
Manifeste signé par plus de vingt personnalités!
Pierre-Luc Bégin, Éditions du Québécois
Patrick Bourgeois, Journal Le Québécois
Le Québécois 21 novembre 2005
Le Syndicat des professionnels de l’information du journal La Presse commence à se poser des questions, nous apprenait Le Devoir la fin de semaine dernière, sur l’éditorialiste André Pratte qui ne se gêne pas pour appuyer le manifeste de la « lucidité » et pour participer aux activités du Parti libéral du Québec! Il était grand temps qu’il s’en pose des questions sur l’orientation politique de nos médias…
Or, pour les Éditions du Québécois et le journal Le Québécois, il est clair que les médias québécois, concentrés tels qu’ils le sont entre les mains de magnats tantôt anti-indépendantistes et tantôt désintéressés de la question nationale, servent (à des degrés divers) l’intérêt du pouvoir fédéral.
Voici donc un manifeste signé par plus de vingt personnalités d’envergure qui mérite l’attention du public et auquel les médias devront répondre!
Le débat sur le contrôle fédéraliste de l’information devra se faire!
***
Manifeste lucide pour la fin de l’hégémonie fédéraliste sur l’information
Pour être libres, les médias et les professionnels
de l’information ne doivent être assujettis
à aucune forme de pouvoir extérieur;
Ils doivent aussi s’assurer qu’ils ne deviennent pas
eux-mêmes une menace au droit du public à l’information;
- Conseil de presse du Québec
Le mouvement indépendantiste est bafoué dans ses droits par les principales entreprises de presse du Québec, c’est l’évidence même et les recherches les plus sérieuses le prouvent maintenant hors de tout doute. Les indépendantistes québécois qui veulent faire connaître leurs points de vue rencontrent toutes sortes de difficultés imposées par des médias qui ne souhaitent qu’une chose : que le Québec demeure encore et toujours sous le joug de l’empire néocolonial canadien. Les indépendantistes sont alors victimes de déséquilibre dans le traitement de l’information, de distorsion des faits, quand ce n’est pas carrément de censure. La mascarade a assez duré ! Les indépendantistes représentent près de 70 % des francophones au Québec et doivent pouvoir se faire entendre. Nous, soussignés, militerons sans relâche pour que cela soit !
Le Québec est une société où l’on retrouve un marché des médias très concentré. Il ne serait pas faux de dire que ce marché est même le plus concentré au monde. À elles seules, les entreprises de presse Power Corporation / Gesca et Quebecor impriment plus de 95 % des exemplaires des quotidiens au Québec. Considérant que l’empire Power Corporation s’est depuis longtemps payé l’allégeance des partis libéraux du Canada en les finançant abondamment et en les dotant de chefs qui ont été conçus et fabriqués dans la cuisse de Paul Desmarais et que Quebecor, nouvelle mouture, ne se préoccupe plus que d’argent vite fait via des projets abrutissants, il est clair que les médias du Québec ne sont plus l’endroit où l’on peut débattre de notre évolution en tant que collectivité. C’est notre vie démocratique qui est menacée par les médias québécois, il est temps que tous s’en rendent compte !
Les seules occasions où les indépendantistes parviennent à briser la loi du silence que leur imposent les médias, c’est lorsque leurs agissements sont de nature à créer un scandale et salir la réputation d’un mouvement qui s’approche lentement mais sûrement de la victoire. Ou encore, lorsqu’ils ne disent rien de vraiment subversif. C’est d’ailleurs en adoptant un discours mièvre que le PQ et le BQ sont parvenus à jouir d’une certaine couverture médiatique, couverture qui rapporte certes leurs déclarations en tant que parlementaires, mais à peu près jamais en tant qu’indépendantistes. Rien pour vraiment favoriser l’accomplissement du projet démocratique, mais révolutionnaire, que nous chérissons, nous, les indépendantistes. Nous nous retrouvons ainsi orphelins de partis décidés à faire vraiment ce pourquoi on les a créés ! La peur des médias qui façonnent l’opinion publique pousse à toutes sortes de comportements les plus obséquieux les uns que les autres…
Bien que l’idée du pays du Québec reçoive maintenant l’aval d’une majorité de Québécois (les sondages le confirment), la très grande majorité des chroniqueurs d’ici se démarquent par leur refus obstiné à reconnaître la pertinence du projet. En fait, il n’y a que Josée Legault, Lise Payette, Franco Nuovo et Michel Venne qui se sont clairement affichés comme indépendantistes et qui prennent, à intervalle plus ou moins régulier, position en faveur de cette idée dans les médias où ils travaillent. Ce n’est très certainement pas suffisant ! Mais il est vrai que l’empire Power Corporation (plus de 50 % du marché de la presse au Québec) refuse, violant les principes mêmes de la démocratie, d’embaucher des professionnels de l’information qui sont indépendantistes, ce qui contribue formidablement à l’absence de commentateurs indépendantistes dans les médias du Québec.
La convergence fédéraliste ne se situe pas seulement dans les entreprises de presse en soit. Il est clair que Radio-Canada contribue aussi au phénomène en imposant au plus grand nombre de Québécois possible les points de vue fédéralistes qui sont façonnés dans le giron de Power Corporation. Nous en avons assez de voir la tête d’André Pratte ou de Vincent Marissal, de supposés journalistes neutres et objectifs, à Radio-Canada pour commenter la chose politique. Plus souvent qu’autrement, Radio-Canada invite seulement ces commentateurs patentés qui ont alors tout le loisir de décrier le mouvement indépendantiste. Pour alimenter sainement le débat, il est impératif d’inviter les deux camps, principe que ne respecte en rien la direction de Radio-Canada, prouvant ainsi qu’elle est à l’aise avec son mandat principal qui est de protéger l’unité canadienne. Principe qui n’est en rien synonyme de journalisme ni de démocratie, avons-nous besoin de le préciser ?
Dans le contexte actuel, il est plus qu’important que les indépendantistes se penchent avec sérieux sur le problème des médias du Québec, tous fédéralistes à des degrés divers (hormis peut-être Le Devoir qui tend à l’équilibre entre les points de vue indépendantistes et fédéralistes). La prochaine bataille référendaire est à nos portes. La frousse que nous avons donnée à nos ennemis fédéralistes en 1995 les a poussés à se réorganiser sérieusement, de façon à ne plus jamais être ainsi pris au dépourvu. Si le traitement médiatique de 1995 fut tout à l’avantage du camp du Non (voir à ce sujet Nos ennemis, les médias publié aux Éditions du Québécois), il sera dix fois pire lors du prochain référendum. Il ne sert à rien de se mettre la tête dans le sable. Il nous reste quelques années pour confronter ce problème courageusement, de façon à identifier des pistes de solution en mesure de corriger vraiment la situation. L’effort de lucidité à faire au Québec se situe d’abord là et pas ailleurs. La santé démocratique de notre société et son avenir politique sont tout de même en jeu !
La première chose à faire pour le mouvement indépendantiste serait de reprendre l’idée qu’Yves Michaud formulait déjà en 1968 : mettre sur pied une Commission sur la concentration de la presse. Les indépendantistes pourraient aussi créer, et ce dès maintenant, un Observatoire des médias, de façon à analyser au jour le jour le travail des médias fédéralistes, eux qui visent principalement à décourager le mouvement indépendantiste, à discréditer ses représentants pour ainsi mieux neutraliser le peuple québécois qui chemine vers l’indépendance. Il sera alors possible d’informer la population quant aux problèmes qu’on y rencontre en les outillant pour qu’ils réclament eux aussi une révolution dans le monde des médias. Finalement, ces mêmes indépendantistes devront faire pression sur le PQ pour qu’il fasse enfin preuve de courage dans ce dossier. Le programme adopté par ce parti en juin 2005 prévoit d’ailleurs de transformer Télé-Québec en entreprise qui informerait honnêtement les Québécois. Or, il faut que cela se fasse, avec ou malgré les ténors péquistes !
Nous, soussignés, déclarons que nous sommes profondément attachés aux principes démocratiques qui doivent guider toute société libre. Nous comprenons que les médias ont un rôle très important à jouer dans nos sociétés et nous respectons leur mission. Mais nous ne la respecterons que si elle s’inscrit dans une démarche vraiment démocratique. Tant que les médias du Québec ne seront qu’autant de courroies de transmission pour la propagande et la désinformation canadienne, nous les dénoncerons avec toute l’énergie qui nous habite. Les indépendantistes ont le droit de se faire entendre, et nous y veillerons scrupuleusement.
Pierre-Luc Bégin
Éditions du Québécois
Patrick Bourgeois
Journal Le Québécois
Cosignataires :
Victor-Lévy Beaulieu
Écrivain et éditeur
Jean-Pierre Bonhomme
Journaliste (ancien collaborateur du Devoir et de La Presse)
René Boulanger
Écrivain
Georges-Étienne Cartier
Psychiatre et ancien candidat du Parti Québécois
Jacques Côté
Écrivain
Robert Dean
Ancien ministre du Parti Québécois et ancien président des TCA-Québec
Pierre Falardeau
Cinéaste
Andrée Ferretti
Écrivaine et ancienne vice-présidente du RIN
Claude Fournelle
Directeur de Québec-Radio
Bernard Frappier
Rédacteur en chef du quotidien indépendantiste Vigile.net
Claude Jasmin
Écrivain
Philippe Kaminski
Trésorier du Forum francophone international
Denise Laroche
Militante et ancienne candidate du Parti Québécois
Gaston Laurion
Professeur émérite de littérature à l’Université Concordia
Jean-Marc Léger
Journaliste et ancien délégué général du Québec en Belgique
Yves Michaud
Ancien député et délégué général du Québec à Paris, directeur du quotidien Le Jour et président-fondateur de l’APEIQ
Alfred Mignot
Secrétaire général Forum francophone international, éditeur-fondateur du journal Vox Latina, président-fondateur de l'Académie latine de France
Yves Rocheleau
Ancien député du Bloc Québécois et président du Parti Québécois – Mauricie
Albert Salon
Ancien ambassadeur de France et président du Forum francophone international
René-Marcel Sauvé
Écrivain et ancien officier de l’armée canadienne (spécialiste en géopolitique)
Pierre Schneider
Auteur
André Trottier
Écrivain
Denis Trudel
Comédien


