
Un parti vieux?
Pierre-Paul Gagné
La Presse lundi 21 février 2005
Maintenant que Bernard Landry a réussi à se sortir tant bien que mal de la réunion du Conseil national de son parti, il y a 10 jours, que lui réserve l'avenir? Autrement dit, le chef péquiste a-t-il un avenir politique au-delà du congrès de juin prochain, au cours duquel les militants tiendront un vote de confiance à son égard?
Il y a longtemps que le PQ n'avait pas vraiment fait parler de lui. À Trois-Rivières, il est assez ironique de constater que le seul sujet, le seul, dont ont parlé tout le week-end les bulletins d'informations était le leadership de M. Landry. Ironie totale quand on sait que ce parti est censé avoir passé l'année 2004 à plancher sur l'avenir du Québec dans le cadre de sa " Saison des idées ". S'il a été question de programme, cela s'est fait en mode " confidentiel " puisque personne n'en a parlé.
Et nos lecteurs? Même chose. Pas un courriel sur les questions de fond, mais une avalanche de textes pour ou contre Bernard Landry. En fait, quand il est question du PQ, depuis plusieurs années maintenant, on sort difficilement de la question du leadership.
Et, comme dans le dernier CROP publié par La Presse, il y a trois semaines, il apparaît clairement que, malgré la défaveur qui frappe de plein fouet le premier ministre Charest, le chef péquiste n'en récolte pas vraiment les fruits. La plupart de nos lecteurs, tant péquistes que libéraux, estiment que M. Landry devrait céder sa place.
" M. Landry, faites comme moi, acceptez que l'heure de la retraite est arrivée. Acceptez les résultats des sondages. S'accrocher pour tomber plus bas n'est pas une bonne solution. On vous a aimé, ne faites rien pour qu'on le regrette. " (Pierre Ouellet, Québec)
" Monsieur Landry est un grand parleur mais un petit faiseur. Qu'a-t-il fait lorsqu'il était au pouvoir? C'est un cheval fini qui devrait prendre sa retraite. Il a beau réclamer tout haut des élections mais le PQ se ferait battre avec ce " phlaseux ". Cela prend du sang nouveau au sein de ce parti et il ne semble pas le comprendre. " (Marcel Lemire)
" Voulez-vous bien me dire quelle mouche pique nos politiciens lorsqu'ils vieillissent? M. Landry, tout comme son grand ami Jean Chrétien, s'accroche à son poste. Comment se fait-il que certains politiciens ne consentent pas à laisser la place? Pourquoi croient-ils qu'après eux c'est le déluge? Nul n'est irremplaçable; nul ne devrait se croire plus important que son parti. " (Richard E. Poitras, Laval)
" Landry est un personnage dépassé. Le Parti québécois n'a plus la conscience politique qui lui permette d'établir une toile de fond sociale qui le distinguerait du Parti libéral. Des pensées vides qui sont dominées par des poches pleines. Alors, si Landry reste, les Québécois se tourneront vers des partis de gauche. " (Raynald Jean)
" J'ai toujours aimé M. Landry, mais le temps est venu pour lui de quitter dans la gloire. Il a beaucoup fait pour son parti, mais maintenant il se doit de passer les rennes à des plus jeunes comme MM. Boisclair ou Legault. " (Pierre-Paul Champagne, Lac-aux-Sables)
Rajeunissement. Le mot est lâché. Quand notre lecteur Richard E. Poitras dit que Bernard Landry le fait penser à Jean Chrétien (une comparaison qui fera certainement bondir tous nos lecteurs péquistes), il nous rappelle par ailleurs que l'ancien premier ministre du Québec est le dernier de nos politiciens issus de la Révolution tranquille (il y a 40 ans) encore en selle.
Est-ce une tare fatale? Sans doute pas, mais ce fait devient un petit peu plus gênant à la lecture de cet autre courriel, émanant de Mme Marie-Andrée Leclerc, de Montréal: " Ce qui m'a frappée le plus en fin de semaine en regardant les bulletins d'informations, c'est de constater comment le PQ est devenu un parti de vieux. Quand j'y militais, dans les années 70, ce sont des jeunes qui poussaient sur les plus vieux pour leur faire adopter des positions progressistes. Aujourd'hui, que voit-on à la télé? Des cranes dégarnis, des bedons plantureux et des visages traités au Botox. Rien pour faire avancer des causes révolutionnaires... "

Des clubs politiques pour rajeunir un PQ grisonnant
Michel Corbeil
Le Soleil samedi 19 février 2005
Un coup d'oeil dans la salle du Conseil national du PQ, qui s'est tenu en fin de semaine à Trois-Rivières, suffisait pour s'en convaincre: les "têtes grises" demeurent majoritaires au Parti québécois. La cure de rajeunissement s'appelle "club politique", estiment les péquistes.
C'est la sempiternelle remarque que se font les observateurs des événements organisés par le Parti québécois. Les jeunes, qui ont formé le coeur de la formation politique à sa fondation par René Lévesque, en 1968, n'y sont plus en évidence.
Le discours officiel veut que les jeunes soient de retour. Plusieurs députés l'ont tenu, en fin de semaine. La responsable du caucus, Agnès Maltais (Taschereau), s'est targuée d'un effectif composé à 40 % de la génération qui monte.
Dans les faits, la question "jeune" provoque un certain malaise dans les rangs péquistes. À l'automne, un élu a profité de la réunion hebdomadaire des députés pour demander le nombre de membres en règle âgés de moins de 30 ans au Parti.
Donnée stratégique, lui a-t-on rétorqué. On vous contactera personnellement pour vous transmettre l'information, s'est-il fait dire. Il attend toujours.
LE SOLEIL n'a pas eu plus de chance lorsqu'il a contacté les dirigeants du PQ.
"Les membres grisonnent, pas les idées (du parti), a admis le député Daniel Turp (Mercier). On n'en a pas assez fait (comme formation politique) pour attirer des jeunes. C'est mon impression. L'âge moyen est plus élevé qu'avant" dans les rangs du parti que dirige Bernard Landry.
Président sortant de l'aile-jeunesse péquiste, Sébastien Cloutier reconnaît que la place de la nouvelle génération n'est pas acquise automatiquement. "Ça dépend des circonscriptions."
Son collègue au comité des jeunes, Manuel Dionne, avance que le phénomène n'est pas "typique du PQ. Et ce n'est rien de dramatique. Ceux qui s'impliquent, glisse-t-il, en sortent grandis".
Il y a peut-être une question de place à prendre, mais il existe sûrement aussi une problématique sur les sujets à aborder. Pour la relève, les revendications portent moins sur la social-démocratie de Bernard Landry que sur l'environnement ou le mouvement altermondialiste. "C'est ça, la nouvelle solidarité", souligne Sébastien Cloutier.
Claude Villeneuve sera sur les rangs pour l'élection à la présidence du comité des jeunes péquistes, à la mi-mars. C'est à nous de prendre notre place, dit-il, en prenant soin de dire que Bernard Landry "a fait ses devoirs" par rapport au dossier.
Mais le militant, qui a participé à sa première manifestation d'importance au Sommet des Amériques, en 2001, à Québec, ne manque pas de rappeler qu'à la dernière élection générale, aucune activité partisane n'a été organisée sur le thème de la mondialisation. "Mais on a jugé bon de consacrer une journée pour dénoncer le fait que Jean Charest demeure à Westmount", dit-il.
Le SPQ-Libre - syndicalistes et progressistes pour un Québec libre - a été créé pour élargir les horizons du PQ. Les péquistes conviennent que cela n'amènera guère de jeunes au Parti, ceux-ci étant peu syndiqués. Par contre, le Parti québécois a prévu former de nouveaux clubs politiques qui visent cette clientèle.
Clubs politiques
Le courant altermondialiste devrait avoir le sien prochainement, rapporte Daniel Turp. Font partie du noyau de cette cellule la jeune députée Elsie Lefebvre (25 ans), mais aussi l'ex-ministre péquiste Louise Beaudoin.
Le club qui s'occupera d'environnement s'appuie sur des péquistes oeuvrant depuis longtemps au sein du PQ. Mais il compte aussi sur des militants qui se sont fait connaître sous une autre bannière que celle du PQ, tels Stephen Guilbeault, de Greenpeace, et Hugo Séguin, d'Équiterre, poursuit Daniel Turp.
"C'est beau la santé et l'éducation, exprime le député de Mercier. Mais pour les jeunes, c'est très important qu'on prenne le virage "vert" ou altermondialiste. Les jeunes cherchent à avoir une influence sur les idées du Parti."
Deux jeunes députés (Alexandre Bourdeau, dans Berthier, et Jonathan Valois, dans Joliette) veulent mettre sur pied un groupe pour discuter de démocratie.
Selon Jonathan Valois, il faut aussi se préoccuper de la manière de faire pour attirer des jeunes. Le clavardage lui apparaît comme une de ces manières. "Le jeune veut que sa couleur paraisse. Sa façon est plus individualiste, poursuit-il.
"Les clubs politiques, ça répond à ça", croit-il. Mais il indique qu'il y a aussi un "effort pédagogique" à faire auprès des jeunes pour mieux faire comprendre l'action politique en démocratie.
Son collègue Stephan Tremblay (le député âgé de 31 ans qui représente Lac-Saint-Jean) est d'accord pour la pédagogie. "Nous sommes peut-être une génération plus fast food, plus "click d'ordinateur". La politique, ce n'est pas comme ça."
MCorbeil@lesoleil.com

