Scandale des commandites

Révoltant!

André Pratte
La Presse vendredi 8 avril 2005

Éditorial - Si ce que Jean Brault a dit à la Commission d'enquête sur le programme des commandites est vrai, il a existé, entre 1996 et 2002, un véritable système de financement occulte de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada. Les faits allégués par M. Brault sont troublants, révoltants. Du coup, le scandale des commandites prend une tout autre dimension.

Jusqu'ici, la vérificatrice générale, les médias et la commission Gomery avaient mis au jour d'énormes abus financiers commis par quelques hommes d'affaires sans scrupules, qui avaient profité de ce que régnait à Ottawa un climat de panique politique et de complaisance partisane, doublé d'une gestion bureaucratique gravement déficiente. Le nombre de personnes directement impliquées semblait encore restreint, et malgré une tonne de soupçons et de suppositions, rien ne démontrait la participation directe de personnages politiques de premier niveau.

Le témoignage de M. Brault élargit considérablement le cercle des personnes potentiellement mêlées à l'affaire. Parmi les noms mentionnés, on note ceux de Jacques Corriveau, militant libéral de longue date, ami de l'ancien premier ministre Jean Chrétien (qui a toutefois témoigné ne pas être au courant des activités de M. Corriveau reliées aux commandites ou au financement du parti); Benoît Corbeil, à l'époque directeur général de la section Québec du PLC; Serge Gosselin, lui aussi organisateur libéral de longue date et qui a été chef de cabinet de Pierre Bourque; Alain Renaud, démarcheur libéral bien connu, Giuseppe Morselli, à l'époque l'un des responsables du financement du PLC-Québec; John Welch, jusqu'à hier chef de cabinet de la ministre Liza Frulla.

Mais c'est surtout la nature du scandale qui a changé. On parlait jusqu'ici de gaspillage éhonté des fonds publics; il est maintenant question du financement du Parti libéral par des voies irrégulières, et de retours d'ascenseur sous la forme de plantureux contrats. Les propos de M. Brault sont éclairants à cet égard: " N'eût été des investissements de toutes les formes qu'on a faits au sein du parti (libéral), je pense que la portion de la tarte aurait été très petite. " La " recette miracle " pour décrocher des contrats de commandites, a-t-il expliqué, " c'était de porter une bonne écoute à certaines demandes que le parti pouvait nous faire. "

Et, toujours si l'on en croit M. Brault, les libéraux ne se sont pas gênés pour lui demander des choses. Lui, confiant d'y trouver son compte, ne s'est pas trop fait prier. Ainsi:

Groupaction aurait payé, dans certains cas en leur versant un généreux salaire annuel, des gens qui en fait travaillaient pour le PLC;

la compagnie de M. Brault aurait payé plusieurs factures comme s'il s'agissait de dépenses faites par Groupaction, alors qu'en réalité, les fonds étaient destinés à payer des dépenses faites par le Parti libéral;

de 1996 à 2002, Groupaction aurait versé quelque 430 000 $ à l'entreprise de Jacques Corriveau, des montants qui selon M. Brault, ne correspondaient pas à des services rendus par M. Corriveau, mais étaient destinés à " la cause " (le Parti libéral);

enfin, des libéraux auraient accepté de M. Brault des contributions financières de plusieurs dizaines de milliers de dollars, versées comptant dans des circonstances dignes de films de gangsters. L'absence totale de scrupules de la part de ces personnes est renversante: en août 2002, alors que Groupaction est au coeur de la controverse sur les commandites, M. Morselli aurait fait venir Jean Brault pour lui réclamer 50 000 $!

Même les journalistes qui couvrent la politique depuis des années, même de fidèles militants libéraux qui ont pu prendre connaissance du témoignage de Jean Brault ont été scandalisés. Maurice Duplessis, lui, aurait applaudi.

Des propos de Jean Brault, peut-on conclure que le Parti libéral du Canada est ou était corrompu jusqu'à la moelle? Que les dirigeants du parti au plus haut niveau étaient au courant? Que Paul Martin savait sûrement? Non.

D'abord, il faut faire preuve de prudence: il s'agit ici d'un témoignage dans le cadre d'une commission d'enquête (et non d'un procès), de la part d'une personne qui jusqu'à maintenant n'était pas considérée comme très crédible. Le Parti québécois soutient que les allégations de M. Brault le concernant sont fausses; si c'est le cas, pourquoi celles qu'il fait au sujet des libéraux seraient-elles toutes incontestables?

Le témoignage de M. Brault met en cause plusieurs personnes dont la commission n'a pas encore entendu la version; il serait sage de les entendre avant de tirer des conclusions définitives.

Certains voient désormais Jean Brault comme une sorte de héros. On peut certes apprécier le fait qu'il a coopéré avec la commission. Cependant, il ne faut pas oublier que M. Brault est accusé d'avoir fraudé le gouvernement de quelque 2 millions. Il faut noter aussi que, selon son propre témoignage, il a lui-même initié certaines pratiques douteuses, notamment les versements au PLC sous forme d'argent comptant plutôt que de chèques.

Cela dit, M. Brault a, de façon générale, témoigné avec aplomb, et ses propos sont appuyés par une abondante documentation. Par conséquent, son témoignage doit être considéré comme une pièce de première importance au dossier.

Par ailleurs, M. Brault ne soutient d'aucune façon que des élus, que le premier ministre Chrétien ou que son successeur Paul Martin ont joué un rôle dans ces manigances. Il raconte par exemple que lorsqu'il est allé solliciter l'aide de Jean Carle, au bureau du premier ministre Chrétien, il s'est fait répondre de manière " très sèche ".

L'observateur ne peut donc pas sauter aux conclusions comme le font les politiciens d'opposition. Par exemple, on ne peut exclure la possibilité que les milliers de dollars versés " en cash " aient abouti dans les poches des gens qui sollicitaient M. Brault plutôt que dans les coffres du parti.

Par contre, la question demeure, plus lancinante que jamais: est-il possible que personne, parmi les élus, n'ait été au courant alors que plusieurs personnes jouant un rôle significatif dans l'organisation étaient mêlées au " système "?

La suite des travaux de la commission Gomery permettra d'établir avec plus de certitude le rôle des différents acteurs dont les noms ont été mentionnés par M. Brault, de même que celui de leurs supérieurs politiques. Qui qu'ils soient, les responsables du scandale ne porteront pas seulement l'odieux de leur propre immoralité. Ils auront provoqué une nouvelle vague de cynisme à l'égard de la politique, vague dont les conséquences seront nécessairement néfastes pour la démocratie canadienne. Leur turpitude pourrait aussi avoir des effets politiques dommageables pour le Canada; si c'est le cas, leurs noms y seront à jamais associés.

apratte@lapresse.ca





Scandale des commandites

Gomery: renverser les libéraux?

Alain Dubuc
La Presse vendredi 8 avril 2005

Les révélations du président de Groupaction, Jean Brault, devant la commission Gomery, enfin rendues publiques pour l'essentiel après la levée de l'ordonnance de non-publication, feront très mal au gouvernement libéral de Paul Martin.

Et ce n'est que justice. Le témoignage de M. Brault, fascinant et scandaleux, étale de façon convaincante, pour la première fois, l'existence d'un réseau de financement occulte, où une partie des dépenses excessives que le gouvernement fédéral a englouties dans le programme des commandites serait retournée dans les coffres du Parti libéral du Canada. Si l'existence de ce système est confirmée, il est normal que le parti politique qui l'a organisé en paie le prix, même si le premier ministre Paul Martin n'y est pas associé, et même si celui-ci a posé un geste honorable en déclenchant la commission Gomery.

Le choc est assez grand, on l'a vu depuis une semaine par la panique qui s'est emparée des libéraux fédéraux, pour que les partis de l'opposition, surtout les conservateurs et les bloquistes, se demandent si le moment n'est pas venu de renverser le gouvernement libéral.

La question est de savoir si ces révélations provoqueront assez de colère et de stupeur pour donner quelques sièges de plus au Bloc québécois, ce qui est probable, mais surtout, pour ébranler l'opinion publique dans les autres provinces qui, lors des élections du printemps dernier, est restée assez insensible au scandale des commandites.

