
Gagnon-Tremblay dit non à la charia
Presse Canadienne
vendredi 11 mars 2005
Montréal - La ministre Monique Gagnon-Tremblay a marqué hier, en conférence, une ferme opposition à toute application de la loi islamique, dans toutes les provinces canadiennes.
D'après la ministre québécoise des Relations internationales, si l'Ontario devait accorder sous peu un statut légal à la loi islamique pour régler des différends familiaux entre musulmans, les femmes deviendraient victimes de violations évidentes de leurs droits.
Elle exhorte tous les partis politiques canadiens, quel que soit leur palier, à clamer leur opposition à la charia. Mme Gagnon-Tremblay pense même que le Québec devrait rejeter toute demande d'immigration d'une personne qui adhère à la loi islamique.
Son confrère ministre de la Justice, Yvon Marcoux, affirme que même si l'Ontario devait ouvrir la porte à la charia, le Québec ne saurait emboîter le pas.
Quant à la députée Fatima Houda-Pépin, qui a été élevée selon la religion musulmane, elle a déclaré à la même conférence que l'objectif ultime des islamistes n'est pas de s'intégrer au Canada, mais bien de soumettre le pays à leurs croyances.
En entrevue à The Gazette, Salam Elmenyawi, un représentant de la communauté musulmane de Montréal, estime que ces propos de politiciens constituent une totale ignorance et de la bigoterie qui l'attaquent personnellement.

Keep Islamic law out of Canada, Quebec politicians urge
MIKE DE SOUZA
The Montréal Gazette March 11, 2005
Minister suggests province reject Muslim immigrants who favour system
Islamic law has no place in Quebec or the rest of Canada, a provincial cabinet minister and several MNAs said yesterday.
With the Ontario government expected to decide shortly on whether to allow the Islamic legal code, known as sharia, to be applied to settle family disputes among Muslims, Liberal and Parti Quebecois MNAs warned yesterday that using sharia would lead to blatant violations of women's rights.
"I think all political parties in Quebec must say loud and clear that not only do we not want it in Quebec, we don't want it in Ontario and we don't want it in Canada," International Relations Minister Monique Gagnon-Tremblay said at a conference.
The former immigration minister said Quebec should refuse immigrants who believe the Islamic system should be applied.
"We must rework the social contract (for immigrants) so that the people - Muslims who want to come to Quebec and who do not respect women's rights or who do not respect whatever rights may be in our Civil Code - stay in their country and not come to Quebec, because that's unacceptable."
"On the other hand, if people want to come to Quebec and accept our way of doing things and our rights, in that instance they will be welcome and we will help them integrate."
Sharia is canonical law based on the teachings of the Koran.
Ontario's attorney-general is studying a report, made public in December, that recommends sharia be allowed to settle family disputes.
But in an hour-long presentation, Liberal MNA Fatima Houda-Pepin argued Islamic law would infringe on women's rights and open the door to polygamy.
"We've seen sharia at work in Iran. We've seen it at work in Afghanistan, with the odious Taliban regime. We've seen it in Sudan, where the hands of hundreds of innocent people were cut off. We've seen it in Nigeria with attempts at stoning," she said.
Salam Elmenyawi, chairperson of the Muslim Council of Montreal, was outraged when told about the comments made at the conference.
"When you talk like that, you are attacking me and my faith," he said in a phone interview. "This is total ignorance. Bigotry and ignorance have no limits."
But Houda-Pepin, who was raised a Muslim, also warned that the public should make an effort to get to know those in the community who are lobbying for application of sharia.
"One of the strengths of Islamists is that they know you very well. They know our history, they know our culture, they know our justice system, the Charter of Rights," she said.
She said those lobbyists are trying to impose a political agenda, not necessarily a religious one.
"Their objective is not to integrate into Canada, it is to integrate Canada to their values," she said, acknowledging sharia is interpreted in a more liberal fashion in such countries as Morocco as opposed to Saudi Arabia, for example.
Elmenyawi suggested Houda-Pepin was posing as a representative of the Muslim community when she does not speak for it.
He said the Islamic community in Montreal is looking at creating family tribunals, independent of the courts, to settle religious issues and to protect the rights of both women and men. It is an internal debate that has nothing to do with Quebec's Civil Code, he said.

Monique Gagnon-Tremblay souhaite fermer la porte aux musulmans intégristes
Agnès Gruda
La Presse samedi 12 mars 2005
La suggestion de la ministre embarrasse même sa collègue de l'Immigration
Peut-on empêcher des musulmans intégristes d'immigrer au pays? C'est ce que souhaite la ministre des Relations internationales du Québec, Monique Gagnon-Tremblay. Mais sa suggestion a semé consternation et scepticisme, y compris chez sa propre collègue Lise Thériault, ministre de l'Immigration, qui a jugé l'idée impraticable.
Le Québec devrait fermer ses portes aux " éléments radicaux ayant l'intention de ne pas respecter nos lois et nos valeurs ", a dit Mme Gagnon-Tremblay lors d'un entretien avec La Presse hier.
La veille, cette ancienne ministre de l'Immigration avait participé à une conférence de parlementaires au cours de laquelle la députée Fatima Houda-Pépin a fait une mise en garde contre les pressions réclamant l'instauration de lois islamiques en Occident.
Touchée par ses arguments, la ministre Gagnon-Tremblay a alors suggéré que le Québec revoie son contrat social avec les immigrants de manière à écarter ceux qui " ne respectent pas les droits des femmes ou n'importe quel droit inscrit dans notre Code civil ", selon ses propos, cités par The Gazette.
" Les immigrants qui veulent changer nos valeurs n'ont qu'à aller ailleurs ", a dit la ministre Gagnon-Tremblay hier, lorsque La Presse a voulu lui faire préciser sa pensée.
Mais l'actuelle ministre de l'Immigration, Lise Thériault, ne voit pas comment mettre ces idées en pratique. Les immigrants sélectionnés par le Québec sont choisis en fonction d'une grille où l'on tient compte de critères tels que leurs connaissances linguistiques, leur formation ou leur expérience de travail, a-t-elle fait valoir. " Sur quoi pourrait-on se baser pour savoir si un candidat est un islamiste radical? " se demande-t-elle, ajoutant que ce genre de critère risquerait de créer un élément de discrimination dans la politique d'immigration.
L'idée de distinguer entre les " bons " et les " mauvais " musulmans est irréalisable, renchérit Patrice Brunet, président de l'Association québécoise des avocats en droit de l'immigration. En allant dans cette direction, le gouvernement s'aventurerait selon lui sur un terrain dangereux. " De toute façon, les candidats à l'immigration donneront les réponses qui les favorisent pour montrer qu'ils veulent s'intégrer. On le voit déjà avec des musulmanes qui ne mettent pas le voile lors d'une entrevue de sélection mais le portent une fois arrivées au Québec ", dit-il.
Le danger, c'est que la suspicion rejaillirait forcément sur tous les musulmans, déjà passablement ébranlés par l'onde de choc du 11 septembre 2001.
Introduire des critères de croyances religieuses dans la sélection des immigrants équivaudrait à " punir des gens à cause de leur foi ", s'est indigné hier le président du Conseil musulman de Montréal, Salam Elmenyawi. " À partir de là, n'importe quel fonctionnaire pourrait refuser l'entrée au pays à un croyant qui prie ", a-t-il dit, ajoutant que les propos de Mme Gagnon-Tremblay étaient " très, très graves ".
