Conditions gagnantes

Denis Hétu
Le Devoir, mardi 19 avril 2005

Lettres: Montréal, 16 avril 2005 - Le Québec est à deux ans d'un tournant décisif. Les libéraux fédéraux et provinciaux sont en train d'ouvrir le chemin à la souveraineté du Québec.

Ils font l'ultime démonstration que ce système ne fonctionne pas pour les Québécois, qu'il est un anachronisme qui a fait son temps. Jean Charest a réussi là où le Parti québécois échouait : il est parvenu par ses politiques à mobiliser et à politiser une bonne partie de la jeunesse. L'arrivée d'un premier ministre fédéraliste à Québec n'a pas permis de faire disparaître le déséquilibre fiscal, au contraire, le gouvernement fédéral en nie même l'existence. Le terrain est plus propice que jamais.

Mais cette fois-ci, le Parti québécois ne doit pas tomber dans la trappe que représente la gestion quotidienne d'une province étouffée par le déséquilibre fiscal. On a vu que même un homme politique charismatique comme Lucien Bouchard a perdu rapidement de la popularité à ce jeu où l'on ne peut que perdre.

Il faut donc tenir un référendum rapidement, dès les premières semaines qui suivront la prise du pouvoir. Il faut confronter les québécois à la réalité : s'ils veulent être conséquents dans leur mécontentement, ils doivent donner les pleins pouvoirs d'agir au gouvernement québécois, le seul qu'ils contrôlent vraiment. Sinon, le Parti québécois devrait refuser de gouverner cet État impuissant et retourner dans l'opposition tant que la population ne lui confiera pas ces pleins pouvoirs. On ne peut dénoncer un système politique stérile et réducteur et s'épuiser à essayer de le faire fonctionner.




Charest's worst nightmare: Loco Locass

Ingrid Peritz
The Globe and Mail Tuesday, April 19, 2005

Rap group's song, Liberate Us From the Liberals, has them dancing in the aisles

Montreal PQ - He's already got the students, teachers and civil servants shouting their beefs at him. As if that's not enough, Quebec's Premier has to worry about three guys with baggy pants and microphones named Biz, Chafiik and Batlam.

The three, who are just past the threshold of 30, form a Quebec rap group named Loco Locass, and their anti-Liberal rap music has found a young and madly enthusiastic audience in a province widely disenchanted with Premier Jean Charest.

No song has captured the mood of protest better than a high-driving number called Libérez-nous des libéraux (Liberate Us From the Liberals). In sold-out venues around the province, the song gets its young listeners jumping to their feet, pumping fists in the air and singing along. From its origins as an underground hit, it has sold 45,000 copies.

"We wanted to provoke things politically, and put our revolt against this government into words," says the 32-year-old Quebec City native who goes by the stage name Batlam. "Our song is becoming more and more relevant in Quebec now because this government is not in sync with the province. They say young Quebeckers aren't sensitive to politics. That's simply not true. There's political fervour now."

In the 1960s and '70s, Quebec chansonniers such as Félix Leclerc and Gilles Vigneault became the musical poets of sovereignty for a baby-boom generation. Now Loco Locass and Les Cowboys Fringants, another hugely popular Quebec group, are becoming musical mouthpieces for the baby boomers' kids, with nationalist and political songs of their own.

"These musicians are the Gilles Vigneault of our era," said Martin Roussy, music director at the University of Montreal's student radio station, CISM. "The music represents a new generation of students who are politicized again. And the message is getting across. Their feeling is almost one of rage. They feel the people in power are rotten and have to be changed.

"People see that with the Liberals, at both levels, it's simply not working."

The Quebec Liberals aren't the only artistic muses for the leftist and pro-sovereignty Loco Locass. The song Libérez-nous calls the Quebec and federal Liberals "two blades of the same scissors" and manages to rhyme "Canada" with "Banana Republica."

The federal Liberals' flameout in Quebec has provided an obvious source of inspiration. At their concert last Friday in Sherbrooke, Mr. Charest's hometown, Loco Locass announced to the crowd they were pleased to see hockey season cancelled -- because it left room for "the best téléroman" on TV.

