
André Caillé mis à la retraite - Chaises musicales à Hydro-Québec
Denis Lessard
La Presse mercredi 06 avril 2005
Coup de tonnerre à Hydro-Québec. Le gouvernement Charest va aujourd'hui confier la direction quotidienne du fleuron des sociétés d'État à Thierry Vandal, qui dirigeait jusqu'ici le volet production de l'entreprise.
Le contrat d'André Caillé à titre de grand patron - président directeur général - d'Hydro-Québec ne sera pas renouvelé. Aujourd'hui, le Conseil des ministres accorderait immédiatement le droit à sa pleine retraite à M. Caillé qui achevait son second mandat à la tête d'Hydro-Québec. Il aura droit à plus de 300000$ par année.
Président du c. a.
Ce dernier a accepté de présider, gratuitement, le conseil d'administration d'Hydro. Autre condition de M. Caillé, il continuera de siéger à la présidence du prestigieux Conseil mondial de l'énergie.
Derrière cette mise à la retraite forcée (M. Caillé espérait il y a quelques mois voir son mandat renouvelé encore pour trois ans), il y a un coup de force.
Le gouvernement Charest éjecte l'actuel président du conseil, l'ancien ministre libéral André Bourbeau, nommé quelques mois après l'élection des libéraux en 2003.
Turbulences
Hydro-Québec traversait depuis des mois une période de turbulences importantes, une zizanie paralysante qui, selon le clan Caillé, venait de l'emprise démesurée que réclamait l'ancien député de Laporte sur la gestion quotidienne de la société d'État.
Il y a quelques jours pourtant, le cabinet de Jean Charest avait nié les informations de La Presse voulant que M. Caillé quitte Hydro-Québec pour être remplacé par M. Vandal. En fait, ce qu'on niait essentiellement, c'était le départ de M. Caillé d'Hydro -il reste, mais comme président du conseil. On préparait depuis quelques jours ce jeu de chaises musicales, dont M. Bourbeau n'a été informé qu'à la toute dernière minute. Celui-ci, joint juste avant le début du concert de l'Orchestre Symphonique, a seulement confirmé avoir été convoqué aujourd'hui par le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil.
Depuis des semaines, le torchon brûle entre M. Bourbeau et des hauts dirigeants qui avaient l'appui de M. Caillé. La vice-présidente, Marie-Josée Nadeau, notamment, s'est retrouvée dans une position délicate quand le cabinet de Jean Charest lui a ordonné de refuser d'accorder certains avantages que réclamait M. Bourbeau. Son chauffeur personnel, résidant de Dunham où M. Bourbeau a sa résidence d'été, commandait un salaire de 80000$ plus un appartement à Montréal.
Et certaines des décisions de M. Bourbeau ont fini de convaincre le cabinet Charest. Ainsi, le premier ministre doit inaugurer dans quelques jours une exposition d'art inuit dans un musée québécois. Or, cette collection a été achetée à gros prix par Hydro à l'instigation de M. Bourbeau, et cette dépense a été jugée inutile par l'administration Caillé.
Les tensions étaient évidentes aussi entre le président du conseil et Thierry Vandal, de même qu'avec le vice-président aux Ressources humaines, Maurice Charlebois.
La zizanie était devenue manifeste lors de la dernière réunion du conseil d'administration, à la mi-mars, quand M. Bourbeau avait critiqué les décisions du tandem Caillé-Nadeau. Il jugeait inacceptable que comme président du conseil, il ait appris par les journaux la controverse sur la sécurité des barrages.
Cette réunion s'est d'ailleurs conclue sans qu'il fasse approuver les budgets réclamés par les gestionnaires pour accroître la surveillance des barrages.
M. Bourbeau était payé 100000$ pour présider le conseil d'Hydro-Québec, soit 77000$ nets, car on devait déduire la pension qu'il recevait comme ancien député. Son prédécesseur péquiste, Me Jacques Laurent, recevait 180000$ par année pour ses services.
Un libéral
Thierry Vandal, ancien de Gaz Métropolitain comme André Caillé et le chef de cabinet de Jean Charest, Stéphane Bertrand, est bien connu au PLQ.
Sous Robert Bourassa, il dirigeait la commission politique du parti. Le poste qu'il obtient est probablement la nomination la plus convoitée à Québec -le salaire d'André Caillé atteint 460000$.
Dans l'embarras
M. Caillé s'était retrouvé dans l'embarras après les reportages percutants de Radio-Canada qui montraient l'absence de mesures de sécurité pour protéger les barrages dans le Nord québécois.
Il faut aussi rappeler ses déclarations surprenantes en décembre 2004, quand il avait soutenu qu'Hydro devrait vendre l'électricité au prix du marché, abandonner le «tarif patrimonial» très avantageux pour les consommateurs pour, en retour, contribuer davantage aux finances du gouvernement. M. Charest avait pris sans ménagement ses distances de ces déclarations après une réunion du Conseil des ministres où on avait cassé pas mal de sucre sur le dos de M. Caillé. Commentant la crise autour de la sécurité, M. Charest avait bien mollement pris la défense d'André Caillé.
M. Caillé était arrivé à Hydro en 1996, quand Lucien Bouchard était allé le chercher pour mettre fin prématurément au mandat d'Yvon Martineau, disciple de Jacques Parizeau. M. Caillé avait été renommé pour cinq ans en 2000, et ce mandat venait normalement à terme en septembre prochain.
