
Sud du New Hampshire - Le français aboli de l'affichage routier
Presse Canadienne
lundi 16 mai 2005
Washington - Le français sera aboli de l'affichage routier dans le sud du New Hampshire, à la frontière avec le Massachusetts, ce qui irrite la communauté francophone de l'État.
Le Gouverneur du New Hampshire, John Lynch, entend faire installer de nouvelles affiches montrant un nouveau logo s'inspirant, dit-il, de l'héritage franco-américain, et qu'il croit plus attrayantes.
L'affichage en français sera toutefois maintenu dans le nord de l'État, qui partage une frontière avec le Québec.
Réal Gilbert, vice-président du Centre franco-américain du New Hampshire, dénonce qu'une telle décision envoie le message qu'il n'existe que l'anglais dans cette région des États-Unis.
Il rappelle que les racines du tiers de la population de l'État sont francophones, et que 70 pour cent du commerce extérieur du New Hampshire se fait avec le Québec.
Environ un million de Québécois francophones, souffrant du chômage et d'une grande pauvreté, ont émigré vers le nord-est des États-Unis entre 1860 et 1920, perpétuant la vitalité de la francophonie dans leur terre d'accueil.

L'état de santé du français au Québec reste précaire
Presse Canadienne
Le Devoir vendredi 20 mai 2005
Québec - La langue française reste menacée au Québec: le pouvoir d'attraction de l'anglais demeure plus élevé que celui du français auprès des immigrants, montrent les derniers indicateurs linguistiques que vient de publier l'Office de la langue française.
Ainsi, parmi les personnes de langue maternelle tierce qui ont délaissé cette langue, 54,3 % s'orientent vers l'utilisation de l'anglais au foyer contre 45,7 % qui choisissent le français.
C'est en fait 147 700 nouveaux Québécois qui ont choisi de vivre en anglais contre seulement 124 800 qui ont opté pour le français en 2001.
Il y a toutefois une amélioration, et la situation est nettement meilleure qu'en 1991, alors que le taux d'attraction des immigrants vers la langue française n'était que de 35,8 %.
Malgré des «gains encourageants» pour les francophones, la population de langue maternelle française est en perte de vitesse au Québec, note les données de l'Office.
La situation dans la région de Montréal est encore plus particulière. Trois transferts linguistiques sur cinq se font en faveur de l'anglais.
Mais sur l'île de Montréal, c'est surtout la montée des langues autres que le français et l'anglais qui impressionne. On y compte désormais un habitant sur cinq qui utilise une autre langue que l'anglais et le français au foyer. C'est 3 % de plus qu'il y a 10 ans.
Ceci a eu comme conséquence de réduire à 55 % le nombre d'utilisateurs du français à la maison et à 24 % le nombre de ceux qui utilisent l'anglais. Il s'agit d'une baisse de 2 % pour les francophones et de 1,5 % pour les anglophones.

Le français progresse
André Pratte
La Presse mercredi 25 mai 2005
Éditorial - Fragilité du français, recul du français: ces deux expressions familières ont été à nouveau employées dans les médias à la suite de la publication de la plus récente étude de l'Office québécois de la langue française sur le profil linguistique du Québec. Cette façon de présenter les choses relève presque de la paranoïa: l'étude illustre au contraire à quel point le français a progressé depuis 10 ans!
" La situation du français demeure fragile ", ont titré plusieurs journaux. " Le français ne cesse de reculer, de 83 % de la population, à 82 %, à 81 % ", déplorait un animateur de radio en fin de semaine. Le discours de la précarité du français a-t-il été martelé au point que nous ne puissions voir l'éclaircie?
Le document publié par l'Office fait le point sur l'évolution de plusieurs indicateurs de la situation linguistique. Ceux qui y ont vu un recul du français se sont arrêtés à un seul indicateur: de 1991 à 2001, la proportion de personnes de langue maternelle française est passée de 82 % à 81,4 %. Ce changement serait inquiétant s'il s'inscrivait dans une tendance à long terme - ce n'est pas le cas - et, surtout, si les " pertes " du français se faisaient au profit de l'anglais.
Or, les Québécois de langue maternelle anglaise représentent une part de moins en moins importante de la population, et dans leur cas il s'agit d'une tendance forte et lourde: ils composaient 13,1 % de la population du Québec en 1971, ils ne sont plus que 8,3 % en 2001.
Le groupe qui gagne en importance, c'est celui des allophones. Cela n'est ni étonnant ni préoccupant: le taux de natalité étant très faible chez les Québécois de souche, l'essentiel de la croissance démographique nous vient de l'immigration. C'est là aussi que se joue l'avenir du français: lorsque les immigrants délaissent leur langue maternelle au profit d'une des deux langues officielles du Canada, laquelle choisissent-ils? Ce fut longtemps l'anglais, on le sait. L'étude de l'Office québécois de la langue française montre à quel point, sur ce front, le français a fait du progrès.
En 2001, 46 % des allophones qui ne parlent plus leur langue maternelle à la maison ont adopté le français; dix ans plus tôt, cette proportion n'était que de 36 %. On déplorera que les transferts linguistiques continuent de se faire majoritairement à l'anglais; ce serait négliger le poids de l'histoire. La grande majorité des immigrants qui ont choisi l'anglais sont arrivés au Québec il y a quelques décennies. Les immigrants de souche plus récente optent très majoritairement pour le français.
Une autre étude confirme l'attraction croissante du français. La Commission scolaire de Montréal vient de publier le profil sociolinguistique de ses 75 000 élèves. Parmi les jeunes allophones, un peu plus du quart ont adopté à la maison une langue autre que leur langue maternelle. Ceux qui ont choisi le français comme langue d'usage sont six fois plus nombreux que ceux qui ont choisi l'anglais!
