Si peu visibles

Josée Boileau
Le Devoir mercredi 7 décembre 2005

Une campagne électorale bat son plein quand l'argent pleut, que la parole s'enfle et que l'électeur négligé est soudain l'objet de toutes les attentions. C'est ainsi que, par la grâce des élections fédérales et des partielles au provincial, les «groupes ethnoculturels» ont eu droit, en début de semaine, à quelques minutes de visibilité.

Mais la discrète publication, lundi, d'un énième rapport sur leur sort -- le Rapport sur la reconnaissance des diplômes et des compétences des personnes formées à l'étranger -- est venue aussi rappeler à quel point, à part leurs votes, ces «groupes» n'ont toujours pas de poids politique.

Non que ce rapport, préparé par l'Équipe de travail issue du Forum des générations du premier ministre Jean Charest, soit inintéressant : on y trouve 40 recommandations des plus variées. Mais il ne fait que renchérir sur celles du Groupe de travail sur l'accès aux professions et métiers réglementés, qui est composé de quatre députés libéraux et qui a dévoilé son propre rapport en mars dernier ! Et on attend toujours de passer à l'étape suivante : les solutions concrètes, mises en place rapidement et appuyées financièrement. Du concret qui ferait en sorte que les ordres professionnels ne pourraient plus, par exemple, réclamer des frais de plus de 1000 $ pour des tests d'équivalence, ou qu'ils mettraient un terme à leurs inquisitions tatillonnes («Et vous, madame, qui voulez joindre les rangs de nos infirmières, quel était donc le contenu précis de vos cours au secondaire ?»).

Quant à l'argent, n'y pensons même pas. La ministre québécoise de l'Immigration, Lise Thériault, a beau dire qu'elle se battra auprès du Conseil du trésor pour en obtenir davantage, le Rapport annuel de gestion de son ministère prévoit que, d'ici 2008, les coûts de francisation -- une formation cruciale ! -- doivent être diminués de 5 % par rapport aux budgets de 2003-2004.

Il faut dire que l'Immigration, ici, est un ministère mineur. La preuve : depuis sa création en 1968, il a changé 24 fois de titulaire, soit un aux 18 mois. Mais, si l'on retire les cinq ministres qui y ont passé quatre ans (dont Jacques Couture et Monique Gagnon-Tremblay, à qui l'on doit de célèbres ententes avec le fédéral), le jeu de chaise musicale est encore plus frappant... et ne cesse de s'accélérer : gouvernements péquiste et libéral confondus, huit ministres ont occupé le poste ces 11 dernières années ! Autant de personnes qui, chaque fois, débarquent avec toute leur méconnaissance des dossiers, sans pression publique pour leur pousser dans le dos puisque la population de souche partage leur ignorance.

C'est pourquoi, aussi racoleuse soit-elle, la proposition faite dimanche par le nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair, consistant à tenir une enquête nationale sur l'intégration des immigrants et les problèmes des minorités visibles, a du sens. C'est à la suite du réveil de l'ensemble de la population que ces questions deviendront un enjeu politique pour lequel on exigera de vraies réponses -- l'exact envers de la consultation semi-privée menée présentement par des députés libéraux au sujet de la participation des communautés noires à la société québécoise. Tant que l'on s'en tiendra à ces discussions en vase clos ou entre initiés, on ne fera que contribuer à la marginalisation que l'on prétend dénoncer.

jboileau@ledevoir.ca





Lettre à Pierre Marc Johnson

Oui à un nouveau référendum

Yves L.-Duhaime Ancien ministre du Parti québécois et ex-collègue de travail du destinataire
Le Devoir mercredi 7 décembre 2005

Libre-opinion: Dans votre lettre rendue publique dans le quotidien La Presse du vendredi 25 novembre, vous cernez très bien, à ce qu'il me semble, certains «enjeux et des impératifs qui crèvent les yeux».

Permettez que je vous cite : «Dans une économie mondialisée, notre économie doit être productive si nous voulons maintenir les institutions qui assurent la solidarité sociale, l'équité entre générations de même que l'accès à des services éducatifs et de santé de qualité. Nous devons intégrer la notion de développement durable à la gestion des ressources qui font la richesse des régions. Nous devons valoriser la créativité culturelle qui forge notre identité. Nous devons atteindre l'harmonie sociale dans la diversité comme principe capital de survie d'un Québec qui se veut une terre de liberté pour tous.»

Je partage entièrement cet énoncé, mais je veux vous exprimer mon désaccord total et complet sur votre conclusion de reporter l'échéance référendaire.

Si le Québec devait se contenter «d'un statut constitutionnel imparfait et inachevé», nous en serions au même point pour encore longtemps. Le Québec continuerait de payer à Ottawa près de la moitié de ses impôts et taxes, de se soumettre aux lois et décrets de la majorité canadian, de devoir renoncer à une présence internationale, de passer le plus clair du temps à se battre contre l'envahissement fédéral dans nos champs de compétence exclusive, bref, à subir le folklore d'une monarchie constitutionnelle devenue une risée royale, sans parler de ce «pouvoir fédéral de dépenser», là où il veut, sans l'accord du Québec, lorsque l'intérêt national (il faut lire ici national interest) le commande jusqu'à l'étranglement complet de nos finances publiques.