Autre problème entre le gouvernement Charest et André Caillé, le ministère des Finances a forcé la société d'État à revoir le rapport annuel qu'elle a finalement présenté hier. À l'origine, Hydro-Québec ne voulait pas inclure dans ses bénéfices le gain de 265 millions découlant de la vente de Noverco, le bras gazier d'Hydro. C'est à contrecoeur, forcé par le budget Séguin, qu'André Caillé avait accepté de se départir de Noverco au profit de Gaz Métro.

Rétablir le courant
Michèle Boisvert
La Presse lundi 11 avril 2005
Éditorial - Le gouvernement Charest a procédé la semaine dernière à d'importants changements à la direction d'Hydro-Québec. André Caillé, qui dirigeait les destinées de la société d'État depuis 1996, quitte ses fonctions de PDG. Ce dernier n'a pas à rougir de l'héritage qu'il lègue à titre de PDG.
D'un point de vue financier, l'entreprise est nettement plus efficace qu'elle ne l'était en 1996. Mais plus important encore pour les contribuables, Hydro-Québec a considérablement accru sa rentabilité, ce qui lui aura permis de verser près de 5,3 milliards de dollars en dividendes dans les coffres du gouvernement depuis 1998. Enfin, André Caillé aura également remis l'emphase sur l'importance de développer le potentiel hydroélectrique du Québec en relançant les grands projets. Bref, il a remis Hydro-Québec sur les rails et peut partir la tête haute à une exception près: le courant ne passe plus entre la société d'État et la population québécoise.
Il est difficile de savoir exactement quand et pourquoi le lien de confiance qui existait entre Hydro-Québec et ses clients s'est rompu. Tellement de faux pas ont été posés depuis la crise du verglas, où André Caillé avait fait montre d'un talent de communicateur hors-pair, qu'il n'est pas aisé de mettre le doigt sur le bobo. Est-ce après le verglas, où profitant du sentiment d'urgence, Hydro a fait fi de l'opposition de citoyens et construit la ligne de transmission Hertel-Des-Cantons? Est-ce tout le cafouillage qui a entouré le projet de centrale au gaz, le Suroît?
La gestion catastrophique de ce dossier, liée en grande partie aux changements de cap des gouvernements, a été extrêmement néfaste pour la crédibilité de l'entreprise. Le dégel des tarifs d'électricité et la gourmandise initiale d'Hydro qui souhaitait une hausse de 6 %, alors que l'inflation atteignait à peine 2 %, a également choqué. Ce fut également le cas de la déclaration, en décembre dernier, d'André Caillé qui voulait éliminer le décret qui fixe le tarif du bloc patrimonial à 2,79 cents le kilowattheure. Cette sortie publique était fort malhabile, alors que de nombreux Québécois avaient encore du mal à accepter l'idée même du dégel des tarifs.
Le proverbial manque de transparence de l'entreprise quant au niveau d'eau dans ses réservoirs et la décision ultime de les publier pour justifier la construction du Suroît a contribué au scepticisme ambiant. Enfin, le reportage-choc de Radio-Canada sur les failles dans la protection des grands barrages et surtout la façon dont Hydro a réagi après coup a terni encore un peu plus l'image de la société d'État. Il est évident que ce n'est pas un événement isolé, mais l'accumulation de ces bavures qui a transformé Hydro-Québec d'un objet de fierté en objet de méfiance. L'un des plus grands défis de Thierry Vandal sera de corriger cette situation.
La compétence de gestionnaire de l'homme ne fait aucun doute. Thierry Vandal a dirigé de main de maître la division production d'Hydro-Québec. Non seulement connaît-il très bien Hydro, mais celui qui était considéré comme le dauphin d'André Caillé pourra continuer à bénéficier du savoir de son ancien patron, puisque M. Caillé dirigera le conseil. Que le PDG d'Hydro-Québec puisse s'appuyer sur un conseil dont le président connaît le secteur de l'énergie est un atout considérable.
Thierry Vandal hérite donc de circonstances favorables, il faut qu'il profite de cette situation pour renouer contact avec la population. Le nouveau PDG devra prendre le temps d'expliquer clairement ses objectifs. C'est primordial pour le développement futur d'Hydro. En somme, moins d'arrogance et plus de transparence seront essentielles pour rétablir le courant.

La Caisse réduit sa participation dans cinq banques
Bloomberg
La Presse mercredi 20 avril 2005
La Caisse de dépôt et placement du Québec a réduit sa participation d'environ 70 % dans les cinq plus grandes banques canadiennes l'an dernier pour augmenter ses placements dans des fonds spéculatifs, des produits de base et l'assureur Financière Manuvie.
Le rapport annuel de la Caisse, qui apparaît sur son site Web, montre que l'organisme possédait 10,3 millions d'actions des cinq plus importantes banques canadiennes à la fin de 2004, comparativement à 33,4 milliards un an plus tôt. Ensemble, ces actions valaient 521 millions de dollars, comparativement à 1,89 milliard en 2003.
Comme d'autres gestionnaires de régimes de retraite, la Caisse a investi dans le capital à risque privé et l'immobilier au cours des dernières années parce qu'elle prévoit qu'ils offriront un meilleur rendement que les actions ordinaires. L'an dernier, les placements dans le domaine immobilier ont fourni un rendement de 29 % à la Caisse, bien plus que les 13 % tirés des placements en Bourse.
