L'homme à la voix douce

Alain Dubuc
La Presse vendredi 1 avril 2005

Le congédiement par le premier ministre Jean Charest de son ministre des Finances, Yves Séguin, et son remplacement par Michel Audet a été fortement dénoncé par l'opposition. Essentiellement parce que l'on estimait que le gouvernement libéral perdait ainsi son ministre le plus combatif et son rempart le plus solide contre les abus du gouvernement fédéral.

Le message, en fait, c'est qu'un ministre comme Yves Séguin, une grande gueule, au nationalisme plus vibrant, prompt à dénoncer le fédéral devant les micros, défendrait mieux les intérêts du Québec qu'un ministre comme Michel Audet, un homme à la voix douce, plus porté vers les négociations et le travail de coulisses.

Cette thèse repose sur une conception assez superficielle des relations entre gouvernements et surtout, sur une incompréhension de la nature même du déséquilibre fiscal.

Le Québec, comme les autres provinces, a deux contentieux financiers majeurs avec le gouvernement central, deux dossiers liés, mais bien différents. Le premier, c'est la péréquation, ce programme de transfert entre les provinces riches et les provinces pauvres pour aider celles-ci à offrir la même qualité de services. Un programme qui doit être repensé, mais dont l'équilibre fragile a été rompu par une entente particulière entre le gouvernement Martin et Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse, pour exempter leurs revenus pétroliers du calcul de la péréquation. Une décision arbitraire qui affecte la légitimité du programme et favorise la surenchère et le chacun pour soi.

L'autre dossier, plus fondamental, c'est celui du déséquilibre fiscal, un terme inventé au Québec et que le premier ministre Paul Martin accepte mal, qui décrit pourtant une réalité, le fait que le gouvernement central dispose d'une importante marge de manoeuvre financière tandis que les provinces ont le plus grand mal à mobiliser les ressources nécessaires pour s'acquitter de leurs obligations.

Une situation relativement récente qui s'explique en partie par l'impact négatif sur les finances des provinces de la lutte au déficit fédéral, par les fruits d'une saine gestion, mais aussi par le hasard qui a voulu que les postes de dépenses qui explosent sont de ressort provincial, comme la santé et l'éducation. Le problème est assez aigu pour souhaiter un nouveau partage des ressources entre le gouvernement central et les provinces et la correction d'une situation qui pervertit l'esprit du fédéralisme.

L'erreur que l'on fait au Québec, c'est de voir ce problème comme un problème québécois, un autre contentieux Ottawa-Québec, une autre manifestation de l'incompréhension et de la mauvaise foi du gouvernement central où le Québec est une victime.

Ce n'est absolument pas le cas. Il est vrai que le Québec a été la première province à aller au front sur cette question, entre autres avec la commission présidée par M. Séguin. Mais dans les faits, cette réalité affecte toutes les provinces et les frappe toutes à peu près de la même façon. Toutes les provinces, à part l'Alberta, ont du mal à joindre les deux bouts, et toutes souhaiteraient mettre la main sur les ressources qui se retrouvent dans la capitale fédérale. Si le Québec est plus combatif, ce n'est pas parce qu'il est traité plus injustement, mais parce que sa situation financière est plus précaire, notamment à cause de son fort endettement.

Et quelle est la meilleure façon de résoudre un problème qui touche toutes les provinces? C'est de travailler ensemble pour bâtir un front commun. C'est ce qui est maintenant possible. On a pu noter, par exemple, que le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, a réclamé sa part des surplus fédéraux. Le député bloquiste Yvan Loubier s'en est inquiété et y a vu le signe que le vacuum laissé par Yves Séguin permettait à l'Ontario de damer le pion au Québec. On doit au contraire y voir le fait que l'Ontario fasse la même analyse que le Québec permet de jeter les bases d'un rapport de forces favorable.

Ce genre d'approche exige de la finesse politique plutôt que de la ferveur, une connaissance des provinces mais aussi une connaissance du fédéralisme. Ce n'est pas en traitant le ministre des Finances fédéral de Dracula que l'on fera avancer le Québec.

Entre autres, les provinces, qui reluquent les surplus fédéraux, ont souvent tendance à surestimer ces surplus et à croire que ceux-ci leur reviennent de droit. Il faut accepter que le gouvernement central, surtout s'il cesse ses empiétements dans les champs de compétence provinciaux, a des objectifs louables et des besoins légitimes.

Dans ce genre de processus, dont le succès reposera sur une entente entre les provinces, les talents de Jean Charest, qui s'était distingué dans l'entente sur la santé, sont précieux. Tout comme ceux de Michel Audet, un homme de dossiers plus porté à la négociation que vers la théâtralité.

Adubuc@lapresse.ca




Étrange, en vérité

Jean Dion
Le Devoir samedi 2 et dimanche 3 avril 2005

(Extrait) Le gouvernement Charest s'est réjoui hier des décisions de la Cour suprême du Canada relatives à la loi 101, la première confirmant l'interdiction pour les francophones d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise et la seconde avertissant que l'interprétation de la loi devra être plus souple en ce qui concerne les droits des anglophones du reste du Canada établis au Québec.

«Si cet important pan de la loi avait été invalidé, nous aurions été dans le gros trouble en raison d'une question fondamentale», a déclaré un premier ministre du Québec alors qu'il participait à une manifestation d'opposition aux manifestations contre lui. «Alors que là, nous avons tout le loisir de nous mettre dans le gros trouble en raison d'une question secondaire.»

Le premier ministre, qui a requis l'anonymat, a expliqué qu'il ferait tout en son possible pour que pas une journée de 2005 ne passe sans que son gouvernement soit dans le gros trouble. «Avant, on se mettait dans le gros trouble avec des grosses affaires, genre les défusions, a-t-il dit. Mais maintenant, on sait qu'on peut le faire avec de petites choses. Les écoles juives, ç'aurait dû passer inaperçu. Idem pour les prêts et bourses, on aurait pu facilement trouver une solution de compromis peu coûteuse. Et alors que tout le monde se fout du déficit, on l'a divisé par cinq pour être certains que le vérificateur général nous pince.»

