
Une affaire canadian
Robert Laplante
BULLETIN DU LUNDI L'Action nationale 7 novembre 2005
Ce fut l’abondance. À pleine pages, de clips en reportages, des entrevues à profusion, de savants commentateurs qui nous faisaient des sermons de gouvernance, des titulaires de chaires du Canada qui pontifiaient avec toute l’autorité des entretenus de la confrérie. Il y en a eu du brouhaha. Une véritable débauche médiatique pour relayer une thèse induite par la formulation même du mandat : toutes ces magouilles révèlent des failles de gestion.
L’affaire des commandites n’est pas un scandale de gouvernance, c’est une obscénité politique.
Les voyous, les malversations, les parvenus qui s’engraissent par le trafic d’influence, le Parti Libéral du Canada qui carbure aux plans de carrière des gérants de la bourgade québécoise, rien de cela ne devrait pourtant nous distraire de l’essentiel : l’État canadian a lancé sur le Québec post-référendaire une très vaste offensive de guerre psychologique, de déstabilisation politique et de sabotage des relais sociaux essentiels à la cohésion nationale de notre peuple. Le programme des commandites n’en formait qu’un volet. Le portrait d’ensemble de la riposte fédérale, Gomery ne nous l’a pas donné. On l’a à peine entrevu lors des audiences du comité des comptes publics qui a précédé cette commission. Les documents cités devant ce comité ne laissaient planer aucun doute sur le sens de toute l’entreprise : le gouvernement Chrétien a mobilisé l’ensemble des ressources de l’État pour casser le Québec. Ce qu’on a pu apprendre de la réunion du cabinet de février 1996, c’est qu’un véritable plan de déstabilisation a été lancé, que le cabinet fédéral a lancé les opérations d’une campagne d’intervention systématique et globale pour préserver l’unité nationale par tous les moyens justifiables par la raison d’État. Guité l’avait alors déclaré brutalement, le Canada était en guerre contre les séparatistes.
Le respect des règles de gouvernance ne change rien à l’affaire. C’est de la bouillie pour les colloques d’études canadiennes. C’est la finalité qui donne le sens et la mesure de la chose. Sheila Copps s’en est d’ailleurs vantée : «Contrairement au programme des commandites et à l’histoire de la commission Gomery, poursuit Mme Copps, le ministère du Patrimoine canadien a joué un rôle énorme et a travaillé autrement. Mais l’argent a été bien géré, il n’y a pas eu de scandale, et personne ne sait ce qu’on a fait.» ( Robin Philpot, Le référendum volé). Personne? C’est à voir. Ailleurs que dans les pages de Gesca, bien sûr.
L’honneur des mercenaires étant en cause, les sparages des Jean Chrétien, Jean Pelletier et autres esprits rustiques sont bien compréhensibles. Sans s’en émouvoir, on peut néanmoins les comprendre et en apprécier la saveur. Il était beau à voir, ce Pelletier! Une prestation époustouflante, du grand vaudeville, dans un style qui n’avait rien à envier à celui du beu de Matane qui s’est, lui aussi, bien illustré dans ce marécage. «Le programme des commandites était un programme politique, non un programme partisan, exigeant une direction politique» . (Le Devoir, 3 novembre). Il n’y a pas eu d’intrusion politique, parce qu’il n’avait pas à y en avoir. On ne peut qualifier d’intervention extérieure des gestes dont toute la nécessité et la nature tiennent à la logique politique de l’entreprise elle-même. Les voyous, le graissage de pattes, ce ne sont là que des composantes accessoires. Des anecdotes. Pelletier et ceux qu’il a servis n’avaient pas besoin d’être explicitées. Il n’avait même pas à donner des directives. Le non-dit faisait et fait toujours partie intégrante de ce genre d’entreprise. Le reste, les coups tordus comme les manœuvres les plus sales, cela se fait sans dire, puisant à même la culture et les compétences de l’organisation. Le Parti libéral du Canada avait tout ce qu’il fallait pour vivre avec la corruption aussi confortablement qu’avec les règles de la fonction publique. Il en a l’habitude.
Il ne faut pas se tromper et bien lire les choses. Et surtout le faire dans la bonne perspective, c’est-à-dire la nôtre, celle du combat national. Le rapport Gomery, c’est vraiment une affaire canadian.
Toute la culture politique du parti Libéral du Canada s’y retrouve comme en condensé. Comme s’y retrouve l’essence même de la relation de l’État canadian avec le peuple québécois. La corruption n’est que l’un des moyens de s’assurer des bons offices d’une cinquième colonne toujours disposée aux basses œuvres. Le népotisme ordinaire suffit généralement. Il s’en trouve toujours pour rêver d’une fiole de sénateur ou de gouverneur général ou d’un moelleux fauteuil au conseil d’une quelconque société de la couronne ou fondation pour amis du régime. Le Québec en a toujours produits. Ce qui a changé depuis une dizaine d’années, c’est qu’il les produit en leur épargnant la pénible tâche d’avoir à fabriquer de la rhétorique. Ils sont désormais des inconditionnels avoués, ils n’ont plus de sornettes à raconter sur le renouvellement du Canada, sur les réformes constitutionnelles et tout le bataclan. Ce sont des sereins chanteurs désormais muets pour la parade. Les Dion, Lapierre et Robillard de cette engeance ne sont autorisés à pépier que pour faire du bruit dans le débat québécois. S’ils donnent du jabot devant le rapport Gomery, c’est pour siffler l’air qu’Ottawa veut bien entendre. Quant aux autres qui pigrassent dans l’ombre, ce sont des ouvriers traités comme un mal nécessaire, de la racaille qui, même prise dans la main dans le sac, peut encore être utile, matériau recyclable pour les moralistes hypocrites qui les bannissent pour mieux mettre en scène leurs numéros de salut public.
Vu du Québec, le vrai scandale n’est pas celui que cette commission a documenté. C’est celui qui perdure aujourd’hui alors que toutes les opérations lancées contre notre société continuent de se déployer. Déstabilisation des finances publiques, piétinement des compétences de l’Assemblée nationale, réingénierie de tous les programmes fédéraux en fonction d’une doctrine de nation building appliquée rigoureusement et systématiquement, utilisation de fiducies, de chaires et de fondations pour créer des relais visant à imposer des paramètres «nationaux» dans des champs et domaines de la société civile où l’intervention de l’État paraîtrait trop crue et d’une évidence trop grossière, mobilisation d’une partie de l’élite économique, médiatique et financière pour imposer un «agenda public» sabotant la capacité de notre société de tenir ses débats selon ses termes et dans les formats requis, la liste pourrait s’allonger.
Et l’on n’a pas encore fait le vrai travail d’enquête sur les caisses occultes et les fonds secrets.
Et l’on n’a rien dit et l’on ne sait rien du travail des services secrets et de l’armée. Des saboteurs s’activant dans ces appareils ont déjà planifié des attentats, posé des bombes, incendié des granges, fabriqué des faux, infiltré des partis, des groupes et des associations légitimes, payé des agitateurs et lancé des fauteurs de troubles dans toutes sortes d’opérations de manipulation et de déstabilisation alors que les appuis à l’indépendance ne passaient pas la barre des 10%. Et il faudrait penser que rien de tout cela ne se pense, que rien ne se fait maintenant que l’appui majoritaire se solidifie de sondage en sondage?
