
More folk calling selves Canadian
JILL MAHONEY
Globe & Mail Wednesday, March 9, 2005
French speakers more likely to claim the ancestry than English speakers
Canadians who grew up speaking French are far more likely to claim Canadian ancestry than people whose mother tongue is English, according to a Statistics Canada study.
"The English and French groups which were formerly so prominent are shrinking in size," said Derrick Thomas, a Statscan senior analyst who wrote the paper, which was published yesterday.
Fifty-two per cent of those whose first language was French identified their ethnic origin on the 2001 census as Canadian only, compared with 18 per cent of native English speakers.
And Quebeckers led the pack provincially. Sixty-nine per cent of residents claimed at least partial Canadian ethnocultural origin, compared with 52 per cent of people in the Atlantic provinces.
The trend drops as one travels west, with 30 per cent of Ontarians and 25 per cent of Westerners claiming either sole or partial Canadian heritage.
While many Canadians are choosing to sever ties with their ancestors, historical settlement trends serve to explain regional variations.
"The pattern, in short, seems to roughly reflect the stages in which the country was settled and, consequently, the number of generations that the families of respondents have been in Canada," says the report, entitled I Am Canadian.
However, Quebeckers' predilection for identifying as canadien cannot be interpreted as an indication, for example, that support for sovereignty is on the wane.
The paper notes that French-speaking settlers of the Saint Lawrence River valley first claimed to be canadiens. That term distinguished them from Europeans, especially when they were cut off from France by the 18th-century British conquest.
"The French term is a very evocative term in the sense that it's infused in French with this additional meaning of a group that really has historically been here for many, many generations," said Monica Boyd, a sociology professor at the University of Toronto.
Overall, nearly 40 per cent of the population, or 11.7 million people, claimed some element of Canadian ethnocultural ancestry in the 2001 census, making it the most common answer.
As well, 57 per cent of that 11.7 million said in previous censuses that they were French or English.
"The new willingness to identify themselves as Canadian may reflect a patriotism that has less to do with the preservation of a culture than with citizenship, adherence to their particular institutions and the protection of more recent collective achievements like the charter of rights and the medicare system," the paper says.
As well, some experts believe the "ethnic realignment" may be part of an attempt, conscious or not, by established residents to distinguish themselves from recent immigrants.
But the paper, which was published in Statscan's journal Canadian Social Trends, also notes that other experts argue there is no link between attachment to Canada and tolerance or support for multiculturalism.
The study also found that some groups with long ties to Canada --such as aboriginals, Irish, Scots, Germans and Ukrainians -- tend to report their original ancestry, though more are reporting Canadian as a second ethnicity.
The surge in answers claiming Canadian ethnicity is rooted in recent changes to the way the national statistics agency asks about the issue.
Census respondents were historically discouraged from claiming Canadian ancestry.
But in recent years, Statscan moved from defined, check-off categories to providing blank spaces to allow respondents to write in their own answers.
In 1996 "Canadian" was included as one of a list of examples, and turned out to be the most frequently reported origin.
In the 2001 census it was listed first in the form's examples.
Because of this change, the percentage of people claiming some kind of Canadian ancestry rose to nearly 40 per cent in 2001 from less than 1 per cent in 1986.
" . . . Among those whose ancestors have been in Canada for many generations, the census question about ethnic origin has begun more and more to be interpreted as a question about individual identity," the study says.
Those who indicated Canadian roots tend to have been born in Canada to Canadian-born parents.
They are also younger than other respondents and have lower levels of education, the study adds.
And they are more likely to be unreligious, city dwellers, living in families with four or fewer members and divorced, separated or living in a common-law relationship.

Haro sur le «globish» et la crétinerie «globalisée»
Claude Morisset
Le Devoir lundi 14 mars 2005
Lettres: Gatineau, le 10 mars 2005 - Qui se souvient que l'empire ottoman avec sa capitale à Istanbul, l'ancienne Constantinople, avait inventé une langue administrative, l'«ottoman», mélange de turc, de grec et de perse, pour gérer son domaine, plus grand que ne l'avait été l'empire romain?
Le nom de l'ancienne capitale, Istanbul, fut justement tiré du grec ista bolis, (voilà la ville). À notre époque de «globalisation», nous avons aussi une langue qu'en Europe on commence à appeler le «globish» : une espèce de «pidgin English» qui nous vient, bien sûr, des États-Unis, le pays qui a réussi à prendre le nom d'un continent, l'Amérique (America, ceci, cela, etc.).
Ce jargon «riche» d'environ 400 à 500 mots -- le vocabulaire d'un enfant de cinq, six ans --, est suffisant pour fonctionner sur Internet et dans la «nouvelle économie globale». De plus, malgré sa pauvreté sémantique, il réussit à contaminer les autres langues. Quand quelqu'un se saoulait, au Québec on disait qu'il «partait sur la balloune» ou qu'il était «gazé» : les deux expressions signifiant bien l'état d'euphorie, le «gonflement» psychologique produit par l'alcool. Dans la «nouvelle économie», le même phénomène existe : la valeur en bourse des titres technologiques est proportionnelle à la nullité de leurs profits réels. De même pour le jargon de la prétendue «nouvelle économie» et ses avatars, les mots s'enflent en proportion directe de leur vacuité sémantique.
Quelques exemples. En France, on ne dit plus société ou firme transnationale, multinationale ou mondiale : que non, il s'agit d'une «World Company» (sic); les maîtrises en gestion sont devenues des «mastères en management»; le «courriel» québécois est trop français, il faut le «E-mail», etc. Quant à l'enflure du vocabulaire, mentionnons des «technologies» pour n'importe quelle petite innovation technique apportée aux chasses d'eau, au tout nouveau procédé d'emballage du papier hygiénique ou des ouvre-boîtes. Un vendeur par téléphone devient un «agent de centre d'appels», jeune personne «agressive» (dynamique ou énergique, sans doute) qui justement vous «agresse» pour vous vendre sa «salade» à l'heure du souper, même si vous n'êtes pas inscrit dans l'annuaire. Et, le plus drôle, c'est qu'il s'agit le plus souvent de trucs, de télécommunications ! Dans le monde enchanté de la «bulle télé-informatique» les problèmes deviennent des problématiques (mot singulier qui signifie «ensemble des questions se rapportant à un domaine» : transport, santé, etc.). Les commis-vendeurs deviennent des «associés» au salaire minimum, alors que les vrais associés, eux, gagnent dans les six, sept chiffres; etc.
