Les tartes

Michel Venne
Le Devoir lundi 19 décembre 2005

J'ai encore de la farine dans les lunettes. Les tartes sont au four... Les recettes de ma belle-mère qui nous a quittés il y a 12 ans déjà et dont j'ai pris la relève pour la cuisine du temps des fêtes. Aux dattes, aux raisins et la fameuse tarte à Cordélie: un rang de flocons d'avoine, un rang de cassonade, un rang de noix de coco râpée et une boîte de lait concentré, dans un fond de tarte sans dessus; 45 minutes au four jusqu'à ce que la noix de coco soit dorée. Ça sent dans toute la maison! Servez tiède avec une boule de crème glacée Lamothe et frères, de Drummondville, si vous en trouvez.

Ce n'est pas que je veuille faire concurrence à Liza Frulla et à sa sauce à spaghettis... Je ne vous parle même pas de mon gâteau aux fruits. Mais j'avais les mains dans la pâte en construisant mentalement cette chronique sans aucune envie de revenir sur les événements politiques de cette fin d'année à la fois tumultueuse et déprimante. L'atmosphère des fêtes de fin d'année me rend insupportable le gouffre qui sépare nos chefs politiques et la société réelle qu'ils gouvernent.

J'ai passé l'après-midi de ce dimanche gris aux fourneaux à refaire, comme tous les ans, les mêmes gestes appris de ma mère, d'une tante, d'une belle-mère ou d'une ancienne colocataire, sous les yeux gourmands de mes deux ados. Une tradition que je vais bien sûr leur transmettre quand ils en auront l'âge.

Et je pensais à ces petites choses qui contribuent à ce qu'une société se perpétue. À Noël, je mangerai la tourtière de ma mère. Elle me la sert avec «un peu de tout»: son ragoût de patte, son pâté au poulet, ses patates pilées et des petits pois. Vous savez à quoi je pense: ce goût de l'enfance qui vous remonte au cerveau en passant par les papilles gustatives. En soirée, on regardera C.R.A.Z.Y. en famille. On partagera quelques blagues grivoises et on parlera politique. Parce que la politique fait partie de la vie.

Un instant: une fournée à sortir. Et le sapin décoré par Dominique et Béatrice vient de s'illuminer. Frank Sinatra chante Sainte Nuit.

***

La politique, dis-je, fait partie de la vie. Du moins elle le devrait. Parce que la politique, c'est l'ensemble des choses que nous faisons ensemble, dans une société, pour régler les problèmes qui nous dépassent comme individus et mettre en oeuvre les politiques pour que chacun puisse réaliser ses aspirations. La politique, c'est nous.

Or la politique s'éloigne tant de nous. Le débat des chefs fédéraux, par exemple: une platitude incommensurable. Des chefs empesés. À côté d'eux, le drabe John Turner, que l'on a revu en archives, paraissait un tribun passionné qui vous donnait des frissons! Êtes-vous aussi de ceux qui s'ennuient de Robert Bourassa qui avait, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse... une certaine allure de chef d'État. La comparaison, en tout cas, lui est très favorable.

Paul Martin, lui, est devenu insupportable. Non seulement avec ses «Canadiens-Canadiennes» nasillards, mais sa manière de se draper dans la Charte des droits et libertés, la main sur le coeur, et la larme au coin de l'oeil, fait pitié à voir. Chaque position libérale se confond, dans sa bouche, avec la Vertu et la Vérité. Dieu est sans doute libéral. Quoique: est-il pour les mariages homosexuels? Paul Martin, en tout cas, est pour. Pas parce que, comme citoyen, il croit juste et bon de reconnaître les unions homosexuelles. Non, c'est parce que... la Charte, mesdames et messieurs.

Pourtant, lorsque Jean Chrétien a fait savoir qu'il proposerait de modifier la définition légale du mariage pour faire droit aux unions homosexuelles, Paul Martin prêtait privément une oreille attentive à l'union civile, comme en France. La position de Stephen Harper.

C'est comme au sujet du protocole de Kyoto. Avant d'être premier ministre, il trouvait le plan d'action canadien trop sévère pour nos entreprises. C'est pareil au sujet des services de garde: les voici après 12 ans de promesses non tenues. Au sujet du modèle canadien de multiculturalisme: 50 % des citoyens de la deuxième province la plus populeuse du Canada veulent créer un pays indépendant; le taux d'assimilation des francophones hors Québec est galopant; des Amérindiens vivent dans des réserves, notre Apartheid intérieur, sans eau courante ni électricité en 2005; le taux de chômage chez les jeunes issus de l'immigration est honteusement supérieur à celui des pure laine. C'est pendant que Paul Martin était ministre des Finances que la pauvreté des enfants s'est accrue et que la médecine à deux vitesses a connu un essor.

***

Les réjouissances du temps des fêtes sont une excellente occasion de méditer sur la politique. À la faveur des retrouvailles, demandez-vous donc ce que vous attendez d'elle. Moi, j'attends d'elle qu'elle nous permette de retrouver comment solidifier nos communautés, refaire le lien social, redécouvrir nos idéaux communs.

De nos hommes et femmes politiques, on ne veut pas de voeux de Noël dégoulinant de clichés. On veut des politiques publiques qui nous aident à vivre. Or prenez le saccage de CPE: une honte. Imposé par loi spéciale, en plus. J'ai aussi une pensée pour tous les fonctionnaires qui gagnent 29 000 $ par année pour du travail, essentiel mais qui passent pour des gras durs.

Allez, bon Noël quand même! Et ne ratez pas l'occasion de vous mettre en joualvert. La colère est saine lorsqu'elle fait agir. On s'en reparle le 9 janvier.

michel.venne@inm.qc.ca




Les PM se mêlent de la campagne:Ils posent cinq questions aux chefs

Michel Corbeil
Le Soleil lundi 19 décembre 2005

Les chefs des partis fédéraux reçoivent, ce matin, une carte de Noël spéciale. Jean Charest et toute la bande des premiers ministres des provinces la signent. Ils y posent cinq questions, notamment sur la reconnaissance par Ottawa du déséquilibre fiscal et du rôle des gouvernements provinciaux à l'étranger.

Pour une seconde fois, les dirigeants politiques des provinces et territoires plongent dans la campagne électorale fédérale. Comme ils l'avaient fait en juin 2004, ils se servent du Conseil de la fédération pour amener leurs préoccupations au coeur du scrutin pancanadien.

Selon nos informations, la missive porte la signature de l'Albertain Ralph Klein, président du Conseil, cette année. Certains thèmes abordés reflètent cependant davantage l'intérêt de son collègue québécois, Jean Charest.

La lettre est adressée aux leaders des quatre principales formations politiques à Ottawa. Paul Martin (Parti libéral du Canada), Stephen Harper, (Parti conservateur), Jack Layton (Nouveau Parti démocratique) et Gilles Duceppe (Bloc québécois) sont mis en demeure de répondre au test, même s'il n'y a que les deux premiers qui ont des chances de former le prochain gouvernement à Ottawa.

Tout indique que les provinces entendent revenir sur leurs revendications au sujet du déséquilibre fiscal. Il y a un an et demi, le libéral Paul Martin avait résisté à l'idée de confirmer l'existence d'une telle situation profitant au gouvernement central. Tout au plus, avait-il admis que les provinces subissaient des "pressions fiscales".

L'Alberta a fini de rembourser sa dette et se permettra en début d'année 2006 de verser des surplus à ses contribuables. Cela n'empêche pas Ralph Klein d'adresser une missive exigeant que le gouvernement fédéral s'assoit pour rétablir l'harmonie fiscale avec les provinces.

En 2004, la sortie des premiers ministres provinciaux avait pour autre thème les fonds pour les soins de santé. À Québec, les membres du gouvernement ont souvent plaidé que cela a amélioré la situation. L'entourage de Jean Charest a mentionné qu'après son élection, Paul Martin a consenti à verser plus d'argent, lors d'une conférence qui a, selon eux, donné naissance au fédéralisme asymétrique.

Quatre autres sujets

Cette fois, quatre autres sujets prennent le relais. Comme ils l'avaient laissé entendre lors de la réunion du Conseil de la fédération, cet été, les meneurs des provinces mettent l'accent sur l'éducation postsecondaire et la formation professionnelle. Comme pour la santé, ils réclament plus d'argent d'Ottawa.

Selon nos sources, les chefs des partis fédéraux se feront inviter en février à un sommet qui traitera de cette question. Le premier ministre du Canada, quel qu'il soit, doit enchaîner avec une conférence fédérale-provinciale, selon les membres du Conseil de la fédération.

Deux dossiers abordés par M. Klein touchent le Québec, plus que toute autre province. Il s'agit de la place des provinces sur la scène internationale et de la défense des systèmes de gestion de l'offre des produits agricoles.

Dans le premier cas, une polémique soulevée par le ministre fédéral des Affaires étrangères risque d'être relancée. Pierre Pettigrew avait soutenu que la politique du Québec à l'étranger était dépassée et que cette province était mieux représentée, lorsque le Canada parle d'une seule voix.

Québec est le seul gouvernement provincial doté d'un véritable réseau pour le représenter hors des frontières canadiennes. La missive du Conseil exigera des leaders fédéraux qu'ils se commettent sur des moyens confirmant le rôle des provinces et sur un calendrier pour les mettre en oeuvre.

Les chefs des partis se font aussi questionner sur les meilleures solutions pour protéger les systèmes de gestion des produits agricoles. Dans certaines provinces, ce sujet est marginal. Au Québec, trois secteurs agricoles - les producteurs de lait, d'oeufs et de volailles - sont dans la mire des pays voulant faire disparaître cette façon de contingenter la production.

La liste des engagements recherchés se termine sur un domaine dont les médias ont peu parlé, les revendications pour les transports. Un groupe de travail, composé de la Nouvelle-Écosse, de la Colombie-Britannique et des Territoires du Nord-Ouest, a déjà fait part de certaines conclusions.

Dans sa missive, M. Klein réclame qu'Ottawa soit partenaire pour un plan national du transport intermodal. Ce qui implique qu'Ottawa délie encore les cordons de sa bourse.

En 2004, les quatre chefs avaient été contraints de répondre au test imposé par les provinces. Cette année encore, le Parti vert, qui a des candidats pratiquement partout au Canada, n'est pas invité à participer à l'exercice.

MCorbeil@lesoleil.com




Circonscriptions à surveiller

Clairandrée Cauchy
Le Devoir lundi 19 décembre 2005

Jeanne-Le Ber : Liza Frulla a « prêté » son chapeau de ministre pour se concentrer sur son terrain

Tous les lundis, Le Devoir trace le portrait d'une circonscription électorale où la lutte est intéressante. Aujourd'hui, la circonscription de Jeanne-Le Ber, dans le Sud-Ouest de Montréal, là où le résultat a été le plus serré en 2004. Un dépouillement judiciaire a en effet permis d'établir à seulement 72 voix la majorité de la ministre du Patrimoine Liza Frulla.

La ministre du Patrimoine, Liza Frulla, a eu une «dispense» cette année: elle n’est pas conscrite pour sillonner le Québec, et même le Canada, comme aux dernières élections.

Débordante d'énergie, Liza Frulla semble apprécier cette campagne électorale en période de festivités. Rapidement expédiée la phrase convenue déplorant le déclenchement hâtif des élections, elle avoue qu'elle prend un plaisir fou à danser et à serrer des mains dans les partys des fêtes. «Je suis très Noël», confie-t-elle.

La ministre du Patrimoine a eu une «dispense» cette année : elle n'est pas conscrite pour sillonner le Québec, et même le Canada, comme aux dernières élections. Et pour cause, Liza Frulla a remporté son siège par seulement 72 voix de majorité en 2004, talonnée de près par le bloquiste Thierry St-Cyr, qui se présente à nouveau cette année.

«J'ai l'impression que c'est une campagne plus personnelle. Je suis contente qu'on ne m'oblige pas comme ministre à faire campagne ailleurs. C'est un beau cadeau [...] J'ai prêté mon chapeau de ministre à ma sous-ministre. Mon chef de cabinet est à Ottawa. Je me concentre uniquement sur mon comté», affirme Mme Frulla, heureuse de rentrer dormir chez elle tous les soirs, auprès de son organisateur politique de mari.

