1,1 milliard pour des projets entre Ottawa, Québec et les municipalités :
Des panneaux annonçant des chantiers partout pour les élections

Denis Lessard et Gilles Normand
La Presse samedi 30 avril 2005

Québec - Les gouvernements du Québec et du Canada ont annoncé hier la conclusion d'ententes qui se traduiront par l'injection de 538 millions dans la construction et l'entretien des routes, et de 390 millions en cinq ans, tout cela à parts égales, dans les infrastructures municipales rurales.

À ces sommes s'ajoutent 186 millions provenant des municipalités, pour un total de 1,1 milliard.

Ainsi, les municipalités de 250 000 habitants et moins pourront notamment poursuivre ou mettre sur pied leurs programmes d'assainissement des eaux potables et des eaux usées.

Dans l'éventualité d'une campagne électorale au fédéral, cela signifiera que des panneaux annonçant des chantiers seront visibles un peu partout, mais ce n'est que coïncidence, a expliqué hier le ministre d'État aux Infrastructures et aux Collectivités à Ottawa, John Godfrey.

" C'est une belle coïncidence, mais cela n'a rien à voir avec des élections, puisqu'il s'agit d'ententes qu'on négociait depuis longtemps ", a expliqué en esquissant un sourire le ministre, lors d'une conférence conjointe donnée à Québec avec la ministre des Affaires municipales et des Régions, Nathalie Normandeau.

Mme Normandeau en était à sa deuxième conférence de presse avec un ministre fédéral cette semaine. La fois précédente, Joe Fontana était venu annoncer la participation du fédéral pour favoriser l'accès à des logements abordables pour 1000 personnes peu fortunées.

Les ministres de Paul Martin pratiquent en effet le saupoudrage de fonds publics depuis un certain temps, ce qui accentue leur visibilité.

La conférence de presse Normandeau/ Godfrey s'est tenue dans une salle du Centre des congrès de Québec dans une atmosphère assez particulière. Une cinquantaine de représentants du monde municipal- un congrès de l'Union des municipalités du Québec se déroulait au même endroit- applaudissaient périodiquement aux propos de l'un ou l'autre des deux ministres, Mme Normandeau donnant le signal en battant elle-même des mains.

Depuis plus d'un an, des centaines de millions disponibles pour des routes et des réseaux d'eau au Québec " dormaient " à Ottawa parce que les gouvernements Charest et Martin n'arrivaient pas à s'entendre. Le ministre fédéral des Transports, Jean Lapierre, a fait ce constat troublant. Avec son homologue québécois Michel Després, il a confirmé hier l'injection de 269 millions de fonds fédéraux pour la construction de routes. Québec versera une contribution équivalente.

" Ma première constatation comme ministre du Québec fut qu'il y avait des millions qui dormaient dans des ententes qui n'avaient pu être conclues ", a souligné M. Lapierre hier. À mots couverts, il a critiqué sévèrement l'ancien ministre Yves Séguin, député d'Outremont comme lui.

" J'avais eu de très nombreux échanges avec M. Séguin. Avec l'arrivée de M. Audet (aux Finances), on a connu une accélération et une simplification des négociations ", a-t-il expliqué. Il y a un an, le même ministre soutenait qu'il n'était pas question de donner le feu vert à ces projets; à la veille des élections de 2004, " on aurait l'air de pères Noël ", avait soutenu M. Lapierre.

Le ton avait changé hier, mais le lieutenant québécois de Paul Martin soutenait que les annonces n'avaient rien à voir avec l'échéance électorale, encore improbable selon lui. " Le fait d'avoir cette épée de Damoclès me rend hyperactif ", laissera-t-il tomber toutefois.

" Quand 85 % de notre commerce se fait avec les État-Unis, on a un problème quand ça jamme sur l'autoroute ", a résumé M. Lapierre.




La Caisse double sa taille dans l'immobilier aux États-Unis

Hélène Baril
La Presse jeudi 5 mai 2005

Avec l'acquisition du portefeuille de titres d'Allied Capital Corporation, la Caisse de dépôt et placement du Québec double sa taille dans le secteur immobilier aux États-Unis.

La transaction rendue publique mardi soir prévoit que la Caisse achètera toutes les activités immobilières d'Allied Capital pour la somme de 976 millions de dollars américains, soit environ 1,2 milliard de dollars canadiens.

