Les frasques de Boisclair rongent sa campagne

Denis Lessard
La Presse lundi 07 novembre 2005

Le malaise suscité chez les militants péquistes par les frasques passées d'André Boisclair commence à avoir un impact sur sa course à la succession de Bernard Landry. Ex-ministre de Jacques Parizeau, Daniel Paillé retire à M. Boisclair l'appui qu'il lui avait donné l'été dernier.

Pour M. Paillé, ce n'est pas tant la consommation de cocaïne passée qui soulève des questions que la façon dont l'ancien député de Gouin a géré cette crise. «J'avais rencontré M. Boisclair par hasard cet été et je l'avais assuré de mon appui. Il m'avait même fait reprendre ma carte de membre», expliquait hier à La Presse l'ancien ministre de l'Industrie de Jacques Parizeau.

Dans une lettre vitriolique rendue publique aujourd'hui, M. Paillé apostrophe le candidat Boisclair, avouant être «dubitatif» devant les explications qu'il a fournies sur sa consommation de cocaïne.

M. Boisclair attribuait en septembre à une «erreur de jeunesse» ces excès qui remontent, à «sept ou huit ans», a-t-on confirmé par la suite. «Tu l'as eu bien tardive la jeunesse, car si ta dernière consommation date de sept ou huit ans, il faut donc présumer qu'à ta dernière snif tu avais plus de 30 ans ! Il n'y a pas que Tanguy qui a eu l'adolescence attardée !»

Comme Pauline Marois, Jean Ouimet, Pierre Dubuc et Gilbert Paquette, M. Paillé estime aussi que ces erreurs font courir un risque inutile au Parti québécois. Remporter la course à la direction est une chose, mais les élections en sont une autre. Dans les régions urbaines, il est plausible que «quelques lignes de coke» restent une erreur tolérée, mais «ailleurs au Québec elle deviendront vite des écueils sur lesquels tes députés couleront», affirme M. Paillé. Il exhorte M. Boisclair à faire «preuve de leadership... retire-toi pour la cause».

Le professeur invité aux HEC compte appuyer Pauline Marois, même si cette candidate ne suscite pas son enthousiasme : «quand le choix arrive, il faut oublier le portrait robot du meilleur chef et choisir parmi les neuf qui sont là», explique-t-il.

Un flottement «compréhensible»

Dans le camp Boisclair, la garde rapprochée du candidat continue de soutenir, pointage en main, que le favori dans les sondages l'emportera dès le premier tour de scrutin, quand les votes seront comptés le 15 novembre. Mais ce n'est pas la lecture que fait Gilles Grenier, l'un des supporters influent de M. Boisclair dans la région de Québec qui avoue sentir un déplacement des appuis de M. Boisclair vers Mme Marois à mesure que la controverse augmente sur les erreurs passées du candidat. «Les gens nous parlent beaucoup de ça c'est certain, des militants qui n'étaient pas décidés sont passés pour cette raison chez Mme Marois, c'est évident.»

Pour M. Grenier, pas question de changer de camp, «à moins qu'on apprenne d'autres choses».

«Je serais même prêt à perdre une élection là-dessus; il y en a beaucoup de la génération de M. Boisclair qui ont déjà touché à la cocaïne... est-ce qu'ils n'ont pas droit de participer à la vie publique ? Moi, à mon époque, c'était la marijuana... beaucoup de gens en prenaient, mais il n'y a jamais eu de débat là-dessus avant que Clinton avoue en avoir fumé», rappelle M. Grenier, membre de la direction du PQ de 1996 à 2000. Il est toujours président d'association dans Jean-Lesage.

Mise en demeure

La course à la direction du PQ a encore donné lieu hier à des développements étonnants. Les procureurs d'André Boisclair ont transmis une mise en demeure au candidat Jean Ouimet pour qu'il retire ses déclarations au sujet de travaux effectués à la résidence de M. Boisclair il y a trois ou quatre ans, et qui auraient été faits au noir. Selon les avocats de M. Boisclair, c'est le beau-frère de ce dernier qui s'était occupé des travaux.

M. Ouimet a fait le tour des médias hier pour s'étonner publiquement d'une mise en demeure qui lui demandait notamment de ne pas parler de la mise en demeure ! «Je ne peux retirer mes propos avant de pousser plus loin l'enquête», a-t-il soutenu.

M. Boisclair a quant à lui réagi hier soir en disant qu'il ne tolérerait pas que son nom «soit traîné dans la boue».

Lazure : Boisclair est trop risqué

Un autre ancien ministre péquiste, Denis Lazure, a publiquement demandé hier à M. Boisclair de se retirer de la course parce qu'il constitue un «candidat à risque trop élevé». Sa position est diamétralement opposée à celle de 18 anciens députés et ministres des gouvernements péquistes qui, vendredi dernier ont pris publiquement position en faveur de Boisclair.

«Ces derniers temps, le candidat Boisclair s'est montré très nerveux et arrogant quand les journalistes lui posent des questions, il affiche un comportement qui n'est pas de nature à s'assurer de la confiance des gens», affirme M. Lazure, psychiatre.

Ses conseillers ont beau dire qu'il s'agit de manoeuvres de diversion ourdies par le camp Marois, «il faut se méfier du jugement de ces conseillers, les mêmes qui ont amené Bernard Landry à prendre la plus mauvaise décision pour lui et le parti», poursuit le Dr Lazure.

Une fois en campagne électorale, «nos adversaires» n'hésiteront pas à rendre publique toute information embarrassante, ou plus simplement répandront «les pires racontars» au sujet de M. Boisclair.

«Le combat sera assez ardu sans que nous prêtions flanc nous-mêmes à des attaques néfastes en nous donnant un chef vulnérable et attaquable», de conclure M. Lazure.




Leader demandé

Daniel Paillé, Knowlton
Le Devoir mardi 8 novembre 2005

Libre opinion: La course au leadership du PQ donne lieu à son lot de bizarreries; la campagne de Pauline Marois qui ne levait pas malgré son expérience et sa ténacité, et celle d'André Boisclair où tout était permis sans aucune conséquence. Mais l'imparfait est de mise, ou comme l'écrivait un chroniqueur, la course dure deux semaines de trop pour l'un et se terminera peut-être trop tôt pour l'autre.

«Mon cher André, depuis le début, je t'étais favorable et tu le sais. Tout au long de cette course, j'ai observé ta campagne et celle de Pauline Marois. Il reste moins de dix jours et voilà que comme bien des Québécois, je suis dubitatif. Ton affaire de coke, je m'en balance... mais tes réactions, elles, me font douter.

Ton affaire de coke n'était pas juste un mauvais moment à traverser; c'était une importante et prévisible crise à gérer. Tu n'as pas su le faire alors que gérer le Québec, province ou pays, comme tu y aspires, exige bien davantage. Et ce ne sont pas les quelques cas théoriques ou historiques de Harvard qui forment un leader.

Quant au fond de ta réponse à cette crise, affirmer que ce n'était qu'une erreur de jeunesse... Tu l'as eue bien tardive la jeunesse, car si ta dernière consommation date de sept ou huit ans, il faut donc présumer qu'à ta dernière «snif», tu avais plus de 30 ans ! Il n'y a pas que Tanguy qui a eu l'adolescence attardée.

Certains te défendent en affirmant que, criminellement, tu n'as jamais possédé puisque tu n'as jamais acheté. Drôle de sens des valeurs. Il me semble qu'en touchant, en respirant et en étant sous influence, il y a matière à possession. Du moins quand un leader possède tous ses moyens, personne ne se demande où il a acheté cela.

Car, ce qui est lourd de conséquences, ce ne sont pas les gestes que tu as commis, c'est que tu les aies commis pendant que tu étais ministre. Ce n'est pas parce que ton boss d'alors a manqué de lucidité qu'il faut minimiser l'affaire. Un ministre doit exercer du leadership et être au-dessus de tout soupçon. Son entourage aussi. Or, ce n'est pas ce que tu as démontré. Ton entourage d'alors (bien que certains aient payé leurs dettes à la société) non plus. Une chance que tu n'étais pas sous le leadership de Parizeau, car tu serais vite redevenu le simple député de Gouin !

C'est comme si l'histoire se répétait d'une certaine façon, car force est de constater, à la lumière des déclarations récentes de tes hommes de maintenant, que l'entourage d'aujourd'hui n'est pas celui d'un leader. Et ton attitude publique alors. Après avoir minimisé le tout, devant l'insistance d'une presse que tu connais pourtant fort bien, tu es devenu «soupe au lait». T'en prendre aux journalistes sur ton «intégrité physique» était nettement exagéré. Refuser l'entrevue de fond au Devoir ou sortir de TVA sans politesse, voilà les gestes de colère d'un enfant gâté, pas l'attitude d'un leader.

Refuser de t'adresser en anglais aux journalistes anglophones ne relève pas non plus du futur chef d'État. Après une année à Boston, tu aurais pu épater la galerie avec un accent à la JFK, enfin je présume.

Et la vision stratégique maintenant. Un leader ne vise pas seulement une région ou une génération; un leader doit voir large et être sensible à l'ensemble. S'il est possible qu'en ville quelques lignes de coke ne soient que mal vues, ailleurs au Québec, elles deviendront vite des écueils sur lesquels tes députés couleront. Le peuple le dira bien assez vite ou peut-être trop tard, lors d'une campagne électorale, ou pire lors d'une dernière chance référendaire. Un leader doit penser à ces effets. Et la profondeur dans les dossiers. Un leader doit aussi savoir faire de simples règles de trois, surtout en matière de crédits en éducation, sinon il risque de passer pour un enfant d'école. Un leader devrait savoir combien coûtent ses propres propositions et ne pas avoir l'air étonné qu'on lui demande d'être précis.

La stratégie du pire sera toujours la pire des stratégies. Pourtant, certains stratèges évoquent déjà le scénario du pire; on y va avec Boisclair, puis après, s'il se fait battre, on le tassera, et Duceppe sera alors disponible.

Qu'en penses-tu ? Tu dois l'envisager, car, au PQ, un chef sait que la cause est plus importante que lui et que sa propre carrière. Fais preuve de leadership, retire-toi pour la cause.

En ce qui me concerne, mon vote ira à un leader qui connaît ses dossiers, qui sait faire preuve de discernement, voir loin et large et qui me pardonnera peut-être d'avoir temporairement faussé compagnie à notre amitié. Et en plus, reconnaissons l'arbre à ses fruits.




Pour un Québec cohérent

Camil Bouchard, porte-parole de l'opposition officielle en matière de Solidarité sociale.
La Presse, 26 octobre 2005

Les solutions envisagées dans le manifeste Pour un Québec lucide risquent de creuser un fossé profond entre les citoyens à revenus précaires et les nantis.