C'est précisément sur son manque de disponibilité et son aura plus nationale que son rival bloquiste a choisi d'enfoncer le clou. «Dans le comté, on a une ministre, mais pas de députée», lance le jeune Thierry St-Cyr, qui avait causé une grande surprise il y a 18 mois en ramenant la majorité libérale de quelque 10 000 à seulement 72 voix. Précisant qu'il n'a jamais cessé de faire campagne depuis, il allègue qu'il n'a «jamais croisé» Mme Frulla avant le déclenchement de l'élection. Même ritournelle de la libérale : «Je ne l'ai jamais vu nulle part; cela veut dire qu'on ne fréquente pas les mêmes places !»

Rival bloquiste

Le candidat de 28 ans provient de la filière plutôt classique du mouvement étudiant : arrivé à l'âge adulte au moment du référendum de 1995, il s'est engagé au sein de son association étudiante au collège de Saint-Jérôme, puis dans celle de la faculté de génie à l'Université Sherbrooke. Sitôt ses études terminées, M. St-Cyr a adopté le Sud-Ouest et travaille maintenant chez Motorola. «Ce comté est prenable, il faut le monter, le restructurer», s'est dit le souverainiste qui préside depuis 2003 l'association bloquiste locale. Il estime être avantagé par l'arrivée dans le coin de plusieurs jeunes professionnels qui affectionnaient auparavant le Plateau.

Le visage de la circonscription, qui comprend notamment Saint-Henri, Pointe-Saint-Charles, Côte-Saint-Paul et Verdun, demeure néanmoins très populaire. Le bloquiste soutient que le Parti libéral «n'a rien fait pour [les pauvres]. C'est Paul Martin qui a aboli le financement pour les logements sociaux, qui a effectué la réforme de l'assurance-emploi qui pénalise les femmes et les jeunes».

Par ricochet, il cible Mme Frulla en mentionnant qu'elle a voté contre un projet de loi anti-briseurs de grève, en faveur de la réforme de l'assurance-emploi ou encore contre une motion visant à reconnaître que le Québec forme un peuple.

Critiquée de la sorte, Mme Frulla y va d'une petite phrase cinglante : «Ces candidats-là, on leur met une chip [puce] dans le dos, on pèse sur le bouton et ils disent tous la même affaire à travers le Québec.» Elle souligne entre autres que le Bloc québécois a voté contre le budget qui allouait 1,6 milliard au logement social.

Mme Frulla tente de tourner à son avantage son statut de ministre, voire son passé au sein du gouvernement libéral provincial. En parlant du projet de construire des logements sociaux sur le site de l'ancien centre de tri postal, elle rappelle qu'elle a réussi à faire changer la réglementation pour le faciliter grâce à la collaboration du président du Conseil du trésor, Reg Alcock. «C'est le genre de projet [celui du tri postal] où il faut être autour de la table du Conseil des ministres pour les voir», plaide Mme Frulla, qui parle aussi de ses bons liens avec «son grand ami» le maire de Montréal et ses autres anciens collègues députés provinciaux.

Elle juge plutôt confortable la position du Bloc : «Ils se limitent à poser des questions. Quand nous avons la responsabilité d'un dossier et qu'on réussit, ils disent que c'est grâce à eux [...] Quand on ne réussit pas, pour toutes sortes de raisons, c'est de notre faute.»

À l'instar de son chef, Mme Frulla s'inquiète à l'idée que le Bloc pourrait franchir la barre symbolique de 50 % d'appui, dans ce qui pourrait être la première période d'un match menant à un référendum. «Si le Bloc devient plus fort, il faut que les gens réalisent qu'ils enrichissent le mouvement souverainiste. [Si le Bloc obtient 50 %], c'est un affaiblissement considérable du mouvement souverainiste», croit celle qui a participé entre autres aux deux campagnes référendaires.

Relents du scandale

Le scandale des commandites qui a déjà failli lui coûter son siège lors du dernier scrutin revient la hanter de plus belle. On a vu Mme Frulla monter sur ses ergots il y a deux semaines, outrée par les insinuations du chef bloquiste Gilles Duceppe qui tentait de la lier au scandale des commandites.

Elle s'empresse de dire qu'elle a placé les dons reçus de certains acteurs du scandale en 2002 en fiducie dès qu'elle a su de quoi il retournait. «Quand tu lances des choses comme cela dans l'univers, cela reste. Cela, je ne l'ai pas pris», fait-elle valoir, ajoutant que le chef fondateur du Bloc, Lucien Bouchard, «ne se serait jamais abaissé à faire de tels gestes».

«L'ennui, c'est que tout le monde n'était pas au courant chez les libéraux», rétorque Thierry St-Cyr. Il en rajoute en soulignant que son ancien chef de cabinet, John Welch, a contribué au fameux rapport de Groupaction livré trois fois plutôt qu'une au gouvernement. «Quand elle a vu dans son CV qu'il avait travaillé un an chez Groupaction, est-ce qu'elle lui a demandé ce qu'il y faisait ?», lance-t-il.

La défense de Liza Frulla ? M. Welch est un chef de cabinet reconnu, qui n'a travaillé que deux mois et demi pour elle. Il n'a en outre pas été montré du doigt par le juge Gomery dans son rapport.

La lutte promet d'être très chaude le 23 janvier dans Jeanne-Le Ber, où le PLC avait récolté 41,08 % comparativement à 40,92 % pour le Bloc, en 2004. Le NPD avait quant à lui recueilli 7 % d'appui contre seulement 5,5 % pour le Parti conservateur. Le NPD présente quant à lui un jeune candidat, Matthew McLaughlin, traducteur de formation. C'est un jeune comptable qui représentera cette année les couleurs du PC : Pierre-Olivier Brunelle.




Outremont result spells bad news for Liberals and PQ

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, December 19, 2005

Outremont is a mixed riding. Nestled along the northern side of Mont Royal, its eastern part is home to an affluent French-speaking bourgeoisie, while the western part, arguably the poorest area in Montreal, is home to immigrants and refugees. This riding is also home to several thousand Hasidim.

On trendy Laurier Street, people have started stocking caviar and foie gras for Christmas. At the Plaza Côte des Neiges shopping centre, in the western part of the riding, unemployed young blacks hang out, while veiled women with kids in tow shop for spices and second-hand winter boots.

People used to say that, if you fielded a red pole as a Liberal candidate in Outremont, it would get elected. This year, though, the riding was not a shoo-in for the embattled Liberal government of Jean Charest. Its hand-picked candidate, Raymond Bachand (who was born in the eastern part of the riding), managed to get elected in the Dec. 12 by-election but by a relatively thin margin of 1,930 votes and 48.8 per cent of the popular vote -- not a glorious showing in such a Liberal stronghold. And all this despite the fact that Mr. Bachand was a star candidate: A progressive businessman with impeccable credentials, he was an especially good catch for the Liberals since he is a former sovereigntist and Parti Québécois stalwart.

For decades, Outremont elected Liberal MNAs with huge majorities; in the 2003 provincial election, the Liberal margin was 6,000 votes. This time around, the PQ candidate, Farouk Karim, a 29-year-old Madagascar-born student activist (who comes from the western part of the riding), would have come close to victory if the protest vote hadn't been split among the PQ (37 per cent), the Green Party (4.5 per cent), the leftist Union des forces progressistes (7 per cent) and the Action Démocratique du Québec (2 per cent).

Of course, by-elections are always tricky for governments. Still, the fact that the Charest government came close to losing such a sure riding spells bad news for the party's prospects in the next provincial election, which should be called in about two years. In a by-election last year, the QLP lost the sure Montreal riding of Laurier-Dorion to the PQ.

A key point is that, in both these ridings, part of the sizable immigrant vote on which the Liberals used to count is moving toward the PQ. These new citizens don't seem to be as frightened by the PQ's sovereigntist platform as they were some years ago. The PQ -- as well as the Bloc Québécois -- is beginning to reap the fruits of years of patient efforts to woo Quebec's allophones (those of neither French nor English background). What helps, of course, is that, under Bill 101, the children of immigrants are now educated in the French school system, so they're more likely to share the views of their French-Canadian peers.

But the Outremont by-election also brought bad news to the PQ. It's now clear that, at least in some Montreal ridings, the party could lose a significant number of votes to the Greens and the UFP. And the PQ is losing people, too: It turned out that the two Liberal candidates in both of last week's by-elections (the other one was in the Péquiste stronghold of Verchères) are former PQ activists who lost faith in sovereignty. An even more flamboyant defection was that of Pierre-Marc Johnson, who succeeded René Lévesque as PQ leader from 1985 to 1987.

Mr. Johnson publicly supported Mr. Bachand in the by-election, saying Quebec had challenges to meet that were more important than sovereignty. "We don't need yet another referendum," he said. PQ officials were quick to point

out that Mr. Johnson has always been a lukewarm sovereigntist -- but, still, the PQ is reeling in the same way that the NDP would if, for instance, former party leader Ed Broadbent had crossed the floor to the Liberals.

lgagnon@lapresse.ca




Le Québec dans le gouffre du nucléaire

PHILIPPE JOLY
Le Devoir lundi 19 décembre 2005

Hydro-Québec est à l'heure des choix. D'ici à la fin de cet hiver, la société d'État devrait décider si, oui ou non, elle remet en fonction la seule centrale nucléaire du territoire québécois, Gentilly-2. Cette décision aura une incidence notable sur notre capacité à gérer les déchets radioactifs et sur la cohérence des instances gouvernementales en matière de développement durable.

En 1970, Hydro-Québec lançait, en partenariat avec Énergie atomique Canada limitée (EACL), le projet de la centrale nucléaire expérimentale Gentilly-1. Cette dernière se distinguait des précédents aménagements canadiens, car elle utilisait comme fluide refroidissant de l'eau ordinaire contrairement à de l'eau lourde (variante isotopique de densité supérieure) communément utilisée dans les réacteurs canadiens CANDU. La tentative fut un fiasco monumental tant sur le plan technique que financier. La centrale produisit de l'électricité pendant moins de 200 jours et dut être abandonnée neuf ans après sa mise en fonction. En 1973, avant que l'ampleur de l'échec ne soit constatée, Hydro mettait en branle Gentilly-2, une centrale nucléaire CANDU traditionnelle de 645 MW située sur les rives du Saint-Laurent à 10 kilomètres à l'est de Trois-Rivières et à cinq kilomètres à l'est de Bécancour. Le coût estimé à 302 millions de dollars subira des dépassements d'environ 400 %. Achevée en 1983, Gentilly-2 devait, selon les autorités de l'époque, cesser ses activités en 2013 soit 30 ans après sa création. Aujourd'hui, huit ans avant cette échéance, Hydro-Québec change son fusil d'épaule et propose la rénovation de la centrale pour la maintenir en fonction jusqu'en 2030. Pendant ce temps, elle accumule près de 2500 tonnes de déchets radioactifs dans son enceinte. Gentilly-2 vaut-elle le prix économique, social et environnemental qu'on s'apprête à payer?

Un investissement risqué: de 1,2 à 2,3 milliards de dollars

Dans ses estimations les plus optimistes, Hydro-Québec prévoit débourser 1,2 milliard de dollars pour la réfection de Gentilly-2. Cependant, on le sait, la filière nucléaire est imprévisible, et les dépassements coûts sont très fréquents. D'ailleurs, une étude menée par la firme américaine Hagler Bailly pour la société d'État révèle plutôt que le poids financier de l'opération atteindrait 2,3 milliards de dollars. À ce prix, le tarif de l'électricité produite par la centrale atteindrait 8,7 ¢/kWh contrairement au tarif actuel de 6 ¢/kWh. Par rapport à un coût de 6,5 ¢/kWh pour les nouveaux grands aménagements éoliens, l'argument économique en faveur du nucléaire ne tient plus. Notons aussi que les énergies vertes ne présentent aucun risque pour la santé et la sécurité de la population tout en ne laissant aucun déchet durable. De plus, on est encore peu conscient des conséquences qu'aura le prolongement des activités de la centrale: un réacteur nucléaire, même réparé, peut-il vraiment fonctionner 50 ans sans dangers? Certains s'opposent à la fermeture de Gentilly-2 arguant que le coût de l'opération se chiffrerait à 800 millions. Cependant, ce serait oublier que cette mesure est, à terme, inévitable. Retarder l'échéance ne ferait qu'accentuer les risques et transmettrait le fardeau de la manoeuvre aux générations futures.