Conséquemment, les «enjeux et impératifs qui crèvent les yeux», que vous avez si bien décrits, ne pourront jamais, dans le contexte constitutionnel actuel être ni relevés et encore moins résolus. Seule la souveraineté du Québec nous accordera comme peuple tous les moyens et surtout les outils pour nous assumer pleinement en rejoignant le concert des nations : cela me paraît l'essentiel. Décaler dans le temps une telle échéance aux calendes grecques, ou aux ides de mars, serait du temps précieux perdu à tout jamais.

Le temps de se presser

Voyez cette semaine : Montréal accueille un sommet mondial sur les changements climatiques. Avez-vous additionné le nombre de pays souverains participants ? Pourquoi le Québec devrait-il se contenter d'un statut de province alors qu'il pourrait être parmi les 20 premiers pays du monde ? Pourquoi, alors que notre peuple aspire à sa pleine liberté et à l'exercice normal de sa souveraineté, comme tous les autres peuples de cette planète ?

Regardez ce qui se passe en Norvège, en Autriche, en Irlande, en Suisse, au Danemark, en Finlande, des pays souverains affichant les meilleurs revenus par habitant. Je vous donne ces exemples, que vous connaissez sans doute mieux que je ne le puis, pour vous rappeler qu'aucun de ces petits pays (plus petits que le Québec) ne renoncerait à sa souveraineté pour vivre dans un ensemble politique plus grand qui le rendrait minoritaire, donc comme nous, aux ordres d'une autre majorité.

Mon cher Johnson, le Québec sera un jour une «terre de liberté pour tous», comme vous l'écriviez, lorsque notre peuple aura décidé (ce que rien au monde ne pourra empêcher) par voie démocratique de se donner un pays, et ce sera par un référendum. Pour réussir, il nous faudra continuer ce combat, engagé à fond de train par d'autres avant et après lui, mais surtout par René Lévesque et ses successeurs, dont vous êtes.

Aujourd'hui, en sortant de votre «réserve habituelle» tout en appuyant un ami de toujours, vous nous suggérez de nous contenter du statu quo pour un temps non défini. Là est notre désaccord profond et fondamental, ceci dit en tout respect.

Au moment même où notre peuple semble plus prêt que jamais à aller de l'avant vers un référendum pour se sortir de l'impasse constitutionnelle, devenue un cul-de-sac, sinon un mur insurmontable, ce n'est le temps ni de freiner ou de ralentir; au contraire, il faut nous presser, accélérer le rythme, augmenter la cadence et réaliser l'objectif premier à la base de la création de notre parti : faire du Québec un pays.




Paul Martin en petits morceaux

Raymond Giroux
Le Soleil mercredi 7 décembre 2005

Montréal - Si Paul Martin pensait amadouer le prestigieux magazine britannique The Economist en lui accordant une entrevue, mal lui en prit. Le journaliste n'a pas été ébranlé, mais pas du tout, par les propos du premier ministre.

Ce n'est pas la première fois que la revue attaque le chef du Parti libéral : un article lui accolait le surnom de "Mr Dithers" , en février dernier. Ce qui se traduit poliment par "M. Tergiversations", et plus méchamment, par "M. Branle dans le manche".

Un cahier spécial de 16 pages précédé d'un long éditorial, et voilà que plus d'un million de lecteurs répartis aux quatre coins du monde apprennent cette semaine que, somme toute, M. Martin a été décevant depuis son arrivée au pouvoir.

Cela, c'était pour l'éditorial. Le dossier, lui, se termine sur une pique tout aussi méchante : le premier ministre, y lit-on en traduction libre, a été incapable de concentrer son attention sur aucun dossier depuis qu'il occupe son poste. Le Canada réussit parce qu'il compte sur une économie forte, non sur une direction politique éclairée.

Titrant à la une sur les "tempêtes politiques" qui bousculent le pays, The Economist identifie trois zones de turbulences, soit l'ouest en forte croissance, le "mystère" du Québec et les hauts et les bas des relations avec les États-Unis, où il y a eu plus de bas que de hauts ces dernières années.

L'auteur ne cache pas sa surprise devant le retour en force du mouvement souverainiste au Québec. Pourquoi ce dernier voudrait-il quitter le Canada, demande-t-il, alors qu'il s'apprête à recevoir 10 milliards $ supplémentaires du fédéral au cours des 10 prochaines années, fruit des redevances du pétrole de l'Alberta ?

Au-delà des considérations strictement financières, le journaliste estime que les Québécois ont gagné sur tous les plans depuis une génération. Avec Trudeau, d'une part, le français jouit d'une reconnaissance officielle partout au pays. Avec les péquistes, d'autre part, les Québécois ont réussi leur émancipation économique et culturelle.

"Si la souveraineté était un moyen au service d'une fin, écrit-il, la plupart de ces fins ont été brillamment réalisées." D'où son étonnement de constater que le PQ reprendra un jour le pouvoir, et qu'il déclenchera à peu près certainement un nouveau référendum.