Et il faudrait penser que les efforts pour préserver l’unité nationale sont une affaire de bonne gouvernance? C’est de la niaiserie pour occuper les chaires de Qué-Can.
La vérité, c’est que le rapport Gomery va servir à faire diversion, à recouvrir d’une épaisse couche de bonne conscience une entreprise de séquestration du Québec qui n’en ressortira que mieux légitimée encore. Le Canada post-référendaire a choisi ses moyens. Et ce ne sont pas ceux du respect de la démocratie québécoise. Ce ne sont pas non plus ceux du renouvellement des institutions pouvant laisser se dessiner un destin spécifique pour le Québec dans le Canada.
L’État canadian a choisi de combattre par la manipulation et la contrainte la volonté d’émancipation québécoise en déployant des manœuvres qui utilisent les moyens et instruments légitimes de l’État comme des paravents. Derrière les correctifs qu’on nous annonce d’ores et déjà la main sur le cœur, se profile une recherche d’efficacité qui trouvera d’autre méthodes pour parvenir aux mêmes fins : contenir le Québec.
Le véritable scandale, c’est celui d’un État qui nous nie et qui entend continuer de le faire par la manipulation, la propagande et la guerre psychologique.

Après Gomery: Il est temps de passer à autre chose et de parler de l'avenir
Jeffrey Simpson
La Presse dimanche 6 novembre 2005
La menace de la sécession du Québec a déformé la politique canadienne pendant près de deux générations. Cela a détourné l'attention d'autres questions nationales pressantes. Cela a amené les partis politiques fédéraux à préférer des chefs venant du Québec. Cette situation a exercé une profonde influence sur la pensée fédérale touchant une vaste gamme de questions nationales et internationales.
Eh! bien, en fait, ce n'est pas vrai. Le premier ministre Paul Martin n'avait pas à créer la commission Gomery. Il aurait pu reconnaître que de graves erreurs administratives avaient été commises et qu'il y avait peut-être eu des activités frauduleuses et puis demander à la police de mener une enquête.
Mais non, il était si désireux de se distancer de l'ancien premier ministre Jean Chrétien qu'il a exagéré le scandale, jeté de l'huile sur le feu et créé la commission Gomery. La décision de M. Martin était tout aussi motivée par la guerre civile faisant rage au sein du Parti libéral fédérale que par toute autre chose.
Chacun sait maintenant que le programme de commandites avait été concocté à la hâte en réaction aux résultats du dernier référendum au Québec, que les fédéralistes avaient remporté par une si mince marge. Il était l'illustration d'un vieux réflexe fédéraliste: rehausser le profil du Canada au Québec.
Approche déplorable
Cette approche était, et continue d'être considérée déplorable par les tenants de l'indépendance du Québec. La moutarde monte au nez des sécessionnistes lorsqu'ils la dénoncent. Cette semaine, un spécialiste des sciences politiques la qualifiait, dans The Globe and Mail, de " propagande " fédéraliste. C'était exactement cela. Mais excusez-moi, n'avons pas vu pendant des décennies un torrent continu de publicités, brochures, documents et autre matériel payés par les contribuables et expliquant les vertus de la sécession? Deux poids, deux mesures?
Le dégoût ressenti par le Québec devant les malversations au coeur du scandale des commandites est parfaitement compréhensible. Il est aussi partagé par nombre de personnes dans le reste du Canada.
On observe toutefois de nombreuses et subtiles différences entre la réaction au Québec et ailleurs. Songez à celle-ci. Si un Québécois est suffisamment en colère pour décider de ne pas voter pour les libéraux, la solution de remplacement est le Bloc québécois parce que c'est une option facile. Il s'agit d'un vote de protestation classique parce que chacun sait que le Bloc ne formera pas le prochain gouvernement fédéral.
Hors-Québec, la colère envers les libéraux devrait se traduire par un vote pour un autre parti. Le choix le plus évident est le Parti conservateur. Mais à la différence du Bloc, les conservateurs pourraient bien former un gouvernement national. Et cette perspective effraie des tas de gens. Pour les électeurs, hors-Québec, voter en faveur des conservateurs entraîne des conséquences, alors qu'il n'y a pas de conséquences immédiates si les gens votent pour le Bloc au Québec.
Cela répond en partie à une question que les Québécois posent parfois: si vous, dans le reste du Canada, êtes si en colère à propos du scandale des commandites, comme nous le sommes nous-mêmes, pourquoi ne votez-vous pas vous aussi contre les libéraux? Mais on peut aussi retourner la question: si les Québécois sont si en colère contre les libéraux, pourquoi ne votent-ils pas pour les conservateurs étant donné que seul ce parti peut former un gouvernement national?
Peu d'influence
Par conséquent, il est peu probable que le rapport Gomery aura une grande influence sur l'opinion publique hors-Québec. Le rapport confirme dans leurs sentiments ceux que le scandale a choqués, mais ils n'étaient pas susceptibles de voter en faveur des libéraux de toute façon. Ceux qui ne s'en souciaient guère ou qui ne pouvaient tout simplement pas se résoudre à voter pour les conservateurs, vont continuer à voter en faveur des libéraux.
Ce qui s'est produit dans le cadre du scandale des commandites est inacceptable à tous égards. Cela dit, les responsables du scandale ne sont plus en politique. Personne ne peut plus voter pour ou contre eux.
Au Québec, un groupe d'éminentes personnalités de différents horizons politiques ont récemment proposé une série de politiques pour faire avancer le Québec. Voilà le genre d'idées que l'on devrait débattre et non pas un vieux scandale.
Partout où je me rends au Canada, et je parcours tout le pays, l'énergie et la créativité des citoyens, des compagnies, des syndicats, des groupes communautaires et des artistes me renversent. Tout le pays est bourré de talents et les gens souhaitent discuter de l'avenir: l'éducation, la recherche, l'innovation, la mondialisation. Aucun pays du G8 n'échangerait ses problèmes pour ceux du Canada.
Aucun politicien n'entraîne les citoyens dans des débats touchant l'avenir. Ils sont trop occupés à se lancer de la boue et à parler sans fin de Gomery, Gomery et Gomery. Ce qui est arrivé sent mauvais. Les gens savent maintenant ce qui est arrivé, s'ils ne le savaient pas auparavant. Et, franchement, ils s'en foutent maintenant. Ils veulent parler du futur et non pas du passé.
L'auteur est chroniqueur aux affaires nationales au journal The Globe and Mail.

L'effet Gomery
Lysiane Gagnon
La Presse samedi 5 novembre 2005
Le rapport Gomery - mais surtout l'extraordinaire ampleur de sa couverture médiatique - a frappé dur: selon deux sondages consécutifs effectués par Ipsos-Reid pour le National Post, le Parti libéral a perdu sept points en une semaine, et le Parti conservateur en a gagné quatre.
