
D'un Canada à l'autre : instinct minoritaire?
Jeffrey Simpson, chroniqueur aux affaires nationales au journal The Globe and Mail
La Presse lundi 4 avril 2005
Dans une fédération saine, il devrait y avoir alternance de chefs francophones et anglophones
Ça fait trente ans que j'écris sur le Québec et au fil des ans, il m'est apparu que la question politique la plus troublante pour les Québécois francophones est la suivante: voteront-ils jamais pour un chef politique non francophone s'il y a une alternative francophone?
Cela ne s'est jamais produit. Pas une seule fois dans l'histoire canadienne. Chaque fois que les Québécois francophones ont eu le choix entre un des leurs et un autre qui ne l'était pas, ils ont choisi un gars de chez eux.
Brian Mulroney était un anglophone. Vraiment. Mais il avait grandi au Québec, parlait français comme un francophone, avait fréquenté la faculté de droit à Laval, faisait des blagues en français, s'était fait un réseau d'amis francophones et s'était présenté dans une circonscription entièrement francophone de la Côte Nord. Et les Québécois francophones ont voté massivement pour lui.
Pourquoi cela s'est-il produit? Et comment cela a-t-il influencé et même déformé la politique canadienne? La réponse simple que proposent mes amis francophones se résume ainsi: les politiciens francophones se sont avérés supérieurs. (...)
Il se peut que les Québécois soient tout simplement meilleurs en politique. Peut-être. Mais il faut être un tout petit peu arrogant pour soutenir une telle affirmation.
Une variante de cette opinion soutient que les règles linguistiques de la politique nationale ont changé considérablement en faveur des francophones. Depuis Trudeau, les premiers ministres se doivent d'être bilingues. Fort bien. Mais bilingues comment?
Les francophones, qui forment une minorité en Amérique du Nord (et au Canada) ont plus besoin de connaître l'anglais que les anglophones, le français. Ce n'est pas parce que l'anglais est une langue meilleure. C'est en raison de la force des nombres sur ce continent. Après tout, le grand séparatiste, très à l'aise en anglais, qu'est Jacques Parizeau a déjà déclaré qu'il botterait le derrière de tout francophone qui n'apprendrait pas l'anglais.
Par conséquent, le bassin de Canadiens bilingues est plus grand au Québec que partout ailleurs. Mais il y a maintenant de nombreux chefs politiques actuels et potentiels du reste du Canada qui parlent vraiment français, à leur façon. Toutefois, leur français est-il suffisamment bon pour inciter les Québécois francophones à ignorer l'un des leurs? Probablement pas.
Ce qui amène la question: jusqu'à quel point le français d'un ou d'une anglophone doit-il être bon pour lui permettre d'être compétitif ou compétitive au Québec? Ce niveau est-il celui de l'habileté linguistique en français de Bob Rae, John Turner, Sheila Copps, Jack Layton, Stephen Harper, Bill Graham, John Godfrey, John Manley, Dalton McGuinty, Joe Clark, Stockwell Day? La réponse est que le niveau d'habileté en français d'un leader n'a pas vraiment d'importance si son adversaire est un francophone de naissance.
D'accord, direz-vous, mais aucune de ces personnes ne parlait un français de bon à excellent. Mais Jean Chrétien parlait-il un anglais de bon à excellent? Et pourtant, les gens ont voté pour lui en très grand nombre hors du Québec. Tout comme ils l'ont fait pour les autres leaders francophones.
Malaise
Une partie de l'explication de ce phénomène (les Canadiens hors Québec votent pour un Québécois; et les francophones du Québec ne votent pas pour un non Québécois, s'ils ont le choix) tient au malaise que ressent le Québec au sein du Canada depuis la Révolution tranquille.
Hors Québec, on a nourri l'obscur sentiment que les chefs québécois francophones savaient mieux s'y prendre avec cette situation que quelqu'un venant, disons, de l'Alberta ou de la Nouvelle-Écosse. Il se peut que cette attitude ait été bonne. Peut-être aussi était-elle mauvaise. Elle a existé.
Et elle a déformé la politique canadienne. Elle a créé au Québec une attente selon laquelle la politique fédérale et le fédéralisme doivent aujourd'hui et pour toujours tourner autour du Québec: ses politiciens, ses demandes, ses problèmes et ses perspectives. Et elle a causé hors de la province une frustration en constatant que seul un Québécois pouvait devenir premier ministre.
Dans une fédération saine, il devrait y avoir alternance de chefs de telle sorte que toutes les parties de la fédération aient le sentiment, de temps en temps, que l'un de leurs fils ou l'une de leurs filles puisse accéder au plus haut poste au pays. Cela ne s'est pas produit au Canada.
Mon amie Lysiane Gagnon, distinguée columniste de La Presse, soutient que les habitudes de vote des Québécois francophones n'est pas affaire d'ethnocentrisme (comme je serais porté à le faire), mais qu'elles reflètent l'instinct d'une minorité.
Parfait. Sauf que cette explication appelle une question: étant donné que les francophones formeront toujours une minorité au Canada, la logique de cet argument ne mène-t-elle pas à la conclusion qu'ils voteront toujours, comme ils l'ont fait dans le passé, pour l'un des leurs?
Aujourd'hui, les Québécois francophones ont le meilleur de tous les mondes à Ottawa. Ils forment de facto l'opposition officielle, le Bloc québécois, qui ne s'intéresse qu'au Québec. Et ils ont un gouvernement libéral dirigé par un Québécois, avec des ministres québécois qui, lorsqu'on leur demande de sauter sur une question québécoise, répondent " Jusqu'à quelle hauteur? "
John Manley a suscité un léger tollé récemment lorsqu'il a dit qu'il était temps qu'un non Québécois dirige le Parti libéral. Bien sûr, il espérait que cette personne soit lui-même.
La question, toutefois, est de savoir si les Québécois francophones vont jamais voter pour un tel chef s'ils ont le choix de voter pour l'un des leurs?

Sondage
Descente aux enfers des libéraux
Joël-Denis Bellavance
La Presse lundi 11 avril 2005
Selon le sondage EKOS-Toronto Star-La Presse, les révélations fracassantes de Jean Brault à la comission Gomery ont eu un impact majeur sur les libéraux du premier ministre Paul Martin.
Les révélations fracassantes de Jean Brault devant la commission Gomery la semaine dernière provoquent une dégringolade des libéraux dans les sondages qui s'apparente à une véritable descente aux enfers.
La colère des Canadiens est telle que, si des élections avaient lieu aujourd'hui, ils chasseraient du pouvoir les libéraux de Paul Martin et confieraient aux conservateurs de Stephen Harper le mandat de gouverner le pays.
Malgré la grogne que soulève le scandale des commandites, les Canadiens ne sont pas pressés de se rendre aux urnes. Ils préfèrent nettement avoir en main le rapport du commissaire John Gomery, attendu au début du mois de novembre.
Telles sont les principales conclusions d'un sondage EKOS-La Presse-Toronto Star réalisé auprès de 1125 Canadiens du 7 au 9 avril, soit immédiatement après que le commissaire Gomery eut levé l'ordonnance de non-publication qui pesait sur le témoignage de Jean Brault.
L'ancien président de Groupaction a révélé durant son témoignage de six jours qu'il avait versé 1,2 million de dollars dans une caisse occulte de l'aile québécoise du Parti libéral en contrepartie de millions de dollars en contrats de commandites du gouvernement fédéral.
Ces révélations ont fait les manchettes des journaux d'un bout à l'autre du pays le lendemain. Résultat: le Parti conservateur recueille maintenant 36,2% des appuis dans les sondages, tandis que le Parti libéral chute à 25%, du jamais vu en 12 ans de pouvoir.
Les libéraux ont ainsi vu s'envoler en fumée l'avance de 15 points qu'ils détenaient sur les conservateurs en février et ils traînent maintenant de l'arrière par 11 points. Aux dernières élections, qui avaient eu lieu avec en toile le rapport accablant de la vérificatrice générale Sheila Fraser sur la gestion du programme de commandites, le Parti libéral avait réussi à se maintenir au pouvoir en récoltant 36,7% des voix (135 sièges) contre 29,6% pour le Parti conservateur (99 sièges).
Le Parti conservateur n'est pas le seul à profiter de la colère des contribuables. Le NPD (19 sièges) voit aussi ses appuis passer de 15,7% au dernier scrutin à 20,5% dans le sondage EKOS.
