
Une parodie
François Perrier
TRIBUNE LIBRE 21 février 2005
Qui défendra le bon peuple québécois contre ses ennemis ET les adversaires politiques de Landry ?
Se réfère à la chronique de Sylvain Deschênes "Le jeu démocratique jusqu’au bout" le 11 février 2005, dans Vigile.
Pour être élu dans le régime pseudo démocratique québécois, il suffit d’obtenir plus de voix que les autres. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir l’appui d’une majorité. Une autre condition importante pour être élu, consiste à contrôler les médias, ou à les céder à ses petits zamis. Comme ont fait Bouchard et Landry en l'an 2001, alors qu'ils ont signifié leur nihil obstat à ce que les familles canadiAns, franco-fédérastes Gesca-Desmarais et Québécor-Péladeau, se partagent entre elles la plupart des médias au Québec. Puis, accepter que ces médias contrôlés discréditent le processus politique aux yeux de la population en général, ainsi que chez les éléments démocratiques mais désabusés de cette population, par les divers André Pratte et Lysiane Gagnon interposés.
Ensuite, en présentant des candidats péquissses de second ordre, dénigrant ainsi toute la classe politique. En plus d’imposer des sujets de débats facétieux, trompeurs et futiles, qui conduiront au désenchantement de la population et à son désengagement. Pour ensuite faire élire des candidats malléables. Il en résultera alors que de grands projets comme la libération du Québec de son joug canadiAn, seront perçus comme projets invendables parce que "mal vendus" - ou pas vendus du tout, dans tant de palabres. Par exemple, le référendum à toutes ses sauces, avec lien politique, sans lien politique, avec lien politique ET économique, avec lien économique MAIS SANS lien politique, NI lien politique NI économique : au début du mandat, NON au milieu - à la toute fin. Avec sauce BBQ - sans sauce BBQ, puis un billet de loterie avec Encore, sans Encore - une p'tite vite, etc., etc.
C’est alors que nous nous sommes retrouvés le 14 avril 2003 héritiers d'un gouvernement du PLQ avec un plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale, n’ayant pourtant réussi à obtenir que 32% des voix. Un autre 30% d'électeurs ayant pris le parti de rester chez lui. L’autre tiers ayant voté respectivement, à seulement 23% pour le PQ-pécule, et à 12% pour l’ADQ-à-Mario.
Parmi les électeurs ayant appuyé les libéraux lors de ces élections de 2003, mis à part les fanatiques de la nation canadiAn qui contrôlent le PLQ, il y a eu certains naïfs au PQ qui ont cru que l'aile nationaliste du PLQ puisse civiliser ce parti une fois porté au pouvoir. Yves Séguin, Pelletier, Couillard et Fournier. Avec le remaniement ministériel nous sommes maintenant fixés sur les trois derniers. "Solidarité, Cohérence, Discipline" dit le cheuf John Charest. Et puis "Conviction, Ambitions, Détermination". Franco, Salazar et Mussolini n'auraient dit mieux. Bientôt sur vos écrans, et n'ajustez pas vos appareils - "Arbeiten Macht Frei !
Ensuite, certains peureux, craignant que le PQ reporté au pouvoir, puisse déclencher un 3e référendum, laissant encore une fois au peuple le soin de créer ses propres "conditions gagnantes", alors que la hiérarchie lui serrerait sa ceinture collective, afin d'en dégager une baisse d'impôts pour les bien nantis -- ont tout simplement préféré voter pour ce PLQ. Mais la grande majorité des quelques 400,000 péquistes qui ont refusé de voter pour le Pécule devenu néolibéral ET fédéraste - NE REGRETTENT PAS d'avoir posé ce geste délibéré pour défénestrer des apparatchiks devenus étrangers à leurs aspirations. ET ils proposent de refaire le coup en 2007/08, si la clique néolibérale-à-Landry réussi, comme un cancer, à s'agripper.
C’est que les 400,000 ont bien mesuré le peu de sens de l’État du 'cheuf' Landry. Nous sommes en présence d’un politicien véreux, devenu millionnaire en tant que représentant du patronat québécois apatride. Landry est d'origine acadienne (on ne parle pas de certaines choses comme la déportation : ça crée la discorde), et canadiAn. Un petit économiste sans envergure, auto propulsé sur la scène politique québécoise par ses buts mesquins et calculateurs. Un bien petit mec conservateur et subrepticement fédéraste -- entretenu au pouvoir par la grogne des Québécois contre la constitution Trudeau de 1982, ainsi que le référendum volé de 1995. Propulsé aussi par les capitulations en plein combat des bouchar et parizoo. D'astuces en manipulation et coups fourrés, le petit économiste s’est tout naturellement hissé parmi les favoris du pouvoir péquisso-provincial. C’est là dans les coulisses d'un parti des satisfaits repus et veules, qu’on a décidé qu’il allait diriger la succursale québécoise de la nation canadiAn - unitaire et centralisatrice.
La règle de l’alternance politique et du retour du balancier, est présentée comme un dogme au PQ, afin de justifier la rétention des rênes du pouvoir par Landry, alors que le mode de scrutin uninominal à un tour favorise son retour. Comme candidat de l'alternance du moins pire, face à un PLQ encore plus néolibéral, démembrant encore rapidement l'État québécois, que ne l'avait fait auparavant la présente hiérarchie du PQ. On espère NE PAS/PAS renouveler le personnel politique autre que par balayages électoraux, qui ne manquent pas de survenir. Ces balayages nous amènent surtout, il faut le constater, toutes sortes de personnages sordides n’ayant aucune affection pour le peuple québécois, ni de dispositions particulières pour exercer les fonctions d’élus, ayant pourtant comme mission première, de réaliser l'indépendance de l'État du Québec.
On compte sur cette SORDIDE "stabilité" des gouvernements majoritaires, laquelle repose sur le subterfuge bien arrêté - autant au PLQ ouvertement canadiAn - qu'au PQ pseudo 'souverainisant' --, afin d’étouffer la volonté populaire de créer son État français au Québec. On peut deviner par exemple, que dès le prochain sondage Léger et Léger, que le reconfédéraliste Yves Séguin, lequel aime et respecte le peuple québécois, tout en se réclamant du lien servile qui l'unit macabrement à son BOT Canada, sera pressenti pour diriger le PQ, et on découvrira qu'il est déjà le plus populaire de tous les candidats en lice. Bienvenu au PQ M. Séguin, vous êtes une bouffée d'air frais !
En fait, l'antisyndicalisme primaire de Landry et son antiféminisme notoire, PLUS, l'insincérité évidente de son cri de détresse "Peuple debout", lancé à quelques mois des élections de 2003 perdues aux suffrages conventionnels, font de lui un boulet pour le parti. Parce que le PQ, avec aussi peu que 41% des voix exprimées, aurait eu la majorité des sièges à l’Assemblée nationale en 2003. À peu près comme en 1994, puis en 1998, et comme pour la plupart des gouvernements du Québec depuis 1966.
Cette situation est jugée intenable pour les éléments les plus nationalistes et indépendantistes de la société québécoise, ET DU PQ. Pour certaines âmes nobles et généreuses, se reconnaissant dans le bon peuple québécois, il est impensable que l'apatride Landry décide du sort de la nation selon une ligne d'action patronale et corporatiste néolibérales, alors même que la légitimité de son élitisme grand CHUM-à-Power-Corp., est décrié par la population. Deux tiers des députés actuels, par exemple, ne représentent pas la majorité des voix exprimées dans leur propre circonscription. Il suffit de lire les monumentales conneries proférées par d’anciens barons péquistes, pour réaliser que si le peuple a voté pour le PQ par le passé, jamais on n’avait envisagé au parti que ce peuple montre autant de courage et de détermination à défenestrer des 'cheufs' rétrogrades. Et ces électeurs vont le refaire à coup sûr, en 2007/08, le cas échéant.
Si "nous" devons disparaître comme nation et peuple, autant le faire avec dignité, et suppliciés par qui, comme John Chretien, se présente comme ENNEMI inconditionnel des siens. Et non pas "fourrés" par Landry et sa clique, se déclarant amis et sauveurs du peuple. Pour le moment, le programme du PQ fait l’objet de débats facétieux au niveau local. On a décidé de faire une proposition à vouloir entourlouper tout le monde. Quand on essaie de lire ce qu’est devenu l’article UN du parti, décrétant la pseudo souveraineté comme but premier, on reste interloqué !! Voyons la Déclaration de principe par exemple : "Le Parti québécois est voué à la création et au développement d’un pays". Et non pas un État ! Le mot pays ne rimant pourtant qu'avec PAYS-AGE ! On reste totalement estomaqué, alors que pour ajouter à l’ambiguïté, on précise à la hiérarchie du Pécule, que ce paysage sera -- superbe, inclusif de tout un chacun et son frère, démocratique au point de marginaliser totalement la majorité française de 82%, qu'on sera fier de son àplatventrisme -- etc., etc.
Mais la tradition péquiste veut qu’on en rajoute, afin de dépister et instrumentaliser l'objectif de libération de tout un peuple, dans une stratégie kafkaïenne. Cette première phrase fait donc partie d’un paragraphe, qui dit -- que le Pécule s’engage à proposer un projet de pays qui sera soumis à la population, dans la semaine des 4 jeudi, si tout le monde est d’accord avec des conditions gagnantes de compromis, et bla, bla, bla … Bref, la vieille farce d’un PQ qui accepte d'emblée le mode de scrutin actuel quand il est dans l'opposition et promet la proportionnelle quand il sera au pouvoir. Tout en se contraignant à des standards de "fair play" - DISPROPORTIONNELS - envers Anglos et altérités diverses, dans l'application d'un quelconque programme de pseudo souveraineté.