Le Conseil musulman de Montréal voudrait établir au Québec des tribunaux islamiques administrant des divorces et des mariages en suivant les préceptes de la loi coranique. Mais jusqu'à maintenant Québec lui a opposé une fin de non-recevoir.
En revanche, l'Ontario pourrait bientôt autoriser un tribunal islamique qui rendrait des décisions arbitrales en matière de droit familial. C'est la recommandation qu'a faite l'ancienne procureure générale Marion Boyd dans un rapport remis en décembre.
Une telle décision pourrait créer un fâcheux précédent au Canada, craint Monique Gagnon-Tremblay. Selon Fatima Houda-Pépin, ce serait aussi un message très réconfortant pour tous les islamistes de la planète, qui ne se gêneraient pas pour s'en servir afin de faire avancer leurs revendications.
Pour Fatima Houda-Pépin, le tribunal d'arbitrage ontarien n'est de toute façon qu'un premier pas. " La charia touche le Code civil, les lois criminelles et le mode de gouvernance. L'enjeu, c'est le contrôle sur la communauté et le contrôle de nos institutions. Si on met un seul doigt dans cet engrenage, c'est tout le corps qui va y passer ", plaide-t-elle.
Elle-même musulmane, Mme Houda-Pépin réunira la semaine prochaine un groupe de députés cherchant des moyens de réagir aux pressions que l'islam intégriste exerce sur le Québec et le Canada.

Au nom des femmes et des valeurs d'ici
Faut-il exclure du Québec les musulmans intégristes?
Jean-Claude Leclerc, enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.
Le Devoir lundi 14 mars 2005
Il semble qu'au Québec la peur des étrangers tout comme l'incapacité d'y faire face soit encore bien réelle. La semaine dernière, une ancienne ministre de l'Immigration, Mme Monique Gagnon-Tremblay, hier vice premier-ministre, et toujours responsable des Relations internationales, a tenu des propos plutôt alarmants.
Sa collègue de La Pinière, Mme Fatima Houda-Pepin, donnait alors une causerie sur la charia et sur l'utilisation politique qu'en font des islamistes au sein de leur communauté, y compris en pays d'immigration. À cette occasion, Mme Gagnon-Tremblay a suggéré que le gouvernement révise son contrat social avec les immigrants afin d'exclure du Québec ceux d'entre eux qui ne respectent pas «les droits des femmes ou n'importe quel droit inscrit dans notre code civil».
La ministre a réitéré sa position lors d'un entretien avec La Presse. «Les immigrants qui veulent changer nos valeurs n'ont qu'à aller ailleurs», a-t-elle dit. Le Québec devrait même, à son avis, fermer ses portes aux «éléments radicaux ayant l'intention de ne pas respecter nos lois et nos valeurs». La ministre n'a pas mentionné les militants islamistes, mais ils étaient certainement visés.
Les réactions n'ont pas tardé. Pareil critère de sélection serait discriminatoire et inapplicable, disent les uns. Une telle proposition, ajoutent les autres, stigmatise un peu plus une communauté déjà fort éprouvée depuis le 11 septembre 2001. Au reste, peut-on confondre ceux qui veulent changer la loi et ceux qui ne la respectent pas ?
Si une figure modérée de l'Assemblée nationale, juriste de formation, et de surcroît versée en immigration et en politique internationale, a pris une telle position, que peut-on attendre de la classe politique et de la population elle-même ? À en juger par les sondages, bon nombre, au Québec comme ailleurs au pays, sont favorables à l'exclusion de ces «éléments».
Pourtant, Mme Gagnon-Tremblay serait bien en peine d'exclure les Québécois -- car il y en a -- qui contestent le nouveau statut civil des femmes. Ou encore, d'expulser de jeunes citoyens, nés au Québec, et convertis à l'islam. Pour eux, la charia n'est sans doute pas une pire règle de vie sociale que la législation «laïque» édictée à Québec. Au reste, faudrait-il ériger un mur autour du Québec pour empêcher que viennent s'y établir des musulmans acceptés ailleurs au Canada ?
Pourtant l'inquiétude n'est pas moins réelle. Non plus d'abord en raison des violences associées aux groupes islamistes. Mais à cause du sort fait aux femmes dans les sociétés soumises à la charia. Dans sa causerie aux parlementaires, la députée de La Pinière, musulmane elle-même, a souligné le problème que posent les tactiques des intégristes. L'enjeu, d'après elle, c'est le contrôle qu'ils recherchent sur la communauté musulmane et, finalement, sur les institutions du pays.
À vrai dire, ces musulmans ne sont pas les seuls ni les premiers à dire que la loi de Dieu est supérieure à celle de l'homme. L'Église l'a longtemps soutenu jusqu'à ce qu'elle perde son ascendant sur les parlements de l'Europe chrétienne. Depuis, divers courants évangélistes s'efforcent de reconvertir l'État moderne à leur propre conception de la vie sociale. Le problème, c'est qu'une législation d'inspiration religieuse, quelle que soit la religion, s'harmonise plutôt mal avec une société diversifiée. Les pays qui ont adopté la loi islamique font craindre, non seulement pour les minorités d'une autre foi, mais pour les musulmans eux-mêmes, qu'une interprétation rigide ou dépassée de ses préceptes va souvent opprimer. Pourtant, l'islam ne fut pas nécessairement intolérant à l'origine. Plus tard, le célèbre calife de Bagdad, Haroun Al-Rachid, n'avait-il pas de nombreux conseillers juifs autour de lui ? Mais l'exclusion, sinon pire, fut parfois aussi le lot de certaines minorités.
L'intolérance n'est pas une invention musulmane. Ici même, le très catholique roi de France avait exclu juifs et protestants de la colonie. La Couronne britannique n'a ménagé ses sujets catholiques du Québec que pour garder leur appui contre les États-Unis. Catholiques et protestants y furent parfois des ennemis jurés, craignant des «menaces» dont on se moque maintenant. Même aujourd'hui, tout en se targuant de tolérance, c'est par nécessité économique et démographique, plus que par ouverture d'esprit et respect d'autrui, que le pays accepte un peuplement diversifié.
Islam en crise
Chaque communauté immigrante apporte avec elle ses richesses mais aussi ses problèmes. L'islam qui émigre au Canada est un islam en crise. Cette religion est en pleine expansion en Asie et en Afrique. Sa présence est importante en Europe. Mais partout se pose à elle le défi de l'adaptation au monde actuel. Pour certains, elle est devenue un refuge devant les malheurs du temps, les incertitudes pour l'avenir et les assauts, culturels ou économiques, venus du monde extérieur. Toutefois, dans un contexte de liberté comme au Canada, les musulmans découvrent également une tout autre perspective.
Malheureusement, les immigrants parmi eux qui affrontent la méfiance, la discrimination, le mépris, ou encore l'échec dans leurs aspirations, risquent de se replier sur un islam de survivance et de refus. C'est ce terreau qui, en Europe, a produit certains des «martyrs» d'al-Qaïda. Un phénomène analogue a nourri la guerre civile en Algérie. Et bien sûr, l'islam réactionnaire d'Arabie saoudite, fortifié des pétrodollars, a fourni à l'intégrisme de la diaspora plusieurs de ses cadres communautaires.
Que faire ? Il serait difficile de «filtrer» les éléments radicaux, à moins qu'ils versent dans la lutte armée. Qu'ils soient de l'extérieur ou d'ici, on ne saurait, non plus, leur faire un crime des vues qu'ils tiennent sur le statut de la femme ou sur les lois du pays. L'État est bien mal placé, du reste, pour juger des «valeurs», surtout quand il garantit la liberté de conscience et de religion. Là n'est pas le problème, ni donc la solution.
