
La ministre Jérôme-Forget met un bémol sur une étude critiquant les PPP
NORMAN DELISLE
PC 3.3.2005
QUEBEC (PC) - Une étude, qui établit qu'un centre d'hébergement de la région de Québec coûtera 14 millions de dollars de plus si la construction en est confiée à un partenariat public-privé, est "déficiente", croit la présidente du Conseil du trésor, Mme Monique Jérôme-Forget.
La ministre réagissait mercredi à l'étude rendue publique en janvier dernier par la centrale syndicale FTQ. Dans ce document, une firme d'experts analyse le projet de construction d'un centre hospitalier pour soins de longue durée (CHSLD) à Québec pour y relocaliser la Résidence St-Charles, qui compte 132 lits d'hébergement.
Ces experts avait étudié deux modes de construction, soit le mode conventionnel, où le projet est entièrement géré par le secteur public, et le mode du partenariat public-privé (PPP), où une entreprise privée aurait contribué à la construction et à l'exploitation de l'établissement. Dans le second cas, le coût était plus élevé de 14,4 millions $.
Tout en vantant les qualités des experts auteurs de l'étude, la ministre y a relevé des déficiences. "La méthodologie de l'étude a été déficiente", a soutenu Mme Jérôme-Forget lors d'un entretien avec la Presse Canadienne.
Elle a mis en relief le fait qu'on a analysé la construction d'un édifice dont on avait déjà établi les plans et les devis. Dans un projet PPP, il ne faut pas considérer un projet clé en mains, mais créer un tout nouveau projet.
De plus, le projet analysé n'implique aucun partage de risque entre le secteur privé et le secteur public, comme ce devrait être le cas dans un PPP.
Enfin, la ministre a noté que l'étude ne tirent pas compte d'éventuels dépassements de coûts, fréquents dans un tel projet.
C'est justement afin que le Québec acquière une expertise en matière de PPP que le gouvernement Charest a créé une agence d'analyse des PPP, a signalé la ministre.
Selon l'étude en question, le centre hospitalier de 132 lits coûtera 42,2 millions $ si on l'aménage selon le mode conventionnel, tandis que l'utilisation du mode PPP engendre un coût de 56,6 millions $, soit 14,4 millions de plus.
Pour que le mode PPP devienne plus avantageux, il faudrait que le partenaire privé se contente d'un faible rendement de 5 pour cent sur son investissement et que l'on rogne 20 pour cent sur les coûts de construction.
Le président de la FTQ, Henri Massé, avait profité de la publication de l'étude, en janvier, pour dénoncer les projets de PPP du gouvernement Charest.
"Il est clair qu'il n'y a pas d'économie à faire avec un PPP. Au contraire, dans le dossier de la Résidence St-Charles, cela va coûter 34 % plus cher", a dit M. Massé, dont la centrale syndicale représente les travailleurs de l'établissement.
Le leader syndical a calculé qu'avec une construction de style PPP, chaque lit de l'établissement va coûter 110 000 $ de plus après 25 ans. Comme le gouvernement veut construire de 3000 à 5000 places en hébergement avec des projets PPP, cela voudrait dire jusqu'à 550 millions de dollars de plus.
"C'est un demi-milliard de dollars qu'on va donner au privé pour ne rien avoir de plus. C'est une très mauvaise idée que de construire en PPP", avait conclu M. Massé.

En facturant le vrai prix, Hydro pourrait financer trois CHUM!
Karine Fortin
La Presse vendredi 11 mars 2005
PC - Si Hydro-Québec vendait l'électricité au prix du marché à tous ses clients, le gouvernement provincial engrangerait chaque année 5,3 milliards de dollars de plus, ce qui lui permettrait de construire non pas un mais bien trois CHUM par année, a fait valoir hier le PDG de sa division distribution, André Boulanger, devant l'Association de l'énergie électrique.
Avec cette somme, il serait aussi possible de payer tous les joueurs de la Ligue nationale de hockey (LNH) pendant un an, sans plafond salarial, et de prolonger une dizaine d'autoroutes par année, a-t-il ajouté.
À l'instar de son patron André Caillé, le gestionnaire croit qu'il est temps que les contribuables et consommateurs réfléchissent aux conséquences du maintien de tarifs d'électricité inférieurs à ceux du marché nord-américain.
Actuellement, les Québécois bénéficient de rabais garantis par la loi. Hydro-Québec Distribution achète les 165 premiers terawattheures (TWh) dont elle a besoin chaque année à 2,79 cents/kWh. Cette énergie constitue ce qu'on appelle le bloc patrimonial.
La division distribution, qui dessert tous les clients sur le territoire de la province, ne s'approvisionne au prix du marché que pour répondre à la partie de la demande qui dépasse cette quantité.
D'après M. Boulanger, l'élimination du tarif préférentiel garanti à Hydro-Québec Distribution se traduirait par une hausse d'environ 50 % du prix payé par les ménages, les entreprises et les institutions de la province.
Les revenus générés fourniraient cependant au gouvernement provincial la marge de manoeuvre financière qu'il souhaite. " Notre patrimoine énergétique représente une très grande richesse. Les solutions d'hier conviennent-elles toujours pour demain? La richesse énergétique du Québec doit-elle continuer à subventionner les consommateurs d'électricité? " a-t-il demandé dans un discours intitulé " Sommes-nous toujours maîtres chez nous? "
Au cours des derniers mois, plusieurs économistes se sont prononcés en faveur d'une augmentation graduelle des prix jusqu'à ce qu'ils soient comparables à ceux des provinces et États américains voisins.
Même s'il souhaite faire du Québec " l'Alberta de l'hydroélectricité ", le premier ministre Jean Charest a toutefois assuré en décembre dernier qu'il n'était pas question de modifier les dispositions juridiques définissant le bloc patrimonial.
Il intervenait après une déclaration du président d'Hydro, André Caillé, qui avait souhaité ouvertement que les Québécois paient leur électricité au prix du marché.
Une telle position serait sans doute très impopulaire auprès des groupes écologistes et des associations de consommateurs. Le coordonnateur de Greenpeace, Steven Guilbeault, a déjà dit que cette décision constituerait rien de moins que " la rupture du contrat social " liant Hydro à ses propriétaires, les citoyens.
Pour André Boulanger, le débat n'est toutefois pas terminé. Selon lui, le bloc à rabais- " l'électricité patrimoniale "- constitue en effet un " piège " et un " anachronisme " sur lequel il faudra tôt ou tard s'attarder.
Le sujet ne fait cependant pas partie des questions étudiées par la commission parlementaire sur l'énergie qui se déroule actuellement à Québec.

Route du Parc - Mulcair le problème
Stéphane Bégin
Le Quotidien lundi 14 mars 2005
CHICOUTIMI (SB) - «Le ministre Mulcair fait preuve d'une insensibilité
incroyable envers les problèmes vécus par les gens de notre région.
Pour lui, ce qui était le plus important lorsqu'il est venu me
rencontrer, c'était d'avoir une limousine propre après avoir traversé
le Parc. En plus, durant notre discussion, il a laissé tourner le
moteur de sa limousine. À titre de ministre de l'Environnement, ça ne
faisait pas très sérieux.»
Il va sans dire que le maire de Saguenay, Jean Tremblay, n'a guère
apprécié la courte visite de «courtoisie» que le ministre de
l'Environnement du Québec, Thomas Mulcair, a bien voulu lui faire
vendredi matin.
Dix minutes seulement au bureau du maire à l'hôtel de ville, dix
minutes, aux dires de Jean Tremblay, où le ministre n'avait pas une
très grande écoute aux problèmes de la région. Un dix minutes que le
maire raconte dans une lettre qu'il a fait parvenir au premier ministre
du Québec, Jean Charest et dont le Progrès-Dimanche a obtenu copie.
«C'est la première fois en huit ans que je rencontre un ministre aussi
insensible que lui. Ça n'avait aucun sens. Au moment où il me parlait,
il s'est levé pour mettre son manteau. J'ai été obligé de lui dire de
se rasseoir, car je n'avais pas fini de lui parler des dossiers de la
ville et de la région.
«J'ai été insulté de la façon de faire du ministre Mulcair. Il ne m'a
même pas écouté. Il ne reflète pas le gouvernement qui est en place
actuellement. J'ai eu l'occasion de rencontrer plusieurs ministres du
gouvernement Charest et ils ne sont pas comme ça. J'ai une excellente
collaboration habituellement et ce même avec Jean Charest. Mais ce ne
fut pas le cas avec M. Mulcair. Les difficultés économiques de la
région, ça ne le touche même pas», indique en entrevue un Jean Tremblay
encore choqué.
Dans sa lettre au premier ministre, qu'il a réécrite une deuxième fois,
car la première était trop dure, Jean Tremblay rappelle à Jean Charest
que la tenue d'audiences publiques sur les travaux à être réalisés dans
la Réserve faunique des Laurentides devrait avoir lieu uniquement dans
la partie sud.
«Si on tient des audiences publiques partout, ça va retarder les
travaux. Nous ne pouvons pas commencer des travaux en novembre. Nous
comprenons qu'il doit y avoir des audiences du BAPE pour le secteur de
Stoneham, mais de l'Étape à Laterrière, ce n'est pas nécessaire.
«La ministre Françoise Gauthier est d'accord, elle veut que ça avance,
surtout qu'elle a dit que ce serait le plus gros chantier de
construction au Québec en 2005. La seule anicroche qu'il y a en ce
moment, c'est le ministre Mulcair», de dire Jean Tremblay, qui répète
que quatre premiers ministres ont signé l'entente pour le Parc.
Le maire de Saguenay réitère, dans sa lettre, la confiance qu'il a
envers Jean Charest pour la réalisation des travaux dans une brève
échéance et l'interprétation évidente que concluront les citoyens de la
région à l'effet que ces audiences n'ont pour objet que de retarder les
travaux.
«La région vit des heures difficiles et nous savons que vous en êtes
conscient. Votre détermination afin que ces travaux soient effectués le
démontre clairement.
«Monsieur Mulcair n'a semblé nullement préoccupé par la situation
économique de notre région qui ne cesse de se détériorer. Il est
évident qu'il ne manifeste pas d'intérêt à faire avancer le dossier du
Parc des Laurentides», d'écrire le maire Tremblay.

