Charest confie qu'il préfère Outremont

Denis Lessard
La Presse mercredi 9 février 2005

L'emplacement du CHUM, un dossier "contaminé", dit-il

Québec - Le dossier du choix d'un emplacement pour le futur hôpital universitaire de Montréal est " contaminé " depuis l'intervention publique des gens d'affaires en faveur d'Outremont, selon le premier ministre Jean Charest.

Ces pressions publiques ont mis dans l'embarras le gouvernement Charest qui risque désormais d'avoir l'air de favoriser un projet piloté par l'establishment financier montréalais, a-t-il confié lors d'une réunion secrète lundi soir, à Montréal, où il avait convié une dizaine de députés.

Dans ces longs échanges, le premier ministre a volontiers battu sa coulpe, dit-on, quant aux déboires nombreux de son gouvernement- et alléché ses convives en évoquant un remaniement ministériel. Il a eu un sourire entendu quand un député a lancé une blague acérée à l'endroit du titulaire de l'Éducation, Pierre Reid, absent de la rencontre.

Toujours dans la salle du restaurant du Cercle universitaire, rue Mansfield, M. Charest a joué de prudence et insisté sur le fait qu'il jugeait " intéressant " le projet de l'Université de Montréal. La question est " importante pour l'avenir du Québec ", aurait-il renchéri, et il n'a, dit-on, soufflé mot de l'autre site envisagé à l'hôpital Saint-Luc. " Il a été subtil, mais si on écoute ses commentaires, il est favorable à Outremont ", a-t-on résumé. Ce dossier du choix du lieu du futur hôpital est désormais " contaminé ", a-t-il laissé tomber. M. Charest aurait souligné que les gens d'affaires ont fait une erreur en concoctant une pétition en faveur du projet de l'Université de Montréal: ce geste rend la décision plus difficile à prendre pour son gouvernement.

Des sources fiables ont indiqué à La Presse que l'adjoint parlementaire du premier ministre, Henri-François Gautrin, le député de Verdun, s'est dit plutôt favorable au projet d'Outremont dans la mesure où on pouvait donner une réponse aux questions touchant la sécurité et l'échéancier.

Lucie Charlebois, députée de Soulanges, semblait pencher pour Outremont. Mal en point physiquement, Bill Cusano, de Viau, était ambivalent, tout comme Russel Copeman, de Notre-Dame-de-Grâce.

D'autres députés, Bernard Brodeur, de Shefford, et Vincent Auclair, de Vimont, penchaient pour le centre-ville.

Sauver la face de Couillard

Des sources fiables ont révélé à La Presse que, dans l'entourage du premier ministre Charest, on estimait être parvenu à trouver un moyen pour que le ministre de la Santé, Philippe Couillard, sauve la face et favorise finalement le projet du CHUM à Outremont.

" On cherche une façon d'en arriver à une décision, on n'a pas à commenter les choses qui peuvent se passer... le dossier n'est pas en arrêt... " a répliqué l'attachée de presse du ministre Couillard, Cathy Rouleau.

Des sources influentes au PLQ confiaient hier qu'on avait trouvé " un processus " qui satisferait le ministre récalcitrant. Curieusement, dans l'entourage de M. Charest, on laissait entendre que la question du CHUM serait abordée au cours de la réunion du Conseil des ministres aujourd'hui. Or, le ministre Couillard, retenu en commission parlementaire, brillera par son absence. La présence de M. Couillard à cette commission était prévue depuis décembre.

Ce sera au ministre Couillard de déposer un mémoire pour donner le feu vert au projet quand le lieu sera choisi.

Marois pour Outremont

Par ailleurs, Pauline Marois, aspirante à la direction du Parti québécois, a révélé hier qu'elle favorisait le projet de l'Université de Montréal, tant elle est persuadée que l'autre lieu examiné, près de l'hôpital Saint-Luc, était le pire des scénario. Le 1000, Saint-Denis, avait été repoussé par le gouvernement du Parti québécois à l'époque parce qu'il était trop enclavé et que les perspectives de développement étaient trop limitées, a fait valoir l'ex-ministre de la Santé, en marge d'une commission parlementaire où témoignait le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix.

Mme Marois préférerait encore davantage le 6000, Saint-Denis, l'emplacement dans la circonscription péquiste de Gouin pour lequel avait opté le gouvernement Bouchard à l'époque. " Je n'ai jamais compris pourquoi on avait choisi de tasser ce site ", a souligné Mme Marois, Selon elle, le gouvernement devrait enclencher un débat public pour jeter plus de lumière dans ce dossier.

Sa collègue Louise Harel, critique du PQ à la Santé, demande que Québec revienne au terrain de Rosemont pour lequel les plans fonctionnels et techniques sont prêts. Selon elle, ce n'est que pour pouvoir imposer ses vues à ses ministres et envoyer le CHUM à Outremont que M. Charest a reporté son remaniement. " Un ministre en sursis, ce n'est pas un ministre disposé à contredire son premier ministre. "

Rapport

Quant au rapport préparé par Guy Saint-Pierre et Armand Couture, un " sommaire exécutif " montre qu'il est sans ambiguïté en faveur du projet d'Outremont qui offre " le site optimal par sa superficie suffisante et par sa synergie avec les activités universitaires ".

Les deux experts soulignent que " malgré les opinions d'intervenants qui considèrent le site d'Outremont décentré par rapport aux besoins de proximité, la présente analyse conclut que les besoins de proximité sont desservis correctement par le projet à l'étude ". " Avec un hôpital universitaire de 700 lits et un hôpital général de 300 lits au site de l'hôpital Notre-Dame, les besoins hospitaliers de la population seront satisfaits ", poursuit-on.

En outre, " compte tenu des engagements " entre l'Université et le Canadien Pacifique, " le site Outremont est acceptable du point de vue de la sécurité ".

Pour le comité, les deux hôpitaux à Saint-Luc ou à Outremont coûteraient grosso modo la même chose: 1,35 milliard. " Le site Outremont ne coûtera pas plus cher tout en présentant des risques moindres liés aux imprévus et à la complexité de la réalisation du projet ", a-t-on indiqué.

Outremont toutefois présente " des difficultés particulières lors de l'assemblage du site et son zonage ".

Le comité relève aussi que le choix de Saint-Luc présente des coûts importants de transition. Au centre-ville, la construction souterraine présente un risque " de moyen à élevé ". Le terrain d'Outremont comporte les risques inhérents à tous ces grands projets.

Autre critère de choix, le projet du 1000, Saint-Denis, " exigera une période d'environ cinq ans de construction sur un site en opération ", un handicap que n'a pas le projet d'Outremont.




Saint-Luc jusqu'à preuve du contraire

Yves Boisvert
La Presse mercredi 9 février 2005

Quand Brian Mulroney et Daniel Johnson ont remis leur rapport sur l'implantation des nouveaux hôpitaux universitaires de Montréal, l'an dernier, ce devait être la fin de cet interminable débat.

Jean Charest avait mandaté deux anciens premiers ministres pour mettre un terme à ce psychodrame urbanistico-médical. Leur conclusion pour l'hôpital francophone: il fallait agrandir l'actuel hôpital Saint-Luc.

L'autre concurrent principal, à l'époque, était le site choisi par le gouvernement de Lucien Bouchard, le 6000, Saint-Denis. Pourquoi avait-on choisi cet endroit? D'abord parce qu'on envisageait, à l'époque, de construire entièrement à neuf. Il a été question, à un certain moment, d'un hôpital de 1000 lits. Si le but de l'opération était de doter Montréal d'un hôpital ultramoderne jumelé à l'université, il était évident pour bien des gens qu'il fallait partir à zéro, non pas retaper ce qui existait déjà.

Sauf qu'on s'est vite rendu compte, à Québec, qu'on se dirigeait vers une Gaspésia de la santé. Les projections de coûts grossissaient à vue d'oeil et la chicane dans le milieu médical montréalais, fusionné de force, elle aussi. D'où la commission Mulroney-Johnson.

Quels étaient les arguments de Mulroney et Johnson pour rejeter le projet du 6000, Saint-Denis?

D'abord les coûts. Ensuite la sécurité. Saint-Luc était un pis-aller, justifié largement par le " cadre financier " imposé par Québec. Le projet venait de rapetisser sacrément: on ne parlait plus de 1000, ni même de 800 lits, mais de 550. Avec 150 autres à Notre-Dame.

À côté du site unique, et bâti à neuf, de l'hôpital anglophone, ça faisait pas mal ordinaire.

Deuxième argument: la sécurité. Il fallait décontaminer le site du 6000 Saint-Denis, plein d'huiles et de déchets, avant de construire- ce qui faisait partie des coûts cachés. Et puis, il y avait ces wagons qui transportent, tout près, des matières dangereuses.

Dès que le rapport a été déposé, l'Université s'est activée pour présenter un nouveau projet. C'est celui, présenté l'automne dernier, de la gare de triage d'Outremont. Pas mal plus ambitieux, il comprend la construction d'un campus universitaire.

Nous voici donc avec un nouveau dilemme: Saint-Luc ou Outremont.

Si j'arrive ce matin de Bulgarie méridionale, et il fait bon d'arriver de Bulgarie méridionale, certains matins de smog politique où l'air est figé, si j'arrive de nulle part, donc, c'est-à-dire si j'ignore tout le très subtil et exquis sous-débat gauche-droite, CSN-Power Corporation, Vertu-Cupidité et autres classiques de la politique montréalaise, et que je regarde les deux projets, sur papier, il est évident que le projet d'Outremont est plus intéressant, plus ambitieux, moins provincial, bref, plus excitant. Pourquoi devrait-on se contenter de demi-mesures? C'est ce que je pense depuis le début.

Mais il y a un maudit problème. Et tant qu'il ne sera pas résolu, le site d'Outremont n'est pas acceptable.

Le problème, ce n'est pas la menace de " privatisation " ou les " intérêts financiers ". Si Québec veut faire des PPP, il en fera à Saint-Luc comme à Outremont. Le mode de gestion de l'hôpital, le modèle de construction, tout ça n'a rien à voir avec le site. Arrêtons de déconner. Ceux qui font de l'urticaire avec les cliniques privées devraient peut-être arriver en ville. Il y en a partout, et il y en aura plus, quel que soit le site. Les " intérêts financiers ", ça se déménage! Déjà, je rappelle que dans les plans du CHUM à Saint-Luc l'an dernier, donc bien avant ce débat, les mêmes qui s'opposent à Outremont avaient planifié uniquement des chambres privées- contrairement au site anglophone- notamment pour des motifs de rentabilité.

Non, le problème est plus bête. Il y a moins d'un an, Mulroney et Johnson sont venus nous dire que le 6000, Saint-Denis ferait défoncer le cadre budgétaire ET présentait des problèmes de sécurité publique.

Les mêmes problèmes, en pire, se présentent à la gare de triage Outremont: décontamination, transport de matières dangereuses, et risque d'explosion des coûts pour mille raisons.

