Luc Bastien démissionne

Denis Lessard
La Presse mercredi 11 mai 2005

Le chef de cabinet du ministre de la Justice, Luc Bastien, a démissionné de son poste hier.

Dans sa lettre de démission, M. Bastien rappelle à Yvon Marcoux qu'il l'avait informé dès jeudi soir dernier «de certaines allégations relatives à la campagne (électorale) de 1998. Et de concert avec vous j'ai cessé mes activités et ne suis pas retourné au bureau». Il dit partir «pour éviter toute perception négative».

Ce départ survient après la publication dans La Presse, hier, d'informations à l'effet que Bernard Thiboutot, alors employé de Gosselin Communication, avait confié à Luc Bastien un mandat de 10 000 $ pour de la recherche juste avant les élections générales de 1998. M. Thiboutot a déclaré sous serment à la commission Gomery que ce travail s'inscrivait dans un projet de revalorisation des plaines d'Abraham.

Or M. Bastien a révélé à La Presse que son mandat n'avait rien à voir avec les plaines d'Abraham, mais visait à colliger des renseignements sur les régions du Québec et de préparer des «argumentaires de campagne» à la veille des élections de 1998 au Québec. Fait embarrassant, M. Bastien avait à faire exactement le même travail comme bénévole pour le PLQ dans la campagne électorale qui suivit quelques jours plus tard.

Hier, on a appris que M. Thiboutot a travaillé lui aussi à la campagne électorale de Jean Charest cette année-là. Il fit de même aux élections générales de 2003, sa firme, Commando, obtenant cette fois un mandat de 25 000 $ pour le placement média de la campagne régionale du Parti libéral du Québec.

En 1998, M. Thiboutot travaillait aux communications du PLQ dans la région de Québec, ont indiqué plusieurs sources à La Presse, mais ni son nom ni celui de ses compagnies n'apparaissent dans les dépenses électorales du parti de Jean Charest.

Attaques croisées

Le tout a rebondi hier à l'Assemblée nationale quand le député péquiste de Joliette, Jonathan Valois, a réclamé des comptes sur l'utilisation de 50 000 $ d'argent liquide qui, selon l'ancien directeur général du Parti libéral du Canada, Benoît Corbeil, avaient été remis à plusieurs travailleurs d'élections qui exigeaient d'être rétribués. L'un d'entre eux, Claude Lemieux- conseiller déjà à l'époque de Robert Bourassa- se retrouve actuellement au cabinet de Jean Charest.

Pour Normand Jutras, député péquiste de Drummond, la mise au rancart de M. Bastien et celle, il y a quelques jours de Louis Pichette du cabinet de Jean Charest, rend difficile de justifier le maintien en poste de Bruno Lortie, chef de cabinet de Nathalie Normandeau aux Affaires municipales qui aurait, lui, reçu 15 000 $ pour son travail pour la campagne fédérale de 2000.

Pour le ministre Pelletier, ces accusations sont «pures insinuations». M. Lemieux a proposé de faire entendre sa version des faits à la commission Gomery, a rappelé le ministre. Cette même commission Gomery avait poussé un autre collaborateur de M. Charest, Louis Pichette, à remettre sa démission. Il avait été payé en liquide pour avoir travaillé aux élections fédérales de 2000. Or, le juge Gomery avait tenu à tempérer les allégations embarrassantes pour M. Pichette. «Je trouve regrettable qu'une personne se trouve ternie un peu par quelque chose qui ne le concerne pas. Vous avez mes sympathies et bon courage pour l'avenir», avait tenu à dire le juge Gomery à Louis Pichette, d'insister M. Pelletier.

Par la suite, le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, a sauté dans la mêlée et a riposté en rappelant que le comptable de Groupaction avait à la même commission soutenu qu'il avait envoyé des chèques au Parti québécois. «Quand on voit le chef de l'opposition (Bernard Landry) dire après que l'argent va être mis en fiducie, c'est un aveux», a lancé M. Dupuis.

Quand M. Valois souligna qu'il y avait une différence entre des chèques, retraçables, et de l'argent liquide, cette fois c'est M. Pelletier qui contre-attaqua. La loi électorale ne fait pas la distinction entre chèques et liquide «quand il y a une illégalité elle doit être sanctionnée, punie», a-t-il lancé, rappelant que dans son témoignage devant Gomery, Jean Brault, le patron de Groupaction, avait souligné avoir eu un cours de financement 101 «sur comment contourner la loi électorale» par Ginette Boivin, responsable du financement au PQ.




Le liquide

Michel David
Le Devoir jeudi 12 mai 2005

Le ministre responsable des institutions démocratiques, Benoît Pelletier, a tenu des propos assez étonnants mardi à l'Assemblée nationale en déclarant que la loi électorale québécoise ne fait pas de distinction entre un chèque et de l'argent liquide.

D'un point de vue technique, il est vrai que la loi ne prévoit nulle part que les dépenses électorales doivent obligatoirement être payées par chèques. Tant qu'à y être, elle n'interdit pas formellement non plus le paiement en nature, voire le troc.

En revanche, elle stipule très clairement que l'agent officiel d'un parti politique ne peut effectuer de dépenses qu'à partir d'un fonds électoral, ce qui suppose normalement l'ouverture d'un compte bancaire.

Dans les 120 jours suivant les élections, il doit également remettre au directeur général des élections un rapport détaillé des dépenses qu'il a autorisées pendant la campagne, pièces justificatives à l'appui. La provenance des sommes versées dans le fonds électoral doit également y être précisée.

À moins qu'il ne s'agisse de menues dépenses, il tombe sous le sens que l'utilisation d'argent liquide vise essentiellement à contourner ces dispositions. C'est précisément ce qui est au coeur du scandale des commandites. Si la déclaration de M. Pelletier n'est pas nécessairement incompatible avec la lettre de la loi, elle n'en traduit certainement pas l'esprit.

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Il était sans doute de bonne guerre pour le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, de mettre dans le même sac les sommes qui auraient été versées en liquide à des attachés politiques libéraux et les chèques faits illégalement à l'ordre du PQ par des employés de Groupaction.

En revanche, le ministre dont relève la loi électorale devrait éviter de tourner les coins ronds. Les amalgames douteux s'accordent assez mal avec la droiture intellectuelle qu'on reconnaît généralement à M. Pelletier. Il devrait les laisser à d'autres, plus qualifiés que lui pour ce genre de travail.

Habitués à une certaine rigueur, les universitaires n'ont pas toujours la souplesse nécessaire pour répondre aux impératifs partisans tout en ménageant les principes. Ce n'est pas la première fois que

M. Pelletier se retrouve dans cette situation. Il n'avait certainement jamais pensé s'entendre défendre un jour la nomination d'un ancien directeur général du Conseil de l'unité canadienne (CUC), Jocelyn Beaudoin, au poste de délégué du Québec à Toronto.

M. Beaudoin avait été étroitement mêlé aux opérations de financement du camp du NON lors du référendum de 1995. Selon l'enquête que le directeur général des élections du Québec a menée sur Option Canada, cet organisme fictif par lequel ont transité 4,8 millions de dollars provenant de Patrimoine Canada, dont on a perdu toute trace, M. Beaudoin était «le personnage le plus obscur» dans cette affaire.

