La bisbille éclate au Parti québécois

Jour de galère pour André Boisclair

Denis Lessard et Tommy Chouinard
La Presse vendredi 4 novembre 2005

«En dépit des pelures de banane que l'on met sur mon chemin, je suis un gars qui est fort. M. Parizeau disait que la politique est un sport extrême... Il avait raison», a répondu André Boisclair.

Sans cesse montrée du doigt pour les turbulences de la campagne d'André Boisclair, Pauline Marois a décidé de répliquer.

«Que M. Boisclair assume, qu'il réponde lui-même aux questions, et que son camp cesse de s'essuyer les pieds sur moi», a-t-elle lancé pour river le clou à son rival, qui a vécu une journée difficile hier.

Du Saguenay, où elle faisait encore campagne après le débat de mercredi, Mme Marois a voulu stigmatiser les nombreux péquistes proches de M. Boisclair. Ceux-ci, dans les coulisses, soutiennent que les déboires du favori ont été déclenchés par une campagne de dénigrement de Mme Marois et de son entourage.

Les rumeurs voulant qu'elle ait attisé les quatre candidats marginaux, Jean Ouimet, Gilbert Paquette, Pierre Dubuc et Ghislain Lebel, pour qu'ils demandent publiquement à M. Boisclair de se désister de la course lui ont fait monter la moutarde au nez.

«J'ai été très prudente... je n'ai jamais attaqué André et je ne le ferai pas. C'est inadmissible et méprisant pour les autres candidats de prétendre que je pourrais les manipuler. Ils sont capables de donner leur point de vue», a déclaré Mme Marois, jointe à Saguenay par La Presse.

«Je ne fais de fronde contre personne, je défends mes idées et mon programme, je veux rester sur ce terrain», a-t-elle ajouté. Chaque fois que la consommation de cocaïne de M. Boisclair refait surface dans les médias, «immédiatement on se tourne vers moi et on dit : c'est elle qui est derrière ça ! Que le clan Boisclair cesse de s'essuyer les pieds sur moi et que M. Boisclair assume !» a-t-elle lancé, outrée.

«Sept ou huit ans»

Mercredi soir, André Boisclair précisait qu'il avait cessé depuis «sept ou huit ans» une consommation survenue «à quelques occasions». L'un de ses conseillers, Sylvain Simard, soulignait hier qu'il n'était pas favorable à l'idée que M. Boisclair fournisse ces détails supplémentaires. Ou cela arrêtera-t-il, «on voudra savoir le nom de la mère du gars» qui lui aurait vendu cette substance illicite, déplore, avec ironie, M. Simard.

Lui aussi montre du doigt Pauline Marois pour la sortie-surprise des quatre candidats qui ont réclamé le retrait de la course de M. Boisclair, une opération qui soulève «le dégoût» du député de Richelieu. «Que Mme Marois réponde de ses gestes. Je suis comme tous les Québécois... on regarde tous dans la même direction», a accusé M. Simard, se disant triste de voir les péquistes «se tirer dans les jambes».

«Les quatre apôtres de l'Apocalypse sont attisés par quelqu'un», a renchéri Noëlla Champagne, députée de Champlain, pointant elle aussi du côté de Mme Marois.

L'un des premiers appuis de Mme Marois, Jean-Pierre Charbonneau, était muet pour une fois : «Il y a suffisamment de gens qui parlent, qui placotent... pas besoin d'en rajouter.»

François Legault, principal appui de Richard Legendre, voulait calmer le jeu : «André Boisclair a répondu aux questions importantes, il est temps qu'on mette ça derrière nous. Il a dit qu'il avait cessé il y a sept ou huit ans, qu'il n'en avait jamais acheté... Quelles sont les questions qui restent ?»

Entrevue difficile

Hier, toujours favori dans la course qui se terminera le 15 novembre, André Boisclair a eu une journée difficile. L'annonce d'un nouvel appui important, l'ancien ministre Jacques Léonard, n'est pas parvenue à stopper la spirale des questions toujours plus insistantes des journalistes quant à la consommation de cocaïne de l'ancien ministre.

Claude Charron et Pierre Bruneau, sur les ondes de TVA, lui ont donné du fil à retordre. «On aborde la qualité de votre jugement, j'espère que vous vous en rendez compte», a lancé d'entrée de jeu l'ancien ministre Charron. Sans ménagement, Pierre Bruneau a renchéri, brandissant une liasse des courriels des auditeurs : «Quatre-vingt-dix pour cent des questions tournent autour de la consommation. Des parents nous demandent ce qu'il faut dire aux jeunes.»

Selon M. Charron, «les péquistes veulent savoir» sur combien d'années s'est étendue la consommation de M. Boisclair. «Je comprends les parents, je dis que le bonheur ne se trouve pas là-dedans, a dit M. Boisclair. J'ai grandi devant les journalistes, devant mes collègues. Si j'avais eu des problèmes, pensez-vous que les députés m'auraient appuyé aussi nombreux ? a demandé M. Boisclair, gardant son calme. Il s'agit que je dise quelque chose pour que ce soit ajouté au dossier. Il s'agit que ce ne soit pas la bonne date... le bon jour... on va m'accuser... a dit M. Boisclair pour expliquer sa discrétion sur cette période de sa vie.

«Pensez-vous que j'inscris ça à l'agenda ?... Que j'ai un boulier à la maison ? Je dis que c'est arrivé à quelques reprises, que je n'ai pas de problème de dépendance. Qu'est-ce que je peux ajouter de plus ?» a demandé M. Boisclair.

«Des gens s'inquiètent de votre approvisionnement. Qui vous fournissait ?» a demandé M. Charron à André Boisclair, qui a manifesté de l'impatience quand il est revenu à la charge avec la marijuana fumée par Jean Charest adolescent.

«Faites-vous courir un risque à votre parti ? Il n'y a rien d'autre dans le placard ?» a interrogé l'ancien ministre de René Lévesque. «En dépit des pelures de banane que l'on met sur mon chemin, je suis un gars qui est fort. M. Parizeau disait que la politique est un sport extrême... Il avait raison», a répondu André Boisclair.

Du côté des quatre candidats qui ont réclamé que M. Boisclair se désiste, Ghislain Lebel a salué hier le début de confession du favori. «Comme il a commencé à le faire mercredi, j'invite André à désamorcer maintenant cette bombe à retardement qui risque de nous être préjudiciable aux prochaines élections. La lumière faite sur cette affaire, je serai le premier à voter pour lui au deuxième tour.» M. Lebel a souligné qu'il ne faisait «partie d'aucune fronde dirigée contre M. Boisclair».