Un site d'enfouissement au Québec?

Lorsque, en 1983, le Québec a fait le choix de s'engager dans l'énergie nucléaire, il est aussi entré dans le club restreint des sociétés américaines qui doivent se débarrasser des déchets dangereux produits par cette filière. Aujourd'hui, trois provinces seulement utilisent ce secteur énergétique: l'Ontario drainant 50 % de son électricité à partir du nucléaire, le Nouveau-Brunswick 30 % et le Québec 3 %. Le gouvernement fédéral, législateur en matière d'énergie nucléaire au Canada, recommande, par l'entremise de la Société de gestions des déchets nucléaires (SGDN), que les rebuts radioactifs soit administrés et stockés en un seul endroit. Les sociétés d'énergie nucléaire dont fait partie Hydro-Québec devront donc adopter une stratégie commune pour enfouir les quelque deux millions de grappes de combustibles irradié; et surprise, ce pourrait bien être au Québec. En effet, ce dernier, bien que ne produisant qu'une faible partie de son électricité à partir du nucléaire, présente, avec les deux autres provinces, des sites intéressants pour l'enfouissement des matières fissiles. Ottawa privilégie le confinement des déchets dangereux profondément dans le Bouclier canadien. Les dépôts radioactifs souterrains nécessiteront une surveillance active pendant plusieurs centaines de milliers d'années! Le coût salé de ce chantier est estimé à 24 milliards de dollars. Les sociétés d'énergie nucléaire ont cependant indiqué qu'elles favorisaient une méthode plus «flexible», justifiée par des intérêts techniques et financiers, misant sur l'entreposage à basse profondeur durant les 500 premières années soit la période d'hyperactivité du combustible radioactif...

L'incohérence des gouvernements

Partout sur le plan international, le Canada se présente comme un défenseur de la paix et un opposant à l'armement nucléaire. Malgré cela, le pays s'enrichit en tant que plus important producteur et exportateur d'uranium du monde. La Saskatchewan possède des réserves surprenantes du combustible. Par ailleurs, la technologie CANDU qui suscite la méfiance sur le territoire canadien est pourtant exportée partout sur le globe. L'industrie représente 10 % du marché mondial nucléaire. Or, c'est connu, cette technologie civile présente cependant le risque d'être détournée à des fins militaires.

Au Québec, le gouvernement libéral se donne une image verte et propose la création de 3000 MW d'énergie éolienne. Cette démarche salutaire aurait le pouvoir d'éliminer notre maigre dépendance de 3 % au nucléaire. Si les autorités se coiffent du concept de développement durable, elles devraient d'abord en assumer le fondement: agir dans l'intérêt des générations futures et ne pas leur faire porter le poids de nos déboires environnementaux. Sortons le Québec du nucléaire.




Un Québec lucide au sujet du capitalisme du XXIe siècle
Attirer les investissements n'est pas suffisant

Marc-André Gagnon, Chargé de cours en économie à l'Université de Montréal
Le Devoir lundi 19 décembre 2005

Libre opinion: Les récents manifestes pour un Québec «lucide» ou «solidaire» ont le grand mérite de permettre aux Québécois de débattre les enjeux collectifs et les actions à prendre dans un monde en mutation. Malheureusement, le débat est resté enfermé dans le clivage gauche-droite où, d'un côté, on réclame plus de marché et de flexibilité pour accroître l'investissement et la création de richesses alors que, de l'autre, on réclame simplement une meilleure redistribution de la richesse créée. Avec les transformations économiques contemporaines, les enjeux sont toutefois plus complexes et les arguments traditionnels souvent obsolètes.

Tout d'abord, il faut mettre de côté une fois pour toutes l'argument que l'État et les organisations ouvrières sont une entrave à la compétitivité qui passerait d'abord par le libre-marché et la flexibilité du travail. Selon le Global Competitiveness Report 2005-06 publié par le Forum économique mondial de Davos (qu'on ne peut taxer de sympathisant communiste...), l'économie la plus compétitive mondialement est la Finlande alors que la Suède et le Danemark se classent en 3e et 4e position. Le chemin de la compétitivité exigerait-il alors un État fort, plus de syndicat, une hausse des impôts et la gratuité des études supérieures ?

Les signataires du manifeste Pour un Québec lucide soutiennent que, devant la concurrence étrangère, seules des mesures plus néolibérales assureront les investissements nécessaires pour développer les nouvelles technologies, créer de l'emploi et soutenir la croissance économique qui permettra d'enrichir l'ensemble de la collectivité québécoise. Cet argument économique traditionnel est devenu néanmoins très problématique pour trois raisons :

- Dans un système économique qui flexibilise le travail au nom des intérêts des investisseurs, les gains de la croissance économique sont accaparés uniquement par les classes supérieures. Par exemple, l'analyse des statistiques officielles montre qu'aux États-Unis, entre 1979 et 2005, le salaire horaire moyen des travailleurs est passé de 16,04 $ (US constant) à 15,22 $. En fait, par rapport au nombre d'heures travaillées, 80 % des ménages américains (classes pauvres et moyennes) se sont appauvris dans les 25 dernières années alors qu'une tranche de 1 % des plus riches a vu ses revenus s'accroître de 201,3 %. Où est la lucidité dans un système économique qui appauvrit la collectivité aux bénéfices de l'élite.

- On tient pour acquis que les investissements se traduisent nécessairement en création d'emplois et en accroissement de productivité. Néanmoins, les récents travaux de l'économiste Jonathan Nitzan ont comparé la valeur de la formation brute de capital fixe (les investissements créant de nouvelles capacités productives) et la valeur des fusions-acquisitions (les investissements rachetant les capacités productives existantes). Si historiquement les fusions-acquisitions restaient marginales par rapport à l'investissement réel, elles ont explosé dans les années 1990 et représentent en 2005 près de 125 % de la valeur de la formation brute de capital fixe. Cela signifie que d'avantages d'investissements servent uniquement à racheter des capacités productives existantes dans un mouvement sans précédent de concentration du capital, et cela se traduit souvent non pas par l'embauche de travailleurs, mais par une restructuration d'entreprise qui conduit à des licenciements massifs dus au délestage des ateliers moins performants.

- Un nouveau problème nous oblige aussi à revoir complètement les arguments traditionnels sur la création de richesse : la nature de la richesse dans l'économie du XXIe siècle. Alors qu'on voit souvent dans l'économie de la connaissance qui «valorise les savoirs» la porte de sortie contre la concurrence asiatique, le problème fondamental est que les savoirs (non rivaux dans la consommation) n'ont aucune valeur en soi. La connaissance est une richesse sociale partagée, mais elle ne peut être comptabilisée en valeur que si elle est appropriée afin d'en restreindre l'accès. Si dans le langage comptable, on dit que les firmes à haute technologie capitalisent surtout des actifs intangibles tels que le capital humain, il faut se rappeler que ces actifs ne sont pas créés par les firmes elles-mêmes, mais par la collectivité grâce au système d'éducation et aux réseaux sociaux et culturels de coopération.

Dans le capitalisme du XXIe siècle, les profits des firmes dépendent donc moins de leur capacité à produire de la richesse que de leur capacité à s'approprier et raréfier ce que les économistes appellent pudiquement les «externalités positives», soit la richesse générée collectivement. Pour prendre un exemple parmi bien d'autres, si un laboratoire universitaire québécois en biotechnologie découvrait une nouvelle molécule miracle grâce à des recherches financées par les fonds publics, il est fort probable qu'on créerait une start-up pour breveter la découverte afin de se faire racheter par une firme pharmaceutique dominante qui nous revendrait le médicament au prix fort. Alors qu'on nationalise les coûts et qu'on privatise les profits, les universités et le système de santé sont en crise en raison d'un sous-financement chronique.

L'économie du savoir est une économie où ce qui devient profitable n'est plus la création de richesses, mais la création de rareté. De là origine la formidable dynamique actuelle d'extension des droits de propriété intellectuelle même si cela conduit à une réduction de l'innovation. Alors que les firmes pharmaceutiques engrangent des profits records, le nombre de nouvelles molécules découvertes annuellement a diminué de moitié entre 1991 et 2002, puisque les chercheurs ont moins accès aux résultats des recherches de chacun.

Si les problèmes soulevés par les manifestes sont bien réels, la lucidité exige de prendre en compte d'autres dimensions. On attend de notre système économique qu'il améliore le bien-être de l'ensemble de la collectivité et qu'il accroisse le niveau de l'emploi et de la production de richesse. Le capitalisme contemporain a perdu la tête, puisque si on lui laisse les coudées franches comme le propose le credo néolibéral, en plus d'appauvrir la majorité de la population il consolidera les rentes monopolistiques plutôt que de créer de l'emploi et préférera la création de rareté à la création de richesse. La lucidité n'oblige pas à se plier aux exigences de l'économie, elle oblige à transformer les fondements de cette «nouvelle» économie mondialisée.




La porte est ouverte pour les PPP et la tarification de l'eau
- Le gouvernement va de l'avant sans aucun débat public

Yves Bellavance, Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire (TROVEP) de Montréal

Le Devoir lundi 19 décembre 2005

Dans le brouhaha de la fin de session mouvementée à Québec, dans une très grande discrétion, le gouvernement Charest pousse deux décisions qui auront des impacts majeurs sur la gestion de l'eau à Montréal.

Premièrement, le 5 décembre dernier, dans un communiqué de presse passé inaperçu, les maires des villes défusionnistes de l'île de Montréal ont demandé au premier ministre Charest d'intervenir en faveur de la tarification de l'eau selon la consommation plutôt que selon l'évaluation foncière, comme l'applique la Ville de Montréal. Ces maires plaident que «la taxation de l'eau fondée sur la valeur de la propriété et non sur la consommation constitue une mesure régressive ne favorisant pas l'adoption de pratiques intelligentes en matière de conservation d'eau». C'est bien la première fois qu'une taxe basée sur la richesse est définie comme étant régressive !

Montréal ayant la majorité au conseil d'agglomération, nous étions en droit de ne pas nous inquiéter. Eh bien non ! Jeudi dernier, dans un décret sur le conseil d'agglomération rendu public à minuit, la ministre Nathalie Normandeau accorde aux villes défusionnistes ce qu'elles demandent. Une bien drôle de démocratie, puisque cette décision est imposée à la majorité, après le dépôt du budget de la Ville de Montréal... et avant que le débat ne se fasse au conseil d'agglomération ! La Ville de Montréal vient d'ailleurs d'annoncer qu'elle va modifier son budget déposé la semaine dernière pour se conformer au décret.

Cette décision de Québec confirme que, sur l'île de Montréal, le principe de la tarification à la consommation sera, sous des prétextes écologiques, la voie privilégiée même si, pour l'instant, seules les villes reconstituées y sont soumises. Une décision qui va à l'encontre de toutes les études qui prouvent l'inutilité des compteurs d'eau dans le contrôle de la consommation domestique. D'ailleurs, au même moment, dans son budget, la Ville de Québec vient d'harmoniser ses pratiques en éliminant les compteurs d'eau dont il a été démontré qu'ils n'avaient pas «d'impact significatif sur la consommation d'eau potable dans les immeubles résidentiels».

Vers la privatisation de la gestion de l'eau

Deuxièmement, nous apprenions également jeudi dernier que l'Assemblée nationale était en train de discuter du projet de loi 134 modifiant de nouveau diverses dispositions législatives concernant le domaine municipal. L'article 64 de cette loi, dont personne n'a entendu parler, est ainsi libellé : «Toute municipalité locale peut, pour une durée maximale de 25 ans, confier à une personne l'exploitation de son système d'aqueduc ou d'égout ou de ses autres ouvrages d'alimentation en eau ou d'assainissement des eaux.» Ça ne peut pas être plus clair, mais si ça se passe discrètement...

