
Vers un déficit de deux milliards
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 29 janvier 2005
Le gouvernement Charest n'a plus les moyens de tenir ses promesses envers la classe moyenne
Québec - Le gouvernement Charest n'a pas les moyens de se montrer généreux envers la classe moyenne en 2005-06 comme il l'a promis. L'impasse financière qu'il doit résoudre s'élève d'entrée de jeu à un milliard et à deux milliards s'il persiste à vouloir retourner un milliard dans la poche des contribuables sous forme de baisse d'impôt ou d'aide fiscale à la famille.
C'est ce que Le Devoir a appris de diverses sources. «On n'a aucune marge de manoeuvre», a-t-on confié hier. Si le premier ministre Jean Charest comptait, pour redorer le blason de son gouvernement, sur des mesures populaires mais onéreuses destinées aux familles de la classe moyenne, il doit maintenant revoir ses plans.
Lors du Forum des générations en octobre, Jean Charest, pressé de toutes parts, avait accepté de revoir la promesse électorale des libéraux de procéder à une baisse générale d'impôt de un milliard par année. Le premier ministre avait plutôt évoqué «une aide à la famille» et «à la classe moyenne qui est importante».
À la même occasion, le ministre des Finances, Yves Séguin, avait confié au Devoir qu'il était assuré de dégager une marge de manoeuvre de un milliard dans son prochain budget afin d'alléger le fardeau fiscal des contribuables «avec une attention particulière pour les familles».
Un mois plus tard cependant, lors de la publication de la Synthèse des opérations financières du gouvernement pour les six premiers mois de l'année, M. Séguin révélait que le gouvernement fera face en 2005-06 à «une difficulté financière» de l'ordre de 2 à 2,5 milliards, ce qui comprend l'allégement fiscal de un milliard. Mais le ministre des Finances entendait «solutionner» cette difficulté, avait-il laissé savoir. Mais voilà, à moins de deux mois du dépôt du prochain budget, le gouvernement n'a pas de solution en vue pour résorber une impasse financière aussi importante.
À la fin de l'année en cours, le gouvernement réussira à boucler son budget, grâce notamment aux 500 millions qui proviennent de l'entente sur la santé de septembre 2004 avec le gouvernement fédéral, une somme qui a été versée totalement au fonds consolidé. Bien que la croissance économique est moindre que prévu - 2 % au lieu de la prévision de 2,7 % -, les dépenses des consommateurs ont été au rendez-vous et les revenus de l'État sont conformes aux projections du ministère des Finances.
Or, pour l'an prochain, Yves Séguin a révélé, dans son dernier budget, qu'il devra affronter une impasse budgétaire de 1,6 milliard. Heureusement, l'entente sur la santé (735 millions) compensera et le nouveau cadre de la péréquation (806 millions), ce qui représente 1,54 milliard, fait disparaître l'impasse budgétaire.
Il n'y a donc plus de problème? Erreur! Le budget Séguin prévoyait une hausse des dépenses de programme de 2,6 % seulement, ou 1,22 milliard, en 2005-06. C'est moins que l'augmentation nécessaire pour maintenir le système de santé à flot, soit 1,3 milliard, selon le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard. Les pressions du système de santé, notamment l'assurance médicaments, sur les finances publiques continuent sans désemparer, a-t-on confirmé hier. Il n'y a donc aucune marge de manoeuvre du côté des dépenses. Au contraire, ces chiffres vont plutôt dans le sens d'un gel des dépenses de tous les ministères à l'exception du ministère de la Santé et des Services sociaux.
Il y a un autre os, et il est de taille: la négociation avec les 450 000 employés de l'État dont les conventions collectives sont échues depuis le 30 juin 2003. Le gouvernement Charest n'a plus le choix: il ne l'a pas fait l'an dernier mais, dans le prochain budget, il doit réserver une somme pour couvrir une hausse de leurs salaires. Une augmentation de 2 % pour chacune des années échues - la masse salariale des employés de l'État s'élève à 25 milliards par année - dépasse le milliard, sans parler de l'équité salariale dont le coût avoisine les 500 millions, selon une hypothèse conservatrice. À tout événement, le gouvernement envisage de réserver un milliard pour éponger la note qui résultera des négociations, a-t-on indiqué.
Pour sortir de cette impasse budgétaire, le gouvernement Charest ne peut pas non plus compter sur un coup de pouce de la conjoncture économique. Tous les économistes revoient à la baisse leurs prévisions de croissance économique pour le Québec comme pour le reste du Canada. L'économiste en chef du Mouvement Desjardins, Gilles Soucy, établit à 2,25 % la croissance au Québec en 2005. En décembre, alors qu'il qualifiait déjà les finances publiques du Québec de «très précaires», M. Soucy s'attendait à une croissance de 2,6 %.
Lundi à Ottawa, Yves Séguin rencontrera les ministres des Finances des autres provinces puis, avec ses homologues, il participera en soirée à une réunion avec le ministre des Finances du Canada, Ralph Goodale. À son cabinet, on assure que M. Séguin reviendra à la charge en réclamant une solution au déséquilibre fiscal et la renégociation du nouveau cadre de la péréquation imposé par Ottawa cet automne. Au moins M. Goodale accepte maintenant de parler à M. Séguin, qu'il avait décidé de bouder l'an dernier.

SOS à Dracula
Michel David
Le Devoir mardi 1er février 2005
François Legault trépignait d'impatience en regardant sa grande rivale, Pauline Marois, pourfendre le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, pour avoir accepté de subventionner à 100 % les écoles privées juives.
La chose que recherche par-dessus tout un aspirant à la direction d'un parti politique est la visibilité. C'est d'autant plus vrai s'il a du rattrapage à faire, comme c'est le cas de M. Legault, à en croire le sondage Léger Marketing-Le Devoir de décembre dernier.
Heureusement pour lui, la saison des vaches grasses approche à grands pas. À deux mois de la présentation du budget, rien n'est plus agréable pour un porte-parole de l'opposition en matière de finances qu'une manchette annonçant que le gouvernement se retrouve dans une impasse financière qui l'empêchera de tenir ses engagements. Que de chemises déchirées en perspective pour M. Legault !
Inversement, quel casse-tête pour ce pauvre Yves Séguin, qui devra trouver une fois de plus le moyen de justifier un gâchis qu'il avait lui-même jugé inévitable, à l'automne 2002, quand il avait examiné le cadre financier dans lequel Jean Charest entendait inscrire l'action de son gouvernement.
L'an dernier, M. Séguin a réussi tant bien que mal à maquiller en aide à la famille le bris de la promesse libérale de réduire l'impôt de tous les contribuables d'un milliard, mais la situation budgétaire est à ce point difficile qu'il ne pourra pas refaire le coup, selon les informations recueillies par mon collègue Robert Dutrisac.
À moins que le gouvernement n'envisage un gel des salaires des employés de l'État, l'obligation de renouveler les conventions collectives, conjuguée avec le ralentissement prévu de la croissance économique, lui enlève pratiquement toute marge de manoeuvre.
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Bien entendu, le discours sur le budget 2005-2006 contiendra les paragraphes habituels sur le déséquilibre fiscal et l'insensibilité du gouvernement fédéral aux besoins des provinces. Se défouler sur Ottawa fait peut-être du bien, mais ne règle pas le problème.
Au reste, M. Séguin a déjà haussé singulièrement la barre de l'indignation l'automne dernier, quand il a accusé le Dracula fédéral de profiter du sentiment anti-Québec dans le reste du pays pour mieux le saigner. On voit mal comment il pourrait être plus virulent dans le budget.
Hier après-midi, à l'issue de la réunion des ministres des Finances des provinces, le ton de M. Séguin était remarquablement modéré, pour ne pas dire résigné, quand il s'est adressé à la presse. En soirée, leur homologue fédéral, Ralph Goodale, devait se joindre à eux pour écouter leurs doléances à trois semaines de son propre budget, mais on semblait bien loin d'un nouveau front commun.
L'entente intervenue avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse concernant le partage des revenus provenant de l'exploitation du pétrole offshore laisse le Québec pratiquement seul à ruminer ses récriminations au sujet de la nouvelle formule de péréquation.
La signature d'une entente Ottawa-Québec sur les congés parentaux, qui semblait encore une fois compromise hier, serait certainement une bonne nouvelle pour les parents, mais elle ne serait d'aucun secours pour M. Séguin, qui devrait même trouver 250 millions supplémentaires pour compléter le financement du nouveau programme.
Qui plus est, même si l'argent transféré par Ottawa provenait exclusivement des cotisations à l'assurance-emploi, cette entente serait interprétée dans les autres provinces comme une nouvelle fleur faite au Québec, ce qui rendrait M. Goodale encore moins sensible à ses lamentations.
De toute manière, le gouvernement Martin ne pourrait pas espérer grand-chose de ses largesses envers le Québec. Au contraire, le Bloc québécois les présentera comme autant d'avantages qu'il est possible de tirer d'un gouvernement minoritaire et de la présence d'un fort contingent souverainiste à la Chambre des communes.
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Même à l'extérieur du Québec, le gouvernement fédéral ne peut retirer aucun dividende électoral de transferts aux provinces, que ce soit sous forme de chèque ou de points d'impôt. Il a plutôt intérêt à traiter avec les contribuables sans l'intermédiaire des provinces ou à abaisser ses propres impôts, comme M. Goodale en a déjà laissé entrevoir la possibilité. À plus forte raison si des élections générales lui pendent au bout du nez.
Même parmi ses collègues du caucus libéral, certains commencent à se demander combien de temps M. Séguin pourra continuer à vivre en contradiction avec lui-même, c'est-à-dire en contradiction avec le rapport qu'il a signé en février 2002, ce qui revient au même.
Au PQ aussi, on observe avec un très grand intérêt le cheminement du ministre des Finances. Au tout dernier jour de la session parlementaire, François Legault lui avait carrément demandé si, au bout du compte, il ne croyait pas que la souveraineté était la meilleure solution pour le Québec. La subtilité n'est peut-être pas la qualité première de M. Legault, mais M. Séguin devra bien se poser la question un jour ou l'autre.
Sa grande popularité semble le mettre à l'abri d'un éventuel remaniement ministériel. Dans le contexte actuel, le premier ministre serait bien mal avisé de le jeter dans les bras du PQ, mais M. Jean Charest prend tellement de décisions qui paraissent étranges.
De son côté, même s'il est déjà convaincu en son for intérieur que le fédéralisme n'est pas réformable, M. Séguin n'a pas intérêt à claquer la porte. Du moins, pas tout de suite. Sa valeur ira en augmentant à l'approche des élections. Aussi bien faire monter les enchères.
mdavid@ledevoir.com

