
Un mandat de transition
Robert Laplante
Bulletin du lundi, L'Action nationale 21 novembre 2005
Avec près de 54% des suffrages le nouveau chef du Parti Québécois a remporté une victoire qui lui confère pleine légitimité. Son mandat, néanmoins, reste un mandat de transition.
Le PQ nouveau n’est pas sorti de cette course. Le travail reste à faire pour qu’il se place à la hauteur des exigences de la conjoncture historique. Un référendum le plus tôt possible dans le mandat? Un argumentaire qui repose davantage sur les exigences des relations internationales? Une démarche qui laisse encore bien du flou quant au sens du prochain mandat électoral. Rien n’est vraiment novateur dans ce qui sera désormais porté par une figure nouvelle à la barre. Le PQ reste prisonnier de ses vieux démons. Le plus tôt possible? Et en attendant on gouverne avec les moyens que le Canada nous laisse? Des moyens qu’on dénonce comme insuffisants tout en répétant que l’indigence ne nous empêchera pas d’agir avec confiance et conviction pour se rapprocher de la date fatidique? Une campagne électorale pour promettre une campagne référendaire après quatre mandats? Les incantations sur le projet de pays peaufiné jusqu’à la plus extrême minutie mais rien d’énergique sur le Canada réel, pas de changement de posture ni même de position? Cela fait des années que ça dure. Cela a fait paraître encore bien plus longue cette course déjà longue. Et bien minces les acquis stratégiques et politiques de l’exercice.
Le PQ, en effet, n’a pas réussi avec cette course à combler les lacunes qui avaient fait de la Saison des idées, un exercice si décevant. L’opération, on le voit plus clairement maintenant, avait d’abord été occupationnelle. Menée dans un parti anémié, dévitalisé - il comptait alors à peine une cinquantaine de milliers de membres – l’exercice de rajeunissement du programme et de révision en profondeur de la démarche politique est resté prisonnier d’un cadre et d’une culture politiques dominés par l’incapacité de situer le combat pour l’indépendance dans le Canada tel qu’il est. Une incapacité qui induit la minimisation systématique des obstacles qu’Ottawa a semés devant nous.
Alors que le Québec subit la plus féroce, la plus implacable offensive depuis l’Acte d’Union, cette course n’a pas permis de prendre la mesure du péril, encore moins de se mettre d’accord sur l’étendue des dégâts subis depuis 1995 et sur les moyens de contrer la politique d’Ottawa. Une politique, c’est-à-dire, des intentions, des objectifs et des moyens ordonnés rigoureusement en vue de briser la cohésion nationale par un effort constant et systématique de déstabilisation. C-20, asphyxie fiscale, mépris arrogant des juridictions, piétinement de la démocratie québécoise, c’est une politique qui s’accorde mal avec la démarche réitérée lors de cette course en pleine «actualité Gomery», en pleine manœuvre de racolage budgétaire orchestrée par un Goodale absolument décidé à piétiner toutes les compétences québécoises pour se rendre là où Ottawa veut aller.
En se soudant au programme et en se réfugiant derrière des incantations sur «le travail formidable des membres», les principaux concurrents de la course ont contribué à verrouiller la réflexion. La rhétorique a pris le relais et elle a largement dominé. En partant, Bernard Landry avait placé son parti dans une situation extrêmement difficile. Le programme adopté, la charrue se trouvait là où elle ne devait pas être et cela condamnait les candidats à labourer les limbes. Et cela conférait une importance démesurée aux questions d’image et de personnalité, transformant cette campagne en pure bataille d’organisation.. Malgré les coquericos de circonstance, il n’est pas du tout certain que cette course ait redonné au PQ le tonus qui lui faisait défaut lors de la Saison des idées. Il s’est vendu beaucoup de cartes de membres, c’est vrai. Mais le total reste en-deça des niveaux historiques de grande mobilisation. Les nouvelles recrues deviendront-elles des militants? Les circonstances le feront voir.
Il serait dangereusement naïf de penser que le rejet du gouvernement Charest suffira à donner une victoire électorale permettant de reprendre sereinement la voie référendaire. Ottawa est décidé à tout mettre en œuvre pour battre et abattre le PQ et il est clair que c’est de là que se planifieront les opérations les plus névralgiques. Les deux prochaines années vont nous en faire voir de toutes les couleurs. Ottawa ne veut pas du PQ au pouvoir, pas même d’un PQ velléitaire. Il ne négligera rien pour parvenir à manipuler l’opinion, pour renforcer la tentation déjà vive chez une partie de l’élite d’affaires de se mobiliser derrière une autre hypothétique voie de compromis. Une voie qui permettrait de continuer de refuser de voir que la polarisation est consommée, qu’il n’y a plus moyen de moyenner. On la devine en train de s’esquisser, cette voie, derrière les arguties sur le péril démographique – le coup des pensions de vieillesse revampé pour nous dire que cette fois nous avons besoin du Canada pour prendre soin des grabataires. Le PQ n’évoluera pas dans un paysage électoral bucolique. Ce qui se dessine sur sa gauche ne fera que compliquer sa réponse à ce qui se trame sur sa droite au nom du réalisme marchand et canadien.
Le parti est sorti de la Saison des idées et de cette course plus persuadé que jamais que la lutte pour l’indépendance est une affaire interne au Québec, une affaire d’argumentation et de travail sur l’évolution des mentalités. Le programme de juin 2005 reste tout entier orienté sur la séparation du travail interne (à faire sur la société québécise) et de la discussion avec le Canada, posant que l’on puisse penser le premier comme un moment séparé et séparable du second. C’est l’essentiel du paradigme étapiste. C’est une pensée qui procède d’une peur panique du conflit ( la chicane crée du bruit qui complique l’évolution des mentalités); mais surtout, c’est une pensée qu s’inscrit en continuité parfaite avec le type de domination qui s’exerce sur le Québec. C’est une pensée politique qui accepte de garder séparé ce que le Canada divise.
La réalité de notre situation nationale tient pourtant tout entière dans cette séparation. La domination canadian s’exerce dans l’espace qui subsiste entre la négation institutionnelle et la réalité sociologique. C’est dans cet espace que la question nationale rabougrit au point de devenir un question de statut constitutionnel. C’est dans cet espace que les pseudo-pragmatiques peuvent toujours prétendre que le Québec peut néanmoins continuer d’avancer en dépit de son statut. C’est cette séparation qui produit des leaders velléitaires et le bon-ententisme, chez tous les nationalistes mous, au PQ et ailleurs. C’est dans cette séparation que se pense la gestion provinciale et la gouvernance pré-réferendaire.
La vérité, c’est que la négation institutionnelle et le façonnement de la réalité sociologique procèdent d’un seul et même moment politique. La société québécoise va continuer d’évoluer, même à l’intérieur du Canada . Elle y a même fait des progrès remarquables. Mais ils se sont faits dans un cadre dépendant, selon une logique de l’hétéronomie où une majorité qui nous nie nous impose des façons de faire et de penser en nous enfermant dans des choix qui sont définis non pas seulement sans nous mais contre nous. Dans ce Canada, rien de ce que nous avons n’est pérenne, surtout pas ce que nous avons gagné de haute lutte. Les progrès de la société québécoise, enserré dans l’étau fédéral, ne sont reconnus et tolérés que dans la mesure où ils servent à mieux nier le Québec, à mieux oblitérer sa réalité nationale. C’est ce qu’il y a plus pervers dans cet écart entre le droit et le pays réel, il produit une espèce de trompe l’œil où se dressent des murs au bout des avenues où nous pensons nous engager à notre pas.
Le droit et le fait sont pourtant indissociables dans le combat national. Ceux-là qui sacrifient à la rectitude politique en tentant de se donner bonne bouche à répéter comme une incantation que le Québec va faire son indépendance pour lui-même parce qu’il n’est contre personne se paient de mots. Il se trouve que l’État canadian se dresse contre le Québec, contre le projet d’indépendance et qu’il ne recule devant rien pour en ruiner la possibilité. Il se trouve qu’Ottawa, de son côté, pense toujours son action en unissant le droit et le fait, le droit qui nous nie et le fait dont il se sert pour enrober la négation. Sheila Copps a multiplié les exemples de cela avec ses programmes à Patrimoine Canada; les chaires du Canada, les fondations procèdent de la même logique au service du nation building. Ceux-là qui s’imaginent que poser l’existence du conflit nous déporte vers l’intolérance pensent combattre des démons qu’on nous invente. Ils s’imaginent combattre le ressentiment alors qu’ils entretiennent l’amnésie.
Faire l’indépendance correctement, cela voudra toujours dire la faire en se posant dans toute la droiture de sa force pleinement assumée. Il n’y aura pas d’indépendance sans une politique du conflit ouvert avec Ottawa pour la simple et bonne raison qu’Ottawa la réfute et nous en nie même le droit. En refusant de nommer les choses et surtout en refusant de les situer dans le bon registre, les péquistes se font les instruments d’une politique qui consiste à mener l’offensive en niant le conflit inhérent au choc de deux nations et en engluant dans le registre administratif ou politicien ce qui relève de l’agression constitutionnelle menée contre la nation. Le déséquilibre fiscal n’est pas un «effet de système», c’est une politique. C-20 n’est pas une reconnaissance de l’obligation pour Ottawa de négocier, c’est la confiscation de la démocratie québécoise.
Il faut dès aujourd’hui quitter le terrain de l’opposition provinciale. Il ne sert à rien de faire le procès du gouvernement Charest sans le situer là où il se trouve vraiment. Ce gouvernement ne gouverne pas en fonction des nécessités internes à la société québécoise. Il intériorise la défaite qu’il a déjà concédée par son attachement inconditionnel au Canada. Il nous canadianise de force en nous contraignant à nous adapter à une indigence téléguidée. Tel est désormais le seul rôle possible du gouvernement de la province de Québec. Et ce sera le rôle d’un gouvernement péquiste s’il ne parvient pas à s’emparer de la conjoncture. Il peut encore le faire, à condition d’unir ce qu’Ottawa veut que le Québec garde séparé, la gouverne et le débat sur la souveraineté. Pour sortir de l’étau stratégique dans lequel cela l’enferme , un étau qu’Ottawa va tout faire pour resserrer, il lui faudra une pensée forte de la nation – une doctrine de l’émancipation nationale, pourrait-on dire dans un autre langage – qui lui permettrait de mobiliser sur une lecture conforme à la réalité de la domination.. Le Québec est à jamais minorisé et cela fait camper notre peuple sur le bord d’un péril existentiel sans précédent.
L’actuel programme ne pense pas dans, ni même devant ce fait brutal. Cela reste à faire pour se présenter devant le peuple avec le projet de faire l’indépendance. Cela seul permettra de casser la rhétorique de propagande qui fait écran, elle rendrait possible une définition de la situation apte à contrer la manipulation de l’opinion dans un univers médiatique où la concentration de la propriété sert bien le militantisme ouvert des propriétaires. Elle permettrait de déconstruire au quotidien non pas seulement le discours mais les pratiques de négation et de déstabilisation orchestrées par Ottawa. La nécessité de rompre n’en paraîtra que plus urgente. Il faut en finir avec la pensée annexée et se donner une pensée nationale qui refuse de dissocier le présent et l’avenir, la parole et les actes. Il faut penser souverainement la nécessité d’en finir avec la vie agonique. Et cela imposera d’agir en conséquence.
Une telle posture politique permettrait de réunir les militants souverainistes et les citoyens dans un programme d’action où l’avenir prendrait forme non pas dans le virtuel projet de pays mais le combat du présent pour redevenir maître de nos finalités. Une pensée forte de la nation est la seule pensée politique féconde puisqu’elle nous redonne le contrôle sur la définition des termes même de notre réalité, des paramètres de notre combat. Sans s’arracher à la logique canadian, sans ressaisissement de son projet dans une politique visant à casser les contraintes et à forcer le jeu, le Parti Québécois s’expose à la plus grave des dérives, celle qui finit par séparer le possible de l’action. Un idéal dont on ne réussit pas à amorcer la mise en œuvre en répondant aux urgences du présent finit par se dessécher. Le passage à l’acte trop souvent reporté induit l’intériorisation des contraintes et fait basculer dans l’univers du fantasme les aspirations indéfiniment différées. On peut évoquer toutes les priorités à mettre en œuvre le lendemain d’un oui, ce sont les gestes posés aujourd’hui qui traduisent le véritable engagement, la valeur qu’on leur accorde s’établissant à la hauteur du risque qu’on accepte d’encourir pour les réaliser. Il en va ainsi pour tous les objets de la gouverne, de l’éducation à l’environnement, de la culture à la démographie.
Le PQ se trouve devant une tâche terriblement exigeante. Ou bien il se défile ou bien il entreprend de faire ce qu’il faut pour sortir du carcan. L’idée d’indépendance est plus forte que jamais. Notre peuple ne demande pas mieux que de se mettre en marche pour réaliser les grands gestes de dépassement. Dans l’état actuel des choses, les risques sont grands que l’écart ne se creuse entre le Parti et ces dispositions qu’inspirent à notre peuple une situation déprimante et une conjoncture angoissante. On ne brandit pas impunément l’idéal de la souveraineté. Et c’est le devoir de tous d’être exigeant à l’égard de ceux-là qui aspirent à s’en faire les opérateurs.
Le rêve du pays ne doit pas devenir un rêve compensatoire. Le Québec subit les assauts les plus graves de son histoire et il en va de sa survie en tant que nation. En quelques années à peine son formidable potentiel peut être dilapidé, non pas anéanti mais inféodé et retourné contre lui-même par un régime déterminé à compléter, sur sa négation même, sa modernisation unitaire. C’est devant cette menace que se pose désormais le Parti Québécois, qu’il le reconnaisse ou pas, qu’il vacille ou non devant ce que cela exige de lui. Ou bien il réussira à se penser dans l’audace de l’affranchissement ou bien il se perdra dans l’évocation d’une souveraineté comme idéal évanescent, comme projet souhaitable mais pas nécessairement vital.
Le plus tôt possible? C’est encore une fois s’en remettre aux circonstances. André Boisclair et le PQ ont du pain sur la planche pour éviter que ce parti ne devienne une espèce d’Union nationale post-moderne. Un parti où l’option serait agitée comme un hochet électoral qu’on agite pour couvrir le bruit des gestes de démission, les murmures de résignation. Avant le prochain rendez-vous électoral, il y a un rendez-vous avec l’audace de la pensée. Il n’y aura pas moyen de l’éviter. On ne fait pas l’unité sur le vide et le virtuel. On ne mobilise pas en marchant au pas de l’adversaire.
Ce parti joue sa pertinence historique.