Normalement, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si le 6000, Saint-Denis n'était pas envisageable, ce n'est pas parce que le projet n'était pas valable. C'est qu'il soulevait trop d'objections.

Que l'Université revienne des mois après ce rapport " final " avec un projet plus ambitieux encore, fort bien. Qu'elle le fasse à la onzième heure, O.K. Avec le soutien du " lobby des affaires ", comme on dit? Dérange pas.

Mais à l'heure qu'il était, l'automne dernier, et à l'heure qu'il est, le fardeau de la preuve repose sur ceux qui veulent promouvoir Outremont, aussi magnifique soit-il. Et ils ne s'en sont pas déchargés.

Il n'est pas acceptable, par exemple, qu'on se contente de diffuser les conclusions d'une étude sur la sécurité, et qu'on refuse d'en diffuser le contenu. Dans le contexte de la guerre d'experts qui sévit depuis des années- mon étude est plus grosse que la tienne!- on ne peut pas se contenter de demander un acte de foi à la population.

De deux choses l'une. Ou bien on considère l'opinion publique totalement dépassée par ce débat, plutôt ennuyeux avouons-le, et alors il n'est même pas nécessaire de faire des conférences de presse. Ou bien on tente de convaincre l'opinion publique, et alors on dépose sur la table toutes ses cartes. Franchement.

En attendant, les doutes sont partout et les réponses, trop partielles. Depuis longtemps, en effet, le débat n'est plus scientifique et médical. Il est politique. Ce qui suppose une stratégie de communication et de conviction, surtout quand on arrive en dernier, le plus cher.

Il semble assez évident que le ministre de la Santé lui-même est partisan du projet Saint-Luc- amélioré depuis Mulroney-Johnson. À quoi sert un ministre de la Santé s'il n'a pas la confiance de son premier ministre sur un dossier semblable?

Même après la séance de briefing de lundi, où les partisans de Saint-Luc (la direction du CHUM) et d'Outremont (le direction de l'université) ont présenté leur projet, les députés libéraux paraissaient médusés. Trop de questions sans réponses sur le projet d'Outremont, disent-ils. Ils ont raison.

C'est pour cela que, dans l'état actuel des choses, tant que les objections fondamentales n'auront pas été écartées, malgré tout ce que peut apporter à Montréal cette " technopole du savoir ", nous sommes un grand nombre à préférer risquer de nous tromper avec Philippe Couillard à Saint-Luc que d'avoir raison avec Jean Charest à Outremont.




CHUM: Marois en faveur d'Outremont - Le PQ aussi est divisé

Lévesque, Kathleen; Chouinard, Tommy
Le Devoir mercredi 9 février 2005

Québec - Un appui inattendu en faveur du site d'Outremont vient causer toute une surprise dans la saga du CHUM. Pauline Marois, députée péquiste et ancienne ministre de la Santé, est en effet favorable au projet d'implantation du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) dans la gare de triage d'Outremont. Le gouvernement Charest ferait une erreur, selon elle, en optant pour le site du 1000, rue Saint-Denis.

C'est la toute première fois qu'un député du Parti québécois appuie ouvertement le projet de technopole de la santé et du savoir présenté par le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix. Cette prise de position de Pauline Marois provoque une onde de choc au PQ. La critique péquiste en matière de santé, Louise Harel, juge la sortie de sa collègue «totalement inappropriée».

Certes, Pauline Marois déplore que le gouvernement ait décidé de ne pas ériger le futur CHUM au 6000, rue Saint-Denis, le site qu'elle avait choisi à titre de ministre de la Santé en janvier 2000 et qui reste toujours à ses yeux «l'endroit idéal». Mais, entre le site d'Outremont et celui du centre-ville, «le gouvernement devrait opter pour le site d'Outremont», a affirmé Mme Marois à quelques journalistes, hier.

Lorsque le gouvernement péquiste avait étudié les sites d'implantation d'un nouveau CHUM à la fin des années 90, celui du centre-ville, à l'hôpital Saint-Luc, «avait été mis de côté parce qu'il était l'un des endroits les moins intéressants», a révélé Pauline Marois, qui connaît le dossier de «fond en comble». Le gouvernement péquiste s'était penché sur une dizaine de sites potentiels.

«Saint-Luc est enclavé et limité dans son développement. Il a peu de capacités de se redéployer. Et ça exigera qu'on ferme l'hôpital pendant les travaux de construction», a-t-elle souligné. La députée de Taillon a noté que la réfection de vieux édifices peut causer bien des «surprises» et, en fin de compte, faire grimper la facture totale d'un projet. «On sait où on commence, mais on ne sait pas où on termine», a-t-elle résumé.

Un CHUM à la gare de triage d'Outremont serait, selon elle, un «projet majeur» qui permettrait de réunir de façon efficace, sur un seul site, les fonctions d'enseignement, de recherche et de services hospitaliers. Interrogée sur les coûts plus élevés du projet de technopole - deux milliards de dollars -, la député péquiste a semblé peu préoccupée et a répondu qu'il faut voir ce type d'investissement à long terme.

Pauline Marois juge que le gouvernement Charest fait preuve d'amateurisme dans ce dossier. «La meilleure façon de sortir de cette impasse est de mettre sur la table toutes les données, de procéder à un débat public, pour ensuite prendre la décision», a-t-elle souligné.

Harel est surprise

En plus du gouvernement Charest, le choix d'un site pour le futur CHUM provoque maintenant la division au sein des troupes péquistes. La critique en matière de santé, Louise Harel, s'est dite surprise des déclarations de sa collègue. Pauline Marois est isolée, selon elle, puisque les députés péquistes ont convenu de n'appuyer aucun des deux projets étudiés par le gouvernement. «On n'a pas toute l'information. On n'a pas de réponses à nos questions. Alors, on ne peut tirer à pile ou face entre les deux sites», a-t-elle lancé, soulignant que le gouvernement refuse de rendre publics bon nombre de rapports sur la question. D'après Mme Harel, Pauline Marois a arrêté son choix «à l'aveuglette».

La députée d'Hochelaga-Maisonneuve refuse d'envisager un autre site que celui choisi par son parti en 2000, le 6000, rue Saint-Denis. «Je ne comprends pas les déclarations de Mme Marois. Elle est dans l'opposition officielle. Elle a la responsabilité de l'éducation. J'ai, moi, la responsabilité de la santé. Et j'ai l'appui de mes collègues sur les positions que j'exprime», a-t-elle affirmé.

En janvier, le chef du Parti québécois, Bernard Landry, s'était toutefois montré plutôt favorable au projet d'Outremont. Il avait affirmé que, puisque la construction sur le site du 6000, rue Saint-Denis n'a jamais débuté et qu'on «ne peut pas vivre l'histoire à l'envers», on doit maintenant étudier les projets actuels selon leur mérite. «[Outremont] est un projet qui peut être bon mais qui, pour l'instant, est très divisif. [...] Nous, on a toujours dit qu'il faut 700 lits sur un seul site. Et pour le reste, on est ouverts à toutes les discussions», avait-il déclaré.

Par ailleurs, autre preuve que le dossier du CHUM provoque la division, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, a tenu une conférence de presse, hier, pour donner son appui à la proposition du centre-ville, la seule capable de créer un consensus, selon elle. Elle a exhorté le gouvernement du Québec à mettre de côté les intérêts particuliers du lobby des affaires, qui privilégie le site d'Outremont.

Outremont: des inconnues

La technopole de la santé et du savoir, telle que proposée à Outremont, soulève des inconnues et, du coup, des inquiétudes quant à ses répercussions financières réelles. C'est dans ce contexte que le directeur général adjoint du comité de planification du CHUM 2010, Sylvain Villiard, montre du doigt certains trous dans l'étude de faisabilité présentée en décembre par l'Université de Montréal.

Ainsi, certains travaux n'ont pas été estimés ou l'ont été partiellement, selon M. Villiard. Ce serait le cas pour les réseaux d'aqueduc et d'égoûts. Le coût des conduits souterrains a été calculé, mais ce n'est pas le cas de l'incidence de ces changements d'infrastructure: l'alimentation en eau et les besoins en bassins de rétention. C'est la même chose pour les travaux de dynamitage, qui ne sont pas détaillés puisqu'il n'y a pas eu de prélèvements précis afin que soit établie la composition du sol. Pour les mêmes raisons, on ignore exactement quel est le coût de décontamination des terrains adjacents au CHUM, soit à l'extrême-est de la gare de triage, là où devrait s'élever le campus universitaire.

Robert Lacroix balaie du revers de la main les inquiétudes soulevées par Sylvain Villiard. «J'ai été un peu surpris que la direction du CHUM, par l'intermédiaire de M. Villiard, sorte publiquement pour tenter de dénigrer un site. Il n'y a aucun mandat du conseil d'administration à cet égard-là, puisque le conseil n'a jamais choisi un site», a-t-il lancé. M. Lacroix a précisé qu'il a remis toutes les données et tous les documents nécessaires aux experts du gouvernement, Guy Saint-Pierre et Armand Couture, qui recommandent l'implantation du futur CHUM à Outremont. «S'ils n'arrivent pas à la même conclusion que M. Villiard, peut-être que ce sont les données de M. Villiard qui ont un problème et non celles de M. Couture et M. Saint-Pierre», a-t-il dit.

Piqué au vif par la fermeté de la position du ministre de la Santé, Philippe Couillard, vraisemblablement favorable au site du 1000, rue Saint-Denis, le premier ministre s'est engagé dans une offensive auprès de sa députation. Au cabinet de Jean Charest, on a confirmé hier que le premier ministre est proche des députés et qu'il les rencontre à l'occasion. Lundi soir, M. Charest a soupé avec une dizaine de députés, avec qui «il a sûrement été question du CHUM».

Plus tôt dans la journée, une séance d'information sur les deux projets destinée aux députés de Montréal, de Laval et de la Montérégie s'est déroulée sur le terrain du promoteur d'Outremont, l'Université de Montréal. À la sortie de la rencontre, les députés ont dit vouloir prendre le temps de lire les études sur la sécurité du site d'Outremont. Il s'agirait là d'une des préoccupations majeures.

Par ailleurs, selon Radio-Canada, ce n'est pas le ministre Couillard, comme prévu, mais Jean Charest qui sera le conférencier au dîner de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, jeudi. Toujours d'après la SRC, les représentants de l'Université de Montréal ont réservé six tables pour l'occasion.




Pourquoi deux mégahôpitaux ?

Jean-Marie Latreille, Médecin spécialiste.
Le Devoir mercredi 9 février 2005

Lettres: Valleyfield, le 4 février 2005 - Depuis le début de la saga des mégahôpitaux à Montréal, j'ai été surpris par le fait que le débat a porté uniquement sur la localisation de deux centres universitaires de la santé (comme s'il allait de soi qu'il faille deux centres, un anglophone et un francophone) et non sur le problème de fond, à savoir celui-ci: avons-nous besoin à Montréal et au Québec de deux projets, et sommes-nous en mesure d'assumer financièrement deux mégacentres universitaires à la fine pointe des connaissances médicales et scientifiques actuelles et futures en tenant compte de l'inflation galopante des coûts astronomiques de l'infrastructure de tels centres?