La Caisse, qui gère des actifs nets d'environ 102,4 milliards, a vendu toutes ses actions de la Banque de Montréal et de la Banque CIBC en 2004, indique son rapport annuel. Le 31 décembre dernier, le plus important placement en actions de la Caisse dans un prêteur canadien était la participation de 404 millions dans la Banque Toronto-Dominion, deuxième banque canadienne au chapitre des actifs.
Depuis l'an 2000, les banques et les assureurs ont présenté une meilleure performance que la plupart des autres actions au Canada. Les actions des compagnies formant le sous-indice des services financiers au Canada ont plus que doublé au cours de cette période, surpassant le gain d'environ 3 % de l'indice composite Standard & Poor's/TSX. L'an dernier, la Caisse a plus que doublé sa participation en obligations des grandes banques canadiennes. À la fin de l'année, le gestionnaire possédait pour environ 2,1 milliards de titres de dette vendus par les cinq grands prêteurs, les obligations de la CIBC formant environ la moitié de ce montant.
Lucie Frenière, porte-parole de la Caisse, a indiqué que celle-ci ne fait pas de commentaires sur ses stratégies de placement. Et la Caisse n'a pas fourni d'explications pour ses décisions dans son rapport annuel.

Cinq producteurs de lait témoignent
Michel Dumont, Gilles Dupuis, François Filion, Joël Filion, Gilbert Lafrance
Les auteurs sont des producteurs laitiers du Bas-Saint-Laurent.
Le Soleil lundi 25 avril 2005
"Arrêtons de croire que les politiques agricoles doivent venir de Genève, de Washington ou d'Ottawa..."
Point de vue - Chaque semaine de l'année, huit fermes laitières cessent leurs opérations au Québec. Triste constat s'il en est un : l'agriculture est en crise, la production du lait n'y échappe pas. Les causes de cette hémorragie sont diverses, chacun y allant de sa propre théorie pour l'expliquer, de façon plus ou moins pertinente, selon les points de vue. Le temps étant à la réflexion, voici la nôtre ; elle est le fruit de plusieurs mois de discussions.
Nous sommes cinq producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent, passionnés, soucieux du bien-être de notre famille, propriétaires d'entreprises de taille moyenne. Nous nous questionnons sur ce que sera notre place en agriculture dans l'avenir. Tout le monde assiste présentement au déclin du nombre de fermes sans que personne ne s'active. Beaucoup de gens parlent en notre nom : politiciens, syndicalistes agricoles, fonctionnaires, journalistes, économistes... Ils émettent tous leurs opinions sur les grands enjeux de l'agriculture moderne, ses obstacles, ses défis, ses espoirs. Les agriculteurs devront à leur tour prendre la parole, prendre position et dire ce qu'eux-mêmes veulent pour l'avenir. Mais peut-on parler d'avenir de la ferme familiale à dimension humaine avec un quota à 30 000 $ le kilo, de la terre à 2000 $ l'acre ou des troupeaux de 200 vaches laitières ?
Arrêtons de nous faire imposer notre ligne de conduite, notre façon de penser. Arrêtons de croire que les politiques agricoles doivent venir de Genève, de Washington ou d'Ottawa. Bien sûr, la mondialisation et l'industrialisation sont inévitables. Et bien sûr la taille des fermes continuera de s'accroître. Mais n'oublions pas que le modèle agricole que l'on nous impose et qui paraît aller de soi a malmené le lien entre le producteur et le citoyen.
Mais nous, nous refusons de disparaître. Nous, nous refusons que la logique du "grossir à tout prix" soit la seule planche de salut du Québec agricole. Nous refusons de nous éloigner du modèle de la ferme à dimension humaine. Des politiques agricoles solides qui soutiennent les fermes familiales, la valorisation des aliments produits au Québec sur ceux produits à l'étranger, la mise en pratique de stratégies agro-environnementales allant dans le sens du développement durable, une aide à l'esprit d'innovation, à l'entreprenariat et à l'occupation du territoire : voilà vers quoi l'on doit tendre.
Actuellement, chaque dollar découlant de la vente de nos produits est mal réparti. Année après année, nous sommes condamnés à être de plus en plus efficaces. Mais pour qui, au fait ? À qui sert ce "surtravail" ? Ne sert-il qu'à assurer les profits prohibitifs des intermédiaires de la ferme à la table ?
Ne serait-il pas venu le temps de valoriser la transformation locale et la vente de produits régionaux de qualité, par une appellation telle que "familiale équitable Québec", par exemple ? Ne serait-il pas venu le temps que les agriculteurs puissent se prendre en main, former des coopératives qui n'imitent pas les mégaregroupements industriels ? Ne serait-il pas venu le temps où l'on donne aux agriculteurs qui le voudraient le droit d'agir avec plus de liberté ?
Nous croyons de même qu'il faut sensibiliser le consommateur à l'importance de l'achat local. Un tel geste contribuerait à solidifier les liens au sein des communautés, à permettre la solidarité dans la ruralité et à redonner des dimensions humaines à un commerce qui ne l'est plus assez, en créant un lien de réciprocité entre le producteur et le citoyen. Nous croyons que la ferme familiale demeure la fibre, le canevas de ce tissu rural.