Quant au Bloc québécois (54 sièges), il continue de régner en maître au Québec. La formation de Gilles Duceppe obtient 50% des intentions de vote tandis que les libéraux de Paul Martin ne recueillent plus que 15%, désormais troisièmes derrière les conservateurs, qui récoltent 18%. Le NPD est quatrième à 10%.
La situation se complique même en Ontario, qui compte 106 des 308 sièges aux Communes. En effet, le Parti conservateur est maintenant en tête avec 40%, contre 33% au Parti libéral et 21% au NPD.
Selon Frank Graves, président de la firme EKOS, il est hautement improbable que les libéraux réussissent à renverser cette tendance, qui semble les mener tout droit vers une déroute des plus spectaculaires. Au Québec, M. Graves va jusqu'à prédire que les libéraux seraient pratiquement rayés de la carte électorale.
«Nous avons déjà été témoins d'une hausse spectaculaire d'un parti dans les sondages qui s'est avérée temporaire. Mais la situation actuelle est totalement différente puisqu'il y a un scandale qui semble impliquer directement l'aile d'un parti fédéral», a expliqué hier M. Graves.
Cela dit, même si les conservateurs détiennent une avance confortable sur les libéraux, il est loin d'être acquis qu'ils formeraient un gouvernement majoritaire. «Les Canadiens ont élu le Parlement qu'ils voulaient l'été dernier. Le climat politique actuel laisse entendre que les électeurs se donneraient un autre gouvernement minoritaire, mais d'une autre bannière politique», a-t-il dit, notant au passage que le NPD pourrait faire des gains importants dans certaines provinces, notamment en Colombie-Britannique, où ils sont en tête (37% des appuis), de même qu'au Manitoba et en Saskatchewan (également 37%).
Pas d'élections maintenant
Mais les Canadiens ne veulent pas avoir d'élections immédiatement. Selon le coup de sonde d'EKOS, la majorité des personnes interrogées (62%) estiment qu'il est préférable d'attendre la fin des travaux de la commission Gomery avant de déclencher des élections. En fait, 21% des Canadiens croient que ce scandale n'est pas assez important pour justifier la tenue d'élections générales. Seulement 15% estiment au contraire que les trois partis d'opposition devraient défaire le gouvernement Martin aux Communes afin de faire un nettoyage du printemps à Ottawa.
M. Graves voit dans ces chiffres le seul aspect positif pour les libéraux. Toutefois, il doute que les électeurs punissent le parti politique qui provoquerait la chute du gouvernement Martin.
Le Bloc québécois pourrait déposer une motion de censure dès jeudi pour renverser le gouvernement. Dans une entrevue accordée à CTV, hier, Gilles Duceppe a affirmé qu'il prendra une décision à cet égard d'ici demain (voir page A2). Chose certaine, les libéraux de Paul Martin, conscients de la colère des électeurs, accentuent la pression sur Stephen Harper pour qu'il ne participe à aucune manoeuvre qui pourrait provoquer la chute du gouvernement au cours des prochaines semaines. M. Harper a rétorqué que les élections auront lieu quand les Canadiens l'exigeront et que ce n'est pas un parti souverainiste qui dictera la conduite du pays.
Cela dit, le temps ne constitue pas nécessairement un atout pour les libéraux, d'autant plus que les Canadiens suivent les travaux de la commission Gomery d'assez près.
En effet, 83% des personnes interrogées se souviennent d'avoir vu ou entendu des choses au sujet du scandale des commandites au cours de la dernière année. En outre, 34% croient qu'il s'agit du pire scandale qu'ils ont jamais vu et 22% croient qu'il s'agit du pire scandale de l'histoire du pays. Pire encore, 60% des Canadiens croient dur comme fer que ce scandale dure depuis que les libéraux sont au pouvoir en 1993 et que Paul Martin doit en assumer la responsabilité. Seulement 29% d'entre eux croient que le gouvernement Martin n'a rien à se reprocher et qu'il a le mérite d'avoir créé la commission Gomery pour aller au fond de cette affaire.

Sondage
Des élections prématurées
André Pratte
La Presse lundi 11 avril 2005
Encore sous le choc des allégations de Jean Brault, des Canadiens se demandent comment éviter que de tels abus ne se reproduisent. Un premier réflexe, fort compréhensible, c'est de tout casser: " Mettons sur-le-champ les libéraux à la porte, peu importe les conséquences pour la gouverne du pays. "
Si l'on en croit le sondage EKOS que nous publions ce matin, 62 % des Canadiens souhaitent plutôt attendre la publication du rapport de la commission Gomery avant d'être appelés aux urnes. La population fait preuve là d'une grande sagesse. Il serait en effet bien imprudent de tenir des élections sur la seule base du témoignage d'un entrepreneur peu scrupuleux. Les propos de M. Brault ont déjà été contredits sur certains points par le témoignage de son ancien bras droit, Alain Renaud. Par exemple, celui-ci soutient que le fameux souper au cours duquel M. Brault aurait été menacé de perdre un important contrat, souper qui avait tant frappé les journalistes par son aspect mafieux, n'a jamais eu lieu.
Comme le soulignait samedi le chef du Parti québécois, Bernard Landry, Jean Brault " est accusé de fraude et il est au coeur du plus grand scandale de l'histoire du Canada, alors ce n'est pas lui le plus crédible sur la question ". Le témoignage de M. Brault est trop étayé pour qu'on ne lui accorde pas une grande importance; il n'y a pas de fumée sans feu. Mais il reste à déterminer l'ampleur exacte de l'incendie.
Nombreux sont les appels en faveur de changements aux lois régissant le financement des partis. Cela devra évidemment être envisagé. Toutefois, les changements aux règles ne suffiront pas. Les agissements allégués par M. Brault sont déjà interdits; cela n'a pas arrêté les responsables du gâchis. C'est ce qui rend le problème difficile à résoudre: que peut-on faire pour empêcher des esprits corrompus d'abuser du système?
La solution repose chez les élus. Ceux-ci ont tendance, pour se protéger, à se tenir loin de toute pratique qui pourrait être douteuse. Ils s'en tiennent loin, mais ils se gardent bien de les dénoncer ou de les interdire. Les personnes responsables des basses oeuvres sont connues mais rarement chassées. Il existe donc, dans tous les partis, une zone floue. Il y est permis d'exploiter toutes les anfractuosités des lois... et peut-être un peu plus, pour " la cause ". Dans cette zone floue, les moins scrupuleux sont à leur aise pour dépasser les bornes.
Les politiciens auront-ils le courage d'imposer à leurs organisateurs le respect intégral de la lettre et de l'esprit des lois? Sauront-ils changer la culture malsaine qui mine notre vie politique?
Ce que nous avons vu la semaine dernière ne nous incite pas à l'optimisme. Leur réputation mise à mal, les politiciens auraient pu réagir avec la sobriété qu'exigeait la gravité du scandale. Au contraire, à la Chambre des communes, ils ont plongé dans la bataille partisane avec un plaisir évident. Le caractère factice de l'indignation des chefs était dénoncé par l'éclat des sourires parmi la députation. Et les libéraux ont eu le culot de dénoncer la paille dans l'oeil du Parti québécois alors qu'on comptait cent poutres dans le leur!
Est-ce vraiment trop demander que, de temps à autre, les politiciens sachent considérer l'intérêt public plutôt que l'intérêt partisan?

Sondage
Un gouvernement en sursis
Vincent Marissal
La Presse lundi 11 avril 2005
Quand elle est arrivée sur le plateau de l'émission de Simon Durivage à Ra dio-Canada, vendredi midi, Lucienne Robillard était livide. " Ce n'est pas facile, vraiment pas facile ", a-t-elle lâché juste avant d'entrer en ondes.
Mme Robillard, comme ses collègues, avait bien raison d'être découragée. On s'attendait bien sûr à une réaction forte de l'électorat après le témoignage-choc de Jean Brault, mais les premières lectures de l'opinion publique indiquent que l'indignation est encore plus marquée qu'on aurait pu le croire.
Le gouvernement libéral de Paul Martin est maintenant en sursis, et son avenir se trouve entre les mains de Stephen Harper, qui voit son Parti conservateur devancer les libéraux partout dans notre sondage EKOS. Le scandale des commandites permet au PC de devancer les libéraux en Ontario surtout, le champ de bataille décisif, mais aussi dans les provinces maritimes, ce que l'on n'a pas vu depuis des temps immémoriaux.
Au Québec, c'est l'hécatombe pour les libéraux. À 15 % dans les intentions de vote globales, c'est donc dire que le Parti libéral doit tourner autour de 10 % à 12 % chez les francophones (EKOS ne départage pas les intentions de vote selon la langue). Avec un tel score, les libéraux se feraient laver partout, sauf dans l'Ouest-de-l'Île (ils ont remporté 21 sièges avec 33 % des voix en juin).
