L’INITIATIVE POPULAIRE
ET LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC

Jean-Pierre Charbonneau député de Borduas ex-président de l’Assemblée nationale ex-ministre responsable de la réforme des Institutions démocratiques
TRIBUNE LIBRE 1er mars 2005

La démocratie étant le gouvernement par le peuple, j’ai la conviction profonde qu’il serait plus sain que la démocratie de délégation sur laquelle sont fondées nos vieilles institutions politiques fasse plus de place au pouvoir direct des citoyens et des citoyennes. Comme le disait au Québec le 4 mai 2002 le président de l’Institut universitaire suisse de Kurt Bösch, l’ancien député et ministre Bernard Comby, le droit d’initiative populaire est élémentaire car il s’agit d’un élément important de la citoyenneté responsable ainsi qu’un facteur d’équilibre et de débat démocratique. « Une démocratie progresse, disait-il, dans la mesure où les citoyens ont quelque chose à dire. Quand on dit que le peuple est souverain, ça ne doit pas être une formule de style. »

Questionnés en février 2003 sur l’intérêt d’introduire le droit d’initiative populaire et d’accroître de façon significative l’usage référendaire dans notre vie politique, presque tous les 800 citoyens et citoyennes présents aux États généraux sur la réforme des institutions démocratiques ont répondu oui sans équivoque. Comme moi et bien d’autres qui aspirent à vivre dans une société différente, dans une démocratie plus saine et plus authentique, ces compatriotes savaient que, s’il n’y a pas des balises et de solides mesures de protection, le pouvoir d’initiative populaire peut donner lieu à des dérapages démagogiques et populistes pouvant conduire à des reculs dramatiques au plan des acquis sociaux et des droits humains. Voilà pourquoi, dès le départ, j’ai précisé à titre de ministre promoteur de ce changement qu’il ne saurait être question d’introduire ce nouveau droit citoyen sans un encadrement rigoureux.

Pour ce qui est de l’usage du droit d’initiative populaire pour enclencher un prochain référendum sur la souveraineté, la proposition que j’ai faite à Bernard Landry et au conseil des ministres au printemps 2002 n’en parlait pas directement sauf pour signaler qu’avec ce pouvoir entre leurs mains, les citoyens et citoyennes auraient pu, au lendemain du sabotage de l’Accord du Lac Meech et de la fameuse marche de la Saint-Jean de 1990, forcer Robert Bourassa à trouver volontairement ou pas le supplément d’âme populaire qui lui a manqué pour régler une fois pour toutes la question nationale dans le sens des désirs et des intérêts profonds du peuple qui, incidemment, à près de 70%, était prêt alors à passer à l’option d’un pays québécois souverain.

Cela dit, il y a un danger dans la façon dont mes jeunes collègues présentent maintenant le droit d’initiative populaire.

On peut en effet laisser croire que cette nouvelle façon de faire garantirait que la prochaine fois le peuple serait vraiment prêt à assumer son destin puisqu’il aurait été associé à la décision de passer à l’action. Or, il ne faut pas confondre l’appui de 10% de l’électorat pour obliger la tenue d’un référendum sur la souveraineté et l’appui majoritaire du peuple en faveur du renversement de l’ordre établi. Certes mobiliser 500 000 personnes ou même 1 million de citoyens pour obtenir la tenue d’un référendum sur la souveraineté exige une participation citoyenne non négligeable. Néanmoins, ce sont les plus convaincus et les moins résistants au changement qui seraient incités à agir. Les autres ne seraient pas vraiment dans le coup alors qu’en bout de course ce sont eux qui feront la différence.

Voilà pourquoi je dis et redis depuis des années que l’important n’est pas de savoir qui initiera un prochain référendum sur la souveraineté ni à quel moment il sera déclenché mais plutôt, avant qu’il soit décrété, de permettre à tous les citoyens de tous les coins du Québec de s’exprimer suffisamment longuement sur la façon dont ils envisagent l’avenir et les changements majeurs qui devraient être faits. Tout référendum doit être l’aboutissement d’un dialogue intense et éclairé entre tous les citoyens de toute tendance ou allégeance et non un simple moyen de trancher le plus tôt possible une question en faisant la somme des « pour » et des « contre ».

Le Québec ne deviendra pas un vrai pays par des astuces propagandistes ou communicationnelles, des raccourcis illusoires, une agressivité accrue envers Ottawa ou des échéanciers décrétés avec précipitation soit par un chef de gouvernement, soit par 10% de l’électorat. Le pays émergera à l’issue d’un immense et enthousiasmant exercice de participation citoyenne. Sans ce passage obligé et accepté dès maintenant, toutes les autres propositions sur la table de la discussion péquiste, autant celles des plus pressés que celles des plus prudents, conduiront à un nouvel échec historique et douloureux.




Une décision lourde de conséquences, dit Parizeau

Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 2 mars 2005

Si Landry remporte le vote de confiance de juin, les militants devront vivre avec leur choix au moins jusqu'en 2009

Québec - Dans ce qui apparaît comme le deuxième croc-en-jambe qu'il inflige à Bernard Landry en moins de deux semaines, Jacques Parizeau prévient les militants péquistes qu'ils devront vivre longtemps avec les conséquences de leur choix après le Congrès national de juin prochain.

Dans sa chronique intitulée «Ce que j'attends du Congrès de juin», que publie le journal militant Le Québécois dans sa dernière édition, Jacques Parizeau, qui se défend de suggérer un quelconque choix aux délégués péquistes, dit sentir «que ce Congrès de 2005 va être important, que les douze cents délégués qui vont voter engagent le Parti québécois pour longtemps».

L'ancien premier ministre rappelle qu'après le rendez-vous de juin, où les délégués voteront pour signifier à M. Landry s'ils lui accordent leur confiance ou non, le prochain congrès national du PQ se tiendra, dans le meilleur des cas, à l'aube de la prochaine décennie. «Qu'ils donnent une bonne majorité à M. Landry et celui-ci peut demeurer en poste pour plusieurs années» (les nouveaux statuts prévoient que le prochain congrès n'aura lieu qu'en 2009, au plus tôt), écrit-il dans le journal souverainiste tiré à 25 000 exemplaires.

Muet sur son appréciation personnelle du leadership de M. Landry, Jacques Parizeau, par contre, envisage non seulement que le chef péquiste puisse subir la déconfiture lors du vote de confiance mais aussi qu'il soit mis en minorité. «Que sa majorité soit faible, et à plus forte raison qu'il soit mis en minorité, et le Parti québécois doit se trouver un nouveau chef. C'est aux délégués de répondre», estime l'ancien chef du PQ.

Il y a deux semaines, dans une entrevue accordée à Marie-France Bazzo, de Radio-Canada, M. Parizeau, sans nommer M. Landry, avait déploré qu'une génération de politiciens qui «s'accroche» puisse bloquer l'arrivée de sang neuf. «Le seul problème, c'est ce blocage par une génération de la génération qui vient en dessous. Ça, c'est embêtant parce que c'est à 30 ans que les idées se forment, qu'on commence à voir ceux qui ont un peu d'allant», avait déclaré M. Parizeau. Il avait ajouté, en citant Clémenceau: «Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables.» Puis il avait conclu: «Que le vide existe, je n'y crois pas un instant.»

Dans sa chronique, Jacques Parizeau ne cache pas son exaspération devant le débat qui agite les militants péquistes sur la date du prochain référendum. «Le choix du Congrès n'est pas entre faire un référendum "dans la première moitié du mandat" ou "le plus rapidement possible". Ce n'est pas sérieux. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment on peut plonger dans un débat pareil», écrit-il.

«La première responsabilité du Congrès de juin 2005, c'est de proposer des idées claires et de fuir comme la peste les complications, les non-dits, les nuances un peu tordues qui nous font passer pour des hypocrites», juge M. Parizeau.

Le débat doit donc porter sur la démarche à suivre pour réaliser la souveraineté, et ce, avant l'élection, après l'élection et après un référendum victorieux.

Avant l'élection, l'aile parlementaire doit consentir des ressources pour effectuer des études sur la souveraineté et réaliser des projets. «J'espère que le Parti québécois va cesser de porter seul l'étude et la promotion de la souveraineté», écrit l'ancien chef péquiste. Il rappelle que, s'il a pu annoncer durant la campagne électorale de 1994 qu'il y aurait un référendum dans les huit à dix mois suivant la prise de pouvoir (ce fut en fait 13 mois), «c'est que cela faisait quatre ans qu'on se préparait», notamment avec les travaux de la commission Bélanger-Campeau.

S'il souhaite que la démarche après la victoire électorale soit clarifiée, M. Parizeau déplore surtout que l'après-référendum «baigne dans le flou». Il s'en prend à l'expression «gestes de souveraineté» que ferait un gouvernement de transition nationale, telle que reprise dans le texte soumis aux membres par l'exécutif national. «En somme, quand le Québec sera-t-il un vrai pays souverain? On a l'impression que l'on cherche à être à moitié enceinte, écrit M. Parizeau. Je m'attends, et je dois le dire, avec une certaine impatience, que les délégués puissent voter sur un texte plus limpide et plus réaliste.»





Référendum d'initiative populaire

Comment se mettre des bâtons dans les roues

Patrick Bourgeois, Directeur du Journal Le Québécois
www.lequebecois.org
TRIBUNE LIBRE mercredi 2 mars 2005

Québec, le 2 mars 2005 - Dans sa chronique du 28 février dernier, le chroniqueur du Devoir, Michel Venne, estime que la proposition de référendum d'initiative populaire des trois mousquetaires du Parti Québécois (Jonathan Valois, Alexandre Bourdeau et Stéphan Tremblay) et du D'Artagnan nouvellement recruté par les trois autres (Nicolas Girard) est d'une « grande sagesse ». Selon nous, il s'agit tout simplement d'une nouvelle façon, pour les indépendantistes, de se mettre des bâtons dans les roues.

Personne n'osera dire le contraire : le contexte québécois en est un fort particulier pour un mouvement indépendantiste. Nul ne meure dans les rues de Montréal ou de Québec sous le feu de l'ennemi ou faute d'avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Les francophones jouissent aujourd'hui d'un niveau de vie comparable aux représentants de la communauté anglophone. Le fonctionnement de l'État québécois repose sur un certain degré d'autonomie.Bien-sûr, l'indépendance permettrait de travailler efficacement à la solution de maints problèmes découlant de la dépendance québécoise au régime fédéral, mais force est d'admettre que pour bien mettre en évidence les avantages de la prise en main québécoise, il faille plus souvent qu'autrement recourir à des discours compréhensibles seulement à une portion de la population déjà initiée à ces questions. À ce jour, l'approche retenue par le Parti Québécois (PQ) implique de se retourner vers le peuple pour lui faire avaliser, via référendum, le projet de pays tel que développé et présenté par un gouvernement souverainiste. Et c'est bien évidemment à cette étape qu'achoppe le processus indépendantiste, parce que trop nombreux sont ceux qui craignent de perdre davantage si l'indépendance se réalise que ce qu'ils pourraient en gagner. Pour contourner ce problème, il est clair que le PQ doit rassurer le peuple en lui démontrant qu'il a confiance dans son projet et qu'il a la force nécessaire pour le mener à terme, ce que ne permet décidément pas le référendum d'initiative populaire.Bien au contraire !

L'un des problèmes inhérents à l'approche préconisée par les mousquetaires et par D'Artagnan implique que l'on n'exige plus seulement du peuple d'officialiser la réalisation du pays du Québec lors du référendum, mais en plus, qu'on lui demande - par l'initiative populaire- d'enclencher toute la démarche indépendantiste. Pour un peuple insécurisé par toute cette question, pour un peuple qui ne perçoit pas bien la nature de tous les tenants et les aboutissants du projet péquiste, c'est lui en demander beaucoup. Il nous semble beaucoup plus pertinent que le PQ fasse ici preuve de courage et de leadership et qu'il prenne sur ses épaules la responsabilité d'enclencher le processus. De cette façon, ce parti projetterait l'image de force qui est d'une nécessité absolue si le camp indépendantiste aspire réellement à la victoire dans le contexte québécois.

Par ailleurs, nous doutons fortement que l'ouverture de registres puisse réellement permettre l'enclenchement d'une démarche référendaire. Pourquoi ? Parce que bon nombre d'indépendantistes, tout comme le peuple québécois d'ailleurs, ne veulent pas d'un référendum qu'ils croient perdu d'avance pour les promoteurs du pays du Québec. Plusieurs sont conscients qu'une défaite du Oui est toujours suivie de moult reculs pour le Québec dans le combat quotidien qu'il doit mener contre le fédéral et ils ne veulent pas - et c'est tout à leur honneur - favoriser le fédéral au détriment du Québec à cause d'une défaite référendaire. Si le PQ devait s'entêter à demander au peuple de signer ces registres dans une proportion de 1 000 000 de personnes si l'on se fie aux dires de Michel Venne, il y a fort à parier que l'objectif ne sera pas atteint. Le gouvernement péquiste prêtera ainsi le flanc aux scribouilleurs de Gesca par exemples, trop heureux qu'ils seront alors de conclure que le peuple n'adhère nullement au projet indépendantiste tel que véhiculé par un PQ qu'ils jugeront en déclin. Alors que dans les faits, ce ne sera que le référendum qui aura ainsi été rejeté et non l'indépendance qui, elle, obtient toujours l'appui de plus de 60 % de francophones.