Les mots ne sont pas neutres : ils s'enchaînent en un discours aliénant dont le «globish» est la langue officielle -- rien à voir avec la langue de Shakespeare -- et notre langue «globalisée», un avatar. «Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement [...].»

Un plaidoyer pour l'utilisation du français
L'identité et l'âme d'un continent
HERVÉ LAVENIR DE BUFFON, Président du Centre d'études et d'action européennes et ancien haut fonctionnaire de la Commission européenne
Le Figaro 16 mars 2005
Si l'organisation de l'Europe doit être envisagée comme une immense entreprise historique de rajeunissement et de revitalisation d'un continent déclinant, et non comme une simple affaire de boutiquiers ou de technocrates, la première qualité à vouloir pour l'Europe, c'est qu'elle reste européenne. Qu'au-delà de ses diversités nationales et régionales, elle puisse devenir ce qu'elle est n'est encore qu'en puissance - une vraie communauté, à l'identité, aux caractères propres, au commun vouloir-vivre bien affirmés. Avec, aussi, ses frontières, sa liberté d'action, ses ambitions, et, bien entendu, avant tout, sa conscience d'exister en tant que société humaine vivante, distincte, autonome. En un mot, qu'elle soit, et qu'elle ait une âme.
Avec de telles ambitions et exigences, nous sommes là très loin d'une simple Europe économique, incluse dans une zone de libre-échange transatlantique, plus ou moins noyée elle-même dans une mondialisation étendue à tous les domaines de l'activité humaine, sans égard pour l'écologie linguistique et reléguant au rang des vieilles lunes le respect de la diversité des cultures nées de toute l'histoire de l'humanité.
Certes, la bataille livrée par la France et, avec elle, par toutes les nations soucieuses du respect de cette diversité culturelle semble assez favorablement engagée. Mais la guerre est loin d'être finie - les États-Unis sont revenus à l'Unesco pour reprendre les hostilités, business oblige ! - mais il s'en faut encore de beaucoup pour que l'ensemble des Européens aient pris conscience de l'enjeu de ce combat linguistique que mènent les Anglo-Saxons avec obstination.
Il s'agit pour eux, en effet, de s'assurer la domination linguistique et culturelle en Europe et dans le monde entier. «Les empires de demain seront les empires de l'intellect», disait Churchill, vingt-cinq ans après que le président américain Hoover eut déclaré, dans le même esprit, que «là où le film américain pénètre, nous vendons davantage d'automobiles américaines, plus de casquettes, plus de phonographes américains».
Beaucoup trop nombreux sont ceux qui ramènent la question linguistique européenne à un problème de coût des services de traduction et d'interprétariat au Parlement européen et des diverses institutions européennes. Ils ne voient pas que l'envahissement linguistique anglo-américain est, pour l'Europe, une forme très calculée et voulue à Washington, d'asservissement de notre continent. On pourrait en dire ce qu'a écrit Zbigniew Brzezinski de l'Otan : «C'est pour nous, Américains, l'un des meilleurs moyens de maîtriser l'Europe.»
Face à cette volonté de domination, à ce combat linguistique dont l'issue conditionnera le déclin ou l'affirmation de l'identité européenne, force est de reconnaître que le projet de Constitution soumis au prochain référendum ne garantit en rien que la diversité linguistique et culturelle sera protégée en Europe. Elle se limite à quelques mots, à l'article 1-3 : «L'Union respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel européen.» Rien de concret n'est prévu, alors qu'il est de plus en plus évident que, tout en respectant les langues nationales et régionales de l'Europe, celle-ci doit pouvoir disposer d'une langue véhiculaire, commune à tous les Européens, enseignée comme première langue étrangère à tous ceux d'entre eux dont elle ne serait pas la langue maternelle. Et une langue s'imposera, si on la choisit, inéluctablement.
Or, cette future langue véhiculaire, qui concernera tous les Européens, et non pas seulement les fonctionnaires des institutions et administrations européennes, ne pourra être choisie qu'en fonction des intérêts supérieurs de l'Europe, de la protection de sa diversité linguistique et de l'affirmation de son identité. Il ne peut donc s'agir de l'anglais ou de l'anglo-américain dont l'adoption condamnerait l'Europe à l'américanisation. Le choix, dès lors, ne peut se porter que sur le français, seule autre langue véritablement internationale, intermédiaire aussi entre langues latines et germaniques.
Récemment, peu avant de quitter ses fonctions à l'expiration de son mandat, le président fédéral allemand, M. Johannes Rau, appelait les Européens à s'organiser pour protéger l'Europe contre l'américanisation, précisément. Il ajoutait qu'il verrait volontiers le français reprendre la place de première langue étrangère en Allemagne, dans l'intérêt de l'Europe et de son propre pays...
Le français, première langue étrangère des pays européens non francophones, c'est ce que préconisent des personnalités européennes de plus en plus nombreuses, telles que l'ancien ministre des Affaires étrangères hongrois Jànos Martonyi, déclarant que «sans la langue française, il n'y aurait pas d'identité européenne». C'est aussi pourquoi l'organisation internationale des Comités pour le français langue européenne mène une action d'information et de persuasion dans toute l'Europe, sous la présidence de l'archiduc Otto de Habsbourg, avec l'appui, non seulement de nombreuses personnalités de tous les domaines d'activité, mais aussi de grandes, moyennes et petites entreprises de l'ensemble du continent.
Il y a peu de temps encore, il paraissait presque utopique de voir le français redevenir la langue européenne. La victoire de l'anglo-américain était considérée comme acquise, de façon définitive. Ce n'est plus vraiment le cas. Le vent tourne en faveur du français, même s'il reste, de toute évidence, beaucoup à faire. Une volonté politique est nécessaire. Il faut que le français reprenne, dans l'enseignement, primaire, la place que certains pays lui ont retirée en faveur de l'anglais - ils commencent à le regretter.
