Le Père Noël joue le dur de dur

Robert Laplante
BULLETIN DU LUNDI L'Action nationale 28 novembre 2005

Ça déboule à coups de milliards ! Ça tombe encore plus dru qu’au printemps dernier lors de la grande frousse et avant l’avachissement du NPD et la couardise des Conservateurs. C’est obscène et cela donne la nausée, mais cela est. Voilà la politique canadian à son meilleur. Le Parti libéral du Canada qui se prend pour l’incarnation de l’intérêt national et qui s’autorise de tous les cynismes à la face d’une opinion publique captive de la logique du parti unique inhérente au trudeauisme à laquelle elle adhère comme à un fondement identitaire, c’est la grandeur même du Canada !

Cela va être encore plus laid. Si le clientélisme puant sévit déjà comme une forme à peine plus sophistiquée que le bon vieux trafic de votes, il faudra attendre de voir la campagne électorale officielle pour prendre toute la mesure de la politique de l’obscénité. Il va s’en promettre du nanane. Il va s’en déballer du cadeau de politicien ! Jamais le Père Noël n’aura eu costume plus rouge. Après le recours au banditisme et à la corruption, nous aurons droit aux mamours avec les lobbys les plus susceptibles de livrer du vote. Le PLC comme parti voyou, nous allons le voir à l’œuvre comme jamais auparavant.

Pitoyable.

Il y aura donc au Canada une campagne électorale répugnante. Et le PLC a décidé de la faire sur notre dos. Les attaques de Paul Martin sur le programme du PQ et C-20, les bavassages de Pettigrew et les coups de gueule de Jean Lapierre ont sonné la charge. C’est sur l’unité nationale que le PLC veut faire campagne au Canada. Rien de plus normal, c’est là que se joue son élection. Il lui faut donc un thème qui soit bien en phase avec l’opinion, un thème éprouvé et suffisamment chargé de passions pour faire oublier Gomery et faire paraître balbutiants les partis d’opposition qui sont fondamentalement d’accord avec les grands référents de la modernisation unitaire du Canada.

Le Québec, encore une fois, n’est qu’accessoire dans cette dynamique. En choisissant de brandir le spectre séparatiste, le PLC n’espère pas gagner quoi que ce soit ici. Il a déjà concédé le Québec. Le thème, tout au plus, lui permettra de tenter de limiter l’érosion de son vote. Le Bloc Québécois sera donc condamné à servir de faire-valoir à la campagne canadian. Le PLC sait bien ce qu’il fait.

Certes, le Québec bashing est toujours payant au Canada, mais il serait naïf de l’interpréter dans la seule perspective électoraliste. En mettant de l’avant ce thème au Canada, le PLC cherche à gagner un mandat fort pour la suite des choses. Un mandat pour finir la besogne, pour casser définitivement le mouvement d’émancipation nationale. L’allégorie des trois périodes du match de hockey que vient de resservir Pettigrew le dit bien : l’envers de la menace évoquée de la progression en trois temps des souverainistes ( l’élection du Bloc, l’élection du PQ et le référendum) c’est le plan de match fédéral. En trois temps : formation d’un gouvernement majoritaire qui aura joué du thème de l’unité nationale pour se draper dans une légitimité irréprochable au Canada ; prise en charge de l’élection québécoise pour une mobilisation maximale des forces canadian internes et externes pour battre le PQ ; et en cas d’une victoire péquiste, déploiement de la méthode forte pour confisquer la démocratie québécoise et faire dérailler l’exercice référendaire.

Dans cette approche, il n’y a rien de surprenant à voir le Clarity Bill servir d’icône. Le Canada pense réellement que cette loi le protège des séparatistes. Comme thème électoral, c’est probablement payant, c’est une belle police d’assurance à offrir pour calmer les inquiétudes qui montent en proportion des appuis à la souveraineté. C-20 est une pièce maîtresse dans l’arsenal de l’État canadian. En le plaçant dans son discours de campagne électorale, le PLC veut lui donner une légitimité plus forte encore en amenant les souverainistes à répéter ad nauseam qu’ils ne respecteront pas la loi. Rien de mieux pour faire passer pour des voyous ces séparatistes qui refusent de s’en remettre au droit. Et cautionner par avance le recours à la méthode forte. Faites-leur mal, a dit le petit Dion…

Le PQ et le Bloc ont toujours cherché à minimiser la puissance de cette arme de destruction de légitimité que constitue C-20. Ils soutiennent – comme Benoît Pelletier, d’ailleurs - qu’une loi fédérale ne peut s’appliquer pour réduire la souveraineté de l’Assemblée nationale dans sa sphère de juridiction. Le problème avec cette interprétation c’est que, quoi qu’ils en disent, Ottawa utilisera la loi et il faudra en déférer à la Cour Suprême – un tribunal étranger pour nous – pour interpréter a posteriori les gestes qui auront été posés. C’est une approche qui invoque un ordre constitutionnel que nous récusons, dont nous prétendons devoir nous affranchir. C’est là contradiction velléitaire.

André Boisclair s’est réfugié derrière le programme de son parti pour dire que la question de l’accession à l’indépendance est politique et non juridique. En se contentant de redire qu’il ne respectera pas C-20 plutôt qu’en adoptant une autre voie pour le contourner, le PQ commet une erreur stratégique majeure. L’approche péquiste reste ainsi prisonnière de la logique canadian, elle reste sur le terrain de l’adversaire - se poser contre C-20, c’est encore le considérer comme un paramètre. C’est s’exposer à se faire mettre sur la défensive non seulement sur le terrain idéologique et politique mais aussi sur le plan juridique. Si jamais une campagne référendaire s’amorce, il faudra voir dans quels marécages de procédures et d’injonctions elle va aboutir. La bataille de légitimité, Ottawa va tout mettre en œuvre pour la situer, non seulement à l’interne mais encore et surtout au plan international, dans le cadre du renvoi à la Cour Suprême et de la loi C-20.

L’avenir nous dira jusqu’à quel point cette erreur stratégique sera déterminante. Une chose est certaine cependant, la démarche souverainiste est d’ores et déjà un matériau dans cette campagne, un matériau dans une bataille qui sera encore plus sale que tout ce que nous avons connu à ce jour. Quoi qu’en disent officiellement les leaders souverainistes, le recours à C-20 pour faire paraître le mouvement souverainiste en rupture avec le respect des règles de l’État de droit, ne peut être banalisé. Il est certain que la bataille juridique et idéologique qu’il alimentera, après avoir servi de matériau de campagne électorale, ne sera que l’un des fronts qu’ouvrira Ottawa. Il y en aura d’autres que serviront la politique de déstabilisation financière, les campagnes de propagande et le recours au banditisme pour contourner les lois ne sont pas des moindres.

Il ne faut pas se laisser intimider. Mais il est certain que C-20 fournit des armes redoutables qui augmenteront le coefficient de difficulté de notre accession à l’indépendance. Il faut le dire. L’honnêteté l’exige autant que les règles du combat. Il faut dire aux Québécois et Québécoises que, notre indépendance, le Canada s’y objecte, nous en nie le droit et n’hésitera pas à dresser sur notre route des obstacles sournois et dangereux. Ce ne sera pas une formalité administrative. Des négociations comme celles qui devront avoir lieu, se font sur des rapports de forces qui doivent se prouver et s’éprouver dans le champ politique. Il faut pour cela avoir la lucidité de reconnaître que, des perturbations, il risque d’y en avoir et qu’il faudra avoir la cohésion et la force de mobilisation requises pour y faire face.

Ce n’est pas tout d’obtenir un oui. Il faudra pouvoir tenir le siège que nous fera subir un Canada disposé à peser de tout son poids pour briser la volonté exprimée. Il n’y aura pas d’indépendance sans dépassement. C’est inquiétant de voir les ténors souverainistes se perdre en rhétorique pour couvrir l’énoncé de Pauline Marois suggérant qu’il puisse y avoir un peu de turbulence. Ils ont choisi le jovialisme plutôt que de répondre que si jamais il y en a, cela vaudra la peine d’y faire face parce que cela vaut la peine de se battre pour son indépendance. Ils ont tenté de laisser croire que nous pourrions faire l’économie du courage, démontrant en cela combien ils sont, malgré les dénis, engoncés dans l’étapisme le plus crasse. Sans sa liberté notre peuple est condamné à s’étioler dans la folklorisation canadian. Et nous devrons la prendre, aucun «processus» ne nous la livrera sans efforts.

La campagne qui commence n’est qu’un premier coup de semonce. Des perturbations, il y en a déjà puisque le Canada étouffe les finances publiques et piétine notre Assemblée nationale. Il y en aura d’autres. Le meilleur est à venir, nous promet Paul Martin. Derrière la mascarade électoraliste qu’on va nous jouer, il y a quelque chose de plus répugnant encore que le bilan d’un gouvernement corrompu caché sous une avalanche de cadeaux électoraux. Le PLC fera campagne pour obtenir l’autorisation de nous servir la méthode forte. Le Père Noël joue le dur de dur.




Le PQ peut-il se libérer de ses radicaux?

Alain Dubuc
La Presse samedi 26 novembre 2005

Grâce au scrutin universel choisi par le Parti québécois pour élire son chef, nous avons une idée très précise du poids réel de chacune des tendances qui composent ce parti. Les éléments les plus radicaux du parti, tant les purs de la souveraineté que les durs de la gauche syndicale, sont aussi des marginaux.

Le candidat de la gauche syndicale, Pierre Dubuc, de l'Aut'journal, appuyé par le club de réflexion péquiste Syndicalistes pour un Québec libre, a récolté 1280 voix sur les 104 000 qui se sont exprimées. Un gros 1,22 %. Jean-Claude St-André, associé aux nationalistes radicaux, appuyé par Yves Michaud, a obtenu 951 voix, soit 0,9 %. Jean Ouimet, représentant un courant écolo, a récolté un maigre 247 voix, 0,2 % du total.

À eux trois, ces candidats ont récolté 2468 votes, soit 2,38 % des voix exprimées, mais ce qui équivaut à 1,77 % des membres du Parti québécois. Leur poids réel est sans doute un petit peu plus élevé, parce que certains de leurs partisans ont sans doute appuyé Mme Pauline Marois, pour empêcher le candidat modéré André Boisclair de passer au premier tour. Mais cela reste très peu.

