BOISCLAIR "LE PLUS APTE" À GOUVERNER

Denis Lessard
La Presse jeudi 1 décembre 2005

Québec - Deux ans de galère pour Jean Charest. Le gouvernement du Québec termine ces jours-ci une deuxième année complète avec des niveaux d'insatisfaction sans précédent. Mais les derniers chiffres de CROP peuvent donner l'impression d'un petit rayon de soleil dans la tempête.

L'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest est passée de 69 % en octobre à 64 % en novembre, selon la plus récente enquête CROP réalisée pour La Presse. Le coup de sonde repose sur 1006 entrevues réalisées du 17 au 26 novembre 2005, une enquête ayant une marge d'erreur de 3 %.

On retrouve désormais 28 % de gens " satisfaits " du gouvernement, trois points de plus qu'il y a un mois. Les indécis comptent pour 8 %, deux points de plus qu'en octobre. Selon Claude Gauthier, de CROP, les libéraux devraient se garder de pavoiser.

D'abord, quand on scrute les chiffres, on se rend compte qu'il y a sept fois plus de gens " très insatisfaits " que " très satisfaits ", 36 % contre 5 %. Depuis la chute survenue en novembre 2003, quand le gouvernement Charest avait imposé l'adoption d'une série de lois, dont le controversé amendement à l'article 45 du Code du travail, le gouvernement libéral flotte au-dessus des 60 % d'insatisfaits mois après mois (une seule exception, 58 % d'insatisfaction obtenu après la conférence fédérale provinciale sur la santé qui confirma " l'asymétrie " du fédéralisme).

Ensuite, le niveau d'insatisfaction reste au-dessus de 60 %, une position toujours très inconfortable pour un gouvernement. Mais surtout, cette " méfiance " à l'endroit du gouvernement semble d'une durée sans précédent. Il est difficile de prédire si une telle tendance peut être renversée, a souligné le spécialiste de CROP.

Les libéraux n'ont pas davantage de raison de se réjouir quand on compare la cote personnelle de M. Charest à celle du nouveau leader péquiste André Boisclair.

Quand on leur demande: " Dans une lutte entre Jean Charest et André Boisclair, lequel vous semblerait le plus apte à gouverner le Québec ", 51 % des gens optent pour le chef péquiste, contre 26 % pour M. Charest.

Eléments encourageants toutefois pour M. Charest, l'avance de M. Boisclair à cette question est de 25 %, soit 7 % de moins qu'à la précédente enquête, en octobre, avant que l'ancien ministre de l'Environnement ne soit élu comme chef.

Dans les strates d'électeurs, M. Boisclair est en avance sur M. Charest partout, sauf chez les allophones. Il domine chez les 18-34 ans avec 62 % d'appuis, même chez les plus de 50 ans avec 40 % de support contre 32 % pour M. Charest- ce groupe compte 28 % d'indécis. M. Gauthier précise qu'il est sûr que M. Boisclair a pu bénéficier de la publicité liée à la course à la direction du PQ. Mais, aussi, on peut affirmer qu'il a maintenu sa cote en dépit d'une campagne particulièrement acerbe de ses adversaires, surtout vers la fin.

Tableau changeant

À cette question sur " l'aptitude " des deux chefs, 23 % des gens se disaient indécis, contre 18 % il y a un mois. Selon M. Gauthier, plusieurs indices dans l'enquête portent à croire qu'une frange de l'électorat s'est désormais rangée chez les indécis afin d'observer les gestes des prochaines semaines.

Sur la question de l'intention de vote, les scores bruts ne bougent pas: le PLQ recueille 21 % comme le mois précédent et le PQ 40 % comme en octobre. L'ADQ en revanche perd quatre points passant de 17 % à 13 %. Les indécis augmentent et passent à 21 %.

Quand on leur demande leur intention de vote, les Québécois ne laissent pas de doutes: le Parti québécois aurait obtenu une victoire décisive si des élections avaient eu lieu la semaine dernière.

Quand on redistribue selon la question référendaire les 21 % d'indécis, on observe que le PQ récolte 47 % des intentions de vote, le même score que le mois précédent. Le Parti libéral grimpe d'un point, à 31 %, une hausse qui doit être mise en perspective avec la marge d'erreur de 3 points. En revanche l'ADQ baisse de 3 points et passe à 17 % des intentions de vote.

Chez les francophones l'avance du PQ est écrasante- 58 %, trois points de moins que le score du Bloc québécois dans la même enquête. Les libéraux perdent deux points chez les francophones tandis que l'ADQ descend de cinq.

Dans l'île de Montréal les libéraux perdent 7 points à 29 %, le PQ gagne trois points à 48 % et l'ADQ piétine à 15 %. Dans la région de Québec- toujours volatile à cause d'un échantillon de 200 répondants seulement-, l'ADQ dégringole de 12 points. En région, les libéraux sont en remontée à 25 %, un gain de 8 points depuis octobre.

Par rapport aux semaines précédant le départ de Bernard Landry, le PQ dans l'ensemble de l'électorat reste au même niveau grosso modo, les libéraux grimpent de 4 points. Mais durant cette période l'ADQ aura baissé de 6 points.

Selon M. Gauthier, l'arrivée d'un nouveau chef au PQ a pu ébranler des adéquistes, qui ont opté pour le " stationnement " des indécis avant de faire leur choix d'ici les élections.

CROP teste toujours la formule de " souveraineté-partenariat " même si le programme du PQ ne prévoit plus automatiquement d'association avec le reste du Canada. À la question du référendum de 1995, les Québécois se distribuent également, 50 %, pour chacune des deux options.

Sur cette question 82 % des sympathisants péquistes voteraient Oui, et seulement 8 % des libéraux. Une surprise toutefois, seulement 35 % des adéquistes sont souverainistes contre 60 % qui opteraient pour le Non.

Dans l'ensemble, 47 % des Québécois sont favorables à ce que Québec tienne un nouveau référendum dans un prochain mandat péquiste- un score qui se maintient depuis le printemps. De plus, 81 % des péquistes favorisent un référendum dès le premier mandat de leur parti au pouvoir.

SONDAGE CROP LA PRESSE

LE PLUS APTE À GOUVERNER LE QUÉBEC

Dans une lutte entre Jean Charest et André Boisclair, lequel vous semblerait le plus apte à gouverner le Québec?

André Boisclair Jean Charest

51 % 26% (17-26 nov)
55 % 27 % (15-25 sept. 2005)





PRÉSENCE D'UN EX-FRAUDEUR DANS SES BUREAUX

Duceppe mis dans l'embarras

Sylvain Larocque
Presse Canadienner mercredi 30 novembre 2005

La campagne électorale a commencé avec une mini-controverse pour le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

Le quotidien La Presse a révélé mercredi que Jean-Yves Pantaloni, reconnu coupable de complot et de fraudes contre le gouvernement fédéral en 1998, s'est retrouvé dimanche au comité électoral de M. Duceppe, avenue Papineau à Montréal.

«Il n'est pas dans l'organisation», a insisté le chef bloquiste lors d'un point de presse, mercredi matin.

«Il n'est pas dans le comité électoral. J'ai été surpris de le voir et dès dimanche après-midi, j'ai demandé qu'il ne soit plus présent à aucune des assemblées. Il n'a jamais travaillé pour moi, il ne fait pas parti du comité électoral. Il n'a pas d'affaire là; il n'y sera pas ni de près, ni de loin.»

M. Pantaloni a confié à La Presse qu'on l'avait sollicité pour qu'il donne son avis «sur la sortie du vote dans une élection en hiver».

Mais qui a invité Jean-Yves Pantaloni à assister à la rencontre de dimanche? «Je ne le sais pas, a d'abord soutenu M. Duceppe. J'enquête sur ça pour voir. Ce n'était pas moi personnellement, c'est une personne qui était présente à ce comité électoral-là qui avait pris sur elle-même de l'inviter. C'est une erreur et dès dimanche, je suis sorti de cette réunion et j'ai dit: 'on prend des mesures, je ne veux pas qu'il soit là».'

En après-midi, le chef du Bloc a précisé qu'«un militant de bonne foi» était responsable de l'invitation malavisée, mais il a refusé de divulguer son identité.