Quelque chose de grand...
Michel Venne
Le Devoir lundi 21 novembre 2005
Dans le flot de paroles qui a suivi sa victoire sans équivoque à la présidence du Parti québécois, j'ai retenu en particulier deux choses exprimées par André Boisclair.
«Quelque chose de grand», dit-il, est en train de se produire au Québec: des milliers de jeunes s'engagent en politique dans le but de bâtir un pays de prospérité, de justice, de développement durable, de paix...
Je suis resté accroché quelques instants à cette déclaration que d'aucuns trouvent «vide» mais qui, pour ma part, est l'expression du sens même de son élection. André Boisclair incarne l'espoir d'un renouveau de la politique. Le nombre de membres du Parti québécois a doublé en six mois. Il en est largement responsable.
Cela étant, il a placé sur ses propres épaules une responsabilité très lourde. On pourrait comprendre qu'il éprouve parfois un certain vertige devant elle.
Les réactions à la désignation du cinquième successeur de René Lévesque à la tête du PQ indiquent à quel point nous avons besoin non seulement d'idées neuves, mais d'un peu de cette grandeur appelée de ses voeux par le nouveau chef. Entre les losers de Pierre Pettigrew et les insinuations des ministres libéraux à Québec, nous avions l'embarras du choix au rayon de la mesquinerie.
Oui, nous avons besoin que quelque chose de grand arrive au Québec. Et pour que cela advienne, il faut commencer par le dire. André Boisclair sait très bien quel sera le prix à payer si les actes ne suivent pas les paroles.
Devant lui, je reste perplexe. J'avais exprimé ma préférence pour Pauline Marois. Mais devant les nécessités de l'époque, je n'ai guère envie de chicaner sur le choix des partisans péquistes. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ont eu de l'audace. Et de l'audace, il en faudra au cours des prochaines années, non seulement pour faire un pays souverain, mais aussi pour faire face au choc démographique, réinventer l'État-providence, renouveler notre économie dans un contexte de mondialisation, combattre le cynisme...
Il ne s'agit pas ici de «donner la chance au coureur». Mais de prendre la mesure de l'objectif fixé par le nouveau chef du Parti québécois. Il faut remettre en marche le Québec révolutionnaire tranquille, le Québec créatif, lucide et solidaire, capable de faire front.
Seul, André Boisclair ne pourra rien. J'interprète sa déclaration comme une invitation. Je note que les factions adverses au sein du parti se rallient de bonne grâce.
Je salue en particulier la magnanimité et le sens de l'État de l'une de nos meilleures femmes politiques, madame Pauline Marois, qui semble décidée à rester dans les rangs lors des prochaines élections. André Boisclair aura besoin d'elle. J'espère qu'il le croit lorsqu'il le dit.
J'ai eu peur, un moment, que le PQ se scinde, les gauchistes se ruant sur l'Option citoyenne, les droitistes sur l'ADQ. Si cela se produisait, les prochaines élections n'auraient guère de sens. Il faut que les électeurs aient un choix réel entre le gouvernement sortant et une opposition solide pour qu'ils daignent exercer leur droit de vote.
***
L'autre phrase que j'ai retenue du discours de M. Boisclair porte sur les vraies choses de la vie. Je cite de mémoire: «La loi de l'offre et de la demande ne doit pas dicter les règles d'accès aux services publics.» Je présume qu'il parlait de santé et d'éducation. Il doit maintenant adapter cette maxime aux dossiers particuliers que l'actualité met sur son chemin.
Bien sûr, on s'attendrait à ce qu'il emboîte le pas de ses députés qui s'opposent à l'introduction de l'assurance privée pour les soins médicaux et hospitaliers que propose le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, dans la foulée du jugement Chaoulli. Au lieu de cela, il a esquivé les questions sur ce sujet l'autre soir à la télévision, se réfugiant maladroitement derrière le déséquilibre fiscal et reportant après la souveraineté la résolution de ce débat.
Mais de lui, on attend encore davantage qu'un simple rejet du privé (le privé représente déjà 30 % des dépenses de santé au Québec). On voudrait qu'il nous dise quelle sera, selon lui, la meilleure façon d'organiser et de financer les services de santé dans l'avenir pour assurer l'équité entre les générations sans pour autant que «la loi de l'offre et la demande» régisse l'accès aux services.
D'autres sujets devraient lui permettre de montrer qui il est vraiment.
Depuis des semaines, dans l'ombre, le député péquiste Camil Bouchard, l'un des meilleurs experts de la petite enfance au Québec (il était l'auteur du rapport Un Québec fou de ses enfants), se bat, avec l'appui du milieu, pour empêcher l'adoption d'un projet de loi sur les services de garde qui est en train de dénaturer l'une des plus belles innovations sociales québécoises des dernières années, les centres de la petite enfance (CPE).
L'un des risques que fait courir cette loi est de faciliter la privatisation et à la commercialisation des services de garde en milieu familial.
M. Boisclair, sur qui sont braqués tous les projecteurs, pourrait en faire son premier cheval de bataille. Très concret. Très proche des besoins des Québécois d'aujourd'hui. Lié au défi démographique. En lien direct avec son engagement en faveur de l'éducation.
Ce sujet est d'autant plus indiqué qu'il pourrait associer à cette campagne non seulement le député Camil Bouchard, mais aussi Pauline Marois, puisque c'est elle qui a mis les CPE au monde lorsqu'elle était ministre de l'Éducation et de la Famille.
André Boisclair a lancé un train. La réaction de ses adversaires montre qu'ils sont inquiets. Il doit convaincre de sa solidité et de sa... grandeur. C'est dans l'action qu'il y parviendra ou qu'il échouera.

Les chefs souverainistes sur un pied de guerre
Nicolas St-Pierre
La Presse lundi 21 novembre 2005
André Boisclair et Gilles Duceppe fourbissent leurs armes à l'approche des élections. Les deux chefs se sont rencontrés hier à Montréal pour discuter stratégie.
" Plus que jamais, nous aurons à travailler ensemble, et c'est ce que nous avons convenu ce matin ", a lancé le nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair, au terme d'une rencontre de travail qui n'a duré qu'une demi-heure.
Devant l'imminence des élections générales fédérales, M. Boisclair a assuré le chef bloquiste, Gilles Duceppe, de son appui indéfectible et promis de mettre la machine péquiste, maintenant forte de 140 000 membres, à sa disposition.
" On collaborera comme on l'a fait dans le passé, mais avec un plus, a surenchéri M. Duceppe. Il y a un enthousiasme très grand qui vient de se développer dans le mouvement souverainiste par la course au leadership au Parti québécois. "
Le chef bloquiste s'est, lui aussi, engagé à mettre son équipe au service du PQ à l'occasion des élections partielles du 12 décembre prochain.
Dans la circonscription d'Outremont, le libéral Raymond Bachand et le péquiste Farouk Karim se disputeront le siège laissé vacant en mai dernier suite au départ de l'ex-ministre des Finances, Yves Séguin.
Raya Mileva, une jeune conseillère en placements d'origine bulgare, et Omar Aktouf, professeur à HEC Montréal, y défendront respectivement les couleurs de l'Action démocratique du Québec et de l'Union des forces progressistes.
Hier, André Boisclair a laissé entendre qu'une victoire péquiste dans Outremont, un château fort libéral, ne relevait pas de l'utopie. " Je comprends qu'il y a bien des gens qui sont en colère contre le gouvernement Charest ", a-t-il dit. M. Boisclair croit d'ailleurs que, " déçus de la performance des troupes à l'Assemblée nationale ", de nombreux libéraux pourraient bouder les urnes le jour du scrutin.
Des élections provinciales partielles auront lieu le même jour dans Verchères, ancien bastion de Bernard Landry. Stéphane Bergeron, député bloquiste qui souhaite faire le saut en politique provinciale, s'y présente sous la bannière du PQ. Il affrontera le candidat libéral Jean Robert, ex-maire de Varennes, et l'adéquiste Denise Graveline, mairesse de la municipalité de Sainte-Madeleine.
Les deux chefs souverainistes ont aussi répliqué hier à ceux qui, comme Jean Charest et Mario Dumont, leur reprochent de ne parler que de souveraineté.
" La souveraineté, ce n'est pas inodore, incolore et sans saveur, ça a des racines dans le quotidien des Québécois et des Québécoises! a lancé un Gilles Duceppe combatif. Est-ce qu'on leur reproche, eux, de parler de fédéralisme en disant que ça n'a aucun lien avec la réalité? Selon eux, ça en a un. Moi aussi, je pense que ça en a un et ça nous dessert! "
André Boisclair a profité de la conférence de presse pour se lancer quelques fleurs et faire le bilan de ses premiers jours en tant que chef.
" Je suis content de voir que j'ai réussi à trouver les mots justes au cours de la dernière semaine pour rallier tout le monde ", s'est-il autocongratulé.

André Boisclair désigne l'éducation comme sa priorité
Marie-Andrée Chouinard
Le Devoir lundi 21 novembre 2005
Les chefs du PQ et du Bloc mettent au point leur collaboration en vue des prochains scrutins
Accusé par ses détracteurs de manquer de contenu et de ramener tous les débats à la seule souveraineté, le nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair, a désigné hier comme priorité «l'éducation», accessible toutefois par le tremplin souverainiste.
En marge d'une toute première rencontre hier à Montréal avec Gilles Duceppe, son homologue du Bloc québécois, André Boisclair a répliqué aux attaques nourries à son endroit tant par les libéraux de Jean Charest que par l'Action démocratique du Québec (ADQ) de Mario Dumont. Samedi encore, le premier ministre Charest accusait le chef nouvellement élu de n'avoir que la souveraineté en bouche et de reporter tout engagement à un après-référendum.
«Je vais vous dire, si un jour Jean Charest dans un débat me demande: "André, est-ce que ta priorité, c'est l'éducation ou la souveraineté?", je lui dirai: "M. Charest, ma préoccupation, ma priorité, c'est l'éducation. Et pour y arriver, il faut la souveraineté», a expliqué hier M. Boisclair, flanqué pour l'occasion de Gilles Duceppe, qu'il rencontrait hier matin pour une première fois dans les bureaux de comté du chef du Bloc québécois.
À la veille de deux élections complémentaires pour le Québec - l'une dans Outremont et l'autre dans Verchères -, et alors que le train politique fédéral se réchauffe en vue d'une campagne électorale, les deux chefs ont affirmé plus d'une fois «parler d'une même voix» et partager la «même vision moderne de la souveraineté», un tremplin pour les Québécois à «leur propre code d'accès au reste du monde».
La souveraineté au quotidien
Interrogés tous deux sur leur habileté à discourir d'autre chose que de souveraineté, les deux hommes ont tenté de lier l'objectif souverain au quotidien et à l'actualité. «La souveraineté, ce n'est pas inodore, sans couleur et sans saveur», a répondu M. Duceppe. «Ç'a des racines dans le quotidien des Québécois.»
Attaqué encore samedi par Jean Charest pour avoir passé «cinq mois sans exprimer une seule nouvelle idée», M. Boisclair a insisté sur le fait qu'il n'avait pas hésité à dénoncer l'intention libérale d'adopter une loi spéciale pour fixer les conditions de travail des salariés de l'État, promettant une opposition péquiste féroce à cet égard.
Le chef du PQ a affirmé qu'il était en mesure de s'exprimer tant sur ses intentions comme chef de l'opposition que sur les dossiers d'actualité, mais qu'il subsistait toujours un «malaise» à défendre le fait de soutenir la cause souveraine, «comme si on avait admis que la souveraineté n'avait aucun lien avec les sujets d'actualité qui concernent les gens».
Élections partielles
Les deux chefs et amis ont indiqué qu'ils étaient prêts à fourbir leurs armes en vue des scrutins à venir, notamment dans Outremont et dans Verchères. Le candidat péquiste Farouk Karim y affrontera le libéral Raymond Bachand, connu pour son implication au Fonds de solidarité de la FTQ et un passé souverainiste.
Ancien attaché politique de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), M. Karim a orchestré le mouvement de grève étudiante de l'an dernier, et ses forces mènent André Boisclair à croire qu'il pourra courtiser les étudiants d'Outremont. «Pour nous, il y a là un défi d'organisation, de faire en sorte que le plus de jeunes possible qui sont sur les campus puissent s'inscrire et utiliser leur droit de vote», a exprimé le chef du PQ.
La collaboration entre les deux partis passera par un partage d'agendas, de ressources, notamment lors de la prochaine campagne fédérale, a promis M. Boisclair, qui se place «personnellement au service du Bloc québécois et de M. Duceppe», qu'il suivra parfois sur le terrain.
La «marche vers la souveraineté» profite d'un courant d'enthousiasme, ont noté hier tant Gilles Duceppe qu'André Boisclair. «Les troupes souverainistes ont les deux yeux rivés sur les résultats», a lancé le chef du PQ. «Il y a de la maturité dans le mouvement souverainiste, de la force de conviction, de la sérénité.»
La course au leadership du PQ remportée par M. Boisclair mardi soir dernier a insufflé un «espoir» dans le mouvement, a ajouté Gilles Duceppe, qui côtoie M. Boisclair depuis une quinzaine d'années. «André a su mobiliser les troupes, et c'est drôlement important ça, quand on apporte de l'espoir», puisque la politique nourrit non seulement le rationnel, avec ses idées, mais aussi avec «les sentiments».
Avec la Presse canadienne

Tout reste à faire
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 19 novembre 2005
Une nouvelle génération prend les rênes du PQ, ce qui cause des grincements de dents chez de vieux militants
Québec - Tant à Québec qu'à Ottawa, les libéraux ont démontré de façon frappante que leur candidat favori dans la course à la direction du Parti québécois a remporté la victoire mardi soir. Les libéraux ont «gagné leur élection» et n'ont pas tardé à le faire savoir.
Mercredi matin en conférence de presse, Jean Charest était dans ses meilleurs jours. Il a abordé la question de la consommation de cocaïne d'André Boisclair avec une certaine circonspection, affirmant que ce sera aux Québécois de porter leur jugement. Il n'a toutefois pas manqué d'insinuer qu'on devrait en savoir plus sur le comportement passé de M. Boisclair. «Il y a bien des choses qui ne sont pas claires dans le cas de M. Boisclair», a-t-il dit. Cette rime riche pourrait se retrouver dans un slogan électoral.
Employant une tactique dont ils usent couramment, les libéraux de Jean Charest ont fait appel à leur franc-tireur de service, le ministre Claude Béchard, pour enfoncer le bouchon encore plus loin. En raison de ses frasques passées, André Boisclair ne pourrait pas être nommé ministre de la Justice ou ministre de la Sécurité publique; il n'a donc pas l'autorité morale pour devenir premier ministre, a dit M. Béchard. C'est déjà plus incisif comme attaque. Le président de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, Simon Boivin, croit que le nouveau chef du PQ n'est pas un bon exemple pour la jeunesse. Ça fait un peu curé, mais c'est de bonne guerre. Pour sa part, Jean-Marc Fournier a travesti une citation de Bernard Landry, le ministre libéral parlant du manque de «leadership moral» du nouveau chef du PQ, tandis que Jacques Dupuis, le soir même de la victoire de M. Boisclair, laissait entendre que celui-ci avait encore des choses à cacher.
Les « losers »
Toute cette belle offensive bien ordonnée a été gâchée par la sortie fantasque du ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew. Qualifier cinq premiers ministres du Québec de «losers», c'est un peu gros, c'est le moins qu'on puisse dire. Quand c'est tout un peuple qui est loser, de la Conquête aux référendums de 1980 et 1995, il s'ensuit que leurs premiers ministres le sont également, doit-on en déduire?
Pierre Pettigrew s'est finalement rétracté à la Chambre des communes hier, affirmant qu'on doit du respect aux personnes qui remplissent la fonction de premier ministre du Québec. Qu'ils soient des losers ou non, peut-on comprendre. Dans un texte de M. Pettigrew que le quotidien La Presse a publié hier, le ministre fédéral fait une mise au point en affirmant que ce sont les purs et durs du PQ qui font de leurs chefs des perdants. Il exprime même ses sympathies à M. Boisclair, à qui les radicaux péquistes rendront la vie impossible. Quelle bienveillance!
Relevons au passage que dans ce texte, M. Pettigrew, qui n'en est pas à une incohérence près, accuse le PQ de se radicaliser en «promouvant l'indépendance pure et dure, sans association et sans partenariat». S'il va de soi que Jean Charest joue cette carte de la radicalisation du PQ, qui pourrait d'ailleurs devenir le thème central de la prochaine campagne électorale, il n'en est pas de même avec M. Pettigrew. Après tout, il était ministre dans le cabinet Chrétien quand la loi C-20 sur la clarté a été adoptée. C'est Ottawa qui cherche à frapper d'interdit toute question référendaire qui ferait référence à une association avec le Canada. M. Pettigrew reproche-t-il au PQ de vouloir se conformer au diktat de la loi C-20?
Le ralliement des troupes
Mercredi, André Boisclair a été chaleureusement accueilli par le caucus des députés du PQ. Tous les élus péquistes étaient présents. Même le député de L'Assomption, Jean-Claude St-André, qui s'est montré le plus féroce envers M. Boisclair dans cette course, était là, applaudissant comme les autres. Pauline Marois, grande dame dans l'échec, s'est ralliée sans faire de chichi, tout comme Richard Legendre qui, lui, avait une face d'enterrement.
Louis Bernard s'est rallié lui aussi. «Tous pour un, un pour tous», écrit-il dans un communiqué qui appelle les péquistes à resserrer les rangs derrière le nouveau chef. Le candidat du SPQ libre, Pierre Dubuc, a fait de même, déclinant au nom du club politique l'invitation de l'Union des forces progressistes (UFP) et d'Option citoyenne de se joindre à elles. «Des voix se sont élevées dans notre entourage politique pour critiquer notre ralliement, jugé précipité», écrit-il dans une lettre ouverte qu'il a fait parvenir au Devoir. «On se demandait évidemment comment nous pouvions rallier ce nouveau chef, que nous avons décrit dans le feu des débats comme "l'incarnation de la droite".» Mais l'objectif de réaliser la souveraineté du Québec dépasse ces divergences. Le Parti québécois «se doit d'être un parti de coalition», estime Pierre Dubuc.
Les circonstances favorisent le ralliement non seulement des députés mais des membres du PQ. La force considérable du Bloc québécois, la faiblesse des libéraux de Jean Charest, la possibilité d'élections générales au Québec d'ici deux ans ou moins, l'appui à la souveraineté qui, dans les sondages, se situe autour de 50 %: tout concourt à rendre réalisable l'objectif de l'accession à l'indépendance nationale, croient les péquistes.
Après la génération des fondateurs du PQ incarnée par Bernard Landry, c'est une nouvelle génération qui prend les rênes du parti. Mais cela ne se fait pas sans grincements de dents chez les vieux militants péquistes. «Ce que je crains le plus dans le parti, c'est le désenchantement des militants plus âgés», a livré Yves Michaud au Devoir, qui en a soupé du discours intergénérationnel de M. Boisclair. «La soupe est aigre», dit-il.
«On est las de se faire dire qu'on est vieux. On est las de cette fébrilité artificielle que conférerait la jeunesse», poursuit M. Michaud, qui a appuyé Mme Marois mais qui se rallie à M. Boisclair «sans enthousiasme délirant».
«Si André Boisclair peut faire mieux que René Lévesque, que Jacques Parizeau ou que Bernard Landry, eh bien tant mieux», dit-il.
M. Michaud croit qu'André Boisclair doit se méfier de deux choses. «Il profère beaucoup de "paroles verbales"», fait-il observer, reprenant le pléonasme d'Alphonse Allais. Bref, il aurait intérêt à ne pas parler pour ne rien dire. Il doit aussi chercher à éviter qu'une désertion des péquistes les plus à gauche se produise au profit du nouveau parti de gauche souverainiste issu de la fusion de l'UFP et d'Option citoyenne. «Je lui souhaite bonne chance. Il en aura tellement besoin, parce que la prochaine campagne électorale, elle n'est pas gagnée. Les libéraux ont du ressort. La campagne électorale qui s'en vient, elle va être dure, très dure», prévient Yves Michaud.