Dans le fond, il s'agit de savoir s'il sera plus rentable, au plan électoral, d'exploiter ce scandale maintenant plutôt que dans six mois ou un an. C'est une question qui relève essentiellement de la tactique et du calcul électoral et qui n'a rien à voir avec les grands principes. Et pour cela, les leaders d'opposition ne sonderont pas leur conscience, ils regarderont les sondages.

Il est difficile de prédire quel impact auront ces révélations, aussi accablantes soient-elles. Notamment parce qu'elles risquent de n'étonner personne. Depuis le début du scandale des commandites, les citoyens, rendus cyniques, et désabusés face à la politique, ont toujours cru que le laxisme du programme de commandites cachait quelque chose de plus grave que quelques cas de fraude. Les confidences de Jean Brault ne feront que confirmer ce qu'ils soupçonnaient depuis le début.

Cependant, il est vrai que le temps joue en faveur du gouvernement Martin. Ne serait-ce que parce que, dans nos sociétés victimes du culte de l'immédiat, la poussière retombe rapidement. Mais aussi parce que la poursuite des travaux de la commission Gomery, si elle permet d'autres révélations, servira aussi à dissiper les nombreuses confusions qui caractérisent ce dossier.

On voit, entre autres, que le débat public, dans sa forme actuelle, mène à l'amalgame et confond des gestes de nature et de gravité fort différentes. Dans le scandale des commandites, il y a du laxisme et du gaspillage de fonds publics, il y a des abus des boîtes de communications et même des allégations de fraude, il y a du patronage classique et l'obtention de contrats liés à des contributions politiques, il y a des entorses aux règles du financement politique, et il y a, ce qui est beaucoup plus grave, du financement occulte où des fonds publics se retrouvent dans les coffres du parti au pouvoir.

Cette confusion est bien illustrée dans la façon dont ce scandale éclabousse maintenant le PLQ et le PQ, que l'on accuse en fait de crimes par association, avec des allégations non vérifiées, et des responsabilités non établies.

Mais n'oublions pas que les Canadiens et les Québécois se sont déjà prononcés sur cette question. Même si on ne connaissait pas tous les détails, le scandale des commandites a pesé lourdement sur les dernières élections. Si le Parti libéral dirigé par Paul Martin a formé un gouvernement minoritaire, c'est d'abord et avant tout parce que des électeurs, surtout au Québec, ont voulu punir ce parti pour ce scandale.

On peut même aller plus loin. Ce que nous savions, il y a un an, du scandale des commandites, aurait suffi, dans un contexte normal, pour mener à la défaite des libéraux. Parce que ce scandale illustre toutes les dérives auxquelles mène l'usure du pouvoir, le cynisme et l'arrogance, et surtout, la tentation de confondre l'intérêt du pays avec celui du parti. De tels symptômes, quand ils apparaissent, envoient le message que le temps du changement est arrivé.

Si l'alternance ne s'est pas produite, c'est en partie parce que Paul Martin représentait une rupture avec son prédécesseur Jean Chrétien, mais essentiellement parce que le Parti conservateur a été incapable de se proposer comme alternative au pouvoir, et parce que le Bloc québécois, s'il permet d'exprimer la colère, par définition, ne constitue pas une alternative. Et cela, au-delà du scandale, n'a pas changé.

adubuc@lapresse.ca





Scandale des commandites

An incredible gift to the separatist cause:
Previous Testimony: Bloc poised to sweep Grits from province

Graeme Hamilton
National Post April 8, 2005 Friday

MONTREAL - Ronald Monette was not in the market for a new television yesterday but he stood transfixed in front of the wide-screen set on display at Sears. It was tuned to RDI, a French-language all-news channel that yesterday afternoon became all-Gomery.

"To me, they're a gang of thieves. They stole the people's money," the provincial civil servant, who lives in Prime Minister Paul Martin's riding of LaSalle-Emard, said of the federal Liberals. Mr. Monette said he prefers to keep his vote secret, but one thing is certain whenever the next election is called: "I don't want anything to do with the Liberals."

His sentiment is so widely shared in the province that some predict the party, already reduced to 21 Quebec seats in last year's election, could be swept by the Bloc Quebecois next time in all but a dozen of the province's 75 ridings. And with Jean Charest's provincial Liberals languishing in the polls, a smashing Bloc victory could grease the wheels for another sovereignty referendum.

Justice John Gomery's commission of inquiry into the sponsorship scandal has been front-page news in Montreal since the hearings moved here on Feb. 28, and live broadcasts have become a daytime television hit. With yesterday's partial lifting of the publication ban on damaging testimony by ad man Jean Brault, who admitted funnelling more than $1-million to the Liberals in exchange for sponsorship contracts, one man said he was looking forward to last night's supper-hour news more than he would a return of the NHL.

"It's going to be a lot more entertaining than the Canadiens and the Maple Leafs," said Patrick Gauthier, a retiree from Kraft. His wife, Pauline, was less amused. "It's revolting because people in the rest of the country are laughing at us," she said. "It makes no sense that educated political men could behave like that with our money. They have no money for health and education, and they spend millions on that."

Quebecers share the anger of all Canadians at seeing tax dollars being used to enrich the governing party. But they also blame the Liberals for tarnishing their province with a scandal that has left the impression politics here are corrupt.

A program conceived as a way of strengthening Quebecers' attachment to the federation has turned out to be an incredible gift to the separatist cause. Cynicism toward the federal government is so high that the mere sight of a Canada logo at the end of a video during a recent academic conference prompted wisecracks about the sponsorship program.

Tempting as it might be for Conservative leader Stephen Harper to join the Bloc in triggering a spring election over the sponsorship scandal, he would be playing right into Bloc leader Gilles Duceppe's hands.

It took gall for Mr. Martin and his Public Works Minister, Scott Brison, to imply on Wednesday that the Conservatives risked undermining Canada by joining with the Bloc in the sponsorship attack. But they were not entirely wrong.

A federal election, even if the Bloc were to win every seat, cannot affect the timing of a referendum. First, the Parti Quebecois must win the next provincial election, which is not expected before 2007. However, a snap federal election could clear the way for Mr. Duceppe, whose popularity in Quebec grew enormously during last year's campaign, to make the jump from Ottawa to Quebec City. Mr. Duceppe, seen by many in the PQ as a dream replacement of their unloved current leader, Bernard Landry, has said he will stay with the Bloc through the next election.

Mr. Duceppe's unavailability is a major factor in Mr. Landry's favour as he prepares for a leadership review in early June. Were the review to be conducted in the midst of a federal election campaign, PQ members would be more inclined to turf Mr. Landry with the expectation that Mr. Duceppe could be drafted to Quebec City once he had led the Bloc to triumph. If Mr. Landry holds on to the leadership, his next review would not be for four years, making it much more likely that he and not Mr. Duceppe would fight the next provincial election.

Federalists in Quebec can thank Groupaction's Mr. Brault for one thing -- he claims to have been an equal-opportunity donor, padding PQ coffers with between $100,000 and $150,000 while they governed Quebec in the 1990s. That revelation has tempered the PQ's outrage at the latest revelations. But there can be no doubt that when it comes time for an election, it will be the Liberals that voters like Mr. Monette will be out to punish. (...)





Scandale des commandites

Canada's Watergate

Don Martin
National Post April 8, 2005 Friday

He glanced at reporters salivating to escape his news quarantine, looked at the bank of television cameras carrying his inquiry live for the first time in a week and issued the order: Unleash hell.

When Justice John Gomery lifted his own publication ban yesterday on jaw-dropping testimony by Groupaction president Jean Brault, a nightmare of allegations against the federal Liberal party gushed forth into the public domain in a firestorm of ferocity.

National television networks went live, government antagonists went wild in Question Period, urgent alerts pinged across the newswires.

The dam protecting federal Liberals from the disclosure of their party's ugly past had been breached -- and Canada's Watergate spilled out.

In six days of unflappable testimony, Brault recounted living a life of dirty tricks with rotten scoundrels pocketing, procuring and defrauding taxpayers by using a $100-million advertising pot set aside to promote national unity in post-referendum Quebec as their own private slush fund.