Il est évident que le Québec ne peut se permettre qu'un seul centre universitaire de la santé à Montréal desservant l'ensemble de la communauté. Deux centres plongeront le Québec dans un gouffre financier sans précédent, une horreur dans le contexte du sous-financement chronique des soins de santé au Québec, un véritable détournement de fonds publics mettant en danger l'existence de centres hospitaliers périphériques proches et appréciés de la population qu'ils desservent et déjà soumis à des compressions budgétaires sévères.

Deux centres constitueront un désastre sur le plan social et linguistique en creusant davantage le fossé entre Montréalais et Québécois francophones et anglophones et en favorisant l'anglicisation déjà insupportable de la grande région de Montréal.

Dévastateur sur le plan social, ruinant sur le plan financier, le projet de deux centres de santé universitaires à Montréal doit être combattu énergiquement.

La création d'un seul centre permettrait de concentrer les budgets et les cerveaux garantissant le succès de l'entreprise par ailleurs vouée à l'échec dans le cas de l'éparpillement des ressources financières et intellectuelles.

Un seul centre favoriserait la cohésion des divers milieux culturels et linguistiques, le français y étant nécessairement la langue de communication générale mais dans le respect des diverses langues utilisées par les Montréalais et les Québécois. [...]




Deux projets très différents

Pascale Breton et André Noël
La Presse mercredi 9 février 2005

Malgré les apparences, un monde sépare les projets de construction des centres hospitaliers de l'Université de Montréal à Outremont et de l'Université McGill à Notre-Dame-de-Grâce et Westmount.

Dans les deux cas, le projet prévoit la construction du futur centre hospitalier dans une gare de triage, mais contrairement à celle d'Outremont, la gare de triage Glen (NDG/Westmount) n'est plus utilisée.

Autre différence importante, les voies ferrées. Le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) sera bordé au nord par une voie ferrée, mais celle-ci sert exclusivement pour les trains de passagers.

Au sud, à une distance de 300 mètres, il subsiste une voie ferrée empruntée par les wagons de marchandises du Canadien National. Une falaise sépare le futur CUSM de ces rails.

«Le risque est jugé faible en raison de la falaise, de l'autoroute 15 à proximité, de la direction des vents et de la distance des rails», a expliqué hier le planificateur en chef du projet du CUSM, Jean Dufresne.

Du côté du CHUM, le projet à la gare de triage d'Outremont prévoit que le centre hospitalier soit longé, à une distance de 100 mètres, par le train de banlieue de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) ainsi que par des trains de marchandises appartenant à la compagnie Québec-Gatineau et au Canadien Pacifique.

Environ 4400 wagons transportant des matières dangereuses longeront annuellement le terrain de l'hôpital, ce qui n'est pas le cas pour le CUSM.

Le terrain NDG/Westmount a été acquis du Canadien Pacifique en 2001 au coût de 18 millions. Seule l'AMT utilisait cette ancienne gare de triage pour entreposer ses trains de banlieue et y pratiquer des activités d'entretien et de mécanique.

Le gouvernement ayant donné son feu vert au projet du CUSM, des travaux préliminaires ont pu commencer l'automne dernier. Les rails existants ont ainsi été démantelés puis réaménagés à la gare de triage Sortin.

«Personne n'a été exproprié et personne ne le sera», a souligné M. Dufresne en précisant que c'est «le Canadien Pacifique qui a une obligation de service envers l'AMT». Ce réaménagement des rails à la gare Sortin a coûté un peu plus de six millions, dont une part de 4,6 millions a été assumée par l'Université McGill.

En ce qui a trait à l'accessibilité, une différence importante subsiste entre les projets du CUSM et du CHUM. Le terrain projeté pour la construction du futur centre hospitalier anglophone est situé à proximité de deux autoroutes. Le terrain de NDG/Westmount est bordé à l'ouest par l'autoroute Décarie et au sud par l'autoroute Ville-Marie.

À l'inverse, la gare de triage Outremont est située à bonne distance de l'autoroute Métropolitaine, la voie rapide la plus proche.

Plusieurs terrains ont été étudiés à l'époque par l'Université McGill. Pourtant, le consensus s'est établi rapidement, il y a plusieurs années déjà, en faveur de l'emplacement à NDG/Westmount, contrairement à ce qui se passe du côté des francophones.

Une longue réflexion a été nécessaire puisque le terrain NDG/Westmount présente tout de même des défis particuliers, a souligné M. Dufresne. Tout comme la gare de triage Outremont, il s'agit en effet d'un terrain enclavé, bordé notamment par une voie ferrée et une falaise qui empêche une ouverture vers les rues. «Nous avons travaillé fort pour que ça aille bien», a lancé M. Dufresne en expliquant qu'une solution est actuellement à l'étude. Cette solution consiste à élargir le boulevard Décarie et construire une bretelle d'accès pour circuler vers l'autoroute 15 et une autre pour en sortir.

Des appels d'offres sont en cours pour la décontamination du terrain estimée à environ 36 millions. Le conseil municipal de Montréal devra aussi autoriser un changement de zonage- principalement pour la hauteur des bâtiments du futur CUSM- et l'Office de consultation publique de Montréal pourrait tenir des audiences dès le mois de mai.

LES CENTRES HOSPITALIERS DES UNIVERSITÉS DE MONTRÉAL ET MC GILL

LE PROJET DE CHUM À OUTREMONT

Le projet : Une technopole comprenant un hôpital de 700 lits (+ 300 lits conservés à l'hôpital Notre-Dame), les facultés des sciences de la santé et des centres de recherche.

Le coût : 1,3 milliard selon l'Université; 1,8 milliard selon le CHUM.

Chemins de fer : La technopole sera longée par un chemin de fer utilisé par des trains de marchandises et des trains de banlieue. Un deuxième chemin de fer doit être déplacé un peu à l'est.

Matières dangereuses : 4400 wagons et conteneurs de marchandises dangereuses par année. Risque faible selon la firme SNC-Lavalin et risque élevé selon la firme Dessau-Soprin.

Coût de la décontamination : 22 à 25 millions sur la gare de triage (toujours active), coûts inconnus sur les autres terrains de la technopole.

Accès: La gare de triage Outremont est enclavée ; plusieurs rues devront être construites ou prolongées. Pas d'autoroute.

Transport en commun : Station de métro Acadie sur la ligne bleue. Il faudra acheter des wagons pour compléter les rames.

Clientèle : 60%des usagers habitent à l'est et au sud-est du site.

LE CUSM À NDG/WESTMOUNT (GLEN)

Le projet : Un hôpital de 500 lits (+ 332 lits conservés à l'Hôpital général de Montréal), l'hôpital Shriners et probablement un CHSLD. Les facultés des sciences de la santé restent au campus McGill.

Le coût : 1,1 milliard

Chemins de fer : L'hôpital sera longé par un chemin de fer utilisé seulement par les trains de passagers. Un autre chemin de fer, utilisé par des trains de marchandises, est à 300 mètres, en bas d'une falaise.

Matières dangereuses : Aucune sur le chemin de fer le plus proche. Risques faibles sur le chemin de fer situé à 300 mètres.

Coût de la décontamination : 36 millions

Accès : La gare de triage Glen (inactive) est encadrée par deux autoroutes ; une nouvelle bretelle sera construite.

Transport en commun : Station de métro intermodale Vendôme (métro + trains de banlieue) sur la ligne orange.

Clientèle : La majorité des usagers habitent Montréal-Centre.





Dossier du CHUM

Bernard Landry rabroue Pauline Marois

LCN 09/02/2005

(PC) - Le climat de tension entourant le choix du meilleur site où implanter le futur CHUM semble contagieux, au point de gagner désormais les rangs de l'opposition péquiste.

Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a ramené à l'ordre son éventuelle rivale à la direction du parti, mercredi, Pauline Marois, qui avait affiché, la veille, une position différente de celle de son équipe quant à l'emplacement idéal pour le futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

Contrairement à son chef et à la critique de l'opposition en santé, Louise Harel, la députée de Taillon a donné son appui à l'un des deux sites présentement étudiés par le gouvernement, soit le projet situé à la gare de triage d'Outremont.

Il n'en fallait pas plus pour faire bondir Mme Harel et M. Landry, d'autant plus que le sujet risque d'être abordé lors du conseil national du parti, qui se tient à Trois-Rivières, le week-end prochain.

«J'ai été très étonné» de prendre connaissance des propos de Mme Marois, a commenté M. Landry, lors d'un entretien téléphonique à la Presse Canadienne.

La sortie de Mme Marois, qui est critique de l'opposition en éducation, est «difficile à comprendre, a-t-il ajouté, et va à l'encontre de tout ce que disent les autres, dont le caucus des députés de Montréal».

De son côté, en matinée, la députée d'Hochelaga-Maisonneuve, Louise Harel, a critiqué ouvertement sa collègue, en jugeant qu'elle s'était «isolée» du caucus péquiste.

Au PQ, il n'a jamais été question d'appuyer l'un des deux sites retenus par le gouvernement pour le choix final: Outremont ou le 1000 Saint-Denis.

À défaut de privilégier le 6000 Saint-Denis - qui était le site choisi par le gouvernement péquiste et sa ministre de la Santé, Mme Marois - on demande au gouvernement de tenir une commission parlementaire, de publier toutes les études et de décréter un débat d'urgence à l'Assemblée nationale.

M. Landry devait s'entretenir avec elle en fin de journée pour obtenir des explications et lui demander de se rallier, et ainsi s'assurer que la députation présente un front uni devant les membres réunis en conseil national.

«Elle est isolée sur cette question, c'est bien certain. Le 6000 Saint-Denis faisait consensus au caucus national et au caucus de Montréal», a dit Mme Harel, mercredi matin, lors d'un point de presse.

Mme Harel considère que Mme Marois a tiré «à pile ou face», en se prononçant dans ce dossier sans avoir vu les études et rapports commandés par le gouvernement et qui n'ont toujours pas été rendus publics.

Elle rappelle que le consensus au sein de la députation péquiste dans ce dossier était toujours valable, et qu'il favorisait le site annoncé par le gouvernement précédent, du temps où Mme Marois était ministre de la Santé, soit le 6000 Saint-Denis, mis de côté depuis par le gouvernement actuel.

Mardi, lors d'un point de presse, Mme Marois avait donné son appui au projet du CHUM à Outremont, convaincue que l'autre site envisagé - le 1000 Saint-Denis où se trouve l'Hôpital Saint-Luc - était le pire de tous les scénarios envisagés jusqu'à maintenant.

«Je pense qu'Outremont pourrait être une hypothèse intéressante à évaluer et à explorer», avait-elle dit, rappelant que son premier choix demeurait le 6000 Saint-Denis.