Un mauvais héritage
Peter F. Trent
L'auteur est l'ex-maire de Westmount. Il a annoncé hier qu'il quitte la vie publique.
La Presse mardi 1 février 2005
Autant les péquistes que les libéraux sont coupables de mauvaise gestion en affaires municipales
Jean Charest et ses libéraux ne semblent pas avoir la touche du roi Midas: depuis qu'ils ont été élus, ils n'arrivent pas à réussir quoi que ce soit. Mais peut-on dire que le PQ a fait mieux? N'est-ce pas ce parti qui a gaspillé près d'un milliard de dollars pour prolonger le métro jusqu'à Laval et qui nous a comblés avec le fiasco de la Caisse de Dépôt? Le dénominateur commun dans toute cette incurie est que le gouvernement, qu'il soit formé par un parti ou par l'autre, semble louvoyer d'une erreur à l'autre, sans vision ni plan d'ensemble.
Nulle part ailleurs, ce constat n'est-il plus juste qu'en ce qui a trait aux affaires municipales.
Au cours des douze dernières années, les gouvernements provinciaux successifs ont constamment mis leur nez dans les affaires municipales sans, pour cela, avoir de politique cohérente. C'est de la mauvaise gestion incarnée.
Tout a commencé avec le retrait par les libéraux des subventions de fonctionnement accordées au transport en commun, suivi du délestage de 375 millions de dollars par le PQ, puis de l'imposition, sans mandat ni fondement, des fusions municipales par le PQ, et enfin par le gâchis que les libéraux ont fait du processus de défusions: voilà qui laisse songeur sur leur compétence.
Le fait que les politiciens du gouvernement provincial s'immiscent constamment dans ce qui devrait être d'un autre ordre de gouvernement nous amène à lorgner du côté des États-Unis où il n'existe pas de poste équivalent à celui de ministre des Affaires municipales. (Et ou, tout comme en Europe d'ailleurs, on ne peut fusionner les villes de force.)
Aucune expérience
Est-ce que les gens se rendent compte que, règle générale, les ministres des Affaires municipales n'ont aucune expérience dans les affaires municipales? Lors de l'imposition des fusions, lorsque Louise Harel a déclaré que " le statu quo n'est pas une option ", elle n'a jamais dit pourquoi. Lorsque l'actuel ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, a dit, " vos villes ne retrouveront pas leur statut antérieur "- en contradiction flagrante avec les promesses des libéraux- il n'a jamais dit pourquoi. M. Fournier, qui n'a pourtant jamais mis les pieds dans l'ancienne Communauté urbaine de Montréal, a écarté cette instance qu'il voyait comme un " nid à chicanes ", puis il l'a tout simplement remplacée par l'antidémocratique " Conseil d'agglomération " pour faire cesser les chicanes; mais en fait, il n'y aura tout simplement plus de débats. (Au fait, peut-on m'expliquer comment il se fait que les élus municipaux se " chicanent ", alors qu'à l'Assemblée nationale on " discute "?)
La débâcle des défusions peut jeter un peu de lumière sur les raisons qui font que le gouvernement se trompe. La politique du Parti libéral et ses promesses électorales étaient pourtant claires: un gouvernement libéral permettrait aux villes de retourner à leur ancien état, si telle était la volonté de leurs citoyens. Au lieu de cela, M. Fournier, constamment talonné par les maires des mégavilles qui craignaient de perdre leur royaume nouvellement acquis, a fait tout son possible pour rendre le processus si difficile et le produit si peu appétissant que seules quelques douzaines de villes ont opté pour la défusion. A-t-il rencontré les leaders qui militaient en faveur des défusions? Non. Est-il revenu sur sa position après les débats parlementaires? Non. A-t-il consulté le public? Non. Son patron et lui n'ont fait que respecter une promesse électorale de manière très péremptoire et décousue. Aucune tentative n'a été faite pour améliorer la gouvernance aux échelons local et régional, ou même pour réparer les dommages que le PQ a causés à la structure municipale. (...)
Il est tout à fait scandaleux que les gouvernements provinciaux aient le pouvoir de rayer les villes d'un coup de crayon ou encore de les traiter comme autant de tirelires, alors que ces mêmes gouvernements ne peuvent manifestement pas gérer leurs propres affaires avec un semblant de logique, de transparence, ou même de prudence. Le plus proche concurrent du gouvernement provincial, pour ce qui est de l'incompétence, est la mégaville de Montréal, avec sa bureaucratie gonflée et ses discours de grand parti politique, pourtant c'est le mastodonte que le Québec semble considérer comme idéal. Qui se ressemble s'assemble!

Peter Trent quitte la politique...et souhaite voir un francophone à la tête de Westmount
Sara Champagne
La Presse mardi 1 février 2005
Après une période de six mois loin de l'arène politique, le défusionniste Peter Trent a annoncé qu'il renonce à se représenter à la mairie de la Ville de Westmount.
L'homme, qui a été maire de Westmount de 1991 jusqu'à la fusion avec Montréal en 2001, n'a pas l'intention d'appuyer une candidature, mais croit fermement que le prochain maire de Westmount devrait être un francophone.
" J'ai porté deux croix en tant que leader antifusion et défusionniste; je suis anglophone et je suis de Westmount. Dans le paysage politique québécois, c'est un handicap, surtout dans le milieu francophone, parce qu'on me percevait comme étant à la tête d'un mouvement anglophone. "
Peter Trent n'a pris aucune décision quant à son avenir. Il ne ferme pas la porte à une carrière politique au fédéral. Il dit, avec une pointe d'humour dans la voix, que le provincial ne voudra probablement pas de lui, surtout après la lettre qu'il vient de publier dans les pages éditoriales de La Presse, dans laquelle il dit notamment que les libéraux ont fait un gâchis avec la défusion (voir en page A17).
" Il est tout à fait scandaleux que les gouvernements provinciaux aient le pouvoir de rayer les villes d'un coup de crayon ou encore de les traiter comme autant de tirelires, alors que ces mêmes gouvernements ne peuvent manifestement pas gérer leurs propres affaires avec un semblant de logique, de transparence, ou même de prudence ", peut-on lire dans sa lettre, parlant à la fois des libéraux et du Parti québécois.
Lorsqu'on lui demande les raisons qui le poussent à quitter la politique, l'ancien maire de Westmount explique que la décision n'a pas été facile, qu'il s'est battu quotidiennement durant sept ans contre la fusion et ensuite pour la défusion, mais qu'il est temps de laisser la place aux autres, qu'il y a encore du travail à faire.
" Il y aura une tendance de refusion très forte. À mon avis, il faudra une alliance ou un travail très étroit entre la Rive-Sud et les villes qui sont situées dans l'île de Montréal. Il faudra créer une masse critique pour contrer la pression qu'il y aura de la part des gouvernements ", explique-t-il.
Selon lui, le conseil d'agglomération qui regroupera les 16 villes de l'île de Montréal est un exemple d'aberration complète. " Dans un monde moderne, c'est une structure antidémocratique. Le maire dirige tout, et le parti de l'opposition n'a pas son mot à dire. Je suis sidéré par la création de ce système qui sera un problème pour toutes les villes, qu'elles soient fusionnées ou non. "

