
CHUM: la pression s'accentue
SRC vendredi 4 février 2005
Le quotidien La Presse rapporte vendredi que le premier ministre, Jean Charest, a choisi le site d'Outremont pour la construction du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Le cabinet de Jean Charest convoquerait aussi un caucus extraordinaire des députés la semaine prochaine.
Le premier ministre aurait ainsi rejeté les avis de ses principaux ministres et aurait tout mis en place pour annoncer sa décision à l'issue de la réunion du Conseil des ministres, mercredi prochain.
Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, et la plupart des ministres du cabinet penchent en faveur du site de l'hôpital Saint-Luc, au centre-ville.
De son côté, M. Charest ne cesse de répéter qu'il consulterait le cabinet et les députés libéraux avant de trancher sur la question. Il subirait de fortes pressions de la part du recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, et de la famille Desmarais de Power Corporation.
Le Parti québécois réclame un débat
La députée d'Hochelaga-Maisonneuve et critique de l'opposition en matière de santé, Louise Harel, affirme qu'il s'est crée un climat de méfiance à l'égard des lobbys puissants qui semblent influencer le gouvernement.
Elle réclame plus de transparence du gouvernement Charest et la publication des études.
Jeudi, le chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale, Bernard Landry, a réclamé un débat d'urgence sur le choix du futur site du CHUM.
Lorsqu'il formait le gouvernement, le Parti québécois s'était pononcé en faveur du site du 6000, rue Saint-Denis, pour la construction du CHUM, site qui n'a pas été considéré dans l'étude des deux experts mandatés par le gouvernement Charest, MM. Couture et Saint-Pierre.
Les chefs de département du CHUM critiques face au débat
Les chefs de département du Centre hospitalier de l'Université de Montréal déplorent la direction que prend le débat sur le futur hôpital montréalais. Ils considèrent qu'il faut revenir à l'essentiel, soit le soin aux malades et l'enseignement médical, et que l'emplacement du futur CHUM est secondaire, tout comme l'est le projet de technopole de la santé préconisé par l'Université de Montréal.
Ils estiment aussi que le délai de la prise de décision du gouvernement est préjudiciable au recrutement des médecins et des chercheurs.
La position du Conseil des infirmiers et des infirmières
De leur côté, les infirmiers et les infirmières du CHUM estiment que l'emplacement de Saint-Luc est celui qui offre le plus d'avantages.
Ils tiennent par ailleurs à rappeler à tous les protagonistes dans ce dossier qu'un hôpital doit être conçu pour les malades et que les professionnels de la santé, les chercheurs, les professeurs et les étudiants doivent se mettre au service du patient.
Sur la scène municipale
Le maire de l'arrondissement d'Outremont, Stéphane Harbour, est en faveur de l'implantation du CHUM à Saint-Luc plutôt qu'à la gare de triage d'Outremont. M. Harbour, qui est le responsable politique du Plan d'urbanisme au comité exécutif de Montréal, croit que les coûts de construction seraient inférieurs si le site de l'hôpital Saint-Luc était choisi. Il estime par ailleurs que l'accessibilité serait nettement meilleure parce que, selon lui, il est généralement préférable que le développement des grandes infrastructures publiques se fasse dans les centre-villes.
Par ailleurs, rompant avec la position de Pierre Bourque qui s'est prononcé en faveur du site d'Outremont, le conseiller de l'arrondissement de Ville-Marie, Robert Laramée, a pris position pour l'emplacement de l'actuel hôpital Saint-Luc, tout comme sa collègue Louise O'Sullivan, qui a récemment quitté le parti du maire Tremblay.
Ces derniers promettent plusieurs millions de dollars pour aménager le quartier afin d'y accueillir le CHUM.

Charest et Couillard ne voient pas le futur CHUM au même endroit : Bras de fer à l'horizon
Lessard, Denis; Bergeron, Maxime
La Presse samedi 5 février 2005
Un affrontement sérieux se dessine entre le premier ministre Jean Charest et l'un de ses principaux lieutenants, Philippe Couillard, le ministre de la Santé, quant au choix de l'emplacement du nouvel hôpital universitaire francophone.
Le ministre Couillard a multiplié les coups de fil hier dans le réseau de la santé pour bien souligner qu'il était plus que jamais déterminé à ce que le nouvel hôpital soit construit au centre-ville, sur le site de l'hôpital Saint-Luc, a appris La Presse.
Il voulait tout de suite dissiper l'impression donnée la veille. Juste après la présentation des experts Guy Saint-Pierre et Armand Couture, dont le rapport était, selon le quotidien Le Devoir, clairement en faveur de la gare de triage d'Outremont, M. Couillard avait soutenu que ce qu'il avait entendu avait " cristallisé " son opinion.
Le ministre Couillard s'en est même ouvert, directement, à son collègue Yves Séguin aux Finances, et, par l'entremise de ses mandarins, à la direction du CHUM actuel.
" Il a dit partout qu'il défendrait sa position jusqu'au bout ", confiait-on.
M. Charest reste en faveur d'Outremont, d'autant plus que le rapport Couture-Saint-Pierre vient lever l'hypothèque quant aux coûts et à la sécurité, indique-t-on. Mais au cabinet du premier ministre, on était subitement évasif sur la tenue d'un caucus extraordinaire des députés, la semaine prochaine, ce qui aurait permis de trancher la question dès mercredi au conseil des ministres. Dans des cabinets ministériels, on a confirmé à La Presse que le bureau du whip libéral, Yvon Vallières, avait prévenu " tentativement " les élus qu'un caucus extraordinaire pourrait avoir lieu mardi.
Revenant hier de New York, M. Charest s'est défendu d'être le porte-voix du lobby de gens d'affaires dans ce dossier. Reprenant une formule utilisée par le ministre Couillard la semaine dernière, il s'est dit imperméable aux groupes d'intérêts qui veulent qu'Outremont soit retenu.
" Il n'y a aucun lobby là-dedans, sauf celui des patients et des citoyens du Québec. C'est le seul (lobby) qui compte. Le projet a été présenté par l'Université de Montréal, et par personne d'autre ", a lancé M. Charest.
Le premier ministre persiste à dire que rien n'est encore joué. " On aura une décision de gouvernement, a-t-il affirmé à l'occasion d'un point de presse tenu au marché Bonsecours, à Montréal. Il n'y a pas de décision de prise, et je n'ai pas indiqué de choix dans un sens ou dans l'autre. "
Surtout, il a nié l'existence de " dissensions " au conseil des ministres au sujet de l'emplacement du futur CHUM. " Il n'y a pas de dissensions puisqu'il n'y a pas eu de recommandation encore. Les gens peuvent très bien avoir des points de vue, mais tant qu'il n'y aura pas eu de discussion au conseil des ministres, il n'y aura pas de choix de fait. "
Selon M. Charest, visiblement irrité, c'est le " délire " des journalistes et des éditorialistes qui est en partie responsable de l'ampleur qu'a pris le débat ces dernières semaines. " Il s'est dit beaucoup de choses depuis quelques semaines sur le CHUM. Je vous avoue que bien des choses relèvent pas mal du délire. Il y a eu un emballement sur le plan médiatique ", déplore-t-il.
Quant au ministre Couillard, ses appuis pour le centre-ville paraissent aujourd'hui moins catégoriques. Le ministre Yves Séguin, qui faisait en matinée une présentation devant le comité sur le financement de la santé, présidé par Jacques Ménard, y aurait indiqué son inquiétude quant au respect des paramètres financiers avec le projet d'Outremont.
Quant à Monique Jérôme-Forget, la présidente du Conseil du Trésor, elle favorisait Saint-Luc tant qu'elle était convaincue que le choix d'Outremont serait beaucoup plus lourd pour les finances publiques. Mais elle ne serait pas une " inconditionnelle du centre-ville ", dans la mesure où la question des coûts est réglée.

CHUM: Couillard défie Charest
Lévesque, Kathleen; Dutrisac, Robert
Le Devoir samedi 5 février 2005
Le ministre de la Santé pourrait démissionner si Québec choisit le site d'Outremont
Philippe Couillard n'a aucune intention de battre «en retraite» et de donner raison aux promoteurs du site d'Outremont, dont le premier ministre Jean Charest lui-même. De cet affrontement pourrait découler la démission du ministre de la Santé, a appris Le Devoir.