Le site de l'Hôpital Saint-Luc avait été rejeté à l'époque par le gouvernement péquiste parce qu'il avait été jugé trop enclavé et limité dans son développement, avait-elle ajouté.




CHUM: volte-face de Charest :
Québec reporte sa décision et opte pour la transparence

Lévesque, Kathleen; Dutrisac, Robert
Le Devoir jeudi 10 février 2005

Tiraillé par les divergences de vues, le gouvernement Charest a choisi hier de reporter à une date indéterminée sa décision sur le projet de futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et d'opter pour la «transparence» en rendant publiques les études sur les deux sites concurrents, le 1000, rue Saint-Denis, et la cour de tirage d'Outremont, et en menant une consultation dont la forme n'est pas arrêtée.

C'est le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, qui a annoncé cette décision du conseil des ministres qui s'est longuement réuni hier. «C'est un changement d'orientation», a convenu le ministre après avoir assisté à une partie seulement de la réunion du conseil des ministres puisqu'il prenait part à la commission parlementaire sur le projet de 83 qu'il a déposé l'automne dernier.

La semaine dernière, M. Couillard avait affirmé que la décision sur le futur CHUM devait être prise rapidement et qu'elle le serait d'ici la fin de février. Ce ne sera pas le cas. «Depuis 1995 qu'on parle du CHUM. Deux ou trois semaines de plus, ce n'est pas nécessairement mauvais», a-t-il dit.

«Il faut élargir le débat», a soutenu le ministre Couillard, préconisant désormais la «transparence», lui qui ne voulait dévoiler aucune des études sur le 1000, rue Saint-Denis, ou sur le projet d'Outremont avant que la décision gouvernementale ne soit annoncée. Plusieurs députés libéraux de la région de Montréal, que le premier ministre Jean Charest a rencontrés lundi soir pour les convaincre des mérites du site d'Outremont, ont plutôt suggéré de tenir des consultations. Le gouvernement n'a pas décidé s'il s'agira d'une commission parlementaire ou d'un échange entre les parlementaires, les «experts» et les promoteurs des deux projets.

Jusqu'ici, les études ont été contradictoires, notamment celle de Mulroney-Johnson, sur laquelle s'était appuyé le ministre pour annoncer en juin 2004 que son choix portait sur le 1000, rue Saint-Denis, plutôt que sur le 6000, rue Saint-Denis, site préconisé par le gouvernement péquiste, et celle de Guy Saint-Pierre et Armand Couture, que le premier ministre Jean Charest a commandée et qui favorise le projet d'Outremont, défendu par le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix. «Dans la situation actuelle, c'est un peu le gouvernement qui doit justifier tel ou tel rapport. Il m'apparaît plus naturel que les auteurs en défendent les principaux tenants et aboutissants et expliquent leur position», estime le ministre.

À défaut d'avoir l'oreille du premier ministre, M. Couillard pourrait gagner la bataille des études, c'est-à-dire exposer leurs faiblesses, notamment les failles de l'étude Saint-Pierre-Couture en faveur d'Outremont.

À cet égard, selon les informations recueillies par Le Devoir, les fonctionnaires du conseil exécutif ont indiqué au premier ministre que le rapport Saint-Pierre-Couture ne permet pas de justifier une décision favorable à Outremont. Les coûts du projet d'Outremont ainsi que la sécurité du site soulèvent beaucoup trop de questions.

De fait, comme Le Devoir a pu le constater à la lecture du rapport Saint-Pierre-Couture, pour parvenir à affirmer que les projets du centre-ville et celui d'Outremont pouvaient se réaliser à coûts comparables, il a fallu que certains chiffres soient ajustés. Ainsi, une somme de 132 millions a été ajoutée aux coûts du projet pour le 1000, rue Saint-Denis, parce que les experts Couture et Saint-Pierre ont estimé que l'idée de la rénovation de l'hôpital Saint-Luc devait être écartée afin de construire un CHUM neuf.

L'analyse du rapport Saint-Pierre-Couture faite du côté du ministère de la Santé et des Services sociaux arrive aussi à la conclusion qu'il suscite surtout un malaise plutôt que d'apporter un nouvel éclairage, selon des sources bien informées. On estime que le 1000, rue Saint-Denis, constitue un projet concret alors que, du côté d'Outremont, le gouvernement se retrouve avec un concept entre les mains, sans plus.

Favorable à la tenue de consultations, le député de Jacques-Cartier, Geoff Kelly, a présenté hier les deux projets comme étant «très différents»: le 1000, rue Saint-Denis, est axé sur une mission hospitalière alors que, pour le site d'Outremont, l'aspect hospitalier fait partie d'un ensemble plus important. La question se résume à ce que, «comme société, on veut acheter», a dit M. Kelly.

À ce sujet, le ministre des Finances, Yves Séguin, a pris le parti du respect de l'enveloppe de 800 millions que le gouvernement entend consacrer au projet. M. Séguin a tenu à rappeler que le gouvernement s'était engagé à financer deux centres hospitaliers universitaires à hauteur de 800 millions chacun. «C'est notre cadre financier. C'est déjà un bel effort, et je vais surveiller à ce que ça ne dépasse pas ce cadre financier parce qu'on n'a pas les marges de manoeuvre pour en faire plus», a-t-il confié au Devoir hier.

L'Université de Montréal, qui pilote le dossier d'Outremont, a affirmé hier être favorable à la décision du conseil des ministres d'entreprendre une consultation. «Nous allons y participer», a assuré la porte-parole de l'institution, Sophie Langlois. Du côté du CHUM, la direction a préféré réserver ses commentaires en attendant que le mécanisme de consultation soit précisé.

Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a bien accueilli l'effort de «transparence» du gouvernement. Il a dit souhaiter que le débat porte également sur le 6000, rue Saint-Denis, et a noté que la tendance générale au sein de son caucus va dans le sens de cet emplacement. «J'ai été étonné de voir Mme Marois prendre une position [en faveur d'Outremont] qui risque de l'isoler.» L'opposition officielle est toutefois prête à étudier en profondeur le projet d'Outremont. «Nous ne sommes pas butés, bornés», a dit M. Landry.

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, qui soutient le projet d'Outremont, a déploré que «le premier ministre [ne soit] juste pas capable de faire passer ses décisions dans son propre conseil des ministres».

Du côté tant du président du Collège des médecins, le Dr Yves Lamontagne, que de la présidente de l'Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec, Gyslaine Desrosiers, on croit que les consultations ont assez duré et que le gouvernement doit trancher. «Gérer par consensus, c'est une illusion», a dit le Dr Lamontagne.

Hier, M. Charest, qui était attendu à Montréal pour participer à une table de discussion sur la prévention en santé à l'université McGill, s'est désisté à la dernière minute. Il devait réagir au discours d'André Chagnon, de la Fondation Lucie et André Chagnon. Paul Desmarais fils devait également être présent à cet échange mais il a également annoncé il y a quelques jours qu'il ne pouvait pas être présent. M. Desmarais, son épouse et son père sont très actifs dans la promotion du site d'Outremont.

Le premier ministre Charest doit prendre la parole devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le lundi 21 février en remplacement du ministre Couillard, qui s'est désisté.




Une commission parlementaire examinera les études sur le CHUM

Denis Lessard
La Presse vendredi 11 février 2005

Québec - Il incombera aux auteurs des nombreuses études de démontrer le bien-fondé de leurs conclusions respectives en ce qui concerne l'emplacement du futur CHUM, a soutenu hier le ministre de la Santé, Philippe Couillard.

" On veut que les coûts réels de chaque projet soient bien exposés ", a-t-il ajouté, soulignant l'aspect le plus controversé de l'étude réalisée par les spécialistes Marcel Couture et Guy Saint-Pierre, la seule à préconiser le choix de la gare de triage d'Outremont.

Le choix du lieu sera débattu en commission parlementaire, un exercice au cours duquel le gouvernement compte faire défiler tous les " experts " qui se sont prononcés jusqu'ici.

Au cabinet de M. Couillard, on confirmait en fin de journée que le principe d'une commission parlementaire était acquis après entente avec l'opposition péquiste.

D'autres sources indiquent que cette commission devrait durer deux jours, tel que proposé par le Parti québécois lorsqu'il avait réclamé un tel exercice à la fin janvier. Comme le PQ et le PLQ tiennent des caucus en région au cours des deux prochaines semaines, il faudra attendre cette commission jusqu'au début de mars.

Hier en point de presse, M. Couillard a souligné que " les experts allaient expliquer leurs documents " durant ces consultations. Il a refusé toutefois d'expliquer pourquoi l'étude d'Armand Couture et de Guy Saint-Pierre, préconisant Outremont, avait " cristallisé " son opinion en faveur du centre-ville.

La commission devrait aussi entendre MM. Daniel Johnson et Marcel Villeneuve, qui ont produit un nouvel avis sur l'emplacement du CHUM au début de décembre.

M. Couillard reste cependant vague quand on lui demande si on entendra aussi les hauts fonctionnaires membres du comité de sous-ministres qui avaient produit, en décembre, un rapport dévastateur contre Outremont.

" Les études ont des conclusions presque diamétralement opposées. On sait que l'on devra prendre une décision difficile, qui ne fera pas l'unanimité ", a dit le ministre. Il explique les raisons de sa volte-face en affirmant souhaiter désormais que les études soient publiques avant la prise de décision. " Comme les études ont une orientation assez différente, il est préférable de les rendre publiques maintenant. "




CHUM: une courte commission parlementaire pour analyser le dossier

Lévesque, Kathleen; Dutrisac, Robert
Le Devoir vendredi 11 février 2005

La consultation publique sur le nouveau CHUM, fondement de la nouvelle «transparence» annoncée par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, devrait prendre la forme d'une commission parlementaire de quelques jours seulement.

Des discussions ont eu lieu, hier, entre les leaders parlementaires du parti gouvernemental et du parti de l'opposition officielle, mais le libéral Jacques Dupuis et la péquiste Diane Lemieux n'étaient pas parvenus à une entente au moment de mettre sous presse. Chose certaine, la tenue d'une consultation publique générale, où les multiples parties intéressées auraient eu le loisir de se faire entendre, est déjà exclue. Même au Parti québécois, on estime qu'une telle consultation, qui s'étendrait sur plusieurs semaines, n'est pas nécessaire.

D'entrée de jeu, le leader parlementaire du gouvernement a proposé de tenir une commission parlementaire de deux jours à Québec. La première journée serait consacrée à l'audition des promoteurs des deux projets et la deuxième, à celle des experts.

Les discussions portent également sur la nature des documents qui seront rendus publics à cette occasion. Ainsi, la porte-parole de l'opposition officielle pour la santé, Louise Harel, réclame que le gouvernement Charest rende public le rapport du comité interministériel qui a analysé en profondeur les deux projets. Ce rapport regroupe les avis des hauts fonctionnaires des ministères de la Santé et des Services sociaux, de l'Éducation, de la Sécurité publique, des Transports et des Affaires municipales. «C'est la seule façon d'avoir une évaluation complète des projets», a dit Mme Harel.