Développement durable
Mulcair attendu de pied ferme à Montréal
Charles Côté
La Presse lundi 14 mars 2005
Le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Thomas Mulcair, devra défendre les décisions controversées de son gouvernement aujourd'hui à Montréal, alors qu'il présidera aux consultations sur son projet de politique de développement durable.
La tournée de M. Mulcair s'arrête à Montréal pour deux jours, après avoir visité plusieurs régions du Québec, dont la Vieille Capitale la semaine dernière.
De nombreux groupes écologistes et de spécialistes affirment qu'il y a un écart entre les actions du gouvernement et les intentions énoncées dans le projet de politique de développement durable dévoilé en décembre par M. Mulcair.
«Les actions générales du gouvernement ne vont pas dans le sens du développement durable, affirme Corinne Gendron, professeure à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM et titulaire de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable. Le désinvestissement dans l'éducation, la construction d'autoroutes, le dossier de la motoneige, le manque à gagner des sociétés de transport: toutes les actions qui ont été entreprises depuis deux ans, il n'y a rien de développement durable là-dedans.»
Mme Gendron doute aussi de la capacité de M. Mulcair d'imposer des changements. «Le porteur de ce dossier, c'est le ministre de l'Environnement et généralement ce n'est pas un ministre qui a suffisamment de poids, dit-elle. Deuxièmement, il n'y a pas de budget attaché à cet exercice.»
Pas le poids
Dans son mémoire, la chaire de responsabilité sociale et de développement durable souligne que les effectifs du ministère de l'Environnement ne se sont jamais remis des compressions budgétaires de l'ère Bouchard, quand l'atteinte du déficit zéro était devenue l'unique priorité du gouvernement.
De près de 3000 personnes en 1998, le personnel du Ministère est tombé à 1700 en 1999 pour remonter tranquillement à près de 2000 aujourd'hui. Entre-temps, de nouvelles responsabilités se sont ajoutées dans le domaine agricole et la gestion de l'eau. «Le Plan de développement durable devrait prévoir une hausse substantielle des effectifs du ministère de l'Environnement», note-t-on dans le mémoire de la chaire.
Mme Gendron ne croit pas que l'entrée de M. Mulcair au comité des priorités du gouvernement soit suffisante pour lui donner le poids nécessaire. «Ce n'est pas vrai que le ministre de l'Environnement va dire au ministre des Finances: désormais les mesures fiscales devront tenir compte de leur impact sur l'environnement, dit-elle. La stratégie devrait relever d'un organisme de décision au niveau du premier ministre, un peu comme le Conseil du Trésor.»
Mme Gendron appuie en cela une des recommandations de l'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), qui propose qu'un «organisme, avec un mandat élargi et sous la responsabilité du Conseil exécutif plutôt que du ministre de l'Environnement», soit responsable de «l'évaluation stratégique en matière de développement durable».
Lacunes
L'UQCN souligne aussi à quel point l'aspect «développement» est nouveau pour le ministère de l'Environnement, et qu'un simple changement de nom ne lui donne aucune nouvelle compétence. «Peu importe l'éventuel nom du ministère de l'Environnement, rien dans la mission d'un tel ministère ne porte sur le développement comme tel, que celui-ci soit économique ou social», affirme l'organisme dans son mémoire, présenté à Québec la semaine dernière.
Dans son dernier remaniement, le premier ministre Charest a confié le «développement» à «un ministère qui ne fait tout simplement pas de développement», constate l'UQCN.
De plus, affirme l'UQCN, le ministère de l'Environnement est loin d'avoir donné l'exemple avec sa stratégie et son plan concernant la diversité biologique. M. Mulcair a dévoilé ces deux documents en novembre, en même temps que son projet de politique. Ils représentent selon lui un modèle à suivre pour l'implantation de la politique de développement durable dans tous les autres ministères.
Mais selon le biologiste Charles-Antoine Drolet, directeur de l'UQCN, ces documents sont «pleins de lacunes».
«On recommande de retirer le plan d'action actuel et d'en faire un autre, dit M. Drolet. Leurs statistiques sont largement dépassées. Par exemple, des études récentes ont démontré qu'Anticosti ne devrait plus être considérée dans les superficies totales d'aires protégées à cause de la détérioration importante causée par les cerfs de Virginie. Par ailleurs, on n'a pas tenu compte des conclusions de la Commission sur les forêts, ni du rapport du BAPE sur l'industrie porcine. Il faut recommencer le travail.»
En s'arrêtant à Montréal, M. Mulcair recevra la visite de nombreux experts techniques, issus des quatre universités de la ville. Mais en seulement deux jours, chaque intervenant n'aura que quelques minutes pour présenter son mémoire.
L'un de ces experts est Daniel Normandin, du CIRAIG, un centre de recherche de l'École Polytechnique qui étudie le cycle de vie des produits, de l'usine au dépotoir, pour calculer tout leur impact sur l'environnement.
Problème de cohérence
Comme d'autre experts, M. Normandin estime qu'il y a un «problème de cohérence» avec le projet de M. Mulcair. «Le développement durable ne doit pas être un ministère, mais un concept appliqué à tous les ministères», dit-il.
Il trouve aussi que le projet manque de substance et que les consultations sont menées sur «des définitions». «On ne connaît ni les moyens de mise en oeuvre ni les indicateurs de développement durable qu'ils veulent retenir, dit-il. Il aurait fallu aller un peu plus loin et consulter les gens sur un contenu plus substantiel.»
Bien sûr, M. Normandin déplore que la notion d'analyse de cycle de vie ne soit pas mentionnée dans le projet de M. Mulcair. «La seule façon de voir si une action est durable ou non, c'est de l'analyser sous l'angle du cycle de vie, dit-il. C'est l'approche reconnue mondialement.»

Les Québécois francophones reprennent leur économie en main
Claude Picher
La Presse lundi 14 mars 2005
Par rapport aux années 60, les Québécois francophones ont repris leur économie en main. Sur ce point, le rattrapage est pratiquement terminé. Les francophones du Québec sont même passés à l'étape suivante, qui consiste à augmenter leur emprise sur d'autres économies.
En 1961, l'économie québécoise était détenue à 47 % seulement par des francophones, contre 39 % par des Canadiens anglais et 14 % par des étrangers, surtout des Américains. On peut comprendre que de nombreuses voix, à l'époque, se soient élevées pour dénoncer la condition de " colonisés " des Québécois. L'image n'était pas sans fondement. Il n'est certainement pas sain qu'une société qui forme plus de 80 % de la population d'un territoire ne possède même pas la moitié de son économie.
En 2003, dernière année pour laquelle on dispose de chiffres complets, les francophones détenaient 67 % de l'économie, un bond spectaculaire de 20 points de pourcentage.
Cette progression s'est faite principalement au détriment des Canadiens anglais, qui ont vu leur emprise diminuer à 23 %, et, dans une moindre mesure, des étrangers, dont la part n'atteint plus que 10 %. Vous avez bien lu: malgré tout ce qu'on peut entendre sur l'envahissement du Québec par les grandes compagnies américaines, les étrangers ne possèdent que 10 % de l'économie québécoise.
Ces chiffres sont extraits d'une recherche extrêmement éclairante que viennent de terminer François Vaillancourt, professeur titulaire au département des sciences économiques de l'Université de Montréal, et Luc Vaillancourt, étudiant en économie à McGill. Le document de 58 pages a été préparé pour le compte du Conseil supérieur de la langue française.
Les auteurs ont retenu une méthodologie simple et facile à comprendre, mais qui a demandé un travail considérable. Le Registre des entreprises du Québec (qui a remplacé l'ancien Fichier central des entreprises) fournit des renseignements sur le type d'activité, les principaux actionnaires, le conseil d'administration et le nombre de salariés des entreprises au Québec. Toute entreprise qui fait affaire au Québec et qui emploie plus de 10 personnes doit être inscrite au registre.
À partir du registre et d'autres sources, les auteurs ont réparti les entreprises selon le nombre d'employés, le secteur d'activité et les propriétaires (francophones, canadiens-anglais, étrangers). Le marché du travail étant un reflet de l'activité économique, on peut ainsi calculer l'emprise de chaque groupe sur l'économie. D'autre part, pour comparer des entreprises de différents secteurs, le classement en fonction du nombre d'emplois est un indicateur beaucoup plus sûr que le chiffre d'affaires, la taille de l'actif ou le capital de la société.
Le document étudie toutes les entreprises (publiques et privées) de 50 employés et plus, ainsi qu'un échantillon représentatif et substantiel d'entreprises employant entre 11 et 49 personnes. Pour les petites entreprises (de un à 10 employés), les chercheurs ont établi une évaluation basée sur les meilleures données disponibles.
Le tableau ci-contre permet de voir, dans tous les grands secteurs de l'économie, la progression des Québécois francophones entre 1961 et 2003. La colonne de droite fournit le nombre d'emplois occupés, en 2003, dans chaque secteur.
Nombreux facteurs
De nombreux facteurs expliquent la montée des francophones. L'émergence d'une nouvelle génération d'entrepreneurs plus dynamiques, la croissance rapide de certaines institutions financières (Desjardins, Caisse de dépôt), l'acquisition d'entreprises (un cas typique est celui de l'achat de Canadair par Bombardier), ou encore la fermeture d'un certain nombre d'installations appartenant à des intérêts étrangers (GM à Boisbriand, raffineries de l'est de Montréal).
Quelques faits importants:
Il n'existe que deux secteurs, les mines et la fabrication, qui échappent encore aux Québécois. On remarquera cependant que, en 1961, ces derniers étaient à peu près exclus du secteur minier; en 2003, ils en détenaient tout de même 40 %.
Pour ce qui est de la fabrication, c'est-à-dire du secteur manufacturier, la part des Québécois s'élève à 49 %, mais ces chiffres datent de deux ans. Il est possible, aujourd'hui, que la barre des 50 % soit déjà franchie ou sur le point de l'être. L'étude entre aussi dans les détails et fournit des chiffres pour chaque sous-secteur. Cela nous permet d'apprendre que les Québécois francophones dominent dans l'imprimerie et l'édition (75 %), la machinerie (64 %), le meuble et les articles d'ameublement (74 %), les produits métalliques (71 %), la machinerie (64 %), le cuir (55 %), le matériel de transport (53 %), les aliments et boissons (53 %). En revanche, leur emprise est négligeable dans les secteurs du textile (28 %), de la chimie (22 %), de la première transformation des métaux (18 %), des produits électriques et électroniques (15 %), des produits du pétrole (13 %) et du tabac (2 %).
La poussée des francophones du Québec est particulièrement remarquable dans le secteur de la construction et encore davantage dans le secteur des institutions financières.
L'administration publique représente un cas à part. Cette catégorie englobe l'ensemble de la fonction publique, mais exclut le secteur parapublic (dont, surtout, les secteurs de la santé et de l'éducation, qui font partie de la vaste catégorie des services). Or, comment s'y prend-on pour mesurer le contrôle francophone sur les employés de l'État? Les auteurs ont tranché en utilisant la langue maternelle de la majorité des électeurs des ordres de gouvernement en cause. Ainsi, les fonctionnaires fédéraux travaillant au Québec sont considérés comme les employés d'une entreprise canadienne-anglaise. Le gouvernement québécois est évidemment une " entreprise " francophone. Pour les municipalités, cela varie.
On pourrait être porté à croire qu'un taux de 67 % demeure insuffisant puisqu'il ne correspond pas encore au poids démographique des Québécois francophones, soit 85 % de la population. Cela semble d'autant plus inquiétant que le rythme de progression de l'emprise francophone s'essouffle depuis l991. Partie de 47 % en 1961 comme on l'a vu, la présence francophone grimpe rapidement à 62 % en 1987, puis à 65 % en 1991. Depuis ce temps, elle n'a gagné que deux points de pourcentage.
En fait, c'est normal. Les auteurs estiment qu'il y a peu de chances que la propriété francophone de l'économie québécoise augmente rapidement au cours de la prochaine décennie; en fait, à 67 %, elle approche de son potentiel maximum, qui est de 70 à 75 %. Mais ce n'est pas tout. Avec le libre-échange et la mondialisation, les francophones ont fait des gains énormes sur le plan international. Ainsi, le nombre d'employés d'entreprises québécoises francophones à l'étranger, mesuré dans un échantillon de 30 grandes firmes, est passé de 15 000 en 1990 à plus de 190 000 en 2003, une croissance que M. Vaillancourt qualifie avec raison de " phénoménale ".

