Le ministre Couillard rejette la faute sur le gouvernement péquiste

Corbeil, Michel; Moisan, Mylène
Le Soleil mardi 1 mars 2005

Rien de nouveau sous le soleil libéral, rétorque la députée Agnès Maltais

Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, rejette carrément sur le dos du précédent gouvernement du Parti québécois le fait que l'hôpital Laval multiplie les annulations d'interventions chirurgicales cardiaques.

Rencontré hier, à l'Assemblée nationale, où démarrait la commission parlementaire sur la localisation du futur établissement hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), le ministre Couillard s'est lavé les mains des problèmes que rencontrent les médecins de l'hôpital Laval.

En manchette, LE SOLEIL révélait hier que les annulations de chirurgies se multiplient à l'hôpital Laval. La liste d'attente pour des opérations cardiaques compte 160 noms, dont 20 % de patients qui endurent un délai médicalement inacceptable. Le directeur du département de chirurgie cardiaque, le Dr Daniel Doyle, confiait être "dépassé par les événements".

"Ce n'est pas une question de budget, l'argent est là, a tranché le député-ministre de Mont-Royal. Mais nous sommes en pénurie de personnel, de médecins et d'infirmières."

Philippe Couillard a fait valoir que cette situation découle directement de la décision du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard. Pour atteindre le déficit zéro, l'équipe au pouvoir avait accordé des milliers de mises à la retraite anticipées.

"Mes collègues de l'opposition seront là tantôt, a lancé M. Couillard. Vous leur demanderez où sont les médecins et les infirmières qui ont été mis à la retraite. Nous, nous essayons de pallier ces problèmes-là. Ce n'est pas une question de budget, a-t-il répété. L'hôpital a tous les fonds pour ouvrir toutes ses salles d'opération."

Riposte péquiste

La seule députée du PQ dans la ville de Québec voit les choses sous un tout autre angle. Pour Agnès Maltais, ce que vit l'hôpital Laval est la parfaite illustration que, sous le gouvernement de Jean Charest, rien ne s'est amélioré dans la région pour ce qui est des listes d'attente en santé.

La députée a signalé que le précédent ministre responsable de Québec, Sam Hamad, avait prétendu, le 22 janvier, que "la majorité des listes d'attente pour des opérations majeures ont diminué". "Vous avez vu LE SOLEIL, ce matin : 10 chirurgies par semaine sont retardées depuis le début de l'année" à l'hôpital Laval.

Et la situation n'est pas plus reluisante dans l'ensemble de la région, a-t-elle ajouté. "En septembre 2003, il y avait 11 737 personnes en attente d'une chirurgie ; en février 2005, 12 286", a-t-elle souligné. Pour les listes d'attente dites inacceptables, a-t-elle poursuivi, pendant la même période, le nombre de patients est passé de 4371 à 5130.

"En déficience intellectuelle, les listes d'attente sont moins spectaculaires", a-t-elle convenu. Mais elles se sont gonflées tout de même de 10 %, de 344 à 392. "Sauf que les délais moyens d'attente sont rendus à 449 jours", un chiffre qu'elle n'a pu comparer cependant à septembre 2003.

Mme Maltais n'a pas manqué de signaler que les libéraux de Jean Charest avaient profité de la campagne électorale de 2003 pour annoncer qu'ils régleraient en un tour de main les problèmes du centre hospitalier Laval.

Mme Maltais a diagnostiqué chez le gouvernement libéral un mal pour lequel il n'existe aucune liste d'attente. "On n'a pas le droit de faire de la démagogie en santé. Je n'en ferai pas. "Ils" en ont fait. Et cela a été une terrible erreur", a-t-elle mentionné.

Elle a soutenu que le chef du Parti libéral du Québec avait été particulièrement loin, en campagne électorale. "M. Charest mettait Bernard Landry (leader du PQ) directement responsable des patients dans les urgences. En 24 heures (après l'accession au pouvoir des libéraux), il n'y aurait plus de listes d'attente. Cela n'avait pas de bon sens.

"Le secteur de la Santé, il faut aborder cela avec sérieux, a-t-elle repris. Il s'est fait beaucoup de démagogie en campagne électorale. Je pense que les libéraux ont trompé la population (avec des promesses), particulièrement la population de la capitale nationale."

MCorbeil@lesoleil.com




Le président du CA du CHUM et le recteur de l’Université de Montréal croisent le fer

Yves Chartrand
Journal de Montréal mardi 1 mars 2005

Ambiance tout à fait particulière hier à l’ouverture de la commission parlementaire sur le site du futur CHUM où l’on a pu constater à quel point ce dossier est devenu un véritable panier de crabes. Une des bonnes déclarations de la journée est venue du président du conseil d’administration du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, M. Patrick Molinari.

Celui-ci s’oppose au site d’Outremont dont l’Université de Montréal fait la promotion et favorise plutôt le site de l’hôpital Saint-Luc, au 1000, rue Saint-Denis.

«Il y a de remarquables Toyota et des Cadillac très ordinaires», a-t-il lâché aux journalistes qui l’interrogeaient, estimant que le site du centre-ville coûterait moins cher qu’Outremont, sans pour autant sacrifier sur la qualité du projet.

«Nous proposons un hôpital neuf qui permettra d’atteindre les objectifs fixés» par le gouvernement pour les soins, l’enseignement et la recherche, a-t-il indiqué.

En commission parlementaire, le promoteur en chef du site d’Outremont, le recteur de l’Université de Montréal, M. Robert Lacroix, a parlé d’Outremont comme «un grand projet rassembleur» sur un seul site «en synergie avec les facultés» dans «un milieu de verdure et de lumière mieux que n’importe où ailleurs».

Situation unique

Saisissant la balle au bond, le ministre de la Santé Philippe Couillard a répliqué que si le site d’Outremont était rassembleur et suscitait l’adhésion, «on ne serait peut-être pas ici aujourd’hui» et on n’entendra pas dans les prochains jours «des voix dissonantes».

Le ministre a aussi souligné qu’il était tout à fait «unique» que le conseil d’administration du centre hospitalier soit en opposition avec l’Université de Montréal. «Je ne pense pas que beaucoup d’autres organisations de santé en Amérique du Nord aient vécu ce genre de situation.»

Avant d’entrer en commission parlementaire, Philippe Couillard a tenu à dire que «il n’y a jamais eu entre M. Charest et moi de discussion de style antagoniste sur un site par rapport à l’autre. […] M. Charest m’a dit à plusieurs reprises que ce qui importait pour lui, c’était de prendre la meilleure décision pour le Québec».

Éloge à Paul Desmarais

Le recteur de l’Université de Montréal n’a pu résister à l’envie, pour sa part, de faire l’éloge de l’homme d’affaires Paul Desmarais pour son rôle joué dans l’acquisition des terrains du Canadien Pacifique en vue de l’implantation éventuelle du CHUM.

«Sans lui, je ne serais pas devant cette commission», a dit Robert Lacroix. Il a soutenu que le site d’Outremont offrait «toutes les garanties de sécurité et d’accessibilité».





Sondage

CHUM: les Québécois privilégient le site de l'hôpital Saint-Luc

PC
LCN mardi 1 mars 2005

(D'après PC) - Plus de trois Québécois sur cinq (62%) préfèrent que le projet du nouveau Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) soit réalisé à l'emplacement de l'actuel hôpital Saint-Luc, au 1000, rue Saint-Denis. C'est ce que révèle un sondage Léger Marketing effectué pour le Comité des usagers du CHUM dont Le Devoir a obtenu copie.

Seulement 17% des personnes interrogées optent pour l'emplacement de la gare de triage d'Outremont privilégié par l'Université de Montréal.

Les chiffres sont sensiblement les mêmes dans la région de Montréal: 63% des Montréalais préfèrent l'emplacement du centre-ville, contre 22% qui appuient le projet d'Outremont.

L'accessibilité est la principale raison évoquée par les répondants.

Ce sondage a été réalisé auprès de 1100 personnes, dont 500 dans la région de Montréal, entre les 23 et 27 février. L'enquête comporte une marge d'erreur de plus ou mois 3,3% dans son ensemble et de 4,4% dans la région de Montréal, soit 19 fois sur 20.




Le CHUM à Outremont coûterait 2,4 milliards $, selon Daniel Johnson

JOCELYNE RICHER
PC 2 mars 2005

QUEBEC (PC) - Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, partage l'avis de ceux qui considèrent que le projet de construction du CHUM à Outremont coûtera plus cher que ce qu'affirment ses promoteurs et plus cher que le projet de l'Hôpital Saint-Luc.

A la deuxième journée de la commission parlementaire spéciale qui doit faire la lumière sur les deux sites envisagés pour construire le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), la comparaison entre les coûts des deux projets était au coeur des débats et les opinions étaient tranchées.

Aux deux auteurs du rapport favorisant le site Outremont, Armand Couture et Guy Saint-Pierre, le ministre a demandé: "Si on est devant un projet de 2 milliards $ ou plus, pourquoi ne pas le dire aux citoyens et payeurs de taxes?"

Dans leur rapport, MM. Couture et Saint-Pierre en viennent à la conclusion que le CHUM seul, à la cour de triage d'Outremont, coûterait 1,3 milliard $. Le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, avait dit la veille que le projet de technopole de la santé, qui incluerait le CHUM et les facultés de la santé de l'université, coûterait 1,7 milliard $.

"Moi, mon évaluation, d'après ce que je lis et ce qui n'est pas là, et ce qui devrait être ajouté dans les coûts, c'est qu'on ne s'en tire pas à moins de 2 milliards $", a dit le ministre Couillard, durant la commission, mardi, en demandant l'avis de l'ex-premier ministre Daniel Johnson, qui lui favorise Saint-Luc, au centre-ville de Montréal.

M. Johnson, venu défendre ses deux rapports produits depuis un an sur le site du CHUM, a expliqué que selon le rapport du comité interministériel - qui n'a pas été rendu public -, le CHUM à Outremont coûterait au bas mot 1,8 milliard $, sans compter toute une série de coûts incontournables reliés aux infrastructures, au transport, au déplacement des voies ferrées, etc.

"On est à 2,3 milliards $, 2,4 milliards $. C'est la réalité des choses", a calculé M. Johnson, en ajoutant que l'argent des contribuables versé à ce projet de technopole ne servirait pas à autre chose.

Le projet de technopole à Outremont aurait certainement "un impact énorme sur le budget de la santé", a-t-il fait valoir, persuadé que "les budgets seront défoncés".

De plus, il a dit estimer que les besoins d'espace additionnels pour les facultés de la santé de l'Université de Montréal n'étaient "pas encore reconnus ou démontrés".

Compte tenu des inconnues semblant entourer le projet Outremont, relativement aux questions de coûts et de sécurité, le ministre Couillard a laissé entendre que le "principe de précaution" pourrait amener le gouvernement à conclure qu'il faut préférer le site du 1000 Saint-Denis (Saint-Luc).

"Est-ce qu'il n'y a pas le principe de précaution ici qui devrait nous guider essentiellement et nous amener également vers la conclusion qu'est la vôtre?", a-t-il demandé à M. Johnson, venu faire un vibrant plaidoyer en faveur de Saint-Luc, en attaquant point par point les arguments des promoteurs d'Outremont. La prudence est effectivement de mise, a acquiescé M. Johnson.

Ce dernier - qui a rédigé avec l'ex-premier ministre Brian Mulroney un rapport sur le CHUM, puis un avis complémentaire pour comparer les deux sites étudiés - a aussi beaucoup insisté sur l'aspect sécurité, en soutenant qu'il ne faisait aucun doute à ses yeux que le site d'Outremont présentait un risque supérieur et inutile, en raison de la présence "à 100 mètres" de voies ferrées où circulent des wagons remplis de matières dangereuses.

Donc, même â coût égal, M. Johnson continuerait de favoriser Saint-Luc.

