Hydro-Québec et la sécurité

LES CENTRALES LAISSÉES SANS SURVEILLANCE

Bérubé, Nicolas; Lessard, Denis
La Presse mercredi 16 février 2005

Graves lacunes sur le plan de la sécurité à Hydro-Québec : LES CENTRALES LAISSÉES SANS SURVEILLANCE

Les plus importantes centrales hydroélectriques du Québec sont si peu protégées qu'il est possible pour quiconque d'y entrer, de s'y promener pendant des heures et d'en ressortir sans que personne à Hydro-Québec ne s'en aperçoive. C'est ce qu'ont constaté un journaliste et un caméraman de Radio-Canada, dont les reportages-chocs ont été diffusés hier soir, après qu'Hydro-Québec eut tenté d'en bloquer la mise en ondes en Cour supérieure du Québec.

Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a pour sa part révélé hier que les problèmes de sécurité ne se limitaient pas aux barrages hydroélectriques. Gentilly-2, la centrale nucléaire située près de Montréal, n'est pas suffisamment sécuritaire au goût d'Énergie atomique Canada, a-t-il indiqué. Le ministre entend confier la surveillance de cette centrale à une équipe " SWAT " dirigée par la Sûreté du Québec.

Selon Radio-Canada, le ministre Chagnon n'a appris qu'hier matin l'existence des reportages embarrassants pour Hydro-Québec, alors que la société d'État en est informée depuis la semaine dernière.

Les manquements à la sécurité des plus importantes centrales hydroélectrique de la province, dont Manic-1, Manic-2, Manic-5 et LG-2, ont été révélés dans des reportages réalisés par le journaliste Christian Latreille et le caméraman Bernard Huard.

Sans prévenir qui que ce soit, les deux hommes se sont présentés à la centrale Manic-5, le mastodonte qui fournit de l'électricité à 300 000 Québécois. Là, ils ont pu pénétrer à l'intérieur du barrage Daniel-Johnson par une porte qui n'était pas verrouillée. À bord de leur camion, ils ont roulé jusque dans le ventre de la centrale, où sont situés plusieurs panneaux de contrôle. Durant leur visite, ils n'ont croisé aucun agent de sécurité, aucune caméra de surveillance, aucun système d'alarme. Ils sont repartis sans que personne ne les interpelle.

" J'ai été très surpris, explique Christian Latreille, dont les reportages étaient diffusés hier soir. C'était assez incroyable de voir qu'on pouvait entrer tout à fait librement dans la centrale. "

Les deux hommes se sont ensuite rendus à LG-2, qui fournit 5600 mégawatts à 1,2 million de Québécois, où ils ont pu répéter le même manège, toujours sans rencontrer qui que ce soit sur leur chemin. Les centrales de la Baie-James accueillent quelque 8000 visiteurs chaque année.

Reportages truqués, selon Caillé

Hier, le président d'Hydro-Québec, André Caillé, s'est dit " troublé " par les reportages qui, selon lui, sont truqués: les deux reporters auraient été accompagnés par des employés d'Hydro-Québec lors de leur visite. " On va enquêter. Il y a des choses qui vont devoir changer. Il y a un gardiennage qui a été installé 24 h sur 24 dans nos installations ", a-t-il dit sur les ondes de RDI, l'air embarrassé.

Radio-Canada a formellement démenti hier que ses reporters étaient accompagnés, affirmation que le directeur de l'information du service français du réseau, Sylvain Chamberland, a qualifié de " loufoque ".

" Les reportages démontrent clairement qu'il n'y a pas de caméras, pas d'agents de sécurité, pas de système d'alarme, que les portes sont déverrouillées et qu'il n'y a pas de clôtures. C'est déconcertant ", a-t-il dit.

De son côté, le ministre Chagnon s'est dit préoccupé par la sécurité des installations d'Hydro-Québec. " Si deux journalistes peuvent entrer dans des centrales hydroélectriques, ce n'est pas normal. On ne doit pas être capable d'entrer dans les barrages sans avoir des autorisations préalables ", a résumé M. Chagnon.

La sécurité de la centrale Gentilly-2 le préoccupe également. Tout récemment, explique-t-il, Énergie atomique Canada a recommandé que toutes les centrales canadiennes fonctionnant à partir d'un réacteur CANDU soient protégées par un véritable " SWAT Team " armé afin de décourager toute tentative de la part d'éventuels terroristes. M. Chagnon s'est entretenu hier de cette question avec le président d'Hydro-Québec.

Injonction refusée

Le journaliste Christian Latreille a contacté Hydro-Québec vendredi dernier afin de solliciter un entretien avec M. Caillé. Lundi soir, au lieu de réagir aux reportages, comme elle s'y était engagée auprès de M. Latreille, Hydro-Québec a plutôt demandé une injonction visant à empêcher leur diffusion.

Dans sa requête, la société d'État prétendait que des éléments mis en lumière dans les reportages constituent " un danger pour la sécurité nationale " et que la diffusion des reportages pourrait inciter un " hurluberlu " à s'attaquer aux installations hydroélectriques.

Hier, le juge Kirkland Casgrain, de la Cour supérieure du Québec, a rejeté les arguments d'Hydro-Québec, estimant que les reportages étaient " d'intérêt public " et qu'ils n'incitaient pas les gens à commettre des actes répréhensibles. " Si les éléments qui sont mis en lumière dans les reportages sont exacts, alors il y a des risques réels. C'est le rôle de la presse de nous faire part de ces risques ", a commenté le juge.

C'est en visitant les installations de LG-2 à l'occasion du 25e anniversaire du barrage, l'an dernier, que M. Latreille a eu l'impression que la sécurité était déficiente dans les installations d'Hydro-Québec.

" Nous avions pu nous promener partout, sans devoir rendre de comptes à qui que ce soit, explique M. Latreille. Je m'étais promis de revenir pour voir si c'était toujours comme ça. "





Hydro-Québec et la sécurité

Des barrages laissés presque sans surveillance

Paul Cauchon
Le Devoir mercredi 16 février 2005

Hydro-Québec n’a pu empêcher la diffusion d’un reportage montrant de sérieuses failles dans la sécurité

La télévision de Radio-Canada a démontré hier qu’on pouvait se promener au cœur des installations les plus stratégiques d’Hydro-Québec avec une facilité déconcertante.

Un journaliste de la télévision publique, Christian Latreille, a en effet circulé librement sur le barrage Daniel-Johnson, à La Manic, et au cœur de la centrale LG-2 à la baie James sans rencontrer âme qui vive, constatant même l’absence de caméras de surveillance. Il aurait pu détruire sans aucun problème une partie des installations avec des explosifs.

Hydro-Québec avait tout fait pour tenter de bloquer ce reportage dévastateur, qui devait d’abord être diffusé lundi soir, mais la société publique avait demandé une injonction pour en empêcher la diffusion.

Le reportage a été tourné la semaine dernière et la direction de Radio-Canada a décidé de le montrer aux représentants d’Hydro-Québec afin d’obtenir une réaction du p.-d.g. de la société, André Caillé, qui était invité au Point lundi soir.

Au lieu d’accepter l’invitation, les représentants du service des communications d’Hydro-Québec qui avaient vu les images ont informé Radio-Canada qu’ils demandaient une intervention judiciaire pour en empêcher la diffusion.

Dans sa demande d’injonction, Hydro-Québec a soutenu que la diffusion des reportages représenterait un danger pour ses installations et un danger pour la sécurité nationale, en plus de «causer un préjudice sérieux et irréparable à son image». Après avoir entendu les parties hier, la Cour supérieure du Québec a rejeté la demande d’injonction en début de soirée au nom de l’intérêt public. Radio-Canada et RDI ont commencé la diffusion du reportage peu après 18 heures.

Le journaliste se demandait si Hydro-Québec avait mis en place des mesures de sécurité spéciales à la suite des attentats du 11 septembre 2001. La réponse à cette question laisse bouche bée. L’équipe de tournage s’est en effet promenée librement sur le barrage Daniel-Johnson et dans la centrale électrique à La Manic, ainsi qu’à LG-2, pénétrant au cœur de la centrale, ne rencontrant aucun gardien de sécurité, enjambant des barrières. Les portes de certaines installations n’étaient même pas verrouillées à clé. Aucun système d’alarme n’a été déclenché.

En deux jours de tournage, le journaliste affirme avoir rencontré un seul employé d’Hydro-Québec lui ayant demandé ce qu’il faisait là.

Peu après 18 heures hier soir, Hydro-Québec a émis un communiqué pour déclarer que les faits rapportés étaient «d’autant plus préoccupants» que, quatre jours avant le passage de Radio-Canada, soit du 1er au 4 février, la Direction sécurité industrielle d’Hydro-Québec, appuyée par des firmes externes, avait inspecté et vérifié les accès aux installations !

Le président André Caillé s’est dit «troublé par les informations qui sont divulguées» et il a promis qu’une série de «mesures fermes visant à consolider la sécurité entourant [ses] installations seront mises en place».

Cependant, interviewé au Téléjournal, hier soir, M. Caillé a laissé entendre que le reportage mené à LG-2 ressemblait à «une mise en scène pour montrer ce que pourrait être un éventuel problème de sécurité dans les installations d’Hydro-Québec.» M. Caillé se base sur des images captées par une caméra installée à l’entrée de la centrale Robert-Bourassa montrant le véhicule de Radio-Canada suivre un camion d’Hydro-Québec. N’eût été du passage des employés d’Hydro, les reporters n’auraient pu pénétrer dans la centrale dont les portes sont toujours fermées, a assuré M. Caillé, ajoutant que les installations d’Hydro-Québec sont maintenant surveillées «24 heures sur 24».

Le p.-d. g. d’Hydro a toutefois reconnu que des images du reportage montraient «des choses inacceptables» et il a déclaré que l’ensemble des faits révélés font actuellement l’objet d’une enquête. «On fera le ménage qui est nécessaire, j’en prends l’engagement solennel», a-t-il dit.

Avant même la diffusion du reportage, cette affaire faisait grand bruit. «Je pense qu’Hydro-Québec fait tout pour s’assurer de la sécurité», avait déclaré en après-midi le ministre de l’Énergie, Sam Hamad. D’ailleurs, la dernière visite que j’ai faite à Eastmain et l’avant-dernière visite à LG-2, j’ai vu beaucoup de gens de sécurité autour.» Mais Radio-Canada a révélé hier que le ministre était furieux d’apprendre lundi soir qu’Hydro-Québec tentait d’empêcher la diffusion du reportage.