En revanche, Jean Ouimet et surtout Pierre Dubuc ont multiplié les interventions hier, martelant leur crainte de voir M. Boisclair rattrapé par son passé une fois aux commandes du mouvement souverainiste. «Quand l'auto va démarrer, on ne veut pas qu'il y ait une série de casseroles attachée derrière», a commenté M. Dubuc.




Boisclair fails to realize cocaine is public issue

JOSÉE LEGAULT
THE GAZETTE, MONTREAL, FRIDAY, NOVEMBER 4, 2005

With the nasty turn the Parti Québécois leadership campaign took yesterday, whoever is elected leader on Nov 15 will be left with a divided party.

Yesterday, André Boisclair and his closest supporters went on the offensive against Pauline Marois. This was his reply to Wednesday's sortie by four leadership candidates and author Victor-Lévy Beaulieu who demanded Boisclair tell PQ members more details of his past cocaine use, or quit the race.

Boisclair went on the offensive because he knows this intervention could hurt him. It does reflect what a growing number of Péquistes have been whispering.

Marois asked Boisclair "to stop wiping his feet on her." No doubt this hardball campaign will leave deep scars in the PQ.

Beyond the harsh words, one thing must be underlined: If the cocaine story refuses to go away, it's because Boisclair chose not to be transparent about it at the start of the campaign. This is when the worm entered the apple of his campaign.

At a press conference this week, an exasperated Boisclair asked why his past use of cocaine should be of public interest. It's as if he doesn't understand why there's even a controversy at all. What this says about his values, personal and political, is cause for reflection.

This story is of public interest because it is about someone who committed a criminal offence while he was a public figure holding an elected office, and a minister to boot.

It's of public interest because Boisclair is still a public person and wants to lead a party, win an election and a referendum. And it is as a public person he failed to volunteer information about his past when he announced his candidacy, even refusing to answer his first question about it.

Boisclair wrongfully saw this as a "private matter" and, thus, refused to choose transparency at the start. Instead, PQ members were treated to a slow "striptease" - to use Don Macpherson's apt expression - with Boisclair giving details piecemeal when circumstances forced him to do so.

This story is also of public interest because Boisclair's answers, when they come, display a certain penchant for trivialization of the issue. This trivialization expresses itself in four ways.

First, Boisclair still has trouble seeing that committing this offence while a minister should be in the public domain.

Second, Boisclair said he didn't purchase cocaine but he refused to say whether the person who gave it to him had any contact with organized crime. He replied with an attack on Jean Charest, saying the premier had once smoked pot, and "did Mr. Charest say who he bought it from?"

Here, Boisclair trivializes a lot. While pot can be grown in abackyard garden, cocaine cannot. Whoever gave it to him had to purchase it illegally in a market controlled by organized crime.

Third, when Boisclair said he stopped seven or eight years ago, but he wasn't sure exactly when, he added: "I didn't write it down in my agenda," as if stopping the use of a hard drug isn't a noticeable event in one's life.

Fourth, he appears to trivialize the issue by stating he was "never addicted."

All of these statements taken together - it's not of public interest, equating cocaine with pot, not saying exactly when he stopped and saying one can be on coke without addiction - send disturbing messages to youngsters told by parents that hard drugs are addictive and not trivial.

This controversy is of public interest because Boisclair also lacked transparency with Lucien Bouchard. Bouchard said he knew nothing about the problem when he was premier and it was his chief of staff who "book care" of it with Boisclair. This means Boisclair did not tell his premier about a problem that could have harmed the government.

This lack of transparency, past and present, and the trivialization are of public interest because they fend to show Boisclair did not, and still doesn't, realize the potential damage this could cause the PQ and its option.

Some Liberals are privately saying they relish the idea of facing Boisclair as PQ leader. This has become a major Damocles's sword no party should have dangling over its head, especially a party that faces powerful adversaries, especially in Ottawa, who will play hardball to prevent or fight another referendum.

There's only one way for Boisclair to overcome this problem: He must show his values are in fact more solid than his attitude thus far might lead us to believe. He must recognize that getting and using cocaine while a minister, and failing to tell his premier, showed a serious lack of judgment and sense of responsibilitir to his voters, his party and parliament.

Revealing when he used cocaine, how often and from whoc he got it would help protect his party and allow members to make an enlightened choice.

Boisclair's failure to see the importance and the public nature if this issue is troubling at best. He's not a private citizen and a repeated violation of the drug laws is not a private matter. To become the leader of a party that faces determined adversaries calls for transparency. But a solid sense of values and a true respect for politic life call for it even more.

But last night on TVA, he still refused to answer the questions asked by Claude Charron. It's a sad, sad thing.




Le courage de le dire

Vincent Marissal
La Presse vendredi 4 novembre 2005

À 10 jours de l'élection du nouveau chef du Parti québécois, la cocaïne vient de reprendre toute la place. Et tout le monde se tourne de nouveau vers André Boisclair en posant la même question: a-t-il tout dit?

Ce n'est ni le bon problème ni la bonne question. La vraie question est de savoir si André Boisclair pourra diriger le PQ et espérer prendre le pouvoir avec un tel boulet à la cheville. Surtout que l'affaire est en train de dégénérer en une sale guerre interne dans le parti.

Ce n'est pas vers André Boisclair que l'on devrait se tourner. Ce n'est pas à lui que l'on devrait poser les questions, c'est à ses détracteurs. En particulier à Pauline Marois, qui devrait montrer courage et leadership et cesser de faire faire les jobs de bras par les autres.

La question est simple et Pauline Marois a toujours refusé d'y répondre: la consommation de cocaïne d'André Boisclair pendant qu'il était ministre le disqualifie-t-il du poste de chef du PQ et, éventuellement, de celui de premier ministre? Plus encore: compte tenu de son incapacité à se sortir de cette crise et des répercussions néfastes dans le parti, André Boisclair est-il devenu nuisible au PQ et au mouvement souverainiste?

Que les Jean Ouimet, Pierre Dubuc, Gilbert Paquette ou Ghislain Lebel exigent des réponses d'André Boisclair, cela ne fait qu'ajouter du bruit dans le chaos ambiant. C'est Pauline Marois que l'on veut entendre. Elle est la seule voix lourde du groupe.

Les quatre autres se comportent comme des hyènes qui rôdent autour de l'animal blessé. Aucun n'a le courage d'attaquer franchement, parce que, de toute façon, aucun n'a les dents assez longues pour porter le coup fatal. Ils n'ont même pas eu le courage de dire franchement si, oui ou non, André Boisclair devrait se désister pour le bien du parti.

