Les serres d’Ottawa

Robert Laplante
BULLETIN DU LUNDI - L'Action nationale 5 décembre 2005

C’était disgracieux. Une collision frontale entre l’arrogance et la médiocrité, un spectacle navrant, livré à la face du monde par deux inconditionnels du Canada qui ne pouvaient donner meilleur exemple des contradictions de cet État dysfonctionnel. Méfiance, irrespect du partage des compétences, dédoublement des procédures, conflits des priorités, nous avons eu droit à un condensé de la situation du Québec dans le carcan canadian.

La planète peut étouffer, rien ne changera à l’affaire. Le petit Dion n’est qu’un figurant, la position qu’il tient n’a rien à voir avec ce qu’il peut être comme personnage. Il n’apporte tout au plus qu’une variation de style – on conviendra néanmoins que sa morgue puisse être pénible- dans le déploiement d’une politique qui trouve ses fondements dans la logique unitaire avant même de prendre en compte les exigences de l’environnement. Le Canada veut agir seul sur toutes les questions stratégiques. Et nous avons appris cette semaine qu’il est prêt pour cela à rompre les convenances et la bienséance diplomatique.

La Constitution qu’il nous a imposée illégitimement ne tient pas non plus devant cette volonté. Aucun partage des pouvoirs, nulle reconnaissance des juridictions partagées ne tiennent devant cette volonté de nation building. Le Canada unitaire se construit désormais en mode accéléré. Ottawa fait une lecture de la conjoncture internationale qui l’amène à vouloir jouer au maximum de sa capacité de tirer profit de l’ordre en voie de redéfinition et il entend bien le faire avec la plus grande cohésion possible. Il parlera donc d’une seule voix, en matière d’environnement comme dans les autres.

Le conflit au sujet de la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto dépasse, et de loin, les habituelles tensions administratives. Ce n’était pas d’abord une question d’argent mais bien un affrontement sur la capacité de définir les priorités, un combat pour faire primer la volonté d’Ottawa sur celle de l’Assemblée nationale du Québec. Le dossier renvoyant au rôle névralgique de la politique énergétique, à l’organisation d’une réponse cohérente quant à la mobilisation des moyens de recherche et développement ainsi qu’à la mise en place des mesures d’adaptation et de transferts technologiques, Ottawa ne veut rien céder de sa capacité de définir les cibles et d’établir les modalités de réalisation des politiques.

La différence québécoise dans ce dossier est doublement instrumentalisée : elle sert d’une part à rajuster les moyennes « nationales » grâce à ses résultats nettement plus acceptables que ceux observables ailleurs, notamment en Alberta, évidemment ; elle sert aussi de balise à l’établissement de normes par rapport auxquelles Ottawa peut calibrer les efforts requis des autres provinces, trouvant ainsi le moyen d’utiliser les résultats québécois dans une espèce de péréquation de mitigation qui lui permettra de mettre la pédale douce là où il le faut en utilisant les acquis québécois comme tampon pour maintenir l’illusion de sa moyenne nationale. Le Québec sert ainsi à la fois de faire-valoir et de matériau. Ce sont la seule place et les seuls rôles qui nous sont dévolus dans l’ordre canadian.

Le déraillement de l’entente fédérale-provinciale ne fait pas que priver le Québec de moyens et faire perdre un temps précieux, il illustre ce qui est désormais le modus operandi d’Ottawa. Cela se répète donc avec une lassante monotonie dans tous les dossiers, cette façon de faire qui vise à épuiser non seulement le gouvernement du Québec mais encore et surtout l’opinion publique en général. Il n’est pas de question cruciale pour l’avenir du Québec qui ne fasse désormais l’objet de pareil traitement, de semblables affrontements servis dans une forme technique à faire damner n’importe quel profane. C’est une tactique de désinformation qui vise à provoquer le décrochage civique et à discréditer les revendications québécoises.

Le pauvre Thomas Mulcair a fini par se faire désavouer de ceux-là qui auraient dû être ses alliés. Il a dû subir les reproches de ceux-là qui voulaient voir son plan pour d’autres motifs que ceux de Stéphane Dion et qui se sont retrouvés, eux aussi, empêtrés dans un débat qui avait l’air byzantin sur la procédure d’explicitation des moyens quand on ne peut définir la hauteur des ressources et les ordres de responsabilité. Il était de plus en plus difficile de débattre sur le fond de la question environnementale elle-même. La propagande a fait le reste avec les sempiternelles rengaines sur les « vraies affaires » et sur la supposée insignifiance des questions relatives à la maîtrise d’œuvre. Tout cela a fini par avoir l’air d’une vulgaire bataille de coqs. Mais le résultat n’en reste pas moins là : le Québec est en rade.

Il lui faudra attendre le lendemain des élections et le bon vouloir d’un nouveau gouvernement pour reprendre des discussions qui pourront toujours traîner en longueur. Quand l’inaction sera devenue tout à fait intolérable aux yeux des Québécois, quand notre position se sera considérablement détériorée, la pression sera forte pour faire porter aux prétentions du Gouvernement du Québec l’odieux de ces discussions « stériles et oiseuses » quand il faut agir d’urgence pour stopper la dégradation de l’environnement. Ottawa, encore une fois, se drapera dans la vertu et fera l’amalgame habituel : le nationalisme québécois va à l’encontre des réponses aux besoins pressants de la vie moderne.

La campagne électorale en cours, déjà lancée sur le thème de l’unité nationale, va servir de catalyseur du sentiment national au Canada et renforcer les conditions d’application de ce modus operandi. Le choix du PLC a ceci de particulier qu’il sera efficace dans tous les scénarios. Quel que soit le résultat de l’élection, le nation building aura progressé puisque le Canada aura eu plus de cinquante jours pour se convaincre encore plus intensément de la nécessité de réponses nationales à ses défis et problèmes. En matière d’environnement comme dans le reste, l’effet de « serres » sera le même. On comprend qu’il s’agira d’abord et avant tout des serres dans lesquelles le Canada tient le Québec, comme un prédateur sa proie. On comprendra aussi que cela n’augure rien de bon pour l’autre effet de serre, puisque nous perdrons un temps précieux à nous battre sur la maîtrise d’œuvre alors qu’il faudrait agir avec efficacité et efficience maximale. Le Canada est prêt à pays ce prix.

Le Québec, quant à lui, doit encore se battre contre lui-même et une partie de la cinquième colonne d’inconditionnels du Canada qui font tout pour empêcher que les enjeux soient lus et décodés clairement. Le babillage médiatique, bien instrumentalisé dans la guerre de propagande qu’on nous livre, continue de séparer ce qui devrait être traité comme un tout. Les médias ont continué de nous présenter comme une sempiternelle chicane aussi vaine qu’insignifiante un conflit qui démontre une fois de plus que le Québec n’a plus aucun espace propre dans le Canada. Ils ont continué d’émietter les événements plutôt que de produire la synthèse, de crainte d’avoir à contribuer à faire la démonstration qu’il n’y a plus moyen de moyenner. Ce portrait reste totalement inacceptable aux forces qui, ici et maintenant, tirent profit des manœuvres de broyage de la cohésion nationale.