Après le Téléjournal d’hier soir, M. Hamad était moins catégorique, qualifiant certaines lacunes mises au jour «d’inacceptables» et promettant de demander des comptes à la société d’État.

Pour sa part, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a indiqué «qu’on ne doit pas être capable d’entrer dans des barrages ou dans le contrôle des barrages sans avoir d’autorisation préalable, qu’on soit journaliste ou autrement». N’ayant pas encore vu le reportage, le ministre a ajouté que, s’il est vrai qu’on ne trouve pas de gardiens sur les lieux, «Hydro-Québec devra répondre de ces questions parce que, évidemment, Hydro-Québec est responsable de la sécurité de ses barrages».

Hydro-Québec avait soutenu devant le tribunal que les informations contenues dans le reportage pouvaient inciter des hurluberlus, d’anciens employés mécontents ou d’autres personnes à commettre des actes de vandalisme.





Hydro-Québec et la sécurité

Mesures de sécurité défaillantes à LG-2 et Manic-5 :
Hydro-Québec dans l'embarras

Couture, Pierre PC; SRC
Le Soleil mercredi 16 février 2005

André Caillé évoque une mise en scène

Les grands barrages d'Hydro-Québec situés dans le Nord québécois seraient-ils des passoires pour les terroristes ? Deux reportages de la Société Radio-Canada (SRC) diffusés hier soulèvent de sérieux doutes quant aux mesures de sécurité prises par la société d'État à ses centrales de LG-2 et de Manic-5.

Plus tôt dans la journée, en Cour supérieure, la société d'État avait tenté de bloquer leur diffusion - sans succès lors d'une demande d'injonction - en évoquant le danger pour la sécurité nationale.

Les images de la SRC montrent qu'il a été très facile de s'introduire au coeur même des deux importantes centrales de la société d'État qui alimentent en courant plus de 1,5 million de Québécois.

Le reporter Christian Latreille et son caméraman ont pu notamment ouvrir des portes non verrouillées des centrales d'Hydro pour se glisser à l'intérieur sans jamais être embêtés par qui que ce soit. L'équipe de la SRC a même pu rouler en voiture dans les voûtes d'un des complexes, et ce sur plusieurs centaines de mètres.

De son côté, Hydro-Québec fait valoir qu'une "vérification des accès" réalisée quatre jours avant le tournage des reportages (début février) démontrait que tout baignait dans l'huile. "Mais il y a des images qui sont inacceptables", a souligné le pdg d'Hydro-Québec, André Caillé, en entrevue au Téléjournal hier soir.

Ce dernier dit avoir visionné une vidéocassette démontrant hors de tout doute que le journaliste de la SRC a reçu l'aide d'un employé d'Hydro pour s'introduire dans le complexe LG-2. "Tout se passe comme si nous avions ici une mise en scène", a-t-il lancé sur un ton accusateur.

Reprenant son calme, le grand patron de la société d'État a par la suite ajouté que toute l'histoire était maintenant "sous enquête" et que s'il fallait faire le ménage, il le fera.

Il faut dire que pour Hydro-Québec, les images diffusées hier risquent surtout d'avoir un impact sur les relations d'affaires qu'elle entretient avec ses partenaires commerciaux qui, depuis les événements du 11 septembre 2001, sont sur les dents.

D'autant plus que les installations montrées du doigt avaient été classées par la Sécurité publique et la Protection civile du pays d'"infrastructures essentielles de niveau critique".

Réactions

La diffusion de ces reportages a aussitôt eu des échos du côté du gouvernement du Québec. Si le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, s'est dit "inquiet" de la sécurité déficiente entourant les installations d'Hydro-Québec, le ministre des Ressources naturelles et responsable de la société d'État, Sam Hamad, a de son côté tenté de calmer le jeu. "Lors de ma dernière visite à LG-2, j'ai vu plein d'agents de sécurité autour", a-t-il déclaré.

Le ministre Hamad affirme avoir commandé un rapport à la haute direction d'Hydro sur tous les événements survenus au cours des derniers jours.

À la Chambre des communes, l'affaire a rebondi dans les mains du député conservateur Peter McKay qui a accusé le gouvernement Martin de ne pas prendre les menaces terroristes au sérieux, en réduisant notamment l'effectif de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au Québec.

La vice-première ministre Anne McLellan, responsable de la sécurité publique, a aussitôt répliqué que le redéploiement de la GRC visait à mieux couvrir les frontières et à améliorer les ententes avec la Sûreté du Québec (SQ).

Rappelons que Radio-Canada prévoyait diffuser pour la première fois les reportages sur Hydro-Québec lundi soir. Dans une requête qualifiée d'"urgente" en Cour supérieure, la société d'État avait réussi à faire bloquer leur diffusion, le temps qu'un juge se penche sur le sérieux des arguments évoqués. Hier, dans son argumentation devant le juge Kirkland Casgrain, Hydro-Québec a fait valoir que les informations du journaliste de la SRC étaient de nature à donner "la recette" à des hurluberlus. Hydro a ainsi avancé que d'anciens employés mécontents ou d'autres personnes pourraient alors être incités à poser des gestes de vandalisme et à interrompre l'approvisionnement en électricité de milliers de personnes.

PCouture@lesoleil.com





Hydro-Québec et la sécurité

Le devoir d'Hydro

André Pratte
La Presse mercredi 16 février 2005

Les bras nous en tombent: dans un reportage diffusé hier soir par Radio-Canada, on voit un journaliste pénétrer et circuler en plein coeur des centrales hydroélectriques Robert-Bourassa, Manic 5 et Manic 5-PA sans être inquiété par qui que ce soit. Christian Latreille n'a bénéficié d'aucune complicité; il n'a utilisé aucun subterfuge. Il s'est tout simplement présenté aux portes de chacune de ces installations-clés; des portes qui n'étaient ni gardées ni verrouillées!

Moins de quatre ans après le 11 septembre 2001, le reportage révèle qu'à certains moments, on peut circuler dans les installations d'Hydro-Québec comme dans un moulin. Il ne s'agit pas de paniquer ou d'inventer des scénarios apocalyptiques: les probabilités d'un attentat terroriste contre le Québec sont faibles. En outre, un terroriste futé trouverait sans doute plus efficace de s'attaquer aux infrastructures informatiques d'Hydro-Québec qu'à ses centrales. N'empêche: on s'attend à ce qu'un minimum de protection existe.

Plutôt que de fournir immédiatement à la population les explications auxquelles elle a droit, Hydro-Québec a tenté d'empêcher la diffusion du reportage en question. Ce faisant, elle s'est non seulement montrée extraordinairement arrogante; elle s'est couverte de ridicule. Selon la société d'État, la diffusion du reportage allait mettre en cause la sécurité nationale. Or, si menace il y a à la sécurité nationale, ce n'est pas la faute du journaliste, mais celle de la société elle-même! À l'opposé des accusations loufoques d'Hydro, Radio-Canada a bien servi l'intérêt public en mettant au jour une situation très préoccupante.

La Cour supérieure ayant rejeté la requête en injonction du revers de la main, Hydro-Québec a publié un communiqué de cinq paragraphes. Le PDG André Caillé s'y dit " troublé " par les informations divulguées, et s'engage à " régler rapidement cette situation ". Cette réaction sibylline est tout à fait insuffisante. Hydro-Québec doit expliquer aux Québécois comment des failles aussi béantes dans son système de sécurité ont pu se produire. L'entrevue désordonnée accordée en fin de soirée par M. Caillé au Téléjournal n'a rassuré personne. Il est désormais clair que les Québécois ne peuvent croire la société d'État sur parole en ce qui a trait à la protection de ses installations. Par conséquent, le gouvernement du Québec doit obtenir d'Hydro des engagements précis en cette matière, et exiger que des vérifications indépendantes soient faites à intervalles réguliers. .





Hydro-Québec et la sécurité

La SQ analysera les mesures de sécurité
- Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon

Presse Canadienne mercredi 16 février 2005

Le gouvernement Charest confie à la Sûreté du Québec le mandat d'examiner et d'évaluer les mesures de sécurité prises par Hydro-Québec pour surveiller ses barrages et ses centrales hydroélectriques.

Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a pris cette mesure, mercredi, après avoir vu la veille le reportage «troublant» présenté par Radio-Canada, et qui mettait au jour d'importantes failles en ce qui a trait à la protection des barrages hydroélectriques de Manic 5 et LG-2.

«Un groupe à qui on ne pourra pas raconter d'histoires c'est la Sûreté du Québec», a déclaré le ministre, mercredi matin, lors d'un point de presse donné en marge du caucus des députés libéraux, à Montebello, en Outaouais.

La Sûreté du Québec doit donc, au cours des prochains jours, procéder à l'analyse de tous les protocoles de sécurité d'Hydro et d'en vérifier l'efficacité. Un rapport doit être produit.

Par ailleurs, le ministre a exigé du président de la société d'État, André Caillé, qu'une surveillance «constante» des équipements hydroélectriques soit effectuée 24 heures sur 24, ce qui ne semblait pas être le cas jusqu'à maintenant.

La semaine dernière, le reporter de Radio-Canada, Christian Latreille, a pu se promener sur les barrages et pénétrer à l'intérieur des centrales sans difficulté et sans être interpellé par qui que ce soit.

«Le fait que M. Caillé m'ait dit que dorénavant, il était pour y avoir une surveillance 24 heures sur 24 présume peut-être que cette surveillance-là n'était pas là», a ajouté M. Chagnon.

Il attendra de lire le rapport de la SQ avant de décider s'il est devenu opportun de retirer à Hydro-Québec la responsabilité d'assurer la sécurité de ses installations pour la confier à la Sûreté.

De son côté, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, qui est responsable d'Hydro, a fait valoir que le Québec devait se compter «chanceux» qu'aucun incident dramatique ne se soit produit jusqu'à maintenant, compte tenu de l'apparent laxisme affiché par la société d'État sur les questions de sécurité.

«Historiquement, à date, nous sommes chanceux et nous sommes heureux de pas avoir eu d'accident. On a un bon record», a dit le ministre, en ajoutant que si les faits allégués par Radio-Canada étaient fondés, il s'agissait d'une situation «inacceptable».