Des sources multiples et toutes très proches du controversé dossier se sont montrées très affirmatives hier quant aux intentions du ministre d'aller au bout de ses convictions. Si Philippe Couillard a rejeté, dès son entrée en fonction comme ministre, le gigantisme des projets d'hôpitaux universitaires (le CHUM et le Centre de santé universitaire McGill) tels que préparés par le précédent gouvernement, ce n'est certes pas pour avaliser un méga-projet de technopole dont le cadre financier semble sans limite, a-t-on fait valoir.
Cartésien, le ministre Couillard a expliqué lundi au Devoir, lors d'un entretien téléphonique, qu'il avait fait le saut en politique pour présenter «un discours plus rationnel», moins basé sur «l'image». Il a également souligné l'importance de la justesse des mots pour une personne ayant une charge publique.
Or, lorsqu'il a dit jeudi, au sortir de la rencontre qu'il a eue avec le premier ministre Charest et les experts Armand Couture et Guy Saint-Pierre, que le rapport de ces derniers a «cristallisé» son opinion, il est clair qu'il fallait y voir la stabilisation d'un point de vue. Contrairement à ce que La Presse a laissé entendre hier, Philippe Couillard ne baisse donc pas les bras. Au contraire. «Il y a deux camps qui s'affrontent» au sein du gouvernement, a-t-on confirmé, hier, au cabinet du ministre de la Santé.
Le rapport Couture-Saint-Pierre a beau recommander le site Outremont pour développer une technopole de la santé et du savoir où un campus des sciences de la santé jouxterait le futur CHUM, Philippe Couillard estime que le 1000, Saint-Denis est le projet qu'il faut choisir. Le ministre n'a pas voulu jusqu'à maintenant préciser cette opinion, mais ce n'est plus un secret pour personne. «Sa position n'a jamais changé» depuis son annonce, faite en juin 2004, que le CHUM sera construit au 1000, Saint-Denis, a-t-on d'ailleurs souligné, hier, à son cabinet.
Les experts ne l'ébranlent guère, d'autant plus que le ministre Couillard, selon ce qu'a appris Le Devoir de sources bien informées, n'a pas été associé au choix de MM. Couture et Saint-Pierre comme experts. La décision de former un énième comité pour analyser les analyses a été prise au bureau du premier ministre, où ont convergé les différents lobbys favorables au site d'Outremont. C'est là aussi que le mandat des experts a été établi.
Ni le cabinet de M. Couilllard ni le ministère de la Santé n'ont été tenus au courant de l'évolution des travaux des experts. Ces derniers sont restés en liens constants avec le bureau du premier ministre jusqu'à la rédaction du rapport.
Le Devoir a pris connaissance de ce document d'une centaine de pages avant d'en livrer les grandes lignes jeudi, et ce, avant même que le ministre Couillard ne l'ait entre les mains, comme l'a affirmé Radio-Canada. Le rapport Couture-Saint-Pierre prend fait et cause pour le projet d'Outremont. Tout au plus, indique-t-on dans une courte phrase qui pourrait avoir été éliminée depuis, que le 1000, Saint-Denis est «le site optimal pour le CHUM seul». Mais, de toute façon, c'est le projet du recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, qui a été retenu.
Pour le ministre Couillard, il s'agirait là d'un glissement de l'objectif poursuivi: le Québec n'aurait plus besoin d'un centre hospitalier universitaire pour remplir sa mission, soit offrir les soins surspécialisés, la recherche et la formation des médecins, mais plutôt d'une technopole basée sur une synergie entre hôpital, université et secteur privé.
Le ministère de la Santé a émis un commentaire négatif sur le contenu du rapport Couture-Saint-Pierre, a appris Le Devoir. On note entre autres que 75 % de la recherche se fait à l'extérieur du campus universitaire et que seulement 5 % des 25 % d'activités de recherche restantes seraient déplacées sur le site d'Outremont. Aussi, le ministère juge que MM. Saint-Pierre-Couture ont été plutôt vagues sur les coûts supplémentaires qui seront nécessaires pour assurer une desserte adéquate au centre-ville si le site d'Outremont est choisi.
À pied d'oeuvre en prévision de la partie de bras de fer de la semaine prochaine, des gens de l'entourage de M. Charest tentaient, hier, de convaincre ministres et députés que le projet de l'UdeM s'imposait. Mais ils ont fort à faire, compte tenu de l'opposition déjà connue de deux poids lourds du conseil des ministres, tous deux de la région de Montréal. La présidente du Conseil du trésor et député de Marguerite-Bourgeoys, Monique Jérôme-Forget, déjà ulcérée par la malheureuse décision prise en son absence, et contre son gré, sur les subventions aux écoles privées juives, se serait élevée contre le projet d'Outremont en raison des incertitudes qui l'entourent. Sensible à l'opinion publique, le ministre des Finances et député d'Outremont, Yves Séguin, aurait aussi émis de sérieuses réserves au sujet du projet outremontais.
Jacques Chagnon, ministre de la Sécurité publique et député de Westmount-Saint-Louis, la circonscription où serait érigé le nouveau CHUM du 1000, Saint-Denis, serait lui aussi partisan du centre-ville. Les analyses techniques réalisées par son ministère, dans le cadre des travaux interministériels sur le site d'Outremont, auraient affermi sa position.
De son côté, la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, députée de Bourassa-Sauvé, un comté de l'est de l'île de Montréal, serait soumise à des pressions du milieu, bien que sa position à l'égard du futur CHUM ne soit pas connue.
Ce scepticisme à l'endroit du projet défendu par le recteur Lacroix s'est d'ailleurs propagé dans le caucus des députés libéraux de la région de Montréal. Lundi, le caucus montréalais doit rencontrer, à sa demande, les promoteurs des deux projets, le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, et le directeur général du CHUM, le Dr Denis Roy.
Selon un sondage Léger Marketing publié par Le Devoir à la mi-décembre, Philippe Couillard est le ministre le plus apprécié du cabinet Charest avec un appui populaire de 46 %, soit 5 points de plus que pour le premier ministre. Chez les francophones, la popularité de M. Couillard atteint 49 %, contre 39 % pour Jean Charest.

Charest n'a rien à perdre
Lysiane Gagnon
La Presse samedi 5 février 2005
S'il faut en croire notre collègue Denis Lessard, le premier ministre Charest aurait décidé de prendre le taureau par les cornes et d'opter en faveur du site Outremont pour le futur CHUM.
Le taureau, pour poursuivre la métaphore, va se rebiffer et donner de furieux coups de corne. Compte tenu de la tournure véritablement paranoïaque qu'a prise, ces derniers temps, le discours des partisans du site Saint-Luc, on peut s'attendre à ce qu'il y ait pas mal d'hystérie dans certaines chaumières.
Mais cette agitation finira bien par se calmer. Et si M. Charest décidait de faire preuve de leadership dans ce dossier explosif, cela pourrait fort bien le servir à long terme.
Pendant quelques jours, on l'accusera à grands cris d'avoir cédé au diabolique lobby des gens d'affaires, et la litanie des procès d'intention reprendra de plus belle. Mais quoi qu'il fasse, M. Charest resterait la cible des mêmes accusations, car la tactique de ses opposants politiques, depuis longtemps, consiste à le dépeindre comme la marionnette des élites. S'il rejette le site Outremont, on dira simplement qu'il s'est écrasé, et on le méprisera encore plus.
Si, au contraire, M. Charest affirme son autorité, contre l'opinion des fonctionnaires du MSSS et de quelques-uns de ses ministres, il pourrait récolter un certain succès d'estime, car ce n'est pas tous les jours que l'on voit un premier ministre faire preuve de leadership. " Je suis leur chef, donc je les suis " n'a rien d'une devise admirable!
De toute façon, au point où il en est dans les sondages, M. Charest n'a plus rien à perdre. Sa planche de salut pourrait être d'apparaître comme un leader vigoureux et visionnaire- tant il est vrai que le projet de technopole est véritablement un projet de visionnaire, au sens positif du terme.