Il est à souhaiter que la campagne en cours fournisse l’occasion de proposer des réponses globales, reposant sur une vision d’ensemble de la conjoncture et de notre situation historique. Il faudra pour cela qu’on fasse davantage la démonstration de la nécessaire indépendance que de l’opportunité de tenir un référendum.

Il faut sortir des catégories dans lesquelles le PLC veut enfermer cette campagne électorale. A la bataille de l’unité nationale il faut riposter par le combat pour l’indépendance. Les faucons qui ont déjà commencé de s’agiter au Canada au sujet du renforcement de C-20 par l’ajout de dispositions concernant le recours à l’armée ne lâcheront pas la proie pour l’ombre. La conjoncture va se réchauffer plus vite que le climat.




Pour une cohérence souverainiste

Michel Venne
Le Devoir lundi 5 décembre 2005

C’est une évidence: ce n’est pas lors du scrutin fédéral du 23 janvier que les Québécois décideront de faire ou non du Québec un pays. Cette décision sera prise lors d’un référendum. Paul Martin a tort de parler d’élections «référendaires».

Un balayage bloquiste au Québec n'aurait aucun effet constitutionnel immédiat, même si l'élection à répétition d'une majorité de députés souverainistes au Parlement fédéral depuis 1993 est un indicateur sérieux de l'impasse dans laquelle se trouve le fédéralisme canadien. Le gouvernement au pouvoir à Québec est fédéraliste pur et dur. Aucun risque à court terme.

Par contre, dans la logique du programme du Parti québécois, il est raisonnable de penser que les élections fédérales constituent une étape vers un prochain référendum.

En fait, si les souverainistes étaient cohérents avec eux-mêmes et honnêtes avec la population, ils feraient de la souveraineté l'enjeu principal de la présente campagne électorale. Après tout, qu'ont-ils à perdre ?

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Il existe plusieurs façons d'entrevoir la marche des Québécois vers la souveraineté, certaines sont plus prudentes ou étapistes que d'autres. Mais le PQ a adopté, à son congrès de juin dernier, un plan en ligne droite, auquel le nouveau chef, André Boisclair, a adhéré sans réserves.

Le parti promet de faire de la souveraineté le principal enjeu des prochaines élections québécoises. Au lieu de proposer un programme de gouvernement provincial, il soumet «un projet de pays». Un référendum sur la souveraineté aurait lieu le plus tôt possible dans un prochain mandat.

La connivence entre le Parti québécois et le parti souverainiste fédéral est évidente. Le PQ appuie le Bloc aux élections fédérales, le Bloc appuie le PQ aux élections complémentaires du 12 décembre, et les deux chefs marchent main dans la main. Ce qui arrivera à Gilles Duceppe et au Bloc le 23 janvier aura une influence sur le Parti québécois.

Or, malgré un appui de 50 % à la souveraineté (assortie d'une offre de partenariat) dans les sondages, le prochain référendum n'est pas gagné. André Boisclair lui-même, à la suite de Jacques Parizeau, a affirmé durant la course au leadership que le PQ n'était pas prêt à tenir un référendum. Beaucoup de gens, par ailleurs, sans tourner le dos à la souveraineté, s'engagent prioritairement dans d'autres causes, à droite comme à gauche. D'autres craignent une victoire trop mince pour être solide, ce qui les fait hésiter.

Mais le PQ, lui, a déjà mis le cap sur un référendum qui aurait lieu au cours des cinq ou six prochaines années, à condition bien sûr de ravir le pouvoir aux libéraux.

Une défaite à un prochain référendum serait inadmissible. Perdre voudrait dire un recul. Puisque 49,4 % des Québécois ont voté OUI en 1995, il est presque impossible de perdre avec plus de votes que la dernière fois. Pour s'assurer une victoire claire, les péquistes doivent profiter de toutes les occasions pour faire augmenter l'appui à la souveraineté d'ici là.

Des élections sont une excellente occasion pour ce faire. Du moins, les résultats obtenus par les candidats souverainistes à ces élections, fédérales ou provinciales, permettent de mesurer le chemin parcouru par leur option au sein de l'opinion publique. À condition, bien entendu, que ces candidats aient clairement fait de cette question l'enjeu du vote.

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Il suffirait que le chef du Bloc et ses candidats en fassent le thème principal de leur campagne. Il leur serait facile de faire le lien entre cet objectif, leur programme électoral et le scandale des commandites. Les commandites ont été instituées pour contrer le mouvement souverainiste au Québec. Le programme électoral du Bloc conduit à l'indépendance.

Le risque est faible pour le Bloc, dont la popularité ne se dément pas. Celui-ci peut cependant profiter de la campagne pour convertir en souverainistes des fédéralistes scandalisés par ce qu'ils ont entendu à la commission Gomery. Après, il sera trop tard.

Ce serait en même temps une façon de mesurer le niveau de mobilisation des électeurs qui se disent souverainistes dans les sondages. Ceux-ci répondront-ils favorablement à l'appel de Gilles Duceppe si celui-ci leur présente le scrutin du 23 janvier comme un premier pas vers le référendum promis par André Boisclair dans un avenir rapproché ?

Une stratégie transparente et audacieuse permettrait aussi de mesurer la capacité des fédéralistes de mobiliser leurs propres partisans, de faire oublier les commandites et leurs différends à l'interne, lorsque la souveraineté devient l'enjeu véritable d'un scrutin.

Pour la première fois depuis l'élection d'André Boisclair à la tête du PQ et depuis l'adoption du nouveau programme du Parti québécois, nous aurions sous les yeux une indication du rapport des forces en présence sur cette question.

Après tout, le PQ propose de jouer le tout pour le tout. Aussi bien tester cette stratégie dès maintenant puisque l'occasion se présente.

Si les souverainistes ont confiance en leur option et en leur stratégie, ils ne devraient pas craindre de faire de la souveraineté l'enjeu du présent scrutin. Si la population est prête pour ce que propose le PQ, le Bloc n'en souffrira aucunement.

Si les Québécois ne le sont pas, et que le Bloc y perd quelques plumes, le PQ pourra en tirer quelques leçons pour la suite des choses. Il a encore le temps d'adapter son programme.




Voter Bloc, voter OUI?

Alain Dubuc
La Presse samedi 3 décembre 2005

Avec des formulations diverses, et avec un sentiment d'urgence à intensité variable, les libéraux fédéraux ont entamé la campagne électorale en associant un vote pour le Bloc québécois à un appui à la souveraineté, dans l'intention évidente de ramener au bercail libéral les voix fédéralistes.

Est-ce vraiment le cas? Oui et non. Un vote pour le Bloc n'est pas un vote pour la souveraineté. Il n'ouvre pas non plus la voie à un référendum. Par contre, il est évident que l'appui dont jouira ce parti favorisera le mouvement souverainiste, de façon indirecte et subtile, dans un processus qu'il faut assortir d'une foule de nuances qui ne sont pas le propre d'une campagne électorale.