Les jeunes coqs
Mylène Moisan
Le Soleil samedi 19 novembre 2005
Même si l'Action démocratique ne constitue plus - ou pas encore - une menace pour le Parti québécois, l'arrivée d'André Boisclair assure que Mario Dumont n'aura plus le monopole de la jeunesse. Des idées "lucides" non plus.
Il est fascinant de constater à quel point les destins d'André Boisclair et de Mario Dumont se sont croisés au cours des 15 dernières. Créatures politiques, les deux sont tombés très tôt dans la marmite. En 1988 et 1989, M. Boisclair était président des jeunes péquistes. En 1991 et 1992, M. Dumont était à la tête des jeunes libéraux. À 23 ans, le premier était élu député à l'Assemblée nationale. À 24 ans, le second fondait l'ADQ.
Quand Mario Dumont a claqué la porte du Parti libéral du Québec pour fonder son parti, André Boisclair a voulu obtenir la collaboration du dissident. En 1993, il a invité Jean Allaire et Mario Dumont à dîner chez lui, pour discuter de la suite des choses et du référendum à venir. "Il ne s'agissait pas de leur dire de ne pas former un parti, mais plutôt de s'assurer que les points de convergence entre nous puissent ressortir", expliquait alors M. Boisclair.
M. Dumont a quitté la salle à dîner de M. Boisclair pour aller le rejoindre, en 1994, au Salon bleu, comme chef de l'Action démocratique du Québec. Le chef libéral, Daniel Johnson, avait 50 ans. Le premier ministre, Jacques Parizeau, en avait 64. Le jeune, c'était lui, lui seul.
Après plus de 10 ans à tenir les rênes de son parti, le jeune a pris de l'âge. À tel point que, à 35 ans, d'aucuns lui accolent l'étiquette de vieux politicien. De quatre ans son aîné, M. Boisclair aura le même problème comme chef du Parti québécois. À part la parenthèse de la dernière année pour M. Boisclair, les deux n'ont pas connu autre chose que la politique. Ils n'ont jamais eu d'autres boulots que celui de député.
Ironiquement, sa jeunesse a longtemps nui à Mario Dumont, qu'on questionnait sur sa capacité à devenir chef. Regardez Bernard Lord, répétait-il. Avec André Boisclair à la tête du PQ, c'est le grisonnant Jean Charest qui détonne, même s'il n'a pas encore 50 ans. La jeunesse, tout à coup, devient un atout. Et les jeunes, plus que jamais, seront un enjeu électoral.
La députée péquiste Rita Dionne-Marsolais avait fait remarquer à Mario Dumont que ses idées sentaient le conversatisme à plein nez, que sous ses airs de défenseur du "vrai monde" se cachait un égoïste. À la radio, en mai 2002, elle l'a décrit comme "le reflet d'une génération très individualiste, qui pense seulement à elle. Ma génération à moi, elle était un peu différente. Elle a cette notion de solidarité sociale". Son nouveau chef est issu de la même génération que Mario Dumont.
Les analystes n'ont d'ailleurs pas tardé à remettre en question la profession de foi sociale-démocrate faite mardi soir par le sixième chef du PQ, quand il s'est réclamé du nouveau programme du Parti, issu de la Saison des idées. Avant ce soir-là, certains avaient soupçonné qu'il serait plus à l'aise avec le Manifeste pour un Québec lucide, épinglé à droite de l'échiquier politique.
Mario Dumont ne s'est pas gêné, lui, pour souligner qu'il défendait depuis belle lurette les idées "lucides" du manifeste signé, entre autres, par l'ex-chef du PQ Lucien Bouchard. Le remboursement de la dette, le privé en santé, le dégel des frais de scolarité, il en a parlé autant comme autant pendant la dernière campagne électorale. Pour l'instant, M. Boisclair ne le rejoint que sur la dette. Le Parti ne lui permettra pas d'aller plus loin.
Il faudra attendre la prochaine campagne électorale pour véritablement voir vers qui convergent les idées de M. Boisclair. S'il ne peut pas s'écarter beaucoup du programme conçu pour Bernard Landry, il pourra néanmoins établir ses priorités. Parions que les passages touchant les jeunes se retrouveront en tête de liste. Et que les caravanes électorales péquistes et adéquistes s'arrêteront souvent dans les universités.
Avec la crise des 103 millions $, le gouvernement Charest a prouvé que les jeunes Québécois peuvent se mobiliser et sortir dans la rue. Reste à voir si MM. Dumont et Boisclair réussiront à les faire sortir pour aller voter.
MMoisan@lesoleil.com
L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE
- FAITS
- À 39 ans, André Boisclair devient le sixième chef du Parti québécois.
- ENJEUX
- Aux prochaines élections, deux chefs de moins de 40 ans travailleront à déloger les libéraux de Jean Charest.
- À SUIVRE
- André Boisclair et Mario Dumont parviendront-ils à se défaire de leur étiquette de "jeunes vieux" ?

New PQ leader brings vision, youth
GRAHAM FRASER
The Toronto Star Nov. 21, 2005
Boisclair very skilled, Ignatieff warns - Mistake to write him off, critics say
QUEBEC CITY—When André Boisclair left Quebec politics last year to go to Harvard's Kennedy School, he gave the impression that it was to fill in a gap in his education and get away from the pressures of 15 years in public life.
But in January, Boisclair took an intensive two-week course on leadership under Ronald Heifetz that the new head of the Parti Québécois has said had a profound influence on him.
"Ron Heifetz is one of the legends of the Kennedy School," Boisclair wrote in February on the blog he kept while he was at Harvard.
"A leader is for him someone who engages a group in a process of adaptation," Boisclair wrote of Heifetz. "That is to say someone who goes beyond his authority, his formal power, to help a group to overcome difficulties related to the process of adaptation."
Heifetz's course stresses how to acquire authority, get attention, face facts, and get a vision.
Last week, Boisclair swept to a first-ballot victory as Parti Québécois leader after signing up 37,000 new members to the party, building an effective organization, and overcoming controversy from the revelation that he had used cocaine while a PQ minister.
Apparently, Boisclair, who succeeds Bernard Landry as party leader, learned his lessons from Heifetz well.
Another Harvard academic, Michael Ignatieff — whose own possible entry into politics in Canada is the subject of much speculation — met Boisclair at the Cambridge, Mass., university.
Ignatieff was impressed with Boisclair's ability, calling him an "an extremely skilled politician."
"Speaking as a committed federalist, this is going to be a very serious opponent," he said. "Anybody who underestimates Boisclair does so at their peril . . . You can't deck this guy by referring to cocaine all the time."
This was, of course, the immediate reaction of Quebec and federal Liberals — to remind voters of his admitted drug use.
More dramatically, Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew attacked the PQ, describing it as a party of losers — stirring up his own controversy in Quebec.
Boisclair has been underestimated before. When he ran for the Parti Québécois riding nomination in 1989, he was 23, and in third year at the Université de Montréal.
A group of friends went to his riding nomination meeting, assuming he would lose and intending to take him out for a consolation drink after he lost.
To their astonishment, Boisclair won, becoming an improbable representative for the working-class riding of Gouin in east-end Montreal.
He grew up in Outremont, the son of a wealthy financier and was a graduate of the elite private school CollPge Jean-de-Brébeuf. And he was gay, although his sexual orientation was not known when he first ran for office.
While a sovereignist, he did not restrict his circle of friends.
"Many of the gay friends he had at that time were federalists," recalled Jean-François Garneau, a friend from that period. "He had lots of Péquiste gay friends I am sure, but he certainly hung out more with us federalists when it was time to go out to bars."
When he began in politics, Boisclair soon annoyed his party leader Jacques Parizeau by saying the sovereignty movement had to open its doors, denounce hardline interpretations and avoid asphyxiation.
But in 1994, when the Parti Québécois came to power under Parizeau, Boisclair's openness was seen as a virtue.
He was given several cabinet positions, including environment and immigration.
As a minister, Boisclair proved to be skilful and adept.
When he was environment minister, federal officials were pleasantly surprised that he was actively engaged in federal-provincial discussions. He played a key role in building a coalition between the provinces on the Kyoto climate accord.
And, in Quebec, he took on the powerful farmers' union and imposed a moratorium on the expansion of the massive pig farms that had become a serious threat to areas south and east of Montreal.
But he also developed a reputation for arrogance.
"He would stand in restaurants after meals, and hold out his arms, waiting for some underling to put his coat on for him," muttered a PQ member.
One Quebec journalist described Boisclair as the most arrogant man he had ever met, with the exception of Parizeau.
"I was the little wise guy," Boisclair told Konrad Yakabuski in one of the last extended interviews he gave before winning the leadership, for a profile last spring in L'actualité, when he was at Harvard. "I had kept a bit of the adolescent's arrogance," he said. "I am now discovering the serenity of an adult."
Now 39, Boisclair is hailed as a breath of fresh air who has offered the party a chance to renew itself.
Boisclair was dogged by the revelation that he had used cocaine as a minister in Lucien Bouchard's government; many veteran PQ members worried that there might be more skeletons in his closet that the Liberals could produce during an election or a referendum.
Boisclair had difficulty coping with questions about the issue. (His tense and prickly response to questions from reporters on the subject unnerved political veterans who worried he would have trouble handling future controversies.
But Boisclair prevailed, on the basis of a superior organization, telegenic charm, a focus on young people, strong support in public opinion polls, and the belief that he can rejuvenate the party. Last week, when he gave an interview to Radio-Canada's Le Point, he was visibly relaxed.
But while he was clear about wanting to hold a referendum as soon as possible after winning an election, he was maddeningly vague in response to attempts to pin him down on other issues.
Boisclair has the enormous challenge of uniting a divided party and meeting the huge expectations that he can not only become premier, but win a referendum and lead Quebec to independence.

Martin promises Boisclair a fight - PM says PQ leader plans to 'ignore law' on sovereignty
David Johnston and Glenn Johnson
National Post Monday, November 21, 2005
MONTREAL - Paul Martin said yesterday he would ''fight with every ounce of my being'' any Parti Quebecois attempt to ignore Canadian law with a unilateral declaration of independence.
The Prime Minister issued a statement after weekend comments from new PQ leader Andre Boisclair embracing Quebec's right to make a unilateral declaration following a sovereignty referendum.
''The project of Quebec separation is one that I will fight with every ounce of my being as Prime Minister, as a proud Quebecer and proud Canadian,'' Mr. Martin said in a statement that comes on the eve of a federal election in which the Bloc Quebecois is expected to make gains at the expense of the Liberals.
''Boisclair, the newly elected leader of the separatist Parti Quebecois, has confirmed not only that he will press a referendum on separation as quickly as possible should he be elected premier, but disturbingly he has also publicly declared his intention to ignore the law of the land.''
Mr. Boisclair said on Saturday he would ignore the federal government's Clarity Act, which former prime minister Jean Chretien conceived as the safety catch making sovereignty impossible.
''I want to be clear that the bill on clarity hasn't been recognized by the Quebec National Assembly,'' he said.
But yesterday, at a joint news conference with Bloc Quebecois leader Gilles Duceppe in Montreal, Mr. Boisclair did not offer a direct answer to a question asking whether he ''accepts or rejects'' the 1998 Supreme Court of Canada ruling. It said Quebec has no automatic right in international law to a Unilateral Declaration of Independence (UDI).
Mr. Boisclair limited his comments on the legalities of secession to the federal Clarity Act, introduced by the Liberals after the Supreme Court insisted on the importance of a clear majority to a clear question on independence. The new PQ leader did not go one step further and dismiss the ruling itself.
''I think we have to agree on one thing: Sovereignty is a political issue,'' he said. ''The Clarity Act has been refused and rejected by all political parties represented inside the National Assembly.''
Asked if he thought the United Nations, or other multilateral entities, might ever weigh in with the view that international law does matter in the case of Quebec secession, Mr. Boisclair said: ''I think that that's not how it works, by the way.''
More important than what the UN, or international bodies, think will be what individual countries are inclined to think, Mr. Boisclair said.
He promised on Saturday that any upcoming referendum would have a ''clear'' question.
''What will be the key, obviously, for this recognition, will be not only the votes cast in Quebec, but also the new political forces that will appear after a vote for sovereignty.
''My guess is -- and I'm still asking questions of [Premier Jean] Charest on this -- the member of the Liberal Party of Quebec will support a motion that will be tabled in the National Assembly to recognize a referendum vote.''
And that presumed legislative consensus to assert the primacy of political will over legalities will constitute the kind of clear majority that will persuade foreign countries to recognize the legitimacy of a UDI, Mr. Boisclair said.
His statement yesterday enhances ongoing uncertainty over his personal views on the legal aspects of sovereignty. That uncertainty has increased in magnitude since Mr. Boisclair's victory speech last Tuesday in the PQ leadership vote, during which he stressed the importance of achieving sovereignty ''correctly.''
The meek applause that greeted his remark suggested his audience took it to mean Mr. Boisclair shares the view of party elder Louis Bernard, who said during his own leadership campaigning (Mr. Bernard placed fourth out of eight candidates) that Quebec would be foolish to ignore what international law has to say about secession.
Also yesterday, Mr. Boisclair pledged PQ logistical support for the Bloc in the upcoming federal election, and said Mr. Duceppe has agreed to personally visit the two provincial ridings in which byelections will soon be held - Outremont and Vercheres.
Mr. Boisclair also credited Mr. Duceppe with making the sovereigntist movement more ''modern'' through hard work with ethnic groups and English Canadian opinion leaders. Mr. Duceppe said the election of Mr. Boisclair, 39, will help modernize the movement even more.

It's still all about Quebec
Brian Lee Crowley
The Toronto Star Nov. 21, 2005
The federal government has sacrificed many of the country's larger interests in a vain attempt to buy the respect and affection of Quebecers, says Brian Lee Crowley
A federal election is looming. We are already being inundated with politicians promising us many goodies.
But don't get your hopes up. Contrary to appearances, this election, like so many others, and like Ottawa politics since the 1960s, is not about you. It's not about Atlantic Canada, or the West or Ontario. It will be dominated by only one issue, often unspoken, but no less real: Quebec.
In saying this, I do not criticize Quebecers, who are brilliant political strategists.
The people who deserve our criticism are rather our leaders in Ottawa, of every political stripe, who have sacrificed many of the country's larger interests in a vain attempt to buy the respect and affection of Quebecers.
No one's interests have been more sacrificed than Atlantic Canada's. Prior to the late 1960s, we were closing the prosperity gap nicely with the rest of Canada. Our unemployment was consistently very close to the national average. Growth was strong. And transfers from Ottawa, the numerical manifestation of our dependence, were at a relatively low level.
But around the end of the '60s, Ottawa's spending in the region was massively ramped up, chiefly through employment insurance and regional development spending. This caused massive disruption in the region's economy from which we struggle to recover.
Why? It had nothing to do with "helping" Atlantic Canada, and everything to do with responding to the growth of the Quebec separatist movement by creating "national" programs intended to foster dependence. Virtually all that has happened in regional policy since the late '60s has not been aimed at Atlantic Canada — we have merely been collateral damage.
Ottawa is in a bidding war with Quebec city for the loyalty of Quebecers.
Both sides regard it as axiomatic that, while emotion and sentiment will play their role, the most powerful ties between citizen and government are ties of self-interest. That, in turn, they define as dependence.
A citizen dependent on a flow of benefits from one government will likely not vote to quit that government's jurisdiction. Thus Ottawa ramped up EI, regional development, equalization, marketing boards and a host of other programs.
Similarly, Quebec wanted to show it could step into any void created by Ottawa's absence. Accordingly, for instance, Quebec now spends more on business subsidies than all the other provinces put together.
More generally, the taxes raised by Quebec's provincial and local government are much larger than in the other provinces.
Last year, for example, such provincial and local taxes took 26.6 per cent of the province's GDP; in Ontario it was 19.6 per cent and in Alberta a mere 18.1 per cent. The extra money finances Quebec's bid for the loyalty of Quebecers, and the bidding goes on under both federalist and sovereigntist governments.
Ottawa finds it difficult to own up to the fact that much of its policy is driven by a fear of Quebec and an unwillingness to confront the nationalist movement directly. Consequently, many policies allegedly pursue other goals. But Ottawa's true intentions are always revealed by their unwillingness to subject their policies to tough tests of effectiveness.
Thus, when Ontario started to make a fuss about the amount of money being extracted from its economy each year by Ottawa for redistribution to other jurisdictions, a federal minister was sent to make a speech, not defending Ottawa's redistributive efforts, but remonstrating with Ontario for questioning it.
The auditor-general asks repeatedly, in vain, for real tests of the effectiveness of regional development agencies.
Such examples are legion. We cannot discuss openly and critically equalization, regional development, EI or a host of other programs to see if they actually do good, or if they, in fact, corrupt our politics, mire us in dependence, ruin our competitiveness and obstruct efforts to raise our productivity and hence our standard of living.
When we cannot ask whether programs are actually achieving their stated goals because such questions might threaten the future of the country, you begin to understand what Samuel Johnson meant when he said "Patriotism is the last refuge of a scoundrel" and what Socrates meant when he said "The unexamined life is not worth living."