«Pour l'instant, nous avons de la part d'Hydro-Québec l'assurance que chacun des barrages est surveillé 24 heures sur 24», a précisé le ministre Hamad, ne rejetant pas l'idée d'une mise en tutelle du volet sécurité des installations d'Hydro.

Il a demandé au président d'Hydro de produire un rapport en vue de faire toute la lumière sur les faits présentés dans le reportage et, surtout, démontrer que la société d'État était en mesure d'assurer la sécurité de ses installations.

«Pour moi, la sécurité, c'est pas une question négociable».

M. Hamad a jugé prématurées les questions relatives à la responsabilité personnelle de M. Caillé dans ce dossier, et aux conséquences qu'il devra assumer si les enquêtes et rapports à venir confirment la situation décrite par Radio-Canada.

«On portera des jugements», à la lumière des rapports à venir, a-t-il indiqué, ajoutant qu'il fallait faire preuve de prudence avant de tirer des conclusions hâtives.





Hydro-Québec et la sécurité

Le PQ et l'ADQ "consternés" par le manque de sécurité aux centrales d'Hydro

MARTIN OUELLET
Presse Canadienne 17 février 2005

QUEBEC (PC) - Se disant "consterné" par le manque de surveillance des grands installations hydroélectriques, le chef péquiste Bernard Landry a accusé mercredi le premier ministre Jean Charest de se laver les mains de l'inquiétude de la population.

"M. Charest s'est borné à s'en remettre à Hydro-Québec. Les Québécois s'attendent à ce que leur premier ministre assume son leadership et les rassure dans de telles situations", a fait savoir M. Landry, dans un communiqué.

Le chef du PQ n'hésite pas à tracer un parallèle entre la crise du verglas de janvier 1998 et l'onde de choc provoquée par la diffusion d'un long reportage mardi à Radio-Canada, qui révélait de graves lacunes de sécurité aux installations de Manic 5 et de LG 2.

"À l'occasion de la crise du verglas, Lucien Bouchard avait pris les choses en main et n'hésitait pas à faire des points de presse quotidiens aux côtés de M. Caillé pour faire état de la situation", rappelle le chef du PQ.

L'attitude apparemment désinvolte du premier ministre Charest face à cette nouvelle crise "est des plus choquantes", s'insurge-t-il.

Du reste, l'absence de protection adéquate aux grands ouvrages d'Hydro-Québec est "absolument incompréhensible", selon M. Landry.

"Qu'est-il advenu des mesures de sécurité que la société d'État avait dit avoir prises après le 11 septembre 2001, lorsque nous avions mis en place une importante cellule de crise?", a-t-il questionné.

"Je suis troublée, car on nous avait toujours assuré que les installations étaient protégées", a pour sa part ajouté la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie, Rita Dionne-Marsolais.

"Qu'est-ce qui s'est passé depuis l'élection des libéraux? Est-ce que les exigences financières imposées à Hydro par le gouvernement lui ont fait couper les coins ronds sur la sécurité?", a-t-elle lancé.

Le PDG d'Hydro-Québec, André Caillé, de même que le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, doivent immédiatement se mettre à table et exposer clairement l'état de la situation aux Québécois, soutient la députée de Rosemont.

De son côté, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a dit s'inquiéter de la gestion de ce dossier par "deux des ministres les plus faibles" du cabinet, soit Sam Hamad, des Ressources naturelles et Jacques Chagnon, de la Sécurité publique.

"C'est une autre tuile pour le gouvernement Charest et ceux qui se retrouvent au centre de cette nouvelle crise sont les deux ministres qui ont eu le plus de mal à gérer leurs dossiers dans la dernière année. Ce n'est certainement pas de nature à rassurer la population", a commenté M. Dumont.





Hydro-Québec et la sécurité

Hydro-Québec reconnaît ses torts

Dutrisac, Robert; Cauchy, Clairandrée
Le Devoir jeudi 17 février 2005

Caillé annonce un plan d'action pour améliorer la sécurité des installations

«Troublé» par les images diffusées mardi sur les ondes de Radio-Canada, le p.-d.g. d'Hydro-Québec, André Caillé, a annoncé hier un plan d'action pour accroître la sécurité de ses installations de production et de transport d'électricité.

«Les images que j'ai vues étaient inacceptables. [...] On passe en mode opérationnel pour mettre en place les mesures requises pour corriger la situation», a fait valoir M. Caillé, adoptant un ton nettement moins agressif que la veille. Il avait alors accusé le journaliste de Radio-Canada de s'être livré à une «mise en scène» grâce à la collaboration d'un employé d'Hydro qui l'aurait aidé à pénétrer dans LG-2. Hydro-Québec avait demandé en vain lundi une injonction pour retarder de trois jours la diffusion du reportage, invoquant la «sécurité nationale».

La direction d'Hydro-Québec a reconnu que les mesures de sécurité décrétées dans la foulée du 11 septembre 2001 tardent à être mises en oeuvre. «Ç'a pris un temps qui peut sembler long. Dans la plupart des cas, ces mesures sont identifiées et pourraient être mises en oeuvre. Je le reconnais si on peut regretter une chose, et je le regrette, c'est les délais», a affirmé le président de la division distribution d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, notant qu'il y a bel et bien des «failles» dans le système.

«Nous sommes en voie - c'est engagé depuis plus d'un an - de passer à un système sous clé avec alarme d'intrusion reliée à des centrales de contrôle. [...] Certaines installations les plus stratégiques étaient également en voie d'être dotées de systèmes de télésurveillance ciblée», a expliqué M. Vandal. Si ces systèmes avaient été mis en place, les images du journaliste Christian Latreille pénétrant dans LG-2 auraient été immédiatement visionnées par un agent de sécurité, qui aurait alors pu intervenir.

En attendant que ces systèmes soient installés, Hydro a promis d'assurer un gardiennage continu de 40 de ses 57 barrages. Ces mesures n'étaient vraisemblablement pas en place hier en fin d'après-midi puisqu'un deuxième journaliste, de TVA cette fois-ci, a réussi à pénétrer dans le poste de transformation de LG-2, à la Baie-James. Pendant environ 25 minutes, le journaliste Maxim Landry a pu circuler dans l'installation, s'asseyant même dans un camion où les clés étaient restées dans le contact.

Hydro-Québec mène par ailleurs une enquête pour déterminer si le journaliste de Radio-Canada Christian Latreille a pu bénéficier de l'aide d'un employé pour avoir accès au complexe LG-2. La bande d'une caméra de surveillance montre en effet que la voiture du journaliste a été précédée de quelques minutes par un véhicule d'Hydro qui a ouvert la porte du tunnel. La fourgonnette d'Hydro serait sortie peu après celle de M. Latreille, son chauffeur refermant la porte derrière lui.

Les syndicats d'Hydro-Québec ont d'ailleurs précisé hier qu'ils n'avaient rien à voir avec cette intrusion et se sont montrés rassurants quant à la sécurité des infrastructures. Le président du Syndicat des employés de métiers, Richard Perreault, a néanmoins dit avoir été sollicité par M. Latreille pour «l'aider à aller à la Baie-James et s'il avait de la difficulté à s'introduire dans nos installations, de lui ouvrir des portes, de lui présenter des gens qui pourraient l'aider», ce qu'il a refusé de faire.

Richard Latreille a réfuté catégoriquement cette version des faits, mentionnant qu'il avait seulement sondé le président du syndicat au sujet des griefs syndicaux en matière de sécurité. Il dit lui avoir également demandé de rencontrer les représentants syndicaux et interrogé sur les faiblesses du système. M. Latreille, attribue son entrée dans le tunel à un coup de chance.

Lors de l'entrée en fonction de M. Caillé, en 1997, Hydro avait démantelé la Sûreté d'Hydro-Québec, un véritable service de police interne, formé de 188 agents armés, disposant d'un mandat d'enquête, pour les remplacer par des agents de sécurité moins rémunérés.

André Caillé se défend cependant d'avoir rogné sur la sécurité. «Ce n'est pas une question de réduire les mesures de sécurité, c'est une question de faire mieux», a dit M. Caillé, précisant que les budgets alloués à la sécurité n'ont jamais été amputés.

Pour le spécialiste en sécurité Martin Courcy, qui a réalisé une étude sur la sécurité des installations d'Hydro en 1992, il est hasardeux de miser uniquement sur des systèmes de sécurité. «Quand on confie la sécurité à des systèmes de sécurité, cela a une tendance à se détériorer. Par exemple, quand on met juste des contrôles d'accès, les gens ont tendance à laisser [la porte] ouverte», a fait observer M. Courcy.

À Montebello, où les députés libéraux étaient réunis en caucus, le premier ministre Jean Charest s'est dit «surpris» de la facilité avec laquelle on pouvait circuler dans les installations d'Hydro-Québec.

En revanche, M. Charest a réitéré sa confiance en M. Caillé. «Hydro-Québec est une société d'État qui a beaucoup, beaucoup d'activités, et je ne m'attends pas à ce qu'elle soit exempte de controverses de temps en temps. M. Caillé fait bien son travail.» Selon M. Charest, il n'y a pas lieu d'affirmer que M. Caillé est directement responsable de cette situation.

Soulignant que l'enjeu de la sécurité avait supplanté en importance celui du commerce dans les relations entre le Canada et les États-Unis, M. Charest a dit qu'il n'était pas préoccupé par la réaction des Américains face aux manquements révélés chez Hydro-Québec. «Les Américains savent très bien - j'ai eu l'occasion de le dire la dernière fois que j'étais aux États-Unis, pas plus tard qu'il y a une dizaine de jours, à l'université Columbia - que ça reste toujours une priorité pour nous, au Québec, la sécurité.»

Hydro a néanmoins dû rassurer plusieurs partenaires du nord-est des États-Unis au cours des deux derniers jours. «Ils sont préoccupés par la situation et c'est très compréhensible», a déclaré M. Vandal.

Plus tôt en matinée, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, avait annoncé que la Sûreté du Québec devait analyser les procédures et les protocoles de sécurité dont font l'objet les installations d'Hydro-Québec et lui fournir un rapport d'ici quelques semaines. M. Chagnon s'est dit «sidéré» par le manque de sécurité qui affecte les grands barrages d'Hydro-Québec. Cette demande d'évaluation de la SQ ne représente toutefois pas une forme de tutelle de la société d'État. «On peut trouver des moyens d'organiser la sécurité d'Hydro-Québec sans parler de tutelle», a-t-il dit.