Si la violation des dispositions de la loi électorale n'a pas semblé troubler M. Pelletier, il lui a certainement sauté aux yeux, en sa qualité de ministre des Affaires intergouvernementales, que M. Beaudoin n'était pas l'homme indiqué pour représenter les intérêts du Québec à Toronto. Encore aujourd'hui, le site Internet du CUC l'identifie comme son président émérite. À sa face même, cette situation est totalement loufoque.

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De toute évidence, le gouvernement Charest craint maintenant d'être contaminé par le scandale des commandites. Si M. Pelletier a tourné les coins ronds en parlant de la loi électorale, le député péquiste de Joliette, Jonathan Valois, a carrément versé dans le procès par association en accusant le PLQ de s'être fait le «complice du gouvernement fédéral».

Si certains entretenaient encore des doutes sur l'étroitesse des liens qui unissent le PLQ et le PLC sur le plan de l'organisation, la commission Gomery s'est toutefois chargée de les dissiper. Quand arrivent les élections, les mêmes personnes travaillent indifféremment pour l'un ou l'autre.

La liste des attachés politiques du gouvernement Charest qui auraient eu droit à une enveloppe jaune commence à s'allonger de façon inquiétante. S'il s'accrédite que l'«argent sale» a aussi profité au PLQ ou simplement que le gouvernement abrite dans ses officines des gens qui en ont touché, il peut faire son deuil de ses dernières chances de réélection.

Après que le premier ministre a dû se séparer d'un de ses adjoints, voilà maintenant que le chef de cabinet du ministre de la Justice vient de démissionner «pour éviter toute perception négative». Il aurait touché 10 000 $ d'une des firmes impliquées dans le scandale pour préparer, à titre de «bénévole», des «argumentaires de campagne» destinés à la campagne du PLQ en 1998. Deux autres personnes se retrouvent sur la sellette.

Pour le PQ, il va sans dire que la comparution de Marc-Yvan Côté devant la commission Gomery est un véritable cadeau du ciel, qui lui ouvre des perspectives quasi infinies. Imaginez, un ancien ministre de Robert Bourassa, qui a les lettres «PLQ» tatouées sur le front, a confessé l'«erreur» d'avoir distribué 120 000 $ en coupures de 100 $ dans les comtés de l'est du Québec pendant la campagne fédérale de 1997.

Bien entendu, M. Côté n'avait pas la moindre idée de la provenance de cet argent. Oui, il s'est bien posé quelques questions, mais «il s'est répondu», a-t-il expliqué sans rire. De toute manière, comme le dit M. Pelletier, la loi n'interdit pas formellement l'usage du liquide.

Il n'en fallait pas davantage pour que le PQ parte en chasse. M. Côté ayant eu le bon goût de ne nommer personne, tout le monde peut être soupçonné. Mieux encore, sous le couvert de l'immunité parlementaire, on peut lancer n'importe quel nom. C'est un jeu d'enfant que de trouver des gens qui ont été mêlés à la campagne fédérale de 1997 et qui ont un lien quelconque avec le PLQ. En bon français, cela s'appelle du salissage. Cela peut être très salissant, le liquide.




Il faut crever l'abcès

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 12 mai 2005

La crise politique qui secoue la Chambre des communes prend une tournure d'autant plus dramatique qu'elle survient au moment même où la commission Gomery entend de nouveaux témoins lui raconter les histoires d'horreur survenues au sein du Parti libéral du Canada. Ce gouvernement n'a plus la légitimité nécessaire pour gouverner et tenter de faire adopter un budget. Les Communes étant paralysées, le gouvernement doit démissionner sans attendre.

Les libéraux fédéraux refusent de déclencher des élections malgré leur défaite de mardi devant l'alliance du Parti conservateur et du Bloc québécois. Rien ne semble pouvoir les faire reculer et, pourtant, c'est là le seul geste qui serait susceptible de prouver qu'il leur reste un peu d'honneur.

Nous voilà devant une guerre des nerfs dont il est impossible de prédire l'issue avec certitude, notamment à cause de l'appui aussi surprenant que décevant accordé par le NPD en échange d'hypothétiques amendements au budget.

Or, pendant ce temps, la commission Gomery continue de mettre au jour les pratiques de financement illégales utilisées par le Parti libéral au Québec. Encore hier, un ancien directeur général de l'aile québécoise, Daniel Dezainde, est venu expliquer que le financement du parti était contrôlé par un groupe d'individus proches du ministre Gagliano et du premier ministre, notamment Joe Morselli et Jacques Corriveau. En ce qui concerne ce dernier, Daniel Dezainde affirme que celui-ci lui aurait avoué retenir pour son profit personnel un pourcentage des sommes perçues illégalement au nom du parti auprès des firmes de communication. M. Corriveau est cet imprimeur, vieux militant libéral et ami intime de l'ex-premier ministre Jean Chrétien, dont la mémoire si fragile a flanché de façon systématique devant les questions gênantes des procureurs de la commission, lors de sa comparution, le mois dernier.

Mardi, c'est l'ancien ministre et grand organisateur libéral au Québec, Marc-Yvan Côté, qui a confirmé avoir reçu d'un autre directeur général du PLC-Québec, Michel Béliveau, la somme de 120 000 $ en coupures de 100 $, qu'il a distribuée dans les circonscriptions de l'est de la province lors de la campagne de 1997. M. Côté jure qu'il ne savait pas d'où provenait cet argent, mais si l'on se fie au témoignage de Michel Béliveau, l'argent venait précisément de Jacques Corriveau.

Décidément, ce monsieur Corriveau a la mémoire bien courte pour quelqu'un dont tant d'individus disent avoir reçu de l'argent comptant ou lui en avoir donné du temps où il fréquentait les plus hauts dirigeants du parti, dont le premier ministre Chrétien.

En créant la commission Gomery pour faire la lumière sur le scandale des commandites, le premier ministre Paul Martin ne se doutait pas que l'enquête éclabousserait autant de gens influents au sein du PLC. Sans doute ne savait-il pas qu'autant d'argent sale avait été distribué à des organisateurs locaux d'élections après avoir fait la fortune des amis du parti au passage. Mais placé devant tant d'évidences, tant d'abus dont les preuves se recoupent de plus en plus, il ne fait plus aucun doute que le Parti libéral de M. Martin n'a plus la légitimité nécessaire pour gouverner. Il doit démissionner dès aujourd'hui pour mettre fin à la crise qui paralyse le Parlement et retourner devant les électeurs pour être jugé.




Le coût des enquêtes: 75 millions... au bas mot

Alec Castonguay
Le Devoir jeudi 12 mai 2005

Les révélations-chocs de la commission Gomery, la mise au jour de la vérité et les poursuites judiciaires ont un prix. Et il est élevé. Le Devoir a appris que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a maintenant dépensé plus de deux millions de dollars pour mener ses enquêtes en lien avec le scandale des commandites. En ajoutant les frais de la commission Gomery et ceux des ministères fédéraux, le total des dépenses dépassera les 75 millions de dollars.

Ottawa -- La GRC, qui a déjà porté des accusations criminelles contre plusieurs acteurs du scandale des commandites, dont Jean Brault, l'ancien président de Groupaction, Chuck Guité, l'ex-directeur du programme des commandites, et Paul Coffin, de Communication Coffin, continue d'attacher les ficelles du scandale pour éventuellement porter de nouvelles charges en cour. C'est qu'elle ne peut rien utiliser des révélations faites devant la commission Gomery, puisqu'elle doit elle-même monter sa preuve et s'assurer que celle-ci sera assez solide pour subir un procès criminel.