Le référendum d'initiative populaire présente aussi d'importants désavantages au plan logistique. Passer par cette avenue avant toute tenue du référendum portant sur l'indépendance consistera, pour le camp indépendantiste, à brûler ses troupes avant l'enclenchement de la véritable bataille. Faire en sorte que plusieurs centaines de milliers de Québécois acceptent de signer des registres pour l'enclenchement d'une démarche référendaire exigera beaucoup d'énergie des militants péquistes, bloquistes et indépendantistes en général. Pendant ce temps, les libéraux, eux, économiseront leurs énergies en prévision de l'affrontement décisif. Si l'objectif devait être atteint - ce dont nous doutons fortement- le gouvernement péquiste devra alors faire appel à ces mêmes militants seulement quelques mois voire semaines après la fermeture des registres pour qu'ils entament le travail de terrain devant conduire à un Oui majoritaire, et ce, en se frottant à des adversaires libéraux en pleine possession de tous leurs moyens.

Le seul avantage que nous percevons dans la démarche proposée par les tenants du référendum d'initiative populaire concerne la capacité que le peuple aurait ainsi de contraindre le PQ à aller, s'il s'y refusait, vers l'indépendance. Mais encore faudrait-il que le peuple soit plus décidé à emprunter cette avenue que le PQ, ce dont nous doutons fortement dans le contexte actuel. Et de toute façon, si cela devait être, il est évident que le PQ n'aurait d'autre choix que d'emboîter le pas au peuple. Car aucun gouvernement ne peut faire complètement fi de la volonté populaire, référendum d'initiative populaire ou pas.

Parallèlement aux travers démagogiques que recoupe l'idée du référendum d'initiative populaire, il nous apparaît donc que ce concept ne fera que compliquer la tâche au mouvement indépendantiste. Du côté des mousquetaires et de D'Artagnan, on réplique avec conviction que le référendum d'initiative populaire permettrait de créer à nouveau la grande coalition souverainiste qui existait lors de la campagne de 1995. De notre part, nous croyons qu'il est possible d'atteindre un tel objectif sans se compliquer indûment la tâche. Authenticité, courage, persévérance, collaboration, modestie et précision permettront au PQ, croyons-nous, de rallier des acteurs sociaux qui ne demandent pas mieux que de reprendre le bâton du pèlerin s'ils jugent la victoire possible. Aux péquistes, donc, de ne pas rendre cette victoire impossible !




Comment les fausses idées mènent à la défaite!

René Boulanger
TRIBUNE LIBRE 3 mars 2005

Dans le rapport d’une tournée politique, trois jeunes députés du Parti Québécois, les « Trois mousquetaires » produisaient une analyse concluant que les politiciens étant discrédités aux yeux de la population, la seule façon de faire avancer l’idée souverainiste était de la sortir du Parti Québécois et de la confier à une autre organisation qu’on suppose être le Conseil de la Souveraineté. Leur nouvelle idée de fixer la date d’un prochain référendum à partir d’un référendum d’initiative populaire procède de la même idée que le politicien doive être dépouillé de l’initiative politique. Pour un critique lucide de l’action du Parti Québécois, cette formule représente le retour à la promesse du bon gouvernement qui renvoie la question à plus tard et dans le cas présent, il s’agit de tout remettre aux Calendes Grecques. Le suave Alexandre Bourdeau, dans une entrevue au Devoir, admet que dans une telle consultation, la population, peut bien lancer le message que la population n’est pas prête. L’échec de cette formule, donnera le signal à la Presse Fédéraliste de discréditer le projet indépendantiste pour une bonne vingtaine d’années. Et ma crainte, c’est que même ceux qui proposent la formule risquent de basculer dans le camp fédéraliste comme le député Brien, sous prétexte que le peuple n’est pas prêt.

Or le peuple est prêt, mais il ne signera pas de chèque en blanc. La majorité française a voté à 60% pour le Oui en 95. Les Québécois ne désirent et demandent qu’une chose, que les chefs se comportent en chef. Que les leaders se responsabilisent et qu’ils assument avec courage le devoir d’arracher le peuple québécois à l’étreinte fédérale. Il ne demande qu’à se mobiliser. Mais une mobilisation populaire, ce n’est pas une action atomisée de milliers d’anonymes qui iront signer un registre. Un peuple agit à travers ses organisations et ce qui importe, plutôt que de construire des échappatoires à l’action, c’est de reconstituer le front populaire qui a mené à l’immense percée du Oui en 95. C’est dans les assemblées syndicales et étudiantes, là où les actions se décident et prennent forme qu’il faut construire le mouvement démocratique vers l’indépendance et décider ensemble du visage de ce nouveau Québec qui émerge, comme aux commissions sur l’avenir du Québec. Le problème au Québec, ça n’a jamais été la mobilisation populaire mais l’immobilisme des politiciens. La position des mousquetaires me fait penser à celle de Lucien Bouchard devant la loi sur la clarté du gouvernement Chrétien, il était déçu de la passivité du peuple. Mais le problème, c’est que c’était d’abord à lui à poser des gestes, à galvaniser l’opinion, à soulever la foule. Ceux qui n’ont jamais fait de syndicalisme ou simplement du travail militant, ne mesurent pas à quel degré, est importante l’action des leaders dans la mise en marche d’un mouvement démocratique.

En fait, pour qu’un mouvement populaire existe, il faut des cadres politiques forgés dans le feu de l’action, capables de sentir et de précéder les émergences populaires. Et il faut que ces leaders aient une âme trempée dans l’acier. Pour la simple bonne raison que le mouvement populaire doit se heurter à la puissante machine de l’état canadien et de son système de contrôle juridique et médiatique. Un mouvement populaire ne peut pas naître sans une puissante volonté d’authentiques libérateurs qui par la responsabilité qu’ils assument, rassurent les partisans de la cause quant au sérieux de la lutte entreprise. Quand les trois mousquetaires veulent extirper le Parti Québécois de son rôle central du mouvement national, ce n’est pas le message de l’action qu’ils envoient mais celui de la démission. Ce qu’on reproche généralement au Parti Québécois, c’est de na pas avoir réagi aux attaques d’Ottawa, d’avoir manqué d’initiative, d’avoir laissé s’endormir la volonté d’indépendance. Au contraire de ce que les Mousquetaires proposent, ce sont une réappropriation du politique et une prise en charge du combat indépendantiste qui relanceront le Parti Québécois.

Outre que la formule avancée par les Mousquetaires représente la mort du Parti Québécois, elle représente un danger encore plus grand pour la nation que pour ce parti. Si l’on considère que la victoire à une prochaine élection sera perçue comme une déclaration de guerre de la part du Canada Anglais, il ne faut pas escompter que nous assisterons à une réédition de 95 ou même de 80. La réaction d’Ottawa ne se limitera pas à une action de propagande comme par le passé, il s’agira plutôt de la mise en œuvre d’une stratégie d’État visant à déstabiliser la société québécoise à un degré jamais atteint. Il faut ici se référer ici au mouvement partitionniste encouragé par Ottawa après 95 et dont l’action a été suspendue non par des contre-mesures de l’État Québécois mais simplement par la mise au rancart du projet indépendantiste pendant dix années de léthargie. Du moment que le Parti Québécois reprend la lutte pour l’indépendance, ces forces déstabilisatrices vont renaître et alors tout débat politique au Québec se déroulera dans une atmosphère tellement dramatique que personne n’aura envie d’aller signer des registres sans savoir comment le Québec se sortira de cette crise politique orchestrée et contrôlée par Ottawa.

Pour qu’un référendum ait des chances simplement d’avoir lieu, il faut que le Gouvernement du Parti Québécois riposte avec rapidité et efficacité à chacune des actions d’Ottawa. Pourra-t-il le faire avec la stratégie d’hippopotames proposée par nos Claude Morin en herbe? Autrement dit, non seulement, il ne doit pas se désister mais il doit mobiliser l’État Québécois pour démontrer qu’il existe un pouvoir national et que celui-ci peut poser des gestes d’autorité qui indiquent qu’il peut défendre l’espace démocratique. Dans cet affrontement, le référendum ne peut avoir lieu qu’après la mise en échec de la Stratégie déstabilisatrice d’Ottawa.

Il ne faut pas répéter les erreurs de 80 et 95 où on a convoqué les citoyens à un débat entre deux options alors que l’une des deux options était soutenue par une immense machine d’État agissant à la fois au grand jour et de façon souterraine et où l’État québécois n’avait aucune possibilité de contre-poids. Par angélisme pur, on voudrait à l’avenir ajouter l’obstacle d’une pré-consultation réalisée dans une atmosphère empoisonnée suivie d’un référendum où le Parti Québécois serait perçu comme un champion du désistement et du faux-fuyant.

Si on appelle à une mobilisation populaire dans de telles conditions, elle ne marchera pas. Personnellement, moi, je n’irai jamais signer un tel registre. Parce que si j’y vais, ça voudra dire que les députés auront renié leurs responsabilités et que le courage de l’action n’existe pas. Ça fait deux fois que je vote Oui à la souveraineté. Pourquoi faut-il que je doive sauter des obstacles semés par mon propre camp avant d’aller voter Oui une dernière fois? N’ai-je pas assez de ceux inventés par le camp fédéraliste et de leur armée de medias?

Non seulement, cette idée de registre pré-référendaire est une mauvaise idée, mais la réflexion qui l’engendre est déprimante. Quand les Trois Mouquetaires disent être tannés du débat sur la date, ils tombent dans la même caricature que celle des medias fédéralistes. Ce qui traverse la conscience indépendantiste par les temps qui courent, c’est l’angoisse d’échapper l’occasion historique des prochaines élections par la faute d’une stratégie déficiente et d’une volonté défaillante. Non seulement, on ne veut plus perdre mais on n’a pas le droit de perdre. Il s’agit d’un désir de vaincre et à mes yeux, cela mérite respect.

La morale de cette histoire se résume en une simple phrase : « Le faites-vous exprès pour que les militants se découragent à tout jamais? »




Comment vivre ensemble
- Le droit à la différence et le droit à l'indifférence

Louis Dupont
Originaire de Shawinigan, l'auteur est professeur de géographie à l'Université de Paris-Sorbonne, directeur du laboratoire CNRS Espace et Culture et rédacteur de la revue et de la collection Géographie et cultures
Le Devoir lundi 28 février 2005

Présentation livrée jeudi dernier dans le cadre de conférences sur les nationalismes majoritaires contemporains organisées par le Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales et la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, de l'Université du Québec à Montréal.

La géographie de la modernité et de la nation est complexe -- comme l'homme, qui ne peut vivre hors d'un monde signifiant et ordonné. La notion de «vivre ensemble» permet de penser l'organisation d'une société, mais aussi sa délimitation. Or qu'est-ce que cette notion si ce n'est une façon, moins connotée que le concept de nation, d'affirmer que des valeurs suffisamment partagées sont nécessaires pour qu'émerge et s'impose dans l'espace sensible un intérêt général, fondateur de l'espace citoyen, sans lequel le fonctionnement de la société moderne et démocratique est impossible ?

Pour de nombreux observateurs, la nation serait aujourd'hui inapte à cette tâche. Ce procès intenté à la nation n'est crédible que parce que l'on ne réussit pas toujours à faire la distinction entre le concept général de nation, qui fournit les paramètres pour composer le «vivre ensemble», et les nations spécifiques, là où pour de multiples raisons des compositions ont failli en butant sur des limites arbitraires, souvent imposées.

S'enfermer dans les essences

Le problème vient pour une bonne part de notre propension à ne penser les lieux et les groupes qu'en termes d'essences, de formules ou de modèles qui nous enferment dans des jugements préalables. [...]

Dans nos voyages de par le monde et nos déplacements dans notre propre monde, ne nous arrive-t-il pas de se demander : où suis-je, en fait ? À cela difficile de ne pas répondre sans avoir recours aux essences : «Les Indiens sont...», «Les gays...», «Le Québec est...».

Nous sommes des héritiers d'Aristote. L'homme posséderait une substance préalable d'où il tire son identité; le reste, là où je vis, relèverait de l'apparence, de l'accessoire. [...] Pour l'homme religieux, la substance, c'est Dieu; pour le moderne, c'est l'Homme. «Homme d'abord, Français par accident», disait-on au siècle dernier; «Anglais d'abord, Canadien par accident», disait-on dans une variante à l'horizon plus limité. Aux États-Unis, il faudra attendre 1960 et l'élection de John F. Kennedy pour que la substance catholique n'entre pas dans le jugement des électeurs.

Peut-on faire l'économie des essences ? Difficile. L'homme a horreur du vide. On peut par contre les contourner en changeant le regard que l'on porte aux limites. [...] Quand on y pense, la pratique quotidienne d'une société nous révèle l'existence de limites, concrètes et abstraites, que parfois nous respectons, que plus rarement nous nions ou transgressons, dont parfois nous ignorons totalement l'existence. Si je me présente à l'opéra habillé en punk, je transgresse une limite qui me révèle un monde, tout en me renvoyant à mon choix de costume. En focalisant sur les limites, l'on cherche moins la formule que le champ des possibles et des moyens de la composition du «vivre ensemble».

Le multiculturalisme

Prenons le multiculturalisme. Nulle part sur la planète n'existe de nations multiculturelles, il s'agit d'une représentation de la pluralité culturelle qui, elle, est manifeste dans toutes les régions du globe.