The Liberals swapped cash for contracts, kicked back money for nothing and traded payola for spots on Brault's payroll.

It's the darkest side of ugly Canadian politics, confirming every cynic's worst suspicions that grease and slime lubricate the wheels of government activity.

If Brault's allegations stick and voter revulsion spreads beyond Quebec, this Liberal government's fate can now be carved in six words on its sponsorship program tombstone: Extortion. Kickbacks. Forgeries. Blackmail. Fraud. Waste.

Brault painted a graphic picture of Liberal conduct in Quebec as that of a secret mutual backscratching society where public money was laundered through bogus business deals to fill up cash-strapped Liberal party coffers. It was bold, crass, transparent sleaze with organized crime overtones, complete with cartoon-caper nicknames like White Head for one top operative or Choo Choo Man for the head of Via Rail.

Cuddling with the Liberals in Quebec in the mid to late 1990s meant the right hire or the correct amount of cash in an envelope was the fast track to juicy government contracts. If that wasn't reward enough, there was the option of kickbacks through false invoices, inflated costs or simply taking the money for pretend projects.

The legitimate worry now being reflected even by federalist opposition parties is that a program custom-designed to promote the face of Canada in Quebec will give separatism a referendum-winning facelift. The irony is too ugly to contemplate.

OK, perhaps a journalistic Valium is in order here -- this is, after all, all single-witness testimony. And the witness is not exactly lily-white, with Brault now facing six conspiracy and fraud charges, with a June 6 court date.

Still, corroboration by others involved in the scandal is emerging and some of Brault's say-so on the stand has documentation to support his recollections.

So will the scandal stick? Haven't a clue. But after days watching the testimony on closed-circuit television, little things linger in the memory as defining images of the scandal.

Like, say, the $5,000 in an envelope Brault says he brought to pay off a Liberal fundraiser he was told to hire. (Brault left it on the table when he visited the washroom, only to find it gone when he returned.)

Or the Liberal insider ordered on to Groupaction's payroll for $7,000 a month, whose only work appeared to be writing a fawning biography of former public works minister Alfonso Gagliano.

Or the racing car we paid $30,000 for, to be decorated with two Maple Leaf bumper stickers.

It all adds up to a party brand tarred and feathered for the long run, which could end up turning its minority rule into a short-term proposition.

If Brault's testimony is not rendered fictional by future testimony at the inquiry, being Liberal means never having to worry about being elected in Quebec. They'd have better luck running in the dry Grit gulch of Alberta, where the provincial Liberal leader is thinking of changing his party's name to escape the poisoned brand name.

While the tentacles reach high into Jean Chretien's organizational chart, it must be stressed they stop short of touching Paul Martin. That might not matter.

This is one heavy albatross Martin will haul into the next election -- and while I'd never underestimate the Ontario voters' ability to forgive the Liberals almost anything, this is going to be harder for Martin to overcome than his 2004 sponsorship mea culpa.

The Liberal spin of this as a scandal confined to a small band of unsupervised rascals who auctioned off contracts to the highest bidder and used the proceeds to line their own pockets is a tough sell.

How, then, to explain the rogue party official who was able, after receiving a $50,000 cash bribe, to muscle the justice ministry into killing a planned advertising tender for the much maligned firearms registry, leaving the business in Brault's hands? That's deep penetration stuff, not just the small circle running the sponsorship program.

These and a host of other inquiry revelations have left the Prime Minister of Canada floundering in a political maelstrom, the leader of a party that could be dragged into an election at any time by Opposition forces while it remains vulnerable to an electoral wipeout in Quebec.

As for Jean Brault, he's no hero. The spectators who cheered him as he left the inquiry have confused him with an altruistic whistle-blower. He's nothing of the sort -- merely a self-admitted scam artist taking down as many cohorts as possible before he's hauled into court. But as of today, he has unleashed enough hell on the government that the keys to 24 Sussex Drive are jangling in front of the Conservatives.

If only the Quebec Liberals' mentality prevails in the next government, someone in Stephen Harper's office will reward Jean Brault with a hefty advertising contract. No kickback required.





Scandale des commandites

Voters are sure to punish Liberals

Jeffrey Simpson
The Globe and Mail Friday, April 8, 2005

Ottawa ONT - Liberals will claim that only a handful of "rogue" party members did the dirty deeds. The explanation won't wash.

Liberals will insist that their party was victimized by these deeds. The explanation won't wash.

Liberals will argue that these deeds occurred some years ago, and that today's government should not be held responsible for them. That explanation, too, won't wash.

Today's Liberals, having created the Gomery inquiry, are being devoured by it as the commission hears how contracts were won and money was laundered to enrich certain Liberals, and the party's coffers, during the years of the sponsorship program in Quebec.

Past and present, Martinites and Chrétienites, Quebec Liberals and those from elsewhere in Canada -- all Liberals will be lumped together as arrogant and venal. It might be unfair. It is called politics.

The sponsorship program, designed to enhance federalism's standing in Quebec, has so tarnished that standing that Canada is sliding toward another crisis of national unity. There are few credible, unblemished defenders of federalism remaining in Quebec. The Parti Québécois/Bloc Québécois combination is crushing federalism, using the Gomery inquiry as the steamroller.

The Canadian public will almost certainly not buy the Liberal Party's defence against the emerging evidence of organized extraction of money from Montreal advertising firms in exchange for contracts. The only issue remains -- and this will be at the centre of much polling and political strategizing in the coming days -- how much punishment will Canadians inflict on the Liberal Party, and when will they be given that opportunity?

The Conservatives and the Bloc will make political calculations according to their own self-interest.

For the Bloc, the calculation is easy: Quebeckers are so turned off the federal Liberals that the party will need the next election, and perhaps even the one after that, to recover. The Bloc, rather amazingly, bids fair to increase its already extremely large number of seats in Quebec -- it took 54 out of 75 in last year's election.

The Conservatives must calculate the impact of Gomery on public opinion outside Quebec, especially in Ontario and Atlantic Canada. When the Conservatives feel their political irons are hottest, they will pull down the government. Their calculation will be: either before summer, while the Gomery evidence is unfolding in the media, or the fall, when the preliminary and final reports are released.

Two weeks ago, few people would have predicted a national election. Today, however, the holding of one in 2005, and perhaps before summer, has become probable. That election will not be about ideas or policies or Canadians' future, but rather about scandal, retribution, reputations and mud.

The Gomery inquiry, the Conservatives believe, is their meal ticket to office. The party has conspicuously avoided offering any serious policy alternatives. It tried at the recent Montreal convention to avoid all discussion of controversial social conservative issues.

The Conservatives instead are just sitting there in Ottawa, trying to look and sound somewhat moderate, while assisting in the government's self-destruction.

They will make common cause with the testimony now being revealed, even if it might be remembered that partners are required for sleazy deals.

These advertising firms, whose executives have been and will be testifying, are not exactly babes in the woods of Quebec business and politics.

They grew up, and in many cases grew fat, in a highly polarized and consistently politicized environment in which influence and money counted for as much as putative expertise in selling soap or government programs.

In that shadowy world, there were federalist firms and separatist ones.

What Canadians are hearing is testimony about how that world operated on the federalist side, with influence peddling, what might fairly be described as extortion (or threats thereof), payments back and forth to the mutual satisfaction of the party in power and the firms themselves.

That world recalls one of the most famous lines in Canadian politics, from Israel Tarte, a Liberal fixer under Sir Wilfrid Laurier: "Elections are not won by prayers."

Plus ça change, plus c'est la même chose, except that today's generation of Canadians will not accept what, in Mr. Tarte's day, would have seemed normal, as today's Liberal Party is discovering to its political peril.

jsimpson@globeandmail.ca





Scandale des commandites

Les larmes de Jean Chrétien

Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 12 avril 2005

La menace d'une sécession possible du Québec que les fédéralistes canadiens croyaient à jamais jugulée vient les hanter à nouveau. Les révélations des derniers jours à la commission Gomery leur ont fait prendre conscience que le pire pourrait survenir. De fait, leurs inquiétudes sont aujourd'hui tout à fait justifiées.