Il a reconnu que l'aspect «clause Canada» de la loi 101 sur lequel s'est penchée la Cour suprême est mineur et ne devrait toucher que quelques individus, «mais avec un peu de chance et en gérant le dossier tout croche, ça va dégénérer en scandale et en protestations massives. Quand ce sera le cas, nous serons prêts».

(...)




Réforme en panne

Jean-Michel Demetz
L'Express lundi 4 avril 2005

Elu sur un programme libéral, mais désavoué par la rue, le gouvernement a remisé ses projets de modernisation de l'Etat

Au Québec comme en France, le camp de la réforme est en panne. Arrivé au pouvoir il y a deux ans, le gouvernement provincial du libéral Jean Charest est englué dans l'immobilisme et l'impopularité. Elus sur un programme de réforme de l'Etat inspiré de la politique mise en _uvre avec succès, au niveau fédéral, les libéraux québécois peinent toujours à présenter leur plan d'amaigrissement de l'administration et de contrôle de la dépense publique, comme s'ils redoutaient l'épreuve de force avec les syndicats.

Le bilan du cabinet Charest, soumis à la pression de la rue ou de groupes particuliers, se caractérise surtout, pour l'heure, par des reculs successifs sur toutes les mesures controversées: la dernière en date, portant sur des coupes dans les bourses universitaires, jette sur le pavé, depuis un mois, 180 000 étudiants grévistes, gagnés par un prurit gauchiste. L'opposition péquiste a beau jeu de dénoncer l'amateurisme d'un gouvernement divisé et hésitant, incapable de présenter à temps, la semaine dernière, son projet de budget: du jamais-vu depuis soixante ans!

Au même moment, le vérificateur général - l'équivalent de la Cour des comptes - dénonce les artifices comptables: le montant réel du déficit public provincial serait cinq fois plus élevé. Faute de pédagogie claire, il reste à convaincre l'opinion québécoise de l'urgence de réformer un modèle d'Etat providence au financement de plus en plus hasardeux.





Sondage Crop-La Presse- 98,5

Les Québécois répudient Charest

Denis Lessard
La Presse jeudi 7 avril 2005

80 % des Québécois estiment que, contrairement au slogan du PLQ, Jean Charest et son équipe n'étaient pas prêts à gouverner, une impression partagée par 58 % de ceux qui ont voté libéral il y a deux ans.

Les libéraux de Jean Charest n'étaient pas du tout «prêts à gouverner» en dépit de leur slogan de 2003. Pire encore, ils n'ont pas répondu aux attentes, ni trouvé les solutions qu'ils promettaient au moment de la campagne électorale.

Ces constats sont faits par la maison CROP dans le cadre d'un imposant sondage, commandé par La Presse, les journaux du groupe Gesca de même que par la station montréalaise 98,5.

Pour établir cette photo détaillée de la perception des électeurs à mi-mandat du gouvernement, CROP a interrogé 1008 personnes du 17 au 30 mars derniers; cette enquête comporte une marge d'erreur de 3 points de pourcentage.

Selon Claude Gauthier, vice-président de CROP, «les libéraux sont en route vers la défaite avec de tels résultats.

Ils sont troisièmes chez les francophones, c'est pour eux catastrophique», souligne le sondeur. Sondage après sondage, la défaveur des électeurs à l'endroit du PLQ se confirme. «Ce sondage n'est pas un accident de parcours», poursuit-il.

Quand on leur demande comment le gouvernement Charest a répondu «aux attentes des Québécois qui voulaient du changement aux dernières élections», trois personnes sur quatre, soit 75 %, répondent «plutôt mal ou très mal». Pas moins de huit francophones sur 10 partagent cette impression.

De même, quand on leur rappelle le slogan du PLQ, qui soutenait que les libéraux étaient prêts à gouverner, 80 % des Québécois estiment que c'était faux, une impression partagée par 58 % de ceux qui ont voté libéral il y a deux ans.

Et, dur verdict pour l'équipe Charest, seulement 62 % des gens qui ont voté libéral il y a deux ans le referaient aujourd'hui, tandis que le PQ conserve 85 % de son vote de 2003 et l'ADQ, 90 %.

Autre gifle, CROP a vérifié si l'élection du PLQ avait été «une bonne ou une mauvaise chose pour le Québec». Ici, 58 % des gens - et 65 % des francophones - estiment que l'arrivée des libéraux au pouvoir a été néfaste pour le Québec, tandis que 35 % des gens pensent le contraire.

À environ deux ans du prochain appel aux urnes, les Québécois ne parient guère sur les chances d'une réélection des libéraux. Ainsi, 66 % des gens pensent qu'elles sont «mauvaises ou nulles», 31 % étant d'avis inverse.

Indice supplémentaire que tout ne tourne pas rond à Québec, une proportion importante de Québécois, 56 %, estiment que ce gouvernement a une performance inférieure à la moyenne par rapport aux précédents gouvernements. Seulement 6 % estiment qu'il obtient de meilleurs résultats.

Par rapport à ses promesses d'il y a deux ans, le gouvernement déçoit. Ainsi, 64 % des Québécois sont insatisfaits de sa performance économique, 68 % sont mécontents des services de santé, 71 % sont déçus quant aux réductions d'impôts et le verdict est encore plus sévère en éducation avec 74 % de verdicts défavorables. Fait à noter, le sondage a été mené durant la grève des étudiants.

On le savait, la décision de reculer sur le financement des écoles juives a fait recette et 61 % des personnes interrogées approuvent cette volte-face.

Mais pour d'autres décisions, le gouvernement paraît avoir tout faux. Soixante-quinze pour cent des gens disent donc non aux baisses d'impôts si elles entraînent des coupes dans les services publics. «Ce n'est pas la première fois que les gens disent non aux baisses d'impôts, on voyait les mêmes chiffres il y a un an», observe M. Gauthier.

