La refonte de l'État culturel prend forme

Stéphane Baillargeon
Le Devoir lundi 21 février 2005

Le ministère réduit ses programmes et simplifie ses formulaires

La «modernisation» de l'État culturel commence à prendre forme et va se poursuivre sous la gouverne de Line Beauchamp, qui conserve son poste de ministre de la Culture et des Communications (MCCQ) dans le nouveau cabinet libéral.

La refonte administrative va ramener de quarante à quatre, les programmes de subvention. La nouvelle structure sera implantée en avril 2006, selon les informations obtenues par Le Devoir.

Ce remaniement en profondeur, préparé depuis plus d'un an par des hauts fonctionnaires, ne concerne que la machine bureaucratique et n'a à peu près aucune incidence financière. Ces plans ne visent pas non plus les grands organismes comme le CALQ ou la SODEC et n'impliquent pas directement les sociétés d'État, comme les musées nationaux, qui feront l'objet de réformes parallèles, elles aussi en gestation.

Une autre équipe du ministère travaille sur la diversification des sources de financement de la culture. Le groupe de travail est dirigé par Pierre Lafleur, ex-président de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC). Sitôt confirmée dans ses fonctions, la ministre Beauchamp réaffirmait ses priorités la semaine dernière, dont cette idée de multiplier les «dollars culturels» en bonifiant les mesures fiscales encourageant le mécénat privé.

Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du Trésor, a évoqué la refonte des programmes du MCCQ en dévoilant son Plan de modernisation 2004-2007, en mai dernier. La refonte s'appuie aussi sur une volonté de décentralisation (vers les organismes soutenus, par exemple) et de régionalisation.

Les plans de la nouvelle mécanique étatique sont présentés et expliqués depuis quelques semaines par des émissaires du MCCQ envoyés dans toutes les régions du Québec pour y rencontrer les «clientèles» du ministère. La rencontre de Montréal, dix-huitième étape d'un circuit provincial en 22 points, a eu lieu la semaine dernière. La séance d'information a attiré environ 200 participants de tous les milieux, à la Cinémathèque québécoise.

Les documents distribués montrent que les nombreux programmes ministériels seront ramenés à quatre grands axes : l'aide au fonctionnement; l'aide aux projets; l'aide aux immobilisations; et l'aide aux initiatives de partenariat. Ces quatre offres de services s'appliquent à huit domaines (muséologie, patrimoine, lecture et bibliothèque, etc) et à différents «dossiers horizontaux», comme le développement international ou le tourisme culturel.

«Ce sont nos compétences transversales», résumaient mercredi dernier un des architectes de la «réingénierie». Le sujet même de la rencontre stimulait l'utilisation d'un charabia bureaucratique mêlant les références à la «synergie», aux «décisions de proximité», aux «planifications stratégiques». Il n'y a jamais été question des créateurs et de leurs créations, de l'art et des artistes, bref de l'essence même de la culture. Ce monde de gestionnaires donne l'impression de vivre pour et par lui-même, comme n'importe quel autre du genre.

Le document intitulé De meilleurs services aux clients et aux partenaires, daté de janvier et février 2005, envisage l'utilisation massive des services en ligne par les fonctionnaires et les clientèles, la simplification des formulaires et une collecte de données réduite à l'essentielle. L'Observatoire de la culture et des communications du Québec se charge maintenant de fournir des statistiques fiables et étendues sur les secteurs sous la responsabilité du MCCQ. Le ministère envisage aussi de fixer les subventions triennales aux organismes, même à ceux qui ne bénéficient pas pour l'instant d'une aide au fonctionnement.

Les propositions seront modifiées en fonction des commentaires fournis par les participants aux tables d'information. Le ministère espère implanter ses nouveaux programmes et ses «formulaires transactionnels» en avril 2006.