Le français sera toujours en position de fragilité en Amérique. Mais ce n'est plus en raison de la dynamique linguistique interne, qui est désormais favorable au français. Ce qui rend la situation du français périlleuse aujourd'hui, c'est la faible croissance démographique du Québec par rapport à celle de ses voisins. En 2050, les États-Unis compteront plus de 400 millions d'habitants; le Québec, moins de 8 millions... Le défi de la survie du français continuera donc de se poser, et ce quel que soit le statut politique du Québec à ce moment-là.
apratte@lapresse.ca

Débat linguistique en vue au PQ
Denis Lessard
La Presse mercredi 25 mai 2005
Un renforcement de la Charte de la langue française dans la ligne de mire des militants
Québec - Pressé par les militants de plusieurs régions, le chef du Parti québécois, Bernard Landry, envisage de renforcer la Charte de la langue française, une décision qu'il arrêtera au prochain congrès de son parti, dans deux semaines.
Comme la question de la direction du parti paraît en pratique réglée, plusieurs militants se sont tournés vers la question linguistique, perpétuelle source de débats au sein du Parti québécois. Premier en lice, Yves Michaud, a annoncé hier son intention de mettre le feu aux poudres en faisant activement la promotion d'une idée approuvée par les militants de plusieurs régions: imposer au collégial les mêmes balises qu'au secondaire et au primaire pour la langue d'enseignement. Actuellement, les parents francophones sont tenus d'envoyer leurs enfants au réseau francophone jusqu'à la cinquième secondaire, mais obtiennent la liberté de choix au-delà.
" M. Landry ne veut pas se prononcer là-dessus. Il veut attendre les discussions du congrès, mais il est d'accord pour renforcer la Charte de la langue française ", résume son porte-parole, Louis-Pascal Cyr.
Lors de ses participations aux congrès des régions, M. Landry avait tenu des propos vite interprétés comme un appui aux militants. Il avait expliqué que le choix linguistique au collégial était une question qui avait été " oubliée " au moment de l'élaboration de la loi 101 en 1977, laissant entendre que cette omission pourrait être corrigée, confie un président de région.
Aux congrès péquistes de 1996 et de 2000, cette même question était venue hanter le premier ministre Lucien Bouchard, a rappelé hier M. Michaud, au premier rang sur les barricades à chaque occasion. Près de 10 ans plus tard, cette décision n'est que plus nécessaire, plaide-t-il en brandissant les toutes récentes données de l'Office québécois de la langue française. Rendue publique la semaine dernière, la mise à jour des " indices linguistiques " démontre que le pouvoir d'attraction de l'anglais par rapport au français ne se dément pas. Selon les statistiques du recensement de 2001, 147 000 néo-Québécois utilisaient l'anglais à la maison contre 124 800 utilisant le français. Selon M. Michaud, il est inconcevable que 8 % de la population parvienne à " assimiler " 55 % des nouveaux venus.
Le Robin des banques met de côté ses appels du pied pour que Bernard Landry déclenche une course à la direction du PQ. " Je crois encore que c'est la meilleure chose que M. Landry pourrait faire, mais la question est résolue, en l'absence de successeurs au chef actuel. M. Landry a-t-il gagné par défaut? On peut le dire ", remarque M. Michaud, qui entend tout de même voter en faveur de la " confiance " à M. Landry.
Vague de fond
Dans les congrès régionaux, les militants péquistes de Laval, Montréal-Centre, Montréal Ville-Marie, Montérégie, Lanaudière et Laurentides, de même que le comité national des jeunes du PQ, ont appuyé des propositions pour resserrer l'accès au réseau collégial anglophone. Pour M. Michaud, cette idée pourrait récolter facilement 60 % d'appui au congrès, si on la laisse venir en plénière. Souvent les propositions embêtantes sont évacuées à l'atelier sectoriel.
Dans plusieurs régions, les militants ont adopté ces positions en dépit des appels véhéments des députés en faveur du statu quo. Les ex-ministres Pauline Marois, Sylvain Simard, Jean-Pierre Charbonneau et François Legault se sont ainsi heurtés de plein fouet aux volontés de la base.
Même Marie Malavoy n'a pas été entendue, et sa remplaçante, l'ex-syndicaliste Monique Richard, se trouvera devant un dilemme lorsque ce débat se tiendra. Jointe hier, Mme Richard a annoncé son intention de défendre la position adoptée par les militants, bien qu'elle sache s'opposer ainsi à la volonté de Bernard Landry. Au congrès du début juin, " la question linguistique va soulever un débat musclé ", prédit-elle.

Yves Michaud plaidera pour un cégep français
Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 25 mai 2005
Québec -- Délégué au prochain Congrès national du Parti québécois, Yves Michaud s'est dit confiant d'y voir adopter une proposition abolissant la liberté de choix entre le français et l'anglais comme langue d'enseignement au cégep.
Il s'agit d'appliquer au niveau collégial les mêmes critères linguistiques de la loi 101 qui se retrouvent dans la Charte de la langue française pour les niveaux primaires et secondaires.
M. Michaud ne monte pas seul au créneau. Dans une lettre envoyée au Devoir hier, le militant précise que le Comité national des jeunes du PQ, le SPQ libre, dont est issue la future présidente du parti, Monique Richard, six associations régionales -- Montréal-Centre, Montréal-Ville-Marie, Laval, Lanaudière et Laurentides -- et plusieurs associations de comtés appuient la proposition 109 qui vise l'application aux cégeps des restrictions à l'accès à l'enseignement en anglais.