Le Canada anglais, qui s'était convaincu ces dernières années que «les conditions gagnantes» d'un autre référendum n'allaient jamais être réunies, a perdu sa belle assurance. L'illustre on ne peut mieux ce commentaire de Warren Kinsella, un proche de Jean Chrétien, fait après les révélations de Jean Brault devant le juge Gomery : «... à part le fait qu'un référendum remporté par le camp du OUI est de plus en plus probable, je ne sais quoi dire.»

Commentateurs et analystes de la presse anglophone ont aussi découvert une réalité nouvelle et décrivent à leurs lecteurs le scénario funeste qui se dessine : ce sera d'abord la défaite du gouvernement Martin aux Communes suivie de l'élection d'un gouvernement conservateur minoritaire et donc soumis aux diktats du Bloc québécois. Puis, dans deux ans, viendra le retour au pouvoir à Québec du Parti québécois et la tenue d'un nouveau référendum.

Cette inquiétude est d'autant plus vivement ressentie dans le reste du Canada que la conjoncture nouvelle qui lui est révélée depuis une semaine est le fruit en grande partie de la stratégie de défense du fédéralisme mise en place par celui que l'on croyait être le sauveur du Canada. Jean Chrétien, après avoir pleuré de frayeur à la veille du référendum, lui avait promis que plus jamais le pays ne risquerait l'effondrement. Sa stratégie avait rassuré. Une fois les souverainistes menottés par la loi sur la clarté référendaire, il ne s'agissait plus que de conditionner l'opinion publique québécoise, une opération dont le fer de lance serait le désormais célèbre programme des commandites.

Cette opération de propagande se révèle aujourd'hui un fiasco total, l'effet obtenu étant à l'inverse de celui recherché. L'opinion québécoise est braquée contre les libéraux, aussi bien ceux de Paul Martin que ceux de Jean Charest. Quant à Jean Chrétien, qui demeurait le plus fervent défenseur de la cause fédéraliste au Québec, il est désormais muselé. Son nom étant doublement associé au scandale des commandites -- il est le père du programme des commandites, et parmi ceux qui défilent devant la commission d'enquête se trouvent ses amis et ses proches -- il a perdu toute crédibilité.

Devant ce constat, on imagine Jean Chrétien pleurer, de rage cette fois. Il avait cru sa stratégie imparable. D'une pierre, il estimait en effet pouvoir faire deux coups, puisque, tout en s'attaquant au mouvement souverainiste, il allait profiter des circonstances pour renforcer le gouvernement fédéral, ce qu'il a résolument fait durant les huit années qui ont suivi le référendum de 1995.

Ce n'est pas la première fois que le Canada anglais découvre que ceux qui leur avaient annoncé la mort du mouvement souverainiste avaient fait une mauvaise lecture de la réalité. L'irrémédiable ne se produisant pas, on ne s'en est pas trop inquiété, ne prenant pas conscience que la stratégie du gouvernement Chrétien conduisait à une nouvelle crise nourrie par le refus d'accueillir même les revendications dites traditionnelles du Québec. L'échec de l'accord du lac Meech a ainsi conduit au référendum de 1995 dont le résultat a inspiré le programme des commandites qui aujourd'hui ouvre une nouvelle période de tension.

S'il est juste de voir dans le scandale des commandites une menace sérieuse à l'unité canadienne, il faut toutefois ramener les choses à leur juste dimension. Tout n'est pas joué. Tout dépendra de la capacité des leaders fédéralistes d'assumer la volonté de changement des Québécois. En 1984, le premier ministre conservateur Brian Mulroney leur avait tendu la main et engagé un long processus qui fut sans lendemain. Cette fois, la barre sera encore plus haute que par le passé. Pour les convaincre de faire confiance au fédéralisme, il faudra que, d'ici à la prochaine élection au Québec, les choses aient réellement changé. Reste à voir si une telle volonté existe, même aiguillonnée par la menace de la sécession.





Scandale des commandites

La fin du Canada ?

Michel Vastel
Le Soleil mardi 12 avril 2005

Un peu de politique-fiction ce matin, si vous voulez bien... Quelque part dans l'année 2005, plus tôt que tard du train où vont les choses, des élections générales permettent au Parti conservateur du Canada de prendre le pouvoir à Ottawa. Sans faire élire aucun député au Québec.

Puis, en 2007, peu importe le temps de l'année, le Parti québécois reprend le pouvoir à Québec. Tel que promis par le nouveau chef - Gilles Duceppe ? - un référendum sur la souveraineté se tiendra alors, "le plus tôt possible dans le mandat".

En 2008, "dans moins de 1000 jours", dirait Bernard Landry, le référendum en question oppose des forces souverainistes gonflées à l'hélium - trois quarts de députés du Québec souverainistes à Ottawa et une majorité de péquistes à Québec - , à des forces fédéralistes discréditées.

J'ai évoqué ce scénario "cauchemardesque" la semaine dernière, sauf que je n'avais pas encore les chiffres des maisons de sondage EKOS à Ottawa et Léger Marketing au Québec. Maintenant on les a et le paysage politique est bouleversant.

Les libéraux fédéraux en troisième position au Québec, derrière les conservateurs ! En deuxième position en Ontario, alors qu'ils ont toujours été une quinzaine de points en avance. Dans les quatre provinces de l'Ouest, ça ne vaut même plus la peine d'en parler : les libéraux sont battus partout par le Nouveau Parti démocratique !

Les sondages sont un instantané de l'humeur de l'opinion. Celui-là, pris par Ekos entre le 7 et le 9 avril, en plein dans la publication du témoignage accablant du président de Groupaction, est un coup de tête. N'empêche qu'il y a des blessures qui ne se guérissent jamais. Celles infligées par la Commission sur le programme des commandites et les activités publicitaires sont de celles-là. Ce que dit le sondage, c'est que le prochain gouvernement sera conservateur plutôt que libéral. Que le Bloc québécois pourrait, encore une fois former l'opposition officielle à la Chambre des communes. Que le NPD disputera la troisième place au Parti libéral. Ne riez pas, cela faillit arriver en 1988.

Je le répète, le sondage EKOS - dont la première question commençait par la fameuse phrase : "Si des élections avaient lieu demain..." - , n'est qu'un instantané. Pour mémoire, au début de l'année 1992, la cote personnelle de Brian Mulroney était tombée à 11 %. Moins de deux ans plus tard, le caucus conservateur est tombé de 169 élus à la Chambre des communes à... 2 !

Tout est possible lorsque l'électorat décide qu'il en a ras-le-bol. Et Jean Charest devrait le savoir puisqu'il composait, à lui seul, la moitié du caucus conservateur.

Au Québec, les chiffres de Jean-Marc Léger sont presque plus incroyables. Ils confirment, en les aggravant, les résultats des coups de sonde de CROP pour Le Soleil. 78 % des Québécois - dont 83 % des francophones - sont mécontents du gouvernement de Jean Charest. Et 47 % des électeurs - dont 53 % des francophones - disaient, entre le 30 mars et le 3 avril, leur intention de voter pour le Parti québécois. Encore une fois, le Parti libéral se retrouve en troisième position.

Évidemment, les deux sondages se renforcent l'un et l'autre : "Libérez-nous des Libéraux", chante le groupe Loco Locass, sans qu'on sache à quel parti, du fédéral ou du provincial, cela s'adresse.

Une certitude, provisoire certes, mais profonde : les libéraux seront rayés de la carte dans les deux prochaines années et le Canada se réveillera avec quelque chose comme 150 élus souverainistes - dont une soixantaine à Ottawa.

C'est bien sûr à cela que pensent les chefs des partis à Ottawa, Stephen Harper et Paul Martin en particulier. Dans le cas du chef conservateur, il est moins que jamais question de "faire le jeu des séparatistes du Québec". Mais il n'a sans doute plus besoin de cela. Harper tentera sa chance plus tard ce mois-ci en testant la popularité de Paul Martin parmi ses propres députés. Il le fera à l'occasion du vote sur le projet de loi C-38, modifiant la définition du mariage : un autre sondage, de CBC cette fois, suggère qu'une faible majorité de Canadiens sont en désaccord avec le gouvernement.