Aussi, 69 % des gens sont insatisfaits des décisions relatives aux prêts et bourses et 53 % n'aiment pas la façon dont a été réglé le conflit à la SAQ. La décision sur l'emplacement du CHUM à Montréal est plus partagée : 42 % des gens sont défavorables au choix et 35 % l'approuvent, moins de 22 % des gens y restant indifférents.

La chute se poursuit

Les questions plus traditionnelles sur les intentions de vote et la satisfaction à l'endroit du gouvernement viennent confirmer la descente aux enfers du gouvernement, et montrent que le remaniement ministériel n'aura rien fait pour améliorer sa cote. En mars, 71 % des Québécois étaient insatisfaits du gouvernement, un bond de trois points sur le mois précédent. Inversement, la cohorte de ceux qui sont contents de la performance du gouvernement rétrécit encore et avec 27 %, on se rapproche du creux record de 25 % du printemps 2004. «L'insatisfaction est profonde et durable, 78 % des francophones sont mécontents », souligne Claude Gauthier.

Les intentions de vote laissent prévoir une victoire du PQ si des élections avaient eu lieu en mars. Quand CROP répartit les 10 % d'indécis, elle observe que le PLQ est à son plus bas niveau depuis les élections, à 30 %, devançant l'ADQ de deux points, mais devancé par le PQ à 39 %. Chez les francophones, avec 17 % des intentions de vote, les libéraux sont largement dépassés par le PQ (40 %) et l'ADQ. Avec 29 % du vote francophone, sa plus forte performance depuis les dernières élections, le parti de Mario Dumont fait une remontée importante de 6 points.





Sondage Crop-La Presse- 98,5

Un gouvernement en chute libre

Le Quotidien jeudi 7 avril 2005

CHICOUTIMI (IL) - Le gouvernement libéral du Québec et son chef Jean Charest sont en sérieuses difficultés. Et les problèmes qu'ils vivent se ressentent autant dans la région qu'ailleurs dans la Belle Province.

Les résultats d'un sondage CROP/La Presse/Le Quotidien publié aujourd'hui et portant sur le climat politique au Québec sont éloquents. Les citoyens sont mécontents des élus, de leurs décisions, de leurs promesses. Et à la lueur des réponses des citoyens de Montréal, de Québec et des régions, on constate que cette insatisfaction est généralisée.

Ainsi, même si les résultats ne sont pas répartis en fonction des répondants des régions, on peut déduire que les réponses des francophones, qui composent à presque 100 % la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean, représentent un bon indicateur du thermomètre de popularité du gouvernement en place.

Si des élections avaient eu lieu entre le 17 et le 30 mars, seulement 17 % des francophones auraient appuyé le Parti libéral du Québec (PLQ), mais ils auraient été 40 % à voter pour le Parti québécois (PQ) et 29 % pour l'Action démocratique du Québec (ADQ).

Il est également bon de noter que les appuis des francophones au PLQ fondent comme neige au soleil. Alors qu'ils étaient 30 % à accorder leur vote au PLQ entre le 2 et le 9 avril 2003, soit une semaine avant les élections qui ont eu lieu le 14, ils ne sont plus que 17 % entre le 17 et le 30 mars 2005. Le grand gagnant de cette débandade est l'ADQ, qui a augmenté ses appuis de 12 % (de 17 % à 29 %). Quant au PQ, son pourcentage est passé de 35 % à 40 %.

Mais il faut également souligner que même auprès des anglophones et des allophones, le PLQ a perdu des plumes. Après répartition des indécis, le sondage CROP montre que le PLQ n'obtient que 30 % des votes, contre 39 % pour le PQ et 28 % pour l'ADQ. Lors des élections d'avril 2003, ces trois partis avaient obtenu respectivement 46 %, 33 % et 18 % des voix.

On voit également que les citoyens des régions ne sont pas impressionnés par les réalisations du gouvernement en place. Ainsi, seulement 21 % d'entre eux auraient donné leur soutien au PLQ lors d'élections, alors que ce pourcentage est de 14 % à Québec et qu'il grimpe à 32 % à Montréal, là où on retrouve le plus de citoyens parlant une autre langue que le français.

Référendum

Évidemment, les difficultés du Parti libéral font pencher la balance du côté de ceux qui souhaitent la tenue d'un référendum pour déterminer l'avenir du Québec. À la question «Si un référendum avait lieu aujourd'hui sur la même question que celle qui a été posée lors du dernier référendum de 1995, c'est-à-dire sur la souveraineté assortie d'une offre de partenariat au reste du Canada, voteriez-vous Oui ou voteriez-vous Non?», 45 % des répondants se sont prononcés en faveur, contre 55 % contre. Lors des élections d'avril 2003, ils avaient été 62 % à s'opposer à la tenue d'un référendum alors que 38 % avaient répondu oui.

Rappelons que lors du référendum de 1995, le Non l'avait emporté avec 50,6 % des votes.




Jean Charest is toast

Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen, Thursday March 31, 2005

Students of government ought to turn their attention to Quebec City. It’s not every day one gets to see a government implode. That’s why the Liberal government of Premier Jean Charest is as interesting to political junkies as a supernova is to astronomers.

The attentive reader will have noticed a certain, most likely irreversible, slide in Mr. Charest’s approval ratings. The last year has been an unmitigated disaster, as a result of which various polls show only 25 to 30 per cent of Quebecers approving of the job he’s doing. And search as I might in the near- to medium-term future, I cannot see how Mr. Charest could be expected to turn things around. Barring a miracle, the Quebec premier is a political dead man walking.

Once again, his detractors will say, remembering his leadership of whatever was left of the old federal Tories after 1993 – from Charest to Clark to graveyard. Me, I can’t say I take particular pleasure in Mr. Charest’s fate. He is a kind and decent man; but I’m afraid he chose the wrong business.