Un peu plus tôt, MM. Saint-Pierre et Couture étaient venus expliquer leurs conclusions et les raisons pour lesquelles ils avaient opté pour Outremont. "Les coûts pour l'hôpital lui-même sont les mêmes. On constate également que le concept d'une technopole est très prometteur pour Montréal. Ce serait une erreur historique de manquer cette occasion que nous avons de mettre ensemble un hôpital universitaire et des facultés de médecine", a dit M. Saint-Pierre, en point de presse.

Il a ajouté que Saint-Luc devait être mis de côté parce que "la faculté de médecine ne voudrait pas y aller".

En commission, le ministre Couillard s'est inscrit en faux contre cette affirmation, qui n'est qu'une "hypothèse" selon lui.

Aux yeux de MM. Saint-Pierre et Couture, si le gouvernement veut une technopole, consacrée à la fois aux soins hospitaliers, à la recherche et à l'enseignement, il n'a pas le choix et doit choisir Outremont.

M. Saint-Pierre a également fait valoir qu'on avait sous-évalué les coûts du stationnement souterrain qui devrait être construit sous l'hôpital Saint-Luc, si c'était ce projet qui était choisi.




Le site d’Outremont taillé en pièces par Johnson

Yves Chartrand
Journal de Montréal 2 mars 2005

Une étrange alliance objective composée du ministre Philippe Couillard, de la péquiste Louise Harel et surtout de l’ex-premier ministre Daniel Johnson a littéralement haché menu hier le site d’Outremont pour le futur CHUM.

Le coauteur avec Brian Mulroney du rapport commandé par le gouvernement de Jean Charest sur le CHUM et récemment d’une étude complémentaire sur les deux sites étudiés a qualifié le site d’Outremont de beaucoup trop «risqué» autant du point de budgétaire que sécuritaire.

«Les budgets vont être défoncés» à Outremont, a dit Daniel Johnson et aura «un impact énorme sur les budgets de la santé» pour dépenser «beaucoup, beaucoup dans la brique et le béton».

«La réalité des choses, estime-t-il, c’est que le site d’Outremont requerra «un engagement financier de 2,3 ou 2,4 milliards» pour réaliser la technopole si défendue par le recteur de l’Université de Montréal.

«L’Université (de Montréal) est en train de trouver une occasion de diminuer ses coûts de déménagement en faisant partager certaines des infrastructures par d’autres missions que la sienne».

Moquerie

Implacable, Daniel Johnson s’est moqué des rapports d’experts sur la sécurité qui ont dit qu’il y a seulement une chance par 8 000 ans qu’un accident ferroviaire grave se produise.

«C’est comme gagner à la loto. Est-ce demain ou dans 100 ans» que l’on gagne, réplique Daniel Johnson, pour qui la plus élémentaire des prudences dit clairement «de ne pas implanter cela à 100 mètres de la voie ferrée».

Même si l’argent «nous sortait par les oreilles» ajoute-t-il, le vrai projet rassembleur est celui de l’hôpital Saint-Luc «dans le centre-ville de notre métropole» où il deviendra «un symbole extraordinaire de la médecine en français en Amérique».

Couillard

Plus tôt durant la commission, le ministre de la Santé Philippe Couillard a mis en doute encore une fois les coûts reliés au site d’Outremont qu’étaient venus défendre Armand Couture et Guy Saint-Pierre,

Dans leur rapport, MM. Couture et Saint-Pierre évaluent à 1,3 milliard le coût du CHUM seul, à la cour de triage d’Outremont. La veille, le recteur de l’Université de Montréal, Robert Lacroix, avait évalué le projet à 1,7 milliard avec la construction des facultés de la santé de l’Université.

«Moi, mon évaluation, d’après ce que je lis et ce qui n’est pas là, et qui devrait être ajouté dans les coûts, c’est qu’on ne s’en tire pas à moins de 2 milliards $», a dit le ministre Couillard.

Soins primaires

Louise Harel a pour sa part reproché au rapport Couture/Saint-Pierre de ne pas parler des soins primaires aux patients, mais seulement des soins spécialisés qui seraient dispensés au CHUM d’Outremont.

«J’en suis assez stupéfaite», a fait remarquer la critique péquiste.

Visiblement pris au dépourvu, Guy Saint-Pierre a reconnu que le CHUM devait aussi donner des soins primaires et non pas juste spécialisés.

«On espère que beaucoup de problèmes mineurs n’atteindront pas les salles d’urgence de l’hôpital», a-t-il reconnu.




CHUM À OUTREMONT - Johnson démolit le projet

Pascale Breton et André Noël
La Presse 2 mars 2005

Le projet du CHUM à Outremont a du plomb dans l'aile. L'ancien premier ministre Daniel Johnson a démoli le projet de l'Université de Montréal hier, principalement en ce qui a trait à la sécurité, aux coûts et à la proximité des patients.

Après les promoteurs de chacun des projets lundi, c'était au tour des experts de défiler à Québec hier, dans le cadre de la commission parlementaire sur le CHUM.

Les auteurs du rapport Couture-Saint-Pierre ont d'abord essuyé un barrage de questions sur le projet d'Outremont, tant de la part du gouvernement que de l'opposition. Daniel Johnson et Marcel Villeneuve, auteurs d'un avis produit au gouvernement l'automne dernier, ont ensuite passé au hachoir le projet du CHUM à la gare de triage.

Les risques sont beaucoup plus élevés à Outremont, ont-ils affirmé en soulignant la proximité de la voie ferrée où passent des matières dangereuses, la facture du projet qui va dépasser les deux milliards et le danger d'une pénurie de soins au centre-ville.

« Est-ce qu'il n'y a pas le principe de précaution ici qui devrait nous guider et nous amener également vers la conclusion qui est la vôtre? », a dit le ministre de la Santé, Philippe Couillard, demandant l'avis de Daniel Johnson non pas à titre d'expert, mais d'ancien premier ministre.

« Le choix logique, c'est la prudence qu'on doit avoir dans toutes ces matières-là. (...) Je ne vois pas pourquoi on prendrait des risques où concourraient des probabilités d'accidents si on peut l'éviter. On a le choix de deux sites, dont un n'est pas à 100 mètres d'une voie ferrée où passent 5000 wagons par année », a répondu M. Johnson.

Avec son collègue Marcel Villeneuve, il a aussi confirmé les dires du ministre Couillard, qui craint de voir la facture de la technopole grimper à deux milliards.

« Le budget va être défoncé si on va à Outremont », a insisté M. Johnson. « On est à 2,3 milliards, 2,4 milliards, c'est la réalité des choses. On va dire deux milliards, juste pour arrondir. »

Assis bien droit sur sa chaise, les bras croisés, Guy Saint-Pierre a assisté quelques minutes à la présentation de M. Johnson. Visiblement agacé par ses propos, il a finalement quitté la salle d'audience discrètement. Quelques minutes plus tôt, avec son collègue Armand Couture, il avait affirmé que le projet de technopole ne dépasserait pas 1,7 milliard à la gare de triage.

M. Saint-Pierre a aussi indiqué aux journalistes que ce serait une erreur historique de ne pas construire la technopole. Les auteurs du rapport Couture-Saint-Pierre sont d'avis que seule la gare de triage offre l'espace nécessaire. L'emplacement de l'hôpital Saint-Luc est trop restreint et l'université refuse d'y déménager ses facultés, a-t-il rappelé.

« Pour tout dire, je suis convaincu que si le gouvernement- et c'est sa liberté, son choix-, décide d'aller à Saint-Luc, il faut oublier complètement qu'un jour, la faculté de médecine se retrouvera à Saint-Luc », a affirmé M. Saint-Pierre.

Une déclaration qui a fait sourciller le ministre Couillard. « Ça me paraît toujours risqué de dire que jamais quelque chose ne va se réaliser ou toujours quelque chose va se réaliser. De dire que jamais l'Université de Montréal n'installerait sa faculté au centre-ville, ça m'apparaît pour le moins hypothétique. »

Par contre, pour Daniel Johnson et Marcel Villeneuve, non seulement l'idée d'une technopole à Saint-Luc est faisable, mais c'est là qu'elle doit se faire. « Ce que l'Université est en train de faire, c'est une excellente idée. On pense vraiment qu'elle n'est pas à la bonne place, cette bonne idée, cette excellente idée », a lancé M. Johnson.

Ce sont les ingénieurs de SNC-Lavalin qui ont clôturé la journée en présentant les études de risques effectuées tant à Saint-Luc qu'à la gare de triage. Ils ont défendu la méthodologie retenue en précisant toutefois qu'il est impossible de prévoir avec certitude tous les risques. « La sécurité ne doit pas être le critère déterminant pour le choix du site », a finalement déclaré Denis Léonard, le chargé de projet.




CHUM: Johnson démolit Outremont

Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 2 mars 2005

L'ancien premier ministre Daniel Johnson a administré hier une gifle aux promoteurs d'Outremont comme emplacement pour l'implantation du futur CHUM. Trente minutes d'une démonstration claire sur l'explosion des coûts, la pénurie de services directs à la population, les retards dans la réalisation et le transport ferroviaire dangereux à proximité auront suffi pour démolir le projet de l'Université de Montréal.

Pour cette deuxième journée de la commission parlementaire spéciale sur le CHUM, l'exposé de M. Johnson est venu conforter le ministre de la Santé, Philippe Couillard, pour qui il est clair que la technopole de la santé et du savoir coûtera au bas mot deux milliards de dollars. «Les budgets vont être défoncés si on va à Outremont», a confirmé Daniel Johnson. Et cet investissement gouvernemental pourrait même handicaper les besoins dans les autres établissements du réseau de la santé, dont en région, a prévenu M. Johnson.

Daniel Johnson a souligné qu'il s'agit de simple bon sens. Selon lui, l'UdeM ne peut dire qu'elle va réaliser le même projet que celui prévu sur l'ancien emplacement du 6000, Saint-Denis, au coût de 1,6 milliard, et qu'en y ajoutant les frais de décontamination, d'expropriation et d'infrastructures, la facture totale baissera à 1,3 milliard de dollars. Pour M. Johnson, l'UdeM tente ainsi de se faire payer le déménagement de ses facultés des sciences de la santé. Et plutôt que de proposer de faire des économies dans le fonctionnement quotidien de l'hôpital pour les engloutir dans le béton, M. Johnson recommande de les investir dans les soins aux patients.

Ainsi, pour ce qui est de la desserte des services de santé dans la population, M. Johnson s'est montré tranchant. Il est faux de prétendre, selon lui, que les besoins des citoyens ne sont pas dans le centre-est de la ville et sur la Rive-Sud, d'où provient 20 % de la clientèle. «On ne peut pas dire aujourd'hui que tous les hôpitaux du CHUM sont à la mauvaise place», a-t-il laissé tomber.

Il s'est indigné des commentaires reçus lors des consultations qu'il a menées; certaines personnes lui auraient fait valoir qu'on ne pouvait pas construire le CHUM au milieu des drogués et des itinérants du centre-ville. «Un CHUM digne de ce nom doit se préoccuper des difficultés de la réalité urbaine», a affirmé l'ancien premier ministre.

Au chapitre des délais pour préparer adéquatement le vaste terrain de la gare de triage du Canadien Pacifique et y construire le CHUM, M. Johnson a établi que l'objectif de 2010-11 est trop serré. À cet égard, le ministre Couillard a rappelé que le projet devrait être soumis au Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) ainsi qu'à l'Office de consultation publique de Montréal pour des changements majeurs de zonage municipal.

