
Canada already onboard U.S. missile defence: McKenna
National Post February 22, 2005
OTTAWA (CP) -- The country's next ambassador to Washington dropped a political bombshell Tuesday, saying Canada is already part of the controversial U.S. missile defence program.
Frank McKenna made the comment after appearing before a Commons committee examining his appointment by Prime Minister Paul Martin.
McKenna told the foreign affairs committee he wasn't sure what more U.S. President George W. Bush needs from Canada on the controversial plan to create a continental missile shield.
Afterward, the former premier of New Brunswick went much further with reporters.
Asked directly if Canada is already part of the program, McKenna responded: "We are.
"We're part of it now and the question is what more do we need?''
Martin's Liberals have consistently denied that they've committed Canada to the missile defence program.
McKenna also said he doesn't understand why Bush publicly implored Martin to sign on to the program when he visited Canada late last year.
McKenna said Washington has not asked Ottawa to place missile interceptors on Canadian territory, nor has it asked for money to support the program. So he's not sure what more the U.S. wants.
Canada agreed last summer to allow Norad, the joint Canada-U.S. air defence command, to monitor for incoming missiles _ a key element of the program's design.
"I suspect the United States of America has much of what it needs in terms of operationalizing its modest ballistic missile defence program . . . ,'' McKenna told reporters.
"There's no doubt, in looking back, that the Norad amendment has given, has created part, in fact a great deal, of what the United States means in terms of being able to get the input for defensive weaponry.''
As for Bush demanding Canada sign on: "What does 'sign on' mean?'' asked McKenna.
"You couldn't put it more bluntly than that.''
The prime minister has insisted that Canada would only take part in the missile defence program if the U.S. meets a long list of conditions.
Foremost among those is to ensure weapons system don't extend into space, which could spark a new international arms war.
Opposition MPs on the foreign affairs committee were non-plussed by McKenna's blunt assessment of Canada's commitment to the missile plan.
"It is a kind of acknowledgement that no one in the government would have wanted before to make,'' said Bloc Quebecois MP Francine Lalonde. "It was surprising.''
New Democrat MP Alexa McDonough said McKenna has made "absolutely clear'' that Canada has given the U.S. all it needs in concrete assistance.
"But of course we know what else the Americans want is Canada to be the fig leaf, Canada to give the aura of credibility and respectability to the U.S. decision to go ahead with this missile-defence madness.''
That would require an open embrace of the program by the Canadian government, rather than the current backdoor arrangement, said McDonough.
Liberals delegates to the party's national convention in two weeks will debate resolutions calling for Canada to abstain from the missile shield project.

Frank McKenna contredit Martin
Raymond Giroux
Le Soleil mercredi 23 février 2005
Le nouvel ambassadeur à Washington déclare que le Canada "fait maintenant partie" du projet
Ottawa - Nouvelle tempête politique à Ottawa, déclenchée cette fois par un ami de Paul Martin : le Canada "fait maintenant partie" du bouclier antimissiles, a lancé hier le nouvel ambassadeur du pays à Washington, Frank McKenna.
Ce dernier a expliqué devant les médias, à la suite de sa comparution devant un comité parlementaire chargé d'étudier sa nomination, que l'amendement de l'accord sur le NORAD, en août dernier, a effectivement donné aux Américains ce qu'ils voulaient pour poursuivre le programme.
Les propos de M. McKenna contredisent ouvertement ce que le gouvernement fédéral, le premier ministre Martin en tête, affirmaient à ce moment, à savoir que cet amendement n'avait rien à voir avec le bouclier antimissiles.
Ce coup d'éclat intervient à huit jours à peine de l'ouverture du congrès du Parti libéral, qui débattra d'une proposition émanant des libéraux du Québec et des jeunes libéraux de l'Ontario, avec l'appui de la Commission féminine, et opposée au bouclier.
Même si cette résolution est adoptée par le PLC, le gouvernement demeure toutefois entièrement libre de l'accepter ou de ne pas en tenir compte. M. Martin s'est toutefois engagé à soumettre le projet à un débat et à un vote aux Communes.
Le ministre de la Défense nationale, Bill Graham, qui a tout nié et soutient régulièrement aux Communes que le Canada n'a encore pris aucune position sur le dossier, a subi sans broncher les foudres d'une opposition incrédule sans déroger à la ligne officielle.
"Il faut comprendre ce qu'il a dit dans son contexte, a-t-il expliqué en point de presse. Il veut rassurer les Américains que nous coopérons à la défense de l'Amérique du Nord en utilisant NORAD d'une manière utile pour nous deux pour évaluer les menaces."
M. Graham a rejeté toute contradiction entre les déclarations du futur ambassadeur et la politique canadienne. "Nous collaborons avec nos amis américains pour connaître la nature des menaces contre l'Amérique du Nord, et cela par le l'entremise de NORAD".
"Cela n'est pas une participation au système antimissiles, qui est un autre système, un système de déploiement de missiles, a ajouté le ministre, et évidemment, nous n'en faisons pas partie".
Quand un journaliste lui a demandé si M. McKenna, dans ce contexte, "était confus", M. Graham a répliqué : "Je ne réponds pas à cette question."
Aux Communes, M. Graham a précisé au chef bloquiste, Gilles Duceppe, "qu'il y a une différence entre évaluer une menace, échanger des informations, collaborer avec un ami, comprendre ces informations, et prendre la décision de lancer un missile".
Les réponses du ministre lui ont valu une dure réplique du député Michel Gauthier, selon qui "le gouvernement est absolument pitoyable face à cette question importante".
"Il n'ose pas affronter la réalité, a-t-il lancé. Il ne veut pas dire à la population qu'il a le bras dans le tordeur et que nous sommes embarqués dans le projet de bouclier antimissiles."
Sortant d'un repas avec M. McKenna, repas planifié depuis une bonne semaine, dit-on au bureau du ministre, M. Graham a tenu à préciser aux députés qu'il "n'y a aucun problème entre l'ambassadeur, moi-même, la vice-première ministre ou le premier ministre".
Le ministre a également rappelé à sa défense le fait que le président George W. Bush a demandé au premier ministre Martin, lors de sa visite de décembre dernier, de participer au bouclier. En toute logique, donc, "nous n'en faisons pas partie, selon les Américains", a-t-il dit.
Le chef du NPD, Jack Layton, a de son côté demandé à M. McKenna de se rétracter parce qu'il contredit le premier ministre, ou sinon, que le gouvernement explique clairement sa politique.
"Il se peut que M. McKenna ait dit ouvertement devant un comité des choses qu'il devait déclarer seulement à Washington derrière des portes closes, a-t-il dit en point de presse. Si tel est le cas, nous voyons bien la duplicité du gouvernement sur cette question."
Quant à l'insistance du président Bush, M. Layton soutient qu'il est important pour ce dernier "d'avoir une déclaration claire que le Canada est un partenaire dans ce programme pour pouvoir le dire partout dans le monde".
Chez les conservateurs, le député Peter MacKay croit difficilement à la théorie de la gaffe politique. "Ce serait très inhabituel que M. McKenna commette un faux pas sur une question aussi importante. Il est un politicien très prudent et réfléchi, dit-il, avec beaucoup d'expérience dans la vie publique."