La marche est haute
Certes, la marche est haute, mais la gravir en vaut l'effort. Une telle réforme ne peut se faire sans que la structure de l'Union des producteurs agricoles du Québec ne soit elle-même remise en question. Elle est devenue lourde. Et plus elle s'alourdit, moins elle est efficace. Sa structure bureaucratique étouffe, paralyse les initiatives originales, freine les élans d'une nouvelle génération d'agriculteurs porteuse de solutions. Agir en situation de crise, comme dans l'épopée de l'abattoir Colbex, est un exemple de mauvaise stratégie. C'est plutôt au moment où personne ne panique que l'on arrive à des décisions logiques et transparentes. Les agriculteurs les plus éclairés, les plus visionnaires, les plus généreux, ceux qui sont au service du bien commun, doivent se lever et prendre les postes de commande de notre syndicat pour l'amélioration de leur situation.
Nous proposons la mise en place d'une Commission nationale sur l'agriculture pour nous ouvrir à d'autres façons de faire. Une Commission nationale où des producteurs, des citoyens, des politiciens, des syndicats, des coopératives, des associations professionnelles et de sages penseurs seraient réunis pour discuter, échanger, mettre en commun leurs points de vue, leurs idées, leurs solutions devant une situation qui s'approche trop rapidement d'un cul-de-sac. Ainsi pourrions-nous nous choisir une politique agricole sérieuse, juste et durable, porteuse d'humanité.
Car, rendons-nous à l'évidence. Le temps de la réforme est venu. Le temps est venu de relever un nouveau défi, d'assurer la pérennité des fermes familiales à dimension humaine ; le temps de permettre à nos fermes de retrouver leur équilibre, qui ne consiste pas à produire pour produire pour le monde, mais bien à produire pour nourrir son monde, son pays, sa communauté. Il est aussi venu le temps où l'agriculteur doit retrouver son identité, sa place primordiale au sein de la société et sur le territoire. Car quand, un jour, nos fermes n'auront plus leur place, que sera devenue l'agriculture ? Et, plus important encore, que sera devenu le Québec ?

Alcan ne paierait pas d'impôts depuis 1999
Catherine Delisle, Le Quotidien
La Presse mardi 26 avril 2005
Depuis 1999, Alcan ne paie plus d'impôts au Canada, s'insurge Léo-Paul Lauzon, directeur de la Chaire d'études socio-économiques de l'UQAM, qui affirme que le géant mondial a même reçu près de 140 millions de dollars de remboursements d'impôts de la part des gouvernements de 1999 à 2003. Pendant la même période, elle versait pourtant 1,1 milliard US en impôts à l'extérieur du Canada.
Léo-Paul Lauzon et un autre chercheur, Denis Gendron, ont décortiqué les états financiers de la compagnie, pour le compte du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (SNEAA). Selon eux, cette entreprise milliardaire a même réussi à transférer ses profits dans les paradis fiscaux, par toutes sortes de tours de passe-passe.
Parmi les autres éléments marquants de l'analyse comptable, les chercheurs ont fait ressortir l'évolution des impôts reportés d'Alcan au Canada.
En moyenne, sur les 10 années étudiées, c'est un milliard US que nos gouvernements acceptent de " prêter " à Alcan et cela, sans aucun intérêt, révèlent-ils, ce qui représente l'équivalent de 32 % de toutes les dettes d'Alcan.
Si la compagnie avait dû emprunter une pareille somme, il lui en aurait coûté 74 millions US par année. " C'est le Klondike pour l'entreprise ", s'est exclamé le coloré chercheur Lauzon, ajoutant que malgré toute l'aide qu'elle reçoit, la multinationale trouve le moyen de dire que ce n'est pas rentable au Québec et au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Léo-Paul Lauzon dit aussi remarquer des changements radicaux tout à fait inexplicables, comme la baisse des bénéfices d'Alcan au Canada à partir de 2001, alors que ses activités canadiennes ont été profitables de 1995 à 2000. Il croit que les gens ne sont pas dupes d'une telle manoeuvre comptable.
Selon lui, les facteurs économiques, comme la baisse du dollar canadien, ne peuvent pas tout expliquer. Il croit qu'il faut plutôt chercher l'explication de cette chute subite des bénéfices comptables dans les ventes inter filiales de la compagnie.

Alcan: un géant multimilliardaire qui vit aux crochets de l’État
Vincent Larouche
L'aut'courriel n° 127, 26 avril 2005
Depuis 1999, grâce à des manouvres fiscales, la multinationale Alcan ne paie plus aucun impôt au Canada. C’est ce que démontre une récente étude des chercheurs Denis Gendron et Léo-Paul Lauzon, de la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM, sur la fiscalité de l’entreprise. Entre 1994 et 2003, cette dernière a notamment pu reporter aux calendes grecques le paiement de 1 398 milliard $ en impôts, sans avoir à payer le moindre intérêt sur sa dette.
Les lois fiscales permettent dans certaines conditions aux entreprises de reporter sans intérêt les impôts qu’elles devraient payer et dans des conditions normales, une dette comme celle qu’Alcan a contracté envers les gouvernements générerait des intérêts de 104 millions $ par année.
