Un avertissement

André Pratte
La Presse mardi 13 décembre 2005

ÉDITORIAL - Au-delà de l'aspect partisan de la chose, la victoire du libéral Raymond Bachand dans l'élection complémentaire d'Outremont hier est une bonne nouvelle. Il est assez rare qu'une personnalité de cette qualité décide de s'impliquer en politique; chaque fois que cela arrive, le Québec gagne.

M. Bachand l'a emporté, mais il a obtenu moins de la moitié des voix, une proportion sensiblement plus faible que celle de son prédécesseur Yves Séguin. Le dynamique candidat du PQ, Farouk Karim, s'est approché des 40 %, une proportion impressionnante dans cette forteresse libérale. Ainsi, s'ils n'ont pas réussi l'impossible, les péquistes d'André Boisclair ont toutes les raisons d'être heureux de leur performance dans Outremont.

D'autant plus que dans l'autre complémentaire, dans Verchères, le candidat du PQ, Stéphane Bergeron, a écrasé tous ses adversaires, obtenant 69 % du vote. Certes, ce comté est un bastion péquiste: francophones à 98 %, les électeurs de Verchères avaient voté oui à 67 % au référendum de 1995. Mais les libéraux avaient déniché un bon candidat, le maire Varennes Jean Robert. Rien a faire, M. Robert a récolté un maigre 18 % du vote.

Tout en poussant un soupir de soulagement à la suite de la victoire de M. Bachand, le premier ministre, Jean Charest ne peut faire autrement que de voir un sévère avertissement dans les résultats d'hier. Malgré tous les efforts mis dans Outremont, malgré un candidat d'une grande qualité, le PLQ n'a pu éviter l'effritement de son vote. Ce score, combiné au raz-de-marée qui a balayé Verchères, témoigne des immenses difficultés du Parti libéral au sein de l'électorat francophone. Après l'affaire des écoles juives, le premier ministre avait apporté des changements dans l'organisation de son gouvernement et dans son équipe de communication. L'ampleur de la controverse suscitée par la réforme des CPE révèle que rien n'est réglé: ce gouvernement a encore beaucoup de mal à sentir le pouls des Québécois et à communiquer efficacement avec eux. Le problème est grave et profond.

Les deux candidats de l'ADQ ont ramassé les miettes, ne parvenant pas du tout à profiter du gigantesque mécontentement de la population à l'endroit des libéraux. Dans Outremont, l'adéquiste a même terminé derrière le candidat du Parti vert! Les Québécois semblent de plus en plus sceptiques quant à la pertinence du parti que dirige Mario Dumont.

Revenons à Raymond Bachand. L'homme a une feuille de route impressionnante. Il combine une certaine expérience politique avec une compétence reconnue en matière de développement économique. Il sera certainement nommé au Conseil des ministres, venant ainsi renforcer un gouvernement qui en a désespérément besoin.

M. Bachand, souverainiste de la première heure, a expliqué que sa décision de se présenter sous la bannière libérale avait été motivée par les grands défis auxquels est confronté le Québec, notamment le déclin démographique et la mondialisation. «Aujourd'hui, a-t-il soutenu, le grand enjeu du Québec, ce n'est pas la Constitution mais plutôt le besoin de bâtir un nouveau consensus qui va guider notre action pour les prochains quinze ans.» Souhaitons que de sa nouvelle tribune, il saura en convaincre de nombreux Québécois.




LE PQ ÉCRASE LE PLQ DANS VERCHÈRES

Tommy Chouinard
La Presse mardi 13 décembre 2005

Le PLQ sauve Outremont de justesse

Le Parti libéral de Jean Charest sauve de justesse son château fort d'Outremont, mais il est écrasé par le Parti québécois dans Verchères.

Lors des élections partielles, hier, le PLQ et le PQ ont conservé leurs acquis, selon les résultats disponibles en début de nuit.

Mais le PLQ, qui règne en roi et maître dans Outremont depuis 1939, se faisait chauffer par le PQ dans cette circonscription vers 22h20.

Le candidat-vedette du PLQ, Raymond Bachand, était en voie de remporter la victoire, mais avec une majorité largement inférieure à celle enregistrée par son prédécesseur, Yves Séguin, lors des élections générales de 2003.

L'ex-président du Fonds de solidarité de la FTQ récoltait quelque 46 % des suffrages vers 22h20. Le jeune candidat péquiste, Farouk Karim, se trouvait seulement six points derrière, avec 40 %. Plus la soirée avançait, plus le PQ gagnait du terrain.

La majorité du PLQ semble donc avoir fondu au moins de moitié. En 2003, l'ancien ministre des Finances Yves Séguin avait devancé le PQ par plus de 20 %. Sa majorité s'élevait à 6060 voix.

Farouk Karim, ancien leader étudiant âgé de 29 ans, est parvenu à gruger cette majorité. Seulement 900 voix le séparaient de son adversaire libéral. Le PLQ a rarement remporté une élection dans Outremont avec une majorité se situant sous la barre des 3000 voix.

L'Action démocratique du Québec subit quant à elle une raclée. Avec 2 % des voix, la candidate adéquiste Mileva Raya se dirigeait tout droit vers une cinquième position, derrière Omar Aktouf de l'Union des forces progressistes (8 %) et Christopher Coggan du Parti vert du Québec (5 %). En 2003, le parti de Mario Dumont avait terminé quatrième derrière l'UFP.

Le Parti vert mais surtout l'UFP, sont venus brouiller les cartes. Le PQ aurait pu espérer une victoire sans la présence de ces deux partis. L'UFP, parti de gauche, soutire des appuis parmi l'électorat traditionnel du PQ.

Le PLQ avait pris les grands moyens pour ne pas perdre une autre de ses forteresses. En septembre 2004, Elsie Lefebvre avait causé une surprise en l'emportant dans Laurier-Dorion. Farouk Karim n'a pu répéter l'exploit dans Outremont.

Les ministres libéraux ont été appelés en renfort pour prêter main-forte à Raymond Bachand. Le PLQ n'a jamais eu à déployer autant d'efforts pour s'assurer une victoire dans cette circonscription de l'île de Montréal.

Verchères

Dans Verchères, où avait lieu l'autre élection partielle, le Parti québécois est parvenu sans grande surprise à conserver ce bastion laissé vacant par le départ de l'ancien chef Bernard Landry.

Mais la victoire du candidat péquiste, Stéphane Bergeron, est plus décisive que prévu. Il a pulvérisé son adversaire libéral, Jean Robert.

Au moment de mettre sous presse, M. Bergeron récoltait 71 % des voix. À titre comparatif, Bernard Landry avait obtenu 55 % en 2003.

L'ancien maire de Varennes, Jean Robert, a amassé quelque 16 % hier, presque deux fois moins que le candidat libéral en 2003. L'ancienne mairesse de Sainte-Catherine, Denise Graveline, de l'ADQ, ne se trouvait pas très loin derrière, avec 11 % des voix.

Stéphane Bergeron, député du Bloc québécois depuis 1993, passe donc de la Chambre des communes à l'Assemblée nationale. André Boisclair savoure quant à lui sa première victoire électorale à titre de chef du PQ.

Sans croire à une victoire, le PLQ était fier d'avoir recruté Jean Robert, péquiste qui a retourné sa veste.

Le taux de participation à ces élections partielles semble avoir été similaire à celui de 2004, soit autour de 40 %.




Gilles Duceppe soutient la LNI

Nathaëlle Morissette
La Presse mardi 13 décembre 2005

Les libéraux doivent respecter les droits d'auteur, dit le chef bloquiste

Tout en appuyant la LNI, qui demande le retrait des publicités libérales, le chef bloquiste Gilles Duceppe accuse les troupes de Paul Martin d'avoir fait fi des droits d'auteur en utilisant le concept de la Ligue nationale d'improvisation à des fins publicitaires.

" On utilise des oeuvres sans avoir clairement dit ce que l'on ferait avec ce concept, a dénoncé M. Duceppe lors d'un point de presse hier dans la circonscription de Vaudreuil-Soulanges. (Tout ça arrive) au moment même où l'ADISQ, tout dernièrement, dénonçait le piratage des CD. Alors c'est faire fi de la propriété intellectuelle. Je pense que les libéraux se doivent de respecter les auteurs, les créateurs, les artistes. "

Au milieu d'un décor de patinoire, l'équipe des noirs et l'équipe des rouges s'affrontent. Il ne s'agit pas d'une partie de hockey mais plutôt d'un match d'improvisation opposant bloquistes et libéraux. Voilà le concept utilisé par le Parti libéral dans les trois publicités conçues à l'intention des électeurs québécois.

Outré que les libéraux se soient emparés de cette idée sans consulter la LNI, l'un des cofondateurs de la ligue, Yvon Leduc, demande au parti de retirer ses publicités. Un geste appuyé par le chef du Bloc québécois, qui estime que les libéraux ont littéralement plagié la LNI. Or, au PLC, on estime que tout a été fait dans les règles de l'art et qu'il n'est pas nécessaire de retirer les publicités.

Visiblement au courant du concept publicitaire libéral- avant même que les pubs soient diffusées-, M. Duceppe avait déclaré dans ses discours au cours des derniers jours que la campagne libérale était synonyme d'improvisation. " En matière d'improvisation, les libéraux de Paul Martin sont passés maîtres, a-t-il déclaré en Outaouais, dimanche. Il y a la LNI et il y a le Parti libéral d'improvisation: le PLI. Le mauvais pli! "

Depuis deux semaines, il a déclaré à nombreuses reprises que les libéraux auraient besoin des services d'Yvan Ponton, un comédien qui a longtemps arbitré les matches de la LNI. À ce chapitre, toutefois, Gilles Duceppe se défend bien d'avoir commis une erreur en utilisant le nom de M. Ponton.

" Je pense qu'il y a toute une différence entre citer quelqu'un dans un discours et utiliser une publicité, a-t-il affirmé. Moi, je ne vends pas mes discours. J'ai cité (Gilles) Vigneault aussi en disant: Mon pays, c'est l'hiver, mais je n'ai pas pris une chanson de Vigneault pour ouvrir les assemblées du Bloc. (Faire fi) du droit d'auteur, c'est utiliser le travail fait par des gens et sans les consulter. Il ne faut pas tout mélanger. "

Vaudreuil-Soulanges

Par ailleurs, le chef bloquiste a rendu visite hier matin à sa candidate dans la circonscription de Vaudreuil-Soulanges, Meili Faille, qui affronte la recrue libérale, l'astronaute Marc Garneau.