Pour Allied Capital, entreprise de Washington et dont les actions sont cotées à la Bourse de New York, la transaction se traduira par un gain net de 216 millions US.

CWCapital, filiale de la Caisse de dépôt, gérera le portefeuille de titres immobiliers acquis d'Allied. Son intention est d'embaucher la majorité des employés du groupe immobilier d'Allied et de les intégrer à son effectif, qui compte déjà 175 personnes.

La Caisse de dépôt est actionnaire majoritaire de CWCapital depuis septembre 2002. L'entreprise a son siège social à Needham, au Massachusetts. Son actif sous gestion, actuellement de 1 milliard US, passera à 2 milliards US à la suite de la transaction.

Les titres du portefeuille de financement d'Allied sont composés de toutes les sortes de propriétés, à l'exception de résidences unifamiliales, a précisé hier la porte-parole de la Caisse, Lucie Frenière. Il s'agit d'un portefeuille à maturité et diversifié, qui complète bien celui de CW Capital qui existe depuis seulement deux ans, a-t-elle-dit.

CWCapital est sous la responsabilité de CDP Capital-Conseil immobilier, une des trois divisions du groupe immobilier de la Caisse de dépôt, les autres étant SITQ et Ivanhoé Cambridge.

En 2004, les investissements immobiliers de la Caisse de dépôt ont généré un rendement de 22,7 %, bien supérieur à ses investissements en Bourse (12,6 %). À long terme, les dirigeants misent sur le secteur immobilier et les investissements privés pour maintenir le rendement global de la Caisse, qui a été de 12,2 % l'an dernier.

La Caisse de dépôt convoite le portefeuille de propriétés de la société immobilière de Toronto, O&Y Properties (connue auparavant sous le nom d'Olympia & York), qui vient d'être mis en vente. Ce portefeuille, dont la valeur est estimée à 2 milliards, comprend plusieurs édifices à bureaux à Toronto et à Calgary.

Selon le président de CDP Capital-Conseil immobilier, Richard Dansereau, la transaction avec Allied ne peut aucunement être reliée à l'intérêt de la Caisse pour les propriétés de O&Y.

Le portefeuille d'Allied Capital, dont l'achat devrait être conclu à la fin de l'été, est composé uniquement de dettes liées à des édifices commerciaux, dont la valeur est estimée à 85 milliards US. Il s'agit de titres adossés à des créances hypothécaires commerciales, d'actions privilégiées et d'obligations.

Allied a réalisé l'an dernier un profit net de 249,4 millions US (1,88 $ US par action). Hier, la compagnie a fait état de profits de 49 millions US (36 cents par action) pour le premier trimestre. L'action d'Allied a perdu 70 cents hier à la Bourse de New York, pour finir la journée à 27,04 $ US.

Une fois conclue la vente de son portefeuille de titres immobiliers, Allied retournera à son activité principale d'investisseur privé dans les petites et moyennes entreprises. La compagnie a déjà investi dans plus de 100 entreprises américaines dont les revenus totaux atteignent 10 milliards US.




PPP demandés

André Pratte
La Presse samedi 14 mai 2005

La campagne menée par les syndicats et par la gauche contre les partenariats public-privé a fini par faire croire que les Québécois s'opposaient farouchement à ce genre d'initiatives. Un sondage Léger Marketing commandé par l'Institut pour le partenariat public privé (IPPP) indique qu'au contraire, la population voit d'un bon oeil cette formule. C'est vrai même pour les personnes qui travaillent dans les secteurs public et parapublic.

Bien sûr, un sondage n'est qu'un sondage, et les données doivent être interprétées avec prudence. Les résultats sont tout de même frappants. Les trois quarts des personnes interrogées par Léger Marketing sont d'accord " pour que l'on procède rapidement à l'implantation de projets de partenariats public-privé dans certains domaines ". La même proportion, donc une forte majorité, croit que les PPP " permettent de trouver plus rapidement que l'administration publique des solutions adaptées aux problèmes actuels et à l'évolution des services. "

Comment expliquer ce fossé entre l'épouvantail qu'ont réussi à imposer les opposants aux PPP et l'ouverture manifestée par la population? Cela vient, selon nous, de ce que les citoyens constatent la mauvaise qualité des services offerts dans certains secteurs, une dimension qu'occultent systématiquement les syndicats. Ceux-ci tiennent mordicus à une gestion à 100 % gouvernementale de tous les services publics, comme si cette recette donnait toujours des bons résultats. Or, ce n'est tout simplement pas le cas, et les gens le savent.