Il y a là un mystère. Comment se fait-il que ces militants, si peu nombreux, réussissent à exercer une telle influence sur le parti, à hanter ses chefs successifs, parfois à les faire plier? Comment se fait-il aussi qu'on les tolère? Il y a sans doute à cela des réponses historiques et organisationnelles. Le respect qu'imposent des militants plus exaltés dans un parti dont la raison d'être est le combat. La pénétration de ces militants durs dans les instances du parti peut expliquer leur influence.

Le parcours de l'ancien chef du parti, Bernard Landry, illustre bien la nature de ces rapports amour-haine. Ses liens d'amitié avec des piliers d'un des deux courants radicaux, les vieux ultranationalistes souvent réactionnaires à la Yves Michaud. Sa hantise d'un débordement sur la gauche du PQ qui l'amenait à toutes sortes de contorsions pour occuper ce terrain. Enfin, on l'a vu le jour de sa démission-surprise, son obsession du niveau de soutien qu'il obtiendrait dans le parti qui l'a forcé, là aussi, à des concessions.

Mais il est tout à fait possible qu'un nouveau venu comme André Boisclair fasse un tout autre choix stratégique. Sachant qu'il ne pourra jamais vraiment rallier ces radicaux qui l'ont tant combattu, M. Boisclair pourrait fort bien choisir de vivre sans eux et de prendre ses distances avec la gauche radicale, quitte à perdre des appuis, pour ramener le parti plus au centre. Et parce qu'il appartient à une autre génération, il pourrait fort bien ne pas avoir la même tolérance envers les vieux réactionnaires.

Une telle stratégie comporterait des risques, en termes de voix et d'appuis. Mais aussi des avantages. Ça se calcule. Le principal risque, pour le PQ, c'est de perdre des militants et des votes au profit du parti d'extrême gauche que Françoise David et son Option citoyenne est en train de créer avec l'Union des forces progressistes. Est-ce une si grosse menace? Aux dernières élections générales, la gauche militante, tous groupuscules confondus, a récolté 2,17 % des voix. Si tout va bien pour elle, cette gauche pourrait aller chercher de 3 à 5 % des voix, peut-être enlever un siège à Montréal, diviser le vote dans quelques autres. Par contre, ce que le PQ pourrait perdre à gauche, il pourrait très largement le regagner à droite, notamment du côté de l'ADQ, dont le tiers des membres sont souverainistes.

En se recentrant, le Parti québécois reviendrait là où sont la grande majorité des Québécois. Le succès du PQ, à l'heure actuelle, tient bien davantage à l'impopularité des libéraux qu'à l'adhésion des Québécois à ses idées. Les deux tiers des électeurs, aux dernières élections, ont appuyé deux partis qui remettaient en cause le rôle de l'État, et ne sont certainement pas à l'aise avec le programme dogmatique que le PQ vient d'adopter ni avec ses alliances avec le monde syndical.

C'est une réflexion pertinente pour la société québécoise dans son ensemble, parce que le poids des radicaux au sein du PQ, en déséquilibrant ce parti, déséquilibre aussi la vie politique, accroît la fracture sociale et compromet plusieurs débats essentiels, à commencer par la réforme de la santé ou encore les défis économiques qui attendent le Québec.

Mais surtout, cette réflexion, on peut en être convaincu, un grand nombre de péquistes modérés doivent être en train de la faire, sans oser le dire tout haut, de peur de se faire condamner par les dogmatiques qui contrôlent les débats dans leur parti.

Adubuc@lapresse.ca




La rupture

Jean-Claude Rivest, Ancien conseiller de Robert Bourassa l'auteur est sénateur.
La Presse samedi 26 novembre 2005

Se peut-il que la longue histoire d'amour entre le Parti libéral du Canada et le Québec se soit brisée sur le seul rocher de la rocambolesque affaire des commandites?

Que sont mes amis devenus,
que j'avais de si près tenus et tant aimés...
- Rutebeuf.

Wilfrid Laurier, Louis St-Laurent, Lester B. Pearson, Pierre Elliot Trudeau. Une bien longue histoire d'amour, en effet, que celle du Parti libéral du Canada avec le Québec. Est-il possible que tout cela se soit irrémédiablement brisé sur le seul rocher de la rocambolesque affaire des commandites?

Les malversations révélés par la vérificatrice générale et le juge Gomery ne peuvent pas à elles seules expliquer la rupture qui s'est produite entre le Parti libéral du Canada et le Québec.

La confiance s'était, en effet, déjà considérablement effritée sur les récifs du rapatriement unilatéral de la Constitution et du sabotage libéral de l'accord du lac Meech. Inutile d'y revenir.

Il y a plus que cela, quelque chose comme un malentendu lointain et persistant entre le Parti libéral du Canada et le Québec. Ainsi, alors que l'on assistait a l'émergence d'une nouvelle identité québécoise distincte qui peu à peu supplantait l'identité traditionnelle canadienne-française du Québec, le Parti libéral du Canada n'a pas su s'adapter. Il n'a pas compris la profondeur, la complexité et l'importance de cette évolution marquante de la société québécoise et des transformations politiques, économiques, sociales et culturelles que cela comportait. Il n'y a, en effet, vu qu'une menace à l'unité canadienne, rien de plus! Le Parti libéral du Canada n'a même pas cherché a faire de ce nouveau Québec naissant un élément positif de l'enrichissement de la personnalité politique et culturelle du pays. Seules les incantations antiséparatistes sont venues du coté du Parti libéral du Canada.

Les Québécois et les Québécoises ont toujours cela à la mémoire. Alors, comment s'étonner aujourd'hui, en ces temps de commandites, que le discours libéral fédéral ait autant de difficultés à trouver une écoute au Québec?

Dogmes simplistes

Beaucoup de gens ont cru qu'une fois les dogmes simplistes de l'époque Trudeau-Chrétien passés, Paul Martin allait changer le cours des choses et l'attitude du Parti libéral du Canada à l'égard du Québec. Il l'a sans doute voulu. Mais, force est de reconnaître que malgré la conclusion d'ententes importantes avec le Québec (santé, congés parentaux, diversité culturelle...) la perception des Québécois et des Québécoises du Parti libéral du Canada, elle, n'a pas changé.

Le Parti libéral du Canada est toujours aussi près d'une certaine vision des choses qui caractérise depuis trop longtemps la bureaucratie fédérale (et libérale): le Québec est une province comme les autres, n'est-ce pas? La qualité de l'administration publique du Québec (et des provinces) exige des redditions de comptes obligées! Les programmes fédéraux dans les champs de compétence provinciaux sont toujours d'intérêt national! Les Québécois et les Québécoises savent que Paul Martin est, de tous les premiers ministres, celui dont la culture politique et administrative est la plus proche de celle de cette bureaucratie fédérale. Alors, ils se demandent toujours si le Parti libéral du Canada est vraiment déterminé à changer cette manière d'être et d'agir de l'administration publique fédérale. Ils sont toujours aussi sceptiques, ils en doutent.

Reconnaissons qu'en ce qui concerne le Québec, Paul Martin est loin d'être le responsable des maux et des malheurs qui le frappent. Il n'est que l'héritier (ou le témoin passif) d'un passé bien lourd qui a éloigné les Québécois et les Québécoises du Parti libéral du Canada: un gouvernement fédéral fort et omniprésent, le Québec, une province comme les autres, le rapatriement de 1982, l'échec de Meech, le plan B...

Paul Martin est - et sera selon toute vraisemblance - à la tête d'un gouvernement minoritaire avec une députation québécoise extrêmement réduite. Le gouvernement de Paul Martin est- et sera - ainsi forcément dominé par son caucus de l'Ontario qui sans être anti-Québec - c'est même le contraire - n'est forcément pas très sensible aux préoccupations proprement québécoises.

On dira: le Québec n'a alors qu'à voter libéral et à élire des députés libéraux! Bien sûr, et... à oublier tout le reste! Mission impossible.

Goutte d'eau

C'est précisément dans ce contexte que le scandale des commandites prend toute sa signification. Il survient au terme d'une longue - d'une très longue - période d'incompréhension entre le Parti libéral du Canada et le peuple du Québec. Ce scandale est en quelque sorte la goutte d'eau qui fait déborder le vase! Il rend impossible toute espèce de réconciliation.

Comment en effet, les Québécois et les Québécoises, comme l'ensemble des Canadiens, pourraient-ils ne pas sanctionner une telle malversation? Peu importe de savoir qui a fermé les yeux, qui a fait preuve de négligence ou qui a volé, le gouvernement qui a, consciemment ou non, permis qu'une telle affaire se produise doit absolument en payer le prix démocratique. Certes, ce gouvernement n'est pas celui de Paul Martin. Ce gouvernement est cependant un gouvernement libéral. Paul Martin est le chef du Parti libéral du Canada. Alors, pas d'échappatoire possible. Pour Paul Martin et les candidats libéraux, c'est probablement injuste (comme dirait l'" Autre ": que voulez-vous!), mais ils se trouvent au mauvais endroit, au mauvais moment!

La rupture entre le Parti libéral du Canada et le Québec sera donc encore là aux lendemains du prochain rendez-vous électoral en dépit des mérites personnels, du courage et de la détermination des candidats libéraux au Québec. Les impératifs de la démocratie sont parfois brutaux. C'est comme cela! Tout gouvernement doit répondre de ses actes.

Au Québec, le Parti libéral du Canada ne peut donc que connaître un hiver particulièrement rigoureux... Et puis, le printemps finira bien un jour par arriver... pour le Parti libéral du Canada comme pour tout le monde.




Clarity Act too weak to stop Quebec separation, expert says

Andrew Duffy
The Ottawa Citizen Saturday, November 26, 2005

Sovereignty is a key election topic, he argues

The federal government must strengthen the Clarity Act to deal with the challenge posed by the Parti Quebecois' aggressive new approach to separation, a leading constitutional expert says.

University of Ottawa professor Michael Behiels said the Liberal government has yet to realize the fact that its Clarity Act is now badly outdated.

"The Parti Quebecois party platform changed fundamentally this past spring and no one has really addressed that," Mr. Behiels said in an interview. "A lot has happened and people have been asleep at the switch."

Earlier this year, the PQ formally adopted the position that Quebec can unilaterally declare independence one day after a successful referendum on sovereignty, even if that vote is decided by a single "Yes" ballot.

