'ils ont eu la peau de plus coriaces, j'ai exprimé ma sympathie au nouveau leader car le PQ place toujours ses chefs dans une problématique impossible et à la limite suicidaire. Observons donc ensemble la suite des choses. Les radicaux feront la vie impossible à André Boisclair jusqu'à en faire un perdant!

Les vrais "losers"
André Pratte
La Presse vendredi 18 novembre 2005
La réaction des libéraux- provinciaux et fédéraux- à l'élection d'André Boisclair à la tête du Parti québécois a été rien de moins que pitoyable. C'est à croire que ces gens-là tiennent absolument à être impopulaires.
Dans les minutes qui ont suivi la victoire de M. Boisclair mardi soir, le vice-premier ministre Jacques Dupuis est passé à l'offensive avec un ton particulièrement hargneux. Il aurait été de mise alors de simplement féliciter le nouveau chef du PQ.
Le lendemain, les autres ministres du gouvernement Charest se sont tous jetés dans la mêlée. Claude Béchard a soutenu que la consommation de cocaïne passée de M. Boisclair le rendait inapte à devenir premier ministre. Le moment était inopportun, et la cartouche mouillée: ce débat-là a été fait, les péquistes s'en sont chargés, et les sondages montrent que la population veut, pour l'instant du moins, passer l'éponge.
Les libéraux de Jean Charest souhaitaient tellement la victoire de l'ancien ministre de l'Environnement qu'ils se sont lancés à l'attaque avec un empressement déplacé. De toute façon, André Boisclair sera inattaquable pendant quelques mois, le temps de l'habituelle lune de miel. Les charges libérales ne peuvent avoir comme effet que de renforcer son image de martyr.
La réaction la plus malhabile est venue - comme souvent - d'Ottawa. Le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, a qualifié le rassemblement des militants péquistes de "soirée hommage à des losers", faisant allusion à l'hommage rendu aux anciens chefs du PQ. Des losers? Faut-il rappeler à M. Pettigrew que chacun de ces anciens chefs a été premier ministre du Québec? Que le Parti québécois a été au pouvoir à Québec pendant 18 des 30 dernières années? Qu'il domine dans les sondages, tandis que si des élections fédérales avaient lieu aujourd'hui, le Bloc québécois balaierait le Québec, et que lui-même perdrait probablement son siège?
Ces gaffes à répétition ne font que confirmer la faiblesse de l'actuel leadership fédéraliste en matière de communication, le nerf de la guerre en politique moderne. Comme c'était prévisible, les souverainistes ont réagi avec indignation- c'est leur spécialité- aux propos de M. Pettigrew. Ils ont déposé une motion à l'Assemblée nationale, réclamé des excuses, etc. Ainsi, M. Pettigrew et ses collègues ont détourné l'attention des faiblesses du mouvement souverainiste qu'ils voulaient souligner, et qu'illustrait de manière patente la soirée de mardi. Par exemple, cet attachement maniaque au passé; quel autre parti songerait à divertir ses militants en faisant lire en série des vieux discours de ses ex-chefs? Par exemple, cette dureté inquiétante du PQ à l'égard de ses chefs, au point que Lucien Bouchard a été hué mardi soir, lui qui a mené le mouvement au seuil de la victoire en 1995. Par exemple, Boisclair le modéré qui a endossé avec enthousiasme une démarche vers la souveraineté beaucoup plus radicale que celles proposées en 1980 et en 1995.
Mais voilà, les porte-parole fédéralistes se sont encore une fois tiré dans le pied. On appelle ça des losers.

Que le vrai André Boisclair se lève...
Alain Dubuc
La Presse vendredi 18 novembre 2005
On ne connaît pas vraiment André Boisclair, le nouveau chef du Parti québécois. Il a bien sûr été sous les projecteurs depuis cinq mois, mais dans une course au leadership, qui est en fait un débat interne où les candidats s'adressaient aux membres de leur parti plutôt qu'aux citoyens. C'est encore plus vrai au Parti québécois où les candidats pouvaient difficilement s'écarter du dogme et étaient contraints à la langue de bois.
Les Québécois savent donc quel est le look d'André Boisclair, ils connaissent certains détails de sa vie privée, mais en fait, ils en savent très peu sur ce que pense le nouveau chef du PQ, qui pourrait fort bien devenir leur premier ministre, quand on compare sa popularité à la grande impopularité de Jean Charest.