De son côté, le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, a indiqué qu'il avait demandé à M. Caillé un rapport complet sur la sécurité des ouvrages et du réseau d'Hydro-Québec. «La sécurité, ce n'est pas une question négociable [sic]», a-t-il répété. Bien qu'il trouve «inacceptable» la situation révélée dans le reportage si celle-ci s'avère, M. Hamad s'est voulu rassurant. «Regardez le score d'Hydro-Québec. Depuis plusieurs années, il n'y a pas eu d'accident. Nous sommes chanceux et heureux de cela», a-t-il ajouté.

Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, s'est quant à lui dit «consterné» par le manque de surveillance des grandes installations hydroélectriques et a accusé le premier ministre Jean Charest de se laver les mains de l'inquiétude de la population.

De son côté, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a dit s'inquiéter de la gestion de ce dossier par «deux des ministres les plus faibles» du cabinet, soit Sam Hamad, des Ressources naturelles, et Jacques Chagnon, de la Sécurité publique.

Avec La Presse canadienne





Hydro-Québec et la sécurité

Hydro fait son "mea culpa"

Couture, Pierre; Boivin, Simon
Le Soleil jeudi 17 février 2005

La SQ enquêtera sur la sécurité des grands barrages

Après avoir tenté la veille de nier les faits, Hydro-Québec a finalement reconnu hier que d'importantes failles subsistaient toujours dans la protection de ses grands barrages, et ce, plus de trois années et demie après les événements du 11 septembre 2001.

"Ça peut paraître long, mais on reconnaît qu'il y a encore des lacunes à corriger", a indiqué Thierry Vandal, président d'Hydro-Québec Production, lors d'un point de presse tenu en catastrophe dans la métropole en présence du grand patron de la société d'État, André Caillé.

La diffusion mardi et hier de reportages effectués par Radio-Canada a démontré hors de tout doute que les mesures de sécurité prises aux centrales de LG-2 et de Manic-5 étaient déficientes.

Et pendant qu'Hydro- Québec défendait sa gestion du risque hier après-midi, un autre reporter télé et son cameraman, ceux-là du réseau TVA, réussissaient à s'introduire sans être importunés dans la centrale LG-2. Le reportage du journaliste Maxime Landry a ainsi prouvé que les nouvelles pratiques d'Hydro n'étaient toujours pas en place hier.

Quoi qu'il en soit, Hydro-Québec a finalement admis que, depuis septembre 2001, les mesures de sécurité appropriées n'avaient pas été mises au point dans ses complexes hydroélectriques pour parer à la menace terroriste. Par exemple, les portes des centrales n'étaient pas toutes fermées à clé et l'intégration des différents systèmes de sécurité restait à compléter.

Ton plus conciliant

Sur un ton plus conciliant de celui emprunté la veille, André Caillé a défendu la sécurité des installations d'Hydro, affirmant être passé "en mode opérationnel". En clair, des rondes de surveillance 24 heures sur 24 auront désormais lieu dans toutes les centrales de plus de 100 mégawatts (MW) - il y en a une quarantaine au Québec. Des rondes étaient déjà en vigueur dans les sites des centrales de Beauharnois et de Gentilly-2. Hydro a aussi suspendu toutes les visites publiques de ces installations.

Le coût de ces nouvelles mesures devrait d'ailleurs s'élever à 100 000 $ par jour, a fait valoir Thierry Vandal. Annuellement, la facture supplémentaire pourrait se chiffrer à environ 35 millions $.

La SQ en scène

L'annonce de ces nouvelles mesures n'a toutefois pas empêché le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, de confier à la Sûreté du Québec (SQ) le mandat de les réviser s'il le fallait. Et si des lacunes sont dévoilées, le gouvernement n'a pas l'intention de porter le bonnet d'âne à la place de la société d'État.

"Le fait qu'on me dise que, dorénavant, il pourrait y avoir cette surveillance laisse présumer que peut-être elle n'était pas là", a précisé le ministre.

Si tout le contenu des reportages de Radio- Canada se révèle véridique, chose que conteste toujours Hydro-Québec, ces "documents troublants et instructifs doivent servir de base pour faire des correctifs", a dit M. Chagnon.

Pour l'instant, le ministre a demandé à la SQ de faire une analyse de la qualité des politiques et des protocoles de sécurité en place chez Hydro-Québec. Un rapport doit lui être transmis "dans quelques semaines". Il n'exclut pas l'hypothèse que la responsabilité des patrouilles sur les barrages puisse, à terme, incomber à la SQ.

Le ministre responsable d'Hydro-Québec, Sam Hamad, a lui aussi demandé à la société d'État de lui transmettre un rapport d'état de la situation. D'après lui, le milieu financier et les clients américains ne seront pas inquiétés outre mesure par les reportages du journaliste Christian Latreille. "La réputation d'Hydro-Québec est connue, dit-il. Nos partenaires savent qu'Hydro-Québec assume normalement ses responsabilités."

À la décharge de la société d'État la plus rentable au Québec, le ministre Hamad fait valoir que peu d'accidents se sont produits par le passé. "Je n'ai pas besoin de les défendre là-dessus. Il n'y a pas eu de problèmes depuis des années." Mais il estime néanmoins que les Québécois sont "chanceux" que rien de malheureux ne soit survenu.

Blâme à Hydro

Chose certaine, aucun des ministres interrogés hier ne veut porter le blâme si des failles majeures sont mises à jour dans le système de sécurité d'Hydro-Québec. La responsabilité de la sécurité des installations incombe "depuis longtemps" à la société d'État, affirme le ministre Jacques Chagnon, qui ne fait que permettre la présence de constables spéciaux sur les lieux. "On assure un suivi, mais on ne peut pas vérifier tous les jours sur chacun des barrages pour voir si Untel est bien en fonction", ajoute M. Chagnon.

Et même s'il est responsable d'Hydro-Québec, le ministre Hamad affirme que "la sécurité des installations, ce n'est pas la responsabilité du ministre. C'est la responsabilité d'Hydro-Québec. Mais le gouvernement demande à Hydro-Québec de démontrer que la sécurité est maintenue".

Pas de démission

Pour l'instant, personne ne considère que le président d'Hydro-Québec, André Caillé, est directement responsable de ce qui s'est produit, a souligné le premier ministre Jean Charest, hier. Sa démission n'est donc pas demandée. "Hydro-Québec est une grosse société d'État qui a de nombreuses activités, je ne m'attends pas à ce qu'elle soit exempte de controverses et de questions de temps en temps, a affirmé le premier ministre. M. Caillé fait bien son travail."

PCouture@lesoleil.com et SBoivin@lesoleil.com





Hydro-Québec et la sécurité

Les gros clients d'Hydro exigent des correctifs

Hélène Baril
La Presse jeudi 17 février 2005

Jusqu'à mardi soir, les gros clients industriels d'Hydro-Québec ne s'étaient jamais inquiétés de la sécurité du réseau d'électricité. Ils estiment maintenant avoir droit à des explications et surtout, à des correctifs pour les lacunes évidentes qui viennent d'être mise au jour.

" C'est manifestement inquiétant ", dit Luc Boulanger, porte-parole de l'Association québécoise des consommateurs industriels, qui représente les plus gros clients d'Hydro-Québec, soit 140 entreprises qui, à elles seules, consomment presque la moitié de toute l'énergie produite par Hydro.

Comme l'ensemble de la population, les grandes industries ont toujours tenu pour acquis qu'Hydro assurait convenablement la sécurité de son réseau, dit Luc Boulanger, qui se dit maintenant " en état de stupéfaction ". " C'est sûr qu'on ne peut pas mettre un policier au pied de chaque pylône, mais de là à faire preuve d'un laxisme à outrance... "

" Est-ce un concours de circonstances ou une faute lourde? " se demande encore Luc Boulanger. Au fond, peu importe, selon lui. " Ce sont les mesures qu'entend prendre Hydro-Québec pour corriger la situation qu'il faut voir. L'important, c'est ce qui va s'ensuivre ".

Les consommateurs industriels du Québec ne peuvent pas se tourner vers un autre fournisseur d'énergie si le réseau d'Hydro était la cible d'un attentat ou de vandalisme.

Pour les alumineries présentes au Québec, ce serait une vraie catastrophe, estime Christian Van Houtte, porte-parole des entreprises installées au Québec soit Alcoa, Alcan, Alouette et Aluminerie de Bécancour.

À part Alcan, qui possède ses propres installations hydroélectriques et qui subvient à 95 % de ses besoins en énergie, les autres entreprises seraient très affectées par une panne d'électricité prolongée. Privé de chaleur, l'aluminium en fusion finit par figer dans les cuves, qui deviennent irrécupérables.

Christian Van Houtte s'étonne qu'Hydro ait investi des sommes considérables dans la ligne Hertel-Des Cantons pour sécuriser son réseau après la crise du verglas, alors que la source de l'électricité n'est pas sécurisée. " C'est aberrant ", dit-il.

Un réseau isolé

Ce n'est pas d'hier que les clients d'Hydro-Québec aux États-Unis s'inquiètent de la fiabilité de son très long réseau. À l'époque où il était question que l'État de New York achète de grandes quantités d'électricité du Québec en vertu de contrats à long terme, les Américains ont obtenu qu'Hydro isole son réseau pour ne pas être affectés par d'éventuelles pannes au Québec. C'est pourquoi une ligne de transport à 725 kilovolts a été construite entre les centrales de la Baie-James et la frontière américaine.

Un catastrophe qui surviendrait sur le réseau d'Hydro-Québec n'aurait peu ou pas d'impact aux États-Unis, où Hydro exporte surtout sur le marché au jour le jour.

Hydro n'a plus que deux clients qui achètent de l'électricité en vertu de contrats à long terme, le Vermont et la Ville de Cornwall en Ontario. Le président d'Hydro-Québec Production, Thierry Vandal, a d'ailleurs communiqué hier avec ses clients du Vermont pour les rassurer.

Sur le plan de la sécurité, Hydro-Québec doit aussi rendre des comptes au North American Electric Reliability Council (NERC), regroupement de fournisseurs d'énergie établi au New Jersey, qui s'assure que le réseau électrique est fiable est sécuritaire.

Hier, la porte-parole de NERC, Ellen Vancko, affirmait ne pas être au courant de l'absence de mesures de sécurité élémentaires dans les installations d'Hydro. Elle s'est refusée à tout commentaire.

