Le vote ethnique

Michel David
Le Devoir jeudi 28 avril 2005

On dirait que chaque nouvelle poussée de fièvre souverainiste s'accompagne d'une éruption d'inepties dans l'autre camp, comme en témoigne la déclaration du juge en chef de la Cour d'appel du Québec, Michel Robert, selon qui les souverainistes ne devraient pas être nommés juges.

Assez ironiquement, quand il avait été nommé juge en chef, à l'âge de 64 ans, M. Robert s'était lui-même plaint que sa longue association au PLC avait nui à son avancement. «C'est curieux, au Canada, si on est juge et qu'on est impliqué dans un parti politique, c'est quelque chose de négatif», avait-il déploré.

Le syndrome de la séparation semble même faire des victimes outre-frontière. Ainsi, selon le président des Shriners, Ralph Semb, la perspective de voir le Québec quitter la fédération canadienne pourrait expliquer le déménagement de leur hôpital montréalais en Ontario. Après la fuite des capitaux, la fuite des hôpitaux.

Le dernier sondage de Léger Marketing-Le Devoir, qui situe maintenant la souveraineté à 54 %, ne fera rien pour calmer les excités. Se pourrait-il que, du fond de son abîme, Alfonso Gagliano ait eu raison et que la souveraineté soit devenue inévitable ?

Remarquez, ce n'est pas la première fois que Léger Marketing enregistre une telle pointe, et le prochain référendum, si tant est qu'il y en ait un autre, est encore loin. La souveraineté avait atteint un niveau identique en octobre 1998, dans la foulée de l'avis de la Cour suprême sur la légalité d'une déclaration unilatérale d'indépendance, mais cela n'avait pas duré. L'effet du scandale des commandites est indéniable, mais il faudra voir ce qu'il en restera dans quatre ou cinq ans.

Bernard Landry a raison de dire que les Québécois n'opteront pas pour la souveraineté à cause du scandale, mais celui-ci pourrait très bien servir de catalyseur, comme l'avait fait l'échec de l'accord du Lac-Meech. Il pourrait surtout créer des conditions propices à la victoire du OUI, par exemple en favorisant l'élection d'un gouvernement conservateur à Ottawa.

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La grosse surprise du sondage de Léger Marketing concerne cependant le «vote ethnique», qui a recommencé à faire couler de l'encre depuis les récentes déclarations de l'ancien directeur du PLC au Québec, Benoît Corbeil.

Il n'y a rien de neuf à ce que 60 % des francophones aient l'intention de voter OUI. Ce qui permet à la souveraineté de passer le cap des 50 %, ce sont les 24 % de non-francophones qui s'apprêteraient à faire de même.

Un examen de la répartition de ces 24 % selon la langue révèle des choses encore plus étonnantes :

32 % d'allophones projettent de voter OUI alors que seulement 7 % l'avaient fait le 30 octobre 1995.

Bien entendu, il est loin d'être acquis que toutes ces intentions de vote se matérialiseront dans les urnes. Le vote allophone est particulièrement fragile, mais il suffirait de la moitié de ces 32 % pour donner au camp souverainiste les 50 000 voix qui lui avaient manqué en 1995.

Depuis quelques années, certains signes laissent entrevoir une percée souverainiste dans certaines communautés culturelles, notamment la bonne performance du Bloc québécois aux élections fédérales de juin dernier dans des comtés où celles-ci sont fortement représentées. Certains sondages ont également accrédité l'hypothèse voulant que les «enfants de la loi 101» modèlent de plus en plus leur comportement politique sur celui de la majorité francophone.

Jusqu'à présent, le PQ n'a jamais agi autrement qu'en paroles pour soutenir cette tendance. Il a manqué une autre magnifique occasion de démontrer son ouverture à la nouvelle réalité québécoise lors de l'élection partielle dans Gouin, l'automne dernier, quand il a préféré la candidature d'un attaché politique pure laine, Nicolas Girard, à celle de Dominique Olivier, d'origine haïtienne. Mme Olivier est maintenant candidate à un poste de vice-présidente. Il est à espérer que les délégués au congrès de juin prochain auront compris.

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La première condition à une éventuelle victoire du OUI est évidemment que le PQ reprenne le pouvoir. À cet égard, il est encourageant de constater qu'une majorité de francophones (54 %) souhaite maintenant la tenue d'un référendum.

À chaque campagne électorale depuis dix ans, la perspective de voir un gouvernement péquiste replonger le Québec dans les affres référendaires constitue l'argument ultime des libéraux. Si cela ne représente plus un inconvénient pour la population, le gouvernement Charest risque de trouver bien peu de raisons pour justifier sa réélection.

Depuis l'automne dernier, Bernard Landry a dû multiplier les contorsions pour éviter de se commettre de façon définitive sur la tenue d'un référendum au cours du prochain mandat, sinon dans sa première moitié, tout en donnant aux militants péquistes toutes les raisons de croire qu'il en sera ainsi. Les résultats du sondage de Léger Marketing devraient lui permettre de se décrisper un peu.

Le problème est que la question posée par Léger Marketing est toujours celle de 1995, qui portait sur la souveraineté assortie d'une «offre de partenariat économique et politique avec le reste du Canada». Il est bien possible que la prochaine question comporte elle aussi une offre d'association économique, sous une forme ou une autre, mais il ne sera plus question de partenariat politique.

Or le vieux gag du Québec souverain dans un Canada uni continue de refléter le souhait profond de bien des Québécois. Le fait qu'une majorité de souverainistes désirent toujours demeurer des Canadiens tout en votant OUI en dit long sur la confusion qui persiste. On peut compter sur le Canada anglais pour tenter de la dissiper d'ici le prochain référendum, mais si Stéphane Dion n'y est pas parvenu, cela ressemble à un cas désespéré.

mdavid@ledevoir.com




La souveraineté en 2010?

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 28 avril 2005

Le sondage Léger Marketing publié hier dans nos pages ramène la souveraineté du Québec sur le devant de la scène. Aucun leader souverainiste n'a osé pavaner devant le résultat qui accorde pourtant 54 % de l'appui populaire à la souveraineté, mais il ne fait aucun doute que voilà une bonne raison de reprendre le bâton du pèlerin avec conviction.

Il y a dix ans cette année, la dernière consultation populaire conduite au Québec donnait le fédéralisme gagnant avec quelques dixièmes de point d'avance sur l'option souverainiste. Au lendemain de cette défaite crève-coeur, déçu et frustré par le résultat autant que par les tactiques déloyales de ses adversaires, le Parti québécois a tout de même fait preuve d'un fair-play extraordinaire. Mais à voir la désinvolture avec laquelle le camp fédéraliste a transgressé les lois électorales avant et après sa victoire, les souverainistes ont compris qu'ils ne devraient jamais plus partir en campagne sans avoir la certitude de gagner.

Aujourd'hui, ce n'est pas parce que la souveraineté revient à l'ordre du jour que la partie est gagnée, loin s'en faut. Il faudrait être naïf pour croire que le désabusement associé aux révélations entendues devant la commission Gomery gonflera longtemps les voiles de l'«option». Mais surtout, les souverainistes doivent reconnaître que l'indépendance dans sa version la plus radicale, la séparation sans association formelle avec le Canada, reste le second choix des Québécois après celui d'un renouvellement de la Constitution.