Si le premier défi d'André Boisclair est sans doute de consolider un parti divisé et affaibli par une lutte au leadership longue et sale, son plus grand défi sera de parler à 7 millions de personnes, plutôt qu'à 140 000 militants, de récolter un million et demi ou deux millions de voix, plutôt que 56 503. Et les deux défis sont difficilement compatibles.
Il est vrai qu'André Boisclair est populaire, assez pour vaincre facilement le Parti libéral, disent les sondages. Mais la vérité, c'est qu'André Boisclair n'est pas populaire dans l'ensemble de la population pour les mêmes raisons qu'il l'a été dans son parti.
Si une faible majorité de péquistes l'a choisi, c'est essentiellement parce qu'ils estimaient qu'il serait la meilleure personne pour les mener à la souveraineté. Mais maintenant que la lutte au leadership est terminée, les militants péquistes, en sortant de leur bulle, découvriront que la souveraineté n'est certainement pas l'objectif premier des Québécois, qui ne pensent pas au "projet de pays" en se levant le matin.
Les citoyens aiment André Boisclair parce qu'il incarne la jeunesse et le changement, une quête qui les a amenés à aduler successivement Jean Charest et Mario Dumont, avec les conséquences que l'on sait. Ils sentent aussi que le nouveau chef péquiste a des attitudes et des positions plus proches des valeurs politiques dominantes au Québec, moins de dogmatisme et de rage par rapport à la souveraineté, une culture d'inclusion, un conservatisme fiscal, une absence d'affinités avec ce que l'on pourrait appeler la culture syndicalo-péquiste.
Toutes ces choses, les Québécois les soupçonnent, mais ne les savent pas, parce qu'André Boisclair ne les a pas dites. L'image de conservatisme qu'il se sont faite d'André Boisclair tient plutôt à des indices, par exemple le fait qu'il évoque la réduction de la dette. Elle reflète également un phénomène de projection où les électeurs auront tendance à prêter à un politicien ambigu les idées qui sont les leurs. Elle repose aussi sur une déduction: si les radicaux du parti se sont tant déchaînés contre André Boisclair, c'est donc qu'il doit être un modéré.
Mais si on se fie à ce que dit André Boisclair, c'est un tout autre portrait qui se dégage. Mardi soir, dans son discours de victoire, le nouveau chef a affirmé que son " manifeste ", c'était le programme du parti, un programme, on le sait, qui a imposé un virage radical au PQ.
Évidemment, on n'en croit pas un mot, car on sait tous que cette profession de foi était un passage obligé. Le sixième chef du Parti québécois, comme ses prédécesseurs, est contraint à un double discours pour survivre dans un parti tyrannique et ingouvernable dont bien des membres, mardi soir à Québec, ont hué lorsque l'on a lu des extraits de discours de Lucien Bouchard.
Cela force à se demander comment André Boisclair réussira à refaire l'unité de son parti, et à quel prix. Dans les faits, le nouveau chef, qui a récolté 54 % des votes exprimés, a reçu l'appui de moins de 40 % des membres du PQ. C'est peu. Il devra composer avec une aile militante plus active que jamais, qui ne l'aime pas, comme elle n'a jamais aimé les modérés, et qui a réussi, souvenons-nous en, à avoir la peau de Lucien Bouchard.
La tâche sera plus difficile pour André Boisclair que pour ses prédécesseurs, parce qu'il n'a pas leur poids et leur expérience. Mais surtout, parce que le parti qu'il dirige s'est radicalisé. Et que le programme qu'il dit appuyer avec enthousiasme sera un véritable boulet, avec sa souveraineté sans partenariat, son référendum rapide qui impose des élections sur le seul thème de la souveraineté.
André Boisclair est donc coincé entre les Québécois et le Parti québécois. Mais, tôt ou tard, il faudra que le vrai André Boisclair se lève.

Ottawa's latest headache
CHANTAL HÉBERT
The Toronto Star Nov. 18, 2005
The 60,000 members of the Parti Québécois who handed the leadership of their party to André Boisclair on a silver platter earlier this week are either exceptionally reckless or else Quebec Premier Jean Charest is in even worse trouble than is generally assumed.