"S'il dit que nous sommes déjà partie au bouclier antimissiles, je crois qu'il dit la vérité", ajoute le numéro deux du PCC.
RGiroux@lesoleil.com

Selon Frank McKenna, futur ambassadeur du Canada aux États-Unis
LE CANADA PARTICIPE DÉJÀ AU BOUCLIER ANTIMISSILE
Gilles Toupin
La Presse mercredi 23 février 2005
Ottawa - Le prochain ambassadeur du Canada aux États-Unis, Frank McKenna, a lancé une véritable grenade politique hier lorsqu'il a déclaré que le Canada avait déjà accepté de participer au controversé bouclier de défense antimissile du président George W. Bush.
Depuis des mois, les libéraux de Paul Martin ne cessent d'affirmer qu'aucune décision n'a encore été prise sur la participation canadienne au programme américain de bouclier antimissile. Or, en déclarant le contraire aux journalistes, à la sortie de sa comparution devant le comité des affaires étrangères de la Chambre des communes qui examinait sa nomination, l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick a mis le gouvernement Martin dans l'embarras. Il a de plus déclenché une véritable tempête aux Communes lors de la période des questions.
Lors de son point de presse avec les journalistes, Franck McKenna discutait du projet américain de bouclier antimissile lorsqu'il a lancé: " Nous en faisons partie maintenant, et la question qui demeure est: qu'avons-nous besoin de plus? "
M. McKenna a aussi souligné que le Canada avait accepté l'été dernier que l'on amende NORAD- le commandement nord-américain de la défense aérospatiale- afin de rendre accessible au commandement américain responsable du bouclier antimissile son propre dispositif d'alerte contre les missiles. " Il n'y a aucun doute, rétrospectivement, que l'amendement à NORAD a favorisé notre implication dans les systèmes d'armes défensives ", a ajouté Frank McKenna.
La sortie inattendue de celui qui deviendra officiellement le 1er mars l'ambassadeur du Canada à Washington a mis sur la sellette le ministre de la Défense, Bill Graham. Au lieu d'avancer l'explication que M. McKenna s'était mal exprimé, M. Graham a plutôt tenté de donner son interprétation des propos du futur ambassadeur. Le ministre a défendu le gouvernement en affirmant que M. McKenna avait parlé de l'amendement à NORAD et non du bouclier antimissile. " Non, non, nous n'avons conclu aucun accord avec les États-Unis sur des missiles de défense balistique, a-t-il dit aux journalistes. Nous avons conclu un accord pour amender NORAD afin de leur permettre d'utiliser les informations de NORAD pour qu'ils puissent évaluer toute menace contre l'Amérique du Nord. C'est éminemment clair pour moi que cela ne signifie pas la même chose que de prendre part à la défense antimissile. "
Stephen Harper, le chef conservateur, a reproché au premier ministre d'avoir secrètement pris la décision de participer au bouclier américain, " brisant ainsi clairement tous les engagements pris envers la Chambre et les Canadiens ".
" Tous les partis aux Communes se sont mis d'accord, a-t-il dit, qu'il y aurait un vote sur notre participation au bouclier de défense stratégique. Maintenant, Frank McKenna dit que la décision a été prise. Il dit que nous en faisons partie. Est-ce que le ministre affirme que le nouvel ambassadeur étoile aux États-Unis est un menteur? "
Le ministre de la Défense a de nouveau rétorqué qu'aucune décision n'avait encore été prise sur le bouclier.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a rappelé au ministre Graham que Frank McKenna avait été très clair lorsqu'il a dit: " Nous en faisons partie. " " Est-ce que le ministre va admettre, a-t-il demandé, que le premier ministre a induit la population en erreur en affirmant que la modification à NORAD n'entraînait pas de facto la participation du Canada au bouclier antimissile? " Gilles Duceppe a par la suite qualifié Frank McKenna, à la sortie des Communes, de " libéral gaffeur ". " Ça doit être une maladie dans ce parti-là ", a-t-il ajouté. Après l'affaire de la déclaration malencontreuse la semaine dernière du premier ministre Martin sur la Syrie, M. Duceppe ne comprend pas pourquoi le gouvernement s'entête à appuyer les propos de M. McKenna. " Plutôt que de dire qu'il s'est mal exprimé, que ce n'est pas cela qu'il voulait dire, les libéraux continuent de dire: Mais non, il s'est très bien exprimé, il a très bien exprimé notre position, c'était très clair. " M. Duceppe estime que les libéraux de Paul Martin " sont atteints d'infaillibilité politique, ils ne se trompent jamais ".
De son côté, le chef néo-démocrate Jack Layton, craignant que M. McKenna ait dit la vérité dans cette affaire, a demandé des clarifications au gouvernement qu'il estime ne pas avoir reçues.
Annonce de Martin?
Par ailleurs, selon Radio-Canada, Paul Martin aurait l'intention d'annoncer, demain aux Communes, que le Canada ne participera pas activement au programme de défense antimissile des États-Unis. Selon la télévision publique, M. Martin aurait décidé de reculer devant les pressions de son propre parti.
Pour les libéraux du premier ministre, l'unanimité n'est pas encore faite au sein de la représentation parlementaire, plusieurs députés s'opposant à la participation du Canada à un programme aussi peu fiable. Voici quelques jours, un nouvel essai a échoué lorsqu'un missile intercepteur n'a pu décoller de sa base dans l'océan Indien. Un problème semblable s'est également produit en décembre.

Rockets, red glares
John Ibbitson
The Globe and Mail Wednesday, February 23, 2005
How badly did Frank McKenna misspeak? So badly that he utterly twisted the Liberal government's message just days before it may be ready finally to pull the plug on missile defence.
As previously reported, acceptance has been growing within the federal government in recent weeks that Canada will not be able to sign on to a missile defence agreement.
Prime Minister Paul Martin believes in the program, on the simple grounds that if the Americans are firing rockets into our air space in an attempt to destroy an incoming missile, Canada should be in on the decision. Defence Minister Bill Graham thinks the same thing.
But within the women's and Quebec caucuses of the Liberal Party, opposition to missile defence is strong. Opponents see it as a dangerous escalation of the arms race. Equally, it speaks to the latent strain of anti-Americanism, or at least anti-Republican Americanism, within the Liberal Party.
With caucus divided, and the grass roots of the party set to vote against missile defence at next week's policy conference, the only question was when would be the best -- or least worst -- time to pull the plug. There is word that announcement could come as soon as the end of this week.
Into this painful situation lumbered Frank McKenna, former premier of New Brunswick and Canada's new ambassador-designate to the United States.
After testifying to the House foreign affairs committee, Mr. McKenna seemed to suggest that an agreement that Canada signed last August to have NORAD monitor incoming missiles was tantamount to signing on to the whole program.
This is nonsense.
The Americans wanted an open declaration that Canada supports missile defence as a joint effort. They wanted some form of Canadian participation, not only in the NORAD command structure, but in the actual decision making. In effect, they wanted a Canadian in the room, cheering them on, if they had to try to shoot down a missile.