L'un d'entre eux, Gilbert Paquette, a pondu cette perle de mauvaise foi, mercredi soir: André Boisclair, a-t-il dit, " devrait songer à se désister s'il a des choses à cacher ". Ça rappelle la défense de l'administration Bush en Irak: il y a des armes de destruction massive en Irak, mais elles sont cachées. La preuve qu'elles sont cachées, c'est qu'on ne les trouve pas. André Boisclair a des choses à cacher, la preuve, c'est qu'il ne les dit pas. Costaud comme argumentation. Notez que cette insinuation vient du même Gilbert Paquette qui a été accusé de conduite en état d'ébriété.

Notez aussi que ceux qui exigent d'André Boisclair la transparence sont les mêmes qui alimentent les rumeurs en laissant entendre qu'il a des squelettes dans son placard sans apporter de preuves. Le PQ est en train de se " jeffillioniser " et les adversaires de M. Boisclair qui jouent à ça font autant de mal au PQ que toutes les histoires qui circulent sur André Boisclair.

Il n'a pas répondu à toutes les questions, disent-ils. Mais quelles questions, au juste? Il a admis avoir pris de la cocaïne, il a avoué l'avoir fait pendant qu'il était ministre. Vous voulez savoir quoi de plus? André Boisclair a même affirmé mercredi soir qu'il n'a pas consommé depuis sept ou huit ans. (Il a intérêt à être sûr de son coup. Sinon, on ajoutera l'accusation de mensonge à celle de consommation de cocaïne.)

André Boisclair soutient aussi n'avoir consommé que lors de soirées privées, jamais au boulot et, donc, que cela n'a jamais nui à son travail de ministre. On peut le croire, ou non, on peut juger sa défense crédible, ou non, mais la question, encore une fois, est de savoir si on en sait suffisamment pour porter un jugement sur la capacité d'André Boisclair à diriger le PQ et, éventuellement, le Québec.

Victor Lévy-Beaulieu, lui, estime en savoir assez pour se faire une idée et il a eu la franchise de réclamer le départ d'André Boisclair. VLB a déformé les faits, il a aussi colporté les mêmes rumeurs et il sert évidemment la cause de quelqu'un d'autre, mais au moins, son propos est clair: André Boisclair est inapte à diriger le PQ.

Si les Pauline Marois, Pierre Dubuc, Ghislain Lebel, Gilbert Paquette, Jean Ouimet et autres pensent la même chose, qu'ils le disent franchement au lieu de lancer de la boue en se cachant derrière les vieux ragots.

Au cours des derniers jours, les supporteurs d'André Boisclair ont eu un violent face à face avec la réalité. Eux qui accusent les médias de jouer au Bonhomme Sept-Heures en prévoyant des malheurs au Parti québécois après l'élection de leur homme voient bien que cette fois encore, le coup n'est pas venu des vilains médias. Il est venu de l'intérieur.

Ce que les plus récents événements démontrent, c'est qu'André Boisclair ne pourra pas diriger ce parti, qu'il n'aura jamais les coudées franches. Ça aussi, ses adversaires devraient avoir le courage de le dire.




A dismissive sniff

Editorial
The Globe and Mail Friday, November 4, 2005

André Boisclair says he was never actually a cocaine addict while serving in the Quebec cabinet. He just used the stuff. Well, that's re-assuring.

Mr. Boisclair continues to miss the point about his drug use. Cocaine is an illegal drug and a dangerous one. That he broke the law while serving as a senior lawmaker is no small matter. It casts doubt on his judgment and his fitness to become premier, the post he is seeking by campaigning to lead the Parti Québécois.

Yet he continues to brush off questions about his cocaine use, flaring up at reporters who dare ask him about it. When they asked Wednesday whom he bought his cocaine from, he snapped, "How does it serve the public interest for me to tell you that? I never bought any. Was the person that gave Mr. [Jean] Charest marijuana in contact with organized crime? . . . Did Mr. Charest, who admitted smoking pot, say where he bought it? Come on." Then he stalked out of the news conference.

Well, Premier Charest did admit to smoking pot, but not when he was a cabinet minister. Admitting that you smoked a joint or two in your youth, as U.S. president Bill Clinton, the famous non-inhaler, once did, is quite different from admitting you used cocaine while in public office.

Mr. Boisclair insists the drug never left him unbalanced. Reassuring? Not at all.




A boost to liberal fortunes in Quebec

André Pratte
Globe & Mail 3 November 2005

Last January, a CROP poll found that 43 percent of Quebeckers - about the usual proportion - favoured Quebec independence (including a close partnership with Canada). The next time the polling firm asked the question about Quebec’s constitutional future, in May, support for separation had risen to 50 percent. What had happened? Jean Brault and other advertising executives had narrated in detail, on live television, how they had abused public moneys, charging millions of dollars for little work and passing cash in brown envelopes to Liberal Party organizers.

Support for separation has remained at or near 50% since then, fuelled by Quebeckers’ anger toward federal liberal politicians and the perception that wasting millions on a mismanaged and partisan publicity stunt was Ottawa’s only answer to Quebec’s discontent. Mr. Justice John Gomery’s report confirms that Quebeckers are right to be angry and, therefore, in the short term, no sea change is to be expected in the political situation in Quebec. If an election was called today, the Bloc Québécois would sweep the province, probably winning a few more seats that its current 54 (out of 75).

What the publication of the report does do is give the Liberals a chance to stop their nosedive and begin rebuilding their fortunes in Quebec. Exonerated by Judge Gomery, Prime Minister Paul Martin at least now has armour to protect himself from Bloc Leader Gilles Duceppe’s repeated attacks against "Liberal corruption".

Say Quebec federal politics were a hockey game. Trailing 9-0, Mr. Martin just scored a goal. Bloc 9, Liberals 1. Ten minutes left, as expected, Canadians are not called to vote until next spring, the Prime Minister will have a bit of time to go on the offensive. He can probably count on some voter fatigue : the Bloquistes have been surfing on the sponsorship scandal for two years, and it will now be more difficult for them to paint Mr. Martin as an important player in the scheme.

The Prime Minister should e under no illusion, however: Even though Judge Gomery concluded otherwise, the perception that, as minister of finance, he had to know what was going on is deeply entrenched.

In any case, the Liberals have a lot of work to do if they want to regain Quebeckers’ confidence. A first, essential step is to recruit new candidates who will not only help them break from the past, but can help renew the federalist discourse in Quebec. That discourse is still stuck in the 1960s, while sovereigntists have adapted their arguments to the Quebec and the world of today. Very few federalist politicians have been able to defend Canada with intelligence and passion in the last few years. Being the only team on the ice, sovereigntists have repeatedly scored on an empty net.

Mr. Martin made a lot of promises to Quebeckers (as to all other regions of the country) over the years. He was very popular in Quebec when he championed the Meech Lake accord and a federalism of cooperation. Many in Quebec wonder where that Paul Martin has gone, because the Prime Minister seems only preoccupied with topics that fall into provincial jurisdictions.

