Le juge Robert l'a dit...

Marie-Mance Vallée
TRIBUNE LIBRE 9 mai 2005

Dans l'essentiel le juge Robert a dit :« Les souverainistes ne peuvent accéder à la magistrature». On se croirait dans une république bananière ou encore en Afrique du Sud au temps de l'aparthied. Ou tout simplement dans le Canada que nous connaissons depuis la conquête et particulièrement depuis 1867 et 1982. Rien n'a changé et ne changera. Les fédéraux ont le pouvoir et veulent le garder. Nous n'existons pas.

Le juge Lesage (à la retraite... et nommé par John Charest fédéraliste et libéral notoire pour juger de l'administration péquiste) accroché au mât du drapeau canadiAn, sur un navire en dérive de la Canada Steamship Lines appartenant maintenant aux fils de Paul Martin, actuel premier ministre du Canada, lance un SOS fédéraliste en s'attaquant à la crédibilité de Bernard Landry dans l'affaire de la Gaspésia.

Dans les faits, que nous dit le juge Lesage, haut-parleur fédéraliste? Que veut-il nous faire comprendre? À mon avis, il nous dit qu'il ne peut y avoir de bons administrateurs québécois, surtout des souverainistes. Ni plus, ni moins. Et cela, au lendemain de la présentation d'un budget québécois dans un futur pays indépendant.

Qui croira, qui a envie de croire le juge Lesage... Quelle est sa crédibilité quand on sait que ce juge a été nommé par les libéraux.

Quant à moi, je n'accorde plus aucune crédibilité à la magistrature canadiAn et québécoise. Ils sont tous de la même farine.





Réponse à Monsieur Michel Venne

Cette analyse n'est certes pas le joyau de vos textes

Robert Bertrand
TRIBUNE LIBRE 9 mai 2005

Monsieur Venne,

Ne pourrait-on pas dire également, à chacun son parti-pris ? Un journalisme à la sauvette. Ma réaction vaut ce qu'elle vaut mais j'avais besoin que de vous l'écrire et vous en faire part.

Quelle comparaison faire entre la Gaspésia et le scandale des commandites, l'achat de conscience, les manipulations volontaires, les enveloppes reçues et les enveloppes données à tous les "bénévoles" du parti LIBÉRAL ? C'est "misérabilis"!

De plus, un juge nommé par la suffisance "honorable ou très honorable" d'un Chrétien déchu ! Un même juge à la retraite repris pour la "bonne cause" par Charest le sachant très près du parti LIBÉRAL. Analyser les causes sur lesquelles il a rendu jugement devrait obligatoirement le discréditer aux yeux d'un journaliste intègre. Mais non, vous n'y voyez rien de réprobateur quant à la qualité de ce juge très LIBÉRAL.

Si tout ça n'est pas évident à vos yeux, sachez que les gens ordinaires savent faire la distinction, heureusement encore, malgré toutes les enveloppes qui peuvent être servies, même à des journalistes supposément libres de toute attache, exceptée celle d'une livraison spéciale sous la table.

Trop de journalistes, à nos yeux, sont les complices actuels des malversations libérales. Journalistes, éditorialistes, courriéristes, vous devez contrer les effets pervers des scandales venus de leur Canada. On y voit la paille et on en fait tout un plat. La poutre... elle... elle disparaît sous la "table"!

Les despotes d'un côté avec une mission bien arrêtée d'acheter des Québécois pour les "canadianiser" depuis des années et on compare cela à une situation vécue, si déplorable soit-elle, mais très momentanée et très circonscrite.

On en paie le prix cher pour se faire mentir, se faire tricher, se faire manipuler, se faire voler. Heureux êtes-vous, de n'y rien voir !

Les poubelles de notre Histoire du Québec seront bien garnies !

L'ancienne Union soviétique n'a d'égal que ce que les Chrétien et Cie de ce monde nous ont fait subir. Vous ne faites pas la différence entre les actions d'un côté et celles de l'autre ?

Vous nous faites "pitié" dans l'ensemble de cette analyse qui n'est certes pas le joyau de vos textes.




Les dix commandements des libéraux

Claude Dulac
TRIBUNE LIBRE 9 mai 2005

En élection mes amis, il est temps de se conformer aux commandements sacrés des libéraux. Comment ça, vous ne les connaissez pas par coeur ? Je vous offre une petite révision.

Les dix commandements des libéraux

-- Je crois qu’il faut s’en mettre plein les poches, mon dieu.

-- Pour l’élection des milliers de votes tu achèteras.

-- Tu ne limiteras pas à tort tes manœuvre douteuses.

-- Tu respecteras le septième jour, comme un jour de propagande sacré car l'économie et la croissance de ton portefeuille en dépendent.

-- Des conditions de travail dans les pays pauvres tu ne te soucieras point; après tout il faut mater les syndicats, et l'argent des élections viennent des patrons.

-- Le pays tu assassineras sans remords avec tes pollutions et tes déchets à la condition que les pollueurs aient contribué à la caisse du parti libéral.

-- Tu ne seras pas infidèle à ton chef préféré Paul, le disciple de Jean.

-- Le vote des pauvres tu achèteras en les faisant voter libéral avec l’argent des riches, des commandites.

-- Tu ne critiqueras pas le bon patronage libéral.

-- Tu convoiteras tous les votes vantés par la publicité de BCP.

Dix règles simples et claires qu’un libéral ne peut pas transgresser...

Tu n'auras pas d'autres partis devant ma face.

Tu ne te feras pas d'idoles séparatistes et tu ne les serviras pas.

Tu ne prononceras pas le nom de Paul Martin ton chef libéral en vain.

Souviens-toi du jour du repos, pour passer des télégraphes et sanctifier le PLC.

Honore ton chef Paul et sa muse Lisa, son martyr Jean Chrétien.