Some observers on the Hill suspected that Mr. McKenna's remarks were deliberate -- part of a Machiavellian scheme to make it appear that Canada had lived up to Mr. Martin's earlier pledge to sign on to missile defence, even as the government pulled the plug on ratification. It is a theory worthy of Mackenzie King in its elegance and duplicity.
However, there is reliable word that the truth is more prosaic. Mr. McKenna was either badly briefed or failed to master the briefing. Under the glare of the cameras, he placed greater emphasis on the NORAD agreement than he should have.
Nothing is so attractive as a retired politician, which is why many observers are touting Mr. McKenna as a possible successor to Paul Martin. But retired politicians are often rusty when they return to public life. We all remember John Turner, and Jean Chrétien was no great shakes during his early days as an opposition leader.
Besides, this government isn't quite that devious (or maybe quite that smart) for such elaborate conspiracy theories.
The political cost of failing to support the United States on its missile defence program is bound to be high. For one thing, announcing it this week, to head off the revolt at the policy convention, would draw attention from today's budget, which is designed to be the Martin government's principal weapon to win the next election.
And the administration of President George W. Bush will know that Mr. Martin's word is not as good as his signature, and that he can be beaten into submission by the very elements in his own party most hostile to the U.S. administration.
The decision on missile defence will undermine everything that the Martin government has done to repair the strains in the Canada-U.S. relationship created over the past decade.
In the circumstances, a few flubs by the incoming ambassador to the United States are the least of this government's problems.
jibbitson@globeandmail.ca

Le Canada ne participe pas seulement au projet de bouclier anti-missile
Michel Chossudovsky
L'aut'courriel n° 113, 23 février 2005
NOTE: Le futur ambassadeur du Canada a Washington, Frank McKenna, a surpris tout le monde en affirmant cette semaine que le Canada participe peut-être déjà au programme américain de bouclier anti-missile à la suite de modifications apportées à l'accord sur le NORAD, le commandement de la défense aérienne de l'Amérique du Nord. Dès le mois de décembre dernier, notre collaborateur Michel Chossudovsky avait révélé ces informations et souligné que l'important débat sur le bouclier anti-missile ne devait pas détourner l'attention d'un problème plus large: l'intégration du Canada au sein du projet militaire des États-Unis. Nous reproduisons son texte ici.
Depuis bientôt deux ans, Ottawa est impliqué dans la négociation d'un accord de coopération militaire qui permet à l’armée américaine de traverser la frontière et de déployer des troupes partout au Canada, ainsi que de stationner des navires de guerre américains dans les eaux territoriales canadiennes. La redéfinition du système de défense canadien est discutée à huis clos, non pas au Canada mais à la base aérienne de Peterson, au Colorado, au quartier général du Commandement Nord américain (Northcom).
La création du Northcom, en avril 2002, constitue une violation flagrante de la souveraineté territoriale du Canada et du Mexique. Le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld avait annoncé de manière unilatérale que le Commandement Nord (Northcom) aurait juridiction sur l’ensemble de l’Amérique du Nord. Le Canada et le Mexique furent mis devant le fait accompli. La juridiction du Commandement Nord, telle que présentée par le Département de la Défense américain, inclus, en plus des États-Unis continentaux, l’ensemble du Canada, le Mexique, ainsi que des portions des Caraïbes, les eaux adjacentes de l’Atlantique et du Pacifique jusqu’à 500 miles au large des côtes des trois pays, ainsi que l’Arctique canadien.
Le mandat annoncé du Northcom est d’offrir « une convergence nécessaire pour les défenses aérospatiales, terrestres et maritimes [du continent], et un support crucial pour les autorités civiles en temps de besoin national. »
Rumsfeld se serait même vanté que « le Northcom - avec l’ensemble de l’Amérique du Nord comme commandement géographique - fait partie de la plus grande transformation du Plan de Commandement Unifié (UCP) depuis son introduction en 1947. »
À la suite du refus du premier ministre Jean Chrétien de joindre le Northcom, un soi-disant groupe « consultatif » de planification binational (Binational Planning Group, BPG), opérant à partir de la base aérienne de Peterson, fut mis sur pied vers la fin 2002. Son mandat était de « préparer des plans d’urgence pour répondre aux menaces et attaques [terrestres et maritimes] et autres urgences majeures au Canada et aux États-Unis. »
Le mandat du BPG va beaucoup plus loin que celui d’un simple corps consultatif militaire faisant des « recommandations » au gouvernement. En pratique, il n’est redevable ni devant le Congrès américain, ni devant la Chambre des communes canadienne.
Le BPG possède un personnel de 50 « planificateurs militaires » canadiens et américains qui ont travaillé assidûment au cours des deux dernières années à poser les bases d’une intégration des structures de commandement militaire canadiennes et américaines. Le BPG travaille en coordination avec le Comité de coopération militaire Canada-États-Unis sise au Pentagone, un soi-disant comité responsable de « la planification militaire conjointe ».
Ses activités comprennent deux blocs principaux : le Plan combiné de défense (Combined Defense Plan, CDP) et le Plan d’assistance civile (Civil Assistance Plan, CAP).
À travers son Plan d’assistance civile (CAP), le BPG est impliqué dans le soutien à la militarisation des fonctions civiles en ce qui a trait au judiciaire et à la police, aux États-Unis et au Canada. Le BPG a établi des « plans militaires d’urgence » qui seraient activés « des deux côtés de la frontière canado-américaine » en cas d’attaque terroriste ou de « menace ». En vertu du Plan d’assistance civile du BPG, ces soi-disant « scénarios de menaces » impliqueraient une « réponse coordonnée aux requêtes nationales pour une assistance miliaire [de la part des autorités civiles]. »
En décembre 2001, en réponse aux attentats du 11 septembre, le gouvernement canadien a conclu un accord avec le responsable de la Sécurité intérieure Tom Ridge, intitulé « Canada-US Smart Border Declaration ». Cet accord donne au Département de la Sécurité intérieure américain un accès à des informations confidentielles sur les citoyens et résidents canadiens. Il procure aussi aux autorités américaines un accès aux dossiers fiscaux des Canadiens.
Ces développements suggèrent que le processus « d’intégration binationale » ne s’opère pas seulement dans les structures de commandement militaire mais aussi dans les domaines de l’immigration, de la police et du renseignement. La question est : que restera-t-il de la juridiction du Canada en tant que nation souveraine, une fois que ce processus déjà amorcé, incluant le partage et/ou la fusion de banques de données, sera complété?
Le Canada est destiné à devenir un membre du Northcom à la fin du mandat de deux ans du BPG. Sans doute le projet sera-t-il présenté au parlement comme étant « dans l’intérêt du pays. » Il « créera des emplois pour les Canadiens » et « rendra le Canada plus sécuritaire ».
Pendant ce temps, l’important débat sur la participation canadienne au bouclier anti-missiles, lorsque considéré hors d’un contexte plus large, peu servir à détourner l’attention de l'opinion publique sur la question plus fondamentale de l’intégration militaire, qui impliquerait l’acceptation par le Canada non seulement du bouclier anti-missiles mais aussi de l’ensemble de l’agenda militaire américain, y compris des hausses significatives des dépenses militaires, qui seront allouées à un programme de défense de l’Amérique du Nord contrôlé par le Pentagone.