Traditionnellement, cette circonscription est fédéraliste. D'ici le 23 janvier, Mme Faille tentera donc de convaincre la communauté anglophone de l'appuyer. Les anglophones forment près de 19 % de la population de Vaudreuil-Soulanges. " Ce qui fait qu'ils hésitent, c'est la question de la souveraineté, estime-t-elle. Ils savent que je suis souverainiste. La preuve c'est qu'ils me présentent comme une héroïne-canadienne-souverainiste-du-Québec. "

Aux dernières élections, Mme Faille l'a emporté sur son adversaire libéral par une majorité de 3062 voix.

Enfin, hier après-midi, le chef bloquiste est allé rencontrer des agriculteurs de la municipalité de Saint-Hugues pour dévoiler la plateforme agricole du BQ. M. Duceppe a notamment rappelé qu'une ferme disparaît chaque semaine au Québec.




La Ligue de l'improvisation

Michel Vastel
12 décembre 2005

Je n'arrive pas à me passionner pour la polémique autour des droits d'auteur de la Ligue nationale de l'improvisation que les libéraux du Québec n'auraient pas respectés.

Primo: il y a bien quelqu'un à la LNI qui a signé un contrat. Il aurait pu y penser avant. À moins que, comme dans l'affaire de la nomination de Michaëlle Jean au poste de Gouverneur général, quelques purs et durs se soient réveillés après coup et n'aient fait des pressions sur les pauvres responsables de ce cafouillage. Cela expliquerait les explications confuses, au Point de la SRC hier soir, de l'avocate de la LNI;

Deuxio: rien que la vue hilarante de Lucienne Robillard et Jean Lapierre au bord de la patinoire de la LNI vaut bien quelques milliers de dollars. Je ne comprends pas les purs et durs de s'énerver: les deux ministres ont tellement l'air ridicules qu'on en oublie presque que cette publicité a été conçue pour nuir au Bloc québécois: elle n'est donc pas efficace!

Tertio: qui regarde les publicités à la télévision? A-t-on oublié la «zapette»?




If the Liberals go, so goes Quebec?

Douglas Fisher
Ottawa Sun, Sun, December 11, 2005

Douglas Fisher says the Liberals will likely harp on fears of the separatist resurgence to win more votes in the rest of Canada

Unless this week's first round of televised debates explode in rancour or one of the party leaders slip up in a big way, a big lull should prevail in the federal election campaign until the second set of debates in January. The electorate's mood now ranges from low-key interest to relaxed indifference. Three of the four leaders have made neither major impact with their policy stuff nor been caught goofing badly.

The Bloc Quebecois' Gilles Duceppe, on the other hand seems to be ablaze where it counts for him, in Quebec. His starry course seems far brighter there than that of Liberal PM Paul Martin, his only rival of note.

Even primitive electoral arithmetic tells us that the Liberals will not return as a majority government if they do not claw back a dozen or so Quebec seats from the Bloc. If, as seems possible, the Duceppe crew takes a half dozen more seats than they already have, the Martinites will need to win back most of the score of Ontario seats lost to Stephen Harper's Conservatives last year.

Traditional concerns

To stay in office, the Liberals need above all to play on the keen, traditional concerns of Ontario voters about Quebec secession. It could be dangerous to do so, but going to town on the "unity" theme will be tempting.

By mid-January, there is a good chance the Liberals will be hammering home in the rest of Canada how imperative it is to turn back Duceppe by voting Liberal. They will surely make this the prime issue across Canada and stress it where it resonates most, in Ontario.

Fear of Quebec secession is a likelier winner than mauling Harper again as a political Dracula, or once more trumpeting Martin as a staunch defender of medicare.

And Liberals will point not just to the Bloc, but to the Parti Quebecois' swelling prospects under their new, young leader, Andre Boisclair. If he defeats Liberal Premier Jean Charest at the next provincial vote, as now seems likely, Boisclair has promised that there will be a third sovereignty referendum -- right away.

Woe to the rest of Canada, the Martinites will warn, if voters turn to Harper and the Conservatives, so ill-equipped to deal with Quebec and the sovereignty file.

Boisclair has already declared that as premier he would ignore Jean Chretien's legacy, the Clarity Act, which sets out the process to be followed if any province moves to put the proposition of separation to its voters.

So, this election does risk a result that sets up a highly dangerous end-of-Canada drama. Will Paul Martin and his veteran handlers turn to a "Canada forever" campaign? Almost certainly -- if opinion polling by the first week in January continues to foreshadow another minority parliament. --

Reviewing the past half-dozen campaigns, one is struck by how stilted and leader-centred they are. All parties play exactly the same game. They all pretend to be visiting with Canadians from town to town, as Laurier and Mackenzie King did -- except today's crowds are nearly always party partisans.

The parties make almost no use of prominent candidates. Martin has few great communicators in his ministry but it is mind-boggling that so far, the most exposed and quoted one seems to be Belinda Stronach, the least educated "star" politician since Stockwell Day.

Some, like me, who are scornful of Martin's dependence on being "very, very very concerned" and of Harper's steely determination not to be steely, would delight in hearing from a larger cast -- from Liberals like Michael Ignatieff, John Godfrey and Scott Brison, or Conservatives like Monte Solberg, Jim Prentice and Rona Ambrose.




Separatists smelling blood in the Pontiac

JAMES TRAVERS
Toronto Sun Dec. 13, 2005

Maniwaki, Quebec - Along with annoying a country otherwise busy with tipsy trees and relatives, this cross-country winter campaign is also unnecessary. With modest creativity, three national and one regional party could fight this election in a single riding that begins within sight of the national capital.

It's been called the Pontiac since long before the first car rolled off the assembly line and it now could be marketed as an election theme park.

Scandal, unity and even trade disputes are all local issues in an urban rich, rural poor area that is part of Quebec but in pockets behaves like Ontario and votes like Alberta.

Better still, the Pontiac has significance stretching well beyond its boundaries. It's here and in Beauce — another far from typical Quebec riding — where Conservatives hold highest hopes of breaking their provincial goose-egg and, should they form a minority government, electing a cabinet minister.

But wait, there's more. What's evident in the Pontiac is a sophistication in the Conservative appeal to Quebec that hasn't been seen since the riding was won 21 years ago by Brian Mulroney's Tories.

Over the weekend, Stephen Harper dropped from his schedule an appearance Sunday in friendly Shawville — a western agricultural enclave where Ottawa-valley English is spoken and voters are as small-c conservative as Albertans — in favour of a Monday event in urban east Buckingham, dominated by Liberals and the Bloc Québécois.

In 2004, a Conservative candidate constricted by party and language limitations held the west only to be thumped by Liberal David Smith in the east and forested north.

Winning the Pontiac is still a long shot for Harper and Lawrence Cannon, a former Liberal Quebec cabinet minister. But this election isn't the last election.

Conservatives are running slick, European-style ads poking fun at the Bloc as a waste of time, energy and a vote. The message to nervous federalists is that there's a better way to punish Liberals than voting for separatists.

Fear of separation is palpable across the Pontiac. A region nursing a grudge that it's been forgotten by both nearby Ottawa and distant Quebec City is wisely worried that a stronger Conservative will let the Bloc seize a federalist riding.

"They are right to think that," says Dan Smith, the candidate's campaign manager. "I'm more worried about her (Bloc candidate Christine Emond-Lapointe) than I am about Lawrence Cannon."

What the twin Smith brothers aren't discussing is a scandal that's the talk of this lumber town.

Ethics commissioner Bernard Shapiro is still investigating allegations that federal contracts were channelled to David Smith's family business, but in the coffee shops, those made more cynical by their own softwood-lumber job losses are rushing to unflattering judgment.

There are also other echoes here of broader Liberal problems. Smith's 2004 nomination triumph over incumbent Liberal Robert Bertrand is still bitterly recalled as part of the Liberal power struggle between Jean Chrétien and Paul Martin.

Even so, lawyer and Cannon organizer Stéphanie Vallée says the Smith organization is strong and will only be beaten by a Conservative campaign that pulls together diverse cultural and economic groups. That, too, is Cannon's theme.

He focuses in an interview on a strategy to lift one of Quebec's largest ridings out of the poverty that is the legacy of an aging resource-based economy. Tourism, more efficient agriculture and the Conservative promise to end the fiscal imbalance between federal taxation and provincial services shape his blueprint for Pontiac's future.

Cannon has been around politics long enough to know change only comes to traditionally Liberal ridings when voters lose faith in the ruling party. He claims that shift is now in motion and will accelerate when voters realize Harper is leading Conservatives away from Reform policies out of sync with Quebec voters.

"This riding is deliverable," he insists.

That's not yet apparent. What's obvious is that Cannon, Harper and the Conservatives are suddenly competitive in a Quebec riding that mirrors Canada better than Quebec.

But it's also true that their best effort could hand a staunchly federalist riding to separatists, grabbing victory thanks to the Liberals and Conservatives splitting the vote.

Cannon says patriotism here is too strong for that, but across the Pontiac that confidence isn't shared.




Duceppe seeks to reassure Anglo-Quebeckers

Tu Thanh Ha
The Globe and Mail Tuesday, December 13, 2005

VAUDREUIL-DORION, QUE. - In a direct pitch to English-speaking and federalist Quebeckers, Bloc Québécois Leader Gilles Duceppe said yesterday that his party is relevant to all voters, "no matter their origin, no matter their opinion on Quebec's constitutional situation."

Saying in his own way that he felt the anglophones' pain, Mr. Duceppe invoked the memory of his British-born maternal grandfather. He said he found it unacceptable that neighbours in the 1950s told his grandfather that he wasn't a true Quebecker.

"Anglo-Quebeckers are 100 per cent Quebeckers and we're very clear on that and I'm very proud of those people," Mr. Duceppe said.

Mr. Duceppe's grandfather, John James Rowley, was one of the so-called British Home Children, orphans or destitute youngsters who were uprooted and shipped to Canada in the early part of the 20th century. Like many of them, Mr. Rowley spent his first years in his new country toiling as a farm worker.

While he insisted that his party has never hidden its secessionist creed, Mr. Duceppe at the same time said that it is safe for federalists to vote for the Bloc since he is waging a federal election, not a referendum campaign.

Mr. Duceppe made his remarks during a visit in Vaudreuil-Soulanges, a riding west of Montreal where one in five voters are anglophones. The Bloc won the riding in 2004 because the Liberals and Conservatives split the federalist vote. The Bloc MP, Meili Faille, has a good reputation and observers predict a tough fight for former astronaut Marc Garneau, the Liberal star candidate.

"This isn't a referendum campaign, it's a federal campaign. When Paul Martin saw the Governor-General, he didn't say, 'I declare a referendum, here's the question,' " Mr. Duceppe said.

He said the Bloc promotes issues that also matter to federalists.