Tu ne déposera pas de sommes volées en fiducie.

Tu commettras l'adultère avec Layton.

Tu voleras en mémoire de Jean.

Tu mentiras contre ton prochain séparatiste et conservateur.

Tu convoiteras le pays de ton prochain, et toute chose qui est à ton prochain.

La devise du Parti libéral du Canada

Récolter le plus d’argent des riches pour acheter le vote des pauvres.




VOTE ETHNIQUE

Fernando Moreno
TRIBUNE LIBRE 9 mai 2005

À la veille du référendum de 1995, « il y a eu accélération du processus menant à la citoyenneté de milliers d’immigrants au Québec », admet l’ancien directeur du parti libéral du Canada Benoît Corbeil qui fait entendre que « ce n’était pas difficile : plusieurs commissaires étaient liés au parti. »

Forts de ces allégations, ne devrions-nous pas envisager la tenue d’une enquête auprès de ces joyeux commissaires pressés d’accorder aux immigrants le droit de s’opposer à l’Indépendance du Québec?

Nous pourrions, dans un même souffle, nous intéresser sur les motivations de ces impartiaux à accepter ou à refuser les demandes d’immigration qui leur sont soumises.

Se pourrait-il que les immigrants fassent les frais de leur délire partisan ? Que ceux qui sont potentiellement francisables rencontrent plus d’obstacles que les autres ?

Pure fiction...

Les libéraux ne sont pas tordus.
Ils sont fédéralistes.




DÉPENDANCE

Fernando Moreno
TRIBUNE LIBRE 9 mai 2005

Mais pourquoi les Canadiens tiennent-ils autant aux Québécois ?

Sont-ils à ce point dépendants qu’ils nous refusent l’idée même de notre indépendance ?

Vont-ils s’entêter à nous aimer de la sorte encore longtemps ?

Ce n’est pas parce qu’on coupe les ponts que l’eau cesse de couler.

Nous laisseront-ils en paix un jour ?

GET A LIFE !




Tendance au tendancieux
Un mot à Serge Truffaut (Devoir)

Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 9 mai 2005

Att. : M. Serge Truffaut, éditorialiste au Devoir
Re : Pour un oui, pour un non

Dans votre exercice européanisant du 5 courant, M. Truffaut, vous terminez votre réflexion sur l'alinéa suivant, et je cite:

«Cela étant, contrairement à ce qu'affirment certains adversaires de cette constitution, une victoire de ces derniers ne se traduira pas par une refonte de celle-ci. En clair, si on est en faveur de l'Europe, on vote oui; si c'est non... le repli sur soi aura gagné!»

Or,

1) En vertu de quelles références ou autorité - et ma foi, plutôt péremptoire dans sa forme verbale - estimez-vous qu'un NON français au référendum de la fin du mois, portant sur la nouvelle Constitution de l'Europe, ne donnera pas sur une révision du lourd et complexe document proposé aux électeurs - que l'immense majorité d'entre n'auront d'ailleurs jamais lu avant de se prononcer à son sujet (ce qui au reste n'est pas sans rappeler de triste mémoire* l'indigeste concoction de la défunte Entente Bourassa-Mulroney de Charlottetown, en 1992)? Quelle est donc l'alternative au OUI pour l'ensemble du peuple français? Vivre en apnée pour partie dans la Garonne, pour partie dans la Loire et pour partie enfin dans le Rhône, sinon - les tractations se poursuivent intensément, m'apprend-t-on en dernière heure - dans les jolis serpentins de la Meuse où l'on pourra rêvasser à Jeanne de Domrémy à volonté, et ce pour les vingt ou trente prochaines années??? M. Truffaut, soyons sérieux. Mieux: rigoureux. Ça ne passe pas...? Alors Strasbourg, Brussels (comme disent les fiers Franciens d'Europe) et... Paris retourneront à leur table de travail. Voilà tout. La terre continuera à tourner, la lune à la séduire, la Seine à couler et les Français à fumer et à gueuler. La vie, quoi.

2) Le second segment de ce court paragraphe nous achemine vers une conclusion - je salue la cohérence - au moins aussi cassante que le propos qui la précède: OUI = Europe / NON = Repli (ça vous sonne kek chose, les Québécois?). Or si un NON signifiait que l'on peut faire mieux, M. Truffaut? Et si le OUI incarnait plutôt une véritable déresponsabilité citoyenne («Bof! advienne que pourra») vis-à-vis d'une Europe demain peut-être désenchantante - et notamment parce que concoctée en vases clos entre scribes à mille lieues du pêcheur de Quimper et du paysan du Périgord...? Mon NON est europhile, dira d'ailleurs explicitement l'ancien premier ministre socialiste, Laurent Fabius. Bref, si le NON signifiait tout sagement que l'on ne va pas devant soi, tout bêtement, à l'aveugle, avec entre les dents un billet de métro refilé par quelque docteur Petiot...

Cette hachure qui se dégage de votre interprétation du sens du vote, M. Truffaut, n'est pas sans rappeler en effet - eh oui! - le sempiternel litige Québec/Canada. On conviendra toutefois qu'il se révèle singulièrement étonnant de retrouver dans «mon» Devoir un ton, des manières - et des sophismes - qui nous rebranchent illico sur les discours, tantôt de 1980, tantôt de 1995, des André Ouellet, des Claude Ryan, des Jean Charest et des Jean Chrétien de ce splendide et vertueux Canada.

* Lire ou relire le diptyque Le Tricheur / Le Naufrageur de Jean-François Lisée (Boréal, 1994), qui incidemment nous entraîne bientôt - je dirais: par la force de l'Histoire - vers sa Sortie de secours (Boréal, 2000) (aux ceuzes qui n'ont pas le temps, mais en signalant tout de même au passage que l'original demeure en toute chose de loin préférable, je suggère bien immodestement le raccourci suivant: http://www.vigile.net/00-5/jlg-lisee.html).