Le Canada cesserait de fonctionner en tant que nation. Ses frontières seraient contrôlées par des responsables américains et des informations confidentielles sur les Canadiens seraient partagées avec le Département de la Sécurité intérieure. Les troupes et les forces spéciales américaines pourront entrer au Canada, en raison des accords binationaux. Les citoyens canadiens peuvent être arrêtés par des agents américains agissant au nom de leurs vis-à-vis canadiens, et vice-versa.
Le monde est à l’aube d’une des crises les plus sérieuses de l’histoire moderne. Les États-Unis ont lancé une aventure militaire qui menace l'avenir de l’humanité. Ils ont élaboré un projet de conquête et de domination à l`échelle planétaire. Le Canada se trouve en quelque sorte sur la frontière immédiate du « centre de l’empire ». Le contrôle territorial du Canada fait partie du projet géopolitique et militaire des États-Unis.
Les libéraux ainsi que l’opposition du Parti conservateur ont endossé le projet militaire des États-Unis. En appuyant l’intégration des deux pays dans les sphères de la défense, de la sécurité intérieure, de la police et du renseignement, le Canada ne devient pas seulement un membre en règle de la « coalition » de George W. Bush. Il participera directement, à travers des structures de commandement militaire intégrées, au projet de conquête des États-Unis en Asie centrale et au Moyen-Orient, incluant le massacre de civils en Irak et en Afghanistan, la torture de prisonniers de guerre, l’établissement de camps de concentration, etc.

Le missile McKenna
Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 23 février 2005
Le Canada participe déjà au bouclier antimissile, lance le nouvel ambassadeur canadien à Washington
Ottawa -- Le controversé bouclier antimissile américain a de nouveau plongé le gouvernement fédéral dans l'embarras hier, mais cette fois la bombe a été lâchée par le camp libéral lui-même. Le nouvel ambassadeur canadien à Washington et proche de Paul Martin, Frank McKenna, a déclenché une véritable tempête en affirmant sans détour que le Canada fait déjà partie du bouclier américain. Selon lui, les États-Unis ont obtenu tout ce qu'ils voulaient avec les modifications apportées au NORAD cet été et il est difficile de voir ce qu'Ottawa pourrait faire de plus.
Ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick et politicien d'expérience, Frank McKenna doit prendre officiellement ses fonctions à Washington dans une semaine. Mais, avant son départ pour la capitale américaine, le comité des Affaires étrangères de la Chambre des communes, composé de députés issus de tous les partis politiques, a voulu poser quelques questions au nouvel ambassadeur.
Sans détour, pesant ses mots, l'homme fort de la politique canadienne chez nos voisins du Sud a exprimé son point de vue sur le controversé bouclier antimissile, un dossier avec lequel il devra composer une fois en poste.
À une question posée par Jack Layton, le chef du NPD, qui voulait savoir s'il était inquiet de ce projet, Frank McKenna a répondu qu'il était «prématuré» de se prononcer, puisqu'il n'a pas toutes les données en main.
Mais, selon les informations dont il dispose, les États-Unis ne demandent pas d'argent au Canada et promettent de ne placer aucun intercepteur de missile en sol canadien. Frank McKenna a précisé que le gouvernement du Canada «n'a pas encore pris sa décision» et que le Parlement «devra aussi se prononcer» sur le projet.
Toutefois, l'ambassadeur n'y est pas allé par quatre chemins pour souligner la participation déjà énorme du Canada au projet. Selon lui, Ottawa a déjà fait tellement de concessions qu'il est difficile de voir ce que les Américains attendent encore comme signal. «Je ne vois pas exactement ce que les États-Unis veulent vraiment de nous avec ce bouclier actuellement. Ce n'est pas clair pour moi», a-t-il dit.
Frank McKenna juge que les modifications apportées en août dernier au Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD), afin que l'organisme dirigé par les deux pays puisse contribuer au fonctionnement du bouclier, permettent de dire que le Canada fait partie du projet. Le NORAD peut maintenant fournir des renseignements à la Missile Defense Agency, l'organisme responsable de la mise en place du bouclier.
«Je pense que nous avons donné l'essentiel de ce que voulaient les Américains, qui était d'utiliser le NORAD et ses informations pour détecter les missiles», a dit M. McKenna devant le comité. Washington a aujourd'hui tout ce qu'il faut pour exploiter «un système de défense antimissile modeste», a-t-il dit.
Questionné par les journalistes à sa sortie du comité, Frank McKenna a poussé ses affirmations un cran plus loin. «Est-ce que nous faisons partie du programme antimissile ?», lui a demandé un reporter. «Nous en faisons partie, a-t-il tranché. Nous en faisons partie maintenant et la question est : que pouvons-nous faire de plus ?»
Lors de la visite du président américain à Ottawa en décembre dernier, George W. Bush avait placé Paul Martin dans l'embarras à deux reprises en évoquant le bouclier antimissile. Il demandait alors au Canada de s'engager aux côtés des États-Unis pour protéger le continent à l'aide de ce bouclier.
À propos de ces discours, Frank McKenna s'est interrogé sur ce que les États-Unis voulaient de plus, compte tenu de la forte participation canadienne. «Qu'est-ce que signer [un accord] veut dire ? On ne peut pas être plus clair que ça», a-t-il dit.
Bill Graham sur la sellette
Les déclarations de Frank McKenna ont enflammé les partis d'opposition, qui ont talonné le ministre de la Défense durant presque toute la période de questions hier. En l'absence de Paul Martin, actuellement au sommet de l'OTAN à Bruxelles, c'est Bill Graham qui a essuyé le feu nourri de ses adversaires politiques.
Le ministre a tenté de minimiser la portée des propos du nouvel ambassadeur canadien, soutenant que M. McKenna n'a pas contredit la position du gouvernement, puisqu'il parlait seulement de la modification du NORAD, un fait connu.
Le chef conservateur, Stephen Harper, a plutôt soutenu que le gouvernement avait déjà décidé de participer au bouclier cet été et que les modifications au NORAD représentaient la vraie décision, contrairement à ce que les libéraux prétendent. «Pourquoi le gouvernement a-t-il brisé sa promesse de rendre publics les détails du projet et d'avoir un vote au Parlement avant d'y participer ?», a lancé M. Harper. «J'assure la Chambre qu'aucune décision n'a été prise», a répliqué Bill Graham.
Assailli de questions à sa sortie de la Chambre, Bill Graham a rappelé que Frank McKenna avait aussi dit que c'était au gouvernement de prendre une décision dans ce dossier, ce qui signifie selon lui que tout n'est pas joué.
«Il faut que le public canadien comprenne très bien qu'on collabore avec les Américains dans la reconnaissance des menaces qui planent sur l'Amérique du Nord et c'est ce que nous faisons avec le NORAD, a-t-il souligné. Mais modifier le NORAD ne signifie pas une participation au bouclier antimissile, qui, lui, est un système de déploiement de missiles. Nous n'en faisons pas partie.»
Le ministre en veut pour preuve la visite du président Bush en décembre dernier. «George W. Bush lui-même nous a demandé de participer au système. Ça prouve que nous n'en faisons pas partie, selon les Américains», a-t-il dit.