Réplique à Jean-Marc Beaudoin
Il n'y a plus lieu de s'inquiéter
Pierre-Luc Bégin, Éditions du Québécois
Patrick Bourgeois, Journal Le Québécois
Le Québécois 22 novembre 2005
En privé, les journalistes sont majoritairement souverainistes !?!
Voilà, c'est fait, un deuxième journaliste en un mois s'est commis et parle de la stratégie de dénonciation des médias jugés comme fédéralistes par l'équipe du journal Le Québécois. Après Didier Fessou du Soleil qui s'était bien marré à nos dépens en arguant qu'on était autant de « cocoricos » sombrant dangereusement dans la paranoïa en prétendant que les médias du Québec alimentent sciemment un déséquilibre dans le traitement de l'information, déséquilibre qui favorise les forces fédéralistes avons-nous besoin de le répéter, voilà que c'est au tour de Jean-Marc Beaudoin, du Nouvelliste, de dire quelque chose à notre sujet. Quelque chose à défaut d'analyser vraiment nos assertions, il faut bien le dire.
Pour défendre son patron et l'entreprise qui met du pain sur sa table, M. Beaudoin affirme que notre manifeste ainsi que la pléthore d'intellectuels de premier plan qui le signent ne véhiculent que des faussetés puisque bon nombre des collègues de M. Beaudoin seraient souverainistes. Probable même qu'ils sont majoritaires dans les médias d'ici ! Imaginez ! Ce n'est pas rien quand même. Une majorité de journalistes seraient souverainistes chez Gesca. Que répondre à ça ? Non, mais sérieusement, nous en sommes bouche bée. Tout le travail effectué pendant un an pour produire le livre Nos ennemis, les médias l'a été pour strictement rien, nous devons maintenant l'admettre. Nous aurions dû tout simplement appeler M. Beaudoin au lieu de relire les milliers d'articles publiés dans les quotidiens du Québec lors de la campagne référendaire de 1995. Nous aurions pu aussi appeler André Pratte, lui qui nous a déjà dit que nous n'étions que des menteurs lorsque nous prétendions que le mouvement indépendantiste était lésé par La Presse. Eux, les tenants de la vérité absolue, ils auraient alors pu nous dire que nous étions dans le champ avec notre projet de livre. Combien nous aurions sauvé d'énergie si nous avions pris la simple précaution d'appeler un « sage » de Gesca avant de nous lancer dans pareille entreprise ! Après tout, on peut leur faire confiance à ces journalistes à la sauce Beaudoin. Ils connaissent beaucoup mieux que nous La Presse ou Le Nouvelliste puisqu'ils y travaillent. C'est l'évidence même. Alors qu'avons-nous à gueuler comme des putois, nous les indépendantistes qui dénonçons les médias depuis des décennies ? Tous des fous, serions-nous tous des fous ?
Nous en doutons fort. Et ce qui nous amène à le nier, c'est que M. Beaudoin, pour dissimuler l'emprise fédéraliste sur l'information (et en cela, il est tout à fait représentatif de ce qui se fait traditionnellement comme travail chez Gesca à l'égard du mouvement indépendantiste), déforme les propos du Québécois et des cosignataires de notre manifeste qu'on retrouve sur le forum du Québécois (www.lequebecois.org) pour parvenir à ses fins. Il les déforme comment ? Tout simplement en évitant le coeur du problème, en portant son attention sur l'allégeance politique de ses collègues au lieu de regarder ce qu'ils produisent comme articles, à défaut de pouvoir dire littérature. Faut vraiment être malhonnête pour nier qu'aucun article, aucune chronique, n'est à peu près jamais publié chez Gesca pour défendre les positions indépendantistes ! André Pratte aurait beau être un ayatollah-terroriste-puretduriste-séparatiste dans son salon, le simple fait qu'il n'écrive qu'en faveur de l'unité canadienne ne change rien au fait que le mouvement indépendantiste s'en trouve quand même desservi au bout du compte. Et cela, M. Beaudoin le sait pertinemment. Ce n'est pas pour rien qu'il a préféré parler des opinions politiques que ses collègues exprimeraient dans leur intimité au lieu de mettre l'accent sur leur travail. M. Beaudoin aurait pu tout aussi bien dire que le très israélien Haaretz Daily est en faveur de l'indépendance de la Palestine, de la libération des territoires occupés et de la destruction du mur en Cisjordanie, puisque en privé, telles sont les opinions que défendent les journalistes de ce journal, que cela n'aurait pas été plus ridicule !
Tout aussi malhonnête est de dire que l'ex-député bloquiste Yves Rocheleau a toujours été bien traité par les médias du Québec. Pour le prouver, on pourrait rappeler que le chroniqueur Jean-Marc Beaudoin (oui, oui, celui-là même qui dit que M. Rocheleau a toujours bien été traité par des journalistes qui sont majoritairement souverainistes, paraît-il), pour souligner la retraite politique de M. Rocheleau, n'a rien trouvé de mieux à écrire que le passage suivant : : « il ne sera pas le premier nationaliste dont l'appel à la race se sera perdu dans la cacophonie parlementaire. Il pourra toujours écouter un vieux disque où on parle d'un certain pays qu'on appelle le Québec ». Et que dire des commentaires qui furent formulés à l'égard de M. Rocheleau dans les médias quand il avait dit qu'il n'était pas canadien ou lorsqu'il avait affirmé endosser (sur le fond) le discours articulé par Pierre Falardeau à l'égard de l'héritage laissé par Claude Ryan ?
***
Deux chroniques malhonnêtes en un mois ! C'est énorme quand on y pense deux minutes. C'est vraiment énorme que, pour parvenir à forcer deux éminents professionnels de l'information à se pencher un tant soit peu sur une critique qui concerne le phénomène de la concentration de la presse et les avantages qu'il procure au camp fédéraliste, nous ayons dû analyser la question pendant un an, publier un livre, donner plusieurs conférences sur le sujet, produire un manifeste, le faire signer par près de 25 Québécois qui font figure de sommités dans leurs sphères d'activité respectives, organiser une conférence de presse (ou seul un journaliste du Journal de Montréal est venu, mais sans publier quoi que ce soit sur le sujet), diffuser notre manifeste dans notre liste de diffusion qui compte plusieurs milliers d'adresses (dont celles de la plupart des journalistes du Québec), pour finir par acheter (oui, oui, vous avez bien lu) un espace publicitaire dans un quotidien pour forcer les médias à mettre en contact leur clientèle avec nos propos. Cette publicité paraîtra dans un quotidien dans les prochains jours.
Quand on y pense vraiment, deux minutes, ou cinq minutes, ou un mois, on en arrive toujours aux mêmes conclusions : une telle situation est carrément scandaleuse et elle donne la nausée !

Les méchants médias fédéralistes débusqués
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) mardi 22 novembre 2005
La griffe à Beaudoin - Je n'y aurais pas donné suite si dans la liste de la vingtaine de signataires, je n'y avais repéré le nom d'Yves Rocheleau, ancien député du Bloc québécois et président pour la Mauricie du Parti québécois.
Le "Manifeste lucide pour la fin de l'hégémonie fédéraliste sur l'information" est signé par des professeurs, des journalistes, des écrivains, Michaud, Falardeau et quelques autres.
Un manifeste qui suit de quelques jours la publication de "Nos ennemis les médias" de Patrick Bourgeois, du Journal du Québécois, signataire lui aussi, bien sûr, du manifeste. À force de le crier, on va finir par le croire qu'il existe bel et bien ce grand complot ourdi par la presse québécoise, mais surtout par celle de "l'empire" Power Corporation, qui édite au moins la moitié des tirages quotidiens des journaux du Québec.
Cela me fait toujours un peu sourire. Depuis que je suis journaliste, j'entends parler de ce grand complot fédéraliste des journalistes, dominés ou manipulés par les grandes forces occultes de l'argent et par les propriétaires des médias, pour nuire, détruire et faire échec au projet d'indépendance du Québec.
La gescaïenne
S'il faut en croire les affirmations du manifeste, dans la "gescaïenne" (du groupe Gesca), on fait bien attention pour ne pas y embaucher des professionnels de l'information qui soient indépendantistes et qui contribueraient "formidablement" à l'absence de commentateurs indépendantistes dans les médias du Québec.
Je me bidonne à chaque fois. Mes patrons, et le reste des autres patrons de presse du Québec qui semblent fréquenter le même giron fédéraliste, ne doivent pas avoir un bon service de renseignements. Je n'ai jamais entendu parler d'un formulaire dans lequel l'aspirant journaliste soit invité à révéler ses convictions politiques, pas même par le biais de petites questions astucieuses.
Si tel était le cas, il serait grand temps de changer le formulaire, car il y a bien des ratés. Les mailles du prétendu filet sont plutôt larges. Et s'il y a des enquêtes secrètes, à la place de mon boss, je ne paierais pas la facture d'enquête.
On ne fera pas le compte de mes consoeurs et confrères qui ont un penchant souverainiste, mais ils seraient majoritaires que je n'en serais pas surpris. J'ai bien dit souverainistes, car indépendantistes, dans le sens pur et dur, là, c'est moins sûr.
D'ailleurs, quand on prétend dans le manifeste que près de 70 p.c. des Québécois francophones sont indépendantistes, cela manque grossièrement de nuances. Ce n'est pas ce que disent les sondages et je ne peux voir à quels sondages on fait référence pour affirmer le contraire.
Peu importe, il a toujours fallu pour nourrir le resserrement des frileux, l'existence cachée d'un dangereux ennemi, obscur de préférence. L'Église a ses démons pour nous faire frémir et nous tenir dans son sein. Les chapelles doivent pouvoir compter sur quelques serpents venimeux, dans ce cas, les méchants journalistes pour serrer les rangs et ramener les égarés.
Les francs-maçons
Quand j'étais jeune, il y avait une loge maçonnique à Trois-Rivières. On nous effrayait et on nous en éloignait en prétendant qu'il y avait à l'entrée, incrusté dans le plancher, un crucifix qu'il fallait piétiner. La fabulation est modernisée. On n'est pas loin de prétendre que les journalistes doivent s'essuyer les pieds sur des fleurdelisés à l'entrée de leurs salles de rédaction... pour y maintenir leur emploi et obtenir des promotions.
C'est de l'hérésie. Jamais, tout au long de ma carrière, je n'ai reçu la moindre directive de penser fédéraliste, que ce soit comme journaliste, chroniqueur ou éditorialiste. Les journalistes restent de furieux libres penseurs. Et je suis toujours demeuré médusé quand des gens de la frange la plus orthodoxe du mouvement souverainiste refusaient mon constat. Yves Rocheleau était de ceux-là.
Quand il était député du Bloc, il recevait chaque année, un peu avant Noël, les journalistes à dîner. On mangeait des sandwichs préparées par Bouf'elles. Je m'amusais toujours à prolonger le dîner et à m'engager avec lui dans un débat sans issue. J'en mettais un peu juste pour le conforter dans ses convictions. Mais je n'ai pas mémoire que dans les médias de la région, on l'ait jamais maltraité, déformé, ignoré, boycotté ou massacré. Don Quichotte avait ses moulins à vent à combattre; Yves a ses moulins à paroles.