Le Canada n'est pas un pays multiculturel, par contre la majorité a choisi de nommer et de définir à sa façon la diversité culturelle, de l'inscrire dans un cadre politique et un discours national. Aux États-Unis, le multiculturalisme est le moyen qu'utilise une gauche progressiste pour lutter contre les discriminations sociales imputées au système normatif du groupe dominant.

Il n'y a pas par essence des nations civiques et des nations culturelles, le concept de nation est un moyen de penser le civique et le culturel. Les compositions varient. D'une part, rien n'a structurellement changé avec la société pluriculturelle mondialisée : le groupe majoritaire (et peut-être dominant) est incontournable, qu'il provienne historiquement d'une nationalité unique, comme ce fut souvent le cas en Europe, ou d'une fusion relative, comme c'est le cas en France et aux États-Unis, les deux nations modernes «classiques» les plus achevées.

D'autre part, ce qui a changé est que pour (re)composer un «vivre ensemble» le groupe majoritaire ne peut plus s'imposer. Il doit négocier. Et cette négociation ne se fait plus dans nos sociétés pluriculturelles uniquement entre individus abstraits, mais aussi, avec et par l'intermédiaire de groupes culturels minoritaires (et peut-être dominés).

À négocier

Qu'est-ce qui doit être négocié ? Trois choses m'apparaissent fondamentales.

La première est une limite abstraite, comme la ligne d'horizon. Elle distingue l'espace sensible de réalisation, là où les hommes et les femmes se trouvent avec leurs qualités, d'un espace de projection, une vision de l'homme au-delà de mes conditions et de mon essence présumé. Dans les sociétés modernes, il s'agit a minima de la liberté, de l'égalité et du règne du droit issu du processus démocratique et d'un gouvernement représentatif.

La deuxième est le droit à l'indifférence. La différence dont on parle tant n'est pas un droit stricto sensu ; il s'agit d'une revendication devenue légitime dans les nations effectives pour lutter contre les discriminations -- les limitations arbitraires -- dont sont l'objet des individus sur la base de traits culturels, raciaux, linguistiques, sexuels, etc.

Le droit à la différence est une étape, pas une fin; son possible est le droit à l'indifférence. Sans droit à l'indifférence, le droit à la différence enferme le regard porté sur l'Autre dans un a priori le reliant à son appartenance, et en conséquence fausse la connaissance de l'Autre. En revanche, le droit à l'indifférence donne à tout individu le droit d'être regardé simplement comme un citoyen : il assure ainsi la liberté et l'égalité de la personne humaine au-delà de sa différence, lui permettant de déployer une fraternité ouverte sans idées préconçues.

Le troisième est la concorde sociale. Il est vain de clamer le droit à la différence et le respect des autres si ne sont pas revues les conditions qui ont tenu socialement et culturellement l'Autre en situation relative de domination. Partout, les nations effectives actuelles existent parce qu'un groupe a pu imposer un ordre ou une mise en ordre social des individus et des groupes culturels sur un territoire donné. Certaines en ont eu les moyens, d'autres pas.

Une limite imposée, qu'elle soit normative, constitutionnelle ou répressive, est une menace à la viabilité du «vivre ensemble». C'est un facteur de désordre. Les hommes et les femmes libres qui n'acceptent pas qu'une limite existe sans être négociée au préalable chercheront à la transgresser. Ils voudront recomposer autrement un «vivre ensemble» en liant l'exercice du droit à la différence au droit à l'indifférence.




Bernard Landry ou l'oeuvre inachevée

Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) jeudi 3 mars 2005

L'homme a encore le vocabulaire large, l'exposé reste de qualité, la clarté du propos ne fait pas trop défaut, les traits d'esprit et les fleurs de rhétorique tombent encore avec plein d'effet au détour d'une phrase, et le projet souverainiste le fait toujours vibrer.

N'empêche que Bernard Landry, le chef de l'opposition, est apparu moins flamboyant et beaucoup moins explosif que d'habitude. Devant la Chambre de commerce de Trois-Rivières dont il était l'invité hier midi, le chef péquiste s'est fait plus pédagogue que preacher.

Il avait une voix cassée, presque rauque, qui pouvait trahir la fatigue... ou l'âge. Il est vrai qu'il vient d'entreprendre une grande tournée des cégeps et des universités qui l'a conduit jusqu'à présent dans 45 établissements. En parallèle, il multiplie les conférences devant les Chambres de commerce. Comme s'il voulait attaquer le Québec par deux extrémités: la relève d'une part et les gens établis des milieux d'affaires, de l'autre.

Ce sont des tournées, ajoutées aux obligations déjà lourdes d'un chef d'opposition, et aux combats internes du parti, qui épuisent tout homme. Mais Bernard Landry nous avait habitué à cela. Il a toujours profité d'une énergie exceptionnelle et sa puissance d'orateur faisait le reste.

Cause ou pouvoir?

Hier, je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qui fait encore courir cet homme. Pourquoi s'impose-t-il aujourd'hui encore une vie si exigeante et si hypothéquante? Pour le pouvoir ou pour la cause? Il est difficile de trancher.

Hier, Bernard Landry a prononcé un texte à saveur économique, et même macro-économique. Un discours très général, presque 101, où tout y passe, la Chine, le Mexique, l'OMC, les dangers et les limites du néo-libéralisme, la libre circulation des biens, des personnes et des services... Un discours qui tenait plus de l'ancien ministre d'État à l'Économie et aux Finances qu'il a été que de l'ancien chef de gouvernement défait il y a près de deux ans. Un discours où la souveraineté a été abordée par la bande, ou par conclusion plus qu'avec passion. Un discours qui n'était pas non plus celui d'un chef d'opposition qui s'attaque au gouvernement. Pourtant, il en est capable.

Bernard Landry a peut-être voulu adapter son propos à son auditoire. Il a pu présumer qu'une Chambre de commerce n'est pas le meilleur endroit où s'exciter sur la souveraineté, dénigrer le gouvernement libéral et son chef Jean Charest, faire signer des adhésions au parti.

Il aurait dû se méfier des idées préconçues. Lors du dernier référendum, le président d'alors de la Chambre de commerce du Québec, voulant jouer un rôle national dans le débat, avait demandé aux Chambres de commerce locales et régionales de sonder leurs membres. Il avait pris pour acquis qu'il y avait là un riche terreau anti-souverainiste et qu'il pourrait parler au nom de tous. La première à s'exécuter avait été Trois-Rivières, une Chambre avec un membership vieillissant que l'on pouvait croire fortement fédéraliste et de droite. La surprise avait été forte au dépouillement des résultats quand on découvrit que les membres étaient majoritairement, et d'une façon assez significative, des souverainistes. On ne dévoila jamais ces résultats et notre président provincial arrêta tout et demeura dans l'obscurité référendaire.

Une revanche

Malgré tout, bien des gens ont trouvé Bernard Landry de bon niveau. C'est qu'ils ne l'ont pas connu ou ont oublié quel panache il avait lors des deux référendums, mais aussi lors de la longue disette du PQ, de 1985 à 1994, quand il portait à bout de bras et presque seul, la flamme souverainiste.

Le PQ avait beau s'embuer dans la déprime et s'enliser dans l'opposition, au plus bas des cotes de popularité, Bernard Landry parvenait quand même à stigmatiser des auditoires qui étaient souvent loin de lui être acquis.

En ce moment, l'étincelle n'est pas là. L'homme donne l'impression de s'accrocher à sa fonction. Il est vrai qu'il a une revanche à prendre. Comme chef de parti, il n'a pas remporté ses élections. Il pense peut-être aussi avoir un rendez-vous avec l'histoire. Mais sa seule force, c'est la faiblesse de l'autre.




Lettre à Lévesque

Les Cowboys fringants, dernier album, La Grand Messe
TRIBUNE LIBRE 8 mars 2005

Ta cigarette au bec
Du haut du firmament
Tu dois r’garder l’Québec
Pis t’dire que c’est ben décevant

Quand tu vois les pas bons
Et tous les p’tits carriéristes
Qui s’présentent aux élections
Comme des vrais opportunistes

Mais loin de moi, René
L’envie d’en beurrer épais
Ou de trop te glorifier
Le monde l’a déjà assez fait

Mais c’est quand même un peu dommage
De voir que de ton héritage
Il reste juste ma p’tite chanson
Pis un boulevard à ton nom

Quand je r’garde ma contrée
Perdue et à l’abandon
Sans projet d’société
Et m’née par des pauvres pions
Champions de la langue de bois
Et du politicaly correct
‘Me semble que c’pas ça
Qu’tu voulais pour le Québec

À part de ça mon Ti-Poil
La vie est tu moins plate au ciel ?
Parce qu’ici les temps sont un p’tit peu sombres
J’te dis ça d’même mais r’vire toi pas dans ta tombe

Toi qui étais au cœur
De cette grand révolution
Qui a mis l’Québec à l’heure
De toutes les modernisations

Tu dois être franchement déçu
De voir qu’on retourne en arrière
Vous qui vous étiez battus
Pour qu’on soit maîtres de nos affaires

Pour c’qui est de la souveraineté
On peut pas dire que c’est la fièvre
Le projet s’est mal renouvelé
Et on en parle du bout des lèvres

Mais quoique à voir les extrémistes
Qui se réclament Patriotes
Avec leur discours passéiste
J’me dis qu’on est loin du jack-pot

Si on r’garde ça René
Les enjeux ont bien changé
Et les jeunes se conscientisent
Faudrait écouter ce qu’ils disent
Et que pour bâtir un pays
Faudrait pas oublier d’inclure
Les citoyens des autres ethnies
Et leur culture

À part de ça mon Ti-Poil
La vie est tu moins plate au ciel ?
Parce qu’ici les temps sont un p’tit peu sombres
J’te dis ça d’même mais r’vire toi pas dans ta tombe

Pour moi l’projet idéal
S’rait de d’garder les droits acquis
Et les bases fondamentales
De la sociale-démocratie

Tout en restant vigilants
Face aux courants mondialistes
Mais bien sûr sans pour autant
Devenir anti-capitalistes

Moi j’verrais un pays
Qui ferait un compromis
Entre les mots écologie
Justice et économie

Parce que bien avant ma Patrie
Et toutes les politicailleries
J’prône les causes humanitaires
Et j’suis amoureux de la terre

Alors j’sais pas c’que t’en penses
Mais pour moi ça ben du sens
De faire quecqu’chose de rassembleur
Qui f’rait d’nous des innovateurs
Une société plus équitable
Où l’développement serait durable
Et là c’est sûr que j’cocherais « oui »
Pour un pays…

Facque d’ici-là j’prends c’qui m’reste
De ma fierté de Québécois
Et j’te dis, René : « à la prochaine fois ! »
Et j’nous dis : « à la prochaine fois ! »




Sortir du PQ

Jean-François Lessard
Coordonnateur et porte-parole de l’Union des forces progressistes dans Borduas (UFP-Borduas) et ex-militant péquiste
borduas@ufp.qc.ca
TRIBUNE LIBRE 8 mars 2005

Pour faire suite au texte de Jean-Pierre Charbonneau intitulé «Sortir du paradigme de la propagande», publié dans Le Devoir du 17 février dernier.

Le député péquiste Jean-Pierre Charbonneau avait déjà, l’automne dernier, co-rédigé une lettre d’opinion avec Paul Cliche, de l’UFP, définissant la démocratie participative comme « la seule voie pour régler la question nationale ». C’est donc sans surprise que j’ai lu, dans une lettre adressée au Devoir et parue le 17 février dernier, que M. Charbonneau dénonçait maintenant le « vieil exercice » désuet du « sortir, parler, convaincre » dans lequel les militants péquistes semblent vouloir à nouveau plonger. Malgré l’engouement de ses collègues pour un projet d’indépendance à tout prix et, pour beaucoup, à toute vitesse (comme si elle constituait à elle seule un remède-miracle aux problèmes de la société québécoise), le député de Borduas invitait ses collègues à abandonner « la voie de la propagande pour emprunter celle de la démocratie véritable ».

Bien que j’aie une profonde admiration pour la démarche de mon député, je ne peux m’empêcher de croire qu’il prêche aujourd’hui dans le désert. À mon sens, le PQ a abandonné, au fil des années et des mandats, la plupart de ses principes sociaux fondateurs pour ne garder, au final, que celui de la souveraineté, rabougri, vidé de sa mission première : celle de nous donner un pays plus démocratique et plus égalitaire.

C’est en bonne partie ce qui m’a mené, pour reprendre ses mots, à « sortir du paradigme de la propagande » et, conséquemment, à sortir du PQ. J’ai donc adhéré à l’Union des forces progressistes (UFP), le seul parti qui défende les principes qui m’animent en prônant, entre autres, d’accéder à l’indépendance par le biais d’une Assemblée constituante et de la démocratie participative. Or, c’est précisément cette dernière valeur que M. Charbonneau tente d’insuffler au PQ alors que le parti traverse une des crises les plus profondes de son histoire.

En effet, beaucoup de militants péquistes de gauche attendent l’issue du congrès de juin avant de décider s’ils quitteront le parti ou feront même carrément le saut à l’UFP. Et ce n’est pas un secret que Bernard Landry, loin d’être un accro du pouvoir, réserve sa place à Gilles Duceppe qui fera le saut au PQ après avoir renouvelé le score du Bloc à la prochaine élection fédérale. Ceci explique mieux la fusillade à laquelle a eu droit le député de Borduas de la part des Guy Chevrette, Nicolas Girard, Elsie Lefebvre, Stéphane Bédard et de tous ceux qui cherchent encore un « faiseur d’indépendance », persuadés qu’après René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, Gilles Duceppe sera l’homme de la situation!