Ce n'est pas surprenant que la secousse soit plus dévastatrice au Québec, l'épicentre du scandale. Ce qui surprend, toutefois, c'est la dégringolade aussi rapide des libéraux ailleurs au pays. À peine les révélations de l'ex-patron de Groupaction diffusées, le PLC a perdu une douzaine de points dans tout le pays.
Réaction de colère normale, avanceront les libéraux aujourd'hui pour tenter d'expliquer leur descente aux enfers. Vrai, il y a de la colère dans l'air. Mais rien ne dit que ce qui s'en vient à la commission Gomery mettra les Canadiens dans de meilleures dispositions au cours des prochaines semaines. Au contraire. Jean Brault n'était qu'un des gros morceaux de ce puzzle. Il y en a d'autres à venir, notamment d'autres agences trempées jusqu'au cou dans l'affaire et les anciens organisateurs libéraux mis en cause par le gouvernement Martin (un groupe parallèle qui aurait floué le Parti libéral, selon Jean Lapierre).
Dans les circonstances, on voit mal comment les conservateurs pourront résister à la tentation de défaire le gouvernement libéral, eux qui voient enfin le vent tourner après 12 ans de misère.
C'est du moins ce que les chiffres des sondages suggèrent, mais Stephen Harper doit prendre une décision extrêmement difficile. En fait, comme Paul Martin, le chef conservateur joue son avenir en ce printemps agité. Un chef de parti a rarement une deuxième chance de devenir premier ministre, comme c'est le cas de M. Harper cette fois-ci, mais il n'en a jamais une troisième. Stephen Harper doit être certain de son coup avant de torpiller le gouvernement Martin.
Stephen Harper n'a pas encore en main tous les atouts voulus: son parti manque d'argent, de candidats de prestige et de temps pour expliquer son programme, dont les grandes lignes viennent tout juste d'être dessinées au congrès de Montréal.
Surtout, le Parti conservateur manque d'appuis au Québec, où il risque encore une fois de ne faire élire aucun député. Embêtant pour un parti qui aspire à diriger le pays.
En plus, notre sondage indique clairement que les Canadiens ne veulent pas d'élections maintenant, ce qui est parfaitement normal moins de 10 mois après le dernier scrutin. Les élections coûtent cher et les électeurs préfèrent normalement la stabilité à la houle.
Par contre, le taux de satisfaction envers le gouvernement Martin est tellement bas (20 %) et le scandale d'une telle ampleur que les conservateurs n'auraient pas trop de mal à convaincre les Canadiens que les libéraux n'ont plus la légitimité nécessaire à l'exercice du pouvoir.
Vaudrait-il mieux attendre le rapport Gomery? En politique, il est toujours préférable d'imposer son plan et son échéancier plutôt que d'être tributaire d'éléments indépendants de sa volonté.
Les témoignages à la commission Gomery devraient être terminés d'ici quelques semaines. On aura alors une bonne indication de ce qui risque de se retrouver dans le rapport final. Chose certaine, la probabilité d'élections ce printemps vient d'augmenter.
Stephen Harper aura une bonne idée demain de la grogne des députés libéraux envers leur propre gouvernement à l'occasion du vote sur une motion conservatrice demandant le retrait du projet de loi autorisant le mariage gai. On parle déjà de défections dans les rangs libéraux depuis quelques jours et les derniers sondages pourraient accélérer la réflexion de certains. Chez les libéraux, on est passé la semaine dernière de la panique à la résignation. Les députés, surtout ceux du Québec, penseront d'abord à sauver leur peau, ce qui n'est jamais bon pour la solidarité dans un parti.
Il s'en trouvera certes quelques-uns pour reprocher à Paul Martin d'avoir noué lui-même la corde pour pendre son gouvernement en mettant sur pied la commission Gomery.
D'autres, des organisateurs " de terrain " en particulier, lui en veulent déjà d'avoir relancé la guerre avec le clan Chrétien. Ces gens-là ne travailleront pas pour le PLC aux prochaines élections.
Dans un climat de déroute pareil, les candidats ne se précipiteront pas pour défendre les couleurs libérales, l'argent va manquer, les électeurs se tourneront vers un autre parti ou ils resteront à la maison.
Lucienne Robillard avait bien raison d'être déprimée. " Si ce scandale est la responsabilité du Parti libéral, il en payera les conséquences. On a déjà vu des partis se faire rayer de la carte. "
En effet. La dernière fois, c'était en 1993, quand les libéraux ont repris le pouvoir et que les conservateurs n'ont gardé que deux sièges.
Vincent.marissal@lapresse.ca

Qui va parler pour le Canada?
Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 16 et dimanche 17 avril 2005
Revue de presse - Le ministre fédéral Jean Lapierre serait «prêt» à prendre la place de Jean Charest, soit devenir chef du Parti libéral du Québec. C'est Adam Radwanski qui colportait la rumeur hier dans le National Post. «Sincèrement, je n'ai aucune idée si tout cela est vrai», écrivait le chroniqueur. Pourquoi en parler, alors? Radwanski voulait illustrer le scénario «terrifiant» qui se profile à l'heure actuelle: que le camp du NON, lors d'un prochain référendum, soit dirigé par un «serial flip-flopper» (une «girouette en série»!) qui a voté OUI au dernier référendum, aux côtés d'un premier ministre fédéral (Stephen Harper) pour qui c'est «l'Alberta d'abord», qui n'a aucun siège au Québec et qui semble mal à l'aise à Toronto... Imaginez dans la Belle Province.
Ce n'est pas uniquement le scandale des commandites qui ramène le souverainisme à l'avant-scène, affirme Radwanski : c'est aussi l'absence d'une personnalité forte qui parlerait de façon crédible en faveur du Canada.
Pour la même raison, le Toronto Star écrivait jeudi en éditorial que les malheurs du gouvernement de Jean Charest «ont des résonances nationales». L'impopularité du chef libéral «est une très mauvaise nouvelle pour les fédéralistes» : en effet, si les libéraux québécois perdent les prochaines élections, «il pourrait bientôt n'y avoir plus personne au Québec pour parler en faveur du Canada». En plus, le très populaire chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, lorgne vers Québec. «Dans deux ans, il pourrait être en mesure d'organiser une autre tentative pour diviser le pays.»
Revenons à Adam Radwanski, selon qui il y a une autre raison pour le retour en force de l'idée de souveraineté : le pouvoir à Ottawa a manqué de vision au cours des dernières décennies, dit-il : il a concédé trop de place aux provinces.
«M. Martin n'est pas le seul à qui on doit en faire le reproche», écrit Radwanski, car ses prédécesseurs sont aussi tombés dans ce piège du «provincialisme». Y compris Jean Chrétien, «malgré les apparences». Pour Radwanski, Chrétien a simplement maintenu la tendance à la décentralisation lancée par Brian Mulroney. «Aujourd'hui, le fédéral n'a plus le pouvoir nécessaire pour mettre sur pied des politiques sociales complètes parce qu'il doit respecter le scénario utopique selon lequel chaque province doit donner son accord.» Autrement dit, ce dont on a besoin, c'est un «leader national qui croit passionnément au Canada et qui est déterminé à se battre pour ce pays même si cela signifie combattre des provincialismes en chemin». En effet, aujourd'hui, le fédéral ne peut plus s'attaquer de front à des questions qui se posent à tous les Canadiens comme «la santé, le développement urbain et les garderies».
Aux yeux de Radwanski, Stephen Harper est tenté de tout céder aux provinces. Quant aux néo-démocrates et leur chef, Jack Layton, «ils ont toujours eu peur d'effaroucher les nationalistes québécois en proposant un gouvernement central fort». Il n'y a pas de chef inspirant pour la cause du fédéralisme, dit Radwanski. «Tout ce qui reste à espérer, c'est qu'il ne soit pas trop tard lorsqu'on en dénichera un.»
***
Et Jean Charest ? Le Star le prenait un peu en pitié jeudi. En effet, bien que le Québec «se porte légèrement mieux qu'avant son arrivée», bien qu'il «réinvestisse en santé et en éducation» et bien qu'il ait réussi à arracher un accord sur la santé avec le fédéral, les Québécois détestent ses «mesures plus conservatrices, comme son projet de baisses d'impôt et de réduction de l'interventionnisme du gouvernement». Que faire, alors ? Ce serait le bon moment pour Paul Martin d'investir les surplus dans la Belle Province, dit le Star dans un premier temps. «Mais une entente financière ne suffira pas à elle seule à sauver Charest. Il a besoin de reprendre directement contact avec les Québécois. Et ses ministres doivent aussi se montrer plus brillants. Les deux dernières années ont été marquées par l'insensibilité politique, l'improvisation et de multiples volte-face.»