Le vote d'opposition du groupe parlementaire conservateur, ou son amendement, a peu de chances de recueillir une majorité. Mais combien de libéraux vont abandonner Paul Martin pour tenter de sauver leur siège ou, tout simplement, pour exprimer leur mécontentement ? Le vrai test de leadership de Paul Martin et la chance de Stephen Harper de s'affirmer comme un éventuel successeur, viendra à ce moment-là...

On croyait que les libéraux à Ottawa, après avoir survécu au budget, passeraient un printemps tranquille. Les travaux de la Commission Gomery et la réaction des Canadiens d'un bout à l'autre du pays, ont tout changé. Personne ne se risque à un pronostic, sinon de prédire que, si le gouvernement tombe dans les trois ou quatre prochaines semaines, c'en sera fait de Paul Martin.

Quant à Stephen Harper, ses chances de percer au Québec sont virtuellement nulles. Dans les deux années précédant l'élection d'un gouvernement péquiste à Québec, le gouvernement conservateur, même minoritaire, pourrait entreprendre des réformes - sur les relations internationales, sur l'environnement et surtout sur le développement économique - particulièrement impopulaires au Québec. Et plus le retour au pouvoir des "séparatistes" au Québec se confirmera, plus le naturel de Stephen Harper reviendra au galop, creusant davantage encore le fossé qui sépare le Québec du reste du Canada.

Mais je vous l'ai dit, tout cela est de la politique-fiction...

La girouette

On parle beaucoup du libéral David Kilgour qui, écoeuré par les échos de la Commission Gomery, traverserait le parquet de la Chambre des communes pour joindre les rangs des conservateurs. Il peut être utile de rappeler qu'il a déjà fait cela, en 1990, mais dans l'autre sens ! Tel un rongeur, cet homme-là sait quand quitter un bateau lorsqu'il prend l'eau... Et sa défection annonçait la chute des conservateurs...

Mvastel@lesoleil.Com





Scandale des commandites

Une sale histoire : Le Parti libéral est mortellement blessé et ne mérite plus la confiance des Canadiens

Claude Castonguay, ministre durant le premier mandat de Robert Bourassa.
La Presse mardi 12 avril 2005

Pour bien comprendre la signification du scandale des commandites, il faut situer cet épisode révoltant de notre histoire dans une perspective à plus long terme. Rappelons-nous qu'au début des années soixante, le Canada avait un niveau élevé de capital politique chez les Québécois francophones et anglophones. Aujourd'hui, il ne reste chez les francophones que des fragments de ce capital. C'est le résultat d'une longue et malheureuse série d'occasions manquées qui, chaque fois, ont ravivé la ferveur des souverainistes et grossi graduellement le nombre des indépendantistes.

Cette tranche de notre histoire a commencé avec l'arrivée de Pierre Trudeau à la tête du pays en 1968. On se souvient de son arrogance à l'endroit des Québécois. Je n'oublierai jamais le jour ou il s'est permis de traiter Robert Bourassa, notre premier ministre, de mangeur de hot-dog.

Successivement, nous avons vécu la crise d'octobre qu'il a utilisée pour montrer, grâce à une intervention exagérée de l'armée, sa force et sa capacité de mettre le Québec à sa place. Puis, en 1971, ce fut son refus d'accepter d'introduire dans la charte de Victoria le moindre compromis pour conserver intacte sa conception d'un Canada composé de provinces uniformes.

Alors que nous nous dirigions vers le référendum de1980, il n'hésita pas à mettre cavalièrement de côté le rapport Pépin-Robarts qui concluait, tout comme le rapport Laurendeau-Dunton des années soixante, dans la nécessité de reconnaître le caractère distinct du Québec. Puis, les Québécois qui ont vécu le référendum de 1980 ne peuvent oublier sa promesse solennelle, la veille du scrutin, de répondre aux aspirations des Québécois. C'est avec le sentiment d'avoir été trahi que nous avons plutôt assisté en 1982, sans référendum et contre la volonté des Québécois signifiée par l'Assemblée nationale, au rapatriement de la constitution. En agissant ainsi, Trudeau a redonné espoir et vie aux souverainistes et au gouvernement de René Lévesque. Du même coup, il a assuré la défaite des libéraux de Claude Ryan.

Accord du lac Meech

On se souvient que c'est grâce aux efforts de Robert Bourassa et de Brian Mulroney que fut signé l'accord du lac Meech qui permettait au Québec de réintégrer l'ensemble canadien dans l'honneur à des conditions acceptables. Au lieu de se réjouir de cet accord, Pierre Trudeau, incapable de respecter le devoir de réserve des ex-premiers ministres, a lancé le mouvement de résistance qui a finalement eu raison de l'accord. Comme bien d'autres, je ne peux oublier la scène à Calgary montrant, le lendemain du référendum, l'accolade de Jean Chrétien au détesté Clyde Wells qui n'avait pas hésité à revenir sur la signature de sa province pour couler l'accord. Le dommage fait à la cause du Canada fut tel que les Québécois auraient suivi Bourassa s'il avait à ce moment opté en faveur de l'indépendance.

Nous avons ensuite été témoin de l'épisode de l'entente de Charlottetown dans lequel Mulroney, aidé de ce pauvre Joe Clark, avait tenté de répondre aux aspirations des Québécois en les camouflant dans un ensemble de propositions visant à satisfaire un peu tout le monde. Ce méli-mélo eut plutôt l'heure de mécontenter la majorité des Canadiens incluant les Québécois. Ce nouvel échec avait donné une nouvelle ferveur aux souverainistes qui, en 1994, élisaient un souverainiste convaincu, Jacques Parizeau, à la tête d'un nouveau gouvernement péquiste.

Un an plus tard, en octobre 1995, Parizeau, avec l'aide de Lucien Bouchard, passait à un cheveu de remporter la victoire. L'attitude cavalière et intransigeante de Jean Chrétien envers le Québec, depuis son arrivée au pouvoir à Ottawa, n'avait évidemment rien fait pour raviver l'attachement des Québécois à l'endroit du Canada. Le lendemain du référendum, Chrétien promettait d'apporter les changements qui s'imposaient et de faire le nécessaire pour que soit reconnu le caractère distinct du Québec.

L'adoption par le Parlement d'une résolution sur la société distincte, résolution sans grande valeur et depuis longtemps oubliée, fut le moyen qu'il utilisa pour se défaire de son engagement. Et le programme tordu des commandites fut introduit pour " faire la guerre aux séparatistes ". Encore une fois, au lieu d'essayer de comprendre et de répondre aux aspirations légitimes des Québécois, on leur déclare la guerre. Non content d'adopter la mauvaise approche, on fait la guerre avec le ridicule programme des commandites comme si les Québécois étaient tous des imbéciles. Ce qui devait se produire sous un premier ministre de la vieille école, qui croyait qu'il faut bien traiter ses amis partisans, s'est produit. Des organisateurs sans scrupules se sont emparés du programme pour se graisser les poches et aider frauduleusement les libéraux fédéraux à se maintenir au pouvoir. Personne ne voulait surtout tuer la poule aux oeufs d'or.

Déçu et révolté

Je suis profondément déçu et révolté par ce que la commission Gomery a révélé. Les torts découlant de ce scandale sont énormes. Il alimente le sentiment chez les Canadiens des autres provinces que les standards d'honnêteté des Québécois ne sont pas les mêmes que les leurs. Ce serait intéressant de voir ce que révélerait à cet égard une enquête sur les immenses scandales qu'ont été le programme des ressources humaines et celui de l'enregistrement des armes à feu. Le scandale des commandites vient de plus ajouter au profond cynisme des citoyens à l'endroit des politiciens. Ce qui va rendre encore plus difficile l'ingrate tâche de gouverner.

Au-delà de ces deux aspects, ce honteux désastre vient confirmer, une fois de plus, qu'à Ottawa on ne comprend vraiment pas les Québécois. Le scandale des commandites constitue le dernier épisode d'une longue série qui a graduellement miné la confiance d'une majorité des francophones envers le Canada. Le Parti libéral du Canada, sous Trudeau et Chrétien, aura aidé, plus que tout autre, les souverainistes en moussant leur ferveur et en grossissant systématiquement le nombre des francophones qui ont perdu confiance à tout jamais dans le Canada.