Certaines personnes affirment que les entreprises reportent simplement leurs impôts à plus tard et finissent par les payer de toute façon. Léo-Paul Lauzon a démontré au contraire qu’un dollar d’impôt reçu dans cinq ans équivaudrait à 68 cents aujourd’hui. De plus, précise-t-il, « ce qui rend les impôts reportés intéressants pour les compagnies, c'est qu'ils peuvent être reportés indéfiniment et sont dans les faits rarement payés. Plusieurs particuliers rêveraient de pouvoir en faire autant. »
Le géant de l’Aluminium ne se contente pas d’échapper au fisc. L’étude souligne qu’il profite en plus des largesses des gouvernements du Québec et du Canada, qui lui concèdent des avantages énergétiques tout à fait exceptionnels d’une valeur moyenne annuelle de 489,5 millions $, en plus de lui laisser vendre les surplus de sa production hydro-électrique, ce qui lui rapporte en moyenne 60,4 millions $ par année. La combinaison de ces éléments engendre un coût de production d’aluminium parmi les plus bas au monde. « Et après tout ça, Alcan nous dit qu’elle ne veut plus grandir au Québec, s’étonne Alain Proulx, directeur des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA) au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Une telle attitude méprisante est inacceptable. »
Pour couronner le tout, au cours de la période étudiée par les chercheurs, Alcan a empoché 140 millions $ en retour d’impôts, tout en maintenant d’excellents bénéfices d’exploitation. La multinationale a eu droit à ce cadeau gouvernemental parce que ses bénéfices comptables au Canada auraient officiellement chuté de 2200 % entre la période de 1994 à 1998 et celle de 1999 à 2003.
Pourtant, le chercheur Denis Gendron démontre que cette quasi disparition des profits comptables (et conséquemment des impôts à payer) canadiens d’Alcan s’explique par le fait que les filiales canadiennes de la multinationale réalisent maintenant les deux tiers de leur ventes à d’autres filiales du groupe Alcan. Avant 1999, les ventes des filiales canadiennes du groupe contribuaient pour 33 % du bénéfice comptable total du groupe à l’échelle mondiale. Depuis 1999, elle n’en représentent plus que 2 %. Alors que 30 % des ventes totales de l’empire Alcan sont des ventes entre des filiales internes, cette proportion monte à 67 % au Canada. Les chercheurs de la Chaire d’étude socio-économiques soupçonnent une manouvre délibérée pour que les profits échappent au fisc canadien. « Ça sent le transfert de profits hors du Canada à plein nez! », souligne Léo-Paul Lauzon.
Ces soi-disant baisses de bénéfices n’ont d’ailleurs pas empêché le président d'Alcan, Travis Engen, de recevoir en 2004 une compensation financière totale de 3,9 millions $, incluant un bonus de 2 millions $ obtenu grâce à la bonne performance financière de la société. Le dirigeant a également reçu 348 000 options d'achat d'actions, soit 13 % de toutes les options émises par l’entreprise en 2004.
Le dévoilement des résultats de l’étude a scandalisé les syndiqués de la compagnie au Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui ont souffert du désengagement progressif de la compagnie dans la région. « Quand on apprend qu’Alcan trouve les moyens comptables pour ne plus payer d’impôts à nos gouvernements, et même récolter d’importants retours d’impôts tout en diminuant sans arrêt le nombre d’emplois, ça frise l’indécence! » s’est insurgé Claude Patry, président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida, TCA-section locale 1937.
Malgré la générosité des différents paliers de gouvernement, la multinationale continue année après année de sabrer dans les emplois et les investissements au Québec, tout en réclamant une aide accrue des pouvoirs publics. Le président régional d’Alcan, Jean Simon, a clairement écarté la possibilité de construire de nouvelles usines au Québec dans l’avenir. L’usine de Vaudreuil est menacée de fermeture dès 2007, et le numéro d’avril de la revue Commerce laisse planer le doute sur l’avenir des « vieilles » installations de Beauharnois et Shawinigan, que l’entreprise ne tient pas nécessairement à moderniser.
Au Complexe Jonquière, le mois dernier, des sous-traitants d’Alcan sont venus prendre des photos et mesurer de l’équipement dans l’usine, en plein jour, au vu et au su des employés. Un de ces sous-traitants, l’entreprise saguenéenne Dodec, aurait confié à des travailleurs que certaines pièces de machineries seraient mises en vente au cours des prochains mois, ce qui laisse craindre la fermeture de certaines unités.
En 20 ans, Alcan a réduit de 4000 employés ses effectifs au Québec, qui sont passés de 12 000 à 8000 personnes. C’est au Saguenay que la majeure partie des compressions ont eu lieu. À l’échelle mondiale, l’entreprise maintient toutefois son objectif de doubler son chiffre d’affaire tous les cinq ans.
En conférence de presse, le professeur Lauzon a appelé à des agissements concrets pour que les Québécois puissent bénéficier des généreux cadeaux offerts à la multinationale. « Les gouvernements québécois et canadien doivent prendre les mesures qui s’imposent pour s’assurer que les importantes contributions fiscales et énergétiques qu’ils accordaient à la compagnie Alcan soient dorénavant assorties de clauses assurant le développement économique ainsi que la création et le maintien d’emplois ici au Québec. Il en va d’un minimum de justice sociale et de respect de la population. »

Alcan n'a eu aucun privilège
Roger Blackburn
Cyberpresse, 26 avril 2005
Alcan (AL) n'a bénéficié d'aucun privilège de la part des gouvernements en rapport avec le taux d'imposition de la multinationale par le ministère du Revenu du Canada.
«Alcan s'est prévalue de deux dispositions fiscales qui existent déjà dans la loi canadienne permettant d'accélérer l'amortissement et de reporter des dettes», explique Renée Larouche, porte-parole d'Alcan dans la région.