In any case, he’s toast. Since he buckled in the face of criticism over a year ago by scaling back on his famous "re-engineering" plan, things have been going downhill, fast. And now, because the folks who don’t like what was in the Liberals’ party platform realize Mr. Charest can be forced to change his mind, they’re protesting even harder. To the point where his government is overwhelmed, nay, utterly swamped, and unable to make decisions without creating yet another public-relations nightmare.

Just in the last couple of weeks, the Liberal government has been virtually paralyzed by what the fashionable set refer to as "social unrest." Tens of thousands of students have been on strike since late February over a relatively minor change in the provincial student-aid program. Education Minister Jean-Marc Fournier is doing an OK job so far staring the kids down, but he’s not convincing the activists. Protests have begun to turn nasty (theology students staged a mock Passion scene on Good Friday – cute, huh?), blocking traffic and "occupying" offices. They will not give up, because they know the government will eventually cave in.

Other protesters are just as offensive as the students in their opposition to public-private partnerships (PPPs), which the government is trying to promote. Earlier this month, Treasury Board President Monique Jérôme-Forget was prevented from delivering a speech on PPPs to a Montreal business audience by some 30 protesters who shouted her down.

Oh, did I mention the story of Louis Pichette? One of Mr. Charest’s aides, he was identified as one of the liberal organizers reportedly connected to the sponsorship program and resigned earlier this month.

There are other problems, too. Starting with the province’s auditor general revealing last week that the real government deficit was $1.3 billion, instead of the $358 million the government claimed. Something to do with creative accounting of a kind strangely similar to what the Parti Québécois used to drop a $4.3-billion "surprise deficit" on the incoming Liberals in 2003. Oops.

As for the upcoming budget, I’m sure Mr. Charest would like to make good on his campaign promise to cut taxes by $1 billion a year. But I won’t be holding my breath. Instead, I expect new spending for families disguised as "tax relief" just like last year.

No, things aren’t going well. But there’s worse: Mr. Charest is resorting to nationalist-sounding demands for and end to the so-called "fiscal imbalance" and a stronger role for Quebec on the international stage. That’s as likely to help him as Meech Lake helped his Liberal predecessor, Robert Bourassa.

The only positive story recently was the decision, finally, to build the French-language teaching hospital downtown on St-Denis Street at the site of the current St-Luc Hospital, and not in Outremont, closer to Université de Montréal. At least, it’s good that the decision was finally made. But poor Jean Charest was in favour of the Outremont site, and was outmanoeuvred by his Health Minister, Philippe Couillard, who was pushing for the downtown site. Oh dear.

The Liberal Party is not prone to undisciplined outbursts and spectacular coups. But Jean Charest is widely seen as a liability, and there’s an obvious candidate to replace him: Mr. Couillard, who is not nearly as unpopular as Mr. Charest and who has done nothing to discourage rumours he’s interested in trying his hand at running the province.

If you’re curious to see what an imploding government looks like, I suggest you turn your attention to Quebec City. You may not have long to wait for a flash, and then darkness.




Don’t blame anglos for this

Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen, Thursday April 7, 2005

Quebec Premier Jean Charest was probably very relieved the Supreme Court didn’t strike down Bill 101 last week. It saved him from a nasty linguistic crise majeure. Now he can get back to putting out fires elsewhere, like appeasing the province’s students (the government already agreed to re-instate most of the $103-million in bursaries) and doing his best to distance himself from the sponsorship scandal. But do not think the linguistic blaze is extinguished.

Reactions to the Supreme Court ruling mostly ranged from bof to on s’en fiche. A handful of the usual suspect zealots ranted about an unprecedented affront to Quebec’s most indispensable law by a court "controlled" by non-Quebecers, quelle horreur. Others pointed to the likelihood of further legal challenges, given that the Supremes engaged in literary sociology more than, er, precise legal analysis when explaining how Quebec ought to apply Bill 101 to children moving to Quebec from other parts of Canada. But on the whole, I can’t say the ruling created many serious waves.

The ruling was unfortunate but predictable. Striking down the legislation that prevents francophone parents from sending their kids to public English-speaking schools would have created such a major crisis in Quebec that Mr. Charest would have had to use the Charter’s notwithstanding clause to continue applying Bill 101 regardless.

True, the Court did say the language legislation should be applied less severely to English-speaking kids moving to Quebec after having spent a few years in French-immersion programs outside Quebec. It’s welcome news for the parents of the estimated 150 kids affected by it every school year. But not very significant. At least, for now.

That doesn’t mean the future of the French language in Quebec is secure. And not because of les maudits anglais, no. Because of the pro-Bill-101 guys’ mindless intransigence when it comes to English.

For here is the little detail you might have missed: The latest challenge to Bill 101 was brought on not by wealthy English-speaking merchants still miffed over their banned apostrophes, but by ordinary, French-speaking parents desperate to give their children the opportunity to learn English. Some of these parents never had the chance to learn it, and believe their unilingualness cost them promotions and other missed business opportunities (imagine trying to increase your sales of, say, kitchen cabinets, when you can’t communicate with potential buyers outside Quebec).

It doesn’t matter whether these people are right or wrong; what matters is their determination to give their own children the chance they never had to study, work and do business with the rest of the continent. And the laws of Quebec make it difficult for them to do so.

Bill 101 says children have to attend French-language schools unless one of their parents received their education in English in Canada. For most Quebecers, it means no access to public English schools. Folks can always choose to send their kids to a private English school, but not everybody can afford it. There used to be a loophole in the law allowing parents to send their kids to public English schools after one year in a private English institution – and many took advantage of it even if it meant a few sacrifices elsewhere. But that loophole was plugged because it was seen as a threat to the French language and the province’s French visage.