Cette sale histoire me rappelle deux événements qui ont marqué notre histoire politique. En 1958, le scandale du gaz naturel éclatait au Québec. Des ministres et des amis du gouvernement avait profité de renseignements privilégiés pour s'enrichir frauduleusement. Ce fut le début de la fin du gouvernement de Maurice Duplessis et, peut-être même, de l'Union nationale. En 1956, le scandale du pipeline éclatait à Ottawa et entraînait les libéraux de Louis Saint-Laurent dans la défaite. Cette fois ce fut le mépris à l'endroit d'une opposition qui exprimait les préoccupations légitimes des citoyens qui les avait révoltés.

Ces deux événements sont de la petite bière en comparaison du scandale des commandites. De toute évidence, le Parti libéral du Canada est mortellement blessé et ne mérite plus la confiance des Canadiens. Et, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que cela se produise au moment où le gouvernement à Québec semble incapable d'effectuer les changements qui s'imposent. Comme Québécois, nous n'avions à l'heure actuelle sûrement pas besoin d'un tel scandale.





Scandale des commandites

Who will save Canada?

André Pratte
The Globe and Mail Tuesday, April 12, 2005

Every time a federal politician has no argument left, he or she takes the separatist scarecrow out of the shed. It happened again last week in the House of Commons, during the furious debates over the latest revelations concerning the sponsorship scandal.

Here's part of one exchange, as reported in Hansard:

Mr. Peter MacKay (Central Nova, Conservative): Mr. Speaker, we know from the testimony [at the Gomery inquiry] that $100,000 went through Groupaction to the Parti Québécois. That happened on the Prime Minister's watch as finance minister. Did he approve of that transaction of money that went to the separatists?

Hon. Scott Brison (Minister of Public Works, Liberal): Mr. Speaker, once again, members of the Conservative Party, like the members in its sister party, the Bloc Québécois, are commenting on allegations not facts. For a party that is opposed to same-sex marriage, I am surprised that its leader would be so quick to jump in the bed of the leader of the Bloc Québécois on an issue of national unity.

Rather than use separatism to score political points, federal politicians would do more service to the country by reflecting on why separatism is still so strong in Quebec and by thinking about what they could do about it. They might not realize it, but the scarecrow is alive!

Advertising executive Jean Brault's allegations about the sponsorship programs add more fuel to the separatist cause, at the worst possible time. In fact, it is hard to remember a period when federalist parties in Quebec, at the provincial and federal levels, have been so weak.

Politics being by nature unpredictable, no one knows for sure what will happen in the next couple of months, let alone the next couple of years. But here is one possible scenario, a scenario that deeply concerns Quebec federalists:

June, 2005: Stephen Harper's Conservatives win a general election and form a minority government with no elected member from Quebec. The Bloc Québécois takes over 60 of Quebec's 75 seats.

2006: Triumphant after his performance at the federal level, Bloc Leader Gilles Duceppe is elected as leader of the provincial Parti Québécois.

2007: Jean Charest's Liberal government is trounced by the PQ.

2008: Mr. Duceppe calls a referendum on Quebec's independence.

Disgusted by the sponsorship scandal, convinced by the fiscal-imbalance thesis, put off by a federal government where they are not represented, Quebeckers would by then be as tempted as ever by separation. And who could we count on to convince them that they should choose Canada again? Who could reply to the army of separatist politicians elected in Ottawa and Quebec? Who would travel the province and, day in and day out, deliver the strong, passionate speeches that would be necessary?

Prime Minister Stephen Harper? Ex-prime minister Paul Martin? Ex-premier Jean Charest? Former cabinet minister Jean Lapierre? Notwithstanding their personal merits, none of these would be in a position to have much influence on how Quebeckers vote. It is impossible to escape this reality: If the PQ is back in power two or three years from now, it will face an adversary in disarray.

Of course, in the event of a new referendum, Ottawa would do everything in its power to keep Quebec as part of Canada. But the more the federal government did, the more it would be seen as English Canada trying to impose its will on Quebec. (Remember, a Conservative cabinet would not likely contain a Quebec heavyweight.) That would only help the Yes side.

Faced with the possibility of such a scenario, I think I know what Canadian politicians will do: nothing. Nothing but pray that it does not happen.

Since the rise of the separatist movement in the 1960s, federal politicians have tried everything, to no avail. There's been the Trudeau approach; the Chrétien approach (i.e. "Don't worry, be happy"); the sponsorship approach; Plan B (the Clarity Bill); the "do nothing, say nothing" approach again. And here we are, with sovereignty as popular today (supported by 40 to 45 per cent of Quebeckers) as it was in 1980, the year of the first referendum, and with Canada at the mercy of any event that would cause a surge of nationalist sentiment in Quebec.

Yes, federal politicians have tried everything . . . except what Quebec federalists have repeatedly implored them to do. André Laurendeau, Daniel Johnson Sr., Jean Lesage, Claude Ryan, Robert Bourassa and Jean Charest all concluded that the one way to solve the Canadian problem is to reform federalism. The specific proposals have evolved over the years -- special status, distinct society, asymmetry -- but the basic idea has remained: Recognize in the Constitution, and in the functioning of Confederation, Quebec's particular contribution to the Canadian mosaic.

The one time we tried, the Meech Lake episode, showed how difficult it is to change the Constitution. Since then, all efforts have been abandoned for fear of provoking a new national crisis. But brushing the issue under the carpet has not worked -- a crisis is at our doorstep again.

There is no option but to try again. We don't have to start by reopening constitutional negotiations; simply reforming the way federalism is managed would be a step in the right direction.

The rest of the country has sometimes interpreted Quebec's federalists' proposals as crypto-separatism. Yet from Mr. Laurendeau to Mr. Charest, these are people who have fought for Canada for years, in very difficult circumstances. Today, some of the older ones are discouraged and wonder how they will be able to resist the next sovereigntist onslaught. The sponsorship scandal only adds to their despair.

Let's see, then: What will Ottawa do when Mr. Duceppe calls his referendum in 2008? Hey, I've got an idea! How about inundating the province with billboards promoting Canada?

André Pratte, author of a biography of Jean Charest, is chief editorialist at La Presse in Montreal.





Scandale des commandites

Corriveau, l'homme de sept millions ?

Brian Myles
Le Devoir mercredi 13 avril 2005

Sept millions de dollars puisés à même le programme des commandites seraient retournés dans les poches de Jacques Corriveau, un ami personnel de Jean Chrétien et collecteur de fonds libéral dont le témoignage à la commission Gomery est attendu cette semaine.

M. Corriveau a reçu 6,7 millions de Polygone et d'Expour, deux entreprises appartenant à l'homme d'affaires Luc Lemay, pour des services dont la nature n'est pas tout à fait élucidée. À cette somme s'ajoutent 430 370 $ versés par Jean Brault, soit 10 % de sa commission, pour des services fictifs.

Au total, 7,1 millions de dollars auraient donc été déviés du programme des commandites pour revenir à Jacques Corriveau et à son entreprise de graphisme et impression, Pluri-Design.

C'est par l'entremise de Jacques Corriveau que de nombreuses demandes de financement du Parti libéral du Canada (PLC), très souvent en liquide, ont été acheminées à Jean Brault, le fondateur de Groupaction. Lors de son témoignage, M. Brault a affirmé que M. Corriveau n'avait exécuté aucune heure de travail pour percevoir près d'un demi-million de Groupaction. Les montants étaient exigés de lui pour «la cause», lui avait fait savoir M. Corriveau en lui laissant entendre que sa générosité à l'égard du PLC serait généreusement compensée en contrats de commandite.

Luc Lemay a manqué de temps pour expliquer en détails sa relation d'affaires avec Jacques Corriveau. Celui-ci lui a trouvé une commandite de 450 000 $, in extremis en 1997, pour l'organisation du premier Salon national du grand air de Montréal. «Un moment donné, il m'a dit : "Écoute là, je t'ai obtenu à peu près 400 000 $", a dit M. Lemay. Ça venait d'Ottawa. Moi, j'ai interprété ça comme une subvention.»

