De Gaulle et le Québec


LA PRESSE QUÉBÉCOISE avril 2005

Il faut soutenir le Québec
Note apposée par de Gaulle sur un télégramme de l’Ambassadeur de France à Ottawa, 22 décembre 1967

De tout ce que j’ai fait, c’est le Québec qui fut le plus mal compris. Ils ont cru que je ne tournais plus rond... » a dit le général de Gaulle peu de jours avant sa mort.

On conçoit la stupeur des Français quand, au lendemain matin du 24 juillet 1967 (le Vive le Québec libre), ils apprennent que « le Président de la République, en visite dans un pays étranger, ami et allié, avait lancé un appel à la révolte », car c’est en substance ainsi qu’on annonça la nouvelle en France ! On conçoit aussi l’empressement à s’indigner de tous ceux dans le monde qui, pour une raison ou une autre, avaient un sentiment d’irritation ou de jalousie à l’égard de ce personnage grandiose et qui saisirent l’occasion pour le critiquer.

Mais il est inadmissible que les observateurs professionnels, journalistes ou analystes de la chose publique, n’aient pas compris que le voyage de de Gaulle au Québec était un événement historique, comparable à l’envoi de Jacques Cartier par François Ier, et non pas d’une simple et aimable visite d’un chef d’état dans un pays étranger.

Bien des gens s’imaginent que, le 24 juillet 1967, le Général a eu une illumination subite ou alors qu’il a voulu assouvir une rancune contre les Anglo-saxons, les Britanniques, ou même les Américains. Non, les causes ne sont pas sur les bords de la Tamise, ni sur ceux du Potomac, mais sur les rives du Saint-Laurent. L’explication est plus simple mais haut placée : son sens du devoir. De Gaulle connaissait, et depuis très longtemps, la situation étonnamment coloniale du peuple Canadien-français. Servir les Canadiens- français, c’était pour lui, une très vieille obligation, et souvent renouvelée.

En voici quelques preuves :

- C’est aux futurs Québécois que de Gaulle a adressé son premier discours, à Londres, juste après son célèbre appel du 18 juin 40 « La France a perdu une bataille. Mais la France n’a pas perdu la guerre ». Le 1er août 1940, de Gaulle leur parlait, par radio : « Personne au monde ne peut comprendre la chose française mieux que les Canadiens français. » Il continuait : « L’âme de la France cherche et appelle votre secours parce qu’elle trouve dans votre exemple de quoi animer son espérance en l’avenir. Puisque, par vous, un rameau de la vieille souche française est devenu un arbre magnifique. »

- En 1944, au titre de Chef de la France libre, de Gaulle est venu à Québec; il raconte son émotion : « Je m’y sens comme submergé par une fierté française, bientôt recouverte par celle d’une douleur inconsolée, [fierté et douleur] toutes deux venues du lointain de l’histoire ». À son second voyage, il dit aimablement à Ottawa : « Nous avons plusieurs choses en commun », allusion claire à son intérêt envers le Québec.

- Au troisième voyage de de Gaulle au Canada, en 1960, les Canadiens français se montrèrent indifférents (c’était encore « la grande noirceur » !) et les Canadiens anglais très désinvoltes. Le programme de ces quatre journées était exactement le même que celui que le Général refusa d’adopter sept ans plus tard. Il alla ensuite aux États-Unis où il fut reçu avec enthousiasme. À son arrivée à Ottawa, il avait achevé son discours par : « Vivent les peuples libres ». Cette expression n’étonna pas... Pourtant, elle était très signifiante.

Et l’analyse qu’il fit de son voyage de 1960 est impressionnante :

« Auparavant je n’avais pu qu’entrapercevoir les réalités profondes qui font de la fédération canadienne un État perpétuellement mal à son aise, ambigu et artificiel. Cette fois, je vais le discerner nettement, quoique ce ne doive être encore que sous une lumière tamisée. En quittant ce pays, je me demande si ce n’est pas grâce à l’institution d’un État de souche française à côté d’un autre de souche britannique, coopérant entre eux dans tous les domaines, librement et, de préférence, associant leurs deux indépendances afin de les sauvegarder, qu’un jour le Canada effacera l’injustice qui le marque, s’organisera conformément à ses propres réalités... »

Ainsi, quelques mois avant le début de la Révolution tranquille, De Gaulle proposait, au nord des États-Unis, deux états indépendants, associant de préférence « leurs indépendances pour un meilleur bien commun. ». Cela éclaire la manière dont il reçut Jean Lesage, écrivant en septembre1963 : « Le Canada français deviendra nécessairement un état »

Résumé du début d’un mémoire de PIERRE-LOUIS MALLEN, octobre 1994 fait par CHANTAL MALLEN mars 2005
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Pour en finir avec 1995

Richard LeHir
(L'auteur est avocat et conseiller en gestion. Il a été ministre délégué à la Restructuration dans le cabinet Parizeau du 26 septembre 1994 au 9 novembre 1995.)
LA PRESSE mercredi 18 mai 2005

Dix ans après la tenue du référendum, le combat pour le cœur et l'esprit des Québécois fait toujours rage. D'un côté comme de l'autre, fédéralistes et souverainistes essaient de rallier à leur cause ce tiers des québécois dont l'opinion fluctue selon les aléas de la conjoncture, favorisant tantôt les uns, tantôt les autres, au grand désespoir des stratèges des deux bords qui voudraient bien revendiquer victoire.

Choqué par le rejet de l'accord du Lac Meech puis par le cafouillage de Charlottetown, et inquiet de l'endettement du Canada qui menait tout droit le pays à la faillite en 1994, je me suis retrouvé au cœur du débat sur l'avenir du Québec, y sacrifiant ma famille et ma carrière, ministre dans le gouvernement Parizeau en plein débat référendaire et investi de la préparation des fameuses études.

C'est un euphémisme de dire que ce fut une année difficile. En fait, le résultat très serré du référendum suffit à lui seul à expliquer pourquoi. Et il explique aussi pourquoi, dix ans après, la question n'est toujours pas résolue. Pour ma part, j'ai décroché après le référendum, essayant de me donner le recul nécessaire pour comprendre ce qui s'était passé.

Cet exercice de réflexion s'est traduit par la publication d'un essai chez Stanké en 1997, intitulé La prochaine étape, le défi de la légitimité. J'étais loin de me douter que j'avais mis le doigt sur le problème de façon aussi juste. Dès l'année suivante, la Cour Suprême confirmait ma thèse selon laquelle la question de l'avenir du Québec reposait d'abord et avant tout sur la légitimité de la démarche qu'il emprunterait pour le déterminer.

Et depuis ce temps-là, nous avons appris par quels moyens le camp fédéraliste avait cherché à se gagner l'attachement des Québécois, compromettant par sa balourdise et les magouilles foireuses d'opportunistes peu scrupuleux le capital de légitimité que le Canada avait récupéré au Québec suite au redressement des finances publiques, à l'incapacité du camp souverainiste de relancer le débat référendaire du fait de l'absence de «conditions gagnantes», et à la décision fédérale de ne pas suivre les États-Unis et l'Angleterre dans le conflit irakien en choisissant plutôt d'enligner (sic) le Canada sur la position des pays dits «multilatéralistes», France en tête. Fortement opposés à la guerre en Irak, jamais les Québécois ne s'étaient sentis si fiers d'être Canadiens, pour paraphraser ce désormais célèbre commentaire de René Lévesque le soir de sa victoire en 1976.

Pour sa part, le camp souverainiste tentait de reprendre l'initiative du débat. En l'absence d'une vague de fond en faveur de son option, il en était réduit à capitaliser sur les erreurs que pourrait commettre l'adversaire. Le scandale des commandites allait lui fournir la plus belle des occasions.

Sentant le vent enfin tourner, les stratèges péquistes ne perdirent pas de temps à se remettre à l'œuvre. Première salve : le document budgétaire rendu public par François Legault avec la bénédiction de Landry et de Parizeau. Au lieu de relancer le débat sur des bases plus saines, le PQ retombait dans les astuces, les faux fuyants, les faux semblants et les demies vérités qui entachent sa démarche depuis le début, sans comprendre qu'une indépendance arrachée à la population sur cette base n'aurait aucune légitimité et précipiterait le Québec dans une aventure dangereuse et coûteuse dont tous les Canadiens feraient les frais, Québécois y compris.

À cet égard, le dernier sondage Léger Marketing effectué pour le Journal de Montréal devrait amener les stratèges péquistes à une profonde remise en question.

En effet, ce sondage illustre avec une rare clarté toute l'ambivalence des Québécois sur leur avenir, à la fois souverainistes et Canadiens. Et aux lendemains qui chantent annoncés il y a tout juste deux semaines par François Legault, ce sondage vient apporter un sérieux bémol. En effet, 8 % de la population totale du Québec le quitterait «certainement» en cas d'indépendance, et 15 % le quitteraient «peut-être». Ce sont donc entre 600 000 et 1 125 000 personnes qui pourraient quitter le Québec en cas d'indépendance, ce qui représenterait une perte dans notre PIB se situant n'importe où entre 20 milliards et 36 milliards de dollars. De quoi donner des sueurs froides même à l'indécrottable optimiste qu'est François Legault.