Incontournables subventions
Michel Nadeau
Président de CDP Capital jusqu'en 2002 et membre de la haute direction de la Caisse de dépôt durant près de 20 ans l'auteur est administrateur de compagnies et conseiller en gestion stratégique.
La Presse lundi 14 mars 2005
Même la Bourse de New York reçoit l'aide gouvernementale
Les affaires sont les affaires - Cette matinée de 2002 démarrait comme les autres pour le président de la bourse de New York, M. Ri chard Grasso, qui petit-déjeunait avec un groupe restreint de grands investisseurs institutionnels. Avant d'aller sonner la cloche pour ouvrir le marché, il commentait, avec un brin de philosophie, la décision du nouveau maire de New York, M. Micheal Bloomberg, de réduire d'un milliard à 400 millions US $ la subvention accordée à la Bourse pour renoncer à déménager au New Jersey. " Les gouvernements doivent aider les entreprises, toutes les entreprises ", de lancer l'homme d'affaires qui quittera la Bourse avec une indemnité de 200 millions US $ (dont 5 millions pour avoir travaillé la semaine suivant le 11 septembre...) Mais, ce jour-là, Dick Grasso n'avait aucun problème de conscience de voir le grand Temple du capitalisme mondial subventionné par les contribuables de la Grosse Pomme.
L'aide gouvernementale fait partie plus que jamais du nouvel environnement industriel mondial. La création d'emplois dans une ville donnée est une négociation entre des pourvoyeurs de technologie, des investisseurs, des gouvernements et des travailleurs. Ainsi GM et Bombardier ont annoncé récemment deux projets d'investissements de deux milliards de dollars. Les compagnies disent: " C'est beaucoup d'argent; on ne veut pas prendre seuls le risque... " Les gouvernements peuvent refuser et l'entreprise ira ailleurs... Certains théoriciens du capitalisme ultra libéral- où le rôle de l'État se limite à fournir la police pour attraper les voleurs- sont indignés par la manne gouvernementale.
Mais, en se dotant d'un fonds d'un demi milliard pour aider son industrie automobile, l'Ontario savait qu'elle n'avait pas le choix; l'attrait de la devise canadienne ne suffirait pas à empêcher les constructeurs de lorgner vers l'Alabama ou la Georgie. Toronto a négocié ferme et obtenu de GM des investissements de 500 millions $ dans des centres universitaires ontariens...
Le 6 février dernier, les travailleurs des usines de Bombardier à Toronto ont refusé, par une très faible majorité, de rouvrir leur contrat de travail. Ce jour-là, Toronto a perdu le projet d'assemblage du nouvel appareil de 110 à 130 places.
Au Québec, plus de 91 % des 4000 travailleurs présents acceptaient une entente de six ans avec Bombardier. Les machinistes faisaient des concessions sur la progression salariale et certaines clauses normatives. La structure financière de Bombardier ne lui permet pas de prendre un risque de deux milliards sans mettre en danger l'existence même de l'entreprise. Voilà pourquoi la direction demande le tiers du financement aux gouvernements et un autre tiers aux fournisseurs. Les concessions de 60 millions des travailleurs paraissent modestes.
Position idéologique
Plus aucun gouvernement ne s'enferme dans une position idéologique pour refuser toute intervention. Les gestionnaires publics doivent regarder le coût en subventions et prêts remboursables et aussi considérer les recettes fiscales, la contribution à l'économie régionale, aux exportations... Une subvention devient un investissement pour l'économie régionale qui peut ou ne peut pas se justifier selon le taux actuel de chômage, les demandes des investisseurs, les retombées locales, etc.
En 1984, les gouvernements canadiens et québécois ont consenti des subventions et des prêts de 240 millions $ à Bell Helicopter Textron. On fixa un objectif de 400 emplois. Aujourd'hui la firme de Mirabel emploi 1400 personnes, exporte 98 % de sa production (environ 500 millions $), fait 33 % des ses achats au Québec et paiera des royalties au gouvernement tant qu'on fabriquera le modèle 430 développé à Mirabel... Au fil des ans, la firme a reçu quelque 35 millions $ (qui ont été en bonne partie remboursés).. Les contribuables n'ont pas fait une mauvaise affaire avec l'implantation d'un hélicoptériste commercial d'envergure mondiale. On ne peut réussir à tout coup ce type d'implantation: mais des nouveaux investissements, même ceux qui sont plus éphémères, profitent toujours un peu au milieu local.
Les gouvernements ont aussi une logique économique et financière. L'aide gouvernementale devient un terrain de négociation où les fonctionnaires bougent selon l'appétit du ministre. Dans chaque cas, il faut mener une vigoureuse négociation où l'État, s'il accepte de partager les risques de démarrage et d'implantation, s'assure qu'en cas de succès, le milieu récoltera aussi des fruits de l'investissement.

Hydro-Québec est de nouveau rabrouée par Jean Charest
Pierre Couture
Le Soleil samedi 12 mars 2005
Jean Charest persiste et signe. Son gouvernement n'a pas l'intention de modifier la loi garantissant aux Québécois un bloc d'électri- cité dit "patrimonial" à 2,79 ¢ le kilowattheure (kWh) pour obliger tous les consommateurs québécois à payer le prix du marché.
"Il n'est pas question de toucher au bloc patrimonial", a tenu à préciser hier le premier ministre Charest par la voix de son attachée de presse, Marie-Claude Champoux.
Le bureau du premier ministre réagissait ainsi aux propos tenus la veille (jeudi) par le président d'Hydro-Québec Distribution, André Boulanger.
Ce dernier, devant les membres de l'Association de l'énergie électrique du Québec réunis à Montréal, a une fois de plus remis en question le fondement de la loi qui oblige la société d'État à réserver un bloc de 165 téra-wattheures (TWh) - 1 TWh peut alimenter environ 50 000 maisons - pour ses clients québécois à un prix fixe de 2,79 ¢ le kWh.
Au-delà de cette tranche de 165 TWh qui sera bientôt dépassée, Hydro-Québec Distribution devra s'approvisionner au prix du marché, qui varie entre 6,5 et 7 ¢ le kWh.
En décembre dernier, le pdg d'Hydro-Québec, André Caillé, avait pour la première fois remis en question les fondements du fameux bloc patrimonial. Il avait alors été vite ramené à l'ordre par le premier ministre Charest.
Selon André Boulanger, le bloc actuel patrimonial constituerait un obstacle aux profits d'Hydro. Une telle décision ferait ainsi bondir les profits de la société d'État de 5,3 milliards $, ce qui lui permettrait de construire non pas un, mais bien trois CHUM par année.
Avec cette somme, il serait aussi possible de payer tous les joueurs de la Ligue nationale de hockey (LNH) pendant un an, sans plafond salarial, et de prolonger une dizaine d'autoroutes par année, a ajouté M. Boulanger.
D'après lui, l'élimination du tarif préférentiel garanti à Hydro-Québec Distribution se traduirait par une hausse d'environ 50 % du prix payé par les ménages, les entreprises et les institutions de la province.
Évidemment, les propos du président de la filiale Distribution ne sont pas tombés dans l'oreille de sourds hier.
"Si les dirigeants de la société d'État reviennent à la charge aujourd'hui, cela signifie-t-il que cette question est cautionnée par le gouvernement libéral et qu'elle est à son agenda ?", s'est demandé la députée péquiste Rita-Dionne Marsolais.
La critique en matière d'énergie estime que la majorité des groupes ayant été entendus jusqu'à maintenant devant la commission parlementaire sur l'avenir énergétique du Québec ne sont pas d'accord avec l'abolition du bloc patrimonial.
"Ce genre de propos ne fait pas très sérieux, a pour sa part indiqué l'analyste énergétique Jean-François Blain. Car cette décision constituerait rien de moins que la rupture du contrat social liant Hydro à ses propriétaires, les citoyens du Québec", a-t-il insisté.
Créé en 2000 par la loi 116 du gouvernement péquiste, le bloc dit patrimonial vise notamment à protéger les consommateurs québécois contre des fluctuations importantes de prix tout en leur faisant profiter des retombées de la construction de barrages hydroélectriques.
Dans un communiqué laconique pu-blié hier, la direction de la société d'État a tenu à préciser que les paroles de M. Boulanger n'annonçaient pas de nouvelle demande tarifaire. "Il n'a fait qu'ajouter sa voix aux discussions qui ont cours présentement au sujet de la valeur de l'électricité", a-t-on pu y lire.
Selon Hydro, les idées émises par M. Boulanger ne remettent pas en question l'engagement pris en commission parlementaire à savoir que les pro-chaines hausses de tarifs d'électricité seront de l'ordre de 2 à 3 % par année.
PCouture@lesoleil.com