Les dernières données émanant de l'Office de la langue française (OLF) indiquent que parmi les personnes de langue maternelle tierce qui ont délaissé cette langue, 54,3 % utilisent l'anglais chez eux contre 45,7 % qui se tournent vers le français. Ces chiffres inquiètent au plus haut point plusieurs péquistes, dont M. Michaud. «L'assimilation par la minorité anglo-québécoise à 55 % des immigrants, ça n'a pas de sens. Il n'y a aucun peuple qui est capable de tolérer ça», a-t-il dit au cours d'un entretien téléphonique.
«Si le Montréal français venait à s'étioler, [...] au mieux, nous léguerons à nos descendants et à leurs enfants un ersatz de société de langue française voisine de la folklorisation et de la "minorisation" linguistique. Quoi qu'en disent et quoi qu'en pensent les frileux, les pusillanimes et les éternels "bons ententistes", ce ne sont pas là des propos de Cassandre effarouchée mais des projections d'une implacable réalité», écrit-il dans son texte.
Élément d'intégration
Le langue d'enseignement au collégial est un élément crucial dans l'intégration des enfants d'immigrants, estime-t-il. «Au Québec, on vote avec sa langue, très majoritairement.» Quand ils vont au cégep de langue anglaise, «il y a huit risques sur dix pour qu'ils votent contre un référendum sur l'indépendance nationale du Québec».
À ses yeux, l'adoption de la proposition 109 au prochain Congrès est encore plus importante que le vote de confiance à chef, «une question secondaire résolue depuis des semaines en l'absence de successeurs». Bernard Landry aura son vote, a-t-il dit.
À deux reprises, des propositions pour renforcer la loi 101 furent battues en brèche lors des Congrès nationaux du PQ grâce à l'intervention musclée de l'état-major du parti. En 1996, M. Michaud avait parrainé une proposition pour abolir la loi 86 sur l'affichage adoptée par les libéraux, ce qui fut suivi par «une nuit de boudin» de Lucien Bouchard et sa déclaration, faite le jour du vote, qu'il ne pourrait plus se regarder dans le miroir si la proposition était adoptée, a rappelé le militant. En 2000, une proposition sur la langue d'enseignement dans les cégeps fut également «torpillée» par la députation.
Mais il en est autrement aujourd'hui. Au cabinet de Bernard Landry, on indique que le chef est favorable à un débat sur cette question. En revanche, le chef péquiste s'oppose à une partie de la proposition qui vise à réduire le financement des universités anglophones pour qu'il corresponde au poids démographique de «la minorité historique de langue anglaise».

L’école anglaise n’a pas cessé d’être assimilatrice
Mario Beaulieu
L'aut'courriel n° 135, 25 mai 2005
Le Devoir rapportait ce matin que, lors du prochain congrès du Parti Québécois, Yves Michaud et plusieurs autres groupes se feraient les promoteurs d'une mesure visant à appliquer aux cégeps les mêmes critères linguistiques de la loi 101 qu'au primaire et au secondaire. Le Québec est à peu près le seul État au monde où l'on finance des institutions d'éducation supérieure dans une autre langue que celle de la majorité, sans aucune limite et sans aucune restriction. C'est important lorsqu'on sait qu'en 1996, 93% de la population immigrée avait plus de 15 ans à son arrivée et était donc en âge de fréquenter les cégeps ou les universités. Nous reproduisons ici un texte de l'aut'journal du mois de novembre sur le sujet.
Le système d’éducation joue un rôle fondamental dans la transmission d’une langue et d’une culture. C’est un facteur essentiel à l’intégration des nouveaux arrivants. Dans à peu près tous les pays, l’éducation publique se fait exclusivement dans la langue de la majorité. Dans les cas où plusieurs langues nationales coexistent, les institutions publiques fonctionnent exclusivement dans une langue sur un territoire donné. Par exemple, en Belgique, la scolarité de tout étudiant se déroule obligatoirement en français ou en néerlandais, selon qu’il réside en Wallonie ou dans les Flandres. Ces politiques linguistiques territoriales sont par ailleurs tout à fait compatibles avec l’enseignement des langues secondes.
Avec l’adoption de la Loi 101 en 1977, les nouveaux arrivants furent tenus de fréquenter l’école française. Le Livre blanc de la Loi 101 proclamait que « l’école anglaise, qui constitue un système d’exception accordé à la minorité actuelle du Québec, doit cesser d’être assimilatrice. » Soulignons que la Loi 101 porte sur l’accès aux écoles publiques et non pas aux écoles privées non-subventionnées (comme c’est le cas dans des pays comme la Belgique ou la Suisse). Ce faisant, elle n’interdit pas le libre choix scolaire à proprement parler. Elle balise le financement public des écoles anglaises afin qu’il ne serve pas à angliciser les nouveaux arrivants.
Cependant, l’accès au réseau collégial public français n’est pas balisé par la Charte de la langue française. Le Québec est à peu près le seul État au monde où l’on finance des institutions d’éducation supérieure dans une autre langue que celle de la majorité, sans aucune limite et sans aucune restriction. C’est important lorsqu’on sait qu’en 1996, 93% de la population immigrée avait plus de 15 ans à son arrivée et était donc en âge de fréquenter les cégeps ou les universités.
On a observé une augmentation élevée de la propension des étudiants allophones à choisir le cégep anglais. Les premiers « enfants de la Loi 101 » sont parvenus au niveau collégial en 1989. En 1990, 27,1 % des étudiants allophones qui sont passés par l’école secondaire française choisissaient de fréquenter le cégep anglais. Par la suite, le choix de fréquenter un cégep anglais est en forte hausse, atteignant 41,3 % en 1996, et semble se stabiliser par la suite (L’Action nationale, septembre 2004).