Alors, bébés gâtés, les Québécois ? Non, il ne l'écrit pas même si on sent bien, à la lecture, qu'il a sûrement eu des doutes en rédigeant son reportage.

Si les grandes explications ne tiennent pas, à son avis, vaux mieux se rabattre sur une réponse simple, inspirée de sa rencontre avec le politicologue Jean-François Lisée : le Québec veut être traité comme pays indépendant parce qu'il se perçoit comme tel, indépendant. Tout est dans la tête.

Son passage à Montréal l'a vite convaincu, en fait, que le Québec forme une "société distincte" beaucoup plus branchée sur l'Europe que sur Vancouver.

Là comme sur les deux autres fronts, The Economist se demande si Paul Martin et son gouvernement possèdent la compétence politique de haut calibre nécessaire pour éviter les écueils qui guettent le pays.

Dans le cas des États-Unis, il ne suffit pas de se mettre en colère contre Washington sur le bois d'oeuvre, comme l'a fait le premier ministre lors de son entrevue, pour régler les difficultés d'une relation inégale - et qui le demeurera.

Pour l'ouest, le magazine pose une question qui ressort de l'évidence, vue de Calgary : jusqu'à quand Ottawa pourra imposer ses normes à l'Alberta, sa poule aux oeufs d'or ?

The Economist désespère de Paul Martin, mais n'a pas meilleure opinion de Stephen Harper, qu'il décrit comme nul avec les médias (leur aurait-il refusé une entrevue ?). Conclusion : il faudra s'y faire, le Canada devra survivre malgré ses politiciens.

RGiroux@lesoleil.com




Dans un monde normal...

Alain Dubuc
La Presse mercredi 7 décembre 2005

Le fait que les électeurs canadiens, au terme de la campagne électorale qui s'amorce, risquent fort de remplacer un gouvernement minoritaire par un autre gouvernement minoritaire illustre l'impasse dans laquelle se trouve la vie politique canadienne.

Dans bien des pays, le fait que des partis politiques, nez à nez, soient incapables de recueillir assez de voix pour obtenir une majorité de sièges et pour former un gouvernement stable, refléterait une profonde division idéologique, une fracture qui divise la société et la paralyse.

Il n'y a rien de tel au Canada. La société n'est pas vraiment divisée, elle est plutôt désemparée, incapable de trouver, dans ce que leur proposent les partis politiques, un projet assez fort et assez convaincant pour créer un élan.

Et ce désarroi tient à une réalité bien simple, qu'il faut redire, parce qu'elle est au coeur de la paralysie politique actuelle. Dans un monde normal, du moins avec nos façons de faire, les libéraux auraient dû perdre le pouvoir. Et c'est le fait que personne ne soit capable de déloger ou de remplacer les libéraux qui explique l'impasse, tant dans sa déclinaison québécoise qu'anglo-canadienne.

L'anomalie ne vient pas des libéraux de Paul Martin qui ont réussi à emporter les dernières élections et qui remporteront probablement les prochaines, mais plutôt de l'opposition traditionnelle des conservateurs qui n'a toujours pas été capable d'offrir une alternative acceptable.

Cependant, l'alternance politique est au coeur de notre vie démocratique. Et ce n'est pas seulement une tradition pittoresque. Elle a une triple fonction. D'abord, permettre à une nouvelle équipe, avec de nouvelles idées, de nouveaux leaders, de prendre le pouvoir. Cela peut mener à une rupture, comme par exemple quand Brian Mulroney a chassé les libéraux, ou encore à un changement dans la continuité, comme avec la victoire de Jean Chrétien qui a pu, avec une nouvelle équipe avec d'autres sensibilités, poursuivre et mener à bien l'oeuvre amorcée par les conservateurs.

Ensuite, l'alternance protège la société contre les abus du pouvoir, et permet de remercier les politiciens quand se manifestent les premiers signes d'usure ou d'abus, surtout la tendance de confondre leurs propres intérêts avec ceux de la nation. C'est ce genre de glissement qui est au coeur du scandale des commandites.

Enfin, l'alternance, c'est ce qui permet à un parti de se régénérer, parce que la défaite électorale est le plus souvent le déclencheur du renouvellement du personnel politique. On a d'ailleurs vu, avec les libéraux fédéraux, à quel point ce changement de la garde est difficile et douloureux quand le parti conserve le pouvoir et que ceux qui le détiennent ne souhaitent pas l'abandonner.

On a également vu que ce processus de renouvellement n'est pas convaincant quand le parti qui l'amorce reste au pouvoir. Paul Martin a eu beau se distancer de son prédécesseur Jean Chrétien, au prix d'une profonde crise interne, il a eu beau lancer la commission Gomery, punir ceux qui ont été associés au scandale des commandites, c'est quand même lui qui paie le prix politique de cette crise.

Et il est assez clair que ce scandale, même s'il n'a pas l'ampleur qu'on lui prête souvent, aurait dû être suffisant, parce qu'il était un indice probant de l'usure du pouvoir, pour que les électeurs canadiens souhaitent le départ des libéraux. Et si cela ne s'est pas produit, c'est essentiellement que les électeurs ne croient pas en nombre suffisant que le seul autre parti de pouvoir, le Parti conservateur, a ce qu'il faut pour remplacer les libéraux.