Pas de baisse "générale" des impôts au Québec
Denis Lessard
La Presse mardi 1 février 2005
Ottawa - Il n'y aura pas de baisse " générale " des impôts dans le prochain budget du Québec. Comme l'an dernier, Québec envisage de mettre l'accent sur les familles et la classe moyenne. Les hauts salariés n'auront rien à attendre du troisième budget d'Yves Séguin.
" Ce n'est pratiquement pas faisable de donner des baisses d'impôts aux plus fortunés, je ne suis pas convaincu comme ministre des Finances que je ne peux me le permettre ", a dit le ministre hier, dans une entrevue accordée à La Presse.
Un peu comme l'an dernier, " je vais surtout penser aux plus démunis, les moyens... les familles moyennes ", a-t-il expliqué.
" Ce que je veux, c'est que le contribuable moyen perçoive, hors de tout doute, que le gouvernement a pensé à lui ", a précisé M. Séguin en marge d'une conférence des ministres des Finances des provinces qui, bien péniblement, tentaient d'accorder leurs violons avant de rencontrer le grand argentier fédéral, Ralph Goodale.
En campagne électorale en 2003, le PLQ promettait que tous les contribuables profiteraient d'une baisse d'impôts annuelle de un milliard pendant cinq ans. On sera bien loin du compte si on décode le ministre Séguin. " C'est ce que je trouve pénible, je suis obligé de prendre les marges de manoeuvre, et les caser à travers d'autres mesures fiscales. J'aimerais bien mieux dire: j'en donne un peu plus à tout le monde! " a confié le ministre. À l'interne, tous les signaux convergent : à deux mois du début de la prochaine année financière, le gouvernement Charest est bien loin d'avoir redressé la barre en ce qui concerne les dépenses, passage obligé pour disposer d'une marge de manoeuvre suffisante pour accorder les baisses d'impôts promises.
Le budget fédéral est attendu le 22 février ou le 8 mars.
Quand on lui rapporte que des fuites laissent prévoir un budget plutôt tardif à Québec, M. Séguin ne s'insurge pas, il s'explique.
L'Ontario aura un budget déficitaire - on peut prévoir autour de 4 milliards. Or, le gouvernement McGuinty va déposer son budget après Pâques, ce qui incite Québec à attendre dans la deuxième moitié d'avril, comprend-on. L'an dernier, des commentateurs acerbes devant le budget de M. Séguin avaient subitement fait amende honorable quand ils avaient vu le pétrin dans lequel était plongé l'Ontario.
L'an dernier, M. Séguin avait évalué à 1,6 milliard la somme qu'il avait à dénicher pour équilibrer son budget. L'augmentation des transferts fédéraux pour la péréquation et la santé était " en gros anticipée ", explique le ministre.
Pour le prochain budget, c'est désormais environ deux milliards que devra trouver le ministre Séguin. " C'est dans la fourchette ", dit-il. Il faut d'abord un milliard pour respecter l'engagement électoral quant aux impôts.
Aussi, indique-t-on dans les coulisses, Québec doit trouver un milliard supplémentaire pour faire face aux demandes des syndicats du secteur public. Une hausse de 2%, grosso modo 500 millions, est déjà avancée par Monique Jérôme-Forget au Conseil du Trésor, à laquelle il faudra ajouter probablement autant d'argent pour régler le litige sur l'équité salariale.
Hier, M. Séguin se bornait à parler " des dépassements anticipés de certaines dépenses et de revenus qui ne sont pas tout à fait là ". Un exemple : la hausse des taux d'intérêt, si elle se maintient, coûtera chaque année de 200 à 300 millions au gouvernement.
À l'issue d'un souper avec le ministre Goodale, il décrivait comme " la rencontre de l'espoir" les échanges d'hier avec Ottawa. M. Goodale s'est dit prêt à recevoir des propositions du gouvernement Charest pour remédier aux coupes de 2,5 milliards dans la péréquation destinée à Québec.
Mais il a tout de même rappelé de son côté que les revenus des provinces étaient bien supérieurs à ceux d'Ottawa, que leur endettement était moindre et que sept d'entre elles avaient un budget équilibré que celui d'Ottawa.
Mais c'était surtout l'heure du "moi aussi " hier dans le clan des provinces. La réunion survenait quelques heures après l'annonce, vendredi, que Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse obtiendront cette année un total de 2,8 milliards de fonds d'Ottawa. Pour Loyola Sullivan, le ministre terre-neuvien, " 2 milliards à Terre-Neuve, c'est un "cadeau ". Personne ne dit ça quand on donne l'argent à Bombardier ou à l'industrie automobile ". Le fédéral accepte de ne pas tenir compte des redevances de deux provinces sur les ressources offshore dans le calcul de la péréquation, pour les huit prochaines années.
" Nous voulons la même entente ", a martelé le ministre Harry Van Mulligen, de la Saskatchewan. Pour le ministre Séguin, si on peut se réjouir de la générosité d'Ottawa envers Terre-Neuve, il faut s'inquiéter du caractère arbitraire et unilatéral d'une telle décision. Reporté sur la population du Québec, le cadeau à Terre-Neuve représenterait un transfert de 17 milliards, a illustré le ministre.
Au début du souper où il avait invité ses homologues des provinces, le ministre Ralph Goodale soulignait que cette décision d'Ottawa allait " dans le sens de la cohésion ".
Les ministres des provinces se sont entretenus toute la journée avant d'aller voir M. Goodale. Faisant le bilan des discussions, l'Ontarien Greg Sorbara et le Québécois Yves Séguin n'ont pas caché que les provinces avaient chacune leurs priorités. " Il n'y a que deux mots qui font l'unanimité... déséquilibre fiscal ", a laissé tomber M. Séguin. Les provinces attendent aussi du prochain budget d'Ottawa des chiffres précis sur le financement des infrastructures municipales et les transferts de taxes sur l'essence, deux annonces du budget de l'an dernier laissées en suspens.

Réveille-toi, Jean Lesage, ils sont devenus fous!
François Piazza, Montréal
Le Devoir mercredi 2 février 2005
Toi qui, avec Paul Gérin-Lajoie, contribuas à rendre l'école accessible pour tous en la déconfessionnalisant, qui préconisas l'excellence par le savoir et par l'encouragement de la culture d'ici en créant un vrai ministère pour aider celle-ci parce que, disais-tu dans le discours du Trône de la session 1963-64, les deux sont inséparables pour devenir «maîtres chez nous», à la vue de ce que tes successeurs font de ton héritage, tu dois te retourner dans ta tombe à la vitesse d'un ventilateur! Ils détruisent petit à petit ces acquis si chèrement gagnés.
Toi aussi, dans ton temps, tu as dû subir les lobbys ecclésiastiques et même de la Patente te promettant l'Enfer et, ce qui est plus grave (d'un point de vue politique !), de voter contre toi (ce qu'ils firent d'ailleurs). Avec fermeté et doigté, mêlant pouvoir et élégance, tu as résisté et gagné.
Ces groupes de pression étaient beaucoup plus forts qu'un lobby juif anglophone qui ne représente même pas l'ensemble de la communauté de cette religion au Québec : la plupart de nos compatriotes israélites sont partisans de cet enseignement laïque qui leur apporte respect et tranquillité. Faut-il ajouter que dans bien des pays, des gens de confession juive ont été à la pointe du combat pour la laïcité ? Il s'en est fallu de peu que 750 000 $ constituent de bonnes raisons, et ce, contre l'avis du peuple !
Et l'éducation...
Ils réduisent au rabais l'enseignement dans les cégeps et créent des sous-diplômes.
Certes, bien des choses ont vieilli, bien des structures sont désuètes ! Une vraie consultation populaire -- et non la réunion des amici curiæ -- , comme toi et tes successeurs en firent, serait nécessaire pour moderniser ce que tu nous as laissé. Tes successeurs font du cosmétique : leurs grandes consultations sont des kermesses de relations publiques ! Autistes et fiers de l'être !
Toi qui disais que l'éducation était notre richesse, que dis-tu quand tu vois ton successeur en titre supprimer les bourses pour les étudiants à faible revenu, leur offrant ainsi un endettement assuré ?
Toi qui avais des lettres, en entendant un ministre, Pierre Reid, déclarer sans rire que «la base de l'éducation, c'est la lecture» et que, «pour apprendre à lire, il faut lire des livres», tu dois croire que ton successeur est le père Ubu !
D'autant plus que le même Pierre Reid, jouant «le salopin avec croc à phynances» de l'Ubu de Jarry, a accepté une compression de 105 millions de dollars en deux ans pour les bibliothèques scolaires dès son entrée en fonction pour annoncer triomphalement, deux ans après, qu'il en promet 60 millions en trois ans pour le même sujet (si le ministre des Finances est d'accord, mais est-il au courant ?). Vive la lecture et la cohérence ! Après tout, quand on a une solution, il suffit de créer le problème pour pouvoir l'appliquer. Cornegidouille ! Hourra pour le père Ubu et Jean Charest !
De toute façon, quels livres ? Qu'est devenu ce ministère de la Culture que vous avez créé, Lapalme et toi ? Une coquille creuse qui s'entrouvre parfois pour émietter quelques dons au bon plaisir du roi, tapissée bien au chaud de lois et règlements qui ne s'appliquent pas, entre autres celui des libraires agréés qui exigent un fonds de 30 % de livres québécois. Va hanter Renaud-Bray et vois le résultat !
Tout passe dans le béton, la vitre et le formica. Il est bien connu qu'il faut d'abord créer une bibliothèque pour mettre des livres dedans après, s'il reste des auteurs et de l'argent. Et surtout des éditeurs pour pouvoir les publier !
Ah ! ces gens du livre ! Toujours à mendier ! Cornecul ! S'ils veulent de l'argent, qu'ils publient di Stasio ou Janette Bertrand !
Ton ministre Georges-Émile Lapalme était un combattant. Celle qui le remplace aujourd'hui n'est plus qu'un porte-voix qui n'est même pas la sienne. Évitant les écrivains (sauf peut-être au Salon du livre), pratiquant la litote et la palinodie, elle sourit : c'est tout ce qu'elle sait faire ! Réveille-toi, Lesage, ils nous détruisent tout !
Les hôpitaux à roulettes
Ton système de santé ? Vivent les hôpitaux à roulettes : Figaro veut le mettre ici, Almaviva par là ! L'essentiel est d'en avoir un pour trois !
Tu voulais un système universel et public de soins de santé ? Ton ubuesque successeur flirte avec la privatisation des services chère à Klein, de l'Alberta, qu'il laisse implanter en catimini.
Toi qui avais bâti une police forte, que penses-tu quand tu vois son ministre faire appliquer les lois contre la fumée secondaire du tabac taxé et laisser sans broncher la contrebande du tabac dans les réserves indiennes prospérer, hors taxes, il va de soi ?
Toi qui disais (et l'appliquais) en 1962 qu'il fallait d'abord écouter le peuple avant de lui parler, que penses-tu quand tu vois un autiste dans ton fauteuil, prêt à n'importe quoi si ses mentors l'inspirent ?
«Le peuple est contre, sire !» «Que l'on change de peuple !» C'est du Brecht qui devient du Charest !
Ton parti, auquel on doit tant, peu importe l'idéologie de chacun, se détruit un peu plus chaque jour : peu à peu, il devient ce que fut cette Union nationale dont tu nous a délivrés. Croyant «faire du changement», il retourne au passé. Il ne lui manque plus qu'un Gérard Martineau !
Réveille-toi, Lesage ! Rends-nous les libéraux !

