
Briser les carcans
Robert Laplante
L'Action nationale Mars-Avril 2005
car la liberté saute d’abord du train
et c’est au milieu du saut qu’elle se nomme
— Pierre Perrault, Irréconciliabules
Éditorial - L’Histoire avance souvent sur la pointe des pieds, semant sous les apparences du succès des germes de ruine qui ne se lisent bien qu’après coup. Il arrive parfois que les plus grands dangers se cachent dans les victoires trafiquées, dans les résultats obtenus en se satisfaisant de triompher de l’accessoire pour mieux éluder l’essentiel. C’est à ce genre de périls que s’expose le Parti québécois à son Congrès national de juin prochain.
La Saison des idées n’a pas donné les fruits attendus. À l’évidence, le Parti québécois n’a pas réussi à susciter les débats que ses dirigeants avaient pourtant dit souhaiter vivement. Les débats dans les instances sont restés, somme toute, dans les limites du prévisible. Cela s’explique en grande partie, sans doute, aussi bien par l’état du parti que par la forme des documents qui encadraient très rigidement la délibération.
C’est sur les pourtours du PQ, dans les diverses composantes du mouvement indépendantiste que le bouillonnement s’est fait sentir. Et il s’y est manifesté d’autant plus ardemment que c’est là, vraiment, que s’est fait le procès de l’étapisme. Un procès que la direction et les notables du Parti québécois ont cherché à éviter soigneusement. Et pour cause. Il reste au cœur de l’approche qu’endosse le conseil exécutif et au fondement de la proposition principale quant au mode d’accession à la souveraineté. En dépit des précautions rhétoriques sur la gouverne provinciale, le document constitue, en effet, une version à peine plus et mieux enrobée de l’étapisme et de ses versions bouchardistes diluées par les conditions gagnantes et autres fadaises pour reporter les échéances et surtout pour se donner la marge et les prétextes pour différer le passage à l’acte.
Compagnons de route et membres du parti ont cependant une lourde responsabilité à l’égard du congrès et des événements qui se préparent. On ne brandit pas à la légère l’idéal de l’indépendance qui n’appartient à aucun parti mais au peuple québécois. Aucune société ne peut vivre avec l’objectif de sa propre dissolution. Le consentement à la minorisation que veut nous arracher le Canada et que tente de nous imposer le gouvernement Charest font surgir, comme rarement cela est arrivé dans notre histoire, une volonté d’émancipation, que les partis souverainistes ont le devoir non seulement de cueillir et d’accompagner, mais de renforcer et de projeter. Et à cet égard, le Parti québécois a une responsabilité immense.
Un rendez-vous peut avoir lieu. Et il ne devra pas opposer deux partis provinciaux pour la gouverne de la province, mais bien le Québec au Canada.
Cette élection, en effet, ne doit pas être une élection comme une autre. C’est le moment pour les souverainistes de reprendre l’initiative, de se redéployer dans l’action en prenant appui sur une mobilisation qui aura su tenir compte des erreurs du passé et des leçons que nous devons tirer de la réaction canadian. Cela suppose de camper correctement notre véritable rapport avec le Canada. Et surtout, cela exige de se présenter devant l’électorat avec un programme et une vision qui sauront triompher des doutes que le parti lui-même, par son bilan, a semé sur sa détermination à réellement faire l’indépendance. C’est une tâche politique qui a moins à voir avec les professions de foi répétées et les tests de conviction qu’avec un plan d’action qui soit bien arrimé à la situation réelle du Québec et qui s’inscrive dans le rapport des forces en présence. Il faut former un gouvernement souverainiste, pas seulement élire des souverainistes au gouvernement.
À la veille du congrès national, de sérieuses réserves surgissent qui mériteront, souhaitons-le, des amendements majeurs, sinon de toutes nouvelles propositions pour faire de la positon présentée par les autorités du parti, un programme susceptible de combler le déficit de crédibilité qui a repoussé tant de souverainistes loin de ce parti.
De sérieuses réserves
A la lecture des documents, en effet, il est clair que le sens du mandat qu’entend solliciter le PQ est celui d’un bon gouvernement qui promet de tenir un référendum - deux, en fait, si on lit bien. Il demande un mandat pour mieux se mettre en position d’énoncer ses intentions. Il n’enclenche rien. Il se prépare à mener une campagne d’opinion, bardé d’études et de lois sans effectivité immédiate. Ceux-là qui s’imaginent dans une répétition du scénario de 1995 n’ont pas bien lu.
La séquence proposée se décline ainsi : élection provinciale, référendum consultatif, élection d’une constituante pour élaborer la constitution permanente, approbation de la constitution par un référendum, formation d’un gouvernement de transition pour les négociations avec le Canada. Quand le Québec proclame-t-il son indépendance? A quoi riment ces gestes de souveraineté qu’on nous annonce pour le lendemain d’un premier référendum victorieux? Est-ce à dire qu’en ce cas le Québec ne ferait valoir sa souveraineté que par à coups ? À quel moment le Québec se trouve-t-il en pleine possession de ses moyens? Comment s’équipe-t-il pour contrer les manœuvres canadian? Avec quelles ressources le gouvernement du Parti québécois gère-t-il le Québec pendant que tout cela se déroule? Est-il vraiment imaginable de faire tout cela en un seul mandat? Autant de questions qui peuvent légitimement laisser craindre l’adoption d’une espèce d’ultra-étapisme.
Est-il seulement réaliste de penser que le Québec a les moyens de subir un pareil échéancier, de s’infliger un tel effilochement des échéances, de différer sans cesse le moment et les termes de la rupture?
On sait bien : il faut être au pouvoir d’abord, que ce soit pour tenir un seul ou deux référendums. Le refrain est connu. Mais quand bien même il serait entonné par toute une chorale, il n’en continuera pas moins de sonner faux. L’approche soumise au congrès reste évasive sur deux points fondamentaux.
Sur l’urgence de la souveraineté
Sur l’urgence de la souveraineté, tout d’abord. Sur le plan des principes, l’indépendance étant avant tout une affaire de dignité et de liberté, il y a toujours eu une urgence, pour ainsi dire éthique et ontologique. Pour un peuple dominé, rien ne presse davantage que de recouvrer sa liberté. Les contraintes matérielles et politiques expliquent le reste. Il faut avoir les moyens de s’affranchir, se les donner. Et livrer bataille. Dans l’ordre des moyens, il peut toujours y avoir un décalage entre l’aspiration et le fait. Mais quand le rapport des forces menace jusqu’à la possibilité de combattre, l’urgence n’en devient que plus impérative encore. Et c’est là où nous en sommes. Le Québec ne peut plus se développer avec les moyens que le Canada lui laisse. Il est condamné à vivre dans un état de sous-oxygénation permanente. Plus encore, les manœuvres de déstabilisation de ses finances publiques le menacent d’une régression qui compromet d’ores et déjà sa capacité de maintenir sa cohésion nationale. La politique libérale de la terre brûlée risque de rendre encore plus difficile la réalisation de l’indépendance, d’en compromettre les bases institutionnelles en ne laissant qu’un État désorganisé, exsangue.
Aspirer à gouverner la province de Québec, c’est se faire le relais et l’instrument d’un État canadian déterminé à normaliser une fois pour toutes la situation. C’est aspirer à gérer la pénurie et le rationnement. C’est prêter flanc à toutes sortes de mesures de rétorsion, s’exposer à des politiques du fait accompli qui laisseront notre gouvernement national impuissant, sans défense. Et débordé par les problèmes d’une vie courante qu’il lui sera d’autant plus difficiles à maîtriser que ses ressources, on peut le parier, lui seront encore davantage raréfiées. Les milliards qui manquent aujourd’hui n’apparaîtront pas par magie parce que le gouvernement prépare des projets de loi virtuels qui aideront à faire patienter. Il n’y a plus moyen de moyenner. Le Québec sort de ce carcan ou il s’y laisse étouffer. C’est une urgence vitale. Et pour cela, il importe que le mandat électoral soit sans équivoque : un vote pour le Parti québécois doit être un vote pour sortir du Canada. Ce n’est pas vrai que le Québec a les moyens de prendre son temps. Ottawa a retourné le sablier.
Le débat doit être fait avant l’élection. Il n’est plus question de laisser un parti brandir l’idéal de l’indépendance pour mieux se faire l’agent des forces de dissolution de nos intérêts nationaux. Le PQ doit dire clairement qu’il lie l’option et le mandat. Telle doit être la seule et la vraie signification des conditions gagnantes : se faire élire pour agir, pas pour attendre les signaux des barons de la pub pour la distribution des macarons. Il faut un mandat de procéder au lancement des politiques requises par les urgences sociales et économiques, pas un mandat de quémandages et de lamentations. Il faut que le Parti québécois s’engage à solliciter un mandat pour conduire une politique nationale. Un mandat pour dénouer une crise nationale. Le Québec ne manque pas d’argent, ses ressources lui sont confisquées et elles servent à financer sa propre mise en indigence.
Sur le conflit des légitimités
Refuser de gérer la province de Québec, refuser de subordonner la vie de la nation aux moyens que le Canada nous laisse et l’ordre qu’il nous impose, c’est faire primer la légitimité québécoise sur l’illégitimité canadian. Le Québec vit sous l’empire d’une constitution qui lui a été imposée pour casser sa volonté nationale et pour le minoriser à jamais. Devra-t-il entreprendre une démarche d’accession à l’indépendance en se conformant à cette légalité-là ? Un gouvernement du Parti québécois respectera-t-il la loi C-20, l’ignoble instrument de confiscation de la démocratie québécoise ? Osera-t-il défier l’ordre constitutionnel illégitime? Le Grand Chantier reste muet sur ces points pourtant fondamentaux. Ne pas signer la constitution, la dénoncer mais ne pas agir en conséquence, c’est pire que d’y souscrire. Et pourtant, les déclarations des notables péquistes n’ont rien de rassurant à cet égard. Sous quel régime de droit, selon quelle légitimité entend-t-il se conduire, fonder ses gestes?
On ne peut pas prétendre que C-20 est inique et dire qu’on n’en tiendra pas compte sans opposer une résistance globale qui confrontera une légitimité à une autre. Le Québec va faire son indépendance en tout respect des règles de droit mais en affirmant solennellement que la nation québécoise est la seule source de légitimité de ses institutions. Cela veut dire qu’un mandat d’un gouvernement souverainiste devra s’ouvrir par la promulgation d’une constitution provisoire effective qui établira clairement les principes de la légitimité qui baliseront l’accession à l’indépendance. Sans une pareille démarche inaugurale, on voit mal comment la proposition actuelle pourrait mettre un gouvernement péquiste en mesure de riposter au déluge de procédures et aux diverses manœuvres vexatoires que va faire pleuvoir Ottawa.
