Les lobbies et le CHUM

André Pratte
La Presse mardi 1 février 2005

Déclaration habile que celle du ministre de la Santé, Philippe Couillard, au sujet du CHUM: "Mon principal lobby, c'est celui des patients et de la population." Habile, mais démagogique. Choquante, par surcroît, pour tous ceux qui, pensant aux patients autant que M. Couillard et ses fonctionnaires, font la promotion d'un autre projet que le leur.

Dans l'entrevue qu'il a accordée à La Presse la semaine dernière, M. Couillard laisse entendre qu'il est l'objet de " pressions " de la part d'ombrageux lobbies, le mot " lobby " désignant ici exclusivement des gens du milieu des affaires. De quelles " pressions " parle le ministre? Pourquoi les représentations des gens d'affaires seraient-elles moins légitimes que celles des syndicats, des groupes " populaires ", ou des soi-disant représentants de la population?

M. Couillard accrédite la rumeur voulant que des gens d'affaires aient " menacé " de ne pas contribuer à la campagne de financement du CHUM si le site Saint-Luc est choisi, précisant cependant qu'il n'en a pas de connaissance directe, mais seulement par " les journaux ": " Si c'était le cas, ça m'apparaîtrait inapproprié. " Et pourquoi donc?

C'est M. Couillard qui a exigé des centres hospitaliers universitaires qu'ils aillent chercher au moins 200 millions en capitaux privés. S'attend-il à ce que les personnes sollicitées contribuent des millions à un projet auquel elles ne croient pas? Il n'appartient certes pas aux gens d'affaires de dicter au gouvernement sa conduite; mais l'inverse est aussi vrai: ce n'est pas à M. Couillard de décider où le secteur privé va mettre son argent. D'autant plus qu'ici, on parle de dons purs et simples.

Dans toute cette affaire de " lobbies ", il en est un dont M. Couillard et les médias n'ont pratiquement pas fait état: les médecins. Plus de 400 médecins et chercheurs du CHUM ont fait part de leur appui à la construction du nouveau complexe hospitalier sur le site de la gare de triage d'Outremont. Ces gens-là oeuvrent tous les jours à St-Luc, à l'Hôtel-Dieu et à Notre-Dame; bref, ils connaissent parfaitement la problématique des hôpitaux à Montréal. Les soins, c'est eux; l'enseignement, c'est eux; la recherche, c'est encore eux; et ils n'auraient pas à coeur l'intérêt des patients? Il nous semble que leur avis devrait peser lourd.

Pourquoi parle-t-on si peu de l'opinion des médecins, de l'Ordre des infirmières, de l'Ordre des optométristes? Serait-ce parce qu'il est plus facile pour les fonctionnaires et pour la gauche de discréditer des gens d'affaires- " Qu'est-ce qu'ils connaissent là-dedans? "- que des professionnels de la santé?

La décision du ministre Couillard de rendre publics les rapports Johnson et Couture/St-Pierre seulement une fois que le choix du site aura été annoncé est également fort décevante. La controverse sur l'emplacement du CHUM est exacerbée depuis des mois par l'absence de données crédibles et indépendantes sur les coûts des différents projets, sur la sécurité des sites, sur les clientèles desservies, etc. En gardant pour lui toutes les données, M. Couillard monopolise des informations qui devraient être publiques. La publication post-facto n'a aucune valeur: une fois la décision annoncée, les études perdront toute pertinence.

Quant à nous, notre position reste la même. Contrairement à ce que plusieurs ont prétendu, La Presse ne fait pas la promotion échevelée du site Outremont. Nous estimons que le projet de synergie soumis par le recteur de l'Université de Montréal offre des avantages considérables. Beaucoup l'ont dit, dont le président du c.a. du CHUM et des porte-parole du Parti québécois.

Par conséquent, le gouvernement devrait choisir ce projet, à moins- et cette réserve est capitale- qu'il ne soit démontré qu'Outremont présente des inconvénients majeurs et incontournables au chapitre de la sécurité et des coûts. À ce sujet, les promoteurs du site Outremont n'ont pas répondu de façon convaincante- publiquement du moins- aux inquiétudes soulevées, notamment par l'enquête de nos journalistes André Noël et Pascale Breton. On verra si le recteur Lacroix y parvient aujourd'hui, lors de la conférence de presse qu'il a convoquée.

L'Université de Montréal a jusqu'ici fort mal défendu son projet, face à une opposition beaucoup plus habile. Cela est la preuve d'une stratégie médiatique déficiente, pas d'une faiblesse intrinsèque du projet.

Nous pressons à nouveau le gouvernement de publier sans tarder toutes les études dont il dispose sur le sujet, et de tenir de courtes audiences publiques sur le dossier, avant de prendre sa décision. Puisque M. Couillard se veut le défenseur des patients et de la population, on voit mal suivant quel raisonnement il pourrait refuser de leur fournir toute l'information pertinente et le droit d'exprimer leur point de vue.




FUTUR CHUM : Plus qu'une question d'adresse

Breton, Pascale; Noël, André
La Presse mardi 1 février 2005

Le chef des urgences de Saint-Luc veut recentrer le débat sur les besoins des malades

En s'éloignant du centre-ville, le futur CHUM s'éloignera aussi de sa principale mission qui est de soigner les gens là où ils sont le plus malades, estime le D r Alain Brisset, chef des urgences de Saint-Luc.

Confronté quotidiennement à des patients aux prises avec de graves problèmes de toxicomanie, de santé mentale ou d'alcoolisme, le D r Brisset déplore que le débat entourant l'emplacement du futur CHUM se fasse davantage sur une adresse que sur les besoins des malades.

" La population est de plus en plus aux prises avec la toxicomanie et la pauvreté. Si on met le CHUM sur le site d'Outremont, c'est comme si on allait l'installer dans un ghetto social, à l'abri de ce qui se passe dans la vie de tous les jours ", a-t-il déclaré à La Presse.

Les médecins de demain doivent eux aussi être confrontés rapidement à la vie de tous les jours. " Si nous voulons que nos étudiants soient confrontés et exposés à la réalité des années 2030, 2040, il faut que les médecins soient exposés à la pauvreté, à la toxicomanie, à la misère sociale, parce que ce sont des réalités de plus en plus présentes au Québec. "

Comme plusieurs de ses collègues, le D r Brisset a sursauté hier en lisant les propos du chef du département de médecine du CHUM, le D r André Lacroix. Ce dernier affirmait dans La Presse que si le projet de la gare de triage d'Outremont n'est pas retenu, plusieurs médecins iront chercher ailleurs un environnement plus stimulant, laissant ainsi planer la menace d'un exode des spécialistes.

Au contraire, a rétorqué le D r Brisset, " je ne connais aucun médecin qui va avoir l'indécence ou le manque de vision de quitter le CHUM parce qu'il n'a pas son beau grand bureau ".

Plusieurs médecins ont perçu des menaces à peine voilées dans les propos tenus par le chef du département de médecine.

" Les hommes d'affaires menacent de ne pas investir si le CHUM ne va pas à Outremont, le recteur menace de ne pas installer ses facultés au centre-ville, le D r Lacroix mentionne qu'il pourrait y avoir un exode si le CHUM ne va pas à Outremont... ce n'est pas l'adresse du site qui va faire que les médecins partiront ou pas, ce sont les ressources disponibles ", a indiqué le président du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CHUM, le D r Edgard Nassif, qui représente les quelque 1000 médecins du CHUM.

Soulignant que le projet de la gare de triage est très attrayant, le D r Nassif a rappelé que personne ne sera avancé si " on va à Outremont et qu'il n'y a plus d'argent pour fonctionner ".

Le président du conseil d'administration du CHUM., Me Patrick Molinari, lui a fait prudemment écho. " Pour la plupart des médecins chercheurs, c'est l'accessibilité à des structures de recherche qui est la clé. On sait que dans l'un ou l'autre des projets actuellement examinés, il y a des infrastructures identiques de recherches qui sont prévues ", a-t-il déclaré en disant ne pas trouver d'explication aux craintes exprimées par le D r Lacroix.

Au nom de qui parle le D r Lacroix? ont demandé plusieurs médecins, dont le D r Hélène Letendre, du CHUM. " Ce qui est dommage dans le dossier actuel, c'est que quelques personnes ont pris le micro comme si elles étaient les porte-parole des médecins alors qu'elles ne représentent personne sauf elles-mêmes. C'est une façon de créer des craintes. "

Le D r Lacroix se défend bien de semer des craintes injustifiées, répétant que le départ de médecins spécialisés, ne serait-ce qu'une dizaine, peut avoir un effet majeur dans un centre hospitalier comme le CHUM.

De plus, les soins aux patients se trouvent grandement améliorés dans un établissement où une bonne synergie existe entre les facultés des sciences de la santé et le centre hospitalier.

" L'Université de Montréal va se déplacer à proximité de son campus principal. C'est pour cette raison que moi-même et un grand nombre de mes collègues, nous pensons que dans un cas, il y a le projet incluant le CHUM et les facultés (Outremont) et de l'autre, le CHUM (centre-ville). Pour nous, le choix est assez simple ", a fait valoir le D r Lacroix.

Un total de 439 médecins, professeurs et chercheurs ont signé une lettre d'appui au projet d'implantation du CHUM à la gare de triage d'Outremont.




CHUM: dernière tentative pour influencer la décision de Québec

André Beauvais
Journal de Montréal 02/02/2005

À quelques jours de l’annonce officielle de l’adresse du futur CHUM, le recteur de l’Université de Montréal ne sent pas le dossier lui glisser des mains, néanmoins il a mis le paquet hier pour tenter une dernière fois d’influencer la décision du gouvernement.

Non seulement a-t-il organisé une conférence de presse pour défendre son projet contre tout danger potentiel concernant le transport de matières dangereuses sur une voie ferrée de la cour de triage du CP, à Outremont, mais il a aussi dépensé plusieurs milliers de dollars de publicité dans deux quotidiens de Montréal pour publier la liste de noms des 439 médecins et chercheurs du CHUM qui appuient le projet du recteur Robert Lacroix, à Outremont.