Les auteurs du manifeste Pour un Québec lucide posent comme prémisse qu'il nous faut repenser le Québec et sa gouvernance à partir de trois fondements: lucidité, responsabilité et liberté. En publiant leur manifeste, les auteurs ont certainement fait preuve de responsabilité et de liberté. Leur " lucidité " autoproclamée prend cependant des airs d'opacité qui laissent songeur.

Les solutions envisagées par le groupe pour éviter que les huissiers ne se présentent à la porte du Québec (l'image est frappante mais charriante) risquent de creuser un fossé profond entre les citoyens à revenus précaires et les mieux nantis. Ce sont encore chez les plus vulnérables que les huissiers risquent de se présenter. Les auteurs du manifeste creusent ce fossé entre riches et pauvres à coups de pelle mécanique pour ensuite, environnement social-démocrate aidant et culpabilisant, le remblayer à coup de cuillère à dessert! (...)

Le diagnostic fait par les auteurs du manifeste laisse songeur à bien des titres. Le vieillissement y est notamment associé à la perte de créativité et de dynamisme sans que pour cela le groupe ne s'interroge sur le bien-fondé de cette prémisse fondamentale. Sur quelles données les auteurs se basent-ils? Jamais nous n'aurons eu au Québec un troisième âge aussi éduqué et aussi alerte. En l'ignorant, les auteurs du manifeste non seulement exacerbent la crise appréhendée, mais ils se privent aussi d'un élément de solution au problème de baisse de productivité qu'ils prévoient. Les politiques d'allongement de la vie active ne font donc pas partie de leur arsenal de solutions non plus que le soutien à la contribution de ces mêmes personnes aux institutions civiles et économiques des collectivités.

Dette et PIB

L'importance relative de la dette en rapport au PIB ne fait pas non plus partie de la réflexion. Seul le poids relativement aux dépenses compte (que les auteurs situent fautivement à 16 % alors qu'elle est de 12 %...). Étrange analyse pour un groupe qui compterait sur la contribution de spécialistes renommés. La dette du Québec se compare à une hypothèque. Une hypothèque de 75 000 $ sur une propriété de 125 000 $ est autrement plus importante que la même hypothèque garantie par un bien de 500 000 $. Depuis plusieurs années, la dette du Québec ne cesse de diminuer relativement à ses actifs (PIB).

Avant de fixer la réduction de la " maudite dette " comme objectif premier, ne vaudrait-il pas mieux se demander d'abord qu'elle devrait-être la priorité: investir massivement dans les stratégies de développement économique et social ou rembourser la dette? Enrichir nos actifs, que l'on léguera aux générations futures ou affaiblir nos actifs, étrangler à zéro le présent pour demander ensuite aux générations futures de se débrouiller? Dans ce domaine comme dans bien d'autres, il faut se méfier des idées toutes faites et à la mode. À tout problème complexe existe une solution simple, généralement mauvaise! La recherche de l'équité transcende les modes ou les automatismes évoqués par l'attrait du zéro!

Le auteurs proposent un dégel des droits de scolarité assorti de mesures de remboursement proportionnel au revenu de travail. Et que font-ils de tous ces jeunes laissés en plan au seuil même de l'université faute de soutien financier adéquat pour entreprendre leurs études? Ils préconisent aussi une hausse " substantielle et progressive " des tarifs d'électricité dont les plus démunis seraient protégés par des mesures d'atténuation. Lesquelles? L'histoire récente nous montre que ces mesures annoncées ne sont tout simplement jamais au rendez-vous!

Revenu minimum garanti

Autre exemple: le Revenu minimum garanti (RMG), avancé, il faut le souligner, bien timidement. Mais, à quelle hauteur? Si l'approche envisagée prend sa source auprès de Charles Sirois, vaudrait mieux alors franchement parler d'un Revenu de mendicité garanti. Cette proposition d'un RMG prend d'ailleurs des allures de compromis dans un groupe où au moins un de ses illustres membres s'est férocement opposé à une telle approche il y a de cela à peine quatre ou cinq ans (relire les discours de Pierre Fortin à ce sujet).

Changement d'orientation profond et bien appuyé, volonté primaire de simplification administrative ou autre concession à la mode sans égards pour les impacts réels? Des simulations récentes laissent penser que l'adoption d'un RMG qui couvrirait décemment les besoins essentiels et qui serait à somme zéro dans les finances publiques demanderait un taux d'imposition marginal moyen de 53 %. Est-ce compatible et cohérent avec les vues de réformateurs qui se méfient comme la peste de l'huissier à nos portes?

Alors que les auteurs du manifeste se montrent responsables et libres dans leurs opinions, leur lucidité prend malheureusement des airs d'opacité par manque de rigueur et de cohérence. Conservatisme, innovation et équité sont difficiles à conjuguer. Lucien Bouchard devrait le savoir. (...)




Les conditions gagnantes pour un changement en profondeur
Une vision partagée, une gouvernance appropriée et un État stratège

Louis Côté, Professeur et directeur de l'Observatoire d'administration publique de l'ENAP
Benoît Lévesque, Professeur associé à l'UQAM et à l'ENAP
Guy Morneau, Administrateur invité à l'ENAP, ancien PDG de la Régie des rentes du Québec. Les auteurs sont membres d'une équipe de recherche sur l'évolution de la gouvernance au Québec.
Le Devoir mardi 8 novembre 2005

Les deux manifestes idéologiquement opposés qui ont été lancés récemment, misant l'un sur la lucidité et l'autre sur la solidarité, révèlent une volonté de changement plus largement partagée qu'on ne le suppose spontanément.

Malheureusement, comme le montrait bien Jean-Robert Sansfaçon dans son éditorial du 4 novembre dernier, ces deux manifestes ne proposent pas de démarche permettant d'avancer. Si l'on veut faire un saut qualitatif comparable à celui réalisé avec la Révolution tranquille, il faut reconnaître que ce qui est en cause, c'est non seulement une situation d'urgence mais plus profondément la représentation du rapport de l'État à la société, la question de la gouvernance, la place de la participation citoyenne. Il serait très difficile et surtout très coûteux de réaliser des changements en profondeur sans chercher à obtenir l'accord des citoyens et des forces vives de la société, sans une vision largement partagée. Par conséquent, les solutions devraient s'imposer dans le cadre d'une démarche ouverte aux compromis et inspirée par un leadership affirmé de la part des dirigeants politiques et des leaders des diverses composantes de la société civile.

Le rapport État/société qui s'est imposé dans les années 1960 est remis en question selon deux directions parfois confondues : celle de l'État minimal donnant l'exclusivité de la régulation au marché et celle de l'État stratège faisant appel non seulement à l'État et au marché mais également à la société civile. Il serait sans doute possible de dégager un accord pour le recentrage de l'État sur sa mission principale, celle d'être stratège avant d'être opérateur, un État capable de développer une vision à long terme qui permet de relier les finances publiques et la couverture des services, la démographie, l'immigration, la conciliation travail/famille, le renouvellement de la main-d'oeuvre, le développement durable, le développement régional et plus largement l'arrimage du développement social et du développement économique. Étant donné le grand attachement des Québécois à leur État et la culture politique qui est la leur, il serait nécessaire de coupler les efforts vers un État stratège avec une plus grande participation citoyenne. Cela représente évidemment un enjeu de taille qu'aucun parti politique n'a su relever durablement dans l'histoire récente du Québec.

L'accord sur les grandes réformes à réaliser est devenu plus difficile à construire qu'à l'époque de la Révolution tranquille en raison de l'interdépendance des défis rencontrés et de la complexité croissante des sociétés contemporaines. Ces dernières font face à deux situations apparemment paradoxales : d'une part, l'atomisation qui fait sombrer certaines d'entre elles dans «le chacun pour soi», alimentant ainsi l'anomie, la malfaisance, la criminalité et la violence; d'autre part, la fragmentation sociale en une pluralité d'appartenances identitaires élargissant le spectre du corporatisme au point où les sociétés deviennent, selon certains, ingouvernables. Si la société québécoise n'échappe pas à ces tendances, elle nous semble néanmoins relativement en santé au plan de la participation citoyenne et douée d'un capital social constituant un avantage comparatif trop sous-estimé, y compris pour le développement économique. Sans doute, les syndicats sont-ils ici et toute proportion gardée plus importants en nombre et plus demandeurs de participation que n'importe où ailleurs en Amérique du Nord. Mais ils sont aussi plus ouverts au partenariat et plus engagés dans le développement économique comme en témoignent les deux fonds de travailleurs. De même, les entreprises d'économie sociale, pas moins de 7000 entreprises coopératives et associations productrices de biens et de services, oeuvrent au développement économique et social, tout en mobilisant plus de 100 000 bénévoles uniquement pour assurer leur direction. À cela, il faut ajouter plus de 4000 groupes d'action communautaire dite autonome (défense des droits sociaux et services aux plus démunis), qui reposent en grande partie sur le bénévolat, le soutien de l'État et la philanthropie. Enfin, avec 46 000 organisations sans but lucratif, le Québec regroupe 29 % des associations du Canada, soit un pourcentage plus important que celui de sa population.

Une société civile dynamique et bien organisée exige de nouvelles façons de gouverner et de définir l'intérêt général, en un mot une gouvernance appropriée. Sous cet angle, on ne peut plus s'en remettre à la seule «démocratie à temps partiel», à la seule participation à des élections, sans que les citoyens aient leur mot à dire entre temps. Le e-government et les sondages peuvent être mobilisés pour recueillir les points de vue des citoyens pris un à un, mais le débat, le dialogue social et la concertation sont indispensables pour des décisions éclairées et des engagements conséquents. Il va de soi que l'existence d'une pluralité d'organisations relevant de la société civile rend plus difficile la prise de décision et l'élaboration de compromis acceptables à l'ensemble des parties prenantes. Dans plusieurs pays, notamment dans les petites sociétés comme les pays scandinaves et l'Irlande, des efforts ont été tentés pour redéfinir le «contrat social» et pour instaurer une «démocratie à temps plein», une démocratie faisant place à la participation des citoyens et des organisations relevant de la société civile. Parce que les intérêts collectifs (les intérêts des membres associés) sont parfois inconciliables entre eux et qu'ils ne correspondent pas spontanément à l'intérêt général, la mobilisation des citoyens suppose des espaces qui permettent l'élaboration de compromis favorisant leur contribution à la vie publique. Il existe manifestement des dimensions conflictuelles dans un tel processus, d'où la nécessaire intervention de l'État qui est le seul à avoir la légitimité pour dégager un intérêt général qui n'est pas donné une fois pour toutes.