«C'est un militant de la base qui n'est ni un de mes adjoints, ni quelqu'un qui a un poste d'élu au Bloc», a-t-il indiqué.

Les libéraux n'ont pas tardé à s'emparer de l'affaire. Dans des déclarations envoyés aux journalistes, ils ont insinué que l'organisateur en chef du Bloc, le député Michel Gauthier, est celui qui a invité Jean-Yves Pantaloni à la rencontre.

«M. Duceppe doit révéler l'identité de la personne qui a invité M. Pantaloni à cette réunion s'il entend lever tout soupçon qui pourrait peser» sur M. Gauthier, pouvait-on lire dans la charge libérale.

«Michel Gauthier, je pense qu'il ne connaît même pas Pantaloni, donc voyez comme c'est assez loufoque, tout ça», a répliqué Gilles Duceppe.

En 1991, M. Pantaloni, ancien organisateur du Parti conservateur, avait sollicité, en compagnie de l'ex-députée conservatrice Carole Jacques, des sommes de 40 000 $ et 50 000 $ contre promesses de subventions auprès de deux hommes d'affaires de la circonscription fédérale de Mercier.

M. Pantaloni, qui travaille aujourd'hui à la ville de Montréal, a écopé une sentence d'emprisonnement de deux ans moins un jour, à purger dans la communauté.




À l'ombre des feds

Michel David
Le Devoir jeudi 1er décembre 2005

Si bien des gens au Québec, comme ailleurs au pays, se désolent à la perspective de voir le temps des Fêtes assombri par une campagne électorale, Jean Charest ne doit pas être de ceux-là.

La beauté de ces gouvernements minoritaires est la vitesse à laquelle ils tombent, ce qui permet régulièrement de congestionner l'espace médiatique, à la grande joie de ceux qui ne demandent pas mieux que de se mettre à l'ombre pendant quelque temps.

Déjà, au printemps 2004, la campagne fédérale avait constitué une heureuse diversion pour le gouvernement de M. Charest, dont la première année de mandat avait été qualifiée presque unanimement de désastreuse.

Aux dernières nouvelles, le taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement était toujours de l'ordre de 70 %, et la fin de session à l'Assemblée nationale n'annonce rien qui soit de nature à améliorer les choses.

La pauvre ministre de la Famille, Carole Théberge, n'en finit plus de s'enfoncer avec son projet de loi sur les garderies. Il doit pourtant y avoir quelqu'un au bureau du premier ministre qui soit capable de lui apprendre l'a b c de la politique ou de chasser les mauvais génies qui l'entourent. Tout ce qu'elle touche tourne au désastre.

Il y a aussi la loi spéciale qui décrétera les conditions de travail des employés de l'État. À deux semaines de l'échéance de la mi-décembre fixée par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, il n'y a toujours pas de déblocage en vue.

Depuis le milieu de l'été, le gouvernement s'est employé à préparer l'opinion publique à cette éventualité. À en croire le sondage CROP-La Presse dont les résultats ont été publiés hier, cette opération a été un échec. Malgré les grèves dans les hôpitaux et les écoles, la moitié des Québécois s'oppose toujours à une loi spéciale. Selon les sondeurs de CROP, cela ne fera que renforcer le mécontentement de la population. Le déclenchement précipité des élections fédérales permettra peut-être de mieux faire passer la pilule.

***

Il y a tout de même certains inconvénients. Par exemple, le télescopage des campagnes fédérale et québécoise dans Outremont n'est certainement pas à l'avantage du candidat-vedette du PLQ, Raymond Bachand. D'ici l'élection partielle du 12 décembre, le mot «libéral» sera quotidiennement associé à «corruption», voire à «crime organisé». Pas terrible comme publicité.

Un autre qui va sûrement observer avec beaucoup d'attention le déroulement de la campagne fédérale est le ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui doit sous peu présenter ses propositions pour donner suite au jugement de la Cour suprême dans la cause Chaoulli.

D'éminents juristes ont accusé M. Charest d'avoir dénaturé ce jugement pour justifier la création d'un réseau privé parallèle. M. Couillard lui-même n'a donné aucune précision sur les mesures qu'il envisage, mais son attachée de presse a clairement indiqué au Devoir qu'il entend donner son feu vert à la possibilité de contracter une assurance privée pour des services déjà assurés par la RAMQ.

Les échéances sont serrées pour le gouvernement, qui entend légiférer dès le printemps prochain de façon à ce que le nouveau régime soit en place à l'échéance du délai que la Cour suprême lui a accordé pour se conformer au jugement, soit le 9 juin 2006.

Au printemps 2003, M. Charest s'était engagé à empêcher l'instauration d'une «médecine à deux vitesses», mais l'idée d'autoriser le recours à des soins privés, à tout le moins sur une base limitée, a fait son chemin depuis lors. Même André Boisclair ne semble plus rien exclure.

***

Une campagne électorale, où on ne s'embarrasse pas de nuances, n'est pas le cadre idéal pour introduire une réforme aussi délicate. Avec ses propositions, M. Couillard pourrait bien déclencher un débat dont il serait le premier à faire les frais. De toute manière, ce n'est qu'une question de temps avant que la portée du jugement dans l'affaire Chaoulli ne s'étende à l'ensemble du pays.

Un sondage de la CBC effectué dans les jours qui ont précédé le déclenchement des élections indiquait que la santé était de très loin la première priorité des Canadiens, bien avant l'intégrité ou l'économie. D'une manière ou d'une autre, elle deviendra aussi un des principaux thèmes de la campagne.

En fin de semaine dernière, l'association médicale de l'Ontario, qui représente 24 000 médecins, a réclamé un débat sur la façon d'accroître la place du secteur privé dans la livraison des soins de santé, suggérant de s'inspirer de l'exemple de la France et de la Grande-Bretagne, mais le medicare demeure un puissant symbole au Canada anglais. Pour peu qu'on le sente menacé, la réaction sera très vive.

Dès le déclenchement des élections, Jack Layton a mis les Canadiens en garde contre l'américanisation du système de soins de santé. Déjà, il avait fait du renforcement de la loi canadienne sur la santé la condition du maintien de son alliance avec les libéraux de Paul Martin. Il serait pour le moins étonnant que le chef du NPD ne revienne pas à la charge pendant la campagne.

Dans la bataille de l'Ontario, qui déterminera encore une fois le vainqueur, il serait tout aussi surprenant que M. Martin laisse M. Layton se transformer en champion de la sauvegarde du medicare. Comme en 2004, le chef libéral va se redécouvrir une âme progressiste pour attirer les électeurs néo-démocrates en proie à la panique à l'idée de voir un gouvernement conservateur se lancer dans une privatisation tous azimuts.

Les propositions de M. Couillard n'ont pas encore franchi l'étape du comité interministériel ni celle du conseil des ministres. Il est vrai que le temps presse s'il veut respecter l'échéance du début de juin 2006, mais il serait peut-être plus prudent de se hâter lentement.

mdavid@ledevoir.com




Discours de Paul Martin à Laval: de faux partisans pour remplir la salle

LCN jeudi 1er décembre 2005

Les libéraux sont dans l'embarras après avoir induit en erreur de faux partisans...

L'événement s'est produit mercredi soir à Laval, lors d'une assemblée de Paul Martin.

Le chef libéral présentait ses 75 candidats du Québec. L'ambiance devait donc être enthousiaste et la salle bondée.

Or, parmi les personnes âgées présentes, plusieurs ne semblaient pas particulièrement heureuses de se retrouver là.

Une enquête plus approfondie de notre collègue journaliste Lina Dib nous a permis d'apprendre que plusieurs personnes provenaient de centres d'accueil. Elles avaient été invitées sans savoir qu'il s'agissait d'une assemblée partisane.




Le Bloc veut une équipe nationale du Québec, mais ne garantit rien

SYLVAIN LAROCQUE
PC jeudi 1er décembre 2005

MONTREAL (PC) - Le Bloc québécois a dévoilé mercredi sa plate-forme électorale, mais contrairement aux autres partis, il ne promet pas de la concrétiser.