Cela tient surtout aux faiblesses des conservateurs, trop proches des alliancistes, l'un des deux partis fondateurs de cette coalition, incapables d'incarner le mainstream canadien, cette culture foncièrement centriste que les libéraux incarnent avec un grand talent. Tant et si bien que le scandale des commandites, au lieu de vaincre les libéraux, n'a réussi qu'à les affaiblir. On assiste à un phénomène similaire au Québec où une bonne partie des appuis au Bloc, au delà de sa base souverainiste, est composée d'électeurs qui ne peuvent plus se résoudre à appuyer les libéraux et qui n'ont que le Bloc pour exprimer leur mécontentement.

Ce désarroi risque fort de s'exprimer encore dans ces élections, et il en sera ainsi tant que les conservateurs n'auront pas trouvé un second souffle avec un leader et un programme capables d'offrir une alternative acceptable.

Et c'est pour cette raison qu'il faut voir la période que nous vivons, depuis juin 2004, mais encore dans les années qui viennent, comme une période de transition, avant que le Canada ne réussisse à réorganiser sa vie politique sur de nouvelles bases et avec de nouveaux rapports de force.

Adubuc@lapresse.ca




Private health care. Let's talk about it

Editorial
The Globe and Mail Wednesday, December 7, 2005

Warning: The words "private care" may appear below. Should you need to talk to someone, trained therapists are standing by to take your calls.

What a lovely favour Quebec's Liberal government has done for Liberal Prime Minister Paul Martin. Quebec Health Minister Philippe Couillard has declared that he will postpone that province's urgent debate on private health care until after the federal election. It's Quebec's business, he says, and no one else's.

Thus has Canada been saved yet again from having to speak openly and honestly about its number-one federal election issue -- health care. It is still safe to pretend that private care is not coming down the pike. Federal politicians will still clasp their heart when medicare is mentioned.

The pretense is threadbare. In two months, Quebec will launch a fierce debate about private care. It has no choice. The Supreme Court of Canada said in June that people are suffering and dying because of waits in the public system, and that Quebec is violating its own rights charter by not letting them buy private health insurance for essential care. The court gave Quebec until June 9 to allow private insurance. When Dr. Couillard puts various private-care options on the table, as he will do soon, Quebec will have a short time to figure out how to make medicare and private care work together.

Imagine if he had launched that debate this month as planned. It would have been the ultimate election nightmare for the Prime Minister. Mr. Martin would have had to go toe to toe with Quebec on an issue in provincial jurisdiction. If he hadn't, it would have been apparent to all that private care was taking root on his watch and he didn't care. Either way, his $41-billion plan to "fix health care for a generation" would have been seen to come to naught.

But there is the pretend world of federal elections and there is reality. The private-care debate is already here. It's a subterranean debate, in former health commissioner Roy Romanow's words. It's heard in conferences held by medical entrepreneurs such as Vancouver's Brian Day, or by policy wonks at the University of Toronto. Never mind the debate; private care is already here. There are 36 MRIs across several provinces. There is a family-medicine clinic receiving both public and private dollars, and private surgical hospitals in Montreal, Winnipeg and Vancouver.

And Ottawa either can't or won't do much about it. For unity reasons, it is loath to challenge Quebec, which has already been dubbed the private-medicine capital of Canada; and if it won't challenge Quebec, it will have difficulty challenging private care in British Columbia or Alberta without being caught in a contradiction.

Speaking of contradictions, Ottawa is already caught in a doozy. It is trying to force New Brunswick to pay for abortions at Henry Morgentaler's private clinic, arguing that the province must fund all necessary medical care. But then, why is Ottawa so adamant that no public money should go to, say, private clinics that provide hip and knee replacements?

The Conservatives have promised a wait-times guarantee, and the Liberals are poised to offer the same. But any such guarantee will take years to put in place, even assuming the provinces can be persuaded to go along. In the meantime, the rules of the medicare game will change. Talking about it is better than not talking.




Incurie et égoïsme

Pierre-Paul Noreau
Le Soleil mercredi 7 décembre 2005

Éditorial - Hydro-Québec vient de nous soumettre à un puissant électrochoc. Le coût de l'électricité va connaître au cours des prochaines années une courbe ascendante beaucoup plus raide que prévu. La société d'État tente cependant de faire passer cette pilule amère en ne refilant que progressivement la facture aux consommateurs, quitte à leur faire supporter en bout de ligne des frais d'intérêts de quelque 800 millions $. Cette option n'est pas acceptable, faussant les règles du marché et transmettant un très mauvais signal aux Québécois que ce soit en matière d'économie d'énergie ou de responsabilité sociale.

Dans un premier temps, on ne peut que s'étonner du portrait tracé lundi par Hydro-Québec Distribution à la Régie de l'énergie pour justifier sa demande de hausses tarifaires. Le scénario des prévisions a surpris en effet. Bien peu avaient anticipé des augmentations qui atteindraient 12,2 % en 2007 ou 30 % d'ici 2011. Les arguments au soutien de ces prévisions devront être scrutés de très près.