At almost 54 per cent, the strength of Boisclair's mandate was a surprise even to his own organizers. While he had started off as the front-runner in the race, it is a rare lead that sustains the kind of hits Boisclair took over the course of the campaign. Indeed, not since Stockwell Day beat Preston Manning in the 2000 Canadian Alliance campaign has a leadership candidate triumphed in the face of such a solid body of negative editorial advice.
From the moment he admitted to having used cocaine in his past life as a cabinet minister, Boisclair never managed to put the issue to rest. His clumsy handling of what should have been a manageable crisis caused many PQ insiders to question his judgment. Some suggested he withdraw from the race for the good of the party.
The PQ happened to have a risk-free alternative at its disposal in the shape of Pauline Marois. And yet even the winning combination of strong ministerial credentials and a flawless campaign was not enough to force the leadership vote to a second ballot.
Marois's gender might have been an issue with some Quebecers but it did not make the difference in Boisclair's favour in the PQ vote. Voters who will not support a woman for a leadership position do not usually fall back on an openly gay candidate.
If Boisclair beat the odds so convincingly against as formidable an opponent as Marois and in such difficult circumstances, does he not stand to make mincemeat out of Charest - a premier who has been reaching new lows in popularity in Quebec for months - come the next election? And what of Boisclair's prospects in another referendum?
Canadians will get the beginning of an answer to those questions first on Dec. 12 when the voters in the provincial riding of Outremont go to the polls in a by-election and then in the federal election expected in January.
Outremont is a rare francophone riding that has traditionally sided with the Liberals at both the federal and provincial levels.
Knowing how high the stakes are this time, Charest is leaving little to chance. He has recruited Raymond Bachand, a businessman who once served as an adviser to PQ premiers René Lévesque and Pierre-Marc Johnson but who has now converted to federalism, to run as his candidate.
Should Charest fail to hang onto the riding despite his efforts to stack the nationalist deck in his favour, the drums will be beating loudly to replace him. After all, the easiest way to avoid a referendum repeat is still to prevent the return to power of the PQ.
Meanwhile, last weekend in Montreal Prime Minister Paul Martin delivered a rare speech almost entirely devoted to national unity.
By portraying the coming federal election in Quebec as a choice between sovereignty and federalism, Martin is hoping to convince the scores of Liberal voters who sat out the 2004 vote in Quebec to support him against the Bloc Québécois this time around. The Prime Minister will be spending the next campaign in Quebec wrapped in the Canadian flag.
That means that between now and the end of January, Canadians will have a chance to see how the current champions of federalism in Quebec stack up against a reinvigorated sovereignist movement.
If it turns out that Charest and Martin cannot hold their rather modest ground against Boisclair and Gilles Duceppe, the federalist camp in Quebec might as well consider itself leaderless.
Chantal Hébert's national affairs column appears Monday, Wednesday and Friday. chebert@thestar.ca

Un pour tous et tous pour un!
Louis Bernard
18.11.2005
« Tous pour un, et un pour tous », voilà la devise de la victoire et l’esprit qui doit nous animer au lendemain de la course à la direction du Parti Québécois. C’est tous ensemble, unis, que nous réussirons à faire l’indépendance du Québec.
Les temps sont propices à l’avènement d’un Québec souverain. À l’issue des prochaines élections fédérales, qui sont imminentes, le Bloc Québécois sera plus présent que jamais au Parlement canadien. Les fédéralistes, incapables de remplir leur promesse de reconnaître le caractère distinct du Québec, se sont irrémédiablement dévalués en essayant d’acheter les Québécois par un programme de commandites. Et le gouvernement Charest a fait la preuve par quatre de son incapacité de forcer le gouvernement fédéral à corriger le déséquilibre fiscal qui réduit progressivement les pouvoirs du Québec.
Le choix qui s’offre aux Québécois est maintenant d’une clarté absolue : ou bien le Québec accepte de demeurer une province comme les autres dans un fédéralisme de plus en plus centralisateur, ou bien le Québec décide de se prendre en main et de devenir un pays à part entière. Il n’y a plus de moyen terme ou de troisième voie.
La campagne à la direction a mis en évidence l’importance et l’urgence de recentrer l’action du PQ sur la souveraineté. Après avoir dessiné, dans notre nouveau programme, la vision générale du pays que nous voulons construire, il nous faut maintenant nous donner les moyens dont nous avons besoin pour le faire. Et, pour cela, il nous faut d’abord convaincre une large majorité de nos concitoyens que le Québec doit devenir un pays indépendant et souverain.