Par contre, les allophones qui ont étudié au secondaire en anglais ne semblent pas ressentir avec autant d’empressement la nécessité d’apprendre le français avant d’entrer sur le marché du travail. En fait, ces allophones choisissent de façon constante, et dans la presque totalité, le cégep anglais. Cette proportion s’établit à 97,3 % en 1990 et à 99,5 % en 2003.
En se référant aux données de l’an 2000, le mémoire du Parti Québécois à la Commission Larose proposait que le gouvernement du Québec porte, au cours des trois années suivantes, une attention particulière à la répartition des nouveaux inscrits allophones à l’enseignement collégial et demandait qu’à terme, si les tendances observées n’étaient pas renversées, le gouvernement prenne les mesures appropriées pour corriger la situation, y compris par l’extension au secteur collégial des dispositions actuelles de la Charte de la langue française relatives à la langue de l’enseignement. On mentionne qu’une telle mesure pourrait être de nature à favoriser et consolider les transferts linguistiques vers le français.
Tel que le démontre le graphique, la tendance à choisir le cégep anglais ne s’est pas renversée. Mais on ne trouve pas de mesures pour corriger la situation dans le projet de programme récemment proposé par l’exécutif national du Parti Québécois en vue du Congrès 2005.
Tous les chercheurs s’entendent pour dire que, parmi toutes les dispositions de la Loi 101, ce sont les mesures scolaires qui ont eu le plus grand impact sur la force d’attraction du français, notamment sur les transferts linguistiques, c’est-à-dire l’adoption par un individu comme langue d’usage à la maison d’une langue autre que sa langue maternelle.
Dans le mémoire du Parti Québécois à la commission Larose, en 2001, on constatait que : « Ce qui doit être une préoccupation majeure de la politique linguistique du Québec, c’est la prédominance toujours marquée des transferts en faveur de la langue anglaise. Selon qu’ils sont majoritairement favorables au français ou à l’anglais, les transferts linguistiques ont une incidence directe sur l’objectif d’intégration à la majorité francophone, objectif inhérent à la Charte de la langue française. En vertu de cet objectif, la proportion de transferts linguistiques vers le français devrait idéalement dépasser les 90 %, ce qui respecterait la représentativité réelle des anglophones québécois. » Nous sommes loin du compte. Selon Statistique Canada, cette proportion était de 46 % en 2001.
Les principaux progrès de la force d’attraction de la langue française se retrouvent chez les jeunes immigrants allophones, qui vont à l’école française à plus de 80 %. Cependant, la proportion desdits « enfants de la Loi 101 » qui effectuent des transferts linguistiques demeure restreinte. En 2001, seulement 9 % des allophones arrivés entre l’âge de 1 an et 14 ans ont effectué des transferts vers le français.
Les travaux de Charles Castonguay indiquent que l’élan des transferts linguistiques vers le français insufflé aux jeunes allophones par l’école française s’épuise presque totalement à partir de l’âge du collégial.
Les cégeps jouent un rôle beaucoup plus large que la simple transmission d’une langue. Il joue un rôle important dans l’intégration aux valeurs et à la culture publique commune au Québec. Les programmes d’études pré-universitaires y côtoient les programmes d’études techniques. En outre, l’enseignement collégial est une voie majeure d’intégration à l’emploi.
L’application de la loi 101 au cégep pourrait renforcer l’usage du français comme langue de travail. Selon les données du recensement de 2001, moins de la moitié des allophones (45 %) travaillent le plus souvent en français (40 %) travaillent le plus souvent en anglais). En analysant ces données, le professeur Charles Castonguay de l’Université d’Ottawa en conclut que : « Le rayonnement de l’anglais comme langue principale de travail à Montréal domine largement celui du français. »

Un programme de province
Michel David
Le Devoir jeudi 26 mai 2005
Camille Laurin disait jadis que les dispositions de la Charte de la langue française n'étaient pas «gravées dans la pierre».
Dans son esprit, la loi 101 était une mesure d'urgence destinée à répondre à une situation d'urgence, mais il était d'avis que, le jour où le Québec deviendrait souverain, il deviendrait moins nécessaire de rappeler continuellement aux immigrants qu'ils arrivaient dans un État essentiellement français.
Vingt-huit ans après son adoption, on peut légitimement prétendre qu'en dépit de progrès substantiels, la situation du français est encore trop fragile pour qu'on envisage certains assouplissements. Même dans un Québec souverain, qui ne changera pas de continent, il est probable qu'une certaine protection législative demeurera nécessaire, par exemple en matière d'affichage commercial.
Dans son statut actuel, on peut être d'avis que la force d'attraction de l'anglais est suffisamment inquiétante dans les communautés culturelles pour justifier l'extension au niveau collégial des critères d'accès à l'école anglaise qui s'appliquent aux niveaux primaire et secondaire.
Les plus récentes données rendues publiques par l'Office de la langue française, qui datent de 2001, indiquent que 54,3 % des allophones qui ont délaissé leur langue maternelle l'ont fait au profit de l'anglais, tandis que 45,7 % ont opté pour le français.
Il s'agit sans doute de «gains encourageants» depuis 1991, alors que seulement 35,8 % choisissaient le français, mais il demeure que, dans la région de Montréal, les transferts linguistiques profitent encore à l'anglais trois fois sur cinq.
