Déclaration internationale de la jeunesse*

Notre climat, notre défi, notre avenir

Texte élaboré dans le cadre du Sommet international de la jeunesse, organisé par l'ONG québécoise Environnement jeunesse
Le Devoir vendredi 2 décembre 2005

Nous, la jeunesse d'aujourd'hui et les dirigeants de demain, faisons face à un défi sans précédent et prenons notre part de responsabilité dans la lutte contre les changements climatiques. Libres des contraintes associées aux difficultés du compromis et de la négociation, nous en arrivons à la conclusion que nous nous sommes éloignés de l'objectif de la Convention.

Nous sommes alarmés par l'ampleur grandissante de la crise environnementale globale. Nous sommes solidaires avec les communautés les plus affectées par les changements climatiques, notamment les populations à faible revenu, les groupes marginalisés, les communautés indigènes et les populations des zones géographiques les plus vulnérables. En tant qu'intendants de la Terre, nous exigeons pour l'ensemble des générations futures le droit d'hériter d'une planète saine. Nous faisons cette déclaration, sachant de tout coeur qu'au-delà de Kyoto, c'est nous!

Nos engagements

Les jeunes du monde entier engagent leurs communautés sur la voie de l'action participative, et ce, dans le respect de la place de l'humanité dans l'écosystème terrestre, de la diversité culturelle, des droits des populations indigènes et du savoir traditionnel. Par nos choix de consommation, nous soutenons le développement d'énergies propres. Parallèlement, nous cherchons activement à intensifier nos engagements aux échelles nationale et internationale.

Nos revendications

Dans le prolongement des précédentes déclarations de la jeunesse aux conférences des parties (CdP), nous appelons à l'instauration, d'ici la CdP 12, d'une représentation permanente et financée de la jeunesse dans le processus de négociation international.

En concordance avec les connaissances scientifiques, les pays «développés» doivent prendre des engagements contraignants de réduction de leurs émissions d'au moins 30 % en 2020 et 80 % en 2050. D'ici 2008, les parties doivent parvenir à un accord international comprenant un soutien additionnel à la décarbonisation des pays «en voie de développement», financé en partie par les sanctions imposées aux pays «développés» qui ne respecteraient pas leurs engagements.

Les mécanismes de souplesse doivent être supplémentaires et non pas se substituer aux réductions d'émissions nationales: la grande majorité des réductions doivent être réalisées au niveau national. Le principe d'additionnalité, le suivi et la transparence des projets issus des mécanismes de souplesse ne peuvent pas faire l'objet d'un compromis. Les communautés locales doivent avoir un rôle participatif dans l'ensemble du processus.

Nous demandons aux gouvernements une transition juste vers les énergies durables et insistons sur l'abandon de toute forme de subvention aux énergies fossiles. Les droits humains et les principes de justice sociale doivent être pris en compte lors de cette transition. Les projets portant sur l'énergie nucléaire, l'hydroélectricité à grande échelle et l'incinération des déchets ne contribuent pas à la durabilité. La séquestration du carbone ne peut être qu'une solution de dernier recours.

Les options d'adaptation doivent être examinées parallèlement à la mitigation. Les pays dont les capacités d'adaptation sont les plus faibles ont besoin de plus de ressources de façon urgente, particulièrement en ce qui a trait au financement de l'adaptation des communautés locales. Des plans favorisant l'adaptation humaine et écologique doivent être incorporés aux politiques nationales.

La sécurité alimentaire et l'accès à l'eau doivent être garantis afin d'éviter tout conflit lié aux changements climatiques. Les gouvernements doivent venir en aide aux populations déplacées pour des raisons environnementales.

Il est urgent que les gouvernements améliorent leurs politiques de planification urbaine, soutiennent l'architecture écologique, développent les systèmes de transport public et favorisent les modes de transport non motorisés.

Les normes d'efficacité énergétique des véhicules doivent être renforcées. Les émissions du transport maritime et de l'aviation doivent être soumises à des objectifs de réductions contraignants.

Nous insistons auprès des gouvernements afin qu'ils incorporent à nos systèmes éducatifs une approche multidisciplinaire ambitieuse du développement durable, dont un programme d'éducation aux changements climatiques.

Notre vision

Nous respectons les générations passées et futures et reconnaissons que l'humanité fait partie de l'écosystème terrestre. Le bien-être humain et écologique doit prévaloir sur les préoccupations économiques, ne serait-ce que parce que l'économie dépend de cet écosystème. La technologie seule n'est pas une solution; nous ne souhaitons pas la poursuite de nos habitudes de vie non durables. Nous élevons la communauté, la culture et la vie au-dessus de la consommation superficielle.

Les communautés, avec leur compréhension unique de leur propre situation, sont les plus aptes à trouver les solutions aux problèmes d'adaptation et de réduction des émissions. Nous soutenons les initiatives des entreprises s'investissant de manière ambitieuse pour nous aider à réaliser notre vision. Les gouvernements sont responsables devant leur population et non devant les grandes entreprises.

Les solutions aux changements climatiques doivent garantir le droit des personnes à un environnement sain et le droit de l'environnement à être préservé. Elles doivent assurer l'équité dans et entre les générations présentes et futures. L'éducation doit promouvoir la durabilité en harmonie avec la diversité culturelle. Une économie faiblement émettrice n'est pas une économie à faible niveau d'emploi.

Notre vision est celle d'un monde où tous les membres d'une société n'ont pas seulement le droit mais aussi les moyens d'influencer le monde qui les entoure et où la durabilité, l'équité et la justice sont des valeurs inconditionnelles.

Nous, les jeunes, avons le droit de créer le monde dans lequel nous voulons vivre. Nous allons déjà de l'avant dans nos propres vies et nos propres communautés afin de faire de cette vision une réalité. Nous demandons à nos dirigeants de faire de même.

Les changements climatiques sont une occasion unique pour nous unir. L'ère de la compétition appartient au passé; nous sommes à l'aube de l'ère de la coopération!

* Texte élaboré dans le cadre du Sommet international de la jeunesse, organisé par l'ONG québécoise Environnement jeunesse et qui a réuni 100 jeunes du monde entier du 24 au 28 novembre, parallèlement à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques. Cette déclaration a fait l'objet hier d'une lecture publique à Montréal.




Telling the Truth about Imperialism

Noam Chomsky interviewed by David Barsamian
International Socialist Review, November-December, 2003 (Extraits)

TRADITIONALLY IF you used the word "imperialism" and attached the word "American" in front of it, you were immediately dismissed as a member of some far left fringe. That has undergone a bit of a transformation in the last few years. Let’s just take Michael Ignatieff, for one. Son of a Canadian diplomat, he’s at the Kennedy School of Government at Harvard where he is Carr Professor of Human Rights Policy. He writes in a New York Times Magazine cover story on July 28, 2002, "America’s entire war on terrorism is an exercise in imperialism." Then he adds, "Imperialism used to be the white man’s burden," echoing Kipling. "This gave it a bad reputation. But imperialism doesn’t stop being necessary just because it becomes politically incorrect." On January 5, 2003, in yet another cover story in the New York Times Magazine, he writes, "America’s empire is not like the empires of times past, built on colonies, conquests and the white man’s burden.... The 21st century imperium is a new invention in the annals of political science, an empire lite, a global hegemony whose grace notes are free markets, human rights, and democracy, enforced by the most awesome military power the world has ever known." And he has a new book out, called Empire Lite.

OF COURSE, the apologists for every other imperial power have said the same thing. So you can go back to John Stuart Mill, one of the most outstanding Western intellectuals, now we’re talking about the real peak of moral integrity and intelligence. He defended the British Empire in very much those words. John Stuart Mill wrote the classic essay on humanitarian intervention. Everyone studies it in law schools. What he says is, Britain is unique in the world. It’s unlike any country before it. Other countries have crass motives and seek gain and so on, but the British act only for the benefit of others. In fact, he said, Our motives are so pure that Europeans can’t understand us. They heap "obloquy" upon us and they seek to discover crass motives behind our benevolent actions. But everything we do is for the benefit of the natives, the barbarians. We want to bring them free markets and honest rule and freedom and all kinds of wonderful things. Today’s version is just illustrating Marx’s comment about tragedy being repeated as farce.