L'électricité dans la mire de la désinformation
Gabriel Ste-Marie, économiste à la Chaire d'études socio-économiques de l'UQAM
L'aut'courriel n° 120, 15 mars 2005
À part le reportage du journaliste qui a filmé à Manic-5 sans se faire arrêter, la hausse des tarifs d’électricité est le principal sujet d’intérêt concernant l’avenir énergétique du Québec. Malgré une augmentation de 4,45% l’an dernier et une autre de 1,2% en avril prochain, on nous accuse d’abuser des bas tarifs qui ne reflètent pas les coûts. On nous traite comme des voleurs opportunistes qui gaspillent la ressource.
Par exemple, le 2 février dernier, Le Soleil titrait : « La fin de l’électricité à rabais ». La manchette de l’édition du 11 décembre du journal Les Affaires était : « Favoriser l’économie d’électricité par des tarifs plus réalistes. » Enfin, dans La Presse du 10 décembre on pouvait lire : « Hausse des tarifs d’Hydro-Québec au prix du marché ».
Le p-dg d’Hydro, André Caillé, désire augmenter les tarifs à 9 ¢ le kilowattheure, alors que le client résidentiel paie en moyenne 6,3¢/kWh avant taxes. Les profits supplémentaires de la société d’État serviraient, nous invite-t-on à croire, à désengorger nos hôpitaux. Selon André Caillé et les médias, le monde idéal passe par une électricité plus chère.
En fait, le prix de notre électricité est comparable aux provinces et États américains qui possèdent, comme nous, d’importants barrages hydroélectriques. Ce n’est pas le cas pour les États du nord-est, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario, qui importent notre électricité. Quand Hydro-Québec en exporte peu, nos voisins paient notre électricité plus cher. C’est ce qui s’est produit en 2003 où le prix moyen s’est établi à 8,8 ¢/kWh. Ce fut un prix record et une des premières fois où il fut supérieur à notre tarif résidentiel. Il faut être de mauvaise foi pour réclamer des augmentations de tarifs à partir de ce prix exceptionnel. C’est pourtant ce qu’on nous répète tous les jours.
Hydro-Québec est un monopole d’État. C’est la meilleure forme d’entreprise pour nous fournir de l’électricité au Québec, à cause des grandes économies d’échelle et parce que les profits reviennent à la collectivité. Pour évaluer si elle nous facture un montant réaliste, il faut s’assurer que le prix couvre les dépenses et un taux de profit acceptable, ce qui est évalué par la Régie de l’énergie. Selon cette méthode de calcul, tous les clients et surtout les clients résidentiels paient des tarifs déjà très élevés.
À chaque année, Hydro-Québec produit son électricité à un coût moindre, à cause des amortissements et de remboursements d’emprunts. Il n’y a pas de raison pour que les prix augmentent. Hydro-Québec a commis une erreur au cours des dernières années, soit de ne pas suffisamment investir dans de nouveaux barrages. C’est pourquoi la croissance de la demande, principalement attribuable au secteur industriel, nous place dans une situation où André Caillé et le Parti libéral ont essayé de nous passer un Suroît et maintenant des éoliennes qui sont détenues et gérées par des entreprises privées.
Hydro-Québec et le développement des grands barrages hydroélectriques proviennent d’investissements collectifs passés. Cela permet de bénéficier aujourd’hui d’une électricité moins cher. Il est grossier et honteux de réclamer aujourd’hui des hausses de tarifs basées sur le prix moyen de l’électricité exportée en 2003.
Un autre argument systématiquement avancé pour réclamer les hausses de tarifs est notre prétendue surconsommation d’électricité. En se référant au raisonnement économique de l’offre et la demande, on nous répète qu’une augmentation des tarifs réduira notre consommation d’électricité. Plus dispendieuse, nous en ferions un meilleur usage. Même les experts qui avancent cette déduction ne peuvent trouver d’études ou de chiffres qui appuient leur raisonnement. S’il n’est pas faux en général, il ne s’applique pas au secteur résidentiel de l’électricité au Québec.
La meilleure étude sur le sujet nous vient d’Option consommateur. On y apprend que 87% de notre consommation en électricité est incompressible. Le reste sert pour le lave-vaisselle, la piscine chauffée, le cinéma maison, l’air climatisé ou pour d’autres gâteries. On comprend que ce genre de dépenses est rare chez les plus démunis. Comment réagiront ces derniers aux augmentations de l’électricité? En s’éclairant à la bougie? En mangeant moins pour être capable de payer le chauffage en hiver? Avant que les tarifs élevés changent le comportement des plus aisés, les moins chanceux seront dans le froid et dans le noir depuis longtemps. Il faut être de polisson pour avancer une pareille idée sans tomber dans l’humour noir.
Les études démontrent que la meilleure façon de réduire notre consommation d’énergie demeure la sensibilisation. Une foule de solution sont possibles, passant de l’installation de lumières de noël de type LED plus économes à un compteur intelligent qui affiche dans le logement la consommation présente d’électricité, ce qui peut nous indiquer que la lumière de l’adolescent est restée allumée ou qu’une plinthe électrique fonctionne inutilement. Les programmes d’efficacité énergétique offrent aux moins fortunés une possibilité d’améliorer l’isolation de leur demeure à peu de frais.
Il y a malheureusement un problème majeur avec la sensibilisation. Elle est difficile à intégrer aux modèles mathématiques des économistes qui préfèrent alors s’en tenir aux relations plus générales entre prix et quantité, même si ce n’est pas efficace et que ça frappe surtout les plus pauvres.
Hydro n’a aucune raison d’augmenter ses tarifs résidentiels. Elle fait déjà assez d’argent. Si André Caillé désire améliorer nos soins de santé, qu’il réclame des hausses d’impôts qui frapperaient les plus riches et surtout les entreprises. Comme disait le professeur Léo-Paul Lauzon : « Il n’y a pas de formule d’imposition plus régressive que de taxer et de tarifier les services publics comme l’électricité, l’éducation et le transport en commun ». Ce sont les moins fortunés qui paient le plus.
Notre société n’a jamais été aussi riche. Nous produisons 30% de biens et services de plus qu’il y a dix ans. Une pareille croissance est exceptionnelle. Au cours de cette période, le profit des entreprises a triplé. En même temps, le pouvoir d’achat des travailleurs n’a pas augmenté. Celui des syndiqués a diminué de 1% et celui des jeunes encore plus. Il y a davantage production, mais les profits ne sont pas bien répartis. L’État doit assurer la redistribution de la richesse et cela ne passe pas par l’augmentation de nos tarifs d’électricité.
Nos tarifs sont semblables à ceux des provinces et États américains qui produisent leur électricité à partir des grands barrages hydroélectriques. Notre entreprise publique contribue déjà suffisamment aux revenus de l’État. Les profits, taxes et impôts qu’Hydro-Québec verse au gouvernement du Québec sont plus importants que les taxes et impôts des 300 000 entreprises privées québécoises. Hydro-Québec doit continuer à nous livrer l’électricité à de bas tarifs plutôt que se transformer totalement en vache à lait du gouvernement.

Victory for fascism
Don MacPherson
The Montréal Gazette March 15, 2005 Tuesday
The disruption of a cabinet minister's speech yesterday is just the latest in a disturbing string of incidents in Quebec
Adrien Arcand, the self-styled Canadian Fuhrer, has been dead since 1967. But fascism is once again alive and well in Quebec.
It's there whenever violence, intimidation or disruption is used to prevent a meeting or a speech, to violate the fundamental freedoms of expression and assembly, on the ground the ends justify the means.
It's a victory for fascism when a politically controversial speaker is prevented from speaking on a campus by violence, disruption or the threat of either, as has happened three times in Quebec in the past three years.
And it's a victory for fascism when those who use, advocate or condone fascist tactics are able to associate with otherwise respectable people.
For example, the vice-president of killer-terrorist Raymond Villeneuve's Mouvement de liberation nationale du Quebec is also the director of a small sovereignist publishing house that is publishing a book by Daniel Turp, the Parti Quebecois member of the National Assembly. Turp said he didn't know of Pierre-Luc Begin's association with Villeneuve until I asked him about it yesterday.
Villeneuve himself is welcome at PQ meetings. And filmmaker Pierre Falardeau, who staunchly supports Villeneuve, preaches hatred against the English and says sovereignists would be justified in resorting to violence under some circumstances, is lionized by sovereignists and sought after as a speaker at PQ events.
There can be fascism of the left as well as of the right. In fact, these days it's the former that's more common in Quebec, among those who claim to be defending the rights of labour, the poor or "the people" in general against the democratically elected government.
When municipal blue-collar workers used a battering ram to break in the doors of Montreal's city hall in 1999 or tried to push their way into a meeting of the governing council of the PQ, which was then in power, in 2000, they acted like fascists.
And so did university students when they disembarked from buses leased by their federation carrying a battering ram of their own to try to smash their way into a meeting of the currently governing Liberal Party's caucus last month.
Fascism no longer wears brown or black shirts (or blue ones, as Arcand's followers did). Sometimes, it dresses in green, as in the shirts worn by Surete du Quebec officers, along with the rest of their uniforms, except for their identification badges, and their sidearms, as they jostled PQ ministers outside another council meeting in 1999.
And, sometimes, it comes in a tie and jacket, looking no more threatening than a civil servant, like the one who spoke for the whistle-blowing protesters who prevented Treasury Board chairperson Monique Jerome-Forget from delivering a speech yesterday.
The protesters, representing the anti-government Coalition J'ai jamais vote pour ca (I never voted for this), had bought tickets (at $86.50 each) and wore business attire in order to infiltrate the Canadian Club luncheon. Jerome-Forget had just begun to speak when they rose to their feet at their tables at the back of the room and marched on the podium, haranguing her, chanting slogans and blowing ear-piercing whistles.
They achieved their purpose, which was not to express their own position but to prevent the minister from expressing hers.
Realizing she would not be able to deliver her speech, Jerome-Forget left the room to a standing ovation from the rest of the audience, which shortly followed her out. This left the room in the possession of the protesters, who held court before the reporters present.
Maybe the public doesn't approve of such tactics. But the tactics might be effective, nonetheless, if the public blames the government for allowing or causing "social peace" to be disrupted. The protesters' objective is not so much to gain public sympathy for themselves as to cause the government to lose support to its political adversaries.
Indeed, the government started to lose public support after protests against its policies began in the fall of 2003. Now the government's unpopularity encourages further protests, in a vicious circle.
And fascist tactics such as the ones seen yesterday are being used for one simple reason: They appear to be working.

Le patronat ne veut pas d'une loi sur le développement durable
Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir mercredi 16 mars 2005
Les grandes entreprises québécoises représentées par le Conseil patronal de l'environnement du Québec (CPEQ), dont Hydro-Québec est membre, ne veulent pas d'une «loi» sur le développement durable et proposent son remplacement par une simple «politique», tout en demandant au gouvernement Charest de ne pas inclure le droit à l'environnement dans la Charte québécoise des droits, même dans le chapitre économique où elle sert de principe d'interprétation des autres lois.
Ces propositions, que devait formuler le CPEQ en soirée, hier, en raison d'un report imprévu des audiences de Montréal, avaient frappé un mur lundi, lorsqu'elles ont été formulées par un membre du CPEQ, la papetière Abitibi-Consolidated. Le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Thomas Mulcair, avait fait face et refusé d'accéder à cette requête, faisant état de sa détermination d'aller de l'avant avec ce projet qui recueille un accueil favorable d'à peu près tout le monde, hormis du milieu industriel et des affaires.
Plusieurs organismes ont par ailleurs tenté d'édulcorer la définition du «développement durable» (DD) de l'avant-projet de loi, que plusieurs considèrent par ailleurs en deçà des exigences formulées par la commission Brundtland en 1987.
L'avant-projet de loi place la protection des écosystèmes parmi les multiples considérations dont devront tenir compte les décideurs gouvernementaux. Il ne constitue pas la condition obligée du DD, comme le précise le rapport Brundtland, pour mettre fin à la surexploitation des ressources naturelles. Pourtant, la Ville de Montréal n'a pas hésité à accuser l'avant-projet de loi de susciter une «confusion intellectuelle», voire un «glissement de sens» même s'il ne place pas l'environnement en tête des priorités, ce qu'elle veut absolument éviter au profit d'une approche centrée sur les humains principalement.
Le Conseil du patrimoine de Montréal a, par contre, rappelé la Ville et le ministre à l'ordre en rappelant que le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), ainsi que l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Fonds mondial pour la nature (WWF) se sont entendus, en 1991, pour redéfinir le DD dans le sens de la proposition du ministre Mulcair, i.e. comme étant «le fait d'améliorer les conditions d'existence des communautés tout en restant dans les limites de la capacité de charge des écosystèmes».
Cette proposition est d'ailleurs appuyée par le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), dont le mémoire propose de faire de la capacité d'autoreproduction des écosystèmes la condition légale incontournable du développement durable, comme le propose la commission Brundtland.
Réseau Environnement, qui regroupe les forces industrielles de l'industrie de l'eau et des déchets, a demandé hier au ministre Mulcair de garder les politiques de l'eau et de la gestion des déchets au centre de sa politique de DD. L'organisme a aussi réclamé d'inclure dans la loi une politique d'écoconditionnalité, et réclamé le rattachement du commissaire à l'environnement à l'Assemblée nationale plutôt qu'au vérificateur général.