Il n'en fallait pas davantage au «Robin de la langue», Yves Michaud, pour monter aux barricades en compagnie de six associations régionales du PQ, du Comité national des jeunes et du SPQ libre, qui appuieront au congrès des 3, 4 et 5 juin une résolution pour forcer les allophones à fréquenter le cégep français.
D'avance, M. Michaud balaie les objections que pourraient faire valoir «les frileux, les pusillanimes et les éternels bons ententistes» qui refusent de faire face à «une implacable réalité».
***
Au congrès de mai 2000, la garde rapprochée de Lucien Bouchard avait utilisé tous les moyens pour faire battre une proposition identique à celle qui sera présentée au congrès de juin. On peut comprendre que M. Michaud en ait gardé un goût amer. Le débat avait donné lieu à un véritable tripotage procédurier qui s'apparentait à la tricherie.
Cette fois-ci, Bernard Landry a décidé de ne pas s'opposer à un mouvement qui paraît irréversible. Le chef du PQ connaît bien son parti. Maintenant que la question de son leadership est pratiquement réglée, il est inutile de provoquer les «purs et durs». Comme toujours, la langue servira d'exutoire à leur frustration. Ce sera déjà beau si on peut les convaincre de ne pas couper les vivres à l'université McGill.
Curieusement, ces gens qui se battent depuis des années pour que le PQ cesse d'envisager l'avenir dans une perspective provinciale et se donne enfin un «programme de pays» semblent incapables de considérer la question linguistique sous l'angle d'un Québec souverain. Sur la question du cégep, M. Michaud et ses amis défendent un programme de province.
Remarquez, il a parfaitement raison de dire : «L'assimilation par la minorité anglo-québécoise à 55 % des immigrants, ça n'a pas de sens. Il n'y a aucun peuple qui est capable de tolérer ça.» Le problème est que les nouveaux arrivants débarquent dans un pays qui s'appelle encore le Canada, ne lui en déplaise, et ce qu'il qualifie de minorité anglophone y constitue en fait la majorité.
Dans un Québec souverain, il serait clair aux yeux de tous que la majorité est francophone et qu'il est bien plus intéressant de s'y intégrer. Certes, il restera toujours une minorité anglophone, dont les droits historiques devront être protégés de façon absolue, mais ce sera vraiment une minorité, avec tous les désavantages que cela comporte, même en Amérique du Nord.
Est-ce que ces «enfants de la loi 101», que le PQ se félicite de voir basculer en nombre grandissant dans le camp du OUI, appuieraient la souveraineté pour choisir ensuite de faire leur vie en anglais ? Allons donc !
***
Depuis des décennies, les souverainistes réclament la totalité des pouvoirs en matière d'immigration. Si cela leur apparaît si important pour le Québec, c'est sûrement qu'ils en espèrent des avantages concrets, comme celui de pouvoir privilégier systématiquement des immigrants plus facilement intégrables à la majorité francophone, sans qu'Ottawa ait le moindre mot à dire.
Il ne faut pas sous-estimer non plus l'effet de la disparition du gouvernement fédéral, qui ne pourra plus peser de tout son poids en faveur du bilinguisme, comme les souverainistes ne cessent de le déplorer.
Dans dix jours, les délégués au congrès de juin vont inscrire dans le programme du PQ qu'un référendum sera tenu «le plus tôt possible dans le prochain mandat». Ne pourrait-on pas attendre un peu avant de s'attaquer à une refonte de la loi 101 qui ne sera peut-être pas nécessaire avec la souveraineté ?
M. Michaud estime que la situation actuelle «est une entrave à l'avènement d'un Québec français, préalable à tout combat pour l'indépendance nationale». L'équation est mal posée : c'est plutôt l'indépendance nationale qui permettra l'avènement d'un Québec réellement français.
À moins, évidemment, que les péquistes eux-mêmes ne croient pas réellement à une victoire du OUI. Dans la perspective d'un Québec davantage affaibli par un troisième NON consécutif, où le français risquerait d'être perçu comme la langue des éternels perdants, il est en effet possible qu'un renforcement de la protection linguistique devienne indispensable.
En relançant les hostilités sur le front linguistique de façon totalement prématurée et peut-être inutile, le PQ pourrait bien réussir à saboter une conjoncture à laquelle aucun souverainiste n'aurait osé rêver il y a à peine dix-huit mois. Une condition indispensable à la réussite de son projet est qu'il n'apparaisse pas comme le prélude à l'acrimonie et à l'insécurité, qui ont toujours été associées au débat linguistique.

Une résolution prématurée
Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 27 mai 2005
ÉDITORIAL - Les Québécois issus de l'immigration devraient-ils avoir l'obligation de fréquenter le réseau français d'enseignement collégial? Des militants du Parti québécois s'apprêtent à faire voter une résolution en ce sens au prochain congrès de leur formation, inquiets de la lenteur avec laquelle progressent les transferts linguistiques des nouveaux arrivants vers le français. La solution a le mérite d'être simple mais ignore la complexité du problème soulevé.
L'instigateur de cette résolution est le militant Yves Michaud qui, s'appuyant sur une étude de l'Office de la langue française, fait valoir que les transferts linguistiques d'immigrants de langue maternelle autre que le français ou l'anglais se font majoritairement vers l'anglais, dans une proportion de 54,3 %. Pour qui aurait souhaité que ce soit l'inverse 27 ans après l'adoption de la loi 101, cela est, on le comprend, désespérant.