Plus près de nous, le sommet économique sur l'économie et l'emploi de 1996 a révélé une façon de faire nouvelle en invitant non seulement le patronat, les syndicats et les coopératives mais aussi les groupes communautaires et de femmes. Certains y ont vu les premiers pas d'une gouvernance à la fois respectueuse de la tradition québécoise de concertation et plus conforme à la diversité des intérêts en cause et plus à même de relever les nouveaux défis. En dépit de certaines erreurs et d'insatisfactions, l'accord sur la lutte contre le déficit s'est fait en prenant en considération l'emploi, la fiscalité, le développement régional et local, l'économie sociale, la lutte contre la pauvreté et la famille. De telles opérations montrent que l'expertise de la science économique pour une allocation optimale des ressources doit être complétée par celle de la science politique, plus soucieuse de la spécificité des sociétés, plus attentive à la diversité des intérêts particuliers et des intérêts collectifs et plus consciente du laborieux processus politique qui, en démocratie, peut conduire à une allocation équitable des ressources. Enfin, si le Québec est nettement en retard dans la modernisation de l'État et de sa gouvernance, il faut en conclure qu'on ne saurait se contenter de reprendre ce qui s'est fait ailleurs, sans en faire l'évaluation. Qui plus est, si nous voulons faire mieux que les autres tant au plan du développement économique que du développement social, nous sommes contraints à innover plutôt qu'à simplement imiter.




VLB Éditeur, L'Hexagone, Typo et Quebecor
- Les illusions perdues

Alain Deneault, Ex-auteur de VLB Éditeur
Le Devoir mardi 8 novembre 2005

Aucun des arguments de la direction du Groupe Ville-Marie Littérature, publics ou internes, n'est propice à réfléchir les préjudices encourus par l'acquisition des maisons d'édition L'Hexagone, VLB et Typo par Quebecor. D'abord pour des raisons de statut et de principes, ensuite pour des motifs strictement financiers, enfin pour des questions d'intérêts.

Réduit au marché

Toute production radiophonique, télévisuelle ou éditoriale qui affiche le logo de Quebecor Media confère un statut strictement commercial au produit offert et neutralise la portée subversive ou la gravité critique qu'un tel «produit» pourrait colporter. Nous le vivons en Italie, où Silvio Berlusconi jouit de voir paraître dans les prestigieuses maisons d'édition qu'il contrôle des pamphlets qui le condamnent. Le fait de produire lui-même l'ouvrage lui permet d'en «montrer» son peu de poids et de le réduire ostensiblement au marché de la catharsis politique.

Le Journal de Montréal de Quebecor Media nous a habitués aux mêmes pratiques, en accueillant par exemple dans ses pages la comptable Brigitte Alepin pour qu'elle y avance des propositions graves telles que «le Québec est un paradis fiscal», tout en les noyant dans une panoplie de dossiers et d'articles complaisants.

Ainsi, lorsqu'elles auront reçu la bénédiction de la famille Péladeau, les envolées d'un Marcel Moreau perdront tout leur sens, lui qui décrit dans son essai littéraire Le Chant des paroxysmes, publié cette saison chez VLB, la destruction au lance-flammes d'une salle de rédaction d'un journal populiste par un employé qui n'en peut plus de la bêtise affligeante pour la culture et la vie elles-mêmes de la publication démagogique -- dans un geste qui, d'ailleurs, donne à imaginer le sursaut de fierté qui a pu, à l'origine, motiver la création de maisons d'éditions de la part de Victor-Lévy Beaulieu ou des six de l'Hexagone.

C'est désormais chez de petits éditeurs qui, à l'évidence, ne travaillent pas dans l'optique de profits à court terme, qu'on retrouvera la valeur corrosive et la pointe d'espoir subversif de tels traités.

Pression boursière

Le second motif d'inquiétude est d'ordre boursier et suppose de dépoussiérer un certain nombre de fétiches critiques. Le capital ne connaît pas de nation et ne saurait ici être de quelque façon «souverainiste».

Les actionnaires qui considéreront les colonnes comptables de Quebecor à Toronto, les agences de notation, les banquiers et les experts qui exercent une pression fondamentale sur l'exercice des sociétés, feront peu de cas des vagues sympathies «indépendantistes» que l'on prête à la famille Péladeau, et exigeront comme partout, avec l'intransigeance que l'on sait, l'impossible : un rendement de l'ordre de 15 % dans un paysage économique dont la croissance n'est que de 2 ou 3 %. Cela exige des ponctions extrêmes et souvent des manipulations comptables qui se généralisent comme un cancer -- si on se fie aux nombreux témoignages qui sont allés en ce sens dans les scandales Enron et Parmalat.

Et il est évident que la direction de Ville-Marie Littérature ne pourra pas convaincre aussi facilement «les possédés» de la Bourse, dont parle Dominique Nora, des bien-fondés de notre littérature, qu'elle ne l'a fait avec Pierre Lespérance, quand son entreprise Sogides s'est portée acquéreur de VLB et de L'Hexagone (si encore on fait fi de la mise en marché, à partir de cette période, de très nombreux titres manifestement motivés par des desseins strictement commerciaux).

«Pour une multinationale, le livre est une marchandise comme une autre. Ceci signifie que non seulement des manuscrits sont refusés parce qu'ils ne sont pas jugés assez rentables, quelle qu'en soit la qualité, mais aussi que toutes les techniques marketing habituelles dans l'industrie sont appliquées par ces éditeurs, ce qui modifie non seulement la façon de vendre un livre, mais encore la façon de le faire.» (Janine Brémond, co-auteure de L'édition sous influence, Éditions Liris, 2002, en entrevue à Acrimed.org).

Les conséquences pour les maisons françaises qui ont traversé un type analogue d'acquisitions sont graves, et l'honnêteté intellectuelle commande de ne les citer que pour en faire état. Leurs dirigeants arrivent désormais de HEC et les petites collections disparaissent ou subissent une pression sans précédent.

Par exemple, Éric Hazan, qui a continué de diriger l'entreprise familiale Les Éditions Hazan après l'avoir cédée à Hachette, a dû quitter les lieux pour éviter de contresigner lui-même des compromis éditoriaux jugés inacceptables. Il a ensuite créé une maison d'édition de petite taille, La Fabrique -- une des plus stimulantes actuellement dans le paysage éditorial français -- et s'est empressé d'y faire publier les deux ouvrages d'André Schiffrin, directeur pendant 20 ans de Pantheon Books aux États-Unis, qui analysent «une édition sans éditeur» désormais à l'oeuvre tant aux États-Unis qu'en Europe (L'Édition sans éditeur et Le Contrôle de la parole).

Monopole qui neutralise

Le troisième écueil porte bien entendu sur le contrôle lui-même. En faisant main basse sur les petites maisons littéraires, sur les autres maisons généralistes que possédait Sogides, en plus de celles qu'il détient déjà, et en comptant dans son jeu de cartes des librairies, des quotidiens, des hebdomadaires ainsi que des médias électroniques, Quebecor est en état d'opérer un monopole vertical. C'est-à-dire qu'il ne nécessite plus de partenaires pour faire valoir la littérature -- la littérature qu'il prise -- dans les métiers les plus divers de la production du livre qu'a décrits Pierre Bourdieu. Il peut dès lors neutraliser des titres qui le gênent vraiment, tant du point de vue de l'édition, de la promotion, de la distribution que du commentaire journalistique.

Qu'en serait-il aujourd'hui chez VLB de l'essai de Jacques Keable, L'Information sous influence, publié là en 1985, où déjà l'auteur décortiquait la stratégie selon laquelle Quebecor génère activement un marché de la démagogie, justement au détriment des gens de culture qui voyaient en la souveraineté de leurs semblables un motif de lutte philosophique bien supérieur au seul étendard identitaire qu'il est devenu ? Cet ouvrage de Keable risquerait d'y connaître le sort de nombre de livres qui, aux États-Unis, sont tués par les grands groupes éditoriaux eux-mêmes.

Dans un témoignage publié dans Black List (Les arènes, 2002), le journaliste Gerard Colby a désigné ces pratiques courantes par l'expression de «sabord'édition» (le privishing). Lorsqu'un groupe est puissant, «la procédure est d'une simplicité enfantine : il suffit de saper les fondements de ce qui permet traditionnellement à un livre de réussir sa sortie : sa mise en place et la promotion dont il bénéficie. Chez les sabord'éditeurs, on réduit le tirage initial -- et les réimpressions -- à la portion congrue, afin que le livre ne puisse en aucun cas être rentable. On restreint au maximum le budget publicitaire. On refuse de prendre en charge les déplacements promotionnels de l'auteur... Bref, on s'efforce de tuer dans l'oeuf un livre qui, pour une raison ou pour une autre, est devenu gênant ou risque de le devenir.» (p. 84)

Aucune garantie n'a été juridiquement donnée par Quebecor sur l'indépendance éditoriale du groupe Ville-Marie Littérature, et c'est pourquoi sa direction en est maintenant réduite à quelques assertions naïves -- la plus amusante étant : «il ne faut pas crier au loup» -- pour se faire rassurante.

On se serait attendu à ce qu'éditeurs, auteurs et artisans de cette maison d'édition, qui se targue de cultiver l'histoire «de gauche» de ce pays, fassent preuve d'un sursaut de courage à l'image des impulsions qui ont présidé à sa fondation, s'insurgent contre ce sort qu'on leur fait, et revendiquent, en paralysant toutes ses activités, son rachat, au moins provisoire, par des instances en principe susceptibles de plus de bienveillance, par exemple le Fonds de solidarité de la FTQ, Desjardins ou la Caisse de dépôt et de placement. Tout cela en écorchant le nom de Quebecor Media comme il se doit, donc en touchant en son coeur cette entreprise dont la faiblesse est toute concentrée dans ce qui fait aujourd'hui sa principale force : son image...

Mais il n'en est rien. On retiendra donc l'expression du dernier ouvrage souverain à être paru chez VLB, celui de Marcel Moreau encore : «La lucidité, dont on a voulu faire une question d'honneur devant la vérité, se réduit à un avachissement.»




République secouée

Serge Truffaut
Le Devoir mardi 8 novembre 2005

D'abord circonscrite dans les cités de la région parisienne, la flambée de violences a atteint plusieurs villes de provinces. Jusqu'à présent plus de 1000 véhicules ont été brûlés, près de 400 personnes blessées. Vu l'ampleur des événements qui opposent avant tout des jeunes Maghrébins aux forces de l'ordre, le premier ministre Villepin a décidé d'accorder aux préfets le droit d'imposer le couvre-feu. Une première depuis des lunes qui en dit long sur la gravité de la situation.

Cet arrêt pris afin de rétablir l'ordre à court terme s'est accompagné d'une série de dispositions illustrant les ratés du modèle républicain en matière d'intégration des immigrants. Ou plus exactement sur le cynisme des élites du pays. Il y a dix ans, faut-il le rappeler, Jacques Chirac s'était fait élire en promettant un combat de tous les instants contre la fracture sociale. Il y a trois ans, il avait axé sa campagne sur la sécurité. Et voilà qu'aujourd'hui le président donne sa caution à un train de mesures qui auraient dû être appliquées au cours des dix dernières années.