Even in the best of circumstances, it is doubtful whether Mr. Martin’s Liberals can repair much of the damage done by the sponsorship scandal in time for the 2006 election. Who can blame Quebeckers for wanting to punish the Liberal Party after the scandalous behaviour of some of its executive and organizers?

Still, any gains the Liberals (or the other federal parties) can make on the Bloc will be good news for Canada. This is because each Bloc MP is a soldier for separatism. Each seat won by the Bloquistes gives the cause of independence an additional voice, an additional office and thousands of dollars more to spend. A couple of years before a possible third referendum on separation, this is something Jean Chrétien’s faithful should reflect on before deciding to sit on their hands during the next campaign.




L'autre manifeste

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 4 novembre 2005

ÉDITORIAL - En réponse au manifeste Pour un Québec lucide de Lucien Bouchard et ses amis, voilà qu'un second groupe en vue vient de lancer un contre-manifeste, de gauche celui-là, en faveur d'un «Québec solidaire». Solidaire, vraiment?

Le plus grave défaut de la démarche suivie par les auteurs du texte Pour un Québec lucide, publié il y a deux semaines par 12 personnalités du monde des affaires, c'était de vouloir imposer une vision unidimensionnelle du changement en réponse aux défis qui nous attendent. Cette vision repose sur l'imposition d'une discipline plus sévère pour les classes laborieuses et sur la réduction de la taille de l'État, toutes choses qui ne peuvent que provoquer des réactions hostiles si elles ne sont pas accompagnées d'un projet qui les justifie. En revanche, le texte de Bouchard et compagnie rappelait à qui l'aurait oublié que les prochaines années nous réservent des obstacles difficiles devant lesquels il devient urgent de s'arrêter pour réfléchir.

Or voilà qu'un groupe d'une trentaine de militants réunis autour de quelques futurs candidats de la gauche québécoise, dont Françoise David, propose sa propre analyse. Malheureusement, pas plus que le premier manifeste, celui du Québec solidaire ne fournit de pistes de solution crédibles. À l'idéologie néolibérale, les militants répondent par une autre idéologie qui nous ramène à la belle époque du rêve socialiste: généreux sur papier, désastreux dans la pratique.

À croire les auteurs de ce contre-manifeste, le principal problème auquel le Québec fait face ne serait pas une question de création de richesse mais simplement de répartition de cette richesse. On se croirait dans une république bananière où il suffirait d'élire des gens qui auront le courage de taxer encore plus les riches et les entreprises et de redistribuer l'argent en éducation et en santé, aux chômeurs et aux pauvres. Comment n'y a-t-on pas songé plus tôt?

Par un raisonnement insultant pour l'esprit, les auteurs avancent que le Québec produit de plus en plus de richesse «avec de moins en moins de travailleurs, quel que soit leur âge». Tiens donc! Pourtant, l'emploi n'a-t-il pas augmenté de 22 % depuis 12 ans alors que la population totale s'est accrue de 6 %? Le fait que l'économie produise de plus en plus par personne au travail, n'est-ce pas là ce qu'on appelle de la productivité? Or le Québec n'est-il pas précisément une des régions les plus en retard en matière de productivité dans tout l'Occident? Et n'est-ce pas ce retard qui est à l'origine de notre niveau de vie inférieur à celui de la quasi-totalité des États d'Amérique du Nord?

Ne nous y trompons pas: si la répartition de la richesse permet de réduire l'écart entre les classes, elle ne constitue certainement pas le moteur de création de la richesse. Ce qui crée cette richesse, c'est la formation d'entreprises productrices de biens et de services, point. Ceux qui s'imaginent que le Québec remportera cette impitoyable course mondiale aux investissements en augmentant les impôts des entreprises et de la main-d'oeuvre spécialisée sont des imposteurs intellectuels. Et qu'on ne vienne surtout pas tenter de nous convaincre qu'il existe quelque part «en Amérique latine des pays qui multiplient les solutions créatives aux problèmes de mondialisation marchande», pays dont le Québec devrait s'inspirer! Le Venezuela? Cuba? L'Argentine? On se croirait revenu dans les années 70, alors que Françoise David et ses copains communistes présentaient la pitoyable Albanie comme le modèle idéal pour un Québec solidaire.

Deux manifestes, l'un de droite, l'autre de gauche; un pour les patrons, l'autre pour les militants. À quand une réflexion éloquente sur notre avenir? À quand une réflexion qui ne serait pas le fruit de déductions idéologiques mais d'études sérieuses et de discussions serrées entre les acteurs sociaux? À quand une commission d'enquête sur les choix qui attendent le Québec?

j-rsansfacon@ledevoir.com




Santé: parlons solidarité

Alain Dubuc
La Presse vendredi 4 novembre 2005

Le Québec est toujours et encore la province canadienne qui dépense le moins pour les soins de santé. C'est une réalité qui devrait jeter un éclairage intéressant sur nos débats sur la solidarité.

En 2004-2005, la dépense en santé par habitant s'élevait à 2375 $ au Québec, quand la moyenne canadienne s'établissait à 2653 $. Cela place le Québec solidement au dixième rang des provinces, assez loin derrière celle qui se trouve au neuvième rang, le Nouveau-Brunswick, plus pauvre que le Québec et qui réussit pourtant à consacrer 2604 $ par habitant à la santé. Et très loin d'une province comme l'Alberta, qui dépense 2949 $ par personne.

Voilà ce que nous disent les données les plus récentes de l'Institut canadien d'information sur la santé, l'ICIS, publiées cette semaine. En fait, si le Québec consacrait autant d'argent à la santé que le reste du Canada, il faudrait injecter deux milliards de plus dans le système.

Pour éviter que le débat s'engage dans les ornières habituelles, notons tout de suite que ces données, qui n'ont rien d'honorables, ne résultent pas d'une quelconque dérive " néo-libérale " du gouvernement Charest. Le virage qui a amené le Québec à dépenser moins que les autres en santé s'est produit bien avant son arrivée.

Le Québec a longtemps été la province qui dépensait le plus en santé. La cassure a eu lieu au début des années 90 et surtout à partir de 1995, sous la houlette des trois premiers ministres péquistes, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry, dont les efforts ont fait passer le Québec au dernier rang depuis 2002-2003. L'arrivée des libéraux, forts de leur promesse électorale, a plutôt mené à un réinvestissement en santé depuis 2004-2005.

Il est clair que cela s'explique par la lutte contre le déficit dans laquelle s'est lancé le gouvernement péquiste de l'époque. Une lutte qui a été plus féroce qu'ailleurs, parce que la situation financière du Québec était plus précaire que celle des autres provinces. On ne peut reprocher ce choix nécessaire.