Evidemment, comme le parti souverainiste fédéral n'aspire pas au pouvoir, il doit compter sur la bonne volonté du gouvernement et des autres formations pour obtenir ce qu'il veut.

Le chef du Bloc, Gilles Duceppe, a d'ailleurs reconnu, mercredi, que les engagements pris en 2004 n'avaient pas pu, pour la plupart, être respectés.

"Ce serait un peu illusoire de penser qu'en une année, on a pu remplir... parvenir à convaincre les autres (partis) de tous nos engagements", a expliqué M. Duceppe lors d'une conférence de presse dans un hôtel montréalais.

Le chef bloquiste a assuré que les minces résultats obtenus n'étaient pas une façon de promouvoir la souveraineté du Québec. Il n'a d'ailleurs pas fait de promesse absolue à l'égard de la nouvelle plate-forme.

"Combien de fois ai-je répété que la politique du pire, c'est la pire des politiques? Moi, si on acceptait tout dans ça (les engagements 2005-06), je serais très heureux. Mais je sais que tout ne sera pas accepté, bien sûr, parce que je ne cache pas mes perspectives."

Contrairement aux conservateurs, qui ont convaincu les libéraux d'accroître les dépenses militaires de façon substantielle, et les néo-démocrates, qui ont littéralement récrit le budget fédéral 2005 pour le bonifier de 4,5 milliards $, le Bloc n'a soutiré aucune concession majeure depuis les élections de 2004.

Les stratèges bloquistes ne manquent pas de souligner que le parti a néanmoins obtenu quelques victoires, comme l'adoption d'un projet de loi renversant le fardeau de la preuve pour les accusés du crime organisé, de modestes améliorations à l'assurance-emploi, le refus du Canada de participer au bouclier antimissile américain et la reconnaissance des mariages gais.

Equipe Québec

La proposition du nouveau programme qui attiré le plus l'attention, mercredi, est celle qui prévoit la création d'une "équipe nationale du Québec" pour les tournois internationaux de soccer et de hockey.

"Le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande du Nord (des entités du Royaume-Uni) ont leurs équipes", a fait remarquer Gilles Duceppe.

"Il est permis d'en avoir (des équipes non rattachées à un pays) dans certaines fédérations sportives, alors je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas possible dans le cas du Canada", a expliqué M. Duceppe.

Ce dernier a reconnu que le mouvement olympique était plus restrictif. Porto Rico, à titre d'Etat associé des Etats-Unis, est le seul à avoir droit à une équipe olympique sans être un pays.

Au plan des nouveaux engagements, le Bloc compte présenter un projet de loi pour réformer la Loi sur l'accès à l'information, qui date de plus de vingt ans. Le parti veut aussi demander la tenue d'une enquête sur les transferts fédéraux aux communautés autochtones.

Le Bloc réitère en outre ses revendications traditionnelles: la création d'une caisse autonome d'assurance-emploi, le droit pour le Québec de s'exprimer dans les forums internationaux, l'interdiction des briseurs de grève dans les secteurs de compétence fédérale et la fin du "déséquilibre fiscal" entre Ottawa et les provinces.

Dans un communiqué, le candidat conservateur dans Pontiac, Lawrence Cannon, a soutenu que le déséquilibre n'existait pas avant l'arrivée du Bloc à Ottawa, au début des années 1990.

En soirée, Gilles Duceppe devait assister à l'assemblée d'investiture du député Maka Kotto, dans la circonscription de Saint-Lambert, sur la Rive Sud de Montréal. L'ex-premier ministre péquiste Bernard Landry devait être présent.

M. Landry contribuera à la campagne bloquiste à titre de militant souverainiste, a indiqué M. Duceppe. Mais Jacques Parizeau, lui, n'a pas encore été invité.




Les libéraux n’y iront pas avec le dos de la cuiller

Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 156, jeudi 1er décembre 2005

Dans une tentative désespérée pour sauver sa peau, le Parti libéral du Canada a décidé de faire de « l’unité nationale » le thème majeur de sa campagne électorale au Québec. Les libéraux espèrent ainsi éloigner du Bloc québécois l’électorat fédéraliste « mou » qui serait tenté de les sanctionner pour le scandale des commandites et battre le rappel de l’électorat fédéraliste « dur » qui a fait l’élection buissonnière lors du dernier scrutin.

Au Canada anglais, nous aurons droit à du « Québec bashing » d’une ampleur sans précédent. Déjà, des éditorialistes de la presse ontarienne nous disent que la Loi sur la « clarté » ne constitue pas le rempart espéré contre un référendum sur la souveraineté et que d’autres mesures plus draconniemmes doivent être envisagées.

Il sera intéressant de voir la position de Jack Layton du NPD - et celle de ses alliés au Québec - quand les libéraux, les conservateurs et la presse anglophone le sommeront de prendre position. Lors de la dernière campagne électorale, Layton avait réitéré son appui à la Loi sur la « clarté ».

Les libéraux n’y iront pas avec le dos de la cuiller. Déjà, au printemps dernier, nous avons eu un avant-goût, à savoir jusqu’où ils étaient prêts à aller pour garder le pouvoir. Pour éviter la tenue d’une élection hâtive, ils ont troqué leur crédo économique pour celui du NPD et hypothéqué le fonctionnement de la fédération en passant des ententes bilatérales de plusieurs milliards de dollars avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse.

Plus important encore peut-être, en recrutant Belinda Stronach, les libéraux ont détruit à toutes fins utiles les chances du Parti conservateur de pouvoir constituer une alternative digne de foi, particulièrement devant l’électorat ontarien.

De quoi les libéraux sont-ils capables ? De tout ! Le scandale des commandites nous en a donné un aperçu. Cependant, jusqu’à tout récemment, les fédéralistes dormaient au gaz. La frayeur du dernier référendum s’était estompée. Le Parti Québécois venait de subir la plus cinglante défaite de son histoire. Le « séparatisme » était vaincu.

Mais la table vient de tourner. L’impopularité du gouvernement Charest atteint des profondeurs abyssales. Le Parti Québécois a doublé son membership à la faveur de la course à la chefferie. Sondage après sondage, la souveraineté rallie une majorité de la population et le Bloc Québécois se voit prédire un balayage sans précédent.

L’heure de la vérité approche. Le Canada est devenu ingouvernable à cause de la question nationale québécoise. L’élite canadienne en prend de plus en plus conscience et elle ne veut pas revoir le scénario des « trois périodes » de Jacques Parizeau, c’est-à-dire un triomphe du Bloc, suivi d’une victoire péquiste et d’un référendum sur la souveraineté. Et surtout pas dans le contexte d’un « parlement à l’italienne » comme l’appelait M. Parizeau en faisant référence à un gouvernement minoritaire à Ottawa !

En 1995, les fédéralistes ont pris les choses à la légère. La donne est tout autre maintenant qu’ils savent qu’ils peuvent perdre un référendum. Ils vont vouloir se rendre maîtres de l’ordre du jour et imposer leur propre scénario. Les souverainistes ont donc intérêt à suivre attentivement le déroulement de la campagne électorale.

Déjà, il faut prendre note que la confiance de l’élite fédéraliste en la capacité de Paul Martin de résoudre la crise est limitée. On prépare une relève comme en témoigne le parachutage dans une circonscription ontarienne de leur « nouvelle star », le professeur de Harvard, Michael Ignatieff, présenté au Canada anglais comme le « nouveau Trudeau ».

Petit-fils d’un ministre du dernier Tsar de Russie, Michael Ignatieff a appuyé l’offensive américaine en Irak, approuve l’usage « modéré » de la torture et s’est déclaré favorable au bouclier anti-missile.