Il faut bien lire : riposter. Car c’est bien de cela qu’il s’agira, puisque faire l’indépendance, c’est rompre. Et l’on ne peut rompre en faisant comme si les intentions hostiles de l’adversaire ne se matérialiseront pas. C-20, c’est un geste hostile. Il aura des conséquences. Autant le dire et s’outiller pour y faire face. Le Canada avec lequel il faut rompre n’est plus celui de 1995. Ottawa a déjà fait la preuve qu’il est prêt à aller très loin pour nous barrer la route. Allons-nous penser l’indépendance, solliciter le mandat de la faire en cédant par avance aux maîtres-chanteurs ? Il faut le dire : le Québec opposera le droit au droit. Il se dressera dans un face à face avec le Canada.
Le grand arrachement
Il y a des limites à se faire tondre. Il y a des limites à tendre l’autre joue. Il y a des limites aux rêvasseries velléitaires. Les Québécois et les Québécoises sont mûrs pour l’indépendance. Ils attendent une direction ferme et confiante. Seule une politique déterminée, sûre de ses moyens et surtout du droit du peuple québécois parviendra à enclencher le mouvement d’adhésion large et enthousiaste qui nous donnera le pays. Ils n’ont que faire des politiciens qui ont l’air de chercher à finasser avec les exigences et le courage politiques requis par l’idéal proclamé ; ils n’ont rien à faire de ceux-là qui donnent l’impression d’être encombrés de l’option fondamentale de leur parti, qui la tiennent comme un hochet au lieu de s’en servir pour casser la fatalité, pour faire les choses autrement et faire naître des gestes conséquents. La dernière chose dont ils ont besoin, c’est de se faire servir le discours de la peur - ou pire, de s’en faire donner le spectacle par des contorsions rhétoriques pour ne pas appeler un chat, un chat - par ceux-là mêmes qui proposent de briser les carcans.
L’indépendance est un grand geste de dépassement. Un geste qui suppose, au préalable, un grand arrachement. Celui qui consiste à cesser de se voir avec le regard de l’Autre, à cesser de se mesurer à l’aune des limitations qu’il nous impose.
On ne s’affranchit pas en demandant la permission et en plaidant dans la logique des maîtres. Le Québec étouffe et il fait chaque jour plus cruellement les frais du conflit national. Il sortira d’autant plus vigoureusement des carcans qu’on lui impose qu’on lui donnera la possibilité de faire l’expérience du conflit, l’expérience du combat. Un combat mené sur de la politique réelle, avec des gestes réels, des décisions effectives, des mesures appliquées quoi qu’en dise Ottawa et sa constitution illégitime. Confronté au réel plutôt qu’exposé au virtuel, la solidarité nationale sera plus grande que jamais : notre peuple saura bien reconnaître ses intérêts nationaux. Le Québec vit dans le ratatinement actuel une véritable crise nationale. Elle doit être lue ainsi pour que l’élection trouve son sens et pour que le mandat que le Parti québécois à cette occasion trouve le sien. Un vote pour le PQ doit constituer le premier pas sur la voie de sortie de la crise. Ce doit être un vote pour sortir du Canada.
Nous sommes capables. Nous le savons depuis longtemps. Il faut désormais que le Parti québécois s’affranchisse lui-même du seul carcan qui l’empêche de remplir sa mission historique : la peur du conflit. C’est dans sa culture et ses façons de penser qu’elle se trouve cette peur, pas dans le peuple. C’est à cela que devra lui servir son congrès national: briser son carcan pour mieux faire éclater les autres. S’il faillit à cette tâche, il ne nous conduira nulle part. L’idée d’indépendance continuera son chemin. Et trouvera autrement l’audace nécessaire.

Pourquoi la souveraineté du Québec sera chose faite bien avant 2020
Allocution de M. Joseph Facal
Le 19 mai 2000
Seul le texte prononcé fait foi
Monsieur Jedwab,
Monsieur Dion,
Mesdames et messieurs,
On me permettra, d'entrée de jeu, de féliciter les responsables de l'Association d'études canadiennes pour l'idée de souligner le 20e anniversaire du référendum québécois de 1980 et de les remercier de m'avoir invité. Je ne vous étonnerai pas en vous disant d'abord souhaiter que la question nationale soit chose réglée en l'an 2020, car l'idée de passer les prochaines décennies enfermé dans les mêmes débats de société est une perspective peu engageante.
Pour savoir où l'on sera un jour, il faut cependant d'abord comprendre d'où on vient. À cet égard, le 20 mai 1980 restera une date importante dans l'histoire politique du Québec et du Canada. Cet événement allait en effet cristalliser une démarche dont la légitimité comme élément déclencheur d'un processus d'accession à la souveraineté pour le Québec serait, quelque dix-huit ans plus tard, confirmée par la Cour suprême du Canada.
Dans la dynamique des relations Québec/Ottawa, le référendum de 1980 venait également marquer toute la distance qui séparerait désormais ces deux pôles politiques au chapitre de leur conception respective de la démocratie participative. Au Canada, au moment de la création de l'union fédérale en 1867, ni la population du Québec, ni celle des autres provinces fondatrices n'avaient été préalablement consultées. En1982, au moment de la réforme constitutionnelle la plus importante de l'histoire canadienne, qui allait en outre s'opérer sans l'accord du Québec, la population fut à nouveau complètement écartée du processus. Les récentes délibérations au sein du Parlement canadien autour du projet de loi C-20 ont encore une fois laissé délibérément la population à l'écart, comme si quelqu'un, quelque part, redoutait l'expression démocratique des Canadiens en général et du peuple québécois en particulier.
Au Québec par contre, en 1980, au moment d'enclencher la démarche vers l'accession à la souveraineté, il fut décidé de confier au peuple québécois la décision ultime à ce chapitre. Le peuple québécois fut ainsi placé au cœur même du processus référendaire. Il en fut également de même en 1995, et encore au printemps 2000 alors que, pour les délibérations entourant le projet de loi no 99, une consultation générale et des audiences publiques ont été tenues.
Pour les observateurs de l'époque, le référendum de 1980 sur la souveraineté-association a été un exercice démocratique des plus valables. Malheureusement, le révisionnisme historique fédéral est en marche. La machine tourne à plein régime. L'utilisation de BCE Média par le Bureau d'information du Canada pour financer en douce, pour plus d'un million de dollars, de soi-disant émissions d'information publique à la télévision nationale est venu illustrer cette situation à point nommé.
Il est en effet éminemment regrettable que des forces révisionnistes soient aujourd'hui à pied d'œuvre à Ottawa pour tenter de diminuer la valeur du référendum de 1980 dans le but de discréditer le mouvement souverainiste et de légitimer certains des aspects les plus répréhensibles du projet de loi C-20.
Les révisionnistes tentent de nous faire croire que le référendum de 1980 n'était, en fait, qu'un marché de dupes. Que la question était à ce point farcie d'ambiguïtés que les 40,44 % des électeurs qui ont voté OUI l'ont fait dans un moment d'égarement. Pourtant, l'idée de la souveraineté n'était-elle pas présente dans le paysage politique du Québec depuis déjà vingt ans? Le général De Gaulle n'avait-il pas lancé son célèbre « Vive le Québec libre » en 1967? Monsieur René Lévesque n'avait-il pas, la même année, fondé le Mouvement Souveraineté-Association?
Les révisionnistes fédéraux cherchent à accréditer les pires préjugés sur la capacité des Québécoises et Québécois, comme peuple, à se gouverner démocratiquement. Je soutiens pour ma part que les Québécois sont pleinement capables d'évaluer, individuellement et en conscience, les options qui leur sont présentées. Prétendre le contraire, c'est faire insulte à l'intelligence des Québécois.
Quant à l'offre d'association faite dans la question référendaire de 1980, ce n'était ni un stratagème ni une attrape. Depuis que M. René Lévesque a fondé le Mouvement souveraineté-association, cet aspect a toujours fait partie du projet souverainiste québécois. Bien au contraire, c'est la partie fédérale qui a affirmé qu'elle ne négocierait pas. Les souverainistes, eux, ont toujours fait de la négociation un élément central de leur projet. L'honnêteté intellectuelle obligeait donc le gouvernement à consulter la population sur le projet qui était le sien, celui qu'il avait fait valoir auprès des électeurs. Pas sur un quelconque projet de sécession univoque flottant uniquement dans l'imaginaire des révisionnistes fédéraux.
S'il faut chercher de l'ambiguïté dans le référendum de 1980, l'on pourrait peut-être regarder du côté des promesses faites par la partie fédérale en cours de campagne. En particulier, la fameuse promesse faite main sur le cœur, tête sur le billot et siège en jeu par le premier ministre du Canada, Monsieur Pierre Elliot Trudeau, à quelques jours de l'échéance référendaire, par laquelle il s'engageait à prendre (et je cite) « des mesures immédiates pour renouveler la Constitution » (fin de la citation) (discours au centre Paul-Sauvé, 14 mai1980) .
La souveraineté-association n'obtint finalement que 40,44 % des voix, les électeurs ayant préféré donner une autre chance au renouvellement du fédéralisme. Des espoirs qui, pour plusieurs, allaient être amèrement déçus. Je ne m'étends pas sur la suite bien connue des événements.
Le Plan B en vigueur depuis 1995 a quant à lui valu au Québec un nouveau ministre fédéral presque exclusivement voué à son application, la création, en pleine période de coupures dans les transferts destinés aux écoles et aux hôpitaux, du très utile Bureau d'information du Canada (BIC) et son budget de plus de 20 millions de dollars, auquel il faut ajouter l'accroissement des budgets du Conseil pour l'unité canadienne et du Bureau du Conseil privé, le programme des drapeaux de Patrimoine Canada, l'entêtement du gouvernement fédéral dans le dossier des Bourses du millénaire, dans l'actuel dossier des jeunes contrevenants, l'isolement du Québec lors des négociations sur l'union sociale au cours desquelles le Québec défendait les positions véhiculées jadis par les Lesage, Johnson père et Bourassa, de multiples intrusions dans les champs de compétence des provinces, et j'en passe.
Le Plan B a également valu au Québec un renvoi devant la Cour suprême du Canada dans lequel le procureur du gouvernement fédéral est allé jusqu'à nier l'existence même du peuple québécois. Ce renvoi fut lui-même suivi du projet de loi C-20 qui prétend donner suite à l'exigence de clarté formulée par la Cour suprême dans son avis consultatif, alors que, dans les faits, ce projet de loi vient plutôt en triturer les principales conclusions.