Réplique à Louis Cornellier du Devoir
L’identité québécoise ne peut être exclusivement territoriale !
Patrick Bourgeois
Le Québécois 21 novembre 2005
Lorsque j’ai pris la décision d’écrire le pamphlet We are Québécois when ça nous arrange (Les intouchables, 2005), je savais pertinemment que je m’aventurais sur un terrain fortement miné. Je comprenais d’expérience qu’au Québec, le simple fait de se poser des questions quant à la nature même de l’identité québécoise suscite toujours les passions les plus enflammées, pour ne pas dire « vitrioliques ». Alors, je me doutais bien qu’en remettant en question, comme je le fais dans mon essai, la nature territoriale de l’identité québécoise telle que défendue au Parti Québécois depuis des lustres, je ne pouvais que m’attirer les pires épithètes. Je n’ai donc nullement été surpris par la virulence des propos du chroniqueur littéraire du Devoir, Louis Cornellier, à mon endroit.
Grosso modo, Cornellier m’accuse d’être un xénophobe de la pire espèce, un mauvais Lionel Groulx, bref, un fasciste – n’ayons pas peur des mots – et ce, parce que je soutiens que l’identité québécoise ne s’attribue pas automatiquement dès que l’on établit sa résidence permanente sur le sol québécois. À mes yeux, il est clair que pour être considéré comme Québécois, il faut faire le choix conscient de la québécitude. Et cela implique de travailler au progrès du Québec, et de vivre en français. Si l’on s’y refuse, c’est-à-dire en contribuant d’une façon ou d’une autre au « ratatinage » de la réalité québécoise, en sévissant notamment au niveau politique comme les traîtres que sont les Jean Charest de ce monde, ou en s’assimilant sciemment à la culture du colonialiste canadien pour mieux attirer ses compatriotes à sa suite comme l’ont fait les rejetons Trudeau, l’on ne peut alors pas être considéré comme Québécois. Pas même si l’on habite le territoire du Québec.
Cela me semble couler de source. Prétendre le contraire, c’est refuser d’admettre qu’il y a des Canadiens au Québec qui refuseront toujours, avec beaucoup d’obstination, d’être étiquetés en tant que Québécois. Devrions-nous forcer tous les résidants de Parc-Extension ou de Westmount à faire une profession de foi québécoise ? Pour moi, l’identité relève du mode de vie, et donc de la culture. Je défendrai cette vision bec et ongles, comme je le fais d’ailleurs dans mon essai.
Pour étayer sa thèse à mon égard, Louis Cornellier a recours aux pires pratiques du journalisme. Il extrait de mon propos certains passages qu’il lance tout de go à la face des lecteurs, sans jamais préciser le contexte dans lequel il les a puisés. Lorsque M. Cornellier dit que j’accuse mes sujets d’étude (Jean Charest, Paul Martin, Justin Trudeau, Alain Dubuc et compagnie) d’être des traîtres parce « qu'ils appartiennent à "une nouvelle race de bâtards" issue, par filiation, du "métissage ethnique" et riche en "collabos" à la double identité », l’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire lui aurait imposé de présenter, parallèlement à tout le moins, les nuances que j’apporte dans mon livre. Il est vrai que je considère tout individu habitant le Québec et qui se place au service du colonialisme canadien comme un « traître ». Mais il est vrai aussi que je considère que celui-ci peut tout autant être un digne représentant de l’Autre (c’est-à-dire, par exemples, un Vietnamien anglicisé, un Canadien anglais ou un Canadien français tricoté serré et adepte du bilinguisme, ce qui lui contrait de refuser l’idée même de la québécitude), qu'un digne représentant du Nous (c’est-à-dire un Vietnamien francisé, un Mohawk francophone ou un Canadien anglais vivant en français au Québec)[1]. Ce qui revient à dire que ma définition de l’identité québécoise est certes belliciste, mais qu’elle est aussi « inclusiviste ». Important est de dire que je n’ai jamais prétendu que cette identité québécoise s’attribue uniquement à partir de références ethniques ou raciales. On peut être un fier Québécois, peu importe ses origines, du moment où l’on travaille au développement du Québec. Cela, il aurait été fort important que Louis Cornellier le mentionne dans sa chronique, puisque moi, je l’écris clairement dans mon livre.
Du même souffle, je me dois de dire que depuis 10 ans, j’ai pris la décision de m’exprimer le plus honnêtement possible, sans artifices aucun. La langue de bois, je laisse ça aux politiciens et à ceux qui se sont programmés depuis belle lurette pour éviter la confrontation qu’ils jugent stérile. À ce jeu, il est clair que je heurte les susceptibilités de plusieurs. J’en suis conscient. C’est d’ailleurs ce côté provocateur qui m’a amené à dire que le métissage ethnico-culturel était un terreau fertile pour le colonialiste canadien, désireux qu’il est d’embrigader de nouveaux colonisés qui s’évertueront à miner le rayonnement du Québec français. Ce n’est pas parce que ces êtres ont la félonie dans le sang qu’ils se retrouvent plus souvent qu’autrement du même côté de la barricade que le colonialiste canadien. C’est tout simplement parce que le milieu culturel duquel ils sont issus les prédispose pleinement à la traîtrise. Ce n’est pas du racisme, ni de la xénophobie que de le constater ! Ne vous en déplaise, vous, les bien-pensants !
Après avoir exposé dans mon essai de telles constatations, je n’ai en rien dit qu’il fallait militer pour exclure ceux qui vivent à nos côtés et qui nous sont différents parce qu'ils représenteraient autant de menaces à la pérennité du fait français en Amérique. Depuis longtemps, une majorité de Québécois ont compris qu’il faut contraindre à l’imprégnation de la véritable culture du Québec qui ne saurait être que française les nouveaux arrivants qui s’installent ici. Et j’en suis. S’y refuser – je n’en suis pas-, c’est accepter pleinement l’assimilation de tout un peuple en contemplant des immigrants rejoindre le colonialiste canadien qui n’en espérait pas tant.
Tout ça pour dire que le simple fait de vivre au Québec ne transformera jamais des humains en Québécois à part entière. Dans un contexte minoritaire, si nous espérons survivre, nous devrons nous battre pour imposer l’identité québécoise au plus grand nombre d’individus avec qui nous partageons un territoire. Cela ne saurait se faire automatiquement. Notre libération, c’est aussi accepter de prendre conscience qu’on n’y parviendra jamais en évitant de confronter la réalité. Ce que nous faisons lorsque nous prétendons que tout individu habitant le territoire est l’un des nôtres, l’un de nos frères ou sœurs d’armes alors que tel n’est pas automatiquement le cas !
Patrick Bourgeois
We are Québécois when ça nous arrange. Les Intouchables. 2005.

Du nationalisme étriqué
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 12 et dimanche 13 novembre 2005
Fondateur du journal indépendantiste Le Québécois, Patrick Bourgeois est un militant batailleur. Les fédéralistes, pour lui, sont moins des adversaires idéologiques que des ennemis. Inspiré par la pensée décolonisatrice d'Albert Memmi, Bourgeois considère le Canada comme un pays agressivement assimilateur et le Québec comme une colonie en lutte pour sa liberté. Cause première de ce triste état de fait, la Conquête anglaise, selon lui, aurait transformé les Québécois en êtres peureux et traumatisés sur le plan identitaire, et seule l'indépendance pourrait renverser la situation. Aussi, si vous êtes favorable à cette solution, Bourgeois vous considère comme un frère d'armes, mais si vous êtes contre, vous êtes un traître, un vendu ou, comme Pierre Elliott Trudeau, un «génocidaire en puissance». On est près, ici, de la pensée d'un Pierre Falardeau qui, d'ailleurs, est le préfacier de ce livre.
Pour être contestable à certains égards, cette pensée un peu brutale n'en reste pas moins légitime en ce qu'elle s'appuie sur certains arguments valables. Le malaise ressenti à la lecture de We Are Québécois when ça nous arrange ne tient donc pas au parti pris indépendantiste et décolonisateur de son auteur, mais plutôt aux insinuations à saveur ethnique qui lui tiennent lieu de stratégie argumentative.
On peut penser, en effet, que Justin Trudeau, Ben Mulroney et Yann Martel, en se faisant les chantres d'un bilinguisme salvateur et garant d'une ouverture sur le monde, se trompent, nuisent au projet souverainiste et doivent être contestés. Laisser entendre, comme ils le font, que le projet d'un Québec indépendant et français est rétrograde parce que l'avenir sera aux identités multiples relève de la bêtise idéologique et de la mesquinerie. Aussi, critiquer leur attitude de parvenus identitaires est donc un devoir intellectuel et il est pertinent de s'y employer.
Là où Bourgeois dérape, toutefois, c'est quand il attribue la source de leur attitude à leurs origines ethniques. Facile de comprendre, suggère-t-il, pourquoi ces gens-là sont des traîtres quand on constate qu'ils appartiennent à «une nouvelle race de bâtards» issue, par filiation, du «métissage ethnique» et riche en «collabos» à la double identité. On croirait lire du mauvais Lionel Groulx (je précise, parce qu'il y en a du bon) ! Ce glissement du débat d'idées vers une chasse au complot fondé sur l'origine ethnique est profondément malsain et n'aide pas la cause souverainiste en donnant raison à ses adversaires les plus primaires.
Montrer que Jean Charest nuit au Québec en s'accrochant obséquieusement à la logique fédéraliste, que Paul Martin n'a rien d'un ami du Québec et qu'Alain Dubuc est prêt à toutes les bassesses argumentatives pour discréditer le projet souverainiste est un juste combat. Affirmer, par ailleurs, que leur fédéralisme s'explique par leur identité métissée relève de la xénophobie la plus crasse et est parfaitement indéfendable puisque cela voudrait dire que les idées tiennent à l'origine ethnique.
Il n'y a rien de scandaleux, redisons-le, à qualifier des gens de mauvais penseurs, d'adversaires, de mercenaires, voire d'opportunistes, quand on a des arguments pour ce faire. On peut, oui, dire haut et fort : voici, à mon avis, des gens dont les opinions et les gestes nuisent au progrès du Québec. Nous sommes, alors, dans l'argumentation, aussi polémique soit-elle. Présumer d'un lien de causalité entre les origines ethniques et la pensée (et non entre la culture et la pensée, ce qui serait autre chose) nous fait toutefois quitter ce terrain pour nous entraîner dans l'orbite d'un antihumanisme déshonorant que le souverainisme, tout comme le fédéralisme d'ailleurs, doit fuir comme la peste.
Collaborateur du Devoir
We are Québécois when ça nous arrange
Patrick Bourgeois
Les Intouchables
Montréal, 2005, 160 pages