Certaines levées de boucliers sont pourtant révélatrices. Récemment, tout un mouvement s'est élevé contre l'idée de permettre un tribunal ou une procédure d'arbitrage pour les musulmans qui le veulent. Commerçants, syndicats, autres milieux pourraient en avoir, mais pas les musulmans. Cette communauté serait incapable, dit-on, d'accorder à ses membres, notamment aux femmes, un traitement égal à celui des tribunaux ordinaires. Les femmes, explique-t-on, n'oseraient pas résister aux pressions de leur milieu et seraient condamnées à un traitement inéquitable.
S'il y a une telle oppression dans cette communauté -- et pas dans d'autres ? -- la solution n'est pas de dire non à la charia ou de sacraliser le droit commun. La priorité et l'urgence, c'est plutôt de porter assistance à ces personnes -- en danger de perdre les droits et libertés qu'elles ont obtenus en venant au pays et dont la société d'accueil est tenue d'assurer le respect. L'islam est la deuxième religion en importance dans les communautés immigrantes du Québec. L'enjeu est donc majeur et immédiat.
Un comité de députés doit se pencher sur la question. Ses membres voudront sans doute étudier le droit islamique. Mais après les pouvoirs et les millions qu'Ottawa a concédés au Québec pour l'immigration, ils devraient surtout s'interroger sur l'échec des programmes d'intégration. Et sur la protection, apparemment dérisoire, accordée aux minorités par les institutions québécoises vouées aux droits et libertés.
redaction@ledevoir.com

Decry opposition to faith-based tribunal
KAZI STASTNA
The Montréal Gazette March 12, 2005 Saturday
Reaction to Ontario efforts criticized as ignorant, misinformed and plain racist - Muslim leaders liken sharia to Canada's arbitration system
Government reactions to the prospect of granting Ontario's Muslim community the right to conduct arbitration tribunals based on sharia law have been arrogant, condescending, misinformed and plain racist.
That was the message Muslim leaders Jamal Badawi and Riad Saloojee delivered to a crowd of about 150 students and members of the public at Concordia University last night.
Arbitration has been used in Canada for decades - to settle labour disputes, for example. Settling family and personal disputes according to sharia, the canonical law based on the teachings of the Koran, would be no different, said Badawi, who teaches industrial relations and theology at St. Mary's University in Halifax.
What's more, other religions and aboriginal communities have been using arbitration for years without the outcry that met the recent attempt by Muslims to avail themselves of the same rights, Badawi said.
The reaction to former Ontario attorney-general Marion Boyd's recommendation to allow sharia arbitration has not only been biased but grossly misinformed - about sharia, the rules governing arbitration and Canadian law, the speakers said.
Raising the spectre of beheadings and amputations in Saudi Arabia and other Islamic countries shows an alarming ignorance rooted in fear and prejudice, Badawi said.
"What do we have to do with what happens in Sudan or Afghanistan? Did any one say we have to apply the laws of (those countries) in Canada?"
Sharia tribunals, just like any other arbitration proceedings, would have to comply with the Arbitration Act that has existed in Ontario since 1991. They would be voluntary, subject to the Charter of Rights and Freedoms and all other Canadian laws, and contain an appeal process, Badawi said.
Comments made by Quebec International Relations Minister Monique Gagnon-Tremblay, who said sharia was not welcome in Canada and suggested the social contract for immigrants might need to be reworked if the change goes ahead, reflects the biased scaremongering that has prevailed in the media, said Saloojee, director of the Muslim lobby group CAIR-CAN.
"I wonder if she would tell Jews or Christians they should not be allowed in the country if they believe in faith-based arbitration," he said.
Although both speakers agreed the sharia system of arbitration has its shortcomings, they were adamant these can be addressed by working safeguards into the process - to ensure participation is voluntary, all parties are informed of their rights and arbitrators are regulated. Sharia is not inflexible but rather a broad set of norms that contains few laws per se, Badawi said.
But McGill University student Asim Khan, 23, fears that if arbitration is adopted without first enshrining some third-party oversight - for all groups, not just Muslims - it will leave the field open for unjust interpretation of those broad principles.
Women in insular communities will be pressed into arbitration and then be vulnerable to gender-
biased rulings that they won't appeal because of community pressure, financial dependence on a spouse or fear of losing custody of their children, he said.
Nevertheless, to deny Muslims access to sharia arbitration would be racist, he said. "If there is a Jewish and Christian arbitration system, then it's legally impossible to prohibit a Muslim arbitration system.
"I just don't believe that women - under the current system that is proposed - should ever use it."
kstastna@thegazette.canwest.com
Immigration to Quebec is a privilege, not a right

Decry opposition to faith-based tribunal
KAZI STASTNA
The Montréal Gazette March 12, 2005 Saturday
The Gazette
17 mars 2005, page A22
On March 10, Fatima Houda-Pepin, MNA for La Pinière, organized a meeting to discuss sharia. I was surprised how some interpreted my comments. What I said is that while Quebec and Canadian courts may take certain religious decisions into consideration, sharia should not apply either in Québec or Canada.
To ensure there is no ambiguity, it is important that people who apply to immigrate to Quebec fully understand that Quebec and Canadian laws are the same for all. Quebec is a democratic, secular society. As such, it strives to make all Quebecers-regardless of race, religion or origin-have the same opportunity to achieve their full potential.
Quebec respects religious freedom. Everyone is free to practise his or her religion and to follow its teachings. However, Quebec, like Canada, cannot accept the establishment of a religious practice or teaching that runs counter to the laws that regulate our society as a whole.
In other words, a law promulgated by the State overrides any religious law. Take divorce. A religious practice or teaching may forbid divorce, but our law recognizes it. Likewise, the State's recognition of the dissolution of a marriage is defined by our Civil Code, not by a religious law.
All immigration applicants know these rules. During my mandate as Minister of Immigration for the Bourassa government, I personally made certain this was clear in the Quebec Immigration Act and in the "moral contract" applicants are asked to respect.
Applicants are made aware of the situation and are then free to choose whether they still want to come to Québec. If they do, by the very fact of immigrating, they agree to abide by our legal system and values. It is then up to us to facilitate their integration into Quebec society.
I will strongly oppose any attempt to apply religious edicts in Quebec or Canada that run counter to our laws.
Monique Gagnon-Tremblay
Quebec Minister of International Relations

Les invasions françaises
Agnès Leclair
Le Figaro Etudiant, Jeudi 17 mars 2005 -
Formation : Pourquoi 5 000 Français partent chaque année étudier au Canada
Dossier
Près de 236 000 immigrants auraient été accueillis au Canada en 2004 selon le gouvernement fédéral canadien ! Le deuxième plus grand pays du monde peine en effet à remplir ses 9 984 670 km 2 par sa seule natalité. Dans ce flot de nouveaux arrivants se trouvent de nombreux étudiants (environ 130 000 par an), habitants provisoires ou non, attirés par les atouts du système universitaire canadien. Est-il besoin de le mentionner, le Canada - ses chanteurs de variété à voix nous le rappellent assez régulièrement... - possède deux langues officielles, l'anglais et le français. Voilà certainement une des raisons de la venue d'environ 5 000 étudiants français tous les ans. Le Québec, c'est l'Amérique du nord en VF ! Cette province attire d'ailleurs la majorité d'entre eux, environ 4 700 en 2001 selon l'agence EduFrance. Un chiffre qui aurait presque quadruplé depuis 1998, où ils n'étaient que 912. Parmi les quelque 93 universités canadiennes (et les 250 collèges techniques), on compte quatre universités francophones au Québec, six dans d'autres provinces et cinq universités bilingues.