Malheureusement pour ceux qui ont cru à un tel renouvellement, tous les politiciens fédéraux qui se sont succédé à la tête du pays depuis Pierre Elliott Trudeau ont failli à la tâche ou, pire, trahi leurs promesses de reconnaître un statut particulier pour le Québec. Au lendemain du référendum de 1995, Jean Chrétien s'était contenté de savourer sa victoire en cultivant sa hargne des souverainistes et du Québec. Sa conception du Canada se résumait à la cohabitation d'un nombre infini de groupes minoritaires, qu'ils soient ethniques, culturels, régionaux ou même sexuels, traités également sous le parapluie protecteur de la Charte des droits. Toutes les minorités, toutes les provinces sont différentes, arguent encore la plupart des commentateurs de la presse torontoise en 2005, pourquoi le Québec aurait-il droit à un statut particulier ?

Or, ce que rappelle notre sondage, c'est qu'une majorité de Québécois aspire aujourd'hui plus que jamais au statut de société distincte, voire de pays indépendant si aucune autre option sérieuse ne lui est présentée.

D'autres l'ont dit avant nous : le Parlement fédéral pourrait être scindé en deux d'ici quelques semaines avec la représentation à peu près exclusive du Québec par le Bloc à Ottawa. Puis, dans deux ans, ce pourrait être au tour du Parti québécois de reprendre le pouvoir à Québec si le gouvernement de Jean Charest échoue dans sa tentative de remonter la pente. Dans un tel scénario, les souverainistes seraient bien placés pour gagner un troisième référendum.

C'est donc dire que le Canada anglais a moins de deux années devant lui pour concocter la potion magique susceptible de convaincre une majorité de Québécois que leur présence au sein du Canada ne signifie pas de renoncer à leurs aspirations autonomistes. Sans une telle option dont on ne voit poindre ni les grandes lignes ni les promoteurs au sein du camp fédéraliste, le Québec a toutes les chances de devenir un pays indépendant avant 2010.

j-rsansfacon@ledevoir.ca




Parizeau avait tort

André Valiquette
Le Devoir jeudi 28 avril 2005

Lettres: Montréal, le 24 avril 2005 - J'ai lu les commentaires de Benoît Corbeil devant la commission Gomery sur le financement des activités référendaires et ceux du chroniqueur Michel David ce 24 avril. Se pourrait-il que le débat sur la légalité des dépenses encourues en 1995 tourne au vinaigre? Il semble que plusieurs soient prêts à considérer que les propos de Jacques Parizeau sur le vote ethnique le soir du référendum aient été acceptables.

Demandons-nous alors pourquoi il ne faudrait pas soulever également que les femmes, ou les cols bleus, ou les jeunes, ou les vieux, ont trop voté pour le NON. Le marketing politique du PQ et du gouvernement provincial visait tous ces groupes. Beaucoup d'argent a aussi été dépensé là.

Certains souligneront que des communautés ethniques ont vraiment davantage voté pour le NON. Et alors ? La déclaration de Parizeau est un reproche à ces communautés d'être ce qu'elles sont, des personnes et des familles qui connaissent trop bien à quelles dérives peut msener le nationalisme. Leur expérience historique n'est pas moins valable que celle des autres Québécois. Il était inacceptable de laisser entendre que leur vote était de trop.

Si on est tenté par cela, on choisit le nationalisme ethnique. S'il vous plaît, un peu d'air frais.




Les artistes reprennent la parole pour la commémoration des référendums

PC
Le Devoir jeudi 28 avril 2005

Les artistes seront très actifs dans les cérémonies et activités qui marqueront la commémoration des référendums sur la souveraineté de 1980 et de 1995, du 20 mai au 30 octobre.

Le président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, et la vice-présidente de ce conseil, Hélène Pedneault, ont donné un aperçu de ces activités politiques, sociales et festives hier, en conférence de presse à Montréal, aux côtés d'ailleurs du chansonnier Paul Piché.

Entre autres, le 20 mai, 25e anniversaire du référendum sur la souveraineté-association de 1980, sera marqué par une soirée-spectacle conçue justement par Hélène Pedneault et Mouffe, au Métropolis à Montréal, sur le thème «L'indépendance plus que jamais».

«On a voulu ce spectacle-là pour dire deux ou trois choses : premièrement, que les artistes reprennent la parole et qu'ils ne se tairont plus. Deuxièmement, qu'à partir de tout de suite, la société civile québécoise est en campagne préréférendaire jusqu'à l'indépendance du Québec», a prévenu l'écrivaine Hélène Pedneault.

Elle promet quelques surprises à ce spectacle et «des artistes de toutes les générations», comme les incontournables dans ces circonstances, Loco Locass, Gilles Vigneault, Richard Séguin, Marie-Claire Séguin, Yann Perreault, Sylvie Tremblay, Marie-Denise Pelletier.

Québec fêtera le surlendemain, au parc des Pigeonniers, à «la grande tablée de la société civile».

Le 23 mai, un circuit touristique des indépendantistes sera inauguré à Montréal.

Pour le 10e anniversaire du référendum de 1995, l'organisation a notamment prévu des colloques régionaux dans les cégeps et les universités sur le thème «Mondialisation, démocratie et souveraineté».

Les autres activités incluent une semaine de théâtre politique à l'Espace Go à Montréal, un cahier pédagogique du Conseil de la souveraineté, une exposition itinérante d'affiches politiques, une nuit de poésie et de chansons sur le Québec à Montréal et la projection de films politiques dans plusieurs régions du Québec.

Un ouvrage collectif sur l'indépendance du Québec sera également lancé en octobre, de même qu'un livre intitulé 200 noms pour un oui.

Un «forum national» sera aussi organisé, mais l'endroit de sa tenue reste à déterminer.

Un grand spectacle de clôture des activités de commémoration sera organisé par Paul Piché, le 29 octobre à Montréal.

«C'est à travers la culture qu'on va davantage rejoindre les gens. La culture est indissociable du projet de pays, d'où la quantité d'événements culturels, théâtre, politique, cinéma, poésie, chanson, qui vont avoir lieu pendant ces six mois là», a expliqué Mme Pedneault.

Finalement, le 30 octobre, une «grande marche nationale vers l'indépendance» aura vraisemblablement lieu à Montréal (les détails ne sont pas mis au point, a signalé M. Larose).

D'autres activités seront organisées dans les régions du Québec.

«Pour nous, les fêtes auront un sens, car la souveraineté est un projet d'aspiration normale, devenu nécessaire» et pressant, a commenté M. Larose.




Yves Michaud, l’éternel pamphlétaire

André Magny
LE DROIT. Ottawa. 25 avril 2005

Avec Les Raisons de la colère, les Éditions Fidès ont eu la brillante idée – ou le flair – de publier près d’une centaine de textes d’Yves Michaud. Tel un Don Quichotte pourfendant à la fois fédéralisme, obscurantisme et capitalisme sauvage, c’est un tour d’horizon de 50 ans de participation au service « de la République » auquel nous sommes conviés.

« Le référendum de 1995 n’a pas été l’expression de la volonté populaire, mais le résultat des procédés dolosifs des fédéraux, des tribunaux d’exception émettant jour et nuit des certificats de citoyenneté canadienne à des milliers de personnes qui n’étaient pas admissibles. Sans compter l’argent sale d’Ottawa, investi dans la campagne référendaire en contravention de nos lois. »

Tiens, une autre citation de Benoît Corbeil à la Commission Gomery ? Nenni. Il s’agit plutôt d’un paragraphe écrit au mois d’août 2004 et tiré d’un texte intitulé Le référendum volé qu’on retrouve sous la plume d’Yves Michaud dans son recueil Les raisons de la colère. Nullement surpris par de ce qui se dit devant le sympathique juge, l’ancien délégué général du Québec à Paris constate au téléphone que nous sommes face «à un système planifié, organisé ».