Pour ce faire, la police fédérale n'a pas lésiné sur les moyens, mettant à l'oeuvre des dizaines d'agents enquêteurs. Selon les chiffres obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information par le réseau télévisé CPAC et transmis au Devoir, la GRC a maintenant dépassé le cap des deux millions de dollars de dépenses pour mener ses enquêtes. Entre mai 2002 et le 10 février dernier, la facture atteignait la somme de 1,96 million.

De ce montant, la part du lion va sans équivoque aux salaires des agents, qui dépassent 1,5 million de dollars. Les enquêteurs semblent d'ailleurs travailler d'arrache-pied sur ce dossier, puisque 284 340 $ ont été versés en heures supplémentaires. Et un peu plus de 93 000 $ ont été consacrés à des dépenses de toutes sortes.

Voilà pour les enquêtes criminelles, dont plusieurs sont toujours en cours. La commission Gomery, quant à elle, a reçu le feu vert pour dépenser 13 millions supplémentaires en 2005-06 dans le but de compléter ses travaux. Pour 2004-05, la commission avait utilisé 19 millions de son enveloppe autorisée de 20,4 millions. Donc, si aucun dépassement de coût ne survient, la commission présidée par le juge John Gomery aura coûté au trésor public 32 millions de dollars. Les 14 avocats qui oeuvrent pour la commission auront reçu environ quatre millions de cette somme.

C'est toutefois les ministères fédéraux qui devront sortir les grosses liasses de billets, puisque leurs dépenses en lien avec le scandale des commandites devraient atteindre l'impressionnante somme de 40 millions de dollars. Quatre ministères se partagent cette facture, soit les Travaux publics, la Justice, le Conseil du trésor et le Bureau du Conseil privé (le ministère du premier ministre).

Cette facture englobe une bonne partie des dépenses liées au scandale que doit éponger Ottawa. C'est-à-dire les coûts engendrés par la recherche de millions de pages de documents réclamés par la commission Gomery, les services de traduction, les frais administratifs, le personnel affecté à la loi d'accès à l'information, etc. À l'intérieur des 40 millions, le ministère des Travaux publics a réservé une enveloppe de cinq millions pour payer les frais d'avocats du gouvernement et de tous les témoins qui étaient à l'emploi du gouvernement au moment des faits, que ce soit Alfonso Gagliano ou Chuck Guité.

Le Bureau du Conseil privé prévoit sortir de sa poche 1,7 million de dollars pour les frais d'avocats de Jean Chrétien, de Jean Pelletier et de Jean Carle, tous au bureau du premier ministre à l'époque. La plupart des avocats payés par le gouvernement exigent le maximum en salaire, soit 250 $ l'heure.

Le total des coûts publics liés au scandale des commandites devrait donc atteindre 74 millions de dollars. À cette facture salée, il manque par contre encore quelques chiffres. Ainsi, les sommes engagées par les sociétés d'État comme Via Rail ou Postes Canada, elles aussi représentées en permanence par des avocats à la commission, ne sont pas encore publiques. Tout comme les frais juridiques des partis politiques, épongés partiellement par le trésor public. Le Bloc québécois, le Parti conservateur et le Parti libéral ont des avocats ou des observateurs sur place. On peut donc déjà prévoir que les coûts assumés par les contribuables pour faire la lumière sur le scandale des commandites franchiront aisément la barre des 75 millions.

Rappelons que le programme des commandites a coûté 250 millions de dollars à l'État fédéral entre 1996 et 2003, dont environ 100 millions sont allés dans les poches des agences de communication.





Du personnel politique du gouvernement Charest mêlé au scandale des commandites

Chèque ou argent liquide, du pareil au même, dit Benoît Pelletier

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 12 mai 2005

Québec -- Le gouvernement et l'opposition officielle se sont éclaboussés à qui mieux mieux hier en se relançant sur les diverses révélations ou allégations qui ont émané de la commission Gomery.

C'est le ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Benoît Pelletier, et le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, qui ont répliqué aux salves de l'opposition officielle déclenchées par le député de Joliette, Jonathan Valois, et son collègue de Drummond, Normand Jutras, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale.

Plus tôt en matinée dans un point de presse, Benoît Pelletier a réitéré ce qu'il avait affirmé la veille à l'Assemblée nationale, que c'était du pareil au même si des versements faits à du personnel politique libéral l'avaient été en liquide ou par chèques. «Je suis également le ministre responsable de la loi électorale et je peux vous dire que, dans la loi, on ne fait pas la distinction entre un chèque et de l'argent comptant. Dans les deux cas, quand il y a une illégalité, elle doit être sanctionnée, elle doit être punie», avait soutenu mardi le ministre.

À l'Assemblée nationale hier, M. Jutras a tenté de savoir si deux candidates libérales aux élections fédérales de 1997, et qui ont été nommées par la suite par le gouvernement Charest à des postes politiques, avaient reçu une partie des 120 000 $ en liquide obtenus par l'organisateur Marc-Yvan Côté pour contribuer à la campagne des candidat libéraux de l'est du Québec, et ce en contravention des lois électorales. M. Jutras visait Manon Lecours, qui fut candidate dans le comté Frontenac-Mégantic en 1997 et qui se retrouve conseillère politique de la ministre des Affaires municipales et des Régions, Nathalie Normandeau, ainsi que la déléguée générale du Québec à Boston, France Dionne, qui fut aussi candidate dans Kamouraska-Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques aux mêmes élections.

Jacques Dupuis a répliqué en accusant l'opposition officielle d'«aller à la pêche» et de «faire de la culpabilité par association». Le leader parlementaire est revenu sur les contributions de 3000 $ versées par des employés de Groupaction au Parti québécois et qui auraient totalisé, selon le témoignage du président de Groupaction, Jean Brault, 50 000 $. Il s'en est pris à Ginette Boivin et à Michel Hébert, tous deux responsables du financement du PQ.

De son côté, M. Pelletier a déterré un investissement de 200 000 $ consenti en avril 2000 par la Société générale de financement (SGF) à la firme PerformArts, dans laquelle avait aussi investi Groupaction. Jean Brault était l'un des administrateurs de cette entreprise de même que l'ancien directeur de cabinet de Bernard Landry et ex-délégué général du Québec à Londres, Daniel Audet. Renseignement pris auprès de la SGF : ce placement s'est avéré désastreux puisque la part de la société d'État dans l'entreprise a été rachetée 4000 $ par PerformArts en décembre 2004.

Enfin, Jonathan Valois a tenté de savoir pourquoi Bernard Thiboutot, qui a fait transiter des sommes liquides de Groupaction à des organisateurs libéraux, avait été payé 25 000 $ pour la campagne de Jean Charest en 2003 mais n'aurait rien reçu pour ses services en 1998 alors qu'il était responsable des communications du Parti libéral du Québec pour la région de Québec. «Rien n'indique que M. Thiboutot n'a pas travaillé à titre de bénévole», a répondu M. Pelletier.




Un système de corruption élaboré par Jacques Corriveau

Brian Myles
Le Devoir jeudi 12 mai 2005

La commission Gomery est en voie de ramener le scandale des commandites à sa plus simple expression: un système de corruption élaboré par Jacques Corriveau pour forcer les agences de publicité bénéficiaires de la manne fédérale à renflouer un PLC-Q croulant sous les dettes. Une machination enveloppée dans le mensonge et exécutée à coups de menaces de violence envers les objecteurs de conscience issus du parti.