Ottawa dévoile les détails de la mise en oeuvre du pacte pour les villes
PC 2 février 2005
OTTAWA (PC) - Le gouvernement fédéral a dévoilé mardi les détails de son programme de partage de la taxe sur l'essence pour les municipalités, qui "fera d'une pierre deux coups" en contribuant également à atteindre les objectifs du protocole de Kyoto, a dit espérer le ministre de l'Infrastructure et des Collectivités, John Godfrey.
Dans le cadre du Nouveau pacte pour les villes et les collectivités, 5 milliards $ provenant de la taxe sur l'essence seront versés pendant cinq ans, et ce, à compter de 2005, puis consacrés aux infrastructures municipales écologiquement viables, par exemple le transport en commun, les réseaux d'aqueduc et d'égout, les systèmes énergétiques des collectivités, la gestion des déchets solides, la remise en état de routes et de ponts, et le renforcement des capacités, a annoncé M. Godfrey, à Ottawa.
"Cela a beaucoup à voir avec la mise en oeuvre (du Protocole de) Kyoto", a-t-il déclaré en entrevue.
"Nous avons une forte préférence pour le transport en commun rapide dans les grandes villes, et nous voulons soutenir les systèmes énergétiques des collectivités qui pourraient mener à une réduction des gaz à effet de serre", a ajouté le ministre.
Le gouvernement fédéral négociera chaque projet avec les villes par le biais des gouvernements provinciaux, a précisé M. Godfrey.
Les sommes d'argent devant être versées aux provinces, aux territoires et aux collectivités autochtones ont été établies en fonction de la population, mais les totaux ont été modifiés à la hausse dans le cas des régions les plus petites.
L'Ontario obtiendra le montant le plus important, soit 1,8 milliard $, tandis que l'Ile-du-Prince-Edouard et les différents territoires recevront les parts les moins importantes, 37,5 millions $ dans chaque cas. Le Québec s'est quant à lui vu promettre 1,1 milliard $, ce qui représente la somme la plus élevée après celle consentie au gouvernement ontarien.
Gilles Vaillancourt, maire de Laval et président de la Coalition pour le renouvellement des infrastructures du Québec, s'est réjoui de l'annonce faite par M. Godfrey.
"Au cours des prochains mois, nous négocierons avec les représentants du gouvernement sur les modalités de versement des sommes ainsi allouées. Il est évident que cette annonce, sans préciser encore comment les sommes consenties seront versées, semble répondre à nos besoins puisqu'il y est précisé que ces modalités se feront selon une méthode équilibrée comparable à nos demandes", a-t-il affirmé.

De l'eau dans le gaz
Karim Benessaieh
La Presse mercredi 2 février 2005
Taxe sur l'essence : Désaccord sur la répartition de 1,2 milliard aux villes du Québec
La taxe sur l'essence, qui rapportera 1,2 milliard aux municipalités du Québec d'ici 2010, sera au coeur de négociations enflammées entre les différents ordres de gouvernement.
Entre Ottawa et Montréal, qui souhaitent une répartition des sommes par habitant, se dresse en effet Québec, qui entend mettre le pactole dans un fonds d'infrastructures et choisir les projets prioritaires. Le ministre fédéral de l'Infrastructure et des Collectivités, John Godfrey, a précisé hier que les négociations étaient encore en cours avec Québec quant au " système de livraison et d'imputabilité ".
L'argent provenant de la taxe sur l'essence, qui totalisera cinq milliards en cinq ans pour toutes les municipalités canadiennes, devra servir à financer des infrastructures " écologiquement viables ", les réseaux d'égouts et d'eau et le transport en commun.
La répartition des fonds entre provinces et territoires a été faite selon leur population, avec un réajustement pour les régions moins peuplées du Nord et des Maritimes. L'argent est versé directement aux provinces qui décident comment l'acheminer vers leurs municipalités. Or, a affirmé le ministre en entrevue, Ottawa s'attend à une redistribution vers les villes sur une base " par habitant ".
" Les contribuables des petites collectivités paient aussi la taxe sur l'essence, dit-il. Les besoins sont différents, mais nous avons d'autres communautés moins grandes qui sont menacées de déclin, qui doivent à tout prix défendre leur population et qui ont des besoins énormes. "
Le ministre Godfrey précise toutefois vouloir respecter la compétence des provinces, même s'il tient à ce qu'on respecte une " équité " entre petites et grandes municipalités. " Nous ne voudrons pas d'une entente qui précipite une crise au sein des municipalités. On veut que ce soit une victoire pour tout le monde, la province, les municipalités de toutes grandeurs et nous autres. "
À Québec, au cabinet du ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, on affirme viser le même objectif d'équité. Mais utiliser une méthode par habitant léserait justement les petites communautés, explique l'attaché de presse du ministre, Stéphane Gosselin. " Il faut comprendre que si on appliquait un principe per capita, ça ferait qu'une petite municipalité ne pourrait recevoir, par exemple, que 2000 $. Si elle est prise avec un problème d'eau potable de huit millions de dollars, elle reste prise avec. "
L'argent d'Ottawa ira dans un fonds central, explique-t-il, et sera ensuite redonné aux municipalités selon les mêmes modalités que les programmes d'infrastructures tripartites habituels. " Il n'y a pas de montant préétabli qui s'en va vers chacune des municipalités. On fait un gros pot, les demandes viennent et le gouvernement du Québec doit prioriser les interventions. L'argent va vers les municipalités qui sont priorisées avec leurs projets. "
Des demandes de subventions totalisant près d'un milliard sont déjà sur les tablettes, précise M. Gosselin.
" Pour répondre aux besoins en infrastructures, on aurait besoin d'un milliard par année pendant 15 ans. Il n'y en aura pas pour tout le monde, mais on veut donner un programme permanent et à long terme, qui permette à tout le monde de renouveler ses infrastructures, avec des taxes raisonnables. "
À Montréal, on se dit cependant confiant de recueillir sa juste part de l'argent d'Ottawa. En fonction de sa population, la ville pourrait recevoir 95 millions des 460 millions destinés au Québec en 2010- année où les transferts d'Ottawa atteindraient leur maximum. Les 63 villes de la Communauté métropolitaine de Montréal, elles, auraient droit à 208 millions selon la même méthode.
On est loin, dans ce dernier cas, des 400 millions qu'espérait le maire Gérald Tremblay lors d'une sortie publique le 27 octobre dernier. Montréal n'est en fait même pas assurée de toucher sa part " démographique " de 95 millions. Mais l'attachée de presse du maire, Christiane Miville-Deschênes, se dit tout de même confiante. " Ce sont de bonnes nouvelles, ce que le gouvernement fédéral présente est intéressant et correspond à ce que demandaient les grandes villes. Il va maintenant falloir discuter avec le gouvernement du Québec pour voir à ce que la répartition soit faite au prorata de la population. Comme l'a fait Ottawa. "