La réalité, elle est là : le Canada de l'an 2000 a décidé de fonctionner sans le Québec. L'adhésion du Québec à l'Entente canadienne sur l'union sociale ou à la Loi constitutionnelle de 1982 n'est plus une priorité ni pour le gouvernement fédéral, ni pour le reste du Canada. Pour eux, le Québec doit se satisfaire de la situation actuelle et rentrer sagement dans le rang. On admettra que pour les fédéralistes québécois, il y a là un lourd constat difficile à accepter. Comment expliquer autrement les tergiversations du Parti libéral du Québec à formuler sa nouvelle position constitutionnelle, si ce n'est le mur de l'indifférence auquel les fédéralistes québécois sont confrontés pour l'an 2000 et les décennies à venir, eux à qui M. Chrétien a fait savoir que la Constitution n'était pas « un magasin général » et qu'il fallait passer à autre chose?
Pour les fédéralistes québécois, qui croient dans un Québec fort et autonome au sein d'un Canada respectueux du principe fédéral, je prévois un avenir morose d'ici l'an 2020. À l'horizon, il n'y a même plus le statu quo, seulement l'accélération de la centralisation en cours. Et cela, ils le savent très bien. Le magasin général est fermé. Le train canadien est en marche : au Québec de décider s'il y accroche son wagon; mais s'il le fait, il est clairement entendu que son wagon ne devra pas être différent des neuf autres. La locomotive fédérale carbure à plein régime, alimentée par la condescendance à l'endroit des provinces et par l'utilisation unilatérale et tous azimuts de mirobolants sur plus budgétaires. Destination : fédéralisme unitaire, avec son lot d'empiétements, de chevauchements, d'affrontements et de conflits.
Pour les souverainistes, les prochaines années seront importantes. La restructuration budgétaire ayant porté fruit, le peuple québécois sera encore plus libre de ses choix qu'il ne l'a jamais été. Face à un fédéralisme canadien qui refuse de faire une place particulière au Québec, la souveraineté gagnera de nouveaux appuis tant chez les jeunes, anxieux de délaisser les anciennes querelles et de relever le défi emballant du changement, que chez les fédéralistes fatigués des luttes incessantes, mais pour qui la résignation n'est pas une option viable.
Le Québec pourra aussi compter pour accéder à la souveraineté sur des moyens qu'il n'avait pas à sa disposition en 1980 et 1995. Deux de ceux-ci lui ont même été donnés par un effet boomerang du renvoi fédéral devant la Cour suprême.
Le premier, c'est l'obligation de négocier que l'avis consultatif est venu imposer au gouvernement fédéral. Plus question pour le gouvernement fédéral de se défiler. Plus question pour le gouvernement fédéral de faire comme il a fait en1980 et en 1995 et d'affirmer tout de go qu'il ne négocierait pas.
Je crois qu'on ne réalise pas à quel point cet aspect de l'avis de la Cour suprême est venu radicalement changer le paysage. Non seulement la Cour suprême reconnaît-elle la légitimité du mouvement souverainiste québécois, mais elle astreint en outre tous les participants de la fédération canadienne à prendre acte de la volonté démocratique du peuple québécois et à la respecter.
Un autre moyen que le Québec ne possédait pas en 1980 et en 1995, mais que la Cour suprême lui a donné en 1998, c'est l'exigence de bonne conduite pendant les négociations sur l'accession à la souveraineté. La Cour suprême a clairement indiqué que le non respect de cette exigence par la partie canadienne donnerait ouverture légitime au Québec de procéder à une accession de facto à la souveraineté. Vous voyez, encore une fois, combien on se situe à des années lumière du discours que la partie fédérale nous a toujours servi sur cette question.
Comment en effet le contenu du projet de loi C-20 résistera-t-il à une exigence de bonne foi? Autrement dit, si la communauté internationale avait à juger de la bonne foi des parties dans leur comportement, que penserait-elle d'un projet de loi qui autorise une chambre législative composée à 75 % de députés provenant de l'extérieur du Québec à juger de la clarté d'une question référendaire qui concerne au premier chef des Québécois appelés à exercer librement et sans ingérence extérieure, selon tous les textes internationaux applicables, leur droit fondamental à décider de leur avenir politique?
Que penserait-elle d'un projet de loi qui autorise cette même chambre législative composée à 75 % de députés provenant de l'extérieur du Québec à juger de la clarté d'une question référendaire en prenant en considération l'avis de sénateurs fédéraux non élus, des neuf autres provinces, des trois territoires, des peuples autochtones et de tutti quanti?
Que penserait-elle d'un projet de loi qui autorise cette même chambre législative à exclure ex cathedra du domaine de la clarté toute question référendaire à deux volets portant sur la souveraineté et le partenariat comme le faisaient, chacune à leur manière, les questions de 1980 et 1995?
Enfin, que penserait la communauté internationale d'un projet de loi qui autorise une chambre législative composée à 75 % de députés provenant de l'extérieur du Québec à se réserver le droit de décider ex cathedra et après la tenue du référendum, du seuil de majorité requis pour que le Québec puisse accéder à la souveraineté ?
Amenée à évaluer ces quatre aspects, la communauté internationale jugerait-elle qu'il s'agit là d'un comportement de bonne foi? Et vous, si je vous posais la question, jugeriez-vous qu'il s'agit là d'un comportement de bonne foi? Au lendemain d'un OUI référendaire, C-20 sera emporté par les impératifs de la realpolitik.
En conclusion, je vous dirai qu'il n'y a aucun doute dans mon esprit que d'ici l'an 2020, et même bien avant ça, le peuple québécois aura délaissé les chemins qui l'ont mené trop souvent à des affrontements stériles. Il aura choisi la voie d'une souveraineté moderne, ouverte sur le monde et sur les réalités qui caractériseront ce début du 21e siècle.

N'importe quoi
Michel Venne
Le Devoir lundi 25 avril 2005
En 2003, rien n'était plus urgent au Québec que de réduire les impôts. Deux ans plus tard, les réductions d'un milliard par année ne sont pas au rendez-vous. C'est tant mieux.
Les défenseurs des baisses d'impôt viennent, semble-t-il, de découvrir que, si on réduisait le fardeau fiscal dans le contexte actuel, il faudrait réduire les services. Et à cela on se refuse. Étonnant qu'ils ne l'eussent pas compris bien avant.
De 1996 à 2003, le gouvernement du Québec a traversé trois années de régime d'austérité pour atteindre le déficit zéro puis a consenti aux baisses d'impôt les plus généreuses. Il était clair que la marge de manoeuvre était devenue très mince.
Mais voilà que l'écart fiscal entre le Québec et la moyenne des autres provinces ne serait plus, soudainement, aussi considérable qu'on le laissait croire. Un écart d'à peine un milliard en 2006, selon les prévisions du ministre des Finances. Seulement 360 $ par contribuable.
J'ai même lu dans un journal qu'un couple québécois gagnant 50 000 $ par année et ayant deux enfants, paie moins d'impôt qu'un couple dans la même situation vivant en Ontario. Dans ce cas, l'écart en faveur du couple québécois serait de 743 $ par année!
Ce discours sur les baisses d'impôt, variable selon les conjonctures, est un discours nocif lorsqu'il tourne à l'obsession. Il est heureux que le gouvernement actuel l'ait compris. Les citoyens n'acceptent plus de se faire raconter n'importe quoi.
***
L'ancien directeur de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada, M. Benoît Corbeil, en a surpris plus d'un en donnant raison à Jacques Parizeau au sujet des causes de la défaite du camp du OUI au référendum de 1995, soit «l'argent et des votes ethniques» (sic!). Encore un autre qui raconte n'importe quoi.
M. Corbeil tire les mêmes conclusions erronées de faits déjà connus. Les sociologues Langlois et Gagné ont pourtant montré dans leur étude intitulée Les Raisons fortes (publiée chez Fides en 2002) que si la défaite du OUI est attribuable à un vote ethnique, c'est au vote canadien-français, celui des Québécois dits de souche, plus âgés que la moyenne, et qui continuent de s'identifier majoritairement au Canada plutôt qu'au Québec.
Les Canadiens-français de 55 ans et plus ont voté dans une proportion de 60 % pour le NON. C'est dans ce vote-là que se trouve l'explication de la défaite de 1995. Certainement pas dans le fait que les anglophones, qui ne comptent que pour 8 % de la population québécoise, et que les trois quarts des immigrants, qui composent à peine 10 % de la population, y compris les enfants, aient rejeté un projet dont on leur a insuffisamment expliqué la raison d'être.
L'argent? Il est indéniable que les fédéraux et leurs alliés ont dépensé en 1995 plus que ce que la loi permet. Mais c'est inévitable. L'État dont une province veut faire sécession défend l'intégrité de son territoire. Autrefois, il aurait envoyé l'armée et mis les chefs politiques de la rébellion en prison, voire sur la potence. Aujourd'hui, il loue des autobus, distribue des certificats de citoyenneté et achète de la publicité.
Les souverainistes se bercent d'illusion s'ils se contentent de l'explication outrancière du «référendum volé». Ils se réservent de mauvaises surprises, la prochaine fois, s'ils refusent de voir où se situe l'opposition la plus puissante à ce projet.
***
Quel étonnement de lire, dans Le Devoir du samedi 16 avril, un texte cosigné par quatre personnalités de l'univers politique québécois (Rivest, Brun, Corbo et Facal) qui cautionne les arguments fallacieux du commentateur Christian Dufour contre la réforme du mode de scrutin au Québec.
L'opposition de ces quatre intellectuels était déjà du domaine public. Mais il est étonnant qu'ils aient accepté de cosigner avec Dufour un texte qui n'étaye d'aucune manière son argument principal. Selon ces messieurs, l'adoption d'un mode de scrutin incluant une part de proportionnelle empêcherait l'alternance au gouvernement. Seraient-ils assez généreux pour produire au moins le début du commencement de l'ombre de la queue d'une démonstration de cette thèse? Pas seulement des craintes et des préjugés.
Quant à leurs autres arguments, on se contentait d'en rire tant qu'ils n'étaient soutenus que par Dufour. Particratie? N'est-ce pas ce à quoi on assiste en ce moment au Canada où est appliqué le mode de scrutin anglais: voyez le bordel qu'est devenue la Chambre des communes. Deux sortes de députés? C'est vrai que dans le système actuel, il n'y en a qu'une sorte: celui qui ferme sa gueule et vote comme son chef le lui ordonne sous peine de sanction.
Mais le plus décevant est de voir comment ces messieurs s'accommodent de l'inégalité du vote inhérente au mode de scrutin actuel qui permet à un parti obtenant moins de suffrages que son adversaire de conquérir le pouvoir. C'est cette injustice qu'une réforme doit d'abord corriger.