Sur la délicate question des risques liés à l'emplacement d'Outremont, qui est ceinturé à l'heure actuelle de voies ferrées où transitent des matières dangereuses, Daniel Johnson a été clair. Le risque est doublement plus important qu'au 6000, Saint-Denis : les mêmes wagons passent en plus de ceux de la compagnie des Chemins de fer Québec-Gatineau. Quant à l'évaluation de la firme d'ingénierie SNC-Lavalin voulant qu'une catastrophe comme un déversement d'un produit toxique ne puisse se produire que tous les 8000 ans, M. Johnson a lancé : «On ne sait pas quand ça arrive; c'est comme gagner à la loto.»

Quelques minutes plus tard, devant les journalistes, il a soutenu que «les citoyens ne devraient pas enduré» une décision gouvernementale qui permettrait de construire le futur CHUM à côté d'une voie ferrée.

Intarissable sur les critiques qu'il avait à formuler sur le projet d'Outremont, Daniel Johnson a également soulevé la question de la synergie. «C'est une excellente idée, mais qui n'est pas à la bonne place», a-t-il assuré.

Au fur et à mesure que les éléments dévastateurs pour Outremont s'additionnaient dans la présentation de M. Johnson, le sourire du ministre Couillard s'allongeait. A contrario, Guy Saint-Pierre, appelé à la rescousse du projet Outremont avec son collègue Armand Couture par le premier ministre Jean Charest en janvier, affichait un air renfrogné. Assis dans la salle les bras croisés, il venait tout juste lui aussi de défendre devant les députés les résultats de ses travaux d'analyse sur le CHUM. Mais voilà, les conclusions du rapport Couture-Saint-Pierre ont surtout nourri les doutes.

MM. Couture et Saint-Pierre ont été mis sur la défensive. S'ils ont maintenu que l'évaluation budgétaire soumise par l'UdeM est «raisonnable», ils ont toutefois cherché à corriger le tir quant à la mission du futur CHUM qui élimine les soins primaires. «Ce qu'on espère, c'est que les problèmes mineurs n'attendront pas dans les urgences d'un hôpital universitaire. Mais je ne veux pas donner l'impression qu'il n'y aurait pas de soins généraux», a affirmé M. Saint-Pierre, qui a ajouté que sa présentation primait sur son rapport.

La force de conviction de Daniel Johnson et l'aisance de cet ancien politicien ont laissé MM. Couture et Saint-Pierre sur la voie de service. M. Johnson s'est posé comme un véritable défenseur de Montréal et de son centre-ville, rappelant la nécessité de dynamiser le coeur économique de la métropole. En comparaison, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est borné jusqu'à maintenant à appuyer le «concept» de technopole de l'UdeM. Ce matin, ce sera son tour de prendre position devant la commission parlementaire.




Un bel enterrement

Michel David
Le Devoir jeudi 3 mars 2005

Le premier ministre Jean Charest semble incapable de comprendre que quelqu'un puisse signer un rapport en y croyant sincèrement.

Manifestement, l'entêtement d'Yves Séguin dans sa lutte contre le déséquilibre fiscal le dépassait. Comment un homme à qui il avait offert la limousine dont il rêvait depuis des années pouvait-il se braquer de la sorte ? Après tout, c'est seulement de la politique !

Il doit voir avec la même surprise Daniel Johnson défendre aussi férocement son avis sur l'emplacement du CHUM. Un ancien premier ministre devrait pourtant comprendre qu'à partir du moment où les conclusions d'un rapport ne font plus l'affaire, on le remplace par un autre, n'est-ce pas ?

M. Charest lui-même n'avait pas fait tant d'histoires avec le rapport que Brian Mulroney lui avait commandé dans l'espoir de rallier Jean Chrétien à l'accord du Lac-Meech. Son comité avait eu beau diluer le concept de «société distincte», rien n'y avait fait. Pensez-vous que M. Charest s'en soit formalisé le moindrement ? Aujourd'hui, il se fiche éperdument de la «société distincte».

Il doit être assez déroutant pour lui de voir un ancien de Power Corporation s'opposer avec une telle vigueur à un projet que le gratin du milieu des affaires et la famille Desmarais appuient aussi activement.

Mardi, M. Johnson s'est amené en commission parlementaire avec la ferme intention de démontrer qu'il ne mangeait pas de ce pain-là. Gentiment invité par Louise Harel à dire ce qu'il pensait de la création d'un nouveau comité d'experts pour refaire ses devoirs, il ne s'en est pas privé.

De toute évidence, il a été insulté d'entendre qu'il ne disposait peut-être pas de toutes les données lui permettant de faire un choix éclairé. «S'il manquait quelque chose, on vous l'aurait dit», a-t-il lancé d'un ton cassant.

***

Depuis le début, les promoteurs du projet d'Outremont, notamment le recteur Lacroix, ont trop souvent fait preuve d'une arrogance qui les a desservis. La façon dédaigneuse dont M. Lacroix a comparé les 100 pages du rapport Couture-Saint-Pierre aux 20 pages de l'avis complémentaire que M. Johnson a signé, conjointement avec l'ancien président de la Régie régionale de la santé de Montréal, Marcel Villeneuve, était inutilement blessante.

M. Lacroix a bien pris soin de souligner que MM. Couture et Saint-Pierre sont des ingénieurs, habitués de gérer de grands projets. C'est tout juste s'il n'a pas ajouté que M. Johnson était seulement un politicien qu'on a forcé à prendre une retraite anticipée.

Si on ne l'avait pas froissé aussi maladroitement, M. Johnson aurait peut-être été moins hargneux dans son entreprise de démolition du projet d'Outremont. Même à l'époque où il était en politique, on l'a rarement vu aussi éloquent -- et efficace -- dans la critique. En l'entendant, certains députés libéraux semblaient même le regretter.

Dans une entrevue au Point, le recteur Lacroix lui a reproché d'utiliser des «arguments politiques». Il est vrai que l'intervention de M. Johnson n'avait rien du langage aseptisé qui est souvent le lot des «experts», mais tout ne peut pas être traduit en chiffres et en graphiques.

Soutenir que personne n'autoriserait une société de chemin de fer à installer ses rails à 100 mètres d'un hôpital déjà construit n'est peut-être pas une objection de nature très technique, mais ce n'en est pas moins le bon sens même.

Remarquez, M. Johnson ne semble lui-même accorder aucun crédit au recteur de l'Université de Montréal quand celui-ci affirme que les facultés des sciences de la santé ne déménageront jamais au centre-ville. Les politiciens, même retraités, savent que les problèmes se règlent souvent d'eux-mêmes quand ceux qui les créent disparaissent. En juin, M. Lacroix prendra aussi sa retraite.

***

Les députés libéraux qui ont pu avoir un moment de nostalgie en entendant leur ancien chef peuvent se consoler à la pensée qu'il y avait autour de la table un autre homme dont l'habileté ne cesse d'impressionner.

Au cours des dernières semaines, Philippe Couillard a littéralement mis Jean Charest dans sa petite poche et réussi à renverser une dynamique qui paraissait irréversible, sans jamais commettre le moindre de ces écarts de conduite qu'on a si vivement reprochés à Yves Séguin.

Quand son chef a tenté de le court-circuiter en commandant à son insu une étude dont les conclusions étaient presque écrites d'avance, le ministre de la Santé a manoeuvré de façon à ce que la convocation d'une commission parlementaire devienne inévitable, sachant très bien que le projet d'Outremont n'y survivrait pas. Vraiment, il a organisé un très bel enterrement.

Mardi, il a accusé à mots à peine couverts MM. Couture et Saint-Pierre d'avoir manqué de transparence et d'avoir sciemment minimisé les coûts. C'est avec un plaisir évident qu'il a assisté presque sans intervenir aux coups de boutoir de M. Johnson. Sa complicité avec sa vis-à-vis péquiste, Louise Harel, était tout aussi manifeste.

Hier après-midi, le député de Chicoutimi, Stéphan Bédard, a déploré la difficulté de se faire une juste opinion sur les mérites des deux projets «quand les experts se transforment en vendeurs». M. Bédard visait particulièrement MM. Couture et Saint-Pierre, mais M. Couillard n'avait visiblement aucune objection à ce que M. Johnson en fasse autant.

À moins qu'il tienne absolument à passer pour un irresponsable chronique aux yeux de la population, dont l'opinion n'a pu qu'être cristallisée par l'intervention de M. Johnson, on ne voit pas comment

M. Charest pourrait encore chercher à imposer le site d'Outremont. De toute manière, on a maintenant l'habitude de le voir changer d'idée.

mdavid@ledevoir.com




Le CHUM au centre-ville
- La meilleure stratégie pour le développement urbain de Montréal

Pierre Ouellet
Ancien directeur du Service de l'urbanisme de la Ville de Montréal
Cameron Charlebois
Ancien directeur général adjoint de la Ville de Montréal
Le Devoir jeudi 3 mars 2005

Au moment où ont lieu les travaux de la commission parlementaire où on discutera des avantages et des inconvénients du choix d'un site pour l'implantation du CHUM, il nous apparaît important de mettre en perspective l'enjeu du développement stratégique du territoire central de la Ville de Montréal.

Dans le grand ensemble métropolitain, ce territoire central, lequel comprend à la fois Outremont et le centre-ville, constitue un actif urbain considérable. Une stratégie forte de développement de ce territoire au profit des besoins de la population et de l'économie métropolitaine requiert que chacun des deux lieux soit mis en valeur selon sa plus grande valeur ajoutée pour le développement de la zone centrale. Cela nous fait croire que, pour le CHUM, les deux endroits envisagés sont loin d'avoir le même poids, celui de Saint-Luc recelant un potentiel nettement supérieur. Quant à Outremont, c'est le développement résidentiel et universitaire qui représente le meilleur choix en matière de planification urbaine puisqu'il permet d'influencer dans une vue d'ensemble la revitalisation des secteurs Outremont, Mile-End et Mont-Royal.

L'emplacement de l'hôpital Saint-Luc constitue un lieu urbain exceptionnel pour le centre hospitalier de l'Université de Montréal lorsqu'on y associe les terrains avoisinants et vacants, quelques grands immeubles de qualité, de même que les terrains situés au-dessus de l'autoroute Ville-Marie, dont la faisabilité de construction est assurée, ainsi que l'ont démontré les grands projets du Quartier international de Montréal et du Palais des congrès. L'endroit est plus qu'adéquat pour y installer un campus hospitalier et de recherche.

Un projet de cette envergure ne peut qu'entraîner des retombées bénéfiques sur le développement urbain de tout le quartier : le Vieux-Montréal et ses faubourgs, à l'est comme à l'ouest, ainsi que le faubourg Saint-Laurent et le Centre-Sud. Finalement, parce qu'il est situé sur l'axe est-ouest du métro et de l'autoroute Ville-Marie, qui le lient aux gares ferroviaires et d'autobus du centre-ville et au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) à l'ancienne cour de triage Glenn, un tel campus permet aux deux institutions d'évoluer en tandem pour faire de cet ensemble, au fil des années, un véritable technopôle au profit de l'économie régionale.

De plus, l'implantation du CHUM à cet emplacement présente l'avantage de s'inscrire dans la trame déjà existante de l'économie des sciences de la vie qui compte déjà dans ce seul secteur plus de 15000 emplois. La proximité du Palais des congrès, qui accueille nombre de congrès scientifiques, ne peut qu'ajouter à la vitrine internationale de l'excellence québécoise en ce domaine.

L'option d'installer le CHUM à Outremont présente deux inconvénients majeurs. Premièrement, elle laisse pour compte le centre-ville et particulièrement les secteurs voisins du 1000, rue Saint-Denis, qui, sans projet institutionnel d'envergure, continueront de voir s'éroder leur environnement. À cela s'ajoute également le risque de bouleverser les habitudes des clientèles actuelles de Notre-Dame, de l'Hôtel-Dieu et de Saint-Luc, composées de patients, de leur famille mais aussi de toutes les entreprises qui gravitent autour. Deuxièmement, la cour de triage d'Outremont présentant au départ des difficultés majeures, voire des coûts importants, pour y établir un hôpital, il tombe d'emblée sous le sens de chercher à y implanter des fonctions plus compatibles.