Le cube Rubik de M. Séguin
Alain Dubuc
La Presse mercredi 2 février 2005
Le ministre québécois des Finances, Yves Séguin, s'est rendu cette semaine à Ottawa à une réunion des ministres des Finances, dont il est revenu les mains vides mais le coeur plein, exprimant un certain optimisme après un souper avec son homologue fédéral Ralph Goodale qu'il a qualifié de " rencontre de l'espoir ".
Ce pèlerinage de notre ministre me paraît être une belle occasion, en cette période pré-budgétaire, pour faire l'équivalent d'une minute de silence. Plutôt que de jouer au gérant d'estrade, comme nous le faisons tous, plutôt que d'ajouter aux pressions de tous bords qui s'exercent sur le grand argentier, essayons plutôt de nous mettre un instant dans la peau du ministre.
On découvrirait à quel point sa tâche est difficile, sinon impossible, forcé comme il l'est de tenter de concilier des objectifs qui semblent incompatibles. L'image classique, c'est celle de la quadrature du cercle. Je préfère celle du cube de Rubik, parce qu'il est quand même possible de le résoudre, et parce qu'il a six faces, comme les six grands défis du ministre Séguin.
Premier défi, ne pas créer de déficit. L'objectif du déficit zéro est devenu une doctrine à Québec, ce que pas grand monde ne conteste. L'Ontario, mal prise elle aussi, s'est résolue à accepter un déficit. Elle peut le faire parce que ses impôts peu élevés lui donnent une marge de manoeuvre fiscale et que sa dette n'atteint pas un seuil critique. Le Québec ne peut pas se permettre ce luxe.
Second défi, travailler à corriger ce que nous appelons le déficit fiscal. Le concept n'est pas encore accepté à Ottawa. Mais, pendant que plusieurs provinces sont dans le rouge et que le Québec se débat pour éviter le déficit, le ministre fédéral Ralph Goodale se creuse les méninges pour trouver des façons de dépenser ses dix milliards de surplus. Cherchez l'erreur. Cela ne réglera pas tout, loin de là, mais ça donnerait un bon coup de main.
Troisième défi, réduire le fardeau fiscal le plus élevé en Amérique du Nord, et les impôts sur le revenu à peu près les plus hauts en Occident. Et pourquoi? Malgré ce fardeau fiscal élevé, c'est par exemple au Québec que les dépenses en santé sont les moins élevées. L'idée de ramener notre fardeau fiscal à la moyenne des provinces canadiennes, qui ont le même filet de sécurité social que nous, est parfaitement raisonnable.
Quatrième défi, réduire la dette, la grande oubliée. Même si le Québec a éliminé son déficit, la dette a continué d'augmenter, ce qui montre que l'assainissement des finances publiques s'est fait en partie en repoussant les problèmes à plus tard. C'est une bombe à retardement, et cela draine des ressources à chaque année.
Cinquième défi, des besoins et encore des besoins, qu'il faut financer. En santé, encore, mais en éducation, sous-financée, dans les infrastructures, négligées depuis longtemps.
Sixième défi, trouver l'argent pour tout cela, notamment en réformant l'État, pour faire le ménage, revoir les priorités, améliorer les façons de faire. Ce travail ne révision n'avait pas été fait, et il est indispensable pour dégager des marges de manoeuvre. C'est une tâche qui transcende les partis et les idéologies. Ce sont les libéraux qui ont hérité de la sale job, mais cet effort de révision de l'État, peu importe comment on l'appelle, aurait été incontournable peu importe qui aurait été au pouvoir.
Peut-on concilier tous ces défis? La réponse est évidemment non, du moins à court terme. La porte de sortie, puisqu'il est impossible de tout faire, c'est de miser sur la clarté et la transparence.
D'abord en proposant une échelle des priorités. Le gouvernement Charest pourrait préciser quelle proportion de la marge de manoeuvre, s'il y en a une, sera affectée à chacun des grands objectifs, la réduction de la dette, les besoins de programmes et la baisse du fardeau fiscal. Le gouvernement Chrétien, avec Paul Martin aux Finances, avait proposé une formule pour définir ses priorités, qui a donné de bons résultats.
Pour les impôts, le ministre Séguin, se disant incapable d'accorder une baisse générale, évoque plutôt une réduction d'impôt pour les familles. Le compromis est tout à fait raisonnable, à condition que le gouvernement précise ses priorités. Au lieu de sortir des surprises de son chapeau à chaque année, le ministre pourrait définir des priorités et formuler une philosophie fiscale qui manque pour l'instant. Qui profitera éventuellement des baisses d'impôt, dans quel ordre, et avec quelle ampleur.
À défaut de résultats immédiats et pleinement satisfaisants, le ministre Séguin peut proposer un plan de match, des priorités et une direction, avec une démarche budgétaire sur plusieurs années qui hiérarchise les priorités et qui définit des échéanciers.
adubuc@lapresse.ca

Un gouvernement synonyme de gâchis
Roger Couture, Shawinigan-Sud.
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) mercredi 2 février 2005
Points de vue - "On gère à la p'tite semaine, à la pièce..."
Depuis son élection, le Parti libéral de Monsieur Charest parle de moderniser le Québec. Il prétend réinventer l'État qui, selon lui, a mal vieilli. Son projet ambitieux, dit-il, reposerait sur les aspirations exprimées par la population lors des dernières élections générales. Jean Charest détiendrait un mandat populaire pour réaliser son projet.
En principe, toute action politique responsable doit découler d'une vision d'ensemble, d'un système articulé d'objectifs découlant de besoins exprimés par la communauté. Une telle vision doit s'appuyer sur des valeurs qui obtiennent un large consensus. À partir de ce consensus, le gouvernement a la légitimité et la capacité d'amorcer des actions, parfois audacieuses, parfois heurtant sa population et même sa base militante. Les larges consensus, les valeurs profondes et les visions claires permettent de garder le cap dans la tempête. Voilà la base d'un gouvernement responsable.
Il est très clair que la conduite de ce gouvernement est tout à fait contraire à ces principes. Depuis son élection, le gouvernement Charest provoque catastrophe sur catastrophe, brise ses promesses, enfreint son programme et génère autant de mécontentement qu'un gouvernement usé par plusieurs mandats au pouvoir. Comment l'expliquer?
À la veille de la dernière campagne électorale, les sondages indiquaient que la population désirait du changement et que c'était le plus grand facteur déterminant l'issue du vote (pour 57 % de la population). Il semble cependant que ce changement désiré était un changement d'équipe au pouvoir, mais non pas un changement de toute la structure de l'État et des orientations politiques fondamentales du Québec.
Malgré le fait que Monsieur Bernard Landry apparaissait comme le meilleur candidat au poste de premier ministre, selon les mêmes sondages, les Québécois reprochaient au Parti québécois d'avoir bousculé fortement la société avec ses grandes réformes dans les finances publiques, la santé et le monde municipal, entre autres. La population souhaitait une accalmie et de la stabilité. Le Parti libéral, depuis les années 70, a généralement offert cette stabilité et s'était montré moins entiché des grandes réformes, ou, à tout le moins, savait reculer pour éviter les tempêtes. Il s'affairait plus à stimuler l'économie qu'à bouleverser la société en fonction d'intérêts clientélistes.
Or, depuis son élection, l'actuel gouvernement est en rupture profonde avec la population du Québec, mais également avec la tradition libérale. Il ressemble plus au Parti conservateur du Canada avec l'incohérence en prime. Après deux ans de mandat, il est profondément secoué et en porte-à-faux avec les besoins de la population. Il tente d'implanter une vision de droite étrangère aux consensus québécois. Après avoir matraqué, par ses nombreuses hausses de tarifs et ses projets de lois, de nombreux groupes de citoyens à sa première session parlementaire et en particulier les travailleurs, les femmes, les familles et les régions, et après avoir renié de nombreux engagements électoraux, voilà que ce gouvernement propose les partenariats public-privé ( les PPP ) et d'autres augmentations de tarifs. Pour s'ajuster au mécontentement important, il vide ses plus grands projets de leur sens véritable. Le processus de prise de décision est réduit à sa plus simple expression: le premier ministre, avec quelques personnes de son cabinet qui ne sont pas des élues, dictent aux ministres, en catimini, les décisions et les politiques à adopter. On gère à la petite semaine, à la pièce, dans le but de racheter les groupes d'intérêt un à un.
Oublions les débats de fond sur les grands enjeux, oublions la transparence, la responsabilité, la légitimité et l'équité et agissons dans l'intérêt des amis du parti. Cela est clairement illustré quand on considère le dossier du CHUM, le cafouillage gouvernemental en éducation, l'endettement accru de 103 millions des étudiantes et étudiants les plus démunis, le gâchis politique absolu sur le financement à 100 % des écoles privées juives. Quoi espérer de ce gouvernement dans le dossier de la laïcisation de l'école publique qu'il sera appelé à traiter dans les mois qui viennent. Au diable les principes! Et vive les beaux slogans, vidés de leur sens!
Quelles sont les grandes valeurs qui conditionnent les actions de ce gouvernement? La solidarité? L'équité entre les classes de citoyens? La lutte contre l'exclusion sociale? Le développement de toutes les régions? Le plein emploi? Le développement des jeunes? L'avancement de l'éducation? Le progrès de la santé? Difficile de le croire. Le gouvernement Charest veut briller parmi les meilleurs. À ce jour, il brille plutôt comme un leurre. Soyons vigilants.
Dans toute cette histoire, je souhaite que nous tirions tous une grande leçon. À trop délaisser la politique et les débats publics, à ne plus utiliser notre droit de vote, à ne plus nous exprimer sur la place publique, à ne plus participer activement au processus démocratique, à ne plus faire la différence entre le programme d'un parti ou d'un autre, on porte au pouvoir un gouvernement qui travaille en vase clos, déconnecté de sa population et qui pose des gestes irresponsables qui font reculer le Québec.
Souhaitons qu'à l'avenir, nos choix soient plus éclairés.