The timing of Mill’s comments is interesting. This was around 1859, and it was right after an event that in British terminology is called the "Indian Mutiny," meaning those barbarians raised their heads. It was a rebellion against British rule, and the British put it down with extreme violence and brutality. Mill certainly knew about this. It was all over England, it was all over the press. The old-fashioned conservatives like Richard Cobden condemned it harshly, just like Senator Robert Byrd condemns what’s going on today. The real conservatives are different from the ones that call themselves that. But Mill, right in the midst of that, wrote about this picture of Britain as an angelic power, and I think you’d find it hard to find an exception to that.

I’m surprised that Ignatieff is not aware that he’s just repeating a very familiar rhetoric. And it’s true, even in internal records, when people are talking to themselves. A lot of Soviet archives are coming out, basically being sold to the highest bidder like everything else in Russia. It’s kind of interesting to see that they talk to each other the same way they talk in public. So, for example, you go back to 1947 or so, and Gromyko and those guys are talking to each other and saying things like, We have to protect democracy. We have to intervene to protect democracy from the forces of fascism, which are everywhere, and democracy is surely the highest value, so we’ve got to intervene to protect it. And he’s talking about the "people’s democracies." Well, he believed it probably as much as Ignatieff believes what he is saying.

IGNATIEFF SEEMS to be a particular favorite of the New York Times. In the New York Times Magazine of September 7, 2003, "Why Are We In Iraq?" is the title of his article. He writes, "New rules of intervention, proposed by the U.S. and abided by it, would end the canard that the U.S., not its enemy, is the rogue state." You have a book called Rogue States. What is Ignatieff getting at here, that this is a canard that the U.S. is a rogue state?

ACTUALLY, I borrowed the phrase from Samuel Huntington. In Foreign Affairs, the main establishment journal, he described how, in the eyes of much of the world, the United States is regarded as "the rogue superpower" and the "greatest external threat" to their existence. That’s in the context of criticizing Clinton’s policies leading to the building up of coalitions against the U.S.

If we define "rogue state" in terms of any kind of principles, like violation of international law, or aggression, or atrocities, or human rights violations, and so on, the U.S. qualifies rather well, as you would expect of the most powerful state in the world. Just as Britain did. Just as France did. And every one of them wrote the same kind of garbage that you’re quoting from Ignatieff. So, France was carrying out a "civilizing mission" when the minister of war was saying they were going to have to exterminate the natives in Algeria, which they proceeded to try to do. Even the Nazis. You go to the absolute depths and you’ll find the same sentiments expressed.

When the Japanese fascists were conquering China and carrying out huge atrocities like the Nanking Massacre, the rhetoric behind it brings tears to your eyes. They were creating an "earthly paradise" in which the peoples of Asia would work together, and Japan would sacrifice itself for their benefit so they would all have peace and prosperity, and Japan would protect them from the Communist bandits while they move on to the earthly paradise, and so on. Again, I’m a little surprised that some editor at the New York Times, or a dean at Harvard doesn’t see that it is just a little odd to be repeating what’s been said over and over again by the worst monsters. Why is it different now?

Notice, by the way, that one of the great benefits of being a respectable intellectual, is you never need any evidence for anything you say. So you go through those articles and try to find some evidence to support the conclusions. It’s not that it’s not there, it’s just that it would be ridiculous to put it in. It’s as if you wrote that two and two is four, and then somebody said, "Where’s your evidence?" In order to make it to the peak of respectability, you have to understand that it’s faintly absurd even to ask for evidence for the praise of those with power. It’s just automatic. Of course they’re magnificent. Maybe they made some mistakes in the past, but now they’re magnificent. And to look for evidence of that is like looking for evidence for the truths of arithmetic. So there never is any.




Martin gambles with Quebec stop

James Travers
The Brandon Sun Sunday, December 4th, 2005

When a Liberal prime minister speaks in Quebec, does he speak for Canada?

Not long ago, that was a dumb question easily answered. Liberals not only spoke to Quebec for Canada, they governed Canada from their Quebec base.

But that was before Jean Chrétien waved too many flags at soft separatists, Justice John Gomery condemned the ruling party for corruption and Gilles Duceppe lifted the Bloc Québécois from its deathbed. Today, the strength of the prime ministerial voice is as suspect in La Belle Province as the Liberals’ election prospects.

So Paul Martin’s decision to spend the first full day of this election campaign in and around Montreal was brave and foolish. Brave because he is flying into the teeth of the perfect political storm and foolish because the turbulence is fierce enough to rip the wings off a campaign plane.

A party that once considered Quebec’s 75 seats private property is now clinging to the 21 it won in 2004 while protecting vulnerable ministers, including the accident-prone Pierre Pettigrew. While campaign strategists predict better results, polls position Duceppe to strengthen the Bloc stranglehold.

It’s no surprise the primary reason is a scandal that still angers Quebecers who understandably resent being treated as rustics bought, like Manhattan, with baubles by a party that stole tax dollars to pay its bills. But there’s more.

This election’s oddity is that it is at least three elections: a national campaign split into two unequal parts by Christmas and the Quebec campaign-within-a-campaign. That tilts the game against Liberals who must spread resources across the country while the Bloc concentrates on a single province.

Martin’s response is predictable, familiar and frankly, the best available. From a breakfast speech announcing the starship candidacy of former astronaut Marc Garneau to an evening rally, the prime minister is fusing a strong economy and weak national unity into a single issue.

Martin’s message is that prosperity and Quebec are only as inseparable as Canada and Quebec. By muscling Garneau into a suburban Montreal riding, Martin creates a compelling metaphor for shared success — a hero who literally rose higher than the stratosphere is now a Liberal who wants to work for Quebec in Ottawa.

Better still, the message carries a subliminal warning. Chances of the aerospace industry that supported Garneau thriving here after separation lie somewhere close to zero.

Martin’s message for the rest of the country is different. He wants Canadians to consider the consequences of electing a Conservative government so marginal here that it isn’t expected to win a single riding and would be forced to find Quebec cabinet representation in the unelected, unloved Senate.

Echoing his predecessors, Martin is making the point that only a Liberal prime minister can speak effectively for Quebec in the capital and for Canada in Quebec. But is anyone anywhere listening?

In Quebec, the sponsorship scandal is still felt with poignancy missing elsewhere. That, along with the poor performance of Jean Charest’s provincial government and the edgy Parti Québécois choice of the former cocaine-snorting André Boisclair as this country’s first post-modern leader, both raises the spectre of another referendum and lowers all Liberal expectations.

In the rest of the country, either weariness with constitutional wrangling or worries about more immediate priorities is clearly dulling separation sensibilities. Trying again to get anyone beyond Ontario or perhaps the Maritimes to elect Liberals to save the country is as promising as demonizing Stephen Harper in Alberta.

Not worrying about the state of the nation is certainly shortsighted. All conditions for another crisis now exist and will be exacerbated if a party dedicated to the destruction of Canada gains strength.

It suits Martin’s patriotism as well as Liberal interests to resist the Bloc and reverse a trend. Opening his campaign in a province where so much has been lost and where it’s not reasonable to expect more can be won is a measure of Quebec’s importance.

But it will take more than repeating the fiction that only Liberals speak convincingly for Canada to change the ruling party’s Quebec reality. In squandering trust by stealing sponsorship dollars, Liberals also diminished their unity voice to a whisper.

When Paul Martin speaks in this campaign, he speaks as the leader of a party desperate to hold power.





THE ELECTION: Battle for Quebec

Martin ups the ante with talk of referendum

CAMPBELL CLARK AND DANIEL LEBLANC
G&M Saturday, December 3, 2005

TORONTO, MONTREAL -- Liberal Leader Paul Martin made the high stakes gamble yesterday of declaring next January's vote a "referendum election" in Quebec even though his party is badly trailing the Bloc Québécois in opinion polls in the province.

With his statement, Mr. Martin has declared that a Bloc romp in the federal election would amount to a rejection of the country by Quebec voters. However, he is hoping to persuade federalists in the province to turn the page on the sponsorship scandal and vote Liberal.