Le Québec se classe au 37e rang des économies du monde
Éric Desrosiers
Le Devoir jeudi 17 mars 2005
Le Québec est la 37e économie en importance dans le monde.
Son produit intérieur brut (PIB) s'est élevé, en 2004, à 210 milliards $US à parité de pouvoir d'achat, révèlent les plus récentes données de l'Institut de la statistique du Québec dévoilées hier. C'était un peu plus du cinquième de l'économie canadienne, qui s'est classée au 12e rang, et bien loin de la première position occupée par les États-Unis et leur PIB de 11,7 billions. Cela le classait néanmoins tout juste derrière la Grèce (36e), la Suisse (33e) ou la Suède (29e) et devant le Portugal (39e), la Norvège (43e) et le Danemark (44e).
Le Québec grimpe à la 20e position sur 235 pays et entités territoriales lorsque l'on tient compte de la taille de la population, avec un PIB par habitant de 27 789 $US, tout juste devant l'Italie et à moins de 1 % de l'Allemagne et de Hong Kong. Le Luxembourg gagne à ce concours, devant les États-Unis, la Norvège, l'Irlande et le Canada, en 7e place avec 31 952 $US.
«Il faut dire que les écarts à ce niveau sont tous petits entre les pays, explique Jean-Pierre Barrette, responsable de la nouvelle publication de l'Institut de la statistique intitulée Le Québec dans le monde. Le Québec était au 19e rang en 2003. Il a peut-être remonté en fin d'année 2004. Nos données s'arrêtaient au troisième trimestre, et le quatrième trimestre a été plutôt bon au Québec.»
Commerce international
Le commerce international a pris une place importante dans cette économie québécoise, avec des exportations de 53 milliards qui équivalaient à 26 % de son PIB. Cette proportion était cependant encore plus élevée dans l'ensemble du Canada, avec 32 %.
Les produits manufacturiers ont compté pour près de 93 % des exportations québécoises de biens, dont 28 % provenant de secteurs de hautes technologies, tels que l'aéronautique et les télécommunications. Seulement 22 pays ont affiché une plus forte proportion de produits manufacturiers dans leurs exportations. Elle n'était, par exemple, que de 77 % pour l'ensemble du Canada.
La part occupée dans l'économie par les dépenses de l'ensemble des administrations publiques s'est aussi généralement révélée plus élevée au Québec qu'ailleurs. Ces dépenses y ont représenté 22 % du PIB, contre une moyenne canadienne de 19 %. Trente-six pays ont devancé le Québec à ce chapitre, dont la Suède (28 %), les Pays-Bas (25 %) et la France (24 %).
Le Québec se distingue également en matière d'éducation, à laquelle il a consacré 7,5 % de son PIB en 2004, contre 6,6 % dans l'ensemble du Canada. Les Québécois n'ont été devancés, en ce domaine, que par 14 pays, dont le Danemark (8,4 %) et la Suède (7,6 %).
Le Québec a fait encore mieux en ce qui a trait à la part de son PIB consacré aux dépenses en recherche et développement. Il s'y est, en effet, classé au 7e rang mondial, derrière le Japon et l'Islande, mais devant les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada, lequel est arrivé à la 17e place.
Ces efforts visant à améliorer la productivité de son économie seront utiles pour l'aider à faire face au défi démographique qui l'attend. Seulement 21 pays accusent, en effet, une plus faible proportion de citoyens âgés de moins de 15 ans que lui.

Myopes et étroits d'esprit
Claude Picher
La Presse jeudi 17 mars 2005
Accepter les partenariats public-privé (PPP) sans critique, c'est faire preuve de myopie. Les refuser d'emblée, c'est faire preuve d'étroitesse d'esprit.
C'est ce que pense un groupe de chercheurs de l'École nationale d'administration publique (ENAP), qui vient de se pencher en profondeur sur la question. Le gouvernement libéral de Jean Charest ne cache pas son intention de recourir davantage à la formule de partenariat avec le privé. Cette idée a déclenché un tollé dans le mouvement syndical.
L'affrontement a même donné lieu à une scène répugnante, lundi, alors qu'une poignée de crétins a réussi à museler la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget. La ministre devait s'adresser aux membres du Cercle canadien pour expliquer la position du gouvernement sur les PPP. Le Québec est devenu une société où quelques enragés ne détenant aucune espèce de mandat populaire peuvent bâillonner la représentante d'un gouvernement démocratiquement élu. Quelle déchéance!
L'enjeu est tellement important que l'ENAP y consacre la totalité de la dernière livraison de son excellente revue mensuelle, Téléscope (1). Une dizaine de spécialistes de réputation internationale, venant de France, du Royaume-Uni, d'Autriche, de Suisse et bien sûr du Québec, ont contribué à la revue. La lecture du document montre clairement que les partenariats public-privé peuvent comporter des avantages, mais aussi des risques.
Au Québec, la notion des PPP est encore relativement nouvelle, et ce ne sont certainement pas les raccourcis faciles qui nous éclaireront sur le sujet. Ailleurs dans le monde, plusieurs pays ont testé la formule, avec des résultats divers. La France est souvent citée en exemple pour son superbe réseau d'autoroutes construites et gérées en partenariat public-privé. L'étonnant viaduc de Millau, prouesse technique admirée dans le monde entier, a été réalisé en PPP. Or, même si elle a connu un succès indéniable en s'associant au privé dans plusieurs secteurs, la France n'a jamais envisagé le démantèlement de ses programmes sociaux. Comme quoi, contrairement à un préjugé répandu, les PPP ne sont pas incompatibles avec l'État providence.
La France fait figure de pionnière dans l'expérimentation de la formule, puisque le premier projet d'autoroute remonte aux années 70. Depuis le début des années 90, la formule s'est rapidement répandue, d'abord à partir du Royaume-Uni vers d'autres pays anglo-saxons (États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande) puis en Europe, y compris dans des pays à longue tradition social-démocrate, comme le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède.
Tout cela fait que nous disposons d'une abondante et solide documentation sur le sujet. Téléscope publie sept articles spécialisés, et ces articles s'appuient sur une bibliographie comprenant pas moins de 237 titres! Dans l'ensemble, la revue se montre plutôt critique à l'égard des PPP, mais refuse de rejeter la formule parce qu'elle comporte aussi des avantages.
La revue publie notamment un article fort éclairant du professeur Gerhard Hammerschmid, de la Wirtschaftuniversität de Vienne (University of Economics and Business Administration). L'auteur se penche longuement sur l'affaire Adonis, un PPP qui a fini en queue de poisson.
Le projet visait à doter l'Autriche d'un réseau national de radiocommunications à l'intention des services d'urgence, comme la police, l'armée, les ambulances, les pompiers. Le gouvernement autrichien avait déjà jonglé avec l'idée de lancer son propre projet, mais avait fini par y renoncer, faute de fonds.
Un PPP est alors apparu comme une solution attrayante. Le gouvernement accorderait une concession de 15 ans à un consortium privé pour la conception, la construction, le financement et l'exploitation du réseau. Le consortium récupérerait sa mise de fonds par l'imposition de frais aux utilisateurs du réseau.
En avril 2002, le projet baptisé Adonis était confié à Mastertalk, un consortium formé d'une multinationale en télécommunications, d'une entreprise viennoise de services communautaires et de la plus importante entreprise autrichienne de télécommunications. En juin 2003, à peine un an plus tard, le beau rêve s'est transformé, pour reprendre l'expression des médias autrichiens, en " projet cauchemar ".
Que s'est-il donc passé? L'étude de cas montre que le nombre d'utilisateurs potentiels avait été largement surévalué. Le démarrage du projet a été ralenti par de lourdes procédures judiciaires entamées par un autre soumissionnaire écarté au profit de Mastertalk. Le consortium a éprouvé plus de difficultés que prévu à trouver du financement. Très rapidement, des différends importants sont apparus entre le gouvernement et le consortium. Des organismes réglementaires ont refusé d'émettre des permis. Des ministres critiquaient ouvertement la direction de Mastertalk. Pour finir, le gouvernement a refusé de respecter ses engagements et s'est retrouvé avec une poursuite de 100 millions d'euros. Un échec sur toute la ligne.
Il est possible, comme l'évoque l'auteur, que le fiasco soit en partie attribuable à la mentalité de la fonction publique autrichienne, fortement hiérarchisée et fondée sur un " système de carrière fermé où les cadres n'ont pratiquement pas d'expérience du secteur privé ". Il apparaît assez clair, en tout cas, que le gouvernement n'a pas pris toutes les précautions nécessaires avant de se lancer dans le projet.
Il serait hautement imprudent d'en conclure pour autant qu'il n'y a pas de place pour les PPP dans le secteur hautement pointu des télécommunications d'urgence. L'auteur rappelle en effet que des projets similaires, en Belgique et en Finlande notamment, ont connu d'authentiques succès.
Revenons au Québec, où sévit semble-t-il un affrontement de première force entre " myopes " et " étroits d'esprit ".
En fait, les choses ne sont pas si simples. Le programme du Parti libéral parle avec enthousiasme des PPP comme d'un " levier de développement ". Le document étale clairement le préjugé favorable du parti, et ne comporte aucun passage critique à l'endroit des PPP. C'est donc, dans le sens que lui donnent les rédacteurs de Téléscope, un document " myope ".
Sauf que les choses ont beaucoup évolué depuis les élections. En juin 2004, dans son plan de modernisation de l'État, la ministre Jérôme-Forget parlait de façon beaucoup plus modeste (beaucoup plus exacte, aussi) d'" outils à exploiter ". Dans l'allocution qu'elle devait prononcer au Cercle Canadien, elle est encore plus claire: " Les PPP peuvent être une solution, mais ne sont pas une panacée. Je l'ai dit et répété, nous n'en faisons pas un dogme. C'est un outil de plus pour mener à bien des projets structurants pour le Québec. "
Mme Jérôme-Forget n'accepte donc pas les PPP sans réserve. Manifestement, elle a lu une partie importante de la volumineuse documentation publiée sur le sujet. Elle s'est renseignée, elle a fait preuve d'ouverture d'esprit, elle n'a pas l'intention de lancer le gouvernement tête baissée dans l'aventure des PPP. En un mot, on ne peut certainement pas la traiter de myope.
Que dire, maintenant, des opposants syndicaux, qui n'ont pas évolué d'un iota dans ce dossier. Ils rejettent automatiquement tout ce qui ressemble de près ou de loin à un partenariat public-privé, ils refusent même tout net d'en discuter. L'entêtement est figé, le blocage est total. Cela correspond tout à fait à l'étroitesse d'esprit dont parle la revue. Vu leur comportement de lundi, on peut ajouter que ce ne sont pas seulement des étroits d'esprit, mais aussi des abrutis.
1- Pour un accès direct et gratuit au document de 102 pages, taper
www.enap.ca/documents-pdf/observatoire/telescope/Tel12n1ppp.pdf