Lettre ouverte à Bernard Landry
Jean-Claude St-André, député de l’Assomption
TRIBUNE LIBRE mardi 22 février 2005
Québec, le 16 février 2005
Monsieur Bernard Landry
Chef de l’opposition officielle
Hôtel du Parlement
1045, rue des Parlementaires
2e étage, bureau 2.94
Québec (Québec) G1A 1A4
Monsieur le Chef de l’opposition officielle,
Nous savons que le prochain Congrès national de notre formation politique est crucial pour la cause que nous portons depuis plus de 35 ans, l’indépendance nationale du Québec. Dans la foulée des délibérations du Conseil national de Trois-Rivières, je tiens à vous réitérer mes convictions eu égard à la démarche d’accession à l’indépendance, des convictions que j’ai exprimées à plusieurs reprises aux réunions de notre aile parlementaire, ainsi que dans un texte publié dans le quotidien Le Devoir le 2 décembre 2003 et dans plusieurs assemblées militantes tenues dans le cadre de la Saison des Idées et en prévision de notre Congrès national.
Lors de la prochaine campagne électorale, le Parti Québécois doit demander à la population du Québec un mandat clair pour réaliser l’indépendance. Pas un mandat pour en parler jusqu’au référendum. Pas un mandat pour gouverner une province. Un mandat pour faire l’indépendance. Il faut donc que les échanges au sein du Parti Québécois et que nos débats portent sur la nature, le sens et la signification du mandat que nous allons solliciter des citoyens. Il faudra expliquer clairement ce que nous voulons faire. Et une fois élus, ce sera sans surprise que nous mettrons en œuvre ce que nous avons annoncé en campagne électorale.
Une des questions les plus fondamentales à laquelle nous devons répondre dès maintenant, c’est : qu’est ce que nous ferons dès l’instant où nous serons élus? En ce sens, le débat sur la date du référendum ou sur l’échéancier référendaire m’apparaît inutile, stérile même. Bien sûr, il y aura un référendum, un référendum sur une Constitution du Québec dont l’article un, sera : « Le Québec est un pays souverain ». Bref, je suis convaincu que seule l’approche conçue par le directeur de la revue l’Action nationale, Robert Laplante, nous permettra de réaliser l’indépendance rapidement.
J’ai lu à plusieurs reprises la proposition globale d’amendements au programme, présentée par le Conseil exécutif national au Conseil national de Sherbrooke. La démarche d’accession à la souveraineté proposée ne nous permettra pas de réaliser notre projet de libération nationale. Elle consacre, en multipliant les étapes, l’approche étapiste que la très grande majorité des militants veulent mettre à mort. En ce sens, la proposition du Conseil exécutif national s’inscrit en continuité avec la rhétorique « des conditions gagnantes » et de « l’assurance morale de gagner le prochain référendum. »
Dans une entrevue accordée à Vincent Marrissal, dont les grandes lignes ont été publiées dans La Presse du samedi 5 février dernier, vous auriez confirmé cette interprétation en déclarant et je cite :
« Nous revenons en quelque sorte aux conditions gagnantes ou à l’obligation morale de gagner le prochain référendum. Pour moi, ce sera un référendum dans le premier mandat, le plus tôt possible.»
Un peu plus loin Vincent Marissal ajoute : « Évidemment, comme toujours au PQ, tous les mots, même les virgules, sont importants. » Et vous auriez dit : « Le plus tôt possible, ça veut aussi dire qu’il pourrait fort bien ne pas y avoir de référendum du tout si cela n’est pas possible. »
Lors de la conférence de presse tenue après le Conseil national ce dimanche, vous avez nié vigoureusement avoir tenu ces propos. Je vous invite à clarifier votre position sur cette question.
En terminant, je tiens à vous réitérer toute ma loyauté à la cause de l’indépendance du Québec. Le Parti Québécois est la seule formation politique capable, dans un avenir prévisible, de réaliser notre objectif. Notre formation politique a donc la responsabilité de rassembler tous ceux et celles qui veulent le Québec pour pays, au-delà de nos différences et divergences. Je vais continuer à servir au sein du Parti Québécois cette noble cause, avec les convictions et les façons de faire que vous me connaissez, avant, pendant et après le Congrès national.
Veuillez agréer, Monsieur le Chef de l’opposition officielle, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Le député de l’Assomption,
Jean-Claude St-André
c.c. Tous les députés et députées de l’opposition officielle
M. Vincent Marissal

Une belle saloperie
Michel David
Le Devoir mardi 22 février 2005
Le 9 mars prochain, Dan Rather présentera son dernier journal télévisé sur les ondes du réseau CBS, après la monumentale erreur commise durant la dernière campagne présidentielle, lorsqu'il s'était appuyé sur de faux documents pour accuser le président Bush d'avoir bénéficié d'un traitement privilégié qui lui avait évité d'avoir à servir au Vietnam. Malgré toute son expérience, Rather s'était fait avoir par un officier à la retraite qui l'avait assuré de l'authenticité de ces documents.
Toutes proportions gardées, un incident de ce genre est survenu au Québec durant la campagne référendaire de 1995. À cette nuance près que le faux n'en était pas un. Depuis près de dix ans, l'affaire Bédard n'avait jamais été élucidée. Or, dans un livre intitulé Il ne faut pas toujours croire les journalistes, qui a été officiellement lancé hier, l'ancien ombudsman de Radio-Canada, Mario Cardinal, fait sortir le chat du sac.
Récapitulons les faits. Le 13 septembre 1995, Jean Bédard dévoile sur les ondes de RDI le contenu d'un document de 192 pages faisant état des diverses possibilités envisagées par le PLQ pour renouveler la Constitution canadienne. Il est à noter qu'il ne le présente jamais comme un document officiel du PLQ. C'est dans les bulletins de nouvelles subséquents que d'autres établiront un lien officiel.
Deux dispositions retiennent particulièrement l'attention: l'une qui propose de faire reconnaître le Québec comme «société spécifique», l'autre qui accorderait à l'anglais le statut de «langue officielle» au même titre que le français.
Sitôt cette présentation faite, RDI interrompt l'émission pour diffuser en direct un point de presse du chef du PLQ, Daniel Johnson, qui se dissocie complètement du document. «Il n'émane d'aucune instance du parti, d'aucun comité, groupe de recherche, commission, sous-commission, ni de quiconque peut prétendre parler au nom du Parti libéral. On ne sait pas d'où ça vient, ni qui l'a écrit. J'ignore à qui il est destiné. Il s'agit d'un document anonyme dont je ne connais pas la source.»
***
Huit ans après ces événements, Mario Cardinal a eu un entretien avec l'ancien député libéral de Nicolet, Maurice Richard, qui présidait à l'époque le comité auquel M. Johnson avait confié le mandat de définir une nouvelle politique constitutionnelle pour le PLQ, qui en était totalement dépourvu depuis le rejet de l'entente de Charlottetown en 1992.
Voici ce que M. Richard lui a raconté: «Nous avons pris toute une gamme de scénarios et nous nous sommes dit: c'est vers ça que le Parti libéral s'en va! Or, pour pouvoir rédiger le document qui a été remis à Bédard, il fallait absolument que son auteur soit présent à nos réunions. Le document n'avait rien d'officiel et ne présentait pas l'opinion unanime du comité, mais il était un compte rendu remarquable des diverses tendances exprimées autour de la table: révision de Meech, Charlottetown, etc. Ce n'était certainement pas un coup monté par le camp du Oui.»
C'est pourtant ce que ne cesse de marteler M. Johnson pendant des jours. À l'occasion du lancement de la campagne du Non, à Saint-Joseph-de-Beauce, le 17 septembre, il laisse entendre que le conseiller spécial du premier ministre Parizeau, Jean-François Lisée, est responsable de ce canular.
À la rigueur, on peut donner le bénéfice du doute au chef du PLQ, qui ignorait peut-être tout du document au moment où M. Bédard en a révélé l'existence. Quatre jours plus tard, il avait cependant eu le temps de vérifier auprès de M. Richard. Il était cependant hors de question de permettre au camp du Oui d'exploiter cette incroyable sottise. Que valait la réputation d'un journaliste quand l'unité du pays était en jeu, n'est-ce pas?
M. Johnson avait exigé une rétractation et, tant qu'à y être, en avait profité pour faire un peu d'intimidation, en demandant au CRTC «d'user de la plus grande sévérité à l'endroit des radiodiffuseurs en question (Radio-Canada et RDI) pour s'assurer que la campagne référendaire qui sera bientôt déclenchée au Québec ne puisse donner lieu à de tels manquements aux règles les plus élémentaires de l'éthique».
***
Même si l'authenticité des documents incriminant George W. Bush n'avait pu être établie de façon certaine, pensez-vous que CBS aurait laissé tomber Dan Rather si son informateur n'avait lui-même confessé sa faute?
Dans le cas de Jean Bédard, personne n'avait pu démontrer qu'il s'agissait d'un faux. Et pour cause. Même s'il ne pouvait en prouver l'authenticité, tout, son expérience, sa connaissance du dossier constitutionnel et la facture même du document, l'a amené à conclure qu'il rendait fidèlement compte des discussions en cours au PLQ.
Normalement, un pareil scoop aurait dû lui valoir les félicitations de ses patrons. Il a plutôt été suspendu et réprimandé sévèrement. Depuis, il a été pratiquement banni de la première chaîne. Une belle saloperie.
Dans le rapport de la SRC sur la couverture référendaire, il est écrit: «Il n'y a aucun doute que cette bévue a sérieusement entaché la crédibilité de la SRC et qu'elle a probablement contribué à la perception, assez généralisée, que RDI avait un parti pris pour le Oui».
Maintenant qu'on connaît le fin mot de l'histoire, qui a commis une bévue? Si la crédibilité de la SRC sort amochée de cette affaire, c'est plutôt à cause de sa rapidité à condamner un de ses journalistes sans preuve autre qu'une plainte du comité du Non. Si on admet que cette erreur a été commise de bonne foi, la moindre des choses serait qu'on lui présente des excuses.
mdavid@ledevoir.com