L'anglais, certes, a sa place dans l'enseignement en Europe. Mais la langue véhiculaire de l'Europe doit passer d'abord, avec aussi les langues de voisinage - allemand, espagnol ou italien, par exemple, pour la France. C'est là une autre question, en fonction du libre choix et des considérations particulières à chaque pays. La solution qu'il faut apporter au problème linguistique européen sera un élément essentiel de l'affirmation de l'Europe, de son identité, de son âme - et bien sûr, de son indépendance. Si le prochain référendum devait amener une majorité de non, ce serait un résultat très positif, qui permettrait d'améliorer le projet de Constitution sur des points essentiels qu'il a pratiquement escamotés...

Crise de la langue, crise de la société
Jean-Marc Léger, Journaliste
Le Devoir vendredi 18 mars 2005
Libre opinion: Qu'on se rassure: il n'est pas question ici de l'état du français chez nous, ni même de sa situation sur le plan international, du moins pas directement. Il s'agit d'un problème tout autre, d'un état de choses qui se développe depuis quelques années dans la plus grande partie du monde occidental et qui tend à s'accélérer. Les pays francophones sont naturellement concernés comme les autres, sans doute plus que beaucoup d'autres, par le phénomène: la crise de la langue comme expression et comme reflet d'une crise profonde de la société.
Il va de soi que cette crise revêt une acuité et une coloration particulières au Québec : elle s'y est manifestée plus tôt qu'ailleurs et plus gravement, et elle y connaît une accélération redoutable. Pour un peu, nous aurions fait école !
Cette crise de la langue se vérifie aujourd'hui dans la plupart des pays occidentaux sous des aspects voisins de l'un à l'autre et traduit la tendance générale de nos sociétés à la facilité et à l'uniformisation.
On retrouve partout ou presque la volonté de réduire et d'assouplir les règles de toute nature, de «réformer», c'est-à-dire de simplifier l'orthographe, de réduire les exigences de toutes sortes dans l'évaluation des travaux des élèves, de suggérer plutôt que d'imposer, voire de ne plus faire de la maîtrise de la langue une clause éliminatoire à toutes les étapes, etc.
Bref, c'est l'introduction et l'extension rapide dans l'apprentissage de la langue, comme dans l'enseignement en général, du laxisme et de la permissivité, caractéristiques principales de la société contemporaine.
Perte de mots
On observe en même temps la réduction constante du vocabulaire disponible, connu, utilisé, ce qui se traduit dans la pauvreté, la banalité du discours, la répétition constante d'un petit nombre de termes usuels, quelques centaines au lieu de quelques milliers naguère.
Cet appauvrissement est particulièrement sensible dans les interventions en direct des reporters et envoyés spéciaux, où ils révèlent leur accablante misère linguistique. À titre d'exemple, un reportage de Radio-Canada lors d'une conférence à Bruxelles, début mars : «Il faut impliquer les provinces dans les négociations quand leurs compétences sont impliquées», ce qui, en plus, comporte une faute grave avec l'emploi erroné de «compétences» là où il fallait dire «leurs pouvoirs», ou encore «les participants internationaux» alors que c'était la réunion qui était internationale.
Dominic, Natalie, Philip
Sur un autre plan, on voit se développer une nouvelle mode : la tendance à modifier l'orthographe du prénom, voire du nom, pour étonner, intriguer, pour faire chic, autre maladie de l'époque. Ainsi, on s'appelle désormais Dominic sans que, Natalie, selon le cas sans h ou avec deux t, Philip amputé du pe, d'autant que cela fait américain.
Et la mode commence à s'étendre aux noms de lieux ou, sur un autre plan, des personnages bibliques, désormais anglicisés, chez nous, comme les prophètes Zachary, Jeremy, Rafael, etc.
Le jour n'est peut-être plus éloigné où on entendra des affirmations comme celle-ci : «Je suis maître de ma langue, je la parle et je l'écris comme je l'entends.»
Babel ne sera plus très loin. (Variante au Québec depuis quelque temps pour excuser ou justifier toutes sortes de fautes... qui, paraît-il, n'en sont plus : «Oui, mais c'est le français québécois» ou «le français nord-américain». Comme dit l'autre : il n'y a plus qu'à tirer l'échelle et à cesser d'invoquer son appartenance à la francophonie.)
Même si le phénomène du laxisme et de la permissivité est commun à la plupart des pays occidentaux dans ses grandes lignes, les manifestations en sont diverses et l'intensité variable selon les pays.
Nouvelles technologies
En plus de la régression de l'enseignement de la langue aux divers niveaux et de la mauvaise influence des médias, hélas (les deux principaux facteurs de la préservation de la vitalité et de la qualité de la langue), il faut aussi reconnaître et dénoncer l'effet croissant des nouvelles technologies de la communication, les multiples applications du téléphone portable et de ses conséquences éminemment néfastes sur l'orthographe et la grammaire élémentaires et, plus généralement, sur la langue dans tous ses aspects.
Les nouveaux dogmes de l'immédiateté, de la facilité, de la simplicité, avec leurs apparentes vertus de rapidité, de promptitude, d'uniformité et, implicitement, de mondialisation se manifestent chaque année un peu plus et de façon apparemment irrésistible, d'autant que le phénomène répond à l'aspiration générale de liberté individuelle sans frein, de loisirs toujours plus étendus et variés, d'un confort sans cesse plus poussé.
Comment ne pas ajouter l'effet délétère de la publicité, dans l'ordre psychologique et dans l'ordre moral autant que sur le plan linguistique, surtout de la publicité télévisée, où son effet est le plus maléfique, à tous égards ? Peut-être conviendra-t-il un jour prochain de faire apparaître avant chaque série de messages télévisés : «Attention, l'abus de la consommation de la publicité peut être dangereux, surtout chez les mineurs», ou quelque chose d'approchant.
Oui, vraiment, il faut hélas reconnaître que, dans nos pays, la crise grandissante de la langue illustre et reflète vraiment la crise redoutable de nos sociétés.