Afin de ne déplaire ni au patronat, ni aux CanadiAns, ni à la minorité officielle wasp de 8%, ni au divers groupes ethniques ne totalisant que 10% - ni à nos Amérindiens. Alors même que le PQ veut continuer de feindre être "une coalition indépendantiste", tout en se gargarisant au souverainisme. Il devra donc 'faire semblant de ROMPRE' et feindre vouloir cette pseudo souveraineté 'dans un mandat fort'. Un péculat uni dans son 'àplatventrisme', tétant toujours au sein de la péréquation canadiAn, tout en continuant de se faire enculer et 'démoniser' en même temps : l'argent pour le développement durable et profitable, toujours plus au ROC - et toujours plus d'argent pour 'l'assurance-désemploi' au Québec. Un Québec pérenne empêcheur-de-tourner-rondement - et INGRAT en plus - dans notre BOT Canada, bot comme dans une déformation congénitale.
FIN DE LA PARODIE. Considérons maintenant un vrai Programme d'État-en-devenir, dans la proposition principale du programme du PQ : "L'objet premier du Parti québécois sera la réalisation de L'INDÉPENDANCE du Québec." Un point c'est tout. Ce sera là un excellent premier article pour un PQ devenu indépendantiste. Une formulation brève-issime et limpide, capable de SOULEVER tous les indépendantistes autour d’un même objectif et d’orienter les débats - sans perdre de vue que cet objectif commun est la création d'un État québécois politiquement libre - ET RIEN D'AUTRE.
Si le PQ refuse de confronter directement le pouvoir fédéral, parce qu'il chie dans son froc à la seule pensée de s'affranchir, qu’il fasse ALORS l'indépendance DE FACTO du Québec. En donnant à l'Assemblée nationale de ce Québec, le pouvoir de représenter les forces politiques nationales réelles -- celles qui ont voté OUI à 60.3% en 1995. Jouant le jeu démocratique jusqu’au bout, puis en favorisant systématiquement la majorité française. Comme cela se fait communément au Canada-anglais, au profit de l'extrême minorité wasp et leurs petits zamis, mangeant avidement à l'auge de l'État commandité - au nom de la raison d'État … des John Chretien, Paul Martin and John Charest - qui contrairement à Bernard Landry, SAVENT FAIRE LA DIFFÉRENCE entre un ENNEMI québécois de langue française, et un ADVERSAIRE politique canadiAn !
Encore une fois M. Landry - répétez après moi - et essayez de comprendre que quand le Family Compact canadiAn, use de génocide, puis d'ethnocide à l'endroit de vos compatriotes de langue française, outre au déni d'existence, le dénigrement, le désaveu, des menaces pas du tout voilées, la déresponsabilisation, culpabilisation, subterfuges, et déstabilisation - et al, ILS SONT VOS ENNEMIS - pas/pas vos adversaires politiques, 'stie !

Naître à l’Histoire - Lettre à mes ami/es québécois
Serge Delarochelle, Domrémy, France
TRIBUNE LIBRE 21 février 2005
Version légèrement remaniée du texte acheminé d’abord audit forum de Cyberpresse
Re : Forum (ponctuel) portant sur l’Indépendance du Québec :
http://www.cyberpresse.ca/opinions/
Si je ne connaissais pas bien le Québec, eh bien à la lecture de la plupart des textes de ce forum je me verrais convaincu que la population québécoise en est une totalement colonisée, endoctrinée, et incapable de se voir elle-même autrement qu’insignifiante, sans rachis, sans âme et sans envergure.
En bref, je serais amené à considérer que le Québec du XXIe siècle n’a pas réellement changé, ou évolué en profondeur, si l’on s’en fie aux ouvrages portant sur votre histoire jusqu’à la Révolution dite tranquille (fort jolie formule d’ailleurs) depuis les débuts de l’époque (1763) que vous appelez « La Conquête » (bien curieuse locution, il faut dire. Comme si vous aviez introjecté – kissed their words ? – dans votre psychè collective jusqu’au vocabulaire même du peuple qui vous a soi-disant « vaincus » autrefois…).*
Sauf que par chance je connais plutôt bien le Québec. Et je crois savoir…
Je crois savoir, nonobstant ces personnes qui semblent se satisfaire sans difficulté d’un statut d’éternel minoritaire, de sempiternel ébouilli, ou distillé, au sein de ce Canada étroit et mesquin à votre égard (voire la réclamer de manière à peine voilée, cette condition, à l’exemple du détenu refusant de quitter sa geôle !), en dépit de ces opineurs qui visiblement estiment suffisantes les miettes de l’Histoire glanées au gré des événements par ce peuple français des Amériques, eh bien je sais, en effet, qu’il existe ce Québec-là – fier, debout, franc, capable de noblesse et de grandeur – qui refuse de perpétuer une image de lui-même d’éternel vaincu, d’incapable, d’impuissant. De provincial, en un mot.
Par conséquent, et étant bien au fait également des méthodes dont est capable votre gouvernement fédéral (et ce, depuis déjà M. Trudeau et ses acolytes – André Ouellet, Jean Chrétien, Marc Lalonde, Stéphane Dion, Jean Pelletier, Alfonso Gagliano, Denis Coderre, etc.) pour affaiblir constamment, opiniâtrement, obstinément la personnalité québécoise et le pouvoir de celle-ci au sein de votre fédération (je suis de très près votre commission Gomery…), par conséquent, dis-je, je ne puis que soutenir en quelque sorte, et en toute logique, les hypothèses de Mme Marie-Louise Lacroix retenues un peu plus tôt sur cette tribune (voir : http://www.cyberpresse.ca/opinions).
Bien sûr ! j’imagine qu’il s’en trouvera pour me rappeler au quart de tour que je ne suis pas Québécois (ce qui serait exact), et que par voie de conséquence je n’ai pas droit au chapitre sur ces questions.
APARTÉ. Voilà un autre travers de votre société québécoise (si je puis me permettre amicalement cette remarque), parfois ouverte jusqu’à la tendance suicidaire (ce qui incidemment, notons-le, est tout le contraire du racisme dont vous targuent et taraudent avec force bêtise vos détracteurs ! De fait, soyons clairs et sans ambiguïté, et je pèse mes mots, je ne connais pas une nation moins xénophobe que la vôtre – France comprise !!!) : les « étrangers » ont chez vous parfaitement le « droit » (!) de s’opposer à l’Indépendance du Québec, et même à la langue française (par exemple, votre « ami » Farid Kodsi, qui gerbe constamment sur vous depuis l’Ontario sans jamais coups férir : on le lit partout, celui-là, quand il s’agit de honnir les Québécois), alors qu’un étranger qui partage votre idéal de Liberté est stigmatisé aussitôt sur la place publique (souvenez-vous il y a peu de cet Ivoirien d’origine, élu sous la bannière du BLOC Québécois, et qui fut traité de « traître nègre » par ses adversaires canadiens fédéralistes… Il en est de même des Juifs David Levine ou Salomon Cohen, qui ont été candidats électoraux pour le Parti Québécois (PQ), et combien d’autres, dont le Québécois d’origine chilienne, Oswaldo Nunez (BLOC), que votre ministre canado-québécois Denis Coderre a invité à quitter le pays pour… « infidélité au Canada » [vous avez l’oubli et le pardon rapides, vous savez…]).
Bref, et encore une fois, beaucoup d’entre vous ont fait leur, sur eux-mêmes, la perception du « vainqueur » de 1759 (alors que nous, Français, il est vrai, vous avions plutôt lâchement abandonnés, il faut bien le dire aussi. Mais là-dessus, le Général de Gaulle a tout de même tenté de faire amende honorable, au nom de la France, ce fameux 24 juillet de l’an 1967…). À telle enseigne – ce qui est tout simplement extraordinaire et absolument unique sur la Planète ! – que le seul véritable « racisme » qui prévale au Québec, selon moi, c’est celui que des Québécois (ceux dits « de souche » ou ceux qui sont immigrants, indifféremment) expriment à l’égard des Québécois eux-mêmes. Au Québec, les Canadiens apprécient beaucoup les étrangers. Sauf… ceux qui aiment le Québec et le choisissent comme leur véritable patrie.
Je reviens à mon propre statut d’étranger. Sur ce plan, et outre que n’importe qui peut à loisir s’exprimer à peu près sur n’importe quoi (dans nos sociétés occidentales démocratiques et vraiment ouvertes […?], on évalue la pensée au mérite de l’argumentation, non à l’aune de l’origine nationale ou ethnique. Ainsi, un Québécois peut écrire des choses sensées et fort intelligentes sur la construction […?] de l’Europe, par exemple, sans être pour autant autorisé à se prononcer via les urnes), on rétorquera qu’il faudrait également (si on est honnête intellectuellement) s’interroger à savoir si tous les dénigreurs d’un Québec fort et vertébré qui s’exhibent dans le présent forum de discussions (ça relève de la haine pathologique de soi, parfois, sinon le plus souvent comme s’il s’agissait toujours d’une même et seule personne…) sont bel et bien des « Québécois ».
Au reste, il suffit de trois ou quatre écrivailleurs/dénigreurs d’Ottawa, de Toronto, de Borden ou de Winnipeg (qui maîtrisent bien le français) sponsorisés par le gouvernement canadien, ou sinon par quelque Royal [RBC] ou Toronto-Dominion [TD] ou Canadian Imperial [CIBC] ou la très torontoise Bank of Montreal [BMO], voire, c’est bien connu chez vous, quelque « Conseil de l’Unité canadienne » toujours en mal de dépenser leurs millions – vos millions – en propagandes contre vous… Trois ou quatre usurpateurs qui se fricotent chacun, par exemple, une demi-douzaine de pseudonymes (une certaine dame Marie-France Legault semble être une professionnelle de ces manières dans la Belle province), et puis voilà ! Suffit ensuite (rien n’est plus aisé que se constituer plusieurs identités par le biais de nombreux emails – pardon : « adrélecs » ou « mels » !) d’acheminer ces « lettres d’opinions » un peu partout.
La violence est quelquefois insidieuse, vous savez. Elle n’utilise pas toujours le gourdin de l’homme de main, la matraque du CRS ou les cellules de prisonniers politiques…
Mme Lacroix a certainement raison. Aussi, mes amis québécois, ne soyez pas dupes de vos ennemis intérieurs (les plus dangereux de tous – et au sein même de votre État national ! – car vous ne vous en méfiez pas vraiment). Votre candeur et votre légendaire fairplay (d’aucuns diraient : votre proverbiale naïveté dans l’univers de la Realpolitik…) vous a trop joué de mauvais tours depuis 1980 (antérieurement aussi) pour que vous n’en tiriez point, enfin, des leçons pour l’avenir.