Il a profité de cette rencontre de presse pour rendre publiques les conclusions d’une étude de la firme SNC-Lavalin, commandée par le tandem Armand Couture et Guy Saint-Pierre et portant sur la sécurité du site.

MM. Couture et Saint-Pierre doivent faire une recommandation au gouvernement ces jours-ci à savoir lequel des sites Outremont et Saint-Luc doit être privilégié.

Pas de compromis

L’étude de SNC-Lavalin permettrait d’envisager « une optimisation du projet (à Outremont) sans imposer de compromis pour la sécurité des usagers » en autant que le transport des matières explosives soit détourné.

Selon le recteur Lacroix, CP s’est engagée à éliminer du trafic ferroviaire avoisinant le site Outremont les matières explosives et celles composées de gaz comprimés, toxiques ou corrosifs.

Mais il reconnaît que cette exclusion ne représente que 10 % des 5000 wagons de matières dangereuses qui circulent sur cette voie ferrée.

Selon M. Lacroix, les 4000 autres wagons transportent des produits moins menaçants. « C’est le degré de dangerosité des matières dangereuses qu’il faut considérer », a-t-il commenté.

Rappelons que Le Journal de Montréal a publié un sondage scientifique, samedi, dans lequel 31 % des Montréalais consultés optaient pour le site de l’Hôpital Saint-Luc, 27 % pour le site de l’Hôtel-Dieu et 18 % pour la cour de triage du CP, à cheval sur Outremont et Mont-Royal, le reste étant composé d’indécis.





SONDAGE CROP-LA PRESSE-INFO 690 SUR LE CHUM

Charest blâmé pour sa gestion du dossier

Denis Lessard
La Presse mercredi 2 février 2005

Québec - Les tergiversations, les hésitations, la multiplication des délais ont un prix. Les Québécois sont mécontents de la façon dont Jean Charest a manoeuvré jusqu'ici dans le dossier du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM).

Une majorité de Québécois estime ainsi que le premier ministre a manqué de leadership dans le choix de l'emplacement du futur CHUM. Le jour même où le ministre Couillard reçoit des experts Armand Couture et Guy Saint-Pierre un quatrième rapport sur le meilleur lieu pour l'hôpital, on constate que 55 % des gens se disent " plutôt ou très insatisfaits " de la " façon dont le premier ministre Charest a géré ce dossier jusqu'à maintenant ".

En revanche, seulement 21 % des répondants l'approuvent. Ceux qui approuvent totalement les orientations, les très satisfaits, ne sont que 2 %, et pèsent bien moins lourd que les 29 % de répondants qui réprouvent la voie choisie par M. Charest dans ce dossier.

Toutefois, 24 % des gens n'ont pas d'opinion.

Le coup de sonde, réalisé pour La Presse et la chaîne Info 690 auprès de 982 personnes comporte une marge d'erreur de 3 points. L'enquête réalisée du 20 au 31 janvier derniers révèle que même les partisans du PLQ sont majoritairement déçus de la façon dont M. Charest a mené ce dossier (38 % contre 35 % de satisfaits). Les résidants de la grande région de Montréal ainsi que les francophones sont insatisfaits à 60 % de la stratégie de Québec. Et ils ne sont pas au bout de leurs peines. Bien que le rapport Couture-Saint-Pierre soit remis aujourd'hui, il est bien peu probable que Québec décide cette semaine de la suite des choses, expliquait-on hier au cabinet du ministre Philippe Couillard.

" Les Québécois ont l'impression que les gens se renvoient la balle. Ce débat dure depuis très longtemps, et aucune décision n'est prise. Les gens attendent plus de leadership de leurs élus ", observe Claude Gauthier, spécialiste de CROP, pour expliquer le taux élevé d'insatisfaction.

Les Montréalais pour Saint-Luc

À la demande de La Presse, la maison de sondage a mené une autre enquête, du 27 au 30 janvier, auprès d'une clientèle de 501 personnes résidant à Montréal et dans la région.

Il appert que les Montréalais sont passablement partagés sur le meilleur endroit où construire le CHUM. L'hôpital Saint-Luc, au centre-ville, arrive premier. Quand on leur demande de choisir l'endroit qu'ils préfèrent, 28 % des répondants optent en effet pour le 1000, Saint-Denis.

Mais cette avance n'est pas si nette qu'il y paraît, observe le spécialiste de CROP, Claude Gauthier. D'abord, 24 % des personnes interrogées disent de pas avoir d'opinion ou refusent de répondre; il s'agit d'un nombre important.

En outre, 20 % des répondants optent pour la gare de triage d'Outremont quand on évoque le fait qu'il y aura un second emplacement à l'hôpital Notre-Dame. Finalement, 13 % des répondants optent pour la gare de triage comme " site unique " et 10 % préfèrent l'agrandissement de l'Hôtel-Dieu réclamé par un groupe récemment.

Dans une autre question, CROP a vérifié la popularité du 6000, Saint-Denis, dans Rosemont, l'endroit désigné sous le gouvernement de Lucien Bouchard. Ce choix, mis de côté sous les libéraux, retenait l'appui de 11 % des répondants.

Pour Claude Gauthier, les réponses sur le choix d'un emplacement démontrent que les gens privilégient spontanément un endroit qu'ils peuvent identifier facilement. Les Montréalais connaissent bien Saint-Luc, et adhèrent à Outremont quand on lui accole un autre établissement bien connu, Notre-Dame. Le seul fait de décrire Outremont comme " la gare de triage " peut rebuter les gens et les faire hésiter devant un projet resté sur papier jusqu'ici.

Les patients d'abord

Une des causes du mécontentement des gens à l'endroit de Jean Charest dans le dossier du CHUM semble venir des luttes d'influence en coulisses que l'on soupçonne dans ce dossier.

Ainsi, quand on leur demande en fonction de quels lobbies le gouvernement a pris des décisions dans le dossier du CHUM, les gens montrent spontanément du doigt les milieux d'affaires.

Les " gens d'affaires " sont pour 35 % des répondants le groupe qui a le plus d'emprise sur le gouvernement dans le choix d'un emplacement pour le CHUM. Seulement 6 % pensent que, respectivement, les patients, les médecins et l'Université de Montréal pèsent lourd dans la balance. Pour 9 % des gens, ce sont les syndicats qui dictent leurs vues. Ces impressions méritent un bémol toutefois. Ainsi, 38 % des gens avouent ne pas savoir quel groupe a davantage l'oreille de Québec.

En revanche, quand on leur demande qui le gouvernement devrait écouter, la réponse vient fort et clair: les patients.

Pour 69 % des répondants, il faudrait davantage tenir compte de l'opinion des malades. Selon16 % des gens, on devrait plutôt écouter les médecins. Seulement 2 % des répondants estiment qu'on devrait demander leur avis aux gens d'affaires.

Finalement, les Québécois sont partagés quand on leur demande s'ils estiment qu'après tant d'études, le gouvernement Charest a en main tout ce dont il a besoin pour prendre une décision. Ainsi, 43 % des personnes interrogées estiment que le gouvernement a récolté suffisamment d'informations, mais 47 % soutiennent qu'il devrait se plier à une autre consultation, publique celle-là.




CHUM: le recteur Lacroix joue son va-tout

Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 2 février 2005

Québec doute encore de la sécurité du site Outremont, constate-t-il

Toujours combatif, le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, a lancé hier une dernière salve d'arguments en faveur du projet d'implantation du CHUM et des facultés des sciences de la santé à Outremont.

À quelques heures ou quelques jours du choix du gouvernement pour le site où sera construit le futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), M. Lacroix a rappelé qu'il s'agissait d'un débat de société et non d'une «guerre de pouvoir» ou «d'egos». Mais, du coup, l'homme qui est à quatre mois de la fin de son rectorat a rappelé sa longue carrière dans l'analyse de l'économie du savoir. «Quand je parle d'une technopole du savoir et de son impact sur l'économie, je pense que j'ai un peu de crédibilité à cet égard», a-t-il lancé.

Il ne faut donc pas s'attarder à regarder dans le pare-brise mais plutôt se tourner vers l'avenir, a-t-il prévenu.

C'est aujourd'hui que les experts Armand Couture et Guy Saint-Pierre déposeront leur rapport d'analyse au gouvernement. Il s'agirait de la dernière étape technique avant la prise de décision gouvernementale. Lundi, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, affirmait au Devoir que le temps presse. «Parmi les remarques qu'on a actuellement sur le gouvernement, c'est que le gouvernement multiplie les comités, les processus d'analyse. Les gens ont besoin que le gouvernement tranche et se prononce et on considère également qu'il est urgent qu'on le fasse», indiquait M. Couillard.

C'est dans ce même contexte d'urgence que Robert Lacroix avait invité hier les médias pour «rétablir les faits». Il a ainsi tenté de faire la lumière sur ce qu'il a identifié comme l'une des inquiétudes et contestations majeures, qui semble toujours subsister au sein du gouvernement: la sécurité.

Le ministre a expliqué lundi au Devoir qu'au-delà de l'offre de services, le gouvernement «veut trouver un endroit sécuritaire, accessible, qui correspond à l'enveloppe budgétaire qui a été décidée et qui offre la possibilité de rehausser la médecine académique».

S'appuyant sur une étude de SNC-Lavalin qui a été transmise aux experts Couture et Saint-Pierre, Robert Lacroix a assuré que le site d'Outremont est plus sécuritaire que celui du 6000 Saint-Denis où le CHUM devait être construit à l'origine. La voie ferrée sur laquelle sont transportées les matières dangereuses ne passera plus sur le site ni même à proximité, a martelé le recteur Lacroix. Et les coûts sont inclus dans le projet présenté au gouvernement, a-t-il précisé.

«C'est le degré de dangerosité des matières qui passent qui est important. [...] Sur le site Outremont, ces matières [explosifs et gaz comprimés] ne passeront plus, d'où le fait que le site Outremont est plus sécuritaire que le 6000 Saint-Denis», a affirmé Robert Lacroix.