Mon N O N est québécois !

Jean-Louis ARCHAMBAULT, PARIS.
TRIBUNE LIBRE 9 mai 2005

Un événement singulier va se produire en France le 29 mai prochain. Les électeurs vont devoir répondre par OUI, ou par NON, à la ratification d’un document de 191 pages(version française), qu’au moins 99% d’entre eux n’auront pas lu dans son intégralité.

Les Français sont donc invités à donner un blanc-seing à un traité-roman, que personne n’est censé comprendre, mais qui engagera leur avenir pour très longtemps. A prendre ou à laisser…

A quel démarcheur, nous présentant un contrat aussi dense, technique et contraignant, rempli d’alinéas et sous-entendus, accepterait-on de donner sa signature ?

Une façon bien étrange, en réalité, de pratiquer la démocratie dans un pays dont les manières s’apparentent déjà à celles d’une monarchie républicaine et où les députés-godillots, rangés comme un seul homme derrière l’exécutif, ne finissent par susciter au mieux qu’indifférence de la part de leurs électeurs.

C’est dans ce contexte qu’une constitution européenne nous est proposée, qui viendrait se superposer dans un premier temps à la nôtre et donner corps aux objectifs d’organes non élus aux pouvoirs déjà exorbitants : Commission et Banque Centrale Européenne. Subordonner le politique, le culturel et le social aux règles d’une économie ultra- libérale: voilà l’obsession du traité, dans lequel reviennent, un nombre incalculable de fois, les mots « marché », et « concurrence ». Les passages consacrés à l’Europe sociale n’étant que déclarations d’intention, professions de foi et saupoudrages qui resteront nécessairement sans lendemain. Rien, en tout cas, qui puisse empêcher les conseils d’administration des firmes transnationales de décider sans contrôle du sort d’un nombre croissant de citoyens de l’hexagone. Rien qui soit susceptible de freiner l’accélération des délocalisations, pratiquées par d’aucuns comme l’étaient les saignées des médecins, autrefois censées guérir le malade.

Dans la ligne de mire : destruction du code du travail, traque des services publics, précarité grandissante, remise en cause d’acquis sociaux fondamentaux arrachés par des décennies de lutte.

Le capitalisme d’Etat étant mort depuis longtemps, les nouvelles règles de concurrence enlèveront à l’Etat français les derniers leviers économiques qu’il possédait. Le parlement, dont la constitution actuelle réduit déjà considérablement les pouvoirs, se verra rétrécir aux dimensions d’une assemblée consultative. Et ce n’est certes pas dans le parlement européen, dût-il disposer de pouvoirs accrus, que se reconnaîtront les Français : assemblée pléthorique où les clivages nationaux traditionnels ont disparu, et dont le fonctionnement complexe échappera pour l’essentiel aux citoyens.

Les centres de décision s’éloignant encore, et leurs mécanismes devenant de plus en plus opaques, le cynisme pour la classe politique, déjà inquiétant à maints égards, risque de prendre des proportions insoupçonnées.

En réduisant le mot « nationalisme » à son acception guerrière de la première moitié du vingtième siècle, les technocrates de Bruxelles et ténors du OUI font bien peu de cas des vertus des nations. Celles qui, réunies, ont fait le génie de l’Europe, et assuré son rayonnement dans le monde entier.

Ils occultent un débat fondamental, celui de la personnalité des peuples qui composent les différentes nations européennes, attachés à leurs traditions, leur culture, leur langue, la longue histoire d’émancipation de leurs pays respectifs. Imprégnés souvent par leur religion, dont les conflits avec le pouvoir séculier, différents d’un pays à l’autre, ont conduit aujourd’hui à un équilibre dans la quasi-totalité des Etats de l’union. Vouloir dépouiller les démocraties actuelles de prérogatives essentielles, pour le bien supposé de leurs citoyens, et fondre les peuples européens dans un moule unique n’a pas de sens, et n’est pas souhaitable.

Le lecteur patient et attentif du traité ne manquera pas de sursauter en découvrant quelques articles phares, comme celui-ci : « la Constitution et le droit adopté par les institutions de l’union, dans l’exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, priment le droit des états membres. » (article I-6). Voilà qui annonce, inévitablement, des procès interminables et mortifères intentés à l’Etat français par les communautés les plus diverses, qui voudront contourner la loi française et faire valoir leurs droits. A la rescousse, une escouade d’avocats internationaux de renom, au service de grands groupes d’intérêts, mettra rapidement à mal les fondements mêmes de la République française, et rendra caduques ses lois.

Cela peut être vrai pour des communautés religieuses, puisque, selon la charte des droits fondamentaux du traité, « toute personne a la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. » Faudra-t-il revenir cent ans en arrière, et recommencer la lutte pour la séparation des Eglises et des Etats, qui a conduit notre société à tant de déchirements ? Mais cela peut s’appliquer aussi à ce qui est le ciment même de notre nation, et que les Français ont tort de considérer comme indestructible : notre langue. La directive Bolkenstein sur la libéralisation des services a récemment polarisé toutes les attentions. Mais, inévitablement, et au train où vont les choses, la Commission créera également des références communes entre les pays membres, pour ce qui est de « la liberté » pour les entreprises de choisir une langue nationale dans la sphère du travail. Point besoin d’être devin pour savoir, alors, quelle langue sera choisie… Et il ne faudra pas beaucoup de temps, non plus, pour rendre inapplicable l’article de notre constitution : « la langue de la République est le français. »

Certes, vous trouverez aussi dans le traité ( cela ne mange pas de pain ! ) quelques mots affirmant le respect de la diversité culturelle. En réalité, la primauté du droit européen sur le droit des Etats ira sans cesse en s’affirmant davantage. Et, par une formidable régression, nous devrons nous battre, à l’intérieur du carcan fédéral, pour préserver l’essentiel, et ce qui fait notre essence même : l’égalité de notre culture et de notre langue, le droit, par exemple, de parler notre langue maternelle dans notre pays, sur notre lieu de travail.