Haïssez-vous les Français et leur langue?
PC
mardi 29 mars 2005
L'auteur français Lionel Meney écrit dans le quotidien Le Monde que les Québécois ressentent de la haine à l'égard des Français et de leur langue.
L'ancien professeur à l'Université Laval affirme aussi que parler le français québécois, c'est être antifrançais. Lionel Meney est notamment l'auteur d'un dictionnaire français-québécois qui n'avait pas été très bien accueilli à sa publication. Citée par M. Meney, l'animatrice et chroniqueuse Denise Bombardier abonde dans le même sens que lui. Elle se dit convaincue qu'il y a au Québec une réelle hostilité envers les Français. Mme Bombardier dit constater au Québec une dégradation du français qu'elle qualifie d'épouvantable. Elle l'attribue à une vulgarité systématique dans la langue parlée, notamment dans les médias et chez les humoristes. Mais l'auteur du Dictionnaire historique du français québécois, Claude Poirier, estime au contraire que les Québécois ne sont pas contre la France. Interrogé par le Journal de Montréal, il souligne que tous les pays francophones ont des mots qui leur sont propres. Selon lui, les Québécois ont des mots caractéristiques en raison de leur histoire.

Rulings might re-open Bill 101 can of worms
Don MacPherson
The Montréal Gazette March 29, 2005 Tuesday
So far, the ham-fisted Charest government has managed not to muff the language issue for the simple reason that it hasn't had to handle it.
The governing Liberals are part of a consensus in favour of preserving linguistic peace by not tinkering with the province's language legislation.
But in this era of rights charters in Canada, all it takes to blow up the broadest consensus is one clever lawyer, one willing client and five judges, provided the latter form the majority on the Supreme Court.
The justices might be about to punt the language issue to the Charest government. The highest court in the land has announced that it will hand down its judgments on Thursday in cases involving challenges to this province's restrictions on access to English school.
The clever lawyer in these cases is English-rights crusader Brent Tyler, and he has not one willing client but several.
These are parents whose children are ineligible to attend English school because the parents did not receive most of their elementary or secondary education in English in Canada.
Tyler believes he has found a way to attack the restrictions that others have overlooked for nearly 30 years. That's how long it has been since the basic restrictions came into effect with the adoption of the French Language Charter, or Bill 101, as it is commonly known.
In one case, known as the Casimir case, Tyler has argued that under the Canadian Charter of Rights, a child should gain admittance to a publicly funded English school after as little as a year in a fully private one.
And in another, known as the Gosselin case, he has contended that under the Quebec Charter of Rights, the restrictions should be struck down entirely.
If Tyler wins the Gosselin case, the government could use the notwithstanding clause in the Quebec charter to maintain the restrictions. But if he wins the Casimir case, there might be nothing the government can do to close the so-called one-year loophole again.
Most people might not know that the language of education, not the language of commercial signs, was the issue that led to the adoption of the current language legislation.
The issue arose in 1968 in the predominantly Italian Canadian district of St. Leonard in northeast Montreal, when a nationalist group called the Ligue pour l'integration scolaire gained control of the local school board. The group wanted to require immigrants to send their children to French schools so that they would assimilate into the French-speaking majority.
Street fights between nationalists and Italian Canadians ensued, and the government of Jean-Jacques Bertrand tried to take the issue out of the hands of local school boards by introducing Bill 63, giving all parents freedom to choose the language of education for their children.
It might have been the worst misreading of the political situation by a government until the current one tried to sneak in full public funding for private Jewish schools last December. Francophone public opinion increasingly favoured requiring immigrants to send their children to French school.
The PQ's Bill 101 is partly the result of the failures of Bill 63 and the subsequent Bill 22 to settle the issue politically. So Tyler is attacking not just a part of the edifice of the language legislation, but its historical foundation, the reason for its existence.
But the context has changed over the years, and outside the National Assembly and the political class, the consensus in favour of preserving Bill 101 might be fragile.
It's significant that Tyler's clients include francophones as well as immigrants. Parents are increasingly dissatisfied with the quality of the teaching of English as a second language in French public schools. That's why the Charest government wants to start teaching English as a second language in Grade 1 instead of Grade 4.
So if the Supremes strike down the restrictions on admission to English school in the Gosselin case, forcing the Charest government to decide whether to use the notwithstanding clause, it could lead to a new language split. Only this one might not be between francophones and non-francophones. Instead, it might be among francophones themselves.

Un nouveau dialogue
André Pratte
La Presse mardi 29 mars 2005
Discrètement, la communauté anglophone mène une profonde réflexion sur sa place dans le Québec d'aujourd'hui, et sur son avenir. Sorte de discrets " états généraux ", cet exercice aboutira à la publication d'un " plan global de développement ". Il y a là, pour les anglophones et pour les francophones du Québec, une belle occasion de dynamiser leur dialogue.
Les relations entre les deux principaux groupes linguistiques du Québec sont plutôt harmonieuses depuis quelques années. Mais cela est dû, en bonne partie, au fait que les anglophones évitent de soulever sur la place publique les enjeux qui les préoccupent. Plusieurs leaders de la communauté préfèrent travailler leurs dossiers localement, au ras des pâquerettes, voulant à tout prix éviter de nouvelles confrontations. De toute façon, depuis la débandade d'Alliance Québec, on ne sait plus vraiment qui représente les anglophones. Ceux-ci sont à toutes fins pratiques absents des débats publics (à l'exception notable du débat sur les fusions municipales).
Il y a du bon à une telle situation: le travail sur le terrain produit souvent des fruits, qu'il s'agisse d'obtenir des services en langue anglaise dans des établissements de santé ou de convaincre des éditeurs de publier des livres en anglais.
Pourtant, certaines problématiques doivent être traitées au niveau national, et ne peuvent se passer de décisions politiques. Malgré diverses mesures prises au cours des années, la sous-représentation des anglophones au sein de la fonction publique québécoise frôle le scandale. Alors que les anglophones composent 8 % de la population du Québec, moins de 1 % des fonctionnaires provinciaux ont l'anglais comme langue maternelle (à peine 400 sur 63 000).