Dans cette perspective de choix stratégiques à faire en faveur du développement du territoire central de l'agglomération, la cour de triage d'Outremont ne peut que faiblement rivaliser avec l'hôpital Saint-Luc pour l'implantation d'un hôpital universitaire ou d'un technopôle de la santé et du savoir. Par contre, ce terrain, devenu disponible à la suite des décisions récentes du Canadien Pacifique de déménager ses activités de triage ferroviaire, devrait plutôt servir à renforcer l'offre résidentielle au coeur de l'île pour contrer la perte de population constante dont souffre cette zone. Ce type de projet nécessite des investissements moins lourds en travaux d'infrastructures et peut s'étaler dans le temps selon les besoins. Aussi, le plan de mise en valeur de ce secteur devrait également prendre en compte les besoins d'expansion à terme du campus de l'Université de Montréal, soulageant ainsi la pression qu'exerce le développement immobilier institutionnel sur le mont Royal.

Dans un autre ordre d'idées et sans vouloir banaliser les arguments présentés sur les effets synergiques d'un rapprochement spatial de la faculté de médecine du centre hospitalier à Outremont, force est de constater que, de son côté, l'université McGill a abandonné cette approche après l'avoir envisagée. Il ne s'agit pas ici de savoir qui a tort ou raison mais plutôt de voir d'un point de vue pragmatique comment favoriser l'innovation dans ce contexte, notamment par l'exploitation d'outils informatiques et de télécommunications mieux adaptés à la formation et à la recherche en sciences médicales.

Dix années nous séparent du début des activités de nos deux hôpitaux universitaires. Prenons donc en compte dès à présent le fait que Montréal accueille déjà une grappe d'entreprises en technologies des communications déjà fortement concentrées dans la zone centrale de l'île et susceptibles de relever ce défi avec les universités. D'ailleurs, ce même défi se pose déjà puisque la plupart des surspécialités médicales (neurochirurgie, traumatologie, radiothérapie, grossesses à risque, pédiatrie, greffes d'organes, chirurgie cardiaque) sont dispersées dans de nombreux hôpitaux du territoire, généralement à distance des facultés de médecine. Cette réalité qui va perdurer en tout ou en partie durant plusieurs années offre un véritable laboratoire pour la mise au point de technologies de communication appropriées.

Nous sommes donc ici en présence d'une occasion inespérée de faire un choix de portée stratégique qui aura pour effet de consolider le centre du territoire en matière d'aménagement urbain et de développement économique. Avec le CHUM au centre-ville et, en contrepartie, le développement de la cour de triage d'Outremont à des fins résidentielles et universitaires, on contribue à renforcer les avantages comparatifs du centre de l'île dans la concurrence que doit affronter Montréal. Tout cela peut se faire au profit de l'ensemble des citoyens de l'agglomération tout en assurant une meilleure accessibilité des services de santé et une utilisation optimale des infrastructures existantes.

La balance des avantages et des inconvénients, dans ce contexte, pèse avantageusement en faveur de l'implantation du CHUM au centre-ville.




La technopole au centre-ville séduit

Pascale Breton
La Presse jeudi 3 mars 2005

Le concept d'une technopole au centre-ville, qui inclurait à la fois l'hôpital, les centres de recherche et les facultés des sciences de la santé, semble faire son chemin petit à petit.

Au jour trois de la commission parlementaire spéciale sur le CHUM, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a ouvert la porte à un projet de technopole à l'hôpital Saint-Luc.

«Nous adhérons entièrement à ce concept», a répondu M. Couillard au maire de Montréal, Gérald Tremblay. Ce dernier souhaitait obtenir du gouvernement l'assurance qu'il était d'accord avec l'idée «d'un centre intégré du savoir et de la santé» qui contribuerait grandement au développement de la métropole.

Le principe de précaution doit cependant être considéré, a souligné M. Couillard. «Plaçons d'abord l'hôpital au bon endroit pour sa première mission qui est les soins à la population. Par la suite, assurons-nous que nous sommes sur un endroit qui peut également accueillir la progression vers une technopole qui dépend, il faut le dire de façon honnête, des moyens financiers du gouvernement.»

Rassuré sur la position du gouvernement, le maire de Montréal a pour sa part refusé de se prononcer en faveur de l'un ou l'autre des projets, même s'il a reconnu que le concept de technopole est réalisable au centre-ville. Le projet du CHUM à Saint-Luc est d'ailleurs plus avancé, si bien que les délais pourraient être plus courts, a-t-il dit.

«Je prends fait et cause pour le développement de la métropole avec un projet qui est un centre intégré de santé et de savoir, a déclaré M. Tremblay aux journalistes. Ce n'est pas à moi de choisir le site, c'est une décision gouvernementale.»

Comme c'est le cas pour le projet de McGill à la gare de triage Glen, Montréal pourra payer les coûts de certaines infrastructures, a souligné M. Tremblay.

«La Ville entend contribuer à financer certains aménagements dans le cadre d'accords de développement qui restent à négocier. Nous estimons néanmoins qu'il appartient au promoteur d'intégrer au projet l'ensemble des coûts qui seront générés.»

Un intérêt grandissant

Les audiences d'hier ont permis de montrer que le concept d'une technopole au centre-ville suscite un intérêt grandissant. Tant les élus de l'arrondissement de Ville-Marie que les chefs de département du CHUM ont dit y voir un net avantage.

«À choix égal, si on a la technopole du savoir et de la santé au centre-ville, ce sera le meilleur des mondes. Mais la table des chefs va se rallier au projet sans égard au site», a indiqué le Dr Serge Bélisle, porte-parole de la Table des chefs de département du CHUM.

Le chef du département d'obstétrique-gynécologie s'est aussi inquiété de l'éloignement de la clientèle à Outremont, principalement les patients aux prises avec des problèmes psychiatriques ou de toxicomanie qui se retrouvent majoritairement au centre-ville.

Une opinion qui rejoint celle de l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal. Hier, le président et directeur général, David Levine, a mis en lumière le problème de la desserte si l'hôpital est construit à la gare de triage. Il y aurait alors un déficit de 135 lits au centre-ville, entraînant des dépenses de fonctionnement additionnelles de 50 millions par année.

Une thèse que rejette toutefois une équipe de chercheurs de l'Université de Montréal qui affirme plutôt que la population aura un meilleur accès si l'hôpital est situé à Outremont, principalement celle en provenance du nord de l'île.




Fin de la commission sur le CHUM; adieu Outremont, bonjour Saint-Luc!

Yves Chartrand
Journal de Montréal 04/03/2005

Au terme de la commission parlementaire sur le site du futur CHUM qui s’est terminée hier à Québec, il apparaît clair que le ministre Philippe Couillard recommandera au conseil de ministre le centre-ville de Montréal.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux a refusé hier, lors d’un point de presse «de faire ce matin le procès d’un site ou d’un autre» mais il a ajouté du même souffle que, dans le cas du site d’Outremont, «il reste encore des questions essentielles de coût et de sécurité qui demeurent non éclaircies».

Le gouvernement sera guidé dans son choix, a-t-il expliqué, par «le principe de précaution qui doit s’appliquer autant pour les coûts que pour la sécurité».

Son collègue, le ministre délégué au Gouvernement en ligne, Henri-François Gautrin, s’est montré beaucoup moins nuancé en estimant qu’«il y a déjà pas mal de clous dans le cercueil» dans le site d’Outremont.

Le clou ultime avant d’enterrer le projet de l’Université de Montréal sera sans doute rivé mardi soir prochain lors du caucus des députés péquistes pour discuter expressément de la position du Parti québécois à la lumière des travaux de la commission spéciale sur le CHUM.

Une adhésion du PQ au site de l’hôpital Saint-Luc donnerait à Philippe Couillard le coup de pouce déterminant pour rallier les libéraux. Officiellement, le PQ favorise toujours le site du 6000, Saint-Denis.

Un ou deux CHU?

Mais hier, le son discordant dans cet étrange concert des libéraux et des péquistes contre le site d’Outremont est venu du Dr Yves Lamontagne, président du Collège des médecins du Québec.

Avec son franc-parler habituel, le Dr Lamontagne a fait éclater le seul consensus qui demeurait encore intact dans le dossier du CHUM, celui de construire un site unique de 700 lits.

«Pour nous un CHU, c’est un centre ultraspécialisé» appuyé sur un réseau d’hôpitaux affiliés qui offrent les services de première ligne. «Il faut que nous sortions du ghetto des fusions», a mentionné le médecin.

Le choix de McGill

C’est d’ailleurs cette voie qu’a choisie l’Université McGill avec deux sites. Et ça «agace» le Dr Lamontagne, de son propre aveu. «D’ici 10 ans, ce seront eux les kings» pour les soins surspécialisés et non le CHUM.

Celui-ci est allé plus loin encore en se questionnant sur l’obligation de construire deux réseaux compte tenu des moyens financiers dont disposent les Québécois.

«Pourquoi il en faut deux? On ne pourrait pas en faire juste un?»

La remarque a été carrément escamotée par Philippe Couillard.

En point de presse, après ce témoignage, le ministre a déclaré avoir retenu de cette commission que le «point de convergence», c’est que «le modèle d’un site unique à 700 lits au CHUM semble quelque chose d’inamovible pour l’université et le corps médical».




CHUM : Pour qui négociait au juste Paul Desmarais ?

Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 115, 7 mars 2005

« Un train peut en cacher un autre », peut-on lire sur les panneaux dans les gares en France pour inviter les voyageurs à la prudence. Dans la saga du CHUM, un train peut cacher. un terrain contaminé ! Expliquons-nous.

L’essentiel du débat à propos de la cour de triage du site Outremont a porté sur la présence de voies ferrées où circulaient des trains transportant des matières dangereuses et l’impossibilité de les déplacer assez loin pour rendre le centre hospitalier - pardon!, la technopôle - sécuritaire.

Mais peut-être nous sommes-nous laisser aveugler par la question des voies ferrées et n’avons pas vu que le véritable enjeu était le terrain contaminé !!! C’est l’éditorialiste André Pratte de La Presse qui, ce matin, nous met la puce à l’oreille.

Il écrit : « L’Université de Montréal doit absolument acheter le terrain de la gare de triage, terrain qui pourra enfin être exploité après des décennies de tergiversations. Le contrat signé avec le CP permet à l’institution d’acquérir l’emplacement sans grever outre mesure son budget. Il est clair aujourd’hui que le développement futur de l’Université doit se faire à cet endroit. La Ville de Montréal doit saisir cette occasion et travailler de concert avec l’Université pour guérir cette plaie sur son territoire. »

Pourquoi l’Université de Montréal devrait-elle « absolument » acheter ce terrain ? Au ministère de l’Éducation, on conteste les besoins d’agrandissement de l’Université de Montréal. Pourquoi André Pratte n’en fait-il pas mention? Pourquoi reviendrait-il à la Ville de Montréal de « guérir cette plaie »?

Il n’est pas inutile de revoir les conditions du contrat signé entre l’Université de Montréal et le CP à propos de cette « plaie ».

Dans un article intitulé « L’offre d’achat divulguée », (26 février 2005) les journalistes André Noël et Pascale Breton de La Presse rapportent les termes de ce contrat.

Le terrain contaminé, apprend-on, sera vendu tel quel. L'Université de Montréal devra acheter la gare de triage « à ses risques et péril », stipule l'offre d'achat qu'elle a signée en décembre avec son propriétaire actuel, le Canadien Pacifique.