De son côté, Philippe Couillard a souligné hier qu'il s'agissait d'un document qui sert à la prise de décision gouvernementale et qui, en principe, n'est pas public. Mais il a souligné que c'est aux deux leaders parlementaires qu'il revient de s'entendre sur la diffusion de ce document.

Joint par Le Devoir hier, l'ancien premier ministre Daniel Johnson, qui a transmis en décembre dernier un avis dans le dossier, s'est dit disponible pour présenter publiquement les conclusions de son travail. Bien que le gouvernement ait fait appel à deux autres experts par la suite (Armand Couture et Guy Saint-Pierre), M. Johnson n'a pas l'impression que son avis a été écarté pour autant. «Il va être public et M. Marcel Villeneuve et moi, on va pouvoir le présenter. Il va être dans le portrait, veux veux pas», a-t-il affirmé.

M. Johnson a également reconnu que le projet Outremont n'est pas aussi récent que ce qu'affirme depuis quelques semaines le premier ministre Jean Charest. C'est au cours des travaux de la commission Mulroney-Johnson que le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, a présenté l'idée de la cour de triage d'Outremont. Mais le mandat de la commission ne permettait pas d'analyser ce projet. «La commission n'avait à juger que des projets présentés par le CHUM et McGill. Or Montréal a présenté Saint-Luc et le 6000 Saint-Denis. Point. C'était le CHUM qui était notre interlocuteur», a précisé Daniel Johnson.

Ce dernier a rappelé qu'au moment de rendre public leur rapport, en avril dernier, Brian Mulroney et lui avaient souligné qu'ils avaient entendu parler d'un autre projet. «Quelques semaines plus tard, le gouvernement a permis au projet Outremont de se faire valoir et d'être documenté. Et à la fin d'octobre, on m'a demandé de regarder les deux sites, soit le 1000 Saint-Denis et Outremont. On a traversé des montagnes de documents. On a rencontré des gens et on a livré l'avis le 9 décembre», a-t-il affirmé.

Chez Canadien Pacifique, on ne montrait guère d'enthousiasme à collaborer à un éventuel forum public. «On ne sait pas à quoi s'attendre. Quant à dévoiler des études, on verra. Il y a des informations qui sont de nature privée, qui sont de la "business". Ça peut être une inquiétude pour nous», a expliqué le responsable des communications du CP, Michel Spénard.

La Corporation de développement économique communautaire (CDEC) Rosemont-Petite Patrie a quant à elle affirmé hier son intérêt à participer à une consultation publique. «On veut être entendus. On doit ramener le projet du 6000 Saint-Denis sur la table. On doit pouvoir profiter de cet investissement majeur de l'État comme levier économique», a souligné Jean-François Lalonde, de la Le samedi 12 février 2005




CHUM: des études sur de fausses prémisses

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 12 février 2005

À la demande de l'UdeM, des rails ont été sciemment ignorés

Des experts ont sciemment éliminé la voie ferrée qui traverse la cour de triage d'Outremont au nord dans leurs analyses ainsi que dans leurs plans d'aménagement du site proposé pour le CHUM. Du coup, les répercussions sur l'environnement, les transports en commun mais aussi l'évaluation financière liées à ces rails sont tombées dans les oubliettes.

Comme l'a confirmé au Devoir la firme Daniel Arbour et associés, c'est à la demande de l'Université de Montréal que les consultants et professionnels embauchés ont agi ainsi. La prémisse du travail consistait à prendre en compte l'hypothèse qu'il y aurait une entente entre le Canadien Pacifique (CP) et l'Université de Montréal qui réglerait la situation. Ce n'est qu'en décembre que le CP et l'UdeM ont conclu une entente dont on ne connaît pas les termes exacts.

«L'Université de Montréal nous a demandé d'éliminer la voie ferrée puisque les négociations avec le CP portaient là-dessus», a expliqué hier le responsable du dossier chez Daniel Arbour et associés, Serge Carreau. «Vous n'avez donc pas analysé les impacts de la présence de la voie ferrée ou de son détournement ?», a demandé Le Devoir. «C'est ça», a répondu M. Carreau.

L'Université de Montréal a refusé hier de faire quelque commentaire que ce soit sur cette question délicate.

Outre Daniel Arbour et associés, au moins quatre autres entreprises ont collaboré au projet : Lemay et associés, CIMA+, SNC-Lavalin et COPRIM. Les conclusions de toutes ces firmes sont contenues dans un sommaire du projet daté du 28 septembre et intitulé Créer et réaliser ensemble une Cité du savoir et de la santé en plein centre de Montréal. Le document a été préparé par la firme Daniel Arbour et associés.

La firme d'architectes Lemay et associés a travaillé sur les plans d'aménagement du site alors que Daniel Arbour et associés s'est surtout penché sur l'aspect urbanistique de la technopole de la santé et du savoir. C'est d'ailleurs en regardant ces plans l'automne dernier que Le Devoir avait découvert que le train de banlieue Blainville-Montréal, avec ses 9000 passagers quotidiens, avait un avenir plus qu'incertain. L'Agence métropolitaine de transport (AMT) ignorait jusque-là les intentions de l'UdeM.

L'évaluation financière du projet de l'UdeM a été réalisée par le Groupe Altus, les impacts de circulation, par CIMA +, l'examen du point de vue immobilier, par COPRIM et la contre-expertise concernant la décontamination du site, par SNC-Lavalin.

Cette décision de faire comme si la voie ferrée, où circulent des trains de passagers mais où sont également transportées des matières dangereuses, n'existait pas semble renforcer l'idée qu'il y a un certain flou qui plane sur le projet du recteur de l'UdeM, Robert Lacroix. Est-ce à dire que les études faites sur le site Outremont ne sont pas valides ? La direction du comité de planification du CHUM 2010 a soutenu, au cours des derniers jours, que les inconnues dans le dossier sont multiples.

Au seul chapitre du transport, par exemple, la façon de faire des consultants semble ainsi avoir évacué de grands enjeux pour un projet dont on prévoit qu'il générera 20 000 déplacements par jour. Au delà du train de banlieue, il n'y aurait pas d'évaluation des besoins de voitures supplémentaires sur la ligne bleue du métro, des coûts pour la construction d'un tunnel piétonnier reliant le métro au CHUM, du déménagement de l'édicule du métro L'Acadie et de la construction de viaducs aux abords du site.

Sur la délicate question de la sécurité, le rapport Couture-Saint-Pierre, dont Le Devoir a révélé de grands pans au cours des dernières semaines, indique que les études concernant la question de la sécurité ont été «conduites selon les règles de l'art». Chez SNC-Lavalin, qui a fait ces études, on se montrait hier plutôt avare de commentaires. «L'Université de Montréal ne nous a pas expressément demandé de faire abstraction d'emblée de la voie ferrée. SNC-Lavalin a étudié plusieurs scénarios», s'est bornée à dire la porte-parole de la firme d'ingénierie, Dominique Morval.

Selon Serge Carreau, de Daniel Arbour et associés, la solution à la controverse à propos du transport de matières dangereuses à proximité d'un hôpital, d'un campus universitaire et de résidences se trouve dans l'entente entre le CP et l'UdeM. «Si le recteur peut affirmer qu'il n'y a pas de problèmes de sécurité, c'est qu'il se base sur des données sûres. Il y a eu des études très pointues. Je les ai vues», a affirmé M. Carreau.

Or le CP a déjà montré sa réticence à dévoiler des informations qu'il juge de nature commerciale. Mais M. Carreau croit que le fardeau de la preuve appartient à CP. «Ce projet est très complexe, surtout pour une grande entreprise comme celle-là. Ça bouge aussi lentement qu'un grand train», a fait valoir Serge Carreau, qui ne montre pas plus d'empressement à participer à une éventuelle commission parlementaire sur l'implantation du CHUM. «Dans la mesure où c'est demandé par le gouvernement, on le fera, mais on ne demandera pas à être entendu», a-t-il laissé tomber.

Hier encore, le gouvernement et l'opposition officielle poursuivaient leurs discussions pour déterminer la formule exacte de la consultation annoncée mercredi. Les parties semblent s'entendre sur la tenue d'une commission parlementaire qui se déroulerait sur trois jours au début de mars : une journée pour les promoteurs du site du 1000, Saint-Denis et de la cour de triage d'Outremont, une journée pour les experts et une autre pour des invités.

En 1999, Daniel Arbour et associés avait analysé les coûts d'acquisition du site 6000, Saint-Denis, en omettant d'évaluer les coûts de relocalisation des quatre propriétaires du terrain. L'acquisition s'annonçait ainsi cinq fois plus chère que prévu (de 20 millions à plus de 100 millions), comme l'a révélé en 2001 Le Devoir.

Or l'entreprise répondait ainsi à une commande politique. La ministre de la Santé à l'époque, Pauline Marois, n'avait présenté à la population qu'une partie de la facture pour l'acquisition des terrains, et ce, en toute connaissance de cause. Il s'agissait d'une stratégie «pour ne pas créer d'attente» chez les propriétaires du terrain. «On savait qu'il y aurait des frais afférents mais on ne voulait pas formellement en identifier. On ne voulait pas trop élaborer pour ne pas créer d'attente chez les gens qui allaient être touchés par une relocalisation», avait alors déclaré Mme Marois au Devoir.





Commission parlementaire sur le CHUM

Une autre valse-hésitation

Denis Lessard
La Presse samedi 12 février 2005

Sous prétexte que tout nouveau délai était inacceptable, le gouvernement Charest avait tout récemment refusé la commission parlementaire qu'il vient de convoquer sur le choix d'un site pour le futur hôpital universitaire de Montréal.

Signe évident de la totale improvisation qui règne depuis des semaines dans ce dossier, le leader du gouvernement à l'Assemblée nationale, Jacques Dupuis, avait transmis une lettre bien sentie à sa vis-à-vis péquiste, Diane Lemieux, le 28 janvier. Sans détour, il déclarait nulle et non avenue la demande d'une commission parlementaire de deux jours pour entendre les experts.

«La convocation d'une commission parlementaire risquerait de prolonger les délais avant la prise de décision», écrivait M. Dupuis. Il rappelait que les experts Saint-Pierre et Couture avaient «déjà rencontré plusieurs intervenants» et que «le premier ministre s'est engagé à agir avec célérité à la suite de la réception de leur rapport d'évaluation».

D'ailleurs, après la présentation des deux experts, le 3 février, le premier ministre Charest s'était engagé à ce que la décision soit prise très rapidement. Enfin, M. Dupuis défendait la décision de ne rendre les études publiques qu'une fois la décision prise.

Finalement, le gouvernement fera précisément l'inverse.

Le gouvernement et l'opposition négociaient hier à propos de cette commission parlementaire. L'un des points en litige restait la comparution du comité des sous-ministres; tous les ministères concernés avaient démoli le projet d'Outremont.