Tendre la joue une fois peut témoigner d’une certaine abnégation qui force le respect, voire d’une sagesse certaine. Plusieurs fois, on en conviendra, c’est bêtise. Cela dit, toute condescendance mise à part (non ! de grâce, ne m’affublez pas de cette épithète de « maudit Français ! » SVP).
En attendant le grand Jour de votre Libération nationale (dont le Canada vous remerciera plus tard, comme un éclat que vous lui aurez retiré du pied), sachez que nous – Français (Belges et Suisses aussi, j’en suis parfaitement convaincu) – sommes là pour vous appuyer et vous encourager dans cette démarche émouvante et hautement démocratique vers votre légitime Indépendance.
Entre-temps, si le cœur vous en dit, vous pourrez prendre plaisir à consulter l’ouvrage tout chaud suivant, qui rend hommage à votre génie : http://www.lemonde.fr/ (et/ou http://www.vigile.net/05-2/idees.html#2).
La dissolution du peuple québécois français dans le grand Tout canadien (et nord-américain) – car il y a très sérieux péril en la demeure – constituerait une perte incommensurable pour l’humanité.
Vous êtes beaux, Québécois ! De grâce, cessez de vous le dissimuler comme s’il s’agissait d’une tare rebutante et haïssable.
Avec, veuillez m’en croire, mes sentiments les meilleurs.
* De fait, cessons de nous en conter, c’est nous les Français qui sommes tombés sous les armes de Wolfe (qui y a d’ailleurs laissé sa peau), ce jour de septembre sur vos célèbres Plaines d’Abraham. Nous. Et non les Canadiens d’alors, c’est-à-dire : les Québécois d’aujourd’hui.

UNE ATMOSPHÈRE DE DEUXIÈME MANDAT
Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 21 février 2005
Curieux, mais pourtant le sentiment est bien réel: le climat politique dans lequel baigne le Québec donne l’impression que le Parti libéral entame le dernier droit de son second mandat. Le gouvernement de Jean Charest est essoufflé, incapable de régler les dossiers et n’a pas accompli sa promesse de « moderniser » l’État québécois par le biais de sa fameuse « réingénierie. » Ainsi, il traîne un taux d’insatisfaction très élevé, qui ne s’observe habituellement que durant un second mandat. Et que dire de ce remaniement ministériel désespéré! Voilà qui raffermit la perception populaire de croire que les libéraux dirigent depuis plus de quatre ans.
Il serait bon de rappeler qu’à l’élection générale de 1998, c’est le Parti libéral commandé par un nouveau chef qui avait recueilli plus de voix. La concentration de sa clientèle majoritairement non-francophone dans les circonscriptions de l’ouest de l’île de Montréal l’avait alors empêché de s’emparer du pouvoir. Ce sont donc les péquistes qui s’étaient acquittés de la tâche ingrate d’imposer encore à la société civile un cadre financier réduit comme peau de chagrin par le déséquilibre fiscal, pendant qu’Ottawa accumulait les surplus. Le gouvernement de Jean Charest n’a pu faire mieux depuis 2003, captif du même carcan canadien. L’illusion de continuité a ainsi pris forme, avec le résultat que l’on sait.
Le changement de garde à l’Assemblée nationale n’a donc pu améliorer la situation financière, malgré la présence d’une période de croissance économique semblable à celle dont jouissait l’équipe précédente. Jean Charest a même dû se résoudre à ranimer certaines stratégies interventionnistes du défunt gouvernement péquiste qu’il répudiait pourtant. Sans elles, le Québec aurait raté des occasions d’affaires, aggravant sa santé économique. Malgré le spectre d’un déficit budgétaire que les Québécois eux-mêmes agitent, le premier ministre persiste aveuglément à vouloir baisser les impôts. Il lui aura fallu limoger son ministre des Finances Yves Séguin, l’ultime rempart, pour avoir enfin la voie libre. À l’amertume générale qui caractérise la société civile présentement s’ajoute désormais l’angoisse de voir les libéraux bousiller les finances publiques.
Jean Charest, comme tout dirigeant conservateur menacé de perdre le pouvoir, pense à tort que l’annonce d’un allègement fiscal tous azimuts rétablira sa crédibilité. Il y a fort à parier que son député d’Outremont, avant de quitter le navire fédéraliste pour de bon, n’hésitera pas à condamner ce geste inconscient. Espérons pour les Québécois que le gouvernement libéral fera alors marche arrière une dernière fois, avant de se faire montrer la porte au prochain scrutin général. La gouverne provinciale ne pourra alors être l’unique option politique de proposée à la population exaspérée de la subir. À moins de vouloir maintenir au Québec cette atmosphère de deuxième mandat…

"Canada is not that important"...- Heinbecker
René Marcel Sauvé, géographe
TRIBUNE LIBRE 21 février 2005
Benoît Pelletier, ministre actuel des Affaires intergouvernementales du Québec a osé proposer une plus grande présence du Québec sur la scène internationale. Rien d’extraordinaire dans l’expression de son intention puisque le Québec fait déjà acte de présence de bien des manières sur la scène internationale, par ses réalisations techniques, ses artistes, ses politiciens, ses athlètes et surtout son commerce extérieur bien établi, le tout envers et contre la volonté d’Ottawa qui ne veut voir au Canada qu’un seul troupeau et un seul pasteur.
En bon libéral, fédéraliste et soucieux de se conformer à la loi en toutes choses, ce que font scrupuleusement les indépendantistes, par ailleurs, Benoît Pelletier a offert au gouvernement fédéral une proposition formulée visant à définir et établir une ligne de conduite officielle dans les conditions actuelles, alors que le Québec ne peut plus être ignoré comme il l’a été.
D’un coup, le pauvre ministre québécois a été aussitôt rabroué par l’ex-ambassadeur Heinbecker, ancien représentant du Canada en Allemagne et aux Nations Unies, grand défendeur du centralisme unitaire et arbitraire d’Ottawa. En un langage que personne n’oserait employer à table ni au salon, monsieur Heinbecker n’a pas ménagé ses mots pour qualifier la proposition québécoise de bull shit. Pour donner du poids à son jugement associatif, monsieur Heinbecker a ajouté : « « Other countries are not interested in hearing 11 voices from Canada » (Les autres pays ne sont pas intéressés à entendre 11 voix en provenance du Canada). Sous-entendu, donc, une seule voix suffit, celle d’Ottawa.
Quant au reste, ce qui n’existe pas n’a pas à s’exprimer, surtout sur la scène internationale et qu’on se le tienne pour dit.
En dépit de cette mise en scène, monsieur Heinbecker a laissé tomber cette phrase des plus significatives : « Canada is not that important » (Le Canada n’est pas tellement important), sur la scène internationale, s’entend. Ces détails sont rapportés dans la Gazette de Montréal du 18 février dernier, par le journaliste Mike de Sousa.
Le Canada n’est pas tellement important. Ce n’est pas nous, Québécois, qui l’avons dit. C’est le représentant d’Ottawa qui vient de l’affirmer. Il ne peut tolérer évidemment que Québec prenne de l’importance alors qu’Ottawa n’en a pas ou peu. Que le Canada et son gouvernement d’Ottawa soient insignifiants, ce n’est pas nous, les méchants « séparatisses » du Québec qui l’affirmons. Que le Québec soit en train de faire son chemin seul sur la scène internationale, avec des moyens réduits, nous le savons tous. Mêmes les libéraux fédéralistes font leur part pour accroître la présence du Québec dans le monde.
Il s’agit bien de présence, non de poids politique ou économique et encore moins de domination. Or, cette présence réelle du Québec, de plus en plus connue et appréciée, interpelle et dérange Ottawa.
Nous le savions déjà. Aux États-Unis, le Québec est mieux connu que le Canada. Au Département d’État américain, le Canada apparaît derrière l’Europe. Par contre, le Québec est mentionné comme s’il existait déjà comme un État. Vérifiez par vous-mêmes sur l’Internet en cliquant sur : US State Department et examinez la liste des pays reconnus dans le monde.
En Europe, on associe fréquemment le Canada avec le Québec, comme si le Canada appartenait au Québec, ce qui n’est pas entièrement faux puisque le Canada n’existerait pas sans le Québec qui l’a mis au monde. En Asie, le Canada est associé avec l’Empire britannique, comme s’il en faisait encore partie. De même en Amérique latine, où on est scandalisé de voir que Sa Majesté Élizabeth Deux, reine d’Angleterre, du Canada et du Commonwealth, est seule détentrice des titres sur tout l’espace continental au nord des Amériques qu’on appelle Canada. Ceci veut dire que Québécois et Canadians sont et vont demeurer des « sujets » de Sa Majesté, dans les deux cas, deux peuples inféodés et servilement soumis.
En Australie, on s’intéresse surtout au Québec et on se demande quand les Québécois oseront prendre le large par rapport à Ottawa et au reste du Canada.
Par contre, dans le domaine du sport, du théâtre, du cinéma, de la littérature et de la musique, dans le domaine de l’architecture et des techniques, dont les inventions québécoises pour combattre le froid et la neige, partout où le Québec fait acte de présence, les efforts d’Ottawa pour récupérer à son compte les succès du Québec n’ont obtenu que des résultats mitigés. Ce qui n’empêche pas Ottawa de dépenser des centaines de millions en propagande pour récidiver et tenter de s’imposer à tout prix. On le voit par le scandale des commandites.