Tout cela arrive à la suite de la décision des villes de Westmount et de Côte-Saint-Luc de confier la gestion de leur réseau local au privé. Un précédent dangereux sur l'île de Montréal comme nous le constatons aujourd'hui. Une décision pilotée par le comité de transition des défusions, un comité d'affairistes dirigé par Pierre Lortie, ancien député libéral sous Robert Bourassa, père de l'État-Provigo, une première tentative de privatisation de l'État qui avait alors avorté devant le tollé général.

Cela veut dire que tout se met en place pour confier les réseaux municipaux au secteur privé. Pourtant, lors des audiences du BAPE il y a à peine cinq ans, la population montréalaise et québécoise rejetait la présence du privé dans ce secteur névralgique et les compteurs d'eau dans les résidences, une position reprise et affirmée dans le rapport Beauchamp.

Où le gouvernement a-t-il pris son mandat ?

Dans un processus antidémocratique, à la va-vite, sans débat public, le gouvernement Charest va à l'encontre de la volonté populaire. Soyons clairs, le gouvernement Charest n'a aucun mandat pour aller en ce sens. Cette question n'a fait l'objet d'aucun débat lors de la dernière campagne électorale. Devant les protestations, il avait même affirmé l'an dernier qu'il n'était pas question de PPP dans la gestion de l'eau. Le Parti libéral du Québec n'agit pas ici en gouvernement responsable, mais en succursale des entreprises intéressées par le pactole de l'eau dans le domaine municipal.

Du côté de l'administration montréalaise, il temps qu'elle intervienne publiquement pour réaffirmer haut et fort son opposition à la tarification à la consommation dans les résidences et aux PPP, comme elle le faisait il n'y a pas si longtemps, sinon son silence pourrait être interprété comme un appui à ces projets.

C'est sans aucune consultation ni aucune démarche démocratique que la population montréalaise est mise devant le fait accompli. 2006 sera donc placée sous le signe d'une grande mobilisation sur ces enjeux.




OMC: le cycle de Doha reste en vie
Le système québécois de gestion de l'offre demeure intact

Le Devoir, PC , AFP
Le Devoir lundi 19 décembre 2005

Les membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont trouvé à l'arraché hier un accord pour rendre un peu plus équitable le commerce mondial et éviter une répétition de leur échec de 2003, mais les pays du Sud, censés être les premiers à en bénéficier, sont loin d'avoir obtenu ce qu'ils voulaient. En sol québécois, l'heure était au soulagement: les producteurs de lait, d'oeufs et de volaille signalaient que l'entente ne touchait pas «pour l'instant» leur système de gestion de l'offre, qui s'appuie sur des tarifs et des contingentements.

Deux décisions ressortent du compromis : la fin des subventions agricoles à l'exportation des pays riches essentiellement d'ici à la fin de l'année 2013, notamment sur le coton, et la possibilité pour les pays les plus pauvres d'exporter la plupart de leurs produits vers les pays riches sans acquitter de droits de douane ni respecter de quotas.

Les 149 pays de l'OMC réussissent à ne pas repartir de Hong Kong les mains complètement vides, comme cela avait été le cas à leur précédente conférence cauchemardesque à Cancún, au Mexique en 2003.

Ils maintiennent aussi en vie leur cycle de négociation censé aboutir d'ici à la fin de l'année prochaine à une libéralisation généralisée des échanges dans le monde au profit des pays en développement. Le cycle de Doha a été lancé en 2001 dans un élan de générosité pour le Sud après le choc des attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001 à New York.

«Vous avez remis le cycle sur les rails», a lancé Pascal Lamy, directeur de l'OMC.

L'Europe a contribué à débloquer les négociations sur la principale pomme de discorde, les subventions à l'agriculture, en proposant une date butoir, dans huit ans, pour mettre fin aux aides à l'exportation, revendication de longue date des pays du Sud.

Ces derniers auraient voulu aller plus vite, mais le négociateur européen Peter Mandelson, étroitement surveillé par la France, principale bénéficiaire des soutiens agricoles de l'UE, est resté ferme. L'accord «n'est pas suffisant pour faire de cette réunion un vrai succès, mais il l'est pour éviter un échec», a résumé M. Mandelson. Quant au président français, Jacques Chirac, il a estimé que «l'accord sera favorable à la croissance et à l'emploi en France, en Europe et dans le monde». L'entente, a-t-il ajouté, «contribuera au développement des pays les plus pauvres, tout en préservant le potentiel indispensable de l'agriculture européenne».

Autre geste limité : les 49 pays les plus pauvres de l'OMC ont obtenu un accès sans droits de douane ni quota aux marchés des nations développées. Avec un bémol puisque cela ne concernera que 97 % de leurs produits, les États-Unis cherchant à se protéger d'importations textiles bon marché et le Japon de celles de riz par exemple.

Les pays d'Afrique de l'Ouest vont voir les États-Unis éliminer leurs subventions à l'exportation dès l'an prochain. Problème : rien n'a été fait sur la question essentielle que sont pour eux les subventions déloyales dont bénéficient les cotonniers américains, premiers exportateurs mondiaux.

Les réactions des défenseurs du Sud, qui espéraient une baisse des droits de douane des pays riches -- sujet renvoyé à plus tard faute d'accord -- étaient à l'image du résultat a minima de la réunion de Hong Kong. L'ONG ActionAid a parlé d'un «affront pour les pauvres de ce monde», alors que le militant José Bové a dénoncé «un très mauvais accord» global. «Les pays en développement ont été étranglés en permanence. Ils ont subi des pressions énormes pour signer», a-t-il dit.

Les tractations de Hong Kong se sont déroulées toute la semaine sous la pression de manifestations altermondialistes dont Hong Kong n'avait pas l'habitude. L'une d'elles a dégénéré samedi en affrontements avec la police, faisant une centaine de blessés légers et entraînant près de 900 interpellations. Hier, plus de 7000 personnes, dont un cortège imposant de riziculteurs sud-coréens, ont défilé dans le calme.

Soupir de soulagement au Québec

Lors d'une conférence téléphonique hier matin, les producteurs agricoles du Québec se sont dits soulagés de la tournure des événements, car le texte de l'entente laisse en place «pour l'instant» le système de gestion de l'offre autour duquel est ancrée leur industrie.

«En juillet 2004, il s'était ajouté un paragraphe sur la protection des produits "sensibles". Or il s'est promené un texte jusqu'à tard samedi soir dans lequel une phrase en particulier était revenue et menaçait l'existence et la pérennité des systèmes de gestion de l'offre», a dit Laurent Pellerin, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA). «On y disait clairement qu'il fallait donner plus d'accès à nos marchés, même dans la production de gestion de l'offre, et baisser les tarifs. Cela n'aurait pas permis de maintenir les systèmes tels qu'on les connaît.» La dernière version du texte, a dit M. Pellerin, ne contenait plus cette phrase, ce qui selon lui est dû «à une intervention musclée des représentants du Canada, de nos propres représentations et à la motion de la Chambre des communes [enjoignant au Canada de protéger la gestion de l'offre]». L'Assemblée nationale avait elle aussi adopté une telle motion, suivie de quatre autres assemblées législatives provinciales.

Avec ces motions, le mandat des négociateurs était donc «on ne peut plus clair», a dit dans un communiqué le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec, Marcel Groleau. La position qu'ils devaient défendre visait à faire en sorte «que le Canada n'accepte aucune réduction de tarifs, ni d'accès supplémentaire aux marchés du lait, des oeufs et de la volaille».

Le ministre québécois de l'Agriculture, Laurent Lessard, a pour sa part estimé que «si on avait remis en question notre système de quotas, les fermes au Québec qui valent 2 ou 3 millions n'auraient valu, sans quotas, que 500 000 $ ou 1 million».

À Ottawa, le ministre du Commerce international, Jim Peterson, a dit qu'un certain nombre de propositions et d'idées canadiennes ont été retenues dans la déclaration, «notamment en ce qui concerne les produits non agricoles et le soutien interne à l'agriculture». Il s'est réjoui du fait que les objectifs canadiens aient été atteints «relativement au traitement des produits sensibles et aux entreprises commerciales d'État exportatrices». Il faisait là référence au monopole qu'est la Commission canadienne du blé : le texte de Hong Kong reconnaît son existence, mais ne la remet pas en question.

Du côté d'Oxfam-Québec, la réaction était beaucoup plus négative au sujet d'une entente qu'on juge bénéficiaire pour les pays fortement industrialisés. «Ce texte de compromis est profondément décevant et constitue une trahison des promesses faites pour le développement», a dit Christine Laliberté, directrice adjointe des programmes de l'organisme au Québec. «Une fois de plus, les intérêts des pays riches prévalent. Les maigres progrès réalisés sur certains aspects des négociations agricoles sont annulés par les propositions extrêmement nuisibles sur les services et l'industrie.»




Négociations de l'OMC à Hong-Kong:
Les agriculteurs québécois doublement gagnants

Pierre-André Normandin
Le Soleil lundi 19 décembre 2005

Un compromis de dernière heure a sauvé le système de gestion de l'offre tout en ouvrant de nouveaux marchés

Soupir de soulagement hier au sein de la délégation québécoise aux négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Hong Kong. Un compromis de dernière minute a permis de sauver le système de gestion de l'offre si cher aux agriculteurs du Québec tout en leur ouvrant de nouveaux marchés.

À l'issue de six jours de négociations difficiles, les 149 membres de l'OMC ont accepté l'abolition totale des subventions agricoles à l'exportation d'ici la fin de 2013. Cette entente ne touche toutefois pas l'aide accordée aux productions destinées au marché intérieur.

Versant 90 % du total de ce type d'aide, l'Union européenne a dû plier devant la pression internationale qui s'exerçait sur elle. Ses membres devront d'ailleurs éliminer une partie "substantielle" de ses subsides avant 2010.

Joint hier à Hong - Kong, le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Claude Béchard, ne cachait pas sa satisfaction devant ce compromis de dernière minute. "Encore hier (samedi), on avait un texte qui remettait en question notre système de gestion de l'offre. Avec le nouveau texte, on reconnaît que les pays pourront mettre en place des protections pour les produits sensibles. On pourra garder notre particularité. On vient de sauver les quotas de lait !" jubilait-il. Environ 40 % de la production agricole du Québec est protégée en fonction du système de gestion de l'offre, soit les secteurs de la production du lait, de la volaille et des oeufs. Ce système permet au gouvernement de fixer le prix de certains produits tout en imposant d'importantes taxes empêchant l'importation.

Bien que l'entente à l'OMC consacre la protection des produits sensibles, elle ne les définit pas pour autant. Ainsi, les États se sont donnés jusqu'au 30 avril pour régler cette question. Le président de l'Union des producteurs agricoles, Laurent Pellerin, tempère d'ailleurs sa satisfaction. "Il reste encore beaucoup à faire."

Ce dernier croit d'ailleurs que les négociateurs peineront à respecter l'échéancier du 30 avril. "À la rapidité avec laquelle les négociations avancent, ça me semble court trois mois pour régler cette question", observe M. Pellerin.

Bien que la principale victoire canadienne concerne la sauvegarde du système de gestion de l'offre, Laurent Pellerin estime que les producteurs à l'exportation ont également effectué de bons gains. L'abolition des subventions à l'exportation pourrait aider les agriculteurs québécois à percer des marchés étrangers.

À titre d'exemple, le secteur de la production porcine du Québec exporte dans 130 pays. "Avec la réduction des subsides de l'Europe, leurs producteurs vont arrêter de nous faire compétition au Japon où on a pas de subsides", illustre le président de l'UPA.

Les négociateurs à l'OMC espèrent clore leurs négociations d'ici la fin de 2006 afin de faire accepter leur contenu aux États-Unis en 2007. S'ils n'y parviennent pas, le cycle de Doha lancé en 2001 au Qatar pourrait être prolongé de plusieurs années. La prochaine élection présidentielle prévue l'année suivante risque de remettre à plus tard la décision américaine, retardant ainsi la libéralisation des échanges.

À la clôture des négociations de Hong Kong, le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, s'est réjoui de l'entente. "Nous avons réussi à remettre le cycle sur la bonne voie après une période d'hibernation." Seuls Cuba et le Venezuela ont exprimé leurs réticences lors de l'adoption de l'accord.