Le réseau d'Hydro-Québec

> Capacité totale de production d'Hydro-Québec : 38 000 mégawatts
> Longueur du réseau de transport : 32 000 km
> Clients à l'extérieur du Québec :
- Vermont (328 mégawatts)
- Ville de Cornwall, en Ontario (154 mégawatts)
> Une ligne de transport à 735 kilovolts sert à isoler le réseau d'Hydro des réseaux voisins.





Hydro-Québec et la sécurité

Éventuel attentat contre des barrages : Des risques d'abord économiques

Mathieu Perreault
La Presse jeudi 17 février 2005

Un attentat sur les barrages hydroélectriques québécois causerait au maximum quelques heures de panne sur tout le territoire, et quelques jours dans certaines régions, comme durant la grande panne d'août 2003.

Une rupture soudaine du barrage est pratiquement impossible, selon les experts consultés par La Presse. Mais les conséquences économiques d'un attentat pourraient être importantes.

" Il n'y a pas de danger pour la population vivant en aval, affirme Claude Marche, professeur de génie civil à l'École polytechnique. Au pire, il pourrait y avoir des problèmes de retenue d'eau qui obligeraient à vider graduellement le réservoir. Cela se traduirait par des pertes de production assez coûteuses. Alors, il pourrait y avoir des dégâts économiques. "

Des barrages hydroélectriques ont résisté à des tremblements de terre très intenses, par exemple en Turquie et en Californie, note René Tinawi, professeur de génie civil à la retraite de Polytechnique.

La perte soudaine de la capacité de production d'un barrage de la Manic serait en partie compensée par la mise hors service des usines d'aluminium très énergivores de la région, note M. Marche. Hydro-Québec pourrait aussi importer de l'électricité de ses voisins: la capacité d'importation est de 4500 mégawatts, alors que la demande de pointe se trouve autour de 35 000 mégawatts.

Une panne comme celle d'août 2003 est-elle envisageable? " Hydro-Québec a beaucoup de scénarios de rééquilibrage du réseau pour tenir compte de la perte de lignes importantes, indique Guy Olivier, professeur de génie électrique à Polytechnique. Pour déséquilibrer le réseau, il faudrait une connaissance de tous les scénarios d'urgence. Un fou furieux ne pourrait pas y arriver. "

Même en août 2003, la plupart des pannes ont duré seulement quelques heures, relève Pierre Jean Lagacé, professeur de génie électrique à l'École de technologie supérieure.

En décembre 2003, un chercheur de l'Institut norvégien des affaires internationales a présenté une étude sur la vulnérabilité des barrages aux attaques terroristes, à une conférence européenne sur la sécurité. Sa conclusion était claire: il était beaucoup plus facile et dommageable de causer des dégâts aux systèmes de transmission et de contrôle des réseaux, que de faire sauter un barrage.





Hydro-Québec et la sécurité

Le mea-culpa d'Hydro-Québec

Bernard Descôteaux
Le Devoir jeudi 17 février 2005

Un reportage de Radio-Canada sur la sécurité à l'intérieur et à l'extérieur des centrales d'Hydro-Québec a semé l'émoi au sein de la société d'État. Avec raison, car les lacunes existant dans le système de sécurité en place sont troublantes.

S'adressant à un juge lundi soir pour obtenir une injonction interdisant la diffusion de ce reportage, Hydro-Québec a fait valoir, entre autres arguments, que ce document allait «causer un préjudice sérieux et irréparable à son image». Sur ce point, difficile de dire le contraire. L'image de la vénérable dame du boulevard René-Lévesque et de ses dirigeants ressort amochée. Des doutes ont été créés dans l'esprit du public mais aussi du gouvernement, des assureurs et des clients, tout particulièrement des clients américains.

La sécurité n'est pas affaire banale, surtout pour une entreprise comme Hydro-Québec. C'est une question dont on ne peut pas minimiser l'importance en se disant que le Québec n'est pas les États-Unis et que, ici, tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Sans même évoquer d'éventuels actes terroristes, rappelons que des actes criminels ont déjà été commis contre des installations hydroélectriques. Il y a quelques mois, un groupe non identifié s'était attaqué à un pylône d'une ligne de transport dans les Cantons-de-l'Est. Cela peut survenir n'importe quand.

Relativisions les choses. Un réseau de centrales et de distribution d'électricité de la complexité de celui d'Hydro-Québec sera toujours vulnérable. Cela est vrai de tous les systèmes de services publics. Tout est affaire de degré. Toutefois, force est de s'inquiéter lorsqu'on voit que certaines des installations hydroélectriques parmi les plus importantes du Québec étaient, jusqu'à hier, ouvertes à tout venant. Après avoir tenté mardi soir de mettre en cause la valeur même de ce reportage, le président d'Hydro-Québec, André Caillé, n'a pas eu d'autre choix que de reconnaître hier l'existence d'importantes lacunes. Le système de sécurité de la société d'État s'est révélé défaillant parce qu'incomplet. À LG-2, des caméras étaient bel et bien installées mais pas encore reliées à des systèmes de surveillance, ce qui empêchait toute intervention policière. Comme en toute chose, un système de sécurité ne vaut que ce que vaut son maillon le plus faible.

Que l'existence de plusieurs maillons faibles ait été constatée chez Hydro-Québec ne doit pas nous faire conclure à l'absence de toute préoccupation à l'égard de la sécurité dans cette entreprise. Il faut toutefois constater que cette préoccupation n'a pas été aussi vive qu'elle aurait dû l'être dans la foulée des attaques terroristes du 11 septembre 2001, qui commandaient un resserrement de la sécurité dans les installations stratégiques de toutes les grandes entreprises. Trois ans et demi se sont tout de même écoulés depuis ces événements. Les failles constatées cette semaine auraient dû être comblées depuis un certain temps déjà. Ne sentant pas l'urgence, on aura probablement fait des compromis, notamment d'ordre budgétaire. Or, comme le soulignait hier le premier ministre Jean Charest, il n'y a pas de compromis possible en matière de sécurité.

Faut-il pour autant blâmer la direction d'André Caillé et demander sa démission ? Cela s'imposerait si Hydro-Québec était la seule entreprise au Québec et au Canada à ne pas avoir de système de sécurité sans failles, ce qui n'est absolument pas le cas. Rappelons que mardi, la vérificatrice générale du Canada soulignait dans son rapport au Parlement que le gouvernement fédéral néglige la sécurité de ses systèmes informatiques, contre lesquels les cyberattaques se multiplient.

Hydro-Québec a fait son mea-culpa. À charge maintenant pour M. Caillé de faire ses devoirs et de nous rendre compte de ses efforts.

bdescoteaux@ledevoir.ca





Hydro-Québec et la sécurité

Washington s'intéresse aux reportages

Bérubé, Nicolas; Bergeron, Maxime
La Presse vendredi 18 février 2005

Le département d'État américain prend au sérieux les reportages accablants sur la sécurité des centrales d'Hydro-Québec. Les responsables du département, qui gère les relations internationales des États-Unis et les questions de sécurité, évaluent présentement le contenu des reportages afin d'y réagir de façon appropriée.

En entrevue avec La Presse hier, le porte-parole du département d'État, Louis Fintor, a indiqué avoir été mis au courant mardi de l'existence des reportages faisant état d'un manque de sécurité dans les centrales d'Hydro-Québec.

" La sécurité des infrastructures est un enjeu que nous considérons comme étant prioritaire. Nous sommes au courant des reportages qui ont défrayé la manchette au Québec. Présentement, nous évaluons notre réponse à ce qui a été dévoilé dans les reportages ", a-t-il dit.

M. Fintor a expliqué que le département d'État, qui est dirigé depuis le mois dernier par Condoleezza Rice, n'a pas eu de contact avec Hydro-Québec ou avec le gouvernement québécois au cours des derniers jours. Il dit que le département est également au courant qu'Hydro-Québec compte apporter rapidement des correctifs aux problèmes soulevés dans les reportages.

Selon nos informations, le département de la Sécurité intérieure (Homeland Security) est également intéressé par la question de la sécurité des barrages d'Hydro-Québec. Il a été impossible hier de faire confirmer cette information par un porte-parole.

Jusqu'à cette semaine, Hydro-Québec avait plutôt bonne réputation auprès des responsables américains de la sécurité des infrastructures, a-t-on appris. Les officiels se souviennent que le Québec avait été épargné par la grande panne d'août 2003, qui avait plongé des millions de Nord-Américains dans le noir. Hydro-Québec avait alors pu fournir de l'électricité à l'Ontario, un détail qui n'est pas passé inaperçu chez les responsables du dossier à Washington.

C'est une lettre envoyée en début de semaine par un citoyen de Montréal qui a attiré l'attention du département d'État sur les problèmes de sécurité des barrages d'Hydro-Québec.

À l'heure actuelle, Hydro-Québec compte une poignée de clients au Vermont. Le président d'Hydro-Québec Production, Thierry Vandal, a d'ailleurs communiqué cette semaine avec ses clients pour les rassurer.

189 gardiens dépêchés

Par ailleurs, Hydro-Québec a envoyé hier 189 gardiens de sécurité dans ses installations " stratégiques ", notamment à LG2 et Manicouagan. En tout, ce sont 40 centrales et 22 postes de transformation qui seront surveillés 24 heures sur 24 grâce à cette nouvelle équipe, formée en majeure partie d'agents de firmes privées.

L'ajout de ces nouveaux gardiens porte à 375 le nombre d'employés affectés à la sécurité industrielle d'Hydro-Québec. Ils étaient 176 en 2001. La société d'État n'a " aucune idée " pour l'instant des coûts additionnels qui seront engendrés par cet ajout, a signalé le porte-parole Sylvain Théberge.

Hydro-Québec a aussi lancé hier un appel demandant aux journalistes de cesser leurs " tentatives d'intrusion " dans ses centrales et barrages, et ce pour leur propre sécurité.

" Encore au moins quatre ou cinq journalistes ont été refoulés du côté de la Mauricie et à LG2 au cours des dernières heures, a indiqué M. Théberge en après-midi. Ils tentaient de pénétrer et ont été refoulés... ce qui prouve que ce qui est mis en place fonctionne très bien. "

Le porte-parole rappelle d'ailleurs que seules les installations " stratégiques " feront l'objet d'une surveillance accrue. " Il ne faudrait pas que chaque petite maisonnette portant le logo d'Hydro-Québec soit sécurisée. On n'assistera pas à un gardien par pylône. "

Outre l'ajout immédiat de 189 gardiens, Hydro-Québec a notamment annoncé l'interruption de toutes les visites de ses installations.