Yves Michaud, c’est tout un pan de l’histoire du Québec. D’abord journaliste et député libéral en 1966 alors que c’est l’Union Nationale qui est au pouvoir, les idées politiques d’Yves Michaud bifurqueront à la fin des années 1960 vers le nationalisme québécois, empruntant les chemins du journal Le Jour où il en sera le directeur puis les voies de la diplomatie au moment où René Lévesque lui demandera de représenter le Québec dans l’Hexagone. Au fil des années, l’homme ne laisse personne indifférent. Passé maître dans l’art de manier les plus-que-parfait du subjonctif comme personne au Québec, tantôt on le retrouve en Robin des banques luttant contre les forces bancaires de ce monde au nom des petits épargnants. Tantôt, il est l’icône du martyre de la libre expression lorsqu’il se fait lyncher en 2000 par les députés de l’Assemblée nationale pour des propos que certains jugent – trop rapidement sans doute – antisémites.

Un parcours sinueux

C’est donc le parcours d’un passionné de la cause québécoise qu’on sillonne à travers les quelque 430 pages du bouquin que l’auteur qualifie lui-même de « livre polémique ». La sélection des articles a dû vous être difficile, M. Michaud ? «Oh, mais ce n’est pas moi qui ai fait le choix ! On est venu me trouver chez Fidès avec cette proposition de livre. Je leur ai prêté mes articles et quelqu’un en a fait la sélection. » Avec sous les yeux quelques milliers d’articles, les gens de chez Fidès ont trié, lu et relu, sélectionné et trouvé le bon enchaînement des textes. Le résultat donne un livre divisé en cinq chapitres où se côtoient, bien sûr, l’Affaire Michaud, le journaliste, le député et le diplomate, le Robin des banques et le militant.

Si on retrouve dans les textes publiés il y a 40 ans alors qu’il était au Clairon de Saint-Hyacinthe la même unité de style, on s’amusera de la sélection de certains textes tel celui où l’ancien diplomate tombe à bras raccourcis en 1956 sur le rock’n roll. On sourira aussi qu’un Yves Michaud donne, dans le journal La Patrie de 1963, «une chance au Canada » dans la foulée de la Commission d’enquête sur le biculturalisme. Et enfin, on trouvera où Jean Charest a trouvé son slogan de la dernière campagne électorale… probablement dans le premier éditorial que signe M. Michaud au moment du lancement du quotidien Le Jour en 1974, alors que le journaliste termine son papier intitué Le début d’un temps nouveau par un retentissant «Nous sommes prêts » !

Un homme de combat

La lecture des textes d’Yves Michaud a le mérite de remettre certaines pendules à l’heure face à certains événements comme l’affaire Michaud. Toujours amer à propos de «la politique mesquine » que Lucien Bouchard a eue à son égard, le septuagénaire est d’avis que la condamnation reçue par l’Assemblée nationale, alors qu’il avait rapporté à la radio une conversation privée dans laquelle il mentionnait que le peuple juif n’avait pas nécessairement le monopole de la souffrance, est toujours injuste. «Tant que l’Assemblée nationale ne se sera pas amendée, il pèsera toujours sur les citoyens québécois la menace de flagellation » comme celle que l’ancien député a subie à la fin de l’an 2000. Le verbatim des propos d’Yves Michaud se retrouvant à la fin du volume, le lecteur aura le privilège de se faire sa propre idée au-delà des figures de style michaudiennes.

Amoureux depuis toujours de la langue française, Yves Michaud n’en a cure de ceux qui prétendent que le combat pour sa survie est terminé. Il lance avec panache : «Les frissons de l’éphémère ne m’intéressent guère. Au Québec, on sera toujours en état de guerre. » Le village gaulois entouré des camps retranchés romains étant pour lui une réalité plus que jamais d’actualité.




Separation has new appeal when none of the parties feel right for Quebeckers

Roy MacGregor
The Globe and Mail Thursday, April 28, 2005

VERCHÈRES, QUE. - She stands, defiant, three storeys high, bronze hat bending in the breeze coming off the St. Lawrence River, musket ready.

Welcome to the village of the patriots. Ludger Duvernay, who founded the St. Jean Baptiste Society, was from here. Parti Québécois Leader Bernard Landry lives along the river, the Fleur-de-lis snapping above the drive. And, of course, here is where the magnificent statue to Marie-Madeleine Jarret de Verchères has stood for nearly a century.

Her story is Quebec legend: the 14-year-old who, in 1692, took charge of the family fort and, with only a couple of veteran soldiers and her two young brothers, somehow managed to hold off an Iroquois war party for eight days.

The actual facts of the story hardly matter -- there are five different accounts -- for the tale has long since become pure symbolism: all Quebeckers, of all ages, must be ready and willing to stand up for what is rightfully theirs.

Marie-Eve Lainesse loves the magnificent statue of Madeleine. She works for this charming little stone-building village along the river's south shore and, on a fine spring day when rumours of a new battle are in the air, she is planting tulips in the park alongside the statue.

She is 25 years old. She, too, is willing to stand up for Quebec, but she has given up, entirely, on Canada.

She is at an age when pollsters and pundits routinely say there is little to no interest in politics, and yet Lainesse and her friends are absolutely passionate about politics these days.

All because of Gomery.

"We are all upset," she says. "All very, very angry." They watch, when they can, the proceedings of Mr. Justice John Gomery's inquiry into the federal sponsorship scandal; they read the newspapers; and they talk about the political situation endlessly.

It is time, they say, for another referendum, a decisive referendum, a vote for the sovereignty of Quebec and an end to Confederation.

"It's finished," she says. "Finished." One close friend is a card-carrying Conservative who says that, if and when an election is called, she will vote for the Conservatives, though even the friend will acknowledge that, in this area, it would be a vote with no effect.

Lainesse suggests that the rest of her tight group might not even bother to vote, as they are passing entirely on federal politics.

Her reasoning is fascinating. The Liberals, of course, are the party that brought on the sponsorship scandal, the party that, in her mind, has the rest of Canada looking at Quebec as a province of "criminals and thieves."

The Conservative Party, she says, is a non-starter because it is far too "reactionary" when it comes to such simple, silly matters as caring about which gender has a right to marry. The notion of a Conservative majority chills her. "Stephen Harper," she says, "is George Bush II to me."

The New Democratic Party, she says, is irrelevant in Quebec. Out of step, out of time. It does not speak to her or to her friends.

As for the Bloc Québécois, the federal party that would have sovereignty, she shrugs and laughs. What is the point, she asks, "when the rest of Canada does not trust it?"

"Nobody speaks for us," she says. "Nobody." She knows that the Gomery inquiry is looking at wrongdoings that occurred during the time of prime minister Jean Chrétien, but she offers no pardon to Prime Minister Paul Martin. She finds him unimpressive as a leader.

She agrees completely with what has been said this week by former Chrétien minister Alfonso Gagliano, the ambassador to Denmark who was fired by Martin and who is himself under allegations regarding his involvement in the sponsorship scheme.

Martin, Gagliano told Radio-Canada, "is going to destroy the party and break up the country." Miracles could still happen, the disgraced former minister said, "But I think at this stage the separation of Quebec from Canada is not stoppable. It's a question of time. It's going to happen."

Lainesse believes the same. It is going to happen.

She was not old enough to vote in the last referendum in 1995, being then roughly the age Marie-Madeleine Jarret de Verchères was when she took over the fort, but if another one is coming, then she will both work for and vote for sovereignty for Quebec.