SONDAGE CROP-LA PRESSE-INFO 690
Retour aux enfers pour le gouvernement Charest
Denis Lessard
La Presse jeudi 3 février 2005
Québec - Jamais, depuis les élections du printemps 2003, les libéraux de Jean Charest n'ont été aussi bas dans la faveur populaire. Et, sans atteindre les niveaux records de l'an dernier, l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement a considérablement augmenté depuis un mois.
Ce verdict accablant, c'est la maison CROP qui le fait à partir des données de sa plus récente enquête, réalisée pour La Presse et Info 690. Le sondage, administré du 20 au 31 janvier derniers auprès de 982 personnes, comporte une marge d'erreur de 3 points de pourcentage, 19 fois sur 20.
Ce coup de sonde mensuel coïncidait avec la controverse autour du financement des écoles privées juives.
C'était aussi le moment du faux départ pour le remaniement ministériel, de l'abandon des Championnats du monde de sports aquatiques de Montréal et des sempiternelles spéculations sur l'avenir du CHUM.
Des résultats " tragiques " pour Jean Charest dont le gouvernement paraît " en déroute ", n'hésitait pas à dire hier le spécialiste de la maison de sondage, Claude Gauthier. " On peut toujours dire qu'il reste deux ans avant les élections, mais il faut se souvenir, qu'inversement, le gouvernement n'a été élu qu'il y a deux ans, pour un premier mandat, il devrait avoir le vent dans les voiles ", a observé le spécialiste.
Si des élections avaient eu lieu cette semaine, le PQ aurait obtenu 40 % des voix comparativement à 31 % aux libéraux et 24 % à l'ADQ, quand CROP répartit les 16 % d'indécis. Pour le parti de Jean Charest, ce recul de quatre points est un nouveau plancher depuis les élections du printemps 2003. Jusqu'ici, son pire résultat avait été de 33 % en mai 2004, quand le gouvernement s'était empêtré dans le dossier du Suroît.
Parti québécois Seule consolation pour les libéraux, les péquistes, qui auraient cette semaine remporté " une victoire assez éclatante ", selon M. Gauthier, ne parviennent pas à canaliser l'impatience des électeurs à l'endroit de Québec.
Le PQ piétine à 40 % comme en décembre, et seule l'Action démocratique de Mario Dumont a fait des gains en janvier. Ironiquement, le parti de Bernard Landry qui vient de congédier Michel Lepage, son sondeur attitré depuis 1977, vient de recevoir des données bien différentes d'un consultant privé, qui estime lui, qu'en janvier, le PQ est monté et l'ADQ descendu.
Chez les électeurs francophones, les libéraux sont désormais clairement troisièmes à 17 %, loin derrière le PQ à 40 %. Chez ces électeurs déterminants dans nombre de circonscriptions, le PLQ est clairement devancé par l'ADQ à 23 %. Par rapport à décembre chez les électeurs francophones, il s'agit d'une baisse de quatre points pour les libéraux, de deux points pour le PQ et, inversement, d'une remontée de deux points pour l'ADQ.
Les dossiers montréalais du CHUM et des écoles juives ont clairement fait mal au gouvernement, observe aussi Claude Gauthier. Les libéraux reculent de six points dans la région de Montréal, à 29 %, et les péquistes montent de deux points, à 35 %.
Fait étonnant, le PLQ en est réduit à 9 % des intentions de vote dans la région de Québec, une chute libre comparativement aux 24 % de décembre. Mario Dumont, quant à lui, est portée aux nues dans la Vieille Capitale avec l'appui de 40 % des répondants.
Autre mauvais présage pour M. Charest, les non-francophones sont subitement plus hésitants à son endroit: 59 % se disent libéraux, comparativement à 71 % le mois précédent.
Satisfaction en chute libre
Plus importante que les intentions de vote quand les élections sont encore loin, la satisfaction à l'endroit du gouvernement est aussi en chute libre.
Avec 68 % d'insatisfaits, une hausse de huit points en un mois, le gouvernement renoue avec les heures sombres de la controverse autour du Suroît au printemps 2004- 72 % des gens étaient alors insatisfaits. Pour renverser la vapeur, M. Charest avait alors subitement freiné et envoyé le projet d'usine au gaz sous examen à la Régie de l'énergie.
On trouvait en janvier 29 % de gens satisfaits de Québec. Les " très insatisfaits " restent 10 fois plus nombreux que les " très satisfaits ".
Une décision surtout paraît avoir fait bondir les électeurs. Quand on leur demande s'ils sont satisfaits " de la façon dont le premier ministre Charest a géré jusqu'à maintenant le financement à 100 % de certaines écoles privées juives ", les Québécois affichent une rare unanimité pour dénoncer ce faux pas.
Ainsi, 76 % des répondants, et pas moins de 80 % des francophones, ne sont pas satisfaits de ce geste.
De plus, 57 % des électeurs et 62 % des francophones se disent même " très insatisfaits " devant cette décision. Même chez les électeurs libéraux, on réprouve à 61 % cette orientation. Dans l'ensemble des répondants, seulement 16 % comprennent le geste de M. Charest.
Le tsunami
En revanche, les Québécois sont passablement plus réceptifs à la réaction de Jean Charest lors du tsunami en Asie du Sud-Est. Ainsi, en dépit des commentateurs qui ridiculisaient les 100 000 $ versés par le gouvernement du Québec, 55 % des gens se disent satisfaits de l'aide de Québec aux victimes du raz-de-marée. Par contre, 37 % des gens ont jugé insuffisant le geste de Québec.
68 % - TRÈS/PLUTÔT INSATISFAITS DU GOUVERNEMENT
17% - INTENTIONS DE VOTE CHEZ LES FRANCOPHONES EN FAVEUR DU PLQ

Taxe fédérale sur l'essence :
1,15 milliard $ sur cinq ans pour les villes québécoises
Jean-François Cliche
Le Soleil jeudi 3 février 2005
Québec demande une répartition selon la taille des villes et non par projet comme le propose le provincial
Le gouvernement fédéral partagera avec les villes sa taxe sur l'essence, ce qui donnera à ces dernières 5 milliards $ au cours des cinq prochaines années. De la somme, le Québec héritera de 1,15 milliard $. Reste à régler l'épineuse question de la répartition de cet argent.
Le ministre fédéral des Infrastructures et des Collectivités, John Godfrey, a annoncé que ce transfert de taxes se ferait progressivement. Il atteindra sa pleine amplitude en 2010, quand Ottawa distribuera 2 milliards $, dont 460,4 millions iront au Québec.
Ces montants devront être affectés, aux termes du communiqué publié hier, aux infrastructures écologiquement viables, comme "le transport en commun, les réseaux d'aqueduc et d'égout, les systèmes énergétiques des collectivités, la gestion des déchets solides et la remise en état des routes et des ponts".
L'argent a été réparti entre les provinces au prorata de la population, avec des sommes supplémentaires pour les régions du Nord et des Maritimes, moins peuplées.
Selon le journal La Presse, M. Godfrey s'attend à ce que les provinces distribuent leurs subsides respectifs selon la taille des villes. Mais le gouvernement du Québec, de qui les questions municipales relèvent, a plutôt l'intention d'investir l'argent là où sont les besoins.
Et c'est bien ce qui irrite le conseiller responsable des finances de la Ville de Québec, Jacques Jobin, pour qui "il n'est pas question d'être d'accord avec ce mode de fonctionnement-là. Si une ville n'a pas fait l'entretien de ses infrastructures depuis 30 ans pour baisser ses taxes, ce n'est pas aux autres de payer".
L'argentier de la Ville aimerait aussi "éviter que le ministère (des Affaires municipales) ait droit de vie ou de mort sur les projets" qui lui seront présentés par les municipalités. Pareil modus operandi, selon lui, risque d'entraîner des iniquités en plus "d'être d'une lourdeur incroyable, qui fait que les villes dépensent énormément d'énergie en paperasse et en bureaucratie".
Appuis mitigés
La Ville de Montréal s'est aussi prononcée en faveur d'une répartition selon la population plutôt qu'aux besoins.
Les grandes agglomérations ne trouveront cependant que des alliés mitigés, au mieux, chez les deux grands regroupements de villes de la province.
Le président de la Fédération québécoise des municipalités, Michel Belzile, se dit sensible aux arguments de M. Jobin, "qui sont vrais, concède-t-il, mais au-delà de ça, il y a des priorités qui demeurent". M. Belzile, en faveur d'une répartition "par priorité", souligne en outre que, par le passé, "les petites municipalités n'ont pas autant profité des programmes d'infrastructures que les grandes villes", et qu'à long terme, de toute façon, tout le monde finira par avoir sa part.
Son vis-à-vis de l'Union des municipalités (UMQ), Michel Tremblay, propose, lui, de trancher la poire en deux, en distribuant une partie du 1,15 milliard $ sur une base démographique, et d'affecter le reste aux grandes nécessités. Le président de l'UMQ fait valoir que les petites municipalités ne recevraient que des sommes ridicules - aussi peu que 2000 $ par année - si l'argent de la taxe sur l'essence ne tenait compte que de la population.
JFCliche@lesoleil.com