Toutefois, en déclarant que Bernard Landry ne peut pas mener le Québec à l’indépendance, Jean-Pierre Charbonneau ne milite pas contre son chef ou contre Gilles Duceppe non plus qu’en faveur de Pauline Marois ou François Legault : il mène une fois de plus sa croisade démocratique, persuadé que le peuple québécois a, au fond de lui-même, la sagesse de savoir quand et comment la souveraineté se fera, si elle doit se faire. Et il croit que c’est la seule voie possible pour y accéder.

Malheureusement pour mon cher député, les valeurs de démocratie qu’il défend sont disparues du PQ depuis longtemps. Voilà pourquoi il voit s’abattre sur lui tous les défenseurs de l’élitisme et du népotisme, membres d’un establishment qui privilégie la stratégie et méprise la démocratie : pour preuve, le PQ n’a jamais réalisé le projet de réforme du mode de scrutin auquel il s’était pourtant engagé dans son programme depuis 1969.

Malgré tout cela, je ne lancerai pas à Jean-Pierre Charbonneau une invitation magnanime à joindre le camp de l’UFP. Non pas que sa venue me déplairait, bien au contraire. Mais j’ai assez de respect pour le travail de toute la vie d’un homme de sa carrure pour ne pas lui dire quand ou comment il doit quitter la formation politique qu’il a contribuée à bâtir, s’il doit la quitter.

Je crois toutefois que lui et moi partageons l’idée que la souveraineté n’est pas une fin en soi mais un moyen d’établir une autre façon d’appréhender la vie en société. Le fait d’être Québécois – plutôt que Canadiens - ne rendra pas ce pays plus juste ou plus démocratique (nous le voyons bien avec le gouvernement Charest). C’est plutôt la manière de construire ce pays qui le rendra plus représentatif de nos aspirations collectives, à condition que nous le construisions par le biais de processus démocratiques participatifs et inclusifs. Ces processus n’ont figuré, à ce jour, que dans la plate-forme d’un seul parti, celle de l’UFP qui en restera vraisemblablement l’unique promotrice. Et elle continuera de les défendre d’autant plus qu’ils sont, de mon avis et de celui de mes collègues, les seules « conditions gagnantes » à réunir pour réaliser un projet social de souveraineté du Québec.




La politique des poches pleines d’Ottawa

Lise Payette
Journal de Montréal du 26 février 2005

« Si un référendum avait lieu aujourd’hui et que la question était : « Voulez-vous cesser de payer des impôts à Ottawa? » il est probable que les conditions gagnantes seraient réunies pour que la réponse soit majoritairement positive.

Le budget présenté cette semaine à Ottawa est décevant, arrogant et humiliant. Il affiche la richesse d’Ottawa sans retenue et écrase du bout du pied les revendications justifiées des provinces et en particulier du Québec. Nous avons été les premiers à crier haut et fort que les visées centralisatrices d’Ottawa étaient devenues intolérables. Qu’elles remettaient en question l’idée même du fédéralisme canadien.

Depuis des décennies, tous les gouvernements, qu’ils aient été libéraux, d’Union nationale ou du Parti québécois, ont réclamé la même chose : le respect des champs de compétences du Québec et la juste répartition des richesses. Loin de corriger la situation, le gouvernement fédéral a continué à développer des appétits féroces de contrôle chaque fois que son pouvoir de dépenser le lui permettait.

Bourré de fric, même minoritaire, le gouvernement d’Ottawa, sourd à toutes les discussions concernant le déséquilibre fiscal, même quand toutes les provinces font front commun sur le sujet, se fout de tout le monde et n’en fait qu’à sa tête. Il étend ses tentacules année après année et finit par se comporter comme s’il était le seul gouvernement en ce pays. Il affiche un mépris total pour les gouvernements des provinces et les tasse chaque fois qu’il en a l’occasion. S’il pouvait les faire disparaître, il le ferait.

Il a donc intérêt à ce que les provinces manquent d’argent. Plus elles sont pauvres, plus elles sont soumises. Il est convaincu qu’elles ne mordront pas la main qui les nourrit. La remarque de la ministre Lisa Frulla suite au Gala des Jutra est un bel exemple de ce que le gouvernement fédéral attend comme reconnaissance de la part de ceux qui dépendent de lui. Soyez polis et dites merci. Autrement, vous n’aurez plus d’argent. Même si cet argent nous appartient.

Le budget est devenu un outil politique

L’administration d’Ottawa est totalement politique. Le budget n’est pas un outil administratif, c’est un outil politique. Il doit permettre d’acheter des appuis, même d’acheter des votes. Toute l’entreprise ressemble, dans sa philosophie même, au scandale des commandites. On s’assure d’éviter le déclenchement d’une élection en donnant aux conservateurs un peu de ce qu’ils désirent. Ils pourront ainsi voter en faveur du budget sans perdre complètement la face. Ce sont les milliards offerts à l’armée qui achètent les votes conservateurs. L’argent permet tout et comme on n’en manque pas, il n’y a aucune raison de changer quoi que ce soit.

Le pouvoir est une drogue. René Lévesque répétait souvent que « le pouvoir c’était comme l’alcool, il y en avait qui ne portaient pas ça ». Le pouvoir libéral à Ottawa est devenu encore plus grand grâce à la poche d’argent sur laquelle il est assis. Puissant et incontrôlable. Il suffit de regarder ce gouvernement minoritaire faire la pluie et le beau temps, devenir un prédateur pour nos cités et villes, laisser les soins de santé se dégrader, acheter des sous-marins qui prennent l’eau, marcher sur les plates-bandes de tout le monde et traiter avec mépris tous les élus des provinces. Il y a déjà longtemps qu’Ottawa est saoul mort, intoxiqué de son pouvoir qu’il croit illimité.

Quoi faire pour le dessaouler? Certains parlent de traîner Ottawa devant les tribunaux jusqu’en Cour suprême pour le ramener à l’ordre et lui rafraîchir la mémoire sur ses devoirs et obligations envers les provinces. Ça va prendre des années. Des années pendant lesquelles nous allons continuer de leur envoyer nos impôts pour qu’ils deviennent encore plus riches.

L’autre solution, c’est un référendum. Quand? Au début du mandat, à la fin, à l’automne, au printemps… disons au plus sacrant. Et ne me dites pas que vous n’êtes pas prêts. »




Landry is running scared

JOSÉE LEGAULT
The Montreal Gazette 11.3.2005

"It's unusual for a leader to acknowledge possible defeat, and Landry's clear answer is a sign all is not well in the PQ kingdom."

Something has changed in Bernard Landry. The once confident Parti Québécois leader, who was sure of winning his confidence vote in June, has acknowledged the possibility he might lose.

Wednesday night, on Télé-Québec's Les Francs-tireurs, Landry made two revealing statements. First, he finally set out the percentage he needs to stay as leader: "If I get what Lucien Bouchard or René Lévesque did, I'll stay." This means a 76-percent vote is his minimum.

Second, for the first time he said what he would do if he didn't get those numbers: "I'll go back to Université du Québec à Montrbal as a professor within the following weeks. It's as clear as that."

It's unusual for a leader to acknowledge possible defeat, and Landry's clear answer is a sign all is not well in the PQ kingdom. Those his entourage calls "dissidents" - people who want a leadership race - might not be as isolated as it seems. Landry's reaction confirms he knows his victory is not guaranteed.

Landry knows if his vote percentage is lower than Bouchard's - which was already low enough for Bouchard to threaten to quit - his position as leader will be untenable with his party as well as with voters.

Finally, and unwillingly, Landry agrees with Jacques Parizeau on something. In the latest issue of Le Québécois, Parizeau writes if Landry's "majority is weak, the PQ will have to find a new leader."

Landry is in a weakened position mainly because he refused to clarify the leadership issue after the last election. He could have called a leadership race and run in it. Instead, his refusal caused dissatisfaction to mount within the PQ and contenders to battle him in other ways.

Still, Landry's reaction on Télé-Québec was in keeping with his track record. Although he headed various ministries with brio and never hid his ambition to be premier one day; he has one trait few people have noticed: He has always refused to meet his rivals in a leadership race.

In 1985, after Lévesque left, Landry withdrew from the race, early on, not even making it to the first official debates. One of the contenders was Pauline Marois, who finished second to Pierre-Marc Johnson.

In 2001, after Bouchard quit, the race was aborted when Landry outmanoeuvred Marois by convincing François Legault to renege on his agreement with Marois to run with her. In 2003, after the election defeat, Landry refused to call a leadership rice. He has since been hanging on, partly hoping Marois would tire out.

Given this history, not only does Landry seem afraid of leadership races, he also appears to fear taking on Marois. Today, now that winning his confidence vote is uncertain, Landry reflexively considers fleeing if push comes to shove.

There are other signs Landry has become a nervous leader. In an unusual move, he will attend almost all PQ regional conventions before the June vote. Landry also has acknowledged for the first time that the Bouchard government censure of Yves Michaud was unfair.

Landry is pumping up the rhetoric, attacking Ottawa for having "stolen" the 1995 referendum and "violated" Quebecers' conscience with the sponsorship program.

His staff started sending "all-is-well" memos to party members in regions known to be cool to Landry. Criticized for the PQ's poor performance as official opposition, his staff is sending out memos painting a rosier picture.

Last December, a message was posted on the Conseil de la souveraineWs Web site by its administrator. It said "any e-mails of the out-with-Landry type or any personal criticism will be deleted as soon as we see them." OK.

More troubling for Landry are rumours Gilles Duceppe's entourage might not sit idly while the leadership goes by. With no federal election in sight to keep the Bloc leader in Ottawa, and although he'll support Landry publicly, sources say Duceppe's people might be readying for grace sooner rather than later. Even Bloc MP Pierre Paquette no longer hides his interest in Duceppe's job.

That's not all. The June convention also will decide the PQ's position on sovereignty. Many members were angered by Landry's recent statement to La Presse the PQ will not commit to a referendum, going back to Bouchard's "winning conditions."

Given the popularity within the party of Parizeau's position, that the PQ ask for the clear mandate to hold a decisive referendum on the constitution of an independent Quebec, Landry's "winning conditions" could put him at an additional disadvantage with the rank and file.

Nervous or not, Landry has his work cut out for him between now and June.




LE BESOIN D'UNE CONSTITUTION QUÉBÉCOISE

Denis Monière, Politologue, Unversité de Montréal
L’ACTION NATIONALE, volume 95, numéro 2, février 2005

Une constitution définit les valeurs et les règles qui organisent la vie en société. C'est en quelque sorte le contrat qui unit les membres d'une communauté. L'idée même d'assurer le fonctionnement d'un groupe humain par l'adoption d'une constitution, admise quasi universellement de nos jours, n'a pas toujours été acceptée. Réclamer une constitution était en soi un projet politique révolutionnaire au XVIIIe siècle où on cherchait à restreindre l'arbitraire monarchique et à faire reconnaître et surtout garantir des droits et des libertés pour les individus. Il s'agissait de faire primer un texte écrit que tous pouvaient connaître sur la volonté des autorités politiques afin d'enca­drer et de limiter l'exercice du pouvoir.

La formation d'une assemblée constituante et l'adoption d'une constitution ont été des moments clés des révolutions françaises et américaines parce qu'elle signifiait l'irruption du peuple sur la scène politique et la proclamation tangible de sa souveraineté. Cette logique constituant le peuple en souverain exprimait le rejet de l'ancien régime fondé sur l'arbitraire et les privilèges. Il s'agissait de rendre transparents et accessibles à tous les citoyens les règles du jeu et les valeurs qui caractérisent la société. Un peuple sans constitution ne pouvait être libre car il était incapable de fixer lui-même les principes et les règles de l'organisation sociale et de les changer au besoin. Dans le nouvel ordre constitutionnel, connaître ses droits devenait le prérequis de la participation à la vie politique.

Encore aujourd'hui, l'importance et la valeur symbolique d'une constitution écrite ne sont pas reconnues partout et ceci est particulièrement vrai dans les pays de tradition britannique.

Le Royaume-Uni n'a pas de constitution écrite, c'est-à-dire que les droits et les règles institutionnelles définissant la répartition des pouvoirs ne sont pas systématisés, mais sont éparpillés dans un grand nombre de lois. Ce qu'on appelle la constitution britannique est le résultat d'une sédimentation séculaire de pratiques, de conventions et de coutumes. Pour sa part, le Canada a une loi constitutionnelle qui découle de son passé colonial et qui pour cette raison n'est pas le produit de la volonté populaire puisque les citoyens n'ont jamais été appelés à se prononcer sur les règles et les valeurs qui sont supposées faire vivre ensemble les composantes de la fédération canadienne. Le Québec, asservi au même passé colonial et soumis à la tradition britannique, n'a pas non plus de constitution formalisée à laquelle le citoyen pourrait se référer pour définir son identité. Notre système politique est donc profondément marqué par l'esprit monarchique qui, quoi qu'on en dise, modèle notre vision du monde.