Le soir des élections d'avril 1970, lorsque le PQ obtient 23 % du vote mais seulement sept députés, René Lévesque avait mis ses concitoyens en garde : «Le système électoral n'est pas conforme à la réalité sociale d'aujourd'hui ni à la réalité politique. Si on veut pouvoir éviter une démoralisation, une amertume qui pourrait être dangereuse chez les jeunes en particulier, qui veulent croire au procédé démocratique, il faudrait qu'on leur prouve que ça peut être vrai.» On ne saurait mieux dire 35 ans plus tard.
michel.venne@inm.qc.ca

Pour un comité international
Andre Dumoulin
Revue TOUDI, lundi 25 avril 2005
Amis du Québec,
Ce que je pense que les amis du Québec doivent faire, avec ce comité international, c'est ajuster leurs arguments à leur audience. Vous ne devez pas parler aux autres pays de la même manière qu'à votre électorat. La corruption du Parti Libéral n'intéresse que très modérément le reste du monde. Mais par contre, les projets des deux états qui résulteraient d'un divorce entre le Québec et le reste du Canada intéressent le reste du monde.
Je ne trouve pas non plus fort intéressant de parler de l'indépendance du Québec du point de vue de la francophonie seulement, parce que c'est par la communauté des nations dans son ensemble, et non seulement des nations francophones, que le Québec sera évalué. Pour moi, la francophonie, c'est un club de nations qui partagent une même langue, rien de plus.
Comme disait le Général de Gaulle à Mitterrand en 1963: "Vous êtes un homme politique. mais vous devez apprendre à devenir un homme d'Etat". Vous devez cesser de passer pour des partis politiques et tenir un langage de fondateurs de nation.
Tant mieux si vous êtes heureux que le Québec devienne indépendant. Démontrez-nous maintenant que cela sera mieux pour tout le monde, et pas seulement pour la culture et la langue française ou pour les ambitions souverainistes.
Je n'écris pas ceci dans un esprit partisan, enfin j'essaie. Excusez-moi si je heurte vos sentiments.
Bien a vous,
Andre Dumoulin.

La douce revanche de Parizeau
Michel David
Le Devoir lundi 25 avril 2005
Une des anciennes ministres de Jacques Parizeau s'est empressée de lui expédier, dans sa retraite méditerranéenne, le compte rendu des entrevues accordées au cours des derniers jours par l'ancien directeur général du PLC au Québec, Benoît Corbeil.
Elles ont dû avoir l'effet d'un baume sur les plaies d'un homme qui est resté blessé par les réactions à ses propos du 30 octobre 1995 au sujet de l'argent et des votes ethniques. Le film-portrait intitulé Monsieur, tourné par la journaliste Francine Pelletier, traduisait bien son amertume et son sentiment d'être victime d'une grave injustice.
Sur le plan politique, la déclaration de M. Parizeau demeure une faute que le mouvement souverainiste en général et le PQ en particulier expient depuis dix ans. Les révélations de M. Corbeil en confirment toutefois le bien-fondé.
Remarquez, il n'y a rien d'étonnant ou de répréhensible à ce que la stratégie du camp du NON ait consisté à «faire sortir le vote ethnique au maximum». Le camp du OUI a tout fait, lui aussi, pour convaincre ses partisans d'aller voter. Avec un taux de participation de 95 %, on peut avancer sans risque que les deux camps ont réussi.
À l'approche du référendum, tout le monde avait bien noté cette «accélération du processus menant à la citoyenneté de milliers d'immigrants», mais M. Corbeil a ajouté une explication très intéressante : «Ce n'était pas difficile, plusieurs commissaires de l'Immigration étaient liés au parti.»
L'ancien directeur général des élections du Québec, Pierre F. Côté, qui a supervisé la tenue du référendum, hésite à dire que celui-ci a été «volé» par le camp du NON. Il est en effet impossible de prouver hors de tout doute que le OUI l'aurait emporté n'eût été les manoeuvres immorales ou illégales décrites par M. Corbeil, qu'il s'agisse de cette pluie de certificats de citoyenneté ou des millions de dollars investis dans le love-in de la place du Canada. Avec un résultat aussi serré, rien n'interdit cependant de penser qu'elles ont fait la différence.
***
Une chose est certaine : contrairement à ce que le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, a soutenu jeudi à l'Assemblée nationale, le NON n'a pas gagné honorablement. Soit, il a gagné, mais il a triché. M. Pelletier est un honnête homme, mais il devrait perdre cette mauvaise habitude de défendre l'indéfendable.
Le premier ministre Jean Charest, qui était vice-président du comité du NON, a été plus prudent. «En 1995, les Québécois ont exprimé leur choix en leur âme et conscience», a-t-il dit. On peut très bien tricher en son âme et conscience. Jean Chrétien croyait sincèrement que l'unité du pays valait le pillage des fonds publics auquel le programme des commandites a donné lieu.
Selon Stephen Harper, «le Parti libéral a fait de la politique fédérale un choix entre la séparation et la corruption». Le chef du NPD, Jack Layton, est allé plus loin : «Plusieurs au Québec voient maintenant le fédéralisme comme étant corrompu.» Il nous faudrait donc choisir entre la séparation et la corruption. S'il avait fallu que M. Parizeau dise une chose pareille !
Il y a une quinzaine d'années, l'ancien premier ministre avait exprimé en des termes qui en avaient choqué plusieurs, à commencer par Lucien Bouchard, qui venait tout juste de fonder le Bloc québécois, son souhait de voir la Chambre des communes se transformer en «Parlement à l'italienne».
«Les souverainistes n'ont pas intérêt à ce qu'un grand nombre de personnes regardent encore Ottawa comme un gouvernement stable, sérieux. Il faut que l'image projetée soit celle d'un gouvernement faible, désorienté, et qui va l'être encore plus à l'avenir. Ça, c'est parfait», avait-il expliqué en janvier 1991.
***
Même dans ses rêves les plus fous, M. Parizeau n'avait sans doute pas imaginé une situation aussi bordélique que celle qui prévaut actuellement à Ottawa. Ah ! s'il avait pu tenir son référendum dans des conditions aussi favorables ! J'espère qu'on lui envoie aussi les enregistrements de la période de questions quotidienne aux Communes. Il doit vraiment se bidonner.
Dans le genre «faible et désorienté», l'allocution télévisée du premier ministre Paul Martin, jeudi soir, était une véritable pièce d'anthologie. Il devient pathétique de voir le pauvre homme multiplier les mea-culpa.
Cette façon de supplier à genoux les partis d'opposition de lui accorder quelques mois de sursis, avec un scrutin hivernal à la clé, était franchement gênante à voir. Selon le sondage éclair effectué par Léger Marketing après son intervention, les Québécois ne le croient plus.
Gilles Duceppe va un peu vite en affaires quand il affirme que «la preuve est faite». De toute évidence, il y a eu un détournement scandaleux de fonds publics au profit d'amis du Parti libéral et du PLC lui-même, mais le rôle exact des uns et des autres n'est pas clairement établi.
Là n'est cependant plus la question. À voir les rats chercher à quitter le navire, comme Pierre Pettigrew, qui se meurt d'être élu secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA), il est manifeste que ce gouvernement et son chef n'ont plus la capacité de diriger le pays.
M. Martin l'a bien dit : le Parlement n'a plus d'intérêt que pour les élections à venir. Lui-même en est rendu à fuir la Chambre des communes. C'est à se demander si ses nerfs pourront encore tenir pendant six mois. M. Parizeau mériterait bien de rigoler encore un peu, mais il est temps d'en finir.
mdavid@ledevoir.com

La direction politique : facteur décisif
Richard Gervais
Article à paraître dans L'Action nationale, mai 2005
Dans un mouvement politique, lorsque le facteur direction fait défaut, le jeu des autres facteurs est également enrayé : l’organisation perd de sa cohésion, le moral des troupes s’étiole. L’effet dans l’action est visible : mots d’ordre raréfiés, mobilisation ralentie, ripostes anémiques et traînardes, déphasage par rapport à la conjoncture. C’est cela qui se passe aujourd’hui dans le mouvement québécois pour l’indépendance. Le Parti québécois, véhicule historique du projet souverainiste, a une direction velléitaire en son personnel et minimaliste en son orientation. Elle n’est pas à la hauteur de l’histoire à faire et des exigences pressantes du mouvement, qu’elle freine au contraire et dévoie même. Or, la sous-estimation du facteur direction est relativement fréquente et l’occasion est bonne, avec le congrès national du Parti québécois en juin 2005, pour soulever cette question. Le titulaire actuel de la présidence du parti y sera, en vertu des statuts, soumis à un vote de confiance. Ça provoque déjà une course larvée à la chefferie, dont plusieurs voudraient qu’elle soit rendue officielle par la démission du président en titre.
Plus largement, on se rend compte que le problème de la direction du mouvement indépendantiste n’a pas été réglé une fois pour toutes par la création du « parti de René Lévesque » et que, pour ce qui est des réquisits de l’heure en la matière, la seule présence du Parti québécois n’offre pas les garanties nécessaires. On ne peut pas tranquillement se contenter de reconduire en l’état la direction péquiste, comme si l’avenir de la cause indépendantiste allait essentiellement dépendre d’autres facteurs tels le dynamisme de la base ou l’état d’esprit de la nation. Cette direction est trop molle et trop provincialiste pour mener à l’indépendance du Québec. Ce n’est pas avec du nationalisme de simple « province pas comme les autres mais province quand même » qu’on va mettre un terme à la souveraineté canadienne sur le territoire québécois ; pas avec l’éternelle « mise en veilleuse de l’option » ; pas avec des promesses de référendum qui servent de prétexte à l’inaction et à la dérobade devant le combat partisan. On ne va pas non plus y parvenir avec des chefs qui croient rallier le suffrage des mous et des indécis en pratiquant mollesse et indécision eux-mêmes et qui tournent l’aspiration québécoise à l’indépendance en rêve de refondation confédérale du Canada. Non, ce n’est pas avec des chefs aussi peu chefs et aussi peu séparatistes qu’on va victorieusement faire face à la machine de guerre « fédérale » et établir pleinement l’ordre québécois au Québec. La crise de direction de notre mouvement national procède essentiellement de ce que le Parti québécois a fait un travail lamentable à ce chapitre après le référendum de 1995 et que son passage à l’opposition parlementaire depuis l’élection d’avril 2003 ne donne lieu jusqu’ici qu’à des ajustements de superficie.
Dans l’imminence de leur congrès national de juin 2005, s’il y a une chose que les membres du Parti québécois devraient avoir à l’esprit, c’est bien l’importance que revêt ce facteur direction pour un mouvement comme le leur. Contrairement à ce que laissent entendre certains observateurs ou analystes — souvent pro-Landry, on comprend pourquoi —, les militants ont raison de s’inquiéter au plus haut degré du leadership de leur parti et de vouloir que le congrès de juin serve à autre chose qu’à conforter l’exécutif en poste dans sa langueur résolue, son attentisme empressé, son nationalisme provincial… Ils ont raison car, dans la situation présente du parti et du mouvement souverainistes, la direction est devenue le facteur prépondérant et décisif. La tâche de l'heure pour le mouvement indépendantiste québécois est de se redonner une direction ; et si le Parti veut tenir un rôle majeur là-dedans, il doit, lui, changer de chef et d’état-major.