The Bloc obtained 48.9-per cent of the popular vote in last year's election, taking 54 of the province's 75 seats. Bloc Leader Gilles Duceppe, whose party has the support of about half the population in the polls, said he is aiming for an even larger share of the popular vote on Jan. 23.

The Liberals are raising the stakes to counter the promise of collaboration between Mr. Duceppe and Parti Québécois Leader André Boisclair in the federal campaign, in the next provincial election and in a possible referendum in 2008.

Speaking in French, Mr. Martin said that makes the federal vote "référendaire"-- effectively a plebiscite on national unity.

"I think it is really a referendum election," Mr. Martin told reporters in Toronto. "Certainly according to the Boisclair-Duceppe duo. They said it clearly, they said it [Thursday evening], that they had a pact between the two of them."

Mr. Martin's move is an attempt to squeeze other federalist parties out of the equation in Quebec.

"Quebeckers have a choice, a choice between a party devoted to destroying Canada, and us," Mr. Martin said.

Mr. Martin's predecessor, Jean Chrétien, regularly attempted to polarize the Quebec electorate along federalist-separatist lines, but with the Liberals weakened by the sponsorship scandal, the tactic is a gamble now. Mr. Duceppe has always refused to equate a federal election with a referendum on sovereignty, saying the political future of Quebec is a provincial matter.

He ridiculed Mr. Martin's assertion yesterday, wondering if he would start negotiating independence with Quebec Premier Jean Charest in the event of a strong Bloc showing.

"We don't make a decision on sovereignty in a federal election," Mr. Duceppe told reporters in Montreal.

He added that the real question is: "Do you still want Liberals, yes or no?"

Liberal officials insisted that federalist Quebeckers cannot abandon the Liberal Party. In an interview, Heritage Minister Liza Frulla said that the Bloc is attempting to bring down all federalist voices in Quebec to obtain momentum toward a third referendum.

"What we're telling people is that this is serious and they should take it seriously," she said. "This vote could have grave consequences."

Political scientist Christian Dufour of the National School of Public Administration said he is surprised that the Liberals are playing the referendum card so early in the campaign, saying it amounts to abandoning any hope of making large inroads in francophone ridings. He said he understands why the Liberals are making the argument, but he insisted that regardless of Mr. Martin's assertions, the current election is not a referendum.

"It's a bit of a desperate argument. They have nothing to lose in Quebec," Mr. Dufour said.




La mémoire du Bloc

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 3 et dimanche 4 décembre 2005

Le parti souverainiste cherche à garder l'équilibre entre le terroir et le Québec pluraliste

Malgré son discours sur le nationalisme civique, qu'il a développé depuis cinq ans, le Bloc québécois a lancé cette semaine sa thématique aux accents du terroir. Fait-il ainsi preuve d'incohérence ou de réalisme politique? La formation continue surtout à chercher un équilibre entre les racines du mouvement souverainiste et l'ouverture à l'autre.

Au premier jour de cette longue campagne électorale de 56 jours, le chef bloquiste Gilles Duceppe a participé à l'assemblée d'investiture du député Maka Kotto. Il s'agissait d'un geste symbolique sur le ton du nationalisme civique. «Pour nous, au Bloc, un Québécois c'est toute personne qui habite au Québec, quels que soient l'âge, la race, la couleur, la région, homme ou femme. Sans exception, nous sommes tous des Québécois et des Québécoises. [...] Depuis trop longtemps, les libéraux prennent le vote des Québécois issus de l'immigration pour acquis. Ils se trompent. Ce n'est plus vrai», a lancé alors M. Duceppe.

Dans cette volonté de dessiner les contours d'un Québec pluraliste, l'ancien chef du Parti québécois, Bernard Landry, qui prenait part à l'événement, a renchéri : «Maka, tu as prouvé par ce que tu es et par tes agissements et ton amour du Québec que le Québec n'est pas, fort heureusement, une société multiculturelle. Ta culture est la mienne; la mienne est la tienne.»

Le lendemain, le Bloc québécois dévoilait son slogan (Heureusement, ici, c'est le Bloc) et les affiches du chef avec en arrière-plan, dans une version campagnarde et traditionnelle, un petit village enneigé. Du coup, c'était la fibre identitaire que l'on faisait vibrer.

Jacques Beauchemin, professeur de sociologie à l'UQAM, constate la difficulté pour le Bloc de rendre compte sur le terrain politique de ces deux pôles, non pas en les confrontant mais plutôt en les présentant en même temps. La situation traduit très exactement la tension dans laquelle se retrouve le discours souverainiste québécois : il faut en même temps faire adhérer les «non-Canadiens français de souche» au projet souverainiste et ne pas nier les véritables origines de cette volonté de faire du Québec un pays.

«Le grand paradoxe du discours nationaliste québécois, c'est qu'on peut difficilement montrer aux Québécois la pertinence de la souveraineté du Québec sans faire référence à une certaine histoire, à une certaine mémoire et donc à un certain pathos. [...] Le Bloc veut désigner le "ici" du Québec, alors on se rabat sur des icônes qui sont assez simples à comprendre. Il n'y a pas de contradiction mais une tension», explique M. Beauchemin.

Le militant souverainiste Mathieu Bock-Côté, qui a fait partie à une autre époque de l'équipe jeunesse du Bloc québécois, n'y voit pas non plus d'incohérence. Selon lui, que le Bloc tienne un certain discours et prenne une voie pour son image électorale relève plutôt du réalisme politique en période électorale.

«À partir du moment où la politique reprend ses droits, c'est-à-dire la nécessité de gagner, on revient au nationalisme historique, de la mémoire, centré sur l'identité. Ils ont beau nous dire que le Québec au complet ressemble au Plateau Mont-Royal, dans les faits, il y a une réappropriation des thèmes traditionnels, avec entre autres un paysage d'un petit village. La précampagne s'est même faite sur le thème de "Je me souviens", alors que la devise est très critiquée au sein du mouvement souverainiste. On voit l'écart entre un discours qui tourne un peu à vide et l'appel très naturel aux symboles, à la mobilisation, ce qui correspond aux fibres identitaires québécoises», affirme M. Bock-Côté.

Dix ans après la déclaration de Jacques Parizeau qui a entraîné une redéfinition du nationalisme qui, pour être celui de tous les Québécois, ne devait plus être celui de la majorité française, le mouvement souverainiste jongle avec un discours épuré de références identitaires. À son congrès de janvier 2000, le Bloc a adopté une déclaration de principe qui a donné un élan aux droits individuels plutôt qu'aux droits collectifs.

Mathieu Bock-Côté associe cette période à un dérapage intellectuel, qui a démontré un nationalisme qui a mauvaise conscience. «Il y a eu des années de folie où on a multiplié les signes pour ne plus avoir l'air de ce qu'on était. Si le retour de certains symboles peut annoncer une réapparition lente des préoccupations à l'intérieur du discours souverainiste, c'est approprié dans la conjoncture», croit-il.

Jacques Beauchemin abonde dans ce sens. «Il y a un excès possible dans la négation de l'histoire de la majorité franco-québécoise. Des fois, on n'est pas très loin de ces excès-là, rappelle Jacques Beauchemin. [...] Le tragique du nationalisme québécois, c'est de défendre l'idée d'une nation au sens classique du terme dans un contexte socioéconomique qui s'est complètement transformé», explique M. Beauchemin.

Le chef du Bloc québécois se défend de se montrer frileux et de mettre de côté le passé qui appelle un redressement des torts chez beaucoup de souverainistes. «Reconnaître ce qu'on est devenu, ce n'est pas nier le passé. On était des Canayens, puis des Canadiens, puis des Canadiens français, puis des Québécois. On n'est pas frileux du tout. Au contraire. Ceux qui sont frileux, ce sont ceux qui à Ottawa refusent de reconnaître la fête nationale des Québécois et qui en sont restés à la fête des Canadiens français», a soutenu M. Duceppe en conférence de presse jeudi dernier.

Il a donné l'assurance qu'il est fier du passé des Patriotes, qui réclamaient que les autochtones et les Juifs aient le droit de vote. «Mais on évolue. Comme les Français ne sont plus des Étrusques [sic]», a-t-il dit pour clore le sujet.