Vaillant Tit-Louis qui cogne et frappe
Claude Jasmin
www.claude-jasmin.com 27 octobre 2005
http://www.claude-jasmin.com/portail/?p=204
Pouvez-vous imaginer un journaliste qui craint pas de «fesser dans le dash»? Besoin, non pas d’un pare-brise avec lui mais d’un coupe-ouragans tant il a du nerf. Cogner et frapper sur un tas de ses collègues, faut le faire.
Eh bien, il existe cet olibrius, type rare en ce temps de complaisance corporative. Louis Cornellier gagne sa vie comme jeune enseignant dans un collège (Joliette) et, tous les samedis, à pleines pages, il critique un tas de livres d’opinions (les essais) dans un chic quotidien de la rue de Bleury. Voulez-vous des exemples tirés de son tout frais édité livre titré Lire le Québec… (éditions Varia)?
À propos de feu Pierre Bourgault? «Imbu de lui-même», «coups de gueule baclés», «redondances»! Cornellier dit l’aimer. Seigneur! Qu’est-ce que ce serait… Sur Franco Nuovo? Un «mondain» et «pas transparent comme Pierre Bourgault», «pas tranchant comme Foglia». Lise Payette du même quotidien de la rue Frontenac? «Des textes sans saveur» et d’un «humanisme banal». Bang! Cournoyer? Des «chroniques ennuyantes». La Marie Plourde? «Un style primaire à jeux de mots insignifiants.»
Re-bang! Hein, ça nous change du silence entre tits'namis? Le jeune auteur de Lire le Québec… publie donc une brillante analyse, subjective mais impartiale, de nos trois quotidiens montréalais.
Lecteur animé car il aime vraiment le journalisme quotidien, cela se sent malgré horions et piques, Cornellier plonge ensuite sa machine virile dans La Presse. C’est d’abord pour faire les éloges du célèbre Foglia qu’il nomme un «humaniste vulgaire» et qui «méduse, mélange et confond» car un esprit libre. Nathalie Petrowsky? Elle ne fait que «surfer», n’a «pas d'idées de fond» et «pas de personnalité». Tow! Sur Lysiane Gagnon? Avec le temps, écrit-il, «elle a rejoint la cohorte du gros bon sens qui ne veut rien dire». Et paf! Quand vient le tour de décrire la cohorte des «penseurs» (André Pratte, Alain Dubuc, Mario Roy, etc.), tout en vantant l’alerte du style de certains, Cornellier les fustige: des vendus! Il n’utilise pas le mot mais les traite comme les souples scripteurs d’un honteux mercenariat, dociles aux ordres des riches propriétaires, les Paul-et-Paul... Desmarais. Tous, a bien raison de dire Cornellier, «de droite, anti-social-démocratie, anti-syndicalistes». Et surtout crassement «anti-indépendantistes»! Au suivant? Pour finir, il admoneste même son admiration d’adolescent, Réjean Tremblay: «un populiste prétentieux, un tit-jean-sait-tout». Sur le dimanchier humoriste de La Presse, Stéphane Laporte, que je trouve si souvent génial, faraud-Cornellier cogne encore: «nostalgique et au fond inoffensif»!
Piquant, intelligent, aux jugement raides mais le plus souvent valables, Cornellier ne cesse pas d’inviter le lectorat de ce «petit manuel» — populaire de ton, à mon avis utile aux étudiants — sur la différence entre opinions et information. Comme moi, il n’a rien à redire sur les reporters syndiqués de la boîte. Bien que... et Cornellier fait très bien de l’écrire, ce «rapporteur objectif des faits», le journaliste de la rue Saint-Jacques, doit bien sentir l’orientation «droitiste» du plus large de nos quotidiens. Instinct de survie. Personne n’a envie de perdre son job. Ce tamis a un nom: autocensure. Si l'enquêteur, bien que syndiqué, sait le mépris du boss pour, disons, les voitures du Japon, il ne va bientôt préparer un reportage sur Nissan ou Honda. Est-ce clair comme ça?
Au dernier tiers de ce brillant livre vient le tour de son employeur. Là, on craint l’incrédibilité. Non, Le Devoir goûte à sa véhémente médecine. L'insolent jeune prof fonce: la page éditoriale du Devoir? Pas de «mordant», de «type traditionnel». Il en rajoute: «un manque d’allant et de tranchant»! La bien fofolle Josée Blanchette? Au fond, une «guindée» à «esprit petit-bourgeois». Tow! Il souligne avec joie et avec raison que Le Devoir est le seul quotidien — sinon péquiste — indépendantiste. Les deux Michel du Devoir? Le David est un «flou», ajoutant: «Flou comme le Michel C. Auger du Journal de Montréal et le Marissal de La Presse.» L'autre, le Venne: «Sa pondération déçoit les fervents et les militants.» Que penser du chroniqueur Gil Courtemanche? «Suffisant», «moraliste». Pow! Ce dernier mot est un compliment si je hais les moralisateurs. Denise Bombardier, verveuse que j'aime à TVA? «Le goût de la pose», lance Cornellier, «comme Gil Courtemanche». Et quoi encore sur notre Mme B.? Un «esprit conservateur, antimoderniste» et «une défonceuse — à mentalité bourgeoise — de portes ouvertes à l’occasion». Ça revole! Le comique Jean Dion? «Il finit par tanner à force de cynisme.»
Ainsi, tout un florilège de verdicts cruels s'installe et, le plus souvent, on a envie de lui donner raison. À la fin, une vingtaine de pages analysent radio et télé en informations. Bien faites.
Je répète donc, ce Lire le Québec… nous vient d’un sacré iconoclaste, d’un éléphant dans la vieille vaisselle. Adieu vieux consensus puant du «so-so-so... parle pas contre la bande de notre milieu». Ce «petit manuel» est rafraîchissant. Il ouvrira les yeux des jeunes trop candides qui confondent journalisme et objectivité. Prof Tit-Louis, fier gavroche, n'est pas couard, ça...

La morale du quatrième pouvoir
John R. MacArthur, éditeur du magazine américain Harper's.
Le Devoir mardi 22 novembre 2005
La nouvelle parue dans le Washington Post, début novembre, était aussi choquante qu'ironique. L'article nous apprenait que la CIA gérait une prison secrète à des fins d'interrogatoires dans l'un des anciens satellites soviétiques. Avec les horreurs de Guantanamo et d'Abou Ghraïb, on pourrait maintenant parler franchement d'un goulag américain. Il faut retourner 30 ans en arrière, à la fin de la guerre du Vietnam, pour trouver une époque où «le vilain Américain» était aussi vilain aux yeux de l'opinion mondiale.
Cette révélation m'a évidemment déprimé en tant que citoyen. Par contre, je me suis réjoui en tant que journaliste en espérant que ce scoop du Post -- quotidien iconique et héroïque du Watergate -- marquerait peut-être un tournant dans l'une des ères les plus corrompues de l'histoire de la presse américaine. Depuis le 11 septembre, la plupart de nos grands journaux, au lieu de remplir leur devoir constitutionnel d'informer sans privilégier les vues du gouvernement, se sont distingués par leur coopération avec l'administration Bush, surtout dans la propagation du mythe d'un Saddam sur le point de posséder la bombe atomique. Intimidée par la propagande, soudoyée par des fuites frauduleuses venues de la Maison-Blanche, aveuglée par sa fidélité non fondée à «la guerre contre la terreur», la presse a joué le rôle de filiale gouvernementale plutôt que de défenseur de la vérité.
Se pourrait-il que l'article du Post ait enfin sonné l'alarme et mis fin à cette période de lâcheté ?
L'espoir a vite viré à la déception. Dans le neuvième paragraphe de l'article, j'ai appris que «le Washington Post, à la demande de fonctionnaires américains de haut niveau, ne publiait pas le nom des pays de l'Europe de l'Est qui participent au programme de prisons clandestines. De telles révélations auraient pu perturber les efforts antiterroristes dans ces pays et ailleurs et auraient pu en faire des cibles pour des représailles terroristes».
Pardi ! À quoi bon dévoiler n'importe quel abus du gouvernement américain ? Selon cette logique, on n'aurait pas publié les quelques photos d'Abou Ghraïb (le gouvernement en cache bien d'autres) de crainte que «les terroristes» en Irak ne se livrent à des représailles contre des soldats américains. Pourquoi dénoncer des crimes commis envers des civils par l'armée américaine ? Par peur de justifier l'existence de maquis ? En fin de compte, pourquoi permettre à un peuple souverain de savoir quoi que se soit sur les méfaits de ses dirigeants ? Par peur de saper l'ardeur nationale ?
Quelle sottise ! Quelle arrogance ! Exposer le site d'une prison de la CIA mènerait peut-être à sa fermeture ou à la venue d'inspecteurs internationaux afin d'enquêter sur les tortures prétendues. À vrai dire, la rédaction du Washington Post ne se préoccupe nullement de la sécurité du personnel dans les prisons; elle veut surtout protéger sa réputation de média «patriotique» et «responsable» à l'égard du gouvernement américain.
Il n'y a rien là de nouveau. Au début des années 80, à l'époque de l'administration réactionnaire de Ronald Reagan, les médias américains ont rentré leur griffes après une décennie de confrontation avec deux présidents, Lyndon Johnson et Richard Nixon, qui mentaient effrontément. Plutôt somnolente pendant la guerre froide, la presse établie s'était trouvée rudement bousculée dans les années 60, non seulement par l'échec et le carnage au Vietnam, mais aussi par une nouvelle forme de journalisme free-lance engagé, (dont Frances Fitzgerald et Seymour Hersh furent les plus redoutables représentants) qui faisait des reportages bouleversants, jusque-là inadmissibles dans les journaux respectables. Les quelques journalistes chevronnés de gauche comme Martha Gelhorn et Harrison Salisbury, qui avaient survécu aux chasses aux sorcières des années 50, ont trouvé là un nouvel élan.
Quand le grand comédien Reagan a déclaré «It's morning in America» (pour soi-disant déclarer la fin du cynisme national), les grands propriétaires de la presse -- gens jamais à l'aise dans le rôle d'insurgés -- ont respiré de soulagement. Comme a dit A. J. Leibling, «la liberté de la presse appartient uniquement à ceux qui en possèdent une», et il s'en est suivi un brusque recul du journalisme d'opposition et d'investigation. Ainsi, le meilleur livre sur la presse de l'époque Reagan s'appelle À genoux.
Il n'est donc pas surprenant que CBS, avant de révéler la torture d'Abou Ghraïb en avril 2004, se soit plié à la demande du général Richard Myers de retarder l'émission de deux semaines afin de protéger les troupes à Fallouja. Encore moins surprenant que Newsweek (filiale du Washington Post), après avoir été absurdement accusé en mai dernier d'avoir provoqué le déclenchement d'émeutes en Afghanistan par la publication d'information sur la désacralisation du Coran à Guantanamo, ait présenté une rétractation même si les faits rapportés étaient tout à fait plausibles (sauf peut-être le constat que les interrogateurs aient fait disparaître le Coran dans les toilettes en tirant la chasse d'eau). Pourtant d'autres médias (y compris Harper's Magazine) avaient déjà rapporté plusieurs incidents prétendus où le Coran aurait été jeté dans les toilettes dans le but d'humilier les détenus en Afghanistan et à Guantanamo.
Tout cela démontre que notre quatrième pouvoir n'a plus de boussole morale. Une politique d'apaisement et d'autocensure mènera à plus de censure. Faire des compromis sur la liberté de la presse ne fait qu'inviter le gouvernement à compromettre la presse.