Avec AFP

PANormandin@lesoleil.com




Crimes de guerre à la Maison-Blanche

Brian Myles
Le Devoir samedi 17 et dimanche 18 décembre 2005

La société américaine mène sa plus importante bataille depuis la fin de la ségrégation pour ramener la présidence dans le sillage de la démocratie

Une poignée de pommes pourries. Quand les premières images de prisonniers dénudés et tenus en laisse par des soldats blasés se sont échappées de la prison d'Abou Ghraïb, en Irak, l'administration Bush n'a pu nier leur existence. Elle a perverti tout au plus leur signification: ce n'était pas de la torture, mais des gestes isolés de la part de militaires dépravés. Aujourd'hui libérés de leurs laisses, carcans et cagoules, des survivants ont retrouvé leur droit de parole. Et ils s'apprêtent à raconter une sinistre histoire devant un tribunal américain.

Huit hommes emprisonnés en Irak et en Afghanistan pointent un doigt accusateur en direction du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld. À la demande de l'Association américaine des libertés civiles (ACLU) et du groupe Human Rights First, ces rescapés d'Abou Ghraïb et de Bagram ont intenté une poursuite en responsabilité civile contre Rumsfeld.

Le recours prête au patron de l'armée américaine «l'ultime responsabilité pour cette descente dans l'horreur». Il savait que des crimes étaient commis par les soldats américains dans les prisons d'Irak et d'Afghanistan, allègue la poursuite, mais il n'aurait rien fait pour les empêcher. C'est Rumsfeld qui aurait même autorisé personnellement des méthodes d'interrogatoire s'apparentant à la torture ou à un traitement cruel, inhumain et dégradant. Rumsfeld a nié catégoriquement cette version des faits.

«Nous croyons qu'il a une responsabilité pour ces gestes qui ne sont rien d'autre que des crimes de guerre, explique Ken Hurwitz, avocat senior chez Human Rights First. Si une personne en situation de commandement a des raisons de croire que ses troupes ont commis des crimes et qu'elle ne fait rien pour les en empêcher, elle peut être tenue responsable. Il n'est pas nécessaire d'ordonner la commission des crimes, il suffit de les tolérer.»

C'est un précédent établi par les États-Unis au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale qui facilite la poursuite contre Donald Rumsfeld. Dans le procès des criminels de guerre japonais, le général Yamashita avait été condamné pour des atrocités commises par ses troupes même s'il n'y avait pas participé lui-même.

Quand le président George Bush affirme «nous ne torturons pas», les dépositions des huit plaignants viennent prouver le contraire dans cette cause dont même l'appellation, Ali et al c. Rumsfeld, a valeur de symbole. Arkan Mohammed Ali, 26 ans, a passé près d'un an dans les prisons d'Irak et d'Afghanistan, où il a été battu jusqu'à perdre connaissance, mutilé, placé nu en isolation, menacé de mort et enfermé dans un cercueil pendant plusieurs jours. Sans oublier les pénétrations anales. Que ce soit avec les doigts, un bâton ou tout autre objet à portée de main des soldats, l'intimité la plus élémentaire des détenus a été violée.

Thahe Mohammed Sabbar a beau être un homme de 36 ans, il est incontinent, impotent et ne peut contrôler ses crises de larmes et ses tremblements. La première fois qu'il a uriné dans son pantalon, c'était dans une prison d'Irak. Des soldats venaient de l'aligner dans un peloton d'exécution simulé. Comme la plupart des plaignants dans cette histoire, Sabbar jouit d'une liberté empoisonnée. Il vit dans la crainte constante d'être arrêté de nouveau, torturé, tué.

Les huit rescapés sont chanceux. Selon les dernières données compilées par Human Rights First, environ 120 détenus ont rendu l'âme dans les prisons dirigées par les militaires américains à Guantánamo, en Irak et en Afghanistan. Une trentaine d'entre eux ont été victimes d'homicides par asphyxie, strangulation ou coups répétés, comme en font foi les rapports d'autopsie obtenus par l'ACLU. Ces documents amènent «une preuve irréfutable» que des militaires ont torturé à mort des prisonniers durant les interrogatoires, selon l'ACLU. Les morts parlent, et leur récit d'outre-tombe corrobore celui des survivants.

Le roi Bush

La genèse du bourbier dans lequel s'est plongée la Maison-Blanche, en niant d'une part l'usage de la torture tout en cherchant d'autre part à la cautionner, remonte aux premiers jours du monde post-11 septembre 2001. Au nom d'une légitime et impérative lutte contre le terrorisme islamique, le président Bush s'est arrogé le pouvoir d'utiliser la force contre les responsables des attentats du World Trade Center. La cible a été élargie par la suite pour inclure toute personne considérée comme un terroriste international, sans que le Congrès soit appelé à entériner cette décision.

La suite est beaucoup mieux connue. Le conseiller légal du président, Alberto Gonzales (l'actuel procureur général des États-Unis), a sanctionné en 2002 deux mémos au sujet desquels la justice n'a pas encore fini de se prononcer. Le premier décrétait arbitrairement que la guerre contre le terrorisme rendait «obsolètes» les limitations aux interrogatoires des combattants ennemis fixées en 1949 par la Convention de Genève. Priver les détenus de la protection de cette convention prohibant la torture, les châtiments cruels, inhumains ou dégradants permettait de réduire «substantiellement la menace de poursuites criminelles aux États-Unis». Le second mémo justifiait la torture si celle-ci pouvait empêcher de nouvelles attaques d'al-Qaïda et révisait par le fait même sa définition. L'acte de torture devait être équivalent en intensité à la douleur causée par une blessure grave (défaillance organique, altération d'une fonction corporelle ou la mort).

L'administration Bush a désapprouvé deux ans plus tard ces politiques qui représentent «un travail de faible qualité», selon Me Hurwitz. L'amendement accepté jeudi par la Maison-Blanche, un succès arraché par le sénateur républicain John McCain, aura pour effet de rétablir une prohibition totale sur les traitements cruels, inhumains ou dégradants des prisonniers en toute circonstance.

Pour Ken Hurwitz, l'ultime bataille livrée par la société civile porte sur l'encadrement, par les élus, des pouvoirs accordés au «commandeur en chef» (le président) en temps de guerre. «C'est vraiment le combat de cette génération. La torture, ce n'est qu'une manchette. Il est ici question du pouvoir de l'exécutif, de la primauté du droit. La position adoptée par l'administration revient à dire qu'elle s'est dotée d'une résolution pour avoir un "roi George"», dit-il.

La torture, c'est la terreur

Amnesty International a dénoncé cet été l'instauration d'un archipel du Goulag par les Américains à Guantánamo. L'ONG tient Donald Rumsfeld, Alberto Gonzales et l'ancien directeur de la CIA, George Tenet, responsables de ces actes de barbarie en vertu du droit international. Amnesty a résumé en peu de mots la logique derrière son indignation. «La torture n'arrête pas la terreur. La torture, c'est la terreur.»

L'édifice de la torture craque de partout. Les accusations de crime de guerre sont nourries par des dizaines d'organismes voués à la défense des droits et libertés civils chèrement acquis en Amérique.

Les généraux Janis Karpinski, George Pappas et Ricardo Sanchez sont frappés par des poursuites civiles similaires à celle visant Donald Rumsfeld. Dans l'affaire Rasul, la Cour suprême a reconnu aux détenus de Guantánamo le droit d'être entendus par un juge avant d'être envoyés en prison. Les pratiques de détention arbitraire d'une durée indéterminée reniaient la signature de la Magna Carta, qui jetait les bases de l'organisation et du fonctionnement du système judiciaire en Angleterre. Un acquis datant de 1215.

La plus haute cour du pays se prononcera également sur l'application de la Convention de Genève et les pouvoirs étendus dont s'est approprié le président dans le cadre de la guerre au terrorisme. L'affaire implique Salim Ahmed Hamdan, le chauffeur d'Oussama ben Laden, qui avait été déferré devant un tribunal militaire d'exception dont la légitimité est remise en question.

Avec les tribunaux, dont le pas est lent mais pesant, les militaires sont devenus les alliés naturels des organismes de défense des droits. «Nous avons travaillé avec plusieurs généraux et amiraux à la retraite. [...] L'armée est une institution curieuse. L'honneur et la loyauté représentent de véritables valeurs pour elle, et elles entrent en conflit l'une avec l'autre en ce moment», affirme Ken Hurwitz.

Human Rights First a jugé qu'il était plus simple d'accuser Rumsfeld au civil parce que le fardeau de la preuve exigé y est moins élevé qu'en droit criminel. Il repose sur la «balance des probabilités» et non sur la nécessité de faire une preuve «hors de tout doute raisonnable».

En théorie, des accusations de crime de guerre pourraient cependant tenir la route contre certains dirigeants militaires. «Il n'y a aucun doute, si on regarde la loi, que nous avons commis des crimes de guerre», a déclaré au magazine Mother Jones Michael Ratner, qui fut l'un des premiers avocats à se porter à la défense des prisonniers de Guantánamo. En pratique, l'administration de la Justice est dirigée par un homme personnellement mis en cause dans le scandale, Alberto Gonzales, que l'on devine peu enclin à intenter des poursuites contre qui que ce soit.

Il y a fort à parier que Human Rights First et l'ACLU perdront leur pari. La démarche est cependant plus importante que le résultat. Grâce à la Loi d'accès à l'information, ils ont obtenu déjà quelque 23 000 pages de documents jetant la lumière sur cette affaire. Si un juge en vient à autoriser la poursuite, l'administration Bush sera forcée d'en fournir encore plus. Le cas échéant, personne ne pourra fermer les yeux sur ce sombre pan de l'histoire américaine.




La transparence totalitaire
Écouter et voir. Voir et écouter.

(traduit de l'italien par D. Collin)
Ecrit par Alberto Giovanni Biuso, le Samedi 17 Décembre 2005, 07:14 dans "Actualités".

Le temps que nous sommes en train de vivre, c’est le temps de l’accomplissement de nombreux miracles. Le Léviathan de Hobbes, le Panopticon de Benthan, le Big Brother d’Orwell sont en train de se réaliser sous des formes que les métaphores de Weber et de Foucault n’auraient même pas su imaginer. Outre la « cage d’acier » de la bureaucratisation universelle, au-delà de la « société de discipline », de nouveaux paradigmes et des faits nouveaux requièrent des instruments de contrôle beaucoup plus avancés et envahissants. La Pensée Unique de la contemporanéité unit toujours plus étroitement le politiquement correct, l’agressivité publicitaire et l’obsession de la sécurité « post-9/11 ». Le résultat en est une surveillance toujours plus totale exercée sur la vie quotidienne des habitants de la planète.

Le réseau d’écoute satellitaire Echelon est en mesure de recevoir, contrôler, archiver l’ensemble immense des données provenant des sources les plus diverses. Echelon est une structure du gouvernement états-unien, née avec la collaboration d’autres pays. Issu du vieux réseau UKUSA, conçu pendant la guerre froide, il est maintenant utilisé aux fins les plus diverses: commerciales, guerrières, politiques. Étant donné que Echelon fonctionne par mots-clés, il n’y a pas de doute qu’il est en train d’enregistrer cet article et en général tout Girodivite).

Sur la base constituée par Echelon, le gouvernement des USA après le 11 septembre a conçu le projet TIA (Total Information Awareness), avec l’objectif de contrôler toutes les bases de données du monde contenant des informations sur la vie privée des personnes : e-mail, communications téléphoniques (savez-vous vraiment que, au moyen de votre téléphone cellulaire, même éteint, votre position est toujours identifiable?), fax, comptes courants, achat de billets d’avions (les USA ont obtenu que toutes les compagnies aériennes européennes transmettent toutes les données en leur possession au gouvernement américain sans que les passagers en soient informés et ceci sur la base d’un accord du 5 mars 2003 entre la Commission européenne et les douanes américaines), consultation des sites WEB, abonnements à des journaux et à des revues, soins médicaux et jusqu’aux photocopies, étant donné que les machines de la nouvelle génération sont en mesure de mémoriser les pages sur disque dur avant de les copier. Soumis aux critiques, les TIA s’est simplement transformé en ... Terrorism Information Awareness et sa réalisation avance rapidement.