"I want to talk about fiscal imbalance, the environment, employment insurance, sponsorships and ethics in politics. This affects all Quebec citizens, no matter their origin, no matter their opinion on Quebec's constitutional situation."

Later yesterday, before a friendly crowd of farmers in a francophone rural area, Mr. Duceppe played the sovereignty card more forcefully. He said an independent Quebec would have been spared the U.S. trade bans on Canadian beef imposed after mad-cow disease was found in an Alberta cow in 2003.

"If Quebec had been sovereign country we wouldn't have been affected, no more than Italy was affected when France had a mad-cow problem," Mr. Duceppe told farm producers in Saint-Hugues, southeast of Montreal.

The Bloc's critic on citizenship issues, Ms. Faille struck a chord among some local anglophones when she helped former war brides fight through red tape to confirm their Canadian citizenship.

Ms. Faille told reporters that her party's sovereigntist beliefs makes some of her constituents reluctant to vote for her. "A lot of people are on the fence. What's holding them is the sovereignty issue," she said.

Playing down the issue on the campaign trail by saying that it isn't referendum time yet is a long-standing practice among sovereigntist politicians.

In 1994, for example, Jacques Parizeau, then the leader of the Parti Québécois and a hard-line separatist, refused to talk about sovereignty during the provincial election campaign that brought him to office, fuming that journalists, often anglophones, tried "to open a sideshow" by insisting on questions about his party's raison d'être.




Separatists in Quebec Seek Immigrant Votes

CLIFFORD KRAUSS
The New York Times December 12, 2005 Monday

Viviane Barbot, a Haitian immigrant and parliamentary candidate for the separatist Bloc Quebecois, was passing out leaflets at the city's northern Jarry subway station the other morning to the Chinese, Iranian, Moroccan, Vietnamese and Mexican immigrants rushing to work.

Suddenly a young man shouted out in Haitian Creole, ''I know the Barbot family from Haiti!'' Ms. Barbot smiled broadly, though just momentarily, because he added: ''I'm voting Liberal because they give us lots of gifts. If we elect the Bloc, they will take away our country.''

For the separatist movement, turning around the sentiments in that exchange is a key to creating an independent Quebec in the future. For Prime Minister Paul Martin and his governing Liberal Party, keeping them just as they are will be vital not only to winning the Jan. 23 election, but also to winning a third separatist referendum that is expected in the next few years.

The Bloc has put up a record nine candidates of Haitian, African, Middle Eastern and Chinese origin this year to win tossup districts, including Ms. Barbot, who stands a good chance of defeating Foreign Minister Pierre Pettigrew.

The party is emphasizing issues that appeal to immigrants, like fighting discrimination and increasing social assistance and job training for the unemployed.

To appeal to the growing Muslim vote, the Bloc has accepted an offer by Adil Charkaoui, a Moroccan-born man suspected of involvement in terrorist activities whom the government is trying to deport, to campaign for a local ethnic Armenian Bloc candidate who was born in Syria.

''It is a crucial vote,'' the Bloc Quebecois leader, Gilles Duceppe, said of immigrants in an interview this week after making a campaign appearance with Gerard Labelle, a Bloc candidate born in Mauritius. ''It is important for the country that I want to build that these people consider themselves as full Quebecers.''

Recent polls suggest that the Bloc Quebecois stands to improve on its showing last year when it won nearly 49 percent of the popular vote in Quebec to win 54 of the province's 75 seats in the House of Commons. The Bloc was the biggest opposition force in the House of Commons after the Conservative Party over the last year and a half, and it played a crucial role in bringing down the government and forcing the early election.

The government fell after a federal inquiry released a report documenting a Liberal scandal in Quebec including money laundering and illegal party financing during an advertising effort to increase federalist sentiment after the close 1995 referendum.

Before reports of the scandal began to emerge three years ago, the separatists were in a deep decline. But now it is the federalist side that is demoralized, with Liberal candidates mentioning their party by name only in barely visible lettering on their posters.

A good showing among immigrants and their children, who represent about 15 percent of the Quebec population, could give the separatists a majority of the popular vote next month for the first time in history and a gain of three to six seats. That would make the Bloc even stronger in a deeply divided Parliament, and guarantee a wobbly Conservative or Liberal government for the next several years.

''If they get that 50 percent, it gives them all the ammunition, credibility and legitimacy to accelerate going into the next referendum,'' said Christian Bourque, vice president for research of Leger Marketing, a polling firm. ''In a referendum, the immigrant vote is a factor that could tip it over to yes.''

A decade ago when the separatist movement lost a hard-fought referendum campaign by a hair, it won only 5 percent of the immigrant vote after writing it off. Most immigrants, especially those from war-torn countries, came to Canada for stability and have appreciated the Liberal Party for its liberal immigration policies.

Those leanings are beginning to shift, especially among youths who since the late 1970's have been educated primarily in French because of provincial language laws.

Once known as a nearly all white French-Canadian party, the Bloc last year elected Maka Kotto, an actor born in Cameroon, to the House of Commons. Polls now show the Bloc has as much as 20 percent of the immigrant vote in Quebec.

Separatists hope such inroads will help the Parti Quebecois, the Bloc's provincial ally, defeat the broadly unpopular Liberal premier, Jean Charest, in 2007 or 2008 and then push for the next and possibly decisive referendum for independence shortly after that.

''They have made baby steps with immigrants, but they are important baby steps,'' said Jack Jedwab, executive director of the Association of Canadian Studies, a research organization based here. Mr. Jedwab added that the appeal to immigrants also helped the separatists discard an old reputation for being a closed, ethnocentric force chauvinistically proud of their French roots -- a reputation that hurts them with many young and other swing voters.

Mr. Martin raised the stakes of the Quebec vote the other day when he said, ''I think it is really a referendum election.'' In a statement that was made in Toronto but received wide attention here, he added, ''Quebecers have a choice, a choice between a party devoted to destroying Canada -- and us.''

The statement appeared intended to remind immigrants in Quebec that a vote for the Bloc, even in anger over the Liberal scandal, could jeopardize the stability of their adopted country.




Malheureux pays

Michel David
Le Devoir mardi 13 décembre 2005

Il est si rare que Stéphane Dion fasse l'unanimité au Québec et dans le reste du pays qu'il convient de souligner l'événement. De l'avis général, le ministre de l'Environnement a présidé de main de maître la Conférence de Montréal sur les changements climatiques.

D'un naturel altruiste, M. Dion a même eu une pensée charitable pour son collègue Pierre Pettigrew, en voie de perdition dans sa circonscription de Papineau, dont il a vanté la grande «expérience internationale», sans laquelle lui-même ne recueillerait pas tous ces lauriers aujourd'hui.

Hier matin, René Homier-Roy lui a demandé d'expliquer comment il pouvait arriver à s'entendre avec la planète entière, mais pas avec le Québec. Vous l'aurez deviné, ce n'est pas sa faute. «Cela en dit peut-être plus sur mon interlocuteur québécois», a-t-il répondu.

Non, il ne visait pas Thomas Mulcair, qui, d'après lui, est d'accord avec le projet avorté d'entente sur l'application du protocole de Kyoto au Québec. Le «quelqu'un» d'autre qu'il n'a pas voulu nommer est plutôt le ministre responsable des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, celui-là même que Jean Lapierre avait qualifié de «péquiste».

La pollution ne connaissant pas les frontières, l'environnement doit forcément être une compétence partagée. Or le rôle de M. Pelletier est de s'assurer que les intérêts du Québec soient protégés dans ce partage. Dans le cas présent, cela consiste à empêcher Ottawa d'exercer un droit de regard sur les ententes que le gouvernement du Québec signera avec les entreprises pour réduire l'émission de gaz à effet de serre. Il va de soi que seul un homme ayant un dangereux penchant souverainiste peut être aussi étroit d'esprit.

Stephen Harper a pourtant raison: le gouvernement Martin ne semble pas vouloir profiter de ce que Jean Charest dirige le gouvernement le plus fédéraliste que le Québec ait connu depuis celui d'Adélard Godbout, si ce n'est pour centraliser davantage. Coïncidant avec le déclenchement de la campagne, le nouveau bras de fer entre Québec et Ottawa sur le protocole de Kyoto a valeur de symbole. Les tensions sont sans doute inévitables au sein d'une fédération, mais il n'est tout de même pas normal que pratiquement chaque dossier donne lieu à un psychodrame.

***

C'est un bien malheureux pays que celui dont l'intégrité est menacée par ses propres leaders politiques. À entendre les uns et les autres ces jours-ci, la question n'est pas de savoir qui le défendra le mieux, mais qui lui nuira le moins.

Nouvelle pasionaria de l'unité canadienne, Belinda Stronach s'est félicitée que sa forfaiture du printemps dernier ait empêché in extremis Stephen Harper de «briser le pays» pour satisfaire ses basses ambitions. À quoi bon, si c'est pour réélire le dangereux «pyromane» démasqué par Bernard Lord? Paul Martin s'est offusqué de ses propos. «Moi, je veux défendre mon pays, a-t-il assuré. Le rôle d'un premier ministre, c'est de défendre l'unité de son pays.» On est bien content de l'entendre.

Heureusement, il y a Jack Layton, qui a finalement découvert les vertus de la Loi sur la clarté. Un peu tardivement, direz-vous, mais certains sont plus lents que d'autres. Prenez Jean Lapierre, qui a vécu des années de cruelle errance avant de retrouver l'amour de son pays.

Il ne faudrait pas croire pour autant que le chef du NPD soit devenu un émule de Stéphane Dion. Lors de son passage au Devoir, la semaine dernière, il a expliqué comment son père avait jadis claqué la porte du Parti libéral en raison de l'arrogance de Pierre Elliott Trudeau envers le Québec, et il constate que rien n'a changé depuis.

M. Layton évoque avec nostalgie l'époque où Tommy Douglas et Robert Cliche rêvaient d'unir les sociaux-démocrates des deux peuples fondateurs, comme John A. Macdonald et Georges-Étienne Cartier avaient uni les conservateurs un siècle auparavant. Un rêve qui s'est brisé sur l'écueil de la question nationale.

***

M. Layton dit percevoir au Canada anglais un «changement d'attitude» positif envers le Québec, mais pas au point d'envisager une réouverture du dossier constitutionnel. Concrètement, il reconnaît ne pas avoir trouvé la «piste de réconciliation».

Le problème est que les autres partis ne semblent pas l'avoir trouvé non plus, si tant est qu'ils la cherchent. Après plus de 60 milliards de promesses libérales, il était presque insultant pour l'intelligence d'entendre la ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Lucienne Robillard, réitérer que le déséquilibre fiscal est un mythe.