L'exode continu des jeunes anglophones est également un problème qui doit être traité au niveau provincial. Cela n'émeut pas beaucoup l'opinion, mais cet exode se poursuit inexorablement: une perte nette de quelque 5000 personnes par année. Pourquoi faire tant d'efforts pour attirer des immigrants au Québec, alors qu'on ne fait rien pour retenir ces milliers de Québécois bilingues et bien formés?
Il serait souhaitable qu'émerge de la réflexion en cours un nouveau leadership anglophone, capable d'aborder ces questions de manière crédible auprès des gouvernements et, surtout, de la population québécoise francophone. Des sondages ont montré combien l'incompréhension reste grande entre les deux groupes linguistiques. Par exemple, alors que les anglophones sentent leur communauté fragilisée, particulièrement hors de Montréal, les francophones ont bien du mal à voir les anglo-Québécois autrement que comme une minorité dominante et menaçante. Or, la communauté anglophone du Québec n'est plus cela du tout (dans la mesure où l'anglais occupe une place disproportionnée aujourd'hui, cela vient de New York et d'Hollywood, pas de Westmount.) Si la langue de la communauté n'est certainement pas menacée, certaines de ses institutions le sont, les écoles notamment.
À l'inverse, les anglophones comprennent difficilement que presque 30 ans après l'adoption de la loi 101, les francophones du Québec craignent encore pour la survie de leur langue en Amérique. Il y a donc beaucoup de pédagogie à faire de part et d'autre. Plutôt que de balayer l'incompréhension sous le tapis, il faut profiter de la présente accalmie dans le débat sur l'avenir du Québec pour faire cette pédagogie, pour renouer le dialogue.
Pourquoi? Tout simplement parce que le Québec a tout à gagner à ce que sa communauté anglophone soit vigoureuse et dynamique.

École anglaise - À peine un élève sur 100 refusé
Pierre-André Normandin
Le Soleil mercredi 30 mars 2005
Seulement 1 % des élèves québécois qui souhaitent entrer à l'école anglaise essuient un refus parce qu'ils ne répondent pas aux critères de la Charte de la langue française, révèlent les statistiques du ministère de l'Éducationdu Québec (MEQ). En fait, le nombre de demandes d'admissibilité au réseau anglophone a même chuté de 20 % au cours des cinq dernières années.
LE SOLEIL a obtenu ces données à la veille d'une importante décision de la Cour suprême sur une contestation de la loi 101. Un groupe de parents francophones et allophones réclame en effet depuis 1998 le droit d'inscrire leurs enfants dans le réseau public anglophone. Ils contestent les critères d'admissibilité établis par la Charte.
Pour être acceptés dans le réseau anglophone, les élèves doivent avoir effectué la majorité de leurs études en anglais et leurs parents doivent avoir eux-mêmes étudié dans la langue de Shakespeare au Canada. Les jeunes présentant de graves difficultés d'apprentissage en français, en séjour temporaire ou vivant des situations familiales ou humanitaires graves peuvent aussi être acceptés.
Selon les données obtenues par LE SOLEIL, le MEQ a refusé l'accès aux écoles anglaises à 165 jeunes en 2004-2005. En 2000, le tiers des demandeurs - 56 jeunes - ne répondait carrément à aucun des critères de la loi 101. L'an passé, ils étaient seulement quatre dans cette situation.
Décision attendue
Attendue depuis plus d'un an, la décision de la Cour suprême doit entre autres déterminer si l'article 23 de la Charte canadienne invalide certaines dispositions de la loi 101. Cet article garantit aux Canadiens ayant déjà suivi des études en anglais l'accès au réseau anglophone. Or, la loi 101 parle plutôt de "la majorité des études".
"On prétend qu'il y a une incompatibilité entre les deux et que c'est la charte canadienne qui doit primer", indique Brent Tyler, avocat du groupe de parents contestataires.
Les magistrats doivent également décider si certains critères de la loi 101 contreviennent à la Charte québécoise des droits et libertés. "C'est discriminatoire pour les enfants de se baser sur leur relation familiale pour les accepter dans le réseau anglophone", explique Brent Tyler, ancien président d'Alliance-Québec, groupe de pression anglophone.
À l'heure actuelle, seulement 2 écoliers francophones sur 100 fréquentent le réseau d'éducation anglophone du Québec, selon le MEQ. Chez les allophones, cette proportion passe à 20 %. Pour leur part, les anglophones optent majoritairement pour les écoles anglaises, plus de 80 % du temps.
"Un État peut organiser son système scolaire comme bon lui semble, mais le choix de la langue doit aller aux parents. Sinon, c'est de la discrimination", poursuit M. Tyler.
S'il a gain de cause, M. Tyler ne s'attend pas pour autant à ce que le gouvernement change la loi 101 pour se conformer à la décision des magistrats. "Ce serait souhaitable, mais ce n'est pas nécessaire parce que la Cour suprême invalide cette partie de la loi", explique-t-il.
De son côté, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Jean Dorion, s'est montré plutôt confiant que la Cour suprême rejette la contestation de la loi 101. "Je crois que (les juges) sont conscients de l'impact politique de leur décision. Je ne pense pas qu'ils vont jeter de l'huile sur le feu."
Si les magistrats devaient accéder aux demandes des clients de M. Tyler, M. Dorion prévoit un "retour aux années 60 au Québec". Le nombre d'élèves dans le réseau anglophone qui a considérablement diminué depuis 1977, année d'adoption de la Charte de la langue française, augmenterait aux dépens du réseau francophone, craint-il.
Le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, réagira demain à la décision de la Cour suprême pour le gouvernement du Québec en l'absence de la ministre de la Culture.
PANormandin@lesoleil.com

Harper a déjà lutté contre la Loi 101
Presse Canadienne mercredi 30 mars 2005
Le combat contre la Loi 101 qui sera jugé par la Cour suprême du Canada, demain, a été mené grâce à Stephen Harper, l'ancien président du National Citizens Coalition devenu chef du Parti Conservateur du Canada.