Nous ne pourrons réussir dans cette tâche que si nous resserrons les rangs et que nous mettons tous l’épaule à la roue, unis derrière notre nouveau chef. C’est ce que, pour ma part, je compte faire et c’est ce que je demande de faire à tous ceux qui ont appuyé ma candidature.
À court terme, nous devons gagner les élections partielles d’Outremont et de Verchères, où nous avons d’excellents candidats, puis aider le Bloc à remporter la plus grande victoire de son histoire lors des élections fédérales qui s’annoncent. Parallèlement, nous devons aider André Boisclair à renforcer et mobiliser le Parti à tous les niveaux pour en faire un instrument vraiment efficace d’action politique sur le terrain. Comme je l’ai dit durant la campagne : après la Saison des idées, c’est maintenant la Saison de l’action politique sur le terrain.
Je ne voudrais pas terminer ce dernier message sans exprimer ma profonde gratitude à tous ceux d’entre vous qui, à quelque titre que ce soit, avez appuyé ma candidature. J’ai beaucoup apprécié l’occasion que vous m’avez donnée de vous rencontrer, de vous exposer mes idées, de répondre à vos questions et d’échanger avec vous. Partout, vous m’avez reçu avec chaleur et sympathie et m’avez assuré de votre estime.
Enfin, je voudrais exprimer un merci tout spécial aux membres de mon équipe d’organisation ainsi qu’à tous ceux qui, nombreux, m’ont apporté un soutien financier : les plus modestes des contributions sont souvent les plus méritoires et je vous en suis très reconnaissant.
L’indépendance du Québec est la raison d’être du Parti Québécois. Nous y travaillons, à la suite des précurseurs qui nous ont précédés, depuis près de quarante ans. Après avoir fait grandement avancé les choses, nous sommes venus bien proches, en 1995, d’atteindre notre but. La prochaine fois, faisons en sorte que ce soit la bonne en travaillant, unis, dernière notre nouveau chef.

Dépassement possible
Brigitte Breton
Le Soleil vendredi 18 novembre 2005
Éditorial - Le gouvernement Charest prend des précautions pour limiter les dépassements de coûts lors de la réalisation de grands chantiers impliquant des fonds publics. Cependant, en refusant de confier à un comité d'experts indépendants l'estimation des coûts et la viabilité des projets financés en partie par l'État, les libéraux ne nous protègent pas de l'ingérence politique, source de bien des dérapages dans le passé.
Il serait naïf de croire qu'il n'y aura plus de Gaspésia ni de métro de Laval grâce aux mesures annoncées mercredi par les ministres Claude Béchard et Laurent Lessard. Bien sûr, le gouvernement resserre la Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction. Ce qui devrait éviter que la FTQ-Construction et le Conseil provincial des métiers de la construction ne prennent le contrôle d'un chantier et ne fassent exploser les coûts de main-d'oeuvre. Ces nouvelles dispositions ont du bon, mais sont loin d'éliminer tous les risques. Il faut plus.
La Commission Lesage, qui a enquêté sur les dépassements de coûts à l'usine Gaspésia, n'a pas pointé uniquement les syndicats comme responsables du fiasco de Chandler. Les acteurs politiques, péquistes et libéraux, ont reçu une bonne part des blâmes. C'est pourquoi la Commission recommandait qu'avant qu'un gouvernement injecte des fonds publics dans un vaste projet d'immobilisations, un comité d'experts indépendants soit constitué pour évaluer ses coûts et sa viabilité, et que l'opinion des membres de ce comité soit rendue publique.
Le gouvernement Charest n'a pas retenu cette proposition. Le ministre Béchard estime que la création d'un poste de vice-président à la gestion du crédit et du risque à Investissement Québec, de même que la constitution d'un nouveau comité du conseil d'administration, éviteront que les grands projets soient soumis à l'ingérence politique. Le ministre semble oublier qu'Investissement Québec veillait sur la Gaspésia et que cela n'a pas empêché Québec d'engloutir des millions de dollars. "Investissement Québec n'avait pas pleine liberté d'action et a été tolérante. Les fonctionnaires au dossier étaient pris en otage par le pouvoir politique", a constaté le juge Lesage. L'ajout d'un vp va-t-il vraiment empêcher les répétitions ?