New Parti Quebecois leader Andre Boisclair has endorsed that position and announced that he will ignore provisions of the federal Clarity Act.

Mr. Behiels, a constitutional expert and historian, said the federal response to Mr. Boisclair must become a central election issue as it holds more import for the country than any other question.

"It's time now that the debate become much more vigorous."

Mr. Behiels believes the federal government must respond with tough legislation that details Canada's response to a unilateral declaration of independence, dubbed a "UDI."

"The Clarity Act really is dated and we need a substantive amendment to address the new position of the Parti Quebecois," Mr. Behiels argued.

"The Clarity Act is a very, very weak and limiting instrument at the moment, but no one is really talking about that, and that's unfortunate. They think they're fighting the last war, but the rules have changed, and the PQ have changed the rules."

The Clarity Act sets out the conditions under which the federal government would recognize a "Yes" vote and begin to negotiate Quebec secession. It asserts the House of Commons will decide whether the referendum question is proper and what constitutes the kind of "clear majority" that can ultimately take the province out of Confederation.

But Mr. Behiels said it doesn't address how Canada will respond in the event Quebec declares itself independent without waiting for federal approval.

The Clarity Act states that no province holds the constitutional right to secede from Canada unilaterally -- a position that reflects the conclusions of the Supreme Court in its reference case decision on Quebec secession.

But Mr. Behiels said the law does not go far enough.

"It would have to be tough," Mr. Behiels said of a revised Clarity Act. "It would have to say that under no circumstances would any kind of UDI be the basis for the negotiation of anything.

"That a UDI is unconstitutional, unacceptable and no federal government could endorse that action, and that they would have to assert their authority over the territory of Quebec."

A strengthened Clarity Act would serve as the legal basis for the deployment of the Canadian military in the event of a unilateral declaration of independence. The legislation would be predicated on the notion that the government will back the rule of law with force, he said.

"It has to. It doesn't have any choice," Mr. Behiels argued.

In the days leading to the razor-thin "No" vote in the 1995 referendum, Bloc Quebecois MP Jean-Mark Jacob sent a letter to Canadian troops stationed in the province that urged Quebec soldiers to transfer their allegiance to a new Quebec army after a "Yes" vote.

The new PQ strategy makes it clear that, armed with a referendum victory, the party will move quickly to assert control over its territory and demand that Quebecers pay taxes exclusively to the newly independent state.

"They're going to be very, very aggressive. They know it's their only way. It's their only hope. They're not going to to achieve it any other way.

"They're not going to achieve it with a direct question and they're not going to achieve it with a substantial majority."

As it now stands, Mr. Behiels said, the federal government risks inflaming passions in Quebec after a narrow referendum victory that doesn't meet the Clarity Act's threshold for secession talks.

"Once you declare your independence, it gets very, very difficult to turn back," he said. "Then the onus is on the other side to respond. And then, every time Ottawa would respond, that would simply build an outcry among those who voted for separation."

Mr. Behiels is concerned another fragile minority government will be elected. Such governments, he said, are reluctant to deal with the "tough things" that must now be addressed to meet the PQ's challenge.

"The PQ knows where its going and what it has to do it. Now the federal government has to understand there has been a seismic shift and that they had better, in a sense, begin to fight this new war with new instruments. ...

"I'm watching very carefully now trying to figure out if the federal government understands its responsibilities and will prepare."




Gaz à effet de serre - Pas d'entente définitive entre Québec et Ottawa

SRC
dimanche 27 novembre 2005

Le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, affirme qu'aucune entente sur la réduction les émissions de gaz à effet de serre n'a été définitivement conclue avec Québec.

Même si le fédéral a promis de verser 328 millions de dollars sur cinq ans au gouvernement du Québec, après des mois de négociations laborieuses, le ministre Dion veut auparavant s'entendre avec son homologue québécois, Thomas Mulcair sur la façon de dépenser l'argent avant de parler d'une entente définitive.

La somme qui doit être remise graduellement d'ici 2012 pourrait tout de même servir en partie à financer des projets existants. Mais Stéphane Dion refuse que le gouvernement fédéral soit exclu dans le choix des nouveaux projets.

Le gouvernement Charest a réussi à obtenir le montant qu'il réclamait du fédéral, et à rendre admissibles au financement les projets produisant peu des gaz à effet de serre, comme ceux misant sur l'énergie hydroélectrique.

Le Québec voulait que ses efforts en matière de réduction des gaz à effet de serre soient reconnus, notamment son choix de l'hydroélectricité comme source principale d'énergie, ainsi que sa récente production d'énergie éolienne.

Ce qui devrait ressortir de l'entente

La majeure partie des 328 millions devrait être consacrée au transport en commun. Des sommes devraient également être investies dans l'efficacité énergétique, particulièrement dans le secteur industriel, dans des incitatifs fiscaux pour l'acquisition de véhicules hybrides, dans la mise sur pied d'un programme d'isolation thermique des maisons et dans un programme d'inspection obligatoire des automobiles.

Son bilan énergétique pourrait lui permettre de recevoir davantage ren récoltant les crédits de carbone prévus dans l'entente, conformément au protocole de Kyoto, et de toucher les sommes qui leur sont associées.

Québec mise depuis toujours sur l'hydroélectricité et s'oriente également vers la production éolienne. L'entente devrait reconnaître cet effort, qu'Ottawa ne voulait pas inclure dans l'accord.

Québec a déjà annoncé son intention d'aller de l'avant avec des projets tels que le financement du transport en commun à Montréal, à Québec et à Gatineau, ainsi que le développement de l'énergie éolienne en Gaspésie.

Jusqu'à présent, Ottawa s'est entendu avec l'Ontario, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard et le Yukon. En vertu du protocole de Kyoto, le Canada doit réduire d'ici 2012 ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport aux niveaux de 1990. Ottawa s'est engagé à y investir 10 milliards de dollars.

« Minuit moins une »

Réunis au forum de la Coalition Québec-vert-Kyoto pour discuter des enjeux reliés aux changements climatiques, certains écologistes suivent l'évolution des choses et restent perplexes. À deux jours de la Conférence de l'ONU sur les changements climatiques à Montréal, ce serait selon eux la moindre des choses que les deux palliers de gouvernements s'entendent sur un plan d'action.

André Belisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique y voit une « bonne nouvelle », mais trouve que Québec et Ottawa s'y sont pris bien tard. « À minuit moins une, nous sommes encore là à chercher une entente, à trouver un moyen de passer à l'action, mais ça fait 10 ans qu'on en parle! »

La Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui vise notamment à faire le point sur l'application du protocole de Kyoto, se tiendra du 28 novembre au 9 décembre.

Conférence des Nations unies sur les changements climatiques

Québec-vert-Kyoto




Montréal à la poursuite de Kyoto

Sylvestre Huet
Libération lundi 28 novembre 2005

Première conférence des signataires du traité depuis son entrée en vigueur en février.

Kyoto, et après ? La 11e conférence des parties de la Convention climat de l'ONU, alias «COP-11», s'ouvre aujourd'hui à Montréal (Canada) avec un menu qui témoigne du caractère «révolutionnaire et insuffisant» du protocole de Kyoto, comme l'a souligné Denys Gauer, ambassadeur à l'environnement au Quai d'Orsay (1). «Révolutionnaire» puisque, pour la première fois dans l'histoire des relations internationales, des pays ont signé un accord les contraignant à limiter leur «consommation» de climat planétaire : ils se sont engagés à contenir leurs émissions de gaz à effet de serre. «Insuffisant», puisque cette limitation n'engage que les pays industrialisés ­ à l'exception notable des Etats-Unis ­, et qu'il ne porte que sur la période 2008-2012.

Statistiques. Première conférence des signataires du protocole de Kyoto depuis son entrée en vigueur en février 2005, la COP-11 doit d'abord poursuivre la mise en oeuvre de ce traité. Alors que chaque pays va apporter les dernières statistiques de ses émissions de gaz à effet de serre, les experts vont plancher sur la création de trois fonds internationaux destinés à aider les pays en voie de développement à affronter les conséquences du changement climatique. Ils poursuivront aussi la discussion sur les puits de carbone (plantation de forêts ou pratiques agricoles permettant de séquestrer du CO2), à prendre en compte dans les calculs des émissions. Et sur le mécanisme de développement propre qui offre la possibilité à un pays ou une entreprise de réaliser ses engagements de réduction d'émissions en finançant un projet à même visée dans un pays du Sud. Enfin, et surtout, les ministres décideront des moyens de contrôle ­ voire de sanction ­ des Etats ne respectant pas leurs engagements.

Ce dernier point a d'autant plus d'importance que les objectifs ne seront pas faciles à atteindre, malgré leur modestie. Ainsi le Canada a signé pour une réduction de 6 % de ses émissions en 2012, comparées à celles de 1990. Or en 2003, il affichait une augmentation de 24 %. Quant à l'Union européenne qui promettait une baisse de 8 %, si elle semble en meilleure posture avec une diminution de 1,4 % en 2003, une analyse prospective laisse présager qu'en 2012 ses émissions seront en augmentation. Le deuxième enjeu de la conférence est de lancer officiellement les discussions sur «l'après-Kyoto». Limité dans le temps et l'espace, le protocole, conclu en décembre 1997, n'est en effet qu'une étape vers l'objectif fixé en 1992 lors du sommet de Rio: «Stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre de l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique.»

Cohérence. Pour parvenir à cet objectif, les pays industrialisés devraient avoir divisé par quatre leurs émissions en 2050 afin de compenser la hausse inéluctable de celles des pays en développement. Cette perspective, qui suppose une grande cohérence entre décideurs politiques et acteurs économiques, ne deviendra réalisable qu'avec la participation active des Etats-Unis, plus gros pollueur mondial par pays et par habitant. Sous Bill Clinton, Washington avait signé une baisse de 8 %, mais en 2003, les Etats-Unis enregistraient une hausse de 13,3 %, sans aucun espoir d'infléchissement de cette croissance. Il faudrait également que les pays en voie de développement, dont les émissions sont vouées à devenir majoritaires, entrent dans la danse...

Le temps presse d'autant plus que, selon Denys Gauer, «il ne sera sans doute ni possible, ni même souhaitable, d'élaborer à Montréal un mandat de négociation pour l'après-2012. Le meilleur résultat serait, sans doute, une déclaration politique des ministres présents, qui légitimerait le lancement du processus de réflexion».