En fin d'après-midi, le gouvernement et l'opposition ont suspendu les négociations, qui reprendront lundi. On s'entend jusqu'ici pour une commission parlementaire de trois jours, au tout début de mars. Les promoteurs du projet d'Outremont et la direction du CHUM seront d'abord entendus. Ils seront suivis des experts. Finalement, on souhaite faire entendre plusieurs intervenants, dont la Ville de Montréal.

Référendum?

Par ailleurs, le président de l'Office de consultation publique de Montréal, Jean-François Viau, juge un peu surprenantes les menaces de référendum dans Mont-Royal sur le projet d'Outremont.

«Même si c'est un arrondissement contigu, Mont-Royal n'aurait pas le droit d'ouvrir de registre. Cela ne se peut que dans l'arrondissement où il y a une modification au plan d'urbanisme», explique M. Viau.

Le projet de technopole de la santé dans la gare de triage se trouve en totalité sur le territoire d'Outremont, indique-t-on au bureau du recteur de l'Université de Montréal. Les arrondissement avoisinants ne seront touchés que dans la mesure ou des voies d'accès devront être élargies, ce qui ne suppose pas de changement de vocation du terrain.

Dans une entrevue à LaPresse, cette semaine, la mairesse de l'arrondissement de Mont-Royal, Suzanne Caron, soulignait que sa ville, reconstituée à partir du 1er janvier 2006, pourrait ouvrir les registres en vue de la tenue d'un référendum sur le projet d'Outremont.

La Ville de Montréal pourrait demander à son office de consultation de se pencher sur les projets. Cette démarche, tel que prévu par la charte de la Ville, empêcherait toute possibilité de référendum. «Si c'est confié à l'Office, il n'y a pas de référendum», tranche M. Viau, citant l'article 89 de la charte.

L'Office prendrait environ 12 semaines pour tenir des audiences.




La commission parlementaire ne durera que trois jours

Jocelyne Richer
Presse Canadienne vendredi 11 février 2005

La commission parlementaire convoquée sur l'emplacement du futur CHUM ne durera que trois jours et risque fort d'apporter peu d'éclairage nouveau au gouvernement.

L'exercice de consultation se limitera à faire défiler à Québec quelques groupes ciblés et, surtout, les auteurs des principaux rapports privilégiant l'un ou l'autre site où implanter le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM): le 1000 Saint-Denis ou la gare de triage d'Outremont.

Or, ceux qui auront à jouer un rôle-clé dans la décision — le premier ministre Jean Charest et le ministre de la Santé, Philippe Couillard — ont déjà pu s'entretenir avec les promoteurs des deux projets et obtenir des réponses à leurs interrogations.

La commission, qui devrait avoir lieu durant la première semaine de mars, permettra cependant aux députés libéraux et à ceux de l'opposition qui en feront partie de mieux apprécier les avantages et inconvénients des deux projets, et de poser leurs questions.

Vendredi, le leader du gouvernement, Jacques Dupuis, et la leader parlementaire de l'opposition, Diane Lemieux, se sont entendus pour tenir une consultation de trois jours autour des deux sites envisagés.

«C'est toujours bien mieux que rien», a dit Mme Lemieux, lors d'un entretien téléphonique, en jugeant que le plus important était que l'information entourant le CHUM «sera enfin rendue disponible» et que le gouvernement a choisi de faire preuve d'ouverture.

L'idée d'une consultation publique en bonne et due forme — avec présentation de mémoires et ouverte sur plusieurs semaines à tous les groupes intéressés — a été exclue d'emblée par le gouvernement.

Celle d'ouvrir la commission à l'expression d'opinions d'autres experts ou observateurs que ceux ayant déjà été mandatés pour étudier le dossier a été circonscrite par Québec à quelques groupes triés sur le volet, qui n'étaient toujours pas identifiés vendredi.

La liste d'invités de même que le choix des députés qui feront partie de la commission feront l'objet de discussions entre le gouvernement et l'opposition au cours des prochains jours.

La formule choisie par le gouvernement — trois jours de consultation auprès d'un nombre très limité d'experts — est loin de plaire à tout le monde. Déjà, vendredi, la CSN revenait à la charge pour réclamer un débat public sur le sujet.

«Compte tenu de l'importance des enjeux, la CSN ne se contentera pas d'un exercice bâclé et exige une véritable consultation publique», a déclaré la présidente de la centrale, Claudette Carbonneau, dans un communiqué.

On ne sait toujours pas si toutes les études produites sur le sujet et tous les rapports d'experts seront rendus publics, mais il semble acquis qu'on pourra en prendre connaissance quelques jours avant le début de la commission parlementaire.

Le rapport préparé récemment par Armand Couture et Guy Saint-Pierre — qui privilégierait Outremont, selon des fuites — sera rendu public, de même que celui concocté l'an dernier par les deux ex-premiers ministres, Brian Mulroney et Daniel Johnson — qui pencherait plutôt du côté du 1000 Saint-Denis.

Le sort réservé à d'autres documents — des études menées par des hauts fonctionnaires et par un comité interministériel, notamment — n'est pas encore scellé.

Le mois passé, l'opposition péquiste avait tenté, en vain, de négocier avec le gouvernement la tenue d'une consultation publique sur le CHUM. Elle s'était résignée alors à proposer une commission parlementaire de deux jours, «parce que si on partait dans un grand processus, on avait peu de chance que ce soit crédible et accepté», selon Mme Lemieux.

Au cours des derniers jours, l'opposition a tenté d'élargir le débat pour ramener dans le décor son premier choix, soit le 6000 Saint-Denis, mais le gouvernement a opposé une fin de non-recevoir.




Outremont, un gouffre financier ?

Presse Canadienne vendredi 11 février 2005

Le directeur général du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, Denis R. Roy, croit qu'un CHUM bâti à Outremont pourrait devenir un gouffre financier, au point de coûter bien plus que les deux milliards $ annoncés, soit le double du projet du 1000 Saint-Denis, qu'il favorise.

M. Roy soulève, à titre d'exemple, les dizaines de millions $ nécessaires à l'augmentation de la capacité de la ligne orange du métro, et les plus de 100 millions $ en frais d'expropriation.

En entrevue au Journal de Montréal, M.Roy s'étonne que même s'il fut nommé maître d'oeuvre du projet du 1000 Saint-Denis, en 2003, la direction de l'Université de Montréal, qui appuie le projet d'Outremont, semble lui avoir ravi le dossier.

D'ailleurs, M.Roy et la direction du CHUM n'a pas accès à l'entente secrète signée entre le Canadien Pacifique et l'Université de Montréal pour l'aménagement de la gare de triage d'Outremont.




Le CHUM, victime de l'indécision politique

Jean-Paul Cadieux, Président, Association des hôpitaux du Québec
Le Devoir lundi 14 février 2005

Le CHUM est victime depuis trop longtemps de l'indécision politique. À force de laisser traîner les choses, l'enjeu est devenu à la fois économique, communautaire, linguistique, urbanistique, scientifique et, bien sûr, hautement politique. Résultat: tout le monde s'en mêle et, surtout, tout le monde a une opinion bien arrêtée sur la question, ajoutant à la confusion générale. On le sait, une décision fait toujours des heureux et des malheureux. Chose certaine, plus on tarde à rendre cette décision, plus la cohorte de malheureux risque d'être nombreuse.

L'Association des hôpitaux du Québec (AHQ) a choisi jusqu'ici de ne pas se mêler publiquement du débat. Sa voix aurait-elle de toute façon été entendue dans toute cette cacophonie? À l'aube d'une nouvelle consultation publique sur le choix de l'emplacement du CHUM, l'AHQ veut rappeler trois paramètres qui doivent prévaloir dans la décision.

D'abord, le CHUM comme centre hospitalier universitaire est aussi et doit demeurer un hôpital de proximité qui répond aux besoins de santé de milliers de patients montréalais et de leur famille, comme l'a déjà indiqué l'Agence de santé et de services sociaux de Montréal. De fait, les deux tiers de la clientèle du CHUM proviennent de la région de Montréal. Il doit donc obligatoirement être accessible et sécuritaire en assurant une couverture des besoins de santé et de bien-être de la population du centre-ville et de l'est de Montréal.

L'enjeu de l'accessibilité est fondamental, car sans une masse critique suffisante de patients, les huit axes de recherche et les trois plate-formes de développement du Centre de recherche du CHUM ne pourraient exister. De fait, pour que la mission universitaire du CHUM puisse «s'épanouir», il lui faut compter sur un bassin de population suffisamment grand pour traiter à la fois les maladies ordinaires et celles qui nécessitent le recours à des savoirs de pointe.

Être clairs

Par ailleurs, il y a la nécessité d'opter pour un centre hospitalier universitaire de 700 lits à un seul endroit. Les principaux acteurs associés au nouveau CHUM que sont l'Université de Montréal, l'Agence des services de santé et des services sociaux de Montréal, le MSSS et le CHUM lui-même se sont vite mis d'accord sur ce principe, parce qu'il est fondé sur des projections démographiques, parce qu'il tient compte de l'évolution des technologies et parce qu'il crée une synergie entre les différentes spécialités de médecine.

Enfin, l'autre grand paramètre réside dans le fait que les seuls critères à retenir aux fins de décision doivent être totalement objectifs et pleinement assurés dans la réalisation du projet. Il va de soi aussi que tous les facteurs de coûts directs et indirects doivent être clairement établis, connus et considérés. Quand la situation est devenue ce qu'elle est, tout ce qui est d'ordre émotif ou non fondé doit être laissé de côté. En ne retenant que les seuls vrais enjeux et les seuls vrais critères, et ce, dans leur intégralité, le consensus devrait être plus facilement obtenu.

Surtout cette décision ne doit plus être différée, car plus le temps passe, plus l'enjeu se complexifie et fait intervenir d'autres paramètres moins immédiatement utiles pour la santé et le bien-être de la population. Le gouvernement tout autant que le CHUM ont suffisamment souffert de l'indécision politique dans ce dossier.




Chassé-croisé à propos du CHUM

Michel David
Le Devoir samedi 12 février 2005

Personne ne peut s'opposer à la vertu, mais il ne faut pas confondre avec l'apparence de vertu. Une fausse transparence peut même être le summum de la cachotterie.

À première vue, il faut certainement se réjouir de la tenue d'une commission parlementaire pour examiner les avantages et les inconvénients des deux projets de CHUM encore en lice. Le secret et l'improvisation qui ont prévalu jusqu'à présent relèvent du scandale.

Soit, après des années de tergiversations, il est grand temps de prendre une décision. Si on ouvre la porte à tous ceux qui ont quelque chose à dire sur le sujet, on en a pour des mois. L'opposition péquiste réclamera pour la forme que l'emplacement du 6000, rue Saint-Denis, soit remis sur la table, mais cela reviendrait à reprendre tout l'exercice à zéro. Tant qu'à y être, il faudrait aussi réexaminer l'hypothèse de l'Hôtel-Dieu, tout aussi valable.