Sur le plan politique, le Québec a profité et profite toujours de
l’immense service que nous a rendu le général De Gaulle lors de son allocution au balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal pendant l’Expo 67. Avant la visite de De Gaulle, la diplomatie canadienne, dont l’ex-ambassadeur Heindecker se fait le porte parole, a tout mis en œuvre pour que notre existence en tant que peuple soit ignorée. Officier dans les forces armées canadiennes pendant 28 ans, je me suis fait dire à plusieurs reprises que je devais officiellement m’identifier comme « Canadian » et non comme Canadien français et encore moins comme Québécois. Signalons en passant que l’identité canadienne avait été donnée aux colons de Nouvelle France par les administrateurs français sous Louis XIV, pour distinguer les colons nés au Québec de ceux qui arrivaient de France. Sous le régime anglais, les Orangistes, qui avaient besoin d’une identité, ont usurpé celle des colons du Québec à leur profit, histoire de créer une sorte de melting pot qui nous ferait disparaître. Les colons du Québec ont réagi en se déclarant Canadiens français et puis, Québécois. Ottawa ne peut l’accepter. « You are Canadians like all other Canadians » et il n’y avait pas à en revenir. Toutes les ambassades et délégations officielles du Canada à l’étranger avaient reçu pour consigne de nous ignorer, nous traiter comme si nous n’existions pas. Et voilà que De Gaulle attire l’attention sur notre présence, déclare au monde entier que nous existons. Ottawa ne lui a jamais pardonné, mais nous n’avons pas cessé d’en profiter et nous poursuivons allègrement sur la scène internationale la politique du Général.
Ce qui dérange davantage Ottawa, c’est que le comportement du Québec sur la scène internationale suggère beaucoup plus qu’une simple survivance de notre part : nous, Québécois, avons bel et bien de facto conquis le statut de Nation, par le fait d’une osmose territoriale de quatre siècles, à laquelle s’est ajoutée une symbiose de la région la plus organisée, la vallée du Saint-Laurent, avec les régions naturelles adjacentes, les Appalaches au sud et le Bouclier précambrien au nord avec sa frange méridionale, les Laurentides. De plus, les assises de notre État naturel étaient en place dès 1760 et les Anglais l’ont reconnu par l’Acte de Québec de 1774, alors que le Canada Act s’est fait attendre 208 ans et n’a été finalement reconnu qu’en avril 1982. Voilà ce qu’Ottawa ne peut pas et ne veut pas reconnaître et s’acharne à combattre de toutes ses forces.
Le comportement délétère du gouvernement centralisateur d’Ottawa montre qu’il a déjà perdu ses moyens. La vulgarité de langage de l’ex-ambassadeur Heinbecker ne doit pas nous surprendre.
Quant à la démarche de Benoît Pelletier, libéral et fédéraliste pourtant, elle s’inscrit dans les continuités géopolitiques établies par le Québec au terme de quatre siècles d’investissements tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du territoire. La démarche québécoise est tout à fait légitime et légale et personne à Ottawa ne peut réellement s’y opposer sans s’exposer à perdre la face, comme vient de le faire monsieur Heinbecker.
Comme nous l’a enseigné De Gaulle, nous ne devons rien à personne.

Lettre ouverte à mon parti
Maxime Paquin-Charbonneau, Président Jeunes, Région Montréal-Ville-Marie
TRIBUNE LIBRE 23 février 2005
Nous avons lentement oublié les raisons de notre désir. Nous nous
sommes égarés quelque part dans notre rêve qui tourne maintenant au
cauchemar. Je me dis souvent que notre raison est en voie de devenir
notre pire ennemi. Je regarde M. Landry, et loin de moi l'idée de lui
manquer de respect, je le regarde s’acheminer aveuglément vers une
amère agonie.
En mai 1996 , les Expos de Montréal ont massacré les Rockies du
Colorado , mon grand-père, lui, grand amateur de baseball, mourait
doucement dans son lit d'hôpital après un long et douloureux combat
contre le cancer. Ce fier petit ouvrier syndicaliste qui a dû souvent
supporter le mépris de cadres canadiens-anglais et travailler sept
jours par semaine au détriment de sa vie familiale, allait sur son lit
de mort me livrer un important message. J’avais alors 16 ans. Il
m'avait regardé, fais une blague puis sereinement déclaré : « Il est
fou ton grand-père, hein ? ». Mon grand-père devant la mort savait
encore rire, savait encore ne pas se prendre au sérieux. Voilà ce qui
manque au Parti Québécois : de la folie, de la démesure, de la
grandeur et surtout du courage.
Comme le dit si bien Claude Gauthier dans Le plus beau voyage : «… des
gens trop fragiles à des promesses d’élections ». Nous nous sommes
perdus en chemin et notre capitaine incapable d'humilité, incapable
d'admettre ses erreurs, s'enferme dans son orgueil et s'étonne de la
mutinerie qui gruge son navire et nous menace tous de naufrage. Nous
avons de beaux discours d'élections mais nous avons peur. Nous avons
perdu le sens, la véritable raison de notre combat et, surtout, nous
sommes devenus arrogants. Bien sûr, il est facile de passer au « sniper
» de simples militants de comté qui dérangent en utilisant les règles
et les statuts du parti. Il est facile d’amadouer des gens déjà trop
occupés à faire vivre leur famille et qui donnent non seulement leur
temps mais aussi leur coeur à ce parti. Il est facile pour un vieil
«establishment » d'user de stratégies douteuses pour bloquer des
propositions de la base afin de mieux contrôler le déroulement et
l’issue d'un congrès. Au moins, les communistes et les intégristes ne
se cachent pas derrière les jupes de la démocratie pour agir, ils
appliquent simplement les règles de la dictature.
L’autre jour, j'ai franchi la frontière ouest de Montréal en marchant
lentement vers le congrès de circonscription de Mont-Royal. J'ai, par
erreur, pris le mauvais chemin et me suis retrouvé devant le cimetière
de la Côte-des-Neiges où l'esprit des morts m'a heurté. Celui de mon
grand-père et, bien avant lui, d’Emile Nelligan, jeune poète génial
rejeté par le mépris de la foule, de ses règles de convenance et de ses
« on ne peut pas faire ça ». Nelligan, enfermé dans sa schizophrénie
par une petite bourgeoisie dominante, qui meurt, non pas d’une balle ni
sous la torture, mais bien par le mépris et l’indifférence de ses
semblables.
Depuis que je vis à Montréal, je ne sais combien de fois ma mère m’a
appelé pour m’annoncer le suicide d'un camarade de ma région, les
Hautes-Laurentides. Mon pays se meurt de l'intérieur : plus haut taux
de suicide et plus bas taux de natalité en Occident. Mon pays étouffe
sous le joug de politiciens à courte vue ou bassement opportunistes et
profiteurs. Mon parti suffoque sous le poids de la peur et des
manœuvres politicailleuses. Nos régions crient famine tandis que le
pire gouvernement de toute notre histoire se vautre dans l'ignorance et
la médiocrité. Mais dans cette grande partie d'échec, nous risquons
encore de perdre parce que nos pions s'attaquent entre eux. Parce que
nos tours ne pensent qu’à leurs carrières et non à protéger notre
forteresse. L'ennemi est partout, même parmi les jeunes du parti. La
veulerie n’a pas d’âge.
Il y a pourtant plus agréable que le fantasme de la liberté. Il y a la
liberté elle-même ! Mon parti m'étouffe. L'alliance
intergénérationnelle si chère à M. Landry devrait commencer par le
respect des militants, le respect de la jeunesse et surtout le respect
du droit à la dissidence. Il est facile de nous détruire , il est
facile de jouer avec les statuts, de menacer et de magouiller.
Plusieurs militants, jeunes ou vieux, sont déjà tombés au combat,
d’autres sont gravement touchés. Mais le véritable courage n’a rien à
voir avec ces petites intrigues de palais dont le Parti Québécois a le
secret. Quand le clairon de l'ennemi sonne haut et fort, (étranglement
financier du Québec, commandites, réductions en éducation, réductions
pour la Fête nationale, etc.) je serais en droit de m’attendre que mon
général en chef ne se « contente » pas d’un maigre pourcentage d’appui
de ses troupes pour aller au combat. Je serais en droit de m’attendre
qu’il me fournisse de nouvelles armes plutôt que celles qui ont servi
aux deux premières guerres référendaires. J'attends de mon général
qu'il soit aussi exigeant envers lui-même qu’envers le plus simple de
ses soldats. J’attends de mon général qu’il cherche à protéger ses
hommes plutôt qu’à les mener à l’abattoir avec un troisième référendum.
Il est temps de passer à l'attaque, il est temps de s'unir. Le pays se
meurt, ne soyons pas nos propres fossoyeurs mais bien de véritables
libérateurs. Je serais en droit de m’attendre que mon général en chef
agisse à hauteur d’homme… à hauteur d’homme d’état.
Vive le Québec libre !
Maxime Paquin-Charbonneau
Président Jeunes
Région Montréal-Ville-Marie
«Il est impératif que la nation québécoise réalise ses ambitions afin d'entrer de plain-pied au concert des nations. Il ne s'agit plus de se tourner vers le Canada. Nous sommes une société plurielle et riche de culture, il faut maintenant plus que jamais se tourner vers le monde. Le Québec se démarque déjà par sa culture, son expertise et sa capacité d'innovation. Nous sommes un État de 8 millions qui se compare très bien à la Suède ou à la Belgique, des États à part entière. Nous déployons une ingéniosité hors du commun, une ingéniosité qui permet de rayonner dans le monde. Un Québec souverain se classerait parmi les pays les plus prospères de la communauté internationale. Ses performances sont des preuves incontestables de la force économique et du savoir-faire québécois. Le Québec doit pouvoir détenir la mainmise sur ses pleins pouvoirs économiques et politiques, ce qui est la souveraineté. »
Elsie Lefebvre, Octobre 2004, premier discours à l'Assemblée nationale

Cher compatriote Delarochelle
Dave Anctil
TRIBUNE LIBRE 23 février 2005
Votre lettre me force à prendre la plume – et pour une fois, non pas pour dénoncer, pour m’indigner, pour crier, mais bien pour partager, pour fraterniser et surtout pour remercier…
Je tenais par dessus tout à vous remercier pour des mots si rares, d’une transatlantique mais ô combien sincère fraternité ! En particulier pour cette belle et lucide compréhension de notre histoire, de ces abîmes qui nous guettent si nous continuons le rythme docile de notre marche forcée en Canada.