Déséquilibre fiscal : Le gouvernement vote contre les chiffres de Séguin
Mylène Moisan
Le Soleil jeudi 17 mars 2005
Le gouvernement a voté hier contre une motion visant à réclamer 2,7 milliards $ à Ottawa pour corriger le déséquilibre fiscal, un montant établi par nul autre que l'ex-ministre des Finances Yves Séguin.
Se disant déterminé à trouver avec le gouvernement fédéral une solution "structurelle et permanente", le successeur de M. Séguin, Michel Audet, a de nouveau refusé de faire siens les chiffres publiés dans un document accompagnant le dernier budget du gouvernement. Selon ce document gouvernemental, intitulé Corriger le déséquilibre fiscal, la facture s'élève à 2,7 milliards $ cette année et à 2,9 milliards $ l'an prochain.
Hier, ce sont les 59 élus libéraux présents en Chambre qui ont refusé "que l'Assemblée nationale exige du gouvernement fédéral le versement de 2,7 milliards $ représentant la somme établie par le ministère des Finances du Québec pour corriger le déséquilibre fiscal 2005-2006", tel que formulé dans la motion présentée par le Parti québécois.
Appelé à justifier pourquoi il refusait de chiffrer le montant du déséquilibre fiscal, M. Audet a insisté sur sa volonté d'emmener le fédéral à corriger une fois pour toutes les inégalités de l'actuelle formule de péréquation. Entreprises il y a plus d'un an, les négociations sur la révision du système n'ont toujours pas abouti, les provinces ne s'entendant pas toutes sur les façons de corriger les inégalités.
D'ici là, le ministre continuera de régler les dossiers à la pièce, comme il l'a indiqué peu après le dépôt du budget fédéral, le 23 février. De toute façon, son homologue fédéral, Ralph Goodale, ne veut pas entendre parler de déséquilibre fiscal, préférant s'asseoir avec chacune des provinces lorsque survient un problème.
En entrevue récemment au SOLEIL, il déclarait que "la nature du pays est telle qu'il y a des ententes pour arranger tout ça, pour équilibrer". Quelques semaines plus tôt, il signait avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse des ententes totalisant 3,7 milliards $ pour les aider à redresser leurs finances. Le ministre Audet s'est insurgé contre ces ententes, arguant qu'elles "dénaturent" l'esprit de la péréquation.
Critique péquiste en matière de finances, François Legault était abasourdi de voir que le gouvernement n'endosse pas les calculs de son ancien ministre des Finances, Yves Séguin. Celui-ci n'était pas en Chambre au moment du vote, où tous ses collègues ont rejeté tour à tour la motion.
MMoisan@lesoleil.com

Fiasco de la Gaspésia : Landry blâme l'amateurisme des libéraux
Pierre Pelchat
Le Soleil jeudi 17 mars 2005
Les dépassements de coûts à l'usine Gaspésia auraient-ils pu être évités ? Une chose est sûre : Bernard Landry estime que le gouvernement Charest n'aurait pas dû abolir le comité de suivi du projet d'investissement de 493 millions $ au lendemain de son élection en avril 2003.
"Nous avions pris de grandes précautions parce que nous savions que c'était un projet audacieux, risqué aux plans technologique et financier. Nous avions mis en place un mécanisme de suivi très serré des projets majeurs avec le secrétaire général du gouvernement, le sous-ministre des Finances, le sous-ministre des Régions et le sous-ministre responsable de la Gaspésie, qui était en contact avec les principaux intervenants régionaux. À leur arrivée, les libéraux ont aboli ce comité", a déploré, hier, le chef de l'opposition à l'Assemblée nationale, au cours d'une entrevue avec LE SOLEIL.
Selon l'ex-premier ministre, les libéraux de Jean Charest, dont un des premiers gestes a été de congédier le président de la SGF, Claude Blanchet, ont fait preuve d'amateurisme dans le suivi du projet.
"À la SGF, ils les ont méprisés, discrédités. Ils ont même refusé de leur répondre au téléphone et ils l'ont sacré dehors. Comment je peux blâmer Blanchet quand on ne lui répond pas au téléphone ?", a ajouté le chef du Parti québécois, qui aurait aimé témoigner devant la Commission d'enquête Lesage sur les dépassements de coûts de 265 millions $ à l'usine de Chandler.
M. Landry a réfuté l'argument voulant qu'il ait exercé trop de pressions pour que le projet de modernisation de la Gaspésia voit le jour. "Toute la péninsule gaspésienne réclamait une intervention du gouvernement, y compris la députée libérale Nathalie Normandeau, qui trouvait même que ça n'allait pas assez vite. Le Parti libéral a fait adopter une motion en 1999 pour que tout soit mis en oeuvre pour sauver les emplois de la Gaspésia", a-t-il rappelé.
"Quand je vois une population qui souffre, qu'il y a une proposition d'appui de l'opposition à l'Assemblée nationale, que je me fais talonner par la députée de Bonaventure et que le gouvernement fédéral a décidé de mettre 80 millions $ dans le projet, alors je dis allez-y", a résumé M. Landry.
L'homme politique ne croit pas non plus que les pressions exercées pour lancer le projet aient amené les gestionnaires à faire une analyse moins rigoureuse du projet. "Je ne peux pas croire qu'un gestionnaire du secteur privé - Tembec - un gars (Frank Dottori) avec qui nous n'avons pas de sympathie politique particulière, pour qui j'ai beaucoup d'estime mais que je n'ai jamais senti qu'il nous appuyait tellement, puisse avoir une gestion molle parce que c'est le gouvernement qui l'a demandé." M. Dottori est président de la papetière.
Le chef du PQ ne regrette pas que son gouvernement ait décidé de soutenir la relance de la Gaspésia. "Je reprendrais la même décision d'intervenir. Tant qu'on a été au gouvernement, ça a été suivi de très près. Je n'ai jamais été averti de dépassements de coûts quand j'étais premier ministre sauf pour un montant de 28 millions $ (465 à 493 millions $) en 2002 pour des ajouts d'équipements", a-t-il soutenu.
Il a également rappelé que la région vivait une crise économique majeure avec la fermeture de l'usine de Chandler et que le gouvernement se devait d'intervenir. "L'usine employait 450 personnes dans une Gaspésie déjà découragée. C'est comme si, à Québec, de 15 000 à 20 000 personnes perdaient leur emploi en même temps", a-t-il imagé.
S'il y a eu un empressement à lancer le projet, M. Landry ne croit pas que son gouvernement doive en être le coupable.
"Nous avions demandé à une entreprise très qualifiée dans le domaine - Tembec - d'être le meneur de jeu. La SGF était minoritaire parce que nous lui avions défendu d'être majoritaire. La majorité était donc à des non-gouvernementaux, soit Tembec et le Fonds de solidarité. S'il y a des responsabilités à ces deux partenaires, j'espère qu'elles seront assumées", a-t-il affirmé.
À ceux qui disent après coup que le projet était trop risqué, il réplique qu'une entreprise fiable comme Tembec l'avait accepté, ainsi que le Fonds de solidarité de la FTQ. "Le gouvernement libéral a même reconnu la fiabilité de Tembec en investissant avec la compagnie dans une nouvelle usine en Abitibi", a-t-il souligné.
Quant aux commentaires de l'économiste Pierre Fortin voulant que le projet n'aurait jamais dû être lancé, M. Landry répond qu'il est toujours plus facile après coup de tirer de telles conclusions.
"C'est facile de faire des thèses universitaires sur des projets. Je peux vous garantir que c'est beaucoup plus compliqué d'être premier ministre du Québec. Est-ce que M. Fortin savait lui que le dollar canadien allait monter au moment où le projet a été lancé ?", a-t-il demandé.
PPelchat@lesoleil.com

Gaspésia : Béchard réplique à Landry
Pierre Pelchat
Le Soleil vendredi 18 mars 2005
Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Claude Béchard, s'est porté, hier, à la défense de Tembec dans le dossier du fiasco de la Gaspésia.
Au cours d'un point de presse en réaction à la publication hier par LE SOLEIL d'une entrevue avec l'ex-premier ministre Bernard Landry, le ministre a soutenu que la papetière avait été en quelque sorte forcée d'investir dans le projet de modernisation de Chandler.
Selon M. Béchard, le gouvernement Landry à l'époque a offert à Tembec d'effacer une pénalité de 35 millions $ pour ne pas investir dans une nouvelle machine à papier à Matane en échange d'un investissement du même montant à la Gaspésia.
"On leur a dit que si vous embarquez dans ce projet (Gaspésia), on va enlever cette pénalité. Alors, ce n'est pas tout à fait par libre choix que Tembec est embarquée dans le projet de la Gaspésia", a-t-il souligné.
Toutefois, le ministre ne blanchit pas complètement cette entreprise qui avait reçu le mandat de gérer le chantier de construction. "Un des problèmes du chantier, c'est la comptabilité. On payait uniquement au décaissement. Les travaux avançaient puis on payait sur présentation de factures, ce qui ne permettait pas de voir une juste évolution des travaux", a-t-il affirmé.
S'appuyant sur des déclarations de l'ex-président de la SGF, Claude Blanchet, le ministre s'est dit convaincu qu'un des gros problèmes qui a conduit aux dépassements de coûts a été les pressions exercées par le gouvernement du Parti québécois et le premier ministre Landry afin que le projet démarre au plus tôt.
Le ministre Béchard a réfuté du revers de la main les accusations d'amateurisme et de laxisme du chef de l'opposition à l'endroit du gouvernement Charest dans le dossier de la Gaspésia.
"Le suivi a été fait par le gouvernement lui-même. Dès qu'on est arrivés au gouvernement, on a regardé ce dossier-là et on l'a analysé mois par mois. Et juste pour vous donner des dates, au début, c'était un projet de 465 millions $. Le 16 octobre 2003, on était rendu à 548 millions $. Le 20 janvier 2004, on était rendu à 693 millions $", a-t-il précisé.
D'autre part, le ministre du cabinet Charest a mis en doute la mise en place d'un mécanisme de suivi des grands projets d'investissements par le gouvernement Landry. "Le fameux comité de suivi dont il a fait mention, là, on a vérifié et il n'y a personne actuellement à la SGF qui est au courant d'un tel comité de suivi", a-t-il indiqué.
Le chef de l'opposition avait parlé d'un comité de hauts fonctionnaires de son gouvernement qui était chargé de suivre l'évolution des grands projets dans lesquels le gouvernement avait investi de fortes sommes.
Prudence
En conclusion, M. Béchard a invité le chef péquiste à "beaucoup beaucoup de prudence dans ce dossier-là". "Je ne sais pas si c'est parce qu'il sent que la soupe est chaude. Je ne sais s'il sait qu'il y a peut-être quelque chose quelque part qui commence à le tracasser, mais nous, ce qu'on a fait, on a géré ce projet-là. On a vu l'évolution des coûts et on a décidé de mettre en place une commission d'enquête."
Le mandat de la Commission d'enquête Lesage a été prolongé jusqu'à la fin d'avril pour lui permettre de compléter la rédaction de son rapport.
Ni M. Landry, ni des ministres de son gouvernement, ni des ministres du gouvernement actuel n'ont été appelés à témoigner devant la Commission d'enquête sur les dépassements de coûts, pour la plupart projetés, de 265 millions $.
PPelchat@lesoleil.com