Ce dernier était d'ailleurs outré que le ministre Couillard ait affirmé au Devoir que la question de la sécurité avait été occultée dans le dossier du 6000 Saint-Denis. C'est «faux» et «désobligeant», s'est enflammé M. Lacroix. «Il y a 30 millions qui ont été dépensés là. Nous étions au conseil d'administration. Nous avons vu le travail remarquable qui a été fait. Je pense qu'on ne peut pas, du revers de la main, dire que tous ces gens ne connaissaient rien, que ces experts ont complètement floué le conseil d'administration», a-t-il affirmé.

De fait, la sécurité environnementale a fait l'objet d'études commandées par la défunte Société d'implantation du CHUM. La présente analyse de SNC-Lavalin est même un complément de ce que la firme d'ingénierie a déjà fait pour le 6000 Saint-Denis.

Pour le projet d'Outremont, SNC-Lavalin conclut que «ce site permettra une optimisation du projet sans imposer de compromis pour la sécurité des usagers compte tenu du retrait des matières dangereuses les plus préoccupantes».

Quoi qu'il en soit, dans l'hypothèse que le gouvernement opte pour le site de l'hôpital Saint-Luc plutôt qu'Outremont, le recteur Lacroix a donné l'assurance que les étudiant de l'UdeM continueront d'être formés au CHUM. Il a toutefois refusé de parler de se rallier. Il a d'ailleurs prévenu qu'il faudra oublier les effets de synergie de proximité avec la faculté de médecine. Un déménagement est exclu. «Il faut voir comment les développements du savoir, de la connaissance et de la formation se sont développés depuis 20 ou 30 ans, pour comprendre qu'on ne disloque pas un campus. Le site Outremont est une extension naturelle du campus. [...] Avec toutes les synergies que l'on peut établir entre les facultés de notre campus, on amène l'arbre qui est le CHUM dans la forêt qui est l'université mais on n'amènera pas la forêt à l'arbre», a soutenu Robert Lacroix.

Il a également souligné que «ce serait vraiment avec tristesse qu'on accepterait cette décision». D'ici là, il prévient que, si Québec choisi le site du centre-ville, la population aura un hôpital perturbé pendant au moins six ans. «Et quels sont les coûts de transition? Je ne les connais pas et vous non plus», a-t-il laissé tomber.

Le site de l'hôpital Saint-Luc est le plan B que le CHUM et l'UdeM avait concocté à la demande du ministère de la Santé et auquel aucune des parties ne croyait vraiment. Ce scénario a été présenté à la commission Mulroney-Johnson. En comparaison, la communauté anglophone a refusé net de présenter une alternative pour la construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).




Un examen public s'impose : Pour que le projet du CHUM soit une réussite, il est impérieux de construire un consensus à son sujet

Michel Venne, Mireille Tremblay
Les auteurs s'expriment au nom de l'Institut du Nouveau Monde et de l'Observatoire québécois de la démocratie. (1)
La Presse et Le Devoir jeudi 3 février 2005

Monsieur Jean Charest

Le gouvernement du Québec s'apprêterait à dévoiler sa décision à l'égard du projet de Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

L'Institut du Nouveau Monde et l'Observatoire québécois de la démocratie, deux organismes spécialisés dans la participation citoyenne, estiment qu'il serait sage de soumettre ce projet à un examen public, assorti d'une consultation formelle, avant même que la décision finale ne soit prise.

D'ailleurs, un sondage récent indique que 47 % des Québécois estiment préférable que le gouvernement instaure une étude et une consultation publique du projet, et ce malgré la profusion d'analyses déjà sollicitées.

Nous pensons qu'un tel examen public demeure nécessaire pour la réussite du projet, même si le gouvernement arrête son choix et le rend public.

Intenses lobbies

Ce projet d'envergure est d'une grande importance pour Montréal et pour le Québec. Il fait l'objet, depuis quelques mois, de lobbies intenses. Plusieurs solutions sont proposées et la confusion règne dans l'esprit du public quant aux mérites de chacune des options. La méfiance s'est installée au sein de la population.

Pour que le projet soit une réussite, il est impérieux de construire un consensus à son sujet. La meilleure méthode pour y parvenir est de favoriser des échanges ouverts et transparents.

Nous proposons que le gouvernement tienne, seul ou préférablement de concert avec la Ville de Montréal (qui devra de toute manière tenir une consultation sur certains éléments techniques du projet reliés à l'aménagement), une courte consultation qui devrait répondre aux critères suivants:

Fournir à la population toutes les informations disponibles, les études, les avis et les évaluations de coûts produits pour les fins de la décision;

Permettre aux citoyennes et aux citoyens, par le truchement d'audiences publiques, de comprendre les motifs de la décision, notamment quant à la nature du projet, son ampleur, les besoins auxquels il doit répondre, la clientèle visée, le choix de l'emplacement, la justification des coûts, les impacts sur l'environnement et l'aménagement de la ville;

Permettre aux citoyennes et aux citoyens de questionner les informations ainsi rendues publiques pour en vérifier l'exactitude;

Permettre aux citoyennes et aux citoyens de formuler des propositions pour améliorer le projet.

Démarche civique

Cette dernière remarque est très importante. Il faut ici faire la différence entre une démarche de mise en marché d'une décision qui, quelle qu'elle soit, sera controversée, et une démarche civique, comme celle que nous proposons, qui permet à la population et aux milieux concernés de s'approprier le projet et de le bonifier, d'y ajouter des éléments, d'améliorer ses modalités d'insertion dans le milieu. L'examen public n'aura d'effets réels que s'il donne une chance réelle aux participants d'exercer une influence.

Il faut aussi distinguer entre la proposition que nous vous soumettons et une consultation de nature technique, relative à des changements de zonage par exemple, qui doit de toute manière avoir lieu plus tard dans le processus décisionnel. L'examen public que nous proposons doit permettre aux participantes et aux participants d'aborder toutes les facettes du projet. C'est à cette condition que celui-ci pourra faire l'objet d'un nouveau consensus.

Cette procédure pourrait être organisée et se tenir dans des délais relativement courts. Elle aurait l'avantage de conférer au projet une nouvelle légitimité, sans pour autant retarder indûment sa réalisation.

Dans l'état actuel du dossier, tous les acteurs influents de la communauté montréalaise auraient intérêt à appuyer une telle proposition. Ce qui est devenu la saga du CHUM pourrait ainsi redevenir le projet du CHUM et stimuler le goût de l'avenir plutôt que l'amertume et la suspicion.

Cette procédure simple et efficace pourrait également servir de banc d'essai et de modèle de décision pour d'autres grands projets.

Les membres du comité conjoint de l'INM et de l'OQD sur la démocratie et la citoyenneté sont: Jean-Pierre Aumont, Laurence Béhrer, Claude Béland, Marc Brière, Christian Giguère, Henri Lamoureux, Pierre Laurence, Luc Ouimet, Marie-Rose Sénéchal, André Thibault, Mireille Tremblay et Michel Venne.




Le choix des experts: Outremont

Kathleen Lévesque
Le Devoir jeudi 3 février 2005

«Le site optimal est celui qui regroupe le CHUM avec la faculté de médecine»

Le rapport Couture–Saint-Pierre devant guider le gouvernement du Québec dans le choix du site du futur CHUM en recommande l’implantation à Outremont. Le projet de l’Université de Montréal est le seul à garantir la création d’une véritable technopole de la santé et du savoir qui permettra de cristalliser la réputation de Montréal dans ce secteur et qui favorisera le rapprochement avec des initiatives du secteur privé, conclut le rapport.

Transmis hier au premier ministre Jean Charest ainsi qu’au ministre de la Santé, Philippe Couillard, le document d’une centaine de pages dont Le Devoir a pris connaissance tranche en faveur d’un projet jugé sécuritaire dont les risques de construction sont négligeables et à coûts comparables avec ceux de l’autre projet, au 1000, rue Saint-Denis. «Le site optimal est celui qui regroupe le nouveau CHUM avec la faculté de médecine et d’autres composantes universitaires sur un même site, dans le but de créer une technopole de la santé et du savoir. Le site optimal de ce projet est le site d’Outremont, par sa superficie suffisante et par sa synergie avec les activités universitaires», peut-on lire.

Les deux experts, Armand Couture et Guy Saint-Pierre, en arrivent à cette conclusion en se basant sur les études antérieures et les nombreuses entrevues qu’ils ont réalisées en cours d’analyse. La portée de leurs travaux a toutefois été minimisée lundi par le ministre Couillard lors d’une entrevue au Devoir. M. Couillard a alors supposé que ce rapport était une synthèse des nombreuses analyses réalisées au cours des derniers mois.

Au sein du conseil des ministres, Philippe Couillard bataillerait depuis des mois en faveur du site du 1000, rue Saint-Denis. La question divise le gouvernement qui a toutefois promis de faire diligence, réaffirmant sa volonté de voir le nouvel hôpital ouvrir ses portes en 2010-11.

D’ici à ce qu’une décision soit annoncée, le rapport Couture-Saint-Pierre sera analysé. Il en ressort notamment que l’engagement du Canadien Pacifique (CP) de détourner le transport des «matières les plus dangereuses» apparaît comme un élément important qui a modifié «sensiblement les critères de sélection du site».

La sécurité environnementale du site d’Outremont a soulevé beaucoup d’inquiétude compte tenu du fait que la cour de triage est traversée au nord par une voie ferrée où on transporte notamment du chlore, des explosifs ainsi que des gaz comprimés. L’entente intervenue en décembre entre l’UdeM et le CP grâce à l’intervention du fondateur de Power Corporation, Paul Desmarais, a permis d’obtenir l’assurance d’un détournement de cette voie.

Le site du 1000, rue Saint-Denis, où s’élève l’hôpital Saint-Luc, est tout aussi exposé aux effets de matières dangereuses, font valoir MM. Couture et Saint-Pierre. En s’appuyant sur une étude de SNC-Lavalin, ils soulignent que de grandes quantités de matières dangereuses transitent par la gare de triage de Pointe-Saint-Charles, située à trois kilomètres de l’hôpital Saint-Luc. Le document mentionne que les études sur cette délicate question ont été «conduites selon les règles de l’art».