Au Québec, la chute des libéraux est encore plus marquée: un recul de 13 points! Le PLC avait déjà fait une croix sur le Québec, mais les nouvelles sont mauvaises du côté de l'Ontario, où il a perdu son avance et se retrouve nez à nez avec le PC.
Cela annonce-t-il un renversement du gouvernement? Une défaite majeure du PLC aux prochaines élections? Pas du tout.
Outre que l'opinion publique, malgré ce nième sursaut de colère dû au scandale des commandites, n'est jamais favorable à des élections précipitées, l'opposition n'aura certainement pas la témérité d'envoyer le peuple aux urnes à la veille de Noël.
Le Bloc voudrait bien en découdre le plus tôt possible avec les libéraux, mais il peut attendre au printemps sans perdre trop de terrain. Le PC de Stephen Harper, par ailleurs, n'a pas intérêt à s'allier aux " séparatistes " pour défaire le gouvernement. Il lui faut absolument l'appui du NPD. Or, Jack Layton, qui adore le petit pouvoir que lui procure l'existence d'un gouvernement minoritaire, préfère extorquer d'autres concessions et n'a guère envie d'aller au front- on ne sait jamais, si un gouvernement majoritaire émergeait des élections, le NPD se retrouverait comme auparavant: marginal, et sans pouvoir de négociation.
Mais si nous voguons tranquillement vers des élections printanières qui seront déclenchées au jour et à l'heure qui plairont au premier ministre, c'est essentiellement parce que le PC, malgré de brèves remontées conjoncturelles, n'arrive pas à dépasser le seuil au-delà duquel il pourrait former le gouvernement. Les Canadiens, aussi excédés soient-ils des libéraux, n'arrivent pas à s'en libérer parce qu'ils n'aiment pas Harper et ne font pas confiance à son parti. Quel désastre! Le Canada est devenu comme le Mexique sous le PRI- un pays à parti unique.
Normalement, après quatre mandats libéraux marqués par plusieurs scandales (avant les commandites, il y en a eu d'autres, notamment le gaspillage insensé du programme des armes à feu et du ministère des Ressources humaines), les libéraux devraient être au bord de la porte. Normalement, ils auraient dû être défaits il y a longtemps- aux élections de 1997 clôturant le second mandat de Jean Chrétien, en 2000 à tout le moins. Cela aurait été dans l'ordre des choses. C'est par l'alternance que les démocraties punissent les coupables et changent le mal de place.
Hélas, la règle de l'alternance ne joue plus, en raison de la défection du Bloc, dont la mission consiste à torpiller (poliment) le processus politique canadien, de même que de la radicalisation à droite de ce qu'il reste du PC.
Au lieu d'un changement de gouvernement, on a plutôt eu droit au psychodrame de la commission Gomery, au coûteux bal des avocats de tout acabit, et à la scission du PLC entre les clans Chrétien et Martin. En répudiant sauvagement les " chrétienistes ", M. Martin essaie de faire comme s'il se trouvait à la tête d'un nouveau parti qui n'aurait rien à voir avec les commandites. Ce serait en quelque sorte l'alternance... interne!
À moins d'un imprévisible revirement de la situation, les libéraux seront réélus au printemps. Non seulement seront-t-ils réélus, mais s'ils regagnent la faveur des Ontariens, ils pourraient fort bien s'en sortir avec un gouvernement majoritaire- une récompense totalement imméritée mais vraisemblable.
Tous les électorats, de nos jours, souffrent d'un " déficit d'attention " chronique. Bombardés par des nouvelles de catastrophes qui leur tombent dessus avec une épuisante régularité, ils se concentrent deux minutes sur un même sujet, puis passent à autre chose. Entendez-vous encore parler de Katrina? Non, c'est fini, envolé, out. Le tsunami, c'était où, déjà? L'Irak? Toujours des morts, encore des morts, cela fait maintenant partie de l'ordinaire... Ce sera pareil pour le scandale des commandites.
Le Canada anglais a déjà commencé à tourner la page, et Paul Martin fera le reste en promettant toutes sortes de réformes dans le processus d'attribution des contrats. Au Québec, l'indignation durera plus longtemps, mais quand le Bloc, aux prochaines élections, ressortira ses pancartes de 2004 sur " le parti propre " et ressassera pour la 100 000e fois l'affaire des commandites, les électeurs pourraient bien éprouver quelque lassitude à réentendre la même cassette.

And other strange Gomery tales
Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, November 7, 2005
In what kind of country are people banned for life from the governing political party? The first example that comes to mind is the former Soviet Union. Indeed, Prime Minister Paul Martin borrowed a leaf from Stalin's book by expelling "for life" 10 former supporters of Jean Chrétien from the Liberal Party.
This crass move is mere show: A prime minister doesn't have this kind of power; the president of the party's Quebec wing, MP Pablo Rodriguez, says he doesn't even know how such a ban could be legally implemented.
In any case, Mr. Martin's use of excommunication is unworthy of a democratic leader. Even though they were mentioned in the Gomery report, none of the 10 men have been charged. And even if some of them are eventually charged and convicted, don't we live in a country where one can be rehabilitated after having paid his dues to society?
All this shows is that, for Mr. Martin, the kid-glove treatment he received from Mr. Justice John Gomery is not enough. He will go to any lengths to pour all the blame for Adscam on the Chrétien clan. But many people won't believe that the man who was Quebec's most important minister had no idea of what was going on. The sponsorship scandal first erupted in the media at the end of 1999. Didn't Mr. Martin read any newspapers?
At the time, Mr. Martin was busy taking control of the Liberals, so, obviously, he knew the party inside out. He was constantly on the Liberal fundraising cocktail and golf circuit, where he would rub elbows with many of the players involved in Adscam: party officials, Liberal admen and bagmen, fundraisers and contributors. And he never heard any rumours about kickbacks? Mr. Martin was not personally responsible for the sponsorship special fund, but, as finance minister, he was the guardian of the public purse. Why didn't he raise any objections? Why didn't he at least ask questions?
Strangely, these points are not mentioned in Judge Gomery's report. Under the sympathetic pen of Judge Gomery, the Prime Minister emerges as a lily-white knight -- or rather, as some kind of alien who was in the Liberal Party, admittedly, but lived on another planet.
Judge Gomery took off the gloves, though, when he dealt with the other players. With zeal, he demolished reputations, relying in good part on his own impressions. His report, far from being a judgment resulting from a fair trial, is a subjective, albeit valid, document.
This is the problem with commissions of inquiry: They don't respect the strict rules that govern trials. They don't have to establish rock-solid proof before blaming or exonerating a witness. And, contrary to the golden rule that is the basis of our judicial system, the "accused" (technically a witness) does not benefit from the presumption of innocence.
And so, after having trashed former long-time bureaucrat Chuck Guité as "a man without scruples," Judge Gomery, on a key point, chose to believe Mr. Guité rather than Jean Pelletier, Mr. Chrétien's former chief of staff -- as if Mr. Pelletier, a man with a long and honourable career, shouldn't have been more credible than Mr. Guité, who has been charged with fraud.