D’aucuns prétendent que l’apathie est dans la nation, l’inertie chez les militants. Ils mettent en cause, qui l’influence de l’Europe communautaire parcourue par l’antinationalisme, qui le triomphe des valeurs individualistes parmi la jeunesse, qui la diversification des lieux d’engagement hors des partis, dans la « société civile », qui le vieillissement des couches militantes de la population, qui le ras-le-bol généralisé du citoyen à l’égard de la classe politique. Toutes ces considérations, de valeur explicative inégale et parfois fort douteuse, ont pour dénominateur commun d’écarter de l’explication le facteur direction et d’être au mieux des conditions d’exercice de celle-ci. Ces facteurs environnants amènent bientôt ceux qui les invoquent à plaindre les leaders souverainistes condamnés à œuvrer dans un contexte aussi ingrat, puis à leur décerner à peu près tous les satisfecit. Par exemple c’est temps-ci, ils accolent étoiles et angelots brillants à la feuille de route de Bernard Landry. Mais ils se trompent. Leur erreur aujourd’hui est aussi lourde que celle que commettaient hier ceux qui plaignaient le « grand chef indépendantiste » Lucien Bouchard d’être victime de l’incompréhension de son peuple !
Il ne faut pas croire qu’on va réveiller le Parti québécois en secouant le militant. C’est au sommet qu’il faut faire porter le coup. On va réveiller le Parti québécois en délogeant les endormeurs qui sont à sa tête. Le parti n’a pas besoin de gardiens de son coma, qui le bordent et le préservent des injonctions de la conjoncture et des trépignements de la base, le condamnant ainsi à l’inefficacité politique et à l’évanescence historique. Pensez seulement à ce que ne fait pas ce parti, en ce moment même, pour profiter politiquement du « scandale des commandites » : quelle occasion ratée ou plutôt, puisque l’affaire perdure, quelle série d’occasions ratées ! Et en rapport avec le dernier jugement de la Cour suprême relativement à la loi 101, où est donc parti le parti ? Un communiqué inoffensif dans la Lettre du parti et c’est à peu près tout. Véhicule de l’indépendance, le Parti québécois ? Hum ! À condition peut-être de changer de chauffeur — si c’est encore possible… Comme c’est là, le train de l’indépendance est bourré de monde, mais on a des serre-freins comme conducteurs. Si le prochain congrès ne refait pas du Parti québécois le vaisseau amiral de l’indépendance, il n’aura été qu’un rendez-vous manqué. Et le Parti québécois ne redeviendra pas ce vaisseau amiral sans rompre avec l’attentisme invétéré de sa direction, ni sans relever l’équipe Landry, ce qui n’ira pas non plus sans crise.
Il n’y a guère de sens à répéter aux militants le poncif ridicule voulant qu’« on a toujours les chefs qu’on mérite » de toute façon, sinon celui de se donner de faux airs de réalisme et de justifier n’importe quel opportunisme à la tête des partis politiques. Dans cette catégorie « sous-estimation du facteur direction », la palme pourrait aller cette année à la chanson qui raconte que les remuements autour de la succession de Bernard Landry sont une perte de temps. À l’approche du congrès national, la question de la chefferie accaparerait trop inutilement les membres, elle les divertirait de leur véritable responsabilité, et elle détournerait le parti de la lutte contre le fédéral et du travail idéologique sur le terrain. Un instant ! Ces exhortations à la mobilisation extérieure, c’est aux chefs qu’il faut les adresser, pas aux militants qui y sont déjà, sur le terrain, autant que faire se peut en l’absence de direction. On n’a qu’à voir les nombreux groupes souverainistes, cercles, associations, rassemblements qui ont vu le jour depuis quelques années, ainsi que les bulletins, journaux, sites Internet qui maintiennent vivante la lecture souverainiste de la réalité, malgré, faut-il insister, la réticence jalouse du PQ, au pouvoir ou pas, à les soutenir. Déclarer que les péquistes perdent leur temps dans des querelles de succession ou à contester Landry et qu’ils feraient mieux de sortir se battre procède d’un mépris certain à l’égard de ces citoyens indépendantistes actifs un peu partout sur le territoire québécois, y compris dans les rangs péquistes.
Le reproche est vicieux, puisqu’il revient à blâmer les troupes pour l’incurie réelle des chefs. En dirigeant leurs critiques sur la direction, les membres ne cherchent pas un bouc émissaire : ils actionnent la clef qui pourrait débloquer la situation et faire sortir le parti de son surplace. C’est parce que l’état-major péquiste ne fait pas son travail, parce qu’il gaspille systématiquement les occasions, parce qu’il ne mobilise pas sur le terrain, parce qu’il manque de pugnacité contre les menées fédéralistes hostiles, parce qu’il n’orchestre pas la riposte, parce qu’en somme cet état-major fait faux bond qu’on le conteste et que la question brûlante de sa relève devient déterminante. L’exécutif péquiste est installé comme à demeure dans l’attentisme « stratégique » et dans le rapetissement provincialiste de l’aspiration nationale. Aussi les militants ont-ils raison d’en être mécontents et de vouloir en changer. Ils sentent bien que la question de la direction est cruciale et que la lutte partisane — et la lutte pour l’indépendance EST une lutte partisane — n’est pas un happening pédagogique et que l’indépendantisme ne saurait vaincre en traitant la question de la direction par-dessus la jambe. Ils sentent bien, malgré ce que les « pédagogues » peuvent en dire, que l’avenir du Parti québécois dépend à l’heure actuelle par-dessus tout des personnes qui seront aux commandes.
L’erreur d’analyse ici visée induit des perspectives stériles et au fond rien que pieuses (« Québécois, encore un effort ! », « Ayons foi dans le pays qui vient ! », « Militants, militantes, soyons plus convaincants que jamais ! »). Si l’on veut vraiment et efficacement encourager le militantisme national, le meilleur moyen est encore de renouveler la direction. Car dans l’état actuel des choses, la nation est plus décidée que ses supposés dirigeants, plus prête qu'eux à combattre la mainmise canadienne et moins hésitante à faire de sa patrie québécoise un pays. La vérité est qu'elle est plus disposée à entendre le discours de l'indépendance que ne sont prêts à le tenir les porte-parole officiels du PQ. La vérité est qu'en ce moment même, le PQ est encore une fois en train de gaspiller une conjoncture qui, contrairement à ce que des journalistes colportent, est favorable à la cause de l'indépendance. Les militants et les militantes ne sont pas tannés de combattre tout court, ils sont tannés de combattre en ordre dispersé, sans direction unifiante et, à cause de cela, d’avoir toujours à recommencer la même chose. La pâte est donc là, mais les boulangers refusent d'y mettre le levain : ils attendent en vrais irresponsables que le pain lève tout seul. Ça fait que… Ça fait que les boulangers en question voudraient donc qu’on se contente de la galette…
Citons quelques autres exhortations insipides et singulièrement contre-indiquées dans le contexte. Par exemple : rappeler aux militants que l’avenir de la nation est entre leurs mains pour peu qu’ils s’unissent derrière leur chef ! Ici, en prime, l’effet comique est assuré. Autre exemple : inviter les indépendantistes de réserve à se remobiliser tout en évitant les affrontements musclés autour de la direction du parti et sans remise en question de l’équipe en poste. C’est oublier que ces indépendantistes ont quitté l’active pour avoir justement percé à jour les procrastinateurs incorrigibles dont les Landry d’aujourd’hui sont les disciples. Autre exemple encore. Quand la direction (et donc la chefferie pour ce qui est du Parti québécois) est de loin le facteur déterminant qui va décider de la progression ou de la régression du mouvement, ce n’est pas le moment de mettre en garde contre l’« illusion du sauveur ». Le parti manque cruellement d’un leader politique fort, non pas vaguement nationaliste mais clairement séparatiste jusque dans l’action, et déterminé à utiliser le pouvoir provincial pour réaliser le programme indépendantiste.
Si le congrès péquiste de juin 2005 n’est pas le théâtre d’un changement de direction (chef comme orientation stratégique), si les provincialistes qui rêvent de négocier des morceaux de souveraineté auprès d’Ottawa ne sont pas remplacés par des séparatistes qui veulent débarrasser le Québec de la souveraineté canadienne et en faire un État lui-même pleinement souverain, l’heure sera venue de rompre en bloc avec ces dirigeants pusillanimes et d’appeler à la formation d’un nouveau parti indépendantiste. Qu’un chef digne de ce nom donne le signal, il serait immédiatement suivi par des dizaines de milliers de souverainistes.
Le Parti québécois est-il capable d’un tel renouvellement de sa direction ? On entend des militants dire qu’il n’y a rien à faire, que l’appareil est trop lourd et encroûté ; que ceux qui en contrôlent les destinées sont pratiquement indélogeables ; que l’équipe en place a trop bien assis son ascendant dans les ramifications du parti pour qu’on puisse en contester le leadership avec succès ; que remplacer Landry par un des aspirants connus à la chefferie serait changer quatre trente sous pour une piastre. Ces objections ne manquent pas de réalisme mais elles s’arrêtent à mi-chemin. Car si la tâche de l’heure du mouvement pour l’indépendance est de se redonner une direction, renouveler la direction péquiste n’est qu’une des formes concrètes possibles de cette tâche générale. C’est écrit dans le ciel que si l’état-major péquiste ne change pas, le mouvement national va à terme s’organiser autrement, se donner de nouveaux chefs par d’autres moyens. C’est même déjà officieusement commencé.
De plus, même si on jugeait le Parti québécois sclérosé au point d’être inamendable et sa direction indélogeable, de toute façon la solution ne pourra surgir que dans la dénonciation de cette sclérose et de cette direction. La contestation menée aujourd’hui, à l’intérieur comme à l’extérieur du PQ, est donc loin d’être inutile. Ce travail critique est même indispensable à l’éclosion de la solution de rechange, en terme d’orientation, de stratégie et d’organisation.
Le surplace actuel de la cause souverainiste, on se trompe donc en en faisant grief au peuple québécois lui-même, à son « manque de sens national », à sa « phobie de la chicane ». Les sondages établissent à répétition que l’appui à la souveraineté dépasse le suffrage péquiste. Aux dernières élections provinciales (avril 2003), la différence était énorme, de l’ordre de 12 ou 15 %. On fait également fausse route à accabler la base et à pointer du doigt les camarades désabusés. Au passage actuel de l'histoire, ce sont les chefs qui manquent au rendez-vous, qui ne sont pas à la hauteur et qu’il faut remplacer. Que le renouvellement de la direction du mouvement indépendantiste se fasse à l'intérieur du parti par un changement du personnel dirigeant ou à l'extérieur par la création d'un nouveau parti, de toute façon la critique ouverte et énergique contre cette direction péquiste traînarde et hypnotique est à l'ordre du jour.