« Le vendeur (le CP) ne donnera aucune garantie de quelque nature que ce soit concernant la qualité environnementale de l'immeuble (la gare de triage). L'acheteur (l'Université) devra prendre l'immeuble à ses propres risques et périls. De plus, l'acheteur devra renoncer à toute réclamation à cet égard. »

La gare de triage, en exploitation depuis un siècle, est remplie de BPC, d'hydrocarbures et de produits chimiques toxiques. Seul le CP a analysé les sols. Il a remis les résultats à l'Université, mais il refuse d'en garantir l'exactitude, écrivent André Noël et Pascale Breton.

« Le vendeur ne donnera pas de garantie et ne fera pas de déclaration quant à l'exactitude ou à l'exhaustivité des analyses environnementales que le vendeur lui aura remises », note l'offre.

L'Université aura le droit de refaire des analyses. Si les coûts de décontamination sont de 25 millions, elle devra les payer entièrement. Si c'est moins, elle devra partager les « économies » à parts égales avec le CP (par exemple, si les coûts sont de 23 millions, elle devra donner un million au CP).

Si c'est plus, le CP devra partager les coûts supplémentaires à parts égales avec l'Université (par exemple, si les coûts sont de 31 millions, le CP devra en payer trois).

Au-delà de 40 millions, l'Université est la seule à payer. Enfin, elle peut retirer son offre d'achat si les analyses démontrent que la décontamination coûtera plus de 30 millions.

Voilà ce que nous apprennent les journalistes André Noël et Pascale Breton.

L’éditorialiste André Pratte et la chroniqueure Lysiane Gagnon du journal La Presse ont invité leurs lecteurs à plusieurs reprises à s’incliner devant l’altruisme, la générosité et la philanthropie de leur patron Paul Desmarais qui aurait, gracieusement, accepté de négocier avec le Canadian Pacific pour le plus grand bénéfice de l’Université de Montréal. Et qui aurait obtenu que le CP cède ce terrain de 225 000 mètres carrés pour la modeste somme de 20 millions de dollars

Mais peut-être avons-nous tout de travers! Et si, au lieu de négocier pour l’Université de Montréal, Paul Desmarais aidait plutôt le CP à se débarrasser d’un terrain hautement contaminé, d’une « plaie », en en refilant l’inévitable facture de décontamination à l’Université de Montréal et à la Ville de Montréal. Au bout du compte, aux contribuables montréalais et québécois !




Jean Charest sonne le glas d'Outremont

Denis Lessard
La Presse mardi 08 mars 2005

L'Université de Montréal n'est pas parvenue à répondre aux interrogations du gouvernement du Québec avec son projet de technopole de la santé à la gare de triage d'Outremont.

Avant même d'en avoir discuté avec ses députés et son Conseil des ministres, comme il s'était engagé à le faire début février, le premier ministre Jean Charest a sonné hier le glas du projet de CHUM à Outremont.

«La commission parlementaire a été utile», a souligné d'emblée M. Charest à sa sortie d'une réunion de ses députés. Au terme de l'exercice de la semaine dernière, force est de constater, selon lui, qu'il y avait deux grandes questions: la sécurité et les coûts. «Dans un cas comme dans l'autre, pour ce qui est du projet Outremont, il y a des doutes très très réels qui ont été exprimés. Cela va peser dans la balance au moment où une décision sera prise», a-t-il ajouté. Et la décision sera prise «le plus rapidement possible».

Pendant quatre jours la semaine dernière, les projets d'Outremont et de Saint-Luc ont été scrutés par une commission parlementaire spéciale.

Les experts Armand Couture et Guy Saint-Pierre ne sont parvenus qu'avec difficulté à défendre le projet de la gare de triage, durement attaqué par l'ancien premier ministre Daniel Johnson.

M. Charest a noté en outre que le projet de technopole mis de l'avant par l'Université de Montréal avait également retenu l'attention. «Les gens ont vu beaucoup de mérites dans ce projet de technopole. C'est une vision de l'avenir qui me paraît intéressante, c'est très positif... je le vois indépendamment de l'endroit où cela peut aller», a-t-il soutenu.

Les promoteurs de Saint-Luc avaient indiqué la semaine dernière que leur emplacement pouvait tout aussi bien qu'Outremont accueillir le projet de technopole de la santé.

«Montréal a toujours été réputé mondialement pour la qualité de sa recherche médicale. On reçoit bon an mal an près de 30 % des fonds pour la recherche médicale au Canada, je veux que cela continue pour l'avenir du Québec», a-t-il souligné.

Les déclarations de M. Charest ont comblé d'aise le titulaire de la Santé, Philippe Couillard, farouche partisan de Saint-Luc qui s'est refusé à tout commentaire hier. «Les propos de M. Charest vont dans le sens de ceux exprimés la semaine dernière par M. Couillard, s'est contentée de dire son attachée de presse, Cathy Rouleau. Les préoccupations quant aux coûts et à la sécurité, soulignées en commission parlementaire, sont partagées par l'ensemble des ministres et des députés», a-t-elle ajouté.

Bouchard dénonce

Mais l'enterrement de première classe du projet d'Outremont ne s'est pas fait en douceur. L'ancien premier ministre Lucien Bouchard, partisan de la technopole conçue par l'Université de Montréal, dénonce aujourd'hui l'absence de bonne foi du ministre Couillard lors de la commission parlementaire de la semaine dernière.

L'exercice « d'écoute attentive et de dialogue » promis par M. Charest n'a jamais eu lieu. Le ministre Couillard «a jugé bon d'orchestrer la mise en scène d'une exécution sommaire du projet d'Outremont» dénonce M. Bouchard dans une lettre publiée aujourd'hui dans les pages Forum de La Presse (A19). «Je ne puis me résigner à croire que le succès de l'opération de relations publiques de la semaine dernière nous aura fait rater cet autre rendez-vous avec notre avenir», martèle l'ancien premier ministre.

«Robert Lepage lui-même n'aurait pas mieux fait en terme de distribution des rôles », poursuit-il accusant le ministre Couillard d'avoir fait délibérément coiffer le bonnet d'âne aux partisans d'Outremont afin de se transformer avec M. Johnson « en héros de la pièce».

M. Couillard a volontairement ignoré des informations des experts Couture et Saint-Pierre qui soutenaient qu'il en coûterait plus cher de rénover à Saint-Luc que de bâtir à Outremont. «Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage», écrit Lucien Bouchard, qui accuse M. Couillard d'avoir fermé les yeux sur les études qui montraient, en 1999, que Saint-Luc avait été formellement déclaré inapte à recevoir le mégahôpital. «Rien ne justifie que nous nous contentions d'un hôpital universitaire de compromis, partiellement recyclé et coincé dès le départ par l'exiguïté des espaces environnants» dit l'ex-premier ministre qualifiant de «frileux» ceux qui préfèrent les «petits pains» au «grand projet».

Prudence au CHUM

Les partisans du CHUM à Saint-Luc se retenaient de pavoiser trop vite devant les déclarations de M. Charest. «Il y a eu tellement de cas où le gouvernement a dit des choses et changé de discours par la suite dans le dossier, on va attendre la décision officielle», a déclaré Marc Laviolette, ancien président de la CSN, membre du conseil d'administration du CHUM.

«C'était écrit dans le ciel. Avec Outremont, on achetait un terrain à nos risques et périls pour la décontamination, on se donnait trois ans pour déplacer une voie ferrée, sans garantie si aucune alternative n'était trouvée», rappelle le syndicaliste. La commission parlementaire a eu l'avantage de mettre les deux lieux dans la balance, devant l'opinion publique.

Pour lui, toutefois, le choix du centre-ville tombe sous le sens. «Cela fait 10 ans que j'attends ça. Il faut maintenant attendre la décision officielle pour mettre tout en marche. Avec cette affaire d'Outremont, on a perdu près d'un an», déplore-t-il.

Joint hier, l'ancien premier ministre Daniel Johnson, qui avait le plus durement attaqué les incertitudes du projet d'Outremont, a rappelé qu'il n'avait fait qu'étaler des faits dans son témoignage percutant en commission parlementaire.

« Un élément important quant aux coûts, c'est que le projet d'Outremont suppose qu'on fasse tout ensemble. Pour Saint-Luc, on peut commencer avec l'hôpital et faire le reste par la suite», a fait valoir hier M. Johnson.




Un homme amer

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mercredi 9 mars 2005

Dans une lettre à La Presse, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard attaque le ministre Philippe Couillard, qu'il accuse d'avoir «orchestré la mise en scène d'une exécution sommaire du projet d'Outremont» lors de la récente commission parlementaire sur l'avenir du CHUM.

Ironique, cette sortie amère de M. Bouchard, livrée sur le ton de celui qui vient de perdre une bataille ! Dis-moi qui tu fréquentes...

Après tout, n'est-ce pas sous sa gouverne qu'on a comprimé de 2,3 milliards de dollars les dépenses en santé afin d'atteindre le déficit zéro une année plus vite que prévu ? N'est-ce pas lui, M. Bouchard, qui a personnellement défendu l'idée d'emprunter 2,3 milliards à long terme pour financer le départ précipité pour la retraite de 33 000 employés, dont des milliers de médecins et d'infirmières spécialisées ? Cette erreur, la plus grave d'un gouvernement du Québec contemporain, nous en payons encore le prix.

Comme M. Bouchard, les Québécois aussi préfèrent «les grands projets» au «petit pain». Pour autant, cela ne fait pas d'eux des valises.




Un petit pain

Lucien Bouchard
La Presse mardi 8 mars 2005

En rejetant le site Outremont, c'est en quelque sorte un rendez-vous avec l'avenir qu'on refuse

Le premier ministre Jean Charest comptait sans doute sur les travaux de la commission parlementaire de la semaine dernière pour éclairer la décision qu'il doit prendre sur la localisation du CHUM. Il était en droit de s'attendre à ce que le ministre de la Santé et des Services sociaux conduise un exercice d'écoute attentive, de dialogue ouvert et d'analyse objective. Il doit être bien déçu. Son ministre a plutôt jugé bon d'orchestrer la mise en scène d'une exécution sommaire du projet Outremont. Robert Lepage lui-même n'aurait pas mieux fait en termes de distribution des rôles, d'agencement des interventions et de finalité implacable du dénouement. Décor somptueux, petits et grands rôles, bons et méchants: tout y était.

Rien qu'à voir comment le ministre traitait les interventions du recteur Robert Lacroix et des ingénieurs Guy St-Pierre et Armand Couture, n'importe qui pouvait constater que ces derniers étaient les méchants et que le scénario ne leur réservait pas la meilleure part. Du coup, on ne pouvait manquer de voir dans le ministre Couillard et son expert, l'ancien premier ministre Daniel Johnson, les héros de la pièce.

Quelle galère!

Les deux ingénieurs ont dû se demander immédiatement ce que diable ils étaient venus faire dans cette galère. Mettons-nous un instant à la place de ces éminents professionnels qui ont exécuté des grands travaux à travers le monde (centrales de la baie James, tunnel Louis-Hyppolite Lafontaine, etc.), géré à la douzaine des délais et des coûts de construction, dirigé de grandes sociétés comme Lavalin, Hydro-Québec et la Banque Royale.

Voici qu'ils reçoivent un jour un appel des plus hautes autorités du gouvernement du Québec, aux prises avec la controverse malsaine que suscite le choix du site de l'hôpital universitaire francophone. Le débat a dérapé au point de créer un climat empoisonné, où les protagonistes se sont rangés en camps retranchés et où les médias ont même fait écho à une rumeur de démission du ministre responsable du dossier. Pour clarifier la situation, calmer le jeu et introduire plus d'objectivité dans la prise de décision, le premier ministre et son ministre de la Santé et des services sociaux sollicitent l'expertise de messieurs St-Pierre et Couture qui acceptent. Ils procèdent à l'étude comparative des deux sites proposés et déposent un rapport étoffé qu'ils sont priés ensuite de présenter à la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur la question.