Luc Lemay n'avait pourtant rien demandé à Jacques Corriveau. Tout au plus avait-il confié un mandat de 125 000 $ à Pluri-Design pour la réalisation de documents préparatoires. M. Lemay a appris en préparant son témoignage que Jacques Corriveau avait facturé 27 292 $ au Groupe Everest pour les mêmes services. «Je l'ai su hier soir. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise», a-t-il laissé tomber.

M. Corriveau a par ailleurs présenté Luc Lemay à Claude Boulay, le patron d'Everest, à qui a échu le mandat de trouver des commandites pour le premier Salon du grand air. C'est également grâce à Jacques Corriveau que Luc Lemay a pris conscience de tout le potentiel des contrats avec le gouvernement, à la faveur d'une rencontre à quatre au printemps 1997 à laquelle participaient Charles Guité, directeur du programme des commandites, et Roger Collet, directeur général du Bureau d'information du Canada (BIC).

M. Lemay, qui a travaillé à la fois dans l'édition (Polygone) et dans l'organisation de salons (Expour), a conclu par la suite une entente avec Jacques Corriveau en vertu de laquelle il lui versait une commission de 17,65 % sur toutes les commandites qu'il lui trouvait. L'information ne cadre pas avec les chiffres mis en preuve hier à la commission Gomery. Pour toucher 6,7 millions de Polygone et Expour, Jacques Corriveau aurait dû rabattre 38 millions de dollars en commandites. Or la valeur totale des contrats du gouvernement décrochés par Luc Lemay s'élève à 36,7 millions.

Qui plus est, cette entente révèle un sérieux problème de dédoublement puisque, de 1997 à 1999, Luc Lemay avait déjà passé un contrat avec Everest pour obtenir des commandites d'une valeur inconnue pour l'instant. En vertu de cet accord, Everest avait droit à une commission de 20 % sur toutes les commandites trouvées pour Polygone et Expour et de 15 % si celles-ci étaient renouvelées.

Toute cette affaire devrait être élucidée aujourd'hui avec la suite du témoignage de M. Lemay.

Un homme riche, un autre

Le programme des commandites a fait la fortune de Luc Lemay, un homme qui avait déjà connu un succès évident avec l'édition de l'Almanach du peuple, la revue Sentiers, chasse et pêche et les encyclopédies Grolier.

De 1998 à 2003, Polygone-Expour a tiré un peu plus du tiers de ses revenus du programme des commandites. Luc Lemay a empoché pour sa part 13,2 millions de dollars en salaires et dividendes.

C'est comme gagner à la loterie, ou recevoir un cadeau du ciel, lui a fait remarquer le juge John Gomery. «Effectivement, on était très heureux», s'est contenté de répondre M. Lemay.

Luc Lemay a par ailleurs exigé hier la confidentialité sur les états financiers de ses entreprises et d'une fiducie familiale au nom de ses trois filles et lui, sous prétexte que la divulgation de ces renseignements lui causerait un préjudice et n'amènerait rien de plus aux travaux de la commission.

M. Lemay a entamé des démarches pour vendre ses entreprises en tout ou en partie et il craint de perdre son pouvoir de négociation si leurs états financiers sont rendus publics. La fiducie familiale n'a jamais été mêlée au programme des commandites, a assuré en outre M. Lemay par la voie de son avocat, Louis Bélanger.

La preuve à venir démontrera que certaines des sommes détenues dans la fiducie familiale de M. Lemay proviennent du programme des commandites, a avancé au contraire Guy Cournoyer, procureur de la commission. Me Cournoyer s'est opposé à cette requête au même titre que l'avocat des médias, Mark Bantey. Le juge Gomery fera connaître sa décision ce matin au sujet de cette requête.

Corroboration de Brault

L'ex-comptable de Groupaction, Bernard Michaud, a enfin corroboré en partie le témoignage de Jean Brault, en matinée, lors de sa brève comparution devant la commission Gomery.

M. Michaud a confirmé qu'il a fait un chèque de 15 000 $ à son nom, en 1997, pour l'encaisser aussitôt et remettre l'argent à M. Brault. Il s'est exécuté à la demande de M. Brault, qui lui a toutefois caché la raison de cette transaction inusitée.

M. Michaud a fait passer le chèque comme une avance. Groupaction lui a remboursé par la suite 9550 $ pour éviter qu'il ne soit obligé d'assumer les cotisations à l'assurance-emploi, à la Régie des rentes et à l'impôt provincial et fédéral.

Lors de son témoignage incendiaire devant la commission, Jean Brault a indiqué qu'il avait recouru à l'aide de son comptable pour acheminer des dons en liquide au PLC, dont une contribution de 15 000 $ en 1997. Il a aussi indiqué qu'il avait toujours remboursé ses employés en tenant comte de l'impact fiscal lorsqu'il se servait d'eux comme prête-noms.

M. Michaud a enfin confirmé que Jean Brault lui avait demandé de faire un chèque de 150 000 $ en imputant la dépense à la commandite du Grand Prix de F1 de Montréal. Il n'a jamais su à quoi l'argent avait servi.





Scandale des commandites

Jacques Corriveau a facturé deux fois ses services

Karim Benessaieh
La Presse mercredi 13 avril 2005

L'organisateur libéral Jacques Corriveau a facturé deux fois en 1997 ses services de création pour la tenue du premier Salon national du grand air de Montréal, pour lesquels il a finalement empoché 152 000 $.

Cette révélation lancée hier à la commission Gomery a passablement troublé son employeur de l'époque, Luc Lemay, qui avait fait appel aux services de M. Corriveau au printemps 1996. M. Lemay est le propriétaire des firmes Polygone et Expour, qui ont reçu 42 millions de dollars en contrats de commandite entre 1998 et 2003.

«Je ne le savais absolument pas, je l'ai appris hier (lundi) soir, lors d'une rencontre avec les avocats de la commission.»

Pour des honoraires de 125 000 $, M. Lemay avait confié en 1996 à Jacques Corriveau la tâche de veiller à l'aspect créatif d'un tout nouveau salon de plein air prévu au printemps 1997, au Stade olympique. Son travail, a expliqué M. Lemay, consistait à «développer des concepts, faire des maquettes, élaborer des présentations et s'occuper de la signalisation».

M. Lemay affirme tout ignorer à cette époque des liens de Jacques Corriveau avec le Parti libéral du Canada. À la recherche d'une firme de marketing pour la promotion de son salon de plein air, Luc Lemay rencontre d'abord Groupaction et son président, Jean Brault, en septembre 1996. «J'ai expliqué le projet, M. Brault n'a pas semblé du tout intéressé et il n'y a pas donné suite», se rappelle M. Lemay.

Par l'entremise de Jacques Corriveau, le président de Polygone fait alors la connaissance de Claude Boulay, propriétaire de Groupe Everest qui accepte de se charger de la promotion du salon. Le 27 novembre 1996, une entente est signée entre les deux entreprises, en vertu de laquelle Everest perçoit 20 % en commission sur toute commandite qu'elle réussira à trouver. «Everest devait chercher des commanditaires, chercher des publicités et gérer les relations publiques», a expliqué M. Lemay.

C'est toutefois Jacques Corriveau qui annoncera à Luc Lemay, en janvier 1997, qu'il lui a trouvé une commandite, «à peu près 400 000 $, a raconté le témoin. Ça venait d'Ottawa, il n'a pas spécifié de quel ministère. J'ai compris ça comme une subvention. Effectivement, on était très heureux.»

La commandite devra transiter par Groupe Everest, qui perçoit sa commission habituelle. Jacques Corriveau, lui, envoie par le biais de son entreprise Pluri-Design une facture de 27 292 $ à Everest. Il y mentionne divers services liés à la production d'un «document de présentation pour le Salon national du grand air». On peut notamment y lire que ce montant couvre des réunions de coordination avec Pluri-Design et Expour, l'élaboration d'un concept de base, l'infographie et une visite au Stade olympique.