Je tenais à vous dire que les mots choisis pour exprimer votre solidarité envers mon peuple ont gardé leur fraîcheur printanière malgré l’épaisseur nauséabonde du marais qui nous sert d’espace public, espace occupé depuis si longtemps, comme vous le savez, par Ottawa, maître des arcana imperii qui manquent rarement de sanctionner la vérité et de financer notre auto-désistement…
Comme vous avez su le remarquer allègrement en lisant nos beaux ingénieurs de consciences qui ne se privent jamais pour renier tous nos efforts, vivre au Québec, avec l’ambition de réveiller notre conscience collective pour la liberté politique, s’apparente à un interminable et absurde travail de Sisyphe. Vains efforts ! – disent mes amis dégoûtés d’un tel combat, qui aura emporté Hubert Aquin et Gaston Miron.
La poésie peut certes devenir un refuge pour les libérateurs d’esclaves de nos temps. Mais il s’agit d’un haut lieu, auquel n’accèderont jamais les rationalistes de mon espèce…
Vous aurez compris, cher Monsieur, que défendre publiquement l’indépendance du Québec, cela veut dire, chez nous, de risquer l’opprobre générale, la discrimination professionnelle et académique. C’est rejoindre, sans la choisir, une communauté virtuelle de vilains sectateurs, celle des diviseurs, des destructeurs, des racistes et des malpropres…
Ça ne prend pas la tête à Papineau, comme on dit si bien chez nous, pour comprendre les motivations de tous nos contempteurs – apostats ou mercenaires – qui travaillent avec ardeur à cette dissolution nationale dont vous nous avez si bien entretenus.
Sachez que, n’étant point romantique – mais que reste-t-il à l’homme de raison quand le sujet qui raisonne, qui se doit d’être responsable, n’est pas lui-même ? – j’ai néanmoins la chance, comme tant d’autres vieux et jeunes indépendantistes, d’avoir cette jeune énergie qui conduit au renoncement de soi. Aussi, le plus grand obstacle sur le chemin de notre liberté – l’anomie croissante dans les esprits et dans les cœurs pour cette aspiration à l’autonomie collective – consiste en un profond sentiment répandu, une sinistre maladie de l’âme dont le remède semble indicible. Elle s’apparente sûrement à ce que d’autres chez nous, plus sages que moi, auront vu comme l’abandon progressif d’une ancienne volonté d’achèvement.
Mais, dites-moi, vous qui voyez si juste, comment être responsable, lorsque l’on décide à notre place et que nous nous y sommes à moitié habitués ? Nul besoin de reprendre la dialectique du maître et de l’esclave pour identifier les relents fétides d’une douce habitude à (se) concéder…
Moi qui étudie présentement en France, ce miroir de mes aspirations qu’est votre patrie, pour ne serait-ce qu’effleurer un passé qui doit au moins m’appartenir dans l’univers de mes désirs, j’en suis venu à cette conclusion : que le Québec sera un jour une république, à l’image de cette France qu’il est parfois si difficile d’aimer pour l’exilé patriote. Vous comprendrez qu’être considéré ici en exotique Américain francophone – «un p’tit cousin du Canada » – me donne envie plus que jamais d’y revenir avec la dignité de l’étranger !
Je n’ai jamais pu croire aux liens du sang, Monsieur Delarochelle. Je ne suis à peine qu’un bâtard de cette lumineuse France que je découvre depuis quelques mois, puis moitié petit-fils d’une expatriée irlandaise, qui chercha malgré elle le silence des fusils dans une vallée boréale québécoise. Avec son île mythique évanescente au cœur, elle aura perdu son identité pour me tendre, après une longue génération hésitante, cette idée d’une dignité que peu chez nous n’espèrent même plus…
Voilà où se trouve la grandeur des choses du monde. Les idées ! Mais ce sont là aujourd’hui piètres consolations pour nos misères quotidiennes. Avec l’aide de ces déracinés idéologues qui nous ont servi à satiété notre moderne pâture, nous avons depuis longtemps achevé de déconstruire ce monde vivant où des moteurs collectifs suffisaient pour vivre dans l’histoire… Je ne connais presque plus personne qui se souvient, comme souvenir pourrait prescrire, l’événement de 1760 auquel vous faites justement allusion.
Vanité de l’homme de lettres, n’ai-je donc à offrir que des catalogues d’espoirs et des bibles d’idées ?
Quand un, puis un million de compatriotes québécois vous demandent : «Expliquez-moi en quoi je serais plus libre dans un Québec souverain », ou encore : «Expliquez-moi comment un Québec indépendant peut augmenter mon pouvoir d’achat», il vous prend l’envie de répondre à ce million, dans ce mot immortel du citoyen de Genève, qu’on le forcera d’être libre…
Mais avec quelle force ? Il en reste si peu, chez nous postmodernes d’Amérique du Nord, pour imaginer ne serait-ce que dire un tel projet – dût-il être le plus juste et le plus légitime du monde. Si notre héritage n’est précédé d’aucun testament, comme le disait l’un de vos grands patriotes, il faudra nous contenter, pour notre part, de répéter ad nauseam que le mot «héritage» employé ici fait toujours parti du lexique usuel, qu’il ne s’agit pas, en l’occurrence, d’une expression offensante pour les imaginaires culturels pluriels qui cohabitent sur notre territoire, et que nous sommes, comme tout le monde, universellement partisans de cette béante ouverture à la disparition du pronom personnel «nous» appliqué au contexte national...
Voilà où nous en sommes, à quêter les raisons de rester une idée dans la continuité dissolvante du temps…
Néanmoins, les mots que vous nous avez envoyés sont d’autant plus chérissables qu’ils représentent ces passerelles sans prix, ces rares ponts d’un espoir fraternel que plusieurs d’entre nous recevront, j’en suis sûr, comme un baume au cœur.
C’est pourquoi, cher frère Delarochelle, je vous dis, en mon nom et en celui de tous ceux qui voudront vous entendre, qu’un jour le Québec sera cette terre d’asile pour tous ces peuples de la Terre qui auront su nous voir sous notre vrai jour. À ces femmes et à ces hommes, dites-leurs que nous saurons un jour racheter le long joug de notre misérable commisération envers nous-mêmes, et porter, avec tant d’autres peuples, le flambeau de la liberté et de la dignité.

Bienvenue dans l’ère de la « politique-réalité! »
Parcours du combattant obligé pour les aspirants politiciens!
Daniel Lévesque, Québec arrondissement Beauport
TRIBUNE LIBRE 23 février 2005
Le remaniement majeur, le congédiement d’influents membres du gouvernement qui en a découlé, la déconfiture de l’Action démocratique du Québec ainsi la crise de leadership qui secoue le Parti québécois, sont autant de symptômes de la gangrène qui affecte la vie politique.
Nous avons les politiciens que l’on mérite. Peureux comme des poussins, indécis, surveillant ça et là l’effet de fuites programmées dans les journaux afin de tâter le pouls d’une opinion publique faisant pourtant montre de cynisme. Bien que le mépris à l’endroit de la classe politique est parfois fort justifié comme par exemple dans le cas du scandale des commandites, il n’en demeure pas moins que souvent, il s’appuie aussi sur des arguments anecdotiques qui ne sont qu’un infime aspect de la vie politique. Pourtant, tout cela fait inlassablement son chemin et produit des effets néfastes dont les conséquences que nous vivons présentement ne constituent que la pointe de l’iceberg.
Comme pour la mairie de Québec où les candidatures de prestige se font rares, ces conséquences sont le désintéressement généralisé pour une vie politique dont les exigences sont loin d’être comblées par les avantages que l’on peut en retirer. Finalement, il ne fait nul doute que les assauts incessants d’une opinion publique de plus en plus agressive y sont pour beaucoup dans le choix de faire ou non le saut en politique. Les gérants d’estrades idolâtrés qui critiquent avec virulence ne se pointent jamais le bout du nez quand il est temps de proposer des solutions, pas plus qu’ils n’ont le courage de se présenter eux-mêmes à la place de ceux qu’ils vilipendent. Mais il est indéniable qu’ils font réfléchir nombre de candidats potentiels.
Il en résulte ainsi l’émergence d’une nouvelle classe de politiciens tout à fait honorables et aux intentions plus que respectables mais dont les compétences ne permettent pas d’envisager à court ou long terme un avenir fait de lourdes responsabilités à assumer dans l’administration publique. C’est le principe de Peter qui s’applique et les premiers effets de ce phénomène se font déjà sentir : incapacité de prendre des décisions comme dans le cas du CHUM ou encore incompétence révélée de manière percutante comme dans le cas de la gestion de la crise de Kanesatake, mauvaise lecture conjoncturelle comme dans le dossier du Suroît, etc.
Agisme et messianisme.
Nous vivons à l’ère du zapping politique. Une époque où le manque de connaissance et l’absence pure et simple de perspective historique sont dévastateurs et où conséquemment, nos choix politiques sont malheureusement pris à la légère. Par exemple, comment expliquer que dans la région de Québec, les classes les moins nanties puissent aujourd’hui appuyer l’ADQ alors que ce parti propose de couper massivement dans les programmes sociaux dont ils sont les premiers bénéficiaires? C’est comme si, socialement, nous abordions le match politique sous l’angle d’une partie de hockey dont le résultat n’aurait que peu d’incidence sur nos vies. Hélas, l’élection du gouvernement de Jean Charest prouve aujourd’hui le contraire. Il est faux de prétendre que les partis politiques sont tous du pareil au même. D’ailleurs, parlez-en aux Français dont le réveil fut encore plus brutal alors qu’ils se sont retrouvés au deuxième tour d’une présidentielle avec Jean-Marie LePen sur les rangs.
Chez nous, le Parti québécois s’est buté sur l’écueil du changement pour n’importe quoi. Son chef Bernard Landry vit les effets du messianisme politique en vogue. Dans l’attente d’un chef au charisme soporifique menant le peuple à la terre promise, Bernard Landry lui-même s’est laissé prendre au jeu lorsqu’il a déclaré récemment qu’il cèderait sa place si un René Lévesque de 32 ans se pointait. Or les québécois n’en souhaitent pas tant et rares sont les gens croient encore à l’émergence d’un René Lévesque sortant d’une boîte à surprise.