Qui se préoccupe aujourd’hui en France et en Europe des luttes de la province du Québec, à l’épreuve de l’étau fédéral canadien ? Beaucoup d’entre nous ignorent, en fait, que « la belle province », avec 82% de francophones et plus de 90% de citoyens maîtrisant la langue française, est culturellement aussi homogène que la moyenne des Etats européens. Et pourtant, la cour suprême du Canada et le pouvoir canadien anglophone n’ont de cesse de vouloir dicter au Québec ses lois linguistiques, par des procès récurrents contre la charte de la langue française, érodée sans cesse davantage depuis 25 ans par des jugements successifs.

Est-ce vers cela que tend l’Europe de Bruxelles, avec ses pluies de directives passées en catimini, qui ne font l’actualité qu’à la veille d’un référendum, et ses procès pour déviance intentés aux Etats ?

La paix ! Certes l’Europe nous a, dans son souci du dialogue et du rapprochement entre les nations, évité fort heureusement les grands conflits militaires qui l’ont conduite au suicide au siècle dernier. Mais comment accepter qu’une confédération de plus de 450 millions d’habitants ne soit pas capable d’assurer seule sa défense ? Le texte sur la politique de sécurité et de défense commune de l’Union (PESC) indique qu’elle « est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée » dans le cadre de l’OTAN. Ce qui veut donc évidemment dire que la défense européenne restera ( ad vitam ? ) sous la tutelle de Washington.

Ainsi, les pressions répétées de l’administration américaine sur les autorités européennes, poussant à l’adhésion de la Turquie à l’Union, ont-elles toutes les chances de recevoir à l’avenir un écho favorable. La Turquie constituant, comme chacun sait, un avant-poste de l’Otan et du dispositif états-unien au service de la politique militariste menée au Moyen Orient.

L’Europe sera-t-elle précipitée dans des conflits qu’elle n’aura pas voulus ? Quant au futur ministre des affaires étrangères de l’Union, représentant 25 ou 27 nations, n’est-il pas d’ores et déjà condamné à manifester son impuissance et son ridicule ? Pensons à la multiplicité des positions européennes lors du déclenchement de la guerre contre l’Irak. Et a-t-on au moins pris en considération les risques accrus d’attentats terroristes majeurs sur le sol européen ?

Mais l’hypocrisie des dirigeants européens n’est pas, loin s’en faut, circonscrite aux proclamations sur une nécessaire défense indépendante pour l’Europe, allant de pair avec la banalisation de la présence américaine sur le vieux continent. D’une manière particulièrement choquante, le silence est de mise sur la liste déjà longue des pratiques et initiatives contrevenant à la notion même d’égalité des cultures, et qui risquent, à terme, d’enlever toute légitimité démocratique à l’Union.

Il ne suffit pas, en effet, que la majeure partie des congrès scientifiques d’importance, même s’ils ont lieu en France, se déroulent en anglais, ni que les chercheurs écrivent ou fassent traduire leurs publications dans cette même langue. Que les lois sur l’affichage et l’usage du français dans les entreprises soit bafouées.

De plus en plus, les directives de l’Union sont envoyées en anglais uniquement, et les appels d’offres rédigés dans cette seule langue. Dans plusieurs universités d’Europe du Nord, ( hors Royaume Uni ), l’enseignement de certaines disciplines ( économie, gestion, informatique notamment ) est donné directement en anglais, aux dépens des langues « indigènes ». A Bruxelles, les réunions entre fonctionnaires et autres séminaires de formation se font le plus souvent en une seule langue: l’anglais, utilisé au-delà de toute nécessité. Nombre de fonctionnaires sont d’ailleurs recrutés à la condition expresse d’être de langue maternelle anglaise. Gage de compétence ou discrimination ?

La traduction en français des étiquettes, modes d’emploi, notices de composition de tous produits circulant dans le commerce, y compris les produits alimentaires et pharmaceutiques, devrait être remplacée par une version unilingue anglais, ou un petit dessin, pour les non-anglophones… et autres analphabètes !

Le plus sérieusement du monde, un groupe de conservateurs britanniques a récemment proposé qu’une seule langue de travail soit maintenue dans l’Union : la leur. Motif invoqué : une économie de près de deux euros par an pour chaque citoyen de l’Union. L’âme des peuples ne pèse pas très lourd !

Toutes ces propositions, provisoirement rejetées ou amendées, reviendront inévitablement sur le tapis, et n’ont aucun caractère anecdotique. Elles traduisent une arrogance et un mépris croissants pour tout ce qui ne relève pas de la culture des nouveaux maîtres économiques du monde. Et il va de soi que, derrière un utilitarisme affligeant, le choix de l’anglais comme langue dominante procure des avantages massifs, d’ordre politique et économique, aux citoyens de l’UE dont il est langue maternelle.

Aucune donnée démographique ne justifie pourtant pareille hégémonie. Il peut être utile de rappeler que l’anglais, avec 65 millions de locuteurs ( Royaume Uni et Irlande confondus) n’est que la quatrième langue maternelle parlée sur le continent européen, et la troisième langue de l’Union, derrière le russe (120 millions), l’allemand ( 95 ), et le français (67).

Il n’y aurait donc rien de fatal à cette course folle vers l’unilinguisme, si les dirigeants des grands Etats de l’Europe continentale, par un laxisme ou une myopie consternantes, ne favorisaient cette évolution vers une hiérarchie de facto des cultures. S’ils ne passaient pas sous silence cette dérive étrangère aux principes de diversité dont ils se gargarisent. S’ils encourageaient l’utilisation des langues de travail officielles autres que l’anglais dans les instances européennes, comme il est prévu par les traités. Ou informaient simplement les populations des différents pays de l’Union de leur droit élémentaire à promouvoir et à défendre leur langue.