Mais le succès prévisible du Bloc dans cette campagne ne sera certainement pas le point de départ d'une stratégie en trois temps où un balayage bloquiste ouvre la voie à une victoire péquiste aux prochaines élections, suivie rapidement d'un référendum gagnant pas longtemps après. La complexité et la variété des cheminements qui ont amené les Québécois à donner une victoire si éclatante au Bloc québécois en juin 2004 et qui seront encore à l'oeuvre cette fois-ci ne permettent pas d'étayer de tels scénarios.

Il y a en effet bien des raisons qui amènent des Québécois à voter pour le Bloc. C'était, au départ, un parti issu de l'échec du lac Meech, qui permettait aux souverainistes d'affirmer leur existence sur la scène fédérale et qui permettait aux fédéralistes déçus d'exprimer leur colère.

Le Bloc a ensuite servi de refuge à bien des Québécois qui refusaient d'appuyer les libéraux et qui n'avaient pas d'autre issue. Enfin, il y a deux ans, ce parti a trouvé un second souffle comme véhicule d'expression de la colère après le scandale des commandites.

C'est sans doute le chef bloquiste lui-même, Gilles Duceppe, qui a le mieux décrit le sens de cet appui à son parti, avec les nuances qui s'imposent, lors des élections de juin 2004, en expliquant que voter pour le Bloc, ce n'était pas voter pour la souveraineté, mais que c'était quand même voter pour un parti souverainiste. Ce n'est pas une formule creuse. Elle dit en fait qu'en votant pour le Bloc, les Québécois n'appuient pas nécessairement le projet souverainiste, mais qu'ils lui donnent un bon coup de pouce.

Il faut, à cet égard, rendre hommage à la droiture de M. Duceppe qui a dit la même chose avant, pendant et après les élections de 2004, et qui n'a pas cédé à la tentation de réinterpréter a posteriori le succès de son parti.

Mais il n'en reste pas moins que ça aide. Une victoire bloquiste met sur le terrain plein de députés, avec des fonds, du personnel, une visibilité en Chambre. Elle réduit le nombre de voix francophones qui défendent les thèses fédéralistes à Ottawa. Elle met du vent dans les voiles dans un monde où le succès engendre le succès. Elle nourrit le double jeu de vases communicants où les succès du Bloc peuvent favoriser le taux de popularité du grand frère péquiste, tandis que les difficultés des libéraux fédéraux accablent encore davantage les impopulaires libéraux de Jean Charest.

Il y a plus que ces gains organisationnels. Quelque chose à la fois de plus profond et de plus souterrain, et c'est le fait que cette forte présence bloquiste à Ottawa contribue à modifier les rapports que les Québécois entretiennent avec le reste du Canada. Cela tient, au niveau le plus visible, au fait que les Québécois qui votent pour le Bloc votent pour un parti qui ne participe pas au pouvoir, ce qui a donné un gouvernement minoritaire, moins de députés libéraux au Québec, moins de ministres québécois.

Cela a pour effet de couper les Québécois de la vie politique canadienne, parce que les paramètres des débats nationaux, dans le sens canadien du terme, sont largement définis par le Bloc québécois, dont les préoccupations et les angles d'attaque sont essentiellement québécois, ce qui nous prive d'expériences, de points de vue, de préoccupations qui élargiraient nos champs de réflexion et ce qui coupe le Québec de débats essentiels qui n'intéressent pas le Bloc québécois. L'effet est double: une perte d'influence dans les débats canadiens et un repli sur soi.

En bout de ligne, la présence d'un fort contingent du Bloc à Ottawa coupe progressivement le Québec du reste du Canada, dans une lente dérive qui ressemble à celle du couple qui, sans se divorcer, fait chambre à part et se parle de moins en moins. Ce n'est pas la souveraineté, mais cela crée un climat d'indifférence au reste du Canada qui la rendra plus facile.

Adubuc@lapresse.ca





Élection partielle d'Outremont

Boisclair demande une enquête nationale sur l'intégration des immigrants

Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir lundi 5 décembre 2005

Le chef péquiste veut remettre cette question sur «l'écran radar politique»

Inspiré par la fougue de son candidat à l'élection partielle d'Outremont, Farouk Karim, qui a fait de l'intégration des minorités visibles son cheval de bataille, le chef du Parti québécois André Boisclair a annoncé hier son intention de remettre cette question sur «l'écran radar politique». Une «bataille publique» qui ne prendra son envol qu'avec la mise en branle d'une véritable enquête nationale, a indiqué M. Boisclair.

Dès la semaine prochaine, le chef péquiste entend talonner le premier ministre Jean Charest sur cet épineux dossier. Le PQ n'entend pas en effet se contenter de la consultation en solitaire promise par la ministre Lise Thériault. Il demandera plutôt à la Commission des droits de la personne de vider la question une fois pour toutes.

«On ne veut pas d'une consultation libérale, on veut une consultation nationale. Il est temps de nous mobiliser et de mobiliser les institutions publiques sur cette question. La Commission des droits de la personne est [...] une institution neutre dont les responsables sont élus par l'ensemble des députés de l'Assemblée nationale, et elle est crédible», a fait valoir hier M. Boisclair.

Réunis à l'occasion d'un rassemblement réunissant plus de 200 résidants du quartier Côte-des-Neiges, MM. Boisclair et Karim ont fait la démonstration que le racisme et la discrimination raciale étaient bel et bien ancrés dans la société québécoise, qui ne brille guère quand on la compare au reste du Canada.

Selon le recensement de 2001, le Québec était la province où l'écart entre le taux de chômage des Blancs (7,8 %) et celui des Noirs (17,1 %) était le plus grand. Cet écart de 9,3 % est énorme quand on sait qu'il n'atteint en moyenne au Canada que 4,4 %.

Ce fossé est d'autant plus incompréhensible aux yeux de Farouk Karim, que les immigrants sont plus éduqués que la moyenne. Ainsi, 35,3 % des nouveaux immigrants ont un diplôme post-secondaire, contre 22,5 % des non-immigrants à Montréal.

M. Karim a aussi exprimé son indignation envers le peu de représentativité de la fonction publique québécoise, laquelle ne comptait, en 2004, que seulement 2,5 % de gens issus des communautés culturelles. «Le gouvernement du Québec doit donner l'exemple et prendre des mesures concrètes et efficaces afin de favoriser l'embauche de gens issus des minorités visibles.»

Lui-même un enfant de la loi 101 ayant grandi dans le quartier Côte-des-Neiges, Farouk Karim sait que l'intégration à l'emploi est encore à faire au Québec. «Cette situation est injuste et intolérable, et je me suis présenté pour la changer», a affirmé le candidat en invitant les gens à voter pour lui le 12 décembre prochain. «Le 12 décembre, on va mettre de la couleur à l'Assemblée nationale, ça urge!»

Bastion fédéraliste, la circonscription d'Outremont est une cible convoitée du Parti québécois. Interrogé sur ses chances de réussite, André Boisclair s'est voulu rassurant hier. «On sait que la marche est haute, mais on sait aussi que nous pouvons la franchir. [...] Jean Charest prend les communautés culturelles pour une clientèle acquise, il se trompe et nous allons le lui montrer dans Outremont.»