Chose certaine, le fléchissement attendu de la demande induit par le vieillissement de la population est bien loin de se concrétiser. En réalité, personne ne se prive d'électricité en raison de son coût abordable, au point où ceux qui utilisent d'autres formes d'énergie ont de plus en plus intérêt à s'y convertir, accentuant la pression sur la demande.

Il est vrai que des gestes importants ont été posés pour limiter nos importations d'énergie, notamment les investissements dans l'éolien et dans les campagnes d'économie d'énergie. Mais voilà, nous sommes bien loin d'être autosuffisants actuellement. Et le coût de l'énergie d'importation est très élevé, en raison surtout de l'augmentation du prix des énergies fossiles qui servent à les produire au sud de la frontière.

Mais faire semblant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes en pelletant vers l'avant le coût élevé de l'approvisionnement des prochaines années relèverait de l'incurie et d'un inqualifiable égoïsme. Aussi la proposition d'Hydro-Québec de limiter à 3 % la hausse de la facture pendant les prochaines années pour éviter un choc aux consommateurs doit-elle être repoussée.

De la même manière que nous avons dû absorber les bonds successifs du prix de l'essence et ajuster nos comportements en conséquence, il faut faire face à cette même réalité dans le cas de l'électricité. Pas question de faire payer par les générations qui suivent le confort ouaté que nous nous offrons aujourd'hui. Nous l'avons déjà beaucoup trop fait.

Mais, l'énergie étant un bien essentiel, il faut veiller à ce que le nouveau fardeau imposé aux individus et aux familles à faible revenu, de même qu'aux entreprises hautement énergivores ne devienne pas insupportable.

Dans les deux cas, le gouvernement doit contrer les effets négatifs des hausses à venir en ayant recours à des mesures comme les crédits d'impôts ou l'aide directe applicable à la seule facture d'électricité. Il est clair que de brusques hausses sans mesures spécifiques de soutien pourraient aussi faire vaciller les joueurs des pâtes et papier déjà passablement ébranlés par le difficile contexte dans ce secteur d'activités et les communautés qui en dépendent.

Hydro-Québec a été une indispensable vache à lait pour le gouvernement au cours des dernières années. Réduire sa profitabilité pour combler la hausse annoncée des tarifs signifierait accepter en contrepartie de payer plus d'impôts. Bonnet blanc et blanc bonnet. Il est plus que temps de toute manière d'adopter des comportements matures, notamment en payant maintenant ce qu'on utilise et en portant le coût de l'électricité plus près de sa juste valeur marchande. Nous serons alors plus que jamais incités à en économiser davantage.

PPNoreau@lesoleil.com




Seize the climate-friendly day

Gary Doer is Premier of Manitoba, and Jean Charest is Premier of Quebec.
The Globe and Mail Wednesday, December 7, 2005

Reversing climate change isn't just about sacrifices, say Premiers GARY DOER JEAN CHAREST, the economic opportunities are as wide open as a Prairie sky

As the season turns to winter and Canadians prepare for several months of shovelling snow, it can be tough to convince people that global warming is a problem.

As a northern country, however, Canada is particularly vulnerable to climate change. Every day, we are presented with scientific studies that outline the impact of climate change on Canada, and already we are seeing profound changes in many of our provinces and territories.

Churchill, Man., is famous as the polar bear capital. Today, those same bears that draw tourists from all over the world are gaining notoriety as the canaries in the climate-change coal mine. The bears are among the first species to show the stress of shorter, warmer winters, and scientists fear for their future.

In northern Quebec, there has been a noticeable warming of the permafrost layer since 1992. In 1957, a peat bog east of Hudson Bay had 8,900 square metres of permafrost. By 2003, the permafrost had shrunk to 75 square metres. In addition to forever altering our landscape, these changes are affecting animal activity, movement and safety.

As citizens, business people, politicians and environmentalists meet in Montreal this week for the United Nations Climate Change Conference and a series of parallel events, it is time for us to reflect on the next steps in the international effort to address climate change.

We must continue to gather scientific evidence -- to educate the public and spur individuals, organizations, businesses and governments to action. We must unite behind well-established and fledging efforts that are under way to better protect our wild lands and wildlife, and develop "green" technologies that address the challenge head-on.

A key step is shifting the public discourse on climate change from being a matter of environmental concern to one that includes the social and economic merits of taking concrete action. As premiers, we don't want to lose the beauty of our lakes and forests. Or find ourselves telling our great-grandchildren about the once-majestic white bear that hunted and fished on enormous Arctic ice floes. We also cannot ignore the impact on the health of our citizens and our economic prosperity.

In Manitoba, climate change is shortening our winter-roads season, which has a direct impact on the economic and social well-being of isolated northern communities. In Quebec, scientists are concerned that climate change will affect both the economic viability and sensitive ecosystem of the mighty St. Lawrence Seaway.

It was only a few short years ago that some predicted economic doom for Canada if it signed the Kyoto Protocol. Today, a group of prominent Canadian CEOs is joining the call for action: "We believe that all governments, corporations, consumers and citizens have responsibilities under the Kyoto Protocol." Indeed, many individuals and organizations are turning the debate over climate change into concrete action. The focus of the climate leaders summit that we are hosting this week is to highlight just this -- and demonstrate that out of great challenge often rises great economic opportunity.