Pour ma part, par crainte de me faire taxer d'alarmiste, je m'étais limité, dans ma critique publiée dans La Presse et The Gazette, à chiffrer cet exode, de façon conservatrice comme je le disais, à 300 000 personnes, et les répercussions économiques à 10 milliards de dollars. Je m'étais même abstenu d'évoquer la possibilité que des francophones puissent se joindre à ce mouvement. J'étais largement en deçà du compte. Quant à la fiabilité du sondage, on peut difficilement accuser Jean-Marc Léger de biais contre les souverainistes.

Mais l'irresponsabilité des dirigeants péquistes m'amène aujourd'hui à rendre publics certains événements survenus durant la campagne référendaire et inconnus du grand public. Ces faits devraient permettre à celui-ci de comprendre toute l'importance de demeurer vigilant à l'endroit des deux camps et de ne pas se fier aveuglément à celui qui, de temps à autre, a l'air le moins mauvais. Ils font en outre ressortir l'absence totale de souci pour l'éthique des moyens mis en œuvre par le camp souverainiste pour atteindre ses fins.

1 - La manipulation

Sur les traces de Goebbels


Quelques semaines après l'assermentation du nouveau Gouvernement, je recevais un appel du Bureau du Premier Ministre. Monsieur Parizeau voulait me rencontrer toutes affaires cessantes pour me confier une mission spéciale. Mes bureaux à Québec étant situés au Conseil Exécutif (le bunker), je n'avais que l'ascenseur à prendre pour me rendre à la convocation.

L'air grave et préoccupé, le PM me montra du doigt sur sa table deux tomes épais. IL s'agissait, selon ses explications, d'une étude que le PQ avait fait faire en 1985 sur les recommandations pressantes de Jean-Pierre Charbonneau, quelques mois avant d'être défait aux élections générales par les Libéraux. Je devais en prendre rapidement connaissance et lui revenir dans les deux semaines avec mes recommandations.

C'était ma première convocation au bureau du PM depuis ma nomination, et j'étais, bien sûr, impressionné. Je rentrai à mon bureau pour me plonger avidement dans la lecture de ces deux briques. Je mis un moment à comprendre de quoi il s'agissait. En fait, le PQ avait fait faire une étude à un professeur de l'Université Laval (son nom m'échappe) mais qui était reconnu pour ses interventions en psychanalyse. Il avait été mandaté pour découvrir quels étaient les fondements des peurs qu'entretenaient une proportion importante de Québécois à l'endroit de la souveraineté.

Pour mener à bien son étude, il avait usé d'un subterfuge. Il avait constitué des groupes témoins en fonction de leurs origines, francophones de souche, anglophones, allophones, autochtones, etc., et s'était présenté à eux comme le réalisateur d'un film sur l'histoire du Canada. Il avait besoin du concours d'un certain nombre de canadiens pour écrire son scénario. Au cours d'entrevues très approfondies où il avait mis à contribution son expertise en psychanalyse, il avait amené les personnes faisant partie de son échantillon à livrer leurs plus profonds sentiments relativement au Québec, au Canada et à ce que leur inspirait la perspective d'une souveraineté éventuelle du Québec.

Plus j'avançais dans ma lecture, et plus mon malaise grandissait. Venant du secteur privé, j'étais très familier avec le processus des études de marché qu'utilisent les entreprises pour connaître les motivations des consommateurs. Mais dans ce cas-ci, on allait bien au-delà de ce que se permettent les entreprises, et c'était en plus à des fins politiques, ce qui soulève immédiatement de très sérieuses questions d'éthique. L'avenir d'un peuple, c'est quand même autre chose qu'une voiture.

Je terminai la lecture du premier tome tard dans la soirée, inquiet de la tournure que prenait cette affaire et me demandant déjà quelles recommandations j'allais bien pouvoir faire. Flairant le mauvais coup, je ne pus résister à entreprendre immédiatement la lecture du second tome. Au petit matin, je réalisais avec effroi que j'étais embarqué dans une bien sale affaire. En gros, le deuxième tome contenait les recommandations du psychanalyste pour «traiter» les peurs des Québécois face à la souveraineté. Il fallait leur administrer rien de moins qu'une psychothérapie collective sur cinq ans en organisant à travers le Québec des «lieux de parole» où ils viendraient extérioriser et apprivoiser leurs frayeurs en prenant peu à peu conscience de leur caractère excessif au contact des témoignages de ceux qui n'avaient pas peur et entrevoyaient l'indépendance avec sérénité.

J'étais atterré. Je ne pouvais pas croire que le Gouvernement auquel j'appartenais pût un seul instant envisager de recourir à de telles méthodes, ni même utiliser de telles données. Je décidai de me donner quelques jours de réflexion. Après tout, ma réaction était peut-être excessive. Je pris donc l'initiative de demander au Bureau du PM à rencontrer l'expert en question. J'appris qu'il était atteint d'un cancer en phase terminale et qu'il fallait le ménager. Il accepta quand même de me recevoir en même temps qu'il recevrait Jean-François Lisée.

Au bout d'une heure d'échange avec le Professeur en question, je savais que son analyse se tenait, mais cela ne faisait que poser avec plus d'acuité la question de l'opportunité d'utiliser cette information à des fins politiques, et surtout à recourir à une thérapie collective. Il me fallait un avis professionnel. Je résolus donc d'appeler le Dr Denis Lazure, psychiatre de profession, qui venait de se faire élire une nouvelle fois dans Laprairie. Curieusement vu son expérience comme ministre de René Lévesque, M. Parizeau ne lui avait pas confié de mandat ministériel. Lui expliquant brièvement de quoi il retournait, je lui demandai s'il voudrait bien examiner l'étude et me dire ce qu'il en pensait, ce qu'il accepta avec bienveillance.

Comme il tardait à me revenir avec sa réponse, je parvins à le rejoindre. Devant ses commentaires plutôt évasifs, je lui demandai très directement ce qu'il pensait de l'utilisation de ce genre de méthodes dans un contexte politique. Il me répondit qu'effectivement ce n'était peut-être pas tout à fait approprié. J'avais la confirmation professionnelle qu'il me fallait pour retourner voir le Premier Ministre.

J'obtins mon rendez-vous rapidement. Je fis brièvement part à M. Parizeau de mon malaise. Si je pouvais à l'extrême rigueur accepter les conclusions de la première partie de l'étude quoique je désapprouvais l'utilisation de telles méthodes en politique, je trouvais en revanche la deuxième partie tout à fait inacceptable. «C'est Goebbels» lui dis-je, ne mâchant pas mes mots. Mon message ne devait pas avoir l'heur de lui plaire puisque je vis son visage prendre une teinte de plus en plus cramoisie au fur et à mesure que j'avançais dans mon propos.

Mais à partir du moment où le PQ connaissait la profondeur des sentiments des Québécois envers le Canada et leur attachement envers ce qui est encore leur pays, il lui devenait impossible de prétendre, comme il le fait encore, que la souveraineté se ferait sans heurts ni départs. Et ça, il le sait depuis 1985.

D'astuce en astuce

Dans la foulée de cette fameuse étude, j'étais inquiet. De jour en jour les rumeurs se faisaient plus précises sur la tenue d'une consultation populaire avant le référendum. Je ne pouvais pas croire que le Gouvernement allait s'engager dans la voix (sic) préconisée par le psychanalyste.

Quant à moi, je privilégiais une toute autre approche qui n'impliquait pas la participation du camp adverse et qui serait beaucoup moins susceptible de diviser l'opinion. Contre l'avis de mon Directeur de cabinet, je pris l'initiative d'envoyer une note à M. Parizeau pour lui en faire part.

Mais le sort en était déjà jeté. Le lendemain ou le surlendemain, le Gouvernement annonçait la formation des Commissions régionales sur l'avenir du Québec et la tenue d'un grand débat public qui devait se terminer dans un climax de ferveur souverainiste. La durée de la thérapie avait été ramenée de cinq ans à six mois.

Les ratés furent immédiats. Refusant de jouer les faire-valoir dans un processus qu'elle ne contrôlait pas, l'opposition annonça tout de suite qu'elle boycotterait cet exercice que M. Parizeau avait lui-même qualifié d'astuce.

L'exercice, lourd et répétitif, n'allait pas contribuer quoique ce soit au débat référendaire, et c'est avec un soulagement certain que le camp souverainiste vit arriver la fin du débat. Restait à rescaper ce qui était en fait un fiasco.

Le Gouvernement demanda donc aux organisateurs des Commissions régionales de préparer des «notes de synthèse» à partir du salmigondis de récriminations auquel l'exercice de consultation avait donné lieu. Et qu'à cela ne tienne, à défaut d'avoir reçu un message clair et concluant, le Gouvernement allait faire rédiger par ses propres zélateurs le message qu'il aurait voulu entendre, et ensuite se le faire servir sur un plateau d'argent.