Les libéraux fédéraux pourchassés au Québec

Nicolas St-Pierre
La Presse lundi 5 décembre 2005

Les troupes de Paul Martin qui feront campagne au Québec au cours des prochaines semaines risquent par moments d'avoir de la difficulté à faire oublier le scandale des commandites.

Armés de casseroles, de sifflets et de mégaphones, une vingtaine de membres de la Ligue contre la corruption et la propagande canadiennes ont manifesté hier matin devant le local électoral du ministre Pierre Pettigrew, dans la circonscription de Papineau, à Montréal. M. Pettigrew y lançait sa campagne en présence de ses collègues Jean Lapierre, Denis Coderre et Irwin Cotler.

" Ces gens-là ont pigé dans la caisse et se sont servis de cet argent-là pour gagner leur élection ", a accusé hier François St-Louis, vice-président de la société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui participait à la manifestation.

Aux dernières élections fédérales, M. St-Louis et ses acolytes avaient organisé une dizaine de " tintamarres " pour perturber les activités du Parti libéral au Québec. Cette année, ils ont décidé d'en remettre.

" On demande aux gens de suivre la campagne des libéraux pas à pas, que ce soit en Abitibi, en Gaspésie, à Québec, à Trois-Rivières ou ailleurs, a lancé M. St-Louis. Suivez les libéraux à la trace, allez à leurs assemblées! Ça ne prend pas beaucoup de choses: deux, trois chaudrons et on leur fait du trouble. Et c'est parfait comme ça. "

Pendant plus d'une heure, hier, les manifestants ont scandé des slogans hostiles aux libéraux. Certains ont même piétiné une pancarte électorale de Pierre Pettigrew sous le regard désapprobateur des policiers.

À leur sortie de l'édifice où avait lieu le rassemblement libéral, le député de Bourassa, Denis Coderre et le ministre Lapierre ont été accueillis par une pluie d'injures. Ils ont rapidement quitté les lieux, escortés par des agents de la GRC. Quant aux ministres Pettigrew et Cotler, ils ont quitté l'immeuble à la dérobée en empruntant une autre sortie.

La Ligue contre la corruption et la propagande canadiennes a promis d'autres actions ciblées. Elle a cependant refusé d'en divulguer la nature exacte et le nombre.





PROPOS CONTROVERSÉS

Martin ne blâme pas Lapierre

Nathaëlle Morissette
La Presse lundi 05 décembre 2005

Le premier ministre, Paul Martin, a donné l’absolution à son lieutenant Jean Lapierre qui a accusé le chef bloquiste Gilles Duceppe d’avoir usé de propos teintés de nazisme la veille. Mais le premier ministre est par ailleurs tombé à bras raccourcis sur M. Duceppe en l’accusant d’arrogance et d’étroitesse d’esprit pour avoir souhaité «la disparition» des libéraux de la carte électorale du Québec.

De passage à Saint-Jean de Terre-Neuve aujourd’hui, M. Martin n’a pas voulu commenter les excuses faites plus tôt par Jean Lapierre ou encore le contenu de ses propos à l’encontre de Gilles Duceppe. Il a tout simplement signifié que M. Lapierre s’était expliqué lui-même sur la question.

Il a par ailleurs ignoré les excuses de Gilles Duceppe qui a admis aujourd’hui être allé trop loin dans ses propos. «M. Lapierre a clarifié ce qu’il a dit, a déclaré M. Martin. Mais laissez-moi vous dire que ce que M. Duceppe a dit démontre de l’arrogance et de l’étroitesse d’esprit. C’est inconcevable qu’un chef de parti politique puisse dire que des Québécois qui ne partagent pas son opinion devraient disparaître de la scène. Cela fait parti de la philosophie de base du Bloc.»

M. Martin a rappelé qu’il était Québécois et qu’il n’avait pas l’intention de disparaître.

Plus tôt dans la journée, M. Duceppe avait présenté des excuses.

Il a admis du même souffle avoir fait preuve d’un excès d’enthousiasme. En effet, à l’occasion du conseil général de son parti, qui se tenait dimanche à Longueuil, M. Duceppe a déclaré sans ambages à ses troupes: «Les libéraux, on les fait disparaître. Faites-vous un cadeau!»

Ces propos ont soulevé l’ire du ministre Jean Lapierre qui s’est empressé de réagir à peine quelques heures après la déclaration du chef bloquiste. M. Lapierre n’a pas mâché ses mots à l’endroit de son adversaire. «Ce genre de langage où tu veux faire disparaître tes adversaires, il y a un petit ton de nazisme dans ça», a soutenu le ministre.




Le Bloc veut «faire disparaître» les libéraux de la carte du Québec

Nathaëlle Morissette
La Presse dimanche 04 décembre 2005

Aux prochaines élections, le Bloc québécois veut «faire disparaître» les libéraux du paysage électoral. Pour atteindre cet objectif ambitieux, le mot d'ordre lancé aux troupes est clair: faire voter le plus grand nombre d'électeurs possible avant le 23 janvier.

«Les libéraux, on les fait disparaître. Faites-vous un cadeau!» a lancé avec enthousiasme le chef bloquiste, Gilles Duceppe, lors d'un discours prononcé hier devant ses troupes à l'occasion du conseil général de son parti à Longueuil.

Le leader du Parti québécois, André Boisclair, y était aussi. Fort de son avance dans les sondages, le Bloc est déterminé à transformer ses nombreux appuis en votes. Pour y arriver, le parti a mis en branle l'«opération sortie de vote».

Cette stratégie vise à inciter ses partisans à exercer leur droit de vote dès maintenant en se présentant au bureau du directeur de scrutin ou en votant par la poste. Dans les circonscriptions orphelines, les candidats bloquistes doivent tenter de convaincre chaque jour 20 électeurs de voter. En région, l'objectif est de 25 et il s'élève à 30 dans les circonscriptions urbaines.

«On a le meilleur chef, on a la meilleure équipe, on a le meilleur programme, on a la meilleure pub télé et on a la meilleure pub radio! Qu'est-ce que vous voulez de plus pour gagner l'ensemble des comtés du Québec?» a lancé l'organisateur en chef de la campagne et député de Roberval, Michel Gauthier, dans son allocution. «Il faut travailler à compter de maintenant», a-t-il ajouté, en rappelant que le froid hivernal risque de dissuader bien des gens de se rendre aux urnes. «Une élection, on est certain que ça va bien quand nos votes rentrent dans la boîte. Aller voter, ce n'est pas plus difficile que d'aller au guichet automatique.»

M. Gauthier a rappelé que, aux élections du 28 juin 2004, le Bloc a perdu les circonscriptions de Jeanne-Le Ber (Liza Frulla) par 72 voix, de Papineau (Pierre Pettigrew) par 468 voix et de Gatineau (Françoise Boivin) par 800 voix.

«Pas question d'abandonner une seule circonscription aux mains du Parti libéral du Canada, a martelé à son tour Gilles Duceppe. On va faire la lutte partout, on ne reculera nulle part.»