En mai dernier, le ministre Pierre Pettigrew constatait que le nationalisme avait évolué dans la pure tradition trudeauiste. «M. Pettigrew a illustré le danger que j'évoque, indique M. Beauchemin. Plus le nationalisme québécois ne se définira que dans la perspective du nationalisme civique, plus il va ressembler au projet canadien. Pourquoi faire la souveraineté si c'est pour reconnaître à tous les Québécois leurs droits ? C'est déjà fait. Ce n'est pas une nation opprimée dans le contexte canadien.» Puis Jacques Beauchemin rappelle que «le projet de la souveraineté trouve sa pertinence dans son rapport à la mémoire. Il faut l'assumer». Mais il voit bien que le Bloc québécois préfère «prendre le risque d'un discours plate, dédramatisé, plutôt que de se faire accuser de jouer de la mémoire».




Boisclair backs away from PQ's UDI policy

Editorial
The Gazette Saturday, December 03, 2005

First, the bad new for federalism: Andre Boisclair has begun to repudiate his party's stated policy on how to abandon Canada following a referendum victory. Now, the good news for federalism: Andre Boisclair has begun to repudiate his party's stated policy on this question.

Boisclair, the new leader of the Parti Quebecois, revealed a trace of common sense in a conversation Wednesday with Gazette Quebec City reporter Kevin Dougherty, saying a Yes victory in a new referendum would lead to some kind of National Assembly resolution on independence, but that this would be followed by negotiations with the rest of Canada on secession.

This is a scenario for economic tumult, emigration from Quebec, vanishing investment, high tension, maybe even lawlessness. But at least Boisclair has started backing away from a full-scale unilateral declaration of independence, which is the formal policy of the Parti Quebecois.

The conventional wisdom in pro-Canadian circles has been the PQ could never sell this utterly reckless course to the voters. So it's bad news to see Boisclair take the first step back from the brink of electoral suicide.

However, it's also good news, and in two ways. First, anything that makes an actual UDI less likely must be welcomed. Second, Boisclair's new caution puts him at odds with his party, which will now have to respond.

As has been noted before in this space, it is strange but true that the PQ's mechanisms and offices are filled with "pur et dur" hard-liners, true believers who are not too particular about how they accomplish the goal of independence. Last June, these people forced through a policy motion asserting a Yes result in a referendum, even by one vote, "would lead the National Assembly to declare the sovereignty of Quebec and give immediate effect to this by posing acts of national and international sovereignty."

With one prominent exception, pretty well the whole party signed onto this time-bomb of a policy: PQ members of the National Assembly, former cabinet members, party apparatchiks, everyone. Even Pauline Marois and former premier Bernard Landry, to their shame, acquiesced in this menacing absurdity. Even front-runner Boisclair, knowing better than to rile the hard-liners, claimed to be "at ease" with the resolution he is now abandoning.

That one exception was Louis Bernard, a respected civil service mandarin and PQ adviser, who ran for the leadership with little expectation of victory but in the hope of recalling the party to its senses. He argued sovereignty would have to be reached "correctly," and noted during the campaign that for legal and practical reasons, a UDI would "have no effect. It would be a phony declaration that nobody would take seriously and with which sovereignists would risk bringing into question the seriousness of their process." He got less than six per cent of the vote for leader.

But his point about seriousness remains valid. Will the PQ now meekly follow Boisclair away from the UDI option? Or will it split? Will voters be comfortable with a party that is so obviously winging it on something so crucial? That's hard to imagine.





EN ONTARIO, MARTIN S'EN PREND AU TANDEM DUCEPPE-BOISCLAIR

«Au Québec, ces élections seront référendaires»

Gilles Toupin
La Presse samedi 03 décembre 2005

Paul Martin, fort de l'appui nouveau de Buzz Hargrove, le président du Syndicat canadien des travailleurs de l'automobile (TCA), a déclaré sans équivoque hier que les élections du 23 janvier étaient à ses yeux des élections référendaires au Québec.

" Hier soir, a affirmé le chef libéral aux syndiqués de l'automobile réunis en congrès, Gilles Duceppe et André Boisclair ont finalement admis l'enjeu réel de cette élection. Ils ont confirmé qu'ils avaient bel et bien conclu un pacte pour forcer un autre référendum. C'est clair. Gilles Duceppe l'a dit lui-même, et je cite: Nous serons présents aux prochaines élections provinciales et nous gagnerons ensemble le prochain référendum. Alors le 23 janvier, les Québécois auront à choisir entre deux visions vraiment différentes de notre pays, de l'avenir. Ils pourront choisir la voie de la division, la voie de la séparation, ou ils pourront choisir de réaliser le potentiel formidable de notre pays. Le duo Boisclair-Duceppe veut détruire le Canada. Nous, nous voulons le réussir. "

Le premier ministre Martin risque gros cependant en employant une telle stratégie. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, n'a d'ailleurs pas tardé à réagir. " Est-ce que Paul Martin est en train de nous dire que, si on gagne l'élection, il va négocier la souveraineté du Québec avec Jean Charest? " a lancé à la blague M. Duceppe lors d'une visite au local électoral de sa circonscription de Laurier-Sainte-Marie.

" C'est un peu loufoque, a-t-il ajouté. Je pense que les gens au Québec comprennent qu'il s'agit d'une élection fédérale. Un référendum, ce n'est pas une élection. Ça se décide à l'Assemblée nationale au Québec, et ça se passe au Québec. S'il croit que c'est une élection référendaire, que va-t-il dire au lendemain d'une victoire du Bloc? Mais s'il tient absolument à faire une élection référendaire, moi je lui proposerais une question très claire: Voulez-vous encore des libéraux? "

Importante avance

Si l'on en croit le sondage EKOS-La Presse que nous publions aujourd'hui, le Bloc a pris une importante avance sur les libéraux au Québec, avec 58 % des intentions de vote contre 21 % au PLC. " Le Bloc défend les intérêts des Québécois, a fait remarquer M. Martin hier aux travailleurs de l'automobile. Mais contre quoi a-t-il besoin de nous défendre? Ont-ils besoin de nous défendre contre une économie forte, de bons emplois, de meilleurs soins de santé, contre des villes et des communautés dynamiques? "

Un baume

Le passage de M. Martin au congrès du Syndicat des travailleurs de l'automobile à Toronto a eu l'effet d'un baume pour lui, qui sort d'une semaine éprouvante. Le puissant président du syndicat, Buzz Hargrove, membre actif du Nouveau Parti démocratique, lui a signifié hier qu'il avait recommandé à ses membres de tout faire pour reconduire au pouvoir " le gouvernement minoritaire libéral ", affirmant qu'avec l'apport du NPD la minorité libérale avait donné des résultats concluant sur les plans de la santé et des programmes sociaux.

" Je vous écouterais toute la journée ", lui a répondu un Paul Martin aux anges. " Ma recommandation écrite aux membres, a déclaré M. Hargrove aux journalistes, c'est de voter NPD là où des députés néo-démocrates ont été élus en 2004 et là où les candidats néo-démocrates ont une bonne chance de passer. Mais je demande à mes membres de voter pour le Parti libéral dans les circonscriptions où le candidat néo-démocrate est faible, afin d'éviter de faire gagner son opposant conservateur. "

M. Hargrove s'est dit convaincu qu'un gouvernement minoritaire qui ferait coalition avec le NPD de Jack Layton, de façon que ce dernier obtienne la balance du pouvoir, serait le meilleur scénario possible pour les travailleurs canadiens. Le chef syndical a maintenu qu'il demeurait toujours un fervent néo-démocrate et qu'il a voté toute sa vie pour le NPD. Mais il considère que la situation présente exige une stratégie différente. M. Hargrove n'a pas consulté Jack Layton avant d'appuyer partiellement les libéraux. " Il pense comme moi ", a-t-il assuré.

M. Martin est rentré à Ottawa hier soir pour se reposer et affiner sa stratégie. Il s'envolera demain pour Terre-Neuve. (...)




Duceppe's power play

Editorial
The Toronto Star Dec. 2, 2005

Hockey is Canada's national sport, and so it seems only fitting that we have a national team.