Les effets pervers du monarchisme

Le respect de la tradition monarchique implique qu'on accepte qu'il n'y ait qu'une seule source d'autorité qui est supérieure à toute autre force de légitimation du pouvoir, ce qui signifie que sur le plan des principes, le pouvoir monarchique est légitimé par la transcendance, il découle d'une puissance extérieure, la volonté divine, et ne peut donc pas dépendre de la société elle-même et de ceux qui y vivent. Il ne peut être soumis à la volonté populaire exprimée dans un texte constitutionnel conçu par des sujets-citoyens qui viendrait concurrencer l'autorité du monarque comme source de légitimité et de pouvoir. Pour ne pas mettre en cause cette logique de la transcendance de l'autorité, on préfère alors s'en remettre aux pratiques établies, aux coutumes qui résultent de négociation, de compromis d'où émergent les règles et les mécanismes de l'exercice du pouvoir. Comme le fondement de l'autorité de réside pas dans la volonté du peuple, les citoyens ne peuvent par la délibération choisir leur mode de gouvernement et ne peuvent connaître par eux-mêmes les règles du jeu. Ils s'en remettent aux traditions, aux pouvoirs établis qui interprètent les limites de leur autorité au cas pas cas, chaque décision prise devenant source de jurisprudence et d'interprétations ultérieures. Le peuple n'étant pas juge du respect des règles, il doit faire confiance aux élites pour dire le bon droit.

Dans le cadre de l'idéologie monarchique, on pense généralement et on agit comme si une constitution n'avait pas d'importance et qu'on pouvait très bien s'en passer. On invoque à l'appui de cette thèse le bon fonctionnement de la démocratie britannique qui est un modèle de stabilité. Au Québec, cette dévalorisation de la nécessité de rédiger une constitution explicitant les droits et le devoirs des citoyens a été encouragée dans le passé par l'alliance de l'oligarchie britannique et du clergé qui ont combattu les idées révolutionnaires françaises et américaines et convaincu les Québécois d'accepter leur sort tant sur le plan matériel que social et politique. Il faut aussi dire que les vicissitudes des longues querelles constitutionnelles et des échecs des nombreuses tentatives de réformes constitutionnelles ont ancré profon­dément dans les esprits l'idée qu'on n'avait pas besoin de constitution. Parler de constitution est souvent considéré comme une perte de temps puisqu'il y a blocage et que les gouvernements s'en accomodent. Les médias et les sondages amplifient cette désaffection envers le besoin de constitution en incitant les citoyens à se détourner des questions constitutionnelles pour s'occuper « des vrais problèmes ».

Mais cette désaffection constitutionnelle n'est pas universelle puisque la très grande majorité des États ont une constitution écrite et dans certains cas, comme chez nos voisins du sud, la constitution est source de fierté et d'identité. Une constitution est certes utile pour définir les normes et les modalités de la vie collective. Elle prescrit les droits et les devoirs de chaque membre, elle décrit les institutions et le mode d'exercice du pouvoir. Mais ce n'est pas simplement un mode d'emploi du système politique. Une constitution procure une référence commune et peut susciter un sentiment d'appartenance.

Les vertus identitaires d'une constitution

Une constitution est la loi suprême ou la loi qui régit l'adoption des lois. Elle définit donc les règles qui conditionnent les comportements individuels et collectifs. Puisque la vie en société nous amène à les accepter plus ou moins consciemment, ces règles deviennent constitutives de notre identité. Elles définissent le sens du « nous » et par conséquent structurent le sentiment d'appartenance. Ce processus d'identification devient problématique comme c'est le cas au Canada et au Québec lorsqu'il n'y a pas de synthèse cohérente et exhaustive de ces règles et lorsqu'il n'y a pas consensus sur les valeurs et la nature du régime qui doit encadrer la communauté politique.

Adopter une constitution est en soi un acte de souveraineté parce qu'elle établit le souverain comme être collectif et pose le peuple comme source de tout pouvoir légitime. Adopter une constitution écrite serait un geste de rupture par rapport à l'ordre constitutionnel canadien non seulement parce que les Québécois se doteraient d'un cadre institutionnel codifié et systématique, mais aussi parce qu'ils auraient décidé pour eux-mêmes et par eux-mêmes de cette constitution. Ce faisant ils se définiraient comme dépositaire de la souveraineté et mettraient en cause la nature monarchique du système politique canadien.

Une constitution québécoise définirait ce que nous sommes collectivement tant sur le plan des valeurs que sur celui des institutions. Elle permettrait à chaque Québécois de se reconnaître comme source de l'autorité et de s'identifier aux décisions collectives. Elle traduirait un projet de société en droits fondamentaux et permettrait de se projeter dans l'avenir en tant que peuple.

Poser que le peuple québécois est la source de tout pouvoir est incompatible avec la logique monarchique qui régit le fonctionnement de nos institutions. Cela implique forcément le rejet du cadre constitutionnel canadien et l'instauration du républicanisme. Soustraire l'élaboration d'une constitution québécoise de l'autorité du peuple et entreprendre une opération de modernisation constitutionnelle dans le cadre constitutionnel canadien serait une autre façon de légitimer l'esprit monarchique et de reproduire l'idée de l'insignifiance ou de l'inutilité d'une constitution. Doter le Québec d'une constitution véritable qui soit autre chose qu'un erstaz implique qu'elle s'inscrive dans le processus d'accession à la souveraineté. L'adoption d'une constitution québécoise doit être l'œuvre d'une assemblée constituante élue à cette fin avec le mandat de préparer un projet cohérent touchant l'ensemble de nos institutions politiques qui devra être ratifié par référendum.




SELON JACQUES PARIZEAU - L'indépendance contre la mondialisation ?

Presse Canadienne
lundi 14 mars 2005

Dans une entrevue accordée au quotidien Le Devoir, l'ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, affirme que la souveraineté du Québec constituerait un rempart contre les affres de la mondialisation.

Il estime qu'un pays ne se définit plus par son économie, mais par sa culture, au sens large du mot.

Selon lui, la mondialisation prend inévitablement la forme de tentatives de réglementations pouvant aller dans toutes les directions. Il croit fermement que les peuples doivent se tourner vers leurs gouvernements nationaux pour se protéger contre les effets pervers de la mondialisation, notamment en ce qui a trait à la culture, au commerce et à la santé.

Pour M. Parizeau, qui transporte son message de cégeps en universités, les étudiants comprennent bien ces idées, ceux-ci étant déjà ouverts sur le monde et libres des ornières du passé.

Il souligne qu'une idée aussi forte que l'indépendance d'un pays, appuyée constamment par 45 ou 50 pour cent de la population, n'est pas prête de disparaître et qu'il faut se tenir prêt à la réaliser.





Jacques Parizeau au Devoir

La souveraineté contre les dérives de la mondialisation

Diane Précourt
Le Devoir lundi 14 mars 2005

Ses propos d'une rigueur parfois tranchante sont toujours ponctués de ce rire bonhomme si typique. Et ce n'est pas une démission fracassante, au lendemain du référendum de 1995, qui aura empêché Jacques Parizeau de ruminer la souveraineté, dont le rôle s'avère encore plus important aujourd'hui, dira-t-il, voire un rempart contre les affres de la mondialisation. S'il a tracé une croix sur toute carrière politique active, au matin de ses 75 ans, l'homme qui fut 16 mois premier ministre du Québec s'est donné une mission d'«aumônier», promenant son message de cégeps en universités. «Un pays ne se définit plus par son économie, mais par sa culture, celle au sens large», estime le Ph. D. de la London School of Economics and Political Science.

Les mots tombent dru, tels des poids lourds de sens coupés de longues pauses de réflexion, dans son bureau de l'édifice historique des Archives nationales à Montréal. À l'évidence, ses séjours à Porto Alegre ont marqué Jacques Parizeau.

«La mondialisation, autrement dit les communications instantanées et le libre-échange des produits, services et capitaux, y compris des idées d'ailleurs, prend inévitablement la forme de tentatives de réglementations, dit-il. Et ça peut aller dans toutes les directions. Parmi les instances internationales, c'est l'Organisation mondiale du commerce qui implique le plus de répercussions concrètes, et qui a des dents. Par l'OMC, on peut se donner des instruments efficaces, mais redoutables aussi. Et par l'OMC, à l'heure actuelle, vous rejoignez les grands débats de notre époque. Malgré ses dérives, tous les pays veulent y entrer, et jamais aucun d'eux ne veut en sortir !»

Et pour cause. Les membres peuvent imposer les obstacles voulus à l'égard des non-membres. «Voilà une arme très dure.» Mais derrière les grands principes sur les barrières commerciales et le droit aux représailles qui sous-tendent ce club de 148 membres émergent des secteurs qu'on cherche à soustraire de la juridiction de l'OMC, à commencer par la culture.

Viendra également l'éducation. «Et puis ce sera la santé, prévoit M. Parizeau. Certaines grandes entreprises souhaitent avoir accès aux systèmes médicaux outre-frontières. Et, à mon sens, le débat suivant portera sur l'eau. Nous sommes tous très fiers, au Québec, de l'embargo qui a été mis sur les exportations d'eau. Mais le jour où cette ressource sera reconnue comme un bien commercialisable, cet embargo deviendra illégal.»

Et si l'eau est commercialisable, est-ce à dire qu'on ne pourra pas refuser des investissements sur des projets de transport de l'or bleu depuis le Québec vers des régions aux prises avec de sérieuses pénuries, comme le Middle West états-unien ? Au-delà des grandes conférences mondiales, toutes ces questions entraînent des impacts majeurs sur le quotidien des gens. «Mais elles ne sont pas débattues au Québec, déplore M. Parizeau, sauf par une poignée d'individus. Nous sommes comme les vaches qui regardent passer le train. Non, plus que ça, on ne sait même pas qu'il y a un train ! Il est insensé que sept millions et demi d'habitants restent complètement à l'écart de ces discussions.»

Sacré débat

Tout le monde a compris, selon lui, que les peuples doivent se tourner vers leurs gouvernements nationaux pour se protéger contre les effets pervers de la mondialisation. Et de l'OMC. Mais en plus de perdre du temps sur «notre sacré débat qui s'éternise», nous, on s'en remet encore au fédéral en matière internationale : «D'ailleurs, dit-il, ces réflexions sont tellement plus avancées au Bloc québécois qu'au Parti québécois, puisque c'est à Ottawa que les questions sont posées. Alors qu'à Québec l'un des premiers gestes du nouveau gouvernement a été d'abolir l'Observatoire sur la mondialisation : peut-on imaginer quelque chose de plus extraordinairement symbolique ?»

Lorsqu'il aborde ce genre de réflexions avec les étudiants, le professeur n'a cependant pas besoin de leur faire un dessin : «Déjà ouverts sur le monde, ils ne sont pas pris dans les ornières du passé, ni par les idées reçues que charrie la société québécoise depuis des décennies. Celle-ci, par exemple : l'intégration du monde étant de plus en plus avancée, il est donc trop tard pour réaliser la souveraineté d'un pays. Ainsi, non seulement notre indépendance serait mauvaise, elle deviendrait inutile en plus. C'est tout à fait faux.»

À côté de ça, on persiste à utiliser un langage vieillissant et à vivre sur d'anciens engagements. «La plupart de ces étudiants n'étaient même pas nés au moment du "beau risque" !»

Le professeur-né connaît bien le milieu universitaire pour avoir longtemps enseigné aux HEC. Tout près de cette institution, les habitués du Café Campus de l'époque, à la fin des années 80, voyaient l'homme qu'on a surnommé «Monsieur» s'installer à «sa» table, un peu en retrait, et donner volontiers des conseils à qui l'abordait devant ses deux sandwichs tomates-bacon arrosés de bière anglaise Bass.

Instruments de libération

Après plus de 40 ans de «service» pour la cause de la souveraineté, on concevrait aisément qu'un Jacques Parizeau veuille raccrocher ses patins. Pourtant, il milite toujours... ou sévit toujours, diraient certains ! «Il suffit de comprendre les règles du jeu, celles d'aujourd'hui, pour ne pas avoir peur. Et c'est bien plus facile à imaginer maintenant qu'à l'époque de René Lévesque.»

En 1967, raconte-t-il, quand celui-ci lance son Mouvement souveraineté-association, les barrières commerciales, états-uniennes en particulier, sont encore très élevées un peu partout dans le monde. «Imaginez qu'on devienne alors indépendant et que le Canada nous traite comme un pays étranger : le Québec se retrouve coincé entre deux types de barrières douanières, et c'est dangereux. Mais parce qu'on n'est pas des irresponsables et qu'on ne veut pas entraîner les gens dans une aventure, Lévesque attache son association économique avec le reste du Canada, pour maintenir au moins ce marché. Et on va pousser jusqu'à y mettre un trait d'union !»

Mais tout ça n'existe plus aujourd'hui. Les mêmes mots -- indépendance, souveraineté, référendum -- s'inscrivent dans une réalité complètement différente. «C'est ça qui est difficile à faire comprendre au Québec, déplore Jacques Parizeau. Il n'y a plus de pays trop petits pour être prospères, pour se développer correctement, à la condition d'appartenir à un grand marché, comme l'Amérique du Nord pour le Québec. C'est la grande découverte des 50 dernières années, une révolution dans les esprits... qui n'est pas encore faite ici. Moi, je tape sur ce clou constamment. Autre changement majeur : les pays ne se définissent plus par l'économie, mais par la culture au sens large, qui comprend par exemple l'environnement et les politiques sociales.»