Judge Gomery thinks that Jean Lafleur (who hasn't been charged with anything) wasn't credible, but that adman Jean Brault was. Mr. Brault, who has been charged with fraud and whose testimony at the Gomery inquiry was contradicted on many points by other witnesses, was, according to Judge Gomery, "candid and trustworthy."
Mr. Brault was Judge Gomery's star witness because his sensational revelations revived public interest in his commission and made the judge, who had been accused of bias against Mr. Chrétien, a national hero. Some who followed the Gomery commission closely believe that Mr. Brault decided to bring down as many Liberals as possible with him (a frequent reflex of informers), but Judge Gomery doesn't appear to have considered this hypothesis.
lgagnon@lapresse.ca

André Boisclair, candidat de la droite
Pierre Dubuc
Site de Pierre Dubuc lundi 7 novembre 2005
Réunis en assemblée générale, samedi dernier, le 5 novembre, les membres du SPQ Libre ont rejeté tout appui à la candidature d'André Boisclair qui, à leurs yeux, incarne le programme de la droite.
Plusieurs électeurs et électrices seront surpris de ce jugement lapidaire, tant il est vrai que les médias se sont surtout préoccupés de la consommation passée de stupéfiants de M. Boisclair et très peu de ses idées politiques.
M. Boisclair n'a pas aidé non plus à ce que nous nous fassions rapidement une idée de son programme politique en faisant une campagne « à l'américaine » où les interactions avec les autres candidats, les journalistes et les militantes et militants étaient réduites au minimum.
Car, outre les grandes tribunes nationales, de très nombreux débats ont été organisés au cours des trois derniers mois par les membres des circonscriptions et des régions. À quelques exceptions près - dont nous parlerons ultérieurement -, M. Boisclair brillait par son absence, alors que les 7 autres candidats et la candidate croisaient le fer.
Malgré tout, il a été possible de brosser un tableau des principales positions défendues par M. Boisclair en rassemblant différentes déclarations éparses. C'est ce tableau que j'ai présenté aux membres du SPQ Libre pour les aider à prendre une décision quant à la candidature d'André Boisclair.
Son véritable programme
André Boisclair s'est vanté, avec raison, d'avoir été le ministre responsable de l'adoption de la Politique de l'eau. Cependant, les environnementalistes et les progressistes déchantent quand ils apprennent qu'il s'est prononcé, lors du débat de Rimouski, contre la nationalisation de l'eau et qu'il s'est déclaré favorable aux Partenariats publics-privés (PPP) sur les ondes de Radio-Canada cet été.
Celles et ceux qui ont pu suivre le débat sur la culture et la langue à Trois-Rivières se rappelleront que M. Boisclair a refusé à quatre reprises, malgré mon insistance, à admettre les reculs du français dans le domaine de l'éducation, du travail et des transferts linguistiques. Il a préféré s'en tenir à son approche jovialiste qui nie l'importance de relancer la lutte pour le Québec français.
Au débat du Saguenay, il a fallu que j'insiste à nouveau à plusieurs reprises pour qu'il se prononce - mais du bout des lèvres et en rapportant toute action après l'indépendance - sur la nécessité de réduire de façon importante les subventions aux écoles privées comme le stipule le programme du parti.
Lors d'une prestation à l'émission Il va y avoir du sport de Marie-France Bazzo sur les ondes de Télé-Québec, il avait cherché à se défiler en disant que les écoles privées devraient abolir la sélection des élèves pour recevoir des subventions gouvernementales. Comme si les frais de scolarité n'étaient pas la principale forme de sélection ! Comme s'ils ne minaient pas à la base le principe de l'égalité des chances ! Le collège Jean-de-Brébeuf qu'André Boisclair a fréquenté exige des frais de scolarité de 3 580 $ par année et 4 000 $ supplémentaires pour les frais de résidence.
Dans les débats régionaux, nous devions souvent répondre - sans possibilité de nous défiler - aux questions pointues des militantes et des militants. C'est en réponse à une telle question, lors d'un rare débat auquel il a participé - organisé par la région des Deux-Montagnes - qu'André Boisclair s'est déclaré « heureux » d'avoir fait partie d'un gouvernement qui avait réduit les impôts des entreprises.
Le même soir, lors d'un débat similaire à Terrebonne, il répondait à une question d'un jeune militant qu'il n'était pas question qu'il ouvre le Code du travail pour rappeler les modifications à l'article 45, apportées par le gouvernement Charest, qui insécurisent un grand nombre de travailleuses et travailleurs en ouvrant la porte à la sous-traitance.
Nous savons également qu'André Boisclair a fait du remboursement de la dette l'article premier de son programme. On se souvient que cette position est également la pièce maîtresse du Manifeste du Québec lucide lancé en pleine course à la chefferie par Lucien Bouchard et une dizaine de personnalités reconnues pour leur conservatisme social.
Invité à plusieurs reprises à donner son opinion sur ce manifeste, André Boisclair s'est bien gardé de s'en dissocier, sauf sur la question de la hausse des frais de scolarité. Invité publiquement par des étudiants du Saguenay à indiquer s'il était un « lucide » ou un « solidaire » - une référence au Manifeste pour un Québec solidaire - il a esquivé la question en se déclarant un « Québécois ».
La question du remboursement de la dette est extrêmement importante. En gonflant démesurément et de façon démagogique son importance, André Boisclair attise le conflit de générations - les jeunes contre les baby-boomers - que la droite essaie de provoquer depuis nombre d'années.
Il se gagne peut-être une popularité à bon marché chez certaines couches de la jeunesse, mais ce faisant, il divise le Québec, divise le mouvement souverainiste et divise le Parti Québécois. C'est une approche suicidaire.
Enfin, il faut être conscient que si André Boisclair construit son programme politique en pigeant dans le programme économique et social de l'ADQ de Mario Dumont, il se retrouvera inévitablement avec le programme constitutionnel de Mario Dumont : l'autonomie provinciale dans un fédéralisme renouvelé !

Entre Pauline et Boisclair
Michel Venne
Le Devoir lundi 7 novembre 2005
L'élection d'un nouveau chef ne concerne pas seulement les membres du Parti québécois. Le Québec est à la recherche de quelqu'un capable d'affronter le premier ministre Jean Charest et d'offrir à la population un choix réel lors des prochaines élections.
Le gouvernement du Québec suscite un fort taux d'insatisfaction. L'indignation et le cynisme à l'endroit de la classe politique est à son comble avec la publication du premier rapport du juge Gomery sur le scandale des commandites. L'appui à la souveraineté atteint des niveaux inégalés depuis l'échec de l'Accord du lac Meech en 1990. De diverses manières, de nombreux Québécois manifestent une volonté d'engager une nouvelle révolution tranquille (la publication récente de deux manifestes contradictoires n'est qu'une des nombreuses illustrations de ce phénomène). Un nouveau parti de gauche va naître en janvier et le PQ a doublé le nombre de ses membres.
Qui, à la tête du Parti québécois, pourra le mieux harnacher les forces de changement ?