"It's the Gomery Commission."

Yet the current crop of hits in Quebec aren't all paeans to the Parti Québécois. Les Cowboys Fringants, a quintet that has sold out the 21,000-seat Bell Centre in Montreal, casts a doleful eye toward a Quebec that it says has lost its idealism.

Lettre à Lévesque, a song on their most recent album, is a missive to former PQ premier René Lévesque in heaven. It laments how sovereignty as it's peddled by today's separatist leaders has failed to inspire Quebec's younger generation. "The project has aged badly," the song says.

Lettre à Lévesque makes plain that the old grievances against English Canada that fuelled their parents' independence dreams won't do any more. The Cowboys Fringants generation doesn't see a point in creating an independent Quebec unless the nation looks better than what the generation's already got; offer up a new land that values the environment, social democracy and ethnic minorities, "then I'd tick off 'Yes' for a country," the song idealistically says.

Pierre-Luc Gravel, a political scientist with the Observatory on Youth and Society, a university group, says young Quebeckers remain the strongest supporters of sovereignty of all age groups, but unlike their parents, they don't see the cause as an end in itself.

"They'd like the whole discourse over sovereignty to be renewed. They may criticize Jean Charest, but those votes won't necessarily go to another party like the Parti Québécois," he said.

Still, these musicians appear to be tapping into nationalist sentiment that old-guard separatists such as PQ Leader Bernard Landry cannot. The musicians look like their audiences. Their calls against war, globalization and environmental destruction are striking the right chords.

"They're giving a more playful spirit to the nationalist discourse, which was becoming old and banal," says Patrick Baillargeon, music editor at the arts weekly Ici Montréal. "They're breathing new life into nationalism, and getting young people interested in getting involved."

Last but not least, they're dishing up music that people like. At Cowboys concerts, everyone knows the words and sings along. Loco Locass has everyone on their feet, dancing. Like any political message, this one goes down better with a good beat.




Il faut aussi une enquête publique sur les magouilles référendaires

Normand Lester
Journaliste et auteur des trois tomes du Livre noir du Canada anglais (Éditions des Intouchables)
Le Devoir jeudi 21 avril 2005

L'ampleur du scandale causé par l'affaire des commandites ne devrait pas faire oublier les autres manigances financières du gouvernement Chrétien entourant le référendum de 1995.

Pour assurer la victoire du NON, le pouvoir libéral fédéral a, durant la campagne référendaire, dépensé clandestinement et illégalement près de cinq millions de dollars par l'entremise d'Option-Canada, un mystérieux organisme-paravent relevant du Conseil pour l'unité canadienne (CUC).

Option-Canada a engagé presque autant d'argent, soit 4,8 millions, que la somme autorisée de cinq millions pour chacun des camps du OUI et du NON. Si on considère l'énorme quantité d'argent investi au noir en faveur du NON, on peut penser qu'Option-Canada a eu une influence non négligeable sur le résultat du référendum.

Option-Canada a reçu sa première subvention seulement 17 jours après avoir été constitué (le 7 septembre 1995) et une semaine avant le déclenchement officiel de la campagne. La célérité du gouvernement Chrétien dans ce dossier préfigure les méthodes expéditives employées dans le programme des commandites.

Après l'échec du référendum, le directeur général des élections du Québec, Pierre F. Côté, a ouvert une enquête sur Option-Canada pour découvrir comment ce nid de combinards libéraux avait secrètement dépensé ses millions. Heureusement pour Ottawa, la Cour suprême du Canada est venue à la rescousse en invalidant une partie des lois électorales du Québec et en obligeant le DGE à interrompre son enquête.

Où est passé l'argent ?