Jusqu'à maintenant, les libéraux agissent avec prudence. Pour les imposants projets des centres hospitaliers de l'Université de Montréal, de l'Université McGill et de l'hôpital Sainte-Justine, Québec a confié à un directeur exécutif, Clermont Gignac, le mandat de s'assurer que les 2,6 milliards $ prévus pour eux ne seront pas dépassés. Avant même la première pelletée de terre, le directeur exécutif a constaté que les besoins ont été grandement sous-estimés et il a invité les hôpitaux à refaire leurs devoirs, indiquait hier le quotidien La Presse.
L'approche est positive, mais manifestement incomplète. Sans La Presse, le public n'aurait probablement pas su que les coûts grimpaient dangereusement. Le ministre Couillard et le premier ministre Charest n'auraient pas cru bon assurer qu'ils voulaient s'en tenir au budget établi. Comme pour la Gaspésia et pour le métro de Laval, on aurait donc pu avoir un jour de mauvaises surprises.
Il est facile pour un gouvernement de dire qu'il fera mieux que le précédent. Mais, lorsque les pressions d'un milieu s'accentuent, lorsqu'il faut dynamiser l'économie, lorsque les élections approchent, un gouvernement peut mettre de côté les bonnes intentions qu'il avait prises. C'est pourquoi il aurait été plus rassurant pour les Québécois si le gouvernement avait accepté de soumettre ses grands projets à un comité d'experts indépendants et d'en divulguer les évaluations.
BBreton@lesoleil.com

Accélérer la cadence
Michèle Boisvert
La Presse vendredi 18 novembre 2005
Éditorial - Il y aura bientôt deux ans que le rapport Brunet sur l'industrie du capital de risque au Québec recommandait une importante diminution du rôle de l'État dans ce secteur pour favoriser l'émergence du privé. Alors que l'industrie québécoise du capital de risque est actuellement réunie pour son congrès annuel, l'occasion est belle de brosser un bilan du chemin parcouru et vérifier si les changements apportés à cette industrie ont bel et bien favorisé l'éclosion de gestionnaires privés.
Rappelons que si le comité Brunet déplorait la place prépondérante des fonds publics, c'est que cette disproportion entraînait des effets pervers, notamment une surenchère entre sociétés publiques de capital de risque, ce qui gonflait artificiellement la valorisation des entreprises et éloignait les capitaux privés. Parmi les autres grandes faiblesses des sociétés publiques de capital de risque, on citait le peu d'importance accordé aux rendements sur l'investissement et le manque de suivi de la part des gestionnaires, qui ne s'impliquaient que très peu auprès des entreprises dans lesquelles ils avaient placé leurs capitaux. À la même époque, une étude de la firme Secor, ainsi que des consultations menées par Réseau Capital, l'Association du capital-risque et du placement privé au Québec, arrivaient au même constat. À la suite de ce consensus, la SGF se retirait du capital de risque et le gouvernement privatisait les sociétés Innovatech Montréal et Régions Ressources.
Deux ans plus tard, l'analyse des plus récentes statistiques révèle que si la part des investissements effectués par le gouvernement du Québec a diminué de 33 % en 2002 à 7 % pour les trois premiers trimestres de 2005, la place des fonds privés n'a pas vraiment changé, demeurant autour des 8 %. En fait, ce sont les fonds fiscalisés, comme le Fonds de solidarité de la FTQ ou le Fondaction de la CSN, qui ont comblé une grande partie du vide laissé par l'État. En 2005, ces fonds représentent 53 % de tous les investissements en capital de risque au Québec. Cela n'est pas mauvais en soi, mais on se retrouve ni plus ni moins dans une situation similaire à ce qui existait avant.
Car les fonds fiscalisés ont une ressemblance certaine avec les sociétés publiques de capital de risque, en ce sens que la recherche de rendement doit se concilier avec l'appui au développement économique. Ce type de fonds est essentiel certes, mais il y a danger qu'ils étouffent l'émergence de fonds privés, qui sont aussi très importants pour stimuler la croissance et le développement des entreprises. Malgré le retrait de l'État donc, les fonds privés n'ont toujours pas pris leur envol alors qu'avec la mondialisation, les dirigeants ont de plus en plus besoin de l'expertise pointue des gestionnaires spécialisés, des gens que l'on retrouve essentiellement dans les sociétés privées de capital de risque.