Certes, le processus de décision a cloché depuis le début de cette incroyable saga, sous le gouvernement péquiste comme sous le gouvernement libéral. Encore aujourd'hui, on se demande pourquoi le cabinet du premier ministre refuse de rendre public le rapport Couture-Saint-Pierre (dont on sait cependant, grâce à une fuite, qu'il conclut en faveur du site Outremont). Peut-être M. Charest veut-il réserver la primeur de ce rapport déterminant à ses députés et ministres. Cela serait un geste diplomatique, compte tenu de la mini-fronde des élus libéraux, furieux de ne pas avoir été consultés sur le financement des écoles juives.
Quoiqu'il en soit, il est grand temps d'en finir, car la controverse a pris une tournure irrationnelle et vicieuse. Si M. Charest tranche en faveur d'Outremont, il pourra s'appuyer sur l'opinion d'Armand Couture et de Guy Saint-Pierre, dont la crédibilité, en matière de grands projets, est de beaucoup supérieure à celle des autres experts qui se sont succédé au dossier.
M. Couture a présidé aux destinées de la plus grosse entreprise publique du Québec (Hydro), et M. Saint-Pierre, ingénieur de formation, a un passé politique et professionnel sans tache; il a dirigé la plus grande entreprise d'ingénierie au Québec (SNC-Lavalin). Comme la principale objection au site Outremont tenait à l'insécurité due à la présence des voies du CP, leur avis rassurant, conjugué à l'expertise considérable de SNC-Lavalin, devrait mettre le point final au débat.
L'autre expertise primordiale, dans ce dossier, est celle des chercheurs et des médecins. Or, le tiers des médecins du CHUM s'est publiquement prononcé en faveur du site Outremont, ce qui est énorme. Car à voir le zèle avec lequel la direction actuelle du CHUM militait en faveur de Saint-Luc, le réflexe normal des médecins était de se tenir loin de la controverse, histoire de ne pas s'aliéner la direction de l'hôpital dont ils dépendent pour une foule de considérations logistiques.
Quant à l'Université de Montréal, qui a lancé l'idée de cette " cité du savoir et de la santé ", loin d'être un " lobby ", c'est la plus grande institution d'enseignement et de recherche du Québec francophone! Le scandale, ç'aurait été que Jean Charest ne tienne pas compte de son opinion.
Si M. Charest réussit à s'élever au-dessus de la fange dans laquelle s'est enlisée cette controverse, et s'il vise le long terme, il pourrait s'en trouver récompensé. Lorsque s'élèvera au coeur géographique de la métropole un complexe d'envergure internationale susceptible de faire la fierté des Québécois- qui plus est, un projet fondé sur l'intelligence et la nécessité, sur la recherche biomédicale et la mission de soigner (voilà quelque chose d'autrement plus emballant qu'un casino, un stade ou une piste de course!), les Montréalais auront depuis longtemps oublié les querelles affligeantes de l'hiver 2004-2005.
À condition, bien sûr, que le projet soit bien géré, bien encadré, sans dérapage ni gaspillage. Si M. Charest s'engage dans cette voie, il devra assurer un suivi sans faille.

Au gouvernement Charest de se prononcer maintenant :
La valse-hésitation d'un hôpital
Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 5 février 2005
La controverse au sujet du CHUM s'achève peut-être. Pressé de toute part, le gouvernement de Jean Charest pourrait choisir la prochaine adresse du futur centre hospitalier de l'Université de Montréal dès mercredi. Le seul consensus qui demeure intact chez les médecins et la communauté universitaire, après des mois de valse-hésitation du gouvernement libéral, est la nécessité de construire le futur CHUM avec 700 lits sur un site unique. Point. Le reste n'est que jeux de coulisses et manoeuvres des lobbys.
Dès son entrée en fonction au printemps 2003 comme ministre de la Santé, Philippe Couillard rejette le gigantisme des super-hôpitaux et prône plutôt un retour à l'objectif de construire des centres hospitaliers universitaires qui correspondent aux capacités financières de l'État québécois. Les balises budgétaires sont établies: on parle dorénavant d'un investissement du Québec de 800 millions de dollars, somme à laquelle s'ajoutent 200 millions devant provenir de collectes de fonds privés et 100 millions d'Ottawa.
Dans cette foulée, la clé est mise dans la porte de la Société d'implantation du CHUM (SICHUM), et on annonce en novembre 2003 la création de la commission d'analyse des projets d'implantation du CHUM et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), qui sera coprésidée par Brian Mulroney, ancien premier ministre du Canada, et Daniel Johnson, ancien premier ministre du Québec.
Un mois plus tard, le CHUM adopte un plan final pour un hôpital universitaire au 6000, Saint-Denis au coût de 1,3 milliard. L'Université de Montréal est partie prenante de cette position. Le consensus est réel. Mais, dans cette proposition qui sera acheminée à la commission Mulroney-Johnson, le CHUM mentionne un site de rechange, comme l'a exigé le ministère de la Santé. Cette solution de rechange à laquelle personne ne croit, c'est le 1000, Saint-Denis.
Un nouveau projet
Au cours des travaux de la commission apparaît le point tournant du dossier, au plan politique. En coulisses, le corps médical et la communauté universitaire se font dire clairement qu'il faut oublier le 6000, Saint-Denis, situé en plein coeur d'une circonscription détenue par le PQ.
Le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, refuse alors de baisser les bras; le plan B, soit le centre-ville, est inacceptable. Comme il le répétera à plusieurs reprises, il est hors de question que son université s'installe dans la cour arrière de l'UQAM. M. Lacroix décide alors de rebondir avec un projet de développement dans la gare de triage du Canadien Pacifique, à Outremont. Depuis déjà plusieurs mois, certaines personnes ont soumis cette idée à M. Lacroix, qu'il fait maintenant sienne. Il la soumet, sans qu'elle soit documentée, à la commission Mulroney-Johnson. Mais on lui signifie une fin de non-recevoir.
Le recteur Lacroix ne se laisse pas démonter; il fonce et emprunte la voie politique. Robert Lacroix fait appel à des personnes qui, il le sait, exercent une influence véritable sur les libéraux tant provinciaux que fédéraux: la famille Desmarais. Le lobby se fait derrière des portes closes.
En février 2004, Robert Lacroix communique avec le Canadien Pacifique pour acheter la gare de triage d'Outremont afin d'y créer une cité du savoir et de la santé. L'ouverture du CP emballe M. Lacroix, surtout que l'UdeM se dit à l'étroit sur le flanc nord du mont Royal. Il manquerait à l'établissement plus de 100 000 mètres carrés pour continuer sa croissance. Seulement voilà, l'évaluation du ministère de l'Éducation est sept fois moins élevée.
Paul Desmarais, de Power Corporation, agit dès lors comme négociateur avec le CP. Le p.-d.g. du CP, Robert Ritchie, est un ami de longue date. Une entente interviendra en décembre par laquelle le CP s'engage à détourner le transport des matières dangereuses qui transitent par la voie ferrée longeant la gare de triage, au nord.
Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, est mis au courant du projet du recteur Lacroix, mais c'est le cabinet de Jean Charest qui est surtout dans la mire. C'est d'autant plus vrai que M. Couillard apparaît rapidement comme le défenseur du site du 1000, Saint-Denis.
Sur la scène fédérale, des contacts sont également établis avec Jean Lapierre, qui s'apprête à l'époque à revenir en politique, dans la circonscription d'Outremont, de surcroît. Aujourd'hui ministre des Transports dans le cabinet du premier ministre du Canada, Paul Martin, il se dit prêt à soutenir financièrement le déplacement des voies ferrées pour aider l'implantation du CHUM à Outremont.
Le jeu de coulisses se fait également du côté des milieux d'affaires, où le développement résidentiel, commercial mais surtout biomédical semble être de la musique à leurs oreilles. Le développement qui a commencé à se réaliser sur le pourtour de la gare de triage, avant même que le projet sur ce site ne soit connu publiquement, tend à le démontrer.