Pourtant, depuis le début de la campagne, le chef bloquiste ne cesse de répéter qu'il ne tient rien pour acquis et s'avance rarement sur les stratégies qu'adoptera son parti au cours de la campagne.

«J'ai démontré beaucoup d'enthousiasme, a-t-il admis devant les journalistes une heure plus tard, tout en se défendant de faire preuve d'un excès de confiance. Mais je ne tiens rien pour acquis pour autant. Ce n'est pas moi qui ai fait disparaître le Parti libéral du Canada. Ils se sont auto-fait disparaître!»

Par ailleurs, lors de son conseil général, le Bloc a fait adopter sa plateforme et son budget électoral. Un délégué, Guy Lamarche, conjoint de la député Francine Lalonde, s'est levé en déclarant que certaines corrections devaient être apportées au programme, mais a refusé de donner plus de détails aux journalistes.

En ce qui concerne son budget électoral, le Bloc a décidé de déè007 . 0000.00épenser 50000$ afin de déployer davantage de ressources dans les «circonscriptions cibles». Le budget total atteint 4,6 millions de dollars, auxquels il faut ajouter 500000$ de dépenses non remboursables par le directeur général des élections.

Les sommes consacrées à la publicité s'élèvent à 2,4 millions. D'ailleurs, le Bloc a profité de son conseil général pour présenter les publicités qui seront diffusées à la radio et à la télévision. Sur l'air de la chanson Lundi matin, la publicité que l'on entendra à la radio dès vendredi aborde notamment les thèmes du scandale des commandites, du déséquilibre fiscal et de la caisse de l'assurance emploi. La chanson est interprétée par le chanteur de la Bottine souriante, Pierre-Luc Dupuis, et le groupe pourrait bien la jouer dans ses prochains spectacles. Impossible toutefois de savoir à quel moment les publicités télé seront diffusées.

Jean Lapierre furieux Les propos du chef bloquiste concernant la disparition du Parti libéral au Québec ont fait bondir le ministre Jean Lapierre. «Ce genre de langage, où tu veux faire disparaître tes adversaires, il y a un petit ton de nazisme dans ça, a soutenu M. Lapierre, rencontré à sa résidence d'Outremont hier. On commence une campagne qui va être longue. (M. Duceppe) devrait retirer ses propos. Il faudrait qu'il se calme le pompon. J'ai l'impression que les sondages lui montent à la tête.»




Duceppe veut rayer le PLC du Québec

Kathleen Lévesque
Le Devoir lundi 5 décembre 2005

Sanctionner le gouvernement de Paul Martin ne suffit plus pour Gilles Duceppe qui a invité hier les Québécois à faire disparaître les libéraux fédéraux lors du prochain scrutin.

Deux fois plutôt qu'une durant son discours devant quelque 600 militants réunis en conseil général électoral à Longueuil, le chef du Bloc québécois a adopté un ton plus agressif contre ses adversaires libéraux. Vraisemblablement emporté par l'appui record pour son parti que tendent à démontrer les récents sondages, Gilles Duceppe s'est d'abord moqué du premier ministre Martin qui estime que la présente élection est de nature référendaire. «J'ai pensé à une bonne question: voulez-vous, oui ou non, vous débarrasser des libéraux de Paul Martin?[...] On l'a la question référendaire. On est prêts», a lancé M. Duceppe déclenchant les applaudissements nourris de la salle.

Puis à la fin de son allocution, Gilles Duceppe a poursuivi sur son élan en appelant la population à une «mobilisation sans précédent pour que, le 23 janvier, on se dise qu'heureusement, ici, c'est le Bloc québécois et heureusement, les libéraux, on les fait disparaître. Faites-vous un cadeau».

Quelques minutes plus tard en conférence de presse, le chef bloquiste a expliqué avoir montré «beaucoup d'enthousiasme». «On parlait de [les faire disparaître de] la carte électorale du Québec. On est très optimiste. On ne concède aucun comté», a-t-il précisé tout en haussant les épaules devant la possibilité que les libéraux y trouvent une motivation pour augmenter la cadence de leurs attaques.

Réaliste, il a toutefois admis ne pouvoir prétendre gagner les 75 sièges que compte le Québec. «Ce serait du domaine des miracles», a reconnu M. Duceppe qui aimerait faire mieux qu'en 2004 et ainsi franchir la barre des 50 % des voix. En 2004, le Bloc avait obtenu 48,9 % des suffrages.

Le lieutenant québécois de Paul Martin, le ministre Jean Lapierre, s'est montré cinglant à l'endroit de Gilles Duceppe qui a dépassé les bornes en avouant son désir de rayer les libéraux de la carte. «Je trouve qu'il y a un petit côté naziste [sic] dans ça. Ou bien les sondages lui montent à la tête, et je pense que c'est ça qui arrive. Mais une chose est certaine, M. Duceppe va être obligé de retirer ces propos-là», a affirmé M. Lapierre.

Ces échanges acrimonieux surviennent moins d'une semaine après le déclenchement des élections. Depuis le début de cette longue campagne, M. Duceppe a émaillé toutes ses interventions publiques du thème de la «corruption» des libéraux. Il faut sanctionner le gouvernement libéral, martèle-t-il sur toutes les tribunes. Jeudi, il a qualifié le scandale des commandites de «crime d'État». Hier, M. Duceppe a encore carburé à l'indignation.

Aux libéraux qui ne souhaitaient pas avoir d'élections compte tenu des coûts élevés, Gilles Duceppe a mitraillé une série de questions: «On demande combien ça coûte l'absence de démocratie? Combien ça coûte la corruption? Combien ça coûte les détournements de fonds? Combien ça coûte les pots-de-vins, les élections achetées, les promesses brisées, le mépris envers le Québec? [...] On ne peut plus tolérer ça.»

Avec une plate-forme électorale adoptée à l'unanimité malgré la critique du conjoint de la députée Francine Lalonde, Guy Lamarche, qu'on a vite fait taire, M. Duceppe a réclamé que les libéraux dévoilent leur plan d'action. Le chef bloquiste l'a d'ailleurs tourné en ridicule par anticipation. «Je veux voir le livre rouge. Rouge comme dans libéral. Rouge comme dans honte», a-t-il laissé tomber.

C'est dans ce contexte que le Bloc n'entend laisser aucune chance à l'adversaire libéral. Gilles Duceppe n'a d'ailleurs pas exclu qu'il pourrait faire campagne dans la circonscription de Paul Martin contrairement à la courtoisie traditionnelle qui veut que les chefs des partis adverses soient épargnés.

Le Bloc québécois entend aussi mener une offensive spéciale notamment dans les circonscriptions occupées traditionnellement par le Parti libéral du Canada et qui ne bénéficient que d'une mince majorité. C'est le cas notamment pour les circonscriptions détenues par les ministres Liza Frulla et Pierre Pettigrew. Le Bloc y consacrera un budget spécial de 50 000 $ et fera un effort particulier auprès des femmes et des personnes âgées.