Like countless other people, I sympathize with the desire to protect the French language from the threat of disappearing in North America. Indeed, it would be a real shame if it did – it’s one of the world’s most elegant languages. That’s why it’s important to work hard at keeping it alive by treating it well (start by speaking and writing it properly, mesays) and passing it along to future generations. And while I don’t support publicly-financed social programs in general, I can see why many would agree to see their tax dollars spent on programs encouraging francophone writers and artists, French classes for immigrants and so on. But trying to prevent people from learning English? That won’t do.

Not only is it futile (I hope I don’t need to explain the part about cable television and the Internet), it’s also bound to backfire. You can’t prevent parents from doing what they believe is best for their children, no matter how many obstacles you throw in their way. And the more difficult it gets, the more those who do manage to learn English are tempted to leave Quebec for less linguistically-intransigent climes and not look back.

So yes, the Supreme Court ruling saved Jean Charest from an immediate linguistic crisis. But it won’t save Quebec from an ever bigger one.





SONDAGE

Charest devrait passer le flambeau

Denis Lessard
La Presse vendredi 8 avril 2005

Bien mauvaise nouvelle pour Jean Charest: deux Québécois sur trois pensent qu'il ne devrait pas demeurer à la tête du Parti libéral du Québec pour les prochaines élections.

Selon un sondage CROP réalisé à la mi-mandat du gouvernement libéral pour le compte de La Presse, des journaux du groupe Gesca et de la station 98,5 FM, le premier ministre ne possède pas les qualités attendues d'un leader politique. Pire encore, il est de loin le chef politique québécois en qui les électeurs ont le moins confiance.

L'enquête, réalisée du 17 au 30 mars, auprès de 1008 personnes, est précise à 3 points de pourcentage près.

Ainsi, quand on demande ce que devrait faire M. Charest dans l'avenir, seulement 29 % des Québécois estiment qu'il doit demeurer à la barre du Parti libéral pour les prochaines élections.

Pas moins de 44 % des gens (et 48 % des francophones) soutiennent qu'il devrait «quitter la politique», et 19 % croient que l'heure est venue qu'il rejoigne le Parti conservateur fédéral.

Lorsqu'on demande aux Québécois en quel politicien ils ont confiance, M. Charest fait aussi piètre figure. Gilles Duceppe arrive premier, même s'il obtient un score partagé - 47 % lui font confiance, mais 43 % lui font peu ou pas du tout confiance.

Landry troisième

Le chef bloquiste est suivi par Mario Dumont, pour qui l'opinion est partagée, à 46 %. Le ministre Philippe Couillard obtient la confiance de 40 % des répondants, contre 34 % qui ne l'aiment guère. Dans son cas toutefois, 26 % des gens n'ont pas d'opinion. Le chef péquiste Bernard Landry arrive troisième avec un taux de confiance de 36 %- mais 60 % d'électeurs s'en méfient.

Ministre congédié le mois dernier, Yves Séguin arrive derrière, avec 35 % d'appuis (36 % des sondés s'en méfient et 29 % n'ont pas d'opinion). Bien que premier ministre du Canada, Paul Martin suit avec 29 % d'appuis.

Cruelle injure, Pierre Paradis, simple député, dépasse aussi celui qui l'a mis au rancart. Le député de Brome obtient en effet la confiance de 24 % des répondants- contre 41 % qui ne l'apprécient pas.

Finalement, on trouve Jean Charest, tout juste devant Monique Jérôme-Forget. Près d'un électeur sur quatre (23 %) lui font confiance, mais pas moins de 74 % des gens soutiennent qu'il ne leur inspire que «peu ou pas du tout confiance».

Pour Claude Gauthier, vice-président de CROP, « il y a clairement un sérieux problème de direction, de leadership avec M. Charest. Le courant ne passe pas, le lien de confiance n'a pas été établi », résume-t-il. Selon lui, théoriquement, M. Charest devrait bénéficier d'une prime auprès des électeurs puisqu'il occupe le poste de premier ministre.

Le PLQ dans l'ensemble «tire» plus que son chef dans l'électorat, même si les libéraux sont en chute libre.

Par exemple, 18 % des électeurs pensent que «le leadership, le chef» est la principale qualité du gouvernement Charest, et 25 % jugent au contraire que le manque de leadership est le principal handicap du gouvernement.

Quand on leur demande qui possède les qualités requises pour occuper le poste de premier ministre du Québec, Jean Charest arrive derrière ses deux rivaux. Ainsi, 48 % des gens pensent que Mario Dumont n'a pas les qualités requises, 51 % des répondants croient que Bernard Landry n'a pas ce qu'il faut, mais 66 % jugent que M. Charest ne possède pas les qualités pour occuper son poste.

Une seule qualité...

CROP a poussé plus loin quant à la perception qu'ont les électeurs du premier ministre Charest. Quand on évoque une liste de qualités associées aux chefs politiques, M. Charest paraît clairement mal-aimé. Pas moins de 80 % des sondés répondent « non » quand on leur demande si Jean Charest est «inspirant», 72 % jugent qu'il n'est pas «convaincant» et 63 % estiment qu'il n'est pas « compétent». De plus, il n'est pas «responsable» pour 53 % des électeurs, il est «distant, froid» selon 54 % des sondés et n'est pas un «homme d'équipe» pour 55 % d'entre eux. Seule qualité que lui accordent une majorité d'électeurs: la détermination (59 %).

Réagissant hier au premier volet du sondage publié hier, le ministre Claude Béchard a balayé d'un revers de main les chiffres de CROP, soutenant qu'avec le temps de plus en plus d'électeurs reconnaîtraient les réalisations du gouvernement. Il a également volé au secours de son chef: «Jean Charest sera l'homme qui va nous mener aux prochaines élections. C'est lui qui mène le Québec, le seul capable d'aller chercher davantage à Ottawa», soutient-il.




L'étoile de Jean Charest pâlit

Denis Dufresne
La Tribune (Sherbrooke, Qc) samedi 9 avril 2005

Un premier ministre en sursis?
"Je ne le donnerais pas battu, mais il n'est pas fort!" lance Jean-Herman Guay

NDLR: Dans la foulée du sondage CROP - La Presse - La Tribune réalisé à mi-mandat du gouvernement libéral et qui met en lumière les difficultés du premier ministre Jean Charest dans la perception populaire, La Tribune est allée aux réactions. À lire en A15 et A16.