Antérieurement à l'immigration maghrébine, le modèle républicain d'intégration reposait, grosso modo il va sans dire, sur trois socles : l'école pour les raisons que l'on devine, la syndicalisation parce qu'elle favorisait la socialisation politique des individus et le service militaire qui, heureusement, fut aboli, mais n'a jamais été remplacé par ce service civique envisagé alors que Lionel Jospin était à Matignon. Bref, ces vecteurs d'intégration sont l'ombre de ce qu'ils étaient.

Lorsqu'on combine cela au taux de chômage élevé et surtout aux ravages sociaux qu'il provoque, on obtient un cocktail fait de colère, de violence, de révolte qui, on le constate ces jours-ci, s'exprime avec d'autant plus de force qu'entre ces jeunes et le pouvoir il n'y a pratiquement pas de relais. Plus exactement, il y a absence de représentation politique.

Dans une étude consacrée au sujet, Olivier Masclet de l'Université de Metz note que «les enfants d'immigrés d'aujourd'hui sont largement absents des usines, des syndicats et des partis ouvriers qui se trouvent, depuis un siècle, au coeur de la socialisation politique des milieux populaires». De là s'ensuit, en partie, un déficit politique dont les émeutes actuelles sont la traduction.

Hier, Villepin a indiqué que la contribution publique au monde associatif serait... restaurée ! Qu'on y songe, un jour on entonne l'air de la fracture sociale et, le lendemain, voilà qu'on sabre les budgets de ce réseau qui fait aujourd'hui ce que le syndicalisme faisait hier, soit l'apprentissage du politique. Soit surtout l'implication dans le débat politique. Le modèle républicain a besoin d'un bon coup de fouet.




Quiet Revolution icon adds support to 'lucid' report

Don Macpherson
The Gazette (Montreal) November 8, 2005 Tuesday

Add the grave voice of the most widely respected living veteran of Quebec's first Quiet Revolution in the 1960s to the chorus calling for a second one to meet a looming demographic and financial crisis.

You might not recall the name Claude Castonguay, since he was last active in politics in 1992, when he completed two years in the relative obscurity of the Senate, and last held elected office in 1973.

But you carry part of his legacy all the time, in the form of your medicare card. The mechanical device used to take imprints of the card was nicknamed "la castonguette," for the stone-faced health minister who presided over the introduction of medicare in Quebec in 1970.

And if your pay stub shows deductions to the Quebec pension plan, then that's part of his legacy, too. Before he ran for Robert Bourassa's Liberals in 1970, Castonguay and Jacques Parizeau negotiated the agreement with Ottawa resulting in the creation of a Quebec pension plan separate from the Canadian one. They also created the Caisse de depot to manage and invest your public pension contributions.

That wasn't the last time Castonguay was associated with Parizeau. In his newly published memoirs, Castonguay reveals that, though not a sovereignist, he accepted Parizeau's request to be chairperson of a non-partisan committee to oversee the negotiation of a partnership between a sovereign Quebec and Canada if the Yes side won the 1995 referendum. Castonguay reasoned that if there were going to be negotiations, they should be conducted correctly.

He also writes in Memoires d'un revolutionnaire tranquille (Memoirs of a Quiet Revolutionary), published by Les Editions du Boreal, that he and Claude Ryan had an agreement that if Ryan hadn't run for the leadership of the Quebec Liberal Party in 1978 (which Ryan won), Castonguay would have.

And he writes that he declined a request from former premier Bourassa to be chairperson of what became the Belanger-Campeau commission on Quebec's constitutional future following the collapse of the Meech Lake accord in 1990.

Castonguay told reporters yesterday that he finished writing his memoirs in July. But the final chapter's expression of alarm at the aging of Quebec's work force, steadily rising health costs, growing public debt and high taxes anticipates the similar analysis contained in the "lucid" manifesto published last month by former premier Lucien Bouchard and others.

(Speaking of Bouchard, the Great Quitter let it be known last week through a spokesperson that he does not intend to participate further in the debate on the manifesto that he was promoting only two weeks earlier.)

And as is the "lucid" manifesto, Castonguay is especially critical of the left in general and organized labour in particular.

He complains that "a certain left refuses to accept the reality of the present world and feeds the population's prejudices against the private sector," while "those who advocate change are accused of being bad Quebecers or belonging to an elite cut off from the people."

Castonguay, now 76, writes of having been "physically jostled and deprived of my right to speak by union members obviously acting with the blessing of their leaders. It's unfortunate, but we are witnessing an unhealthy polarization and a denial of democracy."

He writes that the labour left refuses to respect the Charest government's legitimate mandate or recognize that it inherited "a situation requiring serious corrective measures." And he says "the current political climate reminds me of that of the 1950s, when reactionary forces blocked change while the outside world was progressing in great steps."

But, Castonguay told reporters yesterday, despite outward appearances at that time, Quebecers were ready for change, which made the first Quiet Revolution possible when Jean Lesage led a new Liberal government to power in 1960.

And while he believes that Quebecers have lagged behind others in accepting the need to change the way they govern themselves because of a lingering "distrust" of business, they are "more ready for change than you might think."

dmacpher@thegazette.canwest.com




Le Québec trouvera sa voie dans la prospérité, dit Claude Castonguay

Lia Lévesque
Le Devoir mardi 8 novembre 2005

Le père de l'assurance maladie lance ses Mémoires d'un révolutionnaire tranquille

Déclin démographique, lourdeur de la dette publique, mondialisation et concurrence des pays asiatiques.... Ce n'est pas le Manifeste pour un Québec lucide qui est cette fois cité, mais les nouveaux Mémoires d'un révolutionnaire tranquille de Claude Castonguay.

Ce vieux routier de la politique et de l'administration publique, qui a été actif au temps des grandes réformes sociales du Québec des années 1960 et 1970, trace un portrait du Québec d'aujourd'hui qui ressemble beaucoup au Manifeste pour un Québec lucide, publié récemment par Lucien Bouchard et d'autres personnalités des mondes politique, universitaire et des médias.

Dans ses mémoires publiés chez Boréal, M. Castonguay aborde aussi des thèmes plus politiques, comme la place du Québec au sein du Canada.

Selon lui, la souveraineté du Québec n'est pas la solution, pas plus d'ailleurs que la réforme du fédéralisme telle qu'on l'a envisagée jusqu'ici.

«Quand admettrons-nous de part et d'autre que le renouvellement du fédéralisme tel qu'envisagé par le passé et que la souveraineté sont, en réalité, deux voies sans issue?» écrit-il dans son ouvrage.

Au cours d'une rencontre avec la presse pour le lancement de son livre, hier, M. Castonguay a dit prôner «une troisième voie». Ce troisième chemin ne réformerait pas les structures, mais ferait tout simplement que le Québec chercherait à devenir plus prospère à l'intérieur du cadre canadien.

M. Castonguay croit que «la véritable indépendance» réside dans le fait d'être plus prospère, de générer davantage d'emplois, «des politiques sociales ajustées au contexte». Le Québec, dit-il, serait ainsi «mieux placé» face au Canada s'il affichait cette «force additionnelle».

«Le contexte politique ne fait pas foi de tout», soutient-il.

«Nous avons fait énormément de chemin à l'intérieur du Canada», dit-il, ajoutant que plusieurs réformes ont été obtenues par des ententes fédérales-provinciales à l'intérieur du cadre actuel.

Il propose tout de même une réforme politique: un Sénat élu.

«À l'instar de l'Alberta, nous devrions réclamer que les sénateurs soient élus et non plus nommés, ce qui aurait pour effet de donner une nouvelle légitimité au Sénat.» Cela aurait l'avantage de «contrebalancer la diminution graduelle du poids du Québec à la Chambre des communes, laquelle découle de notre trop faible croissance démographique», écrit-il.

Santé

Lui qu'on a baptisé le père de l'assurance maladie croit que l'avenir du système de santé est dans la coexistence des systèmes public et privé.

Il précise que cette présence privée dans la santé et les services sociaux devra être «encadrée, équilibrée, pour que ça ne dégénère pas en système à deux vitesses».

Le système de santé actuel «a répondu très bien aux besoins de la population» à une certaine époque, mais n'a pas assez évolué à son goût.

«La concurrence, c'est encore ce qu'il y a de mieux pour aiguillonner les gens.»

Son ouvrage s'attarde au Québec en ébullition des années 1960 et 1970: essor du mouvement souverainiste, réforme constitutionnelle, mise sur pied du Régime des rentes du Québec, assurance maladie, crise d'octobre et les différents gouvernements qui se sont succédé.




Seeking wisdom in the group of 12's manifesto

Jeffrey Simpson
The Globe and Mail Tuesday, November 8, 2005

Montreal PQ - The dozen Quebeckers who wanted to spark a debate about the future of their province have succeeded, if not beyond their wildest dreams, then at least as much as could be hoped.

For a change, the debate doesn't swirl around federalism or secession, the frequent grist for political mills in Quebec. The debate they launched revolves around economic and social directions for Quebec, and touches such crucial questions as the low birth rate, the large provincial debt, investments in education and hydro rates.

Former Parti Québécois premier Lucien Bouchard was the committee's headliner, but the dozen included other secessionists and prominent federalists, including businessman Guy Saint-Pierre, La Presse editorialist André Pratte and former University of Montreal president Robert Lacroix. They acted by publishing a kind of manifesto because they thought most Quebeckers "continue to deny or ignore the danger, and this is a cause for deep concern."

Having published their bipartisan manifesto, they sat back and waited for the reaction. It wasn't long coming. The group's website (pourunquebeclucide.com) has had about 80,000 hits. Speaking invitations have poured in.

Predictably, their manifesto has been attacked, and almost exclusively from the left. A group of union leaders and social activists, having initially refused to accept the problems identified by the bipartisan dozen, issued its own manifesto charging that the Bouchard committee had misdiagnosed solutions. PQ leadership candidates also distanced themselves from the recommendations, in part because the party's core includes student leaders, unionists and social activists.

Unfortunately for the Bouchard committee, Premier Jean Charest grabbed its report and claimed that it sanctioned his government's policies. Apart from the fact that he's wrong, his embrace made the committee's report seem partisan -- which, given the committee's composition, it clearly is not.

The committee's core concern is demography. Quebec's birth rate is so low and immigration so limited that the province's population of 7.5 million is expected to barely grow in the next 50 years. That will make Quebeckers an even smaller group within an English- and Spanish-speaking North America.

More troubling, the population will have aged, so the ratio of those working to those out of the work force will have changed for the worse. The same thing will be happening in the rest of Canada but not as noticeably. Health costs will rise, as will other government costs, a bad sign for an economy growing more slowly than neighbouring provinces and U.S. states.

The first solution, the committee suggests, is to slice the province's debt (which now costs $7-billion a year). One way is to increase electricity rates, now low in comparison to other jurisdictions, and use the money raised to cut the debt.

The second solution is to make Quebeckers and their economy more productive, a variation on the entire country's most urgent priority. That means, among other measures, to make massive investments in education and training.