Sa position sur la question du Québec est de la même eau. Dans son livre La Révolution des droits, Ignatieff écrit que « ce n’est pas la nature des exigences du Québec qui est insupportable, mais la menace de sécession qui les accompagne ». Il poursuit : « Deux générations de Canadiens anglais ont demandé respectueusement : What does Québec want ? Le temps est venu pour nous, Canadiens anglais, de dire qui NOUS sommes et ce qu’est NOTRE pays. (...) Nous avons une histoire commune et, bon gré mal gré, il nous faut partager une MÊME vérité. »

Cette vérité, il la définit ainsi : « Et voici la vérité du Canada anglais. La conquête britannique de 1763, loin d’étouffer le fait français en Amérique du Nord, a apporté l’autonomie aux Canadiens-français pour la première fois. » C’est la Conquête, poursuit-il, qui « a assuré la survie d’un Québec démocratique en Amérique du Nord. »

La Conquête nous aurait apporté la démocratie, tout comme l’invasion de l’Irak apportera la « démocratie » au Moyen-Orient comme le proclament Michael Ignatieff et George Bush. Peut-on imaginer message et menace plus claires dans le contexte d’un nouvel affrontement appréhendé Québec-Canada ? Avec l’ombre d’Ignatieff qui plane désormais sur le Parti libéral, Paul Martin n’aura d’autre choix que de faire de la surenchère anti-Québec.

Du côté du Parti conservateur, la relève à Stephen Harper se prépare avec un nouveau feuilleton amoureux du dauphin pressenti, Peter Mackay. Après avoir été largué par Belinda Stronach, le politicien des Maritimes a une nouvelle affaire de coeur qui défraie la manchette de la presse ontarienne. Cette fois, l’élue de son coeur est nulle autre que Sophie Desmarais, la fille du Paul Desmarais de Power Corporation, et c’est le couple Brian et Mila Mulroney qui aurait joué les entremetteurs.

Paul Desmarais est le « king maker » de la politique canadienne. Rappelons que la campagne électorale de Pierre Trudeau en 1968 a été concoctée dans ses bureaux de la Canada Steamship Lines à Montréal. C’est également le patriarche Desmarais qui a imposé Claude Ryan à la direction du Parti libéral, s’il faut en croire le documentaire présenté par Radio-Canada lors du décès de ce dernier.

Dans sa biographie de Jean Charest, l’éditorialiste de La Presse, André Pratte, nous apprend que c’est encore Paul Desmarais qui a forcé Jean Charest à quitter le Parti conservateur pour la direction du Parti libéral du Québec.

Il est également de notoriété publique que Paul Martin n’aurait jamais pu acquérir la Canada Steamship Lines de Paul Desmarais sans l’aide financière de ce dernier. La famille Desmarais mêle allègrement affaires politiques et conjugales et l’idylle Peter MacKay - Sophie Desmarais a un précédent célèbre : André, un des fils Desmarais, est l’époux de la fille de Jean Chrétien.

Le clan Desmarais, propriétaire de la plupart des journaux du Québec par l’intermédiaire de Gesca, n’a jamais caché son opposition féroce à l’indépendance du Québec. Nous pouvons donc nous attendre à toutes sortes de coups fourrés au cours de la campagne électorale. Déjà, en ce début de campagne, on voit les médias qui cherchent à nous imposer l’idée que le scandale des commandites fédéral est chose du passé et que l’électorat aura tout oublié du Rapport Gomery après la période des Fêtes.

Comment peut-on connaître aussi mal le peuple québécois ? Comment peut-on croire qu’il aura oublié le feuilleton de la Commission Gomery quand on constate que la reprise des Belles Histoires des pays d’en-haut fracasse tous les records de cote d’écoute !




Bloc tries to score votes with international hockey

GRAHAM FRASER
The Toronto Star Dec. 1, 2005

MONTREAL — Why not a Team Quebec?

Scotland, Wales and Northern Ireland have World Cup soccer teams — and Bloc Québécois Leader Gilles Duceppe wants Quebec to have its own international hockey team.

"What I have noticed is that when you are at the World Cup ... Wales, Scotland and Northern Ireland have their own teams," Duceppe told reporters yesterday.

"It's the same thing for rugby. Same thing for other federations. ... I don't see why it would be impossible in a Canadian context."

Duceppe made the comments while unveiling the Bloc Québécois election platform, which among its 202 pages of promises and policy positions calls for an independent Quebec to use the Olympics to encourage physical fitness — and for Quebec to have international hockey and soccer teams right away.

"The idea is to allow Quebec to be as present as possible on the international scene," said Bloc MP Pierre Paquette.

Duceppe is a serious sports fan who once dazzled former U.S. ambassador Paul Cellucci with his mastery of baseball trivia.

When asked about a Quebec hockey team, the Bloc leader immediately rattled off the goalies who would be available: Martin Brodeur, José Théodore and Roberto Luongo.

"Today I'll announce goalies — tomorrow I'll give you the defence," he quipped yesterday.

Duceppe acknowledged, however, that the Olympics are limited to sovereign countries. While Scotland, Wales and Northern Ireland compete separately in some sports, Great Britain sends one team of athletes to the Olympics.




PM flies directly into perfect political storm

JAMES TRAVERS
The Toronto Star Dec. 1, 2005

Montreal— When a Liberal prime minister speaks in Quebec, does he speak for Canada?

Not long ago that was a dumb question easily answered. Liberals not only spoke to Quebec for Canada, they governed Canada from their Quebec base.

But that was before Jean Chrétien waved too many flags at soft separatists, Justice John Gomery condemned the ruling party for corruption and Gilles Duceppe lifted the Bloc Québécois from its deathbed. Today, the strength of the prime ministerial voice is as suspect here as the Liberals' election prospects.

So Paul Martin's decision to spend the first full day of this election campaign in and around Montreal was brave and foolish. Brave because he is flying into the teeth of the perfect political storm and foolish because the turbulence is fierce enough to rip the wings off a campaign plane.

A party that once considered Quebec's 75 seats private property is now clinging to the 21 it won in 2004 while protecting vulnerable ministers, including the accident-prone Pierre Pettigrew. While campaign strategists predict better results, polls position Duceppe to strengthen the Bloc stranglehold.

It's no surprise the primary reason is a scandal that still angers Quebecers who understandably resent being treated as rustics bought, like Manhattan, with baubles by a party that stole tax dollars to pay its bills. But there's more.

This election's oddity is that it is at least three elections: A national campaign split into two unequal parts by Christmas, and the Quebec campaign-within-a-campaign. That tilts the game against Liberals who must spread resources across the country while the Bloc concentrates on a single province.

Martin's response is predictable, familiar and, frankly, the best available. From breakfast speech announcing the starship candidacy of former astronaut Marc Garneau to evening rally, the Prime Minister is fusing a strong economy and weak national unity into a single issue.

Martin's message is that prosperity and Quebec are only as inseparable as Canada and Quebec. By muscling Garneau into a suburban Montreal riding, Martin creates a compelling metaphor for shared success — a hero who literally rose higher than the stratosphere is now a Liberal who wants to work for Quebec in Ottawa.

Better still, the message carries a subliminal warning. Chances of the aerospace industry that supported Garneau thriving here after separation lie somewhere close to zero.

Martin's message for the rest of the country is different. He wants Canadians to consider the consequences of electing a Conservative government so marginal here that it isn't expected to win a single riding and would be forced to find Quebec cabinet representation in the unelected, unloved Senate.

Echoing his predecessors, Martin is making the point that only a Liberal prime minister can speak effectively for Quebec in the capital and for Canada in Quebec.

But is anyone anywhere listening?

In Quebec, the sponsorship scandal is still felt with poignancy missing elsewhere. That, along with the poor performance of Jean Charest's provincial government and the edgy Parti Québécois choice of the former cocaine snorting André Boisclair as this country's first post-modern leader, both raises the spectre of another referendum and lowers all Liberal expectations. In the rest of the country, either weariness with constitutional wrangling or worries about more immediate priorities is clearly dulling separation sensibilities. Trying again to get anyone beyond Ontario or perhaps the Maritimes to elect Liberals to save the country is as promising as demonizing Stephen Harper in Alberta.

Not worrying about the state of the nation is certainly shortsighted. All conditions for another crisis now exist and will be exacerbated if a party dedicated to the destruction of Canada gains strength.

It suits Martin's patriotism as well as Liberal interests to resist the Bloc and reverse a trend. Opening his campaign in a province where so much has been lost and where it's not reasonable to expect more can be won is a measure of Quebec's importance. But it will take more than repeating the fiction that only Liberals speak convincingly for Canada to change the ruling party's Quebec reality. In squandering trust by stealing sponsorship dollars, Liberals also diminished their unity voice to a whisper.