Oui, non, peut-être...
Gilles Dallaire, Collaboration spéciale
La Tribune mardi 22 février 2005
Si, le 20 mai 1980, la région a répondu "non" à 60 pour cent à la question alambiquée concoctée par le politologue Daniel Latouche pour le compte du gouvernement dirigé par le premier ministre péquiste René Lévesque, la réponse est tout à fait différente quand, 15 ans plus tard, un autre gouvernement péquiste dirigé, lui, par le premier ministre Jacques Parizeau pose la même question, formulée plus clairement, aux électeurs.
Cette fois, c'est dans une proportion de 53 pour cent que, le 30 octobre 1995, la région répond "oui", ce qui signifie que le vote populaire s'est déplacé de 13 pour cent du NON vers le OUI.
Le déplacement est considérable dans chacune des neuf circonscriptions desservies par La Tribune, même dans Orford et dans Mégantic-Compton où, en 1980, le NON a obtenu deux voix sur trois.
Qu'on en juge: la proportion des voix obtenues par le OUI passe de 43,2 à 53,3 pour cent dans Sherbrooke, de 41,8 à 50,1 pour cent dans Saint-François, de 39,1 à 54,4 pour cent dans Johnson, de 40,2 à 53,1 pour cent dans Richmond, de 40,7 à 56,3 pour cent dans Arthabaska, de 48,4 à 53 pour cent dans Frontenac et de 43,7 à 57,6 pour cent dans Drummond. Le camp du NON réussit tout juste à sauver les meubles dans Orford où sa part du vote passe de 66,4 à 52,7 pour cent et dans Mégantic-Compton où elle chute de 64,9 à 52,7 pour cent.
Rude campagne
Comme en 1980, la campagne qui précède le référendum du 30 octobre est rude. Chacun des deux camps accuse l'autre d'à peu près tous les péchés d'Israël.
Dans le camp du OUI, on reproche au gouvernement canadien d'octroyer à toute vapeur la citoyenneté canadienne à des milliers d'immigrants d'arrivée récente dans l'espoir de les gagner à la cause du NON. Chez ces derniers, on accuse l'adversaire de multiplier les tracasseries à l'endroit des étudiants de l'Université Bishop's dans le but d'empêcher leur inscription sur la liste électorale.
Le camp du OUI fait à distance les gorges chaudes des baisers Lamourette que des Canadiens venus de tous les coins du pays viennent donner auxMontréalais aux frais du gouvernement fédéral. Quant au camp du NON, il tourne en dérision les promesses de lendemains qui chantent faites par le camp du OUI dans l'éventualité de l'accession du Québec à la souveraineté.
La campagne référendaire amène dans la région des visiteurs qu'on ne verrait jamais en d'autres circonstances. C'est ainsi qu'un matin triste de la fin d'octobre, le premier ministre néo-démocrate ontarien Bob Rae se pointe avec la caravane du NON à Magog. Il y échange des poignées de main avec les rares passants qui bravent la bise aigre qui souffle ce jour-là et les chalands encore plus rares des boutiques du centre-ville, à l'étonnement et à l'amusement d'un peu tout le monde à qui sa suite doit apprendre qui il est et ce qu'il est venu faire.
On s'engueule souvent, on se boude parfois, mais on se déchire moins, semble-t-il, que 15 ans auparavant alors que, dans un camp comme dans l'autre, on paraissait croire que c'est celui qui crie le plus fort qui a raison.
Pas de guerre des Yvette, pas d'exode des anglophones ni des entreprises. Ainsi, on ne verra pas, comme au début des années 1980, une entreprise établie à Rock Island depuis plus d'un siècle et dont le directeur général craint le Parti québécois comme la peste prendre ses cliques et ses claques et s'en aller à Smiths Falls, en Ontario.
Les plaies superficielles ouvertes par la confrontation des idées ne tarderont pas à se cicatriser et la vie reprendra vite son cours normal.


Nomination de Michel Audet aux Finances
« Paul Martin sort grand gagnant du dernier remaniement ministériel de Jean Charest » – François Legault
PC mardi 22 février 2005
Montréal, le mardi 22 février 2005 – Le député de Rousseau et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’économie et de finances, M. François Legault, s’interroge sur la décision de Jean Charest d’écarter de son cabinet le seul ministre qui défendait les intérêts du Québec à Ottawa : « En remplaçant Yves Séguin par Michel Audet comme titulaire du ministère des Finances, Jean Charest envoie le message clair à Paul Martin que la contestation est terminée dans le dossier du déséquilibre fiscal », a déploré M. Legault.
Bien que l’écart fiscal entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec se situe toujours à plus de 2,5 milliards $, le premier ministre du Québec a choisi de confier la responsabilité du ministère des Finances à quelqu’un qui a déjà nié publiquement l’existence du déséquilibre fiscal.
En mars 2002, le Conseil privé du Canada publiait un document intitulé L’équilibre fiscal et les relations financières entre les gouvernements au Canada. Dès la deuxième page de ce document servant à défaire la thèse du déséquilibre fiscal, est reprise une citation de Michel Audet, alors président de la Chambre de commerce du Québec : « Lors de sa comparution devant la Commission Séguin, la Chambre de commerce du Québec avait soutenu que le Québec souffrait davantage d’un déséquilibre de richesse que d’un déséquilibre fiscal...»
« Il est inacceptable de constater que le nouveau ministre des Finances du Québec sert également de caution morale au gouvernement fédéral dans son entreprise d’étranglement fiscal du Québec. Le ministre des Finances doit dès maintenant faire connaître sa position concernant cet enjeu crucial pour le Québec. À combien chiffre-t-il le déséquilibre fiscal? Quelles sont ses exigences à l’égard d’Ottawa dans ce dossier? », a questionné M. Legault.
À l’approche du prochain budget québécois, le changement de cap orchestré par le premier ministre du Québec inquiète vivement le porte-parole. « Alors que d’autres provinces ont su s’imposer dans leurs négociations avec Ottawa, le Québec baisse le ton. Il y a fort à parier que cela se traduira malheureusement par d’importantes coupures dans les services à la population », a conclu le député.