Mais ce sur quoi on peut s'interroger, c'est sur le fait que cette lutte contre le déficit n'a pas épargné la santé. Le Québec a été la seule province qui n'a pas hésité à réduire le niveau réel des dépenses de santé plusieurs années. C'est un choix que l'Ontario de Mike Harris n'a pas fait, ni l'Alberta de Ralph Klein.

Cela nous mène à un paradoxe. Le Québec, qui se targue d'avoir des valeurs de solidarité plus marquées qu'ailleurs au Canada, est la province qui consacre le moins de ses ressources collectives à ce qui est quand même un pilier majeur de notre filet de sécurité sociale, un programme public que les citoyens trouvent essentiel, et un grand symbole de la solidarité. Le Québec consacre 31,2 % de ses dépenses de programme à la santé, ce qui le place là aussi au dixième rang, très loin derrière la moyenne canadienne de 38,7 %, très loin derrière l'Ontario qui consacre 44,4 % de ses dépenses publiques à la santé.

On notera au passage que le sous-financement de la santé ne peut pas, dans ce contexte, s'expliquer par les dysfonctionnements du fédéralisme. Le Québec évolue dans le même régime fédéral que les autres provinces et cela n'empêche pas celles-ci de consacrer 15 % de plus à la santé.

Il est vrai que la quantité ne signifie pas nécessairement qualité. Et si le Québec dépensait moins parce qu'il gérait mieux, qu'il réussissait à faire autant avec des ressources moindres, on applaudirait. Mais rien n'indique que le Québec se distingue, comme le montrent les listes d'attentes, les pénuries, les goulots d'étranglement.

Le Québec réussit à dépenser moins que les autres en comprimant deux postes de dépenses. Profitant du fait qu'ils sont moins mobiles que leurs collègues des autres provinces, le Québec paie ses médecins moins que partout ailleurs, moins que dans les provinces pauvres; cela explique 40 % de l'écart. Expédient utile, on doit se demander si cette mesure est sage à moyen terme, car elle comporte un coût important, en termes de pénurie, de motivation, d'intensité du travail. L'autre poste où le Québec dépense moins, c'est la santé publique, quoiqu'il est tout à fait possible qu'il y ait là un problème de compatibilité des données.

Par contre, et c'est aussi là que l'on retrouve une manifestation du modèle québécois, il y a un seul poste de dépenses en santé où le Québec dépense plus que toutes les autres provinces, et c'est l'administration! 77 $ par personne au Québec, 49 $ au Canada, 38 $ en Ontario. Est-ce bien là que l'on veut que s'exprime notre solidarité?




Mulcair obtient l'appui unanime de l'Assemblée nationale

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir vendredi 4 novembre 2005

L'Assemblée nationale a appuyé hier à l'unanimité les demandes formulées par le gouvernement québécois afin de forcer le déblocage des négociations avec Ottawa sur l'application du plan fédéral destiné à atteindre les objectifs du protocole de Kyoto.

La motion parrainée par le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Thomas Mulcair, stipule que «l'Assemblée nationale appuie le gouvernement [...] afin que le Québec obtienne une entente bilatérale qui réponde aux préoccupations du Québec [sic]».

Selon le ministre Mulcair, «c'est un geste très important pour remettre le dossier sur les rails de la négociation», a-t-il déclaré lors d'un entretien téléphonique. Lui et son collègue des Affaires intergouvernementales canadiennes tenteront désormais de créer des ponts avec des collègues fédéraux qui pourraient s'intéresser aux projets que Québec veut inclure dans son plan d'action pour lutter contre les changements climatiques. Le domaine des transports, par exemple, pourrait devenir une priorité, et la question pourrait être négociée avec un ministre fédéral comme Jean Lapierre, aux Transports, a précisé le ministre Mulcair. Celui-ci ne pense pas qu'il y ait quelque ouverture à attendre de son homologue fédéral, Stéphane Dion, avec qui les ponts semblent coupés.

Quant au Parti québécois - qui, la veille, n'avait pas pu rallier la députation libérale à une résolution dénonçant «l'intransigeance» du gouvernement fédéral et de son ministre de l'Environnement, Stéphane Dion -, il a fini par se rallier hier à la motion d'appui recherchée par le gouvernement. Le critique péquiste en matière d'environnement, le député Stéphan Tremblay, a expliqué hier au Devoir «qu'il était prioritaire de faire passer l'intérêt supérieur du Québec dans ce dossier avant toute autre considération partisane».

L'opposition péquiste demande au ministre Mulcair, toujours sans résultat, de divulguer le plan québécois de lutte contre les changements climatiques, ce qui équivaudrait à mettre sur la table les projets dont Québec veut partager la facture avec Ottawa. Ce plan québécois, dont le Parti québécois appuie indirectement la mise en place par son appui au gouvernement, pourrait bien éventuellement être jugé inacceptable, incomplet ou trop faible, a noté le député Tremblay. Mais si le gouvernement Charest tente d'en renvoyer la responsabilité à Ottawa et à son faible financement des projets québécois, il fera la preuve de l'iniquité du traitement que le fédéral accorde aux provinces, a-t-il précisé, et du peu de poids du Québec sur l'échiquier fédéral.

Pour Stéphan Tremblay, le fait qu'Ottawa ait déposé seulement 20 millions de dollars sur la table de négociation, alors qu'il a signé une entente de 538 millions avec l'Ontario, est «proprement scandaleux» et démontre le fonctionnement à sens unique d'un certain fédéralisme.





Plan de lutte contre les gaz à effet de serre

Québec assumera seulement 7 % de l'effort canadien, dit Ottawa

Sylvain Larocque, PC
Le Devoir vendredi 4 novembre 2005

Ottawa - Dans l'espoir de convaincre le gouvernement Charest de la logique de son plan sur Kyoto, Ottawa soutient que les industries québécoises ne devront assumer que 7 % de l'effort pancanadien de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Dans son «Projet vert», dévoilé le printemps dernier, le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, prévoyait que les grands pollueurs devraient réduire de 45 mégatonnes, d'ici 2010, leurs émissions de gaz à effet de serre.

De ce total, Ottawa compte demander à l'industrie pétrolière, concentrée en Alberta et en Saskatchewan, d'effectuer des réductions d'environ 20 mégatonnes, selon des informations obtenues par la Presse canadienne.

L'industrie de l'énergie thermique, quasi absente au Québec mais présente dans la plupart des autres provinces, devra contribuer à hauteur de 17 mégatonnes.

Les autres secteurs industriels (mines, usines de fabrication, aluminium, pâtes et papiers, produits chimiques et acier) devront réduire leurs émissions de huit mégatonnes.