When Paul Martin speaks in this campaign, he speaks as the leader of a party desperate to hold power.




Boisclair tire à boulets rouges sur les libéraux

Martin Ouellet
Presse Canadienne mercredi 30 novembre 2005

À plat ventre devant Ottawa, le gouvernement Charest laisse sans mot dire Ottawa se préparer à empiéter sur les compétences du Québec en matière de changements climatiques, a accusé, mercredi, le chef du Parti québécois André Boisclair.

«On essaie de nous faire croire qu'il y a un débat sur les montants d'argent, sur la sélection des projets. C'est bien plus grave que ça parce que ce qui est en cause, ce sont les compétences de l'Assemblée nationale», a dit M. Boisclair, mercredi lors d'un point de presse à Québec.

De l'avis du chef péquiste, les échanges acrimonieux entre les ministres Stéphane Dion et Thomas Mulcair au sujet de l'entente de 328 millions $ sur la réduction des gaz à effet de serre ne sont «qu'un écran de fumée», pour cacher la décision d'Ottawa de s'ingérer dans les responsabilités québécoises.

Le gouvernement fédéral, a-t-il expliqué, a indiqué «de façon claire» qu'il entend ajouter la question des gaz à effet de serre à la loi canadienne de protection de l'environnement, minant ainsi à nouveau les pouvoirs de l'Assemblée nationale.

«Avant même qu'il y ait un accord qui soit conclu entre le Québec et le gouvernement fédéral, le gouvernement d'Ottawa nous indique sa volonté de procéder de façon unilatérale», a dénoncé M. Boisclair.

Pourtant, le Québec aurait pu facilement court-circuiter les visées centralisatrices d'Ottawa s'il s'était donné la peine d'affirmer ses compétences, a fait valoir le leader souverainiste.

«Le gouvernement du Québec aurait très bien pu adopter une loi à l'Assemblée nationale faisant sien l'objectif de réduction de six pour cent des émissions pour la période 2008-2012 et s'assurer de rendre des comptes à l'Assemblée nationale», a-t-il dit.

M. Boisclair s'étonne que seule l'Alberta ait jusqu'ici dénoncé l'intention du gouvernement fédéral de couper l'herbe sous le pied des provinces.

«L'Alberta de façon claire est venue par voie de communiqué de presse dire qu'ils n'accepteraient pas une telle législation, que cette compétence appartenait au gouvernement albertain et qu'ils allaient utiliser tous les moyens possibles pour respecter les compétences de leur Assemblée. Qu'a dit le gouvernement du Québec sur cette question? Rien, le silence le plus complet», a-t-il fait remarquer.

Ce mutisme, a poursuivi M. Boisclair, révèle sans l'ombre d'un doute que «le gouvernement du Québec a perdu toute initiative» et qu'il «suit à la lettre, à la trace» les positions fédérales.




Entente sur le protocole de Kyoto : Nouvel enjeu électoral

Michel Corbeil
Le Soleil jeudi 1 décembre 2005

Les 328 millions $ rattachés à l'entente entre Québec et Ottawa sur le Protocole de Kyoto sont à la merci de la réélection des libéraux de Paul Martin. Une entente qui aurait aussi garanti une reconnaissance en argent comptant - de 150 millions $ - au gouvernement québécois pour l'hydroélectricité.

Selon les informations obtenues de sources gouvernementales, l'accord que le ministre canadien de l'Environnement Stéphane Dion et son homologue québécois Thomas Mulcair ont été à un cheveu de signer pourrait ne pas survivre au scrutin. Le premier ministre Jean Charest a pourtant affirmé, mardi, avoir reçu l'assurance de Paul Martin qu'Ottawa lui réserve les 328 millions $.

Il n'existe cependant aucune assurance qu'un gouvernement conservateur conduit par Stephen Harper endossera ce qui a été négocié par les libéraux, a-t-on révélé hier au SOLEIL. "C'est clair, ce n'est pas signé.

"Il existe une enveloppe (budgétaire) définie pour chacune des provinces sur la base de ce qui a été consenti à l'Ontario, a-t-on précisé. Mais c'est sûr que si c'est un gouvernement conservateur, il pourrait l'allouer autrement." Un autre informateur a signalé que Stephen Harper et son parti n'ont pas un préjugé favorable à la position défendue par Québec.

Selon nos sources, l'accord allait plus loin que ce qui a été dévoilé. Le ministre Mulcair avait évoqué que le fédéral reconnaît au Québec l'apport de l'hydroélectricité dans la lutte contre les gaz provoquant les changements climatiques.

D'après nos indications, cela se serait traduit en espèces sonnantes et trébuchantes pour Québec. "L'hydroélectricité aurait pu ajouter jusqu'à 150 millions $ (aux 328 millions $ déjà promis). Si les libéraux ne sont pas élus, nous devrons en rediscuter."

L'argent serait parvenu du Fonds sur les changements climatiques. Il aurait été affecté comme bon lui semble par Québec, affirme-t-on. Par exemple, il aurait pu servir aux investissements en énergie éolienne. Il aurait financé ainsi l'amélioration du bilan environnemental du Québec, une province qui se distingue par des rejets de gaz à effet de serre deux fois inférieurs à la moyenne canadienne.

MCorbeil@lesoleil.com




De l'action s.v.p.!

Denis Dufresne
La Tribune Sherbrooke, Qc jeudi 1 décembre 2005

Sherbrooke - Certains participants à la Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques, à Montréal, semblent décidément manquer de sérieux.

Québec et Ottawa ne s'entendent toujours pas sur le dossier des gaz à effet de serre (GES), les Etats-Unis démontrent un immobilisme affligeant et le ministère fédéral de l'Environnement utilise des véhicules utilitaires sports ultra-polluants pour cette rencontre!

Alors que les gouvernements et les groupes environnementaux du monde entier ont les yeux tournés vers Montréal, où sont rassemblés 7000 délégués de 140 pays, Québec et Ottawa donnent l'impression de se traîner les pieds dans leurs efforts de réduction des GES et semblent ne rien trouver de mieux que d'étaler leurs divergences en public.

Cette rencontre est pourtant cruciale pour l'avenir de la planète, alors que le Protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de GES (notamment le dioxyde de carbone et le méthane), qui contribuent au réchauffement de l'atmosphère, est entré officiellement en vigueur hier.

L'entente prévoit que les 37 pays les plus industrialisés qui y ont adhéré réduiront, entre 2008 et 2012, leurs émissions de GES de 5 pour cent par rapport à leur niveau de 1990.

Alors que les 15 pays de l'Union européenne ont déjà fait des efforts importants, les émissions canadiennes de GES ont augmenté de 24 pour cent depuis 1990!

De son côté, Washington refuse de ratifier l'accord et donne parfois l'impression de vouloir faire dérailler la conférence.

Parallèlement, le Québec, qui se vante de ses efforts grâce à l'hydroélectricité et à ses parcs éoliens, n'a toujours pas de plan d'action et ne parvient pas à s'entendre avec Ottawa sur les 328 millions $ qu'il doit toucher pour la mise en oeuvre du protocole.

Et s'il est vrai que le Québec n'a pas fait ses devoirs, Ottawa n'a pas de leçons à lui donner. Le gouvernement central a refusé d'imposer des objectifs de réduction aux constructeurs automobiles et a été plutôt accommodant avec le secteur du pétrole et l'industrie, tous d'importants générateurs de GES.

De quoi donner raison à Greenpeace, qui estime que le pays hôte de la conférence manque de sérieux et devrait profiter de cet événement pour démontrer un nouveau leadership.

Tout cela alors que le réchauffement de la planète est considéré comme le problème de l'heure pour l'humanité et que de nombreux scientifiques jugent que Kyoto est nettement insuffisant pour ralentir le réchauffement du climat.

Mais tout n'est pas noir à la Conférence des Nations-unies sur les changements climatiques et certaines initiatives permettent d'espérer que les choses vont se mettre à bouger.

Par exemple, une coalition propose de récompenser financièrement les pays qui choisiront de préserver leur forêt tropicale plutôt que de la transformer en pâturages. Il s'agit d'une initiative intéressante puisque entre 20 et 25 pour cent des émissions de GES d'origine humaine résultent des coupes massives dans la forêt tropicale.