"LA PRIVATISATION DE LA SOCIETE INNOVATECH DU GRAND MONTRÉAL EST MAINTENANT REALITE" - Claude Béchard
QUÉBEC, le 18 mars /CNW Telbec/
QUÉBEC, le 18 mars /CNW Telbec/ - C'est dans ces termes que le ministre
du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, M. Claude
Béchard, s'est exprimé lors de la clôture de la transaction avec Coller
Capital. Le Conseil des ministres avait autorisé, le 8 décembre dernier, la
vente du portefeuille de la société à ce groupe du Royaume-Uni, disposé à
investir jusqu'à 200 M$ en haute technologie au Québec.
"Je suis convaincu que les entreprises des sciences de la vie, des
technologies de l'information et des technologies industrielles verront
rapidement l'effet bénéfique de l'arrivée de ce spécialiste en placement privé
de calibre international sur la scène québécoise du capital de risque.
L'apport de ces entreprises est précieux pour la croissance de l'économie du
Québec", a déclaré le ministre Claude Béchard.
Les investissements en capital de risque au Québec ont atteint
618 millions de dollars en 2004. Après trois années consécutives de baisse,
l'industrie québécoise du capital de risque démontre des signes de reprise,
avec une hausse des investissements en 2004 par rapport à 2003.
Le ministre a salué le travail du conseil d'administration et du
personnel de la Société Innovatech du Grand Montréal qui, depuis 1992, ont
contribué à dynamiser les secteurs de haute technologie dans la région
métropolitaine. "Le processus de privatisation a été mené de main de maître et
de façon exemplaire, le mérite en revient, au premier chef, aux membres du
conseil d'administration qui ont su assumer leurs responsabilités avec
dextérité et professionnalisme jusqu'à la toute fin de leur mandat", a conclu
le ministre Béchard.

Coller confie la gestion d'Innovatech Montréal à ses anciens dirigeants
MARIO SIMARD
PC le 18 mars 2005
MONTREAL (PC) - La firme d'investissement britannique Coller Capital confie la gestion du portefeuille d'Innovatech Montréal, qu'elle vient d'acquérir du gouvernement québécois, aux anciens dirigeants de ce fonds de capital-risque.
Hubert Manseau, président-directeur général d'Innovatech Montréal depuis 1997, ainsi que les vice-présidents Michel Lagueux et André Vaillant, créent donc une nouvelle firme de gestion de capital-risque, baptisée Multiple Capital, qui aura le mandat de gérer ce portefeuille d'investissements dans des entreprises québécoises.
Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Claude Béchard, a d'ailleurs annoncé vendredi la conclusion de la transaction en vertu de laquelle Coller acquiert Innovatech Montréal pour environ 120 millions $ (ce qui correspond à la valeur du portefeuille établie au 31 août). La firme britannique assumera de plus les engagements déjà pris par Innovatech, totalisant 41 millions $, en plus d'investir jusqu'à 79 millions $ supplémentaires pour soutenir la croissance des entreprises faisant partie du portefeuille ou pour participer à de nouveaux investissements.
Au total, l'investissement de Coller pourrait donc atteindre 200 millions $.
Fondée en 1990, la firme Coller Capital se spécialise dans les placements secondaires. Grâce à une cagnotte de 2,6 milliards $ US à laquelle ont contribué 150 investisseurs institutionnels, Coller a pris des participations dans plus de 150 fonds d'investissement à travers le monde.
Mais puisque Coller n'est pas en tant que tel un gestionnaire de fonds, elle a choisi de maintenir en poste l'équipe de direction d'Innovatech Montréal.
M. Manseau a précisé que la nouvelle équipe de gestionnaires comptera une douzaine de personnes, comparativement à une trentaine avant qu'il n'entreprenne une réduction graduelle de l'effectif en janvier 2004.
"Le mandat de Multiple Capital sera de gérer le portefeuille pour Coller et de le 'réaliser' sur une période de cinq ans, a dit M. Manseau. Ce sera la continuité, mais avec des moyens plus élevés en ce qui concerne la capacité de financer la croissance de nos bonnes entreprises."
M. Manseau et son équipe demeureront dans les bureaux de l'ancienne Innovatech jusqu'à l'expiration du bail, à la fin du mois de mai, après quoi ils déménageront.
Selon M. Manseau, l'incertitude entourant l'avenir d'Innovatech Montréal à partir du moment où le gouvernement a enclenché le processus de vente a fait en sorte que certains gestionnaires importants ont préféré quitter.
"Ce fut suffisamment progressif pour qu'il n'y ait pas d'hémorragie, a-t-il précisé. En fait, j'aurais voulu organiser une réduction de l'effectif sans heurts que je ne serais pas arrivé à un meilleur résultat."
La proposition de Coller pour Innovatech Montréal a été retenue au terme d'un processus d'appel d'offres mené pour le compte du gouvernement par les cabinets KPMG et Desjardins Ducharme.

Durable, vraiment?
François Cardinal
La Presse vendredi 18 mars 2005
Le gouvernement Charest entend prendre le virage du développement durable, un concept qui vise à réduire les inégalités et les injustices causées par le modèle de développement traditionnel.
L'intention est certes louable, mais le plan à l'étude n'est que pure improvisation. S'il était adopté tel quel, ce document ne constituerait qu'un malheureux coup d'épée dans l'eau tellement il est malhabile.
Le seul fait que le gouvernement ait lancé le chantier en transformant - pendant 48 petites heures! - le ministère de l'Environnement en ministère du Développement durable le prouve de façon éclatante.
Pourquoi? Parce que le ministère de l'Environnement est un des seuls qui ne fait pas de développement. Parce que le Développement économique jouit aussi, tel un rival, d'un siège au conseil des ministres. Parce que le seul fait de confondre environnement et développement durable démontre la méconnaissance du gouvernement pour le concept qui est au coeur même de sa démarche.
Le développement durable est une façon de faire du développement en réduisant au maximum les impacts sur la planète, certes, mais également sur l'être humain, sur les générations à venir, sur le cadre bâti, etc. Il vise également une répartition plus équitable de la richesse.
Certes, ces principes se retrouvent dans le plan. Mais il ne suffit pas de les nommer pour qu'ils en fassent réellement partie.
Bien difficile de ne pas conclure que le gouvernement surfe sur une tendance populaire. Car, en plus des confusions et des maladresses, deux problèmes d'importance laissent planer un certain doute sur la volonté de " créer une culture de développement durable " à la grandeur du gouvernement.
D'abord, une désagréable impression se dégage à la lecture du document: on sent que le gouvernement veut garder en laisse le développement durable.
Comment comprendre autrement la décision de confier cette responsabilité, non pas au premier ministre, mais à un simple ministre qui aura certainement de la difficulté à imposer son autorité sur ses collègues? Et comment comprendre le refus de soumettre le commissaire au développement durable à la responsabilité de l'Assemblée nationale?
Placer le développement durable en amont de toutes les décisions est pourtant la seule façon pour le gouvernement de s'assurer, comme il a dit vouloir le faire, que les programmes et les politiques subissent un examen minutieux à la lumière des principes mis de l'avant.
Le second problème du plan est le financement de projets de développement durable à partir d'un " Fonds vert ", lequel serait notamment basé sur les dons, les legs et la " capacité financière " des ministères... Or, aux dernières nouvelles, le gouvernement ne nageait pas dans les surplus. Il n'avait pas non plus l'intention d'inciter les mécènes québécois à s'intéresser à son virage vert.
En outre, le Fonds est appelé à devenir, selon l'avant-projet de loi, le petit cochon que l'État cassera au besoin advenant une insuffisance du fonds consolidé. Donc non seulement les coffres ne déborderont pas, mais ils pourraient en plus être siphonnés au profit de projets qui n'ont rien à voir avec le développement durable!
Pourquoi ne pas plutôt verser des sommes récurrentes au Fonds d'action québécois pour le développement durable, un organisme qui a déjà fait ses preuves?
Si le gouvernement entend prouver qu'il n'a pas sorti ce concept d'un chapeau dans le but de redorer son image, il devra prendre beaucoup de notes pendant les audiences publiques qui se termineront à la fin avril. La qualité des mémoires prouve en effet que le développement durable n'est pas qu'un simple concept à la mode.