Pour répondre aux critiques de Québec envers sa stratégie sur Kyoto, Ottawa a calculé la part approximative de la province et a obtenu trois mégatonnes, soit 7 % du total de 45 mégatonnes.

«Le Québec se plaint qu'on lui en demande trop, puis qu'on va récompenser davantage l'Alberta, mais ça n'a rien à voir», a affirmé une porte-parole du ministre Dion, Brigitte Caron.

«Le ministre veut démontrer qu'on ne peut pas en demander plus au Québec [qu'aux autres provinces].»

Aux Communes, M. Dion a lancé le même message: «Ce que le Québec pourra faire n'est pas aussi senti que dans d'autres provinces, parce qu'il y a moins de tonnes de gaz à effet de serre à réduire au Québec.»

Québec

Mais à Québec, on continue de voir rouge. «Les dirigeants des compagnies québécoises défilent dans nos bureaux pour dénoncer l'approche d'Ottawa», a indiqué une source au ministère québécois du Développement durable et de l'Environnement, qui a requis l'anonymat.

Québec maintient que le plan fédéral ne reconnaît pas les efforts passés des industries québécoises. Par exemple, les plus grands pollueurs ont réduit leurs émissions de gaz à effet de serre de 9,7 % depuis 1990, alors que l'industrie pétrolière et gazière a augmenté les siennes.

«Nous reconnaissons que nos positions sont assez éloignées», a convenu la source à Québec.

À Ottawa, on répète qu'il n'est pas question de reconnaître les efforts de réduction du passé. Chaque secteur industriel doit abaisser ses émissions selon les cibles établies par le cabinet fédéral, point final.

«On a pris la décision, il y a longtemps, de ne pas procéder sur une base provinciale», a expliqué un fonctionnaire du ministère fédéral de l'Environnement, aussi sous le couvert de l'anonymat.




Le Québec accueillera plus d'immigrants que prévu cette année
Des motifs humanitaires sont évoqués

Norman Delisle, PC
Le Soleil vendredi 4 novembre 2005

Le Québec accueillera de 700 à 900 immigrants de plus que les 45 000 attendus en 2005, indique le plan d'immigration qui vient d'être déposé à l'Assemblée nationale.

"Le volume (d'immigrants) attendu est plus élevé que celui qui avait été prévu, soit entre 700 et 900 de plus, en raison de l'augmentation du nombre de personnes admises pour des motifs humanitaires", affirme le document qui a été déposé en Chambre par la ministre de l'Immigration, Lise Thériault.

Ces nouveaux arrivants accueillis pour des raisons humanitaires proviennent d'Asie. Certains ont été chassés de leur pays par le tsunami qui a secoué l'Asie du Sud-Est le 26 décembre dernier. D'autres viennent du Cachemire, secoué par un terrible tremblement de terre il y a deux mois.

Selon les prévisions préliminaires, le nombre d'immigrants que le Québec accueillera en 2005 devrait varier entre 44 000 et 46 500. L'objectif prévu a donc été atteint.

On évalue que 57 % d'entre eux arriveront au Québec connaissant déjà le français. Le gouvernement s'était fixé un objectif de 54 % à cet égard.

Selon les données préliminaires, la principale catégorie des nouveaux arrivants, soit quelque 30 000, est celle des "travailleurs qualifiés". On compte aussi 6800 gens d'affaires.

Ces données indiquent également que les pays de l'Europe de l'Ouest fournissent le plus grand nombre d'immigrants (environ 7000), suivis de très près par les pays de l'Europe de l'Est et de l'Asie (environ 6000 pour chaque région).

Quelque 5000 nouveaux arrivants proviennent des pays du Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc) et autant des pays latino-américains.

Pour l'année 2006, le Québec vise à accueillir entre 46 200 et 48 000 immigrants, dont au moins 57 % devraient arriver ici avec une bonne connaissance du français.

On pourrait aussi l'an prochain accueillir un autre groupe de 600 personnes victimes des catastrophes naturelles qui ont frappé les pays asiatiques.

Le Québec a augmenté considérablement le nombre d'immigrants qu'il accueille au cours des dernières années.

Dans les années 80, on en recevait annuellement environ 20 000. On a atteint 39 500 en 2003, 44 200 en 2004, et on vise environ 48 000 l'an prochain.

Cette ouverture à l'égard de l'immigration vise à compenser partiellement le faible taux de natalité que connaît le Québec depuis 40 ans.




Les projets de Paul Martin - Un nouveau ménage à trois ?

Manon Cornellier
Le Devoir samedi 29 et du dimanche 30 novembre 2003

Les enjeux municipaux apparaissent de nouveau sur l'écran radar d'Ottawa

Ottawa - Au début des années 70, la présence d'un secrétaire d'État aux Affaires urbaines au sein du cabinet fédéral semait la zizanie entre Ottawa et les provinces. Trente ans plus tard, les enjeux municipaux apparaissent de nouveau sur l'écran radar d'Ottawa, poussés par Paul Martin, qui en a fait un des thèmes centraux de sa campagne au leadership.

Il n'est pas le seul à s'y intéresser. Tous les chefs des partis fédéraux, sauf le bloquiste Gilles Duceppe, en parlent, et tout le gratin du cabinet fédéral, y compris le premier ministre, défile régulièrement, depuis quelques années, devant les participants au congrès annuel de la Fédération canadienne des municipalités (FCM).

Pourtant, en vertu de la Constitution, les affaires urbaines sont une responsabilité exclusive des provinces. Tous les politiciens fédéraux qui abordent ce dossier se font d'ailleurs un devoir de le répéter dans leurs discours, y compris Paul Martin.

Il l'a répété aux premiers ministres provinciaux lors de leur rencontre à Regina à la mi-novembre. Il y a toutefois une nuance importante qu'il apporte toujours dans ses discours. «Il ne s'agit pas de nous immiscer entre les provinces et les municipalités. Les villes sont de compétence provinciale. Mais le fait est qu'un grand partenariat existe déjà entre les paliers de gouvernement fédéral et municipal», disait-il lors de sa dernière allocution d'importance sur le sujet, en septembre dernier.

Attentes et questions

Son plan, qu'il met en avant depuis des mois, suscite beaucoup d'attentes, d'intérêt et de questions. Il se résume pour l'instant à instaurer un «dialogue» soutenu entre Ottawa et les villes et de s'entendre avec les provinces sur une façon de céder une portion de l'assiette fiscale aux municipalités. Pour l'instant, l'option de choix est un transfert aux villes d'une portion encore indéterminée de la taxe fédérale sur l'essence, une des solutions préconisées par la FCM.