«L'étudiant est un client»
«C'est la disponibilité qui compte et c'est ce que viennent chercher les étudiants français chez nous», explique Gilles Breton, responsable du Bureau des relations internationales de l'université de Laval. En plein coeur de la ville de Québec, cet établissement fait partie des plus grands du Canada et les étudiants français y forment la plus importante population d'étrangers (800 en 2005 sur environ 38 000 étudiants en tout). Laval est obligée de compter avec les étudiants venus d'autres régions ou d'autres pays car la population du Québec n'est pas en période de croissance.
Et, pour rester une université attractive, «il faut pouvoir satisfaire nos clients (les étudiants), nos actionnaires (la société), nos salariés (les professeurs)», estime Michel Pigeon, recteur de l'établissement. Les universités canadiennes tiennent toutes le même raisonnement et se vivent quasiment comme des entreprises. Cette philosophie comporte des avantages pour les étudiants, notamment en termes d'enseignement et de qualité des infrastructures.
«La qualité de l'enseignement est excellente ! Nous ne sommes pas plus de 20 élèves en tutorial (TD). Les professeurs sont prêts à répondre à toutes les questions, même les plus insignifiantes, même en dehors des cours», s'enthousiasme Caroline Marty, en 3 e année à Sciences po Lille, venue passée son année d'études à l'étranger à l'université de Toronto.
Pour Jérémie, en maîtrise d'anglais à la faculté de Mulhouse en Alsace, en échange à l'université d'Alberta et assistant du professeur de français, «il n'y a pas de relation maître/élève mais une relation entre une personne qui veut apprendre et une autre qui veut enseigner. C'est comme dans Le Cercle des poètes disparus ». «L'encadrement est parfait.
De plus, les cours sont disponibles sur un site Internet et les profs joignables par mail, renchérit Paul Gasq, en maîtrise Mass à Paris-I et en échange dans la même université. J'ai également été surpris par la quantité de travail exigée. Le contrôle continu tient une place très importante, c'est l'inverse du bachotage à la française.» La pédagogie adoptée dans l'enseignement supérieur canadien n'a en effet rien à voir avec celle des universités françaises.
Les professeurs n'imposent pas de plans. Les cours, où le tutoiement est de rigueur, s'apparentent à des débats entre les élèves et l'enseignant. En ce sens, le Canada regarde plutôt du côté des États-Unis que de l'Europe.
Pourtant, quelques critiques se font entendre. «Ici, les élèves peuvent s'exprimer plus librement mais l'exigence intellectuelle est moins forte qu'en France», note par exemple Constance Vilgrain, en 3 e année à Sciences po Paris en échange à UBC. «Durant les examens, les étudiants canadiens n'utilisent même pas de feuilles de brouillon, ils écrivent directement leur devoir !» s'étonne Joëlle Silberstein en DEA d'histoire contemporaine à Paris-IV en échange à Glendon.
«Les élèves viennent pour avoir un diplôme et non pour développer leur esprit critique. Ils ne sont pas préparés à devenir des citoyens», regrette Jean-Jacques Defert, doctorant en anthropologie littéraire en échange à Alberta. Cela dit, les étudiants français se montrent tous admiratifs de l'immensité des campus et de la richesse des moyens technologiques des grandes universités.
«Bibliothèques, accès illimité aux ordinateurs ou installations sportives gratuites, énumère Julien de l'Ieseg Lille, en échange à l'université d'Alberta. Les in fras truc tures françaises ne soutiennent pas la comparaison.» Prises dans une course à la modernité, la plupart des universités construisent en effet de façon frénétique de nouveaux bâtiments et ne cessent de renouveler leurs équipements. Pourvue d'une dizaine de bibliothèques, d'un musée d'ethnologie et du tout nouveau laboratoire Michaël-Smith (prix Nobel de chimie 1993), consacré à la recherche sur le génome, l'université UBC (University of British Columbia, Toronto) offre par exemple un cadre de travail de rêve.
La quinzaine d'élèves en échange en ce moment à UBC apprécie à sa juste valeur ce campus romantique et moderne qui se détache sur de grandes montagnes bleutées, tout droit sorties d'un tableau de Frederich. Mais cet environnement a un prix et le financement des études apparaît comme le revers de la médaille de ce système aux étudiants expatriés. (lire ci-dessous)
Infos pratiques : www.cic.gc.ca/francais/etudier ; www.ambafrance-ca.org ; www.canada-culture.org ; www.studyincanada.com
«Un handicap financier»
Les universités canadiennes sont des entités juridiques indépendantes bien qu'elles soient majoritairement publiques. Elles sont principalement financées par le gouvernement (fédéral, provincial et territorial), mais également par les droits de scolarité. Les étudiants internationaux payent le prix fort, environ deux fois plus que les Canadiens, pour accéder à cet enseignement.
Les frais de scolarité, très variables d'une province et d'une université à l'autre, oscillent entre 3 475 et 11 090 dollars pour le premier cycle (undergraduate) selon l'AUCC (Association des universités et collèges du Canada). Ils se situeraient entre 1 641 et 13 000 dollars pour le deuxième et troisième cycle (graduate) avec une moyenne plutôt aux alentours de 9 000 ou 10 000 dollars. Et ce, bien évidemment, sans compter les coûts de logement, de transport, de nourriture, des fournitures, des activités...
A UBC, on reconnaît qu'il est difficile d'attirer des étudiants français car, pour eux, le coût des études, dans l'Hexagone voire en Europe, se révèle beaucoup plus faible : «C'est une concurrence pour nous, nos frais de scolarité représentent un handicap financier.» Les étudiants français bénéficient cependant d'un privilège au Canada : l'accord France-Québec qui les exempte de la majoration de frais de scolarité réservée aux étudiants étrangers. S'ils choisissent le Québec, ils verseront donc les mêmes droits que les étudiants québécois, soit environ 2 000 dollars, en vertu de la convention de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (Crepuq), signée entre cent soixante établissements post secondaires et universités québécoises. Un étudiant français peut poursuivre ses études pendant une ou deux sessions au Québec, en bénéficiant de cette convention.
En outre, les étudiants venus par le biais d'un échange avec leur établissement ne connaissent pas de problèmes de financement. Dans les autres provinces, les Français suivent l'exemple des étudiants canadiens, nombreux à travailler ou à contracter un prêt. Marie-Agnès Henry, en master génie chimique, étudiante internationale à l'université de Waterloo, cumule ainsi les petits boulots.
Son année à 15 000 dollars est remboursée par les 13 600 dollars qu'elle touche en tant qu'assistant chercheur et les 1 400 dollars trimestriels versés par son département de Génie chimique. Pour subvenir à ses besoins, elle donne donc des cours de français (2 heures 40/semaine plus le suivi des élèves) pour 4 600 dollars par trimestre et se transforme en barmaid pour 7,15 dollars de l'heure (sans les pourboires). Les universités comportent de nombreuses résidences universitaires mais elles sont le plus souvent réservées aux étudiants de première année.
Marie-Agnès débourse donc 400 dollars par mois pour une maison en colocation partagée à quatre. Heureusement, les étudiants canadiens et étrangers peuvent bénéficier de nombreuses bourses. C'est aussi un moyen classique de financement partiel de sa scolarité.