Deux jeunes à New York

Ici, la souveraineté prend un sens particulier pour celui qui était parti à New York avec quelques autres en 1961, à 31 ans, pour négocier un emprunt en vue de la nationalisation de l'électricité. «Les marchés financiers de Montréal et Toronto étaient complètement fermés», se souvient-il. On avait demandé à Jean Lesage d'y envoyer deux de ses jeunes pour leur apprendre comment se déroule une opération comme celle-là. «En 20 minutes, nous avions obtenu 303 millions -- en dollars canadiens de l'époque -- pour payer les actions. Disons que ça m'a bien lancé !»

Nous sommes en pleine Révolution tranquille : «Il est remarquable de voir comme certains instruments de libération collective ou individuelle vont alors jouer sur des plans tout à fait différents, mais presque simultanément : la Caisse de dépôt commence vraiment à opérer début 1966, Charles de Gaulle lance "Vive le Québec libre !" en 1967, et la pilule anticonceptionnelle se répand à la même période... Cette société a besoin de se sentir libre. Et dans un cadre québécois... C'est là que ça s'est mis à glisser.»

Parce que ce cadre va être créé par des fédéralistes canadiens -- «Dont moi !», lance-t-il en riant -- qui ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de faire rêver un peuple à un pays. «On avait tout mis en place dans ce sens et, à la dernière minute, tout le monde s'est dit : mon Dieu, ça va trop loin !» Arrivent les trois colombes, avec Pierre Trudeau, qui partent pour Ottawa. À Québec, un seul va se manifester : René Lévesque.

«Et là, curieusement, à cause de leur résistance envers tout ce qui est fédéral, les souverainistes auront tendance à trop se limiter au Québec, à accorder une importance démesurée aux questions québéco-québécoises, se rappelle Jacques Parizeau. Ç'a donné des résultats excellents, remarquez, mais ça nous a un peu coupés du reste du monde. Et je me mets en cause moi aussi. D'ailleurs, jusqu'en 1995, à peu près rien de mon discours actuel ne m'était apparu clairement.»

«Nous sommes prêts !»

En bon technocrate, l'ex-premier ministre a toujours empreint la souveraineté du Québec d'une logique implacable, mais il en reconnaît aujourd'hui la charge émotive : «L'une ne va pas sans l'autre. On ne choisit pas son pays uniquement pour des raisons techniques, ou économiques, mais parce qu'on a une volonté de vivre ensemble et une certaine vision des gens, des choses et du pays lui-même.»

Jacques Parizeau passe allègrement de la souveraineté à la mondialisation, et vice-versa. Les deux sont tellement liés... À ceux qui voudraient tenir un autre référendum, il dit : «Préparez-vous !» «Une idée aussi forte que l'indépendance d'un pays, appuyée constamment par 45 ou 50 % de la population, ça ne disparaît pas. Si, pendant la campagne électorale de 1994, j'ai pu m'engager sur la tenue d'un référendum huit ou dix mois après la prise du pouvoir (ç'a été 13), c'est parce qu'il y avait quatre ans de travail derrière !»

Prêt, lui l'était. Il me fait signe de me retourner. Sur un classeur s'aligne une série de dossiers... bleus : «Il y en a un sur l'organisation du service des postes, un autre sur la garde côtière, un troisième sur des scénarios possibles pour les forces armées, d'autres encore sur la police, les tribunaux judiciaires... Si les Québécois disaient oui, tout cela se mettait à rouler.»

Au lieu de ça, c'est maintenant à son vignoble de Collioure, en France, que Jacques Parizeau part savourer les fruits de la passion. Ou les raisins de la colère ?




Nationalisme - Brasseurs de rêves

L'Actualité du 1er avril 2005

Les éditeurs du journal indépendantiste Le Québécois ont trouvé une façon originale de faire mousser leur cause: ils vendent de la bière.

Depuis septembre 2004, La Militante est offerte à la pression à la clientèle du bar Chez son Père, à Québec, de même que directement chez le microbrasseur La Barberie. Les profits que rapportent les ventes de cette bière servent à financer Le Québécois, publication consacrée à la promotion de l'indépendance du Québec et dirigée par trois jeunes souverainistes purs et durs. Parmi les chroniqueurs-vedettes: Jacques Parizeau et Pierre Falardeau.

Les ventes de La Militante, une blonde à 6,2 degrés d'alcool, devraient générer des revenus annuels d'environ 30 000 dollars. D'ici la fin de l'année, une quinzaine de bars et de tavernes la distribueront. [NDLR: Ce n'est que lorsqu'elle sera disponible dans une quinzaine de bars qu'on pourra parler de revenus d'environ 30 000 $ par année]

Le Québécois, fondé en 2001 et publié cinq fois l'an, exploite aussi la station Québec-Radio, qui diffuse dans Internet à l'adresse: www.lequebecois.org. "Dans les médias, au Québec, nous sommes les seuls à prôner l'indépendance", affirme le directeur du journal, Patrick Bourgeois, aux yeux de qui aucune grande publication québécoise ne trouve grâce. L'ensemble de la presse, dit-il, fait la promotion de Star Académie ou du fédéralisme. L'Actualité y compris...

D.C.




Congrès des jeunes péquistes :
Bernard Landry rejette la stratégie de «rupture irréversible»

Guillaume Bourgault-Côté
Le Devoir lundi 14 mars 2005

Le chef du PQ balaie du revers de la main l'idée qu'un gouvernement souverainiste fasse des gestes «qui sortent de la légalité constitutionnelle»

Le chef de l'opposition péquiste Bernard Landry a rejeté hier tout recours à une stratégie de «rupture irréversible» pour mener à la souveraineté, advenant une victoire du Parti québécois aux prochaines élections. La proposition a été faite cette fin de semaine par l'aile jeunesse du PQ, qui procédait à Saguenay au renouvellement de son bureau et à l'adoption des idées qu'elle ira défendre au congrès national de juin.

Interrogé après la conclusion du congrès annuel du Comité national des jeunes du Parti québécois (CNJPQ), M. Landry a balayé du revers de la main l'idée qu'un gouvernement péquiste fasse des gestes «qui sortent de la légalité constitutionnelle.»

Les 400 jeunes délégués du CNJPQ ont adopté durant la fin de semaine une liste d'une centaine de propositions, dont une vingtaine seront débattues en juin. Une des propositions principales indique qu'un éventuel gouvernement du PQ devrait faire «des gestes de rupture irréversible avant le référendum sur la souveraineté du Québec». Par cela, les jeunes péquistes entendent notamment la mise sur pied d'un seul système d'impôt, et la création d'un organisme québécois de réglementation équivalent à l'actuel Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Mais, selon M. Landry, créer un CRTC québécois avant l'accession à la souveraineté «serait inimaginable sans briser la légalité constitutionnelle, et nous n'avons pas l'intention de le faire. Quand on va quitter [le Canada], ce sera pour de bon, et légalement», a dit M. Landry.

De même en matière d'impôt, il n'est pas question d'avoir un seul système de perception avant l'indépendance, à moins d'en venir à un accord en ce sens avec Ottawa, a expliqué M. Landry.

Malgré tout, Bernard Landry a dit avoir apprécié l'originalité des propositions, «même si je suis pas [toujours] d'accord avec». Malmené dans les sondages et au sein même de son parti, M. Landry a pu trouver réconfort dans l'accueil que lui ont réservé les jeunes militants de son parti: il a été ovationné à quelques reprises au cours de la fin de semaine. Une proposition a aussi été adoptée pour demander que la contestation de son leadership cesse, du moins jusqu'au congrès.

Nouveau président

C'est Claude Villeneuve, un Saguenéen de 23 ans, qui a été élu président du CNJPQ, au terme d'un vote serré. Bruno Longval était aussi en lice. M. Villeneuve, étudiant en droit à l'Université Laval et candidat défait du PQ dans Viger lors de l'élection partielle de 2002, succède ainsi à Sébastien Cloutier.

Le rejet par M. Landry d'une des propositions des jeunes n'a pas déçu Claude Villeneuve. «C'est le débat, et c'est sain. Mais on s'engage à débattre de cette proposition d'ici juin», disait-il au téléphone hier soir. Le nouveau chef de l'aile jeunesse avertit «que le PQ doit proposer une démarche qui mène clairement à la souveraineté. Il ne doit plus prendre le pouvoir pour gouverner une province, mais pour faire la souveraineté. Ce principe devra être respecté.» Le Comité souhaite voir la tenue d'un référendum aussi vite que possible dans un premier mandat.

Grève étudiante

Par rapport au mouvement de grève étudiante qui secoue actuellement le Québec, Claude Villeneuve et les jeunes péquistes ont offert hier un «appui sans réserve aux revendications et aux moyens de pression des étudiants. Les sommes retirées du programme de bourses doivent être réinvesties de façon rétroactive, pour combler l'écart».

Le CNJPQ entend participer aux grandes manifestations prévues mercredi. M. Villeneuve a aussi invité son homologue libéral, Simon Bégin, à un face-à-face pour débattre de la question du financement des études post-secondaires, ce que M. Bégin a accepté par voie de communiqué.

L'ensemble des autres propositions adoptées par les jeunes péquistes à Saguenay marquent par ailleurs un coup de barre vers la gauche. Ils réclament, entre autres choses, un renforcement de la loi 101 pour étendre au secteur collégial les restrictions frappant l'accès à l'école anglaise.

Les jeunes péquistes veulent aussi une meilleure redistribution de la richesse au Québec et la redistribution du financement gouvernemental actuellement versé aux écoles privées vers l'école publique. Plusieurs propositions en matière d'environnement ont également été adoptées.

Avec la Presse canadienne




La grande séduction

Michel David
Le Devoir mardi 15 mars 2005

Durant la campagne électorale de 1985, il n'y avait pratiquement pas un candidat libéral à qui Robert Bourassa ne promettait «un rôle très important» au sein de son gouvernement. C'était à se demander où il pourrait trouver une salle assez grande pour réunir son conseil des ministres.

Bernard Landry semble avoir choisi une tactique similaire à l'approche du congrès de juin, qui doit statuer sur son leadership. En fin de semaine dernière, à Chicoutimi, il a promis de faire du nouveau président du Comité national des jeunes du PQ, Claude Villeneuve, «un de ses principaux collaborateurs». C'est dire comment il suffit parfois de se trouver au bon endroit au bon moment!

À l'issue du congrès des jeunes, M. Landry a aussi déclaré qu'il avait aimé «toutes leurs idées et tous leurs débats», même s'il n'était pas d'accord. Depuis quand M. Landry aime-t-il l'idée d'étendre au niveau collégial les restrictions à l'accès à l'école anglaise que la loi impose déjà aux niveaux primaire et secondaire? En tout cas, il ne l'a jamais laissé paraître.

Il était assez paradoxal de voir les jeunes voter une résolution demandant que son leadership cesse d'être contesté jusqu'au congrès de juin, tout en réclamant qu'un gouvernement péquiste fasse «des gestes de rupture irréversible avant le référendum sur la souveraineté du Québec». Adopter, sur une question aussi fondamentale, une position à laquelle M. Landry ne pourra jamais souscrire constitue de facto une contestation de son leadership.

Peu importe, tout-le-monde-il-est-beau, tout-le-monde-il-est-gentil aux yeux du chef péquiste ces jours-ci. Même des députés qui souhaitent plus ou moins ouvertement son départ ne le reconnaissent plus, se doutant toutefois que cette soudaine amabilité risque fort d'être temporaire.

***

Au lendemain de la démission de Lucien Bouchard, en janvier 2001, son vice-premier ministre avait plutôt opté pour l'intimidation. Ceux qui osaient s'opposer à lui, ou qui hésitaient simplement à l'appuyer, se voyaient menacés d'une fin de carrière abrupte.

Cette fois-ci, il ne peut tout de même pas s'en prendre à chacun des 2000 délégués au congrès de juin. Il s'est donc mis en mode séduction, et il faut reconnaître que cela semble donner des résultats.

Ces temps-ci, l'agenda extra-parlementaire de M. Landry est accaparé presque entièrement par la préparation du congrès. Quand il n'assiste pas à l'un ou l'autre des congrès régionaux qui s'échelonneront jusqu'au 16 avril, M. Landry participe à des conférences téléphoniques avec les présidents d'association de comté. Pour la région Montréal-Ville-Marie, bastion des «purs et durs», il a jugé préférable de les rencontrer personnellement.

Malgré tout, la situation demeure mouvante. Selon les derniers pointages, M. Landry peut compter avec un degré d'assurance raisonnable sur l'appui de 65 % des délégués, tandis que 12 % sont jugés irrécupérables. Cela laisse près du quart des délégués dont la position pourrait être déterminée par la conjoncture du moment.

Il suffirait que la moitié de ces «indécis» bascule dans le camp de ses opposants pour M. Landry se retrouve dangereusement près des 76,9 % dont Lucien Bouchard a pratiquement fait un minimum.

Pour le moment, les déboires du gouvernement Charest autorisent tous les espoirs, mais il suffirait de mauvais sondages à la veille du congrès, ou d'un nouveau dérapage sur la stratégie référendaire, pour tout remettre en question.

Déjà, M. Landry a frisé la catastrophe au conseil national de Sherbrooke, en octobre dernier, et plusieurs jugent encore bien ambiguë sa promesse de tenir un référendum «le plus tôt possible dans le prochain mandat». Trois mois, c'est long en politique, particulièrement au PQ.