But Bloc Québécois leader Gilles Duceppe thinks Quebec should have a separate team.

He points to Great Britain, where Scotland, Wales and Northern Ireland have separate soccer teams to compete for the World Cup. And so does England. But Great Britain itself does not field a national team.

Thus Duceppe's analogy doesn't quite fit. Unlike Great Britain, Canada already has a national team. Because Quebec is part of Canada, it only makes sense that players from Quebec are part of that team.

What Duceppe wants is one team that represents Quebec, and another that represents — what?

Imagine the play by play. "The non-Quebec part of Canada has the puck, and is heading for Sweden's net."

But that is not the only problem. There are roughly 55 NHLers who hail from Quebec. Ontario is represented by nearly three times as many. If Quebec were to have its own team, why shouldn't there also be Team North Ontario and Team South Ontario? Or Team Toronto?

No matter how much Duceppe wishes it were so, when it comes to Canada's national sport, Quebec is simply not distinct.




Duceppe is offside

Editorial
The Globe and Mail Friday, December 2, 2005

In the early days of a long election campaign, the major parties are busy trying to outdo each other with promises. So leave it to Bloc Québécois Leader Gilles Duceppe to steal their thunder by focusing on the one thing Canadians care most about in winter -- hockey.

Mr. Duceppe is proposing the creation of a Quebec-only hockey team that would represent the province in international tournaments. It's easy to see why such an idea might appeal to the separatists. An all-Quebec entry with a potential roster of such native sons as Martin Brodeur, Mario Lemieux, Vincent Lecavalier and Martin St. Louis could well be a medal contender. And nothing rallies people to the flag like an international sports victory. But the Bloc's idea is as ludicrous as it is mischievous.

Hockey is a truly national sport that helps bridge the cultural divide between Quebec and the rest of Canada. Young Quebec players talented and fortunate enough to make it to the top rungs of the sport quickly become cosmopolitan, national and, increasingly, international in outlook as the game takes them beyond the confines of their home province.

Kevin Lowe, assistant manager of Canada's 2006 men's Olympic team and a fluently bilingual former hockey star who grew up in Montreal, put it succinctly: "No French kid that I know of is going to want to play for a Quebec team over a Canadian team. I don't know of any that would want to, at least, none that are in the NHL right now." Mr. Lecavalier, who has played his entire National Hockey League career in Tampa, concurred. "I'm part of Team Canada and Canada as a whole. I'm proud to be Canadian."

Mr. Duceppe uses the British model to show why his idea would be feasible. England, Scotland, Wales and Northern Ireland all field their own soccer teams. In the Olympics, where only one national team is allowed, Britain has not competed in soccer since 1972. But this is an anomaly, based on Britain's unique history. In other countries, even distinct ethnic or linguistic regions such as Spain's Catalonia and Belgium's Wallonia do not have their own athletic contingents at international events. In any case, the International Ice Hockey Federation, which governs the tournaments eyed by Mr. Duceppe, also allows only one team per country.

Nothing short of Quebec independence would strike deeper into the hearts of Canadians than an effort to carve up Team Canada. Canadians, including Mr. Duceppe, love hockey. He can't tell us that he does not root passionately for Canada, complete with its contingent of Quebec stars, to win on the world stage. Maybe he should listen to Mr. St. Louis, the NHL's reigning scoring champion, who competes proudly for Canada: "I think there are bigger issues [for politicians] to worry about than trying to make a Team Quebec." We could not agree more.




Star Liberal candidate is wrong on Quebec nationalism

Josée Legault
The Gazette December 2, 2005 Friday

Whether Paul Martin wins the election or not, federal Liberals are prepping his potential successor. Michael Ignatieff, a Harvard professor who has been called the "sexiest brain" in Canada, is seen by many Liberals as their new Pierre Trudeau.

To get him into Parliament, Martin's people parachuted Ignatieff into the Toronto riding of Etobicoke-Lakeshore. A nasty controversy ensued with local Liberals of Ukrainian origin.

They accused Ignatieff, the son of a Russian-born Canadian diplomat, of expressing "disdain" for Ukrainians in his 1993 book Blood and Belonging. But there's another chapter that could get him in trouble. That one is on Quebec.

Ignatieff's essay was a study of ethnic nationalism in which he lumped Quebec in with Serbia, Croatia, Kurdistan, Germany, Ukraine and Northern Ireland.

In his book, Ignatieff fancies himself "cosmopolitan" with a "post-nationalist spirit." He's so cosmopolitan that he has actually lived outside of Canada for the past 30 years. Though he says Quebec nationalism is the one he knows best, he also admits he had never ventured into "francophone Quebec" before he wrote the book.

This must explain why he writes that Quebec's "national day" is on June 28. Or that he says he speaks "French-French" as opposed to the "heavily accented Quebecois" spoken by someone he interviews. How reassuring is that for someone who wants to lead this country?

One of his research grounds was what he calls the "Two Clowns Cafe" in Old Montreal - yes, that's the "Deux Pierrots." He chatted with some "nationalists" he refers to as "the Other," with a capital O.

After they explain what Quebec nationalism is to them, Ignatieff writes with amazing condescension: "What can you say to such a deep myth? It is a feeling, and notoriously, feelings cannot be argued with."

Equally condescending is what he writes about a francophone he met in Trois Rivieres: "Nationalism gives him hope, and in Trois Rivieres, you need all the hope you can get."

On Bill 101, Ignatieff paints a sovereign Quebec as a place where rights would be trampled and courts neutered. Without the protection of Trudeau's Charter of Rights and the Supreme Court, he writes, "individuals would lose this right of appeal, and the way would be open to majoritarian ethnic nationalism."

Hence, this gem of a picture: "The language police are dispatched to happily bilingual towns in the Eastern Townships to photograph tiny English cardboard signs in corner stores."

For the crowning touch, he asks, as if sovereignists were a bunch of cretins: Since "it must be true that separation would be costly and traumatic, why do some Quebecois nationalists continue to insist upon it?"

In conclusion, the great cosmopolitan writes this final note: "It is much more a question of language and old resentments and a history of bitterness, real and invented, which seems more robust and full of life than any of our understandings."

The section on Quebec is shoddily researched. The Harvard professor offers no scholarly bibliography, only a list of six "further readings," including Mordecai Richler's O Canada, O Quebec and one francophone entry from 1967 by, of course, Pierre Trudeau.

In 1994, adding insult to injury, Blood and Belonging won the Gordon Montador Award and the $50,000 Lionel Gelber Prize for the best writing in English on international relations.

The essay also was made into a six-hour mini-series broadcasted on the CBC, in the United States, and on the BBC. This means millions of viewers were treated to Ignatieff's uninformed and prejudiced views on Quebec.

The final image of the section on Quebec closed in on the faces of worried anglophones, aboriginals and children of visible minorities with Ignatieff's voice asking ominously: If a state only protects its majority, will its minorities be safe?" This was a gross misrepresentation of Quebec society.

Since then, the ambitious Ignatieff has revised his views on Quebec somewhat, now saying that Bill 101 is an acceptable law. But last March, at the Liberal Party's convention, he still showed a profound misunderstanding of modern Quebec nationalism and of its language policies.

He said: "Canadian federalism has been the institutional condition for the transformation of Quebec," which, among other things, protected the French language. Most political scientists in Quebec, whether federalists or not, would beg to differ.

In 2003, Ignatieff also wrote in the New York Times he supported the U.S. invasion of Iraq, calling it the last hope for democracy and stability. In 2004, perhaps seeing most Canadians opposed it, he revised that opinion.

Posing as a great intellectual, Ignatieff has displayed an uncanny ability to speak of things he knows little about, then retracting when necessary.

When one looks at the current vacuum in the quality of leadership at so many levels of politics, that should make him a perfect candidate for prime minister.