Sur la question des besoins en soins hospitaliers, les experts ont pris en compte le consensus sur la nécessité d’ériger un CHUM sur un seul site avec 700 lits spécialisés. Ils recommandent que les 300 lits devant assurer les soins dits de proximité soient établis à l’hôpital Notre-Dame (coût de 70 millions). L’avis de l’Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal, qui estimait qu’une décision en faveur d’Outremont créerait un déficit de 125 lits au centre-ville, est écarté. Cela «ne devrait pas être déterminant dans le choix du projet et du site optimal», écrivent MM. Couture et Saint-Pierre.

L’importance de la synergie apparaît comme l’un des principaux éléments d’analyse. À court terme, notent les experts, seul le projet d’Outremont offre cette synergie entre la faculté de médecine et l’hôpital universitaire, «avec des retombées importantes pour l’enseignement et la recherche en sciences de la santé».

En comparaison, le développement d’une technopole au 1000, rue Saint-Denis, n’est que théorique, comme on le note dans le rapport. Le projet nécessiterait le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, ce qui serait très onéreux : 180 millions. «La technopole au site du 1000 Saint-Denis n’est pas pratiquement réalisable dans les conditions actuelles», peut-on lire. La synergie entre la technopole et le secteur privé est également retenue. C’est le «seul site qui offre des garanties de succès à la réalisation d’une technopole importante au Québec capable de cristalliser la réputation de Montréal dans les sciences de la santé tout en favorisant le rapprochement avec les initiatives fort probables du secteur privé».

On note également que Montréal International ainsi que les principaux acteurs du secteur pharmacologique et biomédical du Québec préfèrent le site d’Outremont «pour les activités privées de synergie du concept technopole».

Le privé pourrait également être mis à contribution pour la réalisation du projet. Les experts Couture et Saint-Pierre estiment que cette technopole peut prendre forme sous l’autorité d’un maître d’œuvre public mais également en partenariat public-privé.

Dans l’hypothèse où le gouvernement Charest déciderait d’opter pour le 1000, rue Saint-Denis, les auteurs du rapport recommandent de démolir l’hôpital existant pour construire un édifice neuf. D’ailleurs, écrivent-ils, il y a eu sous-estimation des coûts de rénovation. «Le site Outremont ne coûtera pas plus cher tout en présentant des risques moindres liés aux imprévus et à la complexité de la réalisation du projet», précisent-ils.

Partant de la prémisse que le site du 1000, rue Saint-Denis ne respecte pas les normes, l’équipe d’experts a procédé à des ajustements des évaluations soumises par le CHUM, augmentant ainsi les coûts du projet. On souligne également que les frais qu’entraînerait la construction du CHUM tout en maintenant l’hôpital Saint-Luc ouvert, ce qu’on appelle les coûts de transition, n’ont pas été analysés. Mais globalement, «les coûts des projets sont tout à fait comparables et ont fait l’objet d’une évaluation d’environ 1,35 milliard de dollars».

Selon l’évaluation de MM. Couture et Saint-Pierre sur une base comparable, un CHUM au centre-ville nécessiterait un investissement de 1,4 milliard alors qu’à Outremont, il s’agirait d’une facture de 1,3 milliard. Si l’on ajoute les facultés des sciences de la santé, le projet de l’UdeM totaliserait 1,9 milliard. Toutefois, des variations de coûts apparaissent d’un tableau à l’autre dans le document. En page 86, la facture totale d’une technopole de la santé et du savoir est plutôt estimée à 1,7 milliard.

***

La lettre de présentation du rapport

Voici un extrait de la lettre de présentation du rapport Couture–Saint-Pierre transmise hier au premier ministre Jean Charest ainsi qu’au ministre de la Santé, Philippe Couillard.

«Dans le court laps de temps que nous avions, il nous était impossible de reprendre toutes les études qui furent effectuées dans ce dossier depuis plus de sept ans, dont certaines viennent tout juste d’être déposées.

Nous sommes conscients du climat émotif et surchauffé qui entoure le dossier. L’intérêt des médias pour les positions des uns et des autres en est une bonne illustration. De notre côté, nous avons abordé ce mandat avec toute l’énergie voulue et un grand souci d’objectivité, en gardant continuellement à l’esprit les intérêts supérieurs du Québec.

D’autres experts vous auraient peut-être donné des recommandations différentes. Celles que nous vous formulons représentent nos convictions sincères.»




LE CHUM À OUTREMONT - Déplacer des voies ferrées serait difficile

Pascale Breton et André Noël
La Presse jeudi 03 février 2005

Une importante ligne de chemin de fer doit être enlevée pour permettre la construction du CHUM dans la gare de triage d'Outremont, mais le Canadien Pacifique ne sait toujours pas où la replacer, selon une lettre envoyée par le CP au recteur de l'Université de Montréal.

La mission est en effet ardue. On ne déplace pas une voie ferrée en milieu urbain aussi facilement qu'en rase campagne, a souligné Saeed Mirza, professeur de génie de l'Université McGill spécialisé dans les réhabilitations d'infrastructures.

«En génie, tout est faisable, a dit de son côté Karsten Baass, spécialiste des transports à l'École polytechnique de Montréal. Mais il faut un espace minimal pour construire des viaducs. Dans ce cas, je ne sais pas quelle est la solution.»

Deux lignes ferroviaires appartenant au CP traversent la gare de triage. La première va d'est en ouest, la seconde du nord au sud. Les plans présentés par l'université prévoient la disparition de cette seconde ligne pour faire place à l'hôpital universitaire et aux facultés des sciences de la santé.

Or cette ligne nord-sud est essentielle pour les trains de banlieue et de marchandises. Elle doit se raccorder à la ligne est-ouest afin de rejoindre le centre-ville (pour les passagers) et la gare de triage Saint-Luc (pour les marchandises). Actuellement, la jonction se fait sous le viaduc du chemin Rockland.

Si elle n'est pas déplacée, il est impossible de construire le CHUM et les facultés à Outremont. Dans une lettre envoyée la semaine dernière au recteur Robert Lacroix, le vice-président du CP, Don Campbell, reconnaît implicitement qu'il ne sait pas où la replacer.

«Nous examinons la possibilité de localiser la subdivision Parc (la ligne nord-sud) sur un tracé plus à l'est à partir du point milliaire 5,5 pour une distance d'environ un kilomètre jusqu'à l'embranchement Outremont où les deux voies se rejoindront», indique-t-il dans une lettre datée du 24 janvier, et obtenue par La Presse.

«Cette voie ferrée qui ne comporterait pas de croisements à niveau serait utilisée principalement pour les trains de banlieue de la ligne de Blainville que nous exploitons pour le compte de l'AMT (Agence métropolitaine de transport) et pour les convois du Chemin de fer Québec-Gatineau en route vers la cour de triage St-Luc.»

Le scénario à l'étude

Le scénario à l'étude est l'emprise d'une voie désaffectée située entre l'avenue du Parc et le boulevard Saint-Laurent. Mais depuis son abandon, les magasins Home Depot y ont installé leur aire de livraison. Plus au nord, des bâtiments ont été érigés directement sur l'emprise: il faudrait les démolir. Par ailleurs, cette voie ferrée à rebâtir traverse les rues Beaubien et Saint-Zotique.

Selon les consultants embauchés par l'université, 20 % des quelque 8000 déplacements en voiture autour de la technopole de la santé d'Outremont passeraient par ces deux rues. Il faudra construire des viaducs pour permettre à ces 2000 voitures de passer sous la voie ferrée, les passages à niveau étant dorénavant interdits.

Or, l'espace est limité. Rue Beaubien, depuis l'est, il y a si peu d'espace que la pente du viaduc serait de 10 %. Cela dépasse les normes. «Une pente idéale est de 2 % ou de 3 %, a dit M. Mirza. Elle peut être un peu plus accentuée, mais pas beaucoup plus, pour des raisons de sécurité, de visibilité et de drainage.»

Selon les normes de l'Association des transports du Canada, la pente d'un viaduc doit avoir au maximum 6 % lorsque les voitures roulent à 50 km/h. «Les pentes des viaducs voisins vous donneront une bonne idée de ce qu'il faut faire», a suggéré M. Baass. Dans le viaduc de l'avenue du Parc, au sud de la rue Beaubien, la pente est de 5 %.

Importantes démolitions

La configuration de la rue Saint-Zotique pose un autre genre de problème. Dans ce secteur, la rue est étroite et sinueuse. Il faudra en faire une artère droite, elle aussi passant sous un viaduc. Cela suppose aussi d'importantes démolitions.

Les coûts de ces viaducs, démolitions et constructions ne sont pas précisés dans les études accessibles au public. À titre de comparaison, le tout nouveau viaduc de la rue Chabanel, sous le boulevard de L'Acadie, a coûté 16 millions de dollars, alors qu'il se faisait dans un milieu non bâti.

Enfin, M. Mirza a souligné que l'espace est très restreint pour faire tourner un long train de marchandises dans l'aire de livraison des magasins Home Depot. Les virages des chemins de fer ne peuvent être très prononcés, a-t-il fait remarquer.

Mardi, le recteur Robert Lacroix a dit que ce n'était pas à lui de décider où serait déplacée la voie ferrée. Il a été impossible, hier, de parler à un porte-parole du Canadien Pacifique et de savoir quand le CP arrêterait son choix.




Non à la construction de 2 CHU !

Denis Lazure, ex-ministre de la Santé (1976-1981)
L'aut'courriel n° 109, 2 février 2005

Le gouvernement du Québec s’apprête à procéder à la construction de deux hôpitaux universitaires au coût estimé de près de 3 milliards.

C’est en 1992-1993 que le gouvernement de Daniel Johnson autorisait le projet du CHU-McGill, un super-hôpital destiné à remplacer cinq hôpitaux existants. Quelques années plus tard, le gouvernement du Parti Québécois cédait aux pressions des universitaires et des médecins des hôpitaux Notre-Dame, Saint-Luc et Hôtel-Dieu : puisqu’ils n’arrivaient pas à s’entendre sur la répartition des sur-spécialités pour éviter les dédoublements coûteux d’équipement, ils n’ont pas eu de mal à obtenir le feu vert du gouvernement pour bâtir un méga-hôpital qui abriterait tout sous un seul toit, car comment refuser aux francophones ce qu’on avait approuvé pour les anglophones?