Pour Robert Lacroix, c'est la course contre la montre. Les travaux de la commission Mulroney-Johnson en sont à leurs derniers milles. Le rapport est déposé en avril. Le rejet du 6000, Saint-Denis est confirmé. La présence des voies ferrées et le fort degré de contamination du sol disqualifient le site, soutiennent MM. Mulroney et Johnson, qui recommandent le 1000, Saint-Denis. Entre temps, Robert Lacroix marque des points: il obtient un délai. Il doit étayer son projet et présenter des plans. Des consultants sont appelés en renfort.
Le bon choix
En juin, le ministre Couillard se dit convaincu que l'emplacement de l'hôpital Saint-Luc est le bon choix. Mais il laisse une porte ouverte à une autre proposition dont la population ne sait toujours rien. Le ministre Couillard bataille toutefois en faveur du 1000, Saint-Denis. Il demande à l'ancien premier ministre Lucien Bouchard, qui a été soigné avec succès à Saint-Luc, d'intervenir auprès du recteur Lacroix pour qu'il abandonne sa proposition. Mais c'est peine perdue. Robert Lacroix convainc l'ancien premier ministre qu'Outremont est la seule option valable. La sortie publique de M. Bouchard en faveur d'Outremont, l'automne dernier, le confirme.
Le 29 juin, le recteur Lacroix présente à huis clos ses plans devant le conseil d'administration du CHUM. Deux semaines plus tard, le ministre Couillard demande au CHUM d'étudier la possibilité de construire le CHUM à Outremont. Le comité de planification du CHUM 2010 donne des contrats d'analyse.
C'est à cette époque que les premiers éléments du projet sortent dans l'hebdomadaire L'Express d'Outremont. Mais ce n'est qu'à partir de la mi-novembre que, petit à petit, Le Devoir révèle que la proposition du recteur Lacroix bénéficie d'une attention et d'une diligence particulières au gouvernement: l'avis complémentaire de Daniel Johnson, la mise en place d'un comité interministériel associant sept ministères et l'analyse de la distribution des services de santé par l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal.
Frères d'armes quelques mois auparavant, le CHUM et l'UdeM deviennent des adversaires. Cela atteint un sommet lorsque, en septembre, M. Lacroix présente de nouveaux plans de son projet, obligeant le CHUM a faire réviser sinon à reprendre certaines études. Le ton monte tant et tellement que le ministère de la Santé met le poing sur la table en octobre pour obliger les deux établissements à mettre en commun leurs analyses. Ils devront présenter une étude de faisabilité conjointe. Mais ils n'y réussiront pas.
En décembre, il est prévu que le gouvernement prenne une décision avant la fin de l'année. Mais tout est bousculé par les révélations des menaces, proférées par l'élite du milieu des affaires, de ne pas participer à la collecte des fonds privés nécessaires à la construction du futur CHUM si le gouvernement du Québec décide d'en faire l'implantation au centre-ville.
Le lobby de la famille Desmarais apparaît comme un couteau à double tranchant: la machine gouvernementale n'apprécie pas que M. Lacroix n'ait pas respecté la hiérarchie administrative. Les rumeurs se font insistantes à l'effet que, si Outremont est retenu, ce sera avec un nombre réduit de lits. Par conséquent, ce sera un CHUM à deux têtes.
Le Devoir le confirmera en janvier, avec en main un document issu du Conseil exécutif, soit le ministère du premier ministre. Le comité interministériel qui avait été mis en place à l'automne conclut que le projet Outremont ne peut être réalisé avec 700 lits. Il en coûterait plus de deux milliards et l'échéancier de 2010 ne pourrait être respecté.
Les promoteurs d'Outremont craignent que, devant la situation d'un CHUM écartelé, les appuis tombent, que les médecins se disent qu'il vaudrait peut-être mieux se contenter tout de suite du projet du centre-ville. Dans un geste extrêmement rare, des gens d'affaires prennent même la parole publiquement en publiant dans La Presse une lettre d'appui à Outremont. Ces pressions sont orchestrées par Hélène Desmarais, la conjointe de Paul Desmarais fils.
Ce dernier est à la tête de Power Corporation, qui détient la compagnie d'assurance-vie Great-West. La filiale immobilière de Great-West, GWL, est disposée à soumissionner ultérieurement pour un contrat de partenariat public-privé afin de construire et exploiter le futur CHUM, comme l'a révélé Le Devoir.
Coincé de toutes parts, le gouvernement Charest décide de ne rien décider. Il annonce plutôt qu'il confie à deux nouveaux experts, Armand Couture et Guy Saint-Pierre, le mandat d'analyser les analyses des précédents experts. En fait, ils devront choisir entre deux projets: un CHUM au 1000, Saint-Denis ou une technopole de la santé du savoir à Outremont. Le rapport a été transmis jeudi à MM. Charest et Couillard, et ses conclusions ont été publiées la journée même par Le Devoir.
Ne reste plus qu'au gouvernement à trancher.

Quelques mois de plus
Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 5 février 2005
ÉDITORIAL - Mercredi prochain, lors de la réunion du conseil des ministres, le gouvernement Charest devrait mettre fin au débat sur le site du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal. L'unanimité est loin d'être faite au sein de l'équipe libérale, mais les partisans d'une implantation du CHUM à Outremont jouissent d'un appui de taille, celui du premier ministre Jean Charest. Dans les circonstances, il serait bien étonnant que le site du 1000, rue Saint-Denis puisse l'emporter.
Derrière les rideaux, c'est à une véritable partie de bras de fer que se sont livrés ces dernières semaines le premier ministre et son ministre de la Santé, Philippe Couillard, dont la vision est à l'opposé de celle de son chef. Alors que celui-ci a manifestement fait son lit pour Outremont, séduit par la dimension visionnaire du projet de technopole de la santé et du savoir développé par l'Université de Montréal, M. Couillard est forcé, comme responsable de l'ensemble des services de santé au Québec, d'opposer un regard critique et de demander si ce projet correspond aux besoins et aux moyens de la société québécoise.
Dès son arrivée au ministère de la Santé, Philippe Couillard avait fait du dossier du CHUM l'une de ses priorités. Rapidement, il avait remis en cause la décision du gouvernement péquiste d'implanter ce complexe hospitalier au centre de l'île de Montréal, au 6000 Saint-Denis. Il avait alors opté pour le site de l'hôpital Saint-Luc, au 1000 Saint-Denis. Appuyé par un fort lobby, le recteur de l'Université de Montréal devait toutefois réussir l'automne dernier à faire rouvrir le processus décisionnel. Il est alors vite apparu que le premier ministre avait un parti pris affirmé en faveur du projet de réunir à Outremont le CHUM, les facultés de la santé de l'Université de Montréal et des centres de recherches publics et privés. Ces dernières semaines, le ministre a réalisé que ce dossier lui avait échappé pour passer dans les mains de M. Charest.
Dans des circonstances normales, le rôle du premier ministre est d'arbitrer les débats, ce qu'a fait par exemple M. Charest dans le dossier du Suroît. Son intervention, qui en était une de dernier recours, a conduit à la mise au rancart d'un projet unanimement contesté. Dans le cas présent, il y a longtemps qu'il a abandonné toute réserve pour jouer un rôle actif. Au cours des dernières semaines, c'est son bureau qui a piloté le dossier, à l'insu souvent du ministre, qui se retrouve dans une situation difficile, étant en quelque sorte désavoué par son chef.
Des réserves, plusieurs ministres devraient être à même d'en exprimer à l'appui de M. Couillard. Ainsi, Yves Séguin et Monique Jérôme-Forget, à titre de responsables des finances publiques, s'inquiètent du coût du projet du CHUM et des dépenses incidentes qu'il entraînera s'il se réalise à Outremont. Jacques Chagnon, comme ministre de la Sécurité, a l'obligation de soulever les risques que pose la présence limitrophe des voies ferrées à ce site. Jean-Marc Fournier, comme ministre des Affaires municipales, doit mesurer les incidences de chacun des projets sur le développement de Montréal. Quant à Pierre Reid, le déménagement projeté des facultés de la santé de l'Université de Montréal sur le site d'Outremont l'oblige à revoir les priorités du ministère de l'Éducation. La question est toutefois de savoir s'ils oseront s'exprimer sans détour.