Rising from the ashes - Separatist spectre fuelled by Liberal incompetence
Éditorial
Calgary Sun November 21, 2005
Prime Minister Paul Martin’s and Quebec Premier Jean Charest’s cabinet ministers scorn and mock newly-elected Parti Quebecois Leader Andre Boisclair.
Boisclair’s federal and provincial Liberal opponents charge he’s an extreme radical and demeaningly suggest he hasn’t the ability to hold a cabinet post, never mind serve as premier of his province.
Because he has admitted he occasionally used cocaine back in the 1990s, they say he lacks values.
Lacking values! That’s rich coming from the scandal-plagued federal Liberals.
But the flipside to the Liberal taunts is the 39-year-old veteran politician is youthful, vigourous and capable of re-energizing the separatist movement.
With Bloc Quebecois Leader Gilles Duceppe and his team set to add to the 54 seats they won in the 2004 federal election, Martin is now not only perspiring, but starting to run scared.
Revelations by Justice John Gomery’s AdScam inquiry doom any hope of the federal Liberals have of recovering in their former stronghold of Quebec.
The likely loss of a stack of their remaining 21 seats there would doom them to another minority government in Ottawa.
Now, the party that claims it is the only one that can stave off separatism and keep Quebec in Confederation must confront a phoenix rising from the ashes in the form of a rejuvenated Parti Quebecois.
With a provincial election looming in Quebec in 2007 and Jean Charest’s government in disarray and falling in popularity, the separatism monster is poised to burst out of the closet once again.
That will be a nightmare for the federal Liberals.
A majority Parti Quebecois government in Quebec City and perhaps 65 out of 75 federal seats held by the Bloc Quebecois in Ottawa, and the situation could once again pose a mortal threat to this great country.
After 25 years of dealing with the issue, the Liberals have proven they are woefully unequipped to solve it.
The highhanded tactics of Pierre Trudeau and Jean Chretien just alienated Quebecers all the more.
More recently, Chretien’s efforts to buy off that province with sponsorship money proved the spark that has rekindled separatist fervour.
Boisclair points out that since the 1995 Quebec referendum — which the separatists lost by a razor-thin 1.2% of the vote — neither the Chretien
Liberals nor the Martin Liberals have done anything at all to bring Quebec into the fold.
Liberal claims that they are the only hope for national unity ring hollow in face of such a record.
In fact, the best chance of laying the unity issue to rest, once and for good, lies with a federal Conservative government.
A Conservative policy paper unconditionally states a Stephen Harper government would move to correct the imbalance of powers between federal and provincial governments that has been the handiwork of the likes of Lester Pearson, Trudeau, Chretien and Martin.
It would actually restore the traditional constitutional balance of strong provinces within a strong Canada.
The controversial use of federal spending power to force uniform programs on the provinces — which has raised the bitterness of Quebecers and Albertans — would be severely limited.
Provinces would be able to "opt out" and receive full compensation to fund and direct their own programs in areas of shared or exclusive jurisdiction.
Basically, Harper’s Conservatives appear on the verge of starting to reverse the huge — and disastrous —centralization of power in Ottawa begun by a dictatorial Trudeau.
Although it’s difficult to know where Boisclair stands, eventually English Canada will gain a better perspective of him.
Perhaps, as former British prime minister Margaret Thatcher presciently said of Soviet Union leader Mikhail Gorbachev, we’ll find Boisclair to be a man with whom "we can do business."
Boisclair himself says Canadians should not see the independence movement as an attack on the rest of Canada — but rather a movement to rebuild Quebec’s institutions, get its government in shape, and maintain the province’s linguistic and cultural identity.
It remains to be seen if Harper can forge a deal to keep Canada united and strong well into the 21st century. But it is growing increasingly evident Paul Martin cannot.

Liberals greatest threat to unity
EDITORIAL
Toronto Sun 20 November 2005
To hear the federal Liberals tell it, they're beside themselves with glee that Quebec's Parti Quebecois elected Andre Boisclair as its new leader last week.
Liberal MPs like Transport Minister Jean Lapierre, Prime Minister Paul Martin's Quebec lieutenant, argue Boisclair's admitted cocaine use while a PQ cabinet minister in the late 1990s undermines his political credibility.
They've been joined in this attack by the provincial Liberal party in Quebec, up to and including Premier Jean Charest, who has questioned Boisclair's moral fitness to govern.
The problem is that for the federal Liberals, this is a fool's game. In the wake of Judge John Gomery's report on the sponsorship scandal, they are in no position to lecture anyone about morality or judgment. Consider Gomery's findings on the role played by senior federal Liberals in AdScam, including the role of the Liberal party itself:
"The persons who accepted contributions in cash and other improper benefits have brought dishonour upon themselves and the political party (and) ... deserve to be blamed for their misconduct. They disregarded the relevant laws governing donations to political parties. The LPCQ (Liberal Party of Canada, Quebec) as an institution cannot escape responsibility for the misconduct of its officers and representatives. Two successive executive directors were directly involved in illegal campaign financing, and many of its workers accepted cash payments for their services when they should have known that such payments were in violation of the Canada Elections Act."
Gomery also found deliberate violations of the Lobbyists Registration Act, the Access to Information Act and the Financial Administration Act, as well as of federal contracting policy and treasury board rules.
He found "a complex web of financial transactions among Public Works and Government Services Canada, Crown corporations and communication agencies, involving kickbacks and illegal contributions to (the Liberal) party ..."
He criticized Liberals right up to the Prime Minister's Office (under Jean Chretien) for refusing "to acknowledge their responsibility for the problems of mismanagement that occurred." Given all this, the Liberals couldn't find the high moral ground in Quebec these days if it fell on them.
By bringing up Boisclair's past, they will only remind Quebecers of their own, plus the fact that Boisclair's wrongdoing, at least, didn't involve stealing and wasting hundreds of millions of dollars of taxpayers' money.
This is not to say Boisclair's past should not be an issue.
It is to say the federal Liberals are in no position to raise it.
The best they can do is to attack him on his foolish and rash commitment to hold a third referendum on separation "as soon as possible" after the PQ is elected. But even there, the Grits are in trouble because, through AdScam, they discredited both themselves and federalism, while reviving separatism. Indeed, when it comes to preserving national unity, they're a bigger liability than Boisclair.

Border lines
Anne McIlroy
The Guardian 21 November 2005
Quebec's separatists are counting on a politician who admits to snorting cocaine to win independence, writes Anne McIlroy
The Parti Quebecois (PQ) elected 39-year-old André Boisclair as its leader last week amid revelations that he used cocaine while in the cabinet of the former premier Lucien Bouchard in the late 1990s.
The news of his drug use failed to harm his reputation among the party faithful. Indeed, polls showed it actually boosted his popularity among Quebeckers, who said they were willing to give the charming, charismatic young man a second chance.
It was telling that in a bid to keep up his main opponent, Pauline Marois, a former finance minister and one of the party's most powerful women, admitted to having inhaled marijuana. "I inhaled but I didn't really like it," the 56-year-old mother of four said of her experience at the age of 19.
Mr Boisclair was far more evasive about his drug use, refusing to provide details and abruptly changing the topic when he was asked about it. His opponents in the race to lead the Parti Quebecois were not aggressive about getting answers, but his political opponents will not be so circumspect.
The provincial Liberals, now in power in Quebec, were quick to attack once he was elected. "Could Mr Boisclair be minister of public security tomorrow morning?" asked Quebec's economic development minister, Claude Béchard. "Could he be minister of justice?
"The answer is, no. So, at the end of the line, can he be premier of Quebec? It's the same answer: we don't think so. It was up to PQ members to look at it; now it will be up to all Quebeckers to look at it."
Quebec's premier, Jean Charest, offered Mr Boisclair a quick byelection in a safe separatist riding - an outwardly generous move that would, however, have allowed the new leader to be regularly questioned in the National Assembly about his cocaine use. Mr Boisclair declined, saying he wanted to take time to reorganise the party.
Away from the drugs issue, the PQ was left divided by the leadership race. The more progressive left wing of the party, concerned at Mr Boisclair's focus on reducing the province's debt and fearing that he would take decisions that could hurt the poor, supported Ms Marois.
Mr Boisclair is the face and voice of a new generation of Quebec sovereigntists that has lost two deeply divisive referendums on the largely French-speaking province's future in Canada: the first in 1980, the second in 1995.
The fact that he is openly gay was a non-issue in the campaign. The party establishment backed him and he won easily on the first ballot, taking 53.7% cent of the vote and finishing 20 points ahead of Ms Marois.
But before there is another referendum, he has many challenges ahead of him, including defeating Mr Charest, who is unpopular among voters but does not have to call an election for several years.
Mr Boisclair is cagey about how quickly he will hold a third referendum should the PQ wrest power from the Liberals in the next election.
Quebeckers are still torn about their future in Canada, but a strong majority believe the province will secede after a third referendum. A recent poll found that the sovereigntists would narrowly win a referendum if voters were asked the same convoluted question about forming a new partnership with Canada that was put to them in 1995; but if they were asked a straight question about independence, as federal law now requires, only about 40% would vote to secede.
Before he can realistically contemplate being the first prime minister of an independent Quebec, however, Mr. Boisclair has a fractious party to unite and inevitable questions about his drug use to answer.

Pour un Québec lucide ET solidaire
Claude Castonguay
La Presse dimanche 20 novembre 2005
Le cheminement d'autres pays devrait nous inspirer quant aux orientations à prendre
Nous publions ici un extrait d'une allocution prononcée par M. Castonguay à l'occasion d'une rencontre-midi du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).
Le manifeste Pour un Québec lucide aura eu le grand mérite de lancer le débat sur les enjeux qui nous confrontent au Québec. Les signataires qui ont osé remettre en cause l'ordre établi se sont vus interpeller civilement par un groupe de citoyens inquiets, signataires du manifeste Pour un Québec solidaire. Depuis, plusieurs intervenants ont alimenté le débat en y introduisant des aspects et des réactions fort intéressants.
On ne peut assez insister sur l'importance d'un tel débat. Souvenons-nous qu'au début des années 1960, le changement a été possible par ce que le brassage des idées des années 1950 avait convaincu la majorité des Québécois de la nécessité du changement. J'ai vécu la même expérience au début des années 1970. L'instauration de l'assurance maladie, la réforme de la santé, la réforme de l'organisation professionnelle se sont effectuées grâce aux larges consensus qui s'étaient développés pendant les longs travaux de la commission d'enquête sur la santé et le bien-être social que j'ai présidée. Dans un cas comme dans l'autre, si le terrain n'avait pas été propice, les forces de la résistance et du statu quo auraient eu gain de cause.
Les signataires des deux manifestes sont des citoyens préoccupés qui réfléchissent aux défis qui nous confrontent et qui, à partir de leurs connaissances et de leurs expériences, nous proposent leur vision respective de la situation. Le premier groupe est composé principalement de personnes qui ont vécu les dures réalités de l'action gouvernementale et de la gestion d'entreprises. Ils se veulent avant tout lucides et leur objectif est de nous sensibiliser aux obstacles que nous avons à surmonter face au défi des économies émergentes, de l'état lamentable de nos finances publiques et des effets prévisibles de notre démographie anémique et du vieillissement de notre population. Leur objectif est d'assurer la création d'une richesse seule capable, face aux défis qui nous confrontent, d'assurer la pérennité des programmes sociaux et un développement durable. Je suis convaincu qu'aucun des membres de ce groupe ne souhaite voir se développer au Québec un capitalisme sauvage qui provoquerait notamment le démantèlement de nos grands programmes sociaux.
Répartir la richesse
Le second groupe est composé de personnes qui mettent l'accent sur le mieux-être des citoyens en prônant un virage politique et économique viable, progressiste et durable visant un développement durable et écologique. Ils se veulent avant tout solidaires. Ils ne veulent pas que le développement de notre société soit dicté avant tout par les simples forces du marché. Peu de personnes peuvent s'objecter à une telle vision d'une société idéale. Les solidaires fondent leur vision sur la prémisse à l'effet que le problème ne situe pas dans la création la richesse, mais dans sa répartition. Comme on peut le constater, les deux groupes procèdent sur la base de fondements opposés.
Mon expérience comme homme d'affaires qui a dirigé pendant plusieurs années une grande entreprise me permet de partager les préoccupations des lucides. Ce qui ne m'empêche aucunement de comprendre les inquiétudes des solidaires. (...)
Les manifestes des lucides et des solidaires ne se veulent pas exhaustifs. Ils abordent chacun les questions qui préoccupent davantage leurs auteurs et ils en ignorent d'autres. Il n'est donc pas possible de les comparer point par point. Il est intéressant toutefois de constater que les lucides et les solidaires sont d'accord sur certains points. On reconnaît de part et d'autre qu'au cours des dernières décennies nous avons fait d'énormes progrès aux plans économique et social. Même si la situation est loin d'être idéale, nous sommes loin d'être une société d'opprimés et d'exploités comme certains l'affirment. (...)
Le cheminement d'autres pays au cours des dernières années devrait nous inspirer et dissiper les doutes quant aux orientations à prendre. La Grande-Bretagne qui était dans un profond marasme à la fin des années 1970 fait aujourd'hui l'envie des autres pays de l'Union européenne. Nous savons qu'au lieu de les jeter à la poubelle, le gouvernement travailliste de Tony Blair s'est contenté d'humaniser et d'ajuster les politiques de Margaret Thatcher. L'équilibre ainsi établi avec succès en Grande-Bretagne devrait nous inciter à prendre une troisième voie adaptée évidemment à notre situation.
Troubles en France
Pendant ce temps, nous savons aussi que la France semble tout à fait incapable d'effectuer les changements qui s'imposent face aux sérieux problèmes qui la confrontent. Toute proposition de changement provoque une levée de boucliers contre laquelle le gouvernement demeure impuissant. De toute évidence le pays est profondément divisé et, comme la Grande-Bretagne des années 1970, est sous l'emprise des syndicats ouvriers. L'exemple du fossé qui divise les Français et du blocage qui en résulte devrait nous inciter à rejeter la voie de la contestation et de la division.
Nous ne pouvons ignorer que nous sommes profondément divisés entre Québécois depuis trop longtemps sur la question de notre statut politique. Cette division nous a d'ailleurs desservis. Aussi, alors que nous sommes conscients des énormes défis qui nous confrontent, nous devrions essayer de nous entendre à tout le moins sur les questions pour lesquelles des données objectives sont disponibles. Ce qui faciliterait le redressement de nos finances publiques, le développement d'une action concertée pour contrer notre déclin démographique, la détérioration de nos services publics et, la réduction de la pauvreté et des écarts entre riches et pauvres.

Imagine: PQ fighting for Canadian symbol
CHANTAL HÉBERT
The Toronto Star Nov. 21, 2005
Forget the predictable war of words on health care in the coming federal campaign. The eye of the medicare storm is about to move to Quebec.
Within weeks, maybe days, a government white paper that charts a substantially different course for the province's health-care system is expected to be brought down in the National Assembly. If the plan is adopted, a private stream will be allowed to operate in tandem with the public system.
Last spring, the Supreme Court of Canada ruled that Quebecers should be allowed to buy insurance to purchase privately delivered, essential medical services. The proposed response of the Quebec government involves the kind of change to the medicare mix that no active politician outside Quebec and possibly Alberta would dare promote for fear of being run out of office.
But, then, anywhere else in Canada the debate would also pit the sacred cow of medicare against that of the Charter of Rights and Freedoms.
In Quebec, medicare does not have the iconic standing it enjoys in the rest of the country. Quebecers do cherish the notion of a public health-care system, but as an essential service, not a symbol of nationhood.
Outside Quebec, any discussion of medicare immediately raises the spectre of two-tier medicine, along the lines of the American system. But in Quebec, the model that is more likely to come to minds is the two-track public/private system of European countries such as France.
The same dichotomy was at play during the debate on the Iraq war. Quebecers who get their information in a language other than English are often more exposed to European approaches than most other Canadians.
Quebecers also tend to be more concerned with preserving the margin in which their provincial government can manoeuvre. For linguistic and cultural reasons, they have a vested interest in not letting the provincial government be reduced to a mega-hospital board by spiralling health-care costs.
For most francophone Quebecers Y including federalists Y the national government sits in Quebec city while the federal one operates on Parliament Hill. The two are not one and the same.
On the other hand, there is no Quebec taboo on overriding Charter rights. In many quarters outside Quebec, the mere mention of the notwithstanding clause is a cardinal sin against Charter orthodoxy. But in Quebec, the Parti QuŽbŽcois has no qualms about advocating a recourse to the clause to shelter medicare from the Supreme Court ruling.
In the last election, more than 60 per cent of Quebecers voted for parties that are ideologically to the right of the PQ. One-third of those voters opted for the Action dŽmocratique, a party whose platform included moving to a two-tier health-care system. There is a receptive audience to a different medicare mix in Quebec.
The Charest government may be unpopular, but Health Minister Philippe Couillard has emerged as the most credible member of his cabinet. His name tops the list of potential replacements for the embattled premier.
On the other side of the debate, the PQ is committed to fighting tooth and nail to preserve the medicare status quo. In one of his first interviews as leader this week, AndrŽ Boisclair restated his commitment to a resolutely public system.
In the next Quebec election, the PQ will have to watch its left flank for fear of losing votes to a fledging new party.
Boisclair is already suspected by progressive elements of his own mercurial party of being too conservative. He has an interest in shoring up his credentials by defending medicare.
Given those conflicting trends, the outcome of the upcoming Quebec discussion is hardly a foregone conclusion. But it is ironic that the PQ may be all that stands between Quebec and medicare as Canada now knows it.