Il y a cependant de l'espoir. Des mesures ont en effet été adoptées récemment pour favoriser l'éclosion de ce secteur de l'industrie. La création du programme FIER par le gouvernement du Québec en est un bon exemple, tout comme la mise en place d'incitatifs encourageant les fonds fiscalisés à investir dans des fonds privés québécois. Ainsi, plusieurs sociétés privées de capital de risque seraient présentement en appel de fonds, avec une clôture prévue au cours des prochains mois. Si tout indique que le Québec se soit enfin engagé dans la bonne direction, il faudra cependant accélérer la cadence si l'on veut atteindre l'objectif fixé il y a deux ans comme quoi d'ici 2010, 50 % des investissements effectués le seront par des fonds privés.

Dans la foulée du rapport Gomery - Un fonctionnaire doit-il toujours obéir aux ordres?
Pierre Bernier : Professeur associé à l'École nationale d'administration publique, chercheur attaché à l'Observatoire de l'administration publique et ancien haut fonctionnaire au gouvernement du Québec
Le Devoir vendredi 18 novembre 2005
«Il se peut bien, dit Castor, que les principes qui règlent l'administration des finances publiques soient un peu trop métaphysiques.» - Alain (1934)
Les faits mis en lumière par la commission d'enquête présidée par le juge John Gomery impliquant des fonctionnaires fédéraux de divers niveaux de responsabilité démontrent qu'il est peut-être opportun de clarifier davantage sur le plan déontologique l'exercice de l'autorité hiérarchique inhérente à la charge publique conférée à toute fonction publique d'État.
Par imprudence, négligence ou passivité consciente, voire par activisme volontaire, des fonctionnaires peuvent se rendre complices de diverses irrégularités voulues par leurs supérieurs hiérarchiques. Que les conséquences en soient la rupture d'égalité d'accès aux services publics, une atteinte aux règles de l'économie de marché (liberté du commerce ou conditions de concurrence dans les marchés publics), voire une signification abusive d'infraction ou même une voie de fait, un ordre illégal appliqué par un fonctionnaire est d'autant plus grave pour sa responsabilité que celui-ci est d'office détenteur d'une parcelle de l'autorité publique.
Pouvoir hiérarchique
Le principe d'obligation hiérarchique qui structure la fonction publique de l'État (au fédéral comme dans les autres appareils étatiques de la fédération canadienne) se traduit par un certain nombre de conséquences pratiques. D'une part, l'autorité dispose d'un pouvoir général d'organisation de la production et de la prestation des services publics: structuration, mandats, évaluation des résultats et des personnes. Aussi, elle crée, supprime, affecte, modifie et retire les attributions des fonctionnaires qui y travaillent.
D'autre part, le fonctionnaire doit se conformer aux prescriptions émanant de son supérieur hiérarchique. Celles-ci se présentent sous deux formes principales: les indications générales à l'attention de l'ensemble du personnel et les ordres individuels écrits et verbaux.
Il est éclairant de souligner que le fonctionnaire doit obéissance uniquement à la personne qui dirige la hiérarchie (supérieur immédiat ou supérieur hiérarchique) dont il dépend, c'est-à-dire une personne qualifiée titulaire d'un poste d'autorité inscrit à la structure à laquelle le subordonné appartient et, par conséquent, soumise au respect des mêmes standards éthiques et déontologiques.
On comprendra, (surtout!, diront peut-être les fonctionnaires soumis aux pressions du personnel politique) que, dans les fonctions publiques de la fédération canadienne (calquées sur le modèle britannique dit de Westminster), le personnel politique des cabinets ministériels (chef de cabinet ou attachés politiques de tout acabit) ne font en aucune façon partie de la hiérarchie formelle qui s'exerce sur les titulaires du statut de fonctionnaire.
Modernisation des conceptions et des pratiques
L'évolution des valeurs des sociétés démocratiques au cours des 50 dernières années doit rejaillir sur la conception de l'obéissance hiérarchique dans les diverses fonctions publiques canadiennes. Alors que la première moitié du XXe siècle était toujours marquée par une conception autoritaire du principe de l'obéissance hiérarchique, développée sur le modèle militaire, la période contemporaine suggère une conception plus «nuancée» du commandement dans ces institutions, autrefois nommées «service civil» au Canada.