Peu importe ce qu'il avait dit, lepeuple avait parlé ! Comme dans le discours révolutionnaire le peuple ne peut jamais avoir tort, et que le PQ avait l'intime conviction d'être le seul parti à représenter les intérêts du peuple, ce que le Gouvernement disait ne pouvait pas être autre chose que ce que le peuple voulait et qu'il s'était trouvé à dire, quoique de façon très détournée. Personne au PQ ne semblait être conscient que c'est précisément avec ce genre de dialectique tordue qu'avaient réussi à s'imposer à travers le monde des dictatures totalitaires pendant une bonne partie du vingtième siècle. Nous, des fascistes ? Jamais ! Tant il est vrai que l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Vérités et mensonges

Je ne surprendrai personne en précisant que j'avais été le premier surpris de me voir confier la responsabilité des études pré-référendaires. N'étant pas un familier des joutes de chiffres sur la souveraineté, n'ayant pas de réseau dans le Parti, non plus que la moindre expérience parlementaire, je comprenais mal que M. Parizeau m'ait choisi pour ce poste. Sans doute croyait-il pouvoir mieux me contrôler.

Certaines personnes parmi les plus cyniques ont même suggéré que je devenais le bouc émissaire tout désigné. Le PQ tirait avantage de la notoriété que j'avais acquise à la tête de l'Association des Manufacturiers, puis s'empresserait de mettre sur mon dos tous les dérapages qui surviendraient inévitablement. Dans ce scénario machiavélique, je devenais un fusible qui durerait le temps de la campagne référendaire et dont on pourrait facilement se débarrasser à la première occasion.

Quoiqu'il en soit, j'avais maintenant des études à préparer dans un temps record. Se posaient les questions du «quoi», du «qui» et du «comment».

Mon premier souci était de m'assurer que le processus soit crédible. Je recommandai donc au premier ministre la mise sur pied d'un comité de «sages» composé de personnalités publiques réputées pour leur intégrité et à qui l'on confierait la responsabilité d'encadrer le processus et de s'en porter garant.

J'avais identifié et approché certaines personnes que j'estimais capables de jouer ce rôle. Mais les discussions devaient achopper assez rapidement devant la difficulté de concilier les exigences tout à fait légitimes de ces personnes relativement à leur autonomie de fonctionnement, et celles du cabinet du PM qui ne voulait pas prendre le risque de perdre le contrôle sur cette opération. Pour torpiller l'exercice de façon définitive, des bribes d'information faisant état de ces difficultés furent coulées à la presse vers la mi-décembre.

Parallèlement à ces efforts, il fallait aussi arrêter la liste des sujets qui feraient l'objet d'études. J'entrepris donc de confectionner la liste des questions soulevées par la démarche souverainiste du Gouvernement avec l'aide de fonctionnaires qui trempaient dans le dossier depuis longtemps et qui avaient été affectés au Secrétariat chargé des études. Cette liste comportait des éléments comme la légalité de la démarche souverainiste, le territoire et les frontières d'un Québec souverain, et toute une série d'autres questions auxquelles les Québécois devaient avoir des réponses pour prendre une décision éclairée sur leur avenir.

Devant la lenteur du premier ministre à me revenir sur la liste que j'avais proposée, je sentis qu'elle lui posait problème. Dans le fond, et je ne devais le comprendre que plus tard, M. Parizeau voulait s'en tenir à une simple mise à jour des études menées par la Commission Bélanger-Campeau. Le fait que celles-ci étaient loin de répondre à toutes les questions lui importait peu. Il était convaincu qu'il lui suffisait de s'accrocher au consensus de la Commission Bélanger-Campeau pour avoir toute la légitimité dont il avait besoin. Quant aux besoins en information des Québécois sur les enjeux de la souveraineté, ils n'entraient même pas dans son schème de pensée, comme l'épisode des homards allait nous en fournir la preuve quelques mois plus tard.

Sans qu'il y ait eu le moindre affrontement direct, je sentais que le torchon brûlait entre le premier ministre et moi. Il fallait mettre les choses au point. Je demandai un rendez-vous à M. Parizeau qui me reçut à son domicile de la rue Robert à Outremont, quelques jours avant Noël de 1994. Au cours d'une conversation peu amène où nous échangeâmes nos motifs d'insatisfaction réciproques, il fut convenu que nous remettrions le train sur ses rails à la rentrée de janvier. En quittant son domicile, je croisai Marie Malavoy qui, j'allais l'apprendre le lendemain, était revenu remettre sa démission comme Ministre des Affaires Culturelles alors que ses infractions à la Loi électorale étaient sur le point d'être révélées.

À la reprise des activités en janvier, ma marge de manœuvre, qui n'avait jamais été bien grande, s'était rétrécie comme une peau de chagrin. Nos instructions étaient de requérir l'assistance de l'ÉNAP pour obtenir la caution nécessaire à la crédibilité de nos études. Pour des raisons que je n'ai jamais comprises, l'ÉNAP accepta de jouer ce rôle, non sans s'attirer les foudres de l'Opposition qui le trouvait incompatible avec son statut. Au moins cette solution avait-elle l'avantage de régler en grande partie la question du « qui ». Plusieurs professeurs étaient en effet désireux de se voir confier des mandats de recherche. Mais le fait demeure que la conscription d'une institution publique au service d'intérêts partisans est totalement illégitime.

Une fois le processus arrêté, la réalisation des études se déroula sans trop d'anicroches, à une exception majeure près. En effet, le Professeur George Matthews s'était vu confier la responsabilité de préparer une étude sur l'importance du déficit qu'aurait à assumer un Québec souverain. Économiste de formation, il était bien connu pour ses sympathies nationalistes et avait conseillé Lucien Bouchard au Bloc Québécois. Lorsque l'ÉNAP nous transmit son étude, je commençai par prendre connaissance de ses conclusions.

Elles correspondaient en gros à nos propres calculs et se situaient dans la fourchette escomptée. Je repris donc la lecture par le commencement, pour me rendre rapidement compte qu'il faisait précéder son analyse d'une longue tirade nationaliste qui n'avait strictement rien à voir avec le mandat qui lui avait été confié et qui tirait son inspiration d'écrits du genre de ceux de Charles Maurras et Drieu Larochelle, ces intellectuels français qui avaient animé l'Action Française et supporté le gouvernement du Maréchal Pétain pendant la seconde guerre mondiale.

Je ne voulais pas cautionner une telle dérive en faisant diffuser un tel rapport sous l'autorité du Gouvernement. Nous demandâmes donc à l'ÉNAP d'attirer l'attention du Professeur Matthews sur le fait que son premier chapitre n'était pas pertinent. Rien n'y fit. Le Professeur Matthews se montra intraitable. Je pris donc seul la décision de ne pas rendre cette étude publique, et je l'assume entièrement. Les accusations de manipulation ne mirent pas de temps à s'abattre sur moi. Malgré cela, si j'avais à reprendre cette décision aujourd'hui, je ferais exactement la même chose. Il y a des propos qui n'ont pas leur place dans une société civilisée.

Pour le camp souverainiste, ma décision se révéla être un mal pour un bien. Bien conscient qu'il me fallait rapidement boucher le trou laissé par l'élimination de l'étude effectuée par le Professeur Matthews, j'eus l'idée d'en confier la réalisation à des actuaires. Contrairement à la méthode économique qui est prospective et exige donc la formulation d'hypothèses, haute, moyenne et basse, la méthode actuarielle est descriptive et définit un seul scénario se déployant sur une longue période au cours de laquelle les effets de conjoncture se résorbent.

Cette méthode, que j'avais appris à connaître lors de mon passage dans l'industrie de l'assurance, est tout à fait appropriée au calcul de la dette, une variable qui se gère sur le long terme. Son application au cas du Québec devait produire des résultats au-delà de nos espérances. Je n'ai jamais compris pourquoi Jacques Parizeau, pourtant issu lui-même d'une famille qui avait fait sa fortune dans l'assurance, n'avait jamais vu le parti qu'il pourrait tirer de la méthode actuarielle.

À quelques semaines du référendum, il restait encore quelques études à publier. Trois d'entre elles étaient négatives : sur le tourisme, sur l'économie des régions frontalières et sur l'industrie du textile. Désireux d'éviter les accusations de manipulation, je décidai de les rendre publiques quand même.

Ainsi prenait fin une des étapes les plus pénibles de ma carrière où je m'étais senti constamment tiraillé entre mes convictions profondes et mon mandat public. Je devais en tirer des leçons précieuses, notamment sur l'importance de veiller constamment à l'intégrité des moyens qu'on utilise pour promouvoir une cause et sur la responsabilité qui découle de l'utilisation de moyens laissant à désirer.

Une décision aussi grave que celle de se désengager d'un pays pour en former un autre requière de la part de ses promoteurs une transparence totale. La population doit être informée de tous les tenants et aboutissants de la décision qu'elle est appelée à prendre. Dire la vérité sur certains points en se gardant bien d'en aborder d'autres constitue la pire des manipulations. Il est en effet des silences plus révélateurs que de longs discours. À cet égard, les médias, en accordant plus d'attention à ce qui se disait pendant la campagne référendaire qu'à ce qui ne se disait pas, ont manqué à leur devoir de vigilance. Ne dit-on pas qu'il n'est pire mensonge qu'une demie-vérité ?