Des propos qui n'ont pas rassuré l'opposition. Gilles Duceppe estime que «c'est la confusion la plus totale» dans ce dossier. Une confusion alimentée par les tergiversations des libéraux, a souligné le chef bloquiste. Jack Layton, quant à lui, s'inquiète des déclarations de Frank McKenna. «Peut-être que c'est M. McKenna qui dit la vérité [et non pas Paul Martin] ? Si c'est le cas, nous avons un grand problème, car Paul Martin n'aurait pas dit la vérité aux Canadiens. Ça nécessite une clarification immédiate du gouvernement», a affirmé le chef du NPD. Le bureau du premier ministre est resté muet hier et n'a pas retourné les appels du Devoir.

Martin's missile fumble
The Globe and Mail Thursday, February 24, 2005
On the issue of ballistic missile defence, as on so many others, Paul Martin has shown exceptionally poor leadership.
It has been clear since he became prime minister that, if Mr. Martin had his way, Canada would sign on to the U.S. system for protecting North America from missile attack. One of his leading aims when he took the job was to shore up Canada's relationship with the United States after the rift over the war in Iraq. Joining missile defence was a heaven-sent chance to do it. Since the early days of the Cold War, Canada has worked hand in hand with the United States on the defence of our shared continent. Missile defence is clearly in that tradition. What Washington was asking of Ottawa was remarkably modest: a mainly symbolic sign-on, with no risk or cost to this country.
If Mr. Martin had been wiser, he would have taken a position right at the start of his prime ministership and said yes, of course Canada will join. Instead, he delayed and, yes, dithered, allowing himself to be overmatched by opposition critics and a vocal minority of his own party. In the process, he showed himself too weak to prevail on an issue that affects our relationship with our closest ally, friend and trading partner.
When U.S. President George W. Bush urged him publicly to get on board, he squirmed. When the Opposition pressed him in the House of Commons, he said the government would make up its mind just as soon as. . . well, just as soon as the government made up its mind. Now, at last, we have a decision. The government will say no to Washington on missile defence.
Opponents of the system will hail Mr. Martin for standing up to the Americans. In fact, the decision flows from his refusal to take a stand against those very opponents. When Mr. Martin put his finger in the air over missile defence, he felt a chill. Voters were uneasy and getting more so. Quebeckers, in particular, seemed to dislike the idea of joining any scheme that reeked to them of U.S. militarism. Then there was the Liberal caucus, whose anti-American and pacifist branch was on a crusade against missile defence.
A stronger prime minister would have faced down these critics. He would have said to his caucus: Look, you may not like the idea of joining a U.S. defence program, but our friendship with the Americans is crucial and they are not asking very much here. I'm signing us up, so get on board.
A stronger prime minister would have gone to the country to argue his case. He would have pointed out that Washington was not asking Canada to bear any of the cost of missile defence. He would have pointed out that no anti-missile weapons would be based on Canadian soil. He would have pointed out that under the North American Aerospace Defence Command, Canada had always worked with the Americans to defend our continent from foreign threats, including missile attack. He would have pointed out that joining the system would give us the right to influence the program's development rather than sit passively on the sidelines.
A stronger prime minister would have done all these things. This is not a strong prime minister. Canada will pay the price.

Opposition rakes Liberals over missile-defence coals
Michael Den Tandt And Paul Koring
The Globe and Mail Thursday, February 24, 2005
But 'unprecedented spectacle' of confusion on issue causes little stir in Washington
OTTAWA and WASHINGTON - The Martin government's decision not to participate in U.S. President George W. Bush's controversial missile-defence shield dominated debate in the House of Commons for a second straight day yesterday, even as the move drew barely a ripple of concern south of the border.
In Question Period, the Conservatives, Bloc Québécois and New Democrats all hammered Prime Minister Paul Martin and Defence Minister Bill Graham for the apparently contradictory messages emerging from the government in recent days about Ottawa's role in the missile shield.
"Today we have the unprecedented spectacle of senior Liberals disagreeing not on whether the government should join the missile defence plan but whether it actually has joined the missile defence plan," Tory Leader Stephen Harper said. "Will the Prime Minister admit that he is now claiming he will not join missile defence because Frank McKenna has blown his cover?"
On Tuesday, Mr. McKenna, Canada's ambassador-designate to Washington, stunned Ottawa with a blunt statement before the Commons foreign affairs committee that Canada was already part of the ballistic missile defence project. Later that day, it emerged that the government intends to formally announce its abstention from the missile plan this week. Senior government sources confirmed this again yesterday.
But in the Commons, Mr. Martin -- intensely aware, according to sources, that anything he said one way or another about BMD might overshadow news of the federal budget -- stuck to the Liberals' recent mantra. "The government has stated all along that it will make the decision when it is in Canada's interest to do so," he said. "That has been our position all along and it remains our position today."
CTV reported last night that Mr. Martin called outgoing U.S. ambassador Paul Cellucci yesterday to discuss Canada's decision not to join.
In Washington, Mr. Martin's decision to snub Mr. Bush's invitation to play a role in continental missile defence caused little stir.
The not-yet-operational BMD system would still protect Canadians even if Ottawa opted out, the Bush administration said. "Whatever we do in terms of missile defence would indeed, given the geography, have the effect of helping protect further generations of Canadians and Americans," State Department spokesman Richard Boucher said.
"I know through press reports that they've decided not to [participate], but we'll just have to see what decisions they make and what announcements they make."
If anything, the Bush administration seemed nonplussed by Ottawa's long-delayed decision. "We've made clear, I think all along, we were certainly interested in seeing if Canada would participate in this program," Mr. Boucher said. "But the bottom line is, it's a decision for Canada to make whether they're going to do that or not at this stage."
Speaking on CBC Newsworld, Mr. Cellucci expressed bemusement at Ottawa's decision. "It's a little odd to us, we don't get it." Participation in BMD means nothing more, he said, than that Canada would take part in the decision-making response in the event a missile were ever detected heading toward North America. Failing Canadian participation, he noted, "the United States will make the decision."
In his remarks Tuesday, Mr. McKenna was referring to a seven-month-old amendment to the North American Aerospace Defence Command treaty, which allowed the jointly managed defence network to transmit early-warning data to the U.S. Northern Command, which will run the BMD system.
Opposition critics charged yesterday that it is now clear the NORAD amendment gave Washingtonthe essence of what it needed from Ottawa on missile defence. "I think the truth now should be obvious, which is that we've entered missile defence but we've done so in a way that gives us no influence and no benefits," Mr. Harper said. "This is an unfortunate consequence of dithering around on a major decision."
Mr. Graham, the Defence Minister, argued in the Commons yesterday, as he had the day before, that the NORAD amendment was merely an agreement on information-sharing, in keeping with the 30-year-old Canada-U.S. joint defence alliance.
Reaction from experts on North American relations was mixed, with several expressing disappointment that Canada hadn't joined in the missile shield. However, none expected the abstention to significantly affect Canada-U.S. relations.
"It think it's a mistake for Canada to assume that Americans are completely united on the issue of national missile defence," said Robert Pastor, head of the Center for North American Studies at American University in Washington. "Legitimate questions about it have been raised continuously in the Congress and by the public."
He noted that a significant number of Republicans have doubts about the plan, because of its huge cost -- between $2.3-billion and $3-billion -- and doubts about whether it is technologically feasible.