SONDAGE CROP
Moins pour Ottawa, plus pour Québec
Stéphane Paquet
La Presse mercredi 23 février 2005
Alors que le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale, s'apprête à présenter son deuxième budget, un sondage CROP indique que près des trois quarts des Québécois préféreraient verser moins d'impôt à Ottawa pour rediriger cet argent dans les coffres du fisc québécois.
Le sondage, réalisé pour la chaire de recherche en fiscalité et finances publiques de l'Université de Sherbrooke à la fin de janvier, révèle en effet que 72 % des Québécois se disent très ou assez favorables " à ce qu'une partie des impôts payés par les citoyens du Québec au gouvernement fédéral soit versée directement au gouvernement du Québec " pour régler le déséquilibre fiscal.
Ce concept, cher à l'ancien ministre des Finances québécois Yves Séguin, est maintenant partagé par 79 % des Québécois qui soutiennent que " le gouvernement fédéral a trop de revenus par rapport à ses responsabilités et (que) les gouvernements provinciaux n'ont pas assez de revenus par rapport à leurs responsabilités ".
Il y a trois ans, un sondage similaire commandé par la commission sur le déséquilibre fiscal- présidée par Yves Séguin à la demande de Bernard Landry- concluait que 71 % reconnaissait le déséquilibre fiscal alors que 21 % en rejetaient l'idée. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 12 % à ne pas y croire.
Ces résultats surviennent après la signature de l'entente sur la santé qui a envoyé des milliards dans les coffres des provinces. " On aurait pu s'attendre à ce que ça baisse ", souligne Luc Godbout à propos des résultats publiés dans le rapport intitulé Que reste-t-il du rapport Séguin?
Le nationalisme fiscal
Les chercheurs de l'Université de Sherbrooke ont aussi établi que 71 % des Québécois étaient pro-rapport Séguin, c'est-à-dire qu'ils reconnaissent à la fois l'existence du déséquilibre fiscal et sont favorables à un transfert de l'impôt d'Ottawa vers Québec. " Ça m'a persuadé qu'il y a un nationalisme fiscal assez fort au Québec ", conclut le politicologue Jean-Herman Guay, qui cosigne l'étude avec M. Godbout et Matthieu Arseneau.
Ce " nationalisme fiscal " ne se retrouve pas avec la même intensité dans tous les partis politiques. Ainsi, 86 % des péquistes sont pro-rapport Séguin, contre 75 % des adéquistes. Chez les libéraux, cette proportion descend à 45 %.
De plus, 21 % des libéraux ne reconnaissent pas le déséquilibre fiscal, pas plus qu'ils ne préconisent le transfert d'argent d'Ottawa pour aider le gouvernement du Québec à boucler son budget. Ils sont 34 % des libéraux à se montrer favorables à une seule de ceux deux mesures.
" Ces différents résultats témoignent du fait que ce n'est pas principalement au sein de son parti que (Yves Séguin) trouve des appuis aux recommandations qu'il a faites en 2002 ", écrivent les auteurs, dont le rapport était terminé lors du renvoi de M. Séguin la semaine dernière. " Le Parti libéral est carrément divisé entre les pro-rapport Séguin, les anti-rapport Séguin et ceux qui ne savent pas, poursuit M. Guay en entrevue. "
M. Guay se dit surpris des résultats du sondage qui montrent que les désaccords entre le premier ministre Charest et Yves Séguin " n'étaient pas juste un affrontement entre deux personnalités, mais le reflet de deux visions au sein du PLQ ".
Franco, anglo, allo
Cette division au sein des troupes de Jean Charest peut s'expliquer par la composition linguistique de ses partisans. En effet, les anglophones, traditionnellement acquis aux libéraux, admettent l'existence d'un déséquilibre fiscal dans une proportion de 50 % (contre 84 % des francophones et 61 % des allophones).
L'écart devient plus important quand il est question de la solution proposée, soit de verser plus d'impôt à Québec au détriment d'Ottawa. Ainsi, à peine 37 % des anglophones y sont favorables. Les francophones la préconisent dans une proportion de 78 %. Chez les allophones, cette proportion est de 70 %.
MÉTHODOLOGIE
Le sondage Crop-express, réalisé auprès d'un millier de Québécois du 20 au 31 janvier, comporte une marge d'erreur de 3 points de pourcentage 19 fois sur 20 pour les résultats globaux.

Landry passe l'éponge
Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 23 février 2005
Pas de sanction contre le député Charbonneau, qui a réclamé la tenue d'une course au leadership
Québec - Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, épargne Jean-Pierre Charbonneau, même si le député rebelle exige son départ et la tenue d'une course au leadership. Au terme d'un face-à-face d'une heure dans ses bureaux de Montréal hier, M. Landry a décidé de ne pas sévir contre le député de Borduas et de lui laisser les fonctions de critique en matière de sécurité publique et de vice-président de la commission parlementaire de l'agriculture.
En dépit de son acte de clémence, Bernard Landry n'est pas parvenu à convaincre Jean-Pierre Charbonneau de changer d'avis concernant son leadership.
Alors qu'il a multiplié les entrevues au cours des derniers jours, M. Charbonneau a refusé de faire des commentaires à la suite de la rencontre, laissant une porte-parole s'en charger. «Jean-Pierre sort de la rencontre très satisfait. Ils ont pris le temps tous les deux, en tête-à-tête, de se parler, d'exprimer leur vision des choses. Ça s'est fait dans un climat très serein», a affirmé France Rouillard, adjointe de Jean-Pierre Charbonneau à ses bureaux de la circonscription de Borduas.
Les convictions de M. Charbonneau sur la pertinence d'une course au leadership n'ont toutefois pas changé. Le député sera présent au caucus présessionnel du Parti québécois, qui commence aujourd'hui à Joliette.
Lors de la rencontre, Bernard Landry a demandé des explications à M. Charbonneau sur les raisons de son absence au conseil national de Trois-Rivières, qui a eu lieu il y a un peu plus d'une semaine. Malgré son absence, Jean-Pierre Charbonneau s'était permis de déclarer à La Presse qu'il n'entendait pas appuyer Bernard Landry lors du vote de confiance du congrès des membres, en juin. Le député avait ajouté quelques jours plus tard qu'il doute de la capacité de Landry à gagner un prochain référendum sur la souveraineté.
Les explications données par M. Charbonneau hier ont satisfait le chef péquiste. «En ce qui nous concerne, la page est tournée. Il n'y a pas de sanctions contre M. Charbonneau», a affirmé l'attaché de presse de M. Landry, Louis-Pascal Cyr.
En septembre, Bernard Landry a fait preuve de moins de tolérance pour un acte de déloyauté semblable. Le chef péquiste a en effet sévi contre la députée Nicole Léger, qui avait ouvertement contesté son leadership en réclamant la tenue d'une élection à la présidence. La députée de Pointe-aux-Trembles, une partisane de Pauline Marois, a perdu son poste de whip adjointe de l'opposition officielle et la prime annuelle de 15 777 $ qui lui est assortie.
Maltais veut resserrer les rangs
Confrontée à des dissensions à l'interne, la présidente du caucus et députée de Taschereau, Agnès Maltais, sent le besoin de «resserrer les rangs» à l'occasion du caucus présessionnel.
«Il y a une minorité [de députés] qui se sert des médias pour brouiller les ondes. Je trouve cela déplorable parce que ça nuit au parti, ça nuit à notre travail et ça nuit même à notre cause», a-t-elle confié hier au Devoir dans un entretien téléphonique.
Ces sorties fracassantes remettant en question le leadership de Bernard Landry empêchent le Parti québécois de se concentrer sur son travail d'opposition, estime Mme Maltais.
«Il y a un moment où il faut mettre les priorités à la bonne place. Il faut faire le travail auquel la population est en droit de s'attendre de notre part. Et quand on est divisé, on ne peut plus faire d'attaques envers le gouvernement et on ne peut plus être concentré», a-t-elle ajouté.
Le caucus sera également l'occasion pour l'aile parlementaire péquiste d'établir la stratégie en vue de la reprise des travaux parlementaires, le 8 mars.