Signalons tout de même que de nombreux étudiants québécois sont actuellement en grève pour protester contre une coupe budgétaire de 103 millions de dollars dans les prêts et bourses annoncés par le gouvernement du Québec. Rappelons enfin que les universités canadiennes coûtent largement moins cher que leurs consoeurs américaines. Elles s'assurent ainsi la venue de nombre d'étudiants qui veulent se confronter au système nord-américain à moindre frais.
«Nous recevons de nombreux étudiants américains, explique-t-on à McGill, prestigieuse université anglophone au Québec. Nous avons l'avantage d'être géographiquement proche de Boston, de New York, et nos frais de scolarité sont moins élevés. Ici, pour les étrangers, les études coûtent environ 12 000 dollars canadiens par an (plus environ 8 000 dollars pour le logement).
Aux États-Unis, les études coûtent plutôt entre 25 000 et 30 000 dollars américains par an. Nous sommes donc 30 à 40% moins cher.» A l'université de Montréal, on fait le même constat : «La vraie compétition se fait avec les universités américaines», selon Robert Sing, coordonnateur nano-sciences de la faculté des Arts et des Sciences. Car c'est bien de compétition qu'il s'agit.
Le Canada s'est jeté à bras le corps dans la course liée à l'internationalisation de l'enseignement post secondaire. Les universités doivent devenir attractives au niveau mondial et n'hésitent pas à recourir à la publicité, au marketing et à des agents de recrutement pour se faire connaître des étudiants. Tous les montants indiqués sont en dollar canadien.
1 euro équivaut environ à 1,62 dollar canadien
Le sort des étudiants étrangers
Le regard de Chloé Roumagère, présidente du CEI-Uqam
Chloé Roumagère est étudiante en BAA (Bachelier en administration des affaires) à l'Uqam, en administration des affaires touristiques. Elle est présidente du Collectif des étudiants internationaux (CEI) dont le mandat est de représenter les 72 nationalités présentes sur le campus. Elle préside également le conseil d'administration du Centre d'entrepreneurship et d'innovation de l'Uqam.
LE FIGARO ÉTUDIANT. - Les étudiants étrangers doivent justifier d'une certaine somme d'argent avant de partir au Canada. Quel est le montant nécessaire pour obtenir le titre de séjour (Caq et visa) pour trois années d'études au Canada ?
Chloé ROUMAGÈRE. - Certains étudiants ont dû démontrer une preuve de capacité financière de 27 000 ! En cas de fonds insuffisants, le gouvernement du Québec permet toutefois l'octroi d'un Caq (Certificat d'acceptation de Québec) et d'un visa à renouveler sur place.
Dans ce cas, l'étudiant doit renouveler son permis et se retrouve sans papiers d'immigration sur le territoire canadien et confronté à la barrière d'inscription aux cours de son établissement d'accueil. En effet, sans ces documents, l'université doit annuler les cours suivis par l'étudiant car elle risque une amende du gouvernement. Même si la France bénéficie d'un protocole d'entente avec le Québec, les Français qui n'ont pas la chance d'avoir leurs parents pour subvenir à leurs besoins se trouvent confrontés à ce problème.
Qu'en est-il de l'accès au travail pour les étudiants étrangers ?
Ils peuvent travailler uniquement sur le campus et à temps partiel pour un salaire minimum établi à 7,64 $ de l'heure. Les jobs sur le campus sont rarissimes et les étudiants restent pour la plupart sans emploi. Plusieurs organismes tentent d'obtenir le droit au travail pour ces étudiants. Le gouvernement a tout de même autorisé aux étudiants étrangers de pouvoir travailler hors des villes de Montréal et Québec à raison de vingt heures par semaine mais c'est une aberration car l'ensemble des étudiants étudie dans ces deux villes.
Comment les étudiants étrangers se logent-ils ?
Les universités proposent des chambres universitaires. Beaucoup de Français s'y retrouvent d'ailleurs ! Pour les locations, une seule preuve de capacité financière suffit. Les contraintes sont beaucoup moins importantes qu'en France.
Que doivent faire les étudiants qui souhaitent s'installer définitivement au Canada ?
Ceux et celles qui souhaitent rester doivent obtenir la résidence permanente pour pouvoir travailler. Cette démarche prend entre dix à douze mois, parfois même plus longtemps. Le coût moyen entre le CSQ (Certificat de sélection du Québec) et la résidence est de 2 500 $.
Pourquoi venir étudier au Canada ?
Le Québec et le Canada offrent beaucoup d'opportunités pour ceux qui souhaitent réussir et qui ne se laissent pas décourager par un climat parfois difficile. La vie au Québec est une belle expérience en soi et je la recommande aux Français qui souhaitent acquérir une autre vision tant culturelle qu'organisationnelle... En tant qu'étudiante française et n'étant pas en échange, je recommande fortement aux étudiants de s'intégrer par le biais des activités étudiantes et de la vie associative en général très active.
Enfin, étudier au Canada donne une réelle ouverture à l'international, notamment dans une ville telle que Montréal. Malgré des barrières financières, c'est une chance de pouvoir étudier d'une manière différente et d'obtenir un diplôme reconnu en France et partout ailleurs.
Site du CEI : www.civei.ca

Anti-Semitism on the rise
Don MacPherson
The Montréal Gazette March 17, 2005 Thursday
Quebecers used to take some comfort in the fact we were more tolerant, statistically, than the rest of Canada. No longer
It's harder this year for Quebecers to feel smug at the publication of the annual audit of anti-Semitic incidents by the League for Human Rights of B'nai Brith Canada.
In past years, our province had less than its share of the incidents reported to the Jewish-rights organization across Canada, relative to Quebec's proportion of the national population.
The incidents in question are acts of harassment, vandalism and violence directed against Jews and their property, symbols and institutions.
But there's no cause for smugness here in the audit for 2004 published this week. The proportion of incidents reported in Quebec, 23.8 per cent last year, has caught up with this province's share of the Canadian population.
That's because of an 88.9-per-cent increase last year in the number of incidents reported in Quebec. That was nearly twice the national rate of increase, 46.7 per cent, which the audit characterized as "a surge."
There were 204 incidents reported in our province, all but 17 of them in Montreal, which is home to most of Quebec's Jews.
It's also home to a growing Arab population; Islam is the fastest growing denomination in Montreal. The number of Muslims in the city has more than doubled since 1991, and they now outnumber Jews. And the League of Human Rights points a finger of blame at Arabs.
The audit concedes it's usually impossible to identify the perpetrator of an anti-Semitic act, unless "there's a face-to-face encounter and the perpetrator self-identifies." But "the single most active group in carrying out anti-Semitic incidents was found to be made up of persons who identified themselves as Arabs."
It blamed Arabs for 80 reported incidents across the country last year, out of a total of 807. That leaves more than 90 per cent of reported incidents committed by non-Arabs or unidentified perpetrators.
If it's any comfort to us, more than twice as many incidents were reported in Ontario and Toronto, respectively, as in Quebec and Montreal.
Now there's a proud slogan for our city: Not as anti-Semitic as Toronto. But Canada's second city of anti-Semitism is gaining on the leader; the number of incidents reported in Montreal increased by 83.3 per cent, nearly three times Toronto's rate increase of 28.6 per cent.
It's not easy to find anything positive in the audit. The League of Human Rights estimates only 10 per cent of actual incidents are reported. But maybe the increases in the numbers of incidents reported at different levels reflects an increasing willingness on the part of victims to complain.