Le parti pris du premier ministre à l'endroit du projet de l'Université de Montréal étant bien connu, on peut penser que peu de ministres voudront prendre le risque d'un affrontement avec leur chef. Dans l'état de défaveur dont le gouvernement est actuellement l'objet, ce serait une bien mauvaise idée que de se diviser ouvertement autour de ce projet et de mettre leur chef en minorité. Celui-ci sait qu'en définitive ses collègues n'auront d'autre choix que de se rallier. Solidarité ministérielle oblige! Sauf peut-être Philippe Couillard qui, les choses étant ce qu'elles sont devenues, pourrait être tenté de jouer son va-tout et de partir... pour mieux revenir un jour.
Le fait de trancher entre Outremont et le 1000 Saint-Denis ne mettra pas fin pour autant à la controverse, comme on semble le penser au gouvernement. Dans l'opinion publique, les réserves qui existent aujourd'hui sur le projet d'Outremont persisteront tant qu'on n'aura pas démontré la nécessité d'investir autant dans une technopole de la santé. Autrement, ce projet ne pourra être qu'un projet mal aimé. On pourrait pourtant éviter qu'il en soit ainsi si l'on se donnait le temps de réfléchir collectivement à ce que doit être la mission du futur CHUM. Quelques mois suffiraient pour mener un processus de consultation publique et faire ainsi tomber la pression qui est devenue l'ennemi numéro un de tous les CHUM. La réalisation du Centre hospitalier universitaire francophone est un projet qui n'appartient pas qu'à l'Université de Montréal. Ce doit être un projet de société.

Et les tsunamis ?
Michel David
Le Devoir samedi 5 février 2005
La plupart des gens sont parfaitement capables d'accepter une décision même s'ils l'auraient préférée autre, dans la mesure où ils estiment qu'elle a été prise de bonne foi. En revanche, personne n'aime avoir l'impression d'être pris pour un imbécile.
Si le nouveau CHUM s'installe à Outremont, des milliers de wagons transportant des matières dangereuses circuleront chaque année à 100 mètres de là, mais le dernier en date des comités d'experts mandatés par le premier ministre Charest s'inquiète du risque que courrait un CHUM situé au 1000, rue Saint-Denis en raison de la présence de la gare de triage de Pointe-Saint-Charles, à trois kilomètres de distance. Comment se fait-il qu'on ne se soit pas inquiété plus tôt de tout ce trafic qui menace la vie de centaines de milliers de Montréalais?
Tant qu'à y être, on s'étonne que des gens aussi prévoyants n'aient pas pensé aux tsunamis. Imaginez qu'un raz-de-marée résultant de l'effet de serre fasse déborder le Saint-Laurent. Le centre-ville pourrait être inondé, tandis qu'un CHUM située à Outremont serait à l'abri de la montagne. M. Charest aurait là un argument imparable.
Peu importe les avantages tout à fait réels que peut comporter le projet de technopole de la santé piloté par le recteur de l'Université de Montréal, la démarche gouvernementale est tellement cousue de fil blanc que la population aura le sentiment d'avoir été victime d'une vaste supercherie si le site d'Outremont est choisi.
Remarquez, il est sans doute vrai que la recommandation en ce sens reflète les «convictions sincères» d'Armand Couture et Guy Saint-Pierre, comme ils l'écrivent dans la lettre de présentation de leur rapport. Elle s'imposait à partir du moment où «la synergie et les développements futurs résultant d'un regroupement du CHUM avec les facultés des sciences de la santé de l'Université de Montréal» étaient devenus un critère déterminant.
Ces gens-là savaient très bien quelle était la commande, mais en glissant une petite phrase pour dire que «le site optimal pour le CHUM seulement est le site Saint-Denis», ils ont renvoyé la balle au gouvernement.
***
Depuis qu'il est premier ministre, M. Charest a démontré à plusieurs reprises qu'il avait une conception très personnelle de l'intérêt public. Après l'affaire des écoles juives, le dossier du CHUM révèle aussi une fâcheuse tendance à jouer dans le dos de tout le monde, y compris de ses propres ministres.
On a en vu démissionner pour moins que le sale tour qu'il a joué à Monique Jérôme-Forget en profitant de son absence pour faire approuver les subventions aux écoles juives par le Conseil du trésor.
Peu importe les sondages et l'opinion de ses ministres, M. Charest n'a cependant plus vraiment le choix de mener à terme cette tromperie. Comment pourrait-il maintenant expliquer à Paul Desmarais et à ses puissants amis qu'il a décidé d'aller à l'encontre de l'avis de ses experts?
Il est évidemment hors de question d'accepter le débat d'urgence réclamé par Bernard Landry, débat d'urgence qui ne servirait qu'à mobiliser les opposants au projet d'Outremont. Son débat, c'est au conseil des ministres et au caucus des députés que M. Charest devra le faire, et il s'annonce ardu.
Un gouvernement n'est pas une démocratie. Le premier ministre peut prendre avis, mais il a tout le loisir d'imposer sa décision. C'est à lui d'en évaluer les conséquences possibles sur son leadership. Décider de construire le CHUM à Outremont contre l'avis du ministre de la Santé, du ministre des Finances et de la présidente du Conseil du trésor, pour ne nommer que ceux-là, n'est pas une mince affaire.
Il arrive qu'une décision prise par le premier ministre rendent les députés perplexes. Les contorsions constitutionnelles de Robert Bourassa faisaient vivre toute la gamme des émotions au caucus libéral, mais on se fiait à son flair, tandis que M. Charest a fait la preuve que, laissé à lui-même, il peut très bien entraîner ses troupes dans l'abîme. S'il a pu prendre une décision aussi aberrante que de subventionner à 100 % les écoles privées juives, rien ne peut être exclu.
***
Les prochaines élections ne viendront pas avant deux ans, mais les députés sont toujours très sensibles aux mauvais sondages et plus encore aux sondages désastreux. Mettez-vous à la place des libéraux de la région de Québec, qui viennent d'apprendre que leur parti ne recueille plus que 9 pour cent des intentions de vote, selon le dernier sondage Crop. Il y a de quoi être nerveux.
Inévitablement, certains vont commencer à se demander si leur chef est toujours l'homme de la situation. Au cours des dernières semaines, Philippe Couillard, qui s'est retrouvé pris entre l'arbre et l'écorce, a démontré qu'il était très doué pour la politique. Sa subtilité n'a fait que souligner la balourdise du premier ministre.
Quand son silence est devenu quelque peu indécent, il a en dit juste assez pour laisser comprendre qu'il était favorable au site de l'hôpital Saint-Luc, sans prendre ouvertement parti contre celui d'Outremont. Jeudi, il a déclaré que le rapport Couture-Saint-Pierre «cristallisait son opinion», mais il ne l'a pas davantage exprimée.
Peu importe la décision qui sera prise, la population retiendra que, contrairement à son patron, le ministre de la Santé n'avait d'oreille que pour «le lobby des patients». Elle comprendra aussi qu'en bon soldat il se rallie à la décision du premier ministre.
Si les Desmarais ont leur hôpital, ils ne tiendront pas rigueur à M. Couillard. Bien au contraire, son habileté à manoeuvrer en terrain lourdement miné ne peut que les conforter dans l'idée qu'il a l'étoffe d'un premier ministre.
Quant à M. Charest, la plus belle récompense qu'ils pourraient lui donner serait de l'aider à redevenir chef du Parti conservateur. Comme ça, tout le monde serait content.
mdavid@ledevoir

L'emplacement du nouveau CHUM
Des coûts cachés à Outremont
Pascale Breton et André Noël
La Presse mardi 08 février 2005
Des travaux de plusieurs dizaines de millions de dollars n'ont pas été pris en considération dans le calcul des coûts de l'éventuelle technopole de la santé et du savoir à Outremont, a indiqué hier Sylvain Villiard, directeur adjoint du centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).
Le CHUM a estimé que cette technopole coûterait 1,8 milliard de dollars, mais cela ne comprend pas les coûts pour construire des viaducs, décontaminer les terrains autour de la gare de triage d'Outremont, acheter des wagons de métro, etc.