Hier, Daniel Dezainde est devenu le troisième homme, après Michel Béliveau et Jean Brault, à réprimer ses sanglots devant la commission. Dès sa nomination à la direction générale du parti, en 2001, il s'est débattu contre un réseau de financement parallèle contrôlé par Joe Morselli et son adjoint, Beryl Wajsman, deux pions d'Alfonso Gagliano.

Lorsque M. Dezainde a voulu se débarrasser de «la branche morte qui pourrissait l'arbre» en congédiant M. Wajsman, Joe Morselli l'a vivement menacé, un souvenir très frais à sa mémoire.

M. Dezainde garde également un vif souvenir de ses démarches désespérées pour récolter du financement auprès de Jacques Corriveau, ami de Jean Chrétien et fournisseur de pancartes pour le parti. «Il m'a dit : "Écoute bien, dans le passé, j'avais mis en place un système où je recevais des ristournes sur les commissions des agences de communication. J'en gardais une partie pour mes frais, et le reste, je le mettais à la disposition du parti"», a témoigné M. Dezainde.

Il est revenu de cette rencontre, à l'été 2001, «en marchant sur les genoux. Ça m'a laissé sans voix. Ça m'a dépassé. J'ai voulu m'éloigner de lui le plus rapidement possible», a dit M. Dezainde, qui a attendu quelques années avant de faire part de l'incident à la GRC.

Michel Béliveau, ex-directeur général du PLC-Q, a affirmé qu'il a obtenu de 250 000 à 300 000 $ en liquide de Jacques Corriveau alors que Jean Brault a reçu de nombreuses demandes de financement en liquide de sa part. M. Corriveau et Benoît Corbeil étaient les principaux interlocuteurs de Jean Brault lorsque venait le temps de discuter argent comptant et enveloppes brunes. C'est seulement après le départ de Benoît Corbeil du PLC-Q que Joe Morselli a remplacé Jacques Corriveau comme interlocuteur privilégié de Jean Brault.

Jacques Corriveau a perçu sept millions de dollars en commissions sur les commandites que gérait Groupaction pour le groupe Polygone/Expour, mais c'était pour son inestimable expertise en design, a-t-il juré. Au coeur du scandale comme il ne l'a jamais été, M. Corriveau reviendra témoigner à la commission Gomery à une date ultérieure.




Joe Morselli: "Le vrai boss"

Lessard, Denis; Bérubé, Nicolas
La Presse jeudi 12 mai 2005

Le nom de Joe Morselli vient d'apparaître à l'avant-scène avec la commission Gomery. Mais, pour les libéraux de longue date, M. Morselli figure depuis longtemps parmi les éminences grises du parti, ceux qui tirent les ficelles dans les coulisses, loin des projecteurs.

Selon nos sources, ses entrées en politique, il les doit d'abord à Tommy D'Errico, longtemps le grand responsable du financement du Parti libéral du Québec. Sous le gouvernement Bourassa, le Buffet Trio, l'entreprise de M. Morselli, a obtenu de lucratifs contrats pour la préparation des aliments servis dans les cafétérias de la Baie-James. Pendant quelques années, le groupe Devesco, fondé par M. D'Errico, est même l'un de ses associés.

Devesco- propriétaire de Beaver Asphalt- a depuis fait faillite, mais Buffet Trio est toujours en affaire avec des gouvernements: il gère les cafétérias du Centre fiscal de Shawinigan, de certains bureaux d'Hydro-Québec, de la GRC et de la Société de transport de Montréal.

M. Morselli s'est temporairement éclipsé après la défaite des libéraux en 1976. Puis on le voit réapparaître avec les responsables du financement de la campagne au leadership de Robert Bourassa en 1983. C'est là que s'établit le contact avec Jean-Marc Bard, qui allait devenir grand mandarin à des postes stratégiques à Québec. M. D'Errico intervient aussi pour son poulain Morselli et lui obtient quatre mandats consécutifs à la Société immobilière du Québec (SIQ), responsable des locations d'édifices et des constructions pour tous les bureaux gouvernementaux. À l'époque, la SIQ relevait des Approvisionnement et services dont le sous-ministre était M. Bard.

Sous le gouvernement Chrétien, M. Morselli sera nommé à la Société du Vieux-Port de Montréal, qui relevait alors du ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano.

Joe Morselli était aussi actif dans une autre filière: la commission scolaire Jérôme-Le Royer, dont le président au début des années 80 était Alfonso Gagliano.

Le 29 mai 1989, Joe Morselli est réveillé en pleine nuit par une déflagration: sa voiture, garée devant sa résidence de Saint-Léonard, a explosé. M. Morselli dit ne pas avoir reçu de menaces et ignorer qui lui en veut. " Peut-être que celui qui a fait le coup n'aimait pas la couleur de mon auto! " lance-t-il aux journalistes. Certains libéraux y voient plutôt les conséquences d'âpres luttes sur la scène municipale à Saint-Léonard.

Au provincial, M. Morselli est un supporter de longue date de Cosmo Macciocia, l'ancien député libéral de Viger, désormais à la Ville de Montréal. Dans l'autre camp, on retrouve Michel Bissonnette, le président de l'Assemblée nationale, et Bill Cusano, député libéral de Viau.

En 1998, le calendrier de la tournée électorale de Jean Charest retient même le nom de M. Morselli comme organisateur d'événements-bénéfice- un permanent du PLQ a soutenu par la suite qu'il s'agissait d'un projet d'agenda et que ces événements n'ont jamais eu lieu.

Tout comme son mentor D'Errico, Morselli tient salon au restaurant Frank, rue Saint-Zotique, expliquera un vétéran libéral. C'est là par exemple qu'il invite bien des libéraux, fédéraux comme provinciaux.

Devant la commission Gomery, hier, Daniel Dezainde a d'ailleurs expliqué que Benoît Corbeil, l'ex-directeur général du PLC, l'avait amené chez Frank pour rencontrer " le vrai boss ", Joe Morselli.

Le témoignage de M. Morselli devant la commission Gomery doit avoir lieu cette semaine.

JACQUES CORRIVEAU

Qui ?

Président de la firme de graphisme Pluri-Design. Ami de l'ex-premier ministre Jean Chrétien.

Ce qu'a dit Daniel Dezainde ?

Que Jacques Corriveau lui a déclaré avoir mis en place un système complexe de ristournes sur les contrats de publicité. Il a été mis en preuve devant le juge Gomery que M. Corriveau avait récolté 6,7 millions de dollars en commissions sur divers contrats par l'entremise de Pluri-Design.

Ce qu'a dit Jacques Corriveau ?

Lors de son passage devant la commission, le mois dernier, Jacques Corriveau a nié avoir contribué à financer illégalement le Parti libéral du Canada. Il dit avoir peu de souvenirs du passé récent. " À cause des médicaments que je prends, j'ai certains problèmes de mémoire et de concentration. Il y a des choses que j'aimerais bien me remémorer. Mais c'est impossible. " Nicolas Bérubé




L'étau se resserre sur Corriveau

Mylène Moisan
Le Soleil jeudi 12 mai 2005

Montréal - Le père du Programme de commandites serait nul autre que Jacques Corriveau, le grand ami de Jean Chrétien. "Écoute bien, dans le passé, j'avais mis en place un système de ristournes avec les agences de communications. Je gardais une partie pour mes frais et je donnais le reste au Parti", aurait-il confié en 2001 à un ex-dg de l'aile québécoise du PLC.