(1) Lors du «Rendez-vous Climat 2005», à Paris, le 14 novembre.




Une arme de destruction massive: Le réchauffement climatique menace l'humanité, préviennent les experts

François Cardinal
La Presse lundi 28 novembre 2005

" Dans l'histoire de l'humanité, il n'y a jamais eu danger aussi important que les changements climatiques. " La phrase, lancée par Jean-Guy Vaillancourt, professeur de sociologie à l'Université de Montréal, vous fait sursauter? Vous devrez vous habituer, elle sera bientôt monnaie courante. Le réchauffement planétaire faisant maintenant l'objet d'un consensus scientifique et politique, la communauté internationale prend petit à petit conscience de l'ampleur du problème qui attend les prochaines générations. Si de nombreuses incertitudes existent sur les effets à long terme du réchauffement de la planète, les données sur le dérèglement en cours sont nombreuses, solides... et inquiétantes.

Il ne fait plus aucun doute que l'homme a une influence perceptible sur le climat mondial.

Résultat: la température moyenne globale pourrait augmenter de 1,4 à 5,8 o Celsius d'ici 2100, si l'on se fie à LA référence dans le domaine, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat de l'ONU (GIEC).

La variation semble faible? Elle est énorme. Il faut savoir que le dernier réchauffement similaire a eu lieu il y a deux milliards d'années et que le plus récent pic de glaciation est survenu il y a 18 000 ans, au moment où la température avait baissé de seulement 4 degrés...

Voilà pourquoi la communauté internationale a adopté en 1995 le mandat de Berlin, lequel prévoyait des négociations sur des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le grand responsable du réchauffement.

Deux ans plus tard, en 1997, les États se rencontraient de nouveau à Kyoto et signaient, avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, le fameux protocole dont la suite sera discutée à la Conférence de Montréal.

Unique en son genre, l'accord de Kyoto s'attaque à l'augmentation effrénée de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère, en fixant pour chaque pays des objectifs de réduction pour la période 2008-2012.

Le Canada, par exemple, doit diminuer ses émissions de 6 % par rapport à 1990 (il les a toutefois augmentées de quelque 24 % depuis).

" Le protocole de Kyoto constitue un petit pas en avant, estime Maurice Arbour, professeur de droit international à l'Université Laval. Avec lui, on reconnaît pour la première fois l'existence d'un problème. Mais dans les faits, le protocole est symbolique. On s'est entendus pour diminuer globalement les émissions de gaz à effet de serre de 5,2 %... alors que les scientifiques disent qu'il faudrait les baisser de 50 à 60 %! "

Autre problème de taille: les pays signataires n'émettent ensemble que le tiers des gaz à effet de serre de la planète. Cela signifie que près de 66 % des émissions mondiales proviennent de pays qui ne souscrivent pas au protocole, tels que la Chine et les États-Unis.

Cela est d'autant plus inquiétant que le réchauffement prévu de la planète va s'accompagner de perturbations climatiques à grande échelle.

Le GIEC prévoit en effet une hausse du niveau de la mer de 9 à 88 centimètres et une augmentation des précipitations de 3 à 5 %.

Les événements climatiques extrêmes tels que les inondations, les canicules et les tempêtes sont aussi appelés à être plus nombreux.

" Je suis très pessimiste à très long terme, confie Jean-Guy Vaillancourt. Quand on regarde notre consommation d'énergie fossile, on voit bien qu'il faudrait 10 protocoles de Kyoto pour faire une vraie différence. "

" Le protocole n'accomplira pas de miracle, renchérit Maurice Arbour. Les États-Unis, responsables à eux seuls du quart des émissions mondiales, ne l'ont pas ratifié. En ce sens, le protocole n'est qu'une première phase. Il faudra donc surveiller Kyoto 2, Kyoto 3 et ainsi de suite. "

Rendez-vous donc à la Conférence de Montréal où les discussions sur un protocole bis débuteront officiellement.

Francois.cardinal@lapresse.ca




La planète a les yeux tournés vers Montréal

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir lundi 28 novembre 2005

Le Palais des congrès accueille ce matin deux conférences internationales sur les changements climatiques

La planète tourne les yeux et les oreilles ce matin vers Montréal où démarrent deux conférences internationales sur les changements climatiques, deux conférences qui vont décider en grande partie du climat des prochaines décennies, voire des prochains siècles avec la multitude d'impacts environnementaux qui accompagnera ces changements.

En effet, c'est au Palais des congrès de Montréal, transformé en forteresse avec des accréditations individuelles passées au peigne fin, fouilles et radiographie des moindres bagages, que démarre ce matin la onzième Conférence des Parties (CDP-11 ou COP-11 en anglais) signataires de la convention de Rio sur les changements climatiques. Ce sera aussi la première réunion des pays qui ont ratifié le protocole de Kyoto depuis son entrée en vigueur, le 16 février dernier. Les deux instances vont siéger au même endroit et, dans la plupart des cas, les représentants nationaux d'une instance seront les mêmes dans l'autre.

Ces deux réunions, tenues sous l'égide des Nations unies, vont coïncider avec une multitude d'autres événements internationaux, dont une rencontre des maires des grandes villes de la planète et un forum des leaders politiques, pour n'en nommer que deux. Environnement Canada attend dans la métropole au cours de la prochaine quinzaine entre 7000 et 10 000 délégués de pays, représentants d'ONG ou participants aux divers forums, rencontres et colloques qui vont émailler la prochaine quinzaine. Depuis Expo 67, la métropole n'aurait jamais connu autant d'affluence.

Québec et Ottawa

C'est le ministre canadien de l'Environnement, Stéphane Dion, qui sera élu président de la conférence après la passation des pouvoirs de la CDP-10, tenue en décembre dernier à Buenos Aires et alors présidée par le ministre de l'Environnement d'Argentine, Ginés Gonzáles García. Une cérémonie des premières nations canadiennes inaugurera la 11e conférence, suivie des allocutions d'usage, dont celle du premier ministre du Québec, Jean Charest, qui avait signé au nom du Canada le texte de la convention de Rio en 1992.

M. Charest se présentera devant la communauté internationale avec l'excellent bilan du Québec, héritage des gouvernements précédents et de leurs investissements dans l'hydroélectricité. Mais au moment de mettre sous presse hier soir, le Québec n'avait pas encore paraphé les articles 7 et 8 de l'entente Canada-Québec sur l'application du protocole de Kyoto, qui ont été rouverts en fin de semaine par les représentants d'Ottawa. Mais, contrairement à ce qu'il avait promis depuis des mois, le gouvernement Charest se présentera ce matin devant la planète sans le moindre plan de réduction de ses gaz à effet de serre, résultat de deux ans de retard à prendre ce dossier au sérieux, accusent les écologistes.

Le Canada, le pays hôte, n'est pas dans une meilleure posture. Pour l'instant, il est un des membres de la communauté de Kyoto parmi les moins performants, ayant augmenté de 24 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. Si ses émissions étaient gelées demain matin au niveau actuel, il lui faudrait quand même réduire de 30 % ses émissions minimalement pour les ramener à 6 % sous la barre de 1990, conformément aux engagements de Kyoto. Pour y arriver, le Canada doit réduire de 270 millions de tonnes ou mégatonnes (Mt) ses émissions de GES par rapport au niveau prévu de 2010 alors qu'elles devraient alors atteindre sans intervention étatique les 830 Mt. Avec un niveau de 23,6 tonnes par habitant, le Canada n'est dépassé sous ce rapport que par les États-Unis (25,4 t/ha) et l'Australie (26,1 t/ha). En comparaison, le bilan québécois se situe à 12 t/ha.

Manifestations

Le Canada et le Québec vont être l'objet d'importantes expressions de mécontentement de la part du public, qui est invité à participer à une manifestation de grande envergure samedi prochain 3 avril à Montréal. Des manifestations pro-Kyoto vont d'ailleurs se dérouler dans 28 pays et dans une trentaine d'États américains.

Les États-Unis, qui ont amorcé depuis quelques jours une intense campagne médiatique pour redorer leur image dans ce dossier, vont siéger dans la CDP-11, mais ne participent pas aux pourparlers au sein de la communauté de Kyoto. Ils refusent de s'engager à réduire leurs émissions de GES dans des proportions et dans un échéancier précis, comme celui de Kyoto, ou dans le cadre d'une nouvelle entente, dont on doit baliser le processus à Montréal en vue de définir des objectifs de réduction pour l'ensemble de la planète pour la période 2012-2020. Le protocole actuel ne lie à son annexe B que la quarantaine de pays occidentaux mentionnés, dont les objectifs de réduction doivent être atteints d'ici à 2012. Pour la suite, tous les signataires de Kyoto doivent déterminer une marche à suivre, une série de rencontres et une date-limite aux pourparlers, ce qui constitue l'enjeu central des pourparlers à Montréal.

Les pays qui ont ratifié le protocole peuvent miser sur plusieurs options pour atteindre leurs objectifs. Ils peuvent réduire leurs émissions, la priorité selon les écologistes. Mais les pays de la communauté Kyoto peuvent aussi compenser pour leurs émissions en augmentant la capacité de leurs «puits» de carbone ou leur capacité de capter dans des mécanismes naturels ou au moyen de technologies nouvelles les gaz qui emprisonnent la chaleur du soleil dans l'atmosphère terrestre. S'ils n'y arrivent pas ainsi, ils peuvent financer des projets de captage des GES dans d'autres pays signataires de Kyoto par deux mécanismes, le «mécanisme de développement propre» ou le «mécanisme de mise en oeuvre conjointe». Enfin, dernière possibilité, ils pourront acheter les crédits qui leur manquent pour atteindre leur objectif de réduction auprès de pays ou d'entreprises qui auront dépassé les objectifs de Kyoto et qui disposeront de crédits excédentaires.




Climat : Etats-Unis et Chine au centre des débats

Caroline de Malet
Le Figaro lundi 28 novembre 2005

«HISTORIQUE» ! C'est ainsi que l'ONU juge la première conférence des signataires à la mise en oeuvre du protocole de Kyoto (Cop/Mop 1) depuis son entrée en vigueur le 16 février dernier, qui s'ouvre aujourd'hui à Montréal et devrait attirer de 8 000 à 10 000 participants. Au total, 180 pays vont étudier pendant deux semaines les modalités d'application futures de ce traité international signé en 1997, visant à lutter contre le changement climatique.