Hydro-Québec et la sécurité

Cellucci espère qu'Hydro-Québec corrigera le tir

Claude Turcotte
Le Devoir vendredi 18 février 2005

Paul Cellucci, ambassadeur des États-Unis au Canada, n'y est pas allé par quatre chemins à propos des portes ouvertes dans les installations d'Hydro-Québec. Il a déclaré qu'il y avait nécessité d'être vigilant pour éliminer toutes les occasions possibles pour les terroristes de frapper encore. «J'espère que des mesures concrètes de sécurité seront prises», a ajouté l'ambassadeur.

M. Cellucci était hier midi le conférencier de la Conférence annuelle de l'Institut d'études canadiennes de McGill. Son allocution portait évidemment sur les relations canado-américaines, notamment en matière d'énergie. Le Canada est le plus important fournisseur de pétrole et de gaz naturel aux États-Unis, et pourtant les prix de vente de ces ressources sont directement en rapport avec le prix mondial, a souligné l'ambassadeur.

Mais très vite il a parlé d'électricité et plus particulièrement de cette ligne de transport qui va directement de la Baie-James jusqu'à Boston et par laquelle arrive une énergie dont profite toute la Nouvelle-Angleterre. M. Cellucci n'a pas attendu qu'on lui pose la question. Il a dit être au courant des histoires récentes à propos de la sécurité dans les installations d'Hydro-Québec.

«Nous avons besoin d'être vigilants. Il y a plusieurs cibles potentielles. Il y a des mesures à prendre pour enlever aux terroristes toutes les occasions de frapper encore», a-t-il dit, sans cependant adresser de reproches spécifiques aux autorités d'Hydro-Québec ou aux gouvernements du Québec et d'Ottawa. Il a d'ailleurs rappelé qu'à la suite de la crise du verglas en 1998, Hydro-Québec avait grandement modernisé plusieurs de ses installations de transport et que le Québec avait été complètement épargné de l'énorme panne d'électricité qui avait touché par la suite une grande partie des États-Unis et tout l'Ontario.

Toutefois, M. Cellucci a voulu rappeler que la question de la sécurité, placée au premier rang des priorités depuis le 11 septembre 2001, demeure toujours un sujet de haute importance pour le maintien d'une «zone de confiance» en Amérique du Nord. Des normes de sécurité ont été établies et il y a des discussions constantes entre les gouvernements de Washington et d'Ottawa à propos des mesures à prendre et à maintenir, puisque le terrorisme demeure une menace très réelle, particulièrement du point de vue américain. M. Cellucci a rappelé qu'on ne pouvait écarter la possibilité que les terroristes frappent des installations stratégiques au Canada avec l'intention de nuire aux Américains. Il y a une relation directe entre la sécurité physique et la sécurité financière, a mentionné l'ambassadeur.





Hydro-Québec et la sécurité

Cellucci préoccupé par les lacunes en sécurité

Pierre Couture
Le Soleil vendredi 18 février 2005

L'incapacité d'Hydro-Québec de protéger adéquatement ses grandes centrales hydroélectriques soulève la préoccupation des Américains. "C'est un avertissement sur la vulnérabilité des infrastructures en place. Il faut en être conscient", a indiqué hier au SOLEIL Abigail Friedman, la consule générale des États-Unis à Québec.

Plus tôt dans la journée, l'ambassadeur américain Paul Cellucci a lui aussi fait part de ses inquiétudes devant des étudiants de l'Université McGill, à Montréal.

L'ambassadeur, qui quittera ses fonctions le 18 mars prochain, a toutefois appelé les Québécois à la vigilance. Selon ce dernier, le nombre élevé de cibles potentielles doit inciter les autorités à la prudence afin d'éviter de créer des occasions propices aux actes terroristes.

De son côté, Abigail Friedman espère que la direction d'Hydro saura apporter les correctifs nécessaires, et ce, le plus rapidement possible. "Reste que nous sommes très confiants de voir la sécurité s'améliorer chez Hydro-Québec", a-t-elle souligné.

La consule générale a rappelé que depuis le 11 septembre 2001, un certain relâchement a pu être observé. "Mais la menace demeure toujours bien réelle", a-t-elle prévenu.

Sur la question de la sécurité des approvisionnements énergétiques québécois, les États-Unis reconnaissent que la fiche d'Hydro-Québec est reluisante.

Il faut dire que les électrons produits au Québec trouvent facilement preneurs de l'autre côté de la frontière, notamment dans le Nord-Est américain.

Outre le Vermont, qui jouit d'un contrat d'approvisionnement ferme de 335 MW avec Hydro, les États de la Nouvelle-Angleterre et de New York achètent quotidiennement de l'électricité québécoise.

L'an dernier, par exemple, Hydro-Québec a exporté 2,5 térawattheures (TWh) sur les marchés extérieurs, tout en important 1 TWh.

L'exportation de 1,5 térawattheure a rapporté 400 millions $, ou l'équivalent de 25 cents le kilowattheure, à la société d'État.

PCouture@lesoleil.com





Hydro-Québec et la sécurité

Le premier ministre houspille Caillé

Denis Lessard
La Presse vendredi 18 février 2005

Québec - La direction d'Hydro-Québec a reçu toute une raclée hier au cours d'une rencontre convoquée d'urgence tard mercredi soir par Jean Charest. Sans ménagement, le premier ministre a bien signifié qu'il était furieux devant la mauvaise gestion faite par la société d'État de la sécurité de ses barrages.

Selon les informations obtenues par La Presse, " sur un ton très autoritaire ", M. Charest a réclamé des explications, notamment sur un second reportage touchant une intrusion dans les installations d'Hydro-Québec. Diffusé mercredi soir à TVA, le reportage montrait le journaliste se promenant impunément dans les installations d'Hydro à LG2 quelques heures après qu'en conférence de presse, le président de la société d'État, André Caillé, eut annoncé que la sécurité avait partout été renforcée.

" De toute évidence, on n'avait pas sécurisé les lieux à ces endroits ", a dit hier M. Charest, seul à rencontrer la presse après la rencontre.

C'est après cette diffusion qu'on a décidé, au cabinet de M. Charest- qui était " furieux "- , de convoquer à Québec M. Caillé et ses principaux lieutenants, les vice-présidents Thierry Vandal, Yves Filion et Marie-Josée Nadeau pour les sommer de s'expliquer sur ces nouvelles bavures. Hydro a expliqué que le reporter de TVA était entré dans un garage de la société d'État et non dans une centrale, comme celui de Radio-Canada la semaine dernière.

Après la rencontre, M. Charest a indiqué qu'il était insatisfait de la manière dont Hydro avait géré cette crise quant à la sécurité de ses ouvrages. Mais la société d'État aura désormais à faire des rapports quotidiens de l'avancement des mesures promises sur la sécurité, a-t-il annoncé.

Sans détour, il s'est dit mécontent du manque de communication d'Hydro, qui a mis plusieurs jours à alerter le gouvernement même si elle savait qu'un reportage fort embarrassant était en préparation.

" On s'entend sur le fait que les communications avec le gouvernement doivent se faire en temps réel ", a dit M. Charest, qui estime qu'Hydro " aurait pu faire mieux ". " C'est une question de jugement. Personne n'est parfait, mais quand c'est une question qui relève de l'intérêt général, il faut évaluer si la communication doit se faire rapidement. Cela aurait pu être fait, on aurait aimé être informé plus rapidement. "

L'avenir de Caillé

Le premier ministre est resté bien vague quant au renouvellement du mandat d'André Caillé, qui vient à échéance en septembre. Normalement, ces grands commis de l'État sont prévenus six mois à l'avance du sort qui les attend. " On n'a pas parlé de ça, on ne voulait pas discuter de cela aujourd'hui. M. Caillé a toujours eu la confiance du gouvernement. M. Caillé a toujours bien collaboré et on lui fait confiance. Ce n'est pas comme si sur la feuille de route d'Hydro, on retrouvait des problèmes de ce niveau. "

D'autres sources indiquent toutefois que le sort d'André Caillé, déjà vacillant depuis quelques mois, est définitivement scellé. On ne compte pas renouveler son mandat. Mais M. Charest n'en a pas soufflé mot hier à la réunion à laquelle assistaient aussi les ministres Sam Hamad (Ressources naturelles) et Jacques Chagnon (Sécurité publique). " La sécurité est un enjeu important, et depuis le 11 septembre, cette question est omniprésente. Chaque fois que je m'adresse à un auditoire américain, je rappelle exprès à quel point le Québec s'est engagé à la rigueur dans les mesures de sécurité. Ce n'est pas un sujet sur lequel on fait de compromis ", a soutenu M. Charest. Il ajoutait qu'aucun représentant américain n'avait posé de questions sur le laxisme dans la sécurité des installations d'Hydro.

En conférence de presse hier, Rita Dionne-Marsolais, porte-parole péquiste dans le domaine de l'énergie, a réclamé que toute la direction d'Hydro défile en commission parlementaire pour expliquer les problèmes de sécurité des ouvrages.

Selon Mario Dumont, c'est davantage Jean Charest que la direction d'Hydro qu'il faut blâmer. Successivement, les dirigeants se sont fait dire de se tourner vers le thermique, puis de reculer. D'insister sur l'exportation puis de reculer. " Une société qui reçoit des signaux aussi contradictoires du gouvernement... je comprends que l'autorité du premier ministre en matière énergétique pour faire les arbitrages aujourd'hui est drôlement affectée ", a affirmé le chef adéquiste.





Hydro-Québec et la sécurité

Charest reproche à Hydro de ne pas l'avoir informé

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 18 février 2005

Québec - Le premier ministre Jean Charest a critiqué hier Hydro-Québec pour ne pas l'avoir informé à temps qu'un reportage sur les failles dans la sécurité des installations de la société d'État allait être diffusé. Mais il semble bien que son gouvernement porte une part de responsabilité.

«Ils auraient pu faire mieux», a dit hier le premier ministre Jean Charest quand on lui a demandé si Hydro-Québec avait failli à sa tâche de l'informer. «Sur le plan des communications, on s'entend sur le fait que les communications avec le gouvernement sur un sujet qui touche très directement l'intérêt public doit se faire en temps réel.»