En se contentant de répéter bêtement qu'il faut empêcher le Bloc québécois de contribuer à la tenue d'un référendum, le PLC se dispense de toute obligation de faire lui-même un geste susceptible de réconcilier les Québécois avec un fédéralisme qu'il devient d'autant plus facile d'associer au seul scandale des commandites.

Stephen Harper reconnaît l'existence du déséquilibre fiscal, mais il est plus évasif sur les moyens de le corriger. La commission Séguin recommandait le transfert de la TPS aux provinces, alors que le PC propose de la diminuer. De la même façon, verser aux parents canadiens 1200 $ par enfant d'âge préscolaire, plutôt que de transférer l'équivalent aux provinces, ne ferait que compliquer l'application de la politique familiale québécoise, comme l'a fait la prestation nationale pour enfants.

En 2004, Jack Layton ne voyait pas la solution au déséquilibre fiscal dans le transfert de point d'impôts. Il serait maintenant disposé à faire une exception dans le cas du Québec, s'il se révèle impossible de négocier une entente dans un secteur relevant de sa compétence exclusive. Il n'a cependant pris aucun engagement officiel. D'ailleurs, après son revirement sur la Loi sur la clarté, tout ce que M. Layton peut dire au sujet du Québec est sujet à caution.




Our Canada may not include Quebec

Gary Reid
Canada Free Press Tuesday, December 13, 2005

I bet this federal election will have a different result from the last one. It will be a minority Conservative government. In fact, I have a toonie riding on the outcome with CFP managing editor, Judi McLeod.

The polls now favour Judi’s money. But, these are early days; the real campaign will not start to come together until the New Year. The 16% of undecided voters will make up their minds in the last three weeks.

Why am I betting on a Conservative minority?

First, Harper is running a better campaign than last time.

So far, he has kept a tight control on less diplomatic members of his caucus, and except for one gaffe, where Peter Mackay appeared to contradict him, his message has been clear and positive. He has offered real policy options and avoided the blind alley of trying to appeal to voters solely on the basis that his party is the anti-Liberal party. And, having made enough hay in the previous parliament about the Liberal money mismanagement and theft, he has wisely chosen to tone down the beating of that bleeding horse.

Although he lacks charm, Canadians have adjusted to the fact that he is now part of the permanent political landscape and doesn’t really come to Ottawa with horns growing from his head.

On the other side, Paul Martin has not been managing a particularly effective campaign and voters have recognized that he is less than a sterling Prime Minister. He gets more than his fair share of boos in public. His aides have embarrassed him on national radio by telling the audience that voters cannot be trusted with their own money or their own children.

There is an abiding suspicion that the country’s Finance Minister could not have been ignorant about Ad-Scam, as Mr. Justice Gomery claimed. Given Martin’s track record in stealthily stealing the party and ousting his former boss, Chrétien’s claim, that Gomery really represents just another political knife thrown by Martin, doesn’t seem that outrageous. Above all, a government, even a short one like Martin’s, has to run on its record.

Martin failed to mend fences with the Americans. In a classic case of the kettle lecturing the pot on being black, he annoyed the U.S. government by singling it out as a global environmental back-slider at the climate conference in Montreal. Despite massive amounts of federal cash given to provinces, there is still no evidence that waiting times for medical services have been reduced. And two-tier medicine marches apace.

Under his watch, Canada lost its softwoods lumber case at the World Trade Organization, thereby strengthening America’s hand. The separatists are emboldened in Quebec. Democracy has not advanced and Chrétien’s legacy has not changed; Michael Ignatieff was parachuted into a Toronto riding over the protests of local riding members. Ironically, this is the same riding that Chrétien handed to Jean Augustine.

The little things begin to add up. Martin, a Catholic, could not say he was buying a Christmas wreath when the media asked whether he would call it a Holiday wreath. Paul had an epiphany on the road to Toronto, and unwisely chose a high crime neighbourhood to announce his "get tough on guns" program. Banning weapons that are already virtually banned earned him the title "jackass" by the father of a recent gun victim.

He appears like he is playing catch-up with the Conservatives and the media is distinctly cooler to him and kinder to Harper. This is a reversal from the last election.

Political commentators in the mainstream media believe that Martin will pull out all the plugs after the Christmas break and play the Quebec separation card for all it is worth. Since the Conservatives have made no inroads in Quebec, the Liberals will portray themselves as the best party to keep the country together. This is something that has played well in the past to Ontario voters.

Such hypocrisy! The separatist have always strengthened under the Liberals, or when the Liberals destroyed the Progressive Conservatives’ attempt to heal the nation. The two separation referenda have occurred during Liberal governments. And Martin is sure to lose Quebec seats to the Bloc this time around.

What the Liberals and the pundits may be missing, however, is that a good portion of the electorate in Ontario has grown tired of the Quebec threat. They are fed up with the idea that a Prime Minister can only come from that province. Now when you raise the topic of Quebec leaving Confederation, more often than not, the response you get is, "I wish they would," or, "it’s probably inevitable".

Maybe our Canada will not include Quebec. Whatever will the Liberals do?




Le mépris n'aura qu'un temps

Michel Rioux
Le Devoir mardi 13 décembre 2005

Lettres: Longueuil - Ainsi, comme l'a affirmé Mme Chalifoux-Sherrer, applaudie en cela par Mme Lucienne Robillard, le peuple québécois est un peuple de pauvres qui, heureusement pour eux, peuvent compter sur les autres, les Canadians, pour se faire vivre!

Mais de quelle abnégation ne font-ils pas preuve, ces habitants du ROC, se demande-t-on, un peu sonnés quand même. Depuis le temps qu'ils nous feraient vivre, qu'ils nous sauveraient de la misère, qu'ils déverseraient ici l'argent à pleine pelle, et nous qui ne montrons aucune reconnaissance.

Imaginons plutôt la situation suivante : depuis des années, un individu du genre paresseux vit dans votre maison, à vos crochets. Vous le faites vivre, en quelque sorte. Loin de vous remercier, il n'a de cesse de se plaindre de sa situation, allant même jusqu'à vous menacer de quitter les lieux...

Quand il vous annonce son départ, que faites-vous ? Vous vous en félicitez ? Pas du tout.

Tous les sentiments y passent : vous vous fendez en démonstrations d'amour, en plaidoyers pour une amitié commune, quand ce ne sont pas des menaces et des récriminations à l'endroit de cet ingrat pour lequel on a tant fait.

Vous voyez bien que ce n'est pas ainsi que les choses se passent dans la vraie vie. Si les Canadians et leurs valets francophones de service tiennent tant à ce qu'on demeure dans leur maison, c'est qu'ils y trouvent leur intérêt. Qui n'est pas le nôtre, cependant.




Le CUSM, l'hôpital de tous les Québécois?

Benoît Dubreuil, Candidat au doctorat, Université libre de Bruxelles
Le Devoir mardi 13 décembre 2005

Mme Heather Monroe-Blum, principale de l'université McGill, et M. Arthur Porter, directeur général du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), ont récemment pris la plume (Le Devoir, 7 décembre 2005) pour défendre la place de leurs institutions dans l'économie générale de la recherche en santé au Québec. Répondant à Jean-Robert Sansfaçon (Le Devoir, 21 novembre 2005), les auteurs soutiennent que le CUSM est une institution pleinement québécoise, et non seulement anglophone.

À notre avis, les autorités du CUSM jouent sur deux tableaux en même temps en tentant de justifier les investissements (au moins 800 millions de dollars) promis par Québec pour construire le «nouveau CUSM». De deux choses l'une : ou bien le CUSM est une institution qui appartient à tous les Québécois, ou bien il s'agit d'une institution qui appartient à la communauté anglophone.

Si le CUSM appartient à tous les Québécois, il est difficile de comprendre pourquoi le français n'y occupe pas une place plus importante. Mme Monroe-Blum et M. Porter soulignent que 60 % des quelque 10 000 employés du CUSM sont de langue maternelle française. Or, même si le français est la langue maternelle d'un grand nombre d'employés, il ne semble pas en être la langue de travail, comme en fait foi une étude de l'Office de la langue française qui indiquait qu'en 2001 20 % des patients étaient en contact avec du personnel ne parlant pas français dans les hôpitaux anglophones. Et qu'en est-il de la langue de recherche ? Un simple survol de l'Institut de recherche du CUSM montre que les francophones y sont largement minoritaires.

Finalement, comment expliquer que les francophones soient virtuellement absents du conseil d'administration du CUSM ? Sur 22 membres, on retrouve seulement trois francophones au c.a., dont le représentant de la Régie de la santé et celui du MSSS.

La situation n'est malheureusement pas plus rose au c.a. de la Fondation du CUSM ni au c.a. de l'université McGill. Pourquoi y a-t-il si peu de francophones, alors que ceux-ci représentent 82 % de la population du Québec ? Simple hasard malheureux ? Absence de «francophones qualifiés» ? On peut penser que non.

Cela nous laisse penser que le CUSM s'adresse d'abord et avant tout à la communauté anglo-québécoise. Mais alors, pourquoi devrait-il obtenir 43 % des investissements fédéraux dans la recherche en santé au Québec (par l'IRSC), puisqu'il n'y a que 8 % d'anglophones au Québec ? Pourquoi devrait-il obtenir le même financement que le CHUM, puisqu'il n'y a que 12 % d'anglophones dans la RMR de Montréal.

À cela s'ajoute le fait que l'université McGill, à laquelle sont attribuées 25 % des places en médecine à chaque année, a le pire taux de rétention au Canada. En effet, seulement 47 % des médecins formés à McGill sont encore présents au Québec cinq ans après l'obtention de leur diplôme, alors que le chiffre équivalent est de 89,7 % pour l'Université de Montréal et de 93,4 % pour Laval. Les investissements publics massifs dans la faculté de médecine de McGill en valent-ils la peine ? D'autant plus que l'attribution de certaines spécialités au CUSM, comme le veut le plan de répartition du ministre de la Santé, signifiera qu'il sera désormais impossible de se former en français dans certaines filières en Amérique du Nord.

À tous quand il s'agit de payer

Mme Monroe-Blum et M. Porter sont dans une situation inconfortable. Si le CUSM appartient à la minorité anglophone, on ne comprend pas pourquoi il devrait occuper une place aussi prédominante. Par contre, si le CUSM appartient à tous les Québécois, on ne comprend pas pourquoi le français n'y est pas la première langue de travail et de recherche.

La réponse est simple : c'est que le CUSM appartient à tous les Québécois lorsqu'il s'agit de payer, mais à la minorité anglophone lorsqu'il s'agit d'obtenir des postes de prestige et de direction.

Il est injustifiable que le CUSM continue de récolter la part du lion en matière de financement de la recherche en santé, tout en entretenant une dynamique qui mine le prestige du français comme langue de travail et de recherche, tout en favorisant l'exode des médecins.