Le principal enjeu de cette réunion, à laquelle une centaine de ministres vont se joindre à partir du 7 décembre, sera la définition des règles du jeu pour la période ultérieure à 2012. Car le cadre réglementaire du protocole a été arrêté seulement jusqu'à cette date, fin de la première période d'engagement. D'ici là, seuls une trentaine de pays industriels devront avoir réduit leurs émissions de gaz à effet de serre, jugées responsables du réchauffement de la planète, en moyenne de 5,2% par rapport au niveau de 1990. Et encore, bien peu seront en mesure d'y parvenir, le Canada et le Japon étant particulièrement en mauvaise posture. En tout état de cause, le protocole de Kyoto sera insuffisant à enrayer la tendance, puisqu'il englobe seulement 35% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

En attendant, la pollution continue. Comme l'ont rappelé quinze sociétés savantes, à l'initiative de la Royal Society britannique, la communauté scientifique internationale est désormais sûre «à 90% que la température moyenne va continuer de s'élever (...) et que cette hausse va s'accompagner d'une montée du niveau des mers, d'une plus grande fréquence d'événements climatiques importants». Nombre d'ONG suggèrent donc de limiter l'augmentation de la température à 2 °C d'ici à 2050.

Les Etats-Unis refusent toujours Kyoto

Aussi l'Union européenne prend-elle une nouvelle fois son bâton de pèlerin pour défendre l'idée d'un nouvel accord international à l'horizon de 2020, qui engagerait plus de pays. En ligne de mire figurent au premier chef les Etats-Unis, qui refusent toujours de ratifier Kyoto, et les pays en développement, exonérés de tout engagement de réduction chiffré jusqu'en 2012. Or les Américains refusent de rallier Kyoto tant que la Chine et l'Inde, notamment, n'auront pas de contrainte. «La question n'est désormais plus celle d'une ratification du protocole par les Etats-Unis, mais bien d'une réflexion sur le type d'accord qui permettrait d'intégrer après 2012 ce pays dans un système d'engagements contraignants compatible avec sa stratégie carbone», analyse Romain Frémont, de la Caisse des dépôts, dans la lettre Mission Climat de l'institution.

Aussi, dans un souci d'associer les Etats-Unis à la discussion, le Canada a-t-il mis ce sujet à l'agenda de la 11e conférence de suivi de la convention climat (Cop-11), qui se réunit en parallèle à Montréal et que les Etats-Unis ont ratifiée. En revanche, le premier pollueur de la planète a un simple statut d'observateur à la Cop/Mop 1, réservée aux pays signataires de Kyoto.

La Chine et l'Inde, poids lourds du Sud qui arbitreront le débat annoncé entre l'UE et les Etats-Unis, redoutent de leur côté que des contraintes futures n'entravent leur développement. «La Chine manifeste officieusement sur le sujet une plus grande ouverture que dans le passé», fait toutefois remarquer Raphaëlle Gauthier, du groupement d'ONG Réseau Action Climat. Pour l'heure, il est inconcevable d'imposer à ces pays des engagements chiffrés contraignants de réduction, comme pour les pays industrialisés. Aussi des pistes de réflexion seront-elles lancées sur les autres modalités envisageables, adaptées aux contraintes de chaque pays.

Prudence des milieux industriels

«Il faut un signal fort sur l'«après-2012», sinon on court le risque qu'après 2008 plus aucun projet n'avance», lance le ministre français de l'Ecologie Nelly Olin, qui promet que la France se battra pour que «cette conférence s'achève sur une position forte». Les milieux industriels attendent en effet que des incertitudes soient levées pour entreprendre des investissements coûteux qui ne seront rentabilisés que s'ils sont assurés de se voir récompensés en retour, via les «Bourses du CO2» qui commencent à se mettre en place, comme en Europe. Un renforcement des moyens financiers des organes de l'ONU chargés de valider les «mécanismes de développement propre», qui permettent aux pays industrialisés d'investir dans des projets dans les pays en développement en échange de crédits, également à l'ordre du jour de la réunion, fait partie des autres décisions très attendues. Ainsi qu'un mécanisme de contrôle et de sanction des moins vertueux.




Le défi de Montréal : relancer et surpasser Kyoto

L'ÉTAT DU QUÉBEC DANS LE MONDE(5)
Le Soleil lundi 28 novembre 2005

Quand on compare l'administration publique du Québec à celle des autres États fédérés ou à des pays occidentaux, comment se situe-t-elle ? Pour y répondre, les chercheurs de l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP poursuivront, au fil des semaines, leurs analyses de la situation, à l'invitation du journal LE SOLEIL. Ils font porter leur analyse sur ce que sera l'apport de Montréal au défi du changement climatique.

À compter d'aujourd'hui, Montréal accueille le premier rendez-vous des 156 pays signataires du Protocole de Kyoto, finalement entré en vigueur cette année, et la 11e Conférence des Nations unies réunissant les 189 pays qui ont paraphé la Convention cadre sur les changements climatiques élaborée à Rio de Janeiro en 1992.

Ces rencontres onusiennes marquent un moment crucial en matière de négociations internationales sur l'environnement. Elles fournissent non seulement l'occasion de faire le point* sur la mise en oeuvre de ces textes, mais elles inaugurent surtout le premier tour de discussions à l'échelle planétaire sur les suites à donner au Protocole de Kyoto après 2012.

Un bilan mitigé annoncé

La Convention de Rio fixait l'objectif ultime de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique (attribuable à l'activité humaine) dangereuse pour le climat. Le Protocole de Kyoto constitue, pour sa part, un premier outil pour réaliser cet objectif. Limitation et réduction d'émissions ne s'appliquent toutefois qu'à des pays industrialisés (et même pas à tous ceux déterminés à la Convention) et ne couvrent que la période 2008-2012. Or, compte tenu de la non-participation des États-Unis et de l'Australie, le résultat global du Protocole sera, dans l'état actuel des choses, bien en dessous de la réduction de 5 % initialement prévue.

Et pourtant, le message scientifique est clair : un réchauffement provoqué par l'accumulation de GES générés par les activités humaines est déjà en cours, et ses conséquences seront dramatiques, même si tous les pays signataires parvenaient d'ici 2012 à maîtriser la progression du phénomène à l'intérieur de leurs frontières.

La prospective post 2012

Pour l'Union européenne (UE), soucieuse d'être à l'avant-garde dans ce domaine devenu stratégique, le Protocole de Kyoto fonde le socle d'un système post 2012. Les "acquis de Kyoto" (règles de mesure et de suivi des émissions de GES, systèmes d'observance, flexibilité des échanges de permis d'émettre, encadrement des nouvelles technologies de contention, etc.) représentent une base solide. Mais ce dispositif multilatéral doit évoluer. Un simple "Kyoto bis" de cinq années supplémentaires ne suffira pas. Il faut aller plus vite et plus loin.

Aussi, la réflexion sur l'après 2012 s'est amorcée formellement au niveau politique dès le printemps 2005. En mars, le Conseil européen, réunissant les chefs d'État et de gouvernement, a pris position sur les "stratégies de réduction des émissions à moyen et à long terme, assorties d'objectifs". Plusieurs réunions techniques (à l'échelon des fonctionnaires et des scientifiques) ont suivi. L'Europe s'apprête à proposer aux pays signataires de la Convention de Rio que le "groupe des pays développés envisage des objectifs de réduction d'émissions de l'ordre de 15 % à 30 % d'ici 2020, et de 60 % à 80 % d'ici 2050", objectifs calculés par rapport au taux des émissions de 1990.

Pour l'UE, les pays développés ont une responsabilité historique dans la lutte contre les changements climatiques. Ils détiennent aussi la capacité d'agir les premiers, mais encore faut-il que tous les pays industrialisés s'impliquent. À Montréal, la France soumettra aux pays industrialisés l'ambition de diviser leurs émissions par quatre d'ici 2050. La Grande-Bretagne, qui préside le G8 et l'UE jusqu'en décembre 2005, se préoccupera plus de trouver un consensus entre tous les pays.

Car les émissions des pays en développement (ou en transition) augmentent. En 1995, considérant toutes les émissions mondiales de CO2, y compris la déforestation tropicale (conversion des boisés en terres agricoles), les émissions de ces pays étaient pour la première fois supérieures à celles des pays développés. On estime que d'ici 2030, les émissions industrielles d'un certain nombre de ces pays dépasseront celles des pays qualifiés aujourd'hui "d'industrialisés".

Les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud) doivent donc progressivement contribuer aux efforts. Les autres États en développement, sans se voir imposer des engagements de type "Kyoto", doivent pouvoir bénéficier d'aides pour se rapprocher d'un développement sobre en carbone.

Une démarche "étapiste" et "différenciée" semble donc nécessaire : des engagements contraignants et absolus pour les pays industrialisés, et des dispositifs variables pour les pays en développement. On parle ici d'objectifs relatifs, compte tenu du niveau de développement des États ou des efforts déjà consentis. On évoque également l'élargissement des mécanismes internationaux de développement propre (MDP) ou de mise en oeuvre conjointe (MOC) ou encore d'échange d'émissions de GES applicables à des secteurs entiers (transport, énergie, agriculture, etc.).

En contrepartie, les États doivent adopter des politiques nationales contraignantes pour le développement durable. Ainsi espère-t-on résoudre la difficile équation du développement économique et de la protection du climat dans un contexte réglé par une économie de marché mondialisée.

De plus, face aux menaces graves et concrètes (risque accru d'inondation des régions côtières, phénomènes météorologiques extrêmes, réduction du rendement des récoltes, diminution de l'eau douce disponible), plusieurs pays réclameront un élargissement du régime actuel d'encadrement des émissions et de leurs conséquences. Les États-Unis (25 % des émissions en 1990), l'Australie (20 %) et le Canada (22 %), mais aussi les pays européens et asiatiques industrialisés, trouveront là matière à s'investir.