On ne devrait pas avoir de mal à s'entendre sur les figures imposées. L'audition des promoteurs des deux projets est incontournable, tout comme celle des comités d'experts auxquels le gouvernement a fait appel. Il en va de même de certains intervenants institutionnels, comme la Ville de Montréal ou l'Agence de développement des réseaux locaux de santé et de services sociaux.

C'est toujours quand on en arrive aux groupes «alignés» que les choses se corsent. Il est à prévoir que le gouvernement insistera pour inviter le plus grand nombre de médecins possible. Le PQ voudra leur opposer les représentants des patients, les syndicats, les groupes communautaires, etc.

De façon claire, cette commission parlementaire ne figurait pas dans les plans du premier ministre Jean Charest, qui a encore une fois réussi à se placer dans une situation délicate. Si elle se limite aux «experts» officiels et à ceux qui monopolisent déjà les pages des journaux, on conclura à une simple opération destinée à calmer les députés libéraux, auxquels on aura fourni assez de paperasse pour qu'ils aient le sentiment d'avoir fait leur devoir.

En revanche, si M. Charest fait en sorte que la commission puisse aller au fond des choses, il pourrait devenir encore plus difficile pour lui de justifier le choix d'Outremont aux yeux de la population.

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Daniel Johnson s'est déjà dit disponible pour présenter publiquement les raisons qui l'ont mené à écarter le site de la gare de triage du Canadien Pacifique. Il ne fait aucun doute qu'Armand Couture et Guy Saint-Pierre seront tout aussi disposés à expliquer pourquoi ils en sont arrivés à la conclusion inverse.

Sans préjuger de la qualité de leur travail, leur perspective était nécessairement limitée par le mandat que le gouvernement leur avait confié. Pour avoir une vue globale, il est indispensable d'avoir accès au rapport du comité interministériel qui a analysé les multiples implications des deux projets, comme le réclame l'opposition péquiste.

Il faudrait aussi interroger les hauts fonctionnaires qui faisaient partie du comité. Tout ce qu'on sait, c'est qu'ils étaient unanimes à recommander l'emplacement du 1000, rue Saint-Denis, jugé beaucoup moins coûteux.

Que le CHUM soit érigé à Outremont ou au centre-ville, les ministères des Transports et des Affaires municipales auront des coûts indirects à assumer au chapitre des infrastructures, qui peuvent varier considérablement selon le cas. Le scénario de Saint-Luc est dans les cartons du gouvernement depuis beaucoup plus longtemps que celui d'Outremont, de sorte qu'on en connaît certainement mieux les impacts.

Il n'y a pas que les coûts. Un gouvernement responsable ne peut engager des sommes aussi considérables sans évaluer l'impact sur l'ensemble des réseaux. Investir des centaines de millions dans un nouveau campus universitaire à Montréal impliquerait que d'autres universités retardent leurs propres projets. D'ailleurs, le ministère de l'Éducation n'a jamais voulu dire s'il reconnaissait les besoins en nouveaux locaux invoqués par le recteur Lacroix.

Le gouvernement craint manifestement que la divulgation du rapport du comité interministériel ne nuise au projet d'Outremont, mais elle est essentielle à la crédibilité de l'exercice. En revanche, il suffit de lire entre les lignes pour comprendre que le ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui favorise Saint-Luc, souhaite ardemment que le rapport soit rendu public. Dans cette affaire, M. Couillard et sa vis-à-vis péquiste, Louise Harel, sont en quelque sorte des alliés objectifs.

***

La saga du CHUM donne lieu à un étonnant chassé-croisé ces jours-ci. Pauline Marois a réussi à faire l'unanimité de ses collègues contre elle en se déclarant publiquement en faveur d'Outremont. Jusqu'à présent, elle s'était contentée de le dire en privé.

Même ses partisans ont été éberlués de la voir prendre une position aussi contraire au sentiment de la très grande majorité des péquistes de Montréal. C'est comme si Mme Marois avait déjà renoncé à renverser Bernard Landry et décidé de ne plus s'embarrasser des considérations stratégiques ou partisanes.

À partir du moment où le 6000, rue Saint-Denis, est définitivement écarté, elle est simplement conséquente avec elle-même. À l'époque où elle était ministre de la Santé, Saint-Luc avait été jugé le pire des trois emplacements étudiés. Elle n'est d'ailleurs pas la seule qui lui préférerait Outremont. Personnellement, Bernard Landry est du même avis.

C'est précisément parce que le caucus péquiste est divisé qu'il s'est réfugié dans une position purement théorique. Cet après-midi, à Trois-Rivières, la proposition qui sera soumise au conseil national du PQ tournera pitoyablement autour du pot. On exige du gouvernement de «construire le CHUM sur un site apte à desservir le mieux possible la population de l'est de l'île, tel que cela l'est actuellement pour l'ouest». Vertu ou apparence de vertu ?

mdavid@ledevoir.com




CHUM à Outremont: divergence de vues sur la sûreté du site

Breton, Pascale; Noël, André; Lessard, Denis
La Presse mercredi 16 février 2005

Un hôpital ne doit pas être construit à côté de voies ferrées où circulent des wagons de matières dangereuses, indique le rapport du comité interministériel qui a étudié les projets du CHUM. Un avis que ne partage pas le rapport Couture-Saint-Pierre.

C'est ce qui se dégage de l'analyse de 98 pages produites par les experts Armand Couture et Guy Saint-Pierre à la demande du gouvernement, que La Presse a obtenues. Dans leur rapport, les auteurs citent des extraits de l'avis produit par le comité interministériel, demeuré secret à ce jour.

Chaque année, environ 2700 wagons et conteneurs de matières dangereuses circulent sur les voies ferrées du Canadien Pacifique, à 100 mètres du lieu projeté pour la construction du CHUM à Outremont.

À cela s'ajoutent 2300 wagons de matières dangereuses transportées par les Chemins de fer Québec-Gatineau sur les voies du CP.

" À moins d'obtenir de la compagnie des chemins de fer Canadien Pacifique une renonciation formelle et irrévocable à leur droit de transporter sur cette voie ferrée des matières dangereuses, l'implantation (du CHUM) le long de cette voie ferrée ne devrait pas être envisagée ", dit l'avis du comité interministériel.

Ce comité est formé des ministères de la Santé, du Développement économique et régional, de l'Éducation, du Conseil du Trésor et du Conseil exécutif (le ministère du premier ministre). Les ministères de la Sécurité publique et des Transports y ont aussi collaboré.

Jusqu'à maintenant, l'avis du comité interministériel- qui porte non seulement sur la sécurité, mais aussi sur les coûts et les besoins du CHUM- n'a pas été rendu public. Le Parti québécois exige qu'il soit déposé à la commission parlementaire prévue dans deux semaines.

Le premier ministre, Jean Charest, refuse cette demande parce qu'il s'agit d'un document interne. " On va le faire selon les règles habituelles, a-t-il déclaré hier. On va être transparent et on va rendre publics des rapports qui ont été faits par les experts. Cela ne veut pas dire qu'on va rendre public chaque palier interministériel. Ce n'est pas vrai. "

Sécuritaire, selon Couture- Saint-Pierre

Dans leur rapport remis au gouvernement le 2 février, les experts Couture et Saint-Pierre rappellent que le CP s'est engagé à détourner les explosifs et des produits comme le chlore, soit 15 % des matières dangereuses. Selon eux, c'est suffisant.

Les 85 % qui restent, contenant des matières toxiques ou qui s'enflamment rapidement, continueraient de circuler à proximité du centre hospitalier. Ces wagons contiennent notamment du méthanol, de l'éthanol, du naphtalène fondu, du phénol fondu, de l'acide sulfurique ou du nitrate d'ammonium.

Les auteurs du rapport Couture-Saint-Pierre se rangent derrière les arguments de la firme SNC-Lavalin, qui estime que ces autres matières ne présentent pas de risque majeur.

" D'autres matières dangereuses, comme les carburants, continueraient de transiter sur la voie ferrée adjacente au site, mais elles ne présentent pas de risques d'évacuation du complexe hospitalier ", écrivent-ils.

Avec les mesures de mitigation qui peuvent être adoptées, les experts affirment que, tant le projet du CHUM au 1000, Saint-Denis, que celui à la gare de triage, serait acceptable du point de vue de la sécurité. À Outremont, le projet prévoit la construction d'un stationnement étagé qui servirait d'écran de protection entre la voie ferrée et le CHUM.

"Pas une loterie"

Dans son avis déposé au gouvernement, le comité interministériel réclame pourtant beaucoup plus, soit la disparition totale des matières dangereuses.

Toxicologue à la direction de la santé publique de Montréal et reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes en analyse de risques au Québec, Luc Lefebvre a déclaré que le gouvernement ne peut, en effet, " jouer à la loterie " avec la sécurité des patients d'un grand hôpital.

La Presse lui a communiqué la liste des marchandises dangereuses qui continueraient de circuler à Outremont. M. Lefebvre a souligné que certaines d'entre elles étaient susceptibles de provoquer des accidents majeurs.

C'est le cas, par exemple, des carburants. En décembre 1999, à Mont-Saint-Hilaire, des wagons remplis d'essence ont pris feu après un déraillement. La chaleur dégagée était perceptible à l'intérieur de résidences situées à plus de 300 mètres de l'accident.

Le nitrate d'ammonium, qui continuerait de circuler à Outremont, a quant à lui un très grand potentiel explosif. En 2001, l'explosion de cette matière dans une usine de Toulouse, en France, a fait 30 morts et plusieurs milliers de blessés.

Selon le Centre de sécurité civile de Montréal, environ quatre accidents ferroviaires mettant en cause des marchandises dangereuses se produisent dans l'île de Montréal chaque année.

Il y a deux semaines, le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, a minimisé l'impact des matières dangereuses, reprenant les propos de SNC-Lavalin selon qui il n'y aurait pas plus d'un risque d'accident ferroviaire par 8000 ans à Outremont.

L'analyse de risques est une science, a rétorqué Luc Lefebvre. " Le but est de voir les conséquences qui peuvent nous frapper et voir si nous pouvons les gérer. " Les promoteurs d'un projet choisissent souvent de présenter les probabilités qu'un risque survienne, alors que ce sont les conséquences qui comptent, a-t-il expliqué.

Par ailleurs, le conseil d'administration du CHUM a longuement débattu hier de sa participation à la commission parlementaire, pour finalement refuser de se prononcer en faveur de l'un ou l'autre des projets.

Les représentants du conseil d'administration- le président, Patrick Molinari, le directeur général, Denis Roy, et le vice-président, Pierre Desbiens- vont plutôt présenter les caractéristiques de chacun des projets en regard des objectifs fixés par le gouvernement, notamment le respect de l'enveloppe budgétaire, à partir des éléments dont ils disposent. Certaines études réalisées pour la gare de triage n'ont pas été transmises aux membres du conseil d'administration.