J'ai obtenu, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information du Québec, une bonne partie du dossier rassemblé au cours de l'enquête du DGE lorsque la Cour suprême l'avait muselé. Un des documents en possession du directeur général des élections du Québec, que j'ai consulté, rapporte que le président d'Option-Canada, Claude Dauphin, soutient que le gestionnaire des fonds de l'organisme-paravent, René Lemaire, lui a fait signer une demande de subvention de quelque dix millions. Le ministre du Patrimoine d'alors, Michel Dupuy, n'a cependant versé que 4,8 millions à l'officine. Cet argent a été puisé à même des fonds autorisés pour aider les minorités linguistiques dans tout le Canada !

Les dossiers du DGE indiquent que les administrateurs d'Option-Canada ont catégoriquement refusé de fournir aux enquêteurs québécois les bilans, les états financiers, les livres de dépenses et les numéros des comptes bancaires de l'organisme. Aujourd'hui encore, le mystère le plus absolu entoure l'utilisation de ces 4,8 millions. Sheila Copps, qui a succédé à Michel Dupuy au poste de ministre du Patrimoine, a toujours refusé de révéler la destination de ces fonds, sinon pour dire qu'ils avaient servi à défendre l'unité du pays. Même le vérificateur général du Canada, Denis Desautels, contrairement à sa successeure, Sheila Fraser, dans le cas des commandites, a été incapable de découvrir ce qu'ils sont devenus.

Lorsqu'un journaliste a demandé à Claude Dauphin où l'argent était passé, celui-ci a simplement déclaré -- un Jean Lafleur avant l'heure -- qu'il ne s'en souvenait plus. En décembre 1997, M. Dauphin est devenu le conseiller principal de Paul Martin sur les questions québécoises avant de se joindre à l'équipe de Gérald Tremblay à la mairie de Montréal. Il est aujourd'hui maire de Lachine et membre du comité exécutif de la Ville de Montréal.

La loi violée

Option-Canada a de toute évidence violé la loi québécoise sur les référendums : son budget n'était pas compris dans les cinq millions de dollars autorisés et dépensés par le camp du NON. L'organisme bidon a probablement aussi violé des lois fédérales en détournant des fonds destinés aux minorités linguistiques du Canada.

Après le référendum, le Conseil pour l'unité canadienne a continué de recevoir des dizaines de millions de dollars du gouvernement de Jean Chrétien pour poursuivre des activités parallèles et complémentaires à celles commanditées par le couple Gagliano-Guité.

Entre 1996 et 2000, Ottawa a transféré la somme fabuleuse de 30 millions au Conseil pour l'unité canadienne, où pataugent allégrement de nombreux libéraux fédéraux et provinciaux. Ce service de propagande et de renseignement (devrait-on parler d'auge libérale ?) a reçu près de 23 millions du ministère du Patrimoine et sept millions de Développement et Ressources humaines Canada.

Il est intéressant de noter que l'ancien directeur de l'information de Radio-Canada, Pierre O'Neil, a longtemps siégé au Conseil pour l'unité canadienne tout en étant le directeur général de l'une de ses officines, le Centre de recherche et d'information sur le Canada. Avant de diriger l'information à Radio-Canada, O'Neil avait été l'attaché de presse de Pierre Elliott Trudeau.

Seule une enquête publique comme celle que mène le juge Gomery pourrait faire la lumière sur l'argent noir, les tripotages financiers et les actions clandestines du Conseil pour l'unité canadienne et de ses officines connexes dont, en particulier, Option-Canada. Le prochain gouvernement du Québec (qui risque de ne pas être libéral) devrait en faire une de ses priorités s'il ne veut pas être victime du même type de manipulation.




Parizeau avait raison, affirme Benoît Corbeil

André Noël et Vincent Marissal
La Presse jeudi 21 avril 2005

ENTREVUE AVEC L'EX-DIRECTEUR GÉNÉRAL DU PLC-QUÉBEC : Parizeau avait raison, affirme Benoît Corbeil : Le vote ethnique aurait fait perdre le référendum

Jacques Parizeau a eu raison de dire qu'il avait perdu le référendum sur la souveraineté à cause de l'argent et du vote ethnique, dit Benoît Corbeil. Venant de l'ancien directeur général du Parti libéral du Canada au Québec, cette affirmation a de quoi surprendre, convient-il.