Au Canada aussi, des enjeux à différencier

Le dernier plan du gouvernement fédéral (Aller de l'avant pour contrer les changements climatiques : un plan pour honorer notre engagement de Kyoto) a été conçu de manière centralisée, comme dans les États unitaires. Il réunit des instruments stratégiques, financiers et commerciaux (les règles d'un système de crédit ne sont pas encore finalisées) pour transformer l'économie et tenter de rehausser la compétitivité des grands secteurs économiques afin de permettre au Canada d'atteindre ses objectifs concernant les changements climatiques. Cette vision unificatrice pourrait cependant se révéler inefficace, car pour réussir, ce plan doit être harmonisé avec des plans d'action des États des provinces canadiennes, constitutionnellement premiers responsables des ressources et du développement de l'économie sur leur territoire.

Les disparités mises en lumière dans le tableau ci-contre et confirmées par les évaluations préliminaires pour la période 2000-2003, provoquent des tensions. Il est évident que les efforts passés ou futurs de chacun des États fédérés canadiens pour rejoindre les objectifs de réduction des GES ne peuvent avoir la même ampleur, compte tenu des objectifs de la Convention et de ceux des protocoles d'application (Kyoto n'étant que le premier).

À cet égard, le Québec, qui a été un instigateur de la ratification canadienne de ces textes, milite pour une répartition équitable entre les provinces de l'objectif canadien de réduction (-5 % Kyoto, - 6 % Convention de Rio) par rapport au niveau des émissions de 1990. Le Québec souhaite en effet que soit reconnue sa performance déjà enviable en matière d'émission de GES, grâce aux choix de sa population pour l'hydroélectricité et pour le développement durable, et aussi grâce à l'action de ses entreprises. Au stade de contention où la majorité de celles-ci sont rendues, le coût des gains supplémentaires est nettement plus élevé. Le gouvernement fédéral devrait en tenir compte dans la répartition des ressources financières qu'il consacrera à la poursuite de ses objectifs.

Enfin, quel pourrait être l'apport de Montréal au défi majeur du changement climatique ? Les scientifiques et la communauté internationale attendent un message politique fort ancré sur une large coopération de tous les pays.

De la nécessité de stabiliser les concentrations atmosphériques de CO2 et de réduire les émissions de GES en dessous du constat de 1990 devrait naître un consensus ferme sur le plafonnement du réchauffement moyen de la Terre en deçà de 2°C. Pour atteindre cet objectif, les pays réunis à Montréal viseraient la réduction de moitié des émissions mondiales de gaz équivalents CO2 d'ici 2050.

Les chercheurs de l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP

* En marge des deux conférences onusiennes, une cinquantaine de manifestations diffuseront de l'information sur les réalisations des divers États ou des composantes de leur société civile : associations non gouvernementales spécialisées ou entreprises. Citons par exemple : le quatrième Sommet des dirigeants municipaux sur les changements climatiques, le Forum "Changements climatiques, le Sommet des leaders" réunissant des dirigeants de quelques États fédérés et d'entreprises multinationales membres du Climate Group implanté aux États-Unis et en Grande-Bretagne, le Forum international de jumelage pour des projets de réduction de GES, etc.

Pour communiquer avec l'Observatoire : Danielle Landry : (418) 641-3000, poste 6574 ; télécopieur : (418) 641-3057 ; courriel : danielle_lan dry@enap.ca ; Internet : http: //enap.ca/obser vatoire




CPE: Le gâchis

Michel Venne
Le Devoir lundi 28 novembre 2005

La ministre de la Famille, Carole Théberge, ressemblait, vendredi, à un bateau à la dérive. La critique, presque unanime, faite à son projet de loi sur les services de garde l'avait complètement sonnée.

Mme Théberge a annoncé des amendements au projet de loi n° 124. Mais ces amendements ne changent rien à l'esprit général de la nouvelle loi, qui se veut une réforme. Deux aspects en particulier posent toujours problème.

D'abord, cette nouvelle loi met sur un même pied des centres de la petite enfance à but non lucratif, administrés par des parents et obligés d'appliquer un programme pédagogique, et des garderies dites privées mais à but lucratif, c'est-à-dire dont la finalité est de réaliser des profits, que nous appellerons pour plus de commodité des garderies commerciales.

Ensuite, cette nouvelle loi permettra au ministère de réduire considérablement le soutien professionnel accordé aux responsables de garde en milieu familial. La crainte formulée par beaucoup de spécialistes est que la réduction du nombre de conseillères ait deux effets pervers : d'une part, de réduire le volet éducatif des services de garde, surtout en milieu familial, et, d'autre part, de rendre plus difficile le travail de prévention auprès d'enfants qui ont besoin d'une aide particulière en matière d'apprentissage ou pour des troubles de comportement.

***

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Charest a affiché un préjugé favorable envers les garderies commerciales. Depuis 2003, le nombre de places en CPE a crû de 15 % pendant qu'il augmentait du double, soit 30 %, dans les garderies commerciales dont les subventions ont augmenté de 31 % sur la même période. Avant les élections, le gouvernement péquiste avait instauré un moratoire pour freiner le développement du secteur commercial et pour favoriser les CPE. Les libéraux ont carrément rompu avec cette vision. Le titre même du projet de loi, qui fait disparaître le nom des centres de la petite enfance, en est une banale illustration.

Le pire, c'est que le gouvernement libéral a sciemment favorisé les garderies commerciales même si elles font l'objet d'un nombre effarant de plaintes comparativement aux CPE dont la supériorité sur le secteur privé à but lucratif a été démontrée par de nombreuses études locales et internationales portant sur la qualité des services.

Adopté tel quel, le projet de loi n° 124 aurait de plus favorisé l'expansion des chaînes de garderies commerciales et aurait permis à ces chaînes, dont rien n'empêchait la propriété d'être étrangère, de prendre le contrôle des nouveaux bureaux coordonnateurs des services en milieu familial. La ministre a promis de modifier le projet de loi pour que ces scénarios extrêmes ne puissent se produire.

Mais ces amendements ne changent pas l'orientation de la réforme qui continue de faire la part plus facile aux garderies commerciales (les exigences de la loi sont moins sévères) tandis qu'on alourdit le fardeau administratif et les contrôles bureaucratiques des CPE.

L'expansion des garderies commerciales pose des questions d'ordre éthique. La Fondation Chagnon, parmi d'autres, s'oppose à ce que l'on permette à des entreprises privées de faire du profit avec l'éducation des enfants en bas âge. Cette critique ne fera peut-être pas l'unanimité. Mais est-il permis de demander pourquoi un gouvernement qui avait promis, par ailleurs, de réduire les subventions aux entreprises, a augmenté celles accordées aux garderies commerciales au point qu'elles reçoivent aujourd'hui 85 % du montant versé à un CPE (pour les enfants âgés de 18 mois à cinq ans).

Belle façon pour un entrepreneur de se constituer un actif, à même les fonds publics, y compris d'acquérir des immobilisations qui, en vertu du projet de loi n° 124, demeurent sa propriété entière, qu'il pourra revendre, après avoir reçu des subventions pendant des années, avec un profit substantiel.

Il est clair que la privatisation du réseau est un objectif poursuivi par le gouvernement libéral sans que celui-ci eût jamais justifié ce choix ni au regard de l'utilisation des fonds publics à cette fin ni au regard de la qualité des services et des autres fonctions sociales des CPE.

***

Rien dans ce projet de loi n'est fait pour les enfants. Le nombre de bureaux coordonnateurs des services en milieu familial est encore trop réduit pour que la qualité des services éducatifs et des services de prévention soit préservée. Dans des zones rurales, le retrait de la responsabilité des services en milieu familial aux CPE locaux entraînera leur fermeture pure et simple et ne comptez pas sur les garderies commerciales pour prendre la relève : il n'y a pas d'argent à faire là.

La collaboration établie entre les CPE et les milieux familiaux, qui constituaient autrefois deux réseaux parallèles, sera rendue plus difficile, remplacée par des contrôles bureaucratiques dépersonnalisés. Tout cela sans parler (on l'avait oublié) de l'ouverture faite par la loi à des services de garde 48 heures d'affilée, jour et nuit, autre sujet de controverse.

Qui veut de tout ça ? Pas grand monde. Ce projet de loi est un gâchis. Les CPE ne sont pas immuables, et bien des choses pourraient y être améliorées. Si le gouvernement est sérieux, il va laisser mourir le projet de loi n° 124, M. Charest va «offrir de nouveaux défis» à sa ministre incompétente et confier à un autre le mandat de reprendre l'exercice sur de meilleures bases.

Entre-temps, je salue tous les parents, les éducatrices, les citoyens qui se mobilisent contre ce projet de loi et permettent à leurs concitoyens de prendre conscience des enjeux réels de cette réforme. Ceux qui leur demandent d'être moins émotifs ou moins militants sont des censeurs qui oublient que la contestation de la bêtise étatique est l'essence même de la démocratie.




Le territoire du Québec, un chaînon manquant de tous les discours

Louis-Edmond Hamelin, Professeur émérite de géographie, Université Laval, fondateur en 1961 du Centre d'études nordiques et auteur du concept de «nordicité»
Le Devoir lundi 28 novembre 2005

Des événements comme la course à la direction du Parti québécois, l'absence d'une majorité parlementaire au gouvernement fédéral, les relations de travail des fonctionnaires provinciaux ainsi que l'usure des formules ont été propices à l'éclosion de manifestes concernant les politiques publiques au Québec. Plusieurs évaluateurs sont revenus sur les thèmes d'identité et de souveraineté auxquels se sont ajoutés ceux d'américanité, d'ambivalence et de postnationalisme. Le mot Québec s'est enrichi de qualificatifs dont lucide et solidaire.

Un facteur essentiel est pratiquement absent, celui du territoire. Sans doute, il ne peut s'agir de la vallée du Saint-Laurent qui focalise l'attention des penseurs. Le territoire se trouve dans le Nord au niveau de 70 % du Québec. Est-il sage alors que le futur Nunavik inuit ne soulève guère d'intérêt ? La coupe des arbres dans l'immense forêt boréale remue un peu plus de gens.

Dans l'ensemble, les conceptualisateurs de l'avenir québécois ne se préoccupent pas beaucoup du Nord, même si, à l'occasion, des commentateurs considèrent l'environnement, les aménagements urbains, les régions périphériques ou les conditions de vie dans une réserve. À un niveau élevé, l'on ne se rend ni à une politique du territoire ni à une politique de l'autochtonie. Négliger ces référents majeurs ne constitue-t-il pas des déficits de québécité ?