Les Écossais à l'heure de l'asymétrie :
Le sentiment nationaliste persiste.
L'idée d'indépendance s'éloigne
Michel Corbeil
Le Soleil samedi 23 avril 2005
Il y a cinq ans, les Écossais ont récupéré le Parlement qu'ils avaient perdu en 1707. "Leurs" députés siègent depuis quelques mois dans un splendide - et coûteux - bâtiment moderne. Les Écossais rêvent maintenant d'avoir plus de pouvoirs. Ils rêvent moins d'indépendance.
C'est ce que donne à entendre le président du Parlement écossais, George Reid. De passage à Québec, le politicien a tenu à faire valoir que le sentiment nationaliste se porte bien au pays du kilt.
L'assemblée que préside M. Reid est gouvernée par une coalition formée du Parti travailliste (de Tony Blair) et du Parti libéral. L'opposition se compose d'élus du Parti nationaliste d'Écosse, du Parti vert et de six représentants d'une formation de gauche.
"Chaque parti politique est nationaliste, avec un petit "n", souligne-t-il. Comme l'est le Parti libéral au Québec", précise-t-il dans une rare allusion à la situation ici. Il ajoute durant l'entretien qu'il a le sentiment d'ailleurs que tous les Québécois sont nationalistes avec un "n" minuscule.
L'identité politique de l'Écosse est passée symboliquement par le retour de son Parlement. Elle s'est matérialisée par l'obtention d'une série de pouvoirs qui touchent directement les citoyens, pour des services comme la police, la santé, l'éducation, les routes et l'agriculture. Londres a conservé la main haute sur, entre autres, la politique étrangère, la défense et le système monétaire et fiscal.
Ce transfert de pouvoirs s'appelle la dévolution. George Reid insiste: "La dévolution représente un processus, pas un événement." Pas moins de 75 % de ses compatriotes veulent plus de pouvoirs, rapporte le président du Parlement, en citant les sondages.
Le concept de dévolution constitue une oeuvre en mouvement. Et le parcours qui se dessine n'est pas sans intérêt pour le Québec du premier ministre Jean Charest.
"Ce que nous avons (sur les îles britanniques), c'est une dévolution asymétrique. L'Écosse possède une part significativement plus importante de pouvoirs que le pays de Galles.
"Cela peut apparaître étrange en Amérique du Nord, reprend M. Reid. Mais, selon notre expérience, il est parfaitement possible" de fonctionner avec un partage de pouvoirs asymétrique pour "une société distincte".
La grande Europe ne fait pas peur
Cette asymétrie se rencontre dans d'autres pays, poursuit l'élu. En Espagne, la Catalogne possède plus de leviers de contrôle que d'autres régions du pays, donne-t-il comme exemple.
Pour les Écossais, dans un avenir plus ou moins rapproché, obtenir une voix plus forte dans le concert des nations d'Europe devrait constituer le prolongement naturel de la dévolution. Ses collègues voyagent déjà 10 fois plus souvent en direction de Bruxelles, siège de l'Union européenne, que vers Londres, où loge le Parlement britannique.
"Nous sommes parfaitement sûrs de notre identité", dit le député écossais. Il explique que ses concitoyens ne craignent pas que la grande Europe étouffe l'âme écossaise.
"Il y a 30 ans, selon les sondages, un tiers des Écossais se disaient Britanniques, un tiers Écossais et un tiers Écossais, Britanniques et Européens. Il n'y a que 3 % des gens qui se disent Britanniques", les deux autres catégories se partageant à parts égales l'adhésion des citoyens.
Mais la fibre nationaliste change. Le pourcentage de personnes qui se disent indépendantistes stagne. Depuis les années 70, le quart des Écossais se disent indépendantistes. Aucun gain en vue, pas même chez les jeunes.
En 1999, à l'occasion d'une visite au Québec, M. Reid avait laissé entendre que sa nation était sur le chemin de l'indépendance. Cette fois, le politicien a plutôt fait allusion à un contexte "postsouveraineté". "Le Québec a un rôle dans le partenariat économique nord-américain. Nous avons un très grand rôle dans le partenariat économique et politique de l'Europe."
Le Parlement d'Holyrood héberge depuis septembre les députés d'Écosse. Le spectaculaire bâtiment s'apparente à notre stade olympique. Conçu par un architecte étranger, un Catalan de génie, Enrique Miralles, sa construction a donné lieu à une extraordinaire flambée des prix. À l'inauguration, la facture était d'un milliard de dollars, 10 fois plus que l'estimation de départ.
George Reid admet que le projet a "jeté une ombre sur la dévolution". Certains Écossais jugeaient que les dépassements de coûts auguraient mal en ce qui concernait la gestion des affaires publiques par le Parlement d'Écosse.
Mais cela appartient au passé, insiste M. Reid. Holyrood est reconnu comme une merveille architecturale et attire les visiteurs, dit-il. La note élevée ? "Pour un bâtiment appelé à durer 200, 300 ans..."
Et le fait que le concepteur était de Catalogne n'a jamais joué, tranche George Reid. Cela en dit long sur notre confiance en nous, dit-il en substance.
MCorbeil@lesoleil.com

La commission Gomery et l'indépendance du Québec :
Gagliano se trompe, dit Landry
Sara Champagne
La Presse mardi 26 avril 2005
Le chef du Parti québécois est catégorique. " La souveraineté n'est ni à droite ni à gauche, elle est devant ", dit-il.
Bernard Landry croit que l'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, s'est trompé en reliant le scandale des commandites à une indépendance prochaine du Québec, au cours d'une entrevue diffusée hier soir à l'antenne de Radio-Canada.
Ce n'est pas à cause du scandale des commandites si les Québécois sont prêts à la souveraineté, a expliqué le chef du PQ à La Presse, hier soir, au cocktail annuel de financement du Parti québécois.
" On y travaille depuis des années, c'est beaucoup plus profond, c'est, entre autres, une question d'amour de son pays (...) On va gagner le prochain référendum ", estime M. Landry.
Devant quelques centaines de partisans du PQ réunis au Musée des beaux-arts de Montréal, Bernard Landry a redit que le PQ sera de retour au pouvoir dans deux ans, et que très peu de temps après la population sera consultée, et qu'elle dira oui.
" On pourrait croire que nous n'aurons qu'à cueillir les fruits mûrs dans nos jardins, mais je le répète, ce n'est pas une question de circonstances, c'est une question de courage, de pertinence de nos idées. (...) La souveraineté ne sera pas conjoncturelle, elle sera éternelle. "
Du même souffle, Bernard Landry a expliqué que le Québec a présentement le plus mauvais gouvernement de son histoire. " Comment se fait-il que nous ayons un gouvernement coupé des réalités des Québécois? On ne gouverne pas le Québec comme l'Ontario ou le Texas, dit-il. Au Québec, par exemple, c'est une coopérative qui fait la moitié du commerce bancaire (...) "
Si le Parti québécois veut tabler sa prochaine campagne électorale sur la souveraineté, il compte également miser sur l'éducation, une de ses priorités. La santé et les finances reviendront également au centre des discussions du congrès du PQ, prévu les 3, 4 et 5 juin.
Bernard Landry affirme que son parti sera alors prêt à lancer un renouveau de la pensée politique du Parti québécois, avec notamment une nouvelle structure des conseils nationaux- deux au lieu de trois- portant sur un thème seulement.
" Le Bloc et le Parti québécois ont en ce moment le même désir, celui des élections au plus vite. Et je sais que le Bloc va gagner là-dessus... Il aura ses élections en premier ", a lancé Bernard Landry dans un éclat de rire.

Le Bloc exige la démission de Michel Robert
SRC
mardi 26 avril 2005
Le Bloc québécois réclame la démission du juge en chef de la Cour d'appel du Québec, Michel Robert, pour des propos tenus sur les ondes de la radio de Radio-Canada. Le député bloquiste Richard Marceau affirme que le juge en chef de la Cour d'appel du Québec a discrédité la magistrature en se posant comme libéral fédéraliste.
Pour le bloquiste Richard Marceau, porte-parole de son parti en matière de justice, les propos du juge reflètent un mépris pour la liberté d'opinion, notamment en matière politique, et contreviennent à l'esprit des chartes canadienne et québécoise des droits de la personne.
Michel Robert, qui a longtemps milité au sein du Parti libéral du Canada, a déclaré qu'un souverainiste n'avait pas sa place parmi les juges, parce que la magistrature doit adhérer au système fédéral canadien dans le cadre duquel elle opère.
Le député estime que le juge Robert a discrédité la magistrature en se posant comme libéral fédéraliste, et il entend soumettre le dossier au Conseil canadien de la magistrature, si le juge n'offre pas sa démission.
Les déclarations du juge Robert faisaient suite à la diffusion d'une entrevue avec Benoit Corbeil, ex-directeur général de la section québécoise du Parti libéral du Canada.
M. Corbeil affirmait notamment que 7 ou 8 avocats avaient été nommés juges en récompense de leurs activités partisanes bénévoles chez les libéraux, lors de la campagne électorale fédérale de 2000.
Michel Robert, juge en chef de la Cour d'appel du Québec, a tenu à remettre les pendules à l'heure. M. Robert, qui a lui-même été président du PLC, soutient qu'il faut bien mal connaître le système de nomination des juges pour affirmer une telle chose.
Il rappelle que les candidats à la magistrature sont soumis à un processus de sélection très strict. Un comité indépendant, composé de sept personnes, examine les candidatures et formule ses recommandations. Les noms des candidats sélectionnés sont ensuite acheminés au ministre de la Justice.
Bien qu'il juge l'intérêt des avocats pour la politique « normal et très sain », le juge Robert admet que le système de nomination des juges soulève des doutes au sein de la population. « On pense que c'est un système secret, clandestin, mystérieux et on pense que les gens sont nommés à cause de leurs activités partisanes, ce qui n'est pas le cas », assure-t-il.
Michel Robert est de ceux qui portent un regard critique sur le système actuel de nomination des juges. L'an dernier, au congrès du Barreau, il avait dénoncé le manque de transparence du système. Aujourd'hui, il maintient cette affirmation.
« Le système garantit des nominations fondées sur le mérite, mais malheureusement, à cause de son caractère opaque, il n'a pas l'heur de convaincre la population, d'où peut-être les impressions qu'on entend ces jours-ci sur la nomination des juges », dit-il.