Il y a deux solutions possibles : la première est de réduire la place du CUSM dans la recherche en santé au Québec, en transférant des ressources au CHUM, au CHUL et au CHUS. Le CUSM retrouverait alors sa vocation première qui est d'offrir des services en anglais à la minorité anglophone.

La deuxième solution est de mener à terme la logique d'intégration et de faire du CUSM un véritable établissement québécois. Cela implique d'imposer le français comme langue de travail au CUSM et de garantir une représentation équitable des francophones à tous les échelons de la hiérarchie.




Le Québec du Rocket

Lysiane Gagnon
La Presse mardi 13 décembre 2005

Quel sera l'impact politique du film Maurice Richard (s'il en a un, ce qui n'est pas évident)?

Je serais en tout cas fort étonnée qu'il apporte de l'eau au moulin de la cause souverainiste. Pour une raison bien simple: c'est que cette histoire des années 40 et 50, vue à travers la réalité d'aujourd'hui, montre à quel point le Québec a changé.

Depuis le temps où Maurice Richard incarnait le petit Canadien français bafoué par les " Anglais ", tout a changé, et ce film le montre éloquemment. Les francophones, naguère " nés pour un p'tit pain ", ont fait des pas de géant, passant d'un statut de majorité dominée à une position de pouvoir dans tous les domaines. Et la langue française, cette langue honteuse de naguère, loin d'être en mode de survie, est désormais la langue commune du Québec et une des deux langues officielles du Canada.

Je n'ai aucun souvenir de cette fameuse émeute qu'avait déclenché, en 1955, la suspension de Richard des éliminatoires. J'étais à l'école, et ni le hockey ni la politique ne m'intéressaient. C'est bien plus tard que j'ai compris que cette émeute avait un sens sous-jacent. Un champion bagarreur auquel s'identifiait un petit peuple en état d'infériorité, une suspension injuste... D'où la colère populaire, viscérale et brutale mais éphémère.

Richard lui-même a eu tôt fait de rentrer dans le rang- une autre défaite, ajoutée à tant de petites humiliations quotidiennes qu'on avait tôt fait de ravaler... Les auteurs du film ont eu beau se fendre en quatre pour lui donner une stature de héros, cette construction idéologique ne trompera personne: Maurice Richard, en dehors de la patinoire, était un perdant. Et c'est une image dans laquelle les Québécois ne se reconnaissent plus.

Dommage que le film escamote cette émeute qui était pourtant censée être le seul temps fort de l'histoire. Au lieu de reconstituer et de dramatiser l'événement, on nous montre de brèves et confuses scènes d'archives qui évoquent davantage la bousculade que l'émeute. Les jeunes spectateurs, habitués à la violence des grandes manifestations altermondialistes, se demanderont sans doute pourquoi cette échauffourée est passée à l'histoire.

Ce qui les étonnera, cependant, sera cette vision de Montréal qui tranche si extraordinairement avec la réalité actuelle. Car la ville où se situe le film est une ville anglaise: des raisons sociales des commerces jusqu'aux affiches du Forum annonçant les matchs de hockey, tout était en anglais. Idem pour les instructions données aux joueurs, dont beaucoup étaient francophones et à peine bilingues. En fait, on parle beaucoup plus anglais que français dans ce film. Je l'ai vu au Forum, en version anglaise sous-titrée, et les sous-titres français étaient rares. La version française doit être bourrée de sous-titres. (Autre voyage dans le temps, de l'ancien Forum où se déroule le film au grand temple multi-écrans qui l'a remplacé...).

Une scène éloquente montre l'entraîneur Dick Irving se résolvant enfin à dire deux mots en français aux joueurs qui viennent de remporter la coupe Stanley. Il lit péniblement la courte phrase que quelqu'un lui a écrite sur une feuille de papier. Les joueurs, reconnaissants, l'ovationnent. Irving est ému. C'était le timide début d'un temps nouveau... Comparons les anciens patrons unilingues du Canadien avec les Anglos d'aujourd'hui- cette population aujourd'hui bilingue, et qui s'est somme toute bien adaptée aux rigueurs de la loi 101!

La ville que nous montre ce film fut, à cette époque précisément, le bouillon de culture d'où allait surgir le mouvement indépendantiste des années 60. Ce centre-ville au décor anglophone où même les bourgeois francophones se faisaient traiter en étrangers. Ces " I don't speak French " qu'on se faisait lancer à la figure. Ce " God Save The Queen " qu'on faisait jouer rituellement dans les grands cinémas de la rue Sainte-Catherine...

La situation qu'un Maurice Richard acceptait comme une fatalité, les jeunes Montréalais instruits de la fin des années 50 et des années 60 allaient la rejeter coléreusement. C'est cette colère et cette fierté blessée qui ont donné au mouvement souverainiste sa fièvre, sa force de frappe et sa passion.

Suprême ironie, la loi 101, en réglant le contentieux le plus porteur, a affaibli le mouvement souverainiste, désormais privé de son moteur essentiel et forcé de se rabattre sur des thèmes de comptables qui ne touchent pas au sentiment identitaire- déséquilibre fiscal, dédoublement des compétences...




Beer, popcorn and the daycare difference

EDITORIAL
The Gazette (Montreal) December 13, 2005 Tuesday

Scott Reid, communications director for Prime Minister Paul Martin, has done Canadians a service with his loose-lipped one-liner about "beer and popcorn." He has opened a window, revealing a fundamental difference between Liberal and Conservative views, not only on family policy but on the whole question of how much government is enough, and how much is too much.

Speaking on CBC on Sunday, Reid touted the Liberal plan to spread $11 billion among the provinces over the next 10 years, to fund daycare. That's an extension of the just-set-up $5 billion, five-year subsidies. And he was attacking the Conservatives, who would back out of those newly-signed deals, and instead give parents of every child under age 6 the sum of $1,200 a year, to spend as they see fit. That, plus tax credits to encourage a range of projects such as companies offering daycare for employees, would cost $10.9 billion over five years, the Tories say - more than the Liberal plan.

The problem, from Reid's point of view, is that parents would blow the Tories' money on "beer and popcorn ... there are no controls over what the (Conservative promise) money goes toward. Under our plan, money will go to child care," he said.

Pretty much as soon as he was off the air, Reid was trying to back away from what he said. But the same day another prominent Liberal, John Duffy, said on CBC radio that he agreed: "There is absolutely nothing to stop somebody from pocketing Stephen Harper's $1,200 supposed child-care baby bonus and spending it however the heck they want, on beer or popcorn or a coat or a car or anything."

The tone of righteous indignation suggests that these Liberals see the money as theirs. The fact that every penny comes from taxpayers seems not to matter: the state knows better than parents how to spend their money to care for their children. It's not a mind-set many parents, even those eager for subsidized daycare, will uncritically accept.

Another point: Do Reid and Duffy have the same objection to the Canada Child Tax Credit? Today, as it happens, is the monthly payment day for these cheques to means-tested parents. Is that money also squandered, Mr. Reid?

Now let's look at the Liberal policy: federal money for this province will go not directly to daycares but to the Quebec consolidated revenue fund, to come out again at the whim of the province. Quebec taxpayers now shell out $1.2 billion to subsidize the 194,000 youngsters in $7-a-day daycare. But many thousands more are waiting for daycare, or would use daycare if it were available.

So all taxpayers now subsidize daycare - through both provincial and federal tax bills - but only some of those who want the service can get it. Meanwhile those who don't want it - families with a stay-at-home parent, principally - are forced to subsidize those who do.

This is the dark side of the claim that "it takes a village to raise a child." For the great majority of families, the state should have the humility to trust parents to take care of their own children, by using their own money. Subsidized daycare should be tightly targeted at those who truly need it, principally single parents.




Does Canada's immigration model work? : NO

Herbert Grubel
The Globe and Mail Tuesday, December 13, 2005

Our policy must make more financial sense, says economist HERBERT GRUBEL

One reason for fixing Canada's immigration system is revealed by a Statistics Canada report on the 2001 census. The cohort of immigrants that arrived 11 years earlier earned in their first year in Canada half of what Canadians of comparable education, age and the same gender earned. This earnings gap has narrowed, reaching 20 per cent in 2000, but no more narrowing is expected.

Behind these statistics lies much human misery and disappointment; for a graphic description see the website created and financed by Canadian immigrants who've returned to their native countries for reasons given on the site -- including the inability to find a job in the immigrants' profession and high taxes (www.notCanada.com). The policies that produce these unfortunate outcomes for immigrants also have serious fiscal implications for Canadian taxpayers. These immigrants (and families) are entitled to Canada's benefits, such as public education, health, welfare, unemployment insurance, child-support payments, tax credits for low-income earners and public pensions, except for CPP payments based on past contributions.

Immigrants with lower average incomes pay much lower sales, property, health and other types of taxes than Canadians pay on average. Most important, immigrants on average pay a considerably lower rate of income tax. In Canada, the top 10 per cent of all income tax filers pay 50 per cent of all taxes, while the bottom half pay only about 5 per cent. More than 50 per cent of the 1990 immigrant cohort were in the bottom half in 2000.

Using government figures, I estimate that in the year 2000, other Canadians paid $1.4-billion in transfers to the 216,000 immigrants in the 1990 cohort. The 2.9 million immigrants who arrived between 1990 and 2002 cost other Canadians $18.3-billion in transfers in just the one year, 2002, when federal program spending was $116-billion in total.

Ottawa plans to raise the incomes of recent immigrants through more skills and language training, reforms of professional licensing processes and other measures. I welcome such programs and hope that they'll succeed; it is in everyone's interest that newcomers do well.

However, even if the post-1990 arrivals eventually have the same incomes as other Canadians, the transfers that have taken place in the early years will never be repaid, because once the immigrants reach income parity they just pay for the government services they consume.

If future immigrants selected under the present system will require expensive measures to raise their earnings potential in Canada as announced recently, the unrecoverable costs to taxpayers will be even higher than indicated above.

Of course, immigration may be worth the fiscal costs if Canada enjoys corresponding benefits. There are alleged to be economies of scale, but increasing costs of congestion, pollution and construction offset them.

Cultural diversity has reached a saturation point, and immigrants are unwilling to settle permanently in remote areas.

Canada still has skills shortages despite the massive rates of immigration in recent years. The problems caused by the aging of the population cannot be solved by immigration. There aren't enough young people with the right skills willing to come here to meet our needs, and their propensity to have small families once in Canada only postpones the population aging.

Some of us see immigration as a way of relieving Third World poverty; this motive is tarnished by the selection of doctors and other professionals whose loss hurts those countries. The bottom line: It's really not in Canadians' interest to maintain the present immigration system, which may be expected to bring more misery to disappointed immigrants and large fiscal burdens for taxpayers.