Les entretiens Jacques Cartier mettent le cap sur internet

Le Progrès Lyon
Edition de Givors, vendredi 2 décembre 2005

Les entretiens Jacques Cartier s'ouvrent cet après-midi sur deux journées de réflexion autour des technologies de l'information et de la communication

Avec près de 250 inscrits, le colloque a déjà atteint son premier objectif : mobiliser la population locale


A 13h30, le centre Brenot accueillera les entretiens Jacques Cartier. Avec près de 250 inscrits, le colloque « Accès pour tous aux TIC, entre illusion et réalité» a déjà atteint son premier objectif : mobiliser la population locale. Pendant deux jours le brassage des idées et des populations devrait aboutir à une meilleure compréhension des usages actuels et à venir d'internet sur le territoire de Grigny et Givors.

Formation et TIC

Cet après-midi, trois tables rondes analyseront les usages des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les domaines de la formation, des solidarités et du travail.

Dix projets viendront servir de base à ces réflexions. En ce qui concerne la formation, les expériences de l'université à distance «Téluq» et de l'insertion professionnelle dans le domaine informatique d'Insertech représenteront les projets québécois.

Ils seront complétés côté hexagonal, par Comécole, un dispositif permettant aux enfants hospitalisés de garder un lien avec leur école et par le projet de formation des animateurs des Francas par la m@ison de la formation.

Solidarités et TIC

Pour les solidarités, la m@ison travaille avec les associations humanitaires locales à la mise en place d'un portail internet commun. Le Club informatique pénitentiaire initie des détenus de courte durée aux TIC.

L'@venue est une structure québécoise, proche de la m@ison grignerote, qui propose notamment un centre internet communautaire.

Travail et TIC

Pour la thématique «travail», Bromont, ville québécoise «branchée», présentera le volet économique de son projet internet municipal.

A Grigny, des commerces de proximité tentent de se mettre en ligne dans le cadre du projet «Cybercommerçants». Enfin, dans le «Beaujolais vert», les TIC sont vues comme un outil de développement économique d'un territoire rural.

En tout, une trentaine de projets sont présentés sous formes de stands ou lors des tables rondes, entre les centres Brenot et Chervet. La journée se terminera par un concert de la Maîtrise de Givors et par une soirée de gala très branchée.




Proche-Orient: Paul Martin et les libéraux en terrain miné

Jooneed Khan
La Presse vendredi 2 décembre 2005

Efficacité d'un lobby israélien revigoré? Concession aux États-Unis en échange de " considérations (pas si) futures "? Toujours est-il que le Canada a décidé de soutenir davantage l'État juif à l'ONU. Le lobby arabe est furieux. Ce qui augure mal pour les libéraux de Paul Martin en ce début de campagne électorale.

C'est la saison des résolutions de soutien aux Palestiniens et de condamnation d'Israël à l'Assemblée générale de l'ONU. C'est cette instance qui vota, le 29 novembre 1947, la résolution 181 partageant la Palestine en un État juif et un État arabe. Assumant son rôle dans le pourrissement continu du problème, l'assemblée marque cette date chaque année en adoptant ces résolutions à une majorité écrasante.

Le Canada vote généralement avec le reste du monde. Mais, le rappelait lundi le ministre Pierre Pettigrew dans le Citizen, Ottawa a changé son vote quatre fois l'an dernier, se rangeant plutôt avec Israël, les États-Unis, l'Australie et quelques archipels du Pacifique.

L'exercice se répète, et le Canada s'apprête à se dresser à nouveau contre le consensus mondial. Pettigrew invoque " une litanie de textes accusatoires qui ne contribuent pas au dialogue, une tendance à mettre tout le blâme sur Israël, et une omission de la part de blâme allant aux Palestiniens, à propos du terrorisme et des attentats suicide notamment ".

B'nai Brith satisfait

Le B'nai Brith Canada a bien accueilli le changement de cap, estimant qu'il était " plus que temps de rectifier les injustices commises contre Israël à l'ONU ". " Il n'est question que de trois résolutions ", mais " nous nous attendons à ce que le Canada vote contre toutes les autres aussi ", a déclaré Frank Dimant, président de l'organisation juive.

" Le moment est délicat, mais en voulant plaire à tous les électeurs, les libéraux vont se mettre tout le monde à dos ", a estimé Husein Amery, président du Conseil national sur les relations canado-arabes. " Je reçois beaucoup d'appels de gens en colère et je pense que les libéraux vont perdre quelques votes ", a-t-il dit.

La communauté juive du Canada est prospère, bien organisée et influente, alors que les musulmans sont plus pauvres et plus divisés, note un columnist torontois. Mais les juifs sont 1 % de l'électorat, alors que les musulmans sont 2 %, avec de nouveaux immigrants venant d'Asie du Sud, note-t-il.

Il signale que les circonscriptions des ministres Pettigrew et Liza Frulla ont beaucoup d'électeurs musulmans. Et il parle des efforts de la Fédération canado-arabe auprès des musulmans à Winnipeg et Edmonton, où la ministre Anne McLellan pourrait avoir la vie dure, surtout à cause des lois antiterroristes et de l'affaire Maher Arar.

Petite phrase de Martin

Le premier ministre Paul Martin a mis le feu aux poudres début novembre en déclarant, au congrès des Communautés juives unies, que " les valeurs d'Israël sont celles du Canada ". Invité mardi dernier avec les autres chefs de partis par la Fédération canado-arabe, M. Martin était pris à contre-pied par Faraj Nakhleh, président de l'organisation.

" Le Canada ne partage pas les valeurs de certains pays, comme Israël, qui violent le droit international et dont le dossier des droits humains suscite des interrogations ", a-t-il dit. Se tournant vers Paul Martin, il a ajouté: " Vous avez fait un grand discours à l'ONU. Les résolutions de l'ONU ne sont pas un buffet où l'on prend ce qu'on veut. Pourquoi les résolutions sur la question palestino-israélienne ne sont-elles pas appliquées? "

Entre-temps, le sénateur libéral Marcel Prud'homme, partisan connu de la cause arabe, intervenait à la Chambre haute pour savoir si c'était vraiment le ministre de la Justice, Irwin Cotler, qui dirigeait la politique proche-orientale du gouvernement, et non pas Pierre Pettigrew. Des dissidents juifs oeuvrant pour une paix juste soulignent que Cotler a été associé à des think tanks israéliens voués à la sécurité nationale de l'État juif.

Avec G&M, CP, Citizen, Ynet, Npost, CanadianDimension, MontrealPlanetMagazine.




Ignatieff, Trudeau du ROC?

Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 3 et dimanche 4 décembre 2005

On le présente souvent comme une sorte de Bernard-Henri Lévy de l'anglophonie. Est-il vraiment le nouveau Trudeau, le futur roi-philosophe que certains voient en lui? Et ses idées sur le Québec?

«Je suis contre le nationalisme québécois» : le petit bout de phrase isolé ici n'étonne pas en provenance de l'intellectuel Michael Ignatieff, qui quitte ces-jours-ci un prestigieux poste de professeur à Harvard parce qu'il a été confirmé candidat-vedette du Parti libéral du Canada dans Etobicoke-Lakeshore, en Ontario. Un peu partout dans les médias du Canada anglais, on présente l'homme comme le nouveau Trudeau. Successeur possible de Paul Martin.

Mais elle a été prononcée, cette phrase, hier en fin d'après-midi, au terme de la première tournée de porte-à-porte du nouveau politicien de 58 ans qui, à l'autre bout du fil, se disait «transi» et épuisé par une semaine où sa candidature a été bruyamment remise en question. Avec la prudence qui provient de son nouveau statut, il enchaîne tout de suite dans son français étincelant : «Mais je dois concéder que [le nationalisme québécois] fut une source d'innovation politique remarquable, dans les politiques sociales, par exemple, dans Hydro-Québec, etc.» Une source, dit-il, qui a influé sur l'ensemble du Canada.

Mais qui est Michael Ignatieff ?

Il y a d'abord le prestige du nom. À peu près inconnu au Québec, il suffit de prononcer le nom d'Ignatieff dans le ROC (principalement à Toronto) pour que les yeux s'éclairent. Des membres de la famille portant le fameux patronyme avouent même en avoir assez de se faire constamment demander : «Vous êtes le frère de Michael ? Son cousin ?»