Partant, il est toujours plus clair que l’insécurité est fonctionnelle pour le pouvoir politique et financier qui gouverne les États, « on ne développe pas la société de surveillance pour lutter contre l’insécurité, on utilise au contraire l’insécurité comme prétexte pour justifier la société de surveillance. Parce que c’est un bon prétexte. (É. Werner, in Éléments pour la civilisation européenne, n° 118, automne 2005). Tout nouvel acte de terrorisme ne fait que renforcer et légitimer l’extension du contrôle social dans un cercle sans fin. « Et donc les caméras de télésurveillance et les nouvelles technologies informatiques rendent possible l’oeil omniscient de Hobbes, le contrôle et la transparence du contenu de la liberté individuelle. » (M. Lhomme, op. cit.) mais si le pouvoir absolu était défendu par Hobbes parce qu’il compensait une moins grande liberté par une plus grande sécurité, le pouvoir Echelon réduit la liberté et en même temps la sécurité.

La biométrie, les puces sous la peau, la connexion interrompue aux réseaux mondiaux de communication peuvent constituer une forme d’extension et d’enrichissement de l’humain et de ses facultés mais sont aussi un instrument potentiel de contrôle total. Il est donc important de savoir que ces processus sont en cours et nous devons les mieux connaître en nous donnant de cette manière la possibilité ou au moins la volonté d’en vérifier l’usage. Dans le cas contraire, « l’intériorisation de la soumission et de la répression favorise cette espèce de souveraineté illimitée, diffuse dans tout le corps social, authentique hydre de mer, où le pouvoir circule et fonctionne en lien avec ses délateurs et les dossiers y afférant. » (ibid.)

Le projet élaboré par Rousseau d’une transparence totale de l’individu par rapport à la société est donc en train de se réaliser, véritablement dans les formes imaginées par le penseur genevois, même si, naturellement, ce n’est pas avec ses instruments : « qu'il croie toujours être le maître, et que ce soit toujours vous qui le soyez. Il n'y a point d'assujettissement si parfait que celui qui garde l'apparence de la liberté ; on captive ainsi la volonté même. » (Émile, livre second)

Les hommes libres de l’époque contemporaine sont soumis à une autorité qu’aucune tyrannie antique, aucun absolutisme moderne, aucun despotisme oriental n’a jamais détenue : le contrôle pérenne et bureaucratique de toute communication sociale, l’ipse dixit des icônes, la force envahissante des instruments qui, conjuguant les mots et les images, transmettent à la pensée des ordres, laissant les esprits dans l’illusion qu’ils ont eux-mêmes produit ces simulacres de vérité. La transparence est en train de devenir totale, ou plutôt totalitaire.




La Conquête, prise 2

Didier Fessou
Le Soleil samedi 17 décembre 2005

Il y a quelques années, je m’étais permis d’écrire combien je trouvais incongru que la ville de Québec ait glorifié les vainqueurs de Montcalm en leur attribuant des noms de rues. Pas n’importe lesquelles, les plus élégantes.

Je ne vois pas Murray comme un héros mais comme un bourreau. Le bourreau des Français du Canada !

Et que dire de Saunders, de Monckton et des autres ?

À l’époque, je m’étais fait sèchement apostropher par une réputée collègue : « C’est notre histoire et tu n’y connais rien ». Son regard furibard disait : « Maudit donneur de leçon ».

N’étant pas né par icitte, n’est-ce pas... N’empêche, je persiste et signe. Nous serions bien avisés de nous questionner sur la nécessité de continuer à honorer ceux par qui la honte et le malheur se sont abattus sur ce pays.

Madame la mairesse, changez-nous ça. Et le prochain coup, je vote pour vous.

Je viens de lire un bouquin qui se pose les mêmes questions que moi. Et qui propose cette réponse : il faut jour après jour rappeler aux Français du Canada que ces messieurs les Anglais leur ont donné une sacrée branlée. Il faut jour après jour leur rappeler qui sont les seigneurs et maîtres de ce pays.

D’ailleurs, n’a-t-on pas coutume de parler de la Conquête ? Méprisante façon d’évoquer la prise de possession de l’âme et du corps de tout un peuple !

À propos, pourquoi le conquérant a-t-il érigé une colonne en plein cœur de Montréal pour y jouquer la statue de Nelson ? Quel rapport avec l’histoire de ce pays de neige et de froidure ?

Aucun ! Mais il fallait dire aux habitants que le Napoléon dont ils étaient si fiers et dont ils espéraient un miracle avait été battu par un marin britannique.

À Trafalgar, obligé d’affronter une flotte franco-espagnole supérieure à la sienne, l’amiral Nelson a fait preuve de génie. C’est un fait notoire. Mais en quoi cela concernait-il les montréalais ?

Tout amateur d’histoire vous dira que Guderian et Rommel ont été des officiers dignes de respect et d’admiration. Pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne d’honorer d’une façon ou d’une autre la mémoire de ces deux surdoués de la Wehrmacht.

***

Le bouquin dont je fais mention plus haut, c’est La taupe. Un roman à saveur historique signé Jean Chartier.

Jean Chartier ? Un journaliste à l’ancienne mode. Un type au physique romantique. Le regard sombre et la voix profonde.

Je l’ai connu autrefois alors qu’il collaborait à la section économique du quotidien indépendantiste Le Jour. Un bon copain, à l’époque.

Quand Yves Michaud et l’état-major du Parti Québécois ont décidé que la comédie avait assez duré, la plupart des scribes de ce singulier journal se sont retrouvés un emploi à... devinez ? C’est ça : Radio-Canada.

Donc, Jean Chartier a fini par aboutir à la télévision d’État. Il y est resté quelques temps avant d’être enrôlé dans une publication dont la ligne éditoriale était plus en conformité avec ses vues, « Le Devoir ».

Un jour, comme tant de journalistes, il s’est laissé séduire par les sirènes de la politique. Conseiller aux communications de Richard Le Hir, ministre délégué à la Restructuration.

C’était au milieu des années 90. Jacques Parizeau exerçait le pouvoir à Québec et Lucien Bouchard était en embuscade à Ottawa. Le temps béni de l’Élysette, quand le gotha local y festoyait et que le chat de la première dame allait jouer les matous dans la ruelle d’en arrière.

Vous souvenez-vous de Richard Le Hir ? Un ancien lobbyiste qui a longtemps dirigé l’Association des manufacturiers canadiens. Il avait été chargé par Big Jacques de faire procéder à des études économiques sur les avantages de l’indépendance. Au total, une quarantaine d’études.

C’est tout ça que raconte Jean Chartier dans « La taupe ». Un roman à saveur historique, prétend son éditeur. En réalité, le témoignage à peine romancé et superbement écrit d’une page d’histoire dont le Québec commence tout juste à s’affranchir.

Jean Chartier a une belle plume. Riche, colorée, précise, documentée.

Rien d’étonnant qu’il ait obtenu la mention « très grande distinction » après avoir soutenu une thèse de doctorat en littérature française à Paris, en 1994.

***

Les opinions véhiculées dans « La taupe » devraient conforter Patrick Bourgeois, l’auteur de « Nos ennemis les médias », une logorrhée dont j’avais salué la publication ici même dans ces pages, le 6 novembre.

Sachant comment se fricote la cuisine journalistique, Jean Chartier affirme lui aussi que la bataille référendaire, en 1995, n’a pas été une bataille de l’intelligence dans les médias québécois. Au contraire.

Il traite le journal « La Presse » de torchon et dit d’Alain Dubuc que c’est un pamphlétaire.

Il note encore qu’à Québec, les correspondants parlementaires n’ont pas la bosse de l’économie et qu’ils ont plutôt tendance à s’en méfier: « Ils ne veulent pas avoir l’air de favoriser le camp du OUI. Ils cherchent à paraître objectifs dans le traitement de la nouvelle au risque de faire banal. Les journalistes de langue française n’approfondissent pas les documents qui traitent des différents aspects du passage à la souveraineté alors que les journaux de langue anglaise n’ont pas ce genre de réticence. »

Jean Chartier est dans les patates. Si les journalistes se méfiaient, c’est parce que le camp du OUI cherchait à rouler les Québécois dans la farine.

Et ça continue.

Il n’y a qu’à écouter le discours des politiciens. On y use et abuse du mot « souveraineté » au lieu du mot « indépendance ».

Et pourquoi donc ? Parce que les Québécois sont schizophrènes. Sont en faveur de la souveraineté tout en étant contre l’indépendance.

C’est à n’y rien comprendre, mais c’est comme ça !

Pour éviter des lendemains qui déchantent, l’honnêteté politique consisterait à parler de l’indépendance et non de la souveraineté.

***

Dans ce roman bourré de références historiques toutes plus pertinentes les unes que les autres, on ne sait pas qui est La taupe. Faudra attendre la suite.

Au fil de la narration, une idée m’a effleuré l’esprit: quoique l’ambassadeur James Blanchard ait pu dire durant la campagne référendaire de l’automne 1995, l’indépendance du Québec servirait magistralement les intérêts de l’Oncle Sam.

Dans son livre, Jean Chartier évoque l’avis de deux juristes américains sur les conséquences de l’accession du Québec à l’indépendance.

En gros, William Silverman et David Benstein disaient: 1. Washington ne s’opposerait pas à l’indépendance du Québec ; 2. les traités bilatéraux liant le Canada et les États-Unis s’appliqueraient à un Québec indépendant en vertu du principe de succession.

Allons plus loin. L’indépendance du Québec affaiblirait le Canada et le rendrait très vulnérable. À qui profiterait cette vulnérabilité ? Aux Américains, eux qui rêvent de mettre la main sur l’eau du Canada.

Le pétrole ? Non, c’était déjà fait.

L’enjeu majeur, c’est l’eau. L’eau et rien d’autre.

JEAN CHARTIER. La taupe, Acte 1: les Américains à Québec. L’instant même. 334 pages




La taupe ou ces pays qui ne savent pas mourir

Mathieu Simard
2005/11/16

Journaliste particulièrement intéressé aux questions économiques, docteur en littérature française, Jean Chartier a vécu la campagne référendaire de 1995 comme conseiller en communication au sein du Secrétariat à la restructuration. Intitulé Les Américains à Québec, le premier volet de La taupe. Chronique d’un référendum, paraît ces jours-ci à L’instant même. Diffusée cet automne sur les ondes de Radio-Canada, la série Point de rupture brossait un tableau synthétique des événements-chocs qui ont marqué la campagne référendaire de 1995. Par le masque de la fiction, Jean Chartier révèle beaucoup mieux la face cachée du pouvoir.

Réduire La taupe à un roman sur la politique est lui faire injustice, mais la nature de son intrigue, la rigueur de sa documentation et son habileté à lever peu à peu le brouillard sur les apartés du discours officiel, oblige la comparaison. La description de l’occulte et de ses acteurs n’est pas réductible à la quête d’un personnage. Elle sert un authentique projet romanesque, construit à partir d’une réflexion sur les destins collectifs et l’interprétation des conditions qui les déterminent, qu’elles soient ou non gagnantes.

Vous rappelez-vous des études Le Hir sur la faisabilité de la souveraineté? La fable de La taupe repose sur le fonctionnement du Secrétariat à la restructuration, chargé de la réalisation et de la communication de ses études. Jean Chartier réussit un fin collage entre interventions publiques et invention narrative, nous faisant évoluer en témoins indiscrets du fonctionnement d'un pan de l’appareil gouvernemental. La jeune quarantaine, Frédéric Chevalier est le nouveau responsable des communications de cette instance, dirigée par le ministre Achille Leblanc. Ancien journaliste, le voilà chargé d’assurer la liaison entre deux mondes. Celui du pouvoir, avec ses secrets, ses ambitions. Celui des médias, lui-même pris dans une incessante négociation entre direction politique et objectivité. Agenda chargé, auquel s’ajoute encore quelques écueils. Peu de temps avant le référendum, aux interventions du ministre Richard Le Hir succédaient régulièrement des corrections des auteurs des études citées, tenus de corriger des interprétations erratiques. À peine a-t-on tourné la première page de La taupe que Chevalier est ainsi mis en garde par un nouveau collègue: «Le ministre [Leblanc] n’est pas un homme facile et il prend des décisions qui surprennent les souverainistes convaincus; il a même embauché des fédéraux dans son entourage immédiat». Pour le lecteur avide de trouver La taupe, l'apéritif est servi.