Un débat nécessaire
Lysiane Gagnon
La Presse samedi 19 novembre 2005
Jusqu'à quel point faut-il permettre l'introduction d'une médecine "privée" au Québec?
La chose existe déjà à l'état embryonnaire, puisqu'un petit nombre de médecins (79 en fait, dont 46 spécialistes) se sont désengagés du système public. Chez eux, on ne tend pas sa carte-soleil, on paie le médecin de sa poche. Or, l'on sait qu'en juin dernier, la Cour suprême a jugé contraire au droit à la vie et à l'intégrité physique la loi québécoise qui interdit la vente d'assurances privées pour défrayer des services médicaux couverts par la RAMQ.
Le gouvernement Charest s'apprête à se conformer à ce jugement, ce qui est parfaitement sensé. On ne voit pas pourquoi l'on pourrait avoir une assurance pour payer le dentiste (dont les services ne sont pas couverts par la RAMQ), mais pas celui d'avoir une assurance pour alléger le coût d'une intervention par un médecin qui s'est retiré de la RAMQ. Et il serait inhumain de condamner des gens qui ont besoin d'un remplacement de la hanche ou du genou à souffrir pendant des mois sinon des années à cause des carences d'un système public qui sera toujours congénitalement incapable de répondre à la demande.
Il y a évidemment un bémol, et un gros: les assureurs ne feront pas de cadeau. Les primes exigées s'alourdiront en fonction de la condition physique et de l'âge. Finalement, les seuls qui pourraient s'assurer à bon prix seront ceux qui en ont le moins besoin, soit les jeunes qui sont dans une forme impeccable!
L'autre source qui s'ouvrirait est celle des assurances collectives, dont bénéficient déjà les cadres et les employés du secteur public et des grandes compagnies syndiquées. Mais là encore, ces régimes, auxquels contribuent l'employeur et l'employé, comportent des limites. Par exemple, certains plans établissent un plafond de 1000 $ par année pour les services dentaires- même pas le prix d'une couronne!
Aucun régime de prévoyance collective ne pourra offrir des assurances médicales couvrant la totalité des risques. Il reste que même s'il ne s'agit pas d'une panacée, cela améliorerait la situation. Cette ouverture servirait aussi aux jeunes familles qui sont prêtes à payer pour être soignées plus rapidement par des omnipraticiens désengagés de la RAMQ.
Il est fort probable qu'à part les opposants professionnels à tout ce que fait le gouvernement Charest, la majorité des Québécois seraient d'accord avec l'idée de permettre aux gens qui veulent se faire traiter par des médecins non participants à la RAMQ de se voir remboursés au moins en partie par leur assureur, comme cela se fait du reste dans quatre autres provinces... dont la Saskatchewan, berceau de l'assurance-santé!
Cela n'affectera d'aucune façon le système public, puisque le nombre de médecins non participants restera infime et que le coût des assurances les empêchera d'accroître substantiellement leur clientèle.
Le gouvernement a toutefois l'intention d'aller plus loin. Selon les informations qui ont filtré, le ministre Couillard compte permettre aux médecins de travailler dans le privé une fois qu'ils auraient rempli leurs obligations (vraisemblablement déterminées par un quota d'heures) dans le secteur public. Ce serait une première au Canada, mais c'est, grosso modo, ce qui se passe en France, un pays où les soins de santé sont beaucoup plus accessibles et d'aussi bonne qualité qu'au Québec.
Dans toute l'Europe de l'Ouest, d'ailleurs, on offre des services médicaux privés (largement couverts par des assurances) parallèlement aux services publics, et l'on n'a jamais accusé ces pays, dont la plupart ont eu des gouvernements socialistes, de favoriser une médecine à deux vitesses.
Ce projet, encore vague, de privatisation très partielle a toutefois commencé à soulever des vagues. Il y a effectivement des risques, si l'on procède à l'aveuglette, d'encourager l'exode des médecins vers le privé, laissant au public les cas lourds et coûteux comme, par exemple, les transplantations ou les opérations à coeur ouvert.
Mais il serait relativement facile de prévoir des balises pour faire en sorte que les médecins consacrent l'essentiel de leur temps au secteur public. Où serait le problème à ce que des chirurgiens, que les contraintes budgétaires empêchent d'opérer plus d'un jour par semaine, puissent pratiquer à plein temps leur profession? À ce que des équipements inutilisés entre 16 heures et 8 heures servent aux interventions privées? Cela ne permettrait-il pas de traiter plus de patients et, partant, de réduire les listes d'attente? En tout cas, le débat est ouvert... Il était temps.

Un partage s'impose
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 21 novembre 2005
ÉDITORIAL - Il était à prévoir que les organisations à la tête des deux projets de construction de grands hôpitaux qui doivent ouvrir leurs portes en 2010-2011 à Montréal chercheraient à tirer le maximum de l'opération pour leurs équipes respectives. Le résultat, heureusement préliminaire, est un gonflement des coûts de 75 % par rapport à l'objectif fixé par Québec. Pas de doute qu'il faudra restreindre l'appétit des uns et des autres pour éviter la catastrophe.
Pour des raisons historiques, ce sont deux grands hôpitaux universitaires qu'il faut construire à Montréal, l'un rattaché à l'Université de Montréal et l'autre à McGill. Sans cette dualité linguistique héritée du passé, un seul hôpital ultraspécialisé aurait suffi pour une population aussi peu nombreuse. Il s'agit là d'une évidence avec laquelle il faut composer, mais, compte tenu des moyens financiers limités mis à la disposition de chacune des organisations, la tâche n'est pas simple.
Aux dernières nouvelles, le total des coûts prévus pour la construction du CHUM et du CUSM frôlait les 4 milliards, soit 1,7 milliard de plus que le budget prévu. Plusieurs raisons expliquent ces dépassements dont la qualité et la quantité des équipements souhaités par chacun et le dédoublement discutable et discuté de certaines spécialités de troisième et de quatrième ligne.
Afin de coordonner le travail de préparation puis de construction des hôpitaux, le ministre Philippe Couillard a nommé, en juin dernier, un directeur exécutif en la personne de M. Clermont Gignac. Ancien vice-président à la gestion de projet chez Bombardier, mais aussi ancien sous-ministre et directeur de la construction à la Corporation d'hébergement du Québec, le bras immobilier du gouvernement en santé, M. Gignac a l'autorité nécessaire pour forcer les hôpitaux à se plier aux exigences ministérielles.
C'est la première fois, nous semble-t-il, que le gouvernement donne autant de pouvoir à une seule personne qui sera assistée de directeurs de projets locaux. Il faut dire que les dépassements de coûts constatés sur les chantiers de la Gaspésia et du prolongement du métro vers Laval ont fortement ébranlé la confiance du public dans la capacité du gouvernement de mener à terme de grands projets dans le respect des paramètres annoncés.
Dans le cas des hôpitaux, le problème tient pour une bonne part à la volonté de chacun des établissements d'offrir toutes les spécialités d'un hôpital ultraspécialisé moderne. On les comprend, puisque l'enseignement exige la présence du plus grand nombre de spécialités possible. Cela dit, le réalisme exige que les deux établissements s'entendent pour un partage approprié des compétences et des équipements. Comme l'a fort bien dit le ministre Couillard, il faut éviter «les chicanes de docteurs» dont certains refusent l'idée de devoir s'intégrer à une nouvelle équipe. Avec un peu de bonne volonté, il y a certainement moyen d'en arriver à des solutions qui ne seront peut-être pas idéales, mais optimales compte tenu des contraintes imposées par les finances publiques. Un investissement de 2,2 milliards représente déjà plus que ce que le Québec peut se permettre, il faut se mettre au travail et produire le meilleur plan imaginable, et ce, le plus rapidement possible. Chaque mois de retard causé par des négociations sur la répartition des effectifs et des équipements fera grimper le coût des projets de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Voilà autant d'argent qu'il vaut mieux investir en équipements, tout le monde en conviendra.

Le système de santé privé français: mythe ou réalité?
Nicolas Moreau, Étudiant au doctorat en sociologie, Université du Québec à Montréal, membre du Groupe de recherche sur les aspects sociaux de la santé et de la prévention
Daniel Ansart, Médecin de campagne français
Le Devoir lundi 21 novembre 2005
En réponse au jugement Chaoulli, le gouvernement Charest entend ouvrir la porte au financement privé de services actuellement couverts par la Régie de l'assurance maladie du Québec (ci-après RAMQ). Ceci n'a rien de surprenant au regard de la tendance générale de la société québécoise actuelle et des politiques mises en place.
Cependant, ce qui nous a le plus irrités et surpris, ce sont certaines comparaisons rapides avec le système de santé français et son secteur privé. En effet, écoutant quelques tribunes téléphoniques ou discours journalistiques, nous en arrivions à la conclusion qu'il fallait peut-être savoir de quoi on parle et s'entendre. Qu'est-ce que le secteur privé dans le système de santé français ? Comment fonctionne-t-il ?
Sans répondre en intégralité à ces questions, il nous semblait important de rappeler un ou deux traits fondamentaux du système de santé français afin que le profane ne se fasse plus leurrer par des argumentations du style : «Regardez en France, la cohabitation privé public marche, il faut s'en inspirer.»
Soyons clair, le système français est un des meilleurs du monde non pas parce qu'il fait une place de choix au privé, mais bien parce qu'il est public et fondé sur la solidarité.
Pas d'influence sur la qualité et le coût
La différence entre le privé et le public, pour le patient, en France, réside essentiellement dans la possibilité de choisir son médecin ou son chirurgien (il reste difficile de savoir à l'avance quel médecin va nous soigner ou nous opérer dans le système public) et sur les conditions d'hébergement (possibilité d'une chambre individuelle spacieuse dans un établissement de soins privé).
Rien de différent au niveau du portefeuille du patient entre ces deux systèmes, et ce, qu'il bénéficie ou non d'une assurance complémentaire. Il est parfois difficile d'ailleurs de savoir si l'établissement d'accueil est privé ou public. En effet, pour le patient, le privé n'est qu'un nom, une étiquette sans grande influence sur la qualité et le coût des soins. Voilà, une caractéristique essentielle du privé en France : le coût, pour le patient est pratiquement le même, réserve faite que la médecine et la pédiatrie sont des domaines pas ou peu pris en charge par le secteur privé hospitalier (appelé couramment clinique en France) et que la très grosse chirurgie (comme, par exemple, les greffes) ne sont pratiquées que dans le cadre de l'hospitalisation publique.
Un autre élément fondamental dans le fonctionnement du système de santé français est la reconnaissance d'une trentaine de pathologies dites d'affections de longue durée (maladies cardiovasculaires, problème de diabète, cancer, etc.) par l'assurance maladie qui couvre automatiquement à 100 % les soins nécessaires à ces maladies. Le privé ne finance donc pas les maladies les plus invalidantes et les plus coûteuses. Ceci reste uniquement la part du public.
Un complément, pas un substitut
Le dernier point concerne l'assurance complémentaire. Au Québec, une des craintes est que les personnes défavorisées ne soient pas en mesure de contracter une assurance privée. En effet, quelle assurance va accepter de couvrir un diabétique fumeur, faisant peu d'exercice et qui de toute façon n'aurait même pas les moyens de se payer une telle assurance ? Pas grand monde, probablement.
En France, le problème ne se pose pas en ses termes puisque, d'une part, comme nous l'avons dit, les maladies graves et coûteuses relèvent entièrement de la couverture des soins prise en charge par la sécurité sociale (équivalent de la RAMQ) et, d'autre part, les questionnaires de santé ne sont pas choses fréquentes, puisque, dans leur essence, ils sont discriminatoires et contraires à l'esprit du système assurantiel français.
Sans questionnaire de santé ni besoin de couvrir les soins les plus lourds, on comprendra aisément que les assurances complémentaires (très souvent des mutuelles) ne sont pas un substitut à la sécurité sociale, mais un complément dans une offre concurrentielle.
Notons également que certaines assurances souhaiteraient assurer le risque entièrement, mais cela reste objet de débat en France, car l'énorme majorité des Français souhaite conserver la sécurité sociale dans sa fonction actuelle. Il est utile de rappeler que le fondement de la sécurité sociale est d'assurer un accès égal aux soins à tous, les mesures les plus récentes comme la couverture maladie universelle (mise en place en 1996) ayant encore renforcé cet aspect des choses.
Le Québec peut s'inspirer du système français sur le plan de l'accessibilité et de la gratuité. Oui, inspirons-nous de la France. Pour ce qui est du secteur privé, il paraît difficile de faire des comparaisons tant les systèmes sont différents, sauf à tomber dans une certaine forme d'idéologie.

Il est improbable que le PLQ change de chef
Pierre-André Normandin
Le Soleil lundi 21 novembre 2005
Cette hypothèse n'est pas réaliste, jugent deux spécialistes
N'en déplaise au chef péquiste André Boisclair, un changement de chef au Parti libéral du Québec (PLQ) a peu de chance de survenir. Deux spécialistes interrogés par LE SOLEIL hier estiment qu'une telle éventualité est plutôt improbable... à moins que le premier ministre Jean Charest démissionne.
En conférence de presse samedi, André Boisclair a estimé que le PLQ aurait intérêt à se débarrasser de son chef avant les prochaines élections. "La question n'est pas tant de savoir à quelle date sera la prochaine élection générale, mais plutôt quand est-ce que sera la prochaine campagne au leadership", a-t-il lancé aux journalistes.
Certes, un changement à la tête du PLQ pourrait faire remonter la cote de popularité du parti dans l'opinion publique, évalue le professeur de politique à l'Université Laval, Réjean Pelletier. "Ce serait bénéfique parce que le courant ne passe pas entre M. Charest et la population."
Un sondage CROP mené à la mi-octobre révélait un taux d'insatisfaction de 69 % de la population envers le gouvernement Charest. À peine un quart des 1008 sondés se disaient satisfaits.
"C'est très prononcé, note M. Pelletier. Ce qui est plutôt exceptionnel, c'est que ça soit assez constant depuis longtemps. C'est rare de voir ça dans un premier mandat. On voit ça habituellement en fin de deuxième mandat."
L'élection d'André Boisclair à la tête du PQ semble également avoir précarisé la position des libéraux dans l'opinion publique. Une autre enquête CROP menée au début novembre révélait que les péquistes dirigés par André Boisclair obtiendraient 41 % des voix en cas d'élection. De son côté, le PLQ recevrait 21 % des intentions de vote, un point derrière l'ADQ.
Selon M. Pelletier, les libéraux prendraient une mauvaise décision en montrant la porte à leur chef. "Quand un parti paraît trop divisé au sein de la population, ce n'est pas très favorable."
De plus, l'échéance électorale rend cette possibilité très improbable. "Il ne reste pas beaucoup de temps. Il faudrait que ça se fasse assez rapidement. Je vois un seul prétendant qui pourrait remonter la cote des libéraux : le ministre (Philippe) Couillard", estime M. Pelletier. Et l'arrivée de ce dernier à la tête du PLQ ne serait pas nécessairement un gage de succès. "Quand il y a un changement de leader, le parti en profite habituellement dans les sondages. Mais il faudrait qu'il fasse ses preuves comme premier ministre, ce qui n'est pas la même chose qu'être ministre de la Santé. Le premier ministre éteint les feux un peu partout. Si ça va mal dans un ministère, ça remonte jusqu'à lui."
Exceptionnel
Un tel changement de chef de parti au pouvoir est plutôt exceptionnel... mais pas impossible. Le PLQ a d'ailleurs déjà été le théâtre d'une telle manoeuvre inusitée. En mars 1905, trois ministres libéraux, Lomer Gouin, Adélard Turgeon et William Alexander Weir, avaient forcé le premier ministre québécois, Simon-Napoléon Parent, à démissionner.
"Les circonstances sont très différentes aujourd'hui. M. Charest conserve l'autorité au sein de son parti", rappelle le professeur d'histoire politique à l'Université Laval, Réal Bélanger.
Seule une démission du premier ministre pourrait changer la donne. Aux yeux de M. Bélanger, rien ne justifie une telle décision. "Quand on regarde son bilan au niveau des relations avec le fédéral et les transferts en santé, ce n'est pas si mauvais", dit-il. Quelques "grosses erreurs de parcours", comme le financement des écoles juives et les négociations difficiles avec le secteur public, ont toutefois éclipsé les succès du gouvernement Charest.
La situation n'est pas désespérée, estime pour sa part M. Pelletier. "Si le gouvernement réussit à signer un bonne convention avec les employés de l'État, ça pourrait l'aider." Encore faudrait-il que le premier ministre arrive à capitaliser sur un tel succès. "Le problème, c'est qu'à chaque fois que Charest peut faire un bon coup, quelque chose vient l'annuler."
Une élection au printemps est donc tout aussi improbable qu'un changement de chef à la tête du PLQ, selon M. Pelletier. "Il faudrait qu'il (Jean Charest) réussisse rapidement un coup d'éclat. Qu'il s'entende rapidement avec tous les syndicats ou qu'il présente un bon budget. Mais les gens ne sont pas toujours dupes des budgets électoraux"
Et déclencher des élections pour faire oublier les promesses de baisses d'impôt serait suicidaire, prévient M. Pelletier. "Aller en élection en disant que la situation financière est difficile, ça veut dire qu'on n'est pas capable de gérer le gouvernement. Comme dirait (Pierre) Pettigrew, ça fait loser !"
PANormandin@lesoleil.com