That change would require lifting the freeze on university tuition fees (a freeze imposed by the Charest government), which are now the lowest in Canada, accompanied by an income-contingent loan-repayment scheme to students who needed to borrow. The committee says the freeze has cost Quebec universities $3-billion over the past decade, but lifting it would spark fierce opposition from students who have mobilized in the past against paying more.

The committee, composed exclusively of francophones, insists that many more Quebeckers must learn English as well as other languages. "It is no longer acceptable," says the committee, "that most young French-speaking Quebeckers graduating from our educational institutions cannot speak or write correct English."

Quebec also needs to change tax policy, says the committee. Quebec's income taxes are too high. Revenue lost from lowering them should be made up by raising consumption taxes. Quebec also needs to encourage private-public partnerships to build infrastructure and generally "open the door to the private sector."

It's not hard to see why public-sector unions, students and social activists have denounced the committee's report. It's also not hard to understand, however, why the report has generated such interest.

Quebec is a great province and an immensely creative society. But its economic performance, although adequate, isn't as good as it should be nor as good as it must be, given looming demographic challenges. There's a lot of wisdom in what the committee suggests. Some of that wisdom applies to the rest of Canada, too.

jsimpson@globeandmail.ca




Un référendum gagnant avec Pauline Marois

Hélène Pelletier-Baillargeon
Le Devoir mercredi 9 novembre 2005

Lettres: On a abondamment évoqué la vaste expérience de Pauline Marois -- dont son diplôme de MBA et son passage successif à la tête de 11 ministères -- comme un atout déterminant pour la qualifier, à court terme, comme chef de l'opposition. A fortiori, une expérience aussi diversifiée de la gouverne la qualifie-t-elle d'emblée, et à plus long terme, pour occuper le poste de premier ministre. Tout cela va sans dire mais vaut certes d'être répété.

Mais l'élément qu'on a peut-être négligé de souligner aussi fréquemment lors de cette campagne à la direction du Parti québécois, c'est l'expérience irremplaçable acquise au cours de toutes ces années passées dans le huis clos du conseil des ministres et, plus immédiatement, lors de la préparation du référendum de 1995.

Assise aux premières loges, elle a assisté et collaboré à cette préparation courageusement et minutieusement conduite par Jacques Parizeau. Tous les détails de ces discussions, toutes les options envisagées à l'époque demeurent, on n'en peut douter, profondément gravés dans sa mémoire de militante souverainiste. Depuis les divers libellés possibles de «la question» jusqu'aux garanties financières à obtenir dans l'hypothèse d'un référendum gagnant en passant par les démarches diplomatiques entreprises en France et aux États-Unis en vue d'une reconnaissance internationale d'un Québec indépendant, elle a vu passer tout cela ! [...]

En outre, un référendum gagnant ne saurait être obtenu sans la réalisation d'une vaste coalition comprenant l'ensemble des familles d'esprit qui composeraient alors le camp du OUI. À la tête d'un tel regroupement, Pauline Marois, souverainiste de la première heure et pilote attitrée, en tant qu'ex-ministre, d'une impressionnante liste de mesures social-démocrates, serait la candidate toute désignée pour réaliser l'«union sacrée» entre les sensibilités arc-en-ciel qui composeront alors, sur le plan économique et social, les forces souverainistes provisoirement rassemblées en vue de la victoire historique que nous appelons de tous nos voeux.




À son tour, Dumont dénigre Boisclair

PC
Le Devoir mercredi 9 novembre 2005

Le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, en visite hier dans la région du Saguenay, a insisté sur le fait que la consommation de cocaïne par un ministre pose un problème de taille et de jugement.

À l'évidence, soutient Mario Dumont, la façon dont le candidat à la direction du Parti québécois André Boisclair a géré cette crise démontre qu'il n'a pas les capacités pour devenir premier ministre.

«On ne parle pas d'étudiants qui fument un joint dans un "party" mais d'un ministre qui consomme de la cocaïne quand il est en fonction», a déclaré M. Dumont devant à peine 40 étudiants de l'Université du Québec à Chicoutimi, qui s'étaient rassemblés dans le petit auditorium pour l'entendre.

Il a rappelé que cette drogue ne provient pas d'un plant de marijuana que des étudiants font pousser dans une résidence de cégep mais est déversée au sein de la population par de puissantes organisations criminelles.

M. Dumont invite également les gens à évaluer le travail d'André Boisclair alors qu'il était membre du gouvernement. «On peut aussi évaluer son travail comme ministre. Il n'a jamais réglé un problème et ne s'est pas fait d'amis en raison de son comportement hautain, comme s'il était au-dessus de tout le monde», a ajouté le chef de l'ADQ.

Pour lui, la crise qui secoue le Parti québécois actuellement dépasse la seule affaire Boisclair. «Le Parti québécois ne s'est pas renouvelé. Il conserve les mêmes réflexes d'un gouvernement bureaucratique. C'est un parti politique qui a mal vieilli et qui ne parvient pas à s'adapter aux nouvelles réalités», a affirmé le député de Rivière-du-Loup.




Marois à l'école de la mairesse

Gilbert Lavoie
Le Soleil mardi 8 novembre 2005

Éditorial - Qui a dit que les femmes sont désavantagées en politique ? Certainement pas la mairesse Boucher... ou Danielle Roy-Marinelli. En fait, on n'a probablement jamais vu autant de femmes occuper des postes de direction en politique dans la région de la capitale.

À l'Assemblée nationale, Jean Charest fait face à trois femmes, Louise Harel, Diane Lemieux et Agnès Maltais, respectivement leader intérimaire, leader parlementaire et présidente du caucus du Parti québécois.

À l'hôtel de ville, la mairesse André Boucher donnera la répartie à la chef de l'opposition officielle, Ann Bourget. Et à Lévis, Jean Garon s'est fait tasser par une autre femme, Mme Roy-Marinelli.

Dépourvues, les femmes en politique ? Il faudra réétudier la chose.

Mais comment comprendre que Pauline Marois traîne si loin derrière André Boisclair qu'elle devance en expertise, en expérience de vie, et en transparence?

Son âge "avancé"... Le besoin de renouveau... Et Mme Boucher alors ? Personne n'aurait osé prédire qu'une femme de 68 ans, souvent tournée en ridicule par ses critiques, pourrait séduire la population de Québec au point d'écraser trois candidats mâles appuyés par des machines politiques bien rodées. Serait-ce que la mairesse se bat comme un homme ? Faux. Elle se bat, point final.

Parions que Mme Marois grimperait vite dans les sondages si elle grimpait de temps à autre dans les rideaux ; si elle faisait des sautes d'humeur un peu plus régulièrement, au lieu de jouer la douce et le consensus avec une telle constance.

Elle en est bien capable pourtant. Elle était superbe de colère, la semaine dernière, lorsqu'elle a demandé au clan Boisclair de cesser de "s'essuyer les pieds" sur elle, et à leur chef "de s'assumer".

Un sport de gars, la politique ? Pas du tout. Un sport extrême qui demande du caractère et la capacité de remettre les gens à leur place lorsqu'ils empiètent sur votre territoire.

Mardi soir dernier, Mme Marois avait invité les bloquistes et les péquistes de la région de Québec à l'Université Laval. Une cinquantaine de militants se sont pointés: beaucoup de têtes grises, quelques militants déjà vendus à la cause, très peu d'étudiants et un raélien... Elle leur a fait la causette pendant deux longues heures, même si plusieurs ont quitté les lieux avant la fin de la rencontre. Je me suis demandé, en l'écoutant, ce qui pouvait bien motiver cette femme, mère de famille et riche par surcroît, à passer ses soirées dans des assemblées de cuisine décevantes, dans l'espoir de diriger un parti politique qui sacrifie ses leaders sur l'autel de l'orthodoxie.

C'est peut-être qu'elle a des choses en commun avec la mairesse, Mme Marois. Premièrement, elle a une revanche à prendre contre la bande à Bernard Landry et François Legault, qui lui ont tiré le tapis sous les pieds sans élégance lorsque Lucien Bouchard a démissionné. Mme Boucher avait aussi une revanche en banque après la fusion forcée de sa ville.

Autre point commun, Pauline Marois n'accepte pas de voir un jeunot comme André Boisclair prétendre à la direction du PQ. Andrée Boucher n'en revenait pas de voir l'opportunisme de Marc Bellemare s'afficher maire de Québec sur des panneaux géants, avant même le départ de la course.

Pauline Marois tire de l'arrière dans les sondages, mais elle a démontré une détermination sans faille depuis le début de la course à la direction du Parti québécois. Imaginez un peu la surprise si elle devait décoiffer André Boisclair dans le dernier droit, comme Andrée Boucher et Roy-Marinelli l'ont fait aux municipales. Ce n'est pas impossible dans le climat actuel de suspicion et de doute créé par les aveux partiels du candidat sur l'usage de cocaïne.

Mais si elle veut gagner, Pauline Marois devra s'enlever de la tête que les femmes sont désavantagées en politique. Demandez à la mairesse, elle vous dira qu'il n'y a pas de place pour le doute dans cette jungle. Et aussi que dans la nature, il n'y a rien de plus dangereux qu'une femelle qui défend ses petits...

GLavoie@lesoleil.com




Boisclair losing altitude: 'Anybody but him' faction emerges within PQ

PHILIP AUTHIER, KEVIN DOUGHERTY of The Gazette's Quebec City bureau
The Gazette (Montreal) November 9, 2005 Wednesday

Embattled Parti Quebecois leadership front-runner Andre Boisclair says he has no intention of saying anything more about his consumption of cocaine as a cabinet minister.

Taking part in a televised debate with three other leadership candidates on Radio-Canada last night, a defensive Boisclair insisted he has said all there is to say about the issue - even though he has systematically refused to answer media questions on the matter.

"I have nothing to add," he said. "I have nothing more to say because I answered all the questions. What questions did I not answer?"

While his opponents have managed in the last week to resurrect the thorny issue, last night they quietly backed off for the purposes to the debate. Even candidate Richard Legendre - who called on Boisclair last week to clear the air - said he's now satisfied with the answers.

Boisclair, Pauline Marois, Richard Legendre and Louis Bernard all held civil tongues in the debate about issues like the debt and sovereignty, appearing more interested in jockeying for the second ballot in the vote than attacking each other personally.

The evening debate was in stark contrast to the day, which was especially difficult for Boisclair. He appeared to be stumbling rather than sailing toward the finish line in next week's leadership vote as he faced new 11th-hour attacks on his campaign and character.

With the pressure mounting on all sides, Boisclair fuelled the impression yesterday that his campaign is in a panic when he cancelled a breakfast meeting with a group from the Jeune Chambre de commerce de Montreal.