La révélation-choc a été faite hier après-midi devant la Commission Gomery par Daniel Dezainde, qui a dirigé le PLC(Q) de 2001 à 2003. Selon ses dires, les deux hommes se seraient rencontrés, trois fois plutôt qu'une, à la taverne Chez Magnan, à Montréal. Chaque fois, M. Dezainde lance un appel à l'aide. Le Parti est dans le rouge, les finances sont l'affaire d'un ami d'Alfonso Gagliano, il ne sait plus quoi faire pour joindre les deux bouts.

Il assure ne pas avoir demandé d'argent à M. Corriveau, mais "des noms, pour faire un noyau, bâtir une équipe de gens avec lesquels reprendre le contrôle du financement du Parti. J'avais besoin d'un réseau. Il me dit que depuis que (Jean-Marc) Bard (chef de cabinet de M. Gagliano) et (Joseph) Morselli (le "vrai boss" des finances) sont là, ça ne va plus, que les choses ne fonctionnent plus comme avant. Il me dit qu'il en a assez fait, et que tant qu'ils seront là, il ne ferait plus rien".

Haut-le-coeur

Il a dit avoir rencontré M. Corriveau deux fois, "pour les mêmes raisons", avec la même fin de non-recevoir, avant que celui-ci ne lâche le morceau et lui raconte avoir mis sur pied un "système de ristournes". Pris d'un "haut-le-coeur", M. Dezainde n'a pas jugé bon de poser de questions ni de chercher à en savoir plus, parce que "ça faisait partie du passé".

Disant se sentir alors "investi de la mission du bureau du premier ministre", où il travaillait avant de devenir directeur général, l'actuel attaché de presse du ministre Jacques Saada a "voulu (s')éloigner de M. Corriveau", se demandant comment "un gars qui se prétend un grand ami du chef pouvait faire ça". Il affirme ne l'avoir jamais revu "privément depuis".

Et pourquoi n'a-t-il jamais glissé mot à personne de ce qui apparaît comme un aveu de M. Corriveau ? "Tout se passe sur fond de campagne à la chefferie larvée. Je ne voulais pas diffuser des informations aussi incroyables... Je me suis dit qu'on ne peut pas corriger le passé, mais je peux m'arranger pour que ça ne se reproduise pas", a raconté le témoin, qui s'est impliqué activement en 2000 pour le camp de Paul Martin. M. Corriveau était de l'autre côté du ring.

C'est également lors de ces rencontres à la taverne que M. Dezainde a "constaté que M. Corriveau et (Jean-Marc) Bard se détestent. Il me dit que depuis que Bard est là, les choses ne fonctionnent plus comme avant. Il me dit que c'est pour ça qu'il ne fait plus rien".

Appelé à commenter les affirmations de Benoît Corbeil, son prédécesseur comme dg du PLC(Q), M. Dezainde a nié catégoriquement avoir reçu une enveloppe remplie d'argent pendant la campagne électorale de 1997. Attaché politique au bureau du premier ministre à l'époque, il jure avoir pris un congé sans solde et avoir été payé par le "national" du PLC, jamais par l'aile québécoise, que ce soit par chèque ou en argent comptant.

Dans son témoignage en début de semaine, M. Corbeil a affirmé avoir reçu 50 000 $ comptant de Jean Brault, alors patron de Groupaction, pour payer les travailleurs électoraux provenant des bureaux politiques. Il a raconté avoir remis 5000 $ à M. Dezainde, 3000 $ pour lui et 2000 $ pour "une amie" dont il ne pouvait se souvenir du nom. "Je vois qu'à 40 ans, il y en a qui voient encore des amis imaginaires", a répliqué M. Dezainde, lorsque invité à identifier l'inconnue.

MMoisan@lesoleil.com




Normandeau pète les plombs
La commission Gomery fait monter la tension à l'Assemblée nationale

Lessard, Denis; Chouinard, Tommy
La Presse jeudi 12 mai 2005

Québec - La cascade des révélations de la commission Gomery a déclenché une foire d'empoigne hier à l'Assemblée nationale. Au milieu des invectives, furieuse de voir ses collaborateurs éclaboussés, la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, a défié les élus péquistes de répéter leurs accusations en dehors du Parlement, sans se cacher derrière l'immunité parlementaire.

Prévoyant que le ton allait monter en Chambre dès la matinée, le ministre des Relations intergouvernementales, Benoît Pelletier, a tenté de freiner les ardeurs des adversaires péquistes. " On en arrive à un contexte d'inquisition élargie au Québec, alors qu'on a une vie politique qui a toujours été assez saine par rapport à ce qui se fait ailleurs ", a lancé M. Pelletier.

Cette mise en garde n'a pas empêché les attaques de l'opposition de pleuvoir dru au Salon bleu.

Normand Jutras à l'attaque

Avec le témoignage, mardi, de Marc-Yvan Côté qui a reconnu devant la commission Gomery avoir distribué 120 000 $ en liquide pour venir en aide aux candidats du PLC aux élections de 1997, l'ancien ministre de la Justice, Normand Jutras, a demandé à Mme Normandeau si Manon Lecours, employée politique à son cabinet ministériel, avait eu droit à ces faveurs quand elle était candidate- défaite-, du Parti libéral du Canada, dans la circonscription de Mégantic, en 1997.

Plus tôt, M. Jutras avait mis sur la sellette France Dionne, nommée par Jean Charest déléguée générale du Québec à Boston. Ex-députée, Mme Dionne avait mordu la poussière comme candidate libérale fédérale dans le Bas-du-Fleuve en 1997. " Le premier ministre peut-il nous dire s'il a fait des vérifications auprès de Mme Dionne ", de lancer le député péquiste de Drummond, sans avoir de réponse de Jean Charest.

Déjà Mme Normandeau avait été piquée au vif quand le député péquiste de Joliette, Jonathan Valois, avait demandé si elle s'était enquise auprès de son chef de cabinet Bruno Lortie- longtemps un lieutenant de Marc-Yvan Côté-, s'il avait bel et bien bénéficié de 15 000 $ sous la table pour son travail à la campagne du PLC en 2000.

M. Lortie avait, comme Claude Lemieux, un adjoint de Jean Charest, nié ces allégations faites sous serment par l'ancien directeur général du Parti libéral du Canada, Benoît Corbeil.

" Expéditions de pêche "

Mme Normandeau, hors d'elle, hurlait aux députés Valois et Jutras d'aller répéter leurs allégations en dehors de l'Assemblée nationale, où ils ne seraient plus couverts par l'immunité parlementaire.

Jacques Dupuis, leader parlementaire du gouvernement, a dû sauter sur la glace pour que son équipe retrouve la rondelle, qualifiant d'" expéditions de pêche " les allusions des deux députés péquistes.

À chaque occasion, il a rappelé que le président de Groupaction, Jean Brault, avait révélé que deux responsables du financement au PQ, Ginette Boivin et Michel Hébert, avaient donné à l'homme d'affaires de Longueuil le " cours 101 du financement illégal ".