Des chiffres éclairants d'Hydro
Michel Girard
La Presse samedi 19 novembre 2005
Quand des leaders de la société québécoise prônent une augmentation sensible des tarifs d'électricité en vue de réduire la dette du gouvernement du Québec, la plupart d'entre eux visent surtout les particuliers.
Ils estiment que l'actuelle politique de bas tarifs d'Hydro-Québec profitent davantage à la consommation domestique, c'est-à-dire au secteur résidentiel, à comparer aux secteurs commercial et industriel.
Du côté des commerces et des industries, comme la politique de bas tarifs d'Hydro a pour effet de les rendre plus compétitifs, il faudrait se montrer plus accommodant.
Cela revient à dire que la mise sur pied d'un éventuel fonds spécial destiné au remboursement de la dette du gouvernement du Québec serait alimenté quasi exclusivement à partir des recettes additionnelles qu'Hydro-Québec irait chercher dans les poches des particuliers, à même les augmentations de tarifs d'électricité domestique.
Bien entendu, les exportations d'électricité vers les États-Unis pourraient certes rapporter gros... en raison des marges de profit substantielles qu'il serait possible d'obtenir.
Il y a cependant un gros hic: encore faut-il avoir de l'électricité à exporter. En effet, contrairement à l'Alberta qui s'enrichit à vue d'oeil en exportant le gros de sa production de pétrole, le Québec, lui, consomme à hauteur de 98,5 % l'électricité qu'il produit.
C'est ce qui explique pourquoi, en 2004 par exemple, les exportations d'électricité vers les États-Unis n'ont rapporté que des miettes dans les coffres d'Hydro-Québec, soit 460 millions de dollars, sur des recettes totales de 10,7 milliards.
Maintenant, supposons que le gouvernement du Québec décide effectivement de faire sienne la proposition des signataires du manifeste Pour un Québec lucide et d'augmenter les tarifs d'électricité de façon substantielle.
Il ne faudrait pas croire qu'une hausse même substantielle des tarifs domestiques permettrait d'accumuler des sommes faramineuses dans le fonds spécial du remboursement de la dette québécoise.
La raison en est bien simple: selon le rapport annuel 2004 d'Hydro-Québec, la consommation domestique (incluant le secteur agricole) ne représente que 35 % de la consommation totale d'électricité au Québec. Le secteur commercial (y compris l'institutionnel) accapare 20 %. Le plus grand consommateur d'électricité est le secteur industriel, avec une part s'élevant à 42 %. Les 3 % restant sont destinés à l'éclairage du réseau routier et autres infrastructures collectives.
Avec 35 % de la consommation totale, le réseau domestique a rapporté à Hydro-Québec 41,4 % du volume de ses ventes d'électricité au Québec. Pour l'année 2004, on parle donc de recettes de 3,69 milliards pour le réseau domestique.
Ainsi, pour chaque 1 % d'augmentation de tarif, Hydro-Québec encaisserait des recettes additionnelles brutes de 36,9 millions. Comme le bénéfice net d'Hydro-Québec s'est élevé en 2004 à 22,8 % des recettes totales, cela laisse présager que chaque hausse de tarif domestique de 1 % rapporterait un supplément net de 8,4 millions. Ce serait donc une somme hypothétique d'environ 8,4 millions par hausse de 1 % de tarifs d'électricité qui pourrait être versé dans le fonds spécial destiné au remboursement de la dette du gouvernement du Québec.
Comme vous savez, la haute direction d'Hydro-Québec et les promoteurs d'une hausse substantielle des tarifs domestiques (dont les signataires du manifeste Pour un Québec lucide, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, etc.) ne ratent jamais l'occasion de rappeler aux Québécois qu'ils ne paient pas cher pour leur électricité.
Une étude d'Hydro-Québec a déterminé que les tarifs résidentiels devraient théoriquement augmenter de 23,6 % si on voulait que le secteur domestique paie sa juste part des coûts du réseau de distribution. Pendant ce temps, les tarifs exigés de la petite, de la moyenne et de la grande entreprise devraient théoriquement baisser respectivement de 17,0 %, 22,5 % et 13,4 %.
Autrement dit, si les Québécois ne paient pas cher leur électricité, c'est grâce à la politique d'interfinancement, laquelle permet au secteur résidentiel de bénéficier de la profitabilité des secteurs commercial et industriel.
Quoi qu'il en soit, même si le gouvernement du Québec augmentait demain matin les tarifs résidentiels d'électricité de 24 %, cela ne rapporterait en bout de compte qu'environ 200 millions dans les coffres du fonds spécial destiné à la dette.
Ce serait certes une belle cagnotte... mais qui serait somme toute relativement modeste par rapport à la dette de 120 milliards du gouvernement du Québec.
Quelle serait la solution idéale pour engranger de substantiels profits sur l'électricité afin d'accélérer le remboursement de la dette?
Réponse d'un ancien négociateur (trader) d'Hydro-Québec: bâtir de nouvelles lignes d'exportation vers les États-Unis et l'Ontario.
Au lieu de faire un débat sur l'augmentation des tarifs d'électricité, Patrick Proulx, aujourd'hui gestionnaire de portefeuille chez Globevest Capital, suggère de s'interroger sur la façon d'exporter davantage notre or bleu. " J'ai travaillé il y a quelques années chez Hydro-Québec dans le trading d'électricité et je peux vous dire qu'il est très payant de vendre celle-ci à nos voisins du Sud. "
Mais, ajoute-t-il, on est actuellement limité par le nombre trop restreint de lignes d'exportation. " Pourquoi ne pas créer de nouvelles lignes d'exportation vers les États-Unis et l'Ontario. Chaque nouvelle ligne pourrait créer des centaines de millions de profits. " Bien sûr, cela implique qu'il faudrait investir dans de nouveaux barrages pour augmenter la production, et que les Américains devraient moderniser leur réseau de transport pour recevoir plus d'électricité québécoise.
L'économiste Pierre Emmanuel Paradis, de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), a une autre recette. Il affirme qu'une augmentation importante des tarifs résidentiels aurait un effet positif sur l'exportation d'électricité. Comment? Devant payer plus cher, les consommateurs réduiraient sensiblement leur consommation d'électricité. Combinée à des programmes d'économie d'énergie, cette hausse de tarifs permettrait de dégager une quantité importante de kilowatts à des fins d'exportation.
Pas facile de voir clair dans ce dossier!

Pettigrew's humiliation ends Liberals' week from hell
L. Ian MacDonald, Freelance
The Gazette (Montreal) November 21, 2005 Monday
There's an old saying in Quebec: "Quand ca va mal, ca va mal." The federal Liberals from Quebec can attest to that.
Just as they were getting out of Ottawa last Friday after a very bad week in the House, Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew had to apologize for his comments that Pequistes were a bunch "of losers who've just chosen a new loser."
This comment was construed as an attack on Andre Boisclair's predecessors as PQ leader - Bernard Landry, Lucien Bouchard, Jacques Parizeau, Pierre-Marc Johnson and the founding father in heaven himself, Rene Levesque.
The tender sensibilities of the separatists were offended, and the entire Quebec political class worked itself into a frenzy. By the third day of the orchestrated uproar, Pettigrew could only make it go away by issuing a humiliating apology.
Pettigrew, who keeps missing important opportunities to shut up, rose on a question of privilege and said: "Public life is demanding and every individual devoted to it deserves our admiration. If I've hurt anyone among them, I regret it."
Pettigrew seems to be in some sort of competition with Jean Lapierre for making ill-considered statements. Last week, at the Quebec Liberal convention, Pettigrew said the Bloc Quebecois was hoping for the election of a Conservative government without representation from Quebec so as to create "a winning condition," for the next referendum.
Gilles Duceppe couldn't resist. "I don't know what's wrong with him lately," Duceppe said the other day. "He hasn't been the same since he lost his driver."
Perhaps the most humiliating rebuke for Pettigrew came from Lapierre in his role as Paul Martin's Quebec lieutenant, who said that in his book anyone who went into politics was "a winner."
All things considered, Pettigrew should have stayed in Paris.
He can be sure that if his Papineau riding wasn't a target for Bloc and PQ organizers, it will be now. Pettigrew won the 2004 election by only a few hundred votes, and at this point his prospects are precarious. His future may well depend on Haitian and ethnic voters rejoicing over the appointment of Michaelle Jean as governor-general.
But why would the foreign-affairs minister, who's normally positioned on the high road of public policy, be making cheap comments about the winner of a provincial leadership race?
It's up to Jean Charest's surrogates in the Quebec Liberal Party, as well as Mario Dumont and Action democratique du Quebec, to be making the case against Boisclair. There are plenty of unanswered questions about his cocaine abuse while he served in the previous PQ government - how much and how often he was doing coke, how much he paid, who his suppliers were, and whether he did rehab.
Boisclair will never be able to run away from these questions until he answers them. Governing Quebec is not Star Academie, but a serious job for serious people.
That being said, why was Pettigrew getting involved? What has that got to do with the softwood-lumber dispute, the reconstruction of Iraq, peace in the Middle East or North Korea's nuclear program?
To end the Liberals' really bad week, the Federal Court of Canada on Friday ordered the reinstatement of Jean Pelletier as chairperson of Via Rail, agreeing that he had been fired without cause by the Martin government for his comments about Olympic champion Myriam Bedard, a disgruntled former employee of the crown corporation.
The court order calls into question the competence of the Martin government, and only exacerbates the civil war between the Martin and Chretien clans within the Liberal Party.
And it is certain to hurt the Liberals in English-speaking Canada that Pelletier, as Jean Chretien's former chief of staff, should be restored to the public payroll in spite of the role of the Prime Minister's Office in running the sponsorship program.
Pelletier is being vindicated by the court on the Bedard matter, not the sponsorship file, but it won't play out that way in the rest of the country. It will play straight into the culture of entitlement that Justice John Gomery wrote about in his report.
"Quand ca va mal, ca va mal partout."
ian-macdonald@sympatico.ca

Tragi-comédie
Jean-Marc Salvet
Le Soleil lundi 21 novembre 2005
Éditorial - Dans le bras de fer opposant Québec et Ottawa sur le Protocole de Kyoto, plusieurs ont appuyé la position québécoise et conspué le point de vue canadien. Comme si le bon était d'un côté et le méchant de l'autre... Comme si le Québec n'avait pas à faire sa juste part pour réduire les gaz à effet de serre. Le réflexe l'a emporté sur l'analyse.
Ces dernières heures, tout indiquait qu'une entente était enfin à portée de main entre Québec et Ottawa. Il faut dire que le temps presse : la planète a rendez-vous la semaine prochaine à Montréal pour une conférence des Nations unies sur les changements climatiques.
Ni le Québec, ni le Canada ne peuvent faire la leçon à qui que ce soit. Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 24 % au cours des dernières années au Canada. D'ici 2010, elles croîtront de 16 % au Québec par rapport à 1990.
Gare, donc, à une entente à rabais qui serait conclue dans le seul but de sauver la face ! Tout accord digne de ce nom doit s'appuyer sur les préalables suivants : le ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair, doit reconnaître que l'effort annuel de trois mégatonnes de réduction de gaz à effet de serre que le fédéral réclame aux industriels du Québec est mesuré. Cette exigence tient compte de la place de l'hydroélectricité. Elle n'est pas déraisonnable quand on la compare aux 42 mégatonnes attendues dans le reste du Canada (même si le secteur énergétique albertain doit faire beaucoup plus).
De son côté, le ministre canadien de l'Environnement, Stéphane Dion, doit élargir les critères de son programme de soutien. L'hydroélectricité étant déjà implantée au Québec, les réductions d'émissions ne s'y obtiendront pas aussi facilement qu'ailleurs au Canada. Voilà pourquoi Ottawa doit accepter de financer des initiatives de transport en commun au Québec. Les projets de production d'énergie éolienne de plus de 200 MW doivent également être admissibles aux crédits fédéraux. Si l'enveloppe disponible pour l'Ontario est de plus de 500 millions $, celle du Québec devra s'élever à 300 ou 350 millions $. C'est incontournable.
Cette dispute Québec-Ottawa illustre les difficultés qui attendent les participants à la conférence de Montréal, qui se déroulera du 28 novembre au 9 décembre. Les délégués sont censés plancher sur l'après-Kyoto, sur les efforts à déployer pour les années qui suivront 2012.
On peut malheureusement déjà prévoir qu'il n'y aura pas de "Protocole de Montréal" à l'issue de cette grand-messe. Les intérêts des pollueurs sont trop divergents. D'un côté, on retrouve des pays comme la Chine et le Brésil, qui se disent d'accord avec Kyoto, mais qui n'ont pas de cibles de réduction. De l'autre, des pays comme l'Australie et les États-Unis, qui ont refusé de signer ce traité international. Au milieu, le Canada, l'Union européenne et les autres signataires, qui ne produisent ensemble que 35 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète...
Dans les circonstances, il faudra, hélas ! considérer comme un succès le simple fait que les représentants de tous ces États dialoguent autour d'une même table. En regard des enjeux, cela ressemble à une tragi-comédie.
JMSalvet@lesoleil.com

La demi-lecture des textes de Tariq Ramadan
Salah Basalamah, Professeur à l'Université d'Ottawa et membre de Présence Musulmane
Le Devoir lundi 21 novembre 2005
Dans une «libre opinion» de l'édition du Devoir du vendredi 11 novembre, M. Sébastien Malette prend la peine de formuler une critique «philosophique» de l'article de Tariq Ramadan intitulé «Les musulmans dans les démocraties occidentales: pour une citoyenneté commune» (Le Devoir, 24 octobre 2005). Y voyant des contradictions là où il n'y a guère moins qu'une récurrente erreur méthodologique souvent commise par les tenants poussiéreux du rationalisme triomphant, M. Malette déplore que les musulmans soient invités par M. Ramadan à préserver leurs croyances (et par là leur identité) religieuses tout en maintenant l'exercice d'une pensée à la fois critique et autocritique.
De fait, M. Malette s'insurge contre le prétendu «double discours» qui consiste tout à la fois de prôner la connaissance de l'Autre et «[l'in]capacité de critiquer sa propre pensée», d'avoir «un positionnement en faveur d'une activité autocritique de la pensée, et un autre discours prônant implicitement la suprématie des commandements de l'islam sur cette même activité», sans oublier le fait de «soutenir [...] à mots couverts la préséance des interdictions religieuses sur l'exercice d'une activité rationnelle et autocritique».
Foi et raison : le malentendu
Alors qu'Albert Camus disait que la raison s'arrête là où la foi commence, il semble que le réflexe «très autocritique» de M. Malette ne permet pas d'y voir le poncif qui structure toute la philosophie occidentale depuis Descartes, autrement dit l'opposition radicale de la raison et de la foi.
Ces derniers n'étant pas conflictuels mais bien complémentaires dans la tradition philosophique musulmane, on ne peut que disqualifier toute tentative de vouloir «absolument» confondre les deux ordres ou de les séparer au point de les opposer et de conclure hâtivement à leur incompatibilité. Ainsi, le divorce qui caractérise le rapport entre foi et raison est en réalité celui-là même qui a nourri la déchirure définitive (bien qu'inachevée) de la sécularisation, fondement de la laïcité, c'est-à-dire la séparation de l'Église et de l'État en Occident.
C'est qu'on omet de rappeler que, au coeur des débats qui agitent les consciences entre détracteurs et défenseurs de l'islam d'Occident, il y a ce malentendu qui oppose deux perceptions d'une réalité qui impose envers et contre tout la coexistence de la foi et de la raison : d'une part, une rationalité exclusiviste qui évacue toute religiosité de la sphère du débat... supposément «pluraliste»; d'autre part, une conception où, selon l'expression de Ramadan lui-même, «ces deux composants, certes distincts, sont absolument complémentaires : pas d'enracinement de la foi sans présence de la raison, et pas de raison appliquée sans éclairage de la foi».
Quand bien même on rejoindrait Ramadan pour le «dialogue interculturel» et la citoyenneté commune qu'il appelle de ses voeux, il n'en reste pas moins que toute tentative pour «le citoyen canadien de confession musulmane» de proclamer sa multiplicité identitaire de fait équivaudrait à un «entêtement» en faveur de «ses convictions religieuses», à un «discours absolutiste», voire une coupable duplicité («double discours»).
Intolérance de fait
À l'âge de la diversité des origines et des visions du monde, de l'hybridité transnationale et du métissage culturel, il est bien ironique de voir M. Malette refuser de lire, si ce n'est à demi-mot, une parole qui adjoint le pluralisme identitaire, les responsabilités communes, le respect des différences et la nécessité -- pour tous -- de «remettre en question sa façon de voir, se défaire de ses vieilles habitudes intellectuelles et culturelles et accepter de répondre aux questions de concitoyens pas tous identiques à nous» (Tariq Ramadan).
C'est justement à la lecture du texte où Ramadan explique son concept d'«éthique de la citoyenneté», où il rappelle que «le temps est venu de respecter nos différences sans compromettre les principes fondamentaux du pluralisme, de la justice et de l'égalité» et où il souligne qu'il «nous faudra aussi affirmer le risque d'encourager notre propre autocritique», qu'on «doit mettre à l'épreuve ses croyances, sa conscience et son intelligence» et qu'on doit «consentir des efforts considérables pour relire et réexaminer [les] sources et [les] traditions » musulmanes, c'est à la lecture de ce texte, dis-je, que l'on s'ingénie pourtant à répéter -- à l'unisson des multiples occurrences googliennes (surtout françaises) -- ce que personne n'a été capable de prouver à l'appui d'aucun texte écrit ou transcrit de Ramadan en quelque langue que ce soit -- même M. Malette !
En fin de compte, il apparaît bien dommage de constater que les voix prétendument rationnelles, qui perpétuent les slogans-contrevérités importés des militants de la laïcité anti-religieuse et combative d'outre-Atlantique, ne jurent en réalité que par les catégories mentales qui confinent à l'intolérance de fait (quelle que soit la tolérance déclarée), à la persistance du climat de méfiance et à l'infusion délibérée d'un sentiment de peur, en deçà de toute pensée autocritique.
Au vu de l'islamophobie galopante de cette dernière décennie, il serait peut-être temps que l'on se rappelle de ce que l'antisémitisme du XIXe siècle et de l'entre-deux-guerres a produit de répugnant dans la mémoire de l'Occident pour non seulement prévenir la répétition de l'histoire, mais également envisager réellement de vivre et de construire ensemble une société qui nous appartient tous et de l'avenir de laquelle nous sommes tous responsables.