Cette personne doit être crédible et déterminée. Elle doit incarner la volonté de progrès du Québec. La population doit pouvoir se reconnaître en elle et lui faire confiance. Le nouveau chef doit être moralement solide. Sa parole doit être forte. Il doit pouvoir faire face à l'adversité et pouvoir réconcilier les courants qui animent le PQ et le Québec tout entier.
D'aucuns s'ennuient d'un René Lévesque. Or il ne sert à rien d'être nostalgique. Le choix qui s'offre est entre Pauline Marois et André Boisclair. Les deux ont démontré une capacité de diriger et de mobiliser. Les autres candidats n'ont aucune chance. On souhaiterait d'ailleurs qu'ils se rallient à l'un ou l'autre, maintenant qu'ils ont joué leur rôle, afin que les membres du parti soient placés devant la seule alternative qui compte.
***
Au jeu des comparaisons et au regard des critères mentionnés ci-dessus, André Boisclair s'est lui-même déprécié par son attitude durant cette course qui se termine, grâce aux bons soins de ses supporters, par une bagarre de ruelle disgracieuse.
M. Boisclair a placé son parti dans une situation vulnérable en consommant il y a quelques années, alors qu'il était ministre, une drogue dont la société québécoise n'est pas prête, comme elle l'est pour le cannabis, à légaliser l'usage. Il a affaibli son pouvoir sur le plan moral. Pour certaines personnes, il y a là une raison suffisante pour voter éternellement contre lui.
Bien qu'aucun fait ne permette de prêter foi aux rumeurs qui circulent sur son passé, il entretient lui-même un climat de suspicion nocif pour sa candidature, pour son parti, sa cause et son pays, en refusant de s'expliquer et même de donner des entrevues.
Il a du même coup contribué à jeter dans l'ombre les idées débattues dans cette course. Ce sera pire encore après le 15 novembre lorsque ce seront les adversaires de la souveraineté, opiniâtres et sans scrupules, qui prendront le relais dans le camp des attaquants.
M. Boisclair n'a pas su non plus faire face à l'adversité. Au contraire, Mme Marois, partie deuxième dans cette course, injustement présentée comme appartenant à la vieille garde, a tenu le cap, a recruté sans cesse de nouveaux appuis et reste déterminée à triompher.
Au-delà des conjectures entourant la vie privée de M. Boisclair, celui-ci n'a pas non plus démontré qu'il pouvait laisser de côté la langue de bois. Je n'ai pas suivi le candidat pas à pas durant cette course. Je dispose en gros des mêmes informations que la moyenne des 137 000 membres du parti qui, eux, pourront exercer leur droit de vote. Or je n'ai plus revu, depuis l'annonce de sa candidature, le Boisclair qui, revenant de Harvard, parlait avec authenticité et spontanéité. Il a repris les mauvais plis de la prudence excessive et misé davantage sur toutes les techniques du marketing politique qui font peut-être gagner une élection, mais ne suffiront jamais à faire naître un pays.
Il est vrai que Pauline Marois n'a pas l'étoffe d'un tribun. Mais sa simplicité, sa franchise, la connaissance des dossiers dont elle a su faire preuve, la détermination affichée au sujet de la réalisation de la souveraineté, sont des qualités que les membres devraient prendre en considération.
Le prochain chef du PQ aura la tâche ardue de réconcilier les tenants des différents courants au sein comme à l'extérieur du parti. Certains se rallient à lui parce qu'il est écouté par des électeurs adéquistes qui boudent le Parti québécois. Mais il a toute la gauche contre lui. En face, Mme Marois est capable de rallier les appuis d'un Joseph Facal. Son MBA obtenu aux HEC et son expérience au Trésor et aux Finances valent bien le court séjour de M. Boisclair à Boston. Et puis elle récolte à gauche les appuis qui font défaut à son rival.
Or c'est sans doute sur sa gauche que le PQ est, pour les prochains mois, le plus vulnérable, avec la fusion de l'UFP et d'Option citoyenne sous la houlette de deux leaders efficaces, Françoise David et Amir Khadir, capables de recruter des péquistes déçus.
Enfin, si André Boisclair attire les jeunes, il ne détient pas le monopole du dialogue intergénérationnel.
***
À une semaine du vote, les jeux ne sont pas faits. La comparaison entre les deux candidats est un exercice subjectif. La mienne me conduirait, si je votais, à appuyer Pauline. Son CV est une garantie de compétence. Son attitude dans cette course révèle une détermination qu'on ne lui connaissait pas. Sa capacité de rallier me semble supérieure à celle de son adversaire qui ne m'a pas convaincu qu'il était mieux préparé que sa rivale et qui m'a semblé faible devant la controverse qu'il a lui-même maladroitement entretenue.

La soeur de la gouverneure générale appuie Pauline Marois
Nicolas St-Pierre
La Presse lundi 7 novembre 2005
Lettre d'appui de 79 personnalités d'une quinzaine de communautés ethniques
À six jours du vote qui permettra au Parti québécois de se donner un nouveau chef, des dizaines de personnalités issues de diverses communautés culturelles ont rendu publique hier une lettre d'appui à Pauline Marois. Parmi elles, Nadèje Jean, la soeur de la gouverneure générale du Canada.
" Nous reconnaissons en Pauline Marois une femme de conviction et d'ouverture, une battante, une courageuse qui est à l'avant-garde des choix sociaux qui animent le Québec moderne ", peut-on lire dans cette lettre, signée par 79 hommes et femmes appartenant à une quinzaine de communautés ethniques.
Vivian Barbot, ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec, Maka Kotto, député bloquiste de Saint-Lambert, Dan Philip, président de la Ligue des Noirs du Québec et Nadèje Jean, orthopédagogue, figurent au nombre des signataires.
" Il ne suffit pas de faire du Québec un pays, il faut le réussir et Pauline Marois a su insuffler en nous cette confiance, poursuit la lettre. Son dynamisme et son énergie nous ont contaminés et nous voulons mener nos luttes communes avec elle. " Hier, Pauline Marois s'est dite particulièrement émue de cette marque d'encouragement. " Aujourd'hui, c'est le témoignage et le résultat d'une relation profonde, réelle, concrète et positive que j'ai réussi à établir avec beaucoup de citoyens issus de tous les horizons ", a-t-elle affirmé.
Selon un sondage CROP-La Presse publié à la fin du mois d'octobre, Mme Marois traîne de l'arrière dans les sondages sur les intentions de vote des électeurs péquistes. Une enquête réalisée entre le 12 et le 26 octobre révèle que 59 % d'entre eux appuient André Boisclair, contre 23 % pour Mme Marois. Au cours des prochains jours, la députée de Taillon entend redoubler d'ardeur pour convaincre les militants du Parti québécois de lui accorder leur confiance.
Appelée à commenter l'appui que ses adversaires Jean Ouimet, Pierre Dubuc et Gilbert Paquette s'apprêtent à lui accorder, Mme Marois a évité d'être triomphaliste: " Ce que je souhaite, c'est qu'on se rallie tous à la fin de la course à la direction du Parti québécois, a-t-elle indiqué. Si certains souhaitent le faire avant que la course ne se termine, c'est un signe que ces ralliements sont possibles."