The cancellation came just before news broke that two high-profile Pequistes - former industry minister Daniel Paille and Levesque-era minister Denis Lazure - were yanking their support, citing doubts about Boisclair's ability to lead the PQ in the wake of his admission to consuming cocaine when he was a cabinet minister under Jacques Parizeau.

Boisclair's team said they cancelled because they needed extra time to prepare for last night's Radio-Canada debate among the four leading candidates. By noon, however, Boisclair's campaign took a second hit when the PQ's left-wing political club, the Syndicalistes et progressistes pour un Quebec libre (SPQ Libre), said it would throw its support to Boisclair's opponent, Pauline Marois, if there is a second ballot.

The club's favoured candidate, Pierre Dubuc, will not survive the first ballot. SPQ officials were blunt in saying they will do everything in their power to block Boisclair, whom they feel leans too far to the right, and whose wild past could prove a difficult sell to voters in an election or sovereignty referendum.

Fringe candidates in the race to replace Bernard Landry made similar remarks last week, making it clear that, with mere days to go before Pequistes start phoning in their ballots - they vote Sunday, Monday and Tuesday - an aggressive "anybody but Boisclair" clan has emerged.

Boisclair strategists insist they expected the momentum against him to build in the final week.

Analysts, however, predict Boisclair is no longer guaranteed an easy ride next week, and perhaps not the first-ballot victory he expected, as the mood inside the party shifts from public sympathy over his cocaine problems to pragmatic political concerns that he might not be the best leader.

"It's crunch time and it's clear PQ voters have been shaken up," said Leger Marketing pollster Jean-Marc Leger. "Even the pro-Boisclair voters are having their doubts."I have said for three weeks that it will be a tight ending, and a first-ballot win is now far from a given. Pequistes like referendums. Well, more and more this is becoming a referendum on Andre Boisclair."

Leger predicted Boisclair will face serious problems if he garners around 43 per cent of the votes on the first ballot - he needs 50 per cent to win - because those wanting to block him have plenty of second-ballot support, which will hit its stride just as the critical weekend voting period starts.

Before the debate, buzzing over an open letter to Boisclair written by Paille, a Parizeau cabinet minister who now teaches at the ecole des hautes etudes commerciales.

In the letter, Paille says he is withdrawing his support, not because of Boisclair's admission he consumed cocaine, but because the slapstick way he managed the crisis that followed it shows he is no leader.

Lazure was equally vicious in his attack on Boisclair.

"My message is for PQ members, and I am asking them not to vote for him because Mr. Boisclair has shown over the last few weeks that he really does not have the strength of character to face critical situations," he said in an interview.

Boisclair bobbed and weaved around questions instead of coming clean. After conceding during the second week of the campaign in September that he had used cocaine, it took him until last week to specify that he last consumed it seven or eight years ago.

Paille said Boisclair's public attitude - including refusing in-depth interviews to clear the air - is the attitude of a "spoiled brat, not a leader."

Last night, Yves Duhaime, one of 18 former PQ ministers and MNAs who signed a letter supporting Boisclair, fired back at Paille in his own nasty open letter, highlighting the fact Paille was vice-president of the Societe generale de financement du Quebec at the same time Claude Blanchet - Marois's husband - was its president.

During last night's debate, Marois was criticized for having said there would be five years of turbulence after sovereignty.

"What I say is the day after our independence, we will not become suddenly rich. However, we will have the means to become (rich) and create our richness."

Boisclair said that the day after independence, federalist MNAs in the National Assembly will rally to the cause.

pauthier@thegazette.canwest.com




Boisclair's skeletons rattle bitter PQ race

Tu Thanh Ha And RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Wednesday, November 9, 2005

MONTREAL and QUEBEC CITY - In more serene times, when he was a precocious cabinet minister rather than Quebec's best-known cocaine sniffer, André Boisclair gave a newspaper interview in which he got to demonstrate his wits in a game of free association.

If he were a piece of furniture, what kind would he be? A table, he replied, so he could draw people around him. If he were a city, what city would he be? Barcelona, he replied, waxing about its beauty.

Then, the paper asked, if he was a drug, what would it be? "If I had to be addicted to anything, it would be peace," he answered.

Today, in the final moments of a venomous leadership campaign, the front-running candidate to be the next Parti Québécois leader must be yearning for a good dose of peace.

Peace is hard to come by these days in the PQ, where the race to become the next head of the sovereigntist movement has soared to unprecedented levels of acrimony.

Clad in the well-tailored suits of the chic designer Philippe Dubuc, Mr. Boisclair is a toothy 39-year-old with cooler credentials than previous generations of combed-over PQ politicians.

To a calcifying party, he brings hopes of renewal and fresh blood, a telegenic figure who assiduously courts minorities and moderates.

But the more old-fashioned Péquistes and some younger restless tenants of independence are wary of him, seeing him as a smooth-talking neo-Liberal with a tepid commitment to sovereignty and a tin ear for their social-democratic ideals.

And because of his admission that he took cocaine as late as 1998, two years after he had become a cabinet minister, many fear that their Liberal rivals have found some other skeletons in Mr. Boisclair's closet.

The drug issue has erupted into a full-scale war in the party.

"He poses a risk to achieving sovereignty," said his main leadership rival, Pauline Marois.

"The members are entitled to know everything at a time when they must make a decision," said another prominent candidate, Richard Legendre.

Mr. Boisclair remains undeterred. He has nurtured an impressive network of supporters as part of his long-cherished dream to become premier. ("I have the ambition to be premier," he had said as early as January of 2001).

And he is gambling that the nearly 140,000 party members will be forgiving enough when they choose a new leader in a telephone vote Sunday to Tuesday.

Mr. Boisclair is popular among young people and his followers boast that he can inject an influx of fresh supporters into a now-stodgy PQ. One of the first celebrities to urge him to run was the Haitian-born singer Luck Mervil, giving Mr. Boisclair an extra sheen of hipness.

But political insiders see Mr. Boisclair as a haughty upstart with a slim record of achievements. Journalists in Quebec City noted occasions when, as he left an event, he would lift his arms, expecting an aide to help him don his coat.

He acknowledges that he was immodest in his first years in politics, but insists he has learned the virtues of humility, partly with the help of a psychoanalyst.

Mr. Boisclair grew up in Outremont, the leafy, affluent enclave that is home to Montreal's francophone elite. His father, Marc-André, was a real-estate developer who, Mr. Boisclair likes to tell reporters, had his career ups and downs.

Mr. Boisclair attended the exclusive Collège Jean-de-Brébeuf, whose alumni include Pierre Trudeau. There, the young man known as "Dédé" befriended future decision-makers on both sides of Quebec's political divide. His circle of friends included federalists such as Marc-André Blanchard, a future president of the provincial Liberal Party, and Paul Lalonde, son of the Trudeau-era federal minister Marc Lalonde.

"I had no clear indication at the time that he was a sovereigntist and it even surprised me when he entered politics for the PQ," Paul Lalonde recalled.

In fact, belying the cliché of the rebellious, pro-independence Quebec teenagers, Mr. Boisclair was 14 and a federalist during the 1980 referendum.

He later said he would have voted No in 1980 had he been old enough to cast a ballot.

Mr. Boisclair, now the pretty boy of Quebec politics, hadn't grown yet into his looks when they were classmates, Mr. Lalonde said. "It's only now that the sex appeal has become part of his public persona."

Mr. Boisclair said he experienced his sovereigntist epiphany while travelling in eastern Quebec. He was 19 and after listening to a speech by Bernard Landry, he joined the PQ and went to work for Mr. Landry's unsuccessful 1985 leadership bid.

Four years later, having dropped out of pursuing a bachelor's degree in economics, he became the youngest sitting member in the Quebec National Assembly and his moderate views on sovereignty quickly became a handicap in the midst of a surge in nationalism that followed the failed 1990 Meech Lake constitutional accord.

In 1993, Mr. Boisclair criticized the PQ as being "fundamentalist" for failing to attract support among ethnic communities and for promoting outright political independence for Quebec.

For someone with a reputation for political flair, Mr. Boisclair had rubbed his leader, Jacques Parizeau, the wrong way. As far as he was concerned, Mr. Parizeau snapped back, "that young Boisclair no longer exists."

The promising backbencher was left in the political doghouse and a cabinet job opened for him only with the arrival of Lucien Bouchard as leader in 1996.

Mr. Boisclair became the most ardent defender of Mr. Bouchard's conservative fiscal policies and shared his vision of a new political deal between Quebec and the rest of Canada.

"If I could be Canadian like the French are European, tomorrow I would sign [such a deal]" he said at the time.

As minister of social solidarity in 1998, Mr. Boisclair tackled the issue of government spending cuts with the ruthlessness of an entrepreneur.

One controversial instance occurred with the demutualization of the Canadian insurance industry, the process where life insurers converted from mutual enterprises owned by their policy holders to publicly traded companies owned by shareholders.

Welfare recipients who were policy owners became eligible to receive shares worth thousands of dollars.

Mr. Boisclair's department was criticized for making no efforts to explain to welfare recipients that their new assets had to be declared and that they would lose their benefits and have their money seized by the government.

In one high-profile case, a single mother of two who got off welfare and opened a hair salon was left on the brink of bankruptcy after the government insisted she reimburse back taxes. That move and other cost-cutting initiatives angered anti-poverty groups that were lobbying the government for concrete steps to help the poor.

"[Mr. Boisclair] wasn't very receptive to our concerns," social activist Vivian Labrie recalled.

When Mr. Landry became leader, Mr. Boisclair rose quickly through the ranks, holding simultaneously the environment and municipal affairs portfolios while being House leader.

Only months into his first cabinet job, opposition members were criticizing Mr. Boisclair's hefty expense account. Few knew at the time he had taken cocaine and that his chief of staff, Luc Doray, had become a cocaine addict.

Mr. Doray has since pleaded guilty to embezzling $30,000 from the government to feed his habit. Mr. Doray, who was caught by a routine audit, admitted to claiming false travel and lodging expenses and falsifying restaurant bills.

On some of those restaurant outings, it was Mr. Boisclair who authorized Mr. Doray to pick up the tab, the court heard.

However, it was Mr. Doray who forged the receipts to inflate his expense claims.

So far in the leadership campaign, his sexual orientation has never openly been an issue. But Mr. Boisclair remains plagued by rumours about having an unruly lifestyle.

He is no longer reluctant to say that he is gay. However, to the alternative weekly Voir, which asked why he didn't embrace a more militant style, he famously replied that, "I draw no pride from my sexual orientation."

Nor does he draw pride from his cocaine use, acknowledging only minimal details and painting himself as a victim of media harassment.

He was stumped when a TV anchor asked him what message his drug use would send to parents trying to raise children. "What do you want me to say?" he answered.

One experienced law-enforcement official noted in an interview that, at the retail level, cocaine users like Mr. Boisclair are unlikely to have had any direct contact with someone linked to organized crime.

However, Mr. Boisclair's attempts at playing down what happened and the period during which he concedes he used cocaine raised eyebrows.