Quoique louable, une telle mesure devra être accompagnée d'une augmentation de l'aide aux pays pauvres et de réformes agraires dans des pays comme le Brésil où les petits paysans sans terre se replient souvent sur l'Amazonie pour cultiver et survivre.

Il serait toutefois malhonnête de blâmer des pays du Sud, comme l'Inde et la Chine, d'être responsables du réchauffement de la planète en raison de leur forte croissance économique.

Comment, en effet, pourrait-on leur reprocher de poursuivre un tel objectif lorsque la majorité de leur population vit dans l'extrême pauvreté?

Autre proposition intéressante: celle de l'avocat américain Robert F. Kennedy Jr, neveu de John F. Kennedy, qui suggère que les citoyens se regroupent et poursuivent en justice les responsables des émissions de GES pour contrer l'inaction des gouvernements.

Ces initiatives sont évidemment louables mais ne changeront rien au fait que les citoyens des pays industrialisés devront consentir des efforts importants pour contribuer aux objectifs de Kyoto.

Et cela commence par des choix de consommation très simples: boycotter les grosses cylindrées et utiliser des modes de transport écologiques, refuser d'encourager les entreprises énergivores et l'exploitation irresponsable des ressources naturelles, favoriser le commerce équitable et l'agriculture de proximité.

Importants changements d'habitudes en perspective? Oui, mais cela n'est rien en comparaison aux impacts du réchauffement, aggravation des sécheresses, ouragans et inondations qui, comble de l'injustice, frappent surtout les pays les plus démunis.





Sommet mondial sur la société de l'information

Le Québec n'a rien à envier aux leaders mondiaux

Michel Audet, Directeur Institut Technologies de l'information et Sociétés, Université Laval. Directeur scientifique, CEFRIO
Le Soleil jeudi 1 décembre 2005

Plus de 20 000 personnes ont participé, à la mi-novembre, au Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), cette grande messe "onusienne" qui s'est tenue en Tunisie dans un contexte géopolitique fortement critiqué. Certains incidents reliés à l'affirmation de la liberté de la presse et au respect des droits de l'homme ont été rapportés avec raison par la presse internationale. Malheureusement, ces reportages ont semblé occulter les retombées de cet événement unique au monde, événement foisonnant et stimulant en termes de partage de connaissances et de collaboration internationale.

Le Canada et le Québec y ont d'ailleurs fait bonne figure en présentant des projets illustrant l'expertise de chacun des ordres de gouvernement ainsi que de la société civile.

Les participants au Sommet ont pu assister à de multiples sessions parallèles (plus de 300 colloques, tables rondes, séminaires, etc.) et visiter une immense foire regroupant 328 exposants. De ce nombre, près de 70 pays avaient une vitrine afin de promouvoir leurs meilleures pratiques en matière d'appropriation des technologies de l'information dans toutes les sphères de la société. De plus, une multitude d'organismes internationaux (UNESCO, Agence de la francophonie, Union internationale des télécommunications, etc.) ont exposé leurs stratégies visant à accélérer la collaboration internationale sur les enjeux de la société de l'information.

Retombées officielles

Sur le plan officiel, ce Sommet a accouché de l'"Engagement de Tunis" et de l'"Agenda de Tunis". La première de ces deux pièces maîtresses réaffirme la volonté et la détermination de tous les pays de la Terre à édifier une société de l'information à dimension humaine, inclusive et privilégiant le développement conformément aux buts et aux principes de la Charte des Nations unies, au droit international, au multilatéralisme et à la Déclaration universelle des droits de l'homme.

La deuxième pièce maîtresse, l'"Agenda" de Tunis, est le fruit d'une concertation mondiale sur 122 points répartis autour de trois thèmes majeurs à savoir les mécanismes de financement pour répondre aux défis des TIC pour le développement, la gouvernance d'Internet et la stratégie de mise en oeuvre.

Sur le plan moins officiel, l'impression qui se dégage de cet événement est la convergence des énergies autour de quatre enjeux - clés : la lutte contre la fracture numérique, l'éducation, la convergence des pratiques exemplaires de gouvernement en ligne et la collaboration internationale. Un grand absent toutefois, le monde de la santé. Sans doute que les réseaux internationaux associés à l'utilisation des TI en santé mènent leur barque en parallèle.

Les retombées pour le Québec

Le SMSI a permis aux divers pays et niveaux de gouvernement de se comparer dans leur marche vers un monde meilleur. À ce chapitre, le Québec n'a rien à envier aux leaders mondiaux. Cependant, les leçons qui émergent de cette grande messe "onusienne" nous permettent de cibler les pistes d'amélioration suivantes :

- La fracture numérique existe au Québec. En matière de fracture numérique, il est temps pour le Québec de mieux connaître l'état de situation des 40 % de la population qui n'utilise pas Internet et qui potentiellement, est appelée à vivre une forme d'exclusion. À l'instar des pourparlers de Tunis, une attention particulière doit être accordée aux personnes vieillissantes, aux femmes, aux défavorisés, aux autochtones et aux handicapés. La mise en place de Service Canada et de Service Québec est d'ailleurs une excellente fenêtre d'opportunité pour prendre position face aux dangers d'exclusion de certains segments de population.

- Le "elearning" traditionnel : "out !" En matière d'éducation, le Sommet a souligné l'importance d'innover dans les pratiques pédagogiques, les contenus éducatifs et les systèmes d'éducation afin de tirer profit de l'immense potentiel des technologies, ce qui signifie d'aller bien au-delà de l,apprentissage en ligne traditionnel. Ce recentrage de l'usage des TI en éducation est déjà amorcé au Québec comme en témoignent les nombreuses initiatives d'ici qui ont été présentées à Tunis.

Parmi celles-ci mentionnons les projets d'École éloignée en réseau du ministère de l'Éducation du Québec et du CEFRIO (www.eer.qc.ca), de Campus virtuel en santé (www.cvs-vch.ca), de Bibliothèque virtuelle du patrimoine documentaire (www.cdeacf.ca) et d'Érudit (www.erudit.org).

La plupart de ces réalisations sont le résultat d'une collaboration étroite entre le monde universitaire, la société civile, des ministères ou organismes et le Fonds de la Société de l'information. Malgré sa taille sur l'échiquier international et la rareté de ressources financières, le Québec regorge d'innovateurs à la fois dans les milieux scolaire, de la consultation et de la recherche. Cette force d'innovation gagnerait à être mieux promue dans la francophonie et dans le monde en général.

Le gouvernement et la société de l'information

Il n'y a pas de gouvernement en ligne sans "gouvernement" et sans une vision partagée de la Société de l'information. En ce sens, la Société de l'information est une réalité inclusive et c'est ce concept qui doit englober l'administration électronique, la cyberdémocratie et la cyberéducation. Les grands chantiers de modernisation de l'État (gouvernement en ligne, Service Québec, Centre des services partagés, etc.) ne doivent pas se réaliser au détriment de la stimulation des innovations en matière d'appropriation des technologies de l'information dans les domaines de l'éducation, des collectivités locales, du développement économique, de la vie démocratique, etc.

L'ensemble des organismes publics associés au développement économique et social du Québec doivent mieux articuler leurs stratégies et leurs moyens afin de renforcer l'axe de la Société de l'information, pas seulement l'axe du gouvernement en ligne. Plus que jamais le rôle de l'"État stratège" prend tout son sens ici. Le Sommet de Tunis a également permis de prendre conscience d'une meilleure collaboration avec l'ordre fédéral et les autres provinces. Mais cette chanson a déjà été entendue plus qu'une fois.

La collaboration internationale

L'expertise que le Québec a développée autour de la Société de l'information revêt un potentiel important d'exportation. Des gens d'affaires du Québec ont d'ailleurs annoncé à Tunis que l'expertise québécoise sera mise à profit au cours des prochaines années afin d'améliorer de façon substantielle les infrastructures à large bande dans l'ensemble des pays arabes. Le Québec a également été invité à participer activement à la mise sur pied d'un réseau de la Francophonie visant à échanger sur les meilleures pratiques en matière de gouvernement en ligne.