Les milliards de Goodale, les maux de tête de Séguin
Vincent Marissal
La Presse jeudi 3 février 2005
À peine nommé ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes à Québec, en 2003, Benoît Pelletier s'était rendu à Ottawa pour rencontrer son homologue, Stéphane Dion, et faire le point sur les négociations entre leurs deux gouvernements.
Il avait évidemment été question du transfert de fonds fédéraux (provenant de la caisse d'assurance emploi) à Québec pour la création d'un régime provincial de congés parentaux, litige qui traînait déjà depuis plus de cinq ans. M. Pelletier avait vite compris le peu d'empressement des cousins fédéraux.
" De toute façon, vous n'avez même pas les moyens ", lui avait lancé Stéphane Dion sur un ton cassant.
Pas plus chanceux, le collègue de M. Pelletier à la Famille, Claude Béchard, s'est fait dire quelques temps après par son homologue de l'époque, Joe Volpe: " Vous vous plaignez tout le temps du déséquilibre fiscal, mais c'est votre gouvernement qui n'arrête pas de lancer de nouveaux programmes. " Décidément, le dossier était bien mal engagé.
Ces anecdotes illustrent non seulement l'arrogance du gouvernement fédéral à l'égard des provinces, mais, plus fondamentalement, elles démontrent la profondeur du gouffre qui les sépare en terme de moyens financiers. Et, par conséquent, de l'absence de pouvoir des provinces quand vient le temps de négocier avec le fédéral.
Ces jours-ci à Ottawa, le ministre des Finances, Ralph Goodale, cherche des façons créatives de dépenser ses surplus dans son prochain budget. Un de ses plus gros défis consiste à proposer des ajustements au régime d'assurance emploi afin de s'assurer que les députés du Bloc québécois votent en faveur de son budget. Ça tombe bien, le ministre Goodale jouit justement d'une marge de manoeuvre d'environ 300 millions parce que son gouvernement a volontairement gardé les cotisations des travailleurs et des employeurs à un niveau plus élevé que nécessaire au cours des dernières années. Faire plaisir au Bloc ne devrait donc pas coûter trop cher à M. Goodale. Après tout, il s'agit ici de l'argent des contribuables. Pour le reste, M. Goodale fait dans l'enrobage des mesures déjà largement connues, en santé, notamment, pour les villes et pour le protocole de Kyoto.
Pendant ce temps, à Québec, Yves Séguin, qui prépare lui aussi son prochain budget, cherche la façon la plus élégante de reculer sur la principale promesse de son chef, soit de baisser les impôts de tous les Québécois (cinq milliards sur cinq ans). Il n'y en aura pas pour tout le monde, a été obligé d'admettre (encore une fois) le ministre Séguin au moment où il allait rencontrer son riche confrère Goodale à Ottawa. Avouez que pour " Monsieur Déséquilibre fiscal " en personne, il y a de quoi enrager.
Évidemment, cette promesse de baisser les impôts d'un milliard par année était aussi irréaliste que bassement électoraliste, sans compter que contrairement à ce que disait M. Charest en campagne électorale, ce n'est pas une priorité pour les Québécois. Mais on ne réécrira pas le scénario de la dernière campagne et le fait est qu'Yves Séguin est coincé aujourd'hui avec cette promesse. Et qu'il ne recevra aucune aide d'Ottawa.
Non seulement M. Séguin n'a pas la marge de manoeuvre financière pour donner aux Québécois les baisses d'impôts promises, mais, en plus, il doit trouver de l'argent pour lancer de nouveaux programmes. Comme le régime de congés parentaux, plus généreux que celui d'Ottawa, qui coûtera un milliard par année. Autrement dit, comment se payer une nouvelle Mercedes quand on n'a même plus d'argent pour réparer la vieille Auto-beaucoup? Encore là, le gouvernement Charest ne devra pas trop compter sur la solidarité du gouvernement Martin.
Au même moment, Paul Martin offre sur un plateau d'argent une nouvelle entente de répartition des revenus des ressources naturelles à la Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve. Évidemment, les autres provinces rappliquent et demandent la même chose comme un client envieux qui salive en voyant le beau gros gâteau sur la table voisine. L'Ontario veut 4,8 milliards, le Québec, trois milliards, mais tous deux n'ont aucun pouvoir de négociation. Ottawa peut donc jouer au père Noël avec certaines provinces et laisser sécher les autres. De toute façon, selon le très anglophone entourage de Paul Martin, Ottawa n'a rien à gagner au Québec et le simple fait d'y transférer des fonds pour un programme distinct donne des boutons à une bonne partie du caucus libéral.
Et dire que pendant toutes ces années, les libéraux à Ottawa nous répétaient qu'il était impossible de négocier avec un gouvernement péquiste et que les Québécois se rendraient bien service en élisant les libéraux. Ce n'est pas si évident ces temps-ci. Prenez les négociations sur le partage de la taxe sur l'essence aux municipalités, par exemple. Ottawa veut prendre une portion de la taxe sur l'essence (une taxe, en passant, qui devait servir à l'origine à éponger le déficit) et la redistribuer aux villes (une compétence provinciale). Jean Charest s'oppose ouvertement à cet empiétement flagrant, mais de toute évidence, ses objections n'ont pas ému Paul Martin. Encore mardi, son ministre John Godfrey dictait ses conditions pour le transferts des fonds. Qu'est-ce que Québec peut faire? Dire non et refuser l'argent sur une question de principe? Ce serait suicidaire pour Jean Charest: laisser 1,2 milliard sur 10 ans sur la table et se retrouver avec tous les maires du Québec à dos.
Ça va déjà assez mal comme ça.
Vincent.marissal@lapresse.ca

Le Canada, un pays unitaire ?
Isabelle Mathieu
Le Soleil mercredi 22 décembre 2004
La haute fonction publique fédérale est en train de transformer le Canada en pays unitaire et a déjà signé l’arrêt de mort des provinces.
C’est l’analyse que fait le maire de Québec, Jean-Paul L’Allier, observateur de la scène politique depuis plus de 35 ans, à l’occasion d’une entrevue bilan avec Le Soleil. « Pendant que les gens taponnent pour essayer de dire comment est-ce que pourrait fonctionner la fédération, les penseurs administratifs fédéraux travaillent à créer un pays unitaire, soit carrément la disparition virtuelle des provinces d’ici 20 ans, estime le maire de Québec. Les pouvoirs sont à Ottawa. L’extérieur va rester, mais le cœur va être mort. »
Les 150 fonctionnaires du Conseil privé, héritiers de Chrétien et de Trudeau, ont comme mission, dit Jean-Paul L’Allier, de construire un pays, pas un pays avec des morceaux. Né confédération, le Canada a été transformé en fédération et file vers l’unitarisme avec de la déconcentration, dit le maire. « Ce pays-là est en train de se transformer en profondeur pour devenir un pays unitaire et il le fait parce qu’il est convaincu que les mouvements sécessionnistes du Québec et de l’ouest ne sont pas capables de contrer çà », croit M. L’Allier.
À moins que le Parti québécois ne dise rapidement ce qu’il veut faire avec l’indépendance, rien ne pourra inverser la vapeur, estime le maire de Québec. « Le gros défi du PQ, c’est de nous dire en quoi le chambardement qu’il nous propose est porteur de développement moderne. Il peut arriver à le faire, il peut arriver à nous proposer un pays différent, mais à date, ce n’est pas sur la table. »

Centraide ne financera plus CJA, son équivalent de la communauté juive, qui échappait à tout contrôle
Fabrice de Pierrebourg
Journal de Montréal Jeudi 3 février 2005
Centraide, qui a versé 972 000$ à la Fédération CJA en 2003, a rompu l'entente qu'elle avait signée en 1974 avec son homologue de la communauté juive.
«CJA, c'est terminé, a confirmé Pierre-Marie Cotte, vice-président de Centraide. Il a été décidé en commun de mettre fin à l'entente».
Il ajoute que les derniers dollars versés à CJA, dont la fiche descriptive apparaît pourtant encore aujourd'hui sur le site Internet de Centraide, provenaient de la campagane 2003.
972 000$
Comme chaque année, CJA a redistribué ces 972 000 $ à différents organismes de la communauté juive. Sauf que ceux-ci échappaient totalement au processus de contrôle imposé aux bénéficiaires de Centraide.
Une façon de faire qui avait déclenché une levée de boucliers en 2003. Sans oublier que CJA (très impliqué aussi dans le récent dossier avorté du financement des écoles privées juives) recueille désormais plus de fonds que Centraide lors de ses propres campagnes!
M. Cotte affirme que même sans polémique, «l'entente aurait été questionnée parce qu'elle ne cadrait plus dans notre façon d'allouer des fonds, et nos priorités aussi».
Fonds pour Israël
Ce ne serait pas non plus le fait qu'en moyenne 35% des fonds recueillis par CJA filait en Israël pour des projets divers qui posait le plus problème: «Nos donateurs étaient surtout gênés parce que CJA recevait un pourcentage automatique de la campagne Centraide» (3,4%).
Désormais, les organisations de la communauté juive qui veulent être financées par Centraide devront présenter leur dossier à l'organisation et «passer à travers le même processus que les autres».
Critères d'excellence
«Et se conformer à tous les critères d'excellence de Centraide», insiste M. Cotte.
Il mentionne que plusieurs figurent parmi les 300 organismes en évaluation actuellement pour recevoir des fonds provenant de la campagne 2004.
La décision devrait être prise au mois de mars.