" Aujourd'hui, si on me pose la question (M. Parizeau avait-il raison), je suis obligé de dire oui, a dit M. Corbeil au cours d'un entretien, hier. Venant de moi, c'est assez particulier. C'est clair que la stratégie (du Parti libéral), c'était de faire sortir le vote ethnique au maximum. Si nous avions gagné par 300 000 électeurs, j'aurais dit non (c'est-à-dire que M. Parizeau n'avait pas raison). Mais lorsqu'on regarde les résultats du référendum, la réponse est oui. "

Les forces du NON ont gagné le référendum par un peu plus de 50 000 voix (50,6 % du total). M. Corbeil était déjà actif au sein du Parti libéral du Canada au Québec (PLC-Q). Il dit qu'il a pu voir, de proche, comment le bureau du premier ministre Jean Chrétien a agi pour le gagner.

" Il y a eu une accélération du processus menant à la citoyenneté de milliers d'immigrants au Québec, dit-il. Ce n'était pas difficile: plusieurs commissaires à l'immigration étaient liés au parti. Jean Chrétien a fait un discours à la nation, un en français et un autre en anglais, qui n'était pas identique et qui contenait un message particulier pour les groupes ethniques. "

" Puis il y a eu la fameuse manifestation d'amour du Canada au centre-ville de Montréal. Bien qu'actif au parti, je n'ai été mis au courant qu'à la dernière minute. J'étais chargé d'aller chercher les manifestants du Manitoba à l'aéroport de Dorval. Je les ai amenés en autobus jusqu'au square Dominion. Puis je suis monté au 33e étage du Château Champlain; il y avait là plusieurs membres du bureau du premier ministre et d'autres personnes qui surveillaient la manifestation, armés de jumelles et de caméras. "

C'était clair que l'organisation de la manifestation avait coûté très cher, et c'était aussi clair que cette dépense ne respectait pas la loi sur les référendums au Québec, ajoute M. Corbeil. Selon lui, le programme de commandites a suivi dans cet état d'esprit: il fallait combattre le mouvement souverainiste par tous les moyens, c'est-à-dire avec beaucoup d'argent, quitte à ne pas toujours respecter la loi.

" À l'époque, pour moi, les déclarations de Jacques Parizeau (ancien premier ministre du Québec), c'était de la folie. Avec le recul, 10 ans plus tard, je dis que ce n'était pas une folie. "

L'ancien directeur du Parti libéral du Canada au Québec serait-il devenu souverainiste? lui a demandé La Presse.

" Non, répond M. Corbeil. Mais je suis en réflexion. Est-ce que je suis libéral? Non. Pour moi, c'est fini. Pour moi, c'est terminé. "

M. Corbeil a grimpé les échelons dans le PLC-Q jusqu'à en devenir le directeur général, en 1999. Il dit que le " réseau libéral " a tout fait pour unifier les forces fédéralistes au Québec sous l'aile libérale. Pour cela, ajoute-t-il, il fallait éliminer le Parti conservateur au Québec.

Ce réseau a convaincu Daniel Johnson (ancien premier ministre québécois) de quitter la direction du Parti libéral du Québec, ajoute-t-il. Le but: laisser la place vacante pour Jean Charest. Le " réseau " voulait que Jean Charest quitte le Parti conservateur. Lui-même a convaincu des députés conservateurs de passer au parti libéral.

" De cette façon, les conservateurs ne pouvaient plus diviser le vote fédéraliste aux élections, dit-il. La stratégie a fonctionné. On a obtenu des résultats formidables aux élections de 2000, avec 44 % des voix, contre 41 % au Bloc, et un seul élu conservateur. "




Message à la nation, le 25 octobre 1995

Source : Chrétien, Jean. Message à la nation.
Ottawa : Cabinet du Premier ministre, 1995. 4 p.

Pour la première fois de mon mandat de Premier ministre, j'ai invoqué une procédure exceptionnelle pour m'adresser à vous ce soir. La procédure est exceptionnelle parce que la situation l'est également.