À lire notre dossier sur le CHUM www.cyberpresse.ca/chum




Le 1000 Saint-Denis toujours orphelin

Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 16 février 2005

Le conseil d'administration du CHUM refuse d'en faire la promotion devant la commission parlementaire

Le 1000 Saint-Denis, l'un des sites potentiels pour l'implantation du futur CHUM, n'a toujours pas de défenseur déclaré comme c'est le cas pour le site d'Outremont. Pour une énième fois, le conseil d'administration du CHUM a résolu hier soir de ne faire la promotion d'aucun projet précis.

Alors que le gouvernement est à mettre sur pied une commission parlementaire spéciale sur la délicate question du CHUM qui devrait se dérouler le 28 février ainsi que les 1er, 2 et 3 mars, personne ne fera la promotion du 1000 Saint-Denis. En comparaison, Outremont bénéficiera d'un porte-parole clair et crédible, soit le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix. Malgré ce déséquilibre, les parlementaires s'attendent à rencontrer dès le début des travaux les promoteurs de chacun des deux projets.

Tout au plus, le président du conseil d'administration, Patrick Molinari, a-t-il été mandaté avec trois de ses collègues pour aller en commission parlementaire «présenter les caractéristiques du projet 1000 St-Denis au regard des objectifs retenus par le conseil». La première version de la proposition parlait plutôt de «mettre en valeur». Mais des administrateurs ont jugé que cela aurait permis de faire par en arrière ce que le conseil d'administration a refusé jusqu'à maintenant de faire par en avant.

Prendre position est un piège, ont soutenu certains administrateurs qui jugent ne pas avoir suffisamment d'informations pour trancher la question. D'ailleurs, plusieurs autour de la table de la réunion publique s'inquiétaient de ne pas avoir entre les mains les études réalisées sur les différents aspects des deux sites. La sécurité est vraisemblablement toujours au centre des préoccupations.

Le représentant du public au sein du conseil d'administration, Marc Laviolette, a ironisé sur la situation, rappelant que pour promouvoir le site d'Outremont, il n'était pas besoin d'avoir toutes les analyses. M. Laviolette s'est montré également très critique devant l'idée d'«aller à la commission parlementaire, éjarré, en parlant des deux côtés de la bouche en même temps».

Dans cette même veine, des administrateurs ont rappelé que le dossier faisait l'objet de nombreuses tractations à l'extérieur du conseil d'administration et qu'il fallait peut-être ainsi en arriver à éliminer toute ambiguïté. Après deux heures de débat autour d'un point qui n'était pas prévu à l'ordre du jour, le conseil d'administration a décidé de se montrer le plus «objectif» possible. «Comme institution, nous n'avions pas à être le porte-étendard d'un projet. Notre responsabilité va au delà de cela», a déclaré le président Patrick Molinari qui s'estime satisfait de la position adoptée.




CHUM: l'étude sur la sécurité est jugée déficiente

Kathleen Lévesque
Le Devoir jeudi 17 février 2005

L'analyse de SNC-Lavalin ne correspond pas aux critères reconnus par le gouvernement

SNC-Lavalin a réalisé l'analyse de vulnérabilité du site d'Outremont pour l'implantation du futur CHUM en ayant recours à une méthodologie déficiente qui occulte les conséquences d'accidents ferroviaires avec des matières dangereuses.

Trois experts gouvernementaux ont confirmé au Devoir que la façon de faire de la firme d'ingénierie, qui a consisté à calculer les probabilités de risques liés au projet de technopole de la santé et du savoir, ne correspond pas aux critères reconnus par le gouvernement. Au sein de l'administration publique, on privilégie l'approche dite déterministe, soit le relevé des conséquences et l'établissement des moyens pour y faire face.

Or la firme SNC-Lavalin s'est attardée aux probabilités, ce qui lui fait dire dans la conclusion de son étude sur Outremont (la seule partie rendue publique à ce jour) que le risque est très faible, soit «une probabilité d'un accident à tous les 8000 ans». Selon cette logique de calcul des probabilités, le déraillement d'un train transportant des matières dangereuses peut se produire bien avant la fin de cette période; cela peut survenir demain, dans cinq ans ou dans vingt ans. Mais SNC-Lavalin a vraisemblablement écarté cette possibilité.

Ainsi, les ingénieurs recommandent que l'hôpital soit construit à environ 100 mètres des voies ferrées qui bordent le site. Ils ajoutent qu'aucun mur de protection n'est requis entre le CHUM et les rails compte tenu du retrait des matières dangereuses explosives. C'est du moins ce que stipulerait l'entente entre le Canadien Pacifique (CP) et l'Université de Montréal, qui n'est pas publique.

Selon ce qu'a déjà révélé La Presse, même si le CP a consenti à détourner les explosifs et les gaz comprimés comme le chlore, 88 % des matières dangereuses continueraient à circuler près de l'hôpital, avec le risque d'un déversement de matières dangereuses pouvant s'enflammer et dégager des gaz toxiques.

L'analyse de vulnérabilité produite par SNC-Lavalin a été remise au ministère de la Sécurité publique, tout comme les autres études réalisées par les consultants dans ce dossier. La Direction régionale de Montréal, Laval, Lanaudière et Laurentides, partie prenante au dossier du CHUM depuis 2001, a transmis ses commentaires au comité interministériel créé l'automne dernier pour étudier le projet d'Outremont.

«On ne calcule pas les risques. On commente les analyses par rapport à la méthodologie utilisée et par rapport aux bonnes pratiques dans le monde. On recommande d'ailleurs de travailler sur les conséquences plutôt que sur les probabilités. [...] Pour la plupart des études qu'on a reçues, il ne s'agissait pas d'analyses de risques mais d'analyses d'opportunité. Et quand on abordait les risques, l'approche utilisée est surtout de type probabiliste», a expliqué au Devoir Marc Lavallée, directeur régional pour la Sécurité publique. M. Lavallée a toutefois refusé de faire des commentaires précis sur l'étude de SNC-Lavalin.

La firme d'ingénierie a également refusé d'apporter quelque précision que ce soit à propos de la méthodologie utilisée. On a dirigé Le Devoir vers l'Université de Montréal, qui est le promoteur officiel du site d'Outremont et qui a commandé l'analyse de vulnérabilité à SNC-Lavalin. «La méthodologie fait partie de l'étude et l'étude n'est pas publique pour l'instant», s'est bornée à rappeler Sophie Langlois, porte-parole de l'institution.

Chose certaine, SNC-Lavalin ne pouvait ignorer que depuis 2001, il existe un document de travail guidant le gouvernement dans les analyses de risques (Les lignes directrices pour la réalisation des évaluations de conséquences sur la santé des accidents industriels majeurs et leur communication au public), établi par le Bureau des mesures d'urgence de la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal. La probabilité en est totalement exclue.

Selon le toxicologue Luc Lefebvre, auteur de ce guide gouvernemental, se limiter à un calcul des probabilités d'accidents n'est pas valable: le croisement des conséquences avec les probabilités mène à conclure à un risque relatif. Or il faut établir les scénarios des diverses catastrophes possibles pour s'y préparer et réduire le risque, fait valoir M. Lefebvre.

Par exemple, un nuage toxique émanant d'un déversement d'acide nitrique parcourt 1,5 mètre par seconde. Si la zone d'impact se trouve à moins d'un kilomètre du futur CHUM, devra-t-on procéder à l'évacuation de l'hôpital ou au confinement des malades et de tout le personnel? Pour l'instant, aucune réponse n'est donnée à ce type de question, du moins publiquement.

La commission Mulroney-Johnson a invité M. Lefebvre lors de ses travaux, l'année dernière, afin d'être éclairée sur les étapes, les règles et les paramètres dont les analyses de vulnérabilité devraient être dotées. Hormis cette courte rencontre, la DSP de Montréal n'a pas été mise à contribution dans le délicat dossier du CHUM, tant sous le gouvernement précédent qu'aujourd'hui. L'avis de la DSP de Montréal est toutefois systématiquement sollicité lorsqu'une industrie qui s'implante dans la région pourrait produire des contaminants susceptibles d'atteindre la population. La construction du futur CHUM est un dossier institutionnel pour lequel il n'existe pas de processus d'analyse similaire.

Par contre, le gouvernement du Québec a adopté en 2001 la loi 173 sur la sécurité civile afin, justement, de permettre l'évaluation des risques. Mais voilà, la réglementation nécessaire à son application n'a jamais été instaurée.

L'étude de SNC-Lavalin est basée sur les travaux que la firme avait elle-même effectués il y a quatre ans à propos de la sécurité du site d'alors, soit le 6000, rue Saint-Denis. Tout comme le site d'Outremont, le 6000, rue Saint-Denis, est traversé par une voie ferrée où transitent des matières dangereuses. Cet élément avait d'ailleurs été retenu par la commission Mulroney-Johnson pour rejeter l'idée de construire le CHUM à cet endroit.

Un expert en gestion de risques majeurs du ministère de la Sécurité publique s'était penché en 2001 sur l'analyse de SNC-Lavalin. Le document, dont Le Devoir a obtenu copie, condamne tant la méthodologie, jugée «déficiente», que l'adéquation faite entre les conséquences et les probabilités, ce qui a permis à SNC-Lavalin de juger acceptable la construction d'un hôpital à proximité d'une voie ferrée.

«Lorsqu'on connaît les conséquences potentielles d'accidents industriels majeurs pour une zone d'étude [...], la seule justification pour établir une institution hospitalière ou scolaire à l'intérieur de la zone de risques de mortalité (au minimum de 1,7 km selon les données incomplètes présentées par le promoteur), c'est qu'on a une certitude raisonnable que les premiers intervenants vont pouvoir confiner ou évacuer à temps les personnes touchées. Ce qui serait extrêmement improbable (<10-6 ?) [ou une chance sur un million] pour ce projet, étant donné la nature et la grosseur de l'institution prévue», peut-on lire dans cette critique.

Aussi, l'expert note certains oublis dans l'analyse de la firme d'ingénierie. «Le promoteur s'est restreint à ne considérer qu'un wagon par substance étudiée pour le calcul des conséquences d'un accident impliquant cette substance. L'utilisation d'un tel concept réducteur fait en sorte que des accidents industriels majeurs impliquant plusieurs wagons-citernes, aux probabilités qui sont loin d'être négligeables, tel que l'accident ayant impliqué 34 des 68 wagons de l'Ultratrain le 30 décembre 1999 à Mont-Saint-Hilaire, ne sont pas considérés dans "l'analyse de vulnérabilité" présentée par le promoteur», écrit l'expert du ministère de la Sécurité publique.

Cet expert ajoute que «la méthodologie présentée par le promoteur est [...] similaire à celle qui fut suivie pour le projet Soligaz en 1990. Rappelons que ce projet a été refusé par le gouvernement du Québec, notamment à cause de la méthodologie déficiente de l'analyse de risques».

Le gouvernement dispose de ces données grâce au rapport du comité interministériel déposé en décembre dernier. Le premier ministre Jean Charest a déjà décrété mardi qu'il n'est pas question de rendre public ce document dans le cadre de la commission parlementaire spéciale qui se déroulera le 28 février ainsi que les 1er, 2 et 3 mars sur le dossier du CHUM.