Whether she is prescient or merely lucky, she says that, in her opinion, if a vote were held, 54 per cent of Quebeckers would be in favour of separation -- the exact figure found by the poll published in the next morning's Globe and Mail and Le Devoir.

Her own survey is hardly as scientific as that produced by Leger Marketing, but it may be just as telling. Her parents voted No in the October, 1995, referendum. Today, she says, they would vote Yes.

Why? "Gomery," she says.

And stands beside the statue of Madeleine, staring just as defiantly out over the water.

rmacgregor@globeandmail.ca




Merci, monsieur Chrétien

Richard Martineau
Voir, n° Vol: 19 NO: 17 jeudi 28 avril 2005

Ondes de choc - Vous souvenez-vous du Bal des vampires, l'excellente satire des films d'horreur qu'a réalisée Roman Polanski en 1967? Ce long métrage racontait les aventures d'un vieux savant excentrique et de son jeune assistant timide qui parcouraient les plaines enneigées de la Transylvanie afin de tuer des vampires.

Comme c'est souvent le cas dans l'oeuvre du cinéaste polonais (Chinatown, Rosemary's Baby, Répulsion, Le Locataire, etc.), ce n'est pas le Bien qui triomphe à la toute fin du film, mais le Mal.

En effet, alors qu'ils se dirigent vers un village à bord de leur carriole, les deux héros se font mordre par une morte-vivante qu'ils ont voulu sauver. On les voit côte à côte, gelés comme des blocs de glace, deux grosses marques rouges dans le cou. Puis on entend la voix du narrateur dire:

"Cette nuit-là, en fuyant la Transylvanie, le professeur Abronsius ignorait qu'il emmenait avec lui le fléau qu'il avait voulu anéantir. Grâce à lui, ce fléau allait enfin pouvoir envahir tout l'univers."

C'est une fin hyper-cynique, à la Polanski.

Pourquoi je vous parle de ce film? Parce qu'on ne peut rêver d'une meilleure métaphore pour ce qui est en train de se passer chez nous.

Comme le héros du Bal des vampires, Jean Chrétien a voulu "débarrasser" le Canada du fléau du séparatisme. Et comme lui, tout ce qu'il a réussi à faire, c'est de foutre le feu à la baraque, et de permettre au virus de se propager et de contaminer tout le pays.

Dans les années 70, on pensait que c'était René Lévesque qui allait mener le Québec à l'indépendance.

Eh bien, ce n'est ni Lévesque, ni ses successeurs, c'est-à-dire Parizeau, Bouchard ou Landry, qui auront réussi ce pari. C'est Jean Chrétien.

Jean Chrétien est le professeur Abronsius de la cause indépendantiste. Grâce à lui et à sa bande de joyeux lurons, les "monstres" qui rêvent de démanteler le Canada risquent fort de gagner leur bataille.

La suite des choses est écrite dans le ciel. Scandale des commandites = élections fédérales = victoire de Stephen Harper = isolement du Québec = impopularité grandissante de Jean Charest = élections provinciales = victoire du PQ = troisième référendum = souveraineté.

Échec et mat, et merci à monsieur Chrétien pour services rendus.

Savourons l'ironie. Si la tendance se maintient, comme dirait Bernard Derome, ce sont ceux qui ont lutté avec le plus d'acharnement contre la séparation du Québec qui auront le plus contribué à la partition du pays!

C'est Pierre Bourgault qui doit se retourner dans sa tombe...

Vous me direz qu'il ne faut pas jeter le Canada avec le linge sale de Jean Chrétien, et que ce n'est pas parce que l'ancien gouvernement avait mis sur pied un système de financement digne de la mafia qu'il faut faire sauter tout le pays. Soit.

Mais avouez que c'est une sacrée gifle, non?

À la veille du référendum de 1980, Trudeau a promis qu'il changerait le Canada de fond en comble si les Québécois votaient Non. Il s'est contenté de nous donner une Constitution que nous n'avons même pas daigné signer.

En 1987, Brian Mulroney a concocté l'accord du lac Meech, qui était censé nous réintégrer dans la Constitution canadienne en reconnaissant le caractère distinct du Québec. Cette entente est tombée à l'eau.

À la veille du référendum de 1995, les ténors du fédéralisme ne croyaient tellement plus à la possibilité de renouveler la Constitution du pays que Jean Chrétien n'a même pas pris la peine de promettre quoi que ce soit. Il s'est contenté de nous envoyer des fleurs et des coeurs en chocolat. Or, nous venons tout juste d'apprendre qu'il avait payé ces cadeaux avec de l'argent sale.

Que va-t-on nous promettre s'il y a un troisième référendum? Des biscuits soda et un drapeau usagé payé à même nos impôts?

Vous croyez vraiment que Stephen Harper sera l'homme de la situation, qu'il réussira à nous convaincre qu'il y a bel et bien une place pour nous dans ce beau et grand pays pays que trois premiers ministres francophones originaires du Québec n'ont jamais réussi à transformer?

Si vous répondez oui à cette question, c'est que vous êtes vraiment, vraiment, vraiment optimiste.




Est-ce cela, les conditions gagnantes?

Daniel Landry, Étudiant à la maîtrise en sociologie à l'Université Laval
Le Devoir jeudi 28 avril 2005

Au lendemain du référendum de 1995, perdu par les souverainistes, le Parti québécois (PQ) n'osait envisager la possibilité d'un nouveau référendum sur l'avenir du Québec que si les «conditions gagnantes» étaient réunies. Le Québec entrait dans ce qu'on peut maintenant appeler l'ère Bouchard (1996-2001). En effet, c'est Lucien Bouchard lui-même qui, le premier, a utilisé ce concept de «conditions gagnantes», prétextant que le Québec devait assainir ses finances publiques (le trop célèbre déficit zéro) avant de réfléchir à son indépendance.

Il faut aujourd'hui s'interroger sur les choix faits à cette époque pas si lointaine. Certes, le Québec a atteint son équilibre budgétaire tant souhaité, mais à quel prix ? Au prix de compressions et d'une déresponsabilisation grandissante de l'État dans les systèmes de santé et d'éducation, au prix aussi d'une participation de plus en plus nette du Québec dans une économie néolibérale qui donne plus de pouvoirs aux entreprises qu'aux gouvernements.

Il s'agissait là d'une «réingénierie» avant le terme, comme si les Québécois avaient élu un parti conservateur au pouvoir (c'était un peu cela, compte tenu du fait que Bouchard avait été conservateur au fédéral avant d'être bloquiste et enfin péquiste). À n'en pas douter, le règne péquiste de plus de neuf années (1994-2003), plutôt que de préparer lesdites conditions gagnantes pour un prochain référendum, préparait le Québec à entrer dans une économie mondialisée dirigée par une poignée de milliardaires (les Grecs de l'Antiquité parleraient de ploutocratie).

Avec le recul de quelques années, il est légitime de mettre en question les véritables ambitions indépendantistes de Lucien Bouchard, personnage charismatique et grand communicateur, qui semblait faire preuve d'un superbe opportunisme politique.

Le PQ est maintenant dans l'opposition, et cela permet d'oublier ses actions passées. On semble même oublier que la discorde et la division sont bel et bien présentes au sein de ce parti, entre autres sur la question du choix de son leader (Landry, Marois ou Duceppe ?). Outre le désir de faire du Québec un pays souverain, aucune ligne directrice idéologique ne rassemble tous les adhérents du PQ. Ce parti est plus divisé que jamais et ne présente aucune vision à long terme sur des questions prioritaires comme le développement durable, l'éducation ou l'économie sociale. Le PQ version 2005 est presque devenu un boulet pour le mouvement souverainiste.