Est-ce un simple oubli ? Une abstention délibérée à l'imitation de l'Europe qui ne se pose pas la question du premier occupant de ses patries ? Est-ce une assurance que toutes les difficultés nordiques aient été réglées par la Convention de 1975 ou, huit ans plus tard, par les 15 principes du gouvernement à l'égard des premiers peuples ? Est-ce une justification de la colonisation d'un écoumène qui, de toute évidence, était déjà occupé par autrui ? Est-ce un témoignage de satisfaction de la politique territoriale contemporaine ? Est-ce un refus de considérer l'option d'un usage multiple de l'espace ?

Les deux zones du Québec

Un élément incontournable du débat géopolitique correspond au substrat terrestre. Ici, abstraction faite d'un Labrador comme autorattaché à Terre-Neuve ainsi que les eaux marines périphériques, le Québec s'étend sur deux zones spécifiques.

Le Québec méridional, dit aussi Québec laurentien, est une entité bien organisée où sont implantés divers peuplements initialement autochtone, principalement francophone, partiellement anglophone et légèrement allophone. Sa frontière septentrionale oscille autour du 50e degré de latitude, ligne fondamentale reliant la Côte-Nord à une frange située entre l'Abitibi et la baie de James.

Ainsi, le Québec du sud occupe seulement le tiers de l'étendue de la péninsule, mais a l'habitude de se prendre pour le tout du Québec. Cet unique mot est utilisé comme titre d'ouvrages ne traitant que de la Laurentie; des bulletins météo parlent de «centre du Québec» pour la seule section Mauricie-Saguenay. Les gens d'aujourd'hui n'ont pas encore conscientisé la nordication administrative du territoire qui s'est faite il y a plus de 100 ans. Le vocabulaire toujours sudiste fait comme un frein à la perception de la réalité pan-Québec.

Il y a par ailleurs le Québec septentrional. Les fouilles archéologiques enseignent que des habitations y existent depuis des milliers d'années; aussi, dans cette zone, la majorité des expériences humaines ont été conduites par les Indiens, Inuits et Métis. D'ailleurs, partout dans la péninsule, l'antériorité autochtone est un fait indéniable.

Les non-Autochtones, eux, se sont construit un Québec du nord moderne en étirant leur base laurentienne suivant la théorie du secteur (s'étendre sur les terres qui sont vis-à-vis). Malgré des barrages enorgueillants, l'arrivée tardive et peu nordiciste de cette seconde vague de population ne change pas le caractère fondamental de la zone nordique. Par ses référents spatiaux et culturels intrinsèques, le Québec du nord contient des descripteurs majeurs de l'ensemble du Québec. En conséquence, étant un espace autant ontologique que le sud, il devrait être connu et considéré.

Une troisième entité, peu conceptualisée comme telle, est celle d'un Québec vu comme entier, c'est-à-dire, non seulement dans son étendue naturelle -- des frontières de l'État de New York à celles du détroit d'Hudson -- mais dans un dialogue fructueux entre tous ses composants. Cette superzone ne peut être saisie qu'au moyen d'un concept global que ne livrent ni le Québec du sud ni le Québec du nord.

Dans la sphère francophone, le Québec est le pays qui vit la nordicité la plus élevée; devrait découler de cette constatation l'exercice d'un certain leadership technologique et culturel. Cette lecture pourrait apparaître nouvelle.

La vision d'un Québec total

Une contrée est aussi une représentation symbolique (Gérard Bouchard). À ce point de vue, les citoyens se contentent d'une idée insuffisante du tout-Québec. Dans quels rêves, dans quels mythes, gens du sud et ceux du nord se complaisent-ils ? Les liens affectifs par rapport au Québec septentrional sont surtout ressentis par les nordistes alors que les sudistes sont surtout attachés au Québec méridional. La distance physique et l'histoire favorisent sans doute de telles préférences, mais il demeure inquiétant qu'il y ait si peu de personnes qui alimentent une charge émotive au sujet de l'entièreté québécoise. Alors, devrait-on trouver insincère le fait de réclamer quand même le nord ?

La discrétion d'une image strictement panquébécoise porte des conséquences administratives. Une politique expansionniste du sud fait face aux autochtonités militantes du nord; ce dernier cas est exprimé dans le slogan : «Le Moyen Nord aux Cris» (vers 1990). Alors, comment la zone méridionale et la zone septentionale pourraient-elles s'adonner à la conjointivité quand les objectifs principaux de chaque acteur sont à la fois différents et chevauchants ? Sans trop d'égards aux réalités, les uns et les autres signent des arrangements spécifiques en remettant à plus tard la solution du problème le plus épineux, celui du territoire. Aucune démonstration théorique n'assure qu'un tel pragmatisme équivaut à la meilleure démarche ou le moins mauvais concordat.

Dans le débat, l'inclusion de la notion d'une totalité devrait inviter à réfléchir à la notion de l'identité du Québec.

Circonstances du discours

S'il ne faut pas confondre le thème du territoire et le thème de l'autochtonie, ce dernier fera obligatoirement partie de toute argumentation concernant l'avenir du Québec. On ne peut concevoir un Québec complet sans le nord et un nord sans les autochtones. Qui grimacent devant de tels énoncés devraient réfléchir à l'opinion des cours (à commencer par le jugement Malouf en 1973) et l'affimation de juristes : «Le Québec n'a pas la capacité constitutionnelle de faire comme s'il était le seul propriétaire des terres et des ressources... Il devra même consulter les Autochtones avant d'intervenir sur toute partie du territoire...» (Ghislain Otis, Cités, 2005). Or, cette position se trouve épaulée par une instance ad hoc des Nations unies qui vient de demander aux États de solutionner le conflit des terres réclamées par les peuples antérieurs.

Des interventions souhaitables de pluri-usage pourraient s'enraciner dans l'idéologie de la coexistence. Cette formule d'action politique en milieu pluriculturel se caractérise par l'emploi conscient des termes significatifs de dialogue, respect, confluence et partenariat. La coexistence exige un engagement de fond mené à partir et du sud et du nord. L'Entente Eastmain-Rupert signée le 23 octobre 2001 entre les Cris et le Québec prolonge la Convention de 1975 mais soulève de semblables questions d'environnement.

Ce concept se loge dans la sphère d'un projet de pays, bref, d'un mégaplan de société. Tout ce qui concerne l'ensemble du Québec mérite d'être bien davantage considéré. Faisant voir le Québec autrement que par la lunette longtemps exclusive du sud, la nouvelle géopolitique concernerait surtout la zone septentrionale, engagerait d'une autre façon la zone méridionale et ferait émerger la notion d'un Québec total. Cette évolution comme écologique ne pourrait se faire sans une reformulation des «agir» de l'État et des citoyens.

Le présent discours s'offre à la réflexion de toutes les options politiques.




La SGF au neutre:La Société n'a effectué aucun investissement en deux ans

Hélène Baril
Le Soleil lundi 28 novembre 2005

La Société générale de financement s'est rationalisée, restructurée et réorganisée, mais elle n'a fait aucun nouvel investissement depuis plus de deux ans.

Le bras économique du gouvernement du Québec est au repos depuis l'élection du gouvernement libéral en avril 2003 et le départ du président de la SGF, Claude Blanchet, dans le mois qui a suivi, peut-on constater en remontant dans les archives de la société d'État.

C'est normal, a plaidé la porte-parole la SGF, France Beauchamp. "Comme l'a expliqué le président dans le dernier rapport annuel, il y a un repositionnement de la société", a-t-elle dit.

Le président de la SGF, Pierre Shedleur, a été nommé au terme de cet exercice de repositionnement, en décembre 2004. Durant l'année 2005 et jusqu'à aujourd'hui, aucun nouvel investissement n'a été réalisé, a confirmé France Beauchamp. "Il y a eu des réinvestissements, mais pas de nouveaux investissements".

Autrement dit, la SGF a remis des fonds dans les entreprises dans lesquelles elle était déjà actionnaire, mais a investi dans aucune nouvelle compagnie. Peu après son arrivée à la tête de la SGF, le président Pierre Shedleur se disait prêt à passer à l'action. "L'exercice 2004 aura donc servi à préparer le terrain pour que la SGF puisse assurer une présence active au sein de l'économie québécoise et participer à son essor", expliquait-il lors de la publication du bilan 2004.

Cette présence active se fait encore attendre.

En fait, la dernière intervention de la SGF remonte aux derniers jours du règne de Claude Blanchet, lorsque la SGF a annoncé son dernier investissement dans une nouvelle entreprise, soit l'injection de 2,1 millions $ dans l'expansion du Centre Aqua-Mer de Carleton.

Entre Claude Blanchet et Pierre Shedleur, il y avait eu un intérim de 18 mois pendant lesquels Henri Roy a entrepris à la demande du gouvernement un grand ménage dans le portefeuille de la SGF. Des projets d'investissements ont été abandonnés, des participations ont été vendues et des entreprises ont fermé leurs portes, mais aucun nouvel investissement n'a été réalisé durant cette période.

En conséquence, la SGF a perdu du poids. À la fin de l'exercice de rationalisation, au 31 décembre 2003, le portefeuille de la SGF contenait des participations dans 115 entreprises dont la valeur sur le marché était estimée à 1,95 milliard $. Un an plus tard, au 31 décembre 2004, il restait 100 entreprises évaluées à 1,75 milliard $.

En 2005, aucun investissement n'a été réalisé, mais un autre placement a été éliminé: Circuit Foil America, de Granby, une entreprise de fabrication de feuilles de cuivre dans laquelle la SGF avait investi 104 millions de dollars, a fermé ses portes en février dernier. La SGF a terminé l'année 2004 avec une perte nette de 50 millions $ et prévoit des profits pour l'exercice 2005, qui se termine le 31 décembre. Même si elle a réduit son train de vie et n'a rien investi, la SGF coûte encore 27 millions $ par année à faire fonctionner. Le porte-parole de l'opposition en matière d'économie, François Legault, pense que c'est une dépense inutile. " Si la SGF n'a plus d'argent à investir, on se demande pourquoi on devrait payer pour une grosse structure comme ça ", a-t-il dit lors d'un entretien téléphonique. Le ministre responsable de la société d'État, Claude Béchard, croit au contraire que c'est de l'argent bien dépensé. Le rôle de la SGF est de faire du développement économique, a plaidé le porte-parole du ministre, Pierre Choquette. Si la SGF n'en a pas fait depuis deux ans, c'est qu'il fallait qu'elle retrouvela rentabilité. " Il y avait un problème à régler et maintenant que c'est fait, l'objectif est d'investir entre 200 et 300 millions $ par année ", a-t-il dit.