Bien sûr, je m'adresse en particulier à mes compatriotes du Québec, parce qu'ils ont en ce moment l'avenir de notre pays entre leurs mains.

Je m'adresse également à tous mes autres concitoyens du Canada, parce que cette décision les concerne aussi au plus haut point.

Ce n'est pas seulement l'avenir du Québec qui se décidera lundi, c'est également celui de tout le Canada. C'est une décision sérieuse et irréversible, aux conséquences imprévisibles et incalculables.

Le Canada, notre pays et notre héritage sont en danger. Briser le Canada ou le bâtir, demeurer Canadiens ou ne plus l'être, rester ou partir, voilà l'enjeu du référendum.

Quand nous ferons notre choix, nous avons tous la responsabilité et le devoir de comprendre la portée de notre décision.

Derrière une question ambiguë, se cache une option très claire. C'est la séparation du Québec. Un Québec séparé ne ferait plus partie du Canada. Nous, Québécois, ne serions plus Canadiens et n'aurions plus droit aux privilèges attachés à la citoyenneté canadienne, comme le passeport et la monnaie, quoiqu'en disent les tenants de la séparation. Les Québécois deviendraient des étrangers dans leur propre pays.

Je sais que beaucoup de Québécois de bonne foi songent à voter OUI pour apporter des changements au Canada. S'ils veulent demeurer Canadiens, je veux leur dire que c'est un pari très dangereux.

Ils ne devraient pas prendre un risque pareil.

Écoutez bien ce que disent les dirigeants séparatistes. Ils sont très clairs. Le pays qu'ils proposent, ce n'est pas un Canada amélioré, c'est un Québec séparé. Ne vous laissez pas tromper. Il semble également que certains s'apprêtent à dire OUI parce qu'ils pensent qu'ils auront un meilleur rapport de force pour renégocier un partenariat économique et politique avec le Canada. Je veux leur répéter encore une fois qu'ils se trompent. Un OUI mène à la destruction irréversible de l'union économique et politique que nous avons actuellement, rien de plus.

J'ai écouté mes compatriotes du Québec tout au long de cette campagne dire combien ils sont profondément attachés au Canada. J'ai également entendu et compris que des déceptions du passé sont toujours vivantes. J'ai aussi entendu la voix du changement qui s'élève du Québec et de partout au Canada. Notre pays est en train de changer profondément, vous le savez. Et je vous demande d'apprécier sincèrement ce que le gouvernement a fait depuis deux ans pour orienter positivement le changement.

La dissolution du Canada serait l'échec d'un rêve. Ce serait la fin d'un pays qui fait l'envie du monde entier.

Le Canada n'est pas n'importe quel pays. C'est un pays unique au monde, le meilleur. Un pays qui fait partie depuis tellement longtemps de notre paysage, qu'on a fini par le prendre pour acquis. On ne devrait jamais, jamais faire ça. Vous voyez qu'aujourd'hui encore, il faut le dire qu'on l'aime notre pays et qu'on ne veut pas le perdre.

Nous avons construit ensemble au Canada quelque chose de grand et de noble. Un pays dont les valeurs de tolérance, de compréhension, de générosité, de respect des différences ont fait de nous ce que nous sommes : une société préoccupée du respect et de la dignité de ses citoyens.

D'autres pays investissent dans l'armement; nous investissons dans le bien-être de nos citoyens. D'autres pays tolèrent la pauvreté et le désespoir; nous mettons tout en oeuvre pour assurer à chacun un niveau de vie décent. D'autres pays recourent à la violence pour régler leurs différends; nous surmontons nos difficultés grâce à l'esprit de compromis et au respect mutuel.

C'est cela que nous avons accompli. Et je dis à mes compatriotes québécois, ne laissez jamais personne diminuer ou banaliser ce que nous avons réalisé ensemble.

Ne laissez jamais personne vous dire que vous ne pouvez pas être à la fois fier d'être Québécois et fier d'être Canadien.