Les naufragés
Michel David
Le Devoir mardi 8 février 2005
La politique est souvent un jeu de vases communicants, l'opposition se nourrissant des malheurs du gouvernement et vice-versa. Il y a pourtant des moments où les vases semblent bloqués.
Jean Charest a beau multiplier les bourdes, Bernard Landry demeure toujours aussi impopulaire, mais cette impopularité ne contribue en rien à améliorer la situation du premier ministre. Dans l'histoire récente du Québec, je n'ai pas souvenir d'une période où les deux principaux chefs de parti soient tombés simultanément aussi bas dans l'opinion publique.
C'est en voyant M. Charest mettre les pieds dans le plat dès le début de son mandat que le chef du PQ s'est soudainement mis à croire à ses chances de victoire dans un match-revanche qu'il croyait impossible.
Aujourd'hui, par un retour des choses assez ironique, il semble lui-même devenu la planche de salut à laquelle le premier ministre peut s'accrocher. Ces deux naufragés ont besoin l'un de l'autre pour échapper à la noyade.
Remarquez, cela ne semble pas très différent sur la scène fédérale. Dans le plus-meilleur-pays-au-monde, la question n'est pas de savoir qui de Paul Martin ou de Stephen Harper est le meilleur, mais lequel est le «plus-pire».
Depuis quelques jours, il est un peu pathétique de voir M. Landry multiplier les entrevues pour expliquer qu'il entend demeurer à la tête du PQ, même si 60 % des Québécois et 51 % des électeurs péquistes souhaitent le voir partir, selon le dernier sondage Crop. Les chiffres étaient les mêmes en décembre. L'affaire des subventions aux écoles privées juives et le cafouillage sur l'emplacement du CHUM n'y ont rien changé.
Entendre le chef du PQ répéter à qui veut l'entendre qu'il est plus compétent que tous ceux qui convoitent son poste n'a rien pour arranger les choses. Cette suffisance est précisément une des raisons pour lesquelles on ne l'aime pas.
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Il est pourtant vrai que Gilles Duceppe représente une formidable inconnue. Certes, il lui a fallu une grande force de caractère pour se relever de la désastreuse campagne de 1997 et s'imposer comme un leader crédible, mais le chef du Bloc est-il bien certain d'avoir les qualités requises pour diriger le Québec? La politique est un remarquable champ d'application du principe de Peter.
Sans parler du PQ, où son style autoritaire risque de lui causer de sérieux problèmes. Les militants qui l'appellent aujourd'hui de leurs voeux risquent de lui découvrir les mêmes défauts qu'à Lucien Bouchard, le charisme en moins. Les députés péquistes n'ont pas davantage l'habitude de la muselière.
Jean Lapierre, qui s'y connaît en matière de provocation, a voulu le piquer dans son orgueil dans une récente entrevue à la Presse canadienne. «Duceppe n'a jamais été testé au gouvernement. Toute sa carrière, il n'a fait que se plaindre. Il n'a jamais eu à faire les choix difficiles qu'impose un gouvernement.»
Le lieutenant de Paul Martin au Québec le sait mieux que quiconque: pour le moment, le plus grand service que M. Duceppe peut rendre au mouvement souverainiste n'est pas de succéder à Bernard Landry, mais d'empêcher les libéraux de venir chercher au Québec les précieux sièges qui leur assureraient une majorité à la Chambre des communes.
Il détient surtout la clé du scénario dont rêve M. Landry: déclencher un référendum sur la souveraineté en profitant de la présence d'un gouvernement conservateur pratiquement sans assise au Québec. Si seulement Stephen Harper pouvait y mettre un peu du sien, au lieu de cultiver l'image préhistorique que projette son parti avec ses ridicules histoires de polygamie.
Au PQ, on n'est pas particulièrement pressé de voir tomber le gouvernement Martin, si c'est pour le réélire dans les mêmes conditions qu'en juin dernier. Le Bloc réussira peut-être à rééditer sa performance une autre fois, à la faveur de la commission Gomery, mais ce devra être la bonne. Il y a des limites à surfer sur le scandale des commandites.
M. Duceppe peut être le grand artisan d'un concours de circonstances qui offrirait une chance unique de réaliser la souveraineté. Tant qu'il peut concourir à l'élection d'un gouvernement conservateur, son devoir lui commande de rester à Ottawa.
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Les propos les plus intéressants que Jean Lapierre a tenus à la Presse canadienne concernent cependant le premier ministre Charest. «Être premier ministre, ça s'apprend chaque jour et, en tout cas, disons que c'est un apprentissage assez ardu», a-t-il déclaré. Autrement dit, il le trouve «poche».
Que cela plaise ou non, le ministre des Transports a l'habitude de dire bien haut ce que d'autres pensent tout bas. De toute évidence, M. Charest déçoit de plus en plus de gens au sein de son parti d'adoption. S'il est dans l'intérêt du camp souverainiste que Gilles Duceppe reste à Ottawa, il commence à devenir moins évident qu'il soit dans celui du camp fédéraliste que M. Charest reste à Québec.
La cote de popularité de Bernard Landry s'est mise à dégringoler sérieusement quand les péquistes eux-mêmes ont commencé à le contester. S'il voit son leadership confirmé au congrès de juin, il pourra se défaire au moins temporairement de cette image de chef en sursis qui lui colle à la peau.
Si le chef du PQ cesse d'être lui-même un naufragé, des heures très difficiles attendent M. Charest. Si cela devient nécessaire, ceux qui l'ont convaincu de débarquer à Québec pour bloquer la route aux séparatistes, en 1998, sauront bien lui expliquer encore une fois où est son devoir.
mdavid@ledevoir.com

Our own Simpsons
Don MacPherson
The Montréal Gazette February 10, 2005 Thursday
The Charest cabinet is beginning to resemble the TV show: Charest is Homer, Jerome-Forget as Marge and Chagnon, always in trouble, is Bart
It's not that Jean Charest doesn't grasp the obvious. It's just that the premier needs a bit more time than most people.
Most people instantly recognized extending full public funding to private Jewish schools while the public schools are underfunded wasn't a good idea.
But it took Jean the Slow nearly a week after his secret decision blew up in his face like a cartoon exploding cigar to catch up with them.
And that was only after the arrangement collapsed because the public school board involved backed out, and his usually loyal cabinet, made up mostly of his own hand-picked recruits, revolted against him.
The revolt was led by Treasury Board chairperson Monique Jerome-Forget. She might or might not have threatened to resign because Charest had waited until she was out of the province to sneak the deal past the Treasury Board, which must approve all government spending.
As if she wouldn't find out. But even after 20 years in politics, Charest still thought a government decision to spend
$10 million could be kept secret.
This isn't a government, it's The Simpsons, with Charest playing Homer and Jerome-Forget as Marge. D'oh!
Bart? That would be Public Security Minister Jacques Chagnon, who's always in trouble. Guess who signed off on the Jewish school funding as acting Treasury Board chairperson in Jerome-Forget's absence, then explained the Treasury Board just blindly rubber-stamps every wacky request that comes across its desk.
Tycoon Paul Desmarais is Montgomery Burns, Homer's boss. And Health Minister Philippe Couillard is Lisa, the smart, idealistic, naive one.
Except I am not sure about the "naive" part. Last weekend, it was reported Couillard had privately vowed to fight to the end against the Universite de Montreal's proposal to have its CHUM teaching hospital built in an Outremont rail yard as part of a medical-research "technopolis."
That's what Desmarais and much of the rest of the Montreal business establishment want. And, therefore, so does Charest, who only feels truly secure surrounded by guys in expensively tailored suits.
Couillard wants to settle for expanding the downtown Hopital St. Luc, which would cost less. But the suits want a brand-new hospital in Outremont as part of the larger research complex, which would be more lucrative for them.
(Pauline Marois of the Parti Quebecois has broken with her party to come out in favour of Outremont. Yes, nine out of 10 millionaires agree: Outremont it's got to be.)
Eventually, Couillard's spokes-person got around to denying her boss was threatening to resign, but not until that idea had been allowed to hang in the air for a few days. And until yesterday, the minister himself maintained an ominous silence.
Incredibly, Charest, instead of trying to talk his most valuable minister in off the ledge, began lining up cabinet and caucus support to isolate him in a showdown. With all its external problems, the government now appeared to be on the verge of splitting internally as well - and possibly losing not only its most popular minister but the cornerstone of the cabinet.
Then the light bulb over Charest's head belatedly lit up again. It began to dawn on him he might have mismanaged yet another situation.
In private, he was said to be talking of finding a way to allow Couillard to save face instead of humiliating him, and blaming the public interventions of his businessmen friends for "tainting" the decision on the CHUM site. And yesterday, Couillard announced the government will release all studies it has on the location of the CHUM.
But Charest himself had done more than anyone else to discredit any eventual decision in favour of the Outremont project. He had done so by hiring two "experts" associated with ties to the SNC-Lavalin engineering giant to conduct a quickie, three-week "study" for the transparent purpose of justifying such a decision. And what little credibility Charest's study had to begin with melted in the Florida sun when it was learned that's where one of the Lavalin old boys spent much of his three weeks "studying" the question.
Last Thursday, I wrote Juanita Westmoreland-Traore is Quebec's first and still only black judge. In fact, there is a second; Daniel Dortelus was appointed a judge of Quebec Court, criminal division, in 2002. Sorry.