It is easy to be daunted by the enormity of the task that lies ahead. But we don't have to look far to find positive, creative actions that are already under way. Throughout North America, cities such as Montreal are showing leadership and setting ambitious targets to reduce greenhouse-gas emissions.

In provinces such as Manitoba and Quebec, climate-change plans have sparked emerging industries, economic development and new jobs. Both provinces benefit from an abundance of renewable hydroelectric resources, and will continue to develop these resources. But the strategic development of alternative energies such as wind, geothermal, ethanol and hydrogen is creating new industries and markets and fuelling economic growth. In just a few short years, Manitoba's fledgling geothermal industry has grown to where it now provides 30 per cent of Canada's heat pumps, and trains more than 50 per cent of the country's installers. Public- and private-sector efforts -- a low-interest loan program offered by Manitoba Hydro and the "can do" attitude of companies such as Manitoba's Ice Kube Systems -- have combined to ignite a new industry. Lower energy costs for consumers and reduced greenhouse-gas emissions are the long-term benefits for Canadians.

For its part, Quebec has been developing wind energy since the late 1990s. Today, it boasts a capacity of 400 megawatts. But this energy system is only just beginning to show what it can do. By the end of 2013, an extra 3,100 MW will have been installed in Quebec. Wind is also boosting regional economic development as windmill parts and assembly plants are now under construction in the Gaspé region. This will create more than 120 permanent jobs.

Across our country, investments in wind power and biofuels such as ethanol are not only cutting emissions but proving to be the crops of the future -- providing new sources of revenue for agricultural producers and helping to diversify the rural economy. Whether it's green-building technology, hydrogen research and development, hybrid public transportation or new energy efficiencies, the economic opportunities are as wide open as a Prairie sky.

This is why it is important that we recommit ourselves to meaningful actions and targets for addressing climate change beyond the 2012 time frame set out in the Kyoto treaty. We need to continue to motivate consumers, businesses and government, while providing new and emerging industries with the certainty they need to continue making investments in technologies that make a difference.

The time has come for us to seize the economic opportunities that are unfolding before us, to innovate and encourage ideas, and build our economy in a way that brings prosperity, health and social well-being, and sustainability. As Canadians, we have a long line of achievements to our credit. Let's work together and add a prosperous, sustainable economy to our list.




Kyoto: Charest évite de soutenir son ministre

Charles Côté
La Presse mercredi 7 décembre 2005

Évoquant les " belles annonces sans résultats " du gouvernement précédent, le premier ministre Jean Charest a évité hier d'appuyer les propos de son ministre Thomas Mulcair sur les objectifs que le Québec se fixera en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Depuis quelques jours, M. Mulcair, ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, affirme que le Québec atteindra l'objectif de Kyoto, soit une réduction de 6 % de ses émissions en 2012, et ensuite une réduction de 10 % pour 2015.

De la rigueur

Invité à confirmer ces chiffres, M. Charest a répondu ceci: " Nous allons avoir l'occasion de vous présenter le plan (du Québec). Il faut être rigoureux dans la mise en oeuvre de ce plan pour s'assurer que le financement est au rendez-vous et que les objectifs sont clairement énoncés et les rôles et responsabilités sont également très clairs. À défaut, on risque de passer à côté et de répéter ce que d'autres gouvernements ont fait dans le passé: de belles annonces sans résultat. On tient absolument à ce que tout cela soit clairement ficelé et on est sur la même longueur d'ondes (avec M. Mulcair). "

M. Charest a tenu ces propos à la clôture du Sommet des leaders sur les changements climatiques.

Urgent besoin

Ce sommet a réuni pendant deux jours des premiers ministres provinciaux, des gouverneurs d'États américains et d'autres dirigeants d'États fédérés d'Europe, d'Afrique et d'Amérique latine. Ils ont rencontré des industriels et des représentants d'organisations non gouvernementales, et adopté une déclaration qui affirme " l'urgent besoin de négocier une stratégie pour se préparer à l'après 2012, afin de renverser la tendance actuelle de l'accroissement des émissions de CO2 ".

M. Charest a aussi répliqué au chef du Parti québécois, André Boisclair, qui lui reprochait plus tôt dans la journée de se laisser envahir par le gouvernement fédéral en matière d'environnement.

Empiètement fédéral

M. Boisclair reproche à Ottawa d'avoir ouvert la porte à un empiètement sans précédent dans les compétences québécoises en classant les gaz à effet de serre comme polluant au sens de la Loi canadienne sur l'environnement. Il affirme que Québec doit également classer les gaz à effet de serre comme polluant dans la Loi québécoise afin de protéger sa compétence.

Selon M. Charest, c'est parce que le Parti québécois a refusé d'appuyer des modifications réglementaires que le gouvernement du Québec n'a pas pu encore agir en ce sens.