Un premier ministre qui bat des records d'impopularité, un gouvernement incapable de "vendre" ses projets et de mettre de l'avant les réformes promises: les choses semblent aller de mal en pis pour les libéraux provinciaux.

Jean Charest serait-il un premier ministre en sursis?

"Je ne le donnerais pas battu, mais il n'est pas fort!" lance Jean-Herman Guay, politicologue à l'Université de Sherbrooke.

"Le Parti libéral du Québec est un parti de gestionnaires, de gouvernance de l'État. S'il fallait qu'à partir de l'automne les sondages soient encore mauvais, qu'il n'y ait pas de gain, par exemple dans le dossier du déséquilibre fiscal, le parti va peut-être conclure que M. Charest n'est plus le bon cheval", ajoute-t-il.

"D'autant plus que le ministre Philippe Couillard (Santé

performe très bien. Il réussit à mener ses dossiers tout en étant bon soldat. Ce n'est donc pas comme s'il n'y avait personne d'autre", signale M. Guay.

"Selon moi, analyse-t-il, Jean Charest dispose peut-être d'un délai de six mois à un an pour se réconcilier avec la société réelle, pour mettre de l'avant des politiques qui vont susciter un minimum d'enthousiasme. Et je pense que ce n'est pas impossible d'opérer ce changement-là".

D'ailleurs, prévient-il, "Jean Charest est un animal politique qui est à son meilleur lors des joutes décisives et, en ce sens-là, la situation où il se trouve va peut-être l'amener à rebondir".

Deux années décevantes

Chose certaine, après deux années au pouvoir, ce gouvernement qui avait promis de réduire les impôts et de rendre l'État plus efficace, n'a pas livré la marchandise, loin de là, en plus de sembler incapable de mener à bien ses politiques.

"Non seulement ils ont eu plusieurs fois des politiques mauvaises, mais ils sont incapables de les défendre!" mentionne Jean-Herman Guay.

Celui-ci accorde toutefois une bonne note au gouvernement dans au moins trois domaines: l'épineux dossier des défusions, où l'ancien ministre Jean-Marc Fournier s'est somme toute bien tiré d'affaires, la santé, où la situation s'est sensiblement améliorée, et les relations avec le fédéral où le gouvernement Charest est parvenu à un accord sur la santé, sans compter le Conseil de la fédération.

Mais pour le reste...

"Lorsqu'il a été question de la sécurité à Hydro-Québec, du projet du Suroît ou de la réforme du mode de scrutin, par exemple, le gouvernement a été incapable de défendre ses dossiers. Il n'est pas responsable de tout, mais il incarne la responsabilité de l'État dans toutes ses ramifications", dit-il.

"Le dossier avec les jeunes est un autre exemple: ils ne saisissent pas les occasions, ne sont pas branchés sur la réalité! La coupe de 103 millions $ (dans les bourses d'étude), pas un éditorialiste leur a dit que c'était une bonne politique. Le remaniement ministériel aurait offert une belle porte de sortie pour dire "les 103 millions $, on va y repenser"", ajoute M. Guay.

"Ce niveau de décrochage avec la société atteint des proportions qui m'échappent!" laisse-t-il tomber.

Problème de communication

Le gouvernement libéral est aussi aux prises avec un sérieux problème de communication:

"Le parti, ce n'est pas seulement des gens qui prennent des décisions, il faut être capable de les communiquer et faire en sorte que ça plaise eu plus grand nombre, dans la plupart des cas", fait remarquer Jean-Herman Guay.

Comment expliquer un tel gâchis?

"D'abord, lorsque le PLQ prend le pouvoir, en avril 2003, il ne repose pas sur une base électorale stable. Avant les élections, c'était le Parti québécois qui menait et, avant lui, c'était l'Action démocratique", rappelle-t-il.

"On ne peut pas dire que l'équipe Charest était souhaitée, elle a gagné de façon conjoncturelle, ce qui explique que le désenchantement a été très rapide", analyse le politicologue, ajoutant que les divisions au sein du cabinet n'aident pas les choses non plus.

D'autre part, la culture politique du Québec n'est pas facile à changer, fait remarquer M. Guay.

"On a quelqu'un qui tente de la changer et qui n'y parvient pas. Le Québec a ses joueurs, syndicaux et autres, et c'est très organisé. Donc l'ampleur de la tâche qu'il s'est donnée de réduire les impôts et la taille de l'État explique en partie l'ampleur de l'échec", observe-t-il.

De plus, remarque le politicologue, "on voit que le Québec est en train de s'animer autour d'un débat gauche-droite; on s'aperçoit que M. Charest a ranimé une problématique de conflit social. Il aurait une fort mauvaise note quant à moi".




Le Québec n'était pas prêt non plus !

Michel Vastel
Le Soleil samedi 9 avril 2005

Si Jean Charest était un écolier, on lui donnerait sans doute un "C" ou un "D", mais tout de même pas un "E" ni un "F". Avec un peu d'effort, "il peut se reprendre", dirait le professeur. Mais en politique, on ne croit pas aux deuxièmes chances. Depuis plusieurs mois, le taux d'insatisfaction de même que les misérables intentions de vote en faveur du PLQ ne changent plus. Même le grand remaniement de février n'y a rien fait. Je laisse à d'autres le soin de dresser la liste des erreurs, trop nombreuses. Mais "le béton est pris", dirait le sondeur.