Dans l'opposition

Paradoxalement, c'est toujours quand le Parti québécois est dans l'opposition que la souveraineté connaît un regain de popularité. Les sondages démontrent que la popularité de l'option du OUI a chuté de 10 à 15 points entre octobre 1995 et avril 2003, date à laquelle le Parti libéral du Québec (PLQ) a repris le pouvoir.

Mais maintenant, les souverainistes capitalisent sur le fait que le gouvernement Charest commet gaffe après gaffe, participant à des politiques conservatrices tout aussi rétrogrades et asociales que ce que le PQ a fait (plus subtilement, disons-le) sous Bouchard. Enfin (comment l'oublier ?), la corruption du gouvernement fédéral orchestrée par le Parti libéral du Canada (PLC) est mise au jour par l'enquête du juge John Gomery.

À la lumière de ces escroqueries, il semble que l'option souverainiste connaisse un regain de vie, de façon analogue à ce qui s'était produit au lendemain de l'échec de l'accord du Lac-Meech (1990). Il semble que les Québécois se questionnent de nouveau sur leur insertion au sein d'un pays dont ils n'ont pas encore ratifié la Constitution. Il semble qu'ils se questionnent de nouveau sur leur prétendue double appartenance, à la fois québécoise et canadienne. Il semble qu'ils jettent un regard neuf sur leur caractère distinct. Ne serait-ce pas plutôt cela qu'il faudrait appeler les conditions gagnantes ?

Quoi qu'il en soit, l'avenir de ce peuple (qu'on a successivement nommé Canayens, Canadiens, Canadiens français et finalement Québécois) ne doit pas être décidé sur un coup de tête. L'indépendance politique ne doit pas se faire en réaction à une colère conjoncturelle provoquée par l'incompétence du moment de nos gouvernements provincial et fédéral. Elle doit se faire en toute sérénité, en toute prise de conscience du fait qu'un peuple d'une langue, d'une culture et d'un héritage historique distincts vit sur ce territoire que le découpage étatique moderne reconnaît comme le Québec.

L'indépendance doit être vue et considérée, par toutes les personnes qui la désirent, au-delà des simples revendications économiques et politiques du temps. Il s'agit d'un pas souhaitable et nécessaire à l'inscription d'une culture riche et distincte dans ce monde contemporain où les échanges culturels s'accroissent. Revendiquer l'indépendance ne devrait plus jamais être considéré comme une séparation et un isolement dans un objectif de survivance mais plutôt comme une ouverture à l'autre par la valorisation des différences.




In fighting separatism, always demand clarity

Editorial
The Globe and Mail Friday, April 29, 2005

There was alarm in the land this week when an opinion poll showed that 54 per cent of Quebeckers support sovereignty. It is the first time since 1998 that a majority has felt that way, a disturbing sign of the damage the sponsorship scandal has done to the federalist cause. But before giving in to despair, let's look a bit closer at what Quebeckers actually said.

In its poll for The Globe and Mail and Le Devoir, Léger Marketing asked the following question: "If a referendum were held today on Quebec sovereignty, with an offer of economic and political partnership with the rest of Canada, would you vote for or against Quebec sovereignty?" To which 54 per cent answered "for."

That is roughly the same have-your-cake-and-eat-it question that Quebeckers were asked in the cliffhanger 1995 referendum. Fortunately, they will never be asked such a mushy question again. Or, if they are, the federal government will refuse to recognize the vote.

It was precisely because of the 1995 near miss, in which the separatist movement came close to breaking up the country with a narrow vote on an ambiguous question, that the federal government introduced the Clarity Act.

Taking its cue from a historic, 1998 Supreme Court ruling, it sets out the terms under which Ottawa would negotiate with the province of Quebec after a yes vote in a referendum. Those terms are, well, clear: Quebec must have a clear majority on a clear question, or no dice.

This week's poll underlines how important the Clarity Act is. Yes, 54 per cent say they support sovereignty if it is sweetened by an offer of continuing partnership with Canada. But drop that sweetener, and things change. When Leger questioned sovereignty supporters, 56 per cent said they want Quebec to remain part of Canada. Hmmm. So they support sovereignty, but want to stay Canadian?

It is this kind of wishful thinking that the separatist movement relies on. Its leaders have known for years that they could not win a fair-and-square fight on a clear question such as, say, "Do you want Quebec to separate from Canada and become an independent country?" which is, after all, what they want Quebec to do. So they have sought to muddy the waters with talk of continuing partnership, shared currency and so on. Even the term "sovereignty" is a fudge, designed to disguise the real agenda of separation.

It was only after the close call of 1995 that Ottawa finally decided to challenge this deliberate obfuscation. Demanding clarity, with the act of that name, may be the single smartest thing that the federal government has done in its decades-long battle with separatism. It was certainly smarter than trying to buy Quebeckers' sympathies with Canadian flags, Maple Leaf T-shirts and the other trinkets of the sponsorship program. If the Clarity Act was the smartest thing, that was the dumbest.




Sovereignists must beware of overconfidence

Josée Legault
The Gazette April 29, 2005 Friday

Who'd have thought it? Sovereignty is all the rage again. It's so much in fashion that even Alfonso Gagliano can't resist the temptation.

The former boss of the sponsorship program has taken to playing the doomsday astrologer. Beware, he says, Paul Martin's decision to set up the Gomery commission has made sovereignty inevitable.

If this devoted member of the Chretien clan still had a day job, I'd beg him not to quit it. As far as analysis goes, Gagliano is as credible as Rael explaining the Old Testament. This is the same guy who had the intellectual dishonesty to write in The Suburban that on referendum night, Jacques Parizeau spoke about "Jewish money and ethnic votes."

Gagliano's latest prediction is what it is: one more pin pushed deep into his Martin voodoo doll.

On a more serious note, Conservative leader Stephen Harper is also taking a kick at the separation football. Support is up, he says, because Liberals discredited federalism with the sponsorship scandal. Federalism is good, but Liberals are bad.

Harper says he'll give Canadians a "clean" federalism and even solve the fiscal imbalance. Harper's line might have a calming effect in parts of the ROC scared by too much Gagliano in the news, but it's not getting through to Quebecers so far. Except, perhaps, for one.

Premier Jean Charest, himself a former Conservative, must surely pray for a Harper government that would throw him the lifeline he desperately needs on fiscal imbalance.

Charest's one hope - other than the survival of the almost equally unpopular Bernard Landry - is to get enough money from Harper to make noticeable improvements to public services. So much for the theory that a Tory government would be bad for federalism.

In the meantime, sovereignty keeps rolling along. On Wednesday, a Globe and Mail-Le Devoir Leger Marketing poll showed 54 per cent of Quebecers support that option. Half the respondents even called for a referendum

Yesterday, a La Presse-CROP poll put sovereignty lower at 47 per cent. In an unusual move, La Presse openly questioned the credibility of the Leger poll. Still, the Leger poll is closest to what inside polls have been telling most parties for weeks.

Even the Centre for Research and Information on Canada had sovereignty at 49 per cent last fall. So it's unlikely that after months of watching the Gomery commission, support for the Yes would have actually gone down as CROP says it did.

Although support has hovered between 45 and 49 per cent for years, there's no doubt it has gone up. But before Gagliano rushes to change his first name to Cassandra, many dominoes must fall before Quebec separates: The Parti Quebecois must win the next election, have a determined leader, get a clear mandate, hold a referendum and win it.