La Cour suprême dira si les dispositions de la Loi 101 qui interdisent à des parents francophones et allophones du Québec d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise, sont permissibles.
M. Harper, qui flirte maintenant avec les Québécois pour prendre le pouvoir à la Chambre des communes, a fourni une aide déterminante à la cause lorsqu'il dirigeait la coalition basée à Toronto, selon l'avocat des parents, Brent Tyler.
L'actuel vice-président de la coalition, Gerry Nichols, justifie l'intervention du groupe par la nécessité de combattre une loi injuste et draconienne, qui brime les libertés individuelles. Il s'agit là, à son avis, de motifs suffisants pour qu'un groupe absent du Québec vienne défier l'une de ses lois faisant consensus, et financer sa contestation.
Ni la coalition, ni M. Tyler n'ont révélé le montant qui fut versé par la National Citizens Coalition pour financer la guerre juridique.

La Cour suprême pourrait plonger Québec
dans la marmite linguistique
Manon Cornellier
Le Devoir jeudi 31 mars 2005
Ottawa -- Le gouvernement Charest pourrait se retrouver plongé malgré lui dans la marmite du débat linguistique, et ce, dès aujourd'hui. Tout dépendra des jugements que rendra la Cour suprême du Canada ce matin dans le délicat dossier de l'accès à l'école anglaise au Québec. Trois décisions sont attendues, dont deux particulièrement déterminantes pour l'avenir de ce chapitre de la Charte québécoise de la langue française, mieux connue sous le nom de loi 101.
Une victoire dans l'une ou l'autre de ces deux causes pourrait ouvrir la porte des écoles anglaises aux francophones et allophones qui n'y ont pas accès à l'heure actuelle. En vertu de la loi 101, un enfant peut s'inscrire à l'école anglaise au Québec seulement si lui ou un de ses parents a reçu la «majeure partie» de son éducation primaire ou secondaire en anglais au Canada.
Une victoire des plaignants signifierait un retour au libre choix pour quiconque est citoyen canadien, affirme d'ailleurs Brent Tyler, l'avocat qui représente les plaignants dans toutes ces causes.
Signe de la délicatesse de l'affaire, la Cour suprême a pris un an pour trancher. Le dernier jugement de la Cour suprême sur la loi 101, qui remonte à 1988, portait sur l'interdiction de toute autre langue que le français dans l'affichage commercial.
«La dernière chose que veut Jean Charest, c'est une crise linguistique. C'est la seule qu'il n'a pas eue», a affirmé la politologue Linda Cardinal, de l'Université d'Ottawa. Mais cette spécialiste des droits linguistiques minoritaires avoue être aux aguets. «Il y a un équilibre, ici. C'est une poudrière, cette question-là. [...] Toucher à l'éducation, c'est jouer sur l'équilibre linguistique», dit-elle. La publication des jugements coïncide avec la tenue, à l'Université d'Ottawa, d'une conférence internationale sur les politiques linguistiques au Canada et en Europe. Selon Mme Cardinal, les experts présents sont impatients de lire les décisions.
Un des appels jugés aujourd'hui a été interjeté par huit couples de parents francophones -- ils étaient dix au départ -- qui souhaitaient envoyer leurs enfants à l'école anglaise. Selon eux, déterminer le sort des enfants en fonction de l'éducation de leurs parents constitue une forme de discrimination qui contrevient à la Charte québécoise des droits de la personne.
Jusqu'à présent, ces parents ont été déboutés à toutes les étapes du processus judiciaire. S'ils l'emportaient cette fois-ci, le gouvernement pourrait répondre en invoquant la disposition dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés, qui permet de soustraire une loi à l'application de certains droits, dont celui à l'égalité.
L'autre cause, par contre, n'offre pas la même porte de sortie au gouvernement, a noté Me Tyler, qui a déjà été président d'Alliance Québec. Cette affaire découle d'une plainte d'Edwidge Casimir, la mère de deux enfants qui ont fréquenté pendant deux ans une école anglaise ontarienne offrant un programme bilingue. Une fois au Québec, Mme Casimir a voulu inscrire ses enfants à l'école anglaise, mais on leur a refusé le certificat d'admissibilité requis. Comme les enfants avaient fait la moitié de leur scolarité en français, on considérait qu'ils n'avaient pas reçu la majeure partie de leur éducation en anglais, a expliqué M. Tyler.
Mme Casimir conteste le pouvoir de Québec d'imposer une telle exigence. Elle invoque ainsi l'article 23 de la Charte canadienne, qui encadre les droits à l'éducation des minorités linguistiques et ne prévoit aucune règle quantitative du genre. Devant la cour, Me Tyler avait déclaré que cet article 23 visait d'ailleurs non seulement à protéger les minorités linguistiques mais à assurer leur épanouissement, ce qu'empêcheraient les restrictions québécoises. Or l'article 23 ne peut être suspendu au moyen de la disposition dérogatoire.
La troisième cause qui sera tranchée ce matin porte sur les pouvoirs du Tribunal administratif du Québec. Les appelants contestent le fait que ce tribunal est le seul habilité à revoir les décisions sur les certificats d'admissibilité.
Une des décisions pourrait aussi avoir des ramifications à l'extérieur du Québec, ce qui explique l'intervention de six groupes représentants des francophones hors Québec et de la Commissaire aux langues officielles.
Contrairement au gouvernement fédéral, qui a défendu le pouvoir des provinces d'établir des critères pour l'accès aux écoles de langue minoritaire, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) croit qu'il faut faire une distinction pour le Québec. Elle voudrait d'ailleurs que la Cour suprême reconnaisse la spécificité du Québec dans ce domaine et laisse ainsi aux conseils scolaires des minorités francophones dans les autres provinces le pouvoir qu'ils détiennent de contrôler l'accès à leurs écoles, a expliqué Serge Quinty, directeur des communications de la FCFA.

La Cour suprême affaiblit la disposition scolaire de la loi 101
SYLVAIN LAROCQUE
PC jeudi 31 mars 2005
OTTAWA (PC) - La Cour suprême du Canada a ouvert une nouvelle brèche dans la Charte de la langue française, jeudi, en diminuant la portée de sa disposition scolaire.