Redoutant que les intentions de vote qui leur sont très favorables à l'heure actuelle ne se concrétisent pas en votes le 23 janvier par excès de confiance ou à cause des conditions hivernales, les bloquistes ont lancé hier une opération de vote anticipé. Ils veulent utiliser au maximum l'outil du vote spécial prévu dans la loi électorale fédérale (vote par la poste ou auprès du directeur de scrutin). En clair, l'organisation vise 20 votes par jour dans les circonscriptions qui n'ont pas de député bloquiste, 25 dans les circonscriptions rurales et 30 dans celles situées en milieu urbain.

«Il ne faut pas prendre de chance. On va vous demander cette année, d'une façon toute particulière de faire voter énormément de gens avant le jour J. [...] Une élection, on est certain que ça va bien quand les votes entrent dans la boîte», a indiqué le député Michel Gauthier, organisateur en chef du Bloc, qui a réchauffé la salle avant que M. Duceppe ne prenne la parole.

Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a également pris la parole, félicitant entre autres le Bloc québécois pour le travail qu'il effectue auprès des communautés culturelles. «Ça, c'est de l'argent en banque pour notre mouvement», a affirmé M. Boisclair. M. Duceppe a expliqué que, lorsqu'on «travaille avec ces gens-là, on enrichit l'ensemble de la société québécoise». Aujourd'hui, M. Duceppe présente d'ailleurs les candidats du Bloc qui sont issus de l'immigration.

Rigodon bloquiste

Le Bloc est allé puiser dans le terroir québécois pour faire sa campagne publicitaire, ressuscitant une ritournelle enfantine et un rythme de set carré.

Le rigodon bloquiste démarrera à la radio vendredi prochain. Exit le rap que le Bloc faisait tourner en pré-campagne et dont les paroles étaient presque inaudibles. On revient aux racines populaires avec des rimes simples, faciles à retenir et qui donnent une allure festive à cette campagne électorale. Le Bloc offre une version scandale-des-commandites de la chanson Lundi matin que fredonnent les tout-petits pour apprendre les jours de la semaine. Et qu'importe ce qu'en pense le juge Gomery, on fait le lien entre Paul Martin et Jean Chrétien. Du coup, le roi, sa femme et le p'tit prince sont ici remplacés par Martin, Chrétien et leurs copains. C'est le chanteur Pierre-Luc Dupuis, de La Bottine souriante, qui interprète les sept capsules pour chaque jour de la semaine.

Du côté de la publicité télévisée, le Bloc a dévoilé un message de deux minutes que diffuseront gratuitement les chaînes comme le prévoit la loi électorale. Encore là, on a misé sur un rythme qui ravive les traditions et qui reprend le slogan «Heureusement, ici, c'est le Bloc». Des députés y expliquent les motifs de voter pour le Bloc québécois.

D'autres messages publicitaires seront conçus et diffusés après les Fêtes. Le Bloc prévoit y consacrer 2,4 millions soit près de 50 % des dépenses prévues d'ici au 23 janvier.




Duceppe s'excuse pour avoir souhaité la disparition des libéraux

Presse Canadienne lundi 5 décembre 2005

Le chef bloquiste, Gilles Duceppe, s'excuse pour avoir dit dimanche, qu'il souhaitait faire disparaître les libéraux fédéraux au Québec.

Lors d'une conférence de presse lundi dans l'est de Montréal, le chef du Bloc Québécois a attribué son faux pas à un trop grand enthousiasme et a tenu à s'excuser si ses propos ont choqué quelqu'un.

M. Duceppe a expliqué que sa figure de style signifiait simplement qu'il souhaitait voir la plus grande vague possible d'élus du Bloc Québécois, le 23 janvier.

Le chef bloquiste n'a toutefois pas demandé au libéral Jean Lapierre de s'excuser à son tour, lui qui a apparenté l'affirmation de M. Duceppe à du "nazisme".

M. Duceppe a tout de même souligné qu'il trouvait exagérée la comparaison faite par le lieutenant de Paul Martin au Québec.




La bataille de l'Ontario

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 5 décembre 2005

En 1993, Jean Chrétien avait gagné les faveurs de l'Ontario en promettant d'abattre de grands pans de l'héritage de Brian Mulroney. Un gouvernement libéral, promettait-il alors, renégocierait l'ALENA et ferait disparaître la TPS, deux engagements qui sont restés lettre morte par la suite.

Douze ans plus tard, c'est au tour d'un chef conservateur de reprendre la recette à son compte. En promettant, à l'occasion de sa toute première visite électorale en Ontario, de réduire la TPS de deux points, Stephen Harper a confirmé qu'il y avait toujours plus de kilométrage à faire à taper sur le clou d'un des legs les plus détestés du dernier mandat conservateur qu'à s'acharner sur le bilan libéral.

Dans le même esprit, le chef conservateur avait été le premier, l'été dernier, à évoquer l'hypothèse de renégocier l'ALENA. À la lumière des déboires canadiens dans le dossier du bois d'oeuvre, Stephen Harper s'était alors engagé à revoir le mécanisme d'arbitrage des conflits qui est au coeur des accords successifs de libre-échange négociés par le gouvernement Mulroney.

S'il y a une province au Canada où les fantômes ont la vie dure, c'est bien l'Ontario, et celui de Brian Mulroney n'est pas le seul dont M. Harper devra avoir raison s'il veut remporter la victoire le 23 janvier. La «révolution du bon sens» de Mike Harris a laissé un mauvais goût dans la bouche de bon nombre d'Ontariens qui jugent que les années conservatrices ont rétréci le tissu social de leur province. Quand ils examinent Stephen Harper, ils ont souvent l'impression de voir une réincarnation fédérale de leur ex-premier ministre.

Ce sentiment a longtemps échappé aux stratèges conservateurs fédéraux qui s'imaginaient au contraire que les succès électoraux de l'équipe Harris signifiaient que le terreau ontarien était plus réceptif à leurs idées de droite qu'il ne pouvait sembler à première vue.

Pour sa première campagne en 2004, Stephen Harper avait donc exploité des thèmes inspirés de la révolution du bon sens. Il se revendiquait souvent de Mike Harris, dont plusieurs des ex-ministres tentaient d'ailleurs de reprendre du service sous sa bannière.

Cette fois-ci, M. Harper a rectifié le tir. Son rejet catégorique vendredi d'un régime de santé privé qui opérerait en parallèle au système public est une rebuffade à l'ancien premier ministre conservateur ontarien et au fondateur du parti réformiste Preston Manning. Dans un document élaboré conjointement le printemps dernier, MM. Harris et Manning faisaient la promotion d'un système à deux vitesses. Ils souhaitaient alors que le Parti conservateur se fasse le porteur de leur ballon. M. Harper a décliné leur invitation. Il tente plutôt de doubler les libéraux sur la santé par le centre, la section la plus fréquentée de l'autoroute politique canadienne.

Dans sa bataille pour surmonter la méfiance qu'inspire son parti aux Ontariens, Stephen Harper a un allié inédit. Aux dernières élections, Jack Layton n'avait pas apprécié la campagne de peur menée par Paul Martin contre les conservateurs. L'épouvantail d'un gouvernement fédéral à la Harris ou encore de relations canado-américaines à la Mulroney avait fait fuir des centaines de sympathisants néo-démocrates dans le camp libéral le jour du scrutin.