Surtout, cette somme ne comprend pas les coûts liés au déménagement des entreprises et d'une école qui devraient être expropriées, démolies et reconstruites ailleurs, a dit M. Villiard au cours d'un entretien avec La Presse. Au 6000, rue Saint-Denis (un autre emplacement déjà étudié), les coûts du déménagement de quatre entreprises avaient été évalués à 110 millions.
Voici ce qui n'a pas été évalué à Outremont:
Le déplacement d'un chemin de fer. Deux chemins de fer traversent la gare de triage. Le premier, situé dans un axe est-ouest, restera en place. Le second, qui va dans un axe nord-sud, doit être déplacé. Selon M. Villiard, les consultants ont étudié seulement les coûts de l'enlèvement des rails. Mais ce chemin de fer nord-sud doit se raccorder quelque part au chemin de fer est-ouest.
Selon le principal scénario à l'étude, il serait replacé entre l'avenue du Parc et la rue Clark. Cela pourrait signifier l'expropriation d'une partie ou de la totalité du magasin Home Depot, rue Beaubien. « Replacer ces voies ferrées coûte au moins 30 millions, a dit M. Villiard. Est-ce que cela est inclus dans l'entente signée entre l'Université de Montréal et le Canadien Pacifique? Je l'ignore. L'entente est confidentielle. »
D'autres scénarios circulent, mais ils sont encore plus coûteux. Certains impliquent même le passage des trains en tunnel.
Les viaducs. Si le chemin de fer nord-sud est déplacé à l'est de l'avenue du Parc, il coupera en deux les rues Saint-Zotique et Beaubien. Il n'est pas question de passages à niveau. Il faudra donc creuser des viaducs pour faire passer les voitures sous la voie ferrée. Selon M. Villiard, les coûts de ces deux viaducs n'ont pas été calculés, et ils seront difficiles à construire, car il manque d'espace. Un seul viaduc peut coûter plus de 10 millions.
Le déménagement. Le projet présenté par l'Université prévoit que la technopole s'étendra vers l'est jusqu'à l'avenue du Parc et que des rues devront être prolongées du nord au sud depuis l'avenue Beaumont. Cela signifie que plusieurs entreprises et bâtiments devront être démolis. C'est entre autres le cas de Brault et Bouthillier, une importante entreprise de matériel scolaire, Robin Hood, qui ensache de la farine, l'immeuble Atlantic, qui comprend des dizaines de petites entreprises, une école juive, qui dessert le quartier, le garage municipal de Mont-Royal, qui devra faire place à une nouvelle rue, etc. Environ 300 emplois disparaîtront de ce secteur.
Les évaluateurs ont calculé la valeur des bâtiments et ajouté des indemnités, a indiqué M. Villiard. «Les calculs ne tiennent pas compte des coûts de relocalisation. Ces derniers peuvent être très élevés. Les entreprises ne doivent pas faire de pertes. Il faut les déménager dans un endroit qui leur convient. Si c'est impossible, il faut acheter le fonds de commerce.»
Les Chemins de fer Québec-Gatineau ont leur siège social dans la gare de triage et y emploient une cinquantaine de personnes. Combien coûtera leur déménagement? M. Villiard l'ignore.
La décontamination. Seuls les coûts de la décontamination de la gare de triage ont été calculés. Mais la technopole occupera des terrains beaucoup plus vastes, situés autour de cette gare. Il s'agit d'une zone industrielle. Les coûts de la décontamination de ces terrains, qui peuvent se chiffrer en millions, n'ont pas été évalués.
Le transport en commun. La technopole amènera 20 000 déplacements par jour dans le secteur. Selon les experts, près de la moitié se feront en transport en commun. Actuellement, seulement six wagons plutôt que neuf roulent sur la ligne bleue du métro, qui desservira l'emplacement. Il faudra compléter les rames et acheter au moins six autres wagons, pour un total de 18 millions. Ces frais- et d'autres- ne sont pas inclus dans la note de 1,8 milliard, a dit M. Villiard.
Les infrastructures urbaines. Les plans de circulation prévoient qu'une partie importante du trafic routier passera par les rues Beaumont, Saint-Zotique et Beaubien. Or, il s'agit de rues étroites ou sinueuses. Bien que cela ne fasse pas encore partie des plans, il faudra inévitablement en élargir certaines ou en redresser d'autres. Ces coûts n'ont pas été évalués, pas plus que les coûts des réseaux d'eau et d'égouts qu'il faudra reconstruire autour de la technopole.
«C'est assez facile de rajouter de 70 à 80 millions de dollars au coût estimé de 1,8 milliard», a dit M. Villiard. Il n'est pas le seul à ignorer les coûts de la technopole: c'est en raison de ces coûteuses inconnues que l'ancien premier ministre Daniel Johnson a rejeté l'emplacement d'Outremont l'automne dernier, lorsque le gouvernement lui avait de nouveau demandé d'étudier le dossier.

Battle erupts over Montreal hospital site : Debate dividing provincial Liberals
RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Monday, February 7, 2005
Quebec PQ - The final chapter of the biggest project in Montreal since the construction of the Olympic Stadium will come to a close in the coming days when Premier Jean Charest decides where to build the second of two mega hospitals that will shape the future of Quebec's health-care system.
The site of the English-language McGill University Health Centre has long been chosen. The decision on where to build the French-language hospital, the Centre hospitalier de l'Université de Montréal, has turned into a bitter battle between big business and patients-rights groups. It has driven a wedge through an already deeply divided Liberal government.
"There is only one lobby here and that's the patients' lobby," an exasperated Jean Charest said last week.
But behind the scenes, Mr. Charest was siding with Liberal-friendly business leaders. Even his staff was busy arm-twisting Liberal caucus members to keep a united front and remain loyal to their leader.
Meanwhile, some senior cabinet ministers were poised to dig in their heels, fearing that siding with the business lobby on the issue could turn into a huge vote loser.
The total cost of the two super-hospitals is estimated at between $2-billion and $3.1-billion, depending on which French-language hospital project is approved.
Much is at stake for corporate leaders. They are hoping to cash in on the development of private clinics and laboratories and on land development at their preferred site, on the outskirts of the downtown core, at the former Canadian Pacific rail yard in Outremont.
Pitted against them are patients-rights groups and social activists who want the hospital built downtown, on the site of the current St-Luc hospital, They argue it would be more accessible for the francophone population.
Those groups contend that the decontamination of the CP rail yard would be too costly, a claim supported in a report tabled last fall by former premier Daniel Johnson.
Even Ottawa refused to carry the cost of the decontamination after the local MP and Transport Minister Jean Lapierre publicly supported the Outremont site. "It is not our responsibility," Mr. Lapierre told TVA television.
Last year, Mr. Johnson and former prime minister Brian Mulroney recommended that the French-language facility be built at St-Luc hospital.
That didn't stop an influential business lobby group made up of almost 30 past and present corporate executives, such as pharmacy empire owner Jean Coutu, from publishing a letter in the Montreal daily La Presse urging the government to consider the "powerful economic development lever" the Outremont site could offer as a vital magnet for the health industry.
Business leaders have their sights on public-private partnerships in the health-care sector and the profits they could generate.
Leading the pack was the influential Desmarais family, including Paul Desmarais, founder of Power Corporation, which controls La Presse newspaper.
Mr. Desmarais met with Quebec Health Minister Phillippe Couillard as he lobbied in favour of the Outremont site. He was also reported to be involved in the talks with CP to sell the rail yard to the University of Montreal.
Power Corporation also owns Great-West Life Insurance Company, whose subsidiary GWL Inc. real estate consulting firm expressed an interest in bidding for the management and maintenance of both hospitals. GWL is part of a consortium that included the engineering firm SNC-Lavalin, another company that has expressed interest in public-private partnerships in government projects.
Hélène Desmarais, wife of Power Corporation president Paul Desmarais Jr., led the charge in favour of the Outremont site and helped persuade business leaders to support her efforts. Their chief spokesperson, University of Montreal rector Robert Lacroix, has promoted a grandiose plan for a "health care technopolis" on the Outremont site that seduced many faculty members.
The assistant dean of the university's faculty of medicine, Dr. Guy Breton, is a shareholder in a private radiology clinic near the rail yards that could profit from the Outremont site. Groupe Jean Coutu is a shareholder in the same clinic.