Référendum: le PQ envisage une initiative populaire
Norman Delisle
Presse Canadienne mercredi 23 février 2005
Joliette - Les Québécois pourraient décider eux-mêmes du moment où tenir un référendum sur la souveraineté du Québec.
Quelques jeunes députés du Parti québécois ont mis cette idée de l'avant mercredi et comptent bien convaincre la majorité des membres du parti de les appuyer sur cette voie.
«Il s'agirait de remettre au peuple cette capacité de décider lui-même du déclenchement du référendum sur la souveraineté. Le référendum viendrait à la demande des gens. Il arriverait à la suite d'une mobilisation populaire, d'une demande populaire», a expliqué l'un des parrains de l'initiative, Jonathan Valois, député de Joliette.
Ce projet a été débattu mercredi lors d'une réunion des députés péquistes à Joliette en vue de préparer la rentrée parlementaire à l'Assemblée nationale, prévue pour le 8 mars.
D'autres jeunes députés appuient l'initiative. Le groupe comprend Nicolas Girard, député de Gouin, Alexandre Bourdeau, député de Berthier, et Stéphan Tremblay, député de Lac-Saint-Jean.
À la suite d'une victoire électorale du Parti québécois, des péquistes commenceraient à recueillir les noms en faveur de la tenue d'un référendum sur la souveraineté. Ce dernier serait déclenché lorsqu'un nombre suffisant d'appuis aurait été recueilli, par exemple 10 pour cent des électeurs. La loi électorale et référendaire serait modifiée en conséquence.
C'est un processus de ce genre que le gouvernement libéral de Jean Charest a mis de l'avant dans le cadre des défusions municipales, en 2003. Il fallait que 10 pour cent des citoyens d'un quartier signent un registre demandant la tenue d'un référendum sur la défusion pour que le processus de consultation populaire soit enclenché.
«Cela crée la mobilisation sur la souveraineté. Au lieu de parler uniquement de la date du référendum, on pourrait parler du pourquoi de la souveraineté du Québec», a dit le député de Berthier, Alexandre Bourdeau.
«Dès la prise du pouvoir, on adopterait la loi 1, sur l'accession à la souveraineté. Cette loi permettrait à des citoyens d'enclencher une consultation populaire sur la souveraineté. Dès qu'un certain nombre de signatures est atteint, le gouvernement a une obligation de tenir le référendum», a expliqué pour sa part Nicolas Girard, député de Gouin.
«On fait le constat qu'au Québec, il y a plus de souverainistes que de péquistes. Si on crée une vraie mobilisation populaire, on aurait un mouvement fort pour la souveraineté», a poursuivi le député Girard.
Une proposition en ce sens sera débattue au sein du Parti québécois afin de cheminer jusqu'au congrès que le parti tiendra en juin prochain.
Selon les députés parrains de cette proposition, ce processus d'initiative populaire serait compatible avec le voeu du chef du parti, Bernard Landry, qui lui suggère qu'advenant la victoire du PQ aux élections, le référendum sur la souveraineté, soit tenu «le plus tôt possible dans le mandat».
À titre de vétéran députée à l'Assemblée nationale, la député de Taillon, Pauline Marois, a accueilli la proposition des jeunes avec enthousiasme.
«Je trouve cela très intéressant. Un référendum d'initiative populaire amènerait les souverainistes à devoir convaincre les gens de signer une pétition ou un document. On serait obligé d'expliquer la souveraineté. C'est quelque chose qui doit être évalué», a réagi la députée Pauline Marois.
Tous ont insisté sur la nécessité de fournir un «élan» à l'idée de souveraineté, qui recueille environ 45 pour cent d'appuis dans tous les sondages depuis deux ans.
Ces débats ont eu lieu dans le cadre d'une réunion des 46 députés du Parti québécois tenue dans Lanaudière, en vue de préparer les travaux parlementaires de l'automne.
«Il faut préparer notre travail d'opposition, mais aussi la prochaine élection et la souveraineté du Québec. On a le plus mauvais gouvernement de notre histoire. Les gens d'affaires, les étudiants et les enseignants sont angoissés. Ce n'est pas de la théorie que de se préparer à gagner les prochaines élections. Il se peut que notre programme soit celui d'un gouvernement d'ici quelques brèves années», a expliqué M. Bernard Landry.

Le nationalisme fiscal
Michel David
Le Devoir jeudi 24 février 2005
Il y a des omissions aussi significatives que n'importe quelle déclaration. Maintenant qu'Yves Séguin a quitté le gouvernement, le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, dit compter sur le premier ministre Jean Charest pour l'épauler dans sa lutte contre le déséquilibre fiscal.
Curieusement, à aucun moment de l'entrevue qu'il a accordée lundi à mon collègue Robert Dutrisac, M. Pelletier n'a prononcé le nom du nouveau ministre des Finances, Michel Audet, qui devrait pourtant être à ses côtés en première ligne. Totalement inconnu au régiment.
En revanche, M. Pelletier mise sur la collaboration de la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, pour amener le gouvernement fédéral à négocier une entente sur la représentation du Québec à l'étranger.
Entre nous, si M. Pelletier, un des très rares membres du cabinet qui considéraient M. Séguin comme un bon joueur d'équipe, voit dans la toujours discrète Mme Gagnon-Tremblay une alliée plus sûre que M. Audet, il doit se sentir bien seul.
Le successeur de M. Séguin a vivement réagi aux accusations de ne pas croire au déséquilibre fiscal. En toute justice, il faut reconnaître qu'en sa qualité de président de la Chambre de commerce du Québec, M. Audet s'était joint au consensus qui s'était dégagé lors du forum d'octobre 2002. Sans grand enthousiasme, il est vrai.
Dès le départ, la commission Séguin l'avait laissé plutôt sceptique. Au lieu de s'en féliciter, il s'était demandé si le gouvernement Landry ne cherchait pas un prétexte pour retarder les baisses d'impôt qui lui paraissaient déjà si urgentes.
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On comprend facilement que son arrivée aux Finances ait été accueillie avec soulagement à Ottawa. Non seulement M. Audet n'est pas l'homme des gros mots, il sera très facile de présenter sa fixation sur les baisses d'impôt comme une preuve que la situation financière du Québec n'est pas si dramatique.
S'il y a vraiment péril en la demeure, M. Audet devrait plutôt récupérer à son profit les modestes baisses d'impôt que Ralph Goodale a annoncées hier. Cela ne réglerait qu'une infime partie du problème, mais ce serait au moins un début. En tout cas, un signal. Bien entendu, il n'en fera rien.
Bernard Landry ne se rendait sans doute pas compte à quel point il frappait dans le mille en créant la commission sur le déséquilibre fiscal, en mars 2001. Il ne doit certainement plus regretter que M. Séguin ait préféré l'offre de Jean Charest à la sienne au printemps 2003. Et le meilleur est peut-être à venir.
Le déséquilibre fiscal est devenu un credo qu'aucun parti ne peut plus remettre en question, comme en témoigne le récent sondage CROP réalisé pour le compte de la Chaire de recherche en fiscalité et finances publiques de l'Université de Sherbrooke.
Trois ans après le rapport Séguin, 79 % des Québécois et 84 % des francophones sont maintenant d'avis que le gouvernement fédéral a trop de revenus par rapport à ses responsabilités et, inversement, que les provinces n'en ont pas assez. Plus concrètement, 72 % des personnes interrogées - 78 % des francophones - favorisent un nouveau partage fiscal.
Une donnée du sondage CROP est particulièrement révélatrice: 70 % des allophones se disent favorables à un rééquilibrage en faveur des provinces, contre à peine 37 % des anglophones. Sur une question aussi déterminante pour l'avenir de la fédération, on a rarement constaté une telle communauté de vues chez les francophones et les allophones.
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Invité à commenter ces chiffres, Michel Audet y a vu un «bon signe». La montée de ce que le politologue Jean-Herman Guay qualifie de «nationalisme fiscal» impose toutefois au gouvernement Charest une obligation de résultat à laquelle il pourra de moins en moins facilement se soustraire. Au fil de ses discours, le premier ministre a déchiré quelques chemises, mais le renvoi d'Yves Séguin porte à croire que son indignation a des limites.
M. Audet a bien dû se rendre à l'évidence que M. Goodale n'a toujours rien fait pour satisfaire les demandes de Québec, même s'il a fait un louable effort pour reconnaître qu'il y avait dans le budget fédéral des mesures intéressantes en ce qui concerne les services de garde et les infrastructures.
M. Séguin a remis ses commentaires à plus tard, mais on peut s'attendre à ce qu'ils soient un peu plus musclés. Pour le moment, le PQ n'a aucun intérêt à voir l'ex-ministre des Finances le rejoindre. Lui-même a d'ailleurs bien compris que ses critiques n'ont d'intérêt que dans la mesure où il continue à se présenter comme un fédéraliste qui n'a pas perdu espoir. S'il devenait un simple souverainiste comme les autres, on pourrait très bien se contenter de François Legault.
Le budget de l'an I concocté par M. Legault constitue en quelque sorte l'expression la plus achevée du nationalisme fiscal, mais M. Séguin est bien plus apte à faire cheminer les «mous» qui ne sont pas rendus aussi loin.
mdavid@ledevoir.com