Au lieu de cela, nos dirigeants « s’autocongratulent », toutes dents dehors, et se pavanent sous l’œil des caméras en multipliant les commémorations à la gloire de nos cultures réconciliées. Pour ce type de cérémonie, la France et l’Allemagne se placent au premier rang… pendant que, de chaque côté du Rhin, Français et Allemands communiquent de plus en plus en anglais…

Pour Adenauer et De Gaulle, quel pitoyable héritage !

Tournez la tête à droite et à gauche, et voyez-les donc, nos politiques les plus en vue… juchés fièrement sur le cheval de Troie anglo-américain et brandissant, benoîtement, l’étendard d’un nationalisme qui n’est pas le leur !

L’Europe va dans la mauvaise direction, on le voit bien. D’abord parce que la culture est restée en marge de sa construction, axée sur le développement d’une union économique et monétaire.

Et qu’une prise de conscience reste à faire : car derrière l’éloge des différences et les incantations sur l’exception et la diversité culturelles, se profile un monde triste et uniformisé, racorni, ratatiné, d’où tout exotisme aura disparu : « macdonalisation » accélérée des paysages et des esprits.

Le traité constitutionnel, s’il est ratifié, ne fera qu’avaliser ce processus, plongeant le citoyen dans la liberté illusoire de proposer, protester, pétitionner…. Un seul nationalisme aurait encore droit de cité : celui des Américains, dont il est interdit de rire, lorsqu’ils accrochent un drapeau à bannière étoilée sur leurs voitures, l’autre des Anglais, dont les tabloïds xénophobes se déchaînent régulièrement contre les représentants des Etats continentaux ou diverses communautés, sans qu’aucun de leurs rédacteurs ne soit jamais inquiété par les tribunaux.

Pourquoi attendre, dans ces conditions, que les Anglais disent NON à notre place ? !…. A moins de supposer que, après avoir été exonérés des accords sur l’espace Schengen, de dispositions sur la législation du travail dans l’Union, de la monnaie unique, etc…, ils ne le soient aussi du futur traité constitutionnel, que seuls les Etats du continent auraient accepté.

Dire NON, ce n’est pas voter pour un quelconque repli, comme le prétendent les tenants du camp du OUI, volontiers donneurs de leçons. C’est donner un coup d’arrêt à une Europe qui s’égare sur des chemins qui n’ont rien à voir avec ceux de ses Pères fondateurs. Les idéologues du OUI auraient-ils perdu tout idéalisme ?

Ils doivent bien comprendre, en tout cas, qu’ils n’ont pas le monopole de l’amour pour l’Europe, et qu’il est permis d’imaginer une autre Europe que la leur.

Il existe un cadre juridique, le traité de Nice, valable jusqu’en 2009, qui laisse aux Européens le temps de remettre les choses à plat, en toute sérénité, et de redonner des points de repère à des citoyens désabusés.

L’Etat-nation, ou ce qu’il en reste, tellement décrié par les tenants d’un modernisme en trompe-l’œil, n’est pas l’ennemi, mais le dernier rempart contre l’implosion de nos sociétés.

Il redevient une idée moderne, n’en déplaise à certains, dans le laminoir de la mondialisation actuelle. Alors qu’on voudrait nous en priver, il est le but suprême vers lequel aspirent des peuples tout entiers. Le meilleur exemple nous en est donné par le Québec, qui étouffe dans son statut de province. Si un référendum avait eu lieu là-bas fin avril, 54% des électeurs auraient voté OUI…à l’indépendance.

Déstructurer inconsidérément l’Etat-nation, c’est promouvoir une régionalisation qui remettra peu à peu en cause les frontières qui ont assuré la paix à l’Europe depuis le dernier conflit mondial. Et c’est prendre par là-même le risque de voir les pires nationalismes ressurgir. C’est donner un rôle de premier plan aux communautés, dont les intérêts égoïstes occuperont sans cesse le devant de l’actualité. Promouvoir un individualisme à courte vue. Favoriser l’action de grandes sociétés capitalistes prédatrices. Laisser le champ libre aux groupes multimédias géants qui font main basse sur l’imaginaire. Quelques exemples sont édifiants : AOL-Time Warner, numéro un mondial, est à lui seul propriétaire de 20000 films et 32000 séries télévisées. Sony et Universal contrôlent la moitié du marché mondial de la musique…

A moins de souhaiter pour l’Europe, nécrose fatale, une disparition de pans entiers de sa culture, ou d’ignorer la tragique et glorieuse histoire du continent, une confédération d’Etats-nations est la seule voie qui permette raisonnablement d’avancer. Une tâche immense attend encore ces Etats, qui devront toujours se rapprocher davantage, harmoniser leurs législations dans les domaines les plus divers, coopérer pour la paix et assurer ensemble leur prospérité économique. Mais qui devront, aussi, conserver un pouvoir de décision dans le domaine économique et social, sous peine de sombrer dans le discrédit, et d’assister, impuissants, à des convulsions d’une ampleur inédite. Veiller à ce que les cultures et langues dites minoritaires ne disparaissent pas, tout simplement. Comme le patois de nos villages, après des siècles d’existence, s’est éteint en deux générations.

Pour cela, il est indispensable qu’une politique linguistique responsable soit fondée sur le principe d’égalité des citoyens, et par conséquent d’égalité de leurs langues et cultures respectives, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, et le sera encore moins demain si le traité constitutionnel est adopté.