Discrètement, les autorités de McGill ont procédé ayant obtenu en 2001 du gouvernement Bouchard l’autorisation d’acheter pour 18 millions $ la cour de triage Glen, propriété du CN. Durant ce temps, les mandarins de l’Université de Montréal, avec ou sans l’appui de nos élites financières, se chicanent sur le site à retenir : le 6 000 Saint-Denis, l’Hôpital Saint-Luc, l’Hôpital Hôtel-Dieu et la cour de triage du CP à Outremont !

Jamais les autorités gouvernementales et universitaires n’ont accepté d’étudier sérieusement l’option de choisir un hôpital existant, en procédant à des rénovations et en ajoutant un pavillon doté des équipements les plus modernes. On demandait une estimation sommaire du coût de ces rénovations à des entreprises qui allaient plus tard soumissionner pour le chantier du méga-hôpital : bien sûr ces «experts» ont décrété qu’il en coûterait des sommes faramineuses et que, de toute façon, ces bâtiments étaient trop vétustes!

Jamais les autorités n’ont rendu publique la liste des pavillons nouvellement construits ou rénovés à coup de douzaines de millions ces dernières années dans les 8 hôpitaux montréalais qu’on s’apprête à abandonner.

Deux mythes ont formé la trame de fond de cette interminable saga des méga-hôpitaux : la soi-disant vétusté de ces hôpitaux et l’affirmation non-fondée que la formation du futur médecin est meilleure si elles donnée dans un seul édifice.

Si les gouvernements n’ont pas le courage de dire non aux rêves mégalomanes de nos universitaires, limitons les dégâts et concentrons les efforts sur la construction d’un seul CHU au service des deux Facultés de Médecine, Montréal et McGill.

Le discours des différents ministres de la Santé affirme qu’il y aura coordination et complémentarité entre les soins super-spécialisés offerts par les deux méga-hôpitaux : la seule garantie réaliste que cela se fasse, c’est l’intégration sous un seul toit!

Montréal n’a pas besoin de deux méga-hôpitaux et le Québec n’a pas les moyens d’engloutir, non pas 2-3 milliards dans ces projets, mais bien 4 à 6 milliards car on sait que tout projet majeur coûte toujours le double de ce qui est prévu!

Dépenser frivolement une telle somme se ferait au détriment des besoins de la population, en dehors de Montréal, et d’autre part retarderait encore l’investissement qui devrait être fait pour les soins à domicile, pour les soins prolongés aux personnes âgées et aux personnes handicapées et pour rendre plus efficaces les salles d’urgence et enfin diminuer les listes d’attente en chirurgie : telles sont les vraies priorités aux yeux de la population et non par la construction des CHU «

Il se fait tard, le gouvernement Charest donne l’impression que sa décision est prise quant au site du CHUM et qu’il a donné carte blanche au projet McGill, s’appuyant sur l’opinion de MM. Mulroney et Johnson, justement le même Johnson qui avait déjà dit oui à McGill en 1992-1993.

Jamais deux sans trois, dit l’adage : après le recul sur le Suroît et celui sur le financement des écoles juives, pourquoi pas un troisième de la part de M.Charest : à tout le moins, que le gouvernement ait la décence d’offrir des audiences publiques, conjointement avec la Ville de Montréal et que cette fois, toutes les options soient sur la table, notamment celle d’un seul CHU, de préférence sur un terrain non-contaminé.





Emplacement du CHUM

L'OPPOSITION OFFICIELLE RECLAME UN DEBAT D'URGENCE A L'ASSEMBLEE NATIONALE

MONTREAL, le 3 fév. /CNW Telbec/

Dans une lettre adressée au premier ministre, M. Jean Charest, le député de Verchères et chef de l'opposition officielle, M. Bernard Landry, a réclamé la tenue d'un débat d'urgence à l'Assemblée nationale concernant le choix du site pour l'emplacement du futur CHUM. "Ca ne peut plus durer. La question de l'emplacement du CHUM est capitale. La population du Québec et les parlementaires sont en droit de savoir ce qui se passe actuellement derrière les portes closes du gouvernement libéral", a déclaré M. Landry.

"Nous réclamons également que le gouvernement rende publics les rapports de MM. Daniel Johnson, Armand Couture et Guy Saint-Pierre de même que toutes les études qui accompagnent ces rapports. Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de rendre ces documents publics dès maintenant? Quels sont les faits qu'il refuse de révéler?", a questionné la députée d'Hochelaga-Maisonneuve et porte- parole en matière de santé, Mme Louise Harel.

Cette demande de débat d'urgence survient après le refus du gouvernement Charest de tenir une Commission parlementaire de quelques jours. "Tout porte à croire que le gouvernement préfère entretenir la zizanie, les rumeurs et l'influence des lobbies plutôt que de faire place à un débat public, transparent et serein. L'objectif d'une commission parlementaire n'est pas de retarder le dossier, mais plutôt de faciliter une décision éclairée", a ajouté Mme Harel.

Rappelons que l'opposition officielle et le gouvernement s'entendent sur la nécessité d'un nouveau CHUM sur un site unique tout comme et ils s'entendaient sur la nécessité d'un nouveau CUSM. La lenteur du gouvernement à prendre une décision dans le dossier du CHUM risque de faire en sorte que la construction des deux futurs hôpitaux universitaires ne puisse démarrer en même temps avec toutes les conséquences que cela pourrait entraîner. "Le gouvernement Charest doit cesser de tergiverser, accepter la tenue d'un débat parlementaire d'urgence en toute transparence et assumer ses responsabilités en prenant une décision dans les meilleurs délais", a conclu M. Landry.





Emplacement du CHUM

Charest veut imposer son choix

Denis Lessard
La Presse vendredi 4 février 2005

Plus de 4400 wagons contenant des matières dangereuses continueront de rouler sur les rails à proximité d'un éventuel CHUM érigé dans l'actuelle garde de triage d'Outremont.

Le premier ministre Jean Charest a balayé du revers de la main les avis de ses principaux ministres et tout mis en place pour annoncer, dès la semaine prochaine, que l'emplacement d'Outremont sera retenu pour la construction du nouveau centre hospitalier universitaire francophone.

Cette décision devrait probablement tomber à l'issue de la prochaine réunion du Conseil des ministres, mercredi. Le cabinet de M. Charest prévoyait aussi convoquer aujourd'hui, pour la semaine prochaine, un caucus extraordinaire pour consulter les députés afin de ne pas rééditer le dérapage des écoles privées juives, une décision prise en vase clos.

Hier, c'était la retraite dans le désordre chez l'un des plus fervents défenseurs du CHUM au centre-ville, le ministre de la Santé, Philippe Couillard. Après avoir assisté avec M. Charest à la présentation des experts, Armand Couture et Guy Saint-Pierre, dont le verdict est clairement en faveur d'Outremont, M. Couillard a même soutenu que ce rapport «cristallisait son opinion» quant au choix de l'emplacement du CHUM.

L'enquête la plus complète

Au cabinet de M. Couillard, on expliquait que l'enquête menée par le tandem Couture-Saint-Pierre était la plus complète, «celle qui se base sur le plus grand nombre d'informations».

«Ce rapport est une analyse fort importante, elle arrive en bout de course, elle vient ramasser plus que les autres (études) avaient fait avant. Les autres n'avaient pas toutes les analyses de l'Université de Montréal. Cette dernière souligne elle-même qu'elle a ajouté des précisions sur les coûts et sur les étapes du projet qui n'étaient pas disponibles avant», d'expliquer Cathy Rouleau, la porte-parole de M. Couillard.

Autre indice montrant que c'est bien Jean Charest qui dicte le programme dans ce délicat dossier : la veille M. Couillard évoquait encore la fin février pour qu'une décision soit prise.

Quatre études

Pas moins de quatre études jusqu'ici recommandaient le choix de Saint-Luc pour le nouveau CHUM. Les conclusions de la commission Mulroney-Johnson, au printemps 2004, celle de l'Agence de santé de Montréal, le rapport de la demi-douzaine de sous-ministres concernés par ce dossier déposé l'automne dernier et, finalement, l'avis supplémentaire fourni par l'ancien premier ministre Johnson au début du mois de décembre.

D'autres ministres, la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, et le représentant de la circonscription où se trouve Saint-Luc, Jacques Chagnon étaient, comme M. Couillard, partisans du centre-ville, révélait La Presse lundi. Mais on peut penser que leur opposition pèsera moins lourd après la volte-face du ministre Couillard.

Après la présentation de MM. Saint-Pierre et Couture, M. Charest s'est contenté d'une brève déclaration. «Ils nous ont remis leur rapport, on va prendre le temps de l'étudier le plus rapidement possible. On va également vouloir consulter le caucus et le Conseil des ministres avant de prendre une décision». M. Charest a repoussé les questions et s'est engouffré dans sa limousine.

Outremont, le «site optimal»

Joint par La Presse, l'un des deux coauteurs de l'étude qui juge que la cour de triage d'Outremont est «le site optimal pour regrouper le CHUM et la faculté de médecine», Armand Couture, a confirmé hier les informations publiées par Le Devoir.

Joint la veille en après-midi, il avait déclaré à La Presse qu'il était toujours à travailler au rapport qu'il «devait remettre au premier ministre», une position qu'il s'est contenté de répéter quand on lui a demandé s'il relevait aussi du ministre Couillard.

Le rapport n'a été remis qu'hier matin aux cabinets de MM. Charest et Couillard, a-t-il assuré hier.

Mercredi, M. Couture avait indiqué qu'il serait prêt à discuter de ses propositions vendredi. Il avait changé de discours hier. «Je parlerai quand j'aurai l'autorisation du gouvernement», s'est-il contenté de dire.

Pour le chef du département de médecine du CHUM, le Dr André Lacroix, les conclusions des experts tombent sous le sens.

«On savait ce qu'il y avait dans ce rapport», laisse-t-il tomber, expliquant avoir eu subitement des craintes quand dans une entrevue avec La Presse, le ministre Couillard avait soutenu qu'il ne s'agirait que d'un avis parmi d'autres, et qu'il ne comprendrait pas nécessairement de recommandations.