2- Fourberie et mépris

Dans le cadre de mes fonctions à la tête de l'Association des manufacturiers, j'avais été invité en 1993 par le Congrès Juif du Canada à me joindre un groupe qu'il formait pour effectuer une mission d'étude en Israël. Le groupe comprenait également Ghislain Dufour, Claude Beauchamp, Pierre-Marc Johnson, Sylvain Simard, Rita Dionne-Marsolais et quelques autres participants.

Le voyage avait été très intéressant et m'avais (sic) permis de développer un excellent rapport avec Thomas Hecht, un industriel influent de la communauté juive de Montréal. Au retour de ce voyage, gêné du fait que tous les frais de transport avaient été couverts par nos hôtes, j'eus l'idée de faire une contribution financière à l'Université Ben Gourion du Néguev dont le Recteur nous avait reçu (sic) très chaleureusement en partageant avec nous la problématique très particulière de son institution.

Ce geste, inusité à ce que je devais apprendre, m'avait valu un grand courant de sympathie dans la communauté juive qui suivait avec une certaine appréhension l'évolution de la situation politique et la montée en puissance du courant souverainiste. L'annonce de ma candidature leur apportait un certain réconfort. Voilà qu'ils avaient un ami dans la place. Aussi ne tardèrent-ils pas aussitôt après mon élection à me demander d'intervenir pour leur organiser une rencontre avec M. Parizeau au cours de laquelle ils souhaitaient l'entretenir de la situation (de) leurs institutions sociales, et notamment de l'Hôpital Général Juif de Montréal.

J'étais très heureux de pouvoir leur rendre ce service, et j'abordai la question avec lui dès la première occasion, en lui relatant les circonstances de mes contacts avec ce milieu. Me racontant les rapports difficiles qu'il avait toujours entretenus avec cette communauté, il me rappela les propos de Charles Bronfman à la veille du référendum de 1980, lui reprochant d'avoir contribué au climat de peur auquel il imputait la défaite des souverainistes. À la fin de sa diatribe, il me lance : «Écoutez, si Charles Bronfman se tient tranquille pendant la campagne référendaire, je serai prêt à rencontrer les dirigeants de la communauté juive. Passez le message».

Je m'exécutai promptement. Mon contact, Thomas Hecht, quand même un peu interloqué par cette exigence, ne se laissa pas démonter. Il me proposa tout de suite de m'organiser une rencontre avec le Sén. Léo Kolber, un proche de M. Bronfman. Dès le samedi soir suivant, j'étais reçu à dîner chez le Sénateur et Mme Kolber dont on m'avait grandement vanté les talents d'hôtesse. J'étais particulièrement sensible au côté surréaliste de la situation. Le Sénateur Kolber est un homme très influent dans les rangs du Parti Libéral fédéral. Et voici que j'étais en train de lui demander d'approcher M. Bronfman pour lui suggérer d'adopter un profil bas pendant la campagne référendaire !

En hôte impeccable, le Sénateur m'invita, avant de passer à table, à l'accompagner à sa cave pour l'assister dans le choix les vins qui accompagneraient notre repas. Il en profita alors pour me dire que M. Bronfman n'était pas du genre à se laisser dicter son comportement par qui que ce soit. Il n'était donc pas du tout en mesure de s'engager au nom de M. Bronfman, mais il lui en toucherait quand même un mot.

Puis nous remontâmes à la salle à manger où l'on nous servit un excellent repas pendant que la conversation prenait un tour plus léger.

Les mois passaient, et je restais à l'affût d'une intervention intempestive de M. Bronfman dans le débat. À quelques semaines du référendum, rencontrant de nouveau M. Parizeau, je lui rappelai l'engagement qu'il avait pris en lui signalant le silence de M. Bronfman. Il me répondit alors : «Le référendum approche et je dois concentrer tous mes efforts sur les «Tabarnacos» (c'est ainsi qu'il avait baptisé ce segment des nationalistes «mous» dont les sondeurs lui avaient expliqué les similitudes de profil avec les Québécois qui se rendaient à Acapulco en hiver). Landry s'occupe des juifs. Il doit en rencontrer un groupe demain à Boisbriand». Je n'en croyais pas mes oreilles. Non seulement reniait-il un engagement qu'il m'avait incité à transmettre aux dirigeants de la communauté juive de Montréal, une communauté dont il connaissait toutes les réserves à l'endroit du projet souverainiste et dont il fallait vaincre l'hostilité, mais voilà qu'il témoignait du plus profond mépris pour ceux-là mêmes dont ils s'apprêtait à solliciter le vote.

Je fis part de la réaction de M. Parizeau à mon contact de la communauté juive. J'appris alors que le groupe que Bernard Landry s'apprêtait à rencontrer le lendemain était un groupe marginal qui n'était pas du tout intégré aux activités de la communauté et qui ne participait pas à la gestion de ses institutions.

Ce triste épisode vient jeter une nouvelle couleur sur les déclarations de M. Parizeau au soir du référendum, dans la mesure où il montre jusqu'à quel point elles pouvaient être déplacées.

3- Le scrutin

Quelques mois avant la tenue du référendum, les députés du PQ sont convoqués à un caucus spécial convoqué à leur demande pour discuter de stratégie référendaire. La réunion est convoquée dans la salle Lafontaine de l'Assemblée Nationale où ont normalement lieu les caucus du parti majoritaire. Détestant au plus haut point les exercices de «chiquage de guénille» que sont les réunions de caucus, je m'arrange toujours pour arriver en retard et partir tôt, d'autant plus que les ministres ont été invités par M. Parizeau à laisser la place aux députés. Pour que le message soit bien clair pour tous, les ministres prennent place à l'arrière de la salle sur des chaises disposées en rangées, alors que les députés sont priés de prendre place autour de la grande table en fer à cheval qui meuble presque toute la salle.

Exceptionnellement, cette réunion est présidée par Monique Simard, la présidente du parti. Prennent place à ses côtés et en arrière d'elle, des membres du cabinet du Premier Ministre. Au moment où j'arrive dans la salle, un député est en train de dénoncer la passivité de notre camp devant la mise en route par le fédéral de la moulinette à citoyenneté. Des centaines de personnes obtiennent leur citoyenneté canadienne à tous les jours après avoir été endoctrinés (sic) par les Libéraux. Cela fera d'autant plus de votes pour le camp du Non. L'indignation est généralisée. Il faut trouver le moyen de bloquer le vote des tenants du Non. La discussion s'engage et c'est à qui proposera le plus de trucs pour neutraliser le vote du camp adverse.

À un moment donné, un député propose que les syndicats, très expérimentés en la matière, soient sollicités pour fournir des scrutateurs de choc pour endiguer la mer de Non qu'on anticipe dans le West Island, de façon à rétablir un peu l'équilibre entre les deux camps. Plusieurs renchérissent. Monique Simard et Guy Chevrette (qui à titre de leader parlementaire joue un rôle important dans les réunions du caucus) se portent volontaires pour approcher les syndicats à la requête du caucus. Tous deux issus des milieux syndicaux, ils y ont, disent-ils avec un air entendu et un clin d'œil, d'excellents contacts !

Au lendemain du référendum, les médias rapportent des allégations d'irrégularités dans les bureaux de scrutin du West Island. De nombreux citoyens se plaignent de n'avoir pu exercer leur droit de vote et l'on rapporte la présence inusitée de militants syndicaux sur les lieux des bureaux de scrutin. Aucune des enquêtes instituées ne conclut à des irrégularités. Pourtant…

Lorsque deux ou trois ans après le référendum je suis approché par l'avocat d'un groupe de personnes estimant avoir été lésés (sic) dans l'exercice de leur droit de vote à l'occasion du référendum, j'accepte de le recevoir. Je réponds à ses questions en lui laissant savoir que je ne répéterai mes propos que devant un juge après avoir dûment été assigné à témoigner. J'ai en effet fait serment de respecter la confidentialité des réunions du caucus.

Aujourd'hui, dix ans après le référendum, je prends le risque de parler. J'estime en effet que le secret est le pire ennemi de la démocratie. Il transforme des gens intelligents en moutons, il permet de cacher à la population les turpitudes qui se commettent en son nom et il constitue un puissant incitatif à la médiocrité. Je me souviens de ces paroles de René Lévesque : «Nous sommes peut-être quelque chose comme un grand peuple». Le sort d'un «grand peuple» ne se scelle pas dans la médiocrité. Pas plus celui du peuple canadien que celui du peuple québécois.

Richard Le Hir
Mai 2005





Stratégie Référendaire

10 ans plus tard, Richard LeHir se vide le cœur

Denis Lessard
LA PRESSE jeudi 19 mai 2005

Des scrutateurs «de choc» recrutés chez les syndicats pour endiguer le flot des NON dans l'ouest de Montréal, des analyses insidieuses de l'inconscient collectif des Québécois et un souverain mépris de Jacques Parizeau pour les nationalistes «mous»; Richard LeHir se vide le coeur et raconte sa version des faits, 10 ans après le référendum de 1995.