The public grew increasingly skeptical when Mr. Charest commissioned two former top executives from the engineering firm SNC-Lavalin to re-examine the feasibility of the Outremont proposal. Last week, Guy Saint-Pierre and Armand Couture tabled a report, which, according to Le Devoir newspaper, recommended building the hospital on the Outremont site. After meeting with Mr. Charest last week, Mr. Saint-Pierre and Mr. Couture drove away in their black Lincoln limousine, refusing to answer reporters' questions.
Some members of the University of Montreal hospital centre board of directors said it's time to lift the veil of secrecy from the five feasibility reports that have cost more than $38-million since 2001. They're pressing for a full public debate to be held as soon as possible.
"We haven't seen all the studies. We are told they won't be made public until the decision is taken," hospital board member Marc Laviolette said. "We are talking about huge amounts of public money. Yet all we know is that four of the five reports recommend the St-Luc site."
Mr. Laviolette and Jean-Marie Dumesnil, hospital board patients-rights representative, said they support the St-Luc site. And they have the backing of a majority of Montrealers, according to recent public opinion polls.
They said they fear that the Liberal government will bow to the business lobby against the will of the majority.
"The friends of the Liberal party are conducting a massive lobbying campaign. . . . They are not considering the needs of the patients," Mr. Laviolette said.
Fearful of a public backlash, Montreal-area Liberal caucus members will meet today with hospital officials and Mr. Lacroix to consider the pros and cons of both sites. They will then vent their concerns at a caucus meeting this week before Mr. Charest's cabinet debates the issue.

L'emplacement du nouveau CHUM
Un CHUM à Outremont: pas avant 2013
Kathleen Lévesque
Le Devoir mardi 8 février 2005
Le processus de modification du zonage retarderait le projet de près de deux ans
L'échéancier de 2010-2011 pour l'ouverture du CHUM ne pourra être respecté s'il est construit à Outremont. Compte tenu des modifications de zonage nécessaires, ce sont des retards de près de deux ans que pourrait subir le projet.
Le gouvernement de Jean Charest n'ignore pas les problèmes de zonage qui pourraient le conduire à inaugurer le CHUM seulement en 2013. Les experts Armand Couture et Guy Saint-Pierre s'en inquiètent dans leur rapport remis jeudi dernier au premier ministre et au ministre de la Santé, Philippe Couillard. «Le site Outremont présente des difficultés particulières lors de l'assemblage du site et du zonage», a constaté Le Devoir à la lecture du document. MM. Couture et Saint-Pierre précisent même que, pour aller de l'avant, le gouvernement devra obtenir un «engagement» de la Ville de Montréal pour modifier le zonage tout en permettant la construction du CHUM dans les délais.
Or, comme l'a appris Le Devoir de sources municipales et gouvernementales, pour voir le jour, la technopole de la santé et du savoir telle que proposée par l'Université de Montréal doit traverser un minimum de dix-huit mois en procédures réglementaires municipales. Et c'est sans compter la préparation des plans détaillés du projet avant que la demande d'un changement de zonage ne soit acceptable pour la Ville de Montréal.
Outre cet aspect technique, le dossier soulève des problèmes de démocratie locale. Normalement, une modification de zonage prend le chemin de l'arrondissement concerné. La Charte de Montréal prévoit toutefois des exceptions (article 89) notamment lorsqu'il s'agit d'un équipement collectif d'importance comme un hôpital. Il y a alors centralisation du dossier ce qui implique une consultation publique menée par l'Office de consultation publique de Montréal.
Ce processus n'est pas plus rapide, puisque, dans le dossier du CHUM, six arrondissements devraient être interpellés. C'est autant de priorités locales qui pourraient s'entrechoquer. De plus, il y a une campagne électorale qui se prépare à Montréal, et le CHUM pourrait ainsi devenir un enjeu.
Quatre arrondissements sont limitrophes à la cour de triage. Il s'agit d'Outremont, où le maire Stéphane Harbour, qui est aussi responsable de l'urbanisme au comité exécutif de Montréal, a affirmé sa préférence pour le 1000 Saint-Denis, des arrondissements Rosemont-Petite-Patrie, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension ainsi que Mont-Royal qui redeviendra une municipalité à compter du premier janvier prochain. D'ailleurs, la mairesse de Mont-Royal, Suzanne Caron, s'est prononcée contre le projet d'Outremont. Il faudrait également prendre en compte les arrondissements de Côte-des-Neiges et Plateau-mont-Royal qui sont indirectement touchés par le projet.
Il semble que le ministère des Affaires municipales se soit penché sur la possibilité que Québec adopte une législation pour accélérer une décision favorable à Outremont. Mais cette voie équivaudrait à bâillonner la population ce qui pourrait avoir des répercussions politiques. Ce qui n'enchante en rien le gouvernement dont la popularité est très largement malmenée.
En comparaison, une décision qui entraînerait l'émission d'un permis de construction pour le projet du 1000 Saint-Denis (la rénovation de l'hôpital Saint-Luc et l'érection d'un bâtiment neuf juste derrière) pourrait être obtenue d'ici à la fin de l'année. Un seul arrondissement est concerné par le projet qui fait déjà faire consensus dans la communauté.
Plaidoiries
Les deux projets ont été présentés hier à une vingtaine de députés et ministres libéraux de Montréal, de Laval et de la Montérégie réunis pour l'occasion à l'UdeM. Le directeur général du CHUM, le Dr Denis Roy, et le recteur de l'UdeM, Robert Lacroix ont successivement plaidé leur cause devant les députés qui ont refusé d'émettre quelque commentaire que ce soit.
Après plus de trois heures, le député de Verdun, Henri-François Gautrin, est sorti de cette séance d'information en soutenant que lui et ses collègues avaient besoin de temps pour revoir certains aspects du dossier. C'est la sécurité du projet Outremont qui est au coeur des préoccupations. En achetant la cour de triage, l'UdeM a obtenu l'engagement du Canadien Pacifique que le transport des matières dangereuses serait déplacé.
Mais il semble que le recteur Lacroix n'ait pas su convaincre les députés libéraux. M. Gautrin veut voir les études réalisées sur la question et que M. Lacroix n'avait pas apportées avec lui. «Ça va être fondamental. Y a-t-il un risque pour la population?», s'est interrogé le député.
Du coup, la décision gouvernementale pourrait être retardée le temps que les libéraux prennent connaissance de la documentation. «Il faut faire un choix rationnel. [...] C'est un choix pour le XXIe siècle», a rappelé M. Gautrin.
Ce dernier a également donné l'assurance que «le caucus sera solidaire derrière» Jean Charest. «Le premier ministre a la stature pour prendre la meilleure décision pour le Québec», a ajouté M. Gautrin.
Serrer les rangs apparaît d'autant plus important qu'un affrontement majeur se prépare entre M. Charest et le ministre de la Santé. Comme le révélait samedi Le Devoir, Philippe Couillard pourrait aller jusqu'à remettre sa démission si Jean Charest décidait d'imposer le projet d'Outremont fortement appuyé par un lobby des affaires et de la finance.
Les principaux promoteurs des projets du 1000 Saint-Denis et d'Outremont montrent, pour leur part, des signes d'impatience devant ces signes de haute voltige politique. À la sortie de la rencontre, le Dr Roy a dit être «fatigué de la tournure des événements». Robert Lacroix semblait tout aussi las. «C'est assez!», a-t-il laissé tomber.
Le dossier doit être discuté lors du prochain caucus général des libéraux. En fin de journée hier, rien n'était décidé quant à la possibilité de tenir une assemblée d'ici à la prochaine réunion du Conseil des ministres, mercredi matin.
D'ici là, les députés auront beaucoup de pain sur la planche afin de se forger une idée claire. Outre la question de la sécurité pour Outremont, les coûts des projets soulèvent des questions.
Sur ce point, le rapport Couture-Saint-Pierre estime que les projets du 1000 Saint-Denis et d'Outremont sont comparables (1,35 milliard de dollars) pour ce qui est de la construction du CHUM. La différence importante provient entre autres du développement d'un campus universitaire à côté du CHUM. Avec la technopole, la facture d'Outremont atteint les deux milliards.