Terrorism in Quebec: the series: October Crisis set for TV screens
RICHARD FOOT, CanWest News Service
The Gazette (Montreal) November 21, 2005 Monday
Events provided 'makings of a perfect political thriller'
In a parking garage on a cold autumn day, four young men carrying guns and cradling fantasies of armed revolution, hustle a blindfolded victim into a waiting car with Quebec plates sporting the old 1960s logo, La Belle Province.
The scene - acted out last week on a Halifax film set - recreates one of the most chilling episodes in Canadian history when, on Oct. 5, 1970, members of the Front de Liberation du Quebec kidnapped British diplomat James Cross, introduced terrorism to modern Canada, and brought the weight of the War Measures Act crashing down on their province.
Thirty-five years after the FLQ's crimes, and the political storms they ignited, someone is finally making a movie about the October Crisis - what Nova Scotia filmmaker Wayne Grigsby, who used to live and work in Montreal, calls the first full "stem-to-stern re-telling" of the whole haunting affair.
"Nobody's ever tried to dramatize the entire thing before, in French or English Canada," he said. "And it's a big story."
It also remains a sensitive story, decades later.
October 1970 - being filmed in Halifax and Montreal this winter as an eight-hour miniseries for CBC Television - was originally pitched as a double project, to be simultaneously shot in English and French. But when Grigsby and fellow producer Laszlo Barna asked Radio-Canada executives in Montreal if they were interested in a French version, the pair was greeted with icy stares and ushered out the door.
"You could just tell from the looks on their faces," Grigsby said. "Two anglos show up and start pitching them this story - there was no way in hell they were going to let us do this on their network.
"And I'm not sure they'll ever do it themselves. There are so many myths and skeletons about it that Quebecers of a certain generation would be very nervous about going forward with this project."
Grigsby - whose recent filmmaking credits include the Trudeau and Trudeau II miniseries - says he had quite a different reaction from some of the convicted felons of the FLQ, several of whom he interviewed for his research on the film.
"People who were involved in it are keen to see this made," he said, among them Jacques Lanctot - leader of the cell that kidnapped Cross - who now runs a publishing firm in Quebec.
"Lanctot actually pitched me his own miniseries, with a different take on the crisis," Grigsby said. "His attitude is, if it hadn't been for his (FLQ) manifesto being broadcast during the kidnappings, the Parti Quebecois would never have been elected. In the broad political sense for him, the ends still justified the means."
Whatever emotions October 1970 stirs up - and whether it sparks a renewed debate about the FLQ's contribution to the independence movement in Quebec - is of less interest to Grigsby than the simple telling of an extraordinary tale.
Long before Baghdad and Beirut became synonymous with terrorist bombings, Montreal was beset by political violence all its own. In 1970 Canada watched as the city was shaken by two high-profile kidnappings, the murder of provincial labour minister Pierre Laporte, and the arbitrary arrest of hundreds of people following the imposition of martial law.
Such events, Grigsby said, are the makings of a perfect political thriller.
"Our idea is to try to tell all of the story in as much detail as we can," he said, "and to try to put it in context for people who don't remember Quebec and the separatist movement from 1963 to 1970 - the demonstrations, the shootings, the bombs in mailboxes."
Those without direct knowledge include most of Grigsby's cast, including Mathieu Grandin, the charismatic young Montreal actor who plays Lanctot.
Grandin, 25, is no stranger to rebellious protest; in 2001 he joined the anti-globalization demonstrations at the Summit of the Americas in Quebec City.
But Grandin says nothing in his generation's experience comes close to what unfolded in 1970.
"For people my age, not having lived through these events, it seems totally out of the ordinary. It's hard to imagine anything like this happening today. And it's a part of Quebec history that's partly been hidden - part of the population is a little ashamed about it."
Grigsby remembers the crisis. He was 23, living in Montreal, and working as a researcher for the CBC when violence erupted, civil liberties were suspended, and police began arbitrarily throwing their weight around the city, thanks to a draconian federal law that gave them the tools to track down the kidnappers but left a trail of fear and anger that still reverberates today.
"It makes for a rip-roaring good yarn, but there's a cautionary dimension to it," Grigsby said.
"Terrorists were behaving in a way that's foreign to the Canadian tradition. Politicians didn't know how to handle it, and cops certainly weren't trained to deal with it. We went to the brink as a country that year. We were staring over the edge of the abyss."

NOS JEUNES FELQUISTES : DES REBELLES IGNORÉS ? C'EST ASSEZ, ÇA SUFFIT !
CLAUDE JASMIN
Le Québécois, octobre 2005
Après presque un demi-siècle, persiste encore une sorte de honte
niaise. On continue, hélas, hélas, hélas, le silence total sur des garçons
qui hypothéquaient courageusement leur avenir, qui agirent absolument
librement et sans aucun profit appréhendé. Qui résistèrent quoi, armés de
manière artisanale tout à fait comme ceux de Saint-Denis ou de
Saint-Eustache au temps de la guerre anticoloniale des débuts du XIX siècle.
Ces « jeunes gens en colère », qui entrèrent dans la clandestinité,
ceux des débuts de 1960 comme ceux de 1970, sont des inconnus pour les
jeunes générations. Ils méritent de la lumière, non ? Ils montraient du
courage, une audace terrible tant somnolaient la majorité des nôtres, sauf
au RIN de Pierre Bourgault. Ils prenaient, oh oui, des risques énormes. Ils
allèrent, la plupart en prison, quelques-uns pour longtemps, et en exil, tel
Richard Bizier. Ils furent vendus.pour de vrais « 30 deniers », bien
sonnants et bien trébuchants, furent trahis par des Judas-Jacques-Lanciault
ou bien capturés par une puissante machine de répression militaro-policière
avec immense filet mis en action par les agents zélés du fédéralisme
canadian et par leurs inféodés au Québec même.
Les rebelles de 1837-1838, ces magnifiques « Patriotes » sont au
calendrier et fêtés chaque novembre. Conspués par le haut-clergé froussard
face aux « bons maîtres », interdits de sépulture chrétienne, ils sont
devenus, le temps passant, des héros incontestables. Plus d'un siècle a
passé, c'est bien ça ? On grave leurs noms sur des socles, on rend de justes
hommages à ces héros antimonarchistes armés. Qui tuèrent parfois. Pour la
cause sacrée. Pour les jeunes membres du FLQ rien, c'est un silence qui a
assez duré. De jeunes historiens québécois devraient désormais enquêter et
publier sur eux. On découvrira, me dit-on, des « qui-ont-mal-tourné », et
après ? Dans n'importe quel groupe de libération, toujours, il y a eu des
héros qui ont mal vieilli. Durant la Résistance en France comme parmi les
batailleurs de l'Irlande-nord. Pas vrai ? Nul patriote n'est tenu de mener
une vie exemplaire après le temps des combats. Et vive la liberté! C'est
banal, normal, prévisible que certains comportements héroïques ne
s'accomplissent que dans l'urgence d'un moment d'histoire, non ? Il s'agit
de faire cesser un mutisme louche. De cesser d'intérioriser de façon fort
malsaine la vision haineuse de nos desperados selon les vues forcément
rapetissantes des ennemis de notre patrie. Je souhaite - et j'ose croire
n'être pas le seul - mieux savoir qui étaient ces jeunes gens qui firent
trembler pendant des mois, certaines années, les puissants et les assistants
passifs de notre DILUTION ORGANISÉE. Tenez ces deux mots. Ils résument
clairement ce qu'est l'Histoire du Canada. Cela depuis le goddam Durham
jusqu'à la maudite tromperie faussement nommée : confédération.
Au temps des premiers bombardements felquistes, travaillant comme
scénographe au « réseau français » (réseau tant craint par PET) de la CBC,
je me souviens fort bien des mines d'enterrement de la riche English section
de la dite Boadcasting Corporation, boulevard Dorchester à Montréal.
Crispations partout. Énervements subits. Suspicions virant à la plus folle
des paranos dans les couloirs, les bureaux et les salles de réunion. On peut
imaginer les semblables désarrois ailleurs, à Ottawa comme à Toronto.
Noyautage du personnel par des agents de la Police Montée déguisés en
cadres. « Le cadre », petit, moyen, supérieur, c'est si pratique comme
camouflage policier.
Ce fut un temps de panique, d'agitation bureaucratique allumée par
ces quelques jeunes résistants impatients. Bombes donc ici et là ! Posées
par qui ne croyaient plus aux faveurs d'une bien lente démocratisation entre
les « deux solitudes ». Ainsi le Big Brother (et Big Boss) ce sinistre
bloke, Gordon, proclamait scandaleusement que les Québécois, tous,
n'étaient pas assez compétents pour obtenir la moindre promotion dans les
grandes compagnies, publiques ou semi-publiques. Ainsi, soudainement, voici
que des bombes éclataient, sans cesse, et voilà que nous pouvions lire (dans
La Presse comme dans Le Devoir) des « avis de promotion » inouïs. Tiens,
tiens ! Subitement les Québécois avaient des talents ! Brave et bonne
conseillère, la violence ?
Quand les felquistes furent mis en cellules pas un seul de tous ces
« frais promus » eut l'idée normale d'envoyer au moins des oranges ou des
chocolats à ces très jeunes hommes enfermés en pénitenciers ! Oh, les
ingrats. C'était de leurs actions intrépides, de la peur, que survenaient
leurs neuves fonctions importantes, leurs nouvelles grosses gages. Ces
jeunes garçons du FLQ avaient réveillé ces racistes francophobes, bonzes à
clubs privés interdits aux nôtres, bonzes du Golden Mile, mandarins racistes
des establishements. C'était donc la frousse-au-cul de ces damm blokes qui
venait de permettre - à nos compatriotes doués - la fin du mépris raciste
anglo et d'avoir droit à des postes de directeurs, de gérants, de
surintendants, de directeurs, de vice-présidents. Ah oui, une belle bande
d'ingrats ! Ou bien ils étaient tous des innocents, des mal-politisés, des
aliénés à plaindre, des désinformés, des polis esclaves habitués aux
reconnaisances très tardives. Eh oui, pas une seule orange donc dans ce
temps-là. et, en 2005, pas encore un seul nom de ces
résistants armés, nulle part, dans aucun manuel scolaire d'histoire, pas
une seule mention à aucun anniversaire . anniversaire qui pourrait souligner
« un tout-petit-peu-au-moins » les bénéfices cueillis à cette époque par les
nôtres.
« Oui mais il y a eu des victimes innocentes », me dit-on aussi.
Inévitablement. On n'a qu'à lire un peu à propos de tout mouvement
d'émancipation, de révolte. Au Mexique des Zapata, des Bolivar comme aux
jeunes Etats-Unis de 1776, il y eut des victimes, on peut citer mille villes
et/ou pays, n'est-ce pas ? Il faut être d'une candeur rare pour imaginer
une lutte, un combat armé et souhaiter qu'on n'y trouve aucun sang versé.
Oui, il y a eu, hélas, cette dévouée simple secrétaire chez La Grenade
Shoes, cet étudiant, kamikaze sans le vouloir, jeune et maladroit porteur de
bombes sous Vallières et Gagnon, l'étudiant Corbo, 18 ans. Et cet agent de
police devenu hélas handicapé, hélas aussi ce malheureux concierge,
M.O'Neil, gardien d'une caserne militaire une certaine nuit de bombe. Et
puis, il y a 25 ans maintenant, événement traumatisant, un député-ministre
libéral, Pierre Laporte.
J'en oublie ? C'est possible. Encore une fois, cette partie de NOTRE
histoire, gênante pour les timorés, qui est tue, cachée, doit désormais
trouver de l'éclairage. Ces batailles, rarement meurtrières, devraient
faire partie des manuels scolaires, sans aucune espèce de honte, avec
vérité. En montrer avantages et désavantages, oui, ces graves inconvénients
via la répression. Blocages de promotions pourtant méritée, mon cas à
trois reprises à la SRC quand j'étais security risk n'est-ce pas, comme
Gérald Godin, ou un Norman Lester, il y a pas longtemps. N'oublions jamais
les ordres « implicites » de PET à la RCMP d'où vols des listes du PQ,
(vraies) bombes, (faux) communiqués felquistes, incendiât de grange.
Oui, il est urgent maintenant qu'un chercheur sorte de l'ombre ces
vaillants jeunes défenseurs des nôtres injustement enterrés vifs. Nous
souhaitons ce (ou cette) amant de lucidité, de franchise. Que ce sain
travail d'histoire normale se fasse dès à présent, presque 50 ans après les
premiers gestes du FLQ. Ils sont des faits notoires. Facile à dénicher cette
part d'histoire dans les archives des journaux. Maintenant pour rendre
justice mais aussi pour faire enrager et nos adversaires néo-rodhésiens (1)
et néo-chiens-couchant. Qu'ils en bavent ceux qui, salauds finis, inventent
la nocivité et l'inutilité des actes terroristes en vue de notre liberté
totale. Personne n'insulte la mémoire de M. Begin qui fut, lui aussi jeune,
un fort actif terroriste aux aurores de l'installation de la patrie juive.
L'autre qui me dit aussi : « Oui mais le raciste Speak white
montréalais des Square Heads, si insultant, on ne l'entend plus. Tout a
changé maintenant, non ? » Je répond : raison de plus de revaloriser les
premiers jeunes combattants de notre lutte d'émancipation. Ils furent
héroïques, il ne faut plus craindre de le dire, de vanter ces gars-là, de
narrer leurs actions illégales mais non « illégitimes », dans nos livres
d'histoire. Seul le regard méprisant de nos vieux agents d'assimilation,
celui des foremen de nos pères soumis, nous empêchant de crier : « Honneur à
vous premiers combattants du milieu du 20ième siècle ! ». Et l'autre
mal-décolonisé, aliéné qui me dit encore : « En 2005, pourquoi reparler de
ces années noires ? » Parce que « je me souviens », parce que relater ce
passé récent, c'est exactement le rôle de l'historien. Justement, en 2005,
il faut en parler, il faut inscrire les faits, la courageuse action
entreprise quand il y avait encore, malgré les promesses des quatre « L »
(Lesage, Lévesque, Lajoie, Laporte) trop peu de progrès, et, partant, trop
peu d'espoir. Les âmes délicates, les bons-ententistes à tout prix, les
effaceurs des faits gênants, les révisionnistes patentés, tous ces
cornichons frileux et hypocrites, ces carpettes de l'axe anglo-américain,
ces lamentables cocus-contents, vous verrez, vont se pincer le nez,
l'auriculaire en l'air, « Quelle horreur ! Ces bombes, pouah ! » Ce qui va
ravir les anciens patrons blokes et leurs courroies dociles en fédérastie.
Au moment où le vaiseau coule, au moment où les rongeurs fédérats (afflublés
du beau mot de créatifs publicitaires) se sauvent, se cachent.c'est bien,
non ?, le bon moment de louanger des jeunes gens impétueux, d'un courage
édifiant, et, je le répète, qui hypothéquaient leur avenir complètement.
Agissant pas pour gagner des sous ô Juges Gomery de la terre, mais pour
effrayer des racistes sourds à 85 % de la population les environnant; ce qui
était un racisme québécois à la sauce « Afrique du sud » !
À partir de maintenant, de cet appel, j'ose espérer la rédaction
généreuse d'une personne du monde des historiens. Justice sera enfin rendue.
Un malodorant silence enfin brisé. Un tabou bien con enfin démoli. Tout un
pan de notre histoire, celle de nos jeunes felquistes, n'a absolument rien
de honteux.
Cette honte que la gent bien-pensante, languedebois-parlante, nous ordonne
de nous taire sans le dire, elle fait exactement le jeu de nos dominateurs.
Y compris le jeu de la horde des méprisables libéraux à commanditaires
stupides, à vagues de pavillons unifoliés. Et le jeu des valets ottawaïens,
des rois-nègres serviles, à la Georges-Étienne Cartier, le vire-capot, ou à
la Louis St-Laurent, le tergiversationnaliste, ou encore à la PET-Trudeau,
le jetsetter apatride et déraciné, enfin à la Jean Chrétien, cet ignoble
Janus (à deux et quatre faces) le pire de notre histoire.
Eux tous et bien entendu de mèche avec nos adversaires les noyeurs
intéressés de nations souveraines, les installateurs zélés de mosaïques et
du multi-cul. instrument si pratique pour nous diluer au plus tôt : qui ?
Nous : les trop longtemps endormis Québécois bafoués, nous, la trop patiente
naguère MAJORITÉ INVISIBLE, nous, les anciens mollassons « moutons », nous
les ancien favorisateurs des ghettos, nous les jadis racistes invertis
(nous n'étions que des crétins, c'est entendu.)., c'est terminé en 2005,
enfin ! Combat essentiel en 2005 ! Eux, les à-abattre » électoralement
désormais avec tous leurs parasites vénaux, des Chuck Guité graisseurs
compulsifs jusqu'au « prophète indépendantiste » loufoque, le pourri
revenant shakespearien du Danemark, l'Alphonso.
Je sais, je sens, que l'on va venir corriger cette part de notre
histoire en 2005 et le vieil homme que je suis devenu en est si content, si
léger, si fier. Je dis déjà merci à cette personne courageuse. J'ai déjà
hâte à cette lumière. J'ai hâte déjà à toute la vérité. Comme je le fis, en
1965 en page de garde de mon roman populaire (ce qui enragea les abbés
Marcotte de tout le territoire! ), « Pleure pas Germaine », je veux dédier
ce petit pamphlet à (et peu m'importe s'ils ont bien ou mal tourné - et c'est quoi au juste «
mal tourné » - ) à MM. Mario Bachand, Alain Brouillard, Richard Bizier (que je revois
parfois), François Gagnon, Jacques Giroux, Gabriel Hudon (condamné 20 fois à
la « perpétuité » et à qui, en 1980, je confiai mon « Contes du Sommet bleu
» chez Quebecor), Yves Labonté, Denis Lamoureux (aidé à sa sortie de
pénitencier par Pierre Péladeau), Eugénio Pilote, Gilles Pruneaux (rencontré
à la célèbre « Taverne Royal Pub » en 1961), Pierre Schneider (aidé aussi
chez Péladeau), Georges Schoeters, (émigrant du pays de Brel), Roger
Tétreault, Raymond Villeneuve (encore actif chez les radicaux de la cause).
Vive TOUTE l'histoire !
CLAUDE JASMIN
(1 : « rodhésien » est l'infamante épithète publiquement utilisée pour nos
racistes par René Lévesque face au racisme francophobe des anglos de son
temps. C.J. ).