Résolu à ne pas être deux fois de suite le dindon de la farce libérale, M. Layton s'active à ramener la menace conservatrice à de plus modestes proportions. Stephen Harper est davantage inepte que dangereux, s'évertue à répéter le chef néo-démocrate. La semaine dernière, l'ancien chef Ed Broadbent a mis la main à la même pâte.

Mais, en Ontario, Jack Layton va à contre-courant des instincts d'une partie de sa base militante. L'influent président du syndicat des Travailleurs de l'automobile, Buzz Hargrove, a donné la semaine dernière un tout autre mot d'ordre à ses nombreux membres ontariens. Pour lui, l'essentiel consiste à empêcher Stephen Harper de devenir premier ministre même si cela veut dire appuyer des libéraux pour y arriver. Il estime même que Paul Martin a mérité de faire élire davantage de députés.

M. Hargrove dit qu'il ne veut pas voir les conservateurs au pouvoir même s'ils étaient minoritaires et présumément sous l'influence des autres partis dont le NPD. À la place, il s'insurge contre l'idée qu'un gouvernement Harper pourrait avoir besoin du Bloc québécois pour gouverner. C'est d'ailleurs en partie pour consommation ontarienne que Paul Martin s'enveloppe dans le drapeau canadien au Québec depuis le début de la campagne. Parmi les grandes faiblesses de M. Harper en Ontario, il y a l'absence d' une masse critique d'adhérents québécois et l'idée afférente qu'un gouvernement conservateur minoritaire ne pourrait pas survivre au quotidien sans l'appui du Bloc.

Les Ontariens sont les électeurs les plus volatiles au Canada. Ils l'ont prouvé à maintes reprises depuis les années 1970, accumulant les gouvernements minoritaires et passant des libéraux au NPD aux conservateurs en l'espace de deux campagnes entre 1987 et 1995.

Jusqu'à présent, tous les sondages donnent l'avantage aux libéraux en Ontario. Mais ces relevés surestiment l'avance libérale, gonflée par une forte concentration d'appuis dans la région de Toronto. Hors de la capitale ontarienne, la lutte est nettement plus serrée, et elle se fait souvent à trois. Il suffit de passer quelques jours sur le terrain pour voir que la glace n'est pas prise.

Entre redonner aux libéraux la majorité dont rêve Paul Martin ou leur infliger une claque magistrale, le coeur des Ontariens balancera vraisemblablement jusqu'à la conclusion des débats des chefs à la mi-janvier.

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.




Duceppe raises benchmark

GRAHAM FRASER
The Toronto Star Dec. 5, 2005

Wants to break the 50 per cent plus one barrier Bloc leader woos minorities, female voters

MONTREAL—Gilles Duceppe is setting out to do what no sovereignist leader has ever done before. He wants to break the symbolic barrier of 50 per cent support for a sovereignist party in Quebec.

"Much more than the number of seats, it is the symbol of 50 per cent plus one he is seeking, considering that sovereignists have never achieved that level," Université de Sherbrooke political scientist Jean-Herman Guay told the Toronto Star.

"This election has great symbolic importance for him," Guay said.

René Lévesque, Jacques Parizeau and Lucien Bouchard never managed it — although they came very close. Lévesque got 49 per cent of the vote in the 1981 election, and Parizeau and Bouchard took the Yes vote to 49 per cent in the 1995 referendum.

Duceppe himself led the Bloc Québécois to 48.9 per cent and 54 seats in 2004 — matching Bouchard's total in 1993.

Prime Minister Paul Martin accentuated this dynamic when he said on Friday this is "really a referendum election" and "Quebecers have a choice between a party determined to destroy Canada and us."

Now, Duceppe has a series of reasons to try to beat his own record, and establish a new benchmark.

Every vote is now worth $1.75 to the party under the federal finance law, and every additional MP means additional staff and research capacity to work towards Quebec sovereignty.

And Quebec sovereignists have also believed — despite some evidence to the contrary — that once a voter chooses the Bloc or the Parti Québécois, they will never vote for a federalist party again.

Voting Bloc is easier than voting Yes in a referendum — it cannot produce rupture in the short-term — but it is a gesture of protest and disengagement.

An Ekos poll published in the Saturday Star gives the Bloc 58 per cent in Quebec versus 21 per cent for the Liberals.

Duceppe never talks about his strategy in public, but a number of strategic approaches can be inferred from what he has done during the first week of the campaign for the Jan. 23 election and over the last two years.

Target Quebec's minorities. On the first day of the campaign, Duceppe went to the nomination meeting of Maka Kotto, the charismatic actor originally from Cameroon, who was elected for the Bloc in the last election.

Duceppe used the occasion to stress, as he has done in every speech, that Kotto represents the new Quebec of the future, a Quebec which includes people of every race, colour and origin.

It is a theme Duceppe has been quietly working on over the last few years, organizing conferences on immigration and cultural diversity, and seeking out candidates like Vivian Barbot, the feminist activist from the Haitian community who is running against Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew.

Draw together the various sovereignist leaders at the beginning of the campaign.

In the past, when the Bloc campaign was faltering, as it did in 1997, the party organized rallies with key sovereignist leaders at the end of the campaign to rally hardline loyalists.

This time, Duceppe did this at the beginning with a joint appearance with Parti Québécois leader André Boisclair at the nationalist Société Saint-Jean Baptiste on the second day of the campaign.

Hit it the Liberals where they hurt. On Friday, Duceppe campaigned in Liberal minister Liza Frulla's riding, which she won by only 72 votes — and hammered away on the sponsorship scandal, citing the names of those who had been involved, like Jean Brault, Jacques Corriveau and Claude Boulay, who had contributed to Frulla's by-election campaign in 2002.

Duceppe moves smoothly from his attacks on sponsorship to his argument that Canadian federalism is unfair to Quebec, resulting in surpluses in Ottawa while Quebec does not have the money it needs for health and education.

On Tuesday, Duceppe takes off for a six-day tour of the province where he will try to inspire party workers to get out the vote.

When asked about any of this, Duceppe argues that this is not a vote on sovereignty, but a vote of confidence in sovereignists.

The difference is that this year, Martin has upped the stakes for federalism by calling this a "referendum election."

Duceppe made clear he will use Martin's statement in the future.

"If he believes that this is a referendum election, what will he say the day after a Bloc victory?" he asked.

When asked about the early co-operation with the Parti Québécois, Duceppe insisted there has always been a "B tour" of PQ figures touring schools, colleges and universities that the media have not followed.

Duceppe yesterday vowed to give the Liberals one of their toughest challenges yet.

"There's no question of giving up one single riding to the Liberal Party of Canada," he told the 600 delegates at a Bloc special general council meeting.

To this end the Bloc will target women voters and the elderly to help it boost its total of Quebec seats past the 54 it now holds, a party meeting was told yesterday.

However, in a news conference afterward, Duceppe admitted it was unlikely that his party would take all of Quebec's 75 seats, Canadian Press reports.

The Liberals under Pierre Trudeau were the closest to achieving that miracle when they won 74 of Quebec's 75 seats in February 1980 during Canada's last winter election campaign.