"It's rather disturbing," the law-enforcement official said. "Nobody in our office thinks that cocaine consumption is banal."

Mr. Boisclair admits to having used cocaine up to 1997 or 1998, at a time when biker gangs in Quebec were in the midst of a brutal turf war for control of Montreal's multimillion-dollar illicit drug trade. An 11-year-old boy died in a car-bomb blast. Two prison guards were assassinated.

During that period, police and prosecutors were clamouring after politicians to give them better tools to curb the violence. In turn, the PQ cabinet, of which Mr. Boisclair was a member, was calling on Ottawa to adopt anti-gang laws.

All of this makes calls by many party members for greater transparency even more urgent. As the campaign enters a final decisive week, Mr. Boisclair faces a difficult choice that could make or break his leadership bid.

Former union leader Marc Laviolette, who directs a left-wing faction of labour and social activists in the PQ, says the mystery surrounding Mr. Boisclair's cocaine use jeopardizes the future of the party and Quebec sovereignty should he become leader.

"Where there's smoke, there's fire," Mr. Laviolette said in an interview.

"The Liberals are going to use it in an election campaign. That's why they are so quiet about it now. If I were a Liberal, I know I'd use it. They will use this issue and unleash everything they have to win an election and stop the holding of another referendum on sovereignty."




Au tour de Legendre et Marois de se disputer

Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 9 novembre 2005

Le premier demande à la seconde de se rétracter pour avoir laissé entendre que les lendemains du référendum seraient difficiles

Québec - Après André Boisclair, qui a exigé que Jean Ouimet se rétracte, c'est au tour de Richard Legendre de demander une rétractation de la part de la candidate Pauline Marois.

M. Legendre n'a pas aimé que Mme Marois, dans une entrevue accordée au Devoir et publiée samedi, laisse entendre que la réalité financière à la suite de l'accession à la souveraineté pourrait être différente du portrait décrit dans le document sur les finances d'un Québec souverain, qui prévoit un gain cumulatif de 17 milliards en cinq ans. «Je suis très consciente qu'au lendemain de l'indépendance, on n'aura pas trois, quatre, cinq milliards qui vont nous tomber dessus, qu'on va pouvoir mettre où l'on veut, et que ça va être tout à coup le paradis sur terre. Je suis assez responsable pour ne pas le promettre. Sinon, c'est de la pensée magique», avait-elle déclaré.

«Je demande à Pauline Marois de se rétracter», a indiqué, hier, Richard Legendre au cours d'un point de presse.

Pauline Marois a fait parvenir une lettre hier matin à François Legault, pour lui signifier qu'elle n'a pas remis en question l'analyse financière que le député de Rousseau a préparée et à laquelle elle fait fréquemment référence. Et elle cite une phrase, prononcée devant les journalistes du Devoir, qui résume factuellement le document de M. Legault. Elle n'a donc pas à se rétracter, conclut-elle dans sa lettre.

Mais pour M. Legendre, il s'agit d'une demi-rétractation. «Si on dit qu'on est d'accord avec les chiffres, mais qu'on dit que ces chiffres peuvent être changés par cinq années de perturbation», on ne respecte pas la lettre du document. M. Legendre faisait allusion à la déclaration de Mme Marois au Journal de Québec, selon laquelle l'accession à l'indépendance entraînerait cinq années de perturbation. Selon M. Legendre, Mme Marois joue le jeu du camp fédéraliste qui insiste sur l'incertitude qu'entraînerait la souveraineté.

Par ailleurs, Pauline Marois a reçu l'appui du candidat Pierre Dubuc et du SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour le Québec libre). M. Dubuc demeure en lice jusqu'à la fin mais, s'il est éliminé, le candidat et le SPQ libre recommandent aux membres d'accorder leur deuxième choix à Mme Marois. Contrairement à André Boisclair, Mme Marois s'est prononcée pour le rappel des lois modifiant l'article 45 du Code du travail sur la sous-traitance. La candidate s'est aussi engagée à réduire les subventions aux écoles privées.

De son côté, Jean Ouimet a indiqué hier qu'il n'avait aucune intention de se soumettre à la mise en demeure que les avocats d'André Boisclair lui ont signifiée. «Je ne me rétracte pas compte tenu des preuves existantes», a-t-il dit. Le candidat allègue que M. Boisclair aurait fait faire des travaux au noir sur sa résidence (M. Ouimet disait, lundi, qu'il s'agissait de son chalet). «On a le nom de la personne qui aurait fait le travail», a soutenu le candidat vert.

Dans le camp Boisclair, on n'a pas l'intention de réagir sur-le-champ au refus de M. Ouimet. «Ce sont des faussetés», a-t-on réitéré. M. Boisclair a annulé, hier, une rencontre matinale avec la Jeune Chambre de commerce de Montréal afin de se consacrer à la préparation d'un débat réunissant, hier soir, quatre candidats à l'émission Le Point de Radio-Canada, et au dernier débat officiel de ce soir à Gatineau.

En plus de Daniel Paillé, l'ancien ministre Denis Lazure s'oppose maintenant publiquement à André Boisclair. «Ces derniers temps, le candidat Boisclair s'est montré très nerveux et arrogant lorsque les journalistes lui posent des questions: il affiche alors un comportement qui n'est pas de nature à s'assurer de la confiance des gens», écrit M. Lazure dans une lettre envoyée au journaux. Il craint d'ailleurs que des adversaires puissent un jour rendre publiques des informations incriminantes ou colporter des rumeurs. «Non, le combat est assez ardu sans que nous prêtions flanc nous-mêmes à des attaques néfastes en nous donnant un chef vulnérable et attaquable», écrit M. Lazure.




Déshonorés

Jean-françois Lisée, Ancien conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, l'auteur est directeur exécutif du CÉRIUM.
La Presse mercredi 9 novembre 2005

John Gomery croit que le Parti libéral du Canada "s'est déshonoré" avec les commandites. C'est supposer que ce n'était pas déjà fait

Le juge avait tenu de longues audiences. Les faits allégués étaient scandaleux. Il s'agissait d'excès commis par Ottawa dans sa lutte contre les séparatistes. Le premier ministre libéral allait-il être blâmé?

C'était en 1981. L'Albertain David MacDonald enquêtait sur la GRC. À force de noyautage et de faux communiqués, la GRC avait tenu en vie, au début des années 70, le Front de libération du Québec, un utile épouvantail. Elle avait volé la liste de membres d'un parti légal, le PQ, recruté des espions au sein du PQ et du PLQ. Le juge avait identifié une " direction politique ". " Il ne serait pas déraisonnable de conclure, écrivait-il, que M. Trudeau et M. Turner (ministre de la Justice) ont tacitement consenti à la continuation de ces activités illégales. "

Ces lignes n'ont pas franchi l'étape de l'impression. Nous les connaissons grâce au travail de l'auteur Pierre Godin. Dans son rapport censuré, le juge révélait qu'on lui avait " rappelé avec insistance que notre mandat ne nous autorisait pas à faire enquête sur la conduite de personnes n'appartenant pas à la GRC ", comme Trudeau.

John Gomery a pu écrire que la responsabilité des commandites remontait jusqu'au sommet. Et il a mis en cause le Parti libéral du Canada, dont les cadres impliqués " se sont déshonorés et ont déshonoré le parti ". D'autant qu'en 1996, le Conseil des ministres (Paul Martin inclus) approuva une stratégie visant " un renforcement substantiel de l'organisation du Parti libéral au Québec ".

Déshonoré, certes. Mais le PLC ne l'était-il pas déjà? Et si oui, quand est-ce arrivé? On a l'embarras du choix. Est-ce en octobre 1970, où contre l'avis de la GRC qui considérait cette action inutile, Trudeau a approuvé l'arrestation de 500 citoyens, dont quelques poètes, pour délit d'opinion? L'incarcération pour des motifs politiques n'est-elle pas plus grave qu'un détournement de fonds?

Où est-ce en 1981, lorsque Trudeau a tendu un " piège ", selon le mot qu'il emploie dans ses mémoires, à René Lévesque en suggérant qu'un référendum soit tenu sur la nouvelle constitution? Acquiesçant, le démocrate Lévesque fut isolé (les autres premiers ministres étant allergiques à l'idée de consulter une population sur un sujet aussi anodin) et le Québec s'en trouva dépouillé. Le stratagème n'est-il pas plus condamnable que le paiement de photocopies de rapports frivoles?

Caractère distinct

Est-ce encore entre 1989 et 1992, lorsque Trudeau et Jean Chrétien ont convaincu les Canadiens de ne pas reconnaître le caractère distinct du Québec, affirmant comme l'écrivait Trudeau que les Québécois sont " un dégueulasse peuple de maîtres chanteurs "? N'est-ce pas plus consternant que le copinage?

L'année la plus faste pour le déshonneur fut 1995. Lorsque informés que les dépenses de la manifestation de l'amour contrevenaient à la loi du Québec, les libéraux fédéraux ont promis de... récidiver. Ce mépris des lois d'un peuple dans une opération visant à lui témoigner respect et affection n'est-il pas plus méprisable que de tapisser le Québec de feuilles d'érables?

Confrontée aux révélations montrant que l'émission de certificats de citoyenneté avait augmenté de 440 % dans le mois précédent le référendum au mépris des règles normales, quel remords fut exprimé par la ministre Lucienne Robillard? Aucun. (Le FBI offre 5 millions pour trouver un présumé terroriste devenu citoyen en octobre 1995.) Utiliser la citoyenneté à des fins politiques n'est-il pas pire que de produire des balles de golf signées Chrétien?

Que dire du discours préréférendaire de Chrétien, lorsqu'il a affirmé qu'un OUI mènerait à la création " irréversible " du pays du Québec, alors qu'il avait résolu d'affirmer le contraire si le OUI l'emportait. Ce mensonge de dimension historique n'est-il pas plus odieux que les pots-de-vin de Jacques Corriveau?

Ou n'était-ce pas en 2000, lorsque Chrétien et Stéphane Dion ont donné aux élus du reste du Canada un veto sur le droit du Québec à décider de son destin? Non, les exactions révélées par Gomery ne font pas le poids. Le déshonneur était enraciné au Parti libéral du Canada bien avant que Chuck Guité en devienne la dernière incarnation.




Programme patrimoine canadien: 260 millions pour les écoles anglophones du Québec

Sara Champagne
La Presse mercredi 9 novembre 2005

Les écoles anglophones du Québec pourront compter sur 260 millions provenant de Patrimoine canadien pour financer leurs activités. Cet argent est tiré d'un programme du gouvernement fédéral pour promouvoir l'enseignement de la langue seconde partout au Canada.

Le protocole d'entente conclu jeudi dernier avec les ministres de l'Éducation de neuf provinces, à l'exception de l'Ontario qui est toujours en pourparlers, prévoit l'injection de 1,1 milliard sur quatre ans. C'est le Québec qui reçoit la plus grosse part du gâteau avec 65 millions par année.