Objectif: bloquer Boisclair
Denis Lessard
La Presse dimanche 6 novembre 2005
Trois des candidats demanderont à leurs partisans de voter Marois
Québec - Trois candidats à la direction du Parti québécois demanderont à leurs partisans de se rallier à Pauline Marois dans l'espoir de bloquer le favori, André Boisclair.
" Il faut bloquer Boisclair, il constitue un risque pour les prochaines élections, pour la souveraineté et le Parti québécois ", a soutenu hier l'ancien syndicaliste Marc Laviolette. C'est ainsi qu'il résumait la rencontre qu'ont eue vendredi soir une centaine de membres du groupe Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre). Le groupe soutient la candidature de l'éditeur de L'Aut'journal, Pierre Dubuc, à la tête du PQ. Mais au second tour, " il faudra voter pragmatique ", convient M. Laviolette.
Pour l'ancien président de la CSN, bien des militants péquistes craignent les " squelettes dans le placard " du candidat Boisclair. De plus, ses positions sur les questions syndicales et sur le financement de l'école privée ne sont pas davantage acceptables aux yeux du SPQ libre.
M. Dubuc restera candidat au moment du vote, mais, avant le prochain débat, à Gatineau, mercredi, il annoncera qu'il demande à ses troupes d'appuyer un autre candidat au second tour de scrutin.
Gilbert Paquette, autre ténor de l'aile gauche du PQ, restera lui aussi sur les rangs jusqu'au vote, mais il demandera à ses troupes d'appuyer un autre candidat, vraisemblablement mardi prochain. " M. Boisclair est un risque pour le PQ. Dans le dictionnaire, un risque signifie un danger éventuel, plus ou moins prévisible ", explique Roch Brisson, ancien employé de cabinet de M. Boisclair devenu l'un des principaux organisateurs de Gilbert Paquette.
Si l'on se fie aux sondages, ces candidats " marginaux " ne ramasseront que des miettes au scrutin. Il est d'emblée acquis qu'ils n'auront pas les 15 % nécessaires pour accéder au second tour de scrutin. En revanche, ils craignent que, s'ils se désistent en faveur de Mme Marois avant le vote, certains de leurs supporters ne se donnent même pas la peine de voter.
Engagements plus précis
Officiellement, personne ne veut dire qu'il appuiera Mme Marois, même si elle est la seule dont les idées se rapprochent de la social-démocratie dont se réclament ces candidats marginaux. C'est qu'on espère lui arracher des engagements plus précis quant à la lutte contre la pauvreté et à la gratuité des études universitaires.
De son côté, Jean Ouimet, candidat du développement durable, a déjà indiqué qu'il appuierait Mme Marois à la première occasion. Il est proche de Jean-Pierre Charbonneau, l'un des premiers appuis à la députée de Taillon.
Traité de tous les noms par les lieutenants d'André Boisclair, M. Ouimet a dit à la blague hier qu'il se demandait désormais si son appui aiderait le candidat de son choix.
En revanche, Jean-Claude Saint-André, député de l'Assomption, a décidé de faire cavalier seul. Il attendra jeudi ou vendredi pour annoncer ce qu'il demandera à ses supporters au second tour du scrutin. Il n'est pas question qu'il se désiste, mais il s'est dit prêt, hier, à discuter avec les autres candidats de l'application des idées qu'il a mises de l'avant durant la campagne.

André Boisclair inquiète le SPQ libre
Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir lundi 7 novembre 2005
Reconnaissant en Pauline Marois «une femme de conviction et d'ouverture, une battante, une courageuse qui est à l'avant-garde des choix sociaux qui animent le Québec moderne», près d'une centaine de membres du Parti québécois issus des communautés culturelles ont apporté leur appui, hier, à la députée de Taillon dans la course à la succession de Bernard Landry.
Saluant la femme «de tête», «de coeur» et «d'action», les signataires de cette lettre estiment que Pauline Marois est la candidate la mieux placée pour rallier tous les segments de la population et réussir l'indépendance du Québec. «Au-delà des mots, nous savons que Pauline Marois va non seulement gérer le Québec, mais qu'elle va aussi et surtout porter, inspirer et fonder notre nouveau pays», écrivent-ils.
Reconnaissant dans le bilan politique de Mme Marois l'empreinte d'une battante, les signataires ont salué ses idées de justice sociale et ses principes démocratiques «liés au pluralisme, à la représentation de la diversité ethnoculturelle et à la parité politique».
Au nombre de 79, les signataires proviennent d'horizons divers et représentent 14 communautés culturelles. Ceux-ci ont toutefois un trait commun, soit la «ferme volonté de faire du Québec un pays ouvert et inclusif, qui valorise son réseau communautaire et qui innove dans la création des liens sociaux».
Parmi ceux-ci figurent l'ancienne-présidente de la Fédération des femmes Vivian Barbot, le député bloquiste Maka Kotto, l'avocate Zaida Nunez et Nadège Jean, qui a vertement semoncé la conduite de sa soeur Michaëlle, gouverneure générale, dans une lettre ouverte aux médias cette fin de semaine. Fière de l'appui de cette dernière, Pauline Marois a condamné à son tour le discours prononcé par la gouverneure générale lors du dîner annuel de la presse parlementaire à Ottawa.
Boisclair et le SPQ libre
Du côté du favori dans la course à la direction du PQ, le ciel s'est à nouveau assombri hier. Après avoir obtenu l'appui simultané de 18 anciens députés et ministres péquistes et celui de la femme de l'ancien premier ministre Jacques Parizeau, Lisette Lapointe, André Boisclair a à nouveau été montré du doigt hier, cette fois par le club politique «Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre».
Le SPQ libre considère que la candidature d'André Boisclair constitue un risque réel pour le mouvement souverainiste. Son président, Marc Laviolette, affirme que beaucoup de ses membres craignent que M. Boisclair ne cache «d'autres squelettes». Selon lui, un éventuel couronnement d'André Boisclair inquiète aussi un nombre grandissant de personnes au sein du PQ.
M. Laviolette s'alarme notamment de voir que le favori prône les partenariats public-privé, refuse de modifier les lois anti-syndicales votées par le gouvernement libéral comme celles sur l'article 45 concernant la sous-traitance, et celles retirant le droit à la syndicalisation des travailleuses qui exploitent des garderies en milieu familial.
Réunis en assemblée générale au cours de la fin de semaine, le groupe a maintenu son appui à Pierre Dubuc, qui entend demeurer dans la course jusqu'à la fin. Le mouvement politique fera connaître cette semaine le nom du candidat qui sera appuyé au second tour et au troisième tour, s'il y a lieu.
Avec la Presse canadienne

Le monde à l'envers
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 7 novembre 2005
La querelle qui oppose le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, à son homologue québécois, Thomas Mulcair, au sujet de la mise en oeuvre du protocole de Kyoto, prouve jusqu'à quel point la voie empruntée par Ottawa est absurde dans sa logique même.