Selon Bernard Lord, diaboliser André Boisclair n'est pas la bonne stratégie
COLIN PERKEL
TORONTO (PC) mardi 22 novembre 2005
C'est une erreur pour les fédéralistes que de "diaboliser" le nouveau chef du Parti québécois, prévient le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord. Cela pourrait se retourner contre le pays, a-t-il dit, mardi.
Selon le premier ministre conservateur, M. Boisclair est un souverainiste intelligent et déterminé, qu'il ne faut pas prendre à la légère. "Je peux voir un début de campagne pour le diaboliser. Si c'est tout ce qu'ils (les fédéralistes) pensent qu'ils doivent faire pour contrer le mouvement souverainiste, je pense que c'est une erreur."
M. Boisclair a promis que si son parti est élu, il tiendra un référendum et déclarera l'indépendance de la province si le résultat du vote est positif. Des adversaires fédéraux l'ont qualifié de "radical" et ont soutenu qu'il n'était pas apte à devenir premier ministre à cause de sa consommation passée de cocaïne, alors qu'il était ministre, dans les années 1990.
Plutôt que de s'en prendre à M. Boisclair personnellement, a suggéré M. Lord, les fédéralistes devraient plutôt soutenir les forces alliées au Québec, y compris le premier ministre libéral Jean Charest, et chercher à résoudre les problèmes qui irritent les Québécois. "On ne peut pas se limiter à attaquer l'individu", a-t-il dit dans un discours devant des représentants des milieux d'affaires de l'Economic Club, à Toronto.
Après l'élection d'André Boisclair à la tête du PQ, le 15 novembre dernier, le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, l'a décrit comme un "radical" qui "créerait une situation chaotique", tandis que le ministre québécois du Développement économique, Claude Béchard, et le député libéral fédéral Denis Paradis ont soutenu que M. Boisclair ne jouissait d'aucune autorité morale.
M. Lord blâme les libéraux fédéraux et le scandale des commandites pour la renaissance du sentiment indépendantiste au Québec. Selon lui, le Bloc québécois fera sûrement des gains lors des prochaines élections fédérales, qui pourraient survenir dans les prochaines semaines, alors que les partis d'opposition menacent de faire tomber les libéraux minoritaires du premier ministre Paul Martin.
"Cela ne peut pas être une bonne nouvelle pour les fédéralistes au Canada", a commenté M. Lord, dont les conservateurs détiennent une mince majorité au Nouveau-Brunswick.
M. Lord a accusé le gouvernement libéral de tenter de "réécrire la Constitution avec l'argent des impôts", en abusant de son pouvoir fiscal pour centraliser plus de pouvoir à Ottawa. "Le pays a besoin d'un changement", a-t-il dit. C'est pourquoi il fera campagne pour les conservateurs fédéraux, faisant valoir que Stephen Harper est tout à fait capable de maintenir la cohésion du Canada malgré ses maigres appuis au Québec.
Le premier ministre a aussi fait savoir que les pourparlers avaient repris mardi au sujet d'une entente fédérale-provinciale sur la garde d'enfants, après une semaine d'attaques réciproques entre Ottawa et Fredericton.

Le coq et le paon
Michel David
Le Devoir mardi 22 novembre 2005
Mario Dumont s'est présenté au dernier banquet de la Tribune de la presse avec une petite carte au nom de son parti pendue au cou. «J'avais peur que certains d'entre vous ne me reconnaissent pas», a-t-il lancé à la blague.
Depuis sa déconfiture aux élections du 14 avril 2003, l'ADQ est considéré comme un parti marginal qui ne présente d'intérêt que dans la mesure où il s'agit de déterminer s'il nuira davantage au PQ ou au PLQ. Aux yeux de plusieurs, l'entêtement de M. Dumont à demeurer chef d'une formation politique qui ne semble aller nulle part tient du mystère.
Peut-être est-ce simplement l'amour du métier. André Boisclair est revenu à la politique parce que la direction du PQ lui était offerte sur un plateau d'argent. Il aurait eu autant de plaisir à faire autre chose, à Toronto ou ailleurs. Un peu comme Jean Charest, qui a mangé son pain noir au Parti conservateur,
M. Dumont tient à faire de la politique, même dans des conditions difficiles.
Dire que la situation de l'ADQ est difficile tient même de l'euphémisme. La façon particulièrement jovialiste dont elle a toujours évalué le nombre de ses membres rend très sceptique sur le chiffre officiel de 10 000 et une dette de 1,5 million apparaît colossale pour un parti aux perspectives aussi sombres.
Quand Lucien Bouchard a succédé à Jacques Parizeau, au début de 1996, les intentions de vote en faveur de l'ADQ ont chuté au point de se situer dans la marge d'erreur des sondages. Dans l'entourage de Mario Dumont, on se demandait sérieusement demandé si le parti créé à peine deux ans plus tôt n'allait pas connaître une fin prématurée.
L'arrivée d'André Boisclair n'a pas d'impact aussi dramatique. Un sondage Crop réalisé quelques jours avant l'élection du nouveau chef du PQ indiquait que, avec M. Boisclair, le PQ recueillerait 41 % des intentions de vote, avant répartition des indécis, contre 22 % à l'ADQ et 21 % au PLQ. Réalisé à partir d'un échantillon relativement faible, en posant une question hypothétique, ce sondage doit être considéré avec précaution, mais il ne montre aucun effondrement.
***
Vendredi dernier, une collègue du Soleil avait comparé l'affrontement à venir entre MM. Boisclair et Dumont à un combat entre deux jeunes coqs. Le lendemain, à l'ouverture du conseil général de son parti, réuni à Boucherville, M. Dumont a préféré parler d'une lutte opposant un coq et un paon, laissant à chacun le soin d'apprécier lequel de ces volatiles représente le mieux l'un et l'autre chef.
Au lendemain de son élection, Stéphane Dion avait qualifié M. Boisclair de «radical». Selon lui, «son vernis de modération ne tient pas la route». Curieusement, plusieurs au PQ déplorent plutôt la minceur de son vernis souverainiste.
Déclarer qu'il ne tiendra aucun compte de la loi fédérale sur la clarté lors du prochain référendum n'était pas très significatif, même si le premier ministre Martin s'est indigné d'un tel mépris de la règle de droit. M. Boisclair n'est pas le seul délinquant : aucun des trois partis représentés à l'Assemblée nationale ne reconnaît à Ottawa le droit de dicter les règles de la démocratie québécoise.
Mieux au fait des perceptions de la population, Mario Dumont n'a pas voulu se ridiculiser en traitant M. Boisclair de radical, jugeant plus crédible de le présenter comme un chef «sous surveillance», que la «vieille garde» du PQ ne laissera pas dévier de l'orthodoxie. Encore un peu et il en aurait fait un authentique autonomiste, qui pourrait rejoindre les rangs de son propre parti.
Plus malin que les fédéraux, M. Dumont alimente aussi bien la suspicion des «purs et durs», qui voient en M. Boisclair un nouveau Pierre Marc Johnson, que celle des nationalistes mous, qui craignent que l'élection d'un gouvernement péquiste n'enclenche un processus qui aboutira inévitablement à la souveraineté, malgré la modération qu'on peut prêter au nouveau chef du PQ.
***
Dans le passé, on a beaucoup reproché à Mario Dumont l'ambiguïté de sa position constitutionnelle, puis les silences de son discours devant le Canadian Club de Toronto, mais on ne peut pas l'accuser d'avoir manqué d'audace dans d'autres domaines.
Sans avoir lu le livre qu'il lancera cette semaine sous le titre Avoir le courage de ses convictions, il faut reconnaître qu'aux élections de 2003 son parti a payé chèrement le prix de ses propositions en matière de santé, d'éducation et de fiscalité, comme M. Dumont lui-même avait jadis payé le prix de son attachement aux principes du rapport Allaire.
La rédaction de ce livre avait été entreprise bien avant l'élection de M. Boisclair, mais la coïncidence n'en est pas moins heureuse. Enfoncer une porte ouverte en rejetant la loi C-20 ne témoignait pas d'un courage particulier et, sur bien des sujets, la course à la direction n'a pas permis de se faire une idée très précise des convictions du nouveau chef du PQ.
Se déclarer opposé à la privatisation du système de santé, comme il l'a fait la semaine dernière, ne veut strictement rien dire. Même les délégués au conseil général de l'ADQ ont réitéré de façon catégorique que la création d'un système privé parallèle ne devait aucunement porter atteinte au système public.
Sur une question aussi fondamentale, M. Boisclair a été à ce point évasif, alors que la position défendue par son parti à l'Assemblée nationale est très claire, qu'on peut se demander s'il n'a pas voulu garder une porte ouverte, au cas où l'ouverture au privé finirait par gagner la faveur de la population.
M. Dumont est bien conscient que des élections à caractère préréférendaire risquent de lui être fatales, mais il fait le pari que les deux autres partis ne réussiront pas à limiter la prochaine campagne électorale à la seule question constitutionnelle. Et que, sur le terrain des vaches, le beau plumage du paon ne résistera pas à la pugnacité du coq.