C'est vrai, le Canada n'est pas parfait. Mais, pour moi, aucun autre pays ne se rapproche plus de l'idéal. Il n'existe pas d'autre endroit où les gens vivent mieux en paix et en sécurité.

Pourquoi sommes-nous si bien au Canada? Parce que notre pays a toujours su s'adapter et changer pour refléter les aspirations de ses citoyens. Nous avons fait des changements dans le passé, nous en faisons actuellement et nous continuerons d'en faire à l'avenir.

Et je répète ce soir ce que j'ai dit hier à Verdun : il faut reconnaître que le Québec forme une société distincte de par sa langue, sa culture et ses institutions. Et aucun changement constitutionnel qui affecte les pouvoirs du Québec ne se fera sans le consentement des Québécois.

Il faut également que tous les gouvernements fédéral et provinciaux répondent au désir des citoyens, partout, pour une plus grande décentralisation.

Et tout cela peut se faire sans cris, sans éclats de voix, sans déchirements, mais calmement et surtout, avec détermination.

À tous les autres Canadiens, je dis : ne perdez pas foi dans notre pays. Continuez à exprimer à l'égard de vos concitoyens du Québec le respect, l'ouverture, l'attachement et l'amitié que vous leur avez manifesté tout au long de cette campagne référendaire.

Continuez à leur dire combien ils sont importants pour vous, que le Canada sans eux, ce n'est plus le Canada.

Dites leur que vous espérez, sincèrement et profondément, qu'ils choisiront, encore une fois, le Canada lundi prochain.

Au cours des derniers jours, des milliers de Canadiens de tous les coins du pays ont envoyé un message d'amitié et d'attachement aux Québécois. Continuez d'en envoyer.

Mes amis, notre pays traverse, encore une fois, une crise profonde. Ces crises à répétition et l'incertitude qu'elles ont engendrée, nous ont coûté cher. L'instabilité politique, vous le savez, a un prix.

Lundi prochain, lorsque les Québécois auront réitéré leur confiance au Canada, je veux demander aux investisseurs canadiens et étrangers d'en faire autant. Rapidement, il faudra remettre nos priorités aux bons endroits.

Ces priorités, vous les connaissez bien; ce sont la croissance économique et l'emploi. Il est plus que temps d'y revenir.

Chers amis, le Canada est maintenant à un moment décisif de son histoire.

Et d'un bout à l'autre du Canada, les gens savent que cette décision est entre les mains de leurs concitoyens du Québec.

Comme fier Québécois et fier Canadien, je suis persuadé qu'un Québec fort dans un Canada uni est encore la meilleure solution pour nous tous. Je demande à ceux qui réfléchissent encore de se poser quelques questions lorsqu'ils iront voter lundi :

Pensez-vous vraiment que vous et votre famille, aurez une meilleure qualité de vie et un avenir plus prometteur dans un Québec séparé?

Pensez-vous vraiment que la langue et la culture françaises en Amérique du Nord seront mieux protégées dans un Québec séparé?

Pensez-vous vraiment que vous et votre famille aurez une meilleure protection sociale dans un Québec séparé?

Pensez-vous vraiment que le Canada mérite qu'on lui tourne le dos?

Êtes-vous vraiment prêts à dire au monde entier que des citoyens de langues, de cultures et d'origines différentes ne peuvent pas vivre ensemble en harmonie?

Pensez-vous vraiment qu'on peut briser des liens d'amitié et de compréhension... qu'on peut briser des liens de confiance réciproque et de respect mutuel sans provoquer d'amertume ?

Enfin, avez-vous trouvé une seule bonne raison, une seule pour briser le Canada?

Pensez-vous vraiment que ça vaut la peine de renoncer au pays que nous avons bâti ensemble et que nos ancêtres nous ont légué?

Ce pays représente l'héritage accumulé pour léguer à nos enfants et nos petits-enfants. Sa destruction aurait-elle un sens?

Pensez-y bien, c'est une lourde responsabilité.

Nous arrivons bientôt au moment où tous les bruits de campagne vont cesser. Mes chers compatriotes du Québec, je vous demande maintenant d'écouter votre coeur et votre raison. Et je suis confiant que le Québec et le Canada en sortiront encore une fois gagnants et unis.