«La compagnie Alcan respecte toutes ses obligations en matière de fiscalité, de paiement de taxes et d'imposition», prend soins de préciser Renée Larouche pour réagir aux propos du professeur d'économie et directeur de la Chaire d'études socio-économiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), Léo-Paul Lauzon.
De 1999 à 2003 Alcan a procédé à la construction de l'aluminerie d'Alma grâce à un investissement de 3,5 milliards $. «Alcan est assujetti aux mêmes lois que les autres entreprises et profite des avantages fiscaux de la loi canadienne au même titre que les autres compagnies», indique Renée Larouche.
«La disposition fiscale permettant d'accélérer les amortissements de la construction de l'usine d'Alma et celle permettant de reporter les dettes de la multinationale a permis à Alcan de se prévaloir des mesures qui favorisent les investissements et la création d'emplois au Canada», dit-elle.
«Ça fait 100 ans qu'Alcan investit au Québec. Au cours des 20 dernières années, l'entreprise a investi plus de huit milliards $ seulement au Québec, incluant les alumineries de Laterrière, La Baie et Alma. Alcan dépense 1,3 milliard $ par année au Québec dont de 150 à 200 millions $ en nouveaux investissements», affirme la porte-parole d'Alcan rappelant l'ouverture récente de l'usine pour pièce d'automobiles et l'annonce du Centre de revêtement des cuves à Jonquière.

1,75 milliard pour les villes
Alec Castonguay
Le Devoir vendredi 29 avril 2005
Ottawa déverse une manne presque sans précédent pour les municipalités du Québec
Ottawa - Pressés par des élections fédérales imminentes et un urgent besoin de bonnes nouvelles, Ottawa et Québec annonceront ce matin une pluie de millions pour les villes de la province. Les deux ordres de gouvernement rendront publiques vers midi aujourd'hui des ententes d'une valeur de plus de 600 millions de dollars grâce à trois programmes distincts, a appris Le Devoir de plusieurs sources. Et selon nos informations, une entente de dernière minute entre Québec et les municipalités sur le partage de la taxe fédérale sur l'essence était toujours possible au moment de mettre sous presse, ce qui ajouterait 1,15 milliard à la cagnotte annoncée ce matin.
Ottawa déverse donc une manne presque sans précédent pour les municipalités du Québec, qui réclament à grands cris de l'argent pour financer leurs infrastructures en décrépitude. Trois ententes totalisant 603 millions de dollars ont été conclues ces dernières heures entre les deux capitales et un sprint de négociations était en cours hier soir pour boucler l'accord sur la taxe fédérale sur l'essence.
D'abord, le fédéral fait couler 336 millions de dollars grâce au Fonds canadien d'infrastructure stratégique (FCIS). Cette somme était inutilisée depuis le budget fédéral de 2003 et elle servira à financer, en partenariat avec Québec, des grands projets de plus de 75 millions de dollars. Le Devoir a appris que quelques dizaines de millions de dollars de cette enveloppe seront automatiquement redirigés pour accélérer les travaux qui visent à compléter l'autoroute 50, dans l'Outaouais.
«J'avais hâte que Québec prenne notre argent pour que ça se fasse plus vite, c'est une bonne nouvelle», a soutenu Françoise Boivin, députée fédérale de Gatineau. Le FCIS avait notamment servi, avec l'enveloppe de 2001, à lancer les travaux des autoroutes 175 et 30. L'annonce sera faite ce matin par Jean Lapierre, ministre fédéral des Transports et lieutenant politique de Paul Martin au Québec, et son homologue aux Transports dans la province, Michel Després.
Presque au même moment, le ministre fédéral des Infrastructures et des Collectivités, John Godfrey, ainsi que la ministre des Affaires municipales du Québec, Nathalie Normandeau, annonceront une autre tranche de 267 millions de dollars dans le cadre du congrès de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) qui se tient dans la capitale provinciale.
Ces 267 millions iront essentiellement aux petites et moyennes municipalités du Québec. La part du lion, avec 195 millions sur cinq ans, provient du Fonds d'infrastructure municipal rural (FIMR). Ce programme est dédié à 80 % aux villes de moins de 250 000 habitants, alors que le reste peut être utilisé dans toutes les municipalités du Québec. Toutefois, pour profiter de ce fonds, une ville doit payer un tiers de la facture de son projet et laisser Québec et Ottawa se diviser les deux autres tiers.
Les régions frontalières avec les États-Unis ne perdent pas au change non plus, se voyant octroyer par Ottawa 72 millions dans le cadre du Fonds d'infrastructure frontalière. La Beauce, notamment, annoncera aujourd'hui des sommes dédiées à sa frontière.
Taxe fédérale sur l'essence en route
Un total, donc, de 603 millions de dollars. Mais les villes aimeraient bien pouvoir ajouter plus de un milliard aux annonces de ce matin, grâce à la taxe fédérale sur l'essence, une promesse des libéraux de Paul Martin depuis les dernières élections. Dans les deux capitales, on affirmait il y a quelques semaines encore que cette répartition ne serait pas annoncée avant le mois de mai ou alors en juin, au plus tard. Mais les plans ont subitement changé cette semaine.