L'objectif du «pacte fiscal» de Paul Martin est d'offrir aux municipalités un financement stable, prévisible et sous leur autorité qui leur permettra de planifier des investissements à long terme dans des projets qui prennent des années à se réaliser. Les infrastructures sont particulièrement visées, les villes parlant d'un déficit de 60 milliards à ce chapitre.

«La pierre angulaire, c'est la collaboration avec les provinces. On n'arrivera pas à une solution pour les villes si ce n'est pas fait avec les provinces», insiste Dennis Dawson, le principal conseiller de M. Martin au Québec. Son collègue Brian Guest précise que le mécanisme qui sera retenu pour transférer les fonds n'est pas arrêté car il ne sera pas imposé aux provinces mais décidé en collaboration avec elles. Il pourra d'ailleurs varier d'une province à l'autre. Cependant, dans tous les cas, Ottawa voudra avoir l'assurance que ces transferts représenteront un gain net pour les villes et non une occasion de réduire la contribution provinciale.

M. Martin et son équipe tiennent toutefois à établir un dialogue avec les villes. Dennis Dawson souligne que les décisions d'Ottawa les affectent, que ce soit en matière de recherche, d'environnement, de transport aérien, d'immigration ou d'aide aux autochtones vivant en milieu urbain. Il serait donc approprié qu'Ottawa puisse les consulter directement avant d'agir. À Vancouver en septembre, M. Martin disait qu'en matière d'immigration, cela pourrait «peut-être même» aller jusqu'à associer les villes à la sélection des immigrants.

Ce souhait d'un lien direct entre les villes et Ottawa fait tiquer Jean-Pierre Collin et Pierre Hamel, tous deux professeurs à l'INRS-Urbanisation. «Au Québec, la province est responsable de l'intégration des immigrants, qui se concentrent à Montréal. Si on délègue la responsabilité de l'intégration des immigrants aux villes, se retrouvera-t-on avec des miettes en région ?», demande M. Hamel, qui craint une volonté de marginaliser les provinces.

Selon M. Collin, «le fédéral se sert de l'argument des enjeux urbains pour entrer en contact directement avec les villes alors qu'il peut actuellement discuter avec elles par l'intermédiaire des provinces ou un encadrement connu et accepté des provinces». Il cite les ententes sur les infrastructures, où le Québec a gardé la maîtrise d'oeuvre.

Une nouvelle donne

Deux facteurs importants ont favorisé l'émergence de l'intérêt des politiciens fédéraux pour les villes. D'abord, la naissance de mégacités et le regroupement des grandes villes dirigées par des leaders très militants, comme ceux de Winnipeg et Vancouver. Ensuite, la domination du caucus ontarien au sein de l'équipe libérale fédérale.

«Au cours des dix dernières années, plusieurs provinces ont procédé à des regroupements municipaux importants, que ce soit au Québec, en Ontario ou en Nouvelle-Écosse. Maintenant, il y a très peu de fragmentation municipale et on a des villes centres au poids démographique et politique important, avec des maires élus au suffrage universel. Ça fait, par définition, des élus dotés d'une grande légitimité», fait remarquer Jean-Pierre Collin.

Et comme on a défendu ces projets de fusion en parlant du rôle capital que joueraient les nouvelles villes sur le plan économique, ces dernières ont repris le flambeau. «Comme elles sont les points d'ancrage économique, elles disent qu'elles devraient se faire reconnaître une plus grande capacité d'action», poursuit le professeur.

De plus, dans ce dossier, le poids politique des nouvelles villes se conjugue avec celui de l'Ontario. Le président de la FCM et maire de Gatineau, Yves Ducharme, nie suivre un ordre du jour ontarien, mais le poids de l'Ontario est difficile à ignorer. C'est en effet le caucus libéral fédéral de l'Ontario, en particulier de la région du Toronto métropolitain, qui s'est fait le champion de cette cause à Ottawa. Sa voix compte : en effet, sur 170 députés libéraux, 97 viennent de l'Ontario. Et presque tous en avaient contre Mike Harris, qui a confié sans fonds supplémentaires de nouvelles responsabilités aux villes qui en assumaient déjà plus qu'ailleurs.

Pierre Hamel note que le mouvement en faveur de la valorisation du rôle politique des villes et de l'établissement d'un lien direct avec Ottawa a aussi pris naissance à Toronto avant de gagner d'autres grandes villes. Presque tous les organismes influents qui ont fait campagne ou produit des rapports en ce sens sont basés dans la région de la Ville reine, comme la Banque TD ou le Toronto Star.

C'est aussi le milieu municipal ontarien, avec ses nouveaux alliés de l'Ouest, qui a occupé le plus de terrain lors des travaux du groupe de travail sur les questions urbaines mis sur pied en 2001 par le caucus libéral fédéral. Entre le rapport intérimaire et le rapport final, aucun des mémoires soumis n'est venu du Québec et à peine quelques-uns provenaient des provinces atlantiques. La vaste majorité d'entre eux portaient la signature d'organisations ontariennes.

Un vieux projet

Le mouvement d'affirmation des villes est le rejeton d'un mouvement plus modeste lancé au début des années 80. C'est à cette époque que la FCM a commencé à faire campagne en faveur d'un programme tripartite d'investissements dans les infrastructures municipales.

Aux prises avec une détérioration des routes, des installations de transport en commun, des réseaux d'égouts et des aqueducs, les villes se disaient incapables d'y faire face seules. Année après année, elles ont alors demandé qu'Ottawa se joigne aux provinces et aux villes dans le cadre d'un programme totalisant 15 milliards en cinq ans, chaque ordre de gouvernement assumant le tiers de la facture.

L'idée a fait son chemin et une version légèrement plus modeste s'est retrouvée dans le programme électoral libéral de 1993. Dès son élection, le gouvernement Chrétien est passé à l'action au moyen d'ententes négociées avec chacune des provinces.

Le succès de l'opération et les pressions du caucus ontarien, outré du refus de Mike Harris d'investir dans le logement et l'aide aux sans-abri, ont incité Ottawa à concocter, à partir de 2000, d'autres programmes pour les infrastructures, le logement abordable et les sans-abri. On a entendu quelques grincements de dents du côté des provinces mais des ententes ont été conclues avec elles dans presque tous les cas.

Encouragée par ces progrès et soutenue par le muscle des grandes villes, la FCM a élargi ses horizons et ses revendications. Il n'était plus seulement question d'infrastructures mais d'autonomie, de transfert d'une portion de l'assiette fiscale, voire, à une époque, de reconnaissance constitutionnelle des villes comme troisième ordre de gouvernement. Cette revendication n'apparaît plus dans les documents récents de la FCM, mais cela n'a pas empêché le très militant Glen Murray, maire de Winnipeg, de demander lors du dernier congrès libéral fédéral de traiter les grandes villes avec autant de sérieux que les territoires et les plus petites provinces.