Ministre à la Restructuration du PQ en 1994 et 1995, l'ancien président de l'Alliance des manufacturiers était au centre de la stratégie référendaire. Dans un texte publié aujourd'hui par La Presse et The Gazette, M. LeHir veut jeter une lumière crue sur «les astuces» concoctées dans les officines du gouvernement Parizeau à l'époque.

Dans bien des cas, les souvenirs de l'ancien ministre diffèrent passablement de ceux des autres acteurs.

«Il faut que le cauchemar arrête, on est en train de retomber dans les mêmes ornières 10 ans après le référendum de 1995», lance-t-il. Les révélations de la commission Gomery, et surtout le plan financier d'un Québec souverain dévoilé par le PQ, l'ont poussé à remettre les pendules à l'heure.

M. LeHir accuse notamment le PQ d'avoir organisé avec les centrales syndicales une escouade de «scrutateurs de choc» pour freiner le vote fédéraliste dans les circonscriptions de l'Ouest-de-l'Île. Il se souvient avec précision d'une réunion extraordinaire du caucus péquiste, où les députés avaient étalé leurs inquiétudes et où Monique Simard, alors directrice du PQ, et Guy Chevrette, leader parlementaire, s'étaient portés volontaires pour transmettre les mot d'ordre aux centrales.

M. LeHir s'était engagé, il y a quelques années, à témoigner au procès intenté par Alliance Québec sur le dossier des bulletins rejetés dans une demi-douzaine de circonscriptions anglophones. «Plus de 86000 bulletins ont été mis de côté; l'avance du NON en 1995 est bien plus importante qu'un demi-point», affirme l'avocat d'Alliance Québec, Me Michael Bergman. Il y a deux ans, LaPresse avait mené une enquête, infructueuse, sur ces mêmes allégations. Encore cette semaine, personne au sein du caucus n'a voulu corroborer la version de M. LeHir.

«Pensez-vous qu'ils vont confirmer ça, mettez-vous à leur place», réplique l'ancien ministre, qui dit avoir un souvenir limpide de la réunion. «Monique Simard portait un vêtement bleu pâle», dit-il. «Je suis estomaquée... Je ne me souviens absolument pas d'une telle discussion», dit pour sa part Mme Simard, jointe hier. Député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau n'en a aucun souvenir non plus. Il y a deux ans, les anciens élus Guy Chevrette, Joseph Facal et Robert Perreault n'avaient pas davantage appuyé la version de M. LeHir. Mais l'histoire racontée aujourd'hui par l'ex-ministre correspond en tous points aux confidences qu'il avait faites, il y a plusieurs années, à l'avocat Michael Bergman, qui entend bien le citer comme témoin si la Cour supérieure accepte l'appel demandé par son client.

Une enquête avait été enclenchée à l'époque par le directeur général des élections, Pierre-F. Côté. Le regretté Alan B. Gold avait conclu qu'un nombre important de bulletins avaient été rejetés dans ces circonscriptions, sans établir toutefois qu'un «complot» avait été mis en place.

«C'est Goebbels!»

L'ancien architecte du Québec souverain rappelle aussi son dégoût devant le calcul qui a présidé à la décision de lancer les commissions régionales sur la souveraineté du Québec au printemps 1995. Apportée par Jean-Pierre Charbonneau, une étude quasi psychanalytique des hésitations des Québécois à l'égard de l'indépendance intéressait M. Parizeau. Aujourd'hui décédé, le sociologue Pierre Routier y préconisait la mise en place de «lieux de parole» qui permettaient aux électeurs de se délester de leurs appréhensions. Mal à l'aise devant de telles manoeuvres, Richard LeHir obtient un rendez-vous avec M. Parizeau. «C'est Goebbels!» lance le ministre LeHir, qui raconte que le visage de son interlocuteur a pris «une teinte de plus en plus cramoisie au fur et à mesure» qu'il avançait dans son propos.

Avec Jean-François Lisée, conseiller de M. Parizeau, M. LeHir se souvient d'être allé rencontrer chez lui, à Sillery, M. Routier, alors atteint d'un cancer au foie. Joint chez lui, M. Lisée se souvient d'une rencontre à laquelle participait M. Parizeau mais pas M. LeHir. Mais Jean-Pierre Charbonneau réconcilie tout le monde: il était à une rencontre où MM. Parizeau, LeHir et Lisée se sont retrouvés chez M. Routier.

La stratégie péquiste a finalement retenu un élément des suggestions du sociologue, donner la parole aux gens.

L'ancien ministre évoque aussi des événements croustillants quant aux craintes de Jacques Parizeau de voir des interventions marquantes contre la souveraineté survenir durant la campagne référendaire. L'ancien premier ministre se souvenait notamment d'une sortie dévastatrice de Charles Bronfman, leader de la communauté juive, en 1980. Sachant que M. LeHir avait ses entrées dans la communauté, il l'avait chargé de transmettre un message par l'entremise du sénateur Léo Kolber: «Si Charles Bronfman se tient tranquille durant la campagne, je serai prêt à rencontrer les dirigeants de la communauté juive.»

Plus tard, rappelant la nécessité de respecter cet engagement, M. Parizeau a répliqué à LeHir qu'il avait d'autres chats à fouetter. «Le référendum approche, je dois concentrer tous mes efforts sur les tabarnacos», aurait répliqué le premier ministre, montrant du doigt les Québécois moyens qui se rendent sur les plages du Sud l'hiver. Cette expression était usuelle chez M. Parizeau, indique-t-on dans les coulisses. «Les sondeurs avaient constaté des corrélations entre les nationalistes mous et les gens qui vont promener leurs bedaines sur les plages, l'hiver», se souvient M. LeHir.

Finalement, il donne sa version d'une controverse sur la publication des études payées à même les fonds publics sur les conséquences de la souveraineté. L'une d'elles, celle du démographe George Matthews, avait été retenue un moment par l'organisme. On a cru à l'époque que c'est parce qu'elle mettait dans l'embarras le gouvernement. Le professeur montréalais estimait, en effet, qu'on avait largement sous-estimé les coûts de la souveraineté pour le Québec.

Or pour M. LeHir, cette étude avait été retenue, à sa demande expresse, parce que l'universitaire l'avait fait précéder d'une «longue tirade nationaliste», une sortie où on retrouvait les accents pétainistes de l'Action française, dénonce M. LeHir, dont le père, d'origine française, était professeur d'histoire. «Je suis extrêmement sensible à ces questions-là», explique-t-il maintenant.





Stratégie Référendaire

Les propos de Richard Le Hir ne trouvent pas de confirmation

Norman Delisle
Presse Canadienne jeudi 19 mai 2005

Une enquête serrée menée par le Directeur des élections du Québec après le référendum de 1995 dément les prétendues irrégularités soulevées par Richard Le Hir.

Ce dernier prétendait jeudi que le camp du «Oui» s'était concerté lors du référendum de 1995 pour mettre en place des stratégies douteuses en faveur de son option, notamment des mesures pour ralentir le déroulement du vote dans les comtés anglophones fédéralistes de l'ouest de Montréal.

«Ni l'enquête effectuée par le Directeur des élections auprès de 210 personnes ayant exercé des fonctions à divers niveaux lors du référendum, ni l'analyse des bulletins de vote examinés par l'honorable juge Alan B. Gold dans 34 circonscriptions ne permettent d'établir qu'il y aurait eu complot au niveau provincial par le Comité du «Oui» dans le but de favoriser son option», conclut l'enquête du Directeur des élections tenue quelques semaines après le référendum.

Le comité du «Non», qui regroupait les fédéralistes, avait porté plainte contre les agissements des souverainistes après le référendum. On reprochait notamment aux scrutateurs des comtés de l'Ouest de Montréal, nommés par le camp du «Oui», d'avoir injustement rejeté des milliers de bulletins de vote marqués «Non».

Le Directeur des élections ne retenait aucun blâme contre le Camp du «Oui». Il avait néanmoins porté des accusations contre 29 scrutateurs qui, à titre individuel, avait annulé un nombre élevé de bulletins dans des circonscriptions de l'ouest de Montréal et de Laval. Mais les tribunaux ont acquitté tous ces accusés.

Par contre, à la suite de plaintes du Comité du «Oui», une trentaine d'étudiants ontariens inscrits à l'université Bishop, qui avaient voté illégalement lors du référendum, ont été condamné à des amendes de 1000 $ chacun.

L'enquête du Directeur des élections avait également conclu que des dépenses importantes avaient été effectuées en faveur de l'option fédéraliste par des intervenants provenant de l'extérieur du Québec.

Le Hir dénoncé

Jeudi, les péquistes n'avaient pas des mots tendres pour leur ancien collègue Richard Le Hir, après que ce dernier ait prétendu que les souverainistes avaient utilisé certaines méthodes peu orthodoxes le 30 octobre 1995.

«Il a traficoté la vérité. C'est ignoble. J'en ai des haut-le-coeur», a déclaré le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, qui n'exclut pas la possibilité de poursuivre M. Le Hir devant les tribunaux à la suite de ses propos.

«J'étais présente et jamais je n'ai entendu parler de cette histoire-là. Des escadrons pour bloquer l'accès au vote, c'est une vue de l'esprit», a commenté pour sa part la députée de Hochelaga-Maisonneuve, Louise Harel.