Sovereignists would be making a huge mistake if because of the Gomery fallout, they took any of this for granted.

In June, PQ delegates will hold their convention. Their answer to two existential questions will help determine what will follow.

First: What mandate will the PQ ask for in the next election - one that would trigger the process to sovereignty once elected as suggested by Jacques Parizeau and Robert Laplante, or one that reflects Landry's more ambiguous position?

The second question flows from the first: If the situation became less favourable, is the current leader "l'homme de la situation"?

It's one thing for sovereignty to surge in polls in the face of Liberal corruption; it will be quite another to hold and win a referendum even when there might be no moral certainty of winning.

On the day of the Leger Marketing poll, Landry commanded the ROC "to prepare to become excellent neighbours." Other than seeing him count his chickens before they're hatched, PQ members might wonder what their leader has done himself to prepare for the next time, other than letting Francois Legault busy himself with the writing of his "budget of Year One."

Landry is sure to talk up sovereignty on the way to his confidence vote in June, but delegates, who could well be distracted by a federal election, must ponder the importance of their choice for a future that remains more unpredictable than they think.

They could also reflect on their leader's silence after Benoit Corbeil, former director general of the Liberal Party's Quebec wing, said that Parizeau was right to condemn the huge amounts of money and the fast-track citizenships that might have helped tip the scales for the No side in 1995. Did Landry apologize to Parizeau for having demanded his resignation the morning after his referendum speech?

Those answers are sure to weigh much more on the future of sovereignty than any predictions by Cassandra Gagliano.




Quebec's quarrel isn't with Canada

EDITORIAL
The Toronto Star 29.4.2005

Canadians are suddenly fretting about the spectre of Quebec separatism, 10 years after Quebecers very nearly voted to split this country. A startling poll by Léger Marketing this week found an absolute majority of Quebecers, 54 per cent, claim to favour separation. Another public opinion survey by the CROP polling firm, put it at 47 per cent.

Either way, federalists have reason for concern.

The polls confirm the damage done by Prime Minister Paul Martin's scandal-tainted Liberal party through the sponsorship scandal. While most Canadians are disgusted, Quebecers are especially resentful. The Jean Chrétien government spent $250 million to wave Canadian flags in their faces while well-connected federal Liberals dipped into the ad budget to line their own pockets and the party's coffers.

Provincially, Quebecers also are angry with Premier Jean Charest and his Liberal government for reneging on an election promise to cut taxes, as well as for curbing welfare and raising daycare fees.

All this makes Quebec increasingly hostile terrain for federalists.

Currently, Gilles Duceppe's Bloc Québécois leads Martin's Liberals, 49 per cent to 23 per cent, CROP reports. And the Parti Québécois leads the provincial Liberals 45 per cent to 28 per cent.

And, from the margin, Conservative leader Stephen Harper risks further validating the Bloc and separatism in Quebecers' minds by working with it to topple the government. That does unity no great favour.

Has Martin done irreparable harm to Confederation by appointing Mr. Justice John Gomery to probe the scandal, further fuelling Quebecers' anger? That is what former public works minister Alfonso Gagliano claims. He was in charge of the sponsorship program. But that view is simplistic, and self-serving. Would Canadians have preferred Martin to sweep this mess under the rug? Would Quebecers? Not likely.

As toxic as the climate in Quebec may be, there is some consolation for federalists. Even polls that report an uptick in support for separatism seem to confirm that Quebec's quarrel is not so much with Canada as with the tarnished Liberals. Better yet, what support that does exist for deconstructing the country is soft.

The Leger poll, which reported the strongest support for separatism, was a mix of hot-button questions. It asked people whether they felt "betrayed" by Chrétien and the Liberals. And whether the scandal has inclined them to "vote for Quebec sovereignty." Some respondents may have repudiated Canada chiefly in order to vent disgust with the Liberals.

Even so, more than half of the Quebecers who told Leger they would vote for sovereignty also "want Quebec to continue to be part of Canada." So there's no risk of a split any time soon. That is something the easily excitable talk-show hosts may want to keep in mind.

It is something Martin must bear in mind, too, as he plans his strategy for the coming election. He is tempted to wage a "national unity" election, branding his Liberals as the champions of Confederation against a destructive Conservative/Bloc alliance. But that would risk polarizing Quebecers and creating the very split Ottawa should be anxious to avoid. Even federalists might feel insulted by such a campaign.

Rather, Martin should put himself forward as a principled leader who is doing his best to clean house and rebuild public trust. Martin cancelled the sponsorship program, fired people like Gagliano who were associated with it, and ordered a probe. Martin also can credibly claim to have the best policies on issues Canadians - including Quebecers - care about, such as health care, child care and help for cities.

Any referendum in Quebec is at least two years away, after the next provincial election, and only then if the Charest Liberals are defeated, so a bruising unity debate now would be counterproductive.

Quebec opinion is volatile. Charest will try to leverage it back in his favour and block the PQ from taking office. Ottawa must not hinder him.




Revelations from Gomery have raised the spectre of another referendum

Roy MacGregor
The Globe and Mail Friday, April 29, 2005

QUEBEC CITY - The ghosts are out ahead of schedule.

Usually, Les visites fantômes de Québec, this city's popular "ghost tours," shut down for the winter and don't start up again until May. Yet all this past week there have been pale faces, period costumes, swinging lanterns and blood-curdling screams filling the streets of the old city as young English-speaking students from the rest of Canada spend their evenings reliving the horrors of the distant past.

Soon, it might be said, their parents will be reliving the scares of the not-so-distant Quebec past.

No screaming, perhaps, but certainly some ghosts to revisit, including Nov. 15, 1976, the 1980 referendum and the 1995 referendum -- with the next one very likely lying in wait just around the next corner.

While the kids run and screech about the streets in the evening, those who are old enough to vote, walk and talk by day. All of them, it seems, focus on the same four topics: the terrible weather, the possibilities of an early federal election, the ongoing Gomery inquiry in Montreal and the number 54.

That's 54, as in 54 per cent of Quebeckers who told pollsters they would vote for separation if that third referendum were held today.

"Confederation," one man says, "is a dead-end street. And what do you do when you drive into a dead end? You get out."

"I don't want to have a fight with the English," adds another man. "I just want to have my own home."

It is what Michel Guimond, the party whip for the Bloc Québécois, hears as he travels about this week, far from Ottawa. His massive riding, Montmorency-Charlevoix-Haute-Côte-Nord, runs from Quebec City far up the North Shore and is filled, he says, with people who have no interest at all in waiting for Mr. Justice John Gomery's report on the sponsorship scandal before they get their boots into the Liberals.

"I should be modest here," Guimond says as he takes a short break back at his home, "but I have the reputation of being a good 'ground walker.' I probably attend eight to 10 activities a weekend around the riding.

"This week I am busy every day with events. Every day. And I am telling you, it is a very, very small minority who accept Mr. Martin's call for a delay until Gomery has reported. The people I have been talking to say, 'We hope you will kick them out. Don't wait. Right now. This week!' I'd say maybe 10 per cent are saying, 'Wait' -- 90 per cent want an election now. The people are very upset."

Upset now, Guimond says, and perhaps even more upset if the Prime Minister has his way and Canadians go to the polls in January.

"This is Quebec," he says. "Snowstorms. Roads. Usually it's -20 or -30 in my riding."

The Gomery inquiry has been Guimond's main file. And he says Paul Martin is simply wrong when he claims to have acted decisively in calling the inquiry once he learned that there was the possibility of scandal.