Le Bloc exige la démission de Michel Robert (bis)
SRC
mercredi 27 avril 2005
Le député bloquiste Richard Marceau affirme que le juge en chef de la Cour d'appel du Québec a discrédité la magistrature en se posant comme libéral fédéraliste.
Le Bloc québécois réclame la démission du juge en chef de la Cour d'appel du Québec, Michel Robert, pour des propos tenus sur les ondes de la radio de Radio-Canada.
Michel Robert, qui a longtemps milité au sein du Parti libéral du Canada, a déclaré qu'un souverainiste n'avait pas sa place parmi les juges, parce que la magistrature « doit normalement adhérer au système fédéral canadien », dans le cadre duquel elle opère.
« Moi, je n'ai rien contre quelqu'un qui veut changer le système canadien en un autre système, il est parfaitement libre de le faire, a-t-il dit. Mais je ne pense pas qu'il devrait exercer des fonctions judiciaires. »
Pour Richard Marceau, porte-parole du Bloc en matière de justice, les propos du juge reflètent un mépris pour la liberté d'opinion, notamment en matière politique, et contreviennent à l'esprit des chartes canadienne et québécoise des droits de la personne.
M. Marceau estime que le juge en chef a discrédité la magistrature en se posant comme libéral fédéraliste, et il entend soumettre le dossier au Conseil canadien de la magistrature, si le juge n'offre pas sa démission.
Le juge Robert tente de nuancer ses propos
En entrevue à la Presse canadienne, le juge Robert a tenté de nuancer ses propos, mardi.
« Je n'ai jamais dit qu'un souverainiste ne pouvait pas devenir juge, a-t-il soutenu. Ce que j'ai voulu dire, c'est que l'on ne peut pas à la fois faire la promotion de la souveraineté et exercer la fonction de juge. »
Selon lui, la même restriction s'applique d'ailleurs aux militants fédéralistes. « À partir du moment où l'on accède à la magistrature, il faut cesser de faire la promotion d'idées politiques », dit-il.
Appelé à préciser sa pensée à l'émission Sans frontières, le juge Robert a tenu à atténuer ses propos.
Le juge Robert convient toutefois qu'un souverainiste accédant à la magistrature se retrouve confronté à une réalité implacable, une fois appelé à prêter serment. « Une fois nommé, on doit défendre la Constitution canadienne telle qu'elle est », précise-t-il.
Remettre les pendules à l'heure
Les déclarations du juge Robert faisaient suite à la diffusion d'une entrevue avec Benoit Corbeil, ex-directeur général de la section québécoise du Parti libéral du Canada. M. Corbeil affirmait notamment que sept ou huit avocats avaient été nommés juges en récompense de leurs activités bénévoles chez les libéraux, lors de la campagne électorale fédérale de 2000.
Le juge Robert, qui a lui-même été président du PLC, a tenu à remettre les pendules à l'heure. Selon lui, il faut bien mal connaître le système de nomination des juges pour affirmer une telle chose.
Il rappelle que les candidats à la magistrature sont soumis à un processus de sélection très strict. Un comité indépendant, composé de sept personnes, examine les candidatures et formule ses recommandations. Les noms des candidats sélectionnés sont ensuite acheminés au ministre de la Justice.
Bien qu'il juge l'intérêt des avocats pour la politique « normal et très sain », le juge Robert admet que le système de nomination des juges soulève des doutes au sein de la population. « On pense que c'est un système secret, clandestin, mystérieux et on pense que les gens sont nommés à cause de leurs activités partisanes, ce qui n'est pas le cas », assure-t-il.
Michel Robert est de ceux qui portent un regard critique sur le système actuel de nomination des juges. L'an dernier, au congrès du Barreau, il avait dénoncé le manque de transparence du système. Aujourd'hui, il maintient cette affirmation.
« Le système garantit des nominations fondées sur le mérite, mais malheureusement, à cause de son caractère opaque, il n'a pas l'heur de convaincre la population, d'où peut-être les impressions qu'on entend ces jours-ci sur la nomination des juges », dit-il.


Le Bloc québécois réclame la démission du juge Michel Robert
Le juge en chef du Québec ne veut pas de juges souverainistes
Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 27 avril 2005
Ottawa -- Le juge en chef de la Cour d'appel du Québec, Michel Robert, a affirmé hier que les souverainistes ne devraient pas occuper la fonction de magistrat dans le système de justice fédéral, soit à la Cour d'appel du Québec, à la Cour supérieure du Québec, à la Cour fédérale et à la Cour d'appel fédérale. Selon le juge Robert, les avocats souverainistes ne devraient pas monter en grade puisqu'ils «n'adhèrent pas au système fédéral canadien» et que c'est «dans ce système-là qu'on opère». Outré, le Bloc québécois a immédiatement réclamé la démission du juge et porté plainte au Conseil canadien de la magistrature.
Sur les ondes de la radio de Radio-Canada, le juge Michel Robert a déclaré que les avocats doivent «normalement adhérer au système fédéral canadien parce que c'est dans ce système-là qu'on opère». «Moi, je n'ai rien contre quelqu'un qui veut changer le système canadien en un autre système; ça, il est parfaitement libre de le faire. Mais je ne pense pas qu'il devrait exercer des fonctions judiciaires», a-t-il poursuivi.
Joint par Le Devoir, le juge Robert n'a pas contredit ses propos mais a tenu à apporter certaines «précisions». «Quelqu'un qui fait la promotion active d'une option politique ne peut pas être juge, c'est ça que je veux dire. Mais on ne fait pas d'enquête sur les opinions politiques des avocats lorsqu'on dresse la liste des candidats potentiels aux postes de magistrat. Ça ne compte pas. L'examen des candidatures ne contient pas de critère politique, c'est seulement basé sur le mérite», a-t-il souligné. Le juge Robert rappelle toutefois que les magistrats doivent «prêter serment» et appliquer «la Constitution canadienne en vigueur».
Le juge en chef du Québec avoue qu'une fois établie la liste des candidats, c'est ensuite au cabinet du ministre fédéral de la Justice et au bureau du premier ministre du Canada de décider qui deviendra juge. «Ce sont eux qui choisissent, dit-il. Est-ce que les politiciens font leurs choix en regardant le penchant politique des avocats, je ne sais pas. Mais dans certains cas, peut-être.»
Henri Brun, professeur de droit constitutionnel à l'Université Laval, en est certain. «C'est un constat, ce sont des faits, ce n'est pas un jugement. Si un avocats a des allégeances indépendantistes connues, ses chances d'être nommé juge au palier fédéral sont quasi nulles», affirme-t-il.
Selon M. Brun, les avocats sont moins souverainistes que les autres tranches de la population québécoise ou alors ils l'affichent moins, justement parce qu'il y a «discrimination sur la base des convictions politiques» dans les hautes instances fédérales. «Ça affecte un peu moins de la moitié des avocats du Québec, mais tous savent qu'il faut se rapprocher du Parti libéral du Canada pour devenir juge», lance-t-il.
Henri Brun est content de voir qu'un magistrat de la trempe de Michel Robert abonde dans le même sens que lui puisque c'est «une évidence», dit-il. «[L'opinion du juge Robert] a peu d'importance en réalité puisque ce n'est pas lui qui décide de la nomination des juges à Ottawa. Il faut apprécier sa franchise.»
Visiblement, le Bloc québécois, lui, n'a pas apprécié le franc-parler du juge Robert. La formation souverainiste a porté plainte hier au Conseil canadien de la magistrature (CCM) à la suite des propos qu'il a tenus à Radio-Canada. Le Bloc estime que le juge a violé certains articles (2b et 15) de la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que l'article 10 de la Charte québécoise des droits de la personne.
L'article 10 stipule qu'une personne ne doit pas souffrir de discrimination «fondée [...] sur les convictions politiques», entre autres. Le Bloc demande purement et simplement la démission du juge en chef de la Cour d'appel du Québec.
«Dans une société comme la nôtre, où le pouvoir judiciaire est aussi important, il doit y avoir une séparation claire entre le politique et le système de justice. Le juge Robert a franchi la rampe», a soutenu au Devoir Richard Marceau, porte-parole du Bloc en matière de justice.
La formation souverainiste n'a d'ailleurs pas manqué de relever que le juge Robert a déjà été président du Parti libéral du Canada entre 1986 et 1990, soit avant d'être nommé juge.
«Imaginez la réaction si le Parti québécois était au pouvoir et qu'il disait que tous les avocats fédéralistes ne peuvent pas être nommés juge à cause de leurs convictions politiques ! Le tollé serait énorme, et avec raison. Ça n'a pas de sens», a soutenu Richard Marceau.
Le juge Robert a affirmé sans équivoque qu'il n'avait pas l'intention de démissionner. Au Conseil canadien de la magistrature (CCM), on affirme que toutes les plaintes sont étudiées et que celle du Bloc ne fera pas exception. «Un juge, normalement, ne doit pas s'impliquer dans une activité ou un débat politique, c'est clair dans notre principe déontologique», a affirmé Normand Sabourin, directeur exécutif du CCM. «Par contre, il y a une exception : si un débat porte sur l'administration de la justice elle-même, un juge peut se prononcer. Il faut considérer tous les facteurs d'une plainte, c'est du cas par cas.»
À Québec, le Parti québécois n'a pas du tout apprécié la sortie du juge Robert.
«Est-ce que les souverainistes, qui paient des impôts, devraient être exclus de la magistrature ? Les propos de M. Robert sont discriminatoires et devraient être condamnés publiquement par le ministre [québécois de la Justice]», a estimé le porte-parole de l'opposition officielle en matière de justice, le député Stéphane Bédard.
Un geste que n'a pas fait Yvon Marcoux, ministre québécois de la Justice, qui a plutôt rappelé le fonctionnement du processus de nomination des juges. «Lorsqu'on évalue les candidatures, on doit tenir compte de la compétence, de la probité, de l'intégrité, de la disponibilité et de la pondération. On ne doit aucunement tenir compte des opinions politiques», a-t-il dit lors d'un point de presse à l'Assemblée nationale.
Amélioration du système
Le Bloc plaide depuis plusieurs mois pour une refonte du mécanisme de nomination des juges au niveau fédéral, question d'accroître la transparence. Sur ce point, Henri Brun est tout à fait d'accord. À l'heure actuelle, un comité indépendant dresse une liste d'avocats susceptibles d'être nommés juges. À côté de chaque nom, le comité colle un des trois qualificatifs suivants : «très qualifié», «qualifié» ou «pas qualifié». Le ministre fédéral de la Justice et le premier ministre pigent ensuite parmi les noms portant un des deux premiers qualificatifs pour nommer les magistrats.