Selon le sondage de l'IPPP, les Québécois se montrent très satisfaits de l'accessibilité des services publics, mais trouvent (66 %) que ceux-ci sont mal gérés et coûtent trop cher (72 %). Ils donnent à peine la note de passage à certaines catégories de services, tels les services auxiliaires et l'entretien des immeubles publics. Quiconque a à visiter régulièrement l'hôpital sait à quel point l'entretien est déficient dans ce type d'établissements.

Les Québécois sont donc intéressés à ce que l'État essaie d'autres formules dans plusieurs domaines, y compris les soins de santé, mais pas dans l'exploitation des réseaux d'eau potable ou les services correctionnels. Cette ouverture est particulièrement grande, selon l'enquête, en ce qui a trait à la construction et l'entretien d'immeubles et d'infrastructures de transport. Au cours d'un colloque tenu hier par l'IPPP, le président de Transport 2000, Normand Léveillé, a rappelé que la forte croissance du transport en commun dans la couronne de Montréal s'était produite grâce à des partenariats entre les municipalités et des transporteurs privés, sous l'égide de conseils intermunicipaux de transport (CIT).

Nous l'avons souvent écrit ici: les PPP ne sont pas une panacée. Les expériences menées à l'étranger ont montré qu'ils permettaient de suppléer au financement public. Dans certains cas, ils permettent d'offrir des services publics plus efficaces et plus flexibles. Mais d'autres PPP ont subi des échecs retentissants.

Par conséquent, le Québec doit avancer avec prudence dans cette nouvelle voie. Le sondage laisse penser que si le gouvernement Charest agit en ce domaine de manière intelligente et cohérente, en expliquant ses décisions et en impliquant les personnes concernées, il aura l'appui de la population.




Le PQ soutiendra Alcoa, dit Landry

Steeve Paradis
Le Soleil mardi 17 mai 2005

Baie-Comeau - Le chef de l'opposition, Bernard Landry, l'a dit et redit hier : l'élection d'un gouvernement du Parti québécois ferait ressusciter l'entente qu'il avait signée en 2002 avec la compagnie Alcoa pour moderniser l'aluminerie de Baie-Comeau. Cette entente, rappelons-le, a été rejetée par le gouvernement de Jean Charest.

Devant la Chambre de commerce de Manicouagan, M. Landry a réitéré que l'entente signée en 2002 était bonne pour le Québec. "Nous avions négocié avec Alcoa sans complaisance", a-t-il lancé. La multinationale avait l'intention d'investir 1,1 milliard pour moderniser ses installations baie-comoises et sécuriser 1500 emplois en échange de 175 mégawatts d'hydroélectricité de plus.

"Pour des raisons que je suis encore incapable de comprendre, le gouvernement a pourtant remis en question cette entente", a ajouté M. Landry, affirmant un peu plus tard qu'un futur gouvernement péquiste "réparerait cette erreur".

Selon M. Landry, il est inadmissible que l'hydroélectricité, la principale richesse des Québécois, soit exportée avant que les besoins de l'ensemble de la province ne soient satisfaits. Pour lui, pas question de climatiser les résidences américaines en laissant de côté des projets manufacturiers québécois. "Il ne doit jamais y avoir un seul kilowatt exporté s'il n'est pas valorisé au maximum sur le marché intérieur", a poursuivi le chef du PQ, émettant là l'une des prémisses de la doctrine péquiste en matière d'hydroélectricité.

D'après M. Landry, la modernisation de l'usine de Baie-Comeau et les 175 mégawatts qui auraient été attribués à Alcoa auraient rapporté 128 millions $ en retombées fiscales sur 8 ans alors que la même quantité d'énergie exportée sur le marché américain ne rapporte que 5 millions $ dans les coffres d'Hydro-Québec.

Le leader de l'opposition a aussi déclaré que les exportations totales du marché manufacturier au Québec représentent une valeur de 0,69 $ du kilowatt. En contrepartie, l'exportation brute d'électricité rapporte un peu moins de 0,09 $ du kilowatt.