Il sera donc plus facile pour les parents québécois d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise si ces derniers ou un membre de leur famille proche ont reçu une "partie importante" de leur enseignement en anglais au Canada.
Jusqu'ici, dans la Charte de la langue, mieux connue sous le nom de loi 101, le critère était plus large: on devait avoir reçu la "majeure partie" de l'enseignement en anglais pour avoir droit à l'école anglaise au Québec.
Cette "interprétation atténuante" de la loi 101 permet au Québec d'"atteindre ses objectifs législatifs", assure le plus haut tribunal du pays dans une décision unanime.
La contestation judiciaire a été menée par des parents allophones qui soutenaient que le critère de la "majeure partie" de la loi 101 (à l'article 73.2) violait l'article 23.2 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit le droit des minorités linguistiques de recevoir des services scolaires dans leur langue.
En vertu du jugement, au moins un des enfants de Mme Edwidge Casimir, Shanning, pourra fréquenter l'école anglaise. Elle a fait ses première et deuxième années dans le cadre d'un programme d'immersion française dans une école anglaise d'Ottawa, où elle a reçu la moitié de son enseignement en français et l'autre moitié, en anglais. Mais après que la famille ait déménagé à Montréal en 2000, le gouvernement québécois a refusé de lui donner accès à l'école anglaise, à cause du critère de la "majeure partie".
Le gouvernement québécois "interprète le critère de la 'majeure partie' de façon disjonctive et strictement mathématique", peut-on lire dans le jugement. "L'interprétation mathématique restrictive manque de souplesse et peut même avoir pour effet d'empêcher un enfant de recevoir un enseignement essentiel au maintien de son lien avec la communauté et la culture minoritaires."
Parents francophones
Dans une affaire connexe, la Cour suprême a rejeté la requête de huit familles francophones qui réclamaient le droit d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise.
"Puisque les appelants sont membres de la majorité francophone du Québec, leur objectif qui consiste à faire instruire leurs enfants en anglais ne correspond pas à l'objectif visé à l'article 23 de la Charte canadienne", écrit la Cour dans un second jugement unanime. "Les appelants ne peuvent pas revendiquer pour leurs enfants le droit à l'enseignement dans une école publique anglaise au Québec et, s'il était retenu, leur argument fondé sur l'égalité aurait pour effet pratique de retrancher de la Constitution le compromis soigneusement formulé à l'article 23."

La décision de la Cour suprême inquiète la SSJB
Lia Lévesque
PC jeudi 31 mars 2005
Critère qualitatif pour la Loi 101
Bien que le jugement de la Cour suprême du Canada sur la Loi 101 aurait pu être plus «désastreux» qu'il ne l'est, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal continue de s'inquiéter du déclin de l'école française au Québec.
Lors d'une conférence de presse jeudi à Montréal, le président de la SSJB de Montréal Jean Dorion a dit craindre que le changement du critère de «la majeure partie» de l'enseignement en anglais pour celui d» «une partie importante» de l'enseignement en anglais «prête à plus de contestations» qu'avant, parce qu'il s'agit d'un critère qualitatif plutôt qu'arithmétique et objectif.
M. Dorion s'est également indigné du fait que ce soit une institution hors Québec qui décide de ce qui est bon et acceptable pour le Québec.
Il a bien l'intention d'intervenir auprès du gouvernement Charest, mais dans une optique plus large que ce simple jugement, celle d'une lutte contre le lent déclin de l'école française au Québec.
En effet, contrairement à ce que pensent plusieurs personnes, la fréquentation de l'école française au primaire est en baisse au Québec depuis 1991-92, au profit de l'école anglaise, a démontré M. Dorion, statistiques à l'appui.

Éducation en anglais: la loi 101 est maintenue
SRC jeudi 31 mars 2005
La Cour suprême du Canada maintient les dispositions de la loi 101 qui obligent les parents francophones du Québec à envoyer leurs enfants à l'école française.
Dans un jugement unanime, le plus haut tribunal du pays déboute 8 familles québécoises qui plaidaient que l'impossibilité pour elles d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise allait à l'encontre du principe de l'égalité reconnu par la Charte des droits.
Pour la Cour suprême, l'article 23 de la Charte canadienne des droits sur lequel les parents francophones basaient leur recours vise à garantir les droits des minorités et non à assurer l'égalité comme telle.« S'il était retenu, leur argument fondé sur l'égalité aurait pour effet pratique de retrancher de la Constitution le compromis soigneusement formulé à l'article 23 », écrivent les juges de la Cour suprême.
Déçu, l'avocat des familles, Brent Tyler, a réagi en déclarant qu'il avait reçu le mandat de préparer au nom des familles une plainte pour discrimination qui sera déposée au comité des droits de l'homme des Nations unies.
M. Tyler se réjouit toutefois de la décision de la Cour dans l'affaire Casimir.
Dans cette affaire, la Cour permet à une famille allophone d'envoyer son enfant à l'école anglaise, en estimant que des cours d'immersion en français suivis par l'enfant dans une école anglaise de l'extérieur du Québec ne l'empêchaient pas d'avoir reçu « la majeure partie de son éducation » en anglais.
Toutefois, M. Tyler se dit déçu également que la Cour suprême n'ait pas adopté de disposition générale sur l'évaluation de ce qui constitue « la majeure partie » de l'éducation. Les juges appellent plutôt les autorités québécoises à faire preuve de souplesse dans l'étude des demandes qui lui sont soumises.
Le gouvernement québécois « interprète le critère de la "majeure partie" de façon disjonctive et strictement mathématique », peut-on lire dans le jugement. « L'interprétation mathématique restrictive manque de souplesse et peut même avoir pour effet d'empêcher un enfant de recevoir un enseignement essentiel au maintien de son lien avec la communauté et la culture minoritaires », poursuit le jugement.
Les demandes d'accès à l'école anglaise seront donc traitées au cas par cas, ce que déplore M. Tyler.
C'est la première fois que depuis 1988 que la Cour suprême avait à se prononcer sur des dispositions de la loi 101.