Les Astérix de notre histoire

Michel Vastel
L'Actualité, n° Vol: 30 No: 20 - 15 décembre 2005

Petite société d'irréductibles égarée dans le nord-est d'un immense continent, le Québec reste farouchement distinct. Voici 12 personnages qui ont contribué à son caractère rebelle.

Samuel de Champlain. Le Canada fut découvert par Jean Cabot en 1497. Jacques Cartier y fit une visite en 1534. Mais le premier "établissement" des Européens sur cette terre jusqu'ici occupée par les Amérindiens fut fondé par Champlain le 3 juillet 1608, au nom du roi de France Henri IV. Alors commencèrent quatre siècles de résistance pour les "Canadiens".

La reine Victoria. En 1763, la France avait cédé ses colonies d'Amérique à l'Angleterre. Mais le 1er juillet 1867, en créant le premier dominion de l'Empire britannique, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique reconnaît le caractère distinct du Québec: celui-ci parlera français, ses écoles seront catholiques et sa justice sera administrée en vertu du Code civil plutôt que de la common law anglaise. La résistance acquiert un statut légal...

Alphonse Desjardins. Montréal devient rapidement la métropole financière du Canada. Anglaise, comme il se doit. Un visionnaire fonde, le 6 décembre 1900, à Lévis, la première caisse populaire. Le Mouvement Desjardins est aujourd'hui un empire financier de plus de 100 milliards de dollars, engagé dans les services bancaires, les assurances et les valeurs mobilières.

Armand Frappier. Le Québec n'a jamais été une petite société repliée sur elle-même: en 1934, c'est un Québécois qui est le maître d'oeuvre de la recherche devant conduire à la découverte du vaccin contre la tuberculose. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, ses laboratoires élaborent des vaccins contre la diphtérie, la variole et le tétanos. L'Institut Armand-Frappier a poursuivi la tradition avec la mise au point de vaccins contre la rougeole et la poliomyélite...

Paul Desmarais. Le maître de Power Corporation - actifs consolidés et sous gestion de 258 milliards de dollars - est un des 10 personnages les plus riches du Canada. Originaire de Sudbury, en Ontario, il s'est tellement enraciné à Montréal et dans ses hautes terres de Charlevoix qu'il est un témoin vivant du caractère accueillant de la société québécoise.

Jacques Parizeau. Comme grand commis de l'État, puis ministre des Finances, il a contribué à la création de la Caisse de dépôt et placement et à l'instauration d'un régime d'épargne-actions. Que de fortunes authentiquement québécoises se sont bâties grâce à lui! Le Québec inc., qui suscite l'envie du reste du Canada, c'est lui...

René Lévesque. Ancien journaliste, membre de l'équipe du tonnerre de Jean Lesage qui a mené la Révolution tranquille, a fondé le Parti québécois. Chef d'un "bon gouvernement", il est le premier à avoir proposé aux Québécois de faire de leur province un État souverain. Et son cri de ralliement - "À la prochaine fois..." - résonne encore.

Pierre Elliott Trudeau. Père de la Constitution canadienne moderne, bien différente de celle de la reine Victoria. La Charte des droits et libertés modifie les pouvoirs du Parlement fédéral et des assemblées législatives provinciales et reconnaît pour la première fois les droits des Indiens, Inuits et Métis. L'Assemblée nationale du Québec a cependant refusé de la ratifier.

Brian Mulroney. Le premier ministre conservateur a vainement tenté de rétablir le caractère "distinct" du Québec reconnu par la reine Victoria. Son héritage restera cependant d'avoir sorti le Canada de son isolationnisme et de l'avoir préparé au défi de la mondialisation en signant un traité de libre-échange avec les États-Unis, puis le Mexique.

Guy Laliberté. Quand Pierre Trudeau reprochait aux Québécois de rester repliés sur eux-mêmes, un accordéoniste, échassier et cracheur de feu créait le Cirque du Soleil. Son chapiteau, avec ses 700 artistes de 40 nationalités parlant 25 langues différentes, a été planté dans la plupart des grandes villes du monde. Et son siège social est toujours à Montréal...

Denise Robert. La productrice a imposé le cinéma québécois en France, aux États-Unis et même au Canada anglais, qui n'a pas toujours fait preuve d'autant d'ouverture. Elle a produit notamment les films de Léa Pool, de Robert Lepage et de Denys Arcand. Une vingtaine de ses productions ont collectionné les prix internationaux.

Françoise David. Elle a organisé, en 1995, une marche des femmes contre la pauvreté. Devenue "mondiale" en 2000, la Marche des femmes regroupe aujourd'hui 6 000 groupes de 166 pays. Françoise David a prouvé que les Québécois ne sont pas juste nés pour un petit pain: ils méritent aussi des roses...

Suivez régulièrement le blogue de Michel Vastel dans le site de L'actualité: www.lactualite.com.




Attendez que je me rappelle

Jean-François Lisée
L'Actualité, n° Vol: 30 No: 20 - 15 décembre 2005

Contrairement à leur devise, les Québécois ne se souviennent pas toujours très bien des événements qui ont marqué leur parcours. Petit aide-mémoire historique.

Le Québec ne manque pas d'histoire. Mais il n'est pas certain qu'on tienne à se la remémorer. Loin d'être une "épopée des plus brillants exploits", c'est un bric-à-brac de rendez-vous manqués et d'audaces infructueuses.

On encaisse

1760: Sur les plaines d'Abraham, les troupes françaises protègent aussi bien leurs positions que lors de l'offensive allemande sur les Ardennes, en 1940. Il ne faut pas se croire personnellement visés.

1837: Les Britanniques refusent les revendications des Patriotes, majoritaires à l'Assemblée. Conflit armé, répression: villages brûlés, pendaisons, déportations. L'échec s'inscrit dans le code génétique du Québec.

1867: Un festival de fraude électorale permet au Parti conservateur de l'emporter de justesse sur le Parti rouge, anti-confédérationniste. Personne ne célèbre le 1er juillet, fête du Canada. À quand les commandites?

1970: Après que le FLQ eut enlevé un diplomate et un ministre, Robert Bourassa obtient d'Ottawa que le Québec devienne la seule nation occidentale depuis la guerre où on suspend les libertés: 3 000 perquisitions sans mandat, 500 arrestations pour délit d'opinion. Dont celles des poètes Gaston Miron, Gérald Godin.

1982: Une nouvelle Constitution est élaborée. Distrait, Pierre Trudeau oublie de tenir un référendum pour la faire avaliser par le Québec.

1990: Avec l'accord du lac Meech, le Canada s'apprêtait à reconnaître le Québec comme "société distincte". Mais lorsque Québec veut maintenir sa législation linguistique, distincte, contre une décision de la Cour suprême, le Canada change d'avis.

2000: Stéphane Dion a une idée: si le Québec disait oui à la séparation, donnons aux députés de l'Ontario, de Terre-Neuve et de l'Alberta le pouvoir de refuser le verdict, qu'importe la majorité.

On innove

1692: Madeleine de Verchères, 14 ans, seule dans le fort de son père, fait croire aux Iroquois qu'une garnison de soldats est à ses côtés. Naissance du théâtre québécois.

1836: Louis-Joseph Papineau propose que le Bas-Canada se gouverne lui-même, mais garde des liens économiques et politiques avec l'Empire britannique. Le concept de souveraineté-partenariat est né.

1900: Alphonse Desjardins croit qu'en associant suffisamment de pauvres, on peut créer une force. Sur son lit de mort, il murmure: "Pop-sac-à-vie-sau-sec-fi-co-pin." Le mystère reste entier.

1932: Armand Bombardier, frappé par la quiétude qui règne en forêt, sent un marché et crée la motoneige.

1962: Cette décision serait-elle envisageable aujourd'hui: nationaliser toute une richesse naturelle - l'électricité -, la vendre au prix le plus faible sans se soucier du marché? René Lévesque le fait, avec l'appui des Québécois. Lucide?

1965: Profitant d'un moment d'égarement du fédéral, Jean Lesage et ses conseillers Bélanger, Parizeau et Morin inventent la Caisse de dépôt. Un succès fou, jusqu'à ce qu'un investissement dans une entreprise de bikinis déconcentre les gestionnaires (-9% de rendement en 2002).

1998: On croit perdue toute une génération de jeunes Québécois, "veggeant" sur les canapés, jouant à Super Mario. Ubisoft y voit une ressource. Montréal devient un centre mondial du jeu vidéo.

On s'encanaille

1665: La France envoie 900 "Filles du roy" en Nouvelle-France. Coïncidence? Sept ans plus tard, la colonie produit 8 000 paires de chaussures par an.

19e siècle: La Conquête ayant interrompu toute importation de littérature française, les Canayens n'ont rien à lire avant de dormir. Ils font 40% d'enfants de plus que les Ontariens, qui, lisant Charles Dickens, sont trop déprimés pour s'envoyer en l'air.

1955: Le hockeyeur Maurice Richard est suspendu, ce qui conduit au saccage de la rue Sainte-Catherine. Pour commémorer l'événement, les vitrines de la Catherine seront rituellement fracassées chaque fois que le Canadien gagnera - ou perdra - la Coupe Stanley.

1962: Introduction au Québec de la pilule anticonceptionnelle. Au même moment, les églises se vident. Ceux qui n'ont pas compris vont voir le film Valérie, en 1968. Forte chute de la natalité.

1967: Ayant vu Valérie en avant-première, Charles de Gaulle s'exclame: "Vive le Québec libre!" La phrase est diversement interprétée.

21e siècle: Incapables de percer le marché torontois, nos artistes se replient sur des cibles plus faciles. Ils occupent Las Vegas, dominent la chanson française, mettent Victor Hugo en musique. L'âge d'or du cinéma québécois (Les invasions barbares, La grande séduction, C.R.A.Z.Y.) n'est assombri que par la concurrence exercée auprès du public par les audiences de la commission Gomery.

Jean-François Lisée est directeur exécutif du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal ainsi que de PolitiquesSociales.net.