Clarté référendaire - Pelletier fait écho à Boisclair
SRC
mardi 22 novembre 2005
Dans une entrevue au quotidien The Gazette, il estime que la loi concoctée par Stéphane Dion, sous le règne de Jean Chrétien, n'a rien d'une solution magique. La loi donne à Ottawa le droit de refuser de reconnaître les résultats d'un référendum sur la souveraineté s'il considère que la question ou la majorité ne sont pas claires.
M. Pelletier estime que le gouvernement fédéral a une approche négative en adoptant cette loi. Il préfère opter pour une attitude positive parce que, selon lui, c'est la meilleure façon de convaincre les Québécois de ne pas se séparer du reste du Canada.
Le ministre souligne que son travail consiste notamment à faire la promotion du Canada et des valeurs canadiennes et à montrer aux Québécois que le système fédéral fonctionne.
Une stratégie contre Boisclair à Ottawa
Depuis le week-end, les libéraux fédéraux ont développé une nouvelle stratégie en vue des élections prévues en janvier: attaquer André Boisclair et sa prise de position contre la loi sur la clarté référendaire. Le retour de la souveraineté comme enjeu semble destiné à ébranler le Bloc québécois.
Dimanche, dans une entrevue à l'émission Les coulisses du pouvoir à Radio-Canada, M. Boisclair a estimé que cette loi, votée en 1999, était venue « pervertir l'arrêt de la Cour suprême » sur la sécession du Québec. Il a fait valoir que la souveraineté était un choix politique, et non juridique, et qu'elle devait résulter d'une expression de la démocratie.
Le jour même, le premier ministre Paul Martin a publié un communiqué pour dénoncer la position de M. Boisclair, qualifiée d'« inacceptable ». Il a interprété les propos du chef péquiste comme un « rejet de l'autorité de la loi, en faveur d'un opportunisme politique ».
« Le projet de séparation du Québec en est un que je combattrai avec chaque once de mon énergie, poursuit M. Martin. Je le ferai toujours dans le respect de l'intégrité du processus démocratique et de l'autorité de la loi ».
Robillard en rajoute, Lapierre embêté
Lundi, M. Martin a refusé de réitérer sa position, laissant à ses ministres et députés le soin de le faire.
La ministre des Affaires intergouvernementales du Canada, Lucienne Robillard, n'a pas hésité à en rajouter, reprenant l'argumentation de son chef, à la Chambre des communes: « En tant que Québécoise, personne ne pourra m'enlever mes droits, personne ne pourra m'enlever mon Canada sans respecter la loi. »
Jean Lapierre, lui, était plus ennuyé lorsqu'il a été interrogé sur le sujet. Lors de son retour en politique, en février 2004, le lieutenant politique de Paul Martin au Québec, avait désavoué la loi, la qualifiant d'« astuce inutile et futile ».
« Je crois à la liberté des peuples de décider de leur avenir, je ne crois pas aux astuces pour faire peur », avait-il ajouté. Il avait rapidement été désavoué par le bureau du premier ministre, qui avait affirmé qu'il s'agissait d'une « bonne loi ».
Replongé dans le débat lundi, M. Lapierre a évité de donner une « réponse claire », estimant être encore très loin d'un référendum sur la souveraineté.
L'opposition n'a pas manqué de souligner le malaise concernant la loi sur la clarté. « Il est bizarre que le premier ministre préfère s'attaquer au nouveau chef du PQ plutôt que de travailler avec le premier ministre fédéraliste du Québec », a estimé le chef conservateur, Stephen Harper.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, sent pour sa part un vent de panique du côté des libéraux. « Ils cherchent un peu à provoquer, ça ne nous énerve pas », a-t-il dit.

French socialists back PQ: Beaudoin welcomes party's endorsement
KEVIN DOUGHERTY
The Gazette (Montreal) November 22, 2005 Tuesday
The opposition French Socialist Party has given a ringing endorsement to the Parti Quebecois and its goal of Quebec independence.
"I won't take myself for General de Gaulle," said Pierre Moscovici, a socialist Member of the European Parliament, at the party's convention in Le Mans.
"I won't say from this tribune, 'Vive le Quebec libre!' but I will say, 'Vive le Quebec quebecois!' he added. "We wish success to the Parti Quebecois in the Quebec election next year so this country will know more than its autonomy, a form of independence."
Louise Beaudoin, who was international relations minister in the PQ government of Bernard Landry, said from Montreal yesterday Moscovici's endorsement goes farther than previous French support for the PQ, terming it a "beautiful evolution."
However, there is no provincial election scheduled next year in Quebec.
Beaudoin noted Lionel Jospin, then the Socialist prime minister, said in 1998 that France would "accompany" Quebec if it decides to change its constitutional status, but stopped short of openly encouraging the PQ goal.
"It's the first time," Beaudoin said.
As a minister and PQ strategist, Beaudoin has long cultivated contacts in both the French Socialist Party and the conservative Gaullistes, now led by President Jacques Chirac.
The PQ sent to the Le Mans convention a delegation headed by Daniel Turp, MNA for Mercier riding, which covers Montreal's Plateau Mont-Royal, party president Monique Richard and the PQ's international relations adviser, Isabelle Beaulieu.
kdougherty@thegazette.canwest.com

Waiting in the wings
Don MacPherson
The Gazette (Montreal) November 22, 2005 Tuesday
Pauline Marois or Gilles Duceppe are ready to take over if Boisclair stumbles as sovereignist leader
Late in the Parti Quebecois leadership marathon, when it was apparent Pauline Marois was losing to Andre Boisclair, more than one pundit observed that if Marois stuck around after losing, it might be a sign she expected Boisclair might not last.
Politicians, the thinking went, don't easily shake off the leadership bug, which Marois caught 20 years ago. And at age 56, she couldn't afford to wait a couple of terms for a third try at the leadership (she first ran in 1985, finishing second to Pierre Marc Johnson). It would have to be soon, within the next few years, or never.
So guess who announced on the weekend she's staying, in an interview taped only a day after a spokesperson said she would take a week off to think about her future?
Marois said all the right things about having finally renounced her long-held leadership ambitions and how she now wants only to serve the cause of sovereignty. But then she could hardly declare her candidacy for the next leadership election only a couple of days after the last one.
Maybe she didn't need a week, after all, to read the press clippings saying she had both outqualified Boisclair and outperformed him in the campaign debates, failing only to outpoll him.
While Marois finished well behind Boisclair in the vote, she also ran well ahead of the other six candidates on the ballot. Marois received 31 per cent of the first choices on party members' phoned-in preferential ballots, to 54 per cent for Boisclair and only eight per cent for third-place finisher Richard Legendre.
But if Marois still hopes to become leader of the PQ, it might be her fate to become her party's counterpart to another politician with the same initials. That's Paul Martin senior, the father of the current prime minister, who spent 20 years as a potential candidate for the leadership of the federal party but was passed over three times.
There is already an alternative to Boisclair, and a more politically attractive one than Marois. Gilles Duceppe was far more popular than Marois as a possible replacement for Bernard Landry before Duceppe took himself out of contention.
By next spring, Duceppe will have been released from his commitment to lead the Bloc Quebecois through one more federal election. And the polls suggest the results of the next one will do nothing to dim Duceppe's current lustre.
So even if Duceppe and Boisclair were acting like allies on the weekend, the former is also a potential threat to the latter.
And there are apparent policy differences between them. For the time being at least, Boisclair claims to be at ease with the radicalized position on sovereignty adopted at the June convention.
The convention dropped the promise to offer Canada a partnership with a sovereign Quebec. And it committed the PQ to making a unilateral declaration of independence immediately after a Yes vote in a referendum, without negotiating first with Ottawa.
Duceppe, however, took his distance from the program in a speech last month at a symposium on the 1995 referendum sponsored by Le Devoir and The Gazette. He said the 1995 campaign had succeeded in many ways, "and it would be irresponsible at the least to reject everything solely because the Yes side lost by a few thousand votes. On the contrary, the past 10 years show us clearly that we were on the right path."
While a partnership between a sovereign Quebec and Canada was not a condition for sovereignty, it was "desirable" for both. And Quebecers must be assured the transition to sovereignty will be made responsibly and "correctly."
Duceppe's use of the last word is significant, for it happened to be part of the campaign slogan of Louis Bernard. He was the only leadership candidate who rejected the new sovereignty policy because it did not provide for an orderly transition and would, therefore, lead to "anarchy."
Since the leadership election, however, Boisclair has shown signs he might be starting to back away from the sovereignty policy toward Duceppe's position. In his acceptance speech and again on the weekend, he, too, mentioned the need to achieve sovereignty "correctly."
But he has yet to fully explain what he means by that. Hard-line sovereignists, among others, will be listening closely when he does.
dmacpher@thegazette.canwest.com

Un enjeu politique
Valère Audy
La Voix de l'Est mardi 22 novembre 2005
Éditorial - Un gouvernement péquiste dirigé par André Boisclair ne se soumettra pas au diktat d'Ottawa quant au libellé de la question référendaire sur l'avenir du Québec. Car l'enjeu est d'ordre politique, non d'ordre légal. À cet égard, n'en déplaise à M. Martin, comme à ses collègues et aux fédéralistes du reste du pays qui boivent à sa coupe, le nouveau chef péquiste a tous les Québécois de son côté, dont les libéraux de Jean Charest. Une orientation du reste très claire depuis l'adoption même de la loi fédérale sur la clarté référendaire.
Ce n'est pas à Ottawa à décider de la question à poser, mais aux Québécois puisque c'est de leur avenir dont il s'agit. C'est entre eux qu'ils doivent en débattre et décider. Certes, faut-il que cette question soit claire plutôt que tortillée de sorte que tous les gens la comprennent et en saisissent bien la portée. Là-dessus, M. Boisclair a dit que celle de 1995 l'était. Mais aucune ne l'a vraiment été et il faut que cette question soit réduite à sa plus simple expression, comme l'a déjà souligné M. Parizeau, pour que tout le monde comprenne facilement, que personne ne soit déchiré, que la réponse ne porte pas à toutes sortes d'interprétations pour ensuite donner prise aux regrets et à la contestation.
Le fédéral est d'autant plus mal placé pour imposer ses vues en matière de clarté référendaire qu'il vise le Québec à partir d'une législation qui est celle du reste du pays. La voix la plus forte du Québec, outre celle de son Assemblée nationale, d'ailleurs entièrement et fortement opposée à cette loi, c'est celle du Bloc québécois qui s'est lui aussi objecté au bâillon d'Ottawa. Pour essayer aussi effrontément de nous contrôler de l'extérieur, faut avoir pas mal de culot!
Curieusement, chez les libéraux fédéraux, personne ne semble se souvenir des réflexions d'un certain Trudeau. Et personne n'a pris acte de ce qui s'est produit dans plusieurs pays du monde depuis la chute du rideau de fer. La volonté populaire pulvérise les pouvoirs politiques, légaux et militaires en place. Trudeau affirmait que le pays ne tiendrait que par la volonté populaire, non par la force des lois et des armes. Dans les pays de l'Est, politiciens, lois et militaires ont vite disparu sous le rouleau compresseur populaire.
Il risque d'en être ainsi chez nous si le fédéral ne change pas d'attitude à l'égard du Québec et du reste du pays. Car le Québec n'est pas seul à se sentir mal à l'aise dans ce pays. Terre-Neuve, l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique ont également des griefs à l'endroit d'Ottawa. Dans les circonstances, la meilleure solution à adopter et appliquer, ce n'est pas d'essayer d'écraser la contestation, de s'immiscer dans les affaires de ces gouvernements et de leur dire quoi faire, mais bien d'écouter et de réformer en profondeur le fédéralisme canadien, de confirmer, renforcer et respecter les champs de compétence des provinces, de ne percevoir que ce dont le fédéral a vraiment besoin et de libérer ainsi l'assiette fiscale au bénéfice des provinces.
Si le fédéral savait mieux faire, c'est-à-dire agir avec respect, il ne se trouverait pas aujourd'hui en réaction aux assauts et menaces des provinces et, plus particulièrement, à la grogne des Québécois de même qu'à la menaçante démarche souverainiste des bloquistes et péquistes. Un gouvernement fédéral d'autant plus mal placé qu'il traîne à ses pieds tout un boulet avec le scandale des commandites même si le premier rapport Gomery l'en dégage partiellement. Dommage que M. Martin mette du temps à comprendre, lui qui aimerait probablement mieux passer à l'histoire comme rénovateur plutôt que comme fossoyeur du fédéralisme canadien. Le voilà sur une bien mauvaise piste avec sa propension à verser dans le légalisme avec une question d'ordre politique.