Votons NON pour aider les peuples d’Europe et d’abord les « petites nations » à rester ce qu’elles sont, car nous les aimons. En adressant aussi un message au peuple du Québec, ardent défenseur de la diversité culturelle, pour que, jamais, il ne se laisse minoriser ni folkloriser.

Et sans écouter les mystificateurs et autres Cassandre qui veulent nous intimider ou nous culpabiliser.

Après le NON, l’Europe vivra !




LA BASSE-COUR

Fernando Moreno
TRIBUNE LIBRE 11 mai 2005

Pour ralentir la chute de son gouvernement, qui n’en finit plus de tomber dans l’estime des uns et des autres, Paul Martin se prête à toutes les bassesses :

Des manœuvres pour bâillonner les partis de l’opposition ;
des promesses, conditionnelles à sa réélection,
de l’ordre de millions de dollars,
lancées à gauche et à droite pareilles à des confettis ;
une alliance avec le NPD et les modifications au budget qu’elle lui vaut.

Paul Martin fait sa cour, même au Québec, même sans amour.

Malgré le vote en faveur d’une motion recommandant sa démission, Paul Martin s’accroche.

Les partielles à venir pourraient ajouter une voix au chapitre.
Des élections estivales ne recueilleraient qu’un faible taux de participation.

Encore un pas, un petit pas…
On frappe un mur.

Les révélations de la commission Gomery !
Nions, nous serons innocentés !

Encore un pas…

Paul Martin n’a plus l’autorité morale pour gouverner mais, l’a-t-il déjà eue ?

On rase les murs.

Les abris fiscaux du premier ministre !

Un pas de trop !

Le voilà acculé au mur.

Les murs ont des oreilles.
Ils écoutent le chant de ce coq de clocher
mais il semble bien que ce soit celui du cygne qu’ils entendent…




COÛTE QUE COÛTE

Fernando Moreno
TRIBUNE LIBRE 11 mai 2005

Eh oui, une commission d’enquête coûte cher.

Mais, s’il n’y avait pas eu de scandale, il n’y aurait pas eu d’enquête.

Il nous faut coûte que coûte aller au fond de cette rocambolesque histoire de l’Histoire libérale.

Quoi qu’il en coûte.

Pas question de lésiner bien que le civisme, impose à celui qui a les poches pleines de l’argent des autres d’acquitter les factures salées de ses incartades.

71 millions pour la commission Gomery,
250 millions en commandites,
quelle traite on se paierait !




La France et la Francophonie sont en danger

Forum francophone international
TRIBUNE LIBRE 11 mai 2005

Québécoises, Québécois,

Nos amis de France demandent notre aide

Le 29 mai prochain, la France votera, à un référendum, en vue d’approuver ou de rejeter l’adoption du projet de constitution de l'Union européenne.

Un texte de loi de près de 500 pages - Nous savons tous la complexité que peuvent prendre les textes de lois. Combien de citoyens français sont-ils en mesure d’évaluer les dispositions de ce texte de loi? Très peu. Peu sont en mesure de comprendre celui-ci et encore moins, parmi ces personnes, d’en mesurer les conséquences.

Les citoyens français reçoivent une publicité rassurante : « N’ayez pas peur » disait le président Chirac à la télé dans un débat avec des citoyens inquiets et sceptiques.

Le projet en question va en effet très loin. Très loin au-delà de la simple union économique de libre-échange, cela à l’heure où partout on découvre que la globalisation des marchés est particulièrement menaçante pour la protection de l’environnement ainsi que pour la protection de la diversité culturelle.

Dans ce projet, la nation française deviendrait, comme la nation québécoise, asservie à un parlement SUPRA-national et à un gouvernement SUPRA-national qui pourraient n’avoir cure des intérêts communs nationaux des Français (et encore moins de ceux de la francophonie toute entière).

En quoi cette constitution est-elle si menaçante? - Par la concentration de plusieurs pouvoirs au sein de ce parlement et de ce gouvernement SUPRA-national. Parmi ces pouvoirs on retrouve, entres autres:

- les relations internationales (y compris les relations Québec-France);

- la nomination des juges, qui jugeront de la répartition des pouvoirs, par le gouvernement européen;

- la sécurité de l’État français subordonnée à la volonté de l’État SUPRA-national ;

- le pouvoir de dépenser servant à orienter la recherche universitaire selon les fins idéologiques déterminées par les fonctionnaires de l’État SUPRA-national.

Il s'agit donc, ni plus ni moins, que de la vassalisation de l’État français, un pays privé de son pouvoir souverain.

S'ils votent «oui», les Français obnubilés par une propagande intense risquent de troquer la souveraineté de leur pays pour un voyage utopique dont ils ne connaissent pas la destination.

Nous vous invitons à vous informer sur les effets pervers de cette constitution, qui auraient des répercussions sur le Québec, et surtout de réagir.




La vertu qui tue
Les turpitudes d’un pays en fin de… mandat

Jean Dunois
TRIBUNE LIBRE 11 mai 2005

Lettre à Pascal Lang - Re : Le déshonneur du Québec. Lettre ouverte de Pascal Lang à Francine Allard, Devoir du 4 mai 2005 (http://www.ledevoir.com/2005/05/04/80936.html?304) (pascal.lang@osd.ULaval.ca / http://www.fsa.ulaval.ca/html/pascallang.html)

Votre malhonnêteté intellectuelle dans ce texte portant sur l'écrivaine Francine Allard me fait littéralement tomber de ma chaise, M. Pascal Lang.

Un bleu de plus…
Une couleur qui a décidément son prix au Québec.

Car… hélas ! ce n'est pas nouveau. C'est même typique – chez les Canadiens qui s'opposent avec véhémence à l'Indépendance du Québec – comme manière de discréditer les tenants d'un projet politique qui ne leur plaît pas.