Les tribunaux ont charcuté constamment la loi 101 depuis son adoption en 1977
NORMAN DELISLE
PC jeudi 31 mars 2005
QUEBEC (PC) - Vingt-huit ans plus tard, la loi 101 est loin de ressembler à celle que l'Assemblée nationale avait adoptée en 1977 pour faire du français la langue d'usage du Québec.
Le texte de la loi a été maintes fois charcuté par des décisions des tribunaux et plusieurs pans de la loi originale ne sont plus en vigueur.
En 1979, une première offensive contre la loi, appelée arrêt Blaikie, du nom de l'avocat montréalais Peter Blaikie qui avait mené la contestation, était rendue par la Cour suprême. Deux chapitres de la loi 101, ceux faisant du français la langue de la justice et de la législation au Québec, étaient déclarés contraires à la constitution canadienne par le tribunal fédéral.
La loi 101 stipulait que les lois étaient adoptées en français par la Chambre, quoiqu'un texte en anglais demeurait disponible pour quiconque en faisait la demande.
Mais la Cour suprême décrétait que l'Assemblée nationale devait aussi adopter en même temps la version anglaise des lois. Cette décision forçait le Parlement québécois à adopter d'urgence la loi 82, qui revalidait les quelque 250 lois adoptées uniquement en français entre 1977 et 1979.
En 1984, une autre décision de la Cour suprême annulait la "clause Québec", incluse jusque là dans la loi 101, et la remplaçait par la "clause Canada".
En vertu de la clause Québec, un enfant était admis à l'école anglaise uniquement si un de ses parents avait lui-même fréquenté l'école anglaise au Québec. Le tribunal statuait plutôt que l'accès à l'école anglaise était permis à tout enfant dont l'un des parents avait reçu son instruction en anglais n'importe où au Canada, et non seulement au Québec.
En 1988, autre coup dur pour la loi 101: la Cour suprême décidait que l'affichage commercial uniquement en français transgressait la liberté d'expression.
Le gouvernement québécois, alors dirigé par Robert Bourassa, devait réagir en adoptant la loi 178 pour maintenir l'affichage en français, mais il doit se prévaloir de la clause dérogatoire pour contourner la Constitution canadienne et le jugement.
De plus, cette dérogation n'est valide que pour cinq ans. En 1993, à l'expiration de la période de cinq ans, le gouvernement Bourassa revient avec la loi 86 qui, cette fois, autorise le bilinguisme dans l'affichage en autant que le français soit prédominant sur l'affiche.
Par ailleurs, la loi 86 élargit l'accès à l'école anglaise pour un enfant qui n'y aurait normalement pas droit, mais qui connaît des "difficulté graves d'apprentissage".
Enfin, en 2002, l'Assemblée nationale adoptait, à l'unanimité, la loi 104, qui comblait une faille dans la Charte de la langue française. La loi 104 bloquait l'accès à l'école anglaise pour ceux qui avaient fréquenté l'une des rares écoles anglaises privées non subventionnées.

La décision de la Cour suprême réjouit le gouvernement Charest
NORMAN DELISLE
PC jeudi 31 mars 2005
QUEBEC (PC) - Le gouvernement Charest est soulagé de la décision de la Cour suprême sur la loi 101.
"Nous sommes soulagés. Si la loi avait été déclarée invalide, nous aurions eu un problème important à résoudre", a admis jeudi le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes Benoît Pelletier.
M. Pelletier a réagi au jugement au nom du gouvernement québécois, en remplacement de la ministre responsable du dossier linguistique, Line Beauchamp, qui est en vacances à l'extérieur du Québec.
Le ministre Pelletier s'est réjoui que la Cour suprême ait reconnu la validité de la politique linguistique du Québec et les valeurs qui la sous-tendent. Le gouvernement Charest ne changera donc pas la Charte de la langue française. "Il n'y aura pas une virgule qui sera changée à la loi 101", a-t-il dit.
Le ministre a aussi noté que la Cour suprême avait reconnu que la limitation de l'accès à l'école anglaise au Québec "n'allait pas à l'encontre de l'égalité" de tous les citoyens, une égalité prescrite par la Charte des droits et la Constitution.
"Cela va nous permettre de préserver l'équilibre linguistique auquel les Québécois et le gouvernement du Québec tiennent tant", a dit M. Pelletier.
Par ailleurs, le gouvernement québécois adoptera bientôt des "balises très strictes" pour délimiter le concept de "majeure partie de l'enseignement" qu'il faut avoir reçu en anglais pour pouvoir accéder à l'école anglaise.
"On va créer des balises très strictes pour éviter le flou artistique" a signalé M. Pelletier.
La Cour suprême a en effet édicté que le nombre d'années où un élève a fréquenté l'école anglaise ne suffisait pas pour déterminer s'il avait passé "la majeure partie" de son cours en anglais. Il faut tenir compte d'autres critères, comme le profil qualitatif de l'étudiant, le contexte socioculturel et les problèmes d'apprentissage de l'étudiant, a statué la Cour.
M. Pelletier assure cependant que les critères que fixera le gouvernement libéral seront "très stricts et dans l'esprit de la loi 101".
De toute façon, il y a environ 150 cas de contestation par année en ce qui a trait aux enfants qui prétendent avoir accès à l'école anglaise en vertu de ce critère, et à qui le ministère de l'Education refuse cet accès. Il s'agit donc d'un problème quelque peu marginal, compte tenu qu'il y a deux millions d'écoliers québécois.
Enfin le ministre Pelletier a incité au calme Me Brent Tyler, avocat des contestataires de la loi 101. Ce dernier veut porter le dossier linguistique sur la scène internationale.
Mais le ministre Pelletier s'est dit convaincu que la position du Québec serait "confirmée" en droit international. Il cite à cet égard la grande crédibilité dont jouit la Cour suprême du Canada auprès des juristes internationaux.
Le ministre libéral a largement vanté la loi 101 qui contribue à la sauvegarde de la langue française au Québec, dans un contexte de globalisation de l'Amérique du Nord. Ironiquement, les députés libéraux à l'Assemblée nationale avaient combattu avec acharnement l'adoption de cette loi en juillet 1977.