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Certains ont le don de faire d'étranges comparaisons. Prenez John Gleeson, du Winnipeg Sun. Il écrivait jeudi que, tout comme Nietzsche, qui se considérait «Européen d'abord et Allemand ensuite», lui, Gleeson, s'estime d'abord et avant tout «Nord-Américain et, en deuxième lieu, Canadien». Le philosophe le faisait, explique Gleeson, pour prendre ses distances face à la «vague d'antisémitisme» dans son pays. Et Gleeson, lui ? «C'est pour me distancer de la décadence libérale [de gauche] de notre société.»
Gleeson cite un courriel récemment reçu d'un lecteur texan, Lee Mathis, qui lui racontait à quel point il est efficace pour une société de laisser les gens porter des armes : «Pas d'assassinats de groupe, pas de sang dans les rues.» (Après les récentes fusillades, c'est curieux, non ?)
Gleeson dit que plusieurs Canadiens vont se moquer des propos du Texan. Il leur répond ceci : «Ce sont les mêmes gens qui vivent dans un pays où presque un électeur sur trois vote pour une dynastie criminelle au pouvoir, où les libertés sont chaque jour violées au nom des "droits", où les citoyens sont davantage taxés que les esclaves sous les pharaons d'Égypte (parce que le lavage de cerveaux, ça coûte cher). Ces gens nient que le grand pays voisin leur assure la sécurité, leur permet d'être prospères et leur procure la plupart de leurs produits culturels.»
Gleeson affirme que «l'élite de gauche» a le pouvoir et fait en sorte que les Canadiens acceptent leur sort. Il fait mention de la réponse de Lee le Texan, qui l'incite à déménager dans son État. «Tout est légal ici, sauf le meurtre et les drogues. Tout le monde est gentil ici parce que nous n'avons ni gauchistes ni des gens de la Californie, de New York ou de tous ces endroits de pleutres.»
Gleeson affirme que c'est là une «proposition très intéressante». Mais il conclut en affirmant, presque sérieux : «Je serais sans doute plus à mon aise dans les endroits de pleutres que Lee a nommés, ou encore à Seattle, voire à Chicago. Après tout, je suis un Canadien.»
arobitaille@sympatico.ca

Auteur renommé Michael Ignatieff est pessimiste pour le Canada
Presse Canadienne samedi 16 avril 2005
Un auteur à la fois prolifique et renommé au Canada anglais, le Torontois Michael Ignatieff, semble pessimiste à propos de l'unité nationale au Canada.
Dans une allocution prononcée hier soir, à Toronto, M.Ignatieff a affirmé que l'actuelle crise politique rongeait l'unité nationale et allait mener le pays vers une crise constitutionnelle.
Il prédit qu'un prochain scrutin fédéral pourrait sourire aux nationalistes québécois, conduisant à un autre référendum sur la souveraineté. Et cette fois, croit-il, le OUI pourrait l'emporter de façon décisive, menant à la dissolution du Canada.
Michael Ignatieff, 58 ans, a déjà été pressenti comme candidat à la direction du Parti libéral du Canada. Il enseigne maintenant à l'Université Harvard, aux États-Unis après que ses nombreux écrits lui eurent valu plusieurs prix, dont celui du Gouverneur général du Canada, en 1988.

Canada heading toward breakup, Ignatieff warns
Political crisis fuel for separatists, he says
ISABEL TEOTONIO
Globe&Mail, 18 April 2005
Harvard prof proposes royal commission
The current political crisis in Ottawa is destroying national unity and hurtling Canada toward a constitutional crisis, Harvard scholar Michael Ignatieff said yesterday at Osgoode Hall Law School in Toronto.
Whenever the next election rolls around, Quebec nationalist parties will likely swell in support and with that surge comes a renewed call for separation, he warned. But this time, a referendum to separate could result in an "unequivocally" clear result.
"We might all find ourselves unwilling participants in an experiment unprecedented in the annals of political history — not the breakup of a failed state, but the dissolution of a mighty, successful and admired G-8 country," said Ignatieff, a human rights professor.
"The federal political party (system) is failing us," he said.
Ignatieff made his comments in a keynote address at the law school's eighth annual Constitutional Cases Conference, which attracted more than 30 constitutional experts who spoke of the Supreme Court of Canada's constitutional decisions in 2004.
His comments came on the heels of a week in which polls showed support plummeting for the Liberals' minority government. Support has been slipping since the federal government's sponsorship scandal surfaced, but it took a nosedive last week after testimony at the Gomery inquiry by former Montreal ad executive Jean Brault was made public. Brault alleged gross misconduct in the Quebec wing of the federal Liberal party.
A Toronto Star poll, conducted by EKOS Research Associates, found that Liberals are now trailing in every region of the country, particularly in Quebec where support for the Bloc has risen to 50 per cent.
But it's not just Quebecers who may be wondering about their place in Canada, warned Ignatieff. If other regions become convinced that fiscal imbalances or regional disparities aren't properly managed by Ottawa, they too may turn alienation and discontent into something much more serious.
"Our constitutional crisis is rapidly becoming systemic," said Ignatieff.
Atlantic provinces discovering new energy wealth are seeking to patriate this wealth for their own development. Hard-pressed Ontario is trying to keep up with rising health and education costs, while raising fundamental questions about its historic role in equalization. Alberta has its own concerns with equalization and Saskatchewan wants to renegotiate its deal.
Add to that list, he said, cash-strapped municipalities that are asking where they fit into fiscal federalism, which is structured around distributing taxation and revenue between federal and provincial governments.
One way to mend the nation's unravelling fabric is to appoint a royal commission with multi-party representation from all levels of government, he suggested.
"Nothing would do more to address the risk of complacency and fatigue that besets the federalist cause," he said. "

Un gouvernement de coalition?
Chantal Hébert
Le Devoir lundi 18 avril 2005
Qu'il survienne dans six semaines ou dans six mois, tout indique que le prochain scrutin fédéral va produire un Parlement plus fragmenté que jamais.
Il y a maintenant quatre cycles électoraux que la Chambre des communes a éclaté en plusieurs morceaux plus ou moins congruents. Au lendemain des élections de 1993, tout le monde parlait du Parlement à cinq comme d'une aberration temporaire, imputable à la profonde crise constitutionnelle que venait de traverser le Canada. Au fil des années, cette situation a produit son lot de résultats dysfonctionnels dont une opposition officielle sécessionniste, deux partis de droite qui vivaient pour se faire la guerre plutôt que pour la faire aux libéraux et un gouvernement minoritaire libéral sans partenaire stable dans l'opposition.
Douze ans plus tard, voilà maintenant qu'après le NPD et le Parti conservateur, c'est au tour du Parti libéral d'être menacé d'être réduit à une simple fraction du tout fédéral. Après avoir passé une décennie sans solution de rechange au parti gouvernemental en place, le Canada est en voie de devenir un pays sans parti gouvernemental au sens national du mot.
Si des élections avaient lieu au printemps, il y aurait davantage de chances de voir le Bloc québécois redevenir l'opposition officielle que de voir le Québec revenir en force au sein d'un gouvernement fédéral. Qu'il soit libéral ou conservateur, le prochain gouvernement du Canada comptera presque certainement moins d'élus québécois que ceux qui l'ont précédé, exception faite de la très éphémère administration de Joe Clark en 1979. Et encore! Si Stephen Harper devient premier ministre, on ne peut même pas jurer qu'il réussira à faire élire ne serait-ce qu'un seul député au Québec.
Quant aux libéraux, les sondages montrent qu'ils ne sont pas autant en train de se faire damer le pion par une autre formation fédéraliste au Québec que d'être réduits à la même place marginale que le NPD et le PCC.
Dans cette perspective, certains ont évoqué l'hypothèse d'une entente cordiale entre les conservateurs et le Bloc québécois. Si ce scénario ne constituait pas un cauchemar pour les deux formations en cause, on pourrait accuser ceux qui l'évoquent de rêver en couleurs.