BOUCLIER ANTIMISSILE : réserve polie de Washington face aux tergiversations du Canada
Alexandre Sirois
La Presse jeudi 24 février 2005
Washington - Alors qu'on envoyait des signaux contradictoires hier à Ottawa quant aux intentions canadiennes face au projet de bouclier antimissile, les autorités américaines tentaient de minimiser l'impact que pourrait avoir, à Washington, la décision de ne pas y participer.
Le premier ministre canadien, Paul Martin, a affirmé qu'il n'a pas encore décidé si le Canada prendra part au programme américain. Interrogé à ce sujet à la Chambre des communes, il a indiqué qu'une " annonce sera faite en temps et lieu et lorsqu'il sera dans l'intérêt du Canada de le faire ".
Plusieurs ténors du Parti libéral, dont le ministre de la Défense, Bill Graham, ont tenu le même discours. Dan McTeague, le secrétaire parlementaire du ministre des Affaires étrangères, a en revanche donné l'impression aux journalistes que son gouvernement a déjà tranché. C'est ce que certains médias avancent depuis mardi.
"La décision de ne pas participer aura été, plus ou moins, le résultat de ne pas avoir le soutien nécessaire à la Chambre des communes ", a-t-il dit alors qu'on continuait de faire savoir, en coulisses, que le premier ministre annoncera le refus du Canada sous peu.
" Comme les conservateurs ne sont pas capables de tenir leurs promesses, la proposition (de participer au programme) aurait probablement été rejetée. C'est un risque que nous n'étions pas prêts à prendre ", a précisé M. McTeague.
Pendant ce temps, à Washington, on réagissait avec l'attitude polie et diplomate qui caractérise l'administration de George W. Bush depuis que la relation entre le Canada et les États-Unis s'est réchauffée.
"Y participer est une décision qui revient au Canada ", a indiqué à La Presse un porte-parole du département d'État, Edgar Vasquez. Tant la Maison-Blanche que la Missile Defense Agency, chargée de développer le système de défense antimissile, refusaient pour leur part de commenter les tergiversations canadiennes.
M. Vasquez n'a pas voulu se prononcer sur l'impact potentiel d'une décision négative du Canada sur ses relations avec Washington. Interrogé à ce sujet, un second porte-parole du département d'État, Richard Boucher, a préféré insister sur la " base solide de coopération dans de nombreux secteurs " entre les deux pays.
Lors de sa conférence de presse quotidienne, M. Boucher a par ailleurs précisé que l'adoption d'un amendement à l'accord sur le Commandement pour la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) dans ce dossier, l'an dernier, a été " un important pas en avant ". Cela représente selon lui " les fondations d'une coopération en matière de défense à l'avenir ".
Importance symbolique
Cela dit, des experts américains des questions canadiennes consultés hier à Washington ont dit croire qu'un non canadien pourrait fort bien desservir Ottawa à l'avenir.
" Au sein de l'administration Bush, on risque fort de se dire: " je ne sais pas jusqu'à quel point on peut compter sur les Canadiens, car ils ne semblent pas pouvoir se décider ", a expliqué David Biette, directeur de l'Institut canadien du Woodrow Wilson International Center for Scholars.
M. Biette a expliqué que les tergiversations canadiennes, également manifestées avant la guerre en Irak, ne sont pas appréciées à Washington. Dans le cas d'initiatives futures, la Maison-Blanche sera tentée de ne pas attendre la réponse du Canada lorsqu'elle voudra aller de l'avant.
Il ne croit toutefois pas qu'un non canadien dans ce dossier aura un impact similaire à celui du refus de soutenir l'invasion irakienne. Car les États-Unis cherchaient alors à former une coalition avant d'attaquer le pays de Saddam Hussein. Or, ce n'est pas le cas pour le bouclier antimissile.
" Je pense que cela va légèrement modifier la façon dont on perçoit le Canada " à Washington, a aussi prédit Dwight Mason, spécialiste des questions de défense canado-américaine au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS).
" En pratique, ce n'est peut-être pas si important, mais symboliquement ça l'est. Ce serait la première fois depuis 1938 que le Canada refuse d'agir conjointement avec les États-Unis pour la défense de l'Amérique du Nord ", a expliqué ce spécialiste.
En somme, un non de la part du Canada " n'aidera pas " la relation entre Washington et Ottawa, a affirmé M. Mason. Le seul avantage, pense-t-il, " c'est que cela mettra peut-être au moins un point final à cette question pour qu'on puisse passer à autre chose ".

Volte-face
Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 25 février 2005
La décision était attendue depuis des mois. Pour une majorité de Québécois et de Canadiens, elle sera reçue positivement, ce qui ne manquera pas de rejaillir sur la popularité du gouvernement de Paul Martin. Néanmoins, le premier ministre arrivait mal à cacher son malaise hier en annonçant que le Canada ne participera pas au bouclier spatial. Comme si, dans son esprit, subsistaient encore des incertitudes à ce sujet.
Paul Martin est l'incarnation même de la procrastination. Ce dossier du bouclier spatial illustre on ne peut mieux ce trait de personnalité qui handicape parfois lourdement le fonctionnement de son gouvernement. Une décision aurait pu être prise il y a un an, mais il a voulu attendre après les élections, dont les résultats ont affaibli son autorité. Depuis, il n'a pas cessé de tergiverser.
Il ne fait pas de doute que s'il était à la tête d'un gouvernement majoritaire, il y a longtemps que le premier ministre aurait répondu positivement à l'invitation de participer au projet de bouclier spatial. Personnellement, il y était plutôt favorable. «We should be at the table», avait-il dit sur les ondes du réseau CTV en 2003. Il n'était pas le seul à penser ainsi. L'automne dernier, son ministre de la Défense, Bill Graham, soutenait que le Canada regrettera de ne pas en être, ce qui, prédisait-il, entraînera «une diminution significative de notre souveraineté».
La décision d'hier constitue une volte-face que le gouvernement américain attendait d'autant moins qu'Ottawa avait mis un premier pied à l'étrier en acceptant au mois d'août un amendement à l'accord NORAD autorisant ce commandement canado-américain de surveillance de l'espace aérien continental à transmettre ses observations au US North Command, responsable des activités ayant trait au bouclier spatial. Ces deux organisations, soulignons-le, sont on ne peut plus proches, étant dirigées en ce moment par la même personne, l'amiral américain Timothy J. Keating.
Ce revirement d'attitude tient avant tout au changement d'humeur de l'opinion publique. Il y a un an, celle-ci appuyait majoritairement la participation du Canada au bouclier spatial. Il y a deux semaines, un sondage du Toronto Star montrait que cet appui s'était inversé : 54 % des personnes interrogées disaient alors rejeter cette participation alors que seulement 34 % l'appuyaient. Les intérêts électoraux auront pesé plus lourd que les intérêts géostratégiques qui semblaient devoir conduire le gouvernement à s'associer pleinement à ce projet.
***
On se réjouira de cette décision que l'on peut accueillir comme une manifestation de la souveraineté du Canada à l'endroit des États-Unis. Ce projet est coûteux, incertain sur le plan technologique et dangereux dans la mesure où il peut conduire à une arsenalisation de l'espace. En s'en dissociant, le Canada prend ses distances de la vision hégémonique qu'entretient le gouvernement Bush des relations internationales, dont le bouclier spatial est un des éléments.