Il a ajouté qu'un gouvernement du Parti québécois ne donnerait pas un kilowatt sans s'assurer du maximum de valeur ajoutée dans le processus. Pour chaque emploi fourni par le traitement primaire de l'aluminium, il y en a sept créés par la deuxième et troisième transformations. Le chef a assuré que l'entente signée par son gouvernement respectait cette prémisse.

En raison d'une mésentente sur le coût de l'énergie à long terme, Alcoa a laissé tomber en juin 2004 son projet de modernisation après des mois de renégociation avec le gouvernement Charest. Récemment, le géant américain de l'aluminium a annoncé la suppression de 200 emplois à son usine baie-comoise d'ici la fin de l'année.





Développement économique du Québec

Le mouvement coopératif prend de l'ampleur

Pierre Picard
Les Affaires samedi 28 mai 2005

Fort de 3 000 coopératives générant plus de 79 000 emplois et un chiffre d'affaires annuel de 18 milliards de dollars (G$), le mouvement coopératif québécois constitue une force économique majeure et un important allié du développement des régions. D'ailleurs, les coopératives totalisent près de 28 000 emplois dans les régions éloignées.

Les coopératives financières sont celles qui regroupent les noms les plus connus. On y trouve notamment le Mouvement Desjardins et trois sociétés mutuelles d'assurance : le Groupe Promutuel, La Capitale mutuelle de l'administration publique et SSQ Groupe financier. Les 600 coopératives financières emploient 40 000 personnes et génèrent des actifs dépassant les 99 G$.

Pour sa part, le secteur agroalimentaire compte 200 coopératives dont le chiffre d'affaires dépasse 6 G$. La Coopérative Fédérée du Québec et Agropur en sont les fers de lance.

De nombreuses retombées

"L'impact du mouvement coopératif est majeur au Québec, dit Hélène Simard, présidente du Conseil de la coopération du Québec. On compte plus de 30 000 dirigeants de coopératives, lesquels ont à coeur de créer localement des emplois durables ainsi que de la richesse."

Par exemple, les coopératives versent des ristournes à leurs membres et sont tenues de conserver une partie de leurs excédents en réserve. "Ainsi, une bonne portion des profits demeure dans les régions", souligne-t-elle.

Outre les coopératives des domaines financier et agroalimentaire, on en trouve dans un grand nombre de secteurs, dont l'habitation (1 160 coopératives), l'alimentation (79), l'industrie forestière (67), les services funéraires (41) et les services d'aide à domicile (43).

Cette présence multisectorielle existe au Québec depuis un siècle. Signe supplémentaire de leur ancrage dans la société : les coopératives ont globalement versé l'an dernier 53 M$ en dons et commandites afin d'appuyer des causes sociales et communautaires, selon la présidente.

De l'éducation à la câblodistribution

Mme Simard mentionne également que les 14 coopératives établies dans les villages situés le long des côtes de la baie d'Hudson et de la baie d'Ungava constituent le principal employeur privé du Nunavik, à quelque 400 emplois. Elle se réjouit aussi que "27 coopératives de câblodistribution assurent les services de télévision et d'Internet dans des endroits que les grands câblodistributeurs ne veulent pas desservir à cause des coûts élevés dûs à l'éloignement".

Les coopératives en milieu scolaire sont légion. La première a été constituée en 1941, au Séminaire de Nicolet. Depuis, le phénomène s'est répandu dans nombre de collèges et d'universités, où des coopératives font office de librairie, de centre de service informatique et de lieu de distribution du matériel pédagogique. Quelque 90 coopératives génèrent 1 350 emplois. Mme Simard indique que des coopératives en milieu scolaire se lancent dans de nouveaux services, comme c'est le cas au collège d'Alma, où une coopérative gère la cafétéria.

Au début des années 80, les coopératives de travail ont connu un essor important. On en compte maintenant près de 200 au Québec dans différents secteurs économiques, dont la construction, le génie, les services ambulanciers et l'architecture. Les travailleurs sont propriétaires à 100 % de l'entreprise qui les emploie.

Mais il ne faut pas confondre ces coopératives avec celles de travailleurs actionnaires. Dans ce dernier cas, la coopérative acquiert du capital-actions dans l'entreprise qui emploie ses membres. Il y a près de 90 coopératives de travailleurs actionnaires qui oeuvrent dans des entreprises de 3 à 300 employés, surtout dans la transformation et les services.