Au centre de l’intrigue, deux Américains à Québec: les juristes David Bernstein et William Silverman. Leur étude, disponible dans la «vraie vie» aux Publications du Québec, garantissait pratiquement le respect par les États-Unis des ententes internationales en cas d’accession par le Québec à la souveraineté. Le traitement de l'étude par les médias, suivi cette fois derrière la caméra, non devant l’écran, a de quoi faire bouillir le plus apolitique des lecteurs. Avec cette relégation aux oubliettes, la lumière jetée sur certains points sombres comme l’orientation de la télévision publique sous Pierre O’Neil ou l’action du Conseil privé de la Reine, qui dispose d'une fortune distribuée au seul bon vouloir du Premier ministre, sont traités à l’intérieur des cercles fermés. La «taupe» du titre, c’est d’abord ce regard jeté par la serrure sur l’antichambre où naissent ces abus de pouvoir bien antérieurs au programme des commandites.

Pour survivre à sa tâche, Frédéric trouve un fidèle allié en Miguel Cortès, un économiste, petit-fils d’anarchiste andalou qui partage avec lui un semblable amour de l’histoire. Cette relation nous vaut d’ailleurs tout au long du roman de somptueuses digressions. Miguel raconte la débâcle des anarchistes, repoussés aux frontières de leur propre pays; Frédéric «sait retrouver la trace de la Nouvelle-France même dans la glaise bleue où on l’a cachée». Les promenades du personnage à Montréal ou à Québec donnent lieu à de vibrantes leçons d’histoire. Aux études à Montréal, une jeune étudiante originaire de Saint-Malo, à la fin d’une visite dans le Vieux-Montréal avec Miguel et Frédéric, salue ainsi le commentaire de ce dernier: «[...] vous poussez la délicatesse jusqu’à me montrer la ville qu’on ne voit pas». On doit changer «la ville» par «le Québec», et retourner à Jean Chartier le compliment.

Des descriptions du fleuve, majestueuses, ponctuent La taupe. Son histoire, elle, commence à Lachine, au début de la voie maritime du Saint-Laurent inaugurée en 1959, événement qui symbolise le déclin économique de Montréal. Enfin, le dernier chapitre est à couper le souffle. Un dîner entre Frédéric et un ami historien sert de prétexte à l’évocation des étapes de la Conquête, de l’été 1759 jusqu'au printemps 1760. On cherchera vainement dans les parutions actuelles une description aussi riche et percutante que celle de la longue remontée du fleuve de la flotte britannique, articulée autour de 46 vaisseaux de guerre. L'auteur, lors de notre entretien, s'attardera sur les 1200 pages du journal de John Knox, qui ne lâchait pas James Wolfe d'une semelle. C'est ce regard de l'Autre, encore inédit en français, qui se trouve au coeur d'un imposant travail d'assimilation dont on peinerait à biffer une phrase. Au risque de sembler vénal, on croirait assister au déploiement des forces impériales dans Star Wars. À lui seul, le vaisseau amiral des envahisseurs compte plus de canons que les défenses de Québec au grand complet. À bord de la flotte, on compte 22 000 soldats aguerris. À terre, 3500 soldats français, 1000 Amérindiens et 10 500 habitants, fusil de chasse à l’épaule.

«Adonner», «embarquer», «gréement»: le français du Québec abuse encore joyeusement du lexique marin. Le roman écume cette trace, naviguant à contre-courant la lecture traditionnelle d’un passé houleux. À partir de cette défaite appelée «conquête», catachrèse d'une catastrophe, Jean Chartier ouvre la voie à la refondation du mythe. Au téléphone, l'auteur explique son point de départ: «Je m'avance, mais notre histoire n’a pas commencé par un problème constitutionnel. Elle a commencé par le contraire. Par une guerre. Très violente. Quand on me dit qu’il faut respecter une constitution ça n’a rien à voir. Je parle de la naissance d’un pays, qui était la Nouvelle-France, de la destruction d’un pays, puis de la tentative des gens de le reprendre.»

Dans un passage haletant, Frédéric Chevalier conduit pendant une furieuse tempête de neige. Il est dépassé à vive allure par un fardier. Là, surgit l'image de l'aventurier de Louis Hémon: «François Paradis se perdait dans la forêt pour retrouver Maria Chapdelaine alors que Frédéric risque de perdre le contrôle de la voiture sur la glace noire [...] Tel paraît ce pays: les gens se disent prudents à l'occasion d'un référendum, mais ne le sont pas sur l'autoroute, par temps de blizzard». Jean Chartier m'explique cette analogie. «Au pays de Québec rien ne doit mourir et rien ne doit changer», phrase décorative qu'on a retenu de Maria Chapdelaine, peut avoir un sens moins restreint que celui de la survivance étriquée. Pour lui, il s'agit d'«une mise à l’envers du destin des gens du pays». Le romancier propose, enfin, de «voir autrement ce qu’on a regardé de manière banale».

Car une débâcle, c'est aussi un cours d'eau qui se libère.

Bibliographie :

La taupe. Chronique d'un référendum. Acte I: Les Américains à Québec, Jean Chartier, L'instant même, 336p., 27,50$

Maria Chapdelaine, Louis Hémon, Bibliothèque québécoise, 215p., 5,95$

Point de rupture. Québec/Canada: le référendum de 1995, Mario Cardinal, Bayard/Radio-Canada, 486p, 34,95$




La mascarade budgétaire

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir samedi 17 décembre 2005

Comme c'est toujours le cas lors des fins de session parlementaire, la semaine qui se termine a été chargée en événements au point d'en faire vite oublier certains qui auraient mérité plus d'attention. Ainsi en est-il de la sortie publique du vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, qui a affirmé que «les finances publiques ne sont pas en équilibre budgétaire». Pourtant, année après année, au moment de présenter son budget, le ministre des Finances nous répète le contraire. Encore cette semaine, lors de la présentation de sa mise à jour financière de mi-année, le ministre Michel Audet prétendait maintenir le cap sur la prévision de déficit nul contenue dans son budget du printemps dernier.

Or, a expliqué le vérificateur général, la méthode comptable utilisée par le gouvernement lui permet de masquer son déficit. À cela s'ajoute une mauvaise foi manifeste. Par exemple, il y a deux ans, Québec apprenait qu'Ottawa lui avait versé trois milliards en trop entre 2001 et 2004 au chapitre de la péréquation. Cette somme importante que le ministre des Finances avait alors additionnée à ses revenus n'a jamais été soustraite par la suite même si l'erreur était connue. Des milliards en revenus virtuels pour faire face à des dépenses bien réelles avec, pour résultat, un solde nul, tout aussi virtuel.

Quelques minutes avant la conférence de presse du vérificateur, mardi, le ministre Audet annonçait fièrement qu'il avait enfin décidé d'appliquer la méthode dite de «comptabilité d'exercice» suggérée par le vérificateur. Bravo! Sauf qu'au lieu d'inscrire une correction négative de trois milliards pour l'année en cours, comme l'aurait fait une entreprise privée, il s'est contenté de porter cette somme à la dette de l'État. Plus cocasse encore, en agissant ainsi, il se retrouve avec des revenus fictifs supplémentaires de 200 millions pour l'année en cours. C'est un peu comme si vous empruntiez 200 millions et que vous inscriviez cette somme dans la colonne de vos revenus...

Autre astuce comptable bien connue et dénoncée depuis longtemps par le vérificateur général: Québec n'inscrit jamais les déficits des hôpitaux dans ses résultats consolidés. L'année dernière seulement, ce sont 349 millions qui ont ainsi été exclus du périmètre comptable.

Pour le gouvernement, il est normal que les déficits des hôpitaux ne soient pas compris dans ses comptes puisque ces établissements sont indépendants. Faux, rétorque le vérificateur général: ces établissements «sont sous le contrôle du gouvernement et rendent compte de leur gestion soit à un ministre, soit à l'Assemblée nationale».

En ajoutant à ces sommes un montant de 294 millions qui provient lui aussi de la comptabilisation inexacte de provisions pour pertes éventuelles d'organisations comme Investissement Québec, on obtient que le gouvernement Charest a sous-estimé son déficit réel de l'année dernière d'autant que 1,5 milliard!

La prochaine fois que le ministre des Finances ou le premier ministre Jean Charest voudront nous raconter des histoires, rappelons-leur ce chiffre.

j-rsansfacon@ledevoir.com




Le rapport Coulombe sur les forêts, un an déjà

Steeve Saint-Gelais : Président de la Conférence des coopératives forestières du Québec
Le Devoir samedi 17 décembre 2005

Le 14 décembre 2004, la commission Coulombe déposait son rapport, lequel proposait d'amorcer des virages fondamentaux pour relever les défis de la gestion de la forêt publique québécoise. Depuis lors, des actions concrètes ont été entreprises, dont une diminution des attributions de bois à l'industrie forestière, la nomination d'un forestier en chef pour évaluer l'état et le rendement des forêts ainsi qu'un processus de délégation de certains aspects de la gestion forestière aux instances régionales. Des initiatives de diversification économique ont également été annoncées pour atténuer les impacts de la consolidation des usines de transformation du bois sur les collectivités forestières.

Bien qu'importantes, ces décisions ne sont cependant pas suffisantes pour dissiper l'incertitude ressentie par les parties prenantes au secteur, dont les coopératives de travailleurs forestiers. À cet égard, il est inquiétant que la vision du gouvernement et les principales stratégies pour cheminer vers la foresterie d'avenir ne soient toujours pas dévoilées, un an après le dépôt du rapport. Comme l'indiquait la commission Coulombe, les vrais changements devraient surgir d'orientations clairement exprimées et d'une feuille de route opérationnelle.

Cette lacune est d'autant plus grave qu'à ce jour, la mise en oeuvre se prépare en vase clos au sein du gouvernement, avec un apport externe limité à l'industrie des produits du bois. Dans ces circonstances, il sera bien plus difficile de susciter une adhésion a posteriori et de bénéficier d'un éclairage plus large.

Questions sans réponse

Des questions fondamentales restent sans réponse: comment entreprendre le virage de la gestion écosystémique des forêts? Quelles seront les nouvelles règles d'allocation de la matière ligneuse? Quels sont les principaux paramètres pour déployer une sylviculture de mise en valeur des forêts? Quels nouveaux rôles, responsabilités et marges de manoeuvre seront dévolus aux intervenants du milieu forestier? Comment sera gérée l'inévitable rationalisation de l'industrie?

Pour les coopératives forestières, l'incertitude signifie ne pas savoir combien de personnes travailleront demain, de quelles compétences elles auront besoin et quels équipements seront nécessaires. Les personnes sont déjà à bout de souffle et l'incertitude devant l'avenir mine leur capacité à s'adapter.

Soulignons que la conjoncture économique actuelle est extrêmement difficile, à un point tel que bon nombre de travailleurs et d'entreprises de la filière, que ce soit en forêt, en usine, au transport ou aux activités connexes, sont préoccupés de leur survie à court terme. Soumis à des facteurs conjoncturels incontrôlables, ils sont contraints à en faire plus avec moins, presque sans marge de manoeuvre.

Les coopératives forestières, témoins et acteurs du secteur depuis 60 ans, se sont adaptées à un contexte en évolution pendant cette longue période. Depuis le travail manuel pour l'approvisionnement de l'usine paroissiale, elles ont développé et diversifié leurs compétences et leur offre de services pour occuper, à divers degrés, les créneaux de la filière dans une relation d'affaires avec des détenteurs de droits sur la ressource forestière.

Aujourd'hui, ces entreprises collectives sont conviées à une autre transformation, encore plus profonde que par le passé. Cette transformation fera appel à toute leur capacité d'adaptation pour maintenir le cap sur leur mission de créer et de partager la richesse issue des ressources du milieu forestier pour le bénéfice des collectivités au sein desquelles elles oeuvrent. Parmi les pistes à suivre, le renforcement du réseau est une priorité, notamment en regroupant les coopératives forestières dans une véritable fédération.