***

La plus lourde hypothèque a peut-être été levée avec l'adoption du budget Goodale par la Chambre des communes. Dans l'entourage de M. Landry, on attendait ce moment avec une certaine appréhension. S'il avait fallu...

Malgré tous les bons mots que Gilles Duceppe a pu avoir pour son homologue péquiste, personne ne doute de son désir de lui succéder. Depuis des mois, il a été l'objet d'une cour assidue, pour ne pas dire harassante, mais la séduction a ses limites. Chacun sait que l'occasion fait le larron, d'autant plus que le chef du Bloc québécois est bien conscient que son étoile ne peut que pâlir.

Maintenant que M. Duceppe semble collé à Ottawa pour un certain temps, son propre intérêt lui commande de soutenir M. Landry. Rien n'assure que le congrès de juin marquera la fin de ses ennuis et, d'ici un an, le chef du Bloc pourrait redevenir disponible.

En revanche, si M. Landry est renversé au profit d'un autre, que ce soit Pauline Marois ou François Legault, M. Duceppe devra vraisemblablement renoncer à ses propres ambitions. Dans sept ou huit ans, c'est lui qui sera présenté comme un vieux politicien qui s'accroche, par rapport aux André Boisclair, Joseph Facal et autres Diane Lemieux, sans parler des plus jeunes loups comme Jonathan Valois.

Aide-toi et le ciel t'aidera, dit le proverbe. Si la conjonction des astres lui semble favorable, les conseillers de M. Landry aimeraient bien agir de façon positive sur son image plutôt que de miser simplement sur une victoire par défaut.

Son récent passage aux Francs-tireurs lui a valu des commentaires très élogieux. La grande question est maintenant de savoir s'il faut l'envoyer à Tout le monde en parle. Un accident est si vite arrivé, n'est-ce pas? Personnellement, je suggérerais à Guy A. Lepage une entrevue en latin. Ce serait certainement très séduisant.

mdavid@ledevoir.com




Je persiste et je signe

Jean-Claude St-André, député de l’Assomption
TRIBUNE LIBRE 17 mars 2005

Québec, le 16 mars 2005

Monsieur Bernard Landry
Chef de l’opposition officielle
Hôtel du Parlement
1045, rue des Parlementaires
2e étage, bureau 2.94
Québec (Québec) G1A 1A4

Monsieur le Chef de l’opposition officielle,

Dans une lettre que je vous adressais le 16 février dernier, je vous invitais à clarifier votre position concernant la démarche d’accession à l’indépendance. Je persiste et je signe. Pour moi, une des questions les plus fondamentales à laquelle nous devons répondre dès maintenant, c’est : qu'est-ce que nous ferons dès l’instant où nous serons élus?

En fin de semaine, le Grand Rassemblement des jeunes du Parti Québécois a tenu ses assises à Saguenay en prévision du Congrès national. Les jeunes délégués ont eu des échanges très intéressants sur les modes d’accession à la souveraineté et ils ont adopté à une forte majorité la proposition suivante :

« Il est primordial d’effectuer des gestes de rupture irréversibles avant même la tenue d’une éventuelle consultation sur la souveraineté du Québec. Par des gestes de rupture, nous entendons la mise sur pied d’un système d’imposition unique, le rapatriement des compétences en matière de culture et de communication par la création d’un pendant québécois du CRTC et la création d’une citoyenneté québécoise.»

Dans un article paru dans le quotidien Le Devoir le lundi 14 mars, le journaliste Guillaume Bourgault-Coté rapporte votre réaction sur cette proposition :

Interrogé après la conclusion du congrès annuel du Comité national des jeunes du Parti Québécois (CNJPQ), M. Landry a balayé du revers de la main l'idée qu'un gouvernement péquiste fasse des gestes «qui sortent de la légalité constitutionnelle. »

Mais, selon M. Landry, créer un CRTC québécois avant l'accession à la souveraineté «serait inimaginable sans briser la légalité constitutionnelle, et nous n'avons pas l'intention de le faire. Quand on va quitter [le Canada], ce sera pour de bon, et légalement», a dit M. Landry.

Dans une telle perspective, quelle différence faites-vous entre dénoncer la constitution du Canada que le Québec n’a jamais acceptée et se comporter dans les faits comme s’il en était le signataire?

Faire l’indépendance, c’est sortir du Canada. Sortir du Canada signifie que la constitution canadienne ne s’applique plus sur le territoire du Québec. En conséquence, le peuple québécois devra décider de sa nouvelle constitution.

En 1996, le gouvernement fédéral a demandé à la Cour suprême du Canada un avis sur la sécession du Québec. Les juges ont rendu leur décision le 20 août 1998. Puis, en juin 2000, la Chambre des communes a adopté la loi C-20 sur la clarté référendaire.

À la lumière de vos prises de position de dimanche dernier et rapportées dans Le Devoir, est-ce que nous devons comprendre que vous avez l’intention de respecter la loi C-20 sur la clarté référendaire, ainsi que le renvoi à la Cour suprême sur la sécession du Québec? Quel mandat avez-vous l’intention de solliciter des Québécois lors de la prochaine élection?

Il faut demander à la population du Québec un mandat clair pour réaliser l’indépendance. Aussitôt élus, nous pourrons ainsi enclencher un processus menant à l’indépendance.

Veuillez agréer, Monsieur le Chef de l’opposition officielle, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Le député de l’Assomption,

Jean-Claude St-André

c.c. Tous les députés et députées de l’opposition officielle
La Tribune parlementaire




M. Landry, êtes-vous prêt à prendre cet engagement?

Jean-Claude St-André, député de l’Assomption
TRIBUNE LIBRE 24 mars 2005

Monsieur Bernard Landry
Chef de l’opposition officielle
Hôtel du Parlement
1045, rue des Parlementaires
2e étage, bureau 2.94
Québec (Québec) G1A 1A4

Monsieur le Chef de l’opposition officielle,

Lors de votre passage à Trois-Rivières à l’occasion du congrès régional de notre parti, vous avez dit : « les gens qui ont des enfants dans les écoles, ils veulent entendre parler de souveraineté et d’enfants dans les écoles, alors on ne peut pas faire une campagne électorale désincarnée, et une élection c’est une chose globale. »

Que devons nous comprendre d’une telle affirmation? Que la souveraineté est une chose désincarnée? Que l’indépendance n’est pas un enjeu global? Que l’indépendance n’est qu’une question sectorielle? Que le Québec peut encore se gouverner avec les moyens réduits que nous laisse le Canada et que nous pourrons prétendre faire mieux que les libéraux pour ce qui est de gérer les compressions et de reporter les projets nécessaires?

La souveraineté permettra aux Québécois d’agir pour améliorer concrètement notre qualité de vie! Pour les enfants dans les écoles! Pour nos ainés! Pour les femmes! Pour sortir les pauvres de la pauvreté! La souveraineté pour la santé! Et non pas la souveraineté ou la santé comme Jean Charest vous a déjà fait l’injonction de choisir…

Votre déclaration a suscité de nombreuses réactions de la part de militants et militants de tout le Québec qui y ont vu une façon de minimiser la place de la souveraineté dans la prochaine campagne électorale. Ils ont eu l’impression que le Parti Québécois s’en tiendrait encore à une approche de « bon gouvernement » et que le mandat qu’il sollicitera sera celui de s’engager à tenir éventuellement un référendum au lieu de s’engager à réaliser l’indépendance pour enfin pouvoir mettre en œuvre le projet de pays. Ils ont eu l’impression que votre déclaration constituait l’interprétation que vous donnez à ce que devrait être le mode d’accession à l’indépendance : le retour aux conditions gagnantes créées par une bonne gestion de la pénurie de nos moyens.

Pour tous les militants de ce parti, il est primordial que le chef du parti donne un message clair quant au sens du mandat que nous solliciterons. Il est essentiel que notre position établisse sans détours que nous voulons diriger le Québec pour le remettre en mouvement et le diriger vers la pleine maîtrise de son destin.

Nous devons donc présenter à la population un programme de pays dont la réalisation commencera à se matérialiser dès le lendemain de l’élection. Comme je vous le disais dans une autre lettre – malheureusement restée sans réponse - ce programme devra nécessairement être clair et concis. Une fois élus, nous aurons toute la légitimité nécessaire pour mettre en œuvre notre programme de pays et ce, dès la prise du pouvoir ! Le gouvernement national du Québec agira chaque jour pour construire la société humaine, généreuse, libre et prospère que nous voulons. Il faudra se comporter en gouvernement national, c’est-à-dire en gouvernant de façon à ce que le Québec se rapproche un peu plus chaque jour de sa pleine et entière autonomie politique et économique, c’est-à-dire en gouvernant de façon à améliorer chaque jour la qualité de vie des citoyens et des citoyennes. Il faut être concret et cohérent en légiférant pour assumer toutes les responsabilités dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’environnement, de la culture, de la famille et de la démographie. Il faut être prêt à agir pour construire une véritable démocratie participative, pour éradiquer la pauvreté, pour mettre le développement économique au service des citoyens et pour démocratiser les institutions mondiales actuellement au service des firmes transnationales.

Moi, je suis prêt à demander à la population du Québec un mandat clair pour réaliser l’indépendance du Québec. M. Landry, êtes-vous prêt à prendre cet engagement? Etes-vous prêt à dire comment, par quels gestes vous dirigeriez un gouvernement national?

Veuillez agréer, Monsieur le Chef de l’opposition officielle, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Le député de l’Assomption,

Jean-Claude St-André

c.c. Tous les députés et députées de l’opposition officielle
Les journalistes de la Tribune parlementaire MARTIN, LANDRY : SIMILITUDES ET DIFFÉRENCES Voici deux politiques dont les itinéraires se ressemblent beaucoup. Deux bons ministres des finances sans doute, mais dont on a exagéré les mérites : Martin a mis fin aux déficits fédéraux, mais en étranglant les provinces; Landry a réussi le même exploit, mais en coupant dangereusement dans les services essentiels de l’État. Martin a commencé de rembourser la dette (ce que Landry n’a pas pu faire), mais en détournant les 45 milliards de la caisse-emploi, un exploit qui devrait figurer au grand livre des records Guiness! Deux ministres des finances forcés à une longue attente avant de voir réalisée leur ambition de devenir le chef; à la différence, cependant, que Landry est demeuré un loyal soldat, tandis que l’autre a joué sans vergogne les Brutus. Tous deux réussirent, toutefois, à s’éviter une lutte à la chefferie en écartant leurs rivaux, mais en sacrifiant la stimulation idéologique dont leurs partis avaient grand besoin. Rendus au pouvoir, l’un et l’autre se révélèrent de grandes déceptions, incapables qu’ils furent d’incarner ni le renouveau, ni une constance ferme dans la poursuite d’un idéal rassembleur, s’enlisant plutôt dans les grands et petits scandales du copinage des « friendly » ou des « family compacts », de l’incurie administrative et, à Ottawa, des malversations occultes honteusement justifiées par la raison d’État (i.e. sauver le Canada des barbares séparatistes). Comme Martin n’eut que six mois pour ne pas faire ses preuves comme premier ministre, les Canadiens lui accordèrent une seconde chance, mais sous condition minoritaire. Son parti, cependant, lui pardonnera-t-il la zizanie qu’il sema dans ses rangs et la dilapidation d’un capital politique élevé, ramené à sa plus simple expression? Bernard Landry, lui, eut deux bonnes années pour se montrer à la hauteur du défi que lui lança Lucien Bouchard en partant. Celui de faire mieux pour faire avancer la cause stagnante du souverainisme. Mais il s’affaira plutôt à ne rien faire d’autre que d’annoncer à répétition la nouvelle date du grand soir, heureusement sans jamais en préciser l’heure. D’aucuns vont même jusqu’à lui reprocher d’avoir sacrifié la souveraineté à l’entêtement de fusions municipales forcées et inopportunes. Si bien que les prophètes de malheur annoncèrent la possible disparition du PQ ou, du moins, son évanescence devant l’ADQ et le nouveau sauveur de la patrie épuisée. Mais, lorsque celui-ci se révéla un faux vrai messie et le peuple lui préférant un vrai faux messie, Landry réussit de justesse à éviter une ignominieuse défaite et sauva la meubles en conservant un gros 33% du vote, le plus bas depuis 1973. Après avoir refusé à Landry en 2003, une deuxième chance, si minoritaire fut-elle, est-il possible que le peuple lui accorde in extremis une troisième chance en 2007, quarante ans après la fondation du PQ, et pour la seule raison que Charest est décidément un trop mauvais premier ministre? Je partage l’opinion que le rédacteur en chef du Devoir, Jean-Robert Sansfaçon, a exprimé dans un éditorial du 9 juin 2004 : « Ces rapports (de la vérificatrice générale sur la SGF et le prolongement du métro vers Laval), aussi sérieux qu’accablants à l’endroit du Parti québécois, laisseront des cicatrices. D’ici aux prochaines élections, le parti ne pourra pas faire l’économie d’une remise en question de l’équipe qui a dirigé le Québec pendant deux mandats consécutifs. » Marc Brière 5154 Notre-Dame-de-Grâce Montréal (Québec) H4A 1k5 Tél : (514) 488-6846 Téléc :(514) 948-5747 Courriel : d_letourneux@hotmail.com




Cap sur la souveraineté :
Gilles Duceppe estime que 2005 sera une année charnière pour le mouvement

Stéphanie Martin
Le Soleil dimanche 20 mars 2005

Le contexte politique et social actuel est un terreau fertile pour la souveraineté du Québec. "2005 sera une année charnière pour le mouvement souverainiste."