Luc Lemay a été catégorique: il s'agissait de services pour lesquels Jacques Corriveau avait déjà été rémunéré. «Effectivement... Que voulez-vous que je vous dise?»

Il poursuivra son témoignage ce matin, alors que le juge Gomery devrait rendre sa décision concernant la diffusion de certains documents financiers que M. Lemay souhaitait garder confidentiels.

Le cash et le PQ confirmés

En matinée, le contrôleur aux finances de Groupaction de 1991 à 1998, Bernard Michaud, est venu corroborer deux aspects centraux du témoignage de Jean Brault. Il a longuement raconté comment son patron lui avait demandé en avril 1997 de lui trouver 15 000 $ comptant. «Jean Brault avait besoin de 15 000 $ rapidement, il n'avait pas le temps d'aller à la banque. J'ai dit: Jean, 15 000 $ de même, ça ne se trouve pas facilement. Je me suis fait un chèque à mon nom et je suis allé l'encaisser à la CP de Longueuil.»

M. Michaud ne savait pas à l'époque à qui était destiné l'argent, qu'il a remis à Jean Brault.

La semaine dernière, M. Brault avait affirmé que les dirigeants du Parti libéral du Canada lui avaient demandé une contribution de 100 000 $, qu'il avait réussi à ramener à 50 000 $ cash. Ces 15 000 $ constituaient le premier versement. M. Michaud a en outre confirmé avoir lui-même fait une contribution de 3000 $ au Parti québécois, qui lui a été remboursée par Groupaction. Le contrôleur a émis sept chèques de ce montant, destinés à lui et aux six autres employés sollicités de la même manière. «Il y en a qui m'ont demandé ce que j'en pensais, je disais: C'est libre à toi.»

«De mémoire», le contrôleur affirme que cette opération de contribution au PQ n'a été effectuée qu'une seule fois, en 1997.





Scandale des commandites

Le voyou réhabilité

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 13 avril 2005

Une société qui s'accroche au petit écran pour suivre les frasques des Bougon - cette famille d'escrocs, de fraudeurs et de tricheurs - et qui applaudit le témoignage d'un Jean Brault doit être malade, ou perverse, voire carrément immorale. S'il fallait en plus que les bobards de ce filou provoquent une crise politique nationale, ce serait à se décourager de la nature humaine.

A-t-on oublié qui est Jean Brault ? A-t-on oublié les trois rapports sur le programme de visibilité du gouvernement du Canada, trois rapports de 500 000 $, de 550 000 $ et enfin de 575 000 $, dont le premier ne devait être payé que 250 000 $ car il ne valait certainement pas davantage ! Dont le deuxième est demeuré introuvable. Dont le troisième était une photocopie du deuxième...

A-t-on oublié que Jean Brault a été formellement accusé d'avoir fraudé le gouvernement de près de 2 millions $ par la supercherie, le mensonge ou autre moyen dolosif - dixit la GRC le 11 mai 2004. Tel est le principal témoin à charge dont les confidences jetteront peut-être le pays dans une des pires crises politiques de son histoire ?

Beaucoup des éléments de preuve présentés par Jean Brault ne tiendraient pas devant un vrai tribunal. Ils ne tiendront peut-être même pas à son propre procès. Je sais : le nouveau héros des Bougon québécois a droit à un procès juste et équitable. Je sais qu'il doit être considéré innocent jusqu'à preuve du contraire. Mais justement, j'ai une confidence à vous faire qui vous fera peut-être réfléchir sur la valeur de son témoignage...

"Gorge profonde" m'a raconté cette semaine que l'accusé Jean Brault négocie actuellement avec le procureur du Québec un plaidoyer de culpabilité. "On en est aux montants", de me chuchoter la belle gorge en question. Si tout cela devait être vrai et que Jean Brault s'en sorte avec une peine de prison réduite, ou à sursis, les admirateurs du filou auraient l'air de beaux crétins. Et tous ces grands avocats qui ont défendu l'interdit de publication et plaidé son droit à un procès juste et équitable auront l'air fin ! Il n'y en aura pas de procès juste et équitable parce qu'il n'y aura pas de procès du tout. Seulement une négociation derrière des portes closes : la spécialité de Jean Brault.

- Pour une fraude de 700 000 $, combien de mois me donnez-vous, monsieur le juge ?

- Douze mois et deux jours de prison avec sursis, cela vous va ?

Voilà comment on s'enrichissait sur le dos du Canada à cette époque. Mais qui s'enrichissait ? Le premier rapport de la vérificatrice générale du Canada, en mai 2002, ne porte que sur le travail des fonctionnaires - Chuck Guité en premier lieu - , qui devaient accorder les contrats après un appel d'offres public, qui devaient en surveiller l'exécution, commander un rapport d'évaluation, examiner les factures et payer le service rendu. Ils n'ont rien fait de tout cela.

Bien sûr, dans les multiples transactions de Groupaction et de ses filiales avec le gouvernement du Canada, pour une valeur totale de plus de 112 millions $, certaines sommes se seraient égarées dans la caisse électorale de quelques candidats libéraux, voire dans les coffres de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada. Ça, c'est Jean Brault qui le prétend. Dans la quasi-totalité des cas, on n'en a aucune preuve mais il semble que tout ce que pouvait dire l'ancien président de Groupaction était parole d'évangile la semaine dernière.

Mettons les choses au pire, c'est-à-dire au montant qu'évalue le service de recherche du Bloc lui-même, cela fait 2,2 millions $. Beaucoup d'argent certes, beaucoup trop, mais 2,2 millions sur un programme de 250 millions $, c'est moins de 1 %.

Et qui a corrompu qui dans cette affaire ? Jean Brault a réussi le tour de force de se faire passer pour une victime. Le pauvre homme ne pouvait plus résister aux pressions d'organisateurs libéraux d'autant plus suspects qu'ils ont un nom italien - cela marche toujours au Québec.

Quelques exemples de la fragilité des témoignages de Jean Brault. L'homme prétend avoir payé le salaire du secrétaire de presse, Daniel-Yves Durand, du chef de l'opposition, Jean Chrétien. Cela n'a rien à voir avec le Programme de commandites. De plus, à cette époque-là, de son propre aveu, M. Brault n'avait aucun contact à Ottawa, encore moins chez les libéraux où tout allait tellement mal qu'on se demandait si Jean Chrétien allait survivre. Et chacun sait, à Ottawa, que le bureau du chef de l'opposition a un budget de fonctionnement fourni par la Chambre des communes.

À propos des transactions en espèces qui, par définition, n'ont laissé aucune trace, Alain Renaud, associé et "ouvreur de portes" de Jean Brault, a fait une remarque intéressante. Le président de Groupaction prétend que Joe Morselli lui a réclamé 100 000 $, en espèces, pour arranger ses affaires. "Ça me surprendrait que Joe Morselli ait parlé de comptant avec M. Brault, dit Renaud. C'est peut-être le contraire qui est arrivé (...) Qui commence les négociations ? Je pense que c'est M. Brault !"

La remarque d'Alain Renaud est doublement intéressante : elle détruit toute l'opération visant à faire de Jean Brault une victime du système. Et elle nous rappelle qu'il faut être deux pour frauder le gouvernement. C'est pour cela que Jean Brault ET Charles Guité sont conjointement accusés de fraude.

Après que le bon peuple se soit fait avoir par l'opération de séduction d'un escroc, et que les instituts de sondage aient fait aller leurs ordinateurs, un malaise s'est installé cette semaine. Les témoins se succèdent à la Commission Gomery et infirment plus souvent les propos de Jean Brault qu'ils ne les confirment. C'est sans doute pour cela que les citoyens veulent en savoir davantage.

Les chefs politiques seraient bien avisés de suivre ce sage conseil. Imaginez : s'il fallait que les comptables enquêteurs de la Commission publient leur rapport en pleine campagne électorale et qu'ils concluent que les seuls filous étaient les directeurs des agences de publicité et quelques rares fonctionnaires complices, qu'aucun personnage politique n'ait profité de la fraude ?

Je sais que c'est difficile à croire, mais cela vaut bien la parole d'un Jean Brault...

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