Si l'autorité hiérarchique était à l'origine un principe absolu - le «chef» donne des instructions à son subordonné et celui-ci doit les suivre inconditionnellement à la lettre (théorie dite de l'obéissance passive) -, les enjeux et les défis éthiques imposés par la population, l'atténuation de l'anonymat des fonctionnaires présents aux commissions parlementaires, dans les médias, etc., convergent tous vers une clarification de la responsabilité d'obéissance hiérarchique inhérente au statut de fonctionnaire. Cette vision moderne commande que la charge publique détenue par le fonctionnaire comporte fondamentalement un devoir d'alerte face aux ordres reçus.
Le statut de fonctionnaire n'est pas fait pour des titulaires réputés avoir l'«encéphalogramme plat», être des porteurs de serviette ou des exécutants serviles. La charge publique qu'ils détiennent s'enracine dans les mêmes principes que celle des élus, bien qu'elle lui soit complémentaire. La loyauté à l'égard des citoyens qu'elle suppose (et qui, en certaines circonstances extraordinaires observées dans diverses démocraties, doit pouvoir transcender celle à l'endroit de membres du gouvernement que les citoyens ont désignés de bonne foi) et les attributs attachés à l'emploi public obligent à une attitude de vigilance face à un ordre illégal ou injuste.
Code de déontologie renforcé
En conséquence, le code de déontologie des fonctionnaires (normes éthiques codifiées dont les fonctionnaires doivent en tout temps pouvoir rendre compte de l'observance) devrait explicitement rendre normaux et légitimes - non plus hors des normes usuelles et suspectées de déloyauté - un certain nombre d'attitudes et de comportements associés à ce devoir de vigilance.
En premier lieu, le fonctionnaire devrait pouvoir mettre en question l'ordre donné. Il devrait également pouvoir vérifier cet ordre auprès de différents membres de sa ligne hiérarchique, au-delà de son supérieur immédiat, selon l'idée voulant qu'on est plus intelligent et moins sujet à occulter certaines dimensions à trois ou à quatre qu'à deux.
En deuxième lieu, si l'affaire ne bouge pas, le fonctionnaire devrait pouvoir se faire répéter l'ordre en demandant sans entrave, par exemple à l'autorité hiérarchique émettrice: avez-vous bien mesuré les conséquences de l'ordre donné?
En troisième lieu, si l'ordre est maintenu, il devrait être «normalisé» que le titulaire du statut de fonctionnaire doit, sans crainte de représailles, demander de se faire confirmer l'ordre par écrit et faire valoir, tout naturellement, ses responsabilités administratives, civiles, voire pénales et éthiques qui peuvent être engagées.
Finalement, si, en dernière analyse, l'action demandée contrevient à l'ordre public ou à la sécurité de la population, voire à une loi ou à une procédure officielle qu'il est chargé d'appliquer, le fonctionnaire devrait pouvoir refuser d'exécuter l'ordre. Le respect des dispositions précédentes le rendent apte à répondre de cet acte notamment devant un tribunal administratif compétent (exemple au Québec: la Commission de la fonction publique).
Ce recours au levier qu'est le code de déontologie de la fonction publique s'avérerait plus efficace et plus structurant, parce que directement astreignant de façon égalitaire pour les acteurs en présence, que l'unique ajout d'une procédure de dénonciation confidentielle à un tiers lointain qui ne peut intervenir qu'après le fait comme la fonction publique fédérale l'envisage. À sa face même, une telle procédure est inappropriée pour aider le fonctionnaire moyen aux prises avec un véritable dilemme ou un «conflit de devoirs» qu'il doit résoudre rapidement. Si elle a le mérite de protéger le dénonciateur, elle n'a pas, en amont, celui d'éviter l'impasse et de responsabiliser les fonctionnaires pour empêcher que des actions illicites les impliquant ne viennent entacher la confiance des citoyens à l'égard des institutions et des personnes qui les animent.
Par contre, l'adoption d'un code déontologique renforcé sur ce point rejoindrait cette préoccupation. Dans une fonction publique comme celle du Québec, par exemple, près de 60 000 personnes se verraient du coup explicitement responsabilisées et mieux outillées, au vu et au su des élus, des citoyens... et des autres fonctionnaires, pour veiller à garantir à la population une utilisation des ressources publiques aux fins strictes pour lesquelles elles ont été allouées, légitimement, par le Parlement et le gouvernement.