C'est l'opinion du chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui s'est adressé hier aux militants réunis en congrès régional à Québec. M. Duceppe a insisté sur l'importance de mettre la souveraineté au coeur du débat public.

"Dans les sondages, la souveraineté se maintient à des niveaux jamais connus sauf lors des référendums ou à l'époque du lac Meech", dit-il. À Québec, les libéraux ont réussi à faire l'unanimité contre eux, à Ottawa, il y a un sérieux manque de transparence avec le scandale des commandites, ajoute-t-il. Autant de facteurs qui font croire à Gilles Duceppe que la table est mise pour faire avancer l'idée de l'indépendance.

D'ailleurs, les militants sont à apporter des idées à la proposition principale intitulée Imaginer le Québec souverain, qui sera adoptée lors du congrès national du parti en mai prochain. "Il faut reprendre l'initiative", a martelé le chef, qui estime que depuis 1995, bien des choses ont changé, dessinant un contexte favorable au message des souverainistes.

D'abord, les finances publiques ont été assainies. Ensuite, les relations avec les peuples autochtones se sont améliorées. Puis, la mondialisation joue en la faveur du Québec, qui a les ressources pour tirer son épingle du jeu, estime M. Duceppe. "Mais la souveraineté ne nous tombera pas dans les mains, a-t-il nuancé. Il faut s'y préparer". Ce qu'il faut surtout, c'est faire passer le message dans la population. Expliquer aux gens ce que le Québec pourrait accomplir s'il contrôlait les ficelles qui sont tenues par Ottawa en matière d'immigration et d'affaires étrangères, entre autres, poursuit-il.

Le Bloc est prêt

D'autre part, les délégués du Bloc travaillent depuis quelques semaines à préparer la machine au cas où une élection surviendrait. "On est prêt à affronter l'électorat", a confirmé le président régional, Jean Roy.

"C'est une année importante. Le Bloc et le Parti québécois tiennent leur congrès", ajoute M. Duceppe, qui réitère son appui à Bernard Landry pour mener le Québec à la souveraineté. "Mais d'abord, le PQ devra reprendre le pouvoir au Québec. Le contexte est plutôt bon", évalue-t-il.

SMartin@lesoleil.com




Et pendant ce temps, du côté du PQ

Alain Dubuc
La Presse mercredi 23 mars 2005

Actuellement, toute l'attention est tournée vers le gouvernement Charest. Et c'est bien normal, puisque que les décisions de ce gouvernement, ou souvent ses erreurs, sont au coeur du débat politique, à commencer par la mobilisation monstre des étudiants contre la réforme des prêts-bourses.

Mais pendant ce temps-là, personne ne s'occupe trop de ce qui se passe du côté de l'opposition officielle. Personne ne scrute de très près les déclarations et les prises de position de ses ténors. Pourtant, si on regarde de plus près, les thèmes, l'approche, le ton des sorties des porte-parole de l'opposition du Parti québécois et de son chef Bernard Landry permettent de déceler un pattern assez visible de radicalisation du Parti québécois. Ce glissement se manifeste dans une foule de dossiers. En voici quelques exemples.

L'odieuse annonce de la fermeture du Wal-Mart de Jonquières. Bernard Landry, premier aux barricades, a appelé à un boycott: " Je respecte les choix individuels. Mais le mien est fait. Je n'irai pas. " Mais au-delà de la grandiloquence du geste, le chef péquiste a envoyé un drôle de message. En encourageant la FTQ à contester la position de Wal-Mart, il ajoutait: " On a un Code du travail exemplaire. Non seulement la lettre, mais l'esprit doivent en être suivis par tout le monde. "

Ce code exemplaire, c'est celui qui permet de syndiquer une entreprise sans un vote majoritaire des employés, seulement en faisant signer des cartes. Une disposition si unique que l'hebdomadaire britannique The Economist l'a expliquée à ses centaines de milliers de lecteurs à travers le monde. Est-ce le message que Bernard Landry, s'il redevient premier ministre dans deux ans, veut envoyer à travers le monde?

Du côté économique, le chef péquiste annonce un renforcement des gestes qui ont été l'un des héritages contestables de son gouvernement. La Gaspesia? Il ne regrette rien: " Je reprendrais la même décision d'intervenir ". Il demande au gouvernement libéral de poursuivre son oeuvre: " Il faut être solidaire avec la Gaspésie et trouver les investissements nécessaires à la relance de l'usine ", a-t-il persisté, il y a quelques semaines. Il propose même une approche similaire au Saguenay suite à la cruelle fermeture de l'Abitibi-Consol à Port-Alfred: " L'opposition officielle va appuyer les travailleurs pour qu'un projet de relance voit le jour. "

En énergie, le PQ, qui a décrété un gel des tarifs d'électricité en 1998, défend encore la même politique dans un contexte radicalement différent, où les surplus sont disparus, où la pénurie est possible, et où les prix de l'énergie explosent. Mme Rita Dionne-Marsolais dénonce donc les hausses de tarifs approuvées par la Régie de l'énergie, réclame des mesures d'atténuation, et clame: " Le mépris dont fait preuve le gouvernement Charest à l'égard des Québécoises et des Québécois est inacceptable. " " Les groupes ayant été entendus à ce jour à la commission parlementaire sur l'avenir et la sécurité énergétique ont indiqué leur total désaccord quant à l'abolition du bloc patrimonial ", lance-t-elle, sans dire un mot des spécialistes consultés qui, unanimement, contestent le principe du gel. Notons l'absence de recul critique envers les " groupes ".

Même chose du côté des PPP. On ne s'attend pas à ce que l'opposition appuie sans réserves cette approche, mais un parti qui a exercé le pouvoir et qui l'exercera sans doute encore a une obligation de retenue. Mais Sylvain Simard, qui fut pourtant président du Conseil du trésor, est déchaîné. " On ne reconnaîtra plus le Québec et on aura une carte de crédit loadée pour les 30 prochaines années ", prévient-il en ajoutant qu'on verra émerger des " prisons américaines, des écoles françaises et des hôpitaux asiatiques ".

Ce qu'on sent, c'est un glissement qui amène le PQ à être plus à gauche qu'il ne l'a été depuis un quart de siècle, pas dans le sens de l'innovation et de la modernité, mais plutôt dans celui dans l'attachement aux vaches sacrées que le Québec a multipliées depuis quelques décennies. Une tendance à se coller au mouvement syndical et à la mouvance des groupes dits progressistes qui semble confirmer l'existence de ce que j'ai récemment appelé la coalition syndicalo-péquiste.

Pourquoi? Sans doute par calcul politique, pour appuyer les mouvements de contestation du gouvernement Charest. Mais certainement aussi en raison de l'influence de Bernard Landry, obsédé par le risque que le PQ soit débordé sur sa gauche, et sans doute nostalgique des années soixante.

Un phénomène qu'il faut regarder de plus près car, si la tendance se maintient, les chances sont fortes pour que le Parti québécois forme le prochain gouvernement dans un peu plus de deux ans.

adubuc@lapresse.ca




Ah, si les péquistes savaient...

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 23 mars 2005

Reculez votre horloge d'un peu plus de neuf ans. Lucien Bouchard vient de succéder à Jacques Parizeau. Jean Chrétien le croit capable de tout. C'est la panique à Ottawa. La toute-puissante administration fédérale se lance dans le financement des Festivals de la patate. N'y connaissant rien, elle sous-contracte l'affaire à un ancien caporal de l'armée canadienne. Le juge Gomery n'a pas fini de vous expliquer ce qui est advenu...

2005 : c'est le même état de panique dans la capitale nationale, mais on n'a encore rien trouvé pour mettre fin au dangereux glissement du Canada vers l'abîme. Je connais bien mon "Reste du Canada" - Preston Manning me fit même l'honneur de m'en féliciter dans ses Mémoires - et je peux vous dire que c'est le temps d'en profiter. Ne laissez pas passer l'occasion car après : "il n'est rien de plus mesquin que le poltron revenu de sa peur", disait fort justement Pierre Elliott Trudeau.

Mais d'où vient donc le sentiment de panique de l'autre Canada ? D'aucuns ne sont plus certains de la réélection de Jean Charest. D'autres le jugent un peu trop crypto-séparatiste à leur goût. Dire que ce sont ces gens-là qui l'ont imposé au Parti libéral du Québec !

La couverture du magazine The Wallrus de février 2005 - un mensuel pseudo-intellectuel de Toronto - en dit long sur le désarroi du pays. À côté d'une photographie de 1968 de Pierre Elliott Trudeau - toujours bon vendeur en kiosque - s'étale un titre évocateur : "Quebec is gone - Martin shatters Trudeau's dream". Ai-je vraiment besoin de traduire ? Puis hier, dans La Presse et The Globe and Mail, l'ancien premier ministre social-démocrate de l'Ontario, Bob Rae, y va de ses incantations : "Le premier ministre Charest ira en élections dans deux ans. Sa défaite replongerait le pays tout entier dans le bourbier séparatiste." Tiens, tiens ! On commence à échafauder des scénarios de catastrophe de l'autre côté de la rivière des Outaouais...

L'analyse du Wallrus date un peu : elle fut écrite dans la foulée des dernières Conférences des premiers ministres, en particulier celle sur la santé de l'automne 2004. D'où cette impression que "Martin est en train de vendre la baraque..." Écrite par Allan Gregg - le sondeur préféré de Brian Mulroney qui a vécu les sagas des Accords du lac Meech et de Charlottetown - elle emprunte son vocabulaire à celui qui décrirait une autopsie.

Selon Gregg, Jean Charest et son cheval de Troie qu'est le Conseil de la fédération, entraînent le pays dans une sorte de "fédéralisme à-la-Frankenstein où le Canada finira réduit à une mosaïque de morceaux inégaux les uns par rapport aux autres." Et il ajoute : "Cette vivisection du pays ne surviendra pas du jour au lendemain mais, comme on répète au Québec depuis des lustres, elle finira par arriver "une étape à la fois"."

En bref, Allan Gregg est furieux que Paul Martin se soit laissé entraîner sur la voie du fédéralisme asymétrique. Étant donné que tout ce que le Québec obtient, les autres provinces pourront s'en réclamer, le Canada va tout droit à l'éclatement. Trudeau s'est battu toute sa vie contre le chantage de ses homologues provinciaux. "L'accord sur la santé représente un encouragement, non seulement pour un maître chanteur, mais pour 10 à la fois...", grogne le sondeur.

Ainsi, ce Jean Charest, qui a été envoyé à Québec comme le Messie qui nous sauverait de la séparation, est en train de négocier la souveraineté-association à la pièce : "Il ne nous reste plus à attendre que le prochain accord parallèle pousse le Québec encore un peu plus près de l'indépendance."

Wow ! Voilà Jean Charest devenu séparatiste et les péquistes ne s'en seraient point aperçus. Davantage lucide, Bob Rae lance un véritable appel au secours aux conseillers de Paul Martin : "Jean Charest doit pouvoir mener sa campagne sans avoir à rougir d'être fédéraliste. Cela signifie que le fédéralisme canadien, de son côté, devrait avoir moins de choses à se faire pardonner..."

Quelles turpitudes du fédéralisme Bob Rae évoque-t-il donc ? Celles exposées à la Commission Gomery ? Maintenant qu'il n'est plus premier ministre et qu'il fait dans les think tanks de l'unité canadienne, Bob Rae se pose en champion du déséquilibre fiscal et d'un meilleur arrangement pour les provinces et les villes. En bref, "le refus (du gouvernement fédéral) de s'attaquer à la profonde disparité entre les besoins, les responsabilités et l'argent nourrit un mécontentement qui est plus qu'une légère insatisfaction."

Bob Rae se rassure en pensant que "sur la question de l'unité nationale, les nombres sont passablement tranquilles." Mais il a faux sur toute la ligne, commente Bernard Landry à qui cet article n'a pas échappé. "Il commet l'erreur de penser que l'indépendance est seulement une question d'argent, dit-il. Et sur la question des nombres, ils bougent : plus d'un million de jeunes n'ont pas voté au dernier référendum, mais voteront au prochain, les enfants de la loi 101 voteront différemment de leurs parents, et l'appui à la souveraineté se maintient entre 45 et 50 %..." Serait-ce dans la poche ?

Bob Rae trouve que Jean Charest n'est pas assez combatif : "Il devrait prendre garde de ne pas alimenter la cause souverainiste par son langage et ses arguments, prévient-il. Il est à son meilleur (...) quand il place les séparatistes sur la défensive..." Ce serait plutôt le contraire en ce moment !

Manifestement, Bob Rae et Allan Gregg n'ont pas le même sens du fédéralisme canadien ni du rôle du Québec et de son premier ministre dans son évolution. Mais leurs propos dénotent un sentiment commun d'inquiétude. "La crainte de Dieu étant le commencement de la sagesse", c'est le temps de passer à la caisse, M. Charest. Il ne manque pas de factures impayées dans le contentieux entre Québec et Ottawa.

Dire que les péquistes, contrairement aux Cassandre de l'autre Canada, ne se sont pas rendu compte de leur fortune ! Bientôt, la séparation du Québec pourrait les prendre par surprise et se faire sans eux...

Mvastel@lesoleil.Com