«M. Le Hir n'est plus ce qu'il était au moment où il faisait de la politique: il est amer, il a du ressentiment. Dix ans, plus tard, a-t-il inventé cela? Je ne vois pas d'autres explications», a soutenu Mme Harel.

Des députés libéraux de l'Ouest de Montréal affirment par contre avoir constaté des anomalies le jour du vote référendaire.

«Ce que j'ai vu dans mon comté, me laisse croire qu'il y avait des efforts des tenants du «Oui» pour ralentir le vote, égarer des votes, rejeter des votes, On a fait une plainte sur le nombre de votes rejetés», a déclaré le député de Notre-Dame-de-Grace, Russell Copeman.

Pour sa part, le député de Westmount-Saint-Louis, Jacques Chagnon, prétend lui aussi avoir vu des files d'attente de trois heures pour aller voter ce jour-là.

«Je ne peux pas faire une preuve hors de tout doute qu'il y avait concertation, mais plusieurs ont eu la même idée en même temps», a dit le député de Westmount-Saint-Louis.

Mais ni M. Copeman ni M. Chagnon n'ont prétendu que le Camp du «Oui» avait sciemment commis des illégalités.

«On rejetait des bulletins de vote parce que le X dépassait le cercle. C'était une application stricte de la Loi électorale. Mais j'ai assez d'expérience politique pour reconnaître quand il y a un excès de zèle», a conclu le député Copeman.

L'enquête du directeur des élections concluait après le référendum que «la quasi totalité des 5 millions d'électeurs et des 22 340 scrutateurs et secrétaires d'élection se sont comportés de façon responsable et dans le respect de la loi tout au long de la campagne référendaire et le jour du scrutin.




Les cauchemars de M. Le Hir

Michel David
Le Devoir samedi 21 et dimanche 22 mai 2005

L'ancien ministre délégué à la Restructuration dans le gouvernement Parizeau, Richard Le Hir, n'en pouvait plus. «Il faut que le cauchemar arrête», a-t-il déclaré à La Presse, qui lui a accordé toute une page pour s'épancher.

À l'en croire, ce sont les révélations de la commission Gomery et la publication de la nouvelle étude péquiste sur les finances d'un Québec souverain qui l'auraient incité à soulager sa conscience d'un poids devenu intolérable. Ou peut-être était-ce un trop plein d'amertume.

Il y a là une certaine ironie, compte tenu de son rôle dans la campagne référendaire de 1995. En prêtant flanc à des accusations de favoritisme dans l'attribution des contrats pour la réalisation des études auxquelles son nom demeure attaché, M. Le Hir avait complètement saboté le début de campagne du OUI. Il a finalement été blanchi, mais le mal était fait.

Encore aujourd'hui, les raisons qui avaient amené Jacques Parizeau à recruter ce gaffeur impénitent, malgré les nombreuses mises en garde qu'il avait reçues, et, pire encore, à lui confier un ministère demeurent un mystère.

Remarquez, la lecture de son texte est assez divertissante. Je n'ai aucun mal à imaginer le visage de l'ancien premier ministre «prendre une teinte de plus en plus cramoisie» en entendant sa brillante recrue comparer aux méthodes du ministre de la Propagande du IIIe Reich, Joseph Goebbels, une étude à caractère psychanalytique que le PQ avait commandée dix ans plus tôt à un sociologue, aujourd'hui décédé.

L'existence de cette étude, effectuée sur recommandation de Jean-Pierre Charbonneau, n'avait rien de secret. Parmi les députés péquistes, l'obsession de leur collègue de Borduas pour la «démocratie participative» qu'elle préconisait était même un objet de moquerie.

Dans ses nombreuses interventions dans les médias, M. Charbonneau revient régulièrement sur la nécessité de multiplier les forums publics qui permettraient à la population d'exprimer publiquement ses aspirations et les craintes que lui inspire le projet souverainiste.

***

S'il est exact que l'auteur de l'étude s'est faussement présenté comme un réalisateur de film auprès des groupes témoins qu'il a constitués, cela constitue certainement un manque d'éthique regrettable, mais j'ai du mal à voir ce qu'il y a de si épouvantable dans cette idée de «psychothérapie collective» qui a atterré M. Le Hir.

Des années auparavant, Camille Laurin avait utilisé la même expression. C'était devenu un lieu commun de dire qu'il voulait coucher le Québec tout entier sur son divan de psychiatre pour le libérer de ses peurs.

Telle que résumée par M. Le Hir, l'étude commandée par le PQ recommandait de créer des «lieux de parole» où les Québécois auraient pu «extérioriser et apprivoiser leurs frayeurs en prenant peu à peu conscience de leur caractère excessif au contact des témoignages de ceux qui n'avaient pas peur et entrevoyaient l'indépendance avec sérénité».

Où est le scandale ? À ce que je sache, il n'était pas question de forcer qui que ce soit à participer à ces assemblées. La comparaison avec la propagande nazie que fait M. Le Hir est une véritable insulte à l'intelligence. Le pauvre homme délire.

Durant la campagne référendaire de 1980, le camp fédéraliste s'était employé avec beaucoup de succès à alimenter les craintes que suscitait la souveraineté. Est-il si étonnant que le PQ ait réfléchi aux moyens de les apaiser ?

Les commissions régionales sur la souveraineté créées par le gouvernement Parizeau étaient précisément de ces «lieux de parole» où les Québécois sont venus exprimer leurs inquiétudes. C'est pour y répondre qu'il a accepté d'inclure dans la question référendaire de 1995 une offre de partenariat auquel il ne croyait pas lui-même.

***

Les allégations de M. Le Hir au sujet des «scrutateurs de choc», qui auraient été recrutés dans les syndicats dans le but de nuire au vote du NON dans les circonscriptions de l'Ouest-de-l'Île, sont infiniment plus sérieuses.

Malgré les protestations indignées du PQ, elles contiennent peut-être une part de vérité. À la suggestion de Monique Simard, M. Parizeau s'était laissé convaincre de confier l'organisation du OUI à un permanent de la CSN, Normand Brouillette, qui était l'adjoint de M. Larose. C'est seulement un mois avant le référendum qu'il avait été écarté, manifestement dépassé par les événements. Où ce syndicaliste pouvait-il avoir le réflexe de chercher des scrutateurs, sinon dans sa propre cour ?

Il est certain que la soudaine floraison de nouveaux citoyens canadiens destinés à gonfler le vote du NON enrageait le camp souverainiste. Après avoir vu la liste électorale s'allonger de 16 % à Westmount, entre les élections de septembre 1994 et le référendum d'octobre 1995, c'était tout à fait compréhensible.

De là à affirmer qu'il y avait une stratégie pour faire annuler le plus grand nombre possible de bulletins favorables au NON, c'est une autre affaire. L'enquête menée dans une trentaine de circonscriptions par le Directeur général des élections, sous la supervision de l'ancien juge en chef de la Cour supérieure, Alan B. Gold, avait bien permis de constater qu'un certain nombre de bulletins avaient été rejetés «de façon manifestement déraisonnable», mais la thèse d'une fraude organisée avait été écartée.

Il est très difficile de concevoir qu'une telle chose ait pu être discutée à l'occasion d'une réunion du caucus des députés, comme le soutient M. Le Hir. Peu importe le parti, il y a dans ces réunions des gens beaucoup trop bavards. La chose se serait probablement ébruitée dans les vingt-quatre heures.

Dix ans plus tard, les deux camps demeurent également convaincus que l'autre a triché et qu'il essaiera encore de tricher la prochaine fois. S'il doit y avoir un autre référendum, il faudrait trouver un moyen d'éviter de sombrer dans la paranoïa.

Plusieurs ont souri la première fois que Bernard Landry a proposé de faire appel à des observateurs internationaux. On a échangé des blagues sur les républiques de bananes, incapables de se policer elles-mêmes. À la réflexion, l'idée n'est pas mauvaise. Au congrès de juin, elle va même être inscrite officiellement dans le programme du PQ. Cela permettra peut-être à M. Le Hir de mieux dormir.

mdavid@ledevoir.com

Lettre à Michel David
Insinuations malvenues

Gérald Larose, Ex-président de la CSN
Monique Simard, Ex-vice-présidente du PQ
Normand Brouillet, Ex-directeur général du Comité national du OUI, le 30 mai 2005
Le Devoir jeudi 2 juin 2005

Lettres: Votre article intitulé «Les cauchemars de M. Le Hir» paru dans l'édition du samedi 22 mai du Devoir contient des insinuations malveillantes et non fondées à notre endroit. En effet, vous accordez de la crédibilité aux allégations de Richard Le Hir, qui a écrit que des «scrutateurs de choc» avaient été recrutés dans les syndicats «dans le but de nuire au vote du NON dans les circonscriptions de l'Ouest-de-l'île».

Comme nous étions ou avions été syndicalistes tous les trois, vous sautez tout de suite à la conclusion que nous avons... recruté ces scrutateurs «dans notre cour».