L'objectif premier de Patrimoine canadien est " d'offrir aux membres de la collectivité minoritaire d'expression française ou anglaise la possibilité de se faire instruire dans leur langue maternelle et de participer à un enrichissement culturel en se familiarisant avec leur propre culture ", peut-on lire dans le protocole, un document d'une vingtaine de pages.

Le ministère de l'Éducation du Québec a expliqué hier que ces sommes serviront à octroyer aux anglophones des bourses pour des cours d'été. Elles permettront aussi de financer des échanges étudiants, des programmes de perfectionnement pour les enseignants et la formation générale aux adultes. C'est le ministre de l'Éducation Jean-Marc Fournier qui a négocié cette entente au mois d'octobre.

" Il est satisfait de l'entente. C'est un bon montant, mieux qu'en 2000 ", a déclaré la porte-parole du ministre, Véronique Mercier.

Impossible avec le PQ

La ministre du Patrimoine, Liza Frulla, n'était pas disponible pour accorder une entrevue à La Presse hier. Elle a cependant affirmé au quotidien The Gazette qu'une entente semblable aurait été impossible à conclure à l'époque où le Parti Québécois était au pouvoir.

" Ils auraient refusé (les élus du Parti québécois) de faire partie de l'entente globale. Le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, a été fantastique ", a-t-elle dit. Et elle a souligné qu'il est heureux que les provinces aient consenti à faire preuve de plus de transparence, en acceptant de dire aux citoyens où les sommes seront dépensées.

Jointe hier, la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation, Pauline Marois, a tenu à rappeler à la ministre du Patrimoine que son parti avait conclu une entente provisoire de 182 millions sur quatre ans en 2000, afin de financer les écoles anglophones.

" C'est un peu moins que 260 millions, mais il faut tenir compte du coût de la vie. Et la ministre semble oublier qu'au moins 400 ententes ont été conclues au fil des années ", a-t-elle ajouté.

Tant à la Fédération des commissions scolaires du Québec qu'à la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), on a affirmé hier ne jamais avoir entendu parler de ce programme de promotion de la langue seconde. " Il y a de l'argent au fédéral! ", s'est exclamé le porte-parole de la FSE, Jean Laporte, qui entend demander à leur économiste de se pencher sur l'entente.

Quant à l'Ontario, qui réclame sept millions de plus, elle aurait obtenu 75 millions par année si elle avait ratifié ce protocole interprovincial. Le Nouveau-Brunswick recevra 24 millions par année, tandis que les provinces de l'Ouest recevront entre 13 et 15 millions par année.




Québec doit protéger les comtés anglophones, selon le Parti Égalité

Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 9 novembre 2005

Québec - Le Québec doit respecter le caractère anglophone de certaines circonscriptions dans le découpage de la carte électorale comme le font l'Ontario et le Nouveau-Brunswick pour leur minorité francophone.

C'est ce qu'a réclamé hier le chef par intérim du Parti Égalité, Keith Henderson, devant la commission parlementaire spéciale sur la Loi électorale. M. Henderson a signalé que l'Ontario tient compte de la présence sur un territoire donné, dans les comtés de l'est et du nord de l'Ontario, de la présence des Franco-Ontariens, tout comme au Nouveau-Brunswick on cherche à respecter le caractère français des comtés où résident des Acadiens.

L'avant-projet de loi sur la réforme de la loi électorale précise qu'une circonscription «représente une communauté naturelle établie en se fondant sur des considérations d'ordre démographique, géographique et sociologique». Mais cette définition est trop vague, aux yeux de M. Henderson. Le mot «langue» ou encore «linguistique» n'apparaît pas dans le projet de loi même si les minorités linguistiques font partie intégrante de l'histoire, des traditions et des lois du Canada et du Québec, a-t-il fait valoir. «La question de la langue est au coeur de nos problèmes nationaux, estime-t-il. Or, dans cette importante Loi sur la réforme électorale, c'est comme si la question de la langue n'avait jamais existé. Comment peut-elle être ignorée?»

M. Henderson a cité un jugement qui a conclu en 2004 que la commission électorale avait erré en transférant certains quartiers francophones de la circonscription d'Acadie-Bathurst à la circonscription voisine de Miramichi, qui est majoritairement anglophone. Au Québec, il a rappelé que les limites du comté de Westmount avaient été modifiées après la victoire du Parti Égalité en 1989 et que son caractère anglophone avait été ainsi altéré.

Il est donc essentiel que le Québec cherche à former des comtés sur une base linguistique afin de protéger «la représentation politique de notre minorité linguistique décroissante», a dit M. Henderson.

Le vice-président de la Commission pour l'opposition officielle, Sylvain Simard, estime que cette carte électorale dessinée selon des critères linguistiques serait «un recul démocratique» qui favoriserait l'exclusion et mènerait à «une séparation intérieure». Quant au ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Benoît Pelletier, il n'a pas abordé cette question avec M. Henderson.




Les coopératives québécoises prennent leur place
Elles sont 11 parmi les 50 plus importantes au pays

Réjean Lacombe
Le Soleil mercredi 9 novembre 2005

Au palmarès des 50 plus importantes coopératives au Canada, 11 viennent du Québec et 2 d'entre elles trônent dans le club des milliardaires, au deuxième et troisième rang.

Mais, c'est la petite coop, la Société coopérative agricole la Seigneurie qui a enregistré, l'an dernier, la plus importante progression parmi les coopératives québécoises. Avec un chiffre d'affaires de 61,6 millions $, elle a gravi, en un an, cinq rangs au palmarès des plus importantes coopératives. Elle est passée de la 49e à la 44e position.

Selon la liste annuelle dressée par le Secrétariat aux coopératives d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, c'est toujours la Federated Co-operatives de la Saskatchewan qui domine pour une quatrième année d'affilée avec un chiffre d'affaires frôlant 4,2 milliards $.

La Coopérative fédérée de Québec et Agropur conservent respectivement leur deuxième et troisième place. Le chiffre d'affaires de la Fédérée a grimpé à un peu plus de 2,9 milliards $ tandis que celui d'Agropur est légèrement supérieur à 1,9 milliard $. Toutefois, la coopérative fédérée qui compte près de 10 000 employés est considérée comme le principal employeur de la liste.

La coopérative avicole Exceldor a également enregistré d'intéressants progrès au cours de la dernière année. L'an dernier, Exceldor a connu un recul d'une place au palmarès se retrouvant ainsi en 14e position. Affichant un chiffre d'affaires de 271,6 millions $, elle se retrouve maintenant au 11e rang devant la coopérative agroalimentaire Nutrinor qui conserve sa 12e place avec un chiffre d'affaires de 250,9 millions $.

Cette année, une seule coopérative québécoise a effectué un pas en arrière. Il s'agit de la coopérative agricole Unicoop qui est passée du 29e rang à la 30e place. Son chiffre d'affaires atteint 97,8 millions $.

Une bonne année

Mais dans l'ensemble, 2004 aura été une bonne année pour les coopératives. Ainsi, les 50 coopératives non financières ont enregistré, selon le Secrétariat aux coopératives, une forte croissance. Leurs revenus ont progressé de 6 % par rapport à l'année précédente et leurs actifs ont fait un bond de 11 %.

Les revenus totaux de ces 50 plus importantes coopératives ont atteint 18,6 milliards $ et l'actif total a atteint 7 milliards $. Ces entreprises fournissent un emploi à plein temps à plus de 30 000 personnes et un emploi à temps partiel à 6800 autres.

Par ailleurs, la liste des membres de ces coopératives a atteint trois millions en 2004. À elle seule, la Mountain Equipment Co-operative qui exploite un magasin d'articles sportifs à Québec, affiche la carte du plus grand nombre de membres avec 2,1 millions de coopérateurs.

De plus, on compte sept grossistes qui desservent plus de 550 coopératives membres. Ces dernières offrent des services à 1,2 million de personnes. Selon la direction du Secrétariat aux coopératives, plus de 80 % des 50 plus importantes coopératives ajoutent de la valeur à la production agricole au Canada.

"Trente d'entre elles, ajoute-t-on, sont des coopératives de commercialisation ou de transformation agricole ou des coopératives de fournitures agricoles. Onze sont des coopératives de consommateurs qui fournissent des biens et des services à la collectivité agricole.

Au cours de la dernière année, deux coopératives ont décidé de se démutualiser. Il s'agit de la Saskatchewan Wheat Pool et de la Lilydale Co-op, située en Alberta.




Mentez, mentez...

André Pratte
La Presse dimanche 6 novembre 2005

Avril 2005. En pleine frénésie des audiences publiques de la commission Gomery, l'ancien directeur général de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada accorde des entrevues-chocs. Benoît Corbeil confirme certaines des allégations faites devant la commission par l'homme d'affaires Jean Brault, et en rajoute.

Notamment, M. Corbeil donne raison à Jacques Parizeau en soutenant que, dans les mois précédant le référendum de 1995, le gouvernement fédéral a accéléré le processus d'attribution de la citoyenneté à des milliers d'immigrés. M. Corbeil parle aussi d'un " réseau libéral ", qui s'assure que les avocats prêtant leurs services au PLC en période d'élections soient ensuite récompensés par des postes de juge.

À l'époque, ces " révélations " furent immédiatement reprises par les leaders et militants souverainistes. Autant à la Chambre des communes qu'à l'Assemblée nationale, les libéraux furent bombardés de questions. Depuis, plusieurs voient dans les propos de l'ancien dirigeant libéral la confirmation que le référendum de 1995 a été " volé " par les forces fédéralistes.

Dans le rapport qu'il a publié la semaine dernière, le juge John Gomery rejette sans ménagement le témoignage rendu devant lui par Benoît Corbeil. Le commissaire écrit: " Je suis parvenu à la conclusion que M. Corbeil est un témoin foncièrement menteur et que rien de ce qu'il dit ne contient la moindre parcelle de vérité. " Difficile d'être plus clair.

En fait, selon le juge, Benoît Corbeil cherchait à protéger son ami Jacques Corriveau. Ce serait pour cette raison, par exemple, qu'il a nié avoir pris des repas en compagnie de MM. Brault et Corriveau, alors que de telles rencontres sont consignées dans l'agenda du président de Groupaction. " J'ai conclu, ajoute le juge, que M. Corbeil était venu devant la Commission avec la ferme intention (...) de régler des comptes avec certains adversaires politiques, quels que soient les dommages causés à la vérité en cours de route. "

Le juge Gomery estimant que Benoît Corbeil a menti alors qu'il était sous serment, on voit mal quelle crédibilité on peut désormais accorder aux propos qu'il a tenus devant les journalistes. Par conséquent, tout ce qu'il a dit sur le référendum de 1995 et sur les activités d'un supposé " réseau libéral " doit être considéré comme pure invention.