De nombreux représentants de pays en voie de développement ont interpellé les Québécois et les Canadiens afin de leur réitérer l'état d'urgence de la collaboration internationale dans la poursuite du rêve de l'ONU qui est de connecter l'ensemble de la planète d'ici 2015. Outre la construction et la mise à niveau d'infrastructures, des besoins immenses se profilent en matière de collectivités locales, de gouvernement en ligne, d'informatisation des PME, de santé et d'éducation.

Être un leader mondial dans la Société de l'information, voilà un projet rassembleur pour les forces vives du Québec qui oeuvrent dans le monde des technologies de l'information. Ce projet de société est l'affaire de tous (société civile, entreprises, universités, gouvernements) mais demande spécifiquement à l'État québécois de réamorcer la pompe et de réactualiser la politique de l'autoroute de l'information avec une stratégie plus volontaire et plus intégrée. C'est à la fois un enjeu "politique" et un enjeu "de politiques".




The state of democracy in Canada

The Toronto Star November 29, 2005 Tuesday

While the U.N. rates us highly and we pride ourselves on being one of the world's leading countries, statistics reveal deep and disturbing societal problems, says Now that the election bandwagon is about to hit the political road, it seems worthwhile to take stock of Canada's democratic condition.

Notwithstanding the shenanigans of the sponsorship scandal, there is so much more to be concerned about in Canadian society and polity. The problems are deep and disturbing.

Canada prides itself on being one of the world's leading countries. And there is much to celebrate. In the United Nations' annual Human Development Index, Canadians are confirmed to be living a long and healthy life, being educated and having a decent standard of living.

Canada presently stands in 4th place, behind only Norway, Sweden, and Australia. Yet, upon closer inspection, Canadian democracy is in trouble.

What now passes for "democracy" is a very narrow, elite and shallow fulfilment of its ample promise. Canadians are less involved in governing themselves than they have been for many a decade. There is a sizeable and increasing "democratic deficit." And this gap between ordinary Canadians and those who govern them is actually getting bigger.

"Democracy" is one of the most contested ideas in the political lexicon: its malleability is a part of its appeal. Yet almost all commentators accept that democracy has a "formal" and a "substantive" element.

The most heated debate occurs over the importance and weight given to the balance between the two. Whereas some place emphasis on the processes by which people can participate in government and hold it accountable, others look as much to the substantive conditions in which people live.

On both counts, there is "trouble in paradise."

For many, democracy is about elections. It is axiomatic that citizens receive a regular opportunity to select their representatives in fair and open elections.

Although there are other important features (responsible government, entrenched rights, separation of powers, etc.), "universal suffrage" is the legitimating bedrock of Canadian democracy. Yet there is little to celebrate in the reality of Canada's democratic process:

In the 2004 election, fewer Canadians than ever voted. Of the 22,295,670 people registered to vote in the last federal election, 13,489,559 votes were cast - a 60.5 per cent turnout rate. The Liberals received 4,951,107 votes or 36.71 per cent of those who actually voted, but won 43.8 per cent (135 of 308) of the seats in the Commons and formed a minority government.

This means only 22.2 per cent of registered voters supported the governing Liberals. Indeed, due to the first-past-the-post system, the Liberals would have had exactly the same number of seats (and thus power) if they had not received any votes in any of the ridings that they did not win. This means, in effect 2,813,762 - or 8.8 per cent of Canadians - elected the Prime Minister.

In the 2000 federal election, the Liberals received 41 per cent of the popular vote, but obtained 172 seats, or 57 per cent of the 301 seats in the Commons. More remarkably, the 1998 Quebec provincial election saw the Parti Quebecois win the majority of seats (60.5 per cent) with the minority of votes (42.7 per cent) and the Liberal party win a minority of seats (38.7 per cent) with the majority of votes (43.7 per cent).

On the basis of the 1996 census, visible minorities comprised about 11.2 per cent of the Canadian population. In contrast, as McGill University political scientist and voter turnout specialist Jerome Black reports, visible minorities held only 6.3 per cent of the seats in the Commons after the 1997 election. Proportionality would have required the election of approximately 34 visible minority MPs rather than the 19 elected.

Although women comprise slightly more than half the population, there are only slightly more than 20 per cent of female parliamentarians. This compares poorly to other similarly placed countries, like Sweden, where the figure is more than 40 per cent.

Also, although the turnout for voters in the 18- to 30-year age group increased by 55 per cent in the 2004 federal election, it still only accounted for 38.7 per cent of registered voters in that group.

Judged by these facts, Canadians have little faith in the democratic process and represent a massive vote of no-confidence in the political system itself.

Of course, electoral participation is not the only, or truest, indicator of democratic health.

While the formal element of the democratic process is important, a wide range of substantive measures are also significant.

At its starkest, a country that extended the vote to all citizens, but in which the bulk of the population lived in miserable conditions with little education, employment prospects or life expectancy, would hardly warrant democratic praise.

Accordingly, Canadians rightly argue that the substantive quality of daily life is a vital indicator of democratic health.

In many respects, Canadians do very well in terms of the average conditions: There is a relatively high level of accessibility to health care, education, employment, and housing.

Nevertheless, the thing about statistics is that what they might reveal is interesting, but what they hide is crucial.

As with much else, "mean" calculations can be misleading. For instance, a nation's absolute level of prosperity or its average level of wealth per citizen is not a reliable predictor of that society's quality of life if there are still considerable numbers of people living in poverty and fear.

A telling test of a country's overall well-being is the median or, even better, the relative condition of its members - the extent of the gap in terms of the quality of life between the top 10 per cent and bottom 10 per cent of the population.

A genuine commitment to democracy suggests that everyone should share in the good and bad fortune of that society.

Indeed, most Canadians and politicians regularly and proudly commit to such an idea. However, building on the initial work of Steve Kerstetter and the Canadian Centre for Policy Alternatives, the reality belies the rhetoric:

The wealthiest 10 per cent of family units held 55.7 per cent of the wealth in 1999. The wealthiest 50 per cent of family units controlled more than 96.2 per cent of the wealth, leaving only 4.8 per cent for the bottom 50 per cent.

The poorest 10 per cent of family units have negative average wealth, or more debts than assets.

The poorest 20 per cent of families had financial assets of $1,974 on average in 1999 and their average income in 1998 was less than $18,920. If their current income suddenly disappeared, their financial assets would only be enough to keep the family afloat for about five weeks.

The richest 20 per cent of family units had average financial assets of $262,186 in 1999 and an average income of $100,587 in 1998. Financial assets were enough to replace normal income for more than two years.

The richest 20 per cent of family units owned 73.1 per cent of all personal wealth in 1999.

In 1999, 72 per cent of the $420 billion in RRSPs and other registered savings plans was held by the richest 20 per cent of family units. The richest 20 per cent also owned 94 per cent of the $92 billion in stocks outside RRSPs, and 81 per cent of the $80 billion in mutual and investment funds outside RRSPs.

This chastening picture might be less troubling if the most recent trends were toward reducing or modifying this state of affairs.

If that were so, debate could be joined on whether policies or initiatives for "closing the gap" were proceeding quickly or successfully enough.

But, over the past decade or so, the trend has been in the opposite direction - the extent of inequality in wealth and income is getting worse and the gap between the haves and the have-nots is also getting worse.

Between 1984 and 1999, the richest 10 per cent of Canadians had more than a 7 per cent increase in their own net wealth. Over the same period, the poorest 10 per cent, whose debts had already exceeded their assets in 1984, suffered a further 20 per cent increase in debt.

In 1984, the gap between the number of families making less than $10,000 and those making more than $75,000 was only 1.2 per cent. In 2000, this gap had increased to 25.7 per cent, which means that those making more than $75,000 represented almost 30 per cent of the population, while those making under $10,000 had stayed roughly the same.

In 1984, while those making the most money (more than $75,000) and those making the least (under $10,000) represented just more than 5 per cent of the population each, 69.2 per cent of the population made between $10,000 and $49,999. In 2000, 20 per cent more families were making more than $50,000, while those under $10,000 remained around 5 per cent of the families.

Between 1984 and 2000, the average after-tax income of the poorest 20 per cent of families only increased by less than $1,000.

Over the same period, the richest 20 per cent realized an increase of average after-tax income of more than $16,000.