Merci et bonsoir.











Yes side might have won if not for cheating

Josée Legault
The Montréal Gazette April 22, 2005 Friday

"Many Quebecers will now wonder what would have happened if the fight had been a fair one."

Polls will tell soon enough if Paul Martin's dramatic TV address was enough to ward off a spring election. But the real question remains: Will anything be enough to prevent the ultimate fall of the Liberal empire?

Revelations made inside and outside the Gomery commission point to three possible levels of corruption. One is "individual," with well-connected agency executives benefitting from generous contracts from the Liberal government.

One is "partisan," with some of those public funds being channelled back to the Liberal Party. The third is "ideological," with the sponsorship program serving to heighten the visibility of the federal government in Quebec, the Liberal Party and assorted Canadian symbols to weaken support for sovereignty.

One image that captures it all can be seen at the St. Urbain St. corner of the Hydro-Quebec building in Montreal. That's where a bust of Rene Levesque seems to look on in bemusement at the Guy-Favreau complex where the Gomery commission holds its hearings.

One wonders what Levesque would say about the mounting evidence that current laws on party financing are easily flouted or that his referendum law remains powerless to stop Ottawa from spending mountains of money before, during and after referendums in the name of national unity - the raison d'etre of the sponsorship program?

Such multi-layered corruption is precisely what Benoit Corbeil, former director-general of the Quebec section of the Liberal Party, unveiled yesterday to La Presse, the Globe and Mail and Radio-Canada.

After former Groupaction president Jean Brault, Corbeil confirmed part of the public money that went into the sponsorship program was channelled back, in cash, to Liberal organizers to pay for what Corbeil calls "fake" party volunteer workers.

It's the first time a former Liberal organizer admitted to the rerouting of public funds to the party through the intercession of one of the ad agencies that profited from the sponsorship program.

Corbeil, who is set to testify in May at the Gomery commission, promises to name those high in the party and the government who gave him orders as well as those who accepted the illegal funds. He also says the Liberal election committee in Quebec, then co-chaired by Alfonso Gagliano, knew about it.

If Corbeil is right, this contradicts what Transport Minister Jean Lapierre keeps saying about corrupt Liberals being part of a parallel group distinct from the party hierarchy.

Corbeil also says some lawyers who "volunteered" for the party during elections were later named judges as a reward. If that's true, this would constitute a fourth level of corruption with party officials even meddling as far as the judiciary.

The whole money trail, Corbeil contends, is sure to extend to the Quebec Liberal Party. In yesterday's Le Devoir, journalist Norman Lester added the municipal level could be involved through the relationship some city officials in Gerald Tremblay's administration had with such national-unity money pits as Option-Canada.

Pointing to the genesis of it all - the fight against separatism - Corbeil revealed what could the real smoking gun in this entire affair. He says a group of high-up Liberals he plans to name later, exercised almost complete control over the allocation of contracts, nomination of judges and how the national unity battle was fought. They also urged Jean Charest to go to Quebec to get him out of Ottawa and make sure all the federalist vote came home to roost in the Liberal Party.

This powerful group could be to the Liberal Party what Opus Dei is to the Vatican - which Le Monde Diplomatique once described as a sub-group within the Catholic hierarchy, close to the pope, that practises secrecy and uses "prete-noms" for the Vatican's political purposes.

This secret group of influential Liberals, Corbeil says, made the call to spend oodles of millions for the No side during and after the last referendum, including at the love-in held days before the vote. It also called for new citizenships - guaranteed No votes - to be granted generously in the weeks before the referendum.

In the same way Pierre Trudeau spent unrestricted amounts before and during the 1980 referendum, the Liberal motto remains "the end justifies the means." That's why Corbeil says he now thinks Jacques Parizeau was right when he said money and ethnic votes - in good part swiftly granted citizenships - gave the No its narrow victory.

This is no PQ hard-liner talking. This is a former, high-ranking federal Liberal organizer who saw it all. And this is where corruption meets the fight for national unity.