Référendum d'initiative populaire : des députés veulent fuir leurs responsabilités !
Patrick Bourgeois, Directeur du Journal Le Québécois
www.lequebecois.org jeudi 24 février 2005
Québec, le jeudi 24 février 2005 - Depuis maintenant 10 ans, le Parti Québécois (PQ) a négligé de travailler pour la cause qui est sa raison d'être : l'indépendance du Québec. Au moment où les militants indépendantistes rejettent massivement le fondement même de la stratégie attentiste qui a découlé de l'apathie péquiste des dernières années eu égard à l'indépendance, voilà que quelques députés péquistes proposent de renouer avec ladite approche honnie en avançant un concept consistant à remettre entre les mains du peuple la conduite du processus référendaire. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les députés Alexandre Bourdeau, Jonathan Valois, Stéphan Tremblay, Nicolas Girard et Pauline Marois, puisque c'est d'eux dont il est question, font ici preuve d'une scandaleuse pusillanimité.
Les conclusions qui doivent être établies à la suite de la Saison des idées, c'est que le Parti Québécois doit enfin renaître avec une approche active en ce qui a trait à la promotion de l'indépendance. Pour certains, cela doit passer inexorablement par des gestes de rupture face à Ottawa, d'autres souhaitent établir un programme électoral pour un gouvernement national et non provincial, alors que d'autres préconisent de doter le PQ d'outils de travail efficaces tels qu'un budget de l'an 1. Bref, tous les militants sérieux veulent passer à l'action et mettre fin à l'attentisme.
Force nous est de constater que le concept du référendum d'initiative populaire tel que proposé par nos 5 dissidents ne favorise en rien la prise en mains par le PQ du processus indépendantiste, de façon à le mener à terme. Loin de là, puisque ce concept relève bien davantage d'un désistement crasse qui persiste malgré tout au sein de certaines franges péquistes pour qui, l'administration d'une province, c'est déjà bien suffisamment d'ouvrage pour qu'elles songent un seul instant à entamer la révolution démocratique qui découlerait d'un oui à un référendum portant sur l'indépendance du Québec.
En ce qui nous concerne, nous considérons que la formule « tenir le référendum le plus tôt possible dans le premier mandat » telle que véhiculée par Bernard Landry est bien assez flexible pour permettre au mouvement indépendantiste d'adopter une stratégie efficace qui lui permettra enfin d'obtenir la victoire. Nul besoin est de la rendre encore plus flexible en demandant au peuple de décider du moment de la tenue du référendum. En 2005, fort des sondages qui sont favorables à l'idée indépendantiste, le PQ ne doit plus craindre le jugement populaire. Le PQ doit faire preuve de leadership et de courage et l'État québécois doit demeurer le principal acteur-initiateur de toute démarche sécessionniste.
Parallèlement au désengagement du PQ dans le processus indépendantiste qu'il permet, le référendum d'initiative populaire ouvre également la porte aux lobbies de tout acabit pour transformer, à leur profit, la société dans laquelle ils évoluent. Il a été démontré qu'en Californie, certains lobbies mobilisaient leurs troupes pour aller signer des registres obligeant la tenue de référendums sur des projets de loi dont l'adoption ne peut qu'être profitable pour ces mêmes lobbies. Afin d'éviter pareil problème, certains suggèrent que les référendums d'initiative populaire ne puissent porter que sur certaines questions bien spécifiques. Or, cela consiste à violer le principe même qui se trouve à la base du référendum d'initiative populaire et qui concerne l'amélioration de la vie démocratique de nos sociétés. Comment, en effet, décider qu'un tel sujet ne peut faire l'objet d'une initiative populaire ?
Il n'y a pas que les lobbies d'affaires qui pourraient profiter de ce nouvel outil pour favoriser l'adoption de projets de loi qui leur seraient profitables. Des groupes politiques bien spécifiques peuvent aussi y avoir recours, enfin, s'ils ont les moyens pour ce faire. Nous pensons ici, entre autres, à des groupes anglo-fédéralistes financés à outrance par le fédéral. Il serait tout à fait particulier qu'à cause du Parti Québécois et de l'implantation des référendums d'initiative populaire, un lobby comme Alliance Québec en appelle au peuple pour charcuter la Loi 101 ! Le fédéral et ses nombreuses ressources auraient alors beau jeu de frapper l'identité québécoise en son coeur même en appuyant de toutes leurs forces la démarche populaire. Et le plus beau de toute l'histoire, c'est que ce serait le peuple lui-même qui aurait à en porter l'odieux !
La Californie nous permet de comprendre efficacement les possibilités qu'offrent les référendums d'initiative populaire aux lobbies. Il faut en effet savoir que quand on a des moyens (ce qui n'est décidément pas le cas du mouvement indépendantiste et progressiste au Québec), on peut faire appel à des cabinets spécialisés qui facturent à leurs clients chaque vote obtenu pour l'enclenchement d'un référendum d'initiative populaire. Une aubaine pour les richissimes de ce monde et du Québec ! Et quand on sait que les riches d'ici sont à peu près tous fédéralistes et de droite, cela en dit long sur les perspectives d'avenir pour les mouvements indépendantistes et progressistes si le PQ devait aller de l'avant avec pareil projet.
Les référendums d'initiative populaire ont également comme effet pervers de donner trop de prises à l'émotivité collective sur l'administration de la chose publique. Il arrive que le vox populi, vox Dei ne soit pas de très bon conseil. C'est très certainement ce que ce sont dit les juges californiens qui, à la fin des années 1990, ont dû emprisonner à vie un clochard qui avait volé une part de pizza, et ce, parce qu'un référendum d'initiative populaire venait tout juste de durcir la loi eu égard aux récidivistes. Le clochard en était en effet à une troisième infraction du genre !
Les spécialistes qui se sont penchés sur le référendum d'initiative populaire en Californie en viennent également à la conclusion que les citoyens votent lors de ces consultations référendaires sans vraiment comprendre la nature même de ce qui est proposé. C'est que les textes législatifs sont la plupart du temps trop complexes pour être bien compris par des non-initiés. Les référendums d'initiative populaire desservent donc davantage la démocratie qu'ils la servent !
Tout ça pour dire que MM. Valois, Girard, Bourdeau et Tremblay, de même que Mme Marois devraient se renseigner quelque peu avant de prendre position en faveur d'un concept qui soulève bien des débats de part et d'autre dans le monde. Et ce, afin d'éviter d'avancer des idées qui favorisent bien davantage le camp adverse que le camp indépendantiste !

Le gouvernement Charest se comporte comme un pilote d'avion "à moitié cinglé"
NORMAN DELISLE
PC 25 février 2005
JOLIETTE (PC) - Le gouvernement Charest se comporte comme "un pilote d'avion à moitié cinglé, qui tire sur toutes les manettes", croit le chef de l'opposition péquiste, Bernard Landry.
Les fonctionnaires "sont dirigés par des irresponsables. Ne pas avoir de pilote dans l'avion, on peut s'en tirer au pilote automatique. Mais si on a un pilote à moitié cinglé qui tire sur les commandes et sur les manettes, essayez de vous mettre dans la psychologie des hauts fonctionnaires de l'Etat et vous verrez que cela ressemble à celle de l'ensemble de la population: un taux élevé d'insatisfaction", a dit M. Landry jeudi, à l'issue d'une réunion de deux jours des députés de son groupe parlementaire dans un hôtel de Lanaudière.
Le chef péquiste s'est empressé de signaler que ses durs propos ne concernaient pas M. Charest personnellement, mais l'ensemble du gouvernement libéral.
"Je parle du gouvernement. Ce n'est pas juste M. Charest, c'est son gouvernement", a précisé M. Landry en rappelant que M. Charest l'avait néanmoins attaqué personnellement pendant la dernière campagne électorale, en le rendant personnellement responsable de l'état du réseau de la santé.
Le chef de l'opposition a dit sentir "une impression de désorganisation et de désarroi" au sein du gouvernement.
"Ce gouvernement a brisé le lien de confiance social. Dans tous les groupes, les gens ont senti qu'il n'y avait plus de lien de solidarité, qu'ils ne pouvaient plus compter sur le gouvernement", a dit M. Landry a rappelant que le taux d'insatisfaction frise les 70 pour cent dans les sondages.
Les Québécois ont notamment "senti que leur premier ministre avait d'abord un esprit canadien avant d'avoir un esprit québécois". Cela explique pourquoi les provinces de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse ont obtenu récemment d'Ottawa des royautés élevées pour leurs ressources naturelles, pendant que rien n'était versé au Québec.
Même la "riche" Ontario a manifesté son désir de ne plus partager ses richesses avec ses voisins, de l'aveu même du premier ministre ontarien Dalton McGuinty, a fait valoir M. Landry.
Enfin, le gouvernement Charest a "brisé" son principal instrument d'intervention, soit l'Etat québécois. "Ils se sont mis à dos les fonctionnaires et ont rendu l'Etat ingérable", croit le chef de l'opposition.
Il a cité les exemples suivants pour illustrer son propos: abolition du ministère du Développement régional et transfert de sa mission au ministère des Affaires municipales, abolition du ministère de la Famille qu'il a fallu recréer, saga du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) alors que les travaux devraient déjà être commencés sur le site du 6000 rue St-Denis, mise à pied du plus populaire des ministres Yves Séguin, qui croyait au déséquilibre fiscal, pour mettre à sa place "un des plus suspects (Michel Audet), qui a raté son affaire aux régions", abolition du comité des priorités qu'on a dû recréer récemment.
Le gouvernement Charest se caractérise par une "improvisation jusqu'au plus haut niveau de l'Etat. En arrivant au pouvoir, ils ont été pris d'une fixation mentale de déconstruction de ce qu'on avait fait", a soutenu le leader péquiste.
Ces problèmes du gouvernement Charest sont "stimulants pour l'opposition", note M. Landry en expliquant que les 45 députés péquistes vont profiter de la reprise parlementaire, le 8 mars prochain, pour resserrer les rangs contre les libéraux.
M. Landry rejette les accusations selon lesquelles l'opposition n'est pas assez visible.
"Le gouvernement est tellement mauvais qu'on a à peine le temps d'ouvrir la bouche qu'il y a 10 000 personnes dans la rue pour le dénoncer", dit-il.
Enfin, le Parti québécois fera le combat pour la transparence dans le dossier du CHUM en exigeant que toutes les études soient rendues publiques.
Il s'objectera aussi aux récentes hausses de tarifs d'électricité. Pour être acceptables, des hausses de tarifs d'Hydro-Québec doivent être modulées, raisonnables et réparties sur une période de temps raisonnable", a conclu M. Landry.
Propos sur Jean Charest
Jacques Dupuis veut des excuses de Bernard Landry
LCN 25.2.2005
Le vice-premier ministre et leader du gouvernement, Jacques Dupuis, demande à Bernard Landry de s'excuser publiquement pour les propos qu'il a tenus à l'endroit de Jean Charest.
Jeudi, dans un discours, le chef péquiste a qualifié Jean Charest de pilote à moitié cinglé.
Jacques Dupuis estime qu'il s'agit de propos irresponsables, de nature à alimenter le cynisme à l'endroit des politiciens.
Le leader du gouvernement affirme que M. Landry a commis l'erreur de manquer de respect à l'endroit de Jean Charest et de la fonction de premier ministre.
M. Dupuis indique que Bernard Landry occupe une fonction officielle et qu'il doit avoir un comportement responsable.