Le combat pour la langue ne justifie cependant pas qu'on passe sous silence qu'il y a eu progrès. Selon cette même étude, les transferts en faveur du français, qui étaient de 35,8 % en 1991, sont passés à 45,7 % en 2001. Conséquemment, le pourcentage de la population dont la langue le plus souvent parlée à la maison est le français est resté stable, à 83 %, au cours de cette période alors qu'il a diminué dans le cas de l'anglais, passant de 11,2 à 10,5 %, et augmenté pour les langues autres que le français et l'anglais, passant de 5,8 à 6,5 %.
On pourrait croire qu'il n'y a pas de problème, mais les auteurs de l'étude apportent deux nuances. La première affirme que si le français a fait des gains, l'anglais jouit toujours d'un indice de vitalité linguistique nettement supérieur. Par ailleurs, ils soulignent que l'avantage de l'anglais est nettement plus marqué dans la région de Montréal, où on observe, selon le recensement de 2001, une anglicisation de 17 706 francophones alors que, dans le reste du Québec, il y a eu francisation de 9895 anglophones.
Ces données, prises dans leur ensemble, justifient qu'on réfléchisse aux mesures à adopter pour accroître les transferts linguistiques en faveur du français, surtout dans la région de Montréal. S'alarmer au point où le fait M. Michaud serait par contre prématuré, surtout que sa proposition ne prend pas en compte le contexte particulier de l'enseignement collégial.
La Commission des états généraux sur l'avenir de la langue française au Québec notait dans son rapport publié en 2001 que l'anglais profitait auprès des jeunes qui entrent au cégep d'un fort pouvoir d'attraction en raison de sa position comme langue principale du continent et à titre de lingua franca des échanges économiques. Ce sont de jeunes adultes - ou sur le point de le devenir - qui se préparent à exercer un métier ou une profession. Ils veulent améliorer leur connaissance de l'anglais et choisissent un cégep anglais. Ils le font pour avoir un meilleur accès au marché du travail, où la mobilité est de plus en plus un facteur de réussite.
D'emblée, la Commission des états généraux rejetait l'idée d'imposer la fréquentation du cégep français aux allophones. Elle suggérait plutôt de faire en sorte que les cégeps de langue française offrent la possibilité d'acquérir une bonne connaissance de l'anglais. Elle leur recommandait par ailleurs de mieux soutenir les étudiants de langue autre que le français afin qu'ils puissent réussir l'épreuve ministérielle de langue. Cela a-t-il été fait? Avant d'adopter des mesures inutilement radicales, il faudrait prendre le temps de regarder ce qui peut être fait... et de le faire.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Le cégep français : pour faire du français la langue nationale
Mario Beaulieu, SPQ Libre
Principal auteur de la proposition du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre sur la langue qui a été adoptée dans plusieurs instances du Parti Québécois en vue du Congrès de juin 2005.
TRIBUNE LIBRE vendredi 27 mai 2005
Montréal, le 27 mai 2005 - À la veille du Congrès national du Parti Québécois, on entend dire que le renforcement de la loi 101, et notamment, l’application au niveau collégial des critères balisant déjà, aux niveaux primaire et secondaire l’accès à l’école publique anglaise, correspondraient à un « programme de province »! En fait, l’étude des législations linguistiques à travers le monde indique plutôt le contraire. Des lois linguistiques existent partout dans le monde, soit dans plus de 110 pays. Dans à peu près tous les pays développés, l’éducation publique, sur un même territoire, est dispensée dans une seule langue.
Le système d’éducation joue un rôle fondamental dans la transmission d’une langue et d’une culture. C’est un facteur essentiel à l’intégration des nouveaux arrivants. Avec l’adoption de la Loi 101 en 1977, les nouveaux arrivants furent tenus de fréquenter l’école française. Le Livre blanc de la Loi 101 proclamait que « l’école anglaise, qui constitue un système d’exception accordé à la minorité actuelle du Québec, doit cesser d’être assimilatrice. » Soulignons que la Loi 101 porte sur l’accès aux écoles publiques et non pas aux écoles privées non-subventionnées. Ce faisant, elle n’interdit pas le libre choix scolaire à proprement parler.
La norme internationale : l’éducation supérieure dans la langue officielle
Cependant, l’accès au réseau collégial public anglais n’est pas balisé par la Charte de la langue française. Le Québec est à peu près le seul État développé au monde où l’on finance, sans aucune limite, des institutions d’éducation supérieure dans une autre langue que celle de la majorité.
Ce laisser-faire n’est pas sans conséquence lorsqu’on sait (...) qu’en 1996, 93 % de la population immigrée avait plus de 15 ans à son arrivée et était donc, en bonne partie, en âge de fréquenter les cégeps ou les universités.
On a aussi observé une augmentation élevée de la propension des étudiants allophones à choisir le cégep anglais. Les premiers « enfants de la Loi 101 » sont parvenus au niveau collégial en 1989. En 1990, 27,1 % des étudiants allophones qui sont passés par l’école secondaire française choisissaient de fréquenter le cégep anglais. Par la suite, leur choix du cégep anglais est en forte hausse, atteignant 41,3 % en 1996 : il semble se stabiliser par la suite. Le mouvement est à sens unique : les allophones qui ont étudié au secondaire en anglais choisissent de façon constante, et dans la presque totalité, le cégep anglais (99,5 % en 2003). Cela en dit long sur le peu de prestige d’une éducation postsecondaire en français au Québec.
L’impact sur la mobilité linguistique et la langue de travail
Tous les chercheurs s’entendent pour dire que, parmi toutes les dispositions de la Loi 101, ce sont les mesures scolaires qui ont eu le plus grand impact sur la force d’attraction du français, notamment sur les transferts linguistiques, c’est-à-dire l’adoption par un individu comme langue d’usage à la maison d’une langue autre que sa langue maternelle.