"From May, 2000, to the end of 2003," says the party whip, "the Bloc asked 454 questions in the House on the sponsorship program. We called 26 times for him to set up the inquiry."

But no matter how it came about, Guimond says the entire idea of an inquiry has had "a boomerang effect" on Liberal fortunes. It allowed Martin to win last June's election, but in the next one it will be the ruin of the party, and perhaps even the country.

"There is a direct link," Guimond says, between the revelations coming out of the inquiry and the 54 per cent in favour of sovereignty.

"The purpose of the program was to get it into our heads that Canada was good for Quebec," he says. "People here heard the former prime minister [Jean Chrétien] say that maybe a couple of million were stolen, but it was for a good cause."

The sponsorship program is now part of the Bloc cause to the point where Guimond says he regularly encounters lifelong Liberals who have torn up their party cards and want to join the Bloc.

He is, however, somewhat cautious in looking too far ahead. In the days following the failure of the Meech Lake accord in 1990, support for sovereignty soared to 61 per cent, only to drop back to not quite enough by the 1995 referendum.

"There's no referendum in the short term," he says.

"So, we will have to see. It will all depend on the momentum of the moment."

There are, Guimond knows, two elections to get through first, one federal, one provincial, and only then will it be known whether that third referendum is a certainty.

Until that moment, says the Bloc whip, "We begin every day with the score at 0-0. We must work hard to have credibility.

"It is not something you go to the supermarket to buy."

If only it were that simple, there would be no inquiry.

And all the ghosts would be from centuries past.

rmacgregor@globeandmail.ca




Citons Hubert Aquin

Daniel McGown
Le Devoir jeudi 28 avril 2005

Lettres: Bromont, avril 2005 - À voir la réaction des gazettes hors Québec face à la nouvelle menace séparatiste, l'occasion est belle de citer cet extrait de La Fatigue culturelle du Canada français d'Hubert Aquin: «[...] Il faut reconnaître que le Canada anglais est venu bien près de maîtriser définitivement la situation, et il n'est pas dit qu'il n'aura pas raison finalement de notre fatigue culturelle, qui est très grande.

Chaque poussée nationaliste le prend au dépourvu car il croyait, de bonne foi, avoir réglé le problème; puis, après un temps d'hésitation, d'inquiétude, il se reprend et considère que, après tout, l'éclatement "nationaliste" du minoritaire était fondé et qu'il faut payer une fois de plus la rançon de l'harmonie en lui faisant une concession de plus. Ou bien [...] il se rassure en disant que le nationalisme se compare à la fièvre jaune dont les crises reviennent périodiquement selon un cycle.»




Deux conditions pour un pays uni

Michel Gaudette, Historien
Le Devoir jeudi 28 avril 2005

Lettres: Trois-Rivières, avril 2005 - En tant qu'historien, je crois que nous n'avons même plus besoin des politiciens, fédéralistes ou souverainistes, pour nous convaincre que le Québec et le Canada ont deux destins différents. L'histoire se charge bien de nous le démontrer.

Pour que le Canada soit gouvernable, ce pays doit remplir deux conditions : premièrement, que le Parti libéral soit au pouvoir; deuxièmement, que son leader soit originaire du Québec. Donc, pour que le Canada soit gouvernable et en mesure de contrer les visées souverainistes du Québec, il faut que le Parti libéral se perpétue au pouvoir. Le Canada devient ainsi un pays à dominance de parti unique.

Or l'histoire nous montre que le régime de parti unique mène à la corruption. Le Tiers-Monde est rempli de ces régimes de parti unique qui font des dégâts épouvantables au sein de leur population. Il n'est donc pas étonnant que le parti actuellement au pouvoir (PLC) donne des allures de république bananière à ce pays... Bref, le Canada n'est gouvernable que par un seul parti, et ce parti est corrompu...




Quebec And Canada - Sooner Than We Might Think

Howard Galganov
site de Howard Galganov Friday, April 29, 2005

As I watched the CTV morning television show yesterday (April 28, 2005), the discussion included the upcoming federal election and an interview with Quebec Separatist leader Gilles Duceppe, who makes his money from Canada in the pursuit of killing Canada.

During the interview, CTV's co-anchor made reference to Quebec AND Canada.

Tell me again:

Why are we spending the fortunes of this country on fighting referendums in Quebec, and pro-federalist (scam) Sponsorship programs (also in Quebec) to show the Canadian flag, when our English (Toronto) news media, along with so many politicians already describe Quebec as being separate from Canada?

But it does not stop there.

Paul Martin speaks of Quebec AND Canada. Not Quebec and the rest of Canada. So does Stephen Harper the leader of the Conservative Party.

So why bother spending the money to get a general consensus that Quebec is already separate from Canada, when the Prime Minister and the leader of the Official Opposition say so every time they open their mouths.

Instead of spending BILLIONS of dollars paying off Quebec nationalists to stay within Canada, and prostituting ourselves in the courts in order to give approbation to racist ethnocentric Quebec language laws, the politicians and media would have done far more for national unity simply by keeping their mouths shut.

I listened to Montreal's Tommy Schnurmacher radio call-in show for a few moments on Wednesday (April 27, 2005) as I drove into Montreal, and it was like deja vu all over again.

I don't listen to Montreal Radio, and when I do, I make it a rule not to listen to CJAD whose greatest achievement in Canadian broadcasting was to give Quebec's Separatists a voice on English language radio.

But, because of the latest poll that shows separation in Quebec is headed towards victory, much like a runaway freight train at full throttle is inevitably headed for a crash unless it runs out of fuel, I tuned into to CJAD.

It was absolutely remarkable how nothing has changed in 10 years, since the last Quebec referendum on leaving Canada on October 30, 1995, with several enormous exceptions.

1) There are far fewer "Anglos" living in Quebec today than there was 10 years ago. This means fewer votes against separation. And fewer people to go to the streets to fight for Canadian unity.

2) Those fewer Anglos in Quebec are also 10 years older and tired of the never ending threats of Quebec nationalists.

3) Why should the "Anglos" bother fighting to keep a country together when because of Quebec's separatist language and labor laws they're second class citizen in their own country?

4) Last time around, Canadians cared deeply about keeping Quebec in the Canadian family. This time around, most Canadians are saying let them go.

With all this talk about Quebec AND Canada at all levels, it will sooner rather than later be true. Sort of a self fulfilling prophecy.

My only concern is the timing.

Let's get it done now before we piss away more BILLIONS of dollars and wasted energy.

It's time to de-Confederate.




Unity: Don't be scared, be creative

RICHARD GWYN
Toronto Star Friday, April 29, 2005

We can't bring ourselves to admit it, but Quebec already has all but separated

Although it really sticks in the craw to cite him as an authority, Alphonso Gagliano, the disgraced former Liberal cabinet minister, is probably correct when he says Quebec's separation is now "unstoppable."

In politics, nothing is ever certain. Luck breaks every which way.

But the probability is that Gagliano has blurted out the truth.

The signs are indeed as bleak as they can get. Support for separation has jumped to 54 per cent in some Quebec polls.

Federalism has been deeply smeared and dirtied by the sponsorship scandal.

The next federal government, probably a minority Conservative one as the only available alternative to the smeared and dirtied Liberals, will have no MPs from Quebec, while the pro-separatist Bloc Québécois, headed by the attractive Gilles Duceppe, will win more seats than ever before.

All of this is today's and tomorrow's bad news. The news from the days afterwards will be even worse.