Le gouvernement exige des excuses publiques de Bernard Landry
MARTIN OUELLET
PC 26 février 2005
QUEBEC (PC) - Le chef péquiste Bernard Landry doit présenter des excuses publiques pour avoir comparé le premier ministre Jean Charest à un "pilote d'avion à moitié cinglé", a fait valoir, vendredi, le vice-premier ministre Jacques Dupuis.
"D'abord, c'est un manque de respect à l'égard de l'homme qui est Jean Charest, ensuite, c'est un manque de respect à l'égard de la fonction de premier ministre", a dénoncé M. Dupuis au cours d'un entretien avec La Presse Canadienne.
À l'issue d'une réunion de deux jours des députés de son groupe parlementaire, jeudi à Joliette, le chef de l'opposition officielle a en effet causé un émoi en affirmant que le gouvernement Charest se comportait comme un "pilote à moitié cinglé qui tire sur les commandes et sur les manettes".
Sentant la soupe chaude, M. Landry s'est par la suite empressé de nuancer ses commentaires en précisant que l'expression "pilote à moitié cinglé" ne concernait pas M. Charest personnellement, mais bien l'ensemble du gouvernement libéral.
Mais pour le vice-premier ministre, la nuance apportée par le leader souverainiste est de la poudre aux yeux, un geste de panique similaire à l'épisode des "chiffons rouges", où il avait tenté de racheter ses propos en soutenant que cette expression se référait à la tauromachie, et ne visait pas à ridiculiser le drapeau canadien.
"On ne se racontera pas d'histoire. C'est malheureusement le genre d'attitude de Bernard Landry. Il tient des propos exagérés et tente ensuite de les expliquer. Moi, je ne peux pas laisser passer ça", a pesté M. Dupuis.
Selon le numéro deux du gouvernement, le chef péquiste doit prestement présenter des excuses à M. Charest et "à la population du Québec", pour avoir tenu des propos "politiquement irresponsables", en plus d'avoir "discrédité" la fonction de premier ministre.
Qui plus est, d'après M. Dupuis, ce type d'inflation verbale est de nature à alimenter le cynisme de la population à l'égard de la politique et des politiciens.
"Combien de fois entendons-nous les gens dire que les politiciens ne sont pas crédibles? En politique, il faut prendre garde aux propos que l'on tient, parce qu'ils peuvent avoir des conséquences. Et dans ce cas-ci, il y a des conséquences négatives pour M. Charest et pour l'ensemble des politiciens", a mentionné M. Dupuis.

Péquisteries (tome XXIII)
Michel David
Le Devoir samedi 26 février 2005
À défaut d'avoir de nouvelles idées, il est toujours possible d'en recycler de vieilles à la condition de leur laisser suffisamment de temps pour se faire oublier.
Quand Robert Bourassa avait réclamé que le Québec soit reconnu comme «société distincte», en 1986, la plupart des gens avaient oublié qu'il avait réclamé exactement la même chose 15 ans plus tôt. Le passage du temps avait donné à l'accord du Lac-Meech un petit air de fraîcheur.
En revanche, cela faisait à peine trois ans qu'on avait dépoussiéré pour la dernière fois l'idée de laisser à la population le soin de déterminer la date du prochain référendum sur la souveraineté. Celui qui s'en était fait le promoteur à l'époque était -- ô surprise ! -- Jean-Pierre Charbonneau, alors ministre responsable de la réforme des institutions démocratiques. Et, devinez quoi, Bernard Landry n'était pas d'accord. Plus ça change...
M. Charbonneau avait simplement repris à son compte un projet de loi présenté en mai 2000 par Mario Dumont, qui s'était lui-même inspiré de celui que son conseiller du moment, André Larocque, qui allait bientôt se mettre au service de M. Charbonneau, avait déjà proposé au gouvernement Lévesque à la fin des années 70.
Les quatre jeunes députés péquistes, Nicolas Girard (Gouin), Jonathan Valois (Joliette), Alexandre Bourdeau (Berthier) et Stéphan Tremblay (Lac-Saint-Jean), appuyés par Pauline Marois, qui prétendent offrir une «troisième voie» entre le référendum à tout prix et les «conditions gagnantes», ne s'écartent donc pas des sentiers battus et rebattus par leurs aînés.
***
Quand M. Charbonneau avait dit envisager une loi qui autoriserait la tenue de référendums d'initiative populaire pour toute question d'intérêt public, le président d'Alliance-Québec, Brent Tyler, avait immédiatement manifesté son intention de s'en prévaloir pour consulter la population sur l'accès à l'école anglaise, la langue d'affichage ou même l'adhésion du Québec à la Constitution de 1982.
Cette fois-ci, il s'agirait d'une loi qui porterait uniquement sur l'accession à la souveraineté, un peu comme celle qui a encadré les référendums sur les défusions, en juin dernier. Il suffirait qu'un nombre suffisant d'électeurs, par exemple 10 %, signent des registres ouverts à cet effet sur une période de temps limitée pour qu'un référendum sur la souveraineté soit obligatoirement tenu dans un délai de quelques mois.
Il est vrai que les référendums de ce genre font depuis longtemps partie des moeurs dans des pays comme la Suisse ou dans certains États américains, notamment la Californie. Appliquer la formule au débat constitutionnel comporte cependant de sérieux risques.
Si cette avenue, à première vue séduisante, a été écartée depuis 30 ans, c'est que personne n'a encore trouvé avantageux de régler un problème, en l'occurrence celui de la date du référendum, en le remplaçant par un plus gros. Il y a déjà bien assez de ceux qu'on crée par mégarde ou par maladresse.
Dans un communiqué émis jeudi, le directeur du bimensuel souverainiste Le Québécois, dont Jacques Parizeau est un collaborateur régulier, a vivement dénoncé la «scandaleuse pusillanimité» dont font preuve les «cinq dissidents», y voyant le «désistement crasse» de députés qui cherchent à fuir leurs responsabilités et qui se satisferaient volontiers de gouverner une province. Selon Patrick Bourgeois, s'engager à ce que le référendum soit tenu «le plus tôt possible dans le premier mandat» laisse déjà une marge de manoeuvre bien suffisante au gouvernement.
Il est pourtant vrai qu'un référendum d'initiative populaire favoriserait une mobilisation qui déborderait le cadre du PQ, comme le plaident ses promoteurs. Au reste, rien n'empêcherait le PQ de mettre tout le poids de son organisation dans la balance. S'il n'arrive pas à convaincre 500 000 ou même un million de personnes de signer les registres, il vaut mieux oublier toute idée de référendum.
***
Si Bernard Landry s'oppose à une formule de ce type, ce n'est certainement pas parce qu'il aurait les coudées trop franches. Au contraire, s'il tarde trop, les «purs et durs» pourraient très bien l'utiliser pour lui forcer la main. S'ils passaient outre à ses réticences et recueillaient un nombre suffisant de signatures, il n'aurait d'autre choix que d'obtempérer ou de démissionner.
Il est paradoxal que Pauline Marois, qui trouve déjà imprudent de s'engager à tenir un référendum dans un premier mandat, trouve cette proposition «très intéressante». Pourquoi voudrait-elle prendre le risque de perdre complètement le contrôle de l'échéancier ? Depuis quelque temps, la seule rationalité des positions de Mme Marois semble être de prendre le contre-pied de celles de son chef.
Et vice-versa, direz-vous. À voir M. Landry se ranger soudainement du côté de ceux qui souhaitent voir le CHUM s'installer au 1000, rue Saint-Denis, après que Mme Marois s'est elle-même prononcée en faveur d'Outremont, on peut même se demander si le dossier du CHUM n'a pas été pollué par la question du leadership. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'opposition péquiste va se présenter en commission parlementaire lundi en ordre dispersé.
Dans le numéro du journal Le Québécois à paraître en début de semaine, Jacques Parizeau formule ses «attentes» pour le congrès de juin. On ne peut que souhaiter avec lui «que soit clarifiée la démarche qui suivra l'élection gagnée», mais comment clarifier une démarche liée à la tenue d'un référendum aussi incertain ? Dans un tel contexte, serait-il pensable de «mettre en place l'appareil législatif, administratif et financier du pays», comme le propose l'exécutif du PQ ?
Cela vous intéresse peut-être de savoir ce que M. Parizeau dit du vote de confiance. Prenant bien soin de souligner que les nouveaux statuts du parti prévoient que le prochain congrès n'aura lieu qu'en 2009, au plus tôt, il écrit : «Qu'ils [les délégués] donnent une bonne majorité à M. Landry et celui-ci peut rester en poste plusieurs années.» Un délégué averti en vaut deux.
mdavid@ledevoir.com