J'ai cessé de prédire à Jean Charest qu'il obtiendrait un deuxième mandat. Mais je ne peux pas dire qu'il ne le mérite pas. Un élément du sondage CROP de cette semaine est intéressant : 44 % des Québécois pensent qu'il devrait se retirer de la politique. Mais quand on additionne ceux qui veulent qu'il reste à la tête du Parti libéral du Québec (29 %) et ceux qui le voient plutôt à la tête du Parti conservateur du Canada (19 %), cela fait tout de même 48 % de ses compatriotes - la moitié en somme - qui le voient encore premier ministre !

Tel est le défi de Jean Charest : faire le plein de ceux qui croient en lui, à Ottawa ET à Québec, plutôt qu'à l'un OU à l'autre endroit. "Je suis capable de fermer les yeux et de me voir dans le fauteuil du premier ministre du Québec", me disait-il en octobre 2002...

Fermez les yeux, Monsieur Charest.

Il se trouve que j'écris cette chronique sur la première moitié du mandat de Jean Charest dans la capitale de la Saskatchewan. Cela m'inspire une première réflexion : quand le Nouveau Parti démocratique prend le pouvoir, comme ici, ce n'est pas une surprise. La gauche fait partie du paysage des Prairies. Et l'intelligentsia sociale-démocrate passe d'une province à l'autre aussitôt qu'un nouveau gouvernement NPD est élu.

Jean Charest n'a rien eu de tout cela. Depuis la Révolution tranquille, la société québécoise s'était installée dans un modèle de gouvernement qu'elle croyait intouchable : Parti québécois et Parti libéral, c'était un peu blanc bonnet et bonnet blanc quand on en venait aux fameux "projets de société". Et le chef du Parti libéral du Québec, formé dans les rangs du Parti conservateur du Canada, n'a pas trouvé - ni à Ottawa ni encore moins dans les autres provinces - de grands commis de l'État prêts à le servir.

Seul contre tous, en quelque sorte, Jean Charest s'est replié dans sa coquille, le visage fermé, la bouche pincée, la voix de plus en plus monotone. "Pourquoi cet homme sourit-il ?" demandait le magazine L'actualité dans ses mauvais moments de l'été 2000. Aujourd'hui, on pourrait ajouter : "Et pourquoi sourirait-il ?"

Car le Québec ne l'aime pas. Les gens adoptent à son égard une attitude totalement irrationnelle. C'est parfois de sa faute. C'est souvent sans raison...

La lune de miel n'a pas duré quatre mois pour Jean Charest. Arrivé à la tête du Parti libéral à la suite d'un coup de force, battu par Lucien Bouchard, puis contesté tant ses chances paraissaient minces en l'an 2000, l'homme a enfin connu la victoire le 14 avril 2003. Et le 29, à l'occasion de la formation de son premier Conseil des ministres, il fit un effort extraordinaire pour appeler tous les libéraux du Québec à se rallier à lui. Rappelez-vous la cérémonie au Salon rouge avec Mmes Corinne Lesage, Andrée Bourassa, Denise Lévesque, et Claude Ryan de même que Daniel Johnson, ses prédécesseurs : c'était une main tendue tout de même !

Mais il est vrai que, le même jour, il commettait sa première gaffe : le refus d'admettre Pierre Paradis au Conseil. Cela donna l'impression que le chef n'était attaché qu'aux symboles et aux grandes personnalités du Parti. Mais qu'il se foutait pas mal des simples soldats. Je crois que cette première erreur fut tragique. Et, comme toujours, le sang irlandais qui coule dans ses veines le porta à s'entêter.

Puis vint le premier discours inaugural. Généreux mais exigeant : "Pendant combien de temps l'État québécois peut-il exiger davantage de sacrifices de ses citoyens que de lui-même ?" disait-il, évoquant les "six grands travaux" de son jeune gouvernement.

Rompant aussi avec la tradition nationaliste de ses prédécesseurs, il ramenait le drapeau canadien à l'Assemblée nationale tout en rassurant : "Le Québec existe pleinement, il est maître de son destin, et il (entend assumer) la responsabilité de sa différence, l'affirmer et la promouvoir"...

Tout cela aurait pu lui permettre d'entreprendre "la première année de son premier mandat" avec une forme de "chance au coureur" de la part de l'opinion publique. Il n'en bénéficia point. Selon la maison de sondages CROP, sa popularité atteignit un sommet de 39 % des intentions de vote en septembre 2003 pour descendre graduellement jusqu'autour de 25 % aujourd'hui. Le taux de mécontentement à l'égard de son gouvernement n'a cessé de dépasser le taux de satisfaction pour atteindre un record de 71 % aujourd'hui.

Jean Charest voulait "réinventer l'État québécois". Il s'y est mis courageusement dès son arrivée au pouvoir. La modification de l'article 45 du Code du travail, par exemple, ne constituait qu'une première étape qui devait conduire au lancement de multiples expériences de partenariat entre les secteurs public et privé. On attend toujours le premier exemple qui permettrait de faire comprendre aux Québécois que ce n'est pas une entreprise de démolition, mais une évolution normale au XXIe siècle. Autrement dit : le gouvernement libéral a encaissé les coûts d'une réforme impopulaire dans une partie de la société - la gauche syndicaliste - sans que la majorité des citoyens en voient les bénéfices.

La promesse la plus dangereuse - et la plus démagogique ! - du nouveau gouvernement n'a pas tourné au désastre qu'on prédisait : les référendums sur le démembrement des municipalités se sont plutôt bien passés, les quelques arrondissements "séparatistes" regretteront bientôt leur geste. Mais les citoyens attendent toujours, encore une fois, d'en comptabiliser les bénéfices.

Ce gouvernement nourrissait des ambitions darwiniennes quant aux subventions, crédits fiscaux et autres montages financiers en faveur de projets plus ou moins viables. Il s'est mis à dos les régions - le Saguenay, la Côte-Nord et la Gaspésie en particulier - parce qu'il l'a fait sans compassion. Mais le même premier ministre se précipite aux conférences de presse des dirigeants d'Ubi Soft, un bon projet certes, mais qui a coûté aussi cher que la Gaspésia !