Past immigration policy reforms haven't solved the problems because they always left politicians and bureaucrats in charge. We need a radically new approach. The present NAFTA system shows the way. It allows citizens of the United States and Mexico to enter Canada with a temporary work visa if they have a job waiting in specified industries and occupations. If visa holders become unemployed, they must leave Canada. The work visa is renewable and eventually leads to permanent immigrant status.

A suitably modified system using private-sector information and a larger role for private enterprise in administering it is feasible. Meanwhile, let's discuss the current system's problems and reform proposals in this election campaign. Immigration is good for Canada -- if it is done in a proper manner and scale. We're far from that. Herbert Grubel, a senior fellow at the Fraser Institute, is a professor emeritus of economics at Simon Fraser University.

For more information see www.fraserinstitute.ca.




Does Canada's immigration model work? : YES

Don DeVoretz
The Globe and Mail Tuesday, December 13, 2005

It needs fine tuning, but it strikes a good balance, says economist DON DeVORETZ

One of the central tenets of Canada's century-old historical paradigm for economic and social development is to pursue a robust immigration program. Our modern immigration program, like our hockey prowess, is more admired outside of Canada than inside. When Australia, and later Germany, sought modern, rational immigration policies, they chose the Canadian model -- proving again that imitation is the highest form of flattery.

What is this Canadian model and can it still be used to make a strong argument to maintain a robust and balanced immigration program? I think it can, but, as with any tried and proven model, some revisions are in order.

The 1978 Immigration Act explicitly identified and allowed the admission of economic, family class and refugee arrivals; it was the base on which, in the early 1990s, a Conservative government, and later a Liberal one, built an immigration program that argued that, if 50 per cent of our immigrant arrivals were in the economic class, this could foster economic development and support the family class and refugee arrivals. When this balance occurs, all the scientific evidence indicates that immigrants, on average, make a net contribution to Canada's treasury.

Based on this principle of cinquante-cinquante, Canada's immigration intake expanded in the early 1990s to admit more than 200,000 annual arrivals. Does this policy still help Canada realize both its economic and humanitarian objectives? I'd say yes; indeed, we could admit at least 300,000 arrivals a year to further Canada's economic and social development in the 21st century -- if we actually do what we say we're doing.

First, let's dispel the myth that we are screening 50 per cent of our immigrant arrivals for their economic prowess. In fact, we only screen about 25 per cent of our arrivals with our world-renowned "points system." How do we change this? I'd more fully evaluate the spouses of any economic or independent-class arrival. Fulfilling this goal would ensure that immigrants would continue to be net contributors to the Canadian treasury and undermine misinformed critics.

Next, let's recruit foreign graduate students to expand our yearly total of immigrant arrivals. There are more than 100,000 foreign students in Canada, and this highly trained group could easily form the sole source of any further planned increase in economic immigrant numbers -- and eliminate the crisis over recognizing immigrants' credentials. On graduation, these future Canadians would already know one or both of Canada's official languages; they'd have recognized credentials; and, initially, they could be compelled to move to cities in need of larger immigrant intakes, such as Halifax or Winnipeg, without confronting Charter issues.

While recruiting new arrivals, let's be more geographically selective and recognize that some foreign-sourced immigrant groups are overachievers. In other words, some immigrants economically outperform both other immigrants and Canadians. These groups include Western and Eastern European immigrants. We could recruit heavily from such areas by opening or expanding Canadian consulates in these countries.

Finally, let's expand and revise the provincial nominee program to allow semi-skilled immigrants to fill particular labour niches in cities and regions. As Canada's population ages, the demand for semi-skilled health-care workers will grow, especially in demographically challenged provinces such as Saskatchewan and British Columbia. As well, explosive growth means the B.C. and Ontario building trades require selective admissions of skilled construction workers, local needs that could be met with an expanded provincial nominee program.

Once the number of economic immigrants is increased, we could expand the family class and refugee intake, always remaining mindful of the need for a balanced immigration program. I'd expand private refugee sponsorships by providing tax incentives for private sponsors of immigrants from designated refugee-producing areas.

In sum, Canada could easily add 100,000 new immigrants yearly through increased foreign student enrolment and recruitment; increased immigrant recruitment from new source countries; and greatly expanded semi-skilled immigrant flows under the provincial nominee program. These efforts would, in turn, allow expansion of the family class and refugee numbers. With some fine-tuning of its economic and humanitarian components, this immigration model could continue to maintain Canadian values and help build a robust future.

Don DeVoretz is a professor of economics at Simon Fraser University and co-director of RIIM, Vancouver's Centre of Excellence on Immigration and Integration.




Le «droit» à un environnement sain dans la Charte québécoise - L'imposture

David Robitaille, Doctorant et professeur à temps partiel, Faculté de droit, Université d'Ottawa
Le Devoir mardi 13 décembre 2005

En novembre 2004, le gouvernement Charest annonçait l'éventuelle consécration du «droit» à un environnement sain dans la Charte québécoise. Considérant la force symbolique de cette dernière, il est compréhensible que cette nouvelle ait été accueillie favorablement au sein de la population.

Si séduisante cette modification à la Charte puisse paraître, il n'en demeure pas moins que, compte tenu des limites qu'elle comporte, elle n'instituera aucun véritable «droit à l'environnement», contrairement à ce que laissait entendre le ministre Thomas Mulcair devant les médias.

Les limites au «droit» à l'environnement

Révélateur à cet égard, le texte du futur article 46.1 énonce que «[t]oute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, de vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité». D'autres dispositions socio-économiques de la Charte emploient des termes similaires, notamment les articles 40 et 45 qui affirment respectivement le droit de «[t]oute personne [...], dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, à l'instruction publique gratuite» et le droit de «[t]oute personne dans le besoin [...] à des mesures d'assistance financière et à des mesures sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un niveau de vie décent».

Ces références aux normes prévues par la loi ont été interprétées par les tribunaux comme des limites intrinsèques à la portée des articles 40 et 45. Cela signifie que ces dispositions, comme ce sera certainement le cas de l'article 46.1, ne peuvent devenir effectives que par l'adoption d'une loi, c'est-à-dire que l'étendue de la protection réelle qu'elles accordent aux individus dépend uniquement et nécessairement de ce que prévoit la loi et n'ont, en soi, aucune signification juridique propre.

Le «droit» à l'environnement devra par ailleurs être lu en corrélation avec l'article 52 de la Charte, lequel accorde une primauté à certains droits (notamment les libertés fondamentales et le droit à l'égalité) sur les dispositions contraires des autres lois québécoises d'où, selon la Cour suprême, leur statut «quasi constitutionnel». En cas de non-respect, ils sont ainsi susceptibles de constituer la base d'un recours juridique et mener, finalement, à l'invalidation de lois québécoises qui leur portent atteinte.

Le législateur québécois a cependant sciemment omis d'accorder un tel effet aux droits économiques et sociaux, dont fera parti le «droit» à l'environnement, qui ne disposent donc d'aucune supériorité par rapport à la législation québécoise.

Un énoncé symbolique

Constatant cette «double limitation», les tribunaux en ont conclu, de façon générale, que les articles 40 et 45 ne consacraient pas de véritables droits de la personne mais faisaient plutôt figure d'énoncés symboliques. Ceux-ci estiment en effet qu'ils ont le pouvoir de constater et de déclarer judiciairement la violation de ces droits, mais que leur mise en oeuvre est une question purement politique.

Par exemple, si les mesures d'aide sociale adoptées par le législateur ne sont pas «susceptibles [d']assurer un niveau de vie décent» tel que le prévoit l'article 45 de la Charte, les tribunaux ne peuvent rien faire d'autre que de le déclarer symboliquement dans un jugement sans pouvoir contraindre juridiquement l'État à s'y conformer.

De même, les recours qui pourraient être institués afin de faire vérifier judiciairement si les normes établies par la Loi sur la qualité de l'environnement ou les objectifs fixés en vertu de la Loi sur le développement durable respectent le «droit [...] de vivre dans un environnement sain [...]», se solderont vraisemblablement soit par un échec ou, tout au plus, par une simple déclaration constatant la violation de l'article 46.1.

Il s'agit, vous en conviendrez, d'une source d'espoir ou d'une consolation bien mince. Malgré les effets symboliques ou la pression politique que pourrait exercer un jugement déclaratoire sur le gouvernement, le justiciable qui intente un recours devant les tribunaux recherche d'abord un résultat concret dont les effets se feraient sentir de façon palpable dans sa vie. À cet égard, l'exemple le plus frappant à ce jour demeure sans doute l'affaire Gosselin dans le cadre de laquelle une personne ne recevant que 170 $ d'aide sociale par mois pour (sur)vivre, s'est en vain adressée aux tribunaux afin d'obtenir justice.

En assujettissant le caractère opérationnel et le contenu normatif de l'article 46.1 à la loi, le ministre Mulcair n'était pas sans savoir que les modifications projetées à la Charte québécoise par son avant-projet de loi n'allaient pas y consacrer un véritable «droit» de tout citoyen à un environnement sain. Ce droit, ainsi que ses limites, est d'ailleurs déjà prévu dans la Loi sur la qualité de l'environnement qui énonce que «[t]oute personne a droit à la qualité de l'environnement [...] dans la mesure prévue par la présente loi [...]».

N'ajoutant rien de neuf à ce que cette dernière loi prévoit déjà, l'«énoncé symbolique» que représentera l'article 46.1 ne fera au mieux qu'indiquer que la société québécoise accorde une certaine importance à la qualité de son environnement.

Pour pouvoir prétendre à la reconnaissance d'un véritable droit de la personne à l'environnement, le futur article 46.1 devrait plutôt être libellé ainsi : «Toute personne a droit de vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité.» Sans cette modification, toute autre tentative pour faire croire à l'inclusion du «droit à l'environnement» dans la Charte québécoise relève, avec respect, de l'imposture intellectuelle destinée à se faire du capital politique ou à se donner bonne conscience.




L'accord de Montréal assure la pérennité du protocole de Kyoto après 2012

Hervé Kempf
Le Monde Mardi 13 décembre 2005

A 6 h 05, samedi 10 décembre, après une ultime nuit de discussions, Stéphane Dion, président de la conférence de Montréal sur les changements climatiques, entérinait l'adoption d'une dernière décision par plus de 2 000 négociateurs réunis dans la métropole québécoise, couronnant de succès une conférence qui restera comme une étape majeure dans la lutte internationale contre le changement climatique. Le bilan de la conférence de Montréal répond à la principale question qui était posée : oui, la communauté internationale commencera à discuter rapidement de la prolongation du protocole de Kyoto au-delà de son échéance de 2012. Mieux, les pays du Sud entreront dans cette discussion qui pourrait, à terme, les conduire à s'engager à limiter les émissions des gaz à effet de serre. Enfin, les Etats-Unis reviennent à la table générale du débat, sous l'égide de la Convention de 1992 sur le changement climatique.