La démocratie en marche
Michel Venne
Le Devoir lundi 28 février 2005
La démocratie est une phrase dans laquelle le vote est le point final. Mais l'essentiel de la démocratie est tout ce qui précède le vote. Elle est faite des processus de décision et de délibération. Elle est faite des rapports de force qui s'exercent dans la société. Différents acteurs sociaux se constituent en puissances et exercent une influence sur les décisions.
Pour lire la lettre adressée au premier ministre Jean Charest et au ministre de la Santé et des Services sociaux Philippe Couillard et la liste des signataires : www.inm.qc.ca
Les élus ont le choix entre diverses attitudes et conceptions de la démocratie en se mettant à l'écoute ou en opposition envers ces puissances. Ils peuvent se poser en arbitres ou agir de manière autoritaire et imposer leurs vues en utilisant le pouvoir de l'État ou en usant des techniques de persuasion. Ils peuvent aussi mobiliser la population autour d'objectifs communs. Trois sujets chauds de l'actualité suscitent quelques réflexions à cet égard.
Une grève utile
La décision du gouvernement de réduire de 103 millions l'aide financière aux étudiants est injuste parce que le moyen choisi fait porter le fardeau aux étudiants les plus pauvres. En effet, Québec transforme des bourses en prêts. Or ce sont les étudiants les moins fortunés qui ont droit à des bourses. En outre, le gouvernement accroît l'endettement des jeunes ménages. La solution ne réside pas dans une hausse des droits de scolarité. Et le système de remboursement des prêts en fonction de la capacité de payer ne règle rien.
Comment amener le gouvernement à revenir sur sa décision ? Les appels modérés, les analyses rationnelles, les lettres dans les journaux et auprès des députés ne semblent avoir aucun impact. Il est d'ailleurs rare que la rationalité soit le principal facteur influençant une décision gouvernementale. Il ne reste que la pression populaire.
À l'ère de l'individualisme égoïste, une décision injuste peut-elle encore susciter l'indignation et la mobilisation ? Les étudiants qui ont voté en faveur de la grève nous donnent à tous une leçon. Lorsque l'injustice est manifeste, il est impérieux que des citoyens acceptent de prendre des risques (ici, de devoir reprendre quelques cours) pour montrer leur désaccord et chercher à infléchir la décision.
Les étudiants qui descendent dans la rue ne seront pas tous victimes de la réduction de l'aide financière. L'altruisme a encore sa place. Mais aussi une vision de l'éducation dans une société. Belle leçon de démocratie : un problème surgit; on réunit les citoyens-étudiants en assemblées générales; on s'informe; on débat; on adopte une action; on incite les autres membres de la société à s'interroger. La phrase de la démocratie s'écrit sous nos yeux.
Un référendum d'initiative
Encore les jeunes qui nous font la leçon. Quatre députés du Parti québécois proposent que la tenue d'un prochain référendum sur la souveraineté ne soit décidée ni par le PQ, ni par le gouvernement. Mais par une proportion suffisamment élevée de la population pour croire que ce référendum répond à une volonté populaire.
L'idée n'est pas tout à fait neuve. Le Comité des jeunes du PQ l'avait déjà évoquée. Je l'avais moi-même appuyée dans un livre. Jean-Pierre Charbonneau l'avait soutenue. Bernard Landry ne l'avait pas retenue. C'est pourtant une proposition de grande sagesse.
Le gouvernement ne perd pas son pouvoir d'initiative. Il peut décider par lui-même de consulter la population sur le sujet qui lui convient. Il ne perdrait pas non plus le contrôle du calendrier si les règles d'application de la proposition de référendum d'initiatives sont bien modulées. Il faudrait exiger un million de signatures aux registres, recueillies sur une période définie dans le temps. La formulation de la question référendaire doit rester la prérogative du gouvernement et être approuvée par l'Assemblée nationale, ainsi que la date du scrutin.
Cette méthode éviterait de transformer les prochaines élections générales en référendum sur la tenue d'un référendum. Les péquistes pourraient faire porter le coeur de leur programme non pas sur une date mais sur le fond : le projet de société proposé par ce parti et les raisons pour lesquelles la souveraineté en fait partie. Et les plus pressés conserveraient un pouvoir de pression sur les dirigeants de leur parti en mobilisant leurs concitoyens.
Un examen public du CHUM
Les citoyens n'acceptent plus le principe de la démocratie élitiste ou jacobine en vertu de laquelle les gouvernements sont élus pour quatre années pendant lesquelles ils font ce qu'ils veulent. La demande est forte pour les mécanismes de consultation publique. Le cas du CHUM est un bel exemple.
Cette semaine, une commission parlementaire va entendre des experts et des groupes d'intérêt. La méthode n'est pas satisfaisante. Serons-nous plus avancés à la fin de la semaine ? Il restera sans doute encore plus de questions que de réponses et l'exercice risque d'échouer sur les récifs de la partisanerie. C'est couru d'avance.
Je fais partie d'un groupe de 150 personnes qui demande au gouvernement de tenir un véritable examen public du projet CHUM inspiré des règles de l'art appliquées avec succès par le BAPE depuis 25 ans.
Parmi les signataires de cet appel on trouve aussi Jean Allaire, Claude Béland, Phyllis Lambert, Gérard Bouchard, Céline Saint-Pierre, Dinu Bumbaru d'Héritage Montréal, le fondateur du Bureau de consultation de Montréal Luc Ouimet, l'expert Michel Yergeau, la présidente de l'Observatoire québécois de la démocratie Mireille Tremblay, des architectes, des médecins, des professeurs, des politiciens comme Amir Khadir et Françoise David. Nous n'appuyons aucun des scénarios. Nous voulons seulement y voir clair. Pour lire la lettre adressée au premier ministre Jean Charest et au ministre de la Santé et des Services sociaux Philippe Couillard et la liste des signataires : www.inm.qc.ca.
michel.venne@inm.qc.ca

Les mousquetaires du PQ
Pierre Charbonneau
Le Devoir mardi 1er mars 2005
Lettres: Nominingue, le 24 février 2005 - Quatre jeunes députés péquistes viennent de proposer d'utiliser la formule du référendum d'initiative populaire afin de laisser au peuple le pouvoir de choisir le moment propice pour déclencher un référendum sur la souveraineté du Québec.
L'intention est-elle noble ? À mon avis, cela cache plutôt une incapacité et une peur maladives d'agir et de prendre des décisions. Que cette idée soit ramenée par des jeunes est encore plus déprimante.
Pourtant, lors d'un conseil national tenu à Sherbrooke à l'automne 2004, trois invités sont venus s'adresser aux délégués pour parler de différentes options d'accession à la souveraineté.
À cette occasion, Jonathan Valois a timidement présenté l'option du référendum d'initiative populaire sans déclencher grand enthousiasme, Jean-François Lisée y est allé d'une analyse politique à la sauce sondage justifiant l'immobilisme actuel de la vieille garde alors que Robert Laplante présentait une vision parfaitement claire, légitime et transparente : élire un prochain gouvernement du Parti québécois, c'est choisir d'enclencher un processus d'accession à la souveraineté, de faire des gestes de souveraineté qui forceront le Canada à réagir (voir le jugement de la Cour suprême qui a reconnu l'obligation du Canada de négocier avec toute province qui désire changer les règles) avec engagement formel de ratifier par référendum la nouvelle constitution du Québec afin de conclure et légitimer tout le processus d'accession à la souveraineté au niveau de la reconnaissance internationale.
Comment se fait-il que ce parti continue d'occulter cette option en la qualifiant d'élection référendaire alors qu'il ne s'agit absolument pas de cela. Comment se fait-il que les journalistes et les commentateurs qui ont assisté, comme moi, à ce conseil national continuent d'ignorer cette tendance beaucoup plus lourde qu'on ne le croit chez les militants de la base ?
Pourquoi qualifier de purs et durs ceux qui veulent simplement que le PQ fasse ce pour quoi il a été créé : faire la souveraineté du Québec. La peur de ne pas reprendre le pouvoir est la seule raison qui motive tous ces atermoiements.