Le refinancement de la Santé a doublement profité à Jean Charest. Rappelez-vous la Conférence des premiers ministres à Niagara au mois d'août 2004, où Jean Charest surprenait en affirmant vouloir d'abord "défendre les intérêts du Québec", puis celle de septembre, où il arrachait à Paul Martin une entente particulière, établissant pour la première fois le principe de "l'asymétrie" dans le fédéralisme canadien.

C'était, avec la fondation du Conseil de la fédération, un grand moment dans la première moitié du mandat de Jean Charest. Il prouvait qu'il pouvait défendre le Canada sans affaiblir le Québec. Et les sondages de CROP semblaient lui donner raison : pour la première fois depuis un an, son parti remontait à 30 % des intentions de vote, et le taux de satisfaction à 35 ou 36 %. Ce n'était pas le Pérou, mais il se contenterait volontiers de cela aujourd'hui !

Tout de même, le ciel n'est pas tombé sur la tête des Québécois. Paul Martin n'a pas réglé le problème du déséquilibre fiscal - pas plus que Jean Chrétien avec Bernard Landry d'ailleurs ! - , mais il y eut quelques progrès. Les hôpitaux vont mieux et les CLSC vont bien, même si l'injection de sommes colossales n'a pas changé la culture de la lourde bureaucratie qui s'empile sur trois niveaux de gestion. Les universités attirent des étudiants et des professeurs du monde entier. Alors ?

Alors, pourquoi ne l'aime-t-on pas, cet homme ? CROP a encore une fois la réponse : 80 % des Québécois ne le trouvent pas inspirant. Parlez donc avec votre coeur de Québécois, Monsieur le premier ministre...

Mvastel@lesoleil.Com





À la suite de la commission Gomery

Certains réfléchissent à la succession de Jean Charest

Presse Canadienne
dimanche 10 avril 2005

Les témoignages dévastateurs entendus devant la commission Gomery incitent certains fédéralistes à se questionner sur l'opportunité de remplacer le premier ministre du Québec, Jean Charest, par un nouveau chef qui pourrait endiguer la vague d'appuis dont profitent les partis souverainistes, a indiqué hier le Globe and Mail.

« Si M. Charest ne peut contenir cette vague et qu'une personne comme le ministre de la Santé, Philippe Couillard, devient chef, alors ça change tout, a déclaré le sénateur Jean-Claude Rivest, ancien conseiller de Robert Bourassa. L'avenir du fédéralisme ne dépend pas seulement de la façon dont les électeurs québécois vont réagir au scandale. »

Dans un récent sondage qui demandait aux Québécois quel politicien leur apparaissait comme un leader fort, M. Charest s'est classé bon dernier avec 23 %, loin derrière le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, premier avec 47 %. M. Couillard était dans les premiers rangs, avec 40 % d'appuis, devant le chef péquiste Bernard Landry, qui a obtenu un résultat de 36 %.

Le sondage CROP-La Presse a aussi révélé que 71 % des répondants désapprouvent la performance de M. Charest au moment où son parti s'apprête, le 14 avril, à célébrer le deuxième anniversaire de son élection.

Des réaménagements au cabinet du premier ministre sont attendus afin de tenter d'enrayer cette hémorragie.

Le sondage a été effectué avant la publication, jeudi, d'extraits du témoignage du fondateur de l'agence de publicité Groupaction, Jean Brault. M. Brault a déclaré à la commission d'enquête qu'un système de financement occulte impliquait l'agence Groupe Everest, dont les liens avec le Parti libéral du Québec sont bien connus.

D'autres témoignages, à venir, devraient comporter des allégations selon lesquelles des dirigeants libéraux auraient reçu de l'argent provenant du controversé programme des commandites.

« Si la commission Gomery permet d'apprendre qu'il existe des liens entre les libéraux de M. Charest et le scandale des commandites, cela va précipiter le déclin des libéraux au Québec, a indiqué le professeur de sciences politiques Réjean Pelletier, de l'Université Laval. Ce serait exceptionnel, mais il est possible que les libéraux changent de chef alors qu'ils sont encore au pouvoir. Je n'exclus plus cette possibilité. Certains représentants du monde des affaires réclament déjà ce changement. »

Hier, le ministre du Développement économique du Québec, Claude Béchard, a répondu aux déclarations du sénateur Rivest pour se porter à la défense du premier ministre.

Dans une entrevue à la Presse Canadienne, le ministre Béchard a soutenu que son chef demeure l'homme de la situation et que la population doit constater les importantes améliorations apportées, notamment, dans le domaine de la santé et des programmes destinés aux familles, depuis que le chef libéral est à la tête du gouvernement.

Récemment, M. Charest a nié les allégations de M. Brault, qui a déclaré que son entreprise, Groupaction, avait fait transiter 50 000 $ vers le PLQ par l'intermédiaire du Groupe Everest, en 1998. Le Groupe Everest, dirigé à l'époque par Claude Boulay et Claude Lacroix, deux alliés politiques de M. Charest, est associé aux libéraux du Québec depuis que M. Charest est devenu chef de la formation en 1998. Des documents indiquent que le Groupe Everest a fait parvenir plus de 250 000 $ de factures au parti pour des tâches accomplies pendant la campagne électorale de 1998.

Les libéraux dégringolent

- Un sondage Ipsos-Reid/ Globe and Mail mené entre mardi et jeudi derniers auprès de 1000 répondants indique que le Parti libéral n'a plus qu'une avance de quatre points sur les conservateurs de Stephen Harper dans les intentions de vote des Canadiens. Les libéraux de Paul Martin obtiennent 34 % d'appuis contre 30 % pour les Tories.

- Il y a deux mois, l'écart était de 11 points.

- Au Québec, le Bloc québécois recueille 41% des intentions de vote contre 29 % pour le PLC.

- En Ontario, la province où pourrait se décider le vainqueur d'une éventuelle élection, les libéraux ont maintenant 38 % d'appuis, contre 34 % pour les conservateurs.