«Ce système ne donne pas lieu à des nominations aberrantes du type "avocat non qualifié", mais la nomination reste un choix politique. Le gouvernement peut choisir un avocat "qualifié" dans la liste, même si un candidat "très qualifié" est encore disponible. Le lien avec le parti au pouvoir est parfois bien visible», explique Henri Brun.
Le Bloc a également porté plainte à la GRC en ce qui concerne les allégations fracassantes de Benoît Corbeil, l'ex-directeur du Parti libéral du Canada au Québec (PLC-Q), qui affirmait il y a deux semaines que sept ou huit des vingt avocats qui faisaient du bénévolat pour le PLC ont été nommés juges en guise de récompense pour leur travail partisan.

Le OUI obtiendrait 54%
SRC
mercredi 27 avril 2005
Les craintes exprimées ces derniers jours par l'ex-ministre fédéral des Travaux publics, Alfonso Gagliano, semblent se confirmer: l'appui des Québécois à la souveraineté atteint aujourd'hui son plus haut niveau depuis le dernier référendum, selon un sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Globe and Mail.
Le sondage, publié mercredi, montre que le OUI récolterait 54 % des voix à un éventuel référendum. De plus, 49 % des Québécois souhaitent la tenue d'un troisième référendum, contre 46 % qui s'y opposent.
Signe d'un climat politique jamais vu depuis l'échec de l'accord du lac Meech, en 1990, 49 % des Québécois croient que le Québec atteindra un jour le statut d'État souverain, contre 41 % qui ne partagent pas cette vision.
Au début des années 1990, selon une étude réalisée par le Centre de recherche et d'information sur le Canada, l'appui à la souveraineté avait dépassé 60 % et même atteint 66 %, après les échecs successifs de Meech et de l'accord constitutionnel de Charlottetown.
Contradictions et ressentiment
Les citoyens du Québec sont cependant toujours aux prises avec les mêmes contradictions: malgré cette hausse de l'appui au projet souverainiste, 56 % des Québécois souhaitent que la province continue de faire partie au Canada, contre 40 % qui rejettent totalement le fédéralisme.
Comment expliquer ce soudain sursaut souverainiste ? Le sondage Léger Marketing nous apprend que 76 % des Québécois estiment avoir été trahis par Jean Chrétien et le Parti libéral du Canada, à la suite du scrutin de 1995. Près des deux tiers des fédéralistes (65 %) partagent ce sentiment, tout comme 55 % des électeurs d'allégeance libérale.
Treize pour cent des fédéralistes se rallieraient même à la cause du OUI, si un référendum avait lieu maintenant.
Des appuis solides pour le Bloc
Par ailleurs, le Bloc québécois solidifie son avance en tête des intentions de vote au Québec, lors des prochaines élections fédérales. Le Bloc obtient 53 % des intentions de vote, contre 22 % pour le Parti libéral, 12 % pour le Parti conservateur et 10 % pour le Nouveau Parti démocratique.
Le sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Globe and Mail a été réalisé du 20 au 24 avril dernier auprès de 1008 répondants du Québec. Sa marge d'erreur maximale est de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20.

Souveraineté: un OUI à 54 %
Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 27 avril 2005
Les trois quarts des Québécois estiment que Jean Chrétien et le Parti libéral les ont trahis après le référendum de 1995
Québec -- Attisé par l'indignation populaire que soulève le scandale des commandites, l'appui à la souveraineté du Québec vient d'atteindre un sommet, à 54 % pour le OUI, tandis que les trois quarts des Québécois estiment que Jean Chrétien et le Parti libéral du Canada les ont trahis après le référendum de 1995.
C'est ce qui ressort d'un sondage d'opinion Léger Marketing-Le Devoir-The Globe and Mail réalisé du 20 au 24 avril auprès de 1008 répondants québécois. Cet échantillon comporte une marge d'erreur maximale de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20. C'est la première fois qu'une enquête d'opinion évalue l'effet de la commission Gomery non seulement sur les intentions de vote mais aussi sur l'appui à la souveraineté.
La commission Gomery, «c'est l'événement qui a le plus perturbé les Québécois et qui a le plus favorisé la souveraineté depuis l'échec de l'accord du Lac-Meech», estime le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger. «Ce n'est pas juste des chiffres, c'est fondamental», a-t-il ajouté.
Le dépit que ressentent les Québécois à l'endroit de l'ex-premier ministre Jean Chrétien et du PLC est perceptible dans toutes les couches de la population, quelle que soit l'allégeance politique. Si 76 % de l'ensemble des Québécois estiment avoir été trahis par le PLC et son ancien chef, une majorité de fédéralistes (65 %) éprouvent ce sentiment, de même qu'une majorité de libéraux (55 %). Il y a même 13 % des fédéralistes qui seraient incités à voter OUI lors d'un référendum.
Depuis les sommets d'avant le référendum de 1995, jamais l'appui à la souveraineté n'avait atteint ce niveau de 54 %, sauf à une seule occasion, en octobre 1998, lors de la campagne électorale qui opposait Lucien Bouchard à Jean Charest. Cependant, en mars de la même année, l'appui à la souveraineté se situait à 42 %. En fait, de 1997 à 2002, les intentions de vote en faveur de la souveraineté avaient fléchi. Depuis un an toutefois, l'appui à la souveraineté a souvent franchi la barre des 45 %. La plus grande visibilité du gouvernement fédéral qu'assuraient les commandites a peut-être contribué au fléchissement de l'ardeur souverainiste, a avancé M. Léger, «mais maintenant, on voit l'effet boomerang de la commission Gomery sur la stratégie postréférendaire de Jean Chrétien».
D'autres indicateurs montrent aussi que l'option souverainiste se remplume. «Si on regarde l'ensemble des indicateurs, c'est un peu les conditions gagnantes qui sont en train de se créer», estime M. Léger.
Ainsi, près d'un Québécois sur deux (49 %) croit que le Québec deviendra un pays, du jamais vu depuis les années de l'après-Meech, entre 1990 et 1994, a rappelé le sondeur. Ils sont moins nombreux (41 %) à croire que le Québec n'obtiendra pas un jour ce statut souverain.
Autre surprise du sondage : 49 % des Québécois souhaitent la tenue d'un référendum sur la souveraineté alors que 46 % n'en veulent pas. «C'est nouveau», a confirmé M. Léger. Dans les sondages précédents, une nette majorité de Québécois se disait contre la tenue d'un autre référendum.
Certes, les souverainistes maintiennent toujours la même ambivalence : 56 % d'entre eux voudraient que le Québec continue de faire partie du Canada, contre 40 % qui pensent le contraire. «C'est une constance. La souveraineté, ce n'est pas le premier choix des Québécois. Mais entre le statu quo et la souveraineté, la souveraineté gagne», a souligné M. Léger.
Le sondage confirme en outre la forte avance dont jouit le Bloc québécois. Le parti souverainiste récolte 53 % des intentions de vote, contre 22 % pour le Parti libéral, 12 % pour le Parti conservateur et 10 % pour le Nouveau Parti démocratique. Si jamais le Bloc obtenait ce score aux prochaines élections, ce serait la première fois de l'histoire que l'option souverainiste recueillerait la majorité des voix, a fait remarquer M. Léger. En 1981, René Lévesque avait récolté 49 % des votes; en 1993, pour le Bloc québécois, Lucien Bouchard avait fait le même score, tout comme le référendum.

Gagliano se trompe
André Pratte
La Presse mercredi 27 avril 2005
La conjoncture politique actuelle suscite une vague de découragement parmi les Québécois fédéralistes. Quelques-uns, tel l'ancien ministre libéral Alfonso Gagliano, en sont venus à conclure que la souveraineté du Québec était désormais inéluctable. Ce découragement n'a pas lieu d'être: la victoire du OUI lors d'un éventuel troisième référendum est tout sauf assurée.
Rien dans les sondages récents n'indique une poussée favorable à la souveraineté. (ns) Depuis le début de 2004, CROP accorde au OUI autour de 45 %-47 %. C'est plus qu'au cours des années précédentes, mais le phénomène n'est pas nouveau: lorsqu'un gouvernement libéral dirige le Québec et est impopulaire, l'appui à la souveraineté monte.
Le scandale des commandites n'a pas provoqué de flambée souverainiste dans l'opinion. Tout indignés qu'ils soient, les Québécois font la différence entre la corruption de quelques-uns et celle d'un système ou d'un pays. Et ils savent qu'un Québec indépendant ne serait pas davantage à l'abri de la corruption qu'il ne l'est aujourd'hui.
Il faut rappeler aussi que la question posée par CROP évoque l'" offre de partenariat au reste du Canada " incluse dans la question de 1995. Or, le Parti québécois s'apprête à larguer le partenariat lors de son congrès de juin, au profit d'un simple " accord international " entre un Québec souverain et le reste du Canada. Il est probable que les Québécois seront passablement plus tièdes à l'égard d'un projet souverainiste plus radical que celui qui leur fut soumis avec la caution rassurante du " négociateur en chef " Lucien Bouchard.
Il n'y donc pas lieu pour les fédéralistes du Québec de baisser les bras. Cependant, ils ne peuvent plus se contenter de l'attitude attentiste qu'ils ont adoptée, à tort, au cours des dernières années. On a cru, au Québec comme dans le reste du pays, qu'il suffirait de ne plus parler de la question constitutionnelle pour que la thèse souverainiste meure de sa belle mort. C'était sans compter la force réelle du mouvement souverainiste et le mécontentement que suscite chez bon nombre de Québécois le refus des autres Canadiens de reconnaître officiellement leur différence.
Plutôt que de déprimer, les fédéralistes doivent prendre acte de la situation et se relever les manches. Il se peut que le Parti libéral du Canada sorte très affaibli des prochaines élections fédérales. Combinée à l'impopularité actuelle du gouvernement Charest, cette évolution risque de laisser la voie libre au Bloc et au PQ, qui bénéficieraient alors d'une sorte de monopole du débat sur l'avenir du Québec.
C'est cela que les fédéralistes doivent éviter: une défaite par défaut. Il n'y a pas urgence, mais il n'y a pas non plus de temps à perdre. Les Québécois qui croient au Canada doivent reprendre la parole, à la fois pour répliquer coup pour coup à l'argumentaire souverainiste, pour vanter le projet canadien et pour relancer la réflexion sur la nécessaire évolution du fédéralisme.
Bien sûr il existe une certaine fatigue constitutionnelle. Mais, comme le soulignait récemment l'intellectuel canadien Michael Ignatieff, " nous n'en aurons jamais fini. Le Canada est un de ces pays qui doit s'engager dans une auto-justification et une auto-invention perpétuelles. Si ces débats nous ennuient, c'est que le pays nous ennuie et si c'est le cas, nous sommes vaincus. "
Contrairement à ce qu'affirme M. Gagliano, la séparation du Québec n'est pas inéluctable. À moins que les fédéralistes n'abdiquent.