Pour une fusion ADQ-PLQ
André Pratte
La Presse mardi 22 novembre 2005
L'Action démocratique de Mario Dumont a à nouveau fait la preuve en fin de semaine de sa capacité de provoquer des débats, cette fois-ci en proposant un resserrement du régime de libérations conditionnelles. Les adéquistes sont fiers de leur audace, à juste titre. Cependant, le temps est venu pour eux de se demander s'ils se limiteront à ce rôle somme toute marginal ou s'ils veulent un jour avoir une influence réelle sur la gouverne du Québec. Dans la seconde hypothèse, ils doivent envisager sérieusement une fusion avec le Parti libéral du Québec.
Lorsqu'on évoque ce scénario avec eux, dirigeants et militants des deux formations politiques le rejettent d'emblée. Selon les libéraux, une telle fusion constituerait un risque stratégique dans la mesure où la force de l'ADQ dans la région de Québec leur permet de gagner dans des circonscriptions qui autrement iraient au Parti québécois. Pour les adéquistes, rejoindre les libéraux signerait la fin d'un rêve, celui de faire de la politique " autrement ". Se mêlent à ces considérations des questions de personnalités. Beaucoup de libéraux n'ont pas pardonné à Mario Dumont son départ fracassant de 1992, puis son appui au Oui en 1995. On dit que M. Dumont, de son côté, aime mieux être capitaine d'une chaloupe que second à bord d'un paquebot.
Les obstacles à une fusion ADQ-PLQ sont donc nombreux. Mais les protagonistes devraient songer aux désavantages du statu quo. Les résultats des dernières élections indiquent qu'à l'heure actuelle, le courant de centre-droite est majoritaire au Québec, l'ADQ et le PLQ ayant recueilli les deux tiers des votes. Toutefois, cette majorité est divisée, ce qui accroît à chaque élection les risques d'une victoire du Parti québécois, parti de centre-gauche. On voit mal comment cela fait avancer les idéaux défendus par les adéquistes.
Il n'y a pas de divergence idéologique profonde entre le Parti libéral du Québec et l'Action démocratique. Les deux partis favorisent une gestion serrée des fonds publics, une réduction de la dette, une diminution du fardeau fiscal, un rôle accru pour le privé en santé. Au plan constitutionnel, même si elle refuse l'étiquette, l'ADQ s'est rangée du côté fédéraliste. Selon le sondage CROP d'octobre 2005, 57 % des électeurs adéquistes auraient voté Non à un référendum sur la souveraineté. L'" autonomisme " de Mario Dumont et la position défendue par le ministre libéral des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, se ressemblent comme deux gouttes d'eau.
La division du vote fédéraliste pourrait porter le PQ au pouvoir et ouvrir la voie à la tenue d'un troisième référendum. Or, selon la politique constitutionnelle de l'ADQ, les membres du parti s'opposent à toute " rupture ", de même qu'à la tenue d'un référendum qui risquerait " d'affaiblir encore le Québec. "
Une victoire du Parti québécois aux prochaines élections et une nouvelle troisième place pour l'Action démocratique signifieraient la marginalisation des idées défendues par les adéquistes et la fin de la carrière politique de Mario Dumont. C'est pourquoi les adéquistes ne devraient pas rejeter du revers de la main l'idée d'une fusion avec les libéraux. Quant à ceux-ci, nul doute qu'ils bénéficieraient de l'enthousiasme qu'injecteraient dans leurs rangs les militants adéquistes, sans compter l'impact de l'arrivée du talentueux Dumont au sein du Conseil des ministres. En somme, le PLQ et l'ADQ ont tous deux intérêt à réaliser ce qui a été réussi il y a deux ans sur la scène politique fédérale: l'union de la droite.

Deja vu: Mon payee
HARTLEY STEWARD
Toronto Sun Sun, November 20, 2005
It's possible Canada could become the first country in the world to split up due to attrition. How Canadian. How like us.
Last Tuesday, the Parti Quebecois elected a dynamic young man named Andre Boisclair as its new leader. They say he's the most exciting leader the separatists have had since Lucien Bouchard. The polls say unequivocally that he would beat Quebec Premier Jean Charest handily were an election held today.
For his part, Boisclair says he will hold a referendum on Quebec sovereignty shortly after he kicks the stuffing out of Charest sometime in 2007. He says the sovereigntist ground is even more fertile than it was at the time of the 1995 referendum, won by a whisker by the No side and he will win the next one.
Do you care? Would you mind?
The Quebec watchers say that among the younger generation the idea of sovereignty is hotter than an iPod downloaded with free music. Something to do with a massive insult delivered to the body politic of la Belle Province by the sponsorship scandal.
That's what they say, anyway.
Whatever the reason, it seems the issue so many of us prayed would die a natural death refuses to die any sort of death. For my entire life, it has been blowing like a summer breeze, hot one year and cool the next, but always at least a murmur in the air, never still. Always blowing.
For the last 50 years the Rest of Canada has not been able to let its guard down. We have had to be on the alert lest we do something to foster another burst of fiery separatist fever amongst Quebecers. We have felt always a little guilty, as if the discontent in the province was entirely our fault.
My generation,sensitized to the Quebec cause, sympathetic at times even, have never been allowed to put our feet up and enjoy our nation's bounty without fear that someone would change its nature fundamentally; that a new gang of politicians would come along, stirring the nationalist fires and somehow again convincing Quebec voter that all their problems would be solved were they a country of their own. It has taken its toll on those of us for whom supporting Quebec has always been a fundamental Canadian value.
A long time ago
My first introduction to the notion that some in Quebec felt they might be better off as an independent country goes back a long way. It came when I was a young reporter at the old Toronto Telegram when I was assigned in the late 60s to work with a group of reporters and editors on an ambitious series of articles called "Canada 70."
My group was assigned Quebec. I remember an interview with a bristly Jacques Parizeau, who claimed he could prove Quebec would be better off financially if it severed ties with Canada. I remember the excitement of the students in downtown cafes talking of an independent Quebec. Mon Payee.
Then came the explosion on the scene in October 1970 of the brutal Front de Liberation du Quebec. The FLQ was a group of self-styled revolutionary socialists, whose manifesto claimed their goal was an independent country of Quebec.
They kidnapped British Trade Commissioner James Cross and kidnapped and murdered Quebec Justice Minister Pierre Laporte. Prime Minister Pierre Trudeau proclaimed the War Measures Act. It was a country with which I was not familiar.
Quebec had our attention, for sure.
A decade later, we anguished through the referendum of 1980, cheering like Maple Leaf fans when only 40% of Quebecers voted to leave the rest of us high and dry.
We bit our nails in 1995 when we knew the referendum vote would be close. We went, thousands of us from the Rest of Canada, by the busload, for a last minute love-in in Montreal. We held our breath referendum night.
Now we have a new man on the Quebec scene promising to lead his province to independence. Promising another referendum. The sense of deja vu is enervating.
Frankly, I don't care anymore. Do you?

Diamonds are forever but Canada isn't, minister suggests
KEVIN DOUGHERTY; ELIZABETH THOMPSON
The Gazette (Montreal) November 22, 2005 Tuesday
Country 'not eternal': Quebec Liberal. It's something 'we have to fight for every day,' critic of Clarity Act argues
"Canada is not eternal," says Benoit Pelletier, intergovernmental affairs minister in the Liberal government of Premier Jean Charest.
Pelletier says he believes in federalism but doesn't see the federal government's Clarity Act as a magic solution to save the country from splitting.
In fact, like new Parti Quebecois leader Andre Boisclair, he sees it as heavy-handed interference in Quebec's jurisdiction.
Boisclair said on the weekend that if he were premier and the PQ won a referendum on sovereignty, the National Assembly would unilaterally declare Quebec's independence, ignoring the Clarity Act.
In a telephone interview yesterday, Pelletier called the Clarity Act "negative," saying a positive approach is the best way to win over Quebecers.
"In my view, the best way to make sure Quebecers choose Canada is to promote Canada positively. I think the Clarity Act is ... aimed at promoting Canada in a negative way," he said.
"My job is to promote Canada, to make sure Quebecers adhere to Canada, but the best way to do so is to promote Canada and Canadian values and to show the Canadian federal system works.
"It's not by imposing constraints on Quebecers - it's by promoting Canada for what it is: a great and viable country."
The Clarity Act would give the federal government a veto over the wording of the referendum question and the power to determine what a "clear majority" of votes would be. It also stipulates that sovereignty requires the consent of the federal government and the other nine provinces.
As a federalist, Pelletier says he opposes the Clarity Act because it was the centrepiece in Plan B - drawn up by Prime Minister Jean Chretien's government - Ottawa's tough-love response to the near-loss by the federalist side in the 1995 referendum.
Plan B also included the sponsorship program, which sought to make the Canadian flag more visible in Quebec. Instead, revelations before the Gomery commission of waste and kickbacks to the federal Liberal Party have filled the sails of the Bloc Quebecois, which is confident of a strong showing in the coming federal election.
"Plan B is something that makes people unduly believe Canada is eternal," Pelletier said yesterday. "Canada is not eternal. It's a country we have to fight for every day.
"The Clarity Act is something that governs the federal Parliament," Pelletier added, recalling that the Quebec Liberals sided with the PQ in opposing it.
"It does not govern Quebec's National Assembly."
Pelletier noted Prime Minister Paul Martin, who said in response to Boisclair that he would fight Quebec separation "with every ounce of my energy," wavered in his support for the Clarity Act, which he now defends. One of Martin's first acts as prime minister was to drop Stephane Dion, the law's author, from his cabinet.
Boisclair's comments about the Clarity Act fuelled debate in Ottawa during Question Period and in scrums afterward.
Intergovernmental Affairs Minister Lucienne Robillard said Boisclair cannot simply refuse to respect the Clarity Act.
"It is an unacceptable declaration," an indignant Robillard told the House in response to a question from Liberal MP Raymonde Folco. "In a democracy you cannot act outside the rule of law."
kdougherty@thegazette.canwest.com