By any sort of democratic standard, all this is profoundly troubling. Celebrations about Canada being a wonderful place to live will ring hollow for those in its lower socio-economic reaches.

The plain fact is that today's poorer Canadians are poorer than their recent predecessors and are relatively poorer than richer Canadians.

As this were not disturbing enough, these poorer Canadians are proportionately likely to be female, older, non-white or recently immigrated than the population at large.

In 1997, female one-parent families had a poverty rate of 56 per cent, which was 42 per cent higher than all families combined.

In 1991, the poorest 20 per cent of workers of aboriginal identity made more than $2,500 less on average than the poorest 20 per cent of all workers combined.

The low-income rate for recent immigrants from Africa more than doubled between 1980 and 2000, increasing from 20.7 per cent to 45.8 per cent respectively, which is the greatest increase of all recent immigrant groups.

If you are part of the middle class or upper class, Canada might well be one of the best places to live in the world.

For others though, the situation is not reassuring and the prospects are not rosy.

As we enter another election, complacency is the last stance that influential Canadian politicians and power-brokers should be adopting about the deeper structure and shape of Canadian society.

Without some recognition of this precipitous position, Canada is assured to relinquish its envied standing in the world community.

More pertinently, it is destined to fail to meet its own historical standards and ambitions. Canadians deserve and should expect better from themselves and their politicians.Canada Votes




Time for a new debate on Canada-U.S. trade

Ken Georgetti
National Post December 1, 2005 Thursday

Canadians are ready for a serious debate on trade. We always knew that the free trade deals were not working for us. Now, 15 years after the original Canada-U.S. agreement, even the stars of the Mulroney team admit it publicly. The lead negotiators, Pat Carney and Derek Burney, concede that we surrendered too much for a dispute-settlement mechanism which is worthless: The Americans refuse to abide by it to settle the softwood lumber dispute.

While much of corporate Canada admits the softwood lumber dispute is a serious crisis, they continue to champion that same type of free trade agreement. They concede that the dispute settlement mechanism in NAFTA is not working but go on promoting some sort of "NAFTA-plus," surrendering even more in a deeper integration scheme.

The real question now is whether the Canadian government should dig us in even deeper, as advocated by those corporate players, or will we regain the power we need to shape our economy in the interests of Canadian citizens -- the majority of whom are women and men who work for wages.

At least three things are wrong with the current deal.

First, the U.S. still manages trade in their own interests whenever they want to do so. The softwood lumber case shows how they thumbed their nose at NAFTA rulings and collected billions in illegal duties. Lumber workers and their communities across Canada have paid the price. Protection against U.S. protectionism was the key goal in 1988. We never got it.

Second, NAFTA's energy provisions lock us into a North American energy future ruled by the U.S. We have almost no control over exports. Far from building a more diversified and productive industrial economy, as was promised, we are locked in our traditional status as a producer of raw materials. That costs us lots of good jobs. A high Canadian dollar, fuelled by high energy prices, causes new plant closures, layoffs and problems for service industries such as tourism.

Third, free trade moved us towards the more unequal and insecure U.S. social model, against the wishes of most Canadians, threatening our Medicare system. The investor right provisions of NAFTA make privatization of public services like health a one-way street to growing U.S. corporate control.

Corporate Canada has relentlessly lobbied for lower taxes on business and high earners to maintain competitiveness. The result has been a dramatic shrinkage of our social protections to much lower U.S. levels. But behind the smoked windows of the limousines, the salaries of the big corporate players, whose incomes now average $5.5-million dollars a year, continue to rise. Since these free trade deals came into effect, almost all of the income gains went to the salaries and stock options of the business elite and to higher corporate profits. No wonder they see these free trade deals as a big success.

In that same period, average wages, adjusted for inflation, stagnated. Working families are mostly worse-off than before NAFTA.

NAFTA has failed workers and it has failed Canada. It entrenches the competitive pressures that undermine labour rights, decent wages and working conditions. New jobs have been much more insecure and pay lower wages than the jobs that we have lost. Canada has become a more unequal society.

As a country, we need to regain our ability to change things for the better. We need to have a very serious national debate on where we go from here.

We can no longer afford the direction of the corporate elite who want to go further down the same road. They want to cement even closer links with the U.S. with a big new deal turning over control for everything: resources, regulations, security, trade policy ... It's like joining the U.S., without votes in the Congress.

Our government must have the confidence to stand up to the U.S. -- and to the big players of corporate Canada -- and change a bad deal.

Even without NAFTA, most of our trade with the U.S. would be tariff-free anyway under the World Trade Organisation rules. If we changed NAFTA to regain control of our energy resources, we would gain a powerful lever to bargain with the U.S. and to shape our own future.

The U.S. does not buy our exports to do us a favour: They buy them because they need them. The world has changed in many ways since the original free trade deal was signed. NAFTA is not a helpful tool with which to build a knowledge-based economy that exports sophisticated goods and services beyond the U.S. market.

Moreover, NAFTA stands in the way of trading relationships that work for people, respect labour rights and promote shared social progress.

Canadians need a consensus around alternatives to NAFTA. We then need to tell the U.S. we want to re-negotiate the deal. What we have isn't working for workers, so it isn't working for Canada.




Le Canada n'a pas encore banni la charia

Nanda Troos (traduction sommaire libre)
De Volkskrant (Amsterdam) 30 novembre 2005

TORONTO / MONTREAL - « Ce n'est pas parce que quelque chose d'incorrect (de pervers ...) se passe quand même, qu'il faut pour cela l'autoriser ». La charia continue à préoccuper le Canada, malgré qu'il ne soit plus question de l'instauration de règles juridiques islamiques.

A Toronto , l'imam Abdul Hai Patel défend les règles de la charia : il ne faut pas prendre l'Arabie Séoudite comme exemple ; les peines extrêmes comme la lapidation ne sont appliquées que rarement. La charia fait partie de la façon de vivre des musulmans.

L'intention du parlement de l'Ontario avait été d'intégrer la charia dans le système de l'arbitrage, comme appliqué régulièrement au Canada, notamment par les indiens et par les juifs. Les juifs utilisent l'arbitrage parfois en matières familiales, mais surtout en affaires.

Il n'y a pas que l'Ontario qui est intéressé. Au Québec Fatima Houda-Pepin, d'origine marocaine, a, depuis l'origine, combattu l'introduction de la charia. Elle est l'unique femme politique musulmane au Canada ; elle est députée libérale au parlement québécois depuis 1994. Elle considère le problème de la charia comme une attaque contre la démocratie orchestrée par des gens qui s'en occupent 24 heures sur 24, et qui sont conseillés par des consultant compétents.

« Les victimes de la charia ont des visages humains : il s'agit de femmes musulmanes». Souvent on prétend que déjà maintenant la charia est appliquée en catimini et qu'une législation à ce sujet rendrait les choses plus claires. Foutaise, selon Houda-Pepin. « Ce n'est pas parce que quelque chose d'incorrect (de pervers ...) se passe quand même, qu'il faut pour cela l'autoriser. Il faut l'interdire »

L'appel pour autoriser l'application de la charia au Canada est, selon elle, une tentative préméditée pour isoler les musulmans du Canada et pour les soumettre à une version archaïque de l'islam. « Les fondamentalistes islamiques ont choisi le Canada pour essayer de réaliser leur projet, car ils pensaient qu'à cause de la constitution et de la loi sur le multiculturalisme, leur projet avait le plus de chances d'aboutir au Canada. »

C'est cela qui chagrine le plus Houda-Pepin. « La génération actuelle de musulmans est prometteuse et comporte un grand nombre de personnes hautement qualifiées. La tentative de dizaines de milliers de musulmans de s'intégrer est mise en péril par une minorité active d'islamistes qui essaye d'imposer ses vues à la majorité ».

Le « non » du premier ministre de l'Ontario, Mr McGuinty ne la rassure absolument pas. Il faut qu'il propose une nouvelle loi. Le représentant de la communauté juive est du même avis. « L'arbitrage fondé sur la religion est actuellement interdit, mais faire appel à un astrologue serait permis »

Le premier ministre McGuinty n'était pas disponible pour des commentaires.