The 2007 election in Quebec is very likely to be won by the pro-separatist Parti Québécois, headed by that same likeable Duceppe in place of the PQ's current leader, the unlikeable Bernard Landry.

Thereafter, a referendum will follow as night does day.

Exhaustion, on both sides, will probably produce a separatist win, at last.

Woe is us, therefore. Canada is doomed. We'll soon all become Americans, or, worse, have to beg them to take us in, which they don't in the least want to do.

Crises do compel everyone to concentrate their minds as they never have before.

Why not start doing this before the crisis breaks, by concentrating on what actually would be happening?

The single most important fact about a vote for separation by Quebecers is, as it always has been, that right afterwards Quebec won't float off into mid-Atlantic. It will stay where it is. So, stay cool.

The next most important fact is that separation is no longer the convulsive political deal that it used to be. The Soviet Union is no more. Czechoslovakia is no more. The old Yugoslavia is no more. East Timor has separated from Indonesia. Iraq may divide up into its Sunni, Shiite and Kurdish, components.

To a considerable degree, we've already divided ourselves up. All the businesses that might leave a separated Quebec have already left.

Anglo-Quebecers have either left or have accommodated themselves to being a minority within another nation.

This silent separation, as it could be called, leads to the third cardinal fact about our circumstances. This is that Quebec is already separate, except that we can't bring ourselves to admit it.

Some legal and symbolic interconnections do remain. But these really aren't that much different from Canada's interconnections with Britain (our Constitution technically remained British until 1982), which survived long after we had become wholly independent, in fact. To Quebecers today, the national government - the one at Ottawa - is essentially irrelevant, except as a kind of banker. In other words, they make almost all their own political choices, with the global economy as influential an outside force in framing these choices as the rest of Canada is.

A last vital fact: The solution long proposed by the separatists is not separation but sovereignty-association. No one knows what that means, including the separatists.

But it may not mean that much of a difference. Quebec today is separate within Canada. Tomorrow, it could be separate within some kind of Canada-Quebec condominium.

This would preserve our sense of being a coast-to-coast community. It would be a pure illusion, of course. But no less of an illusion than our present one that Quebec is a province like the others. And in the famous phrase, most nation-states are "imagined communities."

So get imaginative, rather than scared, or angry.




Michel Hébert parle du livre de Daniel Turp

Michel Hébert
Journal de Québec 30/04/2005

Landry a gagné son pari

Pendant que les libéraux du Québec et d’Ottawa regardent les sondages en se demandant si, un jour, leurs appuis ne seront pas inférieurs aux taux d’intérêt, Bernard Landry file paisiblement vers le congrès national du PQ, certain d’obtenir de ses militants un vote de confiance plus que satisfaisant.

À moins d’un imprévu malencontreux ou d’une bourde monumentale, M. Landry sera aisément couronné, avec au moins 80% d’appuis au congrès qui aura lieu à Québec, durant la première fin de semaine de juin.

M. Landry s’est transformé en véritable marathonien, ces derniers mois, sillonnant le Québec du nord au sud, de l’est à l’ouest. Il a participé à nombre de congrès régionaux, à des cocktails de financement, débarquant parfois à l’improviste à une réunion de militants. Il a fait une tournée des cégeps, parlé devant des Chambres de commerce… Bref, il a pris toute la place.

Lundi, pour son cocktail à lui, au Musée des beaux-arts de Montréal, il y avait au moins 500 personnes. L’ADQ de Mario Dumont avait la moitié moins de monde à son congrès de samedi dernier, à Saint-Georges de Beauce.

Leçon d’endurance

À 68 ans, Bernard Landry a donné une leçon d’endurance à ceux qui prétendaient au trône. Chez les péquistes, on raconte que Pauline Marois a jeté l’éponge. « On ne la voit pas sur le terrain en tout cas », dit-on. Son organisation, dont le noyau s’est formé autour du Groupe de réflexion inc., est restée dans l’ombre.

François Legault a lui aussi mis de côté ses ambitions personnelles. Il a décidé d’attendre, longtemps s’il le faut, une véritable course au leadership. Si jamais Bernard Landry voulait passer le flambeau à Gilles Duceppe, François Legault sera l’un des premiers à exiger un vote en bonne et due forme des membres du PQ.

Retour au calme

Ainsi donc, après un automne turbulent au cours duquel Pauline Marois, Nicole Léger et Jean-Pierre Charbonneau estimaient nécessaire une course à la direction du PQ, le calme est revenu. Il ne reste en fait que le député de l’Assomption, Jean-Claude St-André, pour asticoter « le cheuf ». Il a écrit au moins deux fois à Bernard Landry des lettres exigeant des précisions sur ce que le Parti Québécois fera précisément une fois au pouvoir. M. St-André, de l’aile radicale du PQ, juge qu’il faudra immédiatement faire des gestes de rupture avec le Canada. Pas besoin d’attendre une troisième campagne référendaire pour donner forme au futur pays du Québec, estime M. St-André.

Plan de match

Le plan de match péquiste est cependant connu. Dans son livre Nous, peuple du Québec, Daniel Turp précise comment les choses seront faites une fois le PQ au pouvoir. Il y aura d’abord présentation et adoption de principe par l’Assemblée nationale d’un projet de loi sur une constitution « initiale » du Québec dont le préambule affirme que « le Québec est libre d’assumer son propre destin ». Le premier article du projet de loi précise encore : « Le Québec est un pays souverain et indépendant » dont la langue officielle est le français.

Un second projet de loi, corollaire à celui sur la constitution québécoise, créera une « assemblée constituante » dont le mandat sera de préciser le texte de la « Constitution nationale du Québec ». Cette assemblée sera formée de 400 personnes : les 125 députés de l’Assemblée nationale, les 75 députés du Québec à la Chambre des Communes et 200 personnes élues au suffrage universel.

Toujours selon le scénario élaboré par Daniel Turp de concert avec les autorités du parti, une fois faite l’indépendance, le Parlement québécois sera composé de l’Assemblée nationale comptant 125 députés et d’une Chambre des régions composés de 75 représentants régionaux.

Fini le serment d’allégeance à la reine d’Angleterre. Un député ou un représentant régional prêtera le serment d’être « loyal envers le Québec » et devra exercer ses fonctions dans le respect de la Constitution nationale du Québec. Enfin, on larguera le Ô Canada. C’est la chanson de Gilles Vigneault, Les gens de mon pays, qui deviendra l’hymne national du Québec.

Référendum

Ce n’est qu’une fois la constitution « initiale » adoptée, et jetées les bases du futur Parlement québécois, qu’on tiendra un référendum sur la souveraineté du Québec. Il sera placé sous la surveillance d’observateurs internationaux, histoire de s’assurer que, cette fois-là, le gouvernement fédéral n’abusera pas des droits démocratiques des Québécois à coups de commandites. Si le Oui devait l’emporter, le gouvernement québécois fera une déclaration de souveraineté, adoptera sa constitution et créera, entre autres choses, le « Tribunal suprême du Québec », en remplacement de l’actuel cour fédérale du même nom. Le Québec serait alors dirigé par un président. Si tout va comme prévu par le PQ, Bernard Landry sera le premier élu à ce poste. Bref, les péquistes semblent savoir où aller. Sur papier, tout se tient, mais dans les faits, il ne sera certainement pas facile pour 400 personnes de trouver un consensus constitutionnel. Tout cela dépend évidemment du résultat des prochaines élections que Jean Charest ne tiendra peut-être pas avant 2008. Dans « six éternités », disait-il, cette semaine.