Une alliance entre le Bloc et le PCC empoisonnerait à tout jamais leurs avenirs respectifs. Elle teinterait irrémédiablement les projets d'un éventuel gouvernement Harper, en particulier son plan de renégocier le fédéralisme fiscal avec les provinces. Les ouvertures de M. Harper à ce chapitre seraient rapidement perçues à l'extérieur du Québec comme une offre de démantèlement de la fédération canadienne faite au Bloc en échange de son appui aux Communes. Dans la foulée de Brian Mulroney mis à mal pour avoir voulu reconnaître le caractère distinct du Québec, il serait à son tour lapidé par l'opinion publique du reste du Canada.
Le Bloc, à l'inverse, pourrait difficilement justifier une certaine complaisance à l'égard d'un gouvernement de droite. Sa base sociale-démocrate ne comprendrait pas que le Bloc marche main dans la main avec un gouvernement dirigé par Stephen Harper. Sa base souverainiste ne concevrait pas que le parti rende un gouvernement sans assises au Québec et souvent à contre-courant de ses tendances lourdes plus tolérable, alors que le contraire sert beaucoup mieux ses objectifs référendaires.
On évoque beaucoup moins l'hypothèse inverse d'une coalition post-électorale du NPD et PLC. Elle est pourtant nettement moins grotesque. Au Canada, les seules expériences de cohabitation réussies ont été celles qui ont rapproché, le temps d'un mandat, des néo-démocrates et des libéraux.
La Saskatchewan a récemment fait l'expérience d'un gouvernement de coalition. Pendant les années 80, l'Ontario, à un moindre degré, avait vu un gouvernement minoritaire libéral gouverner pendant deux ans sur la foi d'un pacte avec le NPD.
Le gouvernement fédéral de centre-gauche qui résulterait d'une telle coalition serait beaucoup plus susceptible d'être stable qu'un gouvernement minoritaire dirigé par Stephen Harper. Minoritaire, une coalition NPD/PLC serait plus souvent sur la même longueur d'onde que le Bloc. Majoritaire, elle serait plus respectueuse de la tendance centriste d'une majorité d'électeurs, toutes régions confondues, y compris le Québec.
Il n'y a pas qu'au Québec que plusieurs sont réfractaires à l'idée de voir Stephen Harper s'installer au pouvoir. L'an dernier, ce sentiment avait été suffisamment fort pour permettre à Paul Martin de le canaliser à son avantage pour sauver sa mise le jour du scrutin. Cette année, la donne se présente différemment. M. Martin ne peut plus espérer bénéficier de la chance au coureur qu'il a tant réclamée l'an dernier.
S'il y a des élections ce printemps, le NPD s'annonce déjà comme la variable la moins prévisible du recomptage des votes de l'an dernier. Déjà, d'un sondage à l'autre, on assiste à des variations de presque dix points de ses appuis potentiels.
Un bon score néo-démocrate pourrait résulter en un gouvernement majoritaire conservateur - en affaiblissant les libéraux dans plusieurs régions du Canada. Mais une remontée du NPD pourrait également faire basculer la Chambre des communes vers la gauche.
Ce qui est certain, c'est que le Canada n'est pas sur le point de revenir au modèle plus simple de l'avant-Bloc québécois. Si les complications appréhendées de la prochaine campagne fédérale doivent servir à autre chose qu'à produire un autre gouvernement impuissant, ce sera peut-être à faire avancer l'idée que le temps de penser différemment aux ingrédients qui peuvent faire des gouvernements durables au Canada est venu.
chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star

It's time for a national Bloc party
Mike Jenkinson -- For the Edmonton Sun
COLUMNIST Mon, April 18, 2005
Paul Martin's scandal-plagued minority government has survived another week, mostly because the opposition parties continue to maintain this bizarre fiction that Canadians don't want an election right now.
Look: Canadians NEVER want an election. This country has become so apathetic that we'd be happy if we never had to vote again. So if the Conservatives are waiting for the polls to say that Canadians are salivating for the chance to vote, they'd better start buying gravestones and burial plots because it's going to be a long wait.
The polls also say that Canadians, particularly of the Toronto variety, aren't particularly sold on the Conservatives yet, which is a problem for those of us in the rest of the country who want to get rid of a Liberal party so corrupt that even the Hells Angels are offended by them. Who do you vote for if you can't vote Conservative?
I mean, we can't all vote for the NDP. A Jack Layton prime ministership would send the dollar plummeting and the Canadian middle class scurrying for the exits. The Green party has never elected anyone to federal office, so putting them in charge of the entire enchilada would be a risky prospect at best.
But if the Bloc Quebecois would run candidates in every riding, it would solve a lot of little problems - and one very big problem. Indeed, a national Bloc party could potentially serve the interests of every region of the country.
* Quebec: Of course, Quebec would vote for the Bloc. They already do. So it would be business as usual.
* Ontario: Having BQ candidates in every riding would allow Ontarians to vote against the Liberals, yet not have to hold their upturned noses to vote for toothless, inbred hicks from the West who might soil the good carpets with their cowboy boots.
* Western Canada: The prospect of being able to vote for Bloc candidates would serve a variety of purposes in Western Canada. For starters, it would up the mischief factor of politics a thousandfold. Westerners could vote for the BQ with the hopes that a BQ government would finally solve the Quebec separatism issue once and for all by actually, you know, separating, in which case, it's a win-win. And if the BQ actually wins enough seats to form the government but doesn't quickly negotiate Quebec separation, then, in the meantime, westerners could continue life as usual, constantly complaining about bilingualism, prime ministers from Quebec and a federal government that ignores our interests.
* The Maritimes: OK, they don't count. Never mind.
I suspect a lot of Canadians from across the land, though, might be completely horrified at putting the fate of the country in the hands of Quebec separatists who might render it asunder.
But the Liberals have done a pretty good job of wrecking the country and they keep getting re-elected, so I can't see the harm in giving another Quebec-based party the same opportunity.
Not to mention the prospect of a BQ government would fulfil the little-known clause found in Section 194, Article II, paragraph 14 of the 1867 BNA Act, "The prime minister of the Dominion of Canada shall always be from Quebec with the exception of brief interruptions from incompetent party leaders from Ontario and the western regions who shall be permitted to become prime minister so as to not to arouse too much suspicion that this country is really in the iron grip of one province. Shhh ... don't tell anyone."
Yes, that's the answer to our current electoral dilemma: Vote BQ, for a better tomorrow. Or at least, a much more interesting one.

Too many Canadians aren't Canadian enough
RICHARD GWYN
Toronto Star Apr. 19, 2005
According to Michael Ignatieff, the Canadian who teaches human rights at Harvard, Canada's ship of state is about to find itself ploughing through a "perfect storm" of a constitutional crisis.
Because he is brainy and keeps a fond eye on his native land, the speech Ignatieff gave in Toronto last Friday is well worth pondering.
My own summary conclusion is that he's right, and wrong.
A full-fledged constitutional storm is most certainly possible. The likeliest result of a snap election is a Conservative government with almost no seats in Quebec. At the same time, the pro-separatist Bloc Québécois will gain seats.
To magnify this storm, a victory by the separatist Parti Québécois in the provincial election due in a couple of years is entirely likely. Another Quebec referendum would then be inevitable.
Here, Ignatieff makes the shrewd point that, perversely, Jean Chrétien's Clarity Bill might make a separatist referendum win more likely. Counting on the legislation to protect them, many Quebecers might vote "Yes" to separation to improve their government's bargaining position in the negotiations that would have to follow. They might discover — too late — they'd voted themselves right out.
Ignatieff's worry is that all then might be lost because of "exhaustion" in the rest of Canada.
Being Canadian, he writes, is "a constant act of justification and self-invention." To be tired of all of this "is to be tired of Canadian life".
He's wholly right. My own formulation, which I've expressed earlier in this space, is that to be Canadian is to be someone who is forever becoming a Canadian.
But I think Ignatieff misreads the nature of the looming crisis. It isn't because Quebecers are too Québécois, it's because Canadians aren't Canadian enough.
Quebec isn't a real threat, I would argue, because Quebecers have already separated within Canada and so have no need to formally separate.
They've figured out, this is to say, how to be wholly Quebecers while using Canadianism (our passport, our international image, etc.) as a useful, if secondary, asset.
The rest of us are getting to be like Quebecers. Canadianism is becoming a convenience rather than a source of identity.
For me personally, the realization of just how far we have moved from a sense of national solidarity happened when Newfoundlanders lowered the Maple Leaf flag. That the provincial government did this was one thing. That Memorial University, an independent institution, did it also, was quite another.
I cannot think of any other country where citizens would lower their national flag as a bargaining ploy.
Our sense of national solidarity seems to be slipping away.