À l'affût

Quelles que soient les orientations retenues par le gouvernement, les coopératives seront particulièrement à l'affût des mesures favorisant le travail, et non seulement le retour sur le capital. Il faudra ainsi s'assurer de maintenir l'offre de travail en forêt, en particulier dans les collectivités qui subiront la fermeture d'usines. L'instauration d'une sylviculture plus fine que celle des grands chantiers de coupe pourrait permettre des adaptations technologiques sans nécessairement conduire à une substitution radicale de la main-d'oeuvre par les machines.

Il y a également lieu de voir quelles seront les ouvertures permettant au secteur de l'aménagement forestier d'évoluer, ses entreprises étant en ce moment confinées à un simple rôle d'exécutant sans droits ni voix. Dans leur ensemble, les coopératives aspirent à des responsabilités accrues. Elles souhaitent également qu'un nouveau contexte permette un retour à la nécessaire prospérité de l'industrie des produits du bois, le moteur économique du secteur.

En entamant la deuxième année post-Coulombe, les coopératives forestières espèrent une prise de position gouvernementale qui permettra la concrétisation d'un vrai pacte forestier pour l'avenir des régions, des collectivités et du travail en forêt.




La reine ne négocie plus

Jacques Rouillard. L'auteur est professeur à l'Université de Montréal et l'auteur de "Le syndicalisme québécois. Deux siècles d'histoire" (Boréal 2004).
La Presse samedi 17 décembre 2005

L'imposition de la loi 142 représente l'aboutissement d'un processus de négociation tronqué dans le secteur public depuis le début des années 80

Au début des années 60, le premier ministre Jean Lesage avait lan cé l'arrogante boutade que les fonctionnaires de l'État québécois ne pouvaient se syndiquer puisque " La reine ne négociait pas avec ses sujets ". À la lumière de la décision du gouvernement d'imposer d'autorité les conditions de travail de ses 500 000 employés directs et indirects de l'État (loi 142), on peut légitimement se demander si tout le processus de " négociation " dans le secteur public n'est plus que de la frime, que le gouvernement, patron et législateur, décide à l'avance d'à peu près tout et que le droit de grève n'est plus finalement que symbolique.

Le gouvernement n'a pas bougé d'un iota sur les salaires depuis son offre de juin 2004 et il a retiré le droit de grève aussitôt le temps venu de préparer la dinde de Noël. La loi prévoit un gel de salaire pour les deux premières années de la convention et une faible augmentation de 2 % par année pour les quatre années suivantes. Il a ajouté aussi in extremis neuf mois aux conventions collectives qui vont maintenant se terminer en mars 2010. C'est donc en fait à 8 % d'augmentation sur presque cinq ans que ces travailleurs auront droit. Quant à l'équité salariale pour laquelle le gouvernement prévoit un 4,6 % d'augmentation et qui touchera surtout des femmes, c'est un processus complexe d'évaluation amorcée depuis 2001 qui n'est pas prêt d'être terminé de ci-tôt. Dans le cas des clauses normatives dites " négociées ", elles ressemblent à du donnant donnant et représentent plutôt un " statu quo amélioré ".

Lois spéciales

L'imposition de la loi 142 représente l'aboutissement d'un processus de négociation tronqué dans le secteur public depuis le début des années 80. Ces syndiqués ont vu l'adoption de lois spéciales pour mettre un terme à leur négociation ou leur arrêt de travail en 1982, 1983, 1986, 1993, 1997 et 1999. De plus, le gouvernement a adopté deux lois pour réduire l'impact des arrêts de travail dans le réseau de la santé, notamment la fameuse loi 160 en 1986 qui impose des pénalités très lourdes aux syndicats et aux syndiqués qui ne respectent pas les services essentiels (le gouvernement l'a reprise substantiellement dans la loi 142).

Depuis les années 80, les employés directs et indirects de l'État ont eu à subir des récupérations salariales, la réouverture de leur convention, des gels et de faibles hausses de rémunération. Il faut se rappeler que l'objectif du gouvernement dans ses négociations avec ses employés depuis 1972 était d'aligner la rémunération de ses salariés sur celle du secteur privé. Pour le guider dans ce but et " informer le public ", il crée en 1985 l'Institut de recherches et d'informations sur la rémunération chargé de fournir des " données objectives et uniformes " pour établir les comparaison entre les emplois du privé et du public. C'est ce à quoi s'applique l'organisme avec rigueur et sophistication en se référant à des établissements de plus de 200 employés et en comparant ce qui est comparable, soit une soixantaine d'emplois repères aux fonctions identiques dans les deux secteurs (l'Institut de la statistique du Québec a pris la relève en 1999).

L'analyse des données depuis 1988 permet de mesurer l'ampleur du recul des employés de l'État. En 1988, la rémunération globale des salariés de l'État (comprenant les avantages sociaux) était en avance de 10 % sur les autres salariés québécois (ASQ), mais à parité avec les autres salariés syndiqués. En 1995, elle est en retard de 7,4 % sur les ASQ et de 9,7 % sur les ASQ syndiqués, mais en avance de 9,7 % sur les ASQ non syndiqués. En 2005, les employés de l'administration québécoise accusent du retard pour toutes les catégories d'emplois: 11,8 % par rapport aux ASQ, 8,2 % par rapport au secteur privé, 18,4 % par rapport aux ASQ syndiqués, 20,5 % par rapport au secteur privé syndiqué. Il y a une seule exception, le secteur privé non syndiqué avec lequel la rémunération globale des employés de l'État est à parité. Parions qu'avec les faibles augmentations consenties au cours des prochaines années, ce dernier secteur les devancera finalement. On est loin des " gras durs " de la fonction publique. (...)




Claude Béland jette un regard franc sur le Québec d'aujourd'hui

Lise Fournier
Le Soleil samedi 17 décembre 2005

L'ex-président de Desjardins estime que les élus ne disent pas les vraies choses aux gens

"Le Québec fait deux fois moins d'enfants qu'il y a 40 ans et le taux d'abandon scolaire des jeunes frise les 35 %. Additionnez ces deux données et vous venez de multiplier par quatre les problèmes économiques qui attendent le Québec d'ici quelques années." Ce constat est celui de l'ancien président du Mouvement des caisses populaires Desjardins, Claude Béland, qui a accepté en cette fin d'année de poser un regard réaliste sur le Québec.

Pour M. Béland, il est urgent de stopper le décrochage scolaire des 14-24 ans. "Cette question, dit-il, est l'affaire de tous parce que le développement économique du Québec en dépend. Avec la mondialisation des marchés, les entreprises, qui veulent progresser, ont besoin de main-d'oeuvre spécialisée. Et si on ne peut pas la leur fournir, c'est simple, elles iront s'installer ailleurs et les capitaux suivront.

"Il faut donc motiver nos jeunes, les préparer à relever les défis de l'économie du savoir. Et ce n'est pas avec un troisième secondaire qu'ils y arriveront", ajoute-t-il.

En plus de former des travailleurs qualifiés, le Québec doit aussi encourager les rêves de ceux et celles qui veulent partir en affaires. Il y a beaucoup de talents et d'idées, lance-t-il, toutefois les choix demeurent restreints parce que les multinationales dominent aujourd'hui plusieurs secteurs de l'industrie. Elles se font concurrence entre elles et n'apprécient guère d'avoir de nouveaux joueurs sur leur terrain. Ce n'est pas une situation très saine en soi, note M. Béland, mais il y a des solutions.

Selon lui, la seule manière de faire contrepoids aux multinationales qui contrôlent les marchés, c'est par le coopératisme. Il rappelle que plusieurs pays d'Amérique du Sud, dont le Brésil, ont emprunté cette voie et que ça leur réussit très bien.

En tant que défenseur de la coopération, M. Béland se désole toutefois que l'esprit d'entraide et de solidarité soit en perte de vitesse au Québec. Aujourd'hui, l'individualisme prime. Les valeurs ont changé. En 2005, être un bon citoyen, c'est de faire tout ce qu'on peut pour soi-même, alors qu'il y a 30 ans, c'était faire tout ce qu'on pouvait pour développer le Québec.

À titre d'exemple, il souligne que dans les années 70, il n'était pas rare de voir les dirigeants de la Banque Nationale, de la Caisse de dépôt et de la SGF se mettre ensemble pour sauver une entreprise. Aujourd'hui, vous ne voyez plus ça. Pourtant, le Québec a besoin plus que jamais de coopération. "Quand ça va mal, dit-il, pourquoi ne pas faire confiance aux citoyens ?" À ses yeux, les partenariats public-citoyens devraient être envisagés par l'État.

Gouvernance

Si la démographie pose déjà un défi de taille, notre deuxième plus gros problème, c'est la gouvernance. La dette accumulée de 116 milliards $ du gouvernement québécois l'illustre, affirme M. Béland. Un exemple parmi d'autres, la loi du déficit zéro adoptée en 1996 par l'Assemblée nationale n'a jamais été respectée faute de volonté politique. Résultat : cette semaine encore, le vérificateur général déplorait un trou de 2 milliards $ dans les finances publiques du Québec. M. Béland juge qu'il faut s'attaquer à la dette sur-le-champ pour préserver l'avenir de nos enfants.

En résumé, mon message, c'est qu'il est temps de gouverner efficacement, de revoir les règles de notre régime politique. On est à l'ère de la mondialisation des marchés, des technologies de pointe et pourtant nos institutions fonctionnent comme il y a 100 ans. Ce n'est pas très efficace. Le système d'élections aux quatre ans fait en sorte que personne n'ose dire la vérité aux gens sur les finances publiques. C'est sûr qu'un chef qui ose dire aux citoyens qu'il n'y a plus de marge de manoeuvre va se rendre impopulaire. Par contre, ça prend du courage pour le faire.

De mon point de vue, il faut revoir, à court terme le système démocratique afin d'obtenir la participation active d'une majorité de citoyens, pour les aider à comprendre les enjeux et les difficultés auxquels nous sommes confrontés. À mon avis, sans un consensus national, aucun gouvernement n'arrivera à régler les problèmes actuels du Québec, dont ceux de la démographie, du décrochage, de la dette et des entreprises.

Et une chose est sûre, conclut-il, la somme des individualismes ne fera jamais une collectivité forte et solidaire.

LFournier@lesoleil.com




En riposte au décret, le SPQ Libre invite à l'action politique

Marc Laviolette
SPQ Libre 19 décembre 2005

« Le SPQ Libre dénonce la violation des dispositions du Code du travail par le gouvernement Charest par l'imposition avec la loi 142 d'un décret - qui appauvrit pour six ans plus d'un demi-million de travailleuses et travailleurs du secteur public - et l'imposition de conventions collectives sur les conditions de travail négociées le fusil sur la tempe », a déclaré Marc Laviolette, le président du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre.

Avec l'adoption sous le bâillon de la loi 124, le gouvernement procède au démantèlement du réseau des CPE et ouvre toute grande la porte, avec la loi 134, à la privatisation de la gestion et du financement de l'eau, des parcs et de la collecte des déchets. « Le SPQ Libre y voit là, entre autres, une façon de se débarrasser des syndicats du secteur municipal », selon Pierre Dubuc, le secrétaire du SPQ Libre.

Le gouvernement Charest va donc de l'avant avec son plan de réingénierie de l'État dont un des axes fondamentaux est l'affaiblissement systématique du mouvement syndical. Amorcée avec les modifications apportées à l'article 45 du Code du travail qui ouvraient la porte à la sous-traitance, l'offensive anti-syndicale bat son plein.

« Le rétablissement de la libre négociation dans le secteur public et la défense du droit à la syndicalisation passent maintenant par des changements politiques », conclut Marc Laviolette. Le SPQ Libre invite donc les syndicalistes et les progressistes à faire le « saut en politique » et à joindre ses rangs pour faire en sorte qu'un futur gouvernement du Parti Québécois rétablisse le monde syndiqué dans la plénitude de ses droits fondamentaux.

« Crâneur, Jean Charest parle de faire trois mandats. Nous disons qu'un mandat est déjà un mandat de trop ! », déclare Pierre Dubuc.