Hier en début de journée, un blitz de négociations entre Québec et les villes a démarré dans l'espoir d'arriver à une entente avant ce midi, question de profiter du congrès de l'UMQ, mais aussi de la présence du ministre Godfrey pour répandre la bonne nouvelle. Car Ottawa n'attend plus que le feu vert de Québec pour verser 1,15 milliard de dollars sur cinq ans aux municipalités de la province, dont 138 millions dès cette année.
Mais Québec doit d'abord s'entendre avec les villes sur la manière de répartir l'argent fédéral avant de pouvoir toucher la manne. Le désaccord total entre les municipalités sur la façon de profiter de ces dollars a jusqu'à maintenant empêché la signature d'une entente.
Il semble toutefois, selon les informations obtenues pas Le Devoir en soirée hier, qu'il ne manquait que «quelques ficelles» pour attacher le tout et pouvoir célébrer un accord ce midi. «C'est vraiment dans les derniers milles», a soutenu une source près des négociations.
Au bureau de la ministre Normandeau, la confiance régnait hier après-midi. «Nous sommes très, très près d'une entente, c'est sur le point de se faire, a expliqué au Devoir Jonathan Trudeau, l'attaché de presse de la ministre. C'est une question de jours et même moins. Ce n'est pas impossible que ce soit annoncé [ce matin], mais tout doit être bien attaché pour faire une annonce et ce n'est pas encore le cas.»
À l'UMQ aussi on espérait fortement que les négociations soient concluantes. «On aimerait bien pouvoir l'annoncer [ce midi] et je suis confiant que tout sera attaché [aujourd'hui] en matinée», a soutenu François Sormany, le directeur des communications de l'association.
La Fédération québécoise des municipalités (FQM) espère quant à elle «boucler le tout au plus vite, pour que les villes puissent profiter de l'argent pour les nombreux travaux qu'elles projettent», comme l'explique Louise-Andrée Moisan, la directrice des communications.
La FQM, qui représente 915 municipalités de la province, veut s'assurer dans ces négociations de dernière minute que les petites villes ne voient pas leur part du gâteau subitement rétrécir. «Les petites municipalités n'ont pas à s'inquiéter», a toutefois affirmé Jonathan Trudeau.
Tous les intervenants avaient mis de l'eau dans leur vin et étudiaient de nouveaux chiffres hier soir. D'un côté, l'UMQ et la FQM ne veulent pas que les petites et moyennes municipalités soient pénalisées et cherchent donc à diviser le milliard fédéral au prorata de la population des villes, avec un plancher pour s'assurer que les villes de moins de 5000 habitants ne se retrouvent pas perdantes. Une position poussée très fort par la FQM depuis des mois.
D'un autre côté, les grandes villes, avec Montréal et Longueuil en tête, désirent absolument qu'une partie de l'argent soit consacrée aux transports en commun. La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a pris position pour qu'au moins 25 % de l'enveloppe y soit dédiée. Une demande que l'UMQ et la FQM n'apprécient pas, puisque les plus petites villes n'ont pas de service de transports en commun.
Ce sont ces divergences qu'ils tentaient de gommer hier soir pour arriver à une entente. «On négocie sur ces positions», a confirmé François Sormany. Si un compromis est trouvé lors de ces tractations de dernière minute, l'annonce sera faite ce matin, ce qui porterait le pactole fédéral destiné aux villes du Québec à 1,758 milliard de dollars. Dans le cas où les pourparlers achopperaient, l'entente sur la taxe fédérale sur l'essence serait retardée de quelques jours, tout au plus, a-t-on souligné au Devoir.

Fontana prévient que l'argent promis ne sera pas donné s'il y a des élections
Clairandrée Cauchy
Le Devoir vendredi 29 avril 2005
Le ministre fédéral du Travail et du Logement, Joe Fontana, a pressé hier les politiciens de «mettre de côté leurs ambitions politiques» en appuyant le budget, dont la nouvelle mouture prévoit notamment 1,6 milliard pour le logement social sur deux ans.
«Il y a un temps pour jouer à la politique, quand les élections sont déclenchées. Avant cela, nous avons tous une responsabilité de faire passer l'intérêt public en premier et de mettre ses ambitions politiques de côté», a lancé le ministre Fontana, de passage à Montréal hier dans les locaux de la Old Brewery Mission. Il a interpellé directement le chef bloquiste Gilles Duceppe. «Je n'arrive pas à croire que le Bloc québécois, qui a toujours soutenu le logement, les communautés, veuille voter contre ce budget.»
Regardant le maire Gérald Tremblay dans les yeux, M. Fontana a ajouté que, si le budget n'était pas adopté, il faudrait dire adieu à l'argent pour les villes provenant de la taxe sur l'essence ainsi qu'à celui pour les services de garde, pour les aînés et pour le logement social.
Le ministre Fontana, accompagné du maire de Montréal et d'un député provincial, annonçait la construction de 79 unités de logement pour des itinérants ou des personnes qui risquent de le devenir. La portion fédérale des fonds est de l'ordre de 3,5 millions, alors que Québec y investit 4,2 millions et la Ville de Montréal, 1,3 million.
Cette sortie de presse n'a pas impressionné le porte-parole du Réseau d'aide aux personnes itinérantes de Montréal (RAPSIM), Pierre Gaudreau, qui souligne que ces fonds ont déjà été annoncés en juillet 2003 puis au printemps dernier pendant la campagne électorale. «C'est déplorable de prendre les itinérants pour des bouts de route et d'annoncer les mêmes bouts de route trois fois», a critiqué M. Gaudreau, qualifiant la manoeuvre de pré-électorale.