Sur le plan technique, la première décision se réfère à l'article 3.9 du protocole de Kyoto. Signé en 1997, celui-ci engage les pays développés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en 2012. Mais pour conforter les investisseurs et les entreprises qui commencent à mettre en oeuvre les dispositifs créés pour satisfaire cette exigence, il était nécessaire de leur donner le signal que Kyoto continuera au-delà de 2012. C'est ce qui est fait, grâce à l'engagement d'un " processus - qui - commencera sans délai ", afin d'" assurer qu'il n'y aura pas de vide " après 2012.

Le deuxième texte renvoie à l'article 9 du protocole, qui prévoit l'examen par toutes les parties du protocole de Kyoto à une date déterminée : cet examen est donc planifié. Il s'agit ici, implicitement, d'inviter les pays émergents, dont les émissions croissent de manière importante, à entrer dans le jeu d'engagements, certes moins contraignants que ceux des pays développés.

Enfin, le troisième texte adopté à Montréal ouvre " un dialogue sur l'action à long terme " : l'enjeu politique était ici d'obtenir la participation des Etats-Unis, alors que le président Bush a refusé le protocole de Kyoto en 2001. Le dialogue se fera dans le cadre de la Convention sur le changement climatique, beaucoup moins contraignante que le protocole : il n'y a certes pas d'obligation à la clé pour le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, mais du moins les Etats-Unis reviennent dans un débat qu'ils désertaient depuis quatre ans. Et tous les participants ont dans l'idée qu'en 2008, le successeur de George Bush sera beaucoup moins hostile à la diplomatie climatique. Bill Clinton, vendredi 9 décembre, a décrit ce que pourrait être l'attitude d'un président démocrate, en expliquant qu'une politique axée sur des économies énergétiques et la recherche d'énergies alternatives pourrait créer de nombreux emplois et une nouvelle dynamique économique.

La conférence a par ailleurs adopté de nombreuses décisions techniques mais importantes. Le " mécanisme de développement propre ", qui favorise les transferts de technologie " propre " vers les pays du Sud, a été renforcé. Un texte sur " l'adaptation ", c'est-à-dire sur la façon de limiter les impacts d'un changement climatique qui est en train de se produire, a été entériné. La conférence a également convenu de conforter " l'observance ", c'est-à-dire les sanctions applicables aux Etats qui ne respecteraient pas les engagements pris à Kyoto. En droit international, il y a là le noyau de ce qui pourrait devenir une référence en matière de respect par les Etats de leurs obligations.

Ce bilan largement positif ne préjuge cependant pas d'obstacles ultérieurs. Et notamment de l'opposition des Etats-Unis, qui subsistera, malgré la concession accordée. Cette opposition sera symbolisée, en janvier 2006, par la réunion du partenariat Asie-Pacifique : réunissant depuis juillet l'Australie, la Chine, le Japon, la Corée, l'Inde et les Etats-Unis, il est, selon Washington, un moyen de contourner Kyoto. Signe de l'importance que Washington accorde à l'affaire, c'est la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice qui se rendra à la réunion, alors que c'est simplement la sous-secrétaire d'Etat aux affaires mondiales, Paula Dobriansky, qui a conduit la délégation américaine à Montréal. Mais Mme Rice aura fort à faire pour convaincre qu'il ne s'agit pas là d'un combat d'arrière-garde.

« Nous allons réconcilier l'humanité avec sa planète », espère Stéphane Dion

Stéphane Dion, ministre canadien de l'environnement, président de la conférence de Montréal : " Si nous ne faisons rien de plus que maintenant, les émissions de gaz à effet de serre auront augmenté de 50 % d'ici à 2030 ; alors qu'au contraire la science nous demande de les diminuer d'au moins 50 %. Nous avons complété notre marathon de Montréal, mais la route est si longue devant nous. Grâce au plan de Montréal, nous allons la faire ensemble, cette route. Oui, nous allons réconcilier l'humanité avec sa planète. " [...]




Agriculture: La libéralisation des échanges profitera d'abord aux pays riches

Éric Desrosiers
Le Devoir mardi 13 décembre 2005

La FAO met en lumière quelques clichés

Quoi qu'en disent les pays riches, c'est bien plus à eux-mêmes qu'aux pays pauvres qu'ils rendront service en réduisant leurs tarifs et leurs subventions dans le secteur agricole. Quant aux pays pauvres, ils ont bien plus à gagner de la réduction de leurs propres barrières commerciales que de celles des pays riches. Il faut toutefois se garder de prêter au commerce des vertus magiques contre la pauvreté et laisser le temps aux gouvernements du Sud de mettre en place les politiques sociales et économiques nécessaires au développement.

Le plus récent rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) portant sur le commerce agricole et la pauvreté prend à contre-pied bien des idées reçues sur la question au coeur des négociations du cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). À commencer par les principaux bénéficiaires d'une éventuelle libéralisation des échanges.

Au bout du compte, ce sont les pays industriels, et non pas les pays en voie de développement, qui ont le plus à gagner de telles réformes, concluent, par exemple, les spécialistes de l'organisation internationale. C'est là, en effet, que l'on subit le plus les distorsions économiques attribuables à ses propres subventions et tarifs astronomiques. «Et ce sont les consommateurs des marchés actuellement protégés [par des tarifs] et les producteurs bénéficiant d'un faible soutien intérieur qui y verraient le plus d'avantages», peut-on lire dans le document de 225 pages dévoilé la semaine dernière et intitulé: La Situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2005.

Ce qui ne veut pas dire que les pays pauvres n'y gagneraient pas aussi, d'une part, en n'ayant plus à faire face, comme dans le secteur du coton, à la concurrence de produits du Nord subventionnés à l'extrême, et, d'autre part, en obtenant un meilleur accès pour leurs exportations sur les marchés des pays riches, grâce à l'abaissement de leurs droits de douanes et autres barrières commerciales. Toutefois, poursuit-on, «pour les pays en développement pris dans leur ensemble, les meilleurs gains potentiels qu'ils pourraient tirer de la libéralisation agricole dériveraient non pas de la réforme du système de soutien à l'agriculture des pays de l'OCDE, mais de leurs propres politiques de réformes agricoles, qui encourageraient les échanges commerciaux entre eux».

Cela tient à la proximité culturelle et géographique de ces marchés, mais aussi au fait que les plus importantes barrières tarifaires dans le secteur agricole sont souvent élevées non pas par les pays riches, mais par les pays pauvres. Une augmentation des échanges commerciaux entre pays pauvres pourrait compter pour 70 % à 85 % des retombées positives à attendre d'une libéralisation des échanges dans ce domaine, évalue la FAO.

Ces conclusions se démarquent nettement de la plupart des arguments qui ont présentement cours à l'OMC dont la 6e Conférence ministérielle s'ouvre aujourd'hui à Hong Kong. Engagés depuis 2001, à Doha, dans un cycle de négociation ayant pour principal objectif la promotion des intérêts des pays en voie de développement, les pays riches y ont souvent présenté la réduction de leurs tarifs et de leurs subventions agricoles non pas comme un moyen d'assainir leurs pratiques dans le domaine, mais comme une faveur qu'ils s'apprêtent à accorder au reste de l'humanité. Une faveur que les pays en voie de développement devront payer, à l'exception des plus pauvres, en accordant, en échange, un meilleur accès à leur secteur des services, par exemple.

Dans la même logique, la plupart des pays en voie de développement font présentement tout pour éviter de devoir réduire leurs propres obstacles au commerce. L'ensemble des partis tendent d'ailleurs à leur reconnaître le droit, à tout le moins, de se voir fixer des cibles moins ambitieuses et accorder des délais plus long pour les atteindre.

Commerce et État

«La libéralisation multilatérale du commerce offre de nouvelles perspectives aux plus démunis et à ceux qui sont en situation d'insécurité alimentaire», écrit la FAO, «grâce à son action catalytique en faveur du changement», et en permettant aux pauvres «d'améliorer leurs revenus et de vivre une existence plus longue, plus saine et plus productive». Elle peut toutefois aussi avoir des effets négatifs à courts et longs termes, ajoute-t-elle.

Des pays dont la grande majorité de la population vit en zone rurale et tire sa subsistance de l'agriculture ne peuvent pas, du jour au lendemain, faire face à la disparition des barrières commerciales, dit-elle. Surtout quand attendent, de l'autre côté, les produits subventionnés du Nord. Leurs gouvernements doivent auparavant, avoir eu le temps et les moyens de mettre en place les «infrastructures et institutions de base» permettant une bonne transition. «Des investissements au niveau de l'infrastructure rurale, du capital humain et d'autres biens publics sont nécessaires», explique la FAO.

À l'inverse, les barrières commerciales ne pourront jamais «se substituer ni aux interventions nécessaires pour corriger la faiblesse des institutions, l'inadéquation de l'infrastructure et la distorsion des marchés des facteurs, ni aux investissements essentiels à effectuer en faveur des populations rurales dans les domaines de la santé, de l'assainissement et de l'éducation. Les filets de sécurité ne constituent que le complément de ces actions fondamentales pour des marchés plus ouverts», conclut le rapport.




L'Europe est-elle coupable ?

Zaki LAÏDI
Le Devoir samedi 10 décembre 2005

Les altermondialistes français sont à la peine. La conférence de Hong Kong devait les aider à renouer avec leur logorrhée anti-OMC. Mais les choses ne sont pas si simples pour eux. Leur ancien grand allié - le Brésil de Lula - est devenu le grand allié... des États-Unis face à l'Europe.

Défendront-ils pour autant l'Europe? La réponse est naturellement non. Soutenir l'Europe face aux États-Unis et au Brésil, ce serait une manière de concéder que l'Europe n'est pas que cette épouvantable construction libérale sur laquelle s'est bâti leur fonds de commerce.

Quoi qu'il en soit, tout ceci montre deux choses: les visions purement idéologiques du système commercial mondial ne résistent à aucune analyse sérieuse et la diabolisation de l'Organisation mondiale du commerce, perçue comme une machine à déréguler, ne fait guère avancer les choses.

L'OMC est une institution où, contrairement à certaines légendes, les États règnent en maîtres. Et en son sein coexistent trois grande orientations qui reflètent les priorités différenciées des États: une orientation libérale qui cherche à promouvoir l'ouverture des marchés; une approche régulatrice qui estime que le «commerce libéré» doit être encadré par des règles en matière d'environnement, de santé, de lutte contre la corruption, etc.; enfin, une troisième approche qui se préoccupe essentiellement de savoir si l'ouverture des marchés peut bien conduire au développement. C'est autour de ce triangle que se joue aujourd'hui la négociation.