La semaine dernière, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une motion appuyant la position du gouvernement du Québec dans les négociations en cours avec Ottawa pour répartir les efforts de lutte contre les gaz à effet de serre (GES) au pays. Le geste est symbolique, mais il exprime bien le sentiment de frustration qui ressort des discussions entre les deux ordres de gouvernement.
Le dossier est complexe et mérite d'être expliqué brièvement. En ratifiant le protocole de Kyoto, Ottawa s'est engagé à réduire ses émissions de GES de 6 % par rapport au niveau atteint en 1990. Or, au fil des années, la production de ces gaz qu'on associe au réchauffement de la planète, n'a pas cessé de croître de sorte que, pour atteindre l'objectif visé d'ici à 2012, les Canadiens devront réduire leurs émissions de 30 %. Pour y parvenir, Ottawa a adopté un plan stratégique, et c'est ici que commencent les problèmes.
Au départ, tous ceux qui croyaient en la nécessité de lutter contre les émissions de GES s'imaginaient qu'Ottawa allait demander aux plus grands pollueurs de faire la majeure partie du chemin pour corriger la situation. À l'inverse, les entreprises, les consommateurs et les provinces dont les pratiques sont les moins polluantes seraient encouragés à poursuivre sur la bonne voie par une reconnaissance explicite de leurs efforts. Or, ce n'est pas ce qui se produit, au contraire.
Dans un premier temps, Ottawa a évalué quelle serait l'augmentation des émissions de GES dans tous les grands secteurs industriels d'ici à 2010. À partir de cette évaluation, il a fixé pour chacun un objectif de réduction à atteindre qui varie entre 8 % et 12 %. Non pas par rapport à 1990, ni même par rapport aujourd'hui, mais en fonction du niveau que chacun prévoit avoir atteint en 2010 si rien n'est fait entre-temps. Les entreprises qui dépasseront leur cible recevront des crédits, ou droits de polluer, qu'elles pourront revendre avec profits alors que celles qui n'y seront pas parvenues devront acheter de tels crédits dont le coût maximum sera cependant assuré par Ottawa.
Le hic, c'est qu'Ottawa a fixé des cibles presque aussi élevées pour les secteurs industriels concentrés au Québec malgré le fait que, contrairement aux grands émetteurs du secteur énergétique, nos alumineries et nos papetières ne connaîtront pas de hausse de leurs émissions d'ici à 2010. Au contraire, ces entreprises sont déjà parvenues à réduire leurs émissions de 9,7 %, en moyenne, depuis 1990. Leur demander d'aller encore plus loin leur coûtera de plus en plus cher puisque ce sont les premiers efforts à faire qui sont les plus faciles. À côté de cela, tout ce qu'on demande aux grands pollueurs du secteur énergétique dont on prévoit l'explosion des émissions d'ici à quelques années, c'est de ralentir la cadence d'ici à 2010.
Autre objet de désaccord majeur, Ottawa n'entend accorder aucun crédit échangeable aux sociétés qui, comme Hydro-Québec, produisent leur énergie à partir de l'eau ou du vent. Pendant ce temps, tout ce qu'on demande aux producteurs d'énergie thermique et aux pétrolières qui laissent grimper leurs émissions de GES année après année, au point de représenter 50 % de toutes les émissions au pays, c'est de ralentir légèrement le rythme, ce qui leur donnera accès à des millions en crédits échangeables. Où est la logique ?
À cela, le ministre Dion répond «qu'il faut demander plus à ceux qui peuvent faire plus» et il ajoute que l'important, c'est d'encourager les grands émetteurs à modifier leurs méthodes à l'avenir et non de récompenser ce qui a déjà été fait par le passé... La belle affaire !
Québec et le ministre Mulcair ont tout à fait raison de s'opposer au plan fédéral dans sa forme actuelle. Sans modifications profondes, celui-ci équivaut ni plus ni moins à punir les entreprises déjà engagées dans la lutte contre les GES pour faciliter la vie aux plus importants émetteurs qui, ô hasard, proviennent d'Ontario et d'Alberta.

S'il suffisait...
Jean-Pierre Aubry, Président du Comité des politiques publiques, Association des économistes québécois (ASDEQ)
Le Devoir lundi 7 novembre 2005
S'il suffisait d'accroître substantiellement le salaire minimum pour que tous les travailleurs aient un emploi bien rémunéré, il y a longtemps que nos gouvernements l'auraient fait. S'il suffisait de taxer beaucoup plus les grandes entreprises et d'augmenter fortement les transferts gouvernementaux aux particuliers (bien-être social, prestations de l'Assurance-emploi, transferts aux aînés...) pour améliorer de façon significative le sort des gens de la classe moyenne et des plus pauvres, ceux-ci auraient porté depuis longtemps au pouvoir un gouvernement qui l'aurait fait.
S'il suffisait de fermer ses frontières au commerce international et à la concurrence internationale pour accroître le nombre d'emplois et le bien-être collectif, il y a longtemps que ce serait fait. S'il suffisait de fermer les yeux sur les contraintes économiques qui nous entourent pour qu'elles disparaissent...
L'efficacité des politiques publiques peut se comparer à celle des médicaments. Un mauvais dosage peut rendre un patient plus malade. Des effets secondaires importants et néfastes peuvent faire en sorte qu'un médicament qui a soulagé un patient à court terme nuise à sa santé à long terme. Il faut donc analyser les politiques publiques avec un grand soin et dans un contexte très large; les bonnes intentions sont loin de suffire.
Pour distribuer davantage de richesses aux moins nantis, tout en maintenant les taux de taxation à leur niveau actuel, il faut créer plus de richesse. Pour créer plus de richesse, il faut être plus productif. Pour être plus productif, il faut une main-d'oeuvre plus qualifiée et de meilleurs entrepreneurs. Pour avoir de tels travailleurs et gestionnaires, il nous faut les former.
Un autre choix de société peut être fait : le gouvernement taxe plus et redistribue les sommes collectées aux plus démunis. Mais est-ce que la majorité des Québécois sont en faveur d'une telle politique ? Ne risque-t-on pas de manquer son objectif s'il en résulte une diminution des investissements et une réduction dans l'offre de travail des entrepreneurs et des travailleurs spécialisés ?
Bonne gestion d'abord
Pour que le gouvernement puisse participer à la création et au maintien d'un environnement propice à la croissance économique et au bien-être collectif, il faut qu'il soit bien géré et que sa situation financière soit solide. Ce sont les plus faibles d'une société qui sont les premiers à souffrir de la mauvaise gestion, des mauvais choix de politiques publiques et des crises dans les finances publiques. La bonne gestion des administrations publiques doit également assurer un développement durable et un partage équitable des ressources et du fardeau fiscal d'une génération de contribuables à l'autre.
Je pense que les auteurs du manifeste Pour un Québec lucide désirent que nos gouvernements mettent en place des politiques publiques qui, tout en tenant compte d'un ensemble de contraintes économiques, tentent de promouvoir à la fois la croissance économique à long terme et un niveau élevé de redistribution de la richesse collective. On peut ne pas être d'accord sur leurs recommandations de politiques publiques, mais il serait incorrect de dire qu'il ne sont pas sensibles au bien-être des citoyens les moins bien nantis.