And maybe some of the reported incidents are not motivated by anti-Semitism. The Quebec regional director of B'nai Brith Canada, Bill Surkis, said the organization errs on the side of caution in counting reported incidents as anti-Semitic.
But the written definitions of anti-Semitic incidents used by the League, which appear in an annex of the audit, do not require evidence of anti-Semitic motivation in all cases.
While there's nothing ambiguous about a swastika spray-painted on a synagogue, it's possible a Jewish man assaulted in the metro while wearing a skullcap was a victim for a reason other than that he is Jewish.
But even if one accepts the numbers in the audit at face value, there might be reason for faint hope on the part of Quebecers. For as the year 2004 went on, fewer anti-Semitic incidents were reported in our province.
Of the 204 incidents reported in Quebec, two-thirds were reported between March and July, a period of heightened tensions in the Middle East, which tends to bring the anti-Semites crawling out of the woodwork.
There also might have been a "Mel factor," the audit says there were 24 reported incidents with "religious connotations" across the country in the four months following the release of Mel Gibson's religious splatter flick The Passion of the Christ, compared with nine all the previous year.
But in the last five months of the year, only 44 incidents were reported in our province.
Let's hope it was the beginning of a positive trend. But let's not forget, either, even one anti-Semitic incident is still too many.

L'immigration est un privilège, non un droit
Monique Gagnon-Tremblay, Ministre des Relations internationales.
Le Devoir samedi 19 mars 2005
Lettres: Ma collègue et députée de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, a organisé le 10 mars dernier, à l'Assemblée nationale, une rencontre de parlementaires portant sur la charia. Des médias se sont par la suite intéressés à une brève intervention que j'ai faite dans le cadre de cette rencontre. J'ai été surprise de l'interprétation que certains ont pu donner à mes propos.
Ce que j'ai dit à ce moment-là, ce que je répète depuis lors, c'est qu'il ne faut pas que la charia trouve application ni au Québec ni au Canada à la faveur de la reconnaissance par les tribunaux québécois ou canadiens de décisions religieuses. [...]
Pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté, il est important que tous les candidats à l'immigration au Québec soient bien informés que les lois québécoises et canadiennes sont les mêmes pour tous. Le Québec est une société démocratique et laïque. Le Québec est une terre d'accueil. En cela, il favorise la pleine participation de toute personne - peu importe sa couleur, sa religion ou son origine - à un plus grand progrès économique, social et culturel.
Le Québec reconnaît la liberté religieuse. Chacun est donc libre d'y pratiquer sa religion et de suivre ses enseignements. Néanmoins, le Québec, comme le Canada, ne saurait accepter qu'une pratique ou un enseignement religieux s'érige en règle au détriment des lois qui régissent l'ensemble de notre société.
Autrement dit, si une loi religieuse entre en conflit avec une loi de l'État, c'est la loi de l'État qui doit primer. Prenons l'exemple du divorce. Une pratique ou un enseignement religieux peut l'interdire. Cependant, notre droit le reconnaît. De même, la reconnaissance par l'État de la dissolution d'un mariage doit se faire à l'aulne de notre droit civil et non d'une loi religieuse, quelle qu'elle soit.
Ces règles sont connues de tout candidat à l'immigration. Durant mon mandat comme ministre de l'Immigration, j'ai veillé personnellement à ce que cela soit clair dans la loi québécoise ainsi que dans le «contrat moral» proposé aux candidats à l'immigration. [...]
Étant ainsi bien au fait de la situation prévalant au Québec, les candidats à l'immigration peuvent donc décider librement de s'établir ou non chez nous. Le cas échéant, ils s'engagent par le fait même à se conformer à notre droit et à y vivre selon nos valeurs. Reste alors au Québec à faciliter leur intégration.
Personnellement, je combattrai avec force toute tentative d'appliquer au Québec et au Canada des prescriptions religieuses qui iraient à l'encontre de nos lois. L'immigration est un privilège. Pas un droit.

Racisme et discrimination, les grands absents des politiques et discours publics au Québec
Maryse Potvin
Le Devoir mardi 22 mars 2005
Depuis les années 1970, le Québec a développé un discours public inclusif sur la diversité et a mis en oeuvre un important dispositif juridique et législatif en matière de droits de la personne, d'égalité et d'intégration des immigrants. Cependant, on constate un certain silence, voire une occultation du racisme et des discriminations dans les politiques et les discours publics depuis une vingtaine d'années [...].
Au Québec, le racisme apparaît en effet comme une question délicate et peu soulevée, et l'approche antiraciste, comme le parent pauvre de la réponse institutionnelle à la diversité des courants interculturel et civique qui se disputent la dominance du champ.
Le vocable éducation antiraciste n'est presque jamais utilisé au Québec, et les termes de race, racisme ou antiracisme sont quasi absents du discours normatif, autant dans l'Énoncé de politique en matière d'immigration et d'intégration des immigrants de 1990 que dans la Politique d'intégration scolaire et d'éducation interculturelle de 1998, qui traite du racisme en quelques lignes et l'aborde sous l'angle d'une dérive individuelle potentielle plutôt que dans une perspective systémique (McAndrew, 2004). Le Plan de lutte contre la pauvreté, qui cible par endroits les «minorités visibles» comme des «groupes vulnérables», ne problématise pas davantage les liens entre racisme, discriminations, pauvreté et exclusions. [...]
Le racisme suscite une réaction des pouvoirs publics lorsqu'il conduit à des dérapages ou à des violences excessives, mais il est traité habituellement sous l'angle du simple préjugé individuel et marginal, comme s'il ne jouait pas au quotidien, en amont ou en aval des inégalités sociales. [...]
De minoritaire à majoritaire
Pourtant, dans les années 1980, le racisme (et l'antiracisme) était plus directement l'objet d'analyses et de développements pédagogiques, notamment dans les discours critiques et militants de la gauche et du milieu syndical, et dans le réseau des institutions anglophones, comme la Commission des écoles protestantes du Grand Montréal (McAndrew, 2004).
Dans le premier cas (dans les Cahiers de pédagogie progressiste de la CEQ, par exemple), le racisme et les inégalités étaient abordés non pas comme des problèmes «interpersonnels» ou découlant des préjugés, mais bien sous l'angle de l'interrelation des systèmes de pouvoir et d'inégalités historiques entre majoritaires et minoritaires, autant dans les rapports internationaux que dans ceux qui marquaient et définissaient la position des francophones, des minorités immigrantes et des autochtones au Canada.
Dans le second cas, il s'agissait d'une perspective antiraciste plus classique, inspirée du courant ontarien, à laquelle on a reproché son silence presque absolu sur les rapports linguistiques. Quoi qu'il en soit, ces approches ont pratiquement disparu au Québec à la fin des années 1980, sans doute en raison d'une montée du conservatisme ou d'un «consensus social vers le centre».
Cette disparition, ou occultation est, sans doute, attribuable à d'autres facteurs concomitants, comme les mutations constantes du racisme et des discriminations dans les sociétés «égalitaires», en raison justement de leur illégalité et de leur illégitimité à l'ère des droits de la personne.
Mais elle coïncide aussi avec le passage des francophones du statut sociologique de groupe «minoritaire» à celui de «majoritaire», qui a eu des effets certains sur les conceptions critiques des inégalités, des discriminations et des rapports de pouvoir.
Le discours nationaliste s'est rapidement dissocié de ses références anticolonialistes et tiers-mondistes, passant du mouvement de «libération nationale» comme minoritaire à un mouvement d'affirmation nationale comme majoritaire. Dans cette foulée, les perspectives critiques, historiques et internationalistes sur le racisme et les discriminations se sont faites de plus en plus rares, comme dans les manuels scolaires (McAndrew, 2004). Ce statut allait désormais orienter le discours normatif dominant, à caractère civique, sur l'intégration des minoritaires à la majorité francophone.