Pour le Parti québécois, le problème en est avant tout un de perceptions et pour cela, les remèdes ne sont pas nombreux. À peine plus âgé que le chef de l’ADQ Mario Dumont, le Parti québécois est pourtant perçu comme étant un vieux parti. À tort, il est vu comme un parti appartenant à une caste d’intellos et d’idéologues associés à l’establishment. Parce que ses membres débattent d’idées ayant une certaine complexité, on les dit déconnectés des réalités du « vrai monde. » Cet énoncé est à la fois faux et terriblement injuste. Ce n’est pas parce que certaines idées sont complexes et difficilement compréhensibles au commun des mortels, qu’elles sont nécessairement prétentieuses et dénuées de générosité. Mais la cause est entendue et le jugement est rendu. Et hélas, la saison des idées n’aura pas réussi à percer la dure cuirasse de ces perceptions si fausses soient-elles. De surcroît, l’acharnement des nostalgiques qui s’accrochent frénétiquement au passé n’est certainement pas de nature à arranger les choses. Aussi, dans la mesure où Jean Charest, par son remaniement de la semaine dernière, vient de poser le premier jalon de la réélection du PLQ, vouloir surfer sur le mécontentement de la population pour espérer reprendre le pouvoir ne pourra que renforcer le sentiment d’insécurité qui prévaut chez les militants péquistes.
Mais alors, qu’est-ce qui pourrait ramener l’intérêt de la population au Parti québécois?
Ironiquement, en y regardant de plus près, ce qui semble attirer l’électorat, ce n’est pas tant la qualité des idées que la détermination dont font preuve ceux qui les véhiculent; et bien que, par exemple, on peut être en total désaccord avec Mario Dumont, on ne peut certes pas lui reprocher de manquer de courage. L’acharnement avec lequel il défend l’indéfendable ne peut que susciter au pire, l’admiration, au mieux, l’amusement. À l’opposé, on peut alors se de demander pourquoi le PQ est quant à lui si timide à défendre son option pour laquelle tous les arguments pointent si logiquement et si favorablement? Or, c’est justement ce courage qui fait cruellement défaut au Parti québécois qui continue de cacher la souveraineté derrière des faux-fuyants sur la date d’un référendum.
Recentrer son action autour du projet de pays, refuser de former un gouvernement provincial, questionner sans relâche et franchement les Québécois et ainsi être les leaders d’un mouvement nous amenant à nous pencher sérieusement sur notre destin comme peuple, comme société et comme État, voilà ce que devrait être l’agenda d’un parti comme le Parti québécois.
Au fond, force est d’admettre qu’en cette époque, même la question de la chefferie revêt une importance qui, d’un point de vue stratégique est à ce stade-ci bien relative. Dans la bataille politique en cours, ce qui est en jeu, c’est plutôt la façon de faire de la politique. La nouvelle politique n’est pas celle des grandes messes, des unanimités de façade et de la facilité auxquelles on nous a habitués. L’électorat exige maintenant des politiciens qu’ils réintroduisent l’humain dans le paysage politique. Ceux qui aspirent à former un gouvernement doivent avoir un plan simple, précis et facilement compréhensible pour la population. Ils doivent démontrer qu’ils savent où ils vont et qu’ils sont capables de faire face à la tempête. C’est un défi de taille!

Francophobie canadian et bilinguisme
C’est Durham qui serait content!...
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 23 février 2005
Il règne une atmosphère pour le moins "explosive" à la frontière du pays d’à côté depuis quelque temps. Les tricotés serrés canadians mangent leurs chandails de laine parce que la ville de Clarence-Rockland oblige l’affichage bilingue. On accuse même le Ottawa Citizen d'alimenter la rage des anglos. Je me demande si Brigitte Pellerin a l'intention de pondre un papier pour dire à ses lecteurs allergiques à l'affichage bilingue de se calmer le maple leaf. À moins que la peur de recevoir un appel à la bombe ou des menaces de mort ne la force à se mêler de ses affaires…
Je ne suis pas surpris de cette nouvelle vague de racisme anglo en Ontario, menée sans doute par des groupes orangistes continuant le combat de leurs ancêtres contre le fait français. Les Canadians tolèrent le français tant que ça ne menace pas la domination anglaise mais il suffit que des Franco-canadiens veuillent affirmer leur fierté de parler une si belle langue pour que les vieux réflexes francophobes enracinés dans les gènes WASP ressortent en un temps record. En fait, toutes les tentatives passées d’accommoder le Québec (Meech, Charlottetown) ou les périodes chaudes de l’histoire canadian (référendums, conscription) ont été autant d’occasions pour les Canadians de manifester leur francophobie latente.
Et au Québec, si on ose affirmer qu’il faut une loi 101 plus musclée, voire l’unilinguisme français, on se fait accuser par les cyniques bonententistes de vouloir perturber la « paix linguistique ». L’anglais progresse inexorablement à Montréal et dans le Pontiac mais il ne faudrait pas prendre les moyens pour y remédier et affirmer le caractère français du Québec. Au contraire, il faudrait se montrer compréhensif, tolérant, ouvert d’esprit et laisser faire l’invasion linguistique anglaise sous le couvert du bilinguisme.
D’ailleurs, je me demande pourquoi le bilinguisme doit être l'apanage des Québécois et pas des anglos? Récemment, dans la page Opinions du Soleil-à-Power, des Québécois vantaient la nécessité d'être bilingue et félicitaient le gouvernement Charest d'imposer l'anglais en première année. Et d’autres veulent envoyer leurs enfants à l’école anglaise et se font défendre par Alliance anti-Québec, le pire ennemi de la loi 101, financé par Patrimoine Canada. C’est Durham qui serait content! Ces imbéciles devraient justement lire le rapport Durham, histoire de se déniaiser un tant soit peu. On se bat depuis 244 ans contre l’assimilation et il y a des colonisés qui envoient leurs enfants à l’école anglaise! Réveillez-vous, calvaire!
J’ai eu des cours d’anglais à partir de la 4e année. Jamais eu besoin d’aller me faire angliciser dans une école anglaise. Je ne suis pas plus bilingue qu’il faut et ça ne me dérange pas plus que ça. Je ne vis pas dans un environnement anglais alors je m’en câlisse-tu du bilinguisme? Mais d’autres n’ont pas les mêmes préoccupations et veulent que leurs enfants soient « fluent dans les deux langues » pour mieux se trouver de belles jobs. « On vit à une époque où tout se fait en anglais alors il faut être bilingue. », qu’ils disent. Ah oui?
Au Québec, tout se fait-il vraiment en anglais? Quand vous allez à la Caisse populaire, à la banque, au supermarché, à l’hôpital, tout se fait en français, à moins de vivre dans une région anglophone et de tomber sur des employés anglos qui baragouinent un peu, voire pas du tout notre langue. N’ont qu’à apprendre le français, ces têtes carrées. Ils devraient savoir depuis longtemps qu’ils vivent dans un pays dont 83% des habitants sont francophones! Si j’allais vivre dans un pays étranger, je ferais l’effort minimal d’apprendre la langue des habitants, question de leur montrer que je ne les méprise pas. Mais au Québec, les anglos ont l’impression de vivre en pays conquis alors ils ne sentent pas le besoin d’apprendre la langue des vaincus. Certains le font mais d’autres vont rester unilingues anglais du berceau à la tombe. Qu’est-ce que c’est si ce n’est pas du mépris envers la majorité québécoise, une indication de la mentalité tribale et fermée sur soi-même des Rhodésiens?
La musique, le cinéma, la peinture, la littérature québécoise se font aussi en français. C’est pas tout le monde qui trippe sur la « musique » américaine ou canadian, qui lit des auteurs anglos ou qui regardent des films hollywoodiens. Si on veut survivre comme peuple, il faut renforcer la culture française, qui constitue notre identité. Mais pour certains, c’est du repli sur soi, du tribalisme que de privilégier ce qui est québécois. « Faut être ouvert sur le monde! », comme ils aiment à nous le rappeler sur leur ton de donneurs de leçons patentés. Comme si être ouvert sur le monde signifiait se renier soi-même, oublier ses origines. Comme si faire l’indépendance n’était pas un geste d’ouverture sur les autres, une façon d’enrichir l’humanité de ce que nous sommes. S’il y a des gens fermés sur eux-mêmes et déconnectés de leur peuple, ce sont bien ces colonisés fédéralistes pseudo-universels teintés du multiculturalisme néo-durhamien de Trudeau.
Dans le commerce international, je veux bien admettre que tout se fait en anglais. L’empire britannique et l’hégémonie actuelle des USA ont fait que l’anglais s’est imposé dans les échanges commerciaux. Ça ne veut pas dire qu’il faut laisser tomber la langue héritée de nos pères parce que la business fonctionne en anglais sur la planète. Les gens d’affaires québécois et ceux de la France échangent-ils en anglais? J’espère que non, à moins d’être colonisés jusqu’à la moelle. Et ailleurs, tout se fait-il en anglais dans le domaine des relations commerciales?
Dans les échanges culturels à l’étranger, le français est encore une langue privilégiée. Ainsi, il m’arrive d’échanger avec des gens d’ailleurs à qui je parle de mon pays et de notre lutte de libération, le tout en français. Et les Québécois échangent en français avec les Acadiens, les Français, les Africains, les Haïtiens, bref, avec le reste de la Francophonie.
Donc, nous pourrions répondre à ceux qui prennent prétexte de la mondialisation pour vanter les mérites du bilinguisme : non, tout ne se fait pas en anglais, ni au Québec, ni ailleurs dans le monde.
Je ne suis pas contre l’idée d’apprendre une ou plusieurs langues mais il me semble qu’il faut d’abord apprendre à maîtriser sa langue maternelle, surtout dans un contexte comme celui du Québec, avant de se lancer dans l’apprentissage d’autres langues. Où est l’urgence d’apprendre la langue du colonisateur dès la 1ère année? Est-ce une volonté inconsciente d’assimilation? Les jeunes WASP apprennent-ils le français en 1ère année? J'imagine les réactions violentes si les gouvernements provinciaux du Rest of Canada obligeaient les citoyens anglais à apprendre le français en 1ère année. Il y aurait des émeutes et de la casse, comme lors de l’incendie du Parlement à Montréal en 1849, on crierait à la French domination, au non-respect des droits des anglophones.