Mise en accusation

Deux questions centrales se posent aujourd'hui à propos de la conférence de Hong Kong: pourquoi l'Europe est-elle montrée du doigt? Est-ce que cette mise en accusation est fondée?

Sur le premier point, les choses sont relativement simples. Le commerce mondial fonctionne sur le principe des avantages comparatifs. Ces avantages, l'Europe les détient massivement dans certains créneaux industriels - dont l'agroalimentaire, d'ailleurs - et dans les services. Elle a donc intérêt à ce que les pays émergents ouvrent leurs marchés dans ces domaines où ils sont encore protégés (Brésil) ou surprotégés (Inde).

En échange, les pays en développement exigent que les pays riches ouvrent leurs marchés agricoles. Or les marchés du Nord ne sont pas véritablement ouverts sur le plan agricole. Le marché européen est quatre fois plus protégé en moyenne que le marché américain. Et cette protection est particulièrement forte pour le suce, le riz traité, la viande et les produits laitiers. D'où cette offensive en règle menée par les États-Unis et le Brésil, notamment pour que l'Europe, qui a déjà beaucoup réduit ses subventions à l'exportation, réduise drastiquement sa protection tarifaire.

Depuis Cancún, le Brésil, héraut des pays émergents, est d'ailleurs décidé à refuser toute concession tant que l'Europe n'aura pas mis un genou à terre.

Pas les mêmes intérêts

L'Europe est-elle pour autant coupable? C'est là que les choses se compliquent et qu'on peut faire les observations suivantes...

La première remarque qu'on peut faire est que la libéralisation des échanges agricoles, si souhaitable soit-elle, ne peut pas être profitable à l'ensemble des pays en développement. L'idée selon laquelle l'Europe étranglerait les pays en développement est fausse, car s'il y a des pays en développement, tous ces pays n'ont pas les mêmes intérêts.

Toutes les études sérieuses, françaises comme américaines, que d'ailleurs la Banque mondiale ne mentionne jamais, montrent qu'il est impossible de chiffrer le bénéfice global d'une libéralisation des marchés agricoles tout simplement parce que ce chiffrage dépend de la situation des pays en développement. Les pays exportateurs nets de produits agricoles y gagneront à une libéralisation. Mais les pays importateurs nets en pâtiront. Ce qui se passera sur le plan agricole est ce que se passe avec les textiles. Les plus gros pays du Sud évinceront les plus petits, comme la Chine évince les pays méditerranéens.

La seconde dimension qu'il faut avoir à l'esprit est que la protection agricole de l'Europe est tempérée - comme celle des États-Unis - par l'existence de régimes préférentiels qui font précisément que les pays les moins développés ont un accès privilégié au marché européen. Pour faire simple, l'île Maurice exporte d'autant plus facilement vers l'Europe que celle-ci ferme son marché au Brésil.

Naturellement, la protection des marchés européens profite aussi à des exploitants agricoles européens qui ne comptent pas parmi les plus démunis. Mais il faut admettre que la protection agricole européenne favorise à la fois les «gros exploitants» et les pays les moins avancés.

Le troisième point qu'on peut faire valoir à la décharge de l'Europe est que l'agriculture n'est pas une activité comme une autre et que l'ouverture complète de nos marchés agricoles portera atteinte à la multifonctionnalité de l'agriculture, multifonctionnalité que défend l'Europe mais également l'OCDE.

Le procès fait à l'Europe est d'autant moins valable que les pays émergents restent eux aussi très protégés sur le plan agricole, que les pays en développement se protègent les uns des autres et que, fondamentalement, le cours de la négociation à l'OMC, tel qu'il se présente, n'est pas forcément le plus pertinent pour les pays en développement.

Pour ces derniers, le véritable problème ne vient pas tant de la protection agricole du Nord que de la protection industrielle de ce même Nord. Il faut en effet savoir que l'Europe se protège plus, sur le plan industriel, de l'Inde que des États-Unis. Ce qui veut dire que l'Europe condamne le Sud à se fixer sur l'agriculture, qu'elle cherche elle-même à protéger pour de bonnes et de mauvaises raisons.

Si le procès de l'Europe ne peut pas être instruit, la poursuite du statu quo est pour autant intenable.

En premier lieu, si l'Europe veut défendre son agriculture, elle doit assumer son choix. Mais pour ce faire, elle doit agir de manière transparente. Il faut clairement que les citoyens sachent quel serait le coût d'une déprotection agricole, secteur par secteur, produit par produit. [...] Face à la complexité du problème, il existe une seule réponse réaliste: l'Europe devra faire des concessions en termes d'accès aux marchés, même si cette ouverture n'est pas la panacée, comme veulent le faire croire les Brésiliens. En effet, sans ces concessions, elle se fermera les marchés des pays émergents.

De surcroît, offrir un accès préférentiel aux pays d'Afrique est honorable. Mais cela ne peut pas être une fin en soi car c'est aussi une manière d'inciter ces pays à rester cantonnés dans une seule production.

Enfin, et surtout, l'Europe doit déplacer le débat de la libéralisation des échanges vers le développement, non pas pour les opposer, comme le font démagogiquement les altermondialistes, mais en les conjuguant. La libéralisation des échanges est un bien. Mais à elle seule, elle n'apportera jamais le développement.

Zaki LAÏDI : Politologue, Centre d'études et de recherches internationales (CERI-Sciences-Po), Paris





Conférence de l'Organisation mondiale du commerce à Hong Kong

L'utopie du libre-échange mondial en agriculture

Chantal Blouin : L'Institut Nord-Sud
Le Devoir samedi 10 décembre 2005

Dans les mois précédant la rencontre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui rassemblera les ministres du Commerce la semaine prochaine à Hong Kong, les subventions agricoles en Europe et aux États-Unis ont presque monopolisé la couverture médiatique des négociations.

Et pour cause: ces subventions ont un impact important sur les producteurs des pays en développement. Par exemple, les arbitres de l'OMC ont reconnu récemment que les subventions accordées aux producteurs américains de coton ont eu l'effet de diminuer significativement les prix que reçoivent les fermiers brésiliens et d'Afrique de l'Ouest pour leur production de coton. Néanmoins, cet accent sur l'impact des subventions nous a portés à négliger la question de la protection des marchés agricoles des pays en développement.

Même si toutes les subventions agricoles disparaissaient, il demeure qu'une grande majorité des fermiers dans les pays en développement ne pourraient aucunement concurrencer avec les producteurs des pays plus riches.

La cause première de cet état de chose est la différence énorme de productivité entre les fermiers des pays en développement et ceux des pays industrialisés.

Dans la seconde partie du dernier siècle, ces derniers ont modernisé leur agriculture en mécanisant la production, en sélectionnant certaines plantes et certains animaux et en utilisant les engrais de manière à atteindre de très hauts niveaux de rendement. En conséquence, un agriculteur peut maintenant cultiver plus de 100 hectares de céréales et produire près de 10 tonnes par hectare, donc 1000 tonnes de céréales par travailleur. La croissance de la production a mené à une réduction à long terme des prix des produits agricoles.

En contrepartie, on retrouve dans les pays en développement plus de 1,2 milliard de personnes qui vivent d'une agriculture qui se fait sans engrais ou pesticides, sans tracteur ou animaux, et qui atteint difficilement un niveau de productivité d'une tonne de céréales par travailleur. La grande majorité de ces producteurs ne transigent pas sur les marchés internationaux; ils produisent pour leur famille et les marchés locaux.

Dans plusieurs des pays pauvres, la grande majorité de la population vit de la production agricole. Par exemple, en Ouganda et au Malawi, près de 80 % des travailleurs se trouvent dans le secteur agricole. Exposer ces producteurs à la concurrence des pays industrialisés signifie leur retirer leur gagne-pain car ils ne peuvent rivaliser avec les bas prix de ces importations.

Les importations de poulets congelés provenant d'Europe sont un bon exemple de cette concurrence à armes inégales telle qu'elle se manifeste en Afrique. Au Cameroun, les organisations de la société civile ont documenté l'impact de l'importation massive des poulets congelés sur les producteurs locaux. Les importations ont passé de moins de 1000 tonnes en 1997 à plus de 22 000 tonnes on 2003. Cela s'est traduit par la perte d'environ 110 000 emplois en 2003 pour l'élevage, la production de maïs pour l'alimentation de la volaille, le déplumage et la commercialisation. La production locale ne peut pas rivaliser avec les prix des importations qui proviennent de la Belgique et de l'Espagne.

Le même constat pourrait se faire dans plusieurs secteurs. Pour faire face à ces écarts énormes, les pays les moins productifs doivent être en mesure de protéger leurs marchés agricoles par des tarifs élevés, des quotas d'importations ou d'autres aspects du «traitement spécial et différencié» qui doit leur être offert.

Les négociations à l'OMC doivent accorder cette flexibilité de se protéger contre les importations jusqu'à ce que ces pays soient en mesure de moderniser leur secteur agricole et puissent concurrencer avec les produits étrangers.

Certains pays en développement se sont déjà engagés sur cette voie. Des pays comme l'Argentine et le Brésil ont déjà connu une augmentation de leur productivité agricole et sont capables, dans certains secteurs (maïs, soya), de concurrencer avec les pays industrialisés. Étant donné leurs coûts de main-d'oeuvre moins élevés, ces producteurs peuvent offrir même des prix plus bas que ceux du Nord.

Ces pays sont bien représentés dans la coalition du G 20 qui travaille activement, à travers les négociations de l'OMC, à améliorer leur capacité d'exporter dans les pays industrialisés. Des succès dans la réduction des subventions et des barrières à l'importation entraîneraient sûrement des gains importants pour les grands pays exportateurs.

Par contre, on peut s'inquiéter du prix à payer pour ces gains. Si les pays moins productifs doivent en contrepartie ouvrir leurs marchés aux produits étrangers, l'effet sur les fermiers les plus pauvres sera dévastateur.

Lorsque les négociations de l'OMC ont été lancées en 2001 au Qatar, les ministres du Commerce ont promis que, cette fois-ci, on s'assurerait que les accords commerciaux contribueraient au développement international. De plus, les pays industrialisés tels que le Canada se sont engagés, dans le cadre des objectifs de développement pour le millénaire, à changer leur politique commerciale de manière à contribuer à la réduction de la pauvreté. Pour remplir ces promesses, la réalité des asymétries dans l'agriculture mondiale doit être pleinement reflétée dans les règles commerciales qui sont sur la table à Hong Kong.