The Grits' grip's slipping

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, December 5, 2005

The federal Liberal Party is facing a slaughter in Quebec. In the worst-case scenario, it could lose as many as 10 seats to the Bloc Québécois, and that would leave it with about a dozen seats out of a total of 75. Barring a miracle, the Liberals will lose two of the very few high-profile cabinet ministers they still have in the province -- Liza Frulla and Pierre Pettigrew, both of whom won by slim majorities in the last election (Ms. Frulla by 72 votes and Mr. Pettigrew by 468 votes).

Even Jean Lapierre, Paul Martin's right-hand man in the province, might be in danger in the usually safe Liberal riding of Outremont. And former astronaut Marc Garneau, the only high-profile candidate whom the Liberals were able to attract in Quebec, is a political neophyte and will not have the political savvy to fill the void.

Not only are the voters furious at the Liberals, but the party is in dire straits at the grassroots level, in large part because of the inept way that Prime Minister Paul Martin has dealt with the sponsorship scandal.

By overdramatizing the issue, he transformed a crisis into a cataclysm. He created the monster (the Gomery commission) that would eventually destroy the Quebec wing of the party, and he went out of his way to alienate the Chrétienites who formed the backbone of the Liberal organization in the province.

Mr. Martin ruthlessly fired Jean Pelletier, Jean Chrétien's former chief of staff, from the chairmanship of Via Rail without even granting him a hearing. Then he expelled 10 officials from the party, even though none of them had been charged with an illegal act. Now the chickens are coming home to roost.

Veteran organizer and former Quebec Liberal minister Marc-Yvan Côté was one of those "banned for life" from the Liberal Party of Canada. He recently lashed out at Mr. Martin, whom he says is "incapable of running the country."

Mr. Côté is not just another disgruntled partisan. For 30 years, he's been the senior Liberal organizer for all of eastern Quebec. Now his vast network of election workers is staying put.

Mr. Martin is left with a desperate strategy based on fear. Fear of separatism, of course. Within Quebec, he will play the unity card to rally the federalist voters, many of whom didn't vote for the Liberals in the last election because of the sponsorship scandal.

Outside Quebec, he will use the weakness of his party in Quebec to raise the spectre of a Tory government without a single MP from Quebec -- a situation that he claims would play into the hands of the sovereigntists.

But from the point of view of national unity, this scenario wouldn't be so much worse that the most likely one -- a minority Liberal government devoid of strong representation in a province almost entirely dominated by the Bloc.

In any case, the Liberal reasoning doesn't hold water. A Liberal government is not a guarantee against a referendum on sovereignty: The near victory of the sovereigntists in the 1995 referendum happened under a strong federal Liberal majority government.

The only event that would pave the way for another referendum is a victory of the Parti Québécois over Jean Charest's government -- and the next provincial election will not be called for another two or three years. Moreover, it's not even sure that a PQ government would call a referendum. It certainly will not if the polls show that support for sovereignty is declining. True, the PQ platform calls for a referendum early in a first mandate, but who believes that political platforms can't be changed?

Quebeckers are a cautious bunch. They know full well that the Bloc can't realize sovereignty and that voting for the Bloc is risk-free. And they have a wicked tendency to recoil from the idea of secession as soon as there's a secessionist government in Quebec City that could act on their wish. The real turning point is four, maybe five, years down the line -- an eternity in politics.

lgagnon@lapresse.ca




Le goût de l'art

Josée Boileau
Le Devoir lundi 5 décembre 2005

ÉDITORIAL - La Chambre de commerce du Montréal métropolitain a rendu publics, la semaine dernière, les résultats d'une vaste enquête, une première, sur l'implication du privé dans la culture. Bien des problèmes d'arrimage entre les deux milieux y sont révélés. Mais, surtout, on mesure à quel point les contributions des entreprises sont aussi liées à des «coups de coeur», à l'amour de la culture, et ne peuvent se réduire à quelques politiques.

Le premier chiffre qui frappe dans l'enquête Le Financement privé de la culture, c'est le nombre de répondants. Près de 12 000 entreprises ont reçu le questionnaire de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, envoyé par courriel; seules 210 l'ont rempli.

Certes, le délai pour répondre était court - bien qu'Internet nous ait habitués à la vitesse - et les réponses reçues restent riches d'enseignement. Néanmoins, ce faible taux de participation (1,7 %) témoigne d'une nette indifférence, dont font état les répondants eux-mêmes: «l'obstacle majeur au soutien de la culture réside dans la perception que la culture n'est pas une priorité», ni au sein des entreprises ni dans la population.

Le sondage mené à l'automne avait été précédé de 50 entrevues de fond faites dans autant d'entreprises (dont 35 de plus de 250 employés, donc en mesure de dégager des ressources pour le mécénat). Plusieurs commentaires recueillis à cette occasion appuient ce constat. Comme disait l'un des interviewés, cité dans l'étude: «Peu de gens sont assez transformés par une expérience culturelle pour donner, comme on donne à l'Institut de cardiologie après y avoir subi un pontage.»

De plus, le don est souvent lié à la compassion, ce qui est un déclencheur phénoménal pour contribuer à des causes d'ordre médical (surtout quand un employé est malade) ou humanitaire, mais un bien piètre levier en matière de culture.

Ce qui fait la différence entre une entreprise qui soutient la culture et l'autre qui ne le fait pas, ce sera donc très souvent le «boss»: ses amitiés et ses goûts personnels. La mission même de l'entreprise ou le désir de s'afficher comme une bonne entreprise citoyenne jouent évidemment un rôle majeur. Mais l'enquête montre aussi que c'est d'abord un changement de priorités à la direction - par exemple les intérêts d'un nouveau président - qui permettrait d'accroître l'aide qu'une entreprise donne à la culture.

Devant de tels constats, il est heureux que l'analyse de la Chambre de commerce ne se cantonne pas qu'à la mécanique. L'étude présente les mesures qui existent déjà, ici et à l'étranger, pour jumeler la culture et le milieu des affaires. De plus, des pistes d'action, concrètes, variées, complètent le document. Des obstacles objectifs (lacunes dans la présentation de projets de la part du milieu culturel, ignorance des programmes d'aide existants du côté des entreprises) peuvent en effet être levés. Mais il y a plus.

Le document dit aussi (pour emprunter le vocabulaire du milieu!) qu'il faut «accroître la consommation de culture». En clair: sortons (grâce à des forfaits offerts aux entreprises), allons au spectacle (en créant un guichet où acheter des billets de dernière minute), achetons des oeuvres d'art (grâce à des prêts sans intérêt), accueillons même un artiste en résidence à la Chambre de commerce!

Et surtout, rappelons que si le goût de l'art naît d'abord dans l'enfance, selon l'importance que la famille et l'école y accordent, tout n'est pas perdu par la suite. Qui sait, comme le souligne l'étude: favoriser les contacts affaires-culture pourrait bien «augmenter la proportion d'amateurs de produits culturels et, ultimement, l'importance de la culture pour ces individus» et, par ricochet, «pour l'ensemble de la société». Cette seule prise de conscience est déjà à saluer.