Dans le mémoire du Parti Québécois à la commission Larose, en 2001, on constatait que :
« Ce qui doit être une préoccupation majeure de la politique linguistique du Québec, c’est la prédominance toujours marquée des transferts en faveur de la langue anglaise. Selon qu’ils sont majoritairement favorables au français ou à l’anglais, les transferts linguistiques ont une incidence directe sur l’objectif d’intégration à la majorité francophone, objectif inhérent à la Charte de la langue française. En vertu de cet objectif, la proportion de transferts linguistiques vers le français devrait idéalement dépasser les 90 %, ce qui respecterait la représentativité réelle des anglophones québécois. »
Nous sommes loin du compte. Selon Statistique Canada, cette proportion était de 46 % en 2001.
Les principaux progrès de la force d’attraction de la langue française se retrouvent chez les jeunes immigrants allophones, qui vont à l’école française à plus de 80 %. Cependant, la proportion desdits « enfants de la Loi 101 » qui effectuent des transferts linguistiques demeure restreinte. En 2001, seulement 9 % des allophones arrivés entre l’âge de 1 an et 14 ans ont effectué des transferts vers le français.
Les travaux de Charles Castonguay indiquent que l’élan des transferts linguistiques vers le français insufflé aux jeunes allophones par l’école française s’épuise presque totalement à partir de l’âge du collégial.
Les cégeps jouent un rôle beaucoup plus large que la simple transmission d’une langue. Ils jouent un rôle important dans l’intégration des valeurs et de la culture publique commune au Québec. Les programmes d’études préuniversitaires y côtoient les programmes d’études techniques. En outre, l’enseignement collégial est une voie majeure d’intégration à l’emploi.
L’application de la loi 101 au cégep pourrait renforcer l’usage du français comme langue de travail. Selon les données du recensement de 2001, moins de la moitié des allophones travaillent le plus souvent en français. En analysant ces données, le professeur Charles Castonguay de l’Université d’Ottawa en conclut que : « Le rayonnement de l’anglais comme langue principale de travail à Montréal domine largement celui du français. »
Une raison essentielle pour faire la souveraineté
Certains opinent que la reprise du débat linguistique pourrait nuire à l’avènement de la souveraineté. En fait, la nécessité d’établir le français comme langue commune au Québec a toujours été un des plus puissants déterminant de l’appui à la souveraineté chez les Québécois de toutes origines. Assurer la survie et l’épanouissement de la langue et de la culture nationales est au fondement de la lutte universelle pour l’auto-détermination des peuples et pour la diversité culturelle dans le contexte de la mondialisation.
Ce n’est certainement pas en jouant à l’autruche et en créant une fausse impression de sécurité que les souverainistes vont démontrer la nécessité sinon l’urgence de leur projet. À la veille du dernier congrès du Parti Québécois un sondage démontrait que l’argument linguistique pourrait avoir un impact significatif, voire décisif, dans un éventuel débat référendaire si les souverainistes pouvaient démontrer à un nombre plus important d’électeurs que la survie du français passe par l’accession du Québec à la souveraineté (Jean-Marc Léger et Richard Nadeau, Le Devoir, 27 avril 2000). Il s’agit du levier qui manque pour dépasser définitivement le cap de 50 %.
Depuis son établissement, la Charte de la langue française a subi plus de deux cents amendements, dont ceux instaurés par la loi 86. Ces modifications ont favorisé la bilinguisation des institutions publiques dans tous les champs d’activité. À chaque recul, le Québec est ramené un peu plus vers le statut d’une simple province bilingue.
Le français sera menacé tant que le Québec, seul État de langue française en Amérique, n’aura pas la pleine maîtrise de sa politique linguistique. Le peuple québécois aura alors les moyens d’instaurer une véritable politique linguistique de pays. Et il cessera une fois pour toutes d’avoir à lutter pour préserver son identité, pour se tourner vers l’avenir et s’ouvrir sur le monde.
Les souverainistes ne doivent pas se cantonner dans l’attentisme et cautionner un rapetissement provincialiste de l’aspiration nationale de faire du français la langue commune. Comme le disait si bien Pierre Bourgault, « Nous ne voulons pas être une province pas comme les autres, nous voulons être un pays comme les autres ».

Le combat de la langue est prioritaire
pour l’indépendance nationale
Yves MICHAUD, Délégué au congrès plénier du Parti québécois
TRIBUNE LIBRE lundi 30 mai 2005
L’Office québécois de la langue française ( OLF) a publié le 19 mai 2005 un fascicule d’indicateurs linguistiques mis à jour en 2001. « Des milliers de personnes de langue maternelle tierce, lit-on, ont fait du français mais surtout de l’anglais la langue la plus souvent parlée au foyer ». Le pouvoir de l’attraction de l’anglais demeure plus élevé que jamais auprès des immigrants révèle l’étude de l’OLF. Parmi les personne de langue maternelle autre que française ou anglaise, 54.3 % s’orientent vers l’utilisation de l’anglais au foyer contre 45,7 % qui choisissent le français. C’est en fait 147,000 nouveaux Québécois qui ont choisi de vivre en anglais contre seulement 124,800 qui ont opté pour le français en 2001.