Quelles ont dû être leur surprise et leur désarroi de constater qu'ils s'exposaient ainsi au désaveu public du ministre, mécontent des conclusions auxquelles ils en arrivaient! Ce dernier n'a pu en effet cacher son déplaisir de les entendre affirmer que les coûts du CHUM à Outremont seraient inférieurs à ceux du CHUM à St-Luc. Il a fait la sourde oreille à leurs mises en garde sur les excédents de dépenses qu'engendreraient le recyclage de vieux bâtiments à St-Luc et l'opération simultanée de l'ancien hôpital durant l'édification du nouveau. Ils l'ont vu repousser les assurances prodiguées par leurs études sur la sécurité du site d'Outremont, confirmées par Transport Canada. Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage.

Le ministre leur oppose son expert, monsieur Daniel Johnson, dans une partie forcément inégale puisqu'il lui fait porter le chapeau additionnel d'ancien premier ministre.

Tout était joué d'avance. Cantonnés dans leur rôle d'experts, messieurs St-Pierre et Couture ne pouvaient l'emporter dans cette joute livrée sur le terrain de parlementaires aguerris et de maîtres du spectacle médiatique, d'autant que la baguette était tenue par un maestro aussi déterminé que talentueux. Qu'on ait pu faire naître l'impression que le danger des dépassements de coûts plane du côté du projet d'Outremont plutôt que de celui de St-Luc tient de la haute voltige. Il faut également beaucoup d'aplomb pour invoquer le plus haut degré de " francité " que favoriserait St-Luc, comme le faisait M. Johnson dans La Presse de dimanche.

Débat néfaste

Il est plus que temps qu'une décision mette un point final au débat acrimonieux et néfaste qui aura précédé le choix du site du CHUM. N'a-t-on pas frisé la démagogie en mettant en opposition médecins et patients, médecins chercheurs et médecins traitant, gens ordinaires et membres de la communauté d'affaires, élitisme et populisme, expertises et sondages? Il ne manquerait plus que l'intervention d'un " focus group " pour compléter cette saga.

De surcroît, par quelle métamorphose en est-on venu à exalter les mérites du site de St-Luc, alors qu'il avait été formellement écarté dans l'étude commandée en 1999 par le gouvernement du Parti québécois. On me permettra de trouver le gâchis actuel d'autant plus regrettable que le ministre aurait pu l'éviter en confirmant la réalisation du CHUM sur le site du 6000, St-Denis, qui avait recueilli l'adhésion de tous.

Le dossier est maintenant sur le bureau du premier ministre, là où il devait aboutir de toute façon. Monsieur Charest a l'occasion de doter Montréal d'une réalisation d'envergure internationale, dans l'intérêt des patients du Québec, de l'enseignement médical francophone, de la recherche médicale, de la promotion économique du Québec et du développement de l'Université de Montréal. L'expression " grand projet " est accolée par certains à celui d'Outremont pour terrifier les frileux (il n'en manque pas par les temps qui courent où chaque projet est abattu en flammes avant même de prendre son envol). Quant à moi, je préfère " grand projet " à " petit pain ". Rien ne justifie que nous nous contentions d'un hôpital universitaire de compromis, partiellement recyclé et coincé dès le départ par l'exiguïté des espaces environnants. Il serait navrant de renoncer au même rayonnement et au même potentiel de développement que celui dont bénéficiera l'établissement que nos concitoyens anglophones s'apprêtent à édifier dans la cour Glen.

Les Québécois n'ont pas craint de construire les centrales de Manicouagan et de la baie James, de se donner un remarquable réseau d'éducation, de se pourvoir de généreux programmes sociaux, d'ouvrir des fenêtres sur le monde par l'Expo de 1967 et les Jeux olympiques de 1976, de se lancer à la conquête des marchés internationaux dans des secteurs technologiques de pointe. La construction d'un complexe intégré de soins, de recherche, d'enseignement médical et de développement économique nous donne encore une fois une occasion de grandeur et d'excellence.

Je ne puis me résigner à croire que le succès de l'opération de relations publiques de la semaine dernière nous aura fait rater cet autre rendez-vous avec notre avenir. Le moment est venu de renouer avec l'élan créateur dont nous sommes capables et de réaliser un projet à la hauteur des aspirations et des besoins des générations qui vont nous suivre.

L'auteur a été premier ministre du Québec de 1996 à 2001.




Le ministre Couillard ou l'avenir

Luc Bessette, Médecin et cofondateur de MD-Plus
Le Devoir mercredi 9 mars 2005

Libre opinion - On peut comprendre Jean Charest de vouloir apprécier un soutien populaire aux décisions quotidiennes de son administration, mais on ne pourra pas lui pardonner de subordonner l'avenir d'un peuple au populisme. Or, dans le dossier du CHUM, le premier ministre ne peut baser sa décision sur la mise en scène trompeuse de la commission parlementaire menée par le ministre Philippe Couillard. En effet, Lucien Bouchard a raison de laisser entendre que la façon cavalière avec laquelle ce dernier a fait fi des meilleures expertises et usé d'arguments fallacieux pour imposer un choix qui nie aux Québécois grandeur et excellence d'avenir ne saura résister au jugement de l'histoire.

Le ministre a fait grand état ces jours derniers de la question de la sûreté ferroviaire advenant la construction du CHUM sur le terrain de la gare de triage d'Outremont. On a effectivement appris qu'il y a risque, une fois tous les «quelques siècles», qu'un accident majeur survienne. Le ministre Couillard demande des garanties de sécurité. Il voudrait éviter qu'on mette ainsi à mal des centaines de patients d'un CHUM qui serait localisé à plusieurs centaines de mètres d'un éventuel accident.

On ne pourrait que saluer la vertu du ministre. Dommage toutefois que cette vertu apparaisse plus intense face à une menace virtuelle appréhendée, mais peu probable, que face à un danger existant et réel. Se rappelle-t-on toujours que, l'an dernier, plus d'une centaine de patients du CHUM ont contracté le Clostridium difficile et que plusieurs dizaines d'entre eux sont morts d'une maladie qui aurait pu et dû leur être évitée ?

La mauvaise gestion hospitalière, un entretien sanitaire déficient, la surpopulation des corridors et des chambres ainsi que l'isolement inadéquat des cas infectés ont contribué et continuent à propager des maladies évitables. Cela est un danger réel et un véritable problème de sûreté biologique. Ce risque actuel a tué et tuera bien plus que l'accident ferroviaire appréhendé. On plaide qu'il faudra décontaminer le site d'Outremont. Mais que dit le ministre de la décontamination biologique du site de Saint-Luc, notamment ?

Prétendre qu'on fera le CHUM à Saint-Luc et qu'on tentera d'y greffer une technopole des sciences de la vie ultérieurement revient à reléguer ce projet aux oubliettes administratives. Or il y a effectivement lieu, au profit des générations futures, de développer une technopole de la santé qui permettrait au Québec de se hisser dans le peloton de tête du développement des sciences de la vie. Le Québec dépense déjà 20 milliards par année en services de santé. Pourquoi ne pas tirer parti de cette activité économique et du savoir qu'elle génère ?

Quand on sait que le secteur manufacturier et même celui des services se délocalisent maintenant en Asie, l'avenir économique de notre société passe par le développement de secteurs de pointe. Le Québec pourrait et doit, s'il veut maintenir son statut économique, tirer avantage d'un secteur d'avenir aussi porteur que celui des sciences de la vie. Ignorer cet impératif dans un monde ouvert sur la mondialisation en revient à décider de se marginaliser et à accepter de laisser glisser les siens vers la dépendance et l'infériorité.

Malgré les prétentions contraires du ministre Couillard, cette technopole ne peut se faire sur la base du recyclage de vieux bâtiments, sur un site coincé et exigu. Aussi, permettons-nous de convier le premier ministre à un espace plus vaste, à un regard porté vers l'avenir et qui prenne en compte les générations futures. C'est là le meilleur avenir, le seul qui mérite d'être laissé en héritage.

Évitons de répéter l'erreur de l'an dernier. À l'ère d'Internet, il aura fallu plus de trois mois au ministre Couillard pour cumuler et saisir l'information nécessaire afin de reconnaître l'épidémie meurtrière due au Clostridium difficile. On comprend bien que le ministre veuille être prudent, mais le Québec a besoin de plus vite et de mieux. Autrement, c'est le train quotidien qui déraillera, au CHUM et dans l'ensemble du réseau sanitaire.




Une fraude intellectuelle

Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 10 mars 2005

La façon dont se dénoue la saga du CHUM relève de la fraude intellectuelle

On a vu comment le ministre de la Santé a orchestré ce que Lucien Bouchard appelle fort justement " l'exécution sommaire " du CHUM-Outremont, affichant une désinvolture proche du mépris envers les experts les plus crédibles et la plus grande institution d'enseignement et de recherche du Québec. L'analyse objective a été honteusement sacrifiée au populisme le plus primaire. (" Notre coeur est à l'est ", dit pieusement Bernard Landry.)

Par une étrange métamorphose psychologique, l'emplacement Saint-Luc, que tout le monde, sans exception, considérait il y a moins d'un an comme un pis-aller, est maintenant décrit, par le lobby anti-Outremont, comme un emplacement magnifique et exaltant. (" Cet endroit m'émeut ", dit sans rire Daniel Johnson.)

Enfin, et c'est peut-être la pire fraude intellectuelle de ce dossier qui en contient tellement, le CHUM-Saint-Luc s'est approprié le concept de " technopole de la santé ", et ses partisans osent prétendre que cette " technopole " peut être développée à Saint-Luc tout autant qu'à proximité de l'Université de Montréal.

Que dire enfin du premier ministre Charest, qui s'est lâchement exclu des débats sur un enjeu qui avait depuis longtemps débordé du cadre d'un simple ministère? Envolé à Bruxelles pendant la commission parlementaire, il en est revenu pour reprendre à son compte le refrain sur " les coûts et la sécurité " et pour fustiger bassement Mario Dumont: si ce dernier maintient son appui au CHUM-Outremont (un projet que M. Charest lui-même favorisait fortement il n'y a pas deux semaines), c'est qu'il serait le porte-voix de Lucien Bouchard! Cette algarade est indigne d'un premier ministre.

Le projet de l'Université de Montréal avait peu de chances d'être évalué à son mérite par une commission parlementaire dont les membres influents, du ministre Couillard à Louise Harel, étaient depuis le tout début totalement préjugés contre ce projet.

Effectivement, on a rejeté du revers de la main le rapport de MM. St-Pierre et Couture, les deux seuls intervenants qui s'y connaissent en ingénierie et qui ont géré (et mené à bien) de très grands projets, pour accueillir à bras ouverts le témoignage de n'importe quel opposant. Même indifférence envers l'opinion pourtant bien étayée du recteur Lacroix, l'un des meilleurs esprits du Québec.

On s'est donc abstenu de s'interroger sur les coûts cachés du projet Saint-Luc (rénovations aléatoires, construction sur l'autoroute et en sous-sol, etc.), pour se concentrer sur le coût appréhendé du CHUM-Outremont, sans tenir compte des retombées économiques et intellectuelles qu'il aurait apportées à Montréal.

Au mépris du rapport St-Pierre-Couture, un rapport corroboré au surplus par Transport Canada où sont les seuls vrais experts du transport ferroviaire, on a systématiquement joué sur la peur en exagérant au-delà du bon sens les risques du projet Outremont. Comme si, dans une grande ville du XXIe siècle, on pouvait éliminer tous les dangers potentiels! Tant qu'à évoquer le risque minime d'un accident ferroviaire, pourquoi ne pas parler d'un attentat terroriste au centre-ville ou de l'explosion d'un camion rempli d'essence sur l'autoroute Ville-Marie?