Discréditer le « messager »

Il existe une panoplie de « techniques salisseuses » du messager. Mais au préalable : pourquoi le messager ? Eh bien parce que le contenu, le message dont il est d’abord ici question, lui, n’est pas friable ou réellement réfutable. Ou enfin, très rarement. Et le cas échéant, si peu. Et encore! sur des modalités...

Entre nous, il est plus aisé de débusquer des motifs qui justifieraient l'arrêt de la consommation de la tarte aux pommes biologiques (de Saint-Hilaire, ben sûr) que d'opposer des raisons solides et articulées à l'évolution « naturelle » d’un peuple vers sa libération nationale.

Quel est en l’occurrence, parmi cette panoplie (le sophisme, la demi-vérité, l'omission, la fausse indignation, la restriction mentale, la démagogie, l’argument d’autorité, le jésuitisme, la dérision, le sarcasme et la raillerie, l’arrogance, la suffisance, le dénigrement, le détournement de sens, l'élision, la présomption, l’allusion, la contorsion mentale, la déviation, la confusion [finement distillée et entretenue], la rumeur, le grossissement et l'exagération sinon la fabulation, voire le mensonge [invérifiable de préférence, du moins sur l'instant],* la digression ainsi que les diversions de toutes natures, pour ne nommer ici que les plus connus) l'instrument de torture aujourd’hui retenu par l’homme de main Pascal Lang ?

Pour ma part, j’identifie (en priorité mais non exclusivement) le procès d'intention soutenu par cette forme de confusion délibérée nommée amalgame.

Le choix des armes

Ainsi, si je présume au nom de mes propres préjugés (ou de je ne sais quoi : on sait, mais bon… faisons comme si) que madame a sûrement des intentions douteuses ou malveillantes – ce qui nous entraîne vers le procès d'intention –, il suffit que je présente mes « impressions » toute personnelles comme des certitudes avérées pour, ensuite, dans un deuxième temps, « blesser l’ennemi » (i.e. déstabiliser, stigmatiser, ostraciser ou, à tout le moins, semer le doute sur) la personne que j'ai décidé de coincer dans mon collimateur. Je puis en complément m’aider de l’amalgame en associant ce climat de suspicion inventée de toute pièce avec un mot, une idée ou quelque extrait de discours susceptible (parce que « chaud », « lourd », « surinvesti » ou en quelque manière « connoté » socialement, moralement ou politiquement) d’être récupéré à mes fins plus ou moins polémologiques. Ou néantisantes.

Dans le cas qui nous concerne, il s’agit de l’idée d’« immigrant ». Or si Mme Allard n'a pas soufflé mot, pas même une syllabe, qui laisserait entendre qu'elle pouvait éprouver quelque réserve à l'égard des nouveaux arrivants en tant que tels, il suffit d’agencer plus ou moins savamment ledit mot « brûlant » avec « mes » intentions suspicieuses pour fabriquer un cocktail qui pourrait, dans le meilleur des cas, attaquer la réputation de madame, la disqualifier intellectuellement du coup, et, last but not least, si l’affaire est rondement menée, affaiblir la position politique générale que celle-ci incarnerait dans le contexte.

De victoire en victoire…

Mais Oh ! Attention ! ça ne s’arrête pas là. Pas encore. Le grand succès de l’entreprise, et sans doute l’objectif ultime de notre ami fort bien averti de notre vieux fond canadien-français « honteux » toujours disposé à « bouffer de l’étranger », c’est que notre indigné professeur d’administration à l’Université Laval est parvenu à éluder totalement (l’éludation : autre ustensile contondant, et confondant, bien connu de tout maître es maquignonnage) le propos même de Francine Allard. À savoir : le gouvernement du Canada s’est, jusque dans le détail, littéralement conduit comme une junte, régime autoritaire au-dessus des lois, dont la fin (Unity of Canada / sape de l’avènement du pays du Québec) justifiait tous les moyens, ou peu s’en faut, à la faveur du référendum du 30 octobre 1995 sur la Souveraineté du Québec.

Bref. Le Canada a utilisé des immigrants comme de vulgaires machines à détruire le processus démocratique d’une éventuelle accession à l’Indépendance du Québec (forme de chair à canon à consumer dans les fournaises de la locomotive du Canada, en quelque sorte), mais c’est Francine Allard qui – en dénonçant ces manières dignes d’un autre siècle et à milles lieues du purisme intellectuel affecté d’un Stéphane Dion et des bonnes manières non moins ostensibles de Pierre Pettigrew – se voit projetée sur-le-champ au banc des accusés.

Cherchez l’erreur…

Issue visée et effectivement réalisée. Notre généreux citoyen Lang – attentif au « respect » de chacun dans ce pays idyllique qui s’affale d’une mare à l’autre, et de surcroît toujours disposé à aider les Québécois à se protéger contre leur propension atavique au « rejet de l’autre » – a transformé la femme violée en salope.

Faute d’être parvenu à lui crever les yeux d’avoir vu la vérité. Toute nue.

Le gestionnaire au cœur pur de Ste-Foy a compris que les vraies valeurs, de haute moralité s’entend, n’étaient en sécurité que dans la poche intérieure des gilets d’habit de nos Bougon cravatés d’Ottawa. Et quel honneur pour lui, on le présume, de jouer en province les liquidateurs de service !

… jusqu’à l’échec final

C’est petit, mesquin et immondément vicieux : j’invente chez l’« autre » l’intolérance viscérale dont je suis moi-même instruit. C’est d’une fourberie et d’une mauvaise foi à rendre tripes et boyaux, assurément. Sauf que, et c’est bien là que se situe le vrai drame : sometimes it works...