Or, le rapport Couture-Saint-Pierre indique clairement que «le site optimal est celui qui regroupe le nouveau CHUM avec la faculté de médecine et d'autres composantes universitaires sur un même site, dans le but de créer une technopole de la santé et du savoir. Le site optimal de ce projet est le site d'Outremont par sa superficie suffisante et par sa synergie avec les activités universitaires», affirment les auteurs.

Produits dangereux

Le rapport relève que les engagements du Canadien Pacifique de détourner le transport des produits les plus dangereux du site d'Outremont a «modifié sensiblement les critères de sélection du site».

Après avoir soulevé la colère du milieu avec leur hypothèse d'un CHUM à 550 lits à Outremont et de 450 lits à Notre-Dame, les deux experts ont simplement rajusté leur tir pour offrir 700 lits à la gare de triage, tout en maintenant 300 lits «de proximité» à Notre-Dame. Jusqu'ici, le ministre Couillard avait toujours dit qu'il serait impossible de donner le feu vert à 700 «nouveaux lits» à l'intérieur des budgets connus.

Les députés de Montréal devraient être convoqués lundi pour permettre à M. Charest de mettre la table. L'ensemble des élus libéraux devraient être appelés à Québec mardi.

«À la merci des experts»

Chez les élus, on ne prévoit pas de problèmes autour de la décision d'envoyer le CHUM à Outremont. «On est à la merci des experts dans des dossiers aussi complexes», indique-t-on. En revanche, M. Charest, qui reverra ses troupes pour la première fois depuis les Fêtes, aura passablement de fil à retordre pour les rassurer, compte tenu du sondage dévastateur publié hier par La Presse.





Emplacement du CHUM

CHUM: Une décision imminente

Breton, Pascale; Noël, André
La Presse vendredi 4 février 2005

Gare de triage d'Outremont
Le CP détournerait les explosifs
Un volume important de matières dangereuses circulerait tout de même à 100 m de l'hôpital.

Le Canadien Pacifique a offert de détourner 12 % des matières dangereuses à Outremont pour permettre la construction du CHUM. Mais une partie importante des autres 88 % qui circuleraient à 100 mètres de l'hôpital sont de nature à s'enflammer facilement et à dégager des gaz toxiques, selon le rapport de la firme Dessau-Soprin commandé par le CHUM.

La Loi sur le transport des matières dangereuses établit neuf classes. Le CP a offert de faire passer les deux premières classes ailleurs qu'à Outremont, soit les explosifs et les gaz comprimés comme le chlore. Cela représente environ 600 des 5000 wagons et conteneurs de matières dangereuses qui traversent la gare de triage d'Outremont chaque année.

La firme d'ingénieurs Dessau-Soprin a fait une description détaillée de ces produits dans un addenda à un rapport déjà remis au CHUM. L'addenda est daté du 14 octobre et a été obtenu par La Presse en vertu de la Loi d'accès à l'information.

La moitié des marchandises dangereuses qui traversent Outremont sont transportées par les trains du Canadien Pacifique; l'autre moitié par les Chemins de fer Québec-Gatineau sur une ligne appartenant au CP. Dans cet addenda, la firme Dessau-Soprin décrit seulement les matières transportées par le CP en 2003. Voici des extraits de l'addenda:

Les solides inflammables (classe 4) qui sont passés par Outremont comprennent du dioxyde de thiourea qui peut s'enflammer spontanément dans les conditions normales de transport; du naphtalène fondu qui, dans les conditions normales de transport, s'enflamme facilement et peut brûler violemment; et du méthylate de chlorosilane qui, en contact avec de l'eau, émet des quantités dangereuses de gaz inflammables ou devient spontanément inflammables.

Les matières toxiques et infectieuses (classe 6) qui ont traversé le secteur d'implantation (du CHUM) à Outremont comprennent principalement du phénol fondu, du chloracétone de sodium et du résorcinol, qui sont toxiques par l'inhalation de leurs vapeurs, par le contact avec l'épiderme ou par ingestion.

Les comburants et peroxydes organiques (classe 5) ayant passé par Outremont comprennent principalement du chlorate de sodium et du nitrate d'ammonium, qui provoquent la combustion d'autres matières ou y contribuent en formant de l'oxygène ou d'autres substances oxydantes.

À cela s'ajoutent les liquides inflammables comme du méthanol et de l'éthanol (classe 3), les matières radioactives (classe 7), corrosives (classe 8) et diverses comme les déchets dangereux solides ou liquides (classe 9). L'addenda de Dessau-Soprin ne précise pas le degré d'inflammabilité et de toxicité de tous ces produits.

Classes à problème

La Presse a lu des extraits de cet addenda à Denis Léonard, chargé de l'étude de risques sur le projet du CHUM-Outremont chez SNC-Lavalin, à Alexandre Chabot, chef de cabinet du recteur de l'Université de Montréal, et à Denise Nepveu, porte-parole du Canadien Pacifique. Aucun d'entre eux n'a nié les données.

" Le CP a exclu les classes qui sont le plus problématiques au niveau du risque, a dit M. Léonard, de SNC-Lavalin. Toute matière dangereuse comporte des risques. Les matières qui n'ont pas été exclues ont peu de portée en terme de distance. On ne parle plus du même risque. C'est de ça qu'il faut tenir compte. Les (sept) autres classes ne perturberont jamais un CHUM. "

Selon un rapport du Centre de sécurité civile de Montréal, 47 accidents ferroviaires mettant en cause des marchandises dangereuses se sont produits sur l'île de Montréal entre 1988 et 1999, soit environ quatre par année. De ce nombre, aucun accident n'a impliqué les matières de classe 1 (les explosifs), 14 ont impliqué les matières de classe 2 (les gaz comprimés) et 33 des matières appartenant aux 7 autres classes comme celles qui rouleront près du CHUM-Outremont.

Selon ce même rapport, Transports Canada exige un rapport immédiat lorsqu'un accident met en cause 100 litres et plus de gaz inflammables (appartenant à la classe 2). Mais il faut faire un rapport immédiat si l'accident met en cause un seul litre de peroxydes organiques (classe 5.2), cinq litres de matières corrosives (classe 8) ou la moindre quantité de matières infectieuses ou radioactives (classes 6 et 7).

M. Léonard a conclu son analyse de risque en affirmant qu'un CHUM construit à Outremont serait plus sécuritaire que si le CHUM avait été construit un peu plus à l'est, près des rues Saint-Denis et Rosemont. Hier, il a confirmé qu'il avait fait cette conclusion en tenant pour acquis que 4400 wagons de matières dangereuses continueront de traverser Outremont, alors que 2400 roulent près du 6000 rue Saint-Denis. Une telle conclusion n'est-elle pas contradictoire?

" Ce n'est pas mathématique, a répondu M. Léonard. La conclusion n'est pas fonction de la quantité, mais du type de classe. Là, on enlève des classes. "

Enfin, la porte-parole du CP, Denise Nepveu, a dit que la société ne savait toujours pas comment elle allait pouvoir déplacer la ligne de chemin de fer exploitée dans l'axe nord-sud par les Chemins de fer Québec-Gatineau et l'Agence métropolitaine de transport.

Une lettre envoyée par le vice-président du CP, Don Campbell, au recteur Robert Lacroix, montre que le CP étudie la possibilité de la déplacer entre l'avenue du Parc et le boulevard Saint-Laurent. Mais, selon des experts, cela pose d'énormes difficultés.

Le CP peut-il au moins donner la garantie qu'il pourra déplacer cette voie? " Pour l'instant, nous ne pouvons rien dire, a répondu Mme Nepveu. Nous attendons la décision de Québec. On aimerait savoir à quoi s'en tenir. "





Emplacement du CHUM

Rapport des experts sur le nouveau CHUM

Kathleen Lévesque
Le Devoir vendredi 4 février 2005

Rapport des experts sur le nouveau CHUM : La technopole à Outremont, l'hôpital à Saint-Luc : Cette fois, Charest entend consulter son caucus

Si les experts Armand Couture et Guy Saint-Pierre recommandent au gouvernement le projet de technopole de la santé et du savoir à Outremont, ils estiment toutefois que l'hôpital Saint-Luc, au centre-ville, est le meilleur site où construire un centre hospitalier universitaire sans la présence de la faculté de médecine.

Armand Couture et Guy Saint-Pierre écrivent, dans le rapport d'une centaine de pages dont Le Devoir a révélé les principales conclusions hier, que «le site optimal pour le CHUM seul est le site 1000 Saint-Denis». Cette mention n'est pas mise en évidence. Elle chapeaute un tableau sur les coûts comparatifs des deux sites. Selon les informations recueillies par Le Devoir, une version épurée aurait été transmise hier au premier ministre Jean Charest ainsi qu'au ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard.

C'est lors d'une rencontre qui a duré une heure et demie au cabinet du premier ministre que MM. Couture et Saint-Pierre ont présenté les résultats de leur analyse. Ni M. Charest ni M. Couillard n'ont voulu commenter la conclusion favorable au site d'Outremont.

Dans une courte déclaration avant de se diriger vers l'aéroport pour un vol qui devait le conduire dans l'État de New York, Jean Charest a dit que son gouvernement prendra une décision le plus rapidement possible. Mais, contrairement à la décision qu'il a prise de subventionner à 100 % les écoles juives, M. Charest prendra le temps de consulter le caucus de ses députés et «évidemment le conseil des ministres», a-t-il précisé. Cette consultation se fera la semaine prochaine. M. Charest n'a pas voulu répondre aux questions des journalistes.

«Les deux options [le 1000 Saint Denis et le site d'Outremont] sont encore sur la table», a soutenu M. Couillard en sortant de la réunion. Le rapport Couture-Saint-Pierre permettra au gouvernement «de prendre la meilleure décision pour l'emplacement du CHUM dans le respect de l'intérêt supérieur du Québec».