It doesn't help that Paul Martin espouses "asymmetric federalism" which, if it means anything, means that any province can make any deal it wants, and that his likely successor, Stephen Harper, authored the doctrine of surrounding Alberta with a "firewall" to keep other Canadians at their distance. Globe and Mail columnist John Ibbitson now compares Ottawa to "Vienna, circa 1910 ... pretend(ing) to be the capital."
The politicians are hollowing out the centre, though, in response to the signals coming to them from the public. And more and more often those signals are that Booker Prize-winning novelist Yan Martel had it right when he described Canada as "a great hotel" — hotels, of course, being a source of comfort and security, but not identity.
Ibbitson ended his piece: "A single crisis could sweep it all away."
If a major storm is coming, we do need to know its real nature. My guess is that it isn't at all the old-fashioned one of national unity, or of Quebec being angry at the rest of the country. It's of too many of us being indifferent to too many of us.

Le cas Lapierre
Michel David
Le Devoir mardi 19 avril 2005
Malgré les horreurs qui en sortent, il y a quelque chose de rassurant dans la commission Gomery: elle existe. Dans bien d'autres pays considérés comme démocratiques, on n'aurait pas vu la nécessité de faire enquête sur des pratiques qui sont certes jugées déplorables, mais pratiquement inévitables.
D'un point de vue partisan, Paul Martin a peut-être commis une erreur qu'il risque de payer très cher en permettant que la turpitude de son parti soit exposée au grand jour, mais l'objectif était louable.
En revanche, personne n'a soupçonné Jean Lapierre d'intentions vertueuses, la semaine dernière, quand il a déclaré que les travaux de la commission pourraient être interrompus par le déclenchement d'élections générales. Son inquiétude de voir la justice mal servie ressemblait à celle du renard qui déplorerait que l'enclos restreigne la liberté des poules.
Si le gouvernement était renversé au début de mai, comme le veut maintenant la rumeur, la poursuite des audiences publiques pourrait certainement causer de sérieux problèmes aux libéraux durant la première partie de la campagne, mais le tort serait encore plus considérable s'ils donnaient l'impression de vouloir museler la commission.
C'est comme cette idée de mettre prématurément fin à la session parlementaire pour empêcher l'opposition d'adopter la motion de censure fatale. Qu'on ait simplement pensé à utiliser un expédient aussi antidémocratique en dit long sur la panique qui s'est emparée des libéraux.
Même s'il a précisé que la décision de suspendre les travaux de sa commission appartenait au juge Gomery, la remarque de M. Lapierre n'en constituait pas moins une forme de pression incompatible avec le principe de la séparation des pouvoirs entre l'exécutif et le judiciaire.
***
Cette nouvelle sortie du ministre des Transports avait des airs de déjà-vu. À pareille date l'an dernier, au moment où il confirmait officiellement son retour en politique, il avait plongé son chef dans l'embarras en déclarant que la loi sur la clarté référendaire, objet de vénération au Canada anglais, était parfaitement inutile.
Encore une fois, le bureau du premier ministre a jugé nécessaire de corriger ses propos. Certes, le gouvernement préférerait que le juge Gomery ait le temps de déposer son rapport final avant le déclenchement des élections, ce qui les reporterait pratiquement au printemps 2006, mais il est hors de question d'annuler ou de suspendre les travaux de la commission, a assuré le directeur des communications, Marc Roy.
Il y a un an, M. Martin avait tenté d'expliquer la gaffe de son nouveau lieutenant au Québec par les nombreuses années qu'il venait de passer derrière le micro de CKAC, où il était libre de dire n'importe quoi. Il lui faudrait un certain avant de retrouver ses vieux réflexes de politicien.
Cette période d'adaptation devrait maintenant être terminée. Si M. Lapierre se limitait à ses habituelles pitreries, on se contenterait de ne pas en rire, mais le problème semble plus profond. Remarquez, il n'est pas le premier à faire la preuve qu'on peut faire de la politique depuis des années sans avoir plus de jugement pour autant. Au Québec, l'exemple vient de haut.
En annonçant qu'il reprenait du service, M. Lapierre avait clairement indiqué que son retour en politique était intimement lié à la présence de Paul Martin, qu'il avait appuyé lors de la course au leadership de 1990. Il avait ajouté qu'il se retirerait le jour où M. Martin partirait.
Les électeurs d'Outremont pourraient lui éviter d'avoir à choisir. En juin dernier, M. Lapierre l'avait emporté plus facilement que ses collègues Pierre Pettigrew ou Liza Frulla, dont la réélection semble bien improbable, mais le bloquiste François Rebello lui avait néanmoins livré une lutte honorable dans des circonstances moins favorables qu'aujourd'hui.
Déjà engagé dans une lutte pour un poste à l'exécutif national du PQ, M. Rebello ne sera pas candidat cette fois-ci, mais le Bloc québécois a dans sa mire le candidat idéal : l'ancien maire d'Outremont, Jérôme Unterberg, dont le père, Paul, avait défendu les couleurs péquistes à trois reprises dans les années 1970.
***
Si la menace que M. Lapierre a laissé planer sur la commission Gomery était grossière, les libéraux ont parfaitement le droit d'avertir la population que le déclenchement d'élections précipitées signifierait la mise en veilleuse, voire l'abandon définitif de plusieurs projets de loi et mesures budgétaires.
La dissolution de la Chambre des communes laisserait en plan la reconnaissance du mariage gai et la décriminalisation de la possession de petites quantités de marijuana. Il serait tout à fait normal que les responsables de la chute du gouvernement Martin en assument les conséquences.
Cela vaut aussi pour certains engagements financiers, comme l'entente sur le partage des revenus des ressources pétrolières extracôtières avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse. Les libéraux ont encore le temps de la faire approuver, mais pourquoi ne pas faire porter aux partis d'opposition le blâme d'un aussi fâcheux contretemps ?
Il est inévitable que les questions d'éthique dominent la prochaine campagne électorale, mais, comme au printemps dernier, les électeurs auront aussi à choisir entre des visions de la société canadienne qui sont diamétralement opposées.
M. Martin a commis l'erreur de penser que la création de la commission Gomery suffirait en soi à satisfaire l'appétit de moralité publique de la population, mais une fois qu'on aura trouvé et puni quelques coupables, il faudra bien passer à autre chose.
Même aux yeux des plus progressistes, l'élection d'un gouvernement Harper ne réussirait sans doute pas à faire de la vie un enfer, mais cette perspective en effraiera certainement plusieurs. Si les électeurs ontariens arrivent à se convaincre que le scandale des commandites est essentiellement une affaire québécoise, la partie est encore jouable pour les libéraux.
mdavid@ledevoir.com

Un spectre hante le Canada : le séparatisme
Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 126, 19 avril 2005
Un climat de panique s’est installé au Canada anglais dans la foulée des révélations de Jean Brault à la Commission Gomery. Pendant que Radio-Canada essaie d’engluer toute la classe politique - souverainistes compris - dans la fange, la presse anglophone ne s’y trompe pas sur les enjeux véritables qui se posent maintenant que sont étalées au grand jour les différentes facettes du crime bien organisé du scandale des commandites.
Les éditorialistes et les commentateurs du Canada anglais y sont tous allés de leur scénario d’horreur qui est, le plus souvent, un «remake» de la partie en trois périodes qui constituait autrefois le plan de match de Jacques Parizeau. Un raz-de-marée du Bloc, suivi d’une victoire du Parti Québécois et la tenue d’un troisième référendum.
Si, jadis, les fédéralistes avaient pris quelque peu à la légère les prédictions de M. Parizeau, il en va tout autrement maintenant qu’ils savent qu’ils peuvent perdre un référendum. Leur stratégie est donc d’empêcher à tout prix le déclenchement d’élections ce printemps, question de se donner le temps de réanimer un Parti libéral aux soins intensifs.
D’énormes pressions sont exercées sur Stephen Harper, le chef du Parti conservateur, pour qu’il ne renverse pas, avec l’appui du Bloc Québécois, le gouvernement «avant la publication du rapport Gomery», ce qui reporterait les élections à l’automne, voire au printemps prochain.
Ces pressions proviennent de tous les horizons, des milieux d’affaires, des médias, de la gauche canadienne-anglaise et même de milieux proches du Parti conservateur.
Les «conseils» sont le plus souvent accompagnés de menaces à peine voilées. Si Harper s’allie aux «séparatistes» pour faire tomber le gouvernement, on lui promet une campagne électorale sur le thème de l’unité canadienne où il devra affronter le slogan libéral: «Un vote pour les conservateurs est un vote pour le séparatisme». En somme, M. Harper aurait droit à une vraie campagne à la québécoise!