De grands défis

"La formule coopérative a beaucoup d'avenir, dit Mme Simard. Elle est souple, ce qui permet de survivre aux turbulences économiques."

Cela dit, les coopératives devront quand même s'adapter aux nouvelles tendances de consommation, comme le goût croissant des Québécois pour les produits naturels et éthiques, selon la présidente. Elles devront aussi s'adapter aux nouveaux besoins d'une population vieillissante, tout en sensibilisant les jeunes à la formule.

dossiers@transcontinental.ca




Le conflit entre Kruger et Innus devant l'ONU


La Presse 27 mai 2005

«Le temps du colonialisme est terminé en ce qui nous concerne. Nous n'hésiterons pas à employer tous les moyens juridiques et politiques nécessaires pour affirmer nos droits, notre identité et nos valeurs».

Voilà en substance le message que le chef de la communauté innue de Betsiamites, Raphaël Picard, a laissé lors de son passage à l'ONU, à New York, au cours des deux derniers jours.

Mercredi, il a pris la parole lors de la quatrième séance de l'instance permanente sur les peuples autochtones et hier, c'était devant le réseau autochtone sur l'économie et les échanges commerciaux, un événement parallèle du Forum des Nations Unies sur les forêts.

D'entrée de jeu, le chef Picard a indiqué que le développement des ressources naturelles sur le territoire innu se réalisait presque toujours sans consentement, sans consultation et sans compensation, «au mépris des règles élémentaires d'une société civilisée».

Sur le plan judiciaire, il a rappelé que la Cour suprême du Canada avait confirmé avec force l'automne dernier, dans les affaires Haida Nation et Taku River, ce qu'elle avait déjà énoncé plusieurs fois, à savoir que les peuples autochtones doivent être consultés et accommodés avant que ne commencent des projets de développement des ressources naturelles. Par conséquent, il s'agit clairement, dit-il, d'une obligation juridique de nature constitutionnelle.

«Le gouvernement du Québec, qui a compétence sur les ressources naturelles, est clairement en défaut de remplir ces obligations. Nous attendons actuellement un jugement portant sur une demande d'injonction à l'encontre des coupes forestières sur l'île René-Levasseur, un joyau naturel qui a pour nous une valeur patrimoniale importante dont nous demandons la protection. Notre demande d'injonction a reçu l'appui de nombreux groupes voués à la défense de l'environnement et de nombreuses personnes éclairées», a-t-il soutenu.

Celui-ci leur a aussi rapporté que «l'industrie forestière et les autorités locales de notre région ont beaucoup de mal actuellement à comprendre que les temps ont changé, et que leurs pratiques coloniales à notre endroit sont totalement dépassées».

«S'ils ne s'ajustent pas rapidement, ils se retrouveront bientôt dans une situation de complète illégalité. Le partenariat avec nous pour la gestion des ressources naturelles sur notre territoire est la seule solution honorable pour l'avenir. Et le développement n'aura plus jamais lieu sans notre pleine participation, sans une entière reconnaissance de nos droits, sans une protection réelle de notre environnement naturel et sans compensation pour les atteintes de nos droits», a prévenu le désormais célèbre conférencier.





Demande d'injonction des Innus de Betsiamites

Kruger n'aurait pas dû se retrouver devant les tribunaux

Daniel Tardif
Vice-président principal, division Forêts et Produits forestiers, Kruger inc.
Le Devoir vendredi 27 mai 2005

La société Kruger est présente sur la Côte-Nord depuis 1997, soit il y a déjà plus de huit ans. Dès son arrivée dans cette région, elle a pris toutes les mesures nécessaires pour établir avec les Innus de Betsiamites les meilleures relations possibles. [...]

Les revendications des Innus de Betsiamites sur le territoire de la Côte-Nord font depuis longtemps l'objet de négociations avec les instances gouvernementales. Consciente de cette situation, Kruger a engagé dès 1997 un dialogue avec le chef du conseil de bande de l'époque, René Simon, et le négociateur local, Jean-Marie Picard, entre autres, afin d'établir des relations harmonieuses et de bonnes communications avec cette communauté. Ces premières communications ont eu lieu plusieurs mois avant que Kruger ne signe avec le gouvernement du Québec un contrat d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF) pour l'aire commune 093-20. [...]