«Le projet pourrait être construit et financé comme un projet distinct dont le mandat pourrait être confié à un promoteur sous forme de projet "clé en main", en partenariat public-privé ou à une entité publique comme la SITQ [Société immobilière Trans-Québec] ou la CHQ [Corporation d'hébergement du Québec]», peut-on lire dans le rapport Couture-Saint-Pierre.
Les deux experts recommandent d'ailleurs la création d'un bureau de gérance qui contrôlerait les coûts.

L'emplacement du nouveau CHUM
CHUM à Outremont : Charest veut s'assurer l'appui d'une majorité de ministres
Denis Lessard
La Presse mardi 08 février 2005
Couillard ne compte pas démissionner
Québec - Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, n'a pas l'intention de démissionner en raison du choix du site du futur CHUM à Montréal, a fait savoir hier son porte-parole. Et cela même si, depuis vendredi dernier, le cabinet du premier ministre Charest a travaillé à isoler son ministre qui refuse toujours de cautionner le choix d'Outremont.
Des sources au sein du gouvernement comme du caucus ont indiqué que le chef de cabinet de M. Charest, Stéphane Bertrand, avait passé plusieurs coups de fil en fin de semaine pour s'assurer de l'appui d'une forte majorité de ministres au projet d'Outremont. Le cabinet de M. Charest " veut mettre dans le coin " le ministre Couillard, expliquait hier une source qui réprouvait ce genre d'intervention.
En dépit des confidences d'élus, M. Bertrand a soutenu, par l'entremise de l'attachée de presse, ne pas avoir fait de coups de fil liés au dossier du CHUM. Ces mêmes sources indiquent que M. Charest, depuis la catastrophe des écoles juives, s'est lancé dans une opération de réconciliation avec les députés, irrités d'avoir été laissés-pour-compte.
Au moins deux réunions d'une demi-douzaine de députés ont eu lieu à la résidence de M. Charest, à Québec, la semaine dernière. D'autres rencontres sont prévues à Montréal cette semaine.
En dépit des indications de l'entourage du premier ministre fournies la semaine dernière à La Presse et à la Presse Canadienne, rien n'était prévu pour la tenue d'un caucus extraordinaire sur cette question avant le Conseil des ministres de demain. M. Charest avait promis que l'ensemble des députés et le Conseil des ministres seraient consultés sur le choix du site avant qu'une décision soit annoncée. Mais techniquement, " une décision ne peut être annoncée cette semaine ", indique-t-on.
Démission de Couillard
Au cabinet du ministre Couillard, hier, on niait catégoriquement la manchette du Devoir, qui, samedi, soutenait que le ministre Couillard pourrait démissionner sur cette question. " C'est faux de dire qu'il pourrait démissionner, il n'a pas l'intention de faire ça. Il est ministre de la Santé et a l'intention de le rester ", a affirmé Cathy Rouleau, son attachée de presse.
Le ministre Couillard n'était pas présent aux présentations d'hier matin à l'Université de Montréal. " Il n'avait pas besoin d'une autre présentation, il les avaient déjà eues ", a-t-on expliqué. Monique Jérôme-Forget, qui fait partie des partisans du centre-ville, était absente elle aussi.
Les députés ont eu droit aux présentations des partisans d'Outremont et de Saint-Luc. Un député a observé que Robert Lacroix, le recteur de l'Université de Montréal, est resté évasif quand on lui a demandé qui prendrait la facture de décontamination du terrain de la gare de triage, 22 millions de dollars, et sur le coûts des infrastructures nécessaires à la réalisation de ce projet.
Ces présentations aux députés, " vont dépolariser l'approche ", espérait hier un cadre du PLQ. Un proche de M. Couillard indique que celui-ci est ulcéré par l'ensemble de la gestion de ce dossier, et est " en grande réflexion " actuellement.
Le rapport des sous-ministres évoqué par La Presse en décembre était clairement favorable au choix de Saint-Luc. Or, le conseil exécutif, le ministère de M. Charest, était parfaitement au courant des discussions chez les sous-ministres. Sans mise en garde, les sous-ministres, dont Roberto Iglesias, le bras droit de M. Couillard, ont signé un rapport mettant de côté Outremont.
Les édifices destinés aux facultés dans le projet d'Outremont coûteraient 700 millions. Or, rien n'est prévu aux plans triennaux d'immobilisation du réseau de l'enseignement. La facture de la décontamination du terrain d'Outremont reste également un problème.
Le choix d'Outremont va à l'encontre du regroupement des hôpitaux universitaires et d'une loi qui préconise que les soins de santé soient donnés le plus près possible des clientèles. Le choix d'Outremont met en péril Saint-Luc et l'Hôtel-Dieu, explique-t-on en coulisses.
Autre source profonde d'irritation de M. Couillard, l'ancien premier ministre Brian Mulroney aurait subitement repris du service dans ce dossier. Lui qui avait signé au printemps 2004 un rapport favorisant le centre-ville serait désormais enclin à favoriser Outremont, indique-t-on. Il n'a pas rappelé à La Presse hier.

L'emplacement du nouveau CHUM
La paix au CHUM
André Pratte
La Presse mardi 08 février 2005
Éditorial - Le gouvernement Charest décidera prochainement de l'emplacement du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal. Quelle que soit sa décision, nous invitons dores (sic) et déjà toutes les personnes impliquées à s'y rallier.
Contrairement à ce que le caractère extraordinairement émotif et démagogique de ce débat a laissé croire, le CHUM peut être une réussite sur un site ou sur l'autre. Le projet n'aurait pas la même envergure sur le site Saint-Luc, ce qui nous fait préférer le projet Outremont, en autant qu'il soit réalisable du point de vue budgétaire et sécuritaire. Mais cela ne signifie pas que, construit au 1000, Saint-Denis, le CHUM ne pourrait pas être un hôpital universitaire de premier niveau. Chose certaine, pour que le projet réussisse, sur un site ou sur l'autre, il faudra que les fonctionnaires, les médecins, les gens d'affaires, l'Université de Montréal et la direction du CHUM travaillent main dans la main.
Cette nécessaire bonne entente, qui existait il y a quelques mois, a été grièvement mise à mal par la conflagration des dernières semaines. Les échanges d'arguments ont cédé le pas à la méfiance, aux procès d'intention, aux manoeuvres sournoises, aux conflits de personnalités et d'ambitions, le tout exacerbé par un intérêt médiatique considérable.
Le premier ministre, Jean Charest, n'avait pas tort vendredi de déplorer le " délire " des médias dans ce dossier. Mais son gouvernement est en bonne partie responsable de ce climat de rumeurs et de suppositions: c'est ce qui arrive lorsqu'un dossier aussi sensible est traité dans la clandestinité.
Nous pensons toujours qu'avant de prendre une décision finale, le gouvernement devrait publier toutes les études faites sur la question, de sorte qu'un débat public informé- l'adjectif est important- puisse avoir lieu. Comment peut-on se faire une idée au sujet des deux projets lorsqu'on ne dispose pas d'une évaluation précise et indépendante des coûts de chacun? Comment peut-on être rassuré sur les risques que pourrait comporter le transport ferroviaire sur le site Outremont si l'étude de SNC-Lavalin sur la question reste secrète?
À l'heure actuelle, la légitimité même du processus menant à la décision est contestée, de sorte que les perdants auront bien du mal à accepter le résultat. Ils risquent même de vouloir poursuivre la bataille; ce serait le pire scénario. Une habile guérilla pourrait retarder de plusieurs années la construction du nouveau CHUM. Personne ne profiterait d'un tel retard, surtout pas les malades.
Si le gouvernement décide de trancher dans les prochains jours- et il y a certainement des avantages à une décision rapide- chacun aura le devoir de se rappeler l'essentiel. L'essentiel, c'est que la médecine montréalaise francophone se dote d'un centre hospitalier universitaire de pointe, qui offrira aux patients les meilleurs traitements disponibles, tout en favorisant un enseignement efficace et une recherche d'avant-garde. L'importance de cet objectif exige qu'une fois la décision prise, les parties fassent la paix.