Le RAPSIM déplore le fait que le gouvernement tarde à annoncer la troisième phase du programme en question, l'Initiative de partenariat en action communautaire (IPAC), qui arrive à échéance dans moins d'un an, alors qu'il en avait fait la promesse pendant la campagne électorale et dans le Discours du trône. «Là, c'est le temps de reconduire et de bonifier le programme, pas d'annoncer le même argent pour la troisième fois», a ajouté M. Gaudreau, soulignant que les 24 millions du programme IPAC pour la région montréalaise permettent d'offrir des services à 3000 personnes et d'embaucher 84 intervenants.
Reconnaissant que les fonds alloués hier avaient déjà été annoncés, le ministre Fontana a fait valoir que le montant de 1,6 milliard prévu dans le budget pour le logement social permettrait de renouveler le programme pour les itinérants : «Il y aura du nouvel argent si le budget passe», a fait valoir le ministre Fontana.

Les villes demandent 200 M $ de plus par année à Québec
Jean-François Cliche
Le Soleil vendredi 29 avril 2005
Charest et Landry s'entendent sur la situation financière difficile du gouvernement
S'il n'en tenait qu'à l'Union des municipalités du Québec, le prochain pacte fiscal entre les villes et le provincial coûterait, à terme, 200 millions $ de plus par année au gouvernement. Mais l'argent se fait rare. Même le chef de l'opposition péquiste, Bernard Landry, l'a reconnu hier.
Faisant le point sur ses négociations avec Québec, hier, lors de ses assises annuelles, l'UMQ a présenté une longue liste de demandes au premier ministre Jean Charest : paiement intégral des compensations de taxes pour les édifices gouvernementaux et paragouvernementaux, remboursement de la TVQ payé par les municipalités, redevances sur les ressources naturelles, compensations pour les coûts engendrés par les normes provinciales - notamment en matière d'environnement, de couverture incendie et de qualité de l'eau - , et remboursement de la taxe sur les télécommunications, le gaz et l'électricité.
Ces nouvelles dépenses pourraient être amenées graduellement sur cinq ans, propose l'UMQ. Elles feraient passer le coût annuel du pacte fiscal, par lequel Québec aide financièrement ses municipalités, de 380 à 589 millions $. Le gouvernement propose quant à lui de réaménager les mêmes enveloppes à coût nul et suggère depuis quelques mois aux villes qui veulent bonifier leurs budgets de lever de nouveaux tarifs.
"Nos demandes sont légitimes. Elles vont dans le sens de la reconnaissance du rôle essentiel joué par les municipalités dans les domaines économique, social et culturel", a justifié le président de l'UMQ et maire de Rimouski, Michel Tremblay, ajoutant qu'une partie de la TVQ devrait en outre être versée aux villes.
"Monsieur le premier ministre, vous avez l'appui entier du monde municipal dans votre lutte pour le déséquilibre fiscal. Mais nous vous demandons d'être aussi soucieux du déséquilibre fiscal intérieur du Québec que de celui d'Ottawa", a poursuivi M. Tremblay.
S'adressant par la suite au même parterre, Jean Charest, sans rejeter explicitement ces réquisitions, a longuement insisté sur les obligations financières de son gouvernement. "On a un niveau d'endettement élevé, a-t-il fait valoir, et des programmes sociaux très poussés. (...) Nous en avons fait le choix, mais cela implique des coûts supplémentaires.
"Mieux vaut faire peu et le réussir que d'entreprendre beaucoup et de tout rater", a ajouté M. Charest au sujet des négos actuelles.
Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, lui aussi présent aux assises, a de son côté admis pour la première fois l'existence d'un "déséquilibre fiscal" entre les paliers provincial et municipal, ajoutant toutefois : "Je ne ferai pas de démagogie en vous disant que le gouvernement du Québec peut vous transférer des milliards. Il est lui-même aux prises avec une situation financière extrêmement difficile."
Pour M. Landry, la source du problème se trouve dans le fait que les revenus fiscaux sont accaparés par Ottawa tandis que les responsabilités les plus coûteuses sont à la charge des provinces.
Essence : entente imminente
M. Charest a par ailleurs laissé entendre qu'un accord au sujet du transfert d'une partie de la taxe sur l'essence était imminent. Certaines sources en ont même évoqué l'annonce "dans les 24 prochaines heures".
Dans son dernier budget, Ottawa a décidé de remettre graduellement aux villes une partie de sa taxe d'accise sur l'essence. Ce transfert, qui atteindra 5 ¢ le litre en 2009-2010, procurera aux gouvernements locaux du Québec 460 millions $ de plus par année.
Mais les trois paliers gouvernementaux n'ont toujours pas réussi à s'entendre sur un mode de répartition. Québec propose une formule où le provincial et les villes doubleraient ensemble les sommes allouées par Ottawa. L'UMQ insiste cependant sur le fait que les villes québécoises n'en ont pas les moyens, puisqu'elles sont particulièrement endettées, traînant pas moins de 10 milliards $ de créances, soit 83 % de l'endettement municipal canadien.
L'Union propose en outre de répartir cet argent sur une base essentiellement démographique, tandis que Québec préférerait diriger les sommes vers les besoins les plus criants.
JFCliche@lesoleil.com