Nous réfutons entièrement toute implication de notre part dans cette supposée opération puisqu'elle n'a tout simplement pas eu lieu et qu'elle est le fruit de l'imagination de M. Le Hir.

Les conclusions de l'enquête du directeur général des élections confiée au juge Gold sont très claires à cet égard. Il n'y a pas eu d'opération pour détourner ou annuler des votes. Alors pourquoi, sans preuve aucune, insinuer que nous nous serions prêtés à de telles manoeuvres ?

Nous tenons à vous rappeler que le camp du OUI, à tout moment au cours de la dernière campagne référendaire d'octobre 1995, a appliqué un ensemble de stratégies, sur le plan politique comme sur le plan organisationnel, destinées à mener le plus grand nombre de Québécois à se prononcer et non pas à empêcher quelque citoyen que ce soit de voter. Le taux de participation populaire à ce référendum, soit 95 % de la population inscrite sur les listes électorales, n'est-il pas suffisamment éloquent à cet égard ?






The PQ plot to steal a country

Don MacPherson
The Montréal Gazette May 19, 2005 Thursday

Ten years later, Richard Le Hir says he still recalls details of a certain 1995 Parti Quebecois caucus meeting - even the colour of the dress worn by PQ vice-president Monique Simard. "It was powder blue," he said this week.

His memories are vivid, Le Hir said, because he was "shocked" to hear other PQ members of the National Assembly discussing ways to violate the rights of federalist voters in the sovereignty referendum then coming up.

He said Simard and cabinet minister Guy Chevrette (whose responsibilities included electoral reform), both former union leaders, offered to use their contacts in the labour movement to recruit "scrutineer shock troops" for polling places in predominantly non-francophone ridings in the Montreal area.

In some of those polls on referendum day, the sovereignist-appointed officials who controlled the balloting rejected No votes, and discouraged elderly federalist electors in particular by delaying voting.

(The turnout rate among my middle-class, well-informed neighbours in Notre Dame de Grace in 1995 was 12 points below the record provincewide rate of 94 per cent.)

When I asked Le Hir whether these two tactics were specifically discussed in the PQ caucus meeting, he told me: "They were surely covered."

We have only Le Hir's uncorroborated word, and Simard, Chevrette and other PQ members deny his allegations. But whistleblowers are often lonely. If he has a motive other than his stated one of trying to prevent the theft of a country in another referendum, it's not apparent.

It took courage for him to face the inevitable retaliation for breaking ranks with his former party and digging up a story that the Quebec media and electoral officials as well as sovereignists have tried to play down.

And his allegations fit with what we already know.

For example, we have known since The Gazette's William Marsden broke the story immediately after the referendum that a former official of the Quebec Federation of Labour instructed sovereignist-appointed deputy returning officers on how to justify rejecting No votes.

And more recently, we learned from Pierre Duchesne's biography of Jacques Parizeau that sovereignist headquarters told riding organizers the day before the referendum "three or four more votes per poll" could make the difference.

In fact, we know both sides cheated in 1995, because they knew it would be close and because they considered the ends justified the means. But the federalists cheated more openly and less efficiently than the sovereignists.

The federalists did it before the referendum, creating additional supporters by accelerating the citizenship process for immigrants and trying to influence voters in violation of Quebec's campaign spending law.

The sovereignists patiently waited until voting day itself, stealing federalist votes or preventing them from being cast in the first place.

And if there is another close referendum, it's human nature that both sides will be tempted to cheat again. Because of the sponsorship scandal, the federalists wouldn't be able to hold another pre-referendum "love-in" or plaster Quebec with Canada signs and flags.

But while the ballot design has been changed to reduce the number of rejected votes, sovereignists could still prevent or discourage federalists from voting.

They would still control the polling places, since a recommendation by the former chief electoral officer to take control out of the hands of partisan appointees was ignored. And they could use the voter-identification requirement introduced since the last referendum, which the 1998 PQ election platform described as a "winning condition" for sovereignty.

They could use voter ID not only to prevent federalists from voting illegally, but also to delay voting in federalist polls, and to harass or intimidate legitimate elderly or minority voters.

Uncast votes, unlike wrongly rejected ones, don't leave a paper trail of evidence. If the scrutineers were careful to avoid the excess zeal of those who threw out valid No votes by the fistful in 1995, they could avoid detection until it was too late.

And that's how they could get away with stealing a country: On referendum day, a few missing votes per poll.

dmacpher@thegazette.canwest.com




Federalist propaganda

Josée Legault
The Montréal Gazette May 20, 2005 Friday

The Gomery Commission is hammering federalists hard, so they trot out Richard Le Hir to argue that both sides cheated

Twenty-five years after the 1980 referendum, some things never change. Allegations of cheating are still flying, while federal Liberals continue to scare the rest of Canada with the "separatist threat."

The S-word is everywhere. Polls say a majority of Quebecers support sovereignty as the Gomery Commission looks into the corruption that went into fighting separatism. Since 1995, hundreds of millions in tax dollars, some of which ended up in Liberal coffers, went into a federalist visibility campaign to decrease support for sovereignty.

To counter revelations that are hurting the federalist cause, the latest fad is to say both sides were equally naughty, hoping to neutralize the specific ugliness of the sponsorship scandal.

Yesterday, former Parti Quebecois minister Richard Le Hir accused Jacques Parizeau of using Goebbels-like tactics before the 1995 referendum and of sending "scrutineer shock troops" to reject anglophone and allophone votes.

Given the absurdity of his attacks and the questionable quality of his past work as minister, if that's the best scarecrow federalists can come up with these days, La Presse editorialist Andre Pratte was bang on when he lamented the lack of credible spokespeople for the No side in Quebec.

Le Hir, whose resignation was followed by two investigations by the auditor-general on contracts his ministry handed outside the proper tending process, now pulls out Goebbels, Adolf Hitler's propaganda minister. In his latest salvo against Parizeau, Le Hir referred to a study directed in 1985 by a professor whose name he couldn't even recall.

Le Hir says Parizeau asked him to read this "psychological" profile of voters. Le Hir was shocked that it recommended to let Quebecers freely express their fears of sovereignty in public forums so they could confront them in the hope of calming a few of those fears.

Voters expressing themselves? What a scandal! If that's fascism, thousands of history books must be rewritten immediately. Decades ago, some federalists used to compare Camille Laurin to Goebbels. Now it's Parizeau's turn.

In a press conference, PQ MNA Jean-Pierre Charbonneau contradicted Le Hir. He recalled participating in a meeting with Le Hir, Parizeau, an adviser and the study's authors. He said Le Hir was actually enthusiastic about letting voters express themselves since this was "a very democratic approach."

Charbonneau also ridiculed Le Hir's allegation that the PQ caucus devised a strategy to send "scrutineer shock troops" to reject No votes. "Do you seriously think that if such a conspiracy had been planned, it would have been discussed openly at a caucus meeting?"

Given how often discussions in PQ caucus meetings are leaked to the media, he noted, such an illegal scheme surely would have come out somewhere.

More importantly, Charbonneau emphasized that after the close referendum results of 1995, many Quebecers were asking for a voter ID card to make sure only registered voters, federalists or sovereignists, would vote in the future.

When he became premier, Lucien Bouchard couldn't stomach the thought of such a card. As for Bernard Landry, he never fulfilled the commitment he made to create a voter ID card in a speech he gave at a PQ national council in the spring of 2001.

If Le Hir is interested in propaganda, then he should study its master on the federalist side, Pierre Trudeau. In 1964, four years before he became prime minister, Trudeau wrote: "One way to fight the attraction of separatism is to devote time, energy and enormous sums of money in the service of Canadian federalism."

Spending "enormous sums of money" is precisely what the Gomery Commission is probing. It's what Jean Chretien did before, during and after the last referendum. It's what Trudeau did before and during the 1980 referendum.

Looking back at 1980, we see that money was an important weapon, but not the only one. In 1992, we learned that Claude Morin, then Rene Levesque's intergovernmental affairs minister and top adviser on constitutional matters, was a paid RCMP informant.

That's the same Morin who convinced Levesque to go for two referendums: one for a "mandate to negotiate" sovereignty-association and one to approve the results of the negotiation. Had the first vote gone through, the period between the votes could have led to renewed federalism or a breakdown in negotiations.

Robert Bourassa, in his book Gouverner le Quebec, recalls how Morin was the only one on the plane back from Ottawa who advised him to sign Trudeau's Victoria Charter in 1971. Bourassa later refused because it didn't contain enough powers for Quebec.

If Le Hir wants to learn about propaganda, he should look into one of its classic methods. It's called infiltration. Trudeau was very good at it.




PQ accused of considering Nazi-style tactics in 1995

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Friday, May 20, 2005

Former minister says Parizeau weighed using propaganda before referendum

Quebec PQ - As Quebec marks the 25th anniversary of the first referendum on sovereignty today, the ever-present debate over Quebec independence continues producing outrageous allegations and sparking new controversies.

Yesterday, former Parti Québécois cabinet minister Richard Le Hir charged that the PQ considered using Nazi-style propaganda tactics in preparing for the 1995 referendum to help Quebeckers lose their fear of sovereignty.