De fait, depuis de nombreuses années, Kruger a toujours avisé à l'avance les Innus des endroits où des activités d'aménagement allaient être effectuées afin qu'ils aient l'occasion de faire valoir leurs attentes et leur préoccupations. Ainsi, des représentants des Innus de Betsiamites, dûment mandatés par le conseil de bande, ont participé à plus de 30 rencontres sur une période de plus de quatre ans pour discuter, autour d'une table de concertation, le détail des activités forestières de Kruger sur l'aire commune 093-20.

Le cas de l'île René-Levasseur

Lorsque Kruger a décidé d'étendre ses activités forestières dans l'île René-Levasseur, deux séances d'information ont eu lieu avec le conseil de bande de Betsiamites en 2000 et en 2001. À la demande du conseil, une séance d'information a aussi été tenue en juin 2001 pour le bénéfice de la communauté innue de Betsiamites dans son ensemble. Cette séance d'information a été diffusée à la radio communautaire, avec traduction simultanée en langue innue. À la suite de cette séance d'information, aucune préoccupation ou objection n'a été signalée, ni aucun geste fait à l'encontre du projet de Kruger. Il en a été de même en 2002 lors des audiences du BAPE portant sur l'accès à l'île René-Levasseur.

Pendant toutes ces années, Kruger a tenu compte du point de vue des Innus de Betsiamites et a continuellement cherché à harmoniser ses activités forestières avec les activités traditionnelles de cette communauté. Parmi ces initiatives d'harmonisation, mentionnons l'intégration à ses bases de données de sites d'intérêt autochtones, le maintien de sites de protection de l'habitat de la martre ainsi que la mise sur pied d'un plan de protection de l'habitat du caribou.

Kruger s'est de plus engagée à ne pas effectuer d'activités sur près du quart de l'île René-Levasseur, soit sur la totalité de la réserve écologique Louis-Babel et sur la future aire protégée de Baie-Memory.

Un contentieux lié aux gouvernements

Malgré ce passé de bonnes relations avec la communauté innue de Betsiamites, Kruger se trouve prise en otage d'un contentieux plus vaste qui oppose les Innus aux gouvernements du Canada et du Québec.

Les Innus de Betsiamites veulent négocier un traité avec le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec. Le chef Picard et trois autres chefs innus ont signé, le 31 mars 2004, une entente de principe d'ordre général avec les deux ordres de gouvernement. Depuis, les négociations ne progressent pas au rythme souhaité par le chef Picard, et ses avocats disent vouloir utiliser les procédures judiciaires actuelles comme levier dans les négociations.

C'est dans le contexte de ce conflit que le chef Raphaël Picard a choisi de couper les ponts avec Kruger en juillet 2004 malgré des relations harmonieuses instaurées au fil des années sous le signe de la coopération et de la collaboration. Le chef Raphaël Picard a retiré les représentants innus de la table de concertation l'automne dernier. Toujours soucieuse d'entretenir des rapports harmonieux avec la communauté innue, Kruger a continué d'inviter les représentants innus à participer aux activités de la table et invité le chef et ses conseillers à des rencontres particulières. Mais le chef Picard refuse toutes les invitations.

D'énormes conséquences

Kruger regrette de se trouver ainsi mêlée à une question qui ne la regarde pas directement et déplore au plus haut point que la recherche d'un levier de négociation avec les gouvernements puisse se faire au détriment éventuel de l'économie nord-côtière, déjà affectée par la réduction des droits de coupe. L'enjeu est de taille. Ce sont plus de 750 emplois directs qui sont à risque sur la Côte-Nord et 250 autres en Mauricie.

Kruger est obligée de s'en remettre aux tribunaux afin de défendre ses droits et ceux de ses employés et de leurs familles, et elle va le faire avec toute l'énergie dont elle dispose. En effet, si la cour devait obliger Kruger à cesser ses activités sur l'aire commune 093-20, celle-ci n'aurait d'autre choix que de fermer immédiatement ses trois usines sur la Côte-Nord et de revoir les activités de son usine à Trois-Rivières. [...]

Chez Kruger, la porte du dialogue est toujours ouverte. [...] Dans un contentieux comme celui qui oppose les gouvernements du Canada et du Québec au chef Raphaël Picard, nous croyons que l'intérêt commun devrait primer plutôt que l'instauration d'un rapport de force où tous risquent de perdre, les populations les plus démunies les premières.