Le premier ministre sortait d'une réunion d'environ une heure à laquelle il avait convoqué quatre hauts dirigeants d'Hydro-Québec: le président-directeur général, André Caillé, la vice-présidente exécutive aux affaires corporatives et secrétaire générale, Marie-Josée Nadeau, le président d'Hydro-Québec Production, Thierry Vandal, et le président d'Hydro-Québec TransÉnergie, Yves Filion.

Le cabinet de Jean Charest a appris qu'Hydro-Québec avait demandé une injonction pour empêcher la diffusion du reportage accablant en écoutant lundi le téléjournal de 21h de RDI, qui faisait état de cette demande d'injonction. Ce n'est que le lendemain, après que le juge Kirkland Casgrain a rejeté la demande d'injonction, que le reportage a été diffusé par Radio-Canada.

Or c'est en soirée lundi, avant le téléjournal de RDI, qu'Hydro-Québec a informé le cabinet du ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, responsable de la société d'État. L'attaché de presse de M. Hamad, André Ménard, a indiqué hier qu'il avait reçu un appel d'Hydro-Québec cinq minutes avant le téléjournal de 21h et que le ministre Hamad n'en a été informé que le lendemain. Il n'a même pas été question d'injonction, a précisé M. Ménard.

Le vendredi précédent, Hydro-Québec avait appris que Radio-Canada avait préparé un reportage sur la sécurité de ses installations, mais ce n'est qu'à 17h lundi que Mme Nadeau et du personnel des communications de la société d'État ont pu visionner le reportage. Par la suite, des pourparlers ont eu lieu entre les avocats d'Hydro-Québec et de Radio-Canada jusqu'à 19h30, après quoi la demande d'injonction fut présentée sur-le-champ au juge, a-t-on relaté chez Hydro-Québec.

Au cours de son point de presse, M. Charest a dit que, lors de la rencontre avec la haute direction d'Hydro-Québec, il n'y avait été aucunement question du renouvellement du mandat de M. Caillé en septembre, ni de sa démission. «M. Caillé a toujours la confiance du gouvernement», a dit M. Charest. Le premier ministre a souligné que les relations entre M. Caillé et le gouvernement «avaient toujours été très bonnes».

Hier, Hydro-Québec a précisé que 189 gardiens de sécurité étaient déployés dans ses installations les plus importantes, soit 40 centrales et 22 portes de transformation d'électricité, qui seront surveillées à toute heure du jour et de la nuit. Une vingtaine de gardiens sont désormais postés au complexe La Grande (LG-2), dans lequel on pouvait facilement entrer pas plus tard qu'hier, alors qu'un journaliste de TVA réussissait à y pénétrer.

Pour la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie, Rita Dionne-Marsolais, Hydro-Québec a fait preuve de «négligence» à la suite des événements de septembre 2001, alors qu'elle aurait dû renforcer sa sécurité. «Ce qu'on a vu à la télévision depuis deux ou trois jours, c'est de la négligence, purement et simplement», a-t-elle dit. Il est cependant prématuré de sévir contre les responsables, estime la députée.

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, croit que le Québec ne sortirait pas gagnant en remplaçant M. Caillé par quelqu'un de choisi pour ses allégeances libérales. On assisterait plus à «un influx de sang libéral qu'à un influx de compétences», comme ça s'est produit à de nombreuses reprises depuis la victoire des libéraux, a-t-il dit.





Hydro-Québec et la sécurité

Québec cherche un successeur à Caillé

Pierre Couture
Le Soleil vendredi 18 février 2005

Le premier ministre Jean Charest a eu beau réitérer toute sa confiance en lui hier, les jours d'André Caillé à la tête d'Hydro-Québec seraient bel et bien comptés.

Selon nos informations, le cabinet du premier ministre Charest a déjà établi une liste de candidats susceptibles de succéder au coloré pdg de la société d'État. "Les événements des derniers jours ont tout simplement fait déborder le vase", a confié hier au SOLEIL une source anonyme qui suit de près le dossier.

Il faut dire qu'à moins de sept mois avant la fin de son contrat le liant avec Hydro-Québec, André Caillé n'a toujours pas vu son mandat être renouvelé. Ce qui est généralement très rare pour un poste de prestige du type occupé par M. Caillé. Ce dernier rechercherait une prolongation de contrat étalée sur trois ans.

Dans les cercles libéraux, de fortes pressions seraient actuellement exercées pour son remplacement. Les échos les plus persistants envoient notamment Robert Tessier, l'actuel président et chef de direction de Gaz Métro, à la tête de la société d'État.

Les noms de Marie-Josée Nadeau et de Thierry Vandal, respectivement secrétaire générale et président de la filiale Production chez Hydro, sont aussi évoqués. Dans le cas de Mme Nadeau, le fait qu'elle est la conjointe du ministre des Finances Yves Séguin pourrait toutefois lui nuire considérablement.

Au cabinet du premier ministre, on craint que le couple Séguin-Nadeau en mène trop large. Au gouvernement du Québec, bien que "l'on se dise satisfait jusqu'à maintenant du travail accompli" par le président de la plus importante société d'État, aucun engagement formel n'a encore été pris envers lui. Québec n'aurait pas l'intention de bouger prochainement en ce sens.

Après l'épisode du Suroît, qui a ébranlé solidement le lien de confiance entre la haute direction d'Hydro et le bureau du premier ministre, les aventures récentes de la société d'État entourant les mesures de sécurité de ses barrages n'ont rien fait pour arranger les choses.

En plus, le fait que la haute direction d'Hydro n'ait averti que lundi soir le cabinet du premier ministre que Radio-Canada voulait aller en ondes avec des reportages embarrassants sur les mesures de sécurité entourant les centrales de LG-2 et de Manic-5 n'a pas du tout été apprécié.

Depuis 1996

À la tête d'Hydro-Québec depuis 1996, André Caillé avait été reconduit dans ses fonctions en octobre 2000 par le premier ministre Lucien Bouchard pour cinq années. Son contrat se termine dans sept mois, en octobre.

Avant les Fêtes, des rumeurs laissaient entendre que le mandat du président d'Hydro allait être renouvelé pour trois années. La durée de ce nouveau contrat de travail correspondrait avec celle du mandat de président du Conseil mondial pour l'énergie, qu'il a accepté il y a quelques mois.

Rappelons qu'André Caillé commande un salaire de 365 000 $. À cela, il faut ajouter une prime d'environ 30 %. En tout et pour tout, le pdg d'Hydro a encaissé en 2004 un total de 461 000 $.

Le pdg d'Hydro n'est toutefois pas le mieux payé des dirigeants de sociétés d'État québécoises. En tête de liste, on retrouve évidemment le grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau. Le gestionnaire numéro un du "bas de laine" des Québécois exige un salaire de base de 420 712 $ et une prime de 30 %, pour une rémunération totale de 547 000 $.

PCouture@lesoleil.com





Hydro-Québec et la sécurité

S.O.S.

Denise Bombardier
Le Devoir samedi 19 février 2005

Un des sentiments les plus innés et les plus familiers chez l'être humain est la peur. La confiance, elle, se développe. Cette peur surgit dès qu'on l'alimente. Il fallait entendre les gens cette semaine à la suite de la nouvelle sur les failles en matière de sécurité autour de nos grands barrages hydroélectriques. Dans les semaines qui viennent, chaque média va se retrouver sur les lieux d'équipements stratégiques pour nous faire la preuve de notre vulnérabilité collective. À n'en point douter, nous sommes à la merci des malfaisants, des têtes brûlées et des diaboliques. Vivre dans une société libre, c'est vivre dangereusement.

Ceci étant, loin de nous l'idée de banaliser les failles de la sécurité aux installations d'Hydro-Québec. La légèreté dont on y a fait preuve est tout sauf justifiable. Mais on imagine qu'elle disparaîtra dans les prochaines semaines. Quant au président de cette société d'État, André Caillé, grand gestionnaire et visionnaire par ailleurs, on ne lui décernera pas la médaille d'honneur en communication pour cet épisode de son mandat. Mais il serait malvenu de remettre en cause sa compétence présidentielle au prétexte de l'incident. En faire un bouc émissaire afin de permettre au gouvernement de nous présenter une image de fermeté alors qu'il n'a été qu'hésitation s'agissant de décisions à prendre dans des dossiers autrement plus lourds comme celui du CHUM serait injuste. Hydro-Québec est une entreprise plus rentable et plus efficace que jamais grâce, en partie, à son président actuel.

Une fois les lacunes sur les barrages corrigées, devra-t-on, sous la pression de l'opinion publique, agitée par des démagogues, suréquiper toutes les installations névralgiques susceptibles d'attirer les terroristes et autres fêlés ? Les usagers du métro souhaitent-ils être systématiquement fouillés avant d'arriver sur les quais au cas où un kamikaze bardé d'explosifs aurait l'intention de se faire sauter dans son wagon sous terre, comme cela s'est produit en Europe ? A-t-on envie de vivre au quotidien comme si on passait la douane dans un aéroport de nos jours ? Sommes-nous prêts à payer les frais d'une sécurité renforcée dans nos maisons, nos chalets, dans les gares de bus, de train ? Dans les écoles, les universités, les gratte-ciel, les pharmacies, les hôpitaux ?

***

Plusieurs réactions observées cette semaine démontrent à quel point l'insécurité est à fleur de peau. Pas surprenant, compte tenu du contexte international, de la médiatisation à outrance de faits divers à donner froid dans le dos, de la diffusion de scénarios catastrophiques, aussi virtuels que potentiels. On nous parle des risques d'épidémies, de grippe aviaire, de pandémies dues à des rétrovirus, des néobactéries et autres exocets à consonance scientifique. On apprend qu'on nous cache des incidents graves survenus dans le métro de Montréal, des mortalités importantes par médicaments mal administrés, et on nous menace quasiment de mort chaque fois que s'annoncent des chutes de neige ou, pire, de la pluie verglaçante. Dans ce contexte quasi hystérique, l'annonce du manque de sécurité du symbole même de notre force collective, ces barrages puissants et dominateurs, deux épithètes qui ne collent pas à notre peuple, nous fait basculer dans la crainte et le tremblement, pour citer Kierkegaard. Et on accuse les Américains d'être devenus paranoïaques après le 11 septembre 2001 !