D’autres considérations font réfléchir M. Harper. Il sait que son programme de droite n’est pas populaire en Ontario - la province où il doit absolument faire des gains - et il ne veut pas tirer les marrons du feu pour le NPD qui bénéficie lui aussi dans les sondages de la descente aux enfers des libéraux.
Mais le NPD ne semble pas vouloir profiter de l’extraordinaire fenêtre qui s’ouvre avec la déconfiture des libéraux au risque de laisser passer la chance unique de devancer les libéraux dans la faveur de l’électorat.
Bien que cela ne soit pas dit ouvertement, les fédéralistes craignent de se retrouver avec un Parlement «à l’italienne» - pour reprendre une expression popularisée jadis par Jacques Parizeau - c’est-à-dire un Parlement fédéral affaibli, divisé, face à un mouvement souverainiste revigoré.
Dans la fédération canadienne, où les forces centrifuges sont puissantes, les partis politiques fédéraux ont constitué historiquement les principales forces centripètes. Avec la scission du Parti conservateur et la création du Bloc Québécois suite à l’échec de l’entente du Lac Meech, il ne restait plus que le Parti libéral comme force politique présente d’un océan à l’autre. Avec la crise qui le secoue, l’éclatement du pays devient une perspective bien réelle.
La fracture du pays sera d’autant plus béante si le Bloc Québécois balaie les libéraux du Québec et devient l’Opposition officielle à Ottawa. C’est le scénario que veulent à tout prix éviter les fédéralistes et on n’est pas surpris de voir la famille Beaudoin de Bombardier mettre la main à pâte et faire pression sur Gilles Duceppe pour qu’il repousse le déclenchement des élections, sous prétexte que des élections précipitées pourraient compromettre la production de son nouvel avion.
La panique est telle dans les rangs fédéralistes que le journal le plus important du pays, le Globe and Mail, a évoqué en éditorial la possibilité de rouvrir la constitution, faisant écho à une idée d’abord émise dans ses pages par André Pratte, l’éditorialiste en chef de La Presse.
Le Parti libéral fédéral est «mortellement blessé» comme l’écrivait l’ex-ministre libéral Claude Castonguay et on cherche désespérément qui pourrait mener campagne contre les «séparatistes» lors d’une prochaine campagne référendaire.
Le Canada anglais vit avec la nostalgie de Pierre Elliott Trudeau comme en témoigne la publication régulière de nouvelles biographies consacrées à l’ancien premier ministre. «Mais la trudeaumanie s’étiole», écrivait avec résignation un chroniqueur anglophone en constatant que la plus récente biographie intitulée Pierre a vite cédé la place en tête des best-sellers à une biographie de Terry Fox !
Un nouveau Trudeau serait le bienvenue et certains croient l’avoir trouvé dans l’intellectuel canadien-anglais Michael Ignatieff dont on fait ces jours-ci la promotion dans les pages des journaux fédéralistes. Récemment, le journal La Presse publiait un texte du professeur de Harvard, intitulé «Il faut se ressaisir ! Nous pourrions très bien nous retrouver bientôt en pleine crise constitutionnelle une fois de plus. »
Ignatieff serait favorable à la reconnaissance du Québec comme société distincte ou comme nation dans la constitution canadienne, mais n’hésiterait pas à avoir recours à la force pour empêcher l’indépendance du Québec.
Dans son livre La Révolution des droits, Ignatieff écrit que «ce n’est pas la nature des exigences du Québec qui est insupportable, mais la menace de sécession qui les accompagne. »
Il poursuit en mettant cartes sur table : «Le vrai problème est que nous n’avons pas la même vision de l’Histoire. Ce n’est pas une question de pouvoirs ou de droits, mais de vérité. Nous n’habitons pas la même réalité historique. Et il est grand temps d’y parvenir. Deux générations de Canadiens anglais ont demandé respectueusement : What does Quebec want? Le temps est venu pour nous, Canadiens anglais, de dire qui NOUS sommes et ce qu’est NOTRE pays. Et la réponse est celle-ci : nous sommes un partenariat de nations, une communauté de peuples unis dans une citoyenneté commune et l’égalité des droits. Nous avons une histoire commune et, bon gré mal gré, il nous faut partager une MÊME vérité. »
Cette vérité, il la définit ainsi : «Et voici la vérité du Canada anglais. La conquête britannique de 1763, loin d’étouffer le fait français en Amérique du Nord, a apporté l’autonomie aux Canadiens-français pour la première fois. » C’est la Conquête, poursuit-il, qui «a assuré la survie d’un Québec démocratique en Amérique du Nord. »
Le message est clair. Le Québec doit en prendre acte, mais également la gauche canadienne-anglaise. Veut-elle la confrontation que nous promet Ignatieff ou une véritable solution démocratique à la question du Québec qu’Ignatieff a au moins le mérite de replacer dans sa perspective historique ?
Dans la deuxième hypothèse, il vaut mieux débrancher le Parti libéral des appareils de soins intensifs, quitte à se retrouver avec un Parlement «à l’italienne» !

Minority liberals commit political suicide
CHANTAL HÉBERT
Toronto Star Apr. 20, 2005
The irony of the situation was almost certainly lost on the panic-stricken government of Paul Martin. Even as it was unveiling lofty plans to spread Canadian-style democracy to the remotest areas of the planet yesterday, it was scrambling for ways to use its powers to short-circuit it in Parliament.
Only one week after he proclaimed that he still had the moral authority to govern, Martin has become a prime minister on the run from the opposition parties.
Since yesterday, the House of Commons has been operating under the political equivalent of a government-imposed lockout of the opposition.
To avoid, or at least postpone, the defeat of his minority government, Martin has fallen back on what can only be described as desperation.
It involves pushing off the days set aside for opposition motions as far into the spring as possible.
Today should have been one such day.
But the government abruptly cancelled it Monday night because it did not like the nature of the motion the Conservative party wanted to put forward.
Now, there is a possibility that no opposition day will be scheduled for the entire month of May.
By the time the Conservatives have a chance to introduce a non-confidence motion in the government —possibly as late as June — their desire to set in motion an election would presumably be thwarted by the unpalatable prospect of a campaign in the dead of summer.
The government has also signalled that the budget implementation bill — its top priority at least until recently — will now not come up for adoption for a number of weeks.
If Martin had wanted to convince Canadians that he no longer enjoyed the confidence of the Commons, he would not have acted differently.
Short of introducing a non-confidence motion, defeating the government on the budget is the other obvious avenue available to the opposition to bring it down.
But while a minority prime minister can always run from Parliament for a while, as Martin has done since last week, he cannot hide forever.
As Liberal strategists certainly know, their latest ploy stands to have made a snap election even more inevitable.
It basically ensures that the notion that this minority government can no longer function will now become a self-fulfilling prophecy.
The Liberal scorched-earth approach to managing the agenda of Parliament will make it immensely difficult to secure enough opposition co-operation to advance any significant items on the government menu in the future.
Sooner or later, the government will have to bring its budget back for approval.
When it does, this week's procedural coup virtually guarantees that the Liberals will no longer be able to count on Conservative support to survive the final budget vote.
Stephen Harper made it clear yesterday his party's stance on the budget could now be reviewed.
A showdown on the budget would also remove from the New Democratic Party — the only party musing publicly about ensuring the survival of the government beyond the spring — the option of shoring up Martin.
The New Democrats have opposed the budget from the start, as has the Bloc Québécois.
Liberal strategists may feel that, by going down to defeat on the budget rather than on an opposition motion dealing with ethics, they will get a head start on defining the ballot-box question to their advantage.
Faced with the increasingly certain prospect of a swift execution at the hands of the opposition sometime over the next few weeks, the government may well simply have chosen the sword on which it will eventually fall.
One way or another, what was set in motion on Parliament Hill this week was the suicide of the minority Liberal government.
Chantal Hébert is a national affairs writer. Her column appears Monday, Wednesday and Friday. chebert@thestar.ca.

Separatism reborn
MIRO CERNETIG AND SEAN GORDON
Toronto Star, 16 Apr 2005
Even federalists in Quebec are angered by the sordid revelations coming from the sponsorship probe
And instead of quelling the fires of Quebec separatism, the federal Liberals have stoked them
MONTREAL—Step inside the confines of La Vieille 300, a tavern that's been serving beer on rue Sainte-Catherine since 1925, and there's more than just the usual haze of stale smoke hanging in the air.
There's a palpable disgust with politicians and politics, a white-hot rage at Liberals in particular and a resigned view that Quebec, like it or not, is once again headed down the path to another referendum to decide its future within Canada.