Nique ta mère !
Jean Baudrillard
Libération, vendredi 18 novembre 2005
Voitures brûlées et NON au référendum sont les phases d'une même
révolte encore inachevée.
Il aura fallu que brûlent en une seule nuit 1 500 voitures, puis, en
ordre décroissant, 900, 500, 200, jusqu'à se rapprocher de la
«normale» quotidienne, pour qu'on s'aperçoive que chaque nuit 90
voitures en moyenne brûlaient dans notre douce France. Une sorte de
flamme perpétuelle, comme celle de l'Arc de triomphe, brûlant en
hommage à l'Immigré inconnu. Aujourd'hui reconnu, le temps d'une
révision déchirante, mais tout en trompe-l'oeil.
Une chose est sûre, c'est que l'exception française, qui avait
commencé avec Tchernobyl, est révolue. Notre frontière a bien été
violée par le nuage radioactif, et le «modèle français» s'effondre
bien sous nos yeux. Mais, rassurons-nous, ce n'est pas le seul modèle
français qui s'effondre, c'est le modèle occidental tout entier qui
se désintègre, non seulement sous le coup d'une violence externe
(celle du terrorisme ou des Africains prenant d'assaut les barbelés
de Melilla), mais encore de l'intérieur même.
La première conclusion et ceci annule toutes les homélies et les
discours actuels c'est qu'une société elle-même en voie de
désintégration n'a aucune chance de pouvoir intégrer ses immigrés,
puisqu'ils sont à la fois le résultat et l'analyseur sauvage de cette
désintégration. La réalité cruelle c'est que si les immigrés sont
virtuellement hors jeu, nous, nous sommes profondément en déshérence
et en mal d'identité. L'immigration et ses problèmes ne sont que les
symptômes de la dissociation de notre société aux prises avec elle-
même. Ou encore : la question sociale de l'immigration n'est qu'une
illustration plus visible, plus grossière, de l'exil de l'Européen
dans sa propre société (Hélé Béji). La vérité inacceptable est là :
c'est nous qui n'intégrons même plus nos propres valeurs et, du coup,
faute de les assumer, il ne nous reste plus qu'à les refiler aux
autres de gré ou de force.
Nous ne sommes plus en mesure de proposer quoi que ce soit en termes
d'intégration d'ailleurs, l'intégration à quoi ? , nous sommes le
triste exemple d'une intégration «réussie», celle d'un mode de vie
totalement banalisé, technique et confortable, sur lequel nous
prenons bien soin de ne plus nous interroger. Donc, parler
d'intégration au nom d'une définition introuvable de la France, c'est
tout simplement pour les Français rêver désespérément de leur propre
intégration.
Et on n'avancera pas d'une ligne tant qu'on n'aura pas pris
conscience que c'est notre société qui, par son processus même de
socialisation, sécrète et continue de sécréter tous les jours cette
discrimination inexorable dont les immigrés sont les victimes
désignées, mais non les seules. C'est le solde d'un échange inégal de
la «démocratie». Cette société doit affronter une épreuve bien plus
terrible que celle de forces adverses : celle de sa propre absence,
de sa perte de réalité, telle qu'elle n'aura bientôt plus d'autre
définition que celle des corps étrangers qui hantent sa périphérie,
de ceux qu'elle a expulsés et qui, maintenant, l'expulsent d'elle-
même, mais dont l'interpellation violente à la fois révèle ce qui se
défait en elle et réveille une sorte de prise de conscience. Si elle
réussissait à les intégrer, elle cesserait définitivement d'exister à
ses propres yeux.
Mais, encore une fois, cette discrimination à la française n'est que
le micromodèle d'une fracture mondiale qui continue, sous le signe
précisément de la mondialisation, de mettre face à face deux univers
irréconciliables. Et la même analyse que nous faisons de notre
situation peut être répercutée au niveau global. A savoir que le
terrorisme international n'est lui-même que le symptôme de la
dissociation de la puissance mondiale aux prises avec elle-même.
Quant à chercher une solution, l'erreur est la même aux différents
niveaux, que ce soit celui de nos banlieues ou des pays islamiques :
c'est l'illusion totale qu'en élevant le reste du monde au niveau de
vie occidental, on aura réglé la question. Or, la fracture est bien
plus profonde, et toutes les puissances occidentales réunies le
voudraient-elles véritablement (ce dont on a toutes les raisons de
douter), qu'elles ne pourraient plus réduire cette fracture. C'est le
mécanisme même de leur survie et de leur supériorité qui les en
empêche mécanisme qui, à travers tous les pieux discours sur les
valeurs universelles, ne fait que renforcer cette puissance, et
fomenter la menace d'une coalition antagoniste de forces qui la
détruiront ou rêvent de la détruire.
Heureusement ou malheureusement, nous n'avons plus l'initiative, nous
n'avons plus, comme nous l'avons eue pendant des siècles, la maîtrise
des événements, et sur nous plane une succession de retours de flamme
imprévisibles. On peut déplorer rétrospectivement cette faillite du
monde occidental, mais «Dieu sourit de ceux qu'il voit dénoncer les
maux dont ils sont la cause».
Ce retour de flamme des banlieues est donc directement lié à une
situation mondiale ; mais il l'est aussi ce dont il n'est
étrangement jamais question à un épisode récent de notre histoire,
soigneusement occulté depuis, sur le même mode de méconnaissance que
celui des banlieues, à savoir l'événement du non au référendum. Car
le non de ceux qui l'ont voté sans trop savoir pourquoi, simplement
parce qu'ils ne voulaient pas jouer à ce jeu-là, auquel ils avaient
été si souvent piégés, parce qu'ils refusaient eux aussi d'être
intégrés d'office à ce oui merveilleux d'une Europe «clés en main»,
ce non-là était bien l'expression des laissés-pour-compte du système
de la représentation, des exilés de la représentation à l'image des
immigrés eux-mêmes, exilés du système de socialisation. Même
inconscience, même irresponsabilité dans cet acte de saborder
l'Europe, que celles des jeunes immigrés qui brûlent leurs propres
quartiers, leurs propres écoles, comme les noirs de Watts et de
Detroit dans les années 60.
Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et
politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même
plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale.
Tous désaffiliés, selon le terme de Robert Castel. Or, de la
désaffiliation au desafio, au défi, il n'y a pas loin. Tous ces
exclus, ces désaffiliés, qu'ils soient de banlieue, africains ou
français «de souche», font de leur désaffiliation un défi, et passent
à l'acte à un moment ou à un autre. C'est leur seule façon,
offensive, de n'être plus humiliés, ni laissés pour compte, ni même
pris en charge. Car je ne suis pas sûr et ceci est un autre aspect
du problème, masqué par une sociologie politique «bien de chez nous»,
celle de l'insertion, de l'emploi, de la sécurité , je ne suis pas
sûr qu'ils aient, comme nous l'espérons, tellement envie d'être
réintégrés ni pris en charge. Sans doute considèrent-ils au fond
notre mode de vie avec la même condescendance, ou la même
indifférence, que nous considérons leur misère. Peut-être même
préfèrent-ils brûler les voitures que de rouler dedans à chacun ses
plaisirs. Je ne suis pas sûr que leur réaction à une sollicitude trop
bien calculée ne soit pas instinctivement la même qu'à l'exclusion et
à la répression.
La culture occidentale ne se maintient que du désir du reste du monde
d'y accéder. Quand apparaît le moindre signe de refus, le moindre
retrait de désir, non seulement elle perd toute supériorité, mais
elle perd toute séduction à ses propres yeux. Or, c'est précisément
tout ce qu'elle a à offrir de «mieux», les voitures, les écoles, les
centres commerciaux, qui sont incendiés et mis à sac. Les
maternelles ! Justement tout ce par quoi on aimerait les intégrer,
les materner !... «Nique ta mère», c'est au fond leur slogan. Et plus
on tentera de les materner, plus ils niqueront leur mère. Nous
ferions bien de revoir notre psychologie humanitaire.
Rien n'empêchera nos politiciens et nos intellectuels éclairés de
considérer ces événements comme des incidents de parcours sur la voie
d'une réconciliation démocratique de toutes les cultures tout porte
à considérer au contraire que ce sont les phases successives d'une
révolte qui n'est pas près de prendre fin.
J'aurais bien aimé une conclusion un peu plus joyeuse mais laquelle ?
Dernier ouvrage paru : Les Exilés du dialogue avec Enrique Valiente
Noailles (Galilée, 2005).

CEUX QUI PRENNENT LA LIE POUR LE NECTAR DE LA REVOLUTION
Guy-Virgile MARTIN
un extrait de la revue électronique "Combat"
Le vandalisme qui dévaste des crèches, des écoles, des gymnases, des
moyens de transports, des services publics auxquels la population des
banlieues est attachée, des commerces de proximité dont elle a un grand
besoin, et les humbles biens des pauvres comme la voiture qui permet
d’aller au travail et de sortir du ghetto… ces exactions parfois
criminelles trouvent d’étranges défenseurs, compatissant non aux
victimes mais aux délinquants, des avocats qui voient dans les fumées
des incendies les illuminations de la révolution. Et d’invoquer les
grands noms, comme Hugo, les événements emblématiques, comme les
jacqueries et l’Intifada. Autant faire des maquereaux les apôtres du
féminisme et des amateurs de chair enfantine (qu’on appelle par contre
sens pédophiles) des papas et des mamans gâteaux. Qu’on ne nous fasse
pas prendre des vessies pour des lanternes. C’est mal combattre la
réaction que de lui opposer des analyses fausses et défendre des bandes
qui font le jeu de la droite et du néo-fascisme. Les voyous ne sont pas
des héros (Georges Marchais).
*Les Jacqueries furent d’authentiques luttes de classe*. Dans les années
1350, dans la France du nord , les paysans ou vilains ou encore les
Jacques, avaient un chef politique et militaire de valeur, Guillaume
Karle. En prenant des piques et des torches ils s’attaquaient aux
seigneurs, les tuant si possible et brûlant leurs châteaux mais non les
chaumières, ils réclamaient, l’abolition des écrasants privilèges
féodaux. Ils faisaient la guerre à l’ennemi de classe qui seul était visé.
*L’Intifada est une authentique guerre de libération nationale* Les ados
et les adultes de l’Intifada combattent l’occupant avec les dérisoires
armes qu’ils possèdent, ils ne font pas la guerre à leurs frères mais à
Israël, à ses colons, à ses soldats et à ses collabos.
*Hugo n’a pas toujours été Hugo*, Il est d’usage de le mettre à toutes
les sauces. Hier, promu père de l’Europe, aujourd’hui il sert de caution
aux casseurs maffieux. Faut-il rappeler que dans Les Misérables en
1862 (Hugo avait soixante ans), Gavroche montait sur les barricades au
nom de Voltaire et de Rousseau même s’il ne les avait pas lus. Il savait
qui frapper.
Quant au grand discours de Hugo sur la misère qu’on nous ressort,
gardons-nous de manipuler les faits. C’est en juillet 1849, 13 ans avant
Les Misérables ( un an après la révolte ouvrière de juin 48 noyée dans
le sang et suivie de déportations massives) qu’Hugo prend la parole à
l’Assemblée législative. Et ce discours, quelque admiration qu’on porte
à ce géant, comme le signataire de ces lignes, nous ne pouvons le faire
entièrement notre. Deux ans auparavant, Hugo était pair de France et
monarchiste, il est loin d’avoir accompli sa trajectoire. Il veut
éradiquer la misère certes mais par charité chrétienne et surtout, il le
dit, parce qu’elle nourrit la subversion. Il a des mots très durs pour
les émeutiers de la faim de juin 48 qu’il accuse de «passions
anarchiques», il se félicite de leur échec, c’est «la défaite de la
démagogie», il a pour objectif de /faire disparaître l’esprit de
révolution… les fausses théories… les chimères du socialisme…/En 1849
Hugo est encore pour l’essentiel un homme d’ordre sans indulgence pour
quelque révolution que ce soit.
Quant à Marx et Engels, relisons le Manifeste du parti communiste, ils
portent un jugement très dur sur la lie des villes qu’ils l’appelle le
lumpen- prolétariat (…) cette pourriture passive des couches
inférieures de l’ancienne société (qui) sera plutôt disposée à se
laisser acheter par des manœuvres réactionnaires ».
Alors messieurs les avocats de la pourriture, vous qui avez lancé ce
non sens politique et historique: les «indigènes de la république»
vous confondez l‘épisode colonial du capitalisme qui est forclos avec le
capitalisme qui existait avant et demeure après. Ce n’est pas d’un point
de vue colonial qu’il exploite, ségrége, divise, c’est d’une pérenne
stratégie de classe. Ce n’est pas du colonialisme que sont victimes les
descendants des colonisés, c’est du capitalisme. Distinguer parmi les
victimes est une faute politique.
Le concept actuel d’indigénat est parfaitement inadéquat même si
combattre la discrimination et le racisme est toujours à l’ordre du
jour. Mais sous d’autres mots d’ordre, celui-ci par exemple qui
s’inspire de Marx et Engels : PROLETAIRES DE TOUTES ORIGINES,
UNISSEZ-VOUS !