Pour lui, les révélations de M. Brault ont débouché sur des faits vérifiables: des employés de Groupaction ont subitement versé des milliers de dollars au PQ, argent que Bernard Landry a reconnu comme étant " illégitime " en précisant qu'il serait aiguillé vers un fonds en fidéicommis- on y a accumulé 30 000 $.




La corruption morale du PLC (Québec)

Michel Vastel
Le Soleil jeudi 12 mai 2005

"On associait le mot Canada au Parti libéral. Avec le temps, les gens (au Québec) associaient libéral à Canada..." - Benoît Corbeil, ancien directeur du Parti libéral du Canada au Québec.

Jean Charest devrait lire attentivement le témoignage de mardi de M. Corbeil. Il comprendrait pourquoi, en 1997 et en 2000, le Parti progressiste conservateur - son parti - n'a pas réussi un retour au Québec. Son chef était Québécois tout de même. Et, Lucien Bouchard parti, le Bloc québécois n'était plus aussi menaçant.

Comme Benoît Corbeil l'a expliqué, le Programme des commandites augmentait la visibilité du gouvernement du Canada dans les régions du Québec et servait en même temps les intérêts du parti. Les fameuses "tournées régionales" des ministres favorisaient ses candidats. En définitive, le Parti libéral - "le Parti du Canada" - se trouvait à faire le plein des voix fédéralistes. Il n'en restait pratiquement plus pour le Parti progressiste conservateur ou le Nouveau Parti démocratique.

Le témoignage de Benoît Corbeil a également permis de comprendre ce qu'était cet obscur "réseau libéral" : il comprenait le bureau du premier ministre bien sûr (il est le chef du Parti), l'Agence libérale fédérale qui en assure le financement, la permanence du PLC à Ottawa et, "par ricochet, d'ajouter l'ancien directeur du Parti, le Conseil de l'unité canadienne."

"Par ricochet" ? Les membres du Conseil seraient-ils donc libéraux "par ricochet" ? Voilà qui serait bien embarrassant pour l'actuel président, Bob Rae, ancien premier ministre social démocrate de l'Ontario, ou pour un ancien président comme Peter White, associé de Conrad Black et financier notoire du Parti conservateur.

Avec le temps, le Parti libéral du Canada a donc détourné le Conseil de l'unité canadienne de sa mission première. Sa Charte dit en effet qu'il s'agit "d'un organisme non partisan, sans but lucratif, (qui) rassemble des milliers de bénévoles convaincus qu'une meilleure connaissance de la nature et du fonctionnement des institutions canadiennes contribue à renforcer le sentiment d'appartenance au pays (...) D'allégeances politiques diverses, (ses membres) mettent de côté leurs divergences pour promouvoir ensemble les avantages d'un fédéralisme qui valorise, malgré ses tensions inhérentes, les régionalismes économiques, politiques, sociaux et culturels propres au Canada."

En 2004, le Conseil de l'unité canadienne a reçu des subventions gouvernementales de 13,8 millions $ sur un budget de près de 17 millions $, soit 81 %. Si le Conseil est implicitement devenu, particulièrement au Québec, une "extension" du Parti libéral, on assiste là à un détournement de fonds - 13 ou 14 millions $ par année - plus grave encore que les quelques centaines de milliers de dollars pigés dans la caisse des commandites pour les besoins du Parti.

La corruption du Parti libéral du Canada est telle que même ses cadres supérieurs, comme Benoît Corbeil, ne se posent pas de questions sur la validité morale de leurs gestes d'organisateurs politiques. C'est ainsi qu'il a expliqué la présence de "faux bénévoles" dans les campagnes électorales. En fait, il y avait deux organisations parallèles, l'une très officielle, facile d'accès, dont chaque recette et chaque dépense était soigneusement comptabilisée. Et il y en avait une autre, sur un autre étage, clandestine et absolument inaccessible.

On savait que cela existait généralement dans les quartiers généraux de tous les partis, mais Corbeil a ajouté que c'était aussi la pratique dans les circonscriptions de Bourassa (Denis Coderre), de Louis-Hébert (Hélène Sherrer), de Verdun (Liza Frulla) et, "cela va de soi", de Saint-Maurice (Jean Chrétien).

Lorsqu'on lui a demandé s'il était approprié d'accepter des sommes d'argent comptant et de rémunérer illégalement des travailleurs d'élection, Corbeil a répondu : "Je me suis dit, c'est comme ça que ça se fait..."

Il n'avait pas tort sur le fond : il est vrai que les employés politiques de tous les élus se mettent au service de leur parti pendant la campagne électorale. Mais pour cela, ils doivent se mettre en congé sabbatique. Ce ne sont pas tous les employés qui - à l'instar des avocats ou des ingénieurs - ont les moyens de se priver de leur salaire pendant cinq semaines. Il faut donc les "compenser", par toutes sortes de moyens. Certains employés sont "payés", ou de généreux frais de subsistance leur sont remboursés à même la petite caisse du parti, ou par des entreprises privées et des centrales syndicales. Ces transactions ne sont généralement pas déclarées parce que le budget officiel des candidats et des partis ne permettrait pas d'aussi importantes dépenses.

Si le gouvernement du Québec avait lancé une Commission d'enquête "à-la-Gomery" sur les activités de la campagne référendaire de l'automne 1995, il aurait découvert que tous les employés francophones ou bilingues des cabinets des ministres fédéraux, les adjoints des députés et même quelques fonctionnaires du Conseil privé, ont travaillé dans divers bureaux du camp du "Non" à Montréal. On avait même loué un discret hôtel-appartements à l'ouest du boulevard de Maisonneuve pour les héberger. Ils étaient sous les ordres de Michèle Dorais, aujourd'hui sous-ministre de Développement économique Canada. Mais soyons justes : tous les employés du Bloc se sont eux aussi mis au service de "la cause".

Le juge Gomery a éprouvé de la difficulté à laisser Benoît Corbeil poursuivre son témoignage sur ce point. Quel est le rapport avec le Programme des commandites ? se demandait-il. Il y en a un Monsieur le juge...

À partir de 1995, le Québec est devenu le champ de bataille du Canada. Et le Parti libéral se l'est approprié, annexant littéralement le Conseil de l'unité canadienne, et expulsant le Parti progressiste conservateur. (Les quelques irréductibles qui avaient survécu comme André Harvey (Chicoutimi), Diane St-Jacques (Shefford) et David Price (Compton-Stanstead) ont été débauchés).

La bataille pour le Canada - tout comme le Programme des commandites - était devenue la chose du Parti libéral du Canada. Il est dommage que Jean Charest n'ait rien à dire là-dessus puisqu'il en fut la victime avant de venir à Québec. En fait, il y aurait là matière à une Motion de blâme - unanime - de l'Assemblée nationale du Québec...

Mvastel@lesoleil.Com




Dezainde en rajoute pendant son contre-interrogatoire

Rollande Parent
Presse Canadienne jeudi 12 mai 2005

L'avocat d'Alfonso Gagliano a expérimenté l'effet boomerang, jeudi, à la suite des questions posées au témoin Daniel Dezainde, directeur général du Parti libéral du Canada, section Québec, à compter de mai 2001.