Depuis 15 ans, on se penche sur l'interculturel, les facteurs d'intégration, la citoyenneté et la cohésion sociale, sous l'angle de sentiments d'appartenance, de participation et de responsabilités des citoyens. [...] Le racisme, les discriminations et les inégalités produits par les rapports sociaux de pouvoir (inégaux) sont peu nommés, apparaissent comme des faits marginaux et non interreliés, qu'une intégration plus volontariste va bien finir par résorber, ou sont expliqués par des «écarts culturels», des difficultés de sensibilisation, de communication interpersonnelle ou de compréhension mutuelle.
Les individus plutôt que les groupes
Certes, l'Énoncé de politique en matière d'immigration et d'intégration apportait une vision renouvelée du processus d'intégration, mais s'il a déterminé les grandes lignes d'une conduite institutionnelle, il n'a pas donné lieu à un modèle d'intégration s'adressant aux couches vulnérables et aux jeunes Québécois de deuxième ou troisième génération des «minorités visibles».
Le gouvernement québécois a plutôt proposé, au Forum national sur la citoyenneté et l'intégration en 2000, sa vision de la «citoyenneté québécoise», qui évitait de faire des distinctions d'ordre culturel ou social entre les citoyens, les subordonnant plutôt à une identité universelle tout en dégageant les traits distinctifs (ou particularités nationales) de la société québécoise avec les paramètres d'un contrat civique commun. L'enjeu était plus l'appartenance au Québec que l'égalité.
Pour définir ce contrat civique, le document de consultation détaillait abondamment les rapports de concurrence Québec-Canada, sans se pencher sur la réalité des rapports sociaux entre minoritaires et majoritaires au Québec. Il reflétait l'idéologie néolibérale des années 1990, faisant peser les inégalités et les responsabilités de la citoyenneté sur les seuls individus - sans interpeller les milieux économiques ou syndicaux - et évacuant toute perspective groupale, dont la question autochtone.
Dans une telle perspective, il est difficile de concevoir le racisme et les discriminations autrement que sous l'angle de problèmes interpersonnels, psychologisants et découlant de préjugés. Les dimensions historique et sociologique du racisme, à la fois comme produit et producteur d'inégalités entre individus, groupes et peuples, n'ont donc pas été au fondement du discours public québécois.
La frilosité des gouvernements québécois sur ces questions donne l'impression que la reconnaissance gouvernementale du racisme au Québec - qui se manifeste dans des pratiques sociales qui ne relèvent souvent pas de l'État - constituerait un aveu d'échec du «modèle d'intégration» québécois, et légitimerait les accusations de racisme émergeant ponctuellement du Rest of Canada et des rapports de concurrence Canada-Québec.
Une politique élargie
Pour être au plus près des réalités sociales, le Québec devrait donc se doter d'une politique élargie de lutte contre les inégalités et les discriminations, d'un discours cohérent et d'un plan d'action en la matière. Cette politique devrait relever du premier ministre et transcender les ministères sectoriels ou spécifiques. Elle ferait l'équilibre entre l'égalité, les droits de la personne, l'intégration des immigrants et les politiques sociales de lutte contre la pauvreté.... et contre les discriminations.
Les droits économiques et sociaux inscrits dans la Charte ne constituent pas qu'un simple discours juridique, mais doivent correspondre à une volonté politique d'atteindre une égalité substantive pour des groupes dont les diagnostics démontrent leur inégalité de statut et de traitement. Cette politique devrait aussi interpeller directement les acteurs de l'emploi (entreprises, syndicats, etc.), du logement, du système de justice et de l'éducation, et être axée sur une solidarité intergénérationnelle. Elle agirait aussi comme cadre d'articulation des interventions déjà existantes dans les différents secteurs en matière d'égalité des droits, des chances et des résultats.
*Les opinions exprimées ici n'engagent que l'auteure, mais le CEETUM et la Chaire en relations ethniques de l'Université de Montréal tiennent aujourd'hui une journée de réflexion sur le thème Racisme et antiracisme au Québec: une occultation dans les politiques et discours publics de différents secteurs?
Maryse Potvin : Docteure en sociologie de l'EHESS (Paris), associée de recherche au Centre d'études ethniques des universités montréalaises (CEETUM) et à la Chaire en Relations ethniques, Université de Montréal*

Quebecers and race
Don MacPherson
The Montréal Gazette March 22, 2005 Tuesday
Fifteen per cent of Quebecers say they have been victim of racism - that's a lot, but lower than that of many other provinces, according to poll
You think racism is bad in Quebec? Just be glad you don't live in Manitoba or Saskatchewan.
Those are the real hotbeds of racism in Canada, where it's so bad that there aren't enough of the usual victims to go around. Or so you might think, if you took at face value some poll results made public yesterday.
The survey was conducted across the country March 12-15 by Ipsos-Reid for the Dominion Institute to mark the International Day for the Elimination of Racial Discrimination.
The polling firm reported that one in six Canadian adults - 17 per cent - agreed with the statement, "I have personally been the victim of racism."
That's just below the 17.8 per cent of Canadians who identified themselves in the last census in 2001 as either non-aboriginal visible minorities (including blacks, Arabs, Asians and Latin Americans), aboriginals or Jews. These are the groups whose members are most likely to be targets of racism.
The questionnaire did not define the word "racism" or ask respondents what it meant to them; what is racism to one person might be rudeness to another. Nor were the respondents asked to identify their ethnicity.
But that 17 per cent is the national rate. In some parts of the country, the situation is even worse - much worse.
In Manitoba and Saskatchewan, Ipsos-Reid reported, the proportion of people saying they have personally been victims of racism was 27 per cent.
That was the highest for any region. In fact, the proportion of people in the two Prairie provinces saying they have personal experience of racism is more than a third higher than the proportion of the total population identifying itself as belonging to the minority groups mentioned above.
Yes, these poll results seem to suggest, there's so much racism in Manitoba and Saskatchewan that even white gentiles have been victims.
In our own province, 15 per cent of respondents told the polling firm they've been victims, which is two-thirds higher than the proportion of the population describing themselves as non-aboriginal visible minorities, aboriginals or Jews.
But hey, this is Quebec, where everybody can claim to belong to a linguistic minority group on either the national or provincial level, and therefore to be a potential victim of "racism."
And if it's any comfort, our proportion of self-described victims of racism tied us with the Atlantic provinces as the second-lowest among the regions.
Maybe we need to look to British Columbia to find out what it's doing right. Among the regions, it has the highest proportion of people identifying themselves as minorities (26.6 per cent), but the lowest proportion of respondents telling Ipsos-Reid they have been victims of racism (13 per cent). Maybe folks out there are just more laid back.
There's one finding from the survey that isn't so comforting for Quebecers, however.
The polling firm asked respondents whether they agreed with the statement, "I would welcome people, without reservation, from another race if they moved in next door to me." And Quebecers were more likely than other Canadians to disagree with the statement. Fifteen per cent of respondents from this province disagreed, twice the national rate of seven per cent.
So does that mean there are more racists in this province than in the rest of the country? Not necessarily.
As we've seen, the proportion of Quebecers saying they have been victims of racism is in line with the national rate and one of the lowest among the regions. And it could be that Quebecers are more candid than other Canadians in expressing racist attitudes to a stranger on the telephone and less likely to give the safe or "right" answer.