Je pense que le constat présenté dans le manifeste est juste et j'approuve en principe l'essentiel de leurs recommandations. Ce sont, à mon avis, des mesures qui doivent être prises pour favoriser la croissance de la richesse collective et éviter un effritement des acquis sociaux.
Tel que cela est proposé dans le manifeste, je souhaite ardemment que les fonctionnaires et les universitaires étudient à nouveau l'idée de mettre en place un Régime de revenu minimum garanti qui pourrait remplacer la mosaïque de programmes sociaux que nous avons, qui serait moins coûteux à administrer que ceux-ci et qui favoriserait un meilleur taux de participation à la main-d'oeuvre, quelque chose qui sera doublement apprécié lorsque le vieillissement de la population réduira le nombre de travailleurs.

La face lumineuse du sphinx
Louis Cornellier
Le Devoir du samedi 5 et dimanche 6 novembre 2005
Essais québécois -
«Sphinx aux stratégies fumeuses, éminence grise, Talleyrand aux fidélités politiques ambiguës, fin stratège, Machiavel de salon, deus ex machina de la "politique étrangère" du Québec, taupe fédéraliste, les surnoms et qualificatifs pullulent, les avis divergent et le mystère demeure entier: qui est donc Claude Morin?», se demande l'historien Jean Décary en ouverture d'un essai intitulé Dans l'oeil du Sphinx. Claude Morin et les relations internationales du Québec.
Est-il, comme d'aucuns l'ont prétendu en apprenant qu'il avait entretenu des relations avec la GRC, un traître? A-t-il, oui ou non, avec son approche pragmatique et sa stratégie étapiste, desservi les intérêts du Québec? Pour René Lévesque, la réponse était clairement non. Pour le biographe et journaliste Pierre Godin, la même conclusion s'impose: «[...] l'épisode de la GRC ne jette pas de doute sur les convictions indépendantistes du père de l'étapisme, même si son concept de souveraineté est plutôt éloigné de celui de Jacques Parizeau.» Jean-François Lisée, enfin, confirme ce jugement: «Moi, je suis de l'école qui pense que Claude Morin a proposé les étapes les plus susceptibles de mener à la souveraineté.»
Avant, toutefois, de devenir le père contesté de l'étapisme, Morin, à titre de sous-ministre du ministère des Affaires intergouvernementales, a joué un rôle important dans le développement des relations internationales du Québec. C'est d'ailleurs essentiellement à ce rôle qu'est consacré l'essai de Décary, qui en profite au passage pour réhabiliter délicatement l'oeuvre entier du mandarin de Sainte-Foy.
«Homme simple aux goûts frugaux», écrit le chercheur, Morin a développé son goût du vaste monde à la petite école des bonnes soeurs et son amour de la langue française au collège des frères. Détenteur d'une maîtrise en économie de l'Université Laval et d'une autre, en bien-être social, de l'université Columbia à New York, il se lance dans l'enseignement à la fin des années 1950. Le monde politique, toutefois, le récupérera rapidement.
D'abord rédacteur de discours pour Jean Lesage, il s'impose, par ses compétences, comme son conseiller et accepte finalement le poste de sous-ministre au nouveau ministère des Affaires fédérales-provinciales. Stimulé par une France gaulliste qui, à l'époque, veut entre autres se servir du Québec pour «redonner à la vieille France cette "grandeur" perdue sur les champs de bataille», conscient du «vide juridique [qui] subsiste autour de la conduite des affaires étrangères» au niveau fédéral, le Québec de la Révolution tranquille entend s'ouvrir sur le monde pour raffermir sa personnalité.
Avec ces pionniers que furent les politiciens Lapalme, Lesage, Gérin-Lajoie et Pierre Laporte, de même que les technocrates Arthur Tremblay, Jacques Parizeau et André Patry, Claude Morin appartient à cette équipe de choc qui, au nom de la doctrine Gérin-Lajoie affirmant le prolongement international des compétences provinciales du Québec, lancera le Québec dans le monde par l'établissement de délégations à l'étranger et par des signatures d'ententes internationales.
Indispensable
Brillant stratège et, même s'il n'aime pas trop les mondanités et les voyages, remarquable diplomate, Morin, qui se trouve au coeur de ces opérations, se rendra indispensable au point où Daniel Johnson, Jean-Jacques Bertrand et Robert Bourassa le maintiendront en poste. Devenu sous-ministre du ministère des Affaires intergouvernementales sous Johnson, Morin, pour qui le statut du Québec dans la fédération est directement relié à ses activités internationales, devra entre autres composer avec un gouvernement central qui «revendique la totale gouverne des affaires extérieures». Sous Johnson, il aura le champ libre, mais, ensuite, sous Bertrand et Bourassa, plus conciliants avec Ottawa, il devra y aller plus doucement.
Quand il se joindra finalement au PQ en 1972, Morin se consacrera principalement à donner de la crédibilité à un projet qui fait peur à plusieurs. Ce sera, bien sûr, le sens de la stratégie étapiste qui, en dissociant la prise du pouvoir de l'accession à la souveraineté, vise à rassurer les Québécois et à faciliter, éventuellement, la reconnaissance internationale du Québec souverain. Ce sera aussi le sens de ses interventions en faveur d'une politique de défense réaliste (adhésion au NORAD et à l'OTAN plutôt qu'une approche pacifiste et antimilitariste) et celui de son approche prudente des relations internationales.
Il fallait alors, selon Morin, y aller doucement en matière d'activisme international et se concentrer sur les États-Unis, qu'il s'agissait d'amadouer. Cette stratégie, très contestée dans les rangs du PQ, a néanmoins connu un certain succès selon le politologue Louis Balthazar. «Selon lui, le gouvernement du Québec a réussi à faire comprendre grosso modo aux Américains que, même s'ils n'appuyaient pas d'emblée l'indépendance du Québec, le Québec préférait qu'ils s'abstiennent de s'ingérer dans le débat et qu'advenant l'indépendance, leurs relations demeureraient au beau fixe.» Succès relatif, conclut Balthazar, mais succès tout de même puisque les interventions américaines, en 1980, furent nettement plus rares que celles de 1995. Le résultat référendaire, toutefois, ne fut pas à l'avenant.
Cet ouvrage, qui se clôt sur cet épisode, vise donc surtout à rendre justice au Claude Morin diplomate qui a contribué au développement des relations internationales du Québec. Pour Louis Balthazar, qui en signe la préface, ce prudent hommage est pleinement mérité puisque Morin fut «l'un des principaux architectes de la construction de la modernité québécoise». Si l'on tarde à le reconnaître, ajoute-t-il, c'est tout simplement que «les utopistes qui ont conçu de grands projets irréalisables et non réalisés fascinent bien davantage que les patients constructeurs d'oeuvres permanentes». Décary a choisi d'explorer la face lumineuse du sphinx, laissant à d'autres le défi de montrer qu'elle ne résume pas le personnage.
Collaborateur du Devoir
louiscornellier@parroinfo.net