In an interview, Mr. Le Hir said former PQ premier Jacques Parizeau invited him to read a study by Laval University professor Jean Routhier who, after the 1980 referendum, examined why many Quebeckers feared sovereignty.

Mr. Le Hir said the second part of the study proposed methods for "treating" those fears with what he called propaganda techniques similar to those developed by Joseph Goebbels, mastermind of Adolf Hitler's propaganda strategy in Nazi Germany.

"I said to the Premier's face that what I have read causes me great alarm. I'm very upset with what I've read. I can live with the first chapter, but as far as the second chapter is concerned, it's Goebbels," Mr. Le Hir said he told Mr. Parizeau.

Mr. Le Hir said the study influenced Mr. Parizeau's decision to establish regional commissions on sovereignty at which groups and individuals were invited to debate political independence in public meetings across the province before the referendum campaign.

The PQ called Mr. Le Hir's charges "odious and disgusting." Even suggesting that Nazis could influence the PQ strategy is revolting, PQ member of the National Assembly Jean-Pierre Charbonneau said yesterday.

"I tell you frankly, it makes me want to vomit. I am profoundly revolted. I am very upset and I can tell you so are my colleagues," he said.

Mr. Charbonneau said the document Mr. Le Hir was referring to was produced at a 1981 University of Montreal social-science symposium on social changes, not mind-control techniques. He said the researchers gave him the document in 1982, and Mr. Parizeau got it years later.

"I am scandalized to see how [Mr. Le Hir] drags us all through the mud," he said. "At the time, Mr. Le Hir actually found the document interesting because it proposed a democratic approach, which allowed people to express their views."

Mr. Le Hir, 57, quit the PQ in December 1995, to sit as an independent over his exclusion from cabinet in the week after the Oct. 30 referendum. During his controversial tenure as minister responsible for restructuring, he faced repeated allegations that up to $500,000 in research contracts went to political friends. Mr. Le Hir oversaw studies his ministry commissioned on how sovereignty would affect the Quebec economy, its public service and the province's finances.

Mr. Le Hir has returned to the federalist fold and works as a consultant for private corporations.

Mr. Charbonneau also denied Mr. Le Hir's allegation that former PQ caucus members discussed setting up "shock troops" of scrutineers to block federalists from voting in certain ridings. Mr. Le Hir said he was at a PQ caucus meeting where fraudulent tactics were discussed as a way to counter Ottawa's bid to fast-track immigrants to Canadian citizenships, assuring federalists of hundreds of new votes.

In 1996, Quebec Superior Court Justice Allan B. Gold investigated the unusually high number of spoiled ballots in predominantly federalist ridings. His investigation found no organized system of fraud, but concluded that in four ridings, ballots were rejected for no apparent reason.




Le Hir's No-vote claim not credible

KEVIN DOUGHERTY
The Montréal Gazette May 20, 2005 Friday

Landry: PQ leader tries to discredit former ally; Sovereignists 'scandalized' by report party used dirty tricks in bid to win referendum

Parti Quebecois leader Bernard Landry said yesterday that one-time PQ minister Richard Le Hir has no credibility when he accuses the PQ of manipulation and fraud in the 1995 referendum.

"I'm not going to wait 10 years to comment on Richard Le Hir," Landry said, referring to Le Hir's decision to break 10 years of silence on what he says he knows.

"He has discredited himself more than once," Landry said.

Le Hir's name was shouted out by Liberal ministers both in the Quebec National Assembly and the House of Commons in Ottawa after he wrote in The Gazette and La Presse that the PQ used dirty tricks in an effort to win the referendum.

PQ veteran Jean-Pierre Charbonneau spoke yesterday at greater length about Le Hir's allegations, saying, "I'm scandalized."

Charbonneau added he doesn't know how it came about that a high number of No votes were rejected in certain ridings, such as Chomedey and Notre-Dame-de-Grace.

Russell Copeman, Liberal MNA for Notre-Dame-de-Grace, said he could not comment on Le Hir's allegations of conspiracy, but noted that in one advance poll in his riding 38 per cent of the votes were rejected and overall rejected ballots tripled in N.D.G. from the 1994 election to the referendum in 1995.

"It can't happen on its own," Copeman said. "I think something happened."

Charbonneau said Le Hir "distorted the truth" when he wrote that the PQ caucus discussed the use of beefy union goons as "scrutineer shock troops" in an attempt to win the 1995 sovereignty referendum.

If such a plan had been discussed in caucus, it would have become public knowledge instantly, Charbonneau said,recalling from his days as a crime reporter at Le Devoir that when mobsters conspire, they do so in small, closed groups.

"I have no memory of that," he added.

"I think I would have remembered if we tried to steal the referendum."

Le Hir also wrote about a proposal, promoted by Charbonneau, to use focus groups and psychoanalytical techniques to persuade Quebecers to put aside their fears about sovereignty.

Such an approach was worthy of Joseph Goebbels, the Nazi propaganda minister, Le Hir suggested.

Charbonneau took exception to Le Hir's comparison.

"I am not known as a liar," he added, recalling that he was shot when he was a crime reporter covering criminal gangs. "I have a bullet in the arm."

Charbonneau said the documents Le Hir referred to, outlining the psychoanalytical approach, far from being secret, are available in libraries.

The approach, which called for the government to ask Quebecers what they feared about sovereignty, was rejected by then-premier Jacques Parizeau, who recruited Le Hir in 1994 as a star PQ candidate.

But Charbonneau said such an approach is needed for the next referendum, which could be decided by a Yes vote as small as 50 per cent plus one vote, to ensure that Quebecers don't change their minds after voting Yes.

kdougherty@thegazette.canwest.com




Patriotes... et souverainistes

Malorie Beauchemin
Le Devoir mardi 24 mai 2005

Les ténors nationalistes insistent sur le «devoir de mémoire» des Québécois

Les drapeaux rayés, vert, blanc et rouge, des patriotes côtoyaient le fleurdelisé québécois, hier, au Cabaret Music-Hall, où était célébrée la troisième édition de la Journée nationale des Patriotes. Près de 300 personnes étaient rassemblées pour assister à l'événement-spectacle de six heures, organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM), où alternaient musique, discours, tribune historique, contes et poésie.

La troisième édition de la Journée nationale des Patriotes a attiré près de 300 personnes, dont beaucoup de jeunes, au Cabaret Music-Hall, boulevard Saint-Laurent à Montréal, pour assister à un événement-spectacle de six heures commémorant le soulèvement des patriotes.

«Aujourd'hui, on célèbre le courage et le combat de ces hommes pour la démocratie, la lutte nationale qu'ils ont menée et qui fait que le Québec existe encore», a souligné l'ancien président du Parti Québécois de Montréal-Centre et vice-président de la SSJBM, Mario Beaulieu.

C'est en novembre 2002 que le gouvernement du Québec, alors péquiste, a proclamé que le lundi précédant le 25 mai, autrefois Fête de la Reine ou Fête de Dollard des Ormeaux, deviendrait au Québec la Journée nationale des Patriotes. «C'est un devoir de mémoire», a expliqué le président de la SSJBM, Jean Dorion, avant de monter sur scène pour livrer un discours nationaliste virulent, profitant de la conjoncture politique actuelle, commission Gomery à l'appui, pour accuser le gouvernement fédéral et le Parti libéral du Canada de corruption.

«La fête prend un relief particulier cette année. On voit bien depuis quelques mois que le maintien du système canadien est nuisible», a-t-il ajouté, heureux de voir autant de jeunes participer à l'événement.

Commémoration festive

Pour le vice-président de la SSJBM et principal organisateur de l'événement, il est important de se remémorer cette partie de notre histoire. «Notre devise est "Je me souviens", mais peu de gens connaissent l'histoire. Si on ne connaît pas l'histoire, on répète les erreurs du passé. C'est important pour comprendre le présent et façonner le futur», a affirmé Mario Beaulieu.

Au menu : le groupe rap Loco Locass, qui devait monter sur scène en soirée, la musique de Masse poésie et du Henri Band, l'historien Gilles Laporte, l'auteur-compositeur-interprète Pierre Cantin, l'ancien chanteur de la Bottine souriante Yves Lambert et plusieurs autres.

«On veut faire une place à cette commémoration festive qui nous représente beaucoup plus que la Fête de la Reine, a expliqué le comédien Mario St-Amand, un des animateurs de l'événement. Le drapeau des patriotes est signe d'égalité. Le vert pour les Irlandais, le blanc pour les Français et le rouge pour les Anglais, tous à égalité. Le Québec représente aussi cette égalité des peuples.»

Dans un enregistrement vidéo tourné à Paris, Luck Mervil, proclamé Patriote de l'année 2004 par la SSJBM a tenu, lui aussi, un discours inclusif et souverainiste. «On n'a jamais été aussi bien placés pour accomplir le devoir pour lequel les Patriotes sont tombés», a-t-il dit, en référence au désir d'autonomie et d'autodétermination du peuple québécois.

L'événement ne cesse de prendre de l'ampleur. Pour cette troisième édition de la Journée nationale des Patriotes, 34 événements ou commémorations se déroulaient dans la province, contre 16 en 2004 et environ six en 2003.