M. Couillard a laissé entendre que sa décision était déjà prise. «J'avais déjà une opinion qui était en train de se former.» Aussi, le rapport «va aider à la cristalliser et à mieux la définir, comme tous les autres rapports», a-t-il dit. Chose certaine, la décision doit être prise rapidement parce que «c'est le délai dans les débats qui a atteint un certain inconfort», a constaté le ministre. Il faut maintenant «non plus parler de l'implantation du CHUM, mais de sa construction», a-t-il dit.

Sur ce point précis, les experts évaluent que la construction du CHUM, qu'elle se fasse au centre-ville ou à Outremont, nécessiterait un investissement de 1,35 milliard, soit 250 millions de plus que le plafond budgétaire prévu (1,1 milliard: 800 millions provenant de fonds publics québécois, 200 millions du privé et 100 millions du fédéral).

Pour établir une base comparable, le comité d'experts a ajusté les coûts reliés aux projets. Au 1000 Saint-Denis, par exemple, une somme de 132 millions est ainsi ajoutée pour prendre en compte le fait qu'il faudrait écarter la rénovation de l'hôpital Saint-Luc et construire un CHUM neuf, selon les experts. Aussi, les coûts du stationnement souterrain de 85 millions sont additionnés alors que le comité de planification du CHUM les avait écartés, compte tenu qu'il s'agit d'une activité autofinancée.

Par ailleurs, on apprend à la lecture du document que les frais pour le contournement de la voie ferrée sont de 37 millions. Cette somme est dévolue au projet d'Outremont. C'est par cette voie ferrée que transitent des matières dangereuses à l'heure actuelle. L'engagement du Canadien Pacifique a convaincu les experts que le site d'Outremont est acceptable du point de vue de la sécurité.

Le rapport Couture-Saint-Pierre aborde brièvement la question des risques de dérapage que comportent des projets d'une telle envergure. Des problèmes pourraient survenir en raison notamment de la définition du programme fonctionnel et technique, du contrôle de leur gestion des coûts et des échéanciers. Les projets «sont aussi sujets à une attention particulière des instances syndicales quant au renouvellement des conventions collectives et des conditions de travail sur les grands chantiers», ajoutent les auteurs de l'analyse.

En réaction aux révélations du Devoir, le Dr Serge Bélisle, porte-parole de la Table des chefs de département du CHUM, a tenu à rappeler que le projet du CHUM est d'abord et avant tout celui de doter le Québec d'un centre hospitalier universitaire de haut calibre international.

«On ne parle plus de la même chose. [...] Et comme la politique est l'art du compromis, on n'est pas très rassurés, a souligné le Dr Bélisle. On est rendus avec un site élitiste à Outremont et un site itinérant à Saint-Luc. Un site porteur à Outremont et un site perdant à Saint-Luc.»

La Coalition pour le CHUM au 1000 Saint-Denis a lancé en conférence de presse un cri du coeur en faveur du projet à l'hôpital Saint-Luc, qui s'intégrerait parfaitement au développement déjà amorcé au centre-ville. «On souhaite que la volonté des citoyens pèse dans la balance», a affirmé la porte-parole, Mme Hodder.

De son côté, l'opposition officielle à l'Assemblée nationale a réclamé la tenue d'un débat d'urgence sur le choix du site d'implantation du futur CHUM.

Avec la collaboration de Robert Dutrisac





Emplacement du CHUM

Landry veut un débat d'urgence

Karim Benessaieh
La Presse vendredi 4 février 2005

Le gouvernement accusé de frôler "le fanatisme partisan" dans le dossier du CHUM

Le gouvernement Charest a fait preuve d'un " fanatisme partisan " en écartant l'emplacement du 6000, rue Saint-Denis, un choix du PQ, et doit maintenant tenir un débat d'urgence à l'Assemblée nationale, estime Bernard Landry.

Le chef du PQ a en outre durement attaqué le gouvernement libéral pour sa gestion du dossier du CHUM, estimant qu'elle confirmait son titre de " plus mauvais gouvernement qu'on ait eu dans l'histoire contemporaine au Québec ".

Accompagné de la critique de l'opposition en matière de santé, Louise Harel, M. Landry a précisé en conférence de presse que ses députés étaient disposés à revenir rapidement en Chambre pour un débat extraordinaire. " Nous sommes prêts à nous rendre à l'Assemblée nationale pour élever de beaucoup le niveau de transparence démocratique. Et nous maintenons notre demande de commission parlementaire. "

Le chef de l'opposition soutient n'avoir aucunement tranché quant au choix du meilleur endroit, même si son gouvernement avait déjà fait son lit il y a deux ans en préférant le 6000, rue Saint-Denis. " Nous ne sommes ni butés ni bornés. On est prêts à regarder à la condition d'avoir toute l'information, et nous ne l'avons pas. On veut de l'information. On en demande pour nous, et pour l'ensemble de la population. "

Le choix de l'emplacement du CHUM, " ça ne touche pas le Parti libéral, a-t-il ajouté, ça touche la société québécoise."

Mme et lui Harel ont cependant indiqué que les inconvénients reprochés au 6000, rue Saint-Denis sont présents à la gare de triage d'Outremont. Selon les conclusions du rapport Couture-Saint-Pierre, dévoilé prématurément hier en une du quotidien Le Devoir, c'est ce dernier emplacement qui devrait recevoir le futur CHUM et la faculté de médecine de l'Université de Montréal. " Pour écarter le 6000, rue Saint-Denis, on a invoqué les raisons suivantes: les voies ferrées, un terrain contaminé et enclavé, dit Louise Harel. Ce sont les mêmes conditions qu'on trouve sur le terrain d'Outremont présentement. "

Le chef péquiste estime que le gouvernement libéral a enterré le projet du 6000, rue Saint-Denis par esprit partisan. " Le gouvernement qui nous a suivis s'est évertué à déconstruire tout ce qu'on avait fait. Pour des raisons qui jouxtent la fanatisme partisan: il s'agissait que ce soit le PQ qui l'ait fait pour qu'ils cherchent à le défaire. "

Ce dernier dossier, croit-il, confirme l'incompétence du gouvernement Charest, " qui va d'erreur en erreur depuis des mois, de promesse reniée en promesse reniée. Que ce soit dans le monde de la technologie, de la science, de l'éducation dans les régions, il y a un concert unanime de désespérance vis-à-vis de l'incompétence du présent gouvernement. C'est surprenant, on n'a jamais vu ça. "

Dernier appel en faveur de Saint-Luc

Une coalition d'une quarantaine d'organismes, appuyée par l'arrondissement de Ville-Marie, a par ailleurs lancé hier un appel de dernière minute en faveur du choix de l'hôpital Saint-Luc. Le centre-ville de Montréal, ont-ils soutenu en substance, propose déjà les infrastructures et l'environnement urbain nécessaire à l'implantation d'un hôpital de cette importance. Son choix, estiment-ils, correspondrait à une " volonté citoyenne " et permettrait de mieux servir les patients.

La coalition, dont une dizaine de membres ont pris la parole devant une cinquantaine de citoyens, " a eu une réaction d'étonnement " quand elle a pris connaissance des conclusions du rapport Couture-Saint-Pierre, a expliqué le conseiller municipal Robert Laramée.

" L'omertà (contre les autres endroits qu'Outremont) doit se terminer dès maintenant, a lancé le politicien. Il y a une omertà depuis des mois, un contrôle de l'information par des intérêts qui ne sont pas ceux des patients. "

L'arrondissement s'est engagé, pour une somme non déterminée, à refaire une partie des équipements urbains- signalisation, enseignes, parcs- pour accueillir le nouveau complexe.





Emplacement du CHUM

Big business pushes CHUM site

Josée Legault
The Montréal Gazette February 4, 2005 Friday

The cat is clearly out of the bag. The profit-making interest that some of the most powerful members of the business community have in proposing to locate the French-language superhospital in Outremont can no longer be denied.

Yesterday, Le Devoir published exclusive extracts from the latest in a series of government-ordered reports on the choice of location for the CHUM, the Centre hospitalier de l'Universite de Montreal.

Co-authors Guy Saint-Pierre and Armand Couture write choosing Outremont would favour a "rapprochement" of the CHUM with the private sector and facilitate "private-sector activities in synergy with a health-care technopolis." Never mind this is not, nor should it be, the raison d'etre of a university hospital.

If you recognize some of this jargon, it's no coincidence. U de M rector Robert Lacroix, along with a lobby of influential businessmen headed by Power Corp. founder Paul Desmarais, have been pushing the Charest government for months to build a grandiose, $2-billion CHUM technopolis in Outremont, instead of the previously picked location around St. Luc hospital.

Lacroix has been pushing to get his university a new, expensive faculty of medicine integrated into a new, expensive CHUM. Desmarais and his business lobby have been pushing to make sure private medical facilities, enterprises and clinics, some of which are already located around the Outremont site, keep multiplying and, eventually, profit from the "synergy" of being next door to the new CHUM.

It is striking the extent to which Saint-Pierre and Couture espouse Lacroix's and Desmarais's technopolis and synergy lexicon and conclude - surprise, surprise! - the CHUM should be built in Outremont. Saint-Pierre and Couture, two former eminences from SNC-Lavalin, an engineering firm that could also profit big if the Outremont site is chosen, seem to find no fault with Outremont.

Contrary to most expert opinions, as well as common sense, they contend Outremont would be no more expensive than St. Luc, that the decontamination of the CP rail yard and the displacement of major railways would be easy, and that overall access to the site for patients, most of whom live in other areas of the city, would be a breeze. This report is fit for Ripley's Believe It or Not.

This report also happens to be what Premier Jean Charest was aiming for. Just like Bernard Landry, Mario Dumont and most federal party leaders, Charest is sensitive to the business lobby, especially when Paul Desmarais comes courting.

Being stuck with a previous decision by his own government to locate the CHUM at St. Luc, Charest rushed Saint-Pierre and Couture to produce what had all the makings of a pre-determined report in less than a month. During this short period, Saint Pierre managed to spend a good part of that time away in Florida and Europe, while being paid more than $1,000 a day of our tax dollars.

But Charest's best-laid pro-Outremont plan went astray when his own authority, judgment and style of leadership were questioned openly within his cabinet following the bungled handling of the 100-per-cent public funding promised to a few private Jewish schools.