La veille, devant la Commission Gomery, M. Dezainde a révélé l'existence d'une structure de financement parallèle connue du ministre Gagliano, qui était à ce moment lieutenant politique au Québec et qui, pour les questions de financement, référait systématiquement M. Dezainde à son chef de cabinet, Jean-Marc Bard, et à un de ses amis de longue date, Joe Morselli. M. Bard a été embauché par le ministre à la suite de l'intervention de M. Morselli.

Me Pierre Fournier a tenté de miner la crédibilité du témoin en suggérant qu'il a laissé faire, qu'il aurait pu notamment se tourner vers le ministre Gagliano.

«M. Morselli prétendait agir sous les ordres du ministre Gagliano et se baladait à travers le Québec en disant qu'il prenait son pouvoir du ministre Gagliano et qu'il faisait régler des factures par des tiers», a d'abord avancé M. Dezainde.

«Dans ma recherche d'informations dès mon entrée en fonction jusqu'au 29 juin, pendant toute cette période, je découvrais à chaque jour et à chaque détour de plus en plus d'éléments indiquant que des gens se servaient du parti pour faire du financement qui n'était pas légal et, ce qui est encore plus préoccupant pour votre client qui était mon patron à l'époque, c'était qu'on se servait de son nom pour justifier ces choses-là», a poursuivi le témoin.

«Avez-vous téléphoné à M. Gagliano pour lui dire ça ?», a demandé Me Fournier.

«Je parlais au ministre Gagliano à tous les jours. Je l'ai rencontré à plusieurs reprises et je lui ai confié mes préoccupations au sujet du financement. Comme réponse, il me disait : «Il y a deux personnes à qui tu parles pour le financement, c'est à Jean-Marc Bard et Joe Morselli».




Tony Mignacca nie avoir intimidé Jean Brault

Brian Myles
Le Devoir vendredi 13 mai 2005

L'homme qui a fait pleurer Jean Brault, Tony Mignacca, a nié avoir exercé des pressions sur le publicitaire lors de son témoignage hier devant la commission Gomery.

Lors de son renvoi de Groupaction, Alain Renaud a demandé à Tony Mignacca de mettre un peu de pression sur Jean Brault pour qu'il le reprenne à son service. Il croyait que la présence de l'organisateur en chef d'Alfonso Gagliano à ses côtés pourrait influencer la décision de M. Brault.

M. Mignacca a bien rencontré Jean Brault. «Il ne s'est rien dit d'important. M. Brault, il déparlait», a assuré M. Mignacca.

Le publicitaire avait fondu en larmes, lors de son passage devant la commission Gomery, lorsqu'il s'est remémoré cette soirée en compagnie de MM. Renaud et Mignacca. «Le ton n'était pas correct», avait alors dit Jean Brault. M. Mignacca lui avait laissé entendre qu'il perdrait ses contrats avec Via Rail s'il ne reprenait pas Alain Renaud, une version niée en totalité hier par Tony Mignacca, un ami indéfectible d'Alfonso Gagliano et de Joe Morselli.

Les trois hommes avaient d'ailleurs été des partenaires d'affaires dans les années 80, unissant leur expertise pour compléter le chantier de la fameuse tour penchée, un immeuble commercial distinctif du paysage de Saint-Léonard. Ces liens n'ont pas faibli avec le passage des années.

Contre-interrogatoire

Daniel Dezainde se targue d'avoir voulu assainir les moeurs au sein du Parti libéral du Canada, section Québec (PLC-Q), mais il a dormi pendant quatre ans sur les fracassantes révélations de Jacques Corriveau, le père du «système de ristournes» mis en place pour renflouer les coffres du parti aux dépens des agences de publicité.

À l'été 2001, M. Dezainde sollicite les conseils de Jacques Corriveau, un ami intime du premier ministre Jean Chrétien, pour sortir le PLC-Q de l'encre rouge. «Il m'a dit : "Écoute bien, dans le passé, j'avais mis en place un système où je recevais des ristournes sur les commissions des agences de communication. J'en gardais une partie pour mes frais, et le reste, je le mettais à la disposition du parti», a témoigné M. Dezainde mercredi.

(Photo: Tony Mignacca, un ami indéfectible d’Alfonso Gagliano et de Joe Morselli, a nié hier avoir laissé entendre à Jean Brault qu’il perdrait ses contrats avec Via Rail s’il ne reprenait pas Alain Renaud, renvoyé de Groupaction. Jean Brault avait fondu en larmes à la commission Gomery lorsqu’il s’était remémoré cette soirée en compagnie de MM. Renaud et Mignacca.)

L'ex-directeur général du PLC-Q a réagi à la vitesse de l'éclair quand il a congédié le collecteur de fonds Buryl Wajsman. Il s'est rendu à Ottawa pour informer Percy Downe, le chef de cabinet du premier ministre, qu'il avait perdu le contrôle du financement au profit d'un réseau parallèle dirigé par Joe Morselli, un ami d'Alfonso Gagliano.

Même s'il était estomaqué par les confidences de Jacques Corriveau, Daniel Dezainde n'en a pas soufflé mot au cabinet du premier ministre. «Je ne voulais pas prêter foi à ce que M. Corriveau me disait parce que c'était trop gros, c'était trop absurde», a-t-il dit.

En fait, M. Dezainde a gardé le silence jusqu'à son témoignage devant la commission Gomery. Il est vrai qu'il a rencontré la Gendarmerie royale du Canada tout récemment, mais c'était pour «demander de la protection». «Je continue d'avoir la même crainte, la même angoisse», a-t-il dit.

M. Dezainde appréhende toujours des représailles de la part de Joe Morselli, qui lui avait lancé une déclaration de guerre en le pointant «à deux pouces du nez» lors du congédiement de Buryl Wajsman. Même s'il craint pour sa sécurité, M. Dezainde n'a jamais appelé la police avant aujourd'hui.

Malgré l'avalanche de textes sur le scandale des commandites et un minutieux rapport de la vérificatrice générale, c'est seulement lorsqu'il a pris connaissance du témoignage de Jean Brault que Daniel Dezainde a pu «mettre ensemble les pièces du puzzle», une préoccupation qui le tenaillait depuis 2001.

Fidèle du clan Martin malgré un bref séjour au cabinet de Jean Chrétien, Daniel Dezainde est aujourd'hui attaché de presse du ministre libéral Jacques Saada. Il espère que son témoignage à la commission viendra «boucler la boucle» de ses efforts afin «d'assainir la situation au parti».




L'ami de Gagliano a oublié "les dates et les années"

Mylène Moisan
Le Soleil vendredi 13 mai 2005

Montréal - Tony Mignacca, Alfonso Gagliano et Joseph Morselli sont à tel point amis qu'ils ont fondu leurs noms dans une compagnie, dans les années 80 : Migamor. Et pourtant, le premier jure ne pas avoir la moindre idée de ce que "Joe" faisait pour le Parti libéral du Canada au Québec.

C'était au tour de M. Mignacca, hier, d'être appelé à faire sa contribution devant la Commission Gomery, notamment en ce qui a trait à l'implication réelle de l'ex-ministre Gagliano et de Joseph Morselli, que d'autres témoins ont décrit comme le véritable patron du financement du PLC section Québec, et dont les méthodes ont été mises en doute.

Répétant ad nauseam avoir "de la misère avec les dates et les années", M. Mignacca n'a pas beaucoup aidé le juge John Gomery à assembler les morceaux manquants du casse-tête des commandites. Organisateur en chef dans Saint-Léonard, la circonscription de M. Gagliano, depuis 1984, il a juré n'avoir jamais discuté de financement ni des affaires du Parti avec Morselli, pourtant un très grand ami depuis plusieurs années.