Ce prestige vient de loin, d'une lignée aristocratique russe blanche, transplantée au Canada. Paul Ignatieff, grand-père de Michael, a été le dernier ministre de l'Éducation du dernier tsar, Nicolas II. Réfugié avec sa famille en Ukraine pendant la révolution bolchevique, il a ensuite fui vers l'Angleterre avant d'arriver au Canada, dans les Cantons-de-l'Est, une histoire que Michael Ignatieff a racontée dans L'Album russe (1990, Boréal). Son père, le diplomate George Ignatieff, décédé en 1989, a servi dans les années 60 sous Pearson, notamment comme ambassadeur du Canada aux Nations unies. Par ailleurs, autre prestige : par sa mère, Ignatieff, né à Toronto, est un des descendants du grand philosophe conservateur George Grant, connu pour son Lament for a Nation de 1964, un livre qui déplorait le rapprochement entre le Canada et les États-Unis ainsi que la fin du rêve d'une «Amérique du Nord britannique».

Au prestige «aristocratique» des noms de famille, l'individu Michael a su greffer un parcours étincelant. Il a été professeur d'histoire à Cambridge, en Angleterre. Il est alors devenu une star des médias électroniques britanniques, notamment à la BBC. Puis, il a été embauché à Harvard, où il dirige le Carr Center for Human Rights Policy, rattaché à la Kennedy School of Government. Dans le monde médiatique, on l'a retrouvé ces dernières années dans le New York Times Magazine.

C'est un peu le Bernard-Henri Lévy du Canada anglais : un intellectuel flamboyant doté d'un statut de célébrité. Bel homme (il a fait la couverture de magazines comme GQ) avec de la prestance, du charme à revendre et l'aisance de ceux qui ont évolué dans le confort, la culture et un milieu cosmopolite.

Tellement cosmopolite, en fait, que Michael Ignatieff n'a pas vécu au Canada depuis 1969 ! C'est là une différence de taille par rapport à Trudeau. Ceci l'a parfois mené à montrer une méconnaissance profonde des sujets canadiens qu'il aborde. Avec une aisance pourtant convaincante. BHL, vous dis-je. Lui a aussi nui son appui à l'invasion de l'Irak en 2003, ce qui lui vaut, dit-on, l'antipathie d'un autre célèbre intellectuel canadien, John Saul.

Québec

Quant au Québec, il est difficile de savoir exactement ce que Michael Ignatieff en pense.

Acte I : vers 1995, il se montre d'abord très trudeauiste. Si on se fie au chapitre consacré au Québec de son essai sur le nationalisme, Blood and Belonging (Viking), publié en 1995 et qui lui a valu plusieurs prix, sa perspective ne fait aucun doute : selon lui, le nationalisme est une idéologie revancharde et on doit s'en méfier.

À la même époque, ses dénonciations de la loi 101 étaient sans équivoque. Il affirmait par exemple, dans Le Déchirement des nations, que les lois linguistiques québécoises empiétaient de façon excessive sur les droits individuels. Il dressait un parallèle entre loi 101 et les lois lettonnes liant la citoyenneté à la maîtrise de la langue du pays.

Acte II : en 2001, plusieurs textes inspirés des penseurs Charles Taylor et Will Kymlicka viennent tempérer le trudeauiste en lui. Le National Post parle même à l'époque de la «révolution d'Ignatieff». Dans La Révolution des droits (Boréal, 2003), texte d'une conférence, il semblait réviser totalement ses positions en admettant par exemple que la loi 101 passait deux tests démocratiques puisqu'une telle loi, premièrement, était «absolument essentielle à la survie du groupe» qu'elle servait. Deuxièmement, les privilèges qu'elle instaure «sont institutionnalisés de façon à ne pas violer les droits des individus». Foin, ici, de l'ironie sur la police de la langue qu'on trouvait dans ses ouvrages de 1995, inspirés de Mordecai Richler.

«Je suis moins trudeauiste que je ne l'ai été depuis les années 60. Je ne crois pas que nous pouvons conserver la fédération canadienne selon les principes auxquels croyait Trudeau. Et je crois que plusieurs Canadiens anglais commencent à en prendre conscience», nous avait-il dit lors d'un entretien en 2001. Aussi, depuis cette époque et encore hier au téléphone, il n'hésite pas, en français, à parler de la «nation» québécoise. Aussi, cet aveu : le fédéralisme canadien peut être dur pour le Québec. On est loin de ses textes de 1995 qui affirmaient plutôt que le français avait survécu au Québec grâce au fédéralisme canadien ! Non, en 2001, Ignatieff rejette le «statu quo» constitutionnel. «Ne me demandez pas pour autant de vous dire exactement quelles devraient être les demandes constitutionnelles du Québec. Je l'ignore. C'est aux avocats de trancher et, bien franchement, ce sujet m'ennuie.»

Oui à la loi 101. Oui à la nation. Non au statu quo. Mais la souveraineté ? Ses expériences de globe-trotteur l'empêchent totalement de comprendre ce projet, disait-il à l'époque. Qu'a-t-il vu à l'étranger ? «Des pays déchirés par des guerres civiles [...], la suppression de droits linguistiques, des droits tout court.» En somme, poursuit-il, «je suis amené à considérer les revendications nationalistes du Québec non pas avec hostilité, mais je les remets dans le contexte global. Au fond, je crois qu'on ne peut justifier la séparation d'un État que lorsque ce même État cherche à vous tuer».

Et aujourd'hui ?

Acte III : certains observateurs ont affirmé que Michael Ignatieff semblait vouloir revenir à ses conceptions plus «dures» du Canada en mars dernier, lors d'un discours prononcé à un congrès du Parti libéral.

«Je suis un après-trudeauiste», insistait pourtant hier en entretien celui qui pourrait bien être ministre en février prochain, affirmant être hostile à tout «fédéralisme envahisseur». Son nouveau credo fédéraliste : chaque ordre de gouvernement devrait dire : «mêle-toi de tes oignons et je vais me mêler des miens». Le fédéral doit respecter les compétences des provinces, mais en retour, insiste-t-il (étrangement), «les provinces doivent respecter les compétences du fédéral». Cela n'empêche pas que le Québec peut très bien, selon lui, avoir une existence internationale : «C'est admis depuis 45 ans !»

Chose certaine, son Canada devient un modèle idéal, universalisable. «Le monde nous regarde», avait-il dit au Parti libéral en mars. La politique étrangère canadienne, poursuivait-il, doit chercher à exporter «la paix, l'ordre et le bon gouvernement» (phrase clé de la Constitution canadienne). Bref, elle doit viser à «répandre le rêve canadien» dans le monde.

Une telle ambition «fait» assurément Trudeau. Et c'est pourquoi on n'a peut-être pas fini d'entendre parler de Michael Ignatieff.




La vraie passion de Pierre Elliott Trudeau

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 3 et dimanche 4 décembre 2005

À partir de 1980, Pierre Elliott Trudeau a toujours affirmé qu'il combattait le souverainisme québécois au nom de la raison. Son libéralisme individualiste de type juridique, incarné dans la Constitution de 1982, constituait un rempart, prétendait-il, contre les passions nationalistes porteuses de dérapages communautaires.

Dans Pierre Elliott Trudeau - L'intellectuel et le politique, son ex-conseiller et rédacteur de discours André Burelle revient sur cet épisode en parlant de «la perversion des idées cité-libristes qui a mené au rapatriement de 1982, à la mise au rancart de l'Accord du lac Meech et à la quasi-sécession du Québec en 1995».

Trudeau, écrit Burelle, était ouvert au débat, à la critique et, «sous les dehors de play-boy ou de dur à cuire, qu'il se donnait lorsqu'il posait pour la galerie, [il] était, en fait, un être profondément moral, esthète et religieux». Sans être un de ses intimes, Burelle entretenait avec lui une amitié intellectuelle qui reposait sur leur adhésion commune au personnalisme communautaire de Mounier et Maritain. Cette philosophie, précise-t-il, s'accommode bien au fédéralisme multinational en ce qu'elle reconnaît que l'enracinement communautaire des personnes et la gestion juste et efficace d'un bien commun de plus en plus planétaire sont les deux impératifs contradictoires que notre époque doit concilier.