But that wasn't the only question that tested the respondents' own racial attitudes. They were also asked whether or not they agreed with the statement, "I would never marry or have a relationship with someone of a different race." And the 12 per cent of Quebecers who expressed agreement was similar to the national rate of 13 per cent.
It was also lower than the rates for Alberta (19 per cent), Saskatchewan and Manitoba (17 per cent) and the Atlantic provinces (15 per cent).
dmacpher@thegazette.canwest.com

France, mère des arts... que sont tes enfants devenus?
Jean-Louis Hérivault, Ancien délégué du Québec à Toronto et Vancouver
Le Devoir mardi 22 mars 2005
Arrivé en Amérique en 1966, de ce pays dont les Québécois se sentent si proches et si différents à la fois, n'ayant jamais renié mes origines hexagonales bien qu'ayant servi le Québec pendant la plus grande partie de ma vie professionnelle, je suis toujours perplexe, et parfois peiné, de constater l'incompréhension et la méconnaissance du Québec dont font preuve certains intellectuels français.
Les commentaires, tant sur la forme que sur le fond, de Bernard-Henri Lévy sur l'affaire Juppé, parus récemment dans Le Point et repris par Le Devoir, n'en sont que malheureusement une illustration supplémentaire. Le tourbillon médiatique qu'il crée méthodiquement autour de lui, avec la complicité de la presse électronique et écrite française, à coups de demi-mensonges et de demi-vérités, ne justifie en rien la malhonnêteté de ses arguments, même si ses propres détracteurs se laissent prendre à ses pièges délibérés.
BHL a été de tous les combats humanitaires des 20 dernières années et sa lutte sans relâche contre tous les «ismes» de la planète mérite notre respect. Mais nous sommes au Québec, où les moyens qu'il utilise pour, tel Napoléon, se sacrer lui-même empereur du Bien, n'auraient trouvé grâce aux yeux de personne sans que nul nous qualifiât de tel ou tel «isme».
Nous devons donc répondre sur notre terrain, celui de la rigueur, à celui qui, lui-même, a déclaré qu'«on ne lutte pas contre les menteurs avec l'arme du mensonge». La forme ne doit jamais détourner des vrais débats, et c'est pour cela qu'elle est si importante.
Mépris et condescendance
La méconnaissance du monde universitaire québécois de la part de BHL, qui s'est impliqué dans l'affaire Juppé, est méprisante et condescendante, et sent l'impérialisme intellectuel qu'il devrait lui-même combattre pour rester fidèle à son engagement personnel.
Affubler ses collègues universitaires québécois à quatre reprises d'expressions telles «d'autres» ou «un certain» trahit une suffisance personnelle qui détruit par avance son propos, aussi juste pourrait-il être. Cet «autre Gérard Bouchard» est, en passant et pour sa gouverne, un historien mondialement reconnu que la France a fait chevalier de la Légion d'honneur en 2002.
Mais là n'est pas le pire. Le mode pamphlétaire est un mode percutant et souvent habile pour attirer l'attention. Comparer notre milieu universitaire aux Sorcières de Salem ou au maccarthysme relève de l'ignorance crasse. Soit BHL ne connaît pas l'histoire américaine, ce qui m'étonnerait fort, soit il ne connaît rien au Québec, ce qui me semble plus probable.
Le vrai problème
Le vrai problème, que BHL n'aborde à aucun moment, est que monsieur Juppé a été condamné pour prise illégale d'intérêts. L'École nationale d'administration publique n'est pas juste une autre institution universitaire. Elle forme la fonction publique québécoise, mais pas uniquement, à la rigueur administrative et à la responsabilité dans la gestion du bien public. Elle partage, avec des programmes et des structures très différents les mêmes ambitions que l'ENA de Strasbourg.
L'ENA française serait-elle prête à accepter comme maîtres de conférence les Charles Guité, Jean Pelletier ou André Ouellette? Bien que l'expérience de gestion de l'État de ces trois hommes relève de l'exceptionnel, permettez-moi d'en douter. Pourtant, ils n'ont pas été condamnés, et certains ne le seront peut-être jamais.
Alain Juppé ne vient pas au Québec pour parler des Cathares ou de la dynastie Ming, sujets par ailleurs forts intéressants, ou faire la promotion des vins de Bordeaux, activités qui, j'en suis sûr, lui auraient toutes garanti un accueil beaucoup plus cordial ici. Il y vient pour partager son expérience d'homme public qui vient d'être sanctionnée par la justice de son pays.
BHL affirme que les décisions françaises de justice ne valent pas dans les «autres ordres». La pauvreté de l'argument exaspère puisque le Législatif français est obligé d'accepter et applique, d'ores et déjà, l'inéligibilité d'Alain Juppé, aussi temporaire soit-elle. [...] Bien sûr, la peine efface la dette civile. Encore faut-il qu'elle soit purgée, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Alain Juppé en est bien conscient, puisqu'il veut meubler ce vide qui le sépare de la reprise de sa carrière.
La condamnation, en effet, ne nous dit que peu sur l'indignité personnelle, ou son absence, de l'ancien premier ministre. Je suis certain qu'Alain Juppé est un personnage fort agréable à fréquenter. Mais cette sentence nous dit que la justice française, par ailleurs faillible, et c'est pour ça qu'il existe des recours en appel, l'a jugé indigne moralement et professionnellement, une faute grave quand on aspire à un rôle politique de premier plan.
Les tractations qui entourent actuellement la prolongation de la protection de l'immunité du présent chef de l'État français en disent long sur les compromissions que la France est prête à faire pour protéger certains élus, phénomène qui dépasse les clivages politiques quand on sait le flou artistique qui entoure les malversations de la fin de l'ère Mitterrand. [...]
Pas des fondamentalistes
Le puritanisme vertueux n'est pas un caractère marquant du Québec. Nous sommes plutôt irrévérencieux, trait que nous partageons avec nos cousins français. Mais nous faisons la différence entre le convivial et l'institutionnel. Nous nous permettons souvent des écarts de langage en privé avec une pointe d'ironie, et c'est pourquoi il fait bon vivre ici.
Mais ce qui unit le Québec, ce sont ses institutions. Ce qui explique que nous réagissons si spontanément lorsqu'elles sont prises à partie par ceux qui, bien qu'affectivement très proches, ne sont pas nos concitoyens.
Oui, nous tenons à un visage démocratique et nous sommes obsédés par la transparence. Cela fait-il des Québécois des fondamentalistes? Si une telle réaction était venue de certains pays qui, sous le couvert d'une constitution démocratique, sont toujours gouvernés par de petits despotes, vous auriez probablement été applaudi chaleureusement. Peut-être auriez-vous même pris cette fois le premier avion pour soutenir les tenants de la morale. Mais votre goût pour la manipulation médiatique vous aurait peut-être poussé à tout orchestrer de votre salon rive gauche sans mettre le nez dehors. Quant à venir au Québec y rencontrer ceux que vous fustigez, quelle perte de temps!
Finalement, même si les religions et les papes de tous ordres, remplacés dans tout pays éclairé par les philosophes dont vous êtes privilégié de faire partie, ne tiennent que peu de place dans la vie publique québécoise aujourd'hui, le Québec, pour nord-américain qu'il soit, est encore, comme la France, largement de culture catholique. Foin de ce néoprotestantisme américain, affirmation qui confirme votre ignorance de notre pays.
France, mère des arts... continue à nous éclairer et protège-nous de l'ignorance mesquine et organisée.