Invité à expliquer ce que M. Morselli faisait pour le Parti, M. Mignacca a parlé d'un simple "appui moral", précisant qu'il était passé du côté des conservateurs pendant deux élections "probablement" lorsqu'ils étaient au pouvoir. Il est revenu au bercail en 1993, lorsque les libéraux ont repris les rênes du gouvernement.

"Morselli est revenu militer pour le Parti libéral du Canada, section Saint-Léonard. Il n'occupait aucune fonction pour Gagliano. C'était un ami. Il ne faisait pas partie de l'association. M. Morselli n'a jamais fait partie de la structure. Il ne faisait absolument rien", a affirmé M. Mignacca.

Puis, en 1997, il constate que son ami Joe travaille pour la permanence du Parti à Montréal. Que fait-il ? "J'ai entendu ça. Je sais qu'il s'occupait du Parti, mais je ne savais pas son rôle. Je sais qu'il faisait partie de la commission de financement lorsque j'étais au bureau d'Alfonso. C'était probablement en 2001." Il ne discutait pas de ses activités de financement ? "Non. Pourquoi il aurait fait ça ? À moi, il ne parlait pas de ça."

Avant lui, deux ex-dg du PLC(Q), Benoît Corbeil et Daniel Dezainde, ont pourtant décrit M. Morselli comme le véritable maître d'oeuvre du financement, catapulté au Parti par M. Gagliano. C'est M. Morselli qui aurait fortement "suggéré" à M. Corbeil d'engager un certain Beryl Wajsman, que M. Dezainde a présenté comme "la branche qui pourrissait l'arbre".

Lorsqu'il a travaillé à la permanence du Parti, en 1997, M. Mignacca a connu Alain Renaud, lobbyiste pour Groupaction, qui venait "fumer dans (son) bureau". Il a dit hier ne pas trop savoir non plus ce qu'il faisait au Parti. "Je crois qu'il n'avait aucun rôle, mais il était souvent là."

M. Mignacca soupait avec M. Morselli Chez Frank, dans la Petite Italie, quand il a reçu un appel de M. Renaud, un soir, "vers 22 h, 22 h 30", lui demandant de le rejoindre dans un restaurant de la rue Saint-Laurent pour "rencontrer quelqu'un d'important". Arrivé sur les lieux, M. Renaud lui présente "Jean Brault, mon boss". M. Brault est alors propriétaire de Groupaction.

Selon le témoignage de M. Mignacca, M. Brault "avait les yeux rouges pas mal et se tenait pas facilement debout. Il déparlait un peu. Après 15 minutes, je lui ai dit il faut que je m'en aille et je suis parti".

Contrairement à la version de M. Renaud, M. Mignacca affirme que la discussion s'est limitée "à des banalités" et qu'il n'a jamais été question de la relation d'affaires - sur le point de se terminer - entre M. Brault et M. Renaud.

Quelque temps plus tard, M. Renaud aurait expliqué à M. Mignacca que sa "relation avec Gagliano pouvait l'aider (à être réembauché par M. Brault). Il m'a dit merci d'être venu m'aider. Il pensait que j'étais influent", raconte l'ex-organisateur, qui n'a toutefois pu se rappeler en quelle année, entre 1996 et 2001, cette fameuse rencontre avait eu lieu.

MMoisan@lesoleil.com




Gomery witness had more to say

Josée Legault
The Montréal Gazette May 13, 2005 Friday

Strange things have happened at the Gomery commission this week. Strangest of all was how Justice John Gomery failed to ask some pretty important questions.

One episode had to with Daniel Dezainde, a former director-general of the Liberal Party's Quebec wing. In a shocking revelation, he said he was threatened by Joe Morselli, portrayed by Dezainde's predecessor as the "real boss" of the Quebec wing.

Morselli was brought in by his close friend, Alfonso Gagliano, minister responsible for the sponsorship program, to do party financing and pay the bills. An ugly incident happened after Dezainde fired Beryl Wajsman, a guy Morselli hired, but whom Dezainde said was lobbying instead of fundraising.

Dezainde said Morselli went ballistic, tried to blackmail him and pointed his finger at him, saying "from now on, it's war between you and me." Dezainde feared for his physical safety to the point where he called his friends to tell them what to do if anything happened to him.

He also called Gagliano, who trivialized the incident by saying Morselli just had a hot temper. Now, in the world of politics, especially at the top, conflicts can get ugly and very personal, but they don't usually involve threats to someone's safety.

What Dezainde says happened is unacceptable in modern politics. It is even more troubling after the testimony of former Groupaction president Jean Brault, who said he used to check under his car in the morning for explosives. Dezainde, thus, becomes the second witness to say he feared for his security.

Three weeks ago, Dezainde went to the RCMP for protection: "I feared my testimony could pose risks to my health, given that I had been threatened by Morselli." Clear enough.

But during the two days of testimony about Morselli's threats, Gomery failed to ask Dezainde the reasons why he feared for his physical well-being. Why were Morselli's words seen by Dezainde, a seemingly calm man, as a direct threat to his personal safety?

Could it be that Morselli felt protected enough that he knew he could make such crass threats with total impunity? This man was close friends with Gagliano, who was also Prime Minister Jean Chretien's chief organizer in Quebec and the guy who handed out all the government contracts.

In other words, did Morselli feel protected because he was close to what Dezainde's predecessor, Benoit Corbeil, referred to as the powerful "Liberal network" - the one that controlled party financing, including those envelopes full of illegal cash, and partisan nominations, including those of judges and others?

Surprisingly, Gomery refused to allow Corbeil to testify about this network. In an interview, Corbeil's lawyer Guy Bertrand said his client was about to name powerful Liberals and those who benefitted from partisan nominations, including judges and immigration commissioners, as well as those who got hefty contracts, some through the sponsorship program.

On Tuesday, not only did Gomery refuse to hear Corbeil on this, but some of the commission's lawyers jumped up to object. They said it wasn't relevant to the inquiry. Bemused, Bertrand replied his client wanted to talk about the "origins" of the sponsorship program, who controlled it and the ideological and partisan purposes it served. One would think the origins and aims of the program would be most relevant to the commission's work. But the judge and lawyers disagreed.

They did so even though the commission's lawyers were given this list of names by Corbeil at his pre-interrogation. But because what is said in pre-interrogations cannot be quoted in the final report, Canadian voters might never get to see this important list.

Bertrand says Corbeil wanted to explain the purposes of the sponsorship program. One was ideological: to fight separatism. But one was partisan. The program, Bertrand says, also aimed at "equating the Liberal Party with federalism, Canada and the defence of minorities through the Charter of Rights." The desired result was to marginalize Conservatives in this polarized post-referendum context.

But for this to happen, his client wanted to explain that Liberals need to be in power. And "for power, it takes money and people who give their services to the party in exchange for future rewards." Some of that money was public money funnelled back into Liberal coffers through the sponsorship program.

So the question remains as to why Gomery forbade Corbeil to talk about the Liberal network, but he let the Liberal Party's lawyer go on for hours, discrediting Corbeil's character by suggesting he'd kept the "dirty money" to renovate his cottage.

When a commission looks into any major scandal, unasked questions are sometimes more troubling than unanswered ones.