Liberals hatch plan to snag more Quebec voters
Brian Laghi
The Globe and Mail Tuesday, November 22, 2005
Federal Liberals have launched a two-pronged attack in Quebec aimed at shaking loose both Conservative and NDP voters as well as wooing former Liberal voters getting nervous about the popularity of André Boisclair.
While many observers consider Quebec an electoral wasteland for the Liberals, the party will aim to polarize the province over the new Parti Québécois Leader and, in doing so, cream off the few NDP and Conservatives that are left in the province.
Even a few percentage points could make the difference of a dozen seats for the Liberals, helping them to cobble together a stronger minority or even a majority.
Unlike former PQ leader Bernard Landry, the urbane Mr. Boisclair is a real threat to make sovereignty happen, the Liberals argue -- so if voters are thinking of supporting the Bloc Québécois simply because they want to punish Prime Minister Paul Martin for the sponsorship scandal, there is something more at stake.
The first effect of the plan showed up yesterday when Bloc Leader Gilles Duceppe agreed with Mr. Boisclair that Quebec should not recognize the Clarity Act in the event of a referendum. The act gives the House of Commons powers to vet a referendum question and to define what constitutes an acceptable majority for the purposes of separation.
The Liberals are gambling that if Mr. Boisclair and Mr. Duceppe agree to ignore the act, it will jolt skittish federalists back into their arms.
"We need to call Duceppe out a lot more than we have done in the past," said a source who asked not be identified by name.
Liberals believe that, of the 50 per cent of Quebeckers who currently back the Bloc, a good chunk -- perhaps one fifth -- are made up of Liberal-friendly voters.
If the Liberals can get even half of those back and then grab half of the 15 per cent who support the Conservatives or the NDP, the party feels it can actually increase its seat total in Quebec from the 21 it currently holds.
In a Nov. 7 poll for The Globe and Mail by the Strategic Counsel, the Liberals were only four percentage points behind their 2004 election total of 34 per cent, while the Bloc was only one percentage point above the 49 per cent they polled in 2004.
The Liberals have several ideas in mind on how to change those numbers.
First, they have begun to make the election in Quebec a stark choice between the federalist and separatist options. In this, the charismatic Mr. Boisclair helps the Liberals because he is seen as a real threat to unseat Liberal Premier Jean Charest in the next election, and may then put forward a referendum question.
The Liberals argue that the Conservatives and the NDP don't have any real chance of becoming a federalist option, so those who want to see separatism defeated should jump on the Liberal train.
Second, the Liberals have begun to compare the PQ to an old-fashioned political movement that doesn't represent the real aspiration of modern Quebec.
Liberals say it was no accident that Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew compared the Bloc to the old Union Nationale under the leadership of Maurice Duplessis.
"Everybody saw it as a gaffe, but it was actually very carefully constructed," a source said.
The risk, of course, is that Quebec voters will turn away from the Liberal argument because it was their party that increased the sentiment for separatism in the first place.
Opposition parties will almost certainly argue that Mr. Martin is the worst choice as a federalist option because his party can't possibly wage an effective referendum campaign should Mr. Boisclair win the next election.
Conservative Party Leader Stephen Harper began that process himself yesterday.
"Quite frankly, a party that has acted illegally in Quebec is in no position to enforce Canadian law," he said. "It won't have any credibility."

«Citoyen» à toutes les sauces
Le terme est devenu un adjectif très «tendance»
Antoine Robitaille
Le Devoir mardi 22 novembre 2005
Que signifie cette mutation proliférante du mot «citoyen»? Galvaudage ou réel engouement pour la chose publique?
Citoyen! Le mot faisait autrefois un peu Révolution française, solennel. Ce fut même une insulte égalitariste, lancée par les révolutionnaires à Louis XVI lors de son procès: «Lève-toi, citoyen Capet!» Plus récemment, ce vocable relevait simplement du pur langage administratif: «Êtes-vous citoyen canadien?»
Mais la vague de revalorisation de la «citoyenneté», à la fin des années 1990 (qui a suscité 1001 colloques sur la question), a tout changé. Non seulement cela a entraîné la création d'un cours de 150 heures intitulé «Histoire et éducation à la citoyenneté», en première secondaire, mais, dans le langage «correct», elle a, cette même vague, favorisé l'usage de «citoyen» comme un adjectif.
Au Québec, cela nous a donné l'Option «citoyenne» (parti qui fusionnera en janvier avec l'Union des Forces progressistes) ou encore les «100 idées citoyennes pour un Québec en santé», titre d'un livre de l'Institut du Nouveau Monde.
Le nouvel adjectif se retrouve couramment dans la bouche des parlementaires à Québec. «La relève et les jeunes, c'est aussi la participation citoyenne», a déclaré le premier ministre Jean Charest le 10 décembre 2004. La Commission spéciale sur la loi électorale, qui a tenu des audiences publiques début novembre, s'est aussi donné un «comité citoyen», c'est-à-dire un groupe de personnes tirées au sort dans la population qui participeront aux travaux de la commission.
Les péquistes sont les plus friands de l'adjectif. Dans un discours sur la patrimoine religieux, la députée Nicole Léger a parlé, en l'espace d'une minute d'une «déclaration citoyenne», d'une «participation citoyenne» et a évoqué la création d'une «assemblée citoyenne». En 2002, le député Jean-Pierre Charbonneau, alors ministre de la Réforme électorale, se réjouissait de la mise sur pied d'une «instance citoyenne» pour étudier la réforme du mode de scrutin. À la tête de celle-ci, l'ancien patron du mouvement Desjardins, Claude Béland, dans ses discours, disait qu'il allait mener une «consultation citoyenne». Et l'on ne compte plus les «démarches citoyennes», les «gestes citoyens» et les «projets citoyens».
Rassemblement large
Les syndicats sont aussi touchés par la vogue. Au début du mois, la Fédération des infirmières et des infirmiers du Québec (FIIQ) annonçait la tenue d'une manifestation «citoyenne». «C'est parce qu'on invite les gens à se joindre à nous», nous a expliqué la conseillère aux communications de la FIIQ, Sandra Gagné.
Cette idée de «rassemblement large» c'est exactement ce que les fondatrices d'Option citoyenne, Françoise David en tête, voulaient exprimer en baptisant ainsi leur parti: « Dans mon esprit, Option citoyenne, ça voulait dire "la plus rassembleuse possible".»
Est-ce à dire que ceux qui n'en font pas partie sont moins «citoyens», se demande toutefois l'ancien directeur de L'actualité, Jean Paré, qui vient de publier Le Code des tics, un guide de la langue de bois, du jargon, des clichés et des tics tendance (Boréal)? Non, proteste Françoise David, en soulignant que le Parti québécois a beau se dire «québécois», il ne prive «pas les autres partis de leur "québécitude" pour autant». L'option «citoyenne», c'est «l'idée que le peuple se réapproprie la politique, ce que les Grecs nommaient politique, c'est-à-dire l'organisation de la cité», explique Mme David. Cela ne convainc pas M. Paré, qui maintient que ce type de nom de parti est nouveau: «Quand on a appelé "démocrate" le parti américain qui porte encore ce nom, c'était pour signifier clairement que les autres partis ne l'étaient pas.»
Disparition de «civique»?
Chroniqueur au Devoir, mais aussi président de l'Institut du nouveau monde (INM), Michel Venne fait usage du mot «citoyen» comme d'un adjectif. «La mode ou la tendance semble être à utiliser le mot citoyen, comme adjectif, pour remplacer le mot civique», constate-t-il. «C'est du moins ainsi que je l'entends personnellement, même si je le fais un peu à contrecoeur». Selon lui, «le sens du mot civique semble s'être perdu». L'adjectif civique, aujourd'hui, est plus spontanément associé au «civisme» «plutôt qu'à l'exercice des droits politiques et de la participation civique», dit Michel Venne. Mais, dans une certaine gauche, «citoyen» devient de plus en plus un synonyme de «militant», «quelqu'un vraiment engagé à gauche», note-t-il.
Voiture citoyenne
Parfois, l'usage de l'adjectif «citoyen» prend des allures presque caricaturales, comme dans l'expression «voiture citoyenne». Cela révélerait d'une idéologie qualifiée de «citoyennophilie» par l'écrivain français Philippe Muray. Le véhicule nommé plus haut, comme l'expliquait dans nos pages automobiles le journaliste Pascal Boissé, n'est évidemment pas de type sport. De plus, «il favorise la sécurité des occupants, des piétons et des deux-roues et la sécurité des occupants» des autres voitures. Évidemment, la «voiture citoyenne contribuera» à la protection de l'environnement. Selon ces critères, la Fiat Punto a été classée fin octobre «meilleure voiture citoyenne» par la Ligue contre la violence routière, un organisme français qui publiait pour la première fois un «palmarès de la voiture citoyenne».
Quand on lui parle de ce phénomène, Françoise David a une première réaction assez critique: «comme n'importe quel mot qui un jour vient à la mode, des publicitaires futés s'en emparent et lui font dire n'importe quoi». Mais après quelques instants, Mme David nuance et trouve «pas folle», au fond, l'expression «voiture citoyenne». Une voiture qui pollue moins et consomme moins que les autres «mérite peut-être le qualificatif de citoyen», dit-elle, puisqu'on peut y percevoir «l'effort que chacun ou chacune est prêt ou prête à faire pour contribuer au bien commun». Et le parti qui naîtra, le 15 janvier, aura-t-il toujours le qualificatif de «citoyen»? Pourquoi pas l'Union des forces citoyennes? «Vous verrez en janvier», répond-elle.
Vertu
Certes, «citoyen» a déjà existé comme adjectif, fait remarquer Benoît Melançon, du département d'études françaises de l'Université de Montréal (UdeM). Le Trésor de la langue française considère toutefois cet usage comme vieilli. On parla autrefois d'un «soldat citoyen», d'un «tableau citoyen». Ce n'était pas à l'époque une façon de qualifier un acte, un comportement ou une chose de «louable» ou de «vertueuse», a noté Jacques Capelovici dans Le Figaro.
En somme, «le terme risque fort», s'inquiète le philosophe Daniel Weinstock de l'UdeM, «de devenir tout simplement synonyme de 'BON', et de perdre la dimension institutionnelle qui accompagne traditionnellement le concept». Que l'on puisse en user pour qualifier des actes de consommation, comme d'acheter une voiture hybride ou d'acheter équitable, montre que le concept «est à la limite de l'éclatement», affirme-t-il. «Tout comme l'idée d'"entreprise citoyenne", qui devient un mantra dans les milieux d'éthique des affaires.»
Le destin de «citoyen» pourrait bien ressembler à celui de «durable», qui est assez triste, selon M. Weinstock: «Il acquiert, à partir d'une signification originale relativement pointue, une connotation positive indépendante de son contenu original et devient ensuite un ingrédient d'une stratégie de marketing, une manière de vendre une marque auprès d'un public qui tient à pouvoir se représenter comme possédant une vertu supérieure.»
Ce qui, convenons-en, n'est pas très citoyen...