Au Parti québécois, voué à l’indépendance nationale, des militants voire des ministres, trouvent normal qu’une minorité représentant 8 % de notre population assimile 55 % des nouveaux venus en terre québécoise. Un peuple qui tolère cela n’aura jamais la force morale ni le courage de faire son indépendance. Une langue est d’abord une patrie. C’est en elle et par elle que se soudent la solidarité nationale, le vouloir vivre-ensemble et la communauté de destin. Un Québec libre ne peut se concevoir qu’en français, avec des citoyens et des citoyennes d’hier, d’aujourd’hui et de demain, parlant une langue commune et se référant à des valeurs fondamentales d’égalité et de communauté de droits. Pour atteindre pleinement cet objectif les militants du PQ seront saisis d’une proposition à leur prochain congrès visant à modifier la Charte de la langue française afin d’appliquer les critères d’accès à l’école publique française au niveau collégial. Cette mesure n’est pas dirigée contre les immigrants, bien au contraire. En les familiarisant avec une langue qui est le fondement de la liberté et de l’humanisme universel, ils s’enrichissent eux-mêmes et conséquemment la société nouvelle dont ils font partie.
Au congrès plénier de 1996, fidèle à l’engagement qu’avait pris l’opposition du Parti québécois, je parrainai avec des jeunes militants une résolution visant à abolir la loi 86 du gouvernement Ryan pour revenir à l’intégrité de la loi 101. Nous avons gagné par une forte majorité en atelier, alors que le parti avait dépêchés Camille Laurin et Louise Beaudoin pour s’opposer à notre proposition. S’ensuivit la « nuit du boudin » de Lucien Bouchard, et le lendemain « la journée du miroir » au cours de laquelle l’ex premier ministre déclara « ne pouvoir se regarder dans le miroir (sic) » si la résolution était approuvée par les délégués à l’assemblée plénière. La grosse Bertha fit avorter notre proposition.
Au congrès plénier de 2000, je revins à la charge et parrainai avec d’autres, dont Jean-Marc Léger, une proposition visant à modifier la Charte de la langue française pour inclure les cégeps dans le système public d’enseignement du Québec, c’est-à-dire la prescription pour les Québécois issus de l’immigration de fréquenter le réseau français d’enseignement collégial. Sylvain Simard et de nouveau Louise Beaudoin furent mandatés par l’état- major de la députation ministérielle pour torpiller le projet de proposition. Ce qui fut fait.
En prévision du congrès de juin 2005, le Comité national des jeunes du parti, et six régions régions dont Laval, Montréal-Centre, Montréal Ville-Marie, Montérégie, Lanaudière et Laurentides, de même que plusieurs associations de comtés ont ouvertement appuyé la proposition 109 dont la portée est de « modifier la Charte de la langue française afin d’appliquer les critières d’accès de l’école publique française au niveau collégial ».
Il est dans la nature des choses que l’enjeu linguistique se situe à Montréal, terre d’accueil et d’enracinement de la très grande majorité des Québécois héritiers de l’immigration. Si le Montréal français venait à s’étioler et à régresser comme le prévoient les statistiques irréfutables de l’Office de la langue française, toutes les régions du Québec réunies ne pourraient freiner la tendance à l’anglicisation du pays tout entier. Au mieux, nous lèguerons à nos descendants et à leurs enfants un erzat de société de langue française voisine de la folklorisation et de la minorisation linguistique. Quoi qu’en disent et quoiqu’en pensent les frileux, les pusillanimes, et les éternels « bons ententistes », ce ce sont pas là des propos de Cassandre effarouché mais des faits reposant sur des projections d’une implacable réalité.
« Une système scolaire qui ne satisferait pas à cette exigence essentielle, écrit Jean-Marc Léger, constitue une gigantesque supercherie. La défense de la langue et par là même de la culture dont elle est le fondement et l’expression, apparaît comme la forme la première et la plus pressante du combat national. Un peuple comme le nôtre défend, croit défendre sa langue mais en même temps c’est sa langue qui le défend. Cette dernière, toujours menacée dans sa qualité comme dans son usage, et à la fois blessure et amure. C’est dans sa langue et par elle que notre peuple renoue avec son histoire et noue avec le monde des liens qui lui permettent de créer la patrie et d’inventer l’avenir dont il rêve ».
À bien réféchir, l’adoption de la proposition 109 sur les cégeps français est plus importante que le vote de confiance sur le leadership du parti. une question secondaire résolue depuis des semaines en l’absence de successeurs au chef actuel. Ce geste de souveraineté est le premier que devait poser un prochain gouvernement du Parti québécois. S’il s’en abstient, qu’arrivera-t-il des autres ?
Avec cet amendement à la Charte de la langue, il deviendra possible de renverser la tendance lourde vers la fréquentation des cégeps anglais par les étudiants issus de l’immigration. La situation actuelle ne peut durer. Elle est une entrave à l’avènement d’un Québec français, préalable à tout combat pour l’indépendance nationale.

Debt threatens future of anglo rights group
Dave Rogers
The Ottawa Citizen Friday, May 20, 2005
Alliance Quebec an 'embarrassment' after funding slashed: ex-official
Alliance Quebec has become such an embarrassment to the federal government after 23 years of fighting for English-language rights that its grant has been cut in half in an attempt to silence it, says the former vice-president of the organization.
Jacques Labbe, who resigned a month ago because he fears he will be held liable for Alliance Quebec's debts, said this week that the Canadian Heritage Department has cut the group's annual grant to $200,000 from $440,000, seven months into the fiscal year.
The organization is facing bankruptcy at the end of May because its debts total $200,000, including a $62,000 clawback for expenses the department insists should not have been charged to the federal government.
All staff except a secretary have been let go.
Mr. Labbe said Alliance Quebec laid off its only employee handling language and human rights complaints and it will have to set up offices in somebody's basement if it remains open.
Veronick Raymond, a spokeswoman for Canadian Heritage in Quebec, denied the government was trying to silence Alliance Quebec.
Ms. Raymond said the department cut its contribution to the organization because of its difficulty