Et quand au surplus on utilise ce type d’argument (sic) sans relâche, sur un maximum de tribunes (a fortiori si on peut se les taper toutes avec de formidables et lucratifs budgets de commandites, ainsi que des Serge Savard et des André Ouellet à la clé à chaque kilomètre à « visibiliser »), et ce pendant… presque quarante ans,** eh bien on peut parier que les tenants de pareilles méthodes d’épandage de lisier – tous aussi méritants et respectables les uns les autres que M. Pascal Lang, on peut, n’est-ce pas, s’en convaincre – finissent par en tirer quelques dividendes idéologiques et/ou politiques. Pince sans rire, Mister Gomery ajouterait : économiques également.

En l'occasion, ce que dévoile madame Francine sur les immigrants n’a, visiblement, aucune importance pour M. Lang. Elle en parle??? Ça suffit amplement ! Je plonge alors illico sur le « mot », et planche dessus de manière à lui faire dire, à ce mot fameux, ce qui pourrait m'aider à miner la crédibilité de l’auteure. Subrepticement, insensiblement, progressivement, insidieusement, je suis amené de manière plus ou moins allusive, c’est selon, à laisser entendre que cette femme-là – cette indépendantiste peu fréquentable qui, après tout, veut sûrement « détruire » le Canada – est sans doute, sinon sans aucun doute, xénophobe. Voire raciste.

En tout cas, il est « légitime » de s’interroger. Et d’« éclairer » l’opinion publique sur cette « hypothèse ». À savoir que Francine Allard pourrait être une belle intolérante fort peu recommandable pour tout citoyen qui se respecte…

Quelque chose comme Le déshonneur du Québec, quoi.

Le Canada comme « formation réactionnelle » : La vertu qui tue… ***

Et voilà ! Le travail est accompli. Parfois récompensé d’un petit (ou très prodigue) chèque d’Ottawa (peu importe, c’est moi qui paye). Le vertueux Pascal Lang, qui ne demandait pas mieux, la main sur le cœur, que de s’associer aux Québécois « de souche » dans leur combat pour la liberté, se rend compte in extremis, sauvé par son flair et sa lucidité, qu’il s’agit là d’un combat d’arrière-garde aux relents raciaux fondé sur le « repli ethnique ». Fiou ! il l’a échappé belle, notre Pascal. Heureusement qu’il s’est réveillé à temps. Et qu’il a compris – enfin – que l’ouverture, l’intelligence, le respect (notamment de la différence), la bonne entente, la démocratie, la paix, la beauté, la tolérance (ah… l’extraordinaire tolérance de nos Jean Chrétien, de nos Jean Pelletier, de nos Alfonso Gagliano, de nos Denis Coderre, de nos Stéphane Dion…), l’horreur de la corruption …et de la… malhonnêteté sous toutes ses formes (dont intellectuelle) portent tout ensemble un nom rassembleur, unificateur. Je dirais même « fédérateur ». Et que ce nom c’est : Canada.

Une tulipe avec ça, Pascal ?

***

* Souvenons-nous, par exemple, de la peau de banane digne d'un bagarreur de ruelle que Jean Charest a jeté sous les chaussons de Bernard Landry (supposée déclaration de Jacques Parizeau) à la faveur du « Combat des chefs », en avril 2003.

** Pierre Elliott Trudeau est devenu premier ministre du Canada en 1968. Deux ans plus tard, ce grand démocrate enfermait sous autorité fédérale et militaire, et sans aucun justificatif judiciaire, tout près de cinq cents Québécois – et Québécoises – dans les geôles de ce pays de rêve.

*** Formation réactionnelle : « Mécanisme psychique de défense s’opposant à une pulsion originelle vécue comme dangereuse ou destructrice par le moi ou inacceptable socialement, et qu’il transforme en rigueur morale, en chaos désordonné et/ou en personnalité obsessionnelle ». C’est ainsi, par exemple, qu’au nom des plus nobles idéaux le sujet s’autorise, parfois, à commettre les actes les plus abjects ou barbares. Morale (en boutade) de ce moralisme exacerbé par son contraire : « Méfiez-vous des gens qui ne jurent que par la tolérance : ils ne veulent que votre bien. L’ennui c’est qu’ils finissent quelquefois par l’avoir ».






Le déshonneur du Québec

Pascal Lang
Le Devoir mercredi 4 mai 2005

Lettres - Québec, le 1er mai 2005 : Les propos de Francine Allard dans Le Devoir du 28 avril dernier appellent une réponse. Invoquer les traits raciaux de minorités dites visibles pour rejeter sur elles le fardeau de son amertume est une pratique qui ne date pas d'hier. L'insinuation et l'amalgame sont peut-être des procédés admissibles dans une certaine littérature, mais elles ne le sont pas dans les véritables débats de société.

Depuis longtemps, le Québec est confronté à un choix fondamental, existentiel mais de plus en plus urgent : ouverture ou repli. Un déficit démographique insoutenable et l'intérêt, vital pour le Québec, de relations internationales vigoureuses et diversifiées militent pour la première option. Tout projet de développement du Québec comme société, quelles qu'en soient les modalités formelles, commence par l'autonomie, la capacité à se prendre en charge.

Une politique réfléchie mais volontaire d'immigration, d'accueil, d'intégration (dans les deux sens) en serait partie intégrante. La comparaison des préférences pour le maroquin ou la poutine n'y aurait pas place. La seconde option revient à «prendre les désordres de son coeur pour l'ordre du monde». Si c'est celle de Mme Allard, je lui souhaite beaucoup de plaisir dans la future réserve autochtone qu'elle aura, plus que n'importe quelle province anglophone, contribué à édifier.

De nombreux immigrants, dont je suis, restent dans une expectative plus ou moins distante mais certainement pas indifférente vis-à-vis de l'orientation que prendra le Québec. Si j'étais plus «bronzé», je n'aurais probablement pas pris le risque d'écrire cette réponse. Les propos de Mme Allard, autant que ceux de son saint patron, ont desservi la cause du Québec et le déshonorent.