Dans une situation coloniale comme celle du Québec, le bilinguisme n’est qu’une étape vers l’assimilation d’un peuple minoritaire à la majorité étrangère. Au Québec, les Québécois forment la majorité, pas les Canadians, donc ce n’est pas aux Québécois à s’assimiler à la minorité canadian mais bien à celle-ci de s’assimiler à la majorité québécoise. Ce n’est pas aux jeunes Québécois à apprendre l’anglais en 1ère année mais bien aux jeunes Canadians (les plus vieux aussi) ainsi qu’aux immigrants, jeunes ou vieux, à apprendre le français, langue de notre peuple. Pour une nation conquise et minoritaire dans un continent à forte majorité anglaise, un Québec indépendant et français est une question de survie. (ns)
« En outre, la langue maternelle du colonisé, celle qui est nourrie de ses sensations, ses passions et ses rêves, celle dans laquelle se libèrent sa tendresse et ses étonnements, celle enfin qui recèle la plus grande charge affective, celle-là précisément est la moins valorisée. Elle n’a aucune dignité dans le pays ou dans le concert des peuples. S’il veut obtenir un métier, construire sa place, exister dans la cité et dans le monde, il doit d’abord se plier à la langue des autres, celle des colonisateurs, ses maîtres. Dans le conflit linguistique qui habite le colonisé, sa langue maternelle est l’humiliée, l’écrasée. Et ce mépris, objectivement fondé, il finit par le faire sien. De lui-même, il se met à écarter cette langue infirme, à la cacher aux yeux des étrangers, à ne paraître à l’aise que dans la langue du colonisateur. En bref, le bilinguisme colonial n’est ni une diglossie, où coexistent un idiome populaire et une langue de puriste, appartenant tous les deux au même univers affectif, ni une simple richesse polyglotte, qui bénéficie d’un clavier supplémentaire mais relativement neutre ; c’est un drame linguistique. » – Albert Memmi, Portrait du colonisé

Tandem Séguin et Dumont, pourquoi pas?
Nestor Turcotte, citoyen engagé de la ville de Matane
TRIBUNE LIBRE 23 février 2005
Yves Séguin s’est commis, à la télévision de Radio-Canada, dimanche soir dernier, en se réappropriant la fameuse phrase prononcée par Robert Bourassa, le 23 juin 1993, suite à l’échec de Meech et en se portant défenseur de la question de Bruxelles que l’ancien premier ministre libéral avait laissé échapper dans la capitale belge, en juin 1992.
On sait que le regretté Bourassa avait formulé ainsi sa possible et nouvelle proposition constitutionnelle dans les termes suivants :«Voulez-vous remplacer l’ordre constitutionnel existant par deux États souverains associés dans une union économique, responsables à un parlement commun?» Mario Dumont et Jean Allaire se firent les défenseurs de cette position dans un célèbre congrès libéral où les deux alliés quittèrent le PLQ pour s’en aller fonder l’Action démocratique du Québec, qui proposait alors et propose toujours une nouvelle union confédérale avec le reste du Canada.
Pour les nostalgiques et pour ceux qui l’auraient oublié, le référendum de 1995 retenait exactement les éléments de la position bourrassienne et la thèse soutenue maintenant par les Séguin-Dumont. Voici la question à laquelle les citoyens du Québec ont répondu en octobre 1995: «Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente du 12 juin ? » En répondant OUI à cette question, les Québécois s’engageaient à créer une nouvelle Confédération canadienne, mais ne s’engageaient pas à sortir de la Fédération dans laquelle ils étaient, à moins que les négociations échouent entre le Québec et le Canada. Avec Parizeau en tête, il est bien clair que cette astuce dans la question, (tant de fois dénoncée comme une cage à homards) n’aurait jamais conduit le Québec à cette union confédérale, mais à l’échec orchestré dans les négociations par les partisans du OUI et, forcément, à une sortie par la bande du Québec de la Fédération canadienne.
Mario Dumont s’était promis, le lendemain de la consultation populaire de 1995, de ne pas parler de Constitution avant une bonne dizaine d’années. Le temps est maintenant terminé. Il peut donc recommencer et discuter de ces choses, puisqu’elles n’ont pas été réglées dans la clarté et la lucidité lors du dernier référendum.
Comme la position de Monsieur Dumont et celle de Monsieur Séguin se ressemblent comme deux gouttes d’eau, il serait normal que Monsieur Séguin, ou bien quitte les rangs du Pari libéral du Québec et rejoigne Mario Dumont pour proposer, lors du prochain scrutin, la même thèse qu’ils défendent tous les deux , ou encore se fasse élire comme chef du Parti Libéral du Québec, en ralliant le parti à sa position constitutionnelle et en ramenant forcément avec lui Mario Dumont dans son ancien giron politique. Le nouveau mariage politique, nullement contre nature, pourrait faire la prochaine élection autour du thème «d’une nouvelle union confédérale», bâtie par les libéraux, eux qui souhaitent toujours «briller parmi les meilleurs». Mario Dumont, pour représenter la classe jeunesse montante, pourrait devenir vice-premier ministre du Québec, en espérant prendre la place de Séguin dans un avenir rapproché. Les libéraux pourraient ainsi reprendre le pouvoir sans difficulté, laissant Landry sur le bord de la clôture, béat et sans recours.
Bernard Landry, qui cache son option depuis des années dans une souveraineté à l’européenne, sera bien obligé de se rallier à cette thèse qu’il défend dans le sous-sol de son parti politique ou bien montrer que son nouveau langage qui le porte depuis quelque temps et qui le pousse à parler de l’indépendance nationale, est autre chose qu’une frime passagère.
L’union confédérale de Bourassa, celle défendue par Séguin et Dumont, et parfois par Bernard Landry en différentes occasions, n’est en fait, qu’une forme de fédéralisme renouvelé à un registre supérieur. Il reste à savoir si Landry continuera à turluter la chanson de la libération nationale jusqu’au prochain scrutin ou s’il va se rallier au chant confédéraliste de ses prétendus adversaires. Le «souverainisme» dont parle le chef de l’Opposition pourrait-il s’appeler, lui aussi, confédéralisme à l’européenne? Ce serait une bonne occasion de le savoir.
Tout ce chemin parcouru, depuis trente-cinq ans, pour dire que tout le monde, en fait, pense la même chose, à savoir que les Québécois n’arrivent pas à se brancher et que la cause de l’indépendance nationale n’a guère progressé pendant ces longues années perdues. Le langage des politiciens est souvent ambigu. La Saison des Idées et le Grand Chantier de Landry s’ajoutent-ils aux farces constitutionnelles des dernières décennies et ne sont-ils qu’une mascarade de plus à la panoplie des comédiens qui aspirent à reprendre le pouvoir? Confucius disait qu’avant de faire une réforme politique, il fallait écrire un bon dictionnaire. Il n’est jamais trop tard pour l’écrire, mais qui, dans les politiciens qui nous dirigent ou qui aspirent à nous diriger, auraient le courage de le consulter?
Et madame Françoise David, dans tout ça?

«La commission Gomery a pour travail de nous réhabiliter» - Jacques Saada
Marcel Lussier, ex-candidat, Bloc Québécois Brossard-La Prairie
TRIBUNE LIBRE 24 février 2005
Le 11 décembre dernier, le député Jacques Saada donnait une entrevue au journal régional Le Reflet. Lors de cette entrevue, le député déclarait, en ce qui concerne le scandale des commandites :
« La commission Gomery a pour travail de nous réhabiliter. Il fallait crever l’abcès. »
J’ai relu, incrédule, cette déclaration plusieurs fois, espérant mal comprendre. Ainsi, selon notre député, la commission aurait pour mandat de réhabiliter les libéraux du gouvernement Chrétien-Martin? Tous les commentateurs politiques ainsi que le décret officiel qui a créé cette commission fédérale disent pourtant le contraire. La commision Gomery a été créée, en 2004, pour faire la lumière sur les abus et les fraudes présumées des libéraux et amis du régime entourant le scandale des commandites.
Il me semble que le député Saada a manqué gravement a son devoir de réserve, à savoir laisser la commission Gomery suivre son cours et poursuivre son enquête librement. Comment le député peut-il décider à l’avance des conclusions du juge? Les règles sont pourtant strictes : un député doit éviter à tout prix de tenter d’influencer les décisions de la cour. Rappelons-nous que les libéraux eux-mêmes ont déjà forcé Jean Charest, ministre conservateur à l’époque Mulroney, à démissionner pour avoir téléphoné à un juge relativement à une cause touchant son ministère.
Plus grave encore : le député de Brossard-La Prairie semble annoncer que la commission avait un mandat caché, celui de blanchir le gouvernement libéral, malgré les faits. Ou le député dit ce qu’il pense vraiment et qu’il sait être vrai ou alors il a dit cela de façon imprudente et légère.
Dans le premier cas, il avoue une intention coupable de manipuler l’opinion publique. Dans le deuxième cas, il se révèle incapable de respecter son devoir de réserve et de s’exprimer correctement en public.
Dans les deux cas, il devrait démissionner.

«Canadiens de souche» maintenant...
la nouvelle trouvaille...
Marie Mance Vallée
TRIBUNE LIBRE 24 février 2005
Dans un communiqué de la Presse canadienne paru sur Cyberpresse ce matin, et en provenance d'Ottawa, Statistique Canada dans une étude sur la santé des immigrants utilise maintenant l'expression «Canadiens de souche» pour différencier les vrais Canadiens des immigrants. Curieux et nouveau cette appellation!
Questions :
1) Que signifie cette expression «Canadiens de souche»? Des Canadiens français, des Canadiens anglais? Les Orangistes de Toronto se croiraient-ils des Canadiens de souche? Ce qui signifierait à mon avis, qu'ils sont les seuls fondateurs de ce pays qui nous est maintenant étranger? Craignent-ils de disparaître dans l'unité canadienne eux aussi?
2) Statistique Canada, organisme gouvernemental, aurait-il mission de convertir les Québécois de souche et les Québécois tout court à l'expression «Canadiens de souche»?
3) Ce tour de passe-passe fait-il partie du plan B? Après les commandites...