Plus tôt dans la Journée, M. Mulcair a participé à l'annonce d'une injection de 30 millions supplémentaires au Fonds d'investissement en développement durable. Ce fonds créé par Québec, le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction CSN, va se spécialiser dans l'investissement au sein d'entreprises qui contribuent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Selon M. Mulcair, c'est un secteur très porteur. " Seulement en Californie, il y a 170 000 emplois dans le secteur de l'efficacité énergétique, des énergies renouvelables et des technologies de réduction des GES, dit-il. Par comparaison, il y a 80 000 emplois dans tous les États-Unis dans le secteur du charbon. "




Diversité culturelle: Le Québec inaugure des «Rendez-vous» avec les régions françaises

Michel Dolbec
PC-Le Devoir mercredi 7 décembre 2005

Lyon - Le Québec fait un autre pas vers les régions françaises, avec lesquelles il compte désormais avoir des «rendez-vous» réguliers.

Le premier de ces «Rendez-vous du Québec», destinés à donner un «coup de projecteur sur les activités de rayonnement du Québec», s'est tenu à Lyon cette semaine dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier. Il a pris la forme d'un grand colloque sur la diversité culturelle, inauguré par la ministre de la Culture, Line Beauchamp.

La «coopération décentralisée» est devenue une des priorités de Québec et de Paris. Les grandes régions françaises, souvent très prospères, comme c'est le cas de la région Rhône-Alpes, s'appliquent depuis des années à développer leurs propres relations internationales.

Le Québec, qui a déjà signé des «plans d'action» avec une demi-douzaine d'entre elles, ne veut pas rater l'occasion. «Il faut profiter de cette ouverture pour se positionner encore davantage comme le partenaire privilégié des régions stratégiquement importantes», a expliqué le délégué général du Québec à Paris, Clément Duhaime.

Parce que la coopération avec la région Rhône-Alpes est «tout à fait exemplaire», c'est «tout naturellement» à Lyon que se sont tenus ces nouveaux «rendez-vous». D'autres sont prévus tout au long de l'année prochaine.

La ministre Beauchamp en a profité pour dévoiler un rapport sur la mise en oeuvre de la convention adoptée l'automne dernier à l'UNESCO.

Cette étude «dessine les contours des conditions de succès de la mise en oeuvre» du texte, qui doit encore être ratifié par 29 pays, maintenant que le Canada l'a fait. Elle a été préparée par le juriste québécois Ivan Bernier en collaboration avec la spécialiste française Hélène Ruiz-Fabri. «J'avais interpellé ce grand juriste avant même de savoir si la convention allait être adoptée parce que je tenais à ce que le Québec demeure dans une position de leadership», a raconté la ministre, insistant sur la nécessité de «travailler extrêmement fort pour poursuivre la mobilisation».

Organisés depuis 18 ans par le Centre Jacques-Cartier de Lyon, les Entretiens Jacques-Cartier réunissent 600 universitaires et représentants institutionnels français et québécois.




Montréal - Il y a de la place pour plus d'une faculté de médecine

Heather Munroe-Blum, Principale et vice-chancelière de l'université McGill
Arthur Porter, Directeur général et chef de la direction du Centre universitaire de santé McGill
Le Devoir mercredi 7 décembre 2005

L'éditorial de Jean-Robert Sansfaçon, intitulé «Un partage s'impose» (Le Devoir, 21 novembre 2005) et portant sur l'avancement des projets de construction des centres hospitaliers des universités de Montréal et McGill, soulève un enjeu primordial, à savoir qu'aucun Québécois n'accepterait que ces projets de construction de centres hospitaliers dépassent les budgets prévus.

À l'université McGill et au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), nous prévoyons construire notre nouveau centre hospitalier selon le budget et les délais fixés. Nous sommes d'ailleurs activement au travail afin de peaufiner le projet de façon à ne pas dépasser les 800 millions de dollars promis par le gouvernement. Nous soulignons par ailleurs qu'à ce jour, tous les travaux préliminaires ont été terminés à l'intérieur du cadre budgétaire prévu.

M. Sansfaçon fait cependant erreur en soutenant qu'un seul centre hospitalier universitaire à Montréal serait suffisant pour assurer la qualité de soins à laquelle la population a droit et en suggérant que le projet du CUSM n'est motivé que par des raisons «historiques» ou «linguistiques».

Il a également tort de dépeindre les projets comme étant grands : selon toute mesure, les projets de construction des nouveaux centres hospitaliers sont relativement modestes en comparaison de ce qui se fait de mieux en Amérique du Nord. Le Québec doit investir d'urgence dans la construction d'établissements modernes capables d'assurer aux patients des soins de qualité supérieure et d'offrir aux meilleurs médecins formateurs et chercheurs les conditions susceptibles de les attirer au Québec et de les inciter à y demeurer.

Une question d'excellence

Si nous sommes fiers de ce que l'université McGill et ses centres hospitaliers ont réalisé au cours de l'histoire du Québec, ce n'est pas pour célébrer le passé qu'il nous faut un nouveau CUSM : c'est pour assurer l'excellence des soins et contribuer à bâtir l'avenir de la médecine universitaire au Québec.

Ce sont les centres hospitaliers universitaires qui offrent les meilleurs soins de santé à des patients atteints de maladies complexes. Ce sont des lieux de formation où les étudiants en médecine acquièrent des connaissances essentielles auprès de chefs de file en santé et en recherche. Ce sont également des lieux de recherche où nous réalisons des travaux menant à la découverte et à l'adoption de traitements de pointe.