Si cette décision est heureuse, on peut toutefois se demander si elle tiendra, et ce, pour combien de temps. Frustré de voir Ottawa lui faire faux bond, le gouvernement Bush pourrait vouloir à moyen terme remettre en cause l'accord NORAD et ne plus associer le Canada à la défense de l'espace aérien de l'Amérique du Nord. Une fois le bouclier spatial complété, ce traité aura moins de pertinence pour les États-Unis.
Le gouvernement canadien tient beaucoup à cet accord car le Canada n'a pas les moyens d'assurer seul l'intégrité de son espace aérien. Il a besoin de l'appui des Américains. NORAD le lui apporte tout en garantissant, sur le plan juridique, la souveraineté canadienne. La Maison-Blanche ne le sait que trop bien. Elle ne manquera certainement pas de revenir frapper à la porte de Paul Martin dès que celui-ci se retrouvera à la tête d'un gouvernement majoritaire. Quoi que puisse en dire le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, le dossier n'est pas irrémédiablement classé.
bdescoteaux@ledevoir.ca

On est en dessous, mais pas dedans
Vincent Marissal
La Presse vendredi 25 février 2005
Bon, au moins, cette fois c'est clair: le Canada ne participera pas au projet de bouclier antimissile.
On reproche tellement souvent à Paul Martin d'être évasif, ambigu et hésitant que la détermination qu'il a mise hier dans son annonce était aussi surprenante que sa décision elle-même.
Cette décision va évidemment déplaire à la Maison-Blanche, mais électoralement parlant, c'est un bon coup des libéraux. Surtout au Québec, où ils en ont bien besoin. Il aura fallu du temps à M. Martin pour se brancher, mais il faut reconnaître qu'il met son pied à terre aussi fermement pour la première fois depuis qu'il dirige le gouvernement.
Il était temps, d'ailleurs, parce que la position, ou plutôt, l'absence de position, des libéraux sur la question hautement explosive du bouclier antimissile commençait à tourner au burlesque. Ce n'est pas d'un bouclier antimissile dont nous avions besoin à Ottawa ces derniers jours, mais plutôt d'un détecteur de mensonge pour démêler les intentions du gouvernement.
Avec le passage remarqué, cette semaine à Ottawa, de notre prochain ambassadeur à Washington, Frank McKenna, la valse-hésitation est devenue presque aussi absurde (quoique beaucoup moins amusante) qu'un dialogue entre Pôpa et Réjean dans La Petite vie. On n'a pas encore décidé, mais, dans le fond, on a déjà embarqué. Enfin, pas officiellement, mais c'était tout comme, parce que les Américains pensent qu'on a embarqué.
Ajoutez à cela les propos de l'ambassadeur des États-Unis au Canada, Paul Cellucci, qui affirmait il y a quelques semaines qu'Ottawa allait sans aucun doute dire oui, et vous venez de créer une profonde confusion. Les choses sont heureusement beaucoup plus claires depuis hier.
En refusant de se joindre au projet de bouclier antimissile, Paul Martin complète un exercice d'équilibrisme politique complexe. Ça aussi, c'est une première pour ce gouvernement, qui semble bien installé aux commandes et qui impose l'itinéraire.
On a beaucoup dit depuis mercredi qu'il n'y a rien de particulier pour le Québec dans le budget Goodale. C'est vrai, mais l'exercice était d'abord destiné à amadouer les conservateurs. La décision d'hier est destinée, surtout, au Québec. Entre le déséquilibre fiscal et le bouclier antimissile du président Bush, de quoi parleront les Québécois à la pause-café?
Le contribuable moyen considère que les inévitables batailles budgétaires fédérales-provinciales sont l'affaire des politiciens, alors que la participation à une guerre ou à au bouclier antimissile le concerne directement. Jean Chrétien, avant Paul Martin, avait compris cela en refusant d'envoyer des soldats canadiens en Irak. On avait bien des récriminations contre les politiques de Jean Chrétien, mais il n'a jamais été aussi populaire au Québec que quand il a pris cette décision courageuse de tenir le Canada hors du bourbier irakien.
En embarquant le Canada dans cette incertaine aventure de bouclier antimissile, Paul Martin n'aurait fait qu'accentuer encore un peu l'impopularité de son gouvernement. En tournant le dos à Washington, il a même surpris ses propres députés. Certains de ses ministres aussi, y compris des ministres du Québec, qui auraient préféré que le" Canada soit à la table avec les Américains ".
Alors, comment expliquer ce soudain changement de cap? Est-ce parce que:
a) le bouclier coûterait trop cher
b) le projet est techniquement irréalisable
c) le projet mène tout droit à la militarisation de l'espace
d) ce n'est pas dans le meilleur intérêt du Canada
Ce serait plutôt e) aucune de ces réponses. La véritable raison, c'est l'opposition des Canadiens au projet. Paul Martin a beau avoir moins de pif que Jean Chrétien, il sait encore lire les sondages. Or un sondage Ekos-Toronto-Star publié il y a deux semaines aura fini de convaincre les libéraux: 54 % des Canadiens s'opposent à la participation du Canada au bouclier. Au Québec, c'est 64 %.
Voilà précisément le message que voulaient passer les membres québécois du Parti libéral en votant contre le bouclier, l'automne dernier lors de leur congrès. Paul Martin, irrité de cette opposition, avait passé un savon à son aile québécoise. Il devrait maintenant la remercier.
Non seulement vient-il de marquer des points dans l'opinion publique canadienne, mais il vient, au surplus, de calmer le jeu en vue du congrès national de son parti à Ottawa les 5 et 6 mars et de gagner quelques points à son vote de confiance.
Reste à savoir ce que ce refus coûtera au Canada. Après tout, le président Bush a lourdement insisté sur la participation canadienne lors de sa visite officielle en décembre. De toute évidence, M. Martin considère que ce qu'il gagnera ici surpasse ce qu'il risque de perdre au sud de la frontière.
Un député québécois résume ainsi la situation: " Certains disent que les Américains vont nous imposer des représailles. Mais sur quoi? Sur le bois d'oeuvre? Ils nous font déjà ch... sur le bois d'oeuvre depuis des années, alors, qu'est-ce que ça va changer? "
L'ambassadeur Cellucci, malgré de grands efforts, n'aura pas réussi à ébranler Ottawa. " Nous ne comprenons pas, a-t-il déclaré mardi. Si un missile surgit, et qu'il se dirige vers le Canada, vous allez laisser les États-Unis décider quoi faire avec ce missile. "
Bien oui, justement. Après tout, c'est bien l'administration Bush qui nous a dit qu'elle irait de l'avant, avec ou sans nous. Le président Bush a bien dit qu'avec ou sans nous, il protégerait l'Amérique du Nord avec son bouclier. De toute évidence, on ne pèse pas lourd dans la balance.
Techniquement, Frank McKenna a raison: le Canada " est déjà dedans ", qu'on le veuille ou non. En fait, pour être précis, on est pas dedans. On est en dessous.