4) Le gouvernement canadien aurait-il l'intention de nous convaincre, de nous entrer de force dans la tête que nous sommes des Canadiens de souche maintenant pour nous faire oublier que nous sommes des Québécois de souche? Expression que nous avons dû utiliser pour nous démarquer du ROC afin de préserver notre identité de souche française?
5) S'agit-il encore une fois d'une autre usurpation? Après la subtilisation de l'hymne national, de la feuille d'érable, du castor, du territoire récemment, etc...etc...Le Canada n'a aucune personnalité; il doit régulièrement s'emparer de notre spécificité pour se donner des airs de pays.
Pendant des années, les fédéralistes, les souverainistes-fédéralistes et les confédéralistes québécois bien nés, bien influencés, bien placés, bien déconnectés de la population et surtout qui ont bien voyagés, n'ont-ils pas tout mis en oeuvre pour faire disparaître l'expression «Québécois de souche» qui, nous disait-on, avait une connotation raciste, xénophobe; ça sentait le bas de laine, la ceinture fléchée et pourquoi pas la soupe aux pois et les «beans». Qu'elle manquait d'ouverture aux autres à tel point que les souverainistes même étaient gênés de se dire «de souche». Quelqu'un qui osait se dire encore Québécois de souche était mis hors-jeu immédiatement. On le discriminait même...pour bien lui faire comprendre, comme à un petit enfant, qu'il ne fallait plus utiliser cette expression. À la limite, certains des nôtres considéraient cette appellation gênante, allant parfois jusqu'à dire que dans certaines régions éloignées du Québec, les tares héréditaires étaient la norme. Désolant!
Il est vrai que dans le moment, les Québécois de souche sont au plancher ou assis dans leur salon comme des voyeurs qui attendent un miracle, parce que pas de leaders transcendants. Il est alors bien facile pour le gouvernement canadien de poursuivre sa démarche quotidienne de désidentification des «Québécois de souche» au profit des «Canadiens de souche». Il n'y a qu'à syntoniser la SRC, TVA et TQS et écouter nos compatriotes journalistes et commentateurs pour nous en convaincre. Ils sont bien dressés et bien soumis et surtout bien confus... Et ils prétendent savoir...Et à la première occasion, ils s'excusent et demandent presque pardon d'avoir pensé autre chose que «ce qu'on doit penser» (cf. Claude Charron dans l'affaire Wal-Mart). On se croirait en pleine dictature de la pensée. Cela ne vous rappelle pas certains pays?????
À mon avis, il s'agit d'un «transfert» encore une fois. Ils cherchent à nous identifier à Canadiens de souche puisque nous refusons d'être des Canadians tout court ou encore des francophones. N'oublions pas que ce communiqué provient directement d'Ottawa, par le biais de Statistique Canada. De là à penser qu'il y a une volonté politique canadienne genre commandite, il n'y a qu'un pas. Depuis la conquête, nous avons dû, pour protéger notre identité, nous adapter aux nouvelles réalités imposées par le Canada et ses mercenaires québécois qui, de ce fait nous spoliaient. Nous étions déjà des Canadiens, des Canadiens français, ensuite des Québécois (devenus générique), dernièrement des Francophones (comme si nous étions des immigrants) et maintenant des Canadiens de souche. Cela est un bonbon pour les naïfs. La boucle est bouclée; nous revenons au point de départ. Et là, je ne soulève pas le dossier des émissions pour enfants qui seront dorénavant franco-canadiennes. Et de Mitsou Gélinas (la petite-fille de Gratien Gélinas) et de Véronique Cloutier qui seront les porte-paroles franco-canadiennes de la spécificité québécoise française. Il faut en rire pour ne pas en pleurer.
Quant à moi, je sais qui je suis. Malheureusement ce n'est pas le cas de tous. Et ils ne m'utiliseront pas pour faire «leur pays» qui n'est qu'une imposture, une forfaiture, une Grande Usurpation.
Soyons vigilants parce que le gouvernement canadien est un spécialiste de la diversion et de la confusion. Et que les mouchards fédéraux québécois sont partout, même et surtout dans les partis politiques.

Référendum d'initiative populaire : Épouvantail ou squelette?
Sasha-A. Gauthier, militant souverainiste
TRIBUNE LIBRE 24 février 2005
«It is the theory which decides what can be observed» - A. Einstein
Le 23 février dernier quatre jeunes députés du Parti Québécois ont jeté leur pavé dans la marre ricochant ainsi la mer idéologique à propos de la question sur méthode d’accession à la souveraineté. Idée oscillant dans une direction déjà annoncée suite à un rapport boiteux rédigé et publié lors de la Saison des Idées, nos trois mousquetaires plus un (Nicolas Girard, nouvellement élu dans Gouin) relancent ainsi d’outre-tombe un débat sur la question des initiatives populaires déjà refusé par M. Landry en 2000. En effet, cette idée «neuve» fut l’objet d’un très court débat puisque les militants étaient très peu enthousiastes d’une approche stratégique semblable.
D’abord sur l’idée en soi.
«C’est plus démocratique» disent-ils, puisque la population n’est pas juste appelée du sort de l’indépendance, mais aussi de sa date. Sans entrer dans les problèmes logistiques qu’entraînerait la disponibilité de ces registres pour 7,5 millions d’habitants répartis sur 1,5 millions km² (soit 3 fois la France), comment peut-on prétendre que 10% de la population peuvent-ils être plus aptes à décider de la date d’un référendum que les 42-44% des électeurs ayant voté pour un Parti gouvernemental ayant obtenu un mandat clair sur ce propos ?
In extenso, si cet argument fût-il véridique ou véritable, alors pourquoi encastrer cette «initiative» que sur la question nationale. Dans cette même veine, ne pourrait-on pas signer des registres pour exiger du gouvernement des référendums sur l’abolition de la loi 101, sur la limitation de l’impôt pour les riches (comme en Californie, laissant l’État dans une incapacité financière intenable) ou bien tout simplement y voter l’abolition de l’universalité des soins de santé comme de la gratuité scolaire. Pire encore sur l’adoption de la constitution de 1982.
Sans être démagogue, le modèle californien a prouvé que seuls ceux qui y disposent des moyens de communication de masse ont le pouvoir d’imposer ce qu’ils veulent aux gouvernements en place. Imaginez alors la radio CHOI à Québec disposant d’une telle arme politique de style populiste.
Aussi séduisant soit-elle, cette position ouvre une boite de pandore ou la véritable démocratie est menacée. Et sa véritable définition est le bien commun, non pas le système qui l’interprète ou tranche ses rapports de force. La démocratie ne doit pas être l’otage des groupes de pressions organisés et opulents, ce que permets une telle «initiative» puisque seuls ces derniers ont les moyens de l’influencer.
D’autant plus que cette position, inspirée d’un profond passée péquiste oublié, fut dépoussiérée ironiquement par la démarche consultative suivie par le gouvernement du Parti libéral dans le cadre des défusions municipales. Il est pathétique d’observer que ce qui a été dénoncée par notre «vigoureuse opposition officielle» devient désormais la position officielle de députés de notre aile parlementaire sur notre question politique fondamentale. Et aujourd’hui, les mêmes arguments qu’ils ont servis durant des mois aux libéraux lors des défusions servent contre eux-mêmes, victime de leurs «friendly fires» pour reprendre la terminologie des dommages collatéraux. Pourquoi ce revirement?
Plus grave, cette position représente en fait la démission d’un futur gouvernement péquiste de la question nationale. Pire que les conditions gagnantes qui ont introduits ipso facto l’attentisme latent dans lequel nous sommes tous figés, cette proposition rend l’attentisme officielle : le gouvernement ne fera absolument rien avant d’avoir obtenu 750 000 signatures inscrits sur de lointains registres. Dès lors, le gouvernement aurait 6 mois pour organiser un référendum alors que Jacques Parizeau a commencé à travailler pour gagner celui de 1995 et ce dès 1991, soit 4 années auparavant.
De retour sur les raisons d’une telle résolution.
Pourquoi défendre à cette étape-ci une telle résolution qui est selon toute vraisemblance totalement opposée aux thèses «Parizeau-Laplante», étant déjà un compromis entre l’élection-référendaire et l’actuel «position relative» des décideurs péquistes. L’objectif en subreptice d’une telle «initiative» est de déplacer le centre de gravité au PQ vers l’urgence de ne rien faire du tout en la matière, c’est-à-dire les thèses actuelles des conditions gagnantes (l’attentisme sournois) ou ses avatars.
Aujourd’hui, ce «jeune» groupe s’est auto-identifié comme étant une «troisième voie», qualificatif annonçant d’habitude une vision de compromis entre deux visions antagonistes permettant ainsi de rallier l’ensemble des gens. Plus simplement, une «troisième voie» est un compromis.
Dans le cas présent, comme on l’a vu, le processus est inverse. En défendant une position radicalement opposée et posée a contrario de tout ce qui a été proposé jusqu’à présent laisse perplexe la fin véritable d’une telle proposition. Il est évident que les événements, particulièrement ceux politiques, ne se produisent jamais sans fondement, raison ni calcul.
Alors il demeure de connaître quels sont les intérêts réellement défendus par nos «jeunes» députés, si ce n’est que de vieux intérêts étapistes. L’incohérence totale entre l’origine de l’idée (libérale) et sa conceptualisation incohérente finale (a contrario au dossier des défusions) le démontre. Il est facile d’ouvrir un front sans grande conviction pour occuper les militants et accepter un compromis auxquels ils étaient vendus d’avance. Mais ne nous y trompons pas puisqu’en défendant une telle position sûre de mourir au feuilleton, nos «jeunes» aux vieilles idées ne défendent rien d’autre que l’intérêt de l’étapisme rouillé, corrodé mais combien rassurant pour ces députés.
Albert Einstein affirmait:«It is the theory which decides what can be observed». On peut observer cette résolution sous le regard aigue et floue d’une vision particulière et marginale de la démocratie. Mais de l’autre côté de l’ornière, le seul objectif de l’idée d’«initiative» est de recentrer le parti québécois vers le maintien de l’étapisme, la démission ipso facto de l’élite péquiste envers l’article un de son programme et l’espérance en de mythiques conditions venues du ciel.