Trudeau l'intellectuel, constate Burelle, à l'époque de Cité libre, prônait cette approche, ouverte aux droits collectifs inscrits dans un cadre fédéral et opposée au principe d'un Canada unitaire fondé sur un libéralisme juridique. Même en septembre 1980, lors de négociations postréférendaires, il aurait proposé un projet de renouveau constitutionnel allant en partie en ce sens (caractère distinct de la société québécoise, décentralisation des pouvoirs, droit de veto au Québec) et radicalement différent de celui qu'il imposera en 1982.

Influencé par ses conseillers anglophones et, surtout, choqué par l'insistance des provinces à en demander plus, il aurait alors opéré une volte-face politique et idéologique et renié du même coup sa tradition intellectuelle pour imposer le libéralisme individualiste «one nation» de 1982, fermant ainsi la porte à une éventuelle évolution personnaliste du pays.

Ce fut, pour Burelle, une erreur tragique par laquelle Trudeau a révélé ses convictions philosophiques les plus profondes : «La vérité vers laquelle Gérard Pelletier aiguillait inconsciemment mon regard et que j'ai mis du temps à reconnaître est que Pierre Elliott Trudeau était un individualiste anti-communautaire par passion et un personnaliste-communautaire par raison.» Ainsi, la raison à laquelle il en appelait pour combattre un véritable Canada multinational servait surtout à cacher «sa passion anti-nationaliste aveuglante» qui, dans ses combats contre les accords de Meech et de Charlottetown, lui a fait perdre «tout scrupule intellectuel». Ébranlé par ce qu'il considère presque comme une trahison, Burelle avoue même que, à ses yeux, «le confédéralisme à l'européenne d'un René Lévesque était souvent plus fidèle à l'esprit du fédéralisme canadien que l'unitarisme larvé pratiqué par Ottawa».

Récit commenté et richement documenté de la raison personnaliste trudeauiste pervertie en passion libérale anti-nationaliste, Pierre Elliott Trudeau - L'intellectuel et le politique raconte avec intelligence et dépit comment Trudeau, aidé en cela par toute l'élite politique canado-québécoise de l'époque, a bousillé la dernière chance de sauver le fédéralisme à visage humain, particulièrement au Québec. Malheureusement, et c'est ce qui étonne de la part d'un esprit aussi brillant, Burelle se contente de s'en désoler au lieu de tirer la conclusion québécoise qui s'impose.

La parole des amis

André Burelle n'a pas été invité à collaborer à Trudeau tel que nous l'avons connu, un ouvrage collectif dirigé par la journaliste Nancy Southam, qui fut la voisine montréalaise et l'amie intime du célèbre personnage. De nature essentiellement hagiographique, ce projet, dont l'«intention était de dévoiler le côté personnel de Pierre, de faire connaître son aspect humain, de permettre au lecteur de le découvrir comme ami, employeur, compagnon de voyage et surtout -- c'est là le rôle qu'il affectionnait le plus -- comme père», n'allait pas faire de place à une parole critique qui aurait terni son ton insupportablement consensuel.

Ainsi, les employés, amis et collègues du flamboyant politicien s'adonnent donc tous, dans ces pages, et sans retenue, à faire son éloge, qui pour souligner la profondeur de sa foi, qui pour s'extasier sur son intelligence politique, qui pour s'incliner devant sa vaste culture (rarement québécoise) et qui pour témoigner de sa fidélité en amitié et de son engagement parental. Les lecteurs québécois seront peut-être surpris de l'apprendre, mais les témoignages réunis dans cet ouvrage sont formels : l'homme avait toutes les qualités.

À l'instar de Burelle, je n'ai pas, moi non plus, été invité à livrer témoignage. Il m'est pourtant arrivé, une seule fois il est vrai, de rencontrer Trudeau. C'était à la Maison du Egg Roll, au début des années 1990. Lors d'une conférence organisée par la revue Cité libre, Gérard Pelletier m'avait invité à la table des huiles fédéralistes pour discuter. Dans une belle unanimité idéologique, les convives exprimaient leur admiration au sujet des Mémoires de Trudeau que venait de diffuser la télévision de Radio-Canada. Inspiré par les trois ou quatre bières chinoises que je venais d'ingurgiter, j'avais émis des réserves. À l'autre extrémité de la table, Trudeau, en m'entendant, avait lancé un condescendant «qu'est-ce qu'il dit ?» à son voisin en regardant dans ma direction. Instantanément, j'avais eu droit à la réprobation générale, au point où j'ai dû quitter la table et aller vider ma cinquième bière au bar. Quelques minutes plus tard, Gérard Pelletier, un vrai gentleman celui-là, venait s'excuser.

Non, je n'ai pas été invité à collaborer à Trudeau tel que nous l'avons connu, mais si j'avais pu le faire, ma contribution aurait été très courte : Trudeau ? Hautain, méprisant et imbu de lui-même.

louiscornellier@parroinfo.net

Pierre Elliott Trudeau - L'intellectuel et le politique
André Burelle
Fides Montréal, 2005, 480 pages

Trudeau tel que nous l'avons connu
Sous la direction de Nancy Southam
Traduit de l'anglais par Geneviève Roquet, Richard Dubois, Hervé Fischer et Michel St-Germain
Fides Montréal, 2005, 448 pages




À propos de Pierre Elliott

Pierre Vadeboncoeur, Écrivain
Le Devoir jeudi 8 décembre 2005

Lettre à Louis Cornellier

Dans Le Devoir du 3 décembre, vous écriviez ce qui suit: «Non, je n'ai pas été invité à collaborer à Trudeau tel que nous l'avons connu, mais si j'avais pu le faire, ma contribution aurait été très courte: Trudeau? Hautain, méprisant et imbu de lui-même.»

Je l'ai connu comme condisciple et ami tout au long de mes études, depuis l'âge de dix ans jusqu'à 22 ans. Il était à peu près chaque année dans ma classe. Plus tard, je l'ai revu des quantités de fois. Je suis donc bien placé pour apporter un éclairage différent à son sujet.

La chose vous surprendra, mais il n'était certainement ni hautain, ni méprisant, ni imbu de lui-même. Songez que tout au long de nos huit ans de cours classique et nos trois années de droit, jamais nos camarades, à ma connaissance, ne l'ont regardé de travers. C'est un peu étonnant car alors, du dédain, de la suffisance, s'il avait été de ce caractère, premier de classe comme il l'était généralement, cela l'aurait désigné à l'hostilité des élèves. Or ça n'a jamais été le cas. Cela doit bien vouloir dire quelque chose. Il était au contraire charmant, attentif, sans prétention, et les gens, tout naturellement, l'aimaient.

Forcer la note

Je vais vous étonner davantage. Trudeau, jadis, malgré son talent et ses succès scolaires, n'était pas tout à fait sûr de lui. Devant Jacques Ferron, par exemple, si ironique, il devait même éprouver quelques complexes.

En politique, il avait à faire des discours, mais ce n'était pas un tribun naturel et, le connaissant à fond, je devinais ceci très bien : il forçait un peu la note. À mon avis, il s'est adapté à sa situation de grand leader à cause de son habileté et encore une fois de son talent, mais non sans recourir à la faculté que je lui connaissais de gouverner avec précision ses actes, ses attitudes.

Je suis persuadé que c'est en forçant aussi la note, pour faire face, qu'il a fini par contracter, superficiellement d'abord, mais plus profondément ensuite, l'apparence et peut-être la réalité des défauts que vous lui imputez. La lutte politique, à laquelle son tempérament ne le destinait pas nécessairement, le poussait à mettre en avant, comme par défaut, un personnage particulièrement pugnace et, je crois, un peu voulu, plutôt contraire à une nature plus simple et authentique, la sienne.

Dès lors, certaines de ses idées et de ses manières se seraient modifiées. Cette pente l'a même conduit à tenir sur le Québec, deux ou trois fois en public, des propos odieux. Lui et quelques-uns de ses amis proches, un Jacques Hébert par exemple, le souverainisme québécois leur faisait facilement perdre la tête.

En politique, j'ai maintes fois exprimé ma vive opposition à son action et à sa pensée, mais cela est une autre histoire.