The dissatisfaction of some of his ministers, added to the public's own - yesterday, a CROP-La Presse poll showed a 68-per-cent dissatisfaction rate among voters - allowed mounting cabinet opposition to the Outremont site to express itself more freely. Charest's intent to use the Saint-Pierre/Couture report to rubber stamp Outremont will no longer fly.

Cabinet heavyweights such as Finance Minister Yves Seguin, Treasury Board President Monique Jerome-Forget and Health Minister Philippe Couillard are said to oppose their premier's preference for Outremont. The whole situation is so twisted and so shrouded in secrecy that yesterday Couillard was reduced to mumbling things like "this report will help crystallize a decision." Whatever that means.

The mounting power struggle in cabinet means the final decision keeps being postponed. Knowing the premier is increasingly isolated on this issue, the pro-Outremont lobby is also escalating its campaign. On Monday, Andre Lacroix, a CHUM doctor who has been a strong advocate of Outremont, even waved the spectre of a major exodus of specialists should the CHUM be built at St. Luc.

Throughout the CHUM saga, the chronic indecision and apparent subservience of the premier's office to the business lobby have sullied the decision-making process, divided cabinet and eroded the public's trust in a decision that should have been reached a long time ago for the common good, not as the result of backroom manoeuvrings by powerful interests.

From the first column I wrote on the subject weeks ago to today, I wish there could be a nicer way to put this, but no aspect of this Outremont file smells good.

No conspiracy theory is necessary - the troubling facts and the interests involved speak for themselves.





Emplacement du CHUM

Ça suffit !

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 4 février 2005

ÉDITORIAL - Comme le rapportait Le Devoir, hier, les deux anciens dirigeants de SNC-Lavallin chargés par le premier ministre Jean Charest de lui suggérer la voie à suivre dans le dossier du futur CHUM en sont venus à la conclusion que c'est le projet Outremont qui est le plus intéressant. Malheureusement, en faisant leur l'hypothèse de la nécessité d'une grande technopole de la santé et du savoir au lieu d'un grand hôpital universitaire, le comité a confondu son mandat avec le rêve grandiose des promoteurs du projet Outremont.

Il aura fallu moins d'un mois à MM. Armand Couture et Guy Saint-Pierre pour en venir à la conclusion que le projet de regrouper les facultés de la santé et les sociétés privées de biotechnologie sur le même site que le futur CHUM était le plus intéressant et qu'en conséquence, c'est à Outremont qu'il faut aller. L'un des deux «experts», l'ancien ministre Guy Saint-Pierre, a eu beau s'absenter du pays pendant la plus grande partie de son mandat, cela ne l'a même pas empêché de se prononcer malgré la complexité du problème et la quantité d'études contradictoires exécutées à ce jour. Quelle farce!

Or, ce sont pour la plupart ces mêmes études revues par le comité qui avaient conduit d'autres experts à des conclusions opposées. On pense notamment aux travaux de l'ancien premier ministre Daniel Johnson à qui M. Charest a demandé de revenir sur la question l'automne dernier, ou encore au comité interministériel aussi chargé de comparer les deux projets. Dans les deux cas, c'est le 1000 Saint-Denis qui avait été retenu comme site du futur hôpital universitaire francophone.

Dans la lettre de présentation qu'ils adressent au premier ministre, MM. Couture et Saint-Pierre prennent la peine de préciser que «d'autres experts vous auraient peut-être donné des recommandations différentes», voilà un aveu qui constitue bien le seul point sur lequel tout le monde s'entendra après lecture de leur document. Car pour ce qui est de l'analyse scientifique et technique des facteurs fondamentaux qui devrait normalement permettre à l'ensemble des Québécois de se faire une idée et au gouvernement de décider, le comité ne peut pas prétendre l'avoir effectuée comme il aurait fallu. Qu'il s'agisse de l'analyse des coûts, de la sécurité des sites ou de leur accessibilité, le rapport Couture-Saint-Pierre ne permet pas de trancher. Au contraire, tout porte à se méfier de ses conclusions qui placent les deux projets sur un même pied à cet égard. Pourtant, c'est à partir de ces équivalences que les deux hommes en viennent à conclure qu'étant donné la surface de terrain, beaucoup plus grande à la gare de triage d'Outremont que rue Saint-Denis, et la possibilité d'y déménager les facultés à proximité de l'hôpital, c'est le projet de «technopole de la santé et du savoir» qui sort gagnant de l'exercice! Ce genre de raisonnement a un nom: un truisme.

Dans les circonstances, on pourra se demander pourquoi les auteurs admettent eux-mêmes à la page 86 du document consulté par Le Devoir que «le site optimal pour le CHUM seulement est le site Saint-Denis». La réponse coule de source: depuis l'entrée en scène du projet Outremont, on a évacué l'idée originale de construire un grand hôpital universitaire pour lui substituer le concept d'une «technopole de la santé et du savoir».

Qui donc a décidé qu'il ne serait désormais plus question d'un grand hôpital universitaire, mais d'une technopole? Ce projet d'une envergure jamais vue est celui de l'université, du tiers des médecins du CHUM et de la famille Desmarais, point. Il n'a jamais fait l'objet de consultations publiques ni fait partie de quelque plan que ce soit dans les réseaux de la Santé et de l'Éducation. Aucune commission d'enquête ou d'évaluation ni aucun parti politique ne s'était avancé avant ce jour à proposer que le Québec investisse 2 milliards de dollars dans un tel projet alors que le système de santé continue de s'effriter. À force d'en rêver, le Québec aurait-il finalement trouvé la poule aux oeufs d'or?

Depuis l'entrée en scène de la famille Desmarais, proche de la direction du Parti libéral et propriétaire de La Presse, la polarisation du débat est devenue telle qu'il n'y plus d'arguments qui tiennent. Osons souhaiter que, faute d'une évaluation complète et indépendante de ce projet doublée d'une consultation de tous les intéressés, y compris les autres universités et l'ensemble du réseau de la santé, le gouvernement Charest saura comprendre que les intérêts du Québec ne correspondent pas nécessairement avec ceux des puissants qui grenouillent autour de lui.

j-rsansfacon@ledevoir.ca





Emplacement du CHUM

Une décision essentiellement politique

Gérald Larose, Ex-président de la CSN l'auteur est président du Conseil de la souveraineté du Québec.
La Presse vendredi 4 février 2005

Un investissement aussi structurant servira quels intérêts sociaux, scientifiques, économiques, urbanistiques et linguistiques?

Guy St-Pierre et Armand Couture ont livré leur rapport. Ce sera Outre mont. C'était écrit dans le ciel. La question est politique. La réponse aussi. En six semaines, en ces matières, personne ne devient meilleur expert. De leurs propres aveux, St-Pierre et Couture non plus. Ils se sont prêtés au jeu de la fabrication de la décision politique et comme messieurs Johnson et Mulroney avant eux, ils ont livré le résultat commandé. Le reste est du fatras.

Choisir d'ériger un ou deux centres hospitaliers universitaires est politique. Comme est politique le choix de l'emplacement d'un investissement public structurant de 2, 4 ou 6 milliards, l'engagement de la société à le financer pendant de très longues années et le rapport de proximité ou non du monde universitaire avec le monde tout court. Au chapitre des choix politiques Jean Charest n'a jamais caché ses préférences pour les ghettos économiques, linguistiques, sociaux et élitistes. Outremont s'impose.

Certains ont voulu se cacher derrière un débat technique. Le Québec, comme bien d'autres, est arrivé au 21e siècle. Il y a peu d'obstacle insurmontable. D'autres ont voulu discuter de chiffres. Rien de convaincant pour distinguer un site d'un autre. D'autres encore ont fabulé sur une technopole. Parlons-en. Une technopole en laissant un CHUM anglais se développer dans une autre cour de triage et en s'en éloignant en plus? Une technopole en laissant les facultés Desmarais et Coutu sur le site actuel de l'Université de Montréal? Une technopole à Outremont alors que les grands centres de recherche en science de la vie et de la santé (études génômiques-McGill, Institut de Recherche Clinique de Montréal-CHUM, sciences de la vie-UQAM ) sont de ce côté-ci de la montagne? Obligatoirement Outremont pour une technopole? Foutaise!

La vraie décision est politique. Elle répond aux questions suivantes: un investissement aussi structurant servira quels intérêts sociaux, scientifiques, économiques, urbanistiques et linguistiques?

Deux ou quatre milliards structurant pour accommoder d'abord la population ou les divers personnels, en particulier, les médecins? Pour rendre plus accessible l'exploration des maladies ordinaires ou pour construire d'abord des savoirs de pointe? Pour répondre à des intérêts économiques privés et pesants des lobbys ou pour enrichir le patrimoine collectif? Pour vitaliser le centre-ville ou pour enrichir les ghettos outremontais et mount-royalais? Pour induire des pratiques culturelles et linguistiques intégratives (construction québécoise) ou pour plomber encore davantage la scandaleuse et inéquitable dualité canadienne? Aucun discours technique, comptable ou pseudo-scientifique ne peut masquer la dimension essentiellement politique d'une décision aussi structurante que celle d'hypothéquer la société québécoise pour de nombreuses années, à la hauteur de 2, 4 ou 6 milliards en construisant non pas un mais deux centres hospitaliers universitaires.

Et si en plus de construire un centre hospitalier universitaire anglais (qui forme une majorité de médecins qui quittent le Québec), on choisit de dépouiller la population du centre-ville et de l'est de Montréal de son dispositif formidablement accessible pour l'implanter dans un territoire enclavé, majoritairement non francophone et exceptionnellement bien équipé en infrastructures socio-sanitaires, quel motif politique peut bien fonder semblable décision? Le même qui a présidé aux défusions l'an dernier? Aux tentatives de financement à 100 % des écoles juives plus récemment? Il a fort à parier que le gouvernement Charest n'hésitera pas encore à cultiver les ghettos, à s'attaquer à la cohésion sociale, à tenter d'enliser le Québec dans ses engagements et si possible à entamer sa volonté de se construire originalement. Un étrange gouvernement qui nous est de plus en plus étranger.