Incidemment, les résidants d'Outremont et de Mont-Royal, où il se construit des centaines de condos chaque année, doivent être ravis d'apprendre qu'ils habitent sur une poudrière. En tant que député de Mont-Royal, M. Couillard, si porté sur " le principe de précaution ", ne devrait-il pas organiser l'évacuation des secteurs bordant les voies ferrées du CP?

Cet argument de la sécurité, M. Couillard y était drôlement moins sensible lors de l'épidémie de Clostridium Difficile qui a menacé la vie de centaines de patients - un problème bien réel, celui-là, que le ministre a poussé sous le tapis pendant des mois.

Un autre quotidien décrit en termes dithyrambiques la soi-disant " technopole de la Santé " qui existerait déjà autour de Saint-Luc: 28 000 employés du secteur de la santé, l'UQAM, des institutions et des polycliniques... C'est ridicule. La concentration d'employés dépend exclusivement de l'emplacement des hôpitaux. Et un CLSC ou une clinique médicale, aussi utiles soient-ils, ne sont pas des organismes de recherche.

Quant à l'UQAM, sa contribution aux sciences de la santé ne peut même pas se comparer à celle de l'UdeM, avec ses facultés de médecine, de pharmacie, de sciences infirmières ou de médecine dentaire, sans compter la panoplie complète des sciences pures. L'UQAM a, quant à elle, un petit département de chimie et un département de sciences biologiques qui compte 50 professeurs réguliers... dont la moitié travaille dans le domaine de l'écologie!

Ce n'est qu'autour de l'Université de Montréal que peut être érigée une véritable " Cité du savoir et de la santé ". Non seulement le CHUM-St-Luc n'aura-t-il pas l'espace requis pour tous ces labos, mais jamais l'UdeM - pas plus d'ailleurs que McGill - ne laissera ses facultés de la santé quitter son campus.




Les CHU: ne pas refaire Eaton's contre Dupuis frères

Michel Garcia, Médecin
Richard Gervais, Philosophe. Kuujjuaq
Le Devoir mercredi 16 mars 2005

Libre opinion: Les projets de fusions des hôpitaux universitaires montréalais remontent à une quinzaine d'années. À ce jour, ni la proposition de l'université McGill ni celle de l'Université de Montréal n'ont reçu l'aval gouvernemental, et tout a l'air d'achopper sur des questions d'emplacement.

Or les hésitations des gouvernements successifs procèdent peut-être de motifs moins techniques, plus profonds et, au fond, tout à fait légitimes. Car ces installations hospitalo-universitaires peuvent facilement engager le contribuable bien au-delà des moyens dont il dispose. Surtout, alors que des enjeux sectoriels de mission, de taille et d'emplacement mobilisent jusqu'ici l'attention des médias, c'est plutôt le bien-fondé même d'accoucher de projets jumeaux qu'on devrait interroger.

La question de base que se pose avec raison le citoyen est d'abord de savoir si Montréal a besoin de deux grands hôpitaux universitaires. Dans un monde idéal, selon Yves Lamontagne à qui on posait la question, la réponse est évidente : il ne devrait y avoir qu'un seul centre hospitalier universitaire d'envergure mais, enchaînait le président du Collège des médecins du Québec, le monde réel des «deux solitudes» ferait obstacle à cette conclusion logique.

Si Lamontagne se résigne comme par dépit aux «deux solitudes», c'est volontiers que Lucien Bouchard voudrait pour sa part qu'on les consacre. Tenant pour acquis que le citoyen québécois appuie l'idée de deux mégacentres, l'ancien premier ministre du Québec invite en effet ses concitoyens francophones à ne pas se contenter d'un «petit pain» mais à viser grand et à rivaliser plutôt avec le projet que leurs concitoyens anglophones envisagent d'ériger.

Deux objections

La première objection concerne ce clivage même. Les décideurs sont là pour faire l'histoire, non pour la raconter. Il ne s'agit pas de consacrer les «deux solitudes» ni de s'en servir comme prétexte mais de cheminer vers plus d'unité. D'autant plus qu'entre les deux blocs, la réalité tend déjà à la mixité des clientèles, des dispensateurs de soins et même des gestionnaires. On discute là d'une installation publique d'envergure, pôle d'identité collective.

Les desiderata segmentaires des dispensateurs de services ne doivent pas prévaloir sur le bien commun et l'intérêt de la population à soigner. Du temps où les soins de santé étaient assurés par différents groupes privés, cela était peut-être tolérable, mais maintenant que la facture est collective et que presque tout le système repose sur le financement public, ce n'est plus acceptable. Qui pourrait justifier deux métros parallèles, l'un pour les gestionnaires francophones et l'autre pour les gestionnaires anglophones ? Idem pour la Bibliothèque nationale, pour la Place des Arts, pour Hydro-Québec... Sept millions de solitudes, peut-être, mais deux...

La seconde objection porte sur l'envergure relative du projet. Si on veut vraiment faire de Montréal une métropole internationale des sciences cliniques, on doit penser à unifier les ressources disponibles pour atteindre les masses critiques concurrentielles. À la bonne échelle, ce sera à Mayo, à Johns Hopkins et à la Cleveland Clinic qu'on pourra éventuellement être comparé. Se limiter au vieux cadre mental de «Eaton's contre Dupuis frères» ne suffira pas.

Pourquoi confiner la concurrence au «petit pain» de la patinoire municipale quand elle se joue sur le plan continental et international ? De plus, un hôpital de, disons, 1300 lits, avec son centre ambulatoire, son parc technologique, son infrastructure d'enseignement et de recherche, sera probablement moins cher à construire et moins dispendieux à faire fonctionner que les deux centres projetés. À une époque où l'escalade de la «facture santé» compromet de plus en plus la capacité de l'État à remplir ses autres obligations, y compris celles qu'il a face à tout le réseau de la santé, la prudence est de mise.

Les interminables désaccords à propos de l'emplacement cachent des visées davantage sectorielles que panquébécoises. La question revêt une importance décisive et sera structurante pour l'avenir de notre système hospitalier et de nos sciences cliniques. Profitons-en pour élever le débat à sa vraie hauteur, celle du bien commun, et de promouvoir résolument l'idée d'un seul grand hôpital universitaire. Et qu'une réflexion stratégique soit menée sur l'avenir de nos deux facultés de médecine montréalaises.




POUR UN CHU UNIQUE ET RASSEMBLEUR

Communiqué SSJB
TRIBUNE LIBRE mercredi 23 mars 2005

Montréal, le 23 mars 2005.—Voici le texte d’une prise de position de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, endossé par plusieurs intervenants des milieux hospitalier et universitaire et présenté ce matin en conférence de presse par le président général Jean Dorion :

Dans le débat sur le futur Centre hospitalier universitaire de Montréal, étonnamment, la polémique médiatique ne vise que le site du CHUM. Question importante, mais le principal débat devrait porter sur le besoin d’avoir DEUX « mégahôpitaux », séparés sur une base linguistique. Comme s’il y avait deux villes à Montréal, ou comme si nous étions trop riches, Québec paiera pour deux infrastructures identiques et cela ne semble étonner personne! Mais pourquoi donc le McGill University Health Center (MUHC) devrait-il être financé au même niveau que le Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM)? Le mégahôpital anglophone devrait-il même être construit? Ne sont-ce pas là les vraies questions à se poser? .

Précisément, dans un contexte où nos hôpitaux ont été victimes de restrictions budgétaires sévères, depuis au moins une décennie, avec les conséquences déplorables que l’on sait, le Québec a-t-il les ressources financières nécessaires à la construction de deux mégahopitaux, à leur entretien et à leur fonctionnement pour les années à venir? Un tel dédoublement ne se fera-t-il pas au détriment des ressources hospitalières des régions?

La première exigence des citoyens face à leur gouvernement devrait concerner les intentions de ce dernier quant au financement respectif des deux établissements. On parle d’un milliard pour chacun des deux mégahôpitaux. Un simple rappel de l’histoire de certains mégaprojets récents, postérieurs au stade olympique, devrait nous faire dire « au moins trois milliards pour les deux. » En avons-nous les moyens alors que nos hôpitaux actuels souffrent constamment de sous-financement et arrivent à peine à faire face aux besoins de la population ?

Par ailleurs, on accorderait à McGill la moitié des nouveaux investissements en santé alors que les anglophones ne forment que 12,1% de la population du Grand Montréal. Les francophones (67,3%) sont presque cinq fois et demi plus nombreux! La disproportion serait encore plus forte si on prenait au sérieux le projet de la Charte de la langue française, adoptée il y a 27 ans, d’intégrer les allophones à la majorité francophone. Mais on semble miser plutôt sur leur anglicisation à en juger par la répartition des fonds prévue. On ne parle pas avec ces hôpitaux de projets dont l’impact durera quelques années, mais plutôt quelques générations.

Toute la question renvoie à celle des subventions à McGill, déjà sur-favorisée par ses dotations privées et à laquelle le Gouvernement continue d’assigner 25% des places en médecine de tout le Québec, soit trois fois le poids démographique des anglophones au Québec, lequel dépasse à peine huit pour cent. Or, le rendement de cet investissement est plus que douteux : une étude de l'Association des facultés de médecine canadiennes (AFMC) indique que les diplômés de McGill représentent seulement 10% des médecins qui pratiquent au Québec (environ 60% des médecins formés à McGill quittent le Québec, cet exode affectant aussi ceux d’entre eux qui sont nés ici). À l'inverse, les facultés de langue française ont un taux de rétention qui oscille autour de 88%. Comment justifier que le CHUM reçoive le même montant que le MUHC, alors que l’Université de Montréal forme quatre fois plus de médecins pratiquant au Québec que McGill, soit 40% du total comparativement à 10%?

En termes purement économiques, à investissement égal, le gouvernement du Québec obtient beaucoup plus de médecins de l’Université de Montréal que de McGill. Pourtant, on ne constate nulle part le début d’une remise en cause de l’ampleur des sommes investies à McGill, sommes qui dépassent de loin celles qu’on pourrait prétendre justifiées par le poids démographique des anglophones au Québec. Le bon sens voudrait qu’on ne construise à Montréal qu’un seul mégahôpital, un projet emballant regroupant les chercheurs des deux universités et administré dans la langue officielle du Québec par son personnel de toutes origines, avec des accommodements au niveau des soins en faveur des patients qui ne la parlent pas, comme on en fait dans tous les pays civilisés. Mais si l’on veut absolument construire le MUHC, il devrait obtenir 12% du budget total, par exemple 240 millions sur les deux milliards souvent prévus, et non 50%, soit un milliard, comme il en est question actuellement. Toute autre répartition du financement constitue une injustice qui pénalisera les francophones et encouragera l’anglicisation des allophones (le réseau hospitalier est l’un des plus gros employeurs à Montréal) en plus d’impliquer, par la duplication, un gaspillage des ressources déjà insuffisantes du Québec dans le secteur de la santé.

Pendant qu’il en est encore temps, nous exhortons le gouvernement à effectuer des audiences publiques et que cette fois, toutes les options soient sur la table, notamment celle, emballante, d’un seul CHU à Montréal.

Jean DORION, président général,
au nom de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal,
le 23 mars 2005

Ont également souscrit à cette prise de position les personnes suivantes des milieux hospitalier et universitaire :

Jacques Baillargeon, M.D . ; Johanne Beaulieu, nutritionniste ; Denise Boucher, I.L. ; Georges-Étienne Cartier, M.D. ; Liette Denis, I.L. ; Colette Girard, audioprothésiste ; Suzanne Girard, I.L . ; Louisette Grimard Cossette, I.L. ; Frédéric Lacroix, Ph.D. ; Denis Lazure M.D.et ex-ministre de la Santé de 1976-1981, Francine Lepage, I.L., Henri-Paul Mandeville, M.D., Michel Marceau, M.D., Jean-Claude Ménard, M.D., Richard Morisset, M.D., Hubert Payne, M.D., Micheline Richard, I.L., Ivan Roy, M.D., Patrick Sabourin, chercheur. M




Les 10 ans du CHU - Une chronologie des événements

Pascale Breton
La Presse jeudi 24 mars 2005

Février 1995: Le ministre péquiste de la Santé, Jean Rochon, dépose un mémoire à l'Assemblée nationale préconisant le regroupement des hôpitaux Hôtel-Dieu, Notre-Dame et Saint-Luc afin de créer le centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

Automne 1996: La fusion devient réelle. Le CHUM est né, mais demeure séparé en trois entités.