Les centres hospitaliers de McGill et de l'Université de Montréal sont aussi au coeur de l'enseignement médical, de la recherche et des programmes cliniques. Nos recherches, en plus d'être au service immédiat de nos patients, servent aussi de moteur à une économie moderne axée sur le savoir comme l'est celle de Montréal, contribuant à son succès concurrentiel d'aujourd'hui et de demain.

En Amérique du Nord, chaque faculté de médecine de haut calibre possède son propre réseau de centres hospitaliers universitaires pour mener sa mission à bien. Cette intégration entre la faculté de médecine et son réseau de centres hospitaliers est essentielle à leur succès. Pour chaque faculté de médecine et son réseau, il existe une intégration de l'expertise, des spécialisations, de même qu'une culture institutionnelle qui font en sorte qu'on offre la plus haute qualité en matière de soins, d'enseignement et de recherche. En outre, il faut s'assurer que l'établissement ait une taille optimale.

Tout comme Montréal, plusieurs villes reconnues pour la qualité de leur recherche médicale et de leur enseignement (Boston, Chicago, Philadelphie, Houston et autres) possèdent plus d'une faculté de médecine, chacune dotée de son propre réseau de centres hospitaliers universitaires. Boston, une ville de taille similaire à Montréal, en possède trois.

L'impact de la réforme

De plus, dans le débat actuel, il nous faut tenir compte de la récente et très importante réforme en santé au Québec, une réforme dont nous sommes partie prenante avec enthousiasme : celle des réseaux universitaires intégrés de santé (RUIS).

Le CUSM, le CHUM, le CHUS et le CHUL ne sont pas simplement des établissements autonomes associés à une université. Ils sont tous au centre d'un réseau universitaire intégré de santé ayant comme responsabilité la coordination des soins dans les domaines de médecine complexe pour les citoyens du Québec. Le succès des réformes visionnaires lancées par le gouvernement en matière de soins de santé est intimement lié au succès des nouveaux projets de centres hospitaliers à Montréal. Au CUSM, nous avons la responsabilité d'offrir des soins à plus de 1,7 million de Québécois par l'entremise de ce nouveau réseau.

Signalons par ailleurs que pour ce faire, le CUSM et le CHUM travaillent de concert sur des dizaines de fronts en médecine et en recherche, et ce, depuis plusieurs années. La complémentarité au service de la qualité de soins, nous y souscrivons et nous continuerons d'explorer tous les moyens pour améliorer les soins aux patients. Il faut cependant comprendre que la complémentarité n'est pas une question de réduction des coûts : c'est d'abord une question d'accroissement de la qualité.

Les économies ne peuvent être les seules valeurs qui guident nos actions en matière de santé et de médecine universitaire. Nous devons pouvoir faire la preuve que la qualité des soins sera accrue et que l'enseignement et la recherche médicale continueront d'évoluer au Québec.

Un acquis

Montréal a la chance exceptionnelle de posséder deux excellentes universités et facultés de médecine universitaire. Nous ferions erreur en souhaitant en affaiblir l'une ou l'autre. Au contraire, il faut se mobiliser pour continuer de bâtir sur nos acquis.

L'université McGill fait partie de ces acquis. C'est une institution québécoise et la première université établie à Montréal, fondée sur sa faculté de médecine. Elle recrute les personnes les plus talentueuses du Canada et d'ailleurs dans le monde et compte au-delà de 6000 étudiants francophones du Québec.

McGill rayonne sur la scène internationale et est la plus connue des universités canadiennes. Mais elle ne se repose par sur ses lauriers. Elle souhaite surtout contribuer à construire l'avenir du Québec et non pas représenter son passé. Jugée meilleure université médicale et doctorale au Canada cette année par Maclean's, elle est aussi l'université de recherche prééminente au Canada, selon Research Infosource, et une des 25 meilleures universités au monde, selon le Times Higher Education Supplement, qui la classe au nombre des plus illustres avec Harvard, Oxford, Stanford et d'autres établissements de prestige.

Le CUSM est un établissement québécois, et il nous faut cesser de le dépeindre en un simple établissement «anglophone». C'est un établissement québécois qui offre des soins aux Québécois, de Montréal au Nunavik en passant par l'Abitibi, et qui fournit des services à ses patients en français, en anglais et dans 70 autres langues. Ni ses patients ni son personnel ne se définissent en fonction d'une identité strictement linguistique; de fait, 60 % des membres du personnel du CUSM considèrent le français comme leur langue maternelle.

L'Institut de recherche du CUSM regroupe la plus grande concentration de chercheurs médicaux au Canada et les chercheurs de l'université McGill ont attiré à Montréal plus de 85 millions de dollars l'an dernier, soit 43 % du financement de la recherche médicale universitaire au Québec consenti par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

McGill et le CUSM ont le talent et la détermination nécessaires pour contribuer de façon notable au progrès de la médecine universitaire au Québec. La population du Québec ne mérite rien de moins, et McGill et le CUSM n'accepteront rien de moins.