La peur est mauvaise inspiratrice lorsqu'on vit dans une démocratie, qui plus est une démocratie caractérisée par le vieillissement de la population. Or, en vieillissant, les personnes deviennent peureuses. De tout et de rien. Des intempéries comme de la nouveauté, des voleurs comme de la maladie. Les enfants, eux, craignent les catastrophes universelles, les fantômes, les méchants et la pollution, un peu comme on craignait l'enfer à notre époque. Entre l'enfance et la vieillesse, la peur aujourd'hui se manifeste de façon diffuse. Peur de l'échec scolaire, peur de ne pas trouver de travail, de l'avenir imprévisible, peur d'aimer, peur de se faire avoir, expression qui résume l'insécurité profonde qui est le lot de tant de gens. On peut penser que l'engouement et l'attrait quasi morbide pour les films d'horreur mais aussi de désorganisation planétaire sont une tentative d'exorcisation de nos démons non seulement intérieurs mais aussi sociaux. Dans nos villes, on ne laisse plus les enfants circuler seuls, nombreuses sont les femmes qui éprouvent une vraie peur à marcher le soir dans les rues, et le système d'alarme est désormais compris dans nombre de budgets familiaux.

L'encadrement sécuritaire des lieux publics coûte très cher. Et les moyens électroniques ne sont pas suffisants. Nombreux sont ceux qu'ont affolés ces images du journaliste marchant dans ces centrales désertes. Or, pour être rassuré, l'être humain a aussi besoin de voir des personnes en uniforme et armées si nécessaires. Nous ne sommes pas ici dans le domaine du rationnel. Les failles mises au jour à Hydro-Québec nous renvoient inévitablement aux démons qui rôdent en nous et dans une société à la merci des délires et des violences de quelques-uns.

denbombardier@videotron.ca





Hydro-Québec et la sécurité

Il y a un problème avec toutes les infrastructures critiques!

Charles-Philippe David
Titulaire, Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Université du Québec à Montréal
Benoît Gagnon
Chercheur spécialisé sur la protection des infrastructures, Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Université du Québec à Montréal
Le Devoir samedi 19 février 2005

Les auteurs ont contribué à l'ouvrage Repenser la sécurité (Fides, 2002).

Entre le rapport de la vérificatrice générale du Canada dénonçant les lacunes gouvernementales en matière informatique et le reportage de Radio-Canada sur les centrales hydroélectriques Manic-1, Manic-2, Manic-5 et LG-2, la question de la sécurité des infrastructures critiques a soudainement été portée sur le devant de la scène.

Il faut désormais dépasser la polémique pour s'interroger sur l'état de la sécurité en général de secteurs tels les services de santé, les banques, le nucléaire, les transports ou les télécommunications. Cette affaire révèle de fait une problématique beaucoup plus large et plus complexe que la seule sécurité des centrales hydroélectriques. Elle soulève en effet la question de toute la sécurité des infrastructures critiques, c'est-à-dire des centres névralgiques dont dépend notre mode de vie.

Sentiment d'urgence

Pourtant, le 11 septembre 2001 avait constitué un électrochoc qui avait mené bon nombre d'experts en Amérique du Nord, notamment, à réfléchir à la protection de ces infrastructures. Le sentiment d'urgence qui prévalait alors s'est progressivement érodé sous l'effet des contraintes financières et de la gestion quotidienne : les constats ont été faits, les diagnostics établis, les solutions proposées, mais bien peu de mesures sont aujourd'hui en vigueur... au Canada comme aux États-Unis, d'ailleurs.

Aussi la plupart des centres névralgiques (tels l'électricité, les transports ou les banques) restent-ils des cibles relativement accessibles pour qui voudrait perturber la vie politique, économique et sociale d'un État. Il est possible -- comme l'a récemment fait Richard Clarke dans The Atlantic Monthly -- de multiplier à l'envi les scénarios d'attentats de grande envergure. Pour autant, et fort heureusement, peu se concrétisent car, règle générale, les terroristes obéissent à des motivations politiques et non criminelles.

Ce dernier constat ne doit toutefois pas conduire à l'indolence : il reste nécessaire, plus de trois ans après le 11 septembre 2001, de mettre sur pied des mesures préventives. C'est ce que l'Amérique du Nord dans son ensemble aurait dû conclure à la suite des attentats de Madrid, le 11 mars 2004. Et s'il y a eu quelques améliorations notables (notamment pour les installations aéroportuaires, mais les pressions américaines sont considérables ici), le Québec et le Canada ont accordé peu d'attention à cette question.

Et pourtant, le fait que de nombreuses infrastructures critiques du Québec appartiennent au secteur public constitue un atout pour déployer rapidement des mesures de sécurité efficaces et uniformes. Cette situation est bien différente des États-Unis, où la majorité des infrastructures sont aux mains de sociétés privées dans les affaires desquelles l'État répugne à s'ingérer.

Les réalités de la sécurité informatique

Si la sécurité des infrastructures critiques peut être aisément assurée de manière classique, il n'en est pas de même de sa dimension informatique : les scénarios de cyberattaques sont trop souvent absents des considérations des décideurs gouvernementaux et privés. C'est d'ailleurs ce manque d'intérêt et de ressources que relève la vérificatrice générale en en soulignant les conséquences sur la perméabilité et la vulnérabilité du réseau informatique fédéral.

Des attaques informatiques bien planifiées pourraient porter atteinte à la sécurité des États. C'est ce que le ver informatique Code Red est venu confirmer en ébranlant, en juillet 2001, la sécurité des infrastructures économiques et bancaires mondiales. De telles intrusions ont même provoqué la faillite directe d'entreprises, comme en atteste la fermeture, en février 2002, de la compagnie CloudNine Communication, ses dirigeants ayant estimé que la réparation des réseaux nécessitait trop d'investissements.

La dépendance de nos sociétés aux technologies de l'information crée de nouveaux types d'intrusions car il est désormais possible de déstabiliser à moindre coût une société en paralysant ses infrastructures critiques.

Des efforts à faire

Il faut assurément continuer à «repenser la sécurité» et, à ce titre, le reportage du journaliste Christian Latreille a le mérite de relancer le débat. Il faut dès lors dépasser la question des seules infrastructures hydroélectriques pour comprendre que, désormais, bien des barrières physiques et informatiques peuvent être franchies.

Les décideurs doivent prendre conscience que toutes les infrastructures sont vulnérables et que des efforts de prévention, peu spectaculaires mais efficaces, doivent être mis en oeuvre. Il ne s'agit toutefois pas de céder à la panique car, de toute évidence, les infrastructures canadiennes ne sont pas une cible prioritaire du terrorisme international.

En même temps, on ne peut pas se leurrer : l'interdépendance de nos infrastructures critiques, les connexions entre les réseaux, le lien étroit entre la sécurité informatique et la sécurité physique dans les centres névralgiques créent également un grand nombre de failles, autant de brèches potentielles qui ne pourront toutes être colmatées. Car l'invulnérabilité appartient à la science-fiction. Tout comme les scénarios terroristes... jusqu'à ce qu'ils se réalisent.




Sécurité: Hydro a prévenu les coups aux États-Unis

Hélène Baril
La Presse mercredi 23 février 2005

Hydro-Québec n'a pas attendu que les Américains lui demandent des explications sur les problèmes de sécurité observés dans ses centrales. Son président a pris les devants dès le lendemain de la diffusion du reportage de Radio-Canada pour tenter de rassurer l'ambassadeur du Canada à Ottawa, de même que l'organisme de surveillance des producteurs d'électricité de l'Amérique du Nord, le NPCC.

" Nous les avons approchés, les gens de l'ambassade des États-Unis à Ottawa, pour expliquer la situation ", a fait savoir hier André Caillé, après s'être adressé aux Manufacturiers et exportateurs du Québec. Il a ajouté qu'il avait également eu des discussions avec le NPCC (Northeast Power Coordinating Council).

" Je peux vous dire que tout est sous contrôle et que nous avons toujours la confiance de nos voisins du Sud ", a-t-il soutenu. Selon lui, les Américains vont toujours avoir des préoccupations au sujet de leur sécurité énergétique et ça n'a rien à voir avec Hydro-Québec.

Le président d'Hydro-Québec, qui se déplace maintenant avec un garde du corps, a indiqué que son objectif est de mettre en place rapidement les mesures de sécurité qui s'imposent dans les principales installations de l'entreprise afin de les rouvrir aux visites publiques le plus vite possible. " Notre intention n'est pas de faire en sorte que nos installations se transforment en véritables forteresses où personne ne peut pénétrer ", a-t-il dit en précisant que 200 000 Québécois les visitent chaque année.

M. Caillé préside lui-même le comité sur la sécurité des installations mis sur pied la semaine dernière. Selon lui, ce comité ne refera pas ce qui a déjà été fait. " Il n'y a pas d'intérêt à redécouvrir le téléphone. On va se poser les questions: qu'est-ce qui est nécessaire et quelles sont les meilleures technologies pour y arriver. "

Par ailleurs, Hydro-Québec vient de quitter l'Association canadienne de l'électricité qui poursuit des objectifs différents des siens en ce qui concerne les mesures à prendre pour respecter les objectifs du Canada en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Hydro souhaite que le gouvernement fédéral encourage la production d'énergie renouvelable, tandis que les autres membres de l'association veulent majoritairement obtenir la possibilité d'acheter des crédits d'émissions pour leur donner le temps de réduire leurs émissions.

Selon André Caillé, l'Association canadienne de l'électricité est " totalement influencée par les producteurs d'énergie thermique ", dont les intérêts ne sont pas les mêmes que ceux d'Hydro-Québec. " Ça n'a pas beaucoup de sens qu'Hydro-Québec fasse partie d'une association qui défend l'idée des crédits d'émissions ", a-t-il dit en précisant que la décision de claquer la porte avait été prise après " maintes et maintes tentatives pour faire en sorte que l'association reflète davantage les intérêts de ses membres ".

Hydro, qui est responsable de 0,2 % des émissions canadiennes, entend maintenant faire valoir elle-même ses arguments au gouvernement fédéral.

Pour le porte-parole de Greenpeace au Québec, Steven Guilbault, le retrait d'Hydro-Québec de l'Association canadienne de l'électricité est une bonne nouvelle. " Ils auraient dû partir depuis longtemps ", a-t-il dit.