Many Quebecers will now wonder what would have happened if the fight had been a fair one.

Had the battle been waged with equal arms between the Yes and the No forces, chances are 2005 wouldn't be the year of the Gomery commission.

It would be the 10th anniversary of Quebec's independence.




Le OUI aurait dû gagner en 1995, selon Pierre F. Côté

Denis Lessard, La Presse
La Voix de l'Est vendredi 22 avril 2005

Les révélations de l'ancien directeur général du PLC, Benoît Corbeil, sur les jeux de coulisses au moment du référendum de 1995, n'ont pas surpris l'ancien directeur général des élections, Pierre F. Côté.

"Cela ne me surprend pas, depuis ce jour-là je dis que le vote des résidents hors Québec et les nombreux ressortissants étrangers admis au Canada durant la campagne référendaire ont fait la différence", a soutenu hier M. Côté, qui était le chien de garde de la loi référendaire lors de la consultation de 1995.

"La loi a clairement été transgressée"

"Dire que le référendum a été volé, c'est un grand mot, mais la loi a clairement été transgressée, cela me semble évident", observe M. Côté. "J'ai parlé pendant des années des 4,8 millions $ que Sheila Copps avait mis là-dedans, on n'a jamais eu de réponses", a-t-il rappelé. Une telle somme venue d'Ottawa représentait autant d'argent que les budgets des comités du OUI et du NON réunis, insiste-t-il.

"Le problème était de prouver tout cela. On a déclenché des enquêtes, des poursuites." En vain. Le résultat du référendum "aurait été différent sans ces interventions extérieures, j'en suis convaincu", insiste M. Côté.

À La Presse, comme à d'autres médias, l'ex-directeur du Parti libéral du Canada au Québec, Benoît Corbeil a levé hier le voile sur les jeux de coulisses qui avaient mené à la très courte victoire du camp fédéraliste en 1995.

Clairement, la loi sur les consultations populaires a été "violée, voire bafouée", a soutenu M. Corbeil.

Les péquistes sautent sur l'occasion

De tels aveux ont mis le feu aux poudres hier à l'Assemblée nationale, où la plus grande partie de la période des questions a été mobilisée par les révélations entourant la commission Gomery.

"En 1995, les Québécois ont exprimé leur choix en leur âme et conscience", de soutenir le premier ministre Charest, répliquant au tir serré des députés péquistes Jonathan Valois et Stéphane Bédard.

Ce dernier a révélé que, lors de la campagne électorale de 1998, le Groupe Everest, mis sur la sellette à la commission Gomery, avait récolté 730 000 $ de contrat du Parti libéral de Jean Charest. C'est d'ailleurs par le Groupe Everest qu'aurait transité, selon Jean Brault, un don de 50 000 $ pour la campagne du PLQ, une requête spéciale du haut fonctionnaire fédéral, Chuck Guité, a rappelé M. Bédard.

Ces "insinuations... déshonorent ceux qui font une vie publique honnête. 99,999 % des hommes publics méritent un minimum de respect", de répliquer, incisif, M. Charest.

Pour ce dernier, la participation "remarquable" obtenue lors du référendum de 1995 - plus de 95 % des gens sont allés voter - est garante de la légitimité du résultat.

"Le NON a été gagné honorablement. La meilleure chose que vous ayez à faire est de prendre acte du résultat référendaire plutôt que de le nier", de renchérir le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier.

Si les souverainistes veulent parler des fonds illégitimes de la campagne de 1995, "il va falloir parler des 9 millions $ des études Le Hir, des 4 millions $ versés au Conseil de la souveraineté, des 5 millions $ pour les commissions régionales sur l'avenir du Québec", de poursuivre M. Pelletier.

Pour Jonathan Valois, député péquiste de Joliette toutefois, le premier ministre Charest, qui était à l'époque vice-président du comité du NON ne peut prétendre n'avoir rien su de ces stratégies déloyales, "basées sur de multiples violations de la loi électorale québécoise".