"I'm not scared this time," grumbles Jean Albert, a 48-year-old real estate developer, who has come in for an after-work drink. "After this scandal with the Liberals, I'm not afraid of independence.
"Quebec will still be part of Canada one way or another. We're not Canadian, we're part of North America. So, it won't really matter."
What Prime Minister Paul Martin and other Canadian federalists ought to worry about is that sentiment comes from a man who is a federalist, who has voted Liberal for most of his 23 years in Canada. Not since the last, bitter battle over the Constitution, which led to the near-break up Canada in the 1995 referendum, has a Liberal prime minister reached such a nadir here in Quebec.
It's a remarkable reversal in public opinion for federalists. For more than a decade now, the conventional wisdom in Quebec has been that after eking out that hair-thin victory in 1995, then-prime minister Jean Chrétien had put the separatist genie back in the bottle.
He introduced the Clarity Act, making it necessary for a separatist government to ask Quebecers a clear question in another referendum.
His Liberal government passed a resolution declaring Quebec a distinct society and acceded to demands of a regional veto over future constitutional change. The coup de grâce, boasted Chrétien when he retired in late 2003, was the rise of Liberal Premier Jean Charest in 2002, who swept the Parti Québécois out of power.
In Charest, Quebec supposedly had a federalist fighter who would "re-engineer" the Quebec model and reinforce the federalist cause.
But the sponsorship scandal now threatens to undo all of that work. Even among their core supporters, the Liberals — both on the federal and provincial levels — are contending with a level of cynicism rarely seen in Quebec.
"After this, all government is garbage," says Claude Legault, throwing his hands up in anger as the giant TV screen inside La Vieille 300 shows more news of the sponsorship scandal. "I voted for the Liberals. But now I'm not going to vote at all — there's no point."
The daily tales of corruption spilling out of the Gomery inquiry in Montreal, ranging from tawdry tales of Liberal bagmen accepting envelopes stuffed with cash to the Liberal party allegedly getting an illicit cut of the $250 million sponsorship program, have turned the word Liberal into an epithet here. The Liberals — already in trouble in Quebec before the inquiry got rolling — have now sunk so low that many organizers doubt their fortunes can be reversed before the next election.
In Quebec, the Liberals are now in a three-way race for second place. Polls put them at 15 per cent, behind the Conservatives at 19 per cent and ahead of only the NDP at 12 per cent.
If a federal election were held today, the Liberals would likely lose many of the 21 of 75 seats that they took in their drubbing in the last election, a result that was then considered a low watermark. But the Bloc Québécois is now at 51 per cent, meaning that Bloc Leader Giles Duceppe could lead his party to 60 seats or more.
Things are so bad, federal Liberals are even worried that the Conservatives, considered moribund in Quebec just a few weeks ago, may start to be seen as a plausible federalist alternative. The irony is that many Liberals in Quebec rate the Tories' chances higher than the party's own organizers.
Conservative Leader Stephen Harper has been working hard to attract star candidates and has been actively pursuing disgruntled former Charest finance minister Yves Seguin — an unlikely catch, but one that would give the party instant credibility.
***
`After this scandal with the Liberals, I'm not afraid of independence'
Jean Albert
***
"We go down seven or eight seats," predicts a well-connected Liberal organizer, who says the party is strapped financially and is having difficulty recruiting top-class candidates. In contrast, opponents like the Bloc are anticipating heated nomination battles even in ridings where their candidates have traditionally been little more than cannon fodder for the Liberals.
"We'll be wiped out outside Montreal and Hull," the Liberal organizer says.
But a drubbing in the next election is not what Quebec Liberals fear most.
"As bad as it is for us, and it's bad, I'm sick about it, what I'm really worried about is that we may be headed to a national unity crisis," says a senior Martin loyalist who lives in Montreal. "This is clearing the way for separatists to return to power and another referendum that they might win."
However, federalists here know that it's the Liberals who have created this latest unity crisis.
It's now clear, that even under the troubled leadership of Bernard Landry, the PQ is once again poised for an electoral comeback. Although a provincial election is two years away, the provincial Liberals are in a quagmire.
A recent Leger Marketing poll showed the provincial Liberals at 21 per cent, behind even the Action démocratique du Québec, which has climbed to 25 per cent. The PQ has 47 per cent of support, numbers that would translate into a landslide victory.
Within the stately precincts of Quebec City's National Assembly, the provincial Liberals are in high dudgeon and there are not-so-concealed whispers concerning Charest's leadership. Health Minister Philippe Couillard is already being hyped by some as a possible tonic for declining Liberal support.
Party insiders insist the pressure isn't coming from within the caucus — yet — but they admit there is mounting discontent among people who mere months ago were Charest's staunchest champions.
Several influential federalist business leaders have been disappointed by Charest's inability to deliver on key campaign promises, and sources say many were deeply irked by the indecision over where to locate Montreal's $1 billion French-language super-hospital.
This week, detractors found more reasons to heap scorn on the beleaguered premier.
As the province dealt with rotating teachers' strikes, lingering protests marking Charest's second anniversary as premier and threats of further labour unrest, the opposition presented a censure motion condemning the government's anemic track record.
The situation was drastic enough for Charest to stand in the assembly to defend himself in a stirring speech that drew rousing applause from the spectators' galleries.
But Liberal fervour quickly fizzled when the opposition revealed the government had stacked the gallery with political staffers, who had been told to take time out from their duties to attend the speech.
The premier felt it necessary to take the unusual step this week of denying he might be ousted.
"There will be no change of leadership," Charest told the Montreal Gazette. "I will lead the Liberal Party of Quebec in the next election campaign, and I am very determined to fulfill my mandate and get another mandate to continue our work."
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`We'll be wiped out outside Montreal and Hull'
A Quebec Liberal organizer
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Like the federal Liberals, the premier hopes raising the spectre of another unity crisis will improve his fortunes. In a pair of interviews with CBC radio and television this week, Charest warned sovereignists against using the sponsorship scandal for political benefit, adding that national unity is of exponentially greater consequence than any political scandal.
Earlier this week, Landry conceded the sponsorship revelations are certainly a short-term boon to the sovereignty movement, though he sought to play down their impact.
"Sovereignty will not come about as a result of the sponsorship scandal ... but certain circumstances, like the fact we have the worst government in history in Quebec and the Liberals in Ottawa have been disgraced, obviously can't hurt," he told reporters.
"Many observers, non-sovereignists, are saying that there is a breach of confidence between Quebec and Ottawa that will last (a long time) and will have a deep effect on Quebec and Canadian politics. And I think they are right."
In the last decade, support for the Yes side — which usually hovers in the high 40s — has gone above 50 per cent only four times, for brief periods, according to polls. In private, senior PQ party insiders say their polling shows support for the Yes side is growing quickly.
"People are pumped up, they're enthusiastic, everything seems possible again," confides a high-ranking party official.
But all is not well in PQ circles.
Beyond allegations that the party accepted illegal donations from Groupaction president Jean Brault, the sovereignist party is also in the midst of a leadership battle, the denouement of which will play out at a June leadership review.
"We're focusing on one thing, and that's the first week of June. After that, we'll see about the rest," says Landry supporter and long-time PQ MNA Michel Létourneau.
While the polls show that Charest is massively unpopular, a majority of Quebecers would also like Landry to return to private life, and the party's internal polling suggests it would ride as many as 10 points higher with a different leader.
Landry faces a stiff challenge from the sovereignist hard core and rumours are rife that if Duceppe runs the table in Quebec during the next federal vote, he will supplant Landry as PQ leader.
The best place to understand voter disillusionment — and the swelling tide for sovereignty — might be in the hometown of the man whose government gave Canadians the sponsorship scandal.
Shawinigan voted for Jean Chrétien without fail during his four decades in politics.
On a recent afternoon, a pair of old friends stand chatting and smoking amid the faded glory of Shawinigan's main street, outside the federal building that once housed Chrétien's riding office. The sponsorship inquiry, and the apparent rot within the Liberal party, was much on their minds.
"Who's left to vote for?" wonders Michel Bernier, a long-haul trucker. "The Liberals are corrupt, the Bloc can't do anything for this town, and Harper doesn't know anything about Quebec. What am I supposed to do?"
Asked whether the scandal has influenced his thinking on the sovereignty debate, Bernier just grimaces and takes a long pull on his cigarette.
Claude Pelletier, a Hydro-Québec lineman who stood with Bernier in the midday sun says: "I used to have strong feelings about this. But now, I don't really care.
"Whether I'm screwed by people in Ottawa or by people in Quebec, I'm still going to get screwed."