Vincent.marissal@lapresse.ca
Revue de presse - Le «tergiverseur» rate sa cible
Antoine Robitaille
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 février 2005
Mots clés : Canada (Pays), paul martin
Tergiverser maladivement: voilà ce qui définit le premier ministre du Canada, Paul Martin, selon la revue britannique The Economist. Mais jeudi, au sujet du bouclier antimissile américain, Martin a finalement pris une décision: le Canada dira non au projet de Bush. Pour les journaux du ROC, ou bien la décision avait déjà trop tardé, ou bien elle ne convient pas du tout.
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Adam Radwanski, du National Post (tout comme le Chronicle Herald à Halifax), écrivait hier que le refus de Martin s'inscrit dans une stratégie visant à prendre position à gauche. Le but : «refaire le plein d'appuis au Québec». Or, selon Radwanski, refuser de participer au bouclier «ne permettra pas de réaliser quoi que ce soit de constructif, à gauche ou ailleurs. Cela n'accroîtra pas la sécurité de la nation ni la possibilité de faire la paix sur Terre. Cela ne permettra aucunement de conserver des sommes d'argent pour les consacrer aux principaux problèmes sociaux. Cela n'améliorera en somme le sort d'aucun Canadien». «C'est la première fois en 65 ans, déplore le Chronicle Herald, que le Canada s'exclut d'un aspect central de la défense nord-américaine.»
Le Toronto Star -- de manière surprenante puisque c'est le journal le plus libéral et de centre gauche de la Ville-reine -- condamnait aussi la décision du gouvernement Martin hier. Il rappelait que lors de la course au leadership, le politicien avait clairement dit qu'il appuierait le bouclier. Cette position avait du sens, opine le Star, surtout à une ère où quelque 40 pays possèdent des missiles et où un nombre grandissant dispose de missiles nucléaires. Aussi, «l'OTAN en entier estime que les programmes de recherche sur le bouclier sont une bonne chose». Mais Martin n'a pas réussi à bien défendre son dossier. Il a laissé traîner les choses «alors qu'il eût été moins coûteux, d'un point de vue politique, de prendre une décision plus tôt». Il a «tergiversé jusqu'à ce que plusieurs éléments combinés le contraignent à prendre position. Et, hier, sa faiblesse l'a conduit à procéder à cette volte-face humiliante». Les sondages ne lui donnaient guère le choix : «54 % des Canadiens, y compris plusieurs personnes au caucus libéral, s'opposaient au bouclier. Seulement 36 % se prononçaient en sa faveur», écrit le Star.
M. Martin aura fort à faire maintenant pour contrer la «perception croissante», répercutée par M. Harper, selon laquelle il est un «roseau qui plie selon la direction du vent». Il est certain, souligne le Star, que le fait de «se faire cataloguer "M. Tergiverse" [«Mr. Dithers»], comme l'a fait The Economist, n'est pas le type d'héritage auquel il aspire».
À la décharge de Martin, le Star dit que le président américain non plus n'a pas été très efficace dans sa défense du bouclier. Il n'a pas précisé ce qu'il attendait du Canada, ce qui a permis aux «esprits alarmistes d'évoquer des scénarios où les missiles peupleraient le Grand Nord». Aussi, après avoir dépensé 100 milliards depuis 1983, le Pentagone n'a pas réussi à faire fonctionner son système. Le seul allié de Bush au Canada, le chef conservateur Stephen Harper, «loin d'appuyer Washington, a complètement changé de position, l'appuyant dans un premier temps pour ensuite refuser timidement de promettre que les conservateurs voteraient en faveur si l'affaire était présentée au Parlement».
***
Non seulement Paul Martin compromet les rapports avec «nos alliés américains», en plus, par ses décisions récentes, il «met la confédération en péril». C'est Richard Gwyn qui l'affirmait cette semaine dans le Toronto Star. Selon lui, des ententes spéciales avec certaines des provinces comme Terre-Neuve peuvent précipiter le pays dans une spirale hasardeuse de revendications. «Pendant plusieurs décennies, le Québec a été en mesure de négocier toutes sortes d'ententes spéciales avec Ottawa. Son chantage à la séparation avait délié les cordons de la bourse nationale.» Mais le chroniqueur dit que plus personne ne croit en cette menace.
De plus, ajoute Gwyn, il y avait jadis un aspect rationnel à l'unité du pays : ce que l'Ontario, par exemple, donnait en surplus au reste du Canada lui revenait parce que ce reste du Canada achetait par la suite des produits fabriqués en Ontario ou qui transitaient par cette province. C'est d'ailleurs avec ce type d'argument, rappelle Gwyn, que Paul Martin a tenté de calmer la frustration de l'Ontario face aux ententes particulières entre le fédéral, Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse. Mais cet argument ne tient plus, dit Gwyn. Avec les accords de libre-échange, le marché est maintenant continental et non plus strictement canadien. En somme, «de nos jours, il n'y a plus ni marché commun ni risque de séparation qui contraigne les provinces à vouloir se serrer les coudes». Et Paul Martin n'est pas Pierre Trudeau : en effet, le premier croit à l'asymétrie alors que le second avait pour devise : «Il n'y a qu'un Canada». Or qu'est-ce que l'asymétrie ? «C'est une façon raffinée de dire qu'il n'y a pas que le Québec qui soit libre d'obtenir ce qu'il veut», tranche Gwyn. L'Ontario, grande «victime» de ce bar ouvert -- car c'est elle qui envoie 17 milliards de plus qu'elle en reçoit chaque année -- commence à en avoir assez, comme l'a bien fait savoir le premier ministre Dalton McGuinty. «Qu'arrivera-t-il ? Toutes les provinces voudront obtenir des ententes particulières. L'Ontario va se sentir de plus en plus frustré et exploité. Et la confédération va se défaire un peu plus. Cela ne sera pas beau à voir. Mais c'est ce qui se prépare», prédit Gwyn.
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Et si le premier ministre de Terre-Neuve, Danny Williams, devenait chef du parti conservateur fédéral ? La question, provocatrice, a été posée mercredi par Susan Riley, la chroniqueuse du Ottawa Citizen. Williams a beaucoup à offrir : une autorité indéniable (il a fait plier le premier ministre du Canada), un style fougueux, un esprit vif et des nerfs d'acier. Il a des émotions, ce que Riley estime être «un atout politique important». En plus, il aime sa province. Sans compter que c'est un millionnaire qui s'est fait lui-même, «une vertu aux yeux de bien des conservateurs». Son succès, il n'en a pas hérité, comme d'autres aspirants à la chefferie du Parti conservateur, Belinda Stronach en tête (qui doit tout à son papa). Et contrairement à Peter MacKay -- l'ancien chef conservateur --, il n'a pas vraiment besoin de ce boulot, «ce qui lui permet de dire ce qu'il pense». Contrairement à Bernard Lord, «Williams fait bonne impression». Mais plusieurs mettront en question sa loyauté au Canada puisqu'il a fait retirer les drapeaux du Canada à Terre-Neuve pour protester contre Ottawa. Aussi, il ne parle pas français. «Cela n'a rien de fatal, évidemment. Brian Tobin, lorsqu'il avait songé à devenir un chef national, était devenu bilingue très rapidement.»