«Pareille revendication aurait pour effet de marginaliser les provinces qui, [...] à terme, ne s'occuperaient que de ce qui n'est pas métropolitain. Je ne pense pas que les provinces acquiesceraient», conclut M. Collin. Sinon, c'est tout le rapport de force qui changerait, exactement ce que souhaitent des maires comme Glen Murray.




«Taisez-vous, Madame...»

Christian Rioux
Le Devoir vendredi 4 novembre 2005

Je ne sais pas si le Canada a perdu la raison mais, vu de l'étranger, c'est l'impression qu'on a ces jours-ci. Moi qui fréquente plus souvent qu'à mon tour par obligation ces lieux tristes que sont les ambassades et les cérémonies officielles, j'avoue ne jamais avoir entendu, en Europe, en Afrique et en Amérique, un chef d'État tenir devant la presse des propos de la teneur de ceux qu'a récemment prononcés la nouvelle gouverneure générale du Canada.

Je le dis du point de vue d'un observateur pour qui la gouverneure générale est -- qu'on l'aime ou non, et quels que soient son sexe et la couleur de sa peau -- le premier ambassadeur du Canada dans le monde. Je le dis du point de vue de celui qui, comme tous ceux qui observent le Canada de l'étranger, considère à juste titre que chaque fois que Mme Jean s'exprime, c'est le Canada qui parle et sa réputation qui est en jeu.

***

Avant que le premier ministre français Dominique de Villepin n'annule son voyage au Canada, où il devait s'entretenir avec Michaëlle Jean, ses conseillers n'avaient probablement pas un dossier très volumineux sur la nouvelle gouverneure générale. Mais ils avaient certainement lu la dépêche publiée cette semaine par la Presse canadienne.

S'il faut en croire les propos rapportés, Michaëlle Jean se prend pour une animatrice de talk-show, ridiculisant des journalistes, des souverainistes et même un candidat à la direction d'un parti démocratique qui, lui, a le courage de se soumettre à l'épreuve des urnes.

«Ce soir, les autres, on s'en fout ! Je vais faire une folle de moi», a candidement déclaré la représentante de l'État canadien le 22 octobre lors du dîner annuel de la tribune de la presse à Ottawa. La suite n'est guère plus édifiante. Michaëlle Jean y affirme qu'elle n'a pas été nommée parce qu'elle est noire ou de sexe féminin mais parce qu'elle est... «hot» ! Elle s'engage ensuite dans une polémique personnelle avec trois chroniqueuses de la presse québécoise, allant jusqu'à dire qu'elle «réchauffe le trône» pour l'une d'elles. Last but not least, le commandant en chef de l'armée canadienne se permet d'ironiser platement sur le candidat à la direction du Parti québécois André Boisclair, qui a avoué avoir consommé de la cocaïne.

J'ose à peine imaginer quelle image du Canada se feront les ambassades et autres officines gouvernementales qui recevront bientôt Michaëlle Jean un peu partout dans le monde. Que la première dame du pays ne se fasse pas d'illusions : cette dépêche la suivra encore longtemps. Or, dans la plupart des pays du monde, cet incident impardonnable serait devenu une affaire d'État.

Imagine-t-on Élisabeth II ridiculisant devant Tony Blair un candidat à la direction du Scottish National Party, le parti indépendantiste écossais qui représente l'opposition officielle à Édimbourg ? Le Parlement écossais exigerait probablement des excuses publiques, et il aurait raison. Imagine-t-on la reine tournant en ridicule devant les caméras des chroniqueurs du Guardian ou du Times et annonçant à l'un d'eux, dans des termes d'une vulgarité sans nom, qu'elle «réchauffe le trône» pour lui ?

On n'imagine pas Juan Carlos Ier d'Espagne polémiquant ouvertement avec le quotidien catalan La Vanguardia et ricanant des membres du parti nationaliste Convergencia y Union. Le ferait-il que la Catalogne considérerait la chose comme un incident grave portant atteinte à la dignité de la fonction royale. Les Catalans, qui se souviennent des derniers jours de la dictature du général Franco, savent mieux que les autres peuples quel rôle crucial peut jouer un chef d'État dans de telles circonstances.

Pourtant, les souverains britannique et espagnol n'ont pas beaucoup plus de légitimité démocratique que Michaëlle Jean. Mais dans ces pays, on pense encore que pour représenter tous ses citoyens, un chef d'État doit être au-dessus des polémiques et des chicanes de basse-cour.

Adrienne Clarkson a dû sursauter en lisant les déclarations de sa successeure, quelques semaines seulement après son entrée en fonction. Si Michaëlle Jean tient de tels propos devant des caméras, on ose à peine imaginer ce qu'elle dit derrière des portes closes. Que racontera-t-elle bientôt aux chefs d'État qui visiteront le pays ? À son image, les représentants de la diplomatie canadienne se mettront-ils demain à truffer leurs discours d'attaques personnelles, histoire de se couvrir de ridicule et d'être «hot» ?

On aura beau penser ce qu'on voudra des monarchies constitutionnelles et de l'absence de légitimité du gouverneur général, aucun pays ne peut se passer d'un chef d'État. Et, à moins de «faire un fou de lui», le Canada n'a pas d'autre choix que de respecter le décorum requis par cette fonction. J'ajouterai même ceci : moins le chef d'État a de légitimité démocratique -- et celui du Canada en a moins que les autres --, plus il est tenu au silence et au respect des convenances. Et moins il a le droit de parler en son nom propre et d'avoir des états d'âme.

Bref, jusqu'où le Canada se ridiculisera-t-il avant que quelqu'un ne se lève pour souffler à l'oreille de la première dame du pays les mots d'Alexandre Dumas : «Taisez-vous, Madame, taisez-vous, on pourrait vous entendre !» ?

***

Depuis quelques semaines, j'avais un doute. Celui-ci est malheureusement devenu une certitude. Avec la nomination de Michaëlle Jean, le gouvernement de Paul Martin n'a pas seulement fait un bon coup électoral. Il n'a pas simplement cherché à se rallier la communauté haïtienne lors d'un prochain référendum.

Avec cette nomination, c'est le système du showbiz qui pénètre un peu plus profondément dans nos institutions politiques. Si Michaëlle Jean renouvelle la fonction de gouverneur général, c'est à la manière dont Radio-Canada renouvelle les talk-shows en invitant le Dr Mailloux sur ses ondes.

Après tant d'autres, une nouvelle institution canadienne vient de sombrer dans le cabotinage médiatique. On savait que le burlesque télévisuel avait déjà gangrené presque toutes nos institutions. On sait maintenant qu'il vient d'entrer par la grande porte à Rideau Hall.

crioux@ledevoir.com