Avril 1999: Le premier ministre Lucien Bouchard annonce que le CHUM sera construit sur un seul emplacement.

Janvier 2000: La ministre de la Santé, Pauline Marois, procède à l'annonce officielle: le CHUM sera construit au 6000, Saint-Denis, dans le quartier Rosemont-Petite-Patrie.

Juillet 2003: Le gouvernement libéral de Jean Charest démantèle la Société d'implantation du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (SICHUM) et nomme la direction du CHUM maître d'oeuvre des travaux en vue de la construction du futur hôpital.

Novembre 2003: Le gouvernement met sur pied une nouvelle commission, présidée par Brian Mulroney et Daniel Johnson pour évaluer les projets des centres hospitaliers universitaires, tant anglophone que francophone.

Avril 2004: La commission Mulroney-Johnson rejette le projet du CHUM au 6000, Saint-Denis, et recommande de le construire au 1000, Saint-Denis, au coeur du centre-ville.

Juin 2004: Le ministre libéral de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, entérine la recommandation de la commission et annonce que le CHUM sera construit au centre-ville, laissant toutefois la porte ouverte à un autre projet.

Juillet 2004: Le recteur sortant de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, présente aux membres du conseil d'administration du CHUM, à huis clos, son projet de technopole du savoir et de la santé à la gare de triage d'Outremont.

Octobre 2004: Confronté aux inquiétudes suscitées par le projet à la gare de triage, le gouvernement Charest demande à Daniel Johnson un nouvel avis et crée un comité interministériel pour étudier les différents projets.

Novembre 2004: Après des semaines de travail en coulisses, le recteur présente publiquement son projet intégrant le CHUM et les facultés des sciences de la santé à Outremont.

Janvier 2004: La décision se fait attendre. Le gouvernement Charest mandate deux experts et anciens de SNC-Lavalin, Armand Couture et Guy Saint-Pierre, pour réévaluer les projets, particulièrement celui de la gare de triage.

Février 2004: Cédant aux pressions, le gouvernement demande au CHUM et à l'Université de Montréal de rendre publiques les nombreuses études et rapports sur le CHUM et annonce la tenue d'une commission parlementaire particulière.

Mars 2004: À Québec, l'ancien premier ministre Daniel Johnson démolit le projet du CHUM à Outremont, donnant le ton aux travaux de la commission. Au terme des quatre jours d'audiences, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, indique que des doutes subsistent quant à la sécurité et au coût du projet à la gare de triage d'Outremont.




La fin des tergiversations

Pascale Breton
La Presse jeudi 24 mars 2005

Le gouvernement Charest revient à la case départ. Après une lutte qui aura duré près d'un an entre les tenants du 1000, Saint-Denis et ceux de la gare de triage d'Outremont, Québec penche finalement pour le CHUM au centre-ville.

Comme La Presse le révélait la semaine dernière, le premier ministre Jean Charest et son ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, doivent annoncer en grande pompe ce matin à Montréal que le CHUM verra le jour au 1000, Saint-Denis, l'actuel hôpital Saint-Luc.

Avec des budgets totalisant plus de 2,2 milliards, le CHUM et le Centre universitaire de santé McGill constituent les deux projets de la prochaine décennie dans la métropole.

Pas moins de 150 personnes ont été conviées à assister à cette annonce d'envergure. Le directeur général du CHUM, Denis Roy, le président du conseil d'administration, Me Patrick Molinari et le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, sont du nombre.

Après bien des tergiversations, le gouvernement choisit donc de construire au centre-ville un CHUM de 700 lits sur un site unique, sur les terrains occupés par l'actuel hôpital Saint-Luc. Selon la direction du CHUM, les travaux pourraient débuter dès l'automne pour permettre au centre hospitalier d'accueillir ses premiers patients en 2010.

À pareille date l'an dernier, la commission Mulroney-Johnson recommandait une première fois que le futur CHUM soit construit au centre-ville. Deux mois plus tard, le ministre Philippe Couillard entérinait cette recommandation, laissant toutefois la porte ouverte à un autre projet.

Cet autre projet, c'est celui à la gare de triage d'Outremont. Le recteur sortant de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, projetait d'y construire un technopôle du savoir et de la santé en regroupant le CHUM, le centre de recherche ainsi que les facultés de médecine, d'optométrie et des sciences infirmières.

Dès février 2004, le recteur a d'ailleurs demandé l'aide de Paul Desmarais père pour l'appuyer dans ses négociations avec le Canadien Pacifique afin que l'Université se porte acquéreuse de la gare de triage.

Par la suite, il a travaillé en coulisses pendant des semaines, s'alliant de nombreuses personnalités du monde des affaires pour l'aider à promouvoir son projet auprès des décideurs. Ce n'est toutefois qu'en novembre que les bases de ce technopôle ont été présentées au grand public.

Au fil des semaines et des échos qui filtraient, des inquiétudes et des dissensions ont fini par éclater au grand jour dans la population, mais aussi chez les élus.

Même le Conseil des ministres semblait divisé sur la question: le ministre Couillard se montrait favorable au projet du centre-ville, tandis que le premier ministre Charest semblait avoir un penchant pour la gare de triage d'Outremont.

" C'est certain que ça donne une drôle d'impression dans le public lorsqu'au sein du même gouvernement, au plus haut niveau sur un dossier chaud, vous avez deux tendances qui s'opposent ", commente le vice-président de la maison de sondage CROP, Claude Gauthier.

En décembre dernier, la décision semblait imminente, mais face à la grogne qui s'intensifiait, le gouvernement a plutôt décidé de commander un nouveau rapport, cette fois à deux anciens ingénieurs de SNC-Lavalin, Guy Saint-Pierre et Armand Couture.

Loin de calmer le débat, leur recommandation en faveur du CHUM à Outremont a jeté de l'huile sur le feu. Plusieurs questions concernant la voie ferrée, le transport de matières dangereuses, la décontamination et les coûts restaient encore sans réponse.

Pressé de toutes parts, le gouvernement a finalement annoncé la tenue d'une commission parlementaire de quatre jours. Mascarade orchestrée aux yeux de certains partisans d'Outremont déçus de la tournure des événements, cette commission aura surtout permis au gouvernement de valider les arguments en faveur du CHUM au centre-ville.

L'intervention de l'ancien premier ministre Daniel Johnson, qui a démoli avec aplomb le projet à la gare de triage d'Outremont, a été l'élément fort de ces audiences, finissant de clouer le cercueil du projet piloté par le recteur Lacroix.

" L'intervention de M. Johnson a joué un rôle important. Il est venu conforter les tenants de Saint-Luc et surtout, déstabiliser les raisons de construire à Outremont ", analyse M. Gauthier.

Cette commission a aussi profité au ministre de la Santé qui a gagné quelques galons de plus. Par leurs interventions, les députés libéraux qui siégeaient ont tous semblé se ranger derrière le ministre qui, à la fin des travaux, a indiqué que certains doutes subsistaient concernant la sécurité et les coûts à Outremont. Quelques jours plus tard, le premier ministre a lui-même sonné le glas du projet à la gare de triage, laissant pressentir l'annonce d'aujourd'hui.

" On va prendre une décision basée sur notre capacité de payer, les besoins du Québec et la fierté d'être les premiers en terme de recherche médicale ", avait-il soutenu.

LES ÉTUDES

  • Plus de 64 millions de dollars ont été dépensés au cours des quatre dernières années pour des études sur le CHUM.

  • Pas moins de 53 études ont été rendues publiques en février dernier, reflétant les travaux menés depuis 2003 afin dévaluer les risques, les coûts et la sécurité associés aux différents emplacements envisagés pour la construction du CHUM.

  • En un an, le gouvernement a commandé quatre rapports : celui de la commission Mulroney-Jonhson, lavis de Daniel Johnson et le rapport du comité interministériel penchaient en faveur du 1000, Saint-Denis tandis que le rapport de Guy Saint-Pierre et Armand Couture favorisait Outremont.




    Le CHUM à Saint-Luc: l'appel au ralliement sera-t-il entendu?

    Kathleen Lévesque
    Le Devoir jeudi 24 mars 2005

    Marqué par l'indécision politique, le dossier du futur CHUM connaîtra ce matin une nouvelle étape. Le premier ministre Jean Charest donnera ce matin le coup d'envoi à l'implantation du futur CHUM au centre-ville de Montréal.

    Le conseil des ministres a tranché hier. Les journalistes sont convoqués à une conférence de presse concernant «le développement de la médecine universitaire à Montréal».

    Si M. Charest signe ainsi la fin des hostilités des derniers mois entre les promoteurs de l'option du 1000, Saint-Denis et ceux de la gare de triage d'Outremont, il semble qu'il aura fort à faire pour rallier la communauté universitaire, le corps médical ainsi que l'élite du milieu des affaires derrière son choix. Les débats houleux des derniers mois risquent de laisser des traces. Les gens d'affaires ont menacé de ne pas participer au financement du projet si Québec choisissait le centre-ville, des médecins ont prédit l'exode de certains spécialistes et le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, a prévenu que jamais la faculté de médecine ne s'installerait dans la cour arrière de l'UQAM.

    Mais pour l'instant, il s'agira de sauver les apparences. Même le recteur Lacroix, qui s'est battu bec et ongles pour son projet d'Outremont et qui n'a pas caché son amertume, sera présent.

    L'exercice de ralliement s'annonce d'autant plus difficile que déjà le futur CHUM soulève de nouvelles critiques. Hier, des groupes nationalistes sont revenus à la charge pour dénoncer ce qu'ils estiment être un déséquilibre du financement public entre le projet francophone et anglophone d'hôpital universitaire. Prenant le risque d'être taxée de nationalisme étroit, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB) a fait valoir que le gouvernement devrait défendre les intérêts de la majorité.

    «Ce n'est pas normal que la moitié des services hospitaliers de Montréal soient placés sous le contrôle d'une institution de la minorité linguistique qui va les faire fonctionner en anglais d'ailleurs», a déclaré le président de la SSJB, Jean Dorion, qui craint l'anglicisation des soins de santé.

    Cette inquiétude est également présente au sein de l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal. En décembre dernier, Le Devoir révélait qu'un projet de réforme administrative au sein de l'Agence risquait d'entraîner la division de l'île de Montréal en deux: un territoire francophone, attaché au réseau universitaire intégré en santé (RUIS) de l'Université de Montréal, et un territoire anglophone, attaché au RUIS de l'université McGill.

    Pour la direction du CUSM, tout ça n'est qu'un faux débat. «La santé à Montréal, ce n'est pas une question linguistique. Des anglophones vont au CHUM et, à l'inverse, des francophones viennent chez nous. [...] La somme de 800 millions sert aux deux pôles du CUSM, donc 500 lits plus 332 lits. Il n'y a pas de déséquilibre dans l'investissement», a indiqué hier la porte-parole de l'établissement, Judith Horrell.

    Un budget de 800 millions de fonds publics québécois est prévu pour chacun des deux hôpitaux. S'ajoutent à cela des sommes provenant du gouvernement fédéral ainsi que du grand public.

    La SSJB croit que le gouvernement ne devrait construire qu'un seul centre hospitalier universitaire. «McGill, c'est une vache sacrée pour une grande partie de l'élite francophone. Il faut briser le tabou car il y a un problème historique», a ajouté Jean Dorion.