Ubisoft, la piste québecoise
Montréal : correspondante Carole Duffrechou
Libération lundi 21 mars 2005
Malgré la menace d'un rachat, l'éditeur français de jeux vidéo double la taille de son studio de Montréal, où se trouvent compétences technologiques et aides publiques.
L'avenir d'Ubisoft est incertain depuis décembre et l'entrée surprise dans son capital du géant américain Electronic Arts, désormais son premier actionnaire (lire ci-dessous). Mais le développeur et éditeur français de jeux vidéo n'a pas pour autant mis un frein à ses projets de développement. Anticipant un doublement du marché mondial du divertissement numérique dans les sept prochaines années, du fait notamment de l'arrivée des consoles de nouvelle génération, les frères Guillemot ont annoncé le mois dernier la création d'un millier d'emplois à Montréal d'ici à 2010. Soit un doublement de l'effectif de la succursale québécoise, déjà le plus important studio de la société (le deuxième au monde après celui d'Electronic Arts à Vancouver).
Répartis sur les quatre étages d'un imposant édifice en brique rouge le long de la rue Saint-Laurent, les employés semblent déjà presque à l'étroit dans les 25 000 mètres carrés de superficie. Dans d'immenses aires ouvertes, sous le regard de maquettes grandeur nature des héros les plus populaires d'Ubisoft, des centaines d'informaticiens, testeurs et autres dessinateurs travaillent derrière des grappes d'ordinateurs dans une atmosphère plutôt studieuse.
Campus.
L'expansion est déjà engagée. Le 2 mars, la division montréalaise d'Ubisoft a dévoilé un accord sur l'acquisition des activités de développement de MC2 Microids Canada (leader européen des jeux d'aventures, créateur notamment de la série Syberia) et l'intégration rapide d'une cinquantaine de ses employés. Dès l'an prochain, ce sont 300 postes que la société devra pourvoir, et autant d'informaticiens, dessinateurs et spécialistes en animation qui devront être formés. Ubisoft a donc décidé de créer un campus qui offrira une série de formations propres au jeu vidéo. Pouvant accueillir 80 étudiants, il devrait ouvrir ses portes dès la mi-mai. Adjacent aux locaux montréalais de l'entreprise, il comprendra aussi un centre de formation continue, destiné aux employés.
Créé en 1997, le studio montréalais affiche plusieurs best-sellers. Prince of Persia, Tom Clancy's Rainbow six et Splinter Cell par exemple se sont vendus chacun à des millions d'exemplaires. En terme de création de produits, la filiale montréalaise représente 45 % du chiffre d'affaires du groupe. «Il y a dans cette ville cosmopolite une effervescence créative qui touche tous les domaines, comme le cinéma ou les arts du cirque par exemple, qui nous porte et qui explique largement notre succès, estime Martin Carrier, vice-président du studio montréalais. En plus, l'industrie des technologies de l'information et des nouveaux médias rassemble ici plus de 95 000 personnes. Ainsi, il y a des gens qui comme nous font des jeux vidéo, mais aussi des gens qui font qu'on peut faire les jeux, les créateurs de logiciels comme Discreet ou Softimage. Tout ça fait qu'il y a une vraie culture des jeux vidéo.»
Du point de vue de la compétitivité, le studio de Shanghai semblait a priori mieux placé que celui de Montréal pour se développer (1). Mais selon les termes du PDG et cofondateur d'Ubisoft, Yves Guillemot, le «potentiel unique» de Montréal a fait la différence. Avec un facteur «déterminant» dans ce choix: l'ensemble des aides gouvernementales, à plusieurs niveaux. Le programme de crédits d'impôt du gouvernement du Québec permet en effet à une société travaillant dans la production des titres multimédias de bénéficier d'aides sur les dépenses liées à la main-d'oeuvre.
Compensations.
Ainsi, en 1997, le gouvernement du Parti québécois s'était engagé à prendre en charge pendant dix ans 50 % des salaires versés aux employés de la nouvelle société. La révision à la baisse de cette entente causée par l'arrivée d'un nouveau gouvernement en 2003 a donné lieu à des compensations financières de l'ordre de 18,5 millions d'euros, versées à Ubisoft jusqu'en juillet 2007.
Et pour appuyer le nouveau projet d'expansion quinquennal, Québec a annoncé que jusqu'en 2010 elle rembourserait 37,5 % du montant des salaires des mille nouveaux employés. Par ailleurs, le Québec injectera l'équivalent de 11 millions d'euros pour soutenir le développement de l'entreprise des frères Guillemot. Quant au gouvernement fédéral, il aidera à l'acquisition d'équipements technologiques. «Tout cela est bien sûr conditionné à la création d'emplois», insiste Martin Carrier.
(1) Ubisoft compte des filiales dans 21 pays, dont le Maroc, la Corée du Sud et la Roumanie, et possède douze studios dans le monde.
Electronic Arts, intrus hostile
Le 20 décembre 2004, l'américain Electronic Arts (EA) a dévoré 19,9 % du capital de Ubisoft. Une intrusion jugée hostile par le groupe phare du jeu vidéo français. Officiellement, celui-ci s'oppose à toute prise de contrôle. Mais selon la presse anglo-saxonne, les deux groupes auraient entamé des discussions en vue d'une nouvelle montée d'EA dans Ubisoft.

Raise hydro rates, cut taxes
William Watson
The Montréal Gazette March 22, 2005 Tuesday
What's a thing worth? It's a question philosophers have worried about at least since Plato. We economists have a partial and in many ways unsatisfactory answer but at least it's an answer: One measure of a thing's worth is what people will pay for it.
Take electricity. In Quebec, we produce lots of electricity and don't charge ourselves very much for it: a little over six cents per kilowatt/hour for residential customers (as of an April 2004 survey) and even less for big industrial users. Nearby U.S. cities pay a lot more: more than 15 cents in Boston, more than 18 cents in New York.
So what's Quebec's electricity worth? Six cents - what we charge ourselves - or almost three times that, which is what Americans would pay for it?
Six cents, say Quebecers who don't want their electricity prices to rise and who argue that since Hydro-Quebec makes a profit, six cents must cover its costs. Actually, since Hydro is a monopoly and therefore not as efficient as it could be, the cost might be even lower than six cents.
But then along come economists - Marcel Boyer of the Universite de Montreal is the latest, in a C.D. Howe Institute commentary last week - who say that, no, the real cost of electricity is its "opportunity cost," the benefit we give up by not selling it to people who would pay up to three times the price we do for it.
The economists have got to be right. Consume electricity here instead of selling it to Americans and you give up what the Americans would pay for it. What you give up for something must be its real cost. That holds true in other provinces, too. Alberta might be able to pump oil at below the world price but if it consumes the oil at home, it's giving up what it could get on the world market. So no matter how low its exploration and pumping costs might be, the true cost of a barrel of oil consumed in Alberta is what it would fetch on the export market.
But why, people say, should we charge ourselves much more than our cost of producing a valuable natural resource that supports energy-intensive industry that hires lots of Quebecers and pays them good wages?
"For the money," is the answer. If Hydro charged U.S. rates, its profits would soar by more than $5 billion, according to its own estimates. That money could be used to reduce taxes or debts or to finance health care or education or (now maybe I'm beginning to talk myself out of my own argument) anything the government fancied. If we in Quebec had lower taxes, better roads, a health-care system people could depend on, better universities and so on, wouldn't that create jobs?
Hikes in electricity prices would hit poor people disproportionately? We could provide rebates to poor people to cover the higher costs they'd face. Would that defeat a key purpose of higher prices, namely getting people to economize on their use of a valuable scarce resource? It might, a bit. But think about it. If I gave you $500 to compensate for the increase in your energy bill, would it be rational for you to spend it all on now much higher-priced energy? What's more likely is that you would substitute away from energy and use some of the $500 to buy other things.
In the end, most ordinary people worry more about fairness than efficiency. But even if you're a soft Marxist of the kind seen so often on Quebec TV, what's fair about giving the benefits of a resource we all own to a few companies that employ a small proportion of us and export the benefits in the form of cut-rate energy-intensive products? If you favour a policy of sharing the wealth, why not begin with energy wealth?

Retour à la case départ pour le textile et le vêtement
Éric Desrosiers
Le Devoir mardi 22 mars 2005
Le processus d'ouverture des marchés n'aura mis que deux ans pour enlever aux secteurs canadiens du textile et du vêtement tout le terrain qu'il leur avait permis de gagner durant les années 90.
Parti de 123 000 en 1992, le nombre total d'emplois dans les deux secteurs a d'abord grimpé au pays jusqu'à 148 000 en 2002 grâce aux accords de libre-échange qui leur ont permis de gagner plus de parts de marchés aux États-Unis qu'ils n'en ont cédé en retour, montre une étude de Statistique Canada dévoilée hier. La tendance allait toutefois s'inverser brutalement, avec l'ouverture grandissante aux exportations de la Chine, de l'Inde et d'autres pays du Sud, au point de ramener ce total à 121 400 emplois seulement deux ans plus tard.
Avant l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange canado-américain en 1989, poursuit StatCan, les importations étrangères ne comptaient que pour 30 % du marché canadien de textile et du vêtement. Trois ans plus tard, les importations en provenance des États-Unis avaient déjà fait passer cette proportion à 35 % dans le secteur du vêtement et à 43 % dans celui du textile. En 2004, les importations étrangères comptaient dans les deux cas pour plus de 60 %.
Cette augmentation des importations étrangères au pays a été compensée, durant les années 90, par une augmentation équivalente et même supérieure des exportations canadiennes aux États-Unis. La valeur totale des exportations de textile et de vêtement au sud de la frontière est ainsi passée de un milliard en 1992 à un sommet de 5,2 milliards en 2000, 2001, et 2002. Ces exportations se sont toutefois mises, depuis, à redescendre avec la fulgurante montée en force de la concurrence chinoise dont les exportations de textile aux États-Unis sont passées, de 1997 à 2004, d'une valeur totale de 1,5 milliard à cinq milliards, et les exportations de vêtements ont crû de sept milliards à 13 milliards.
Relativement stables de 1992 à 1999, les exportations chinoises au Canada ont crû de façon débridée particulièrement depuis l'accession de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2002 et l'élimination graduelle des tarifs et quotas en vertu de son Accord multifibres. Comptant en 1992 pour seulement 2,7 % de l'ensemble du marché canadien, les importations de textile chinois étaient rendues à 9,2 % en 2004. Ce phénomène se fait encore plus sentir dans le secteur du vêtement où la Chine compte désormais pour 22 % de la demande totale canadienne, comparativement à 7 % 12 ans plus tôt.
La Chine n'est toutefois pas la seule à gagner des parts de marchés. Les importations de textile et de vêtement en provenance de l'Inde ont en effet triplé de 1992 à 2004. Elles comptent désormais pour 2 % des importations canadiennes de textile et 7 % des importations de vêtements. Le Mexique a, quant à lui, multiplié par cinq ses exportations au Canada dans ces deux secteurs durant la même période et représente aujourd'hui 3 % des importations canadiennes de textile et 5 % des importations de vêtements.
Choc à venir
Tous ces chiffres ne tiennent pas compte de l'abolition, le 1er janvier dernier, des derniers quotas dans le domaine. Bien qu'il soit encore trop tôt pour avoir des données officielles, les estimations préliminaires qui circulent dans l'industrie canadienne parlent de hausse d'environ deux tiers dans certains segments de marché.
Statistique Canada n'a à offrir, pour le moment, pour tout indice, que le précédent établi par la levée, en 2003, par le Canada, des quotas et tarifs dans les secteurs du vêtement et du textile qui s'appliquaient aux pays les plus pauvres. Seul pays d'importance dans le secteur à faire partie du nombre, le Bangladesh a vu le montant de ses exportations au Canada pratiquement tripler, passant de 165 millions, en 2000, à 480 millions en 2004.
Souvent abordés conjointement, les secteurs du textile et du vêtement sont néanmoins très différents, rappelle StatCan, et ne seront pas nécessairement frappés de la même façon. Le développement des textiles techniques exige de plus en plus de cette industrie qu'elle investisse des capitaux importants dans l'achat de nouvelles machines et l'emploi de travailleurs hautement qualifiés qui ne sont généralement pas à la portée des pays du Sud. Le secteur du vêtement, au contraire, dépend encore bien souvent d'une main-d'oeuvre importante, mais relativement peu qualifiée, soit une ressource dont le tiers monde et les économies émergentes ne manquent généralement pas.
De toutes les régions au Canada, rappelons que c'est au Québec que l'on trouve le plus de travailleurs dans ces deux secteurs. Leur nombre total serait aujourd'hui, à 62 100, à peine plus élevé qu'il ne l'était en 1992 alors que l'on en comptait 61 000. L'agence rappelle, toutefois, que ce total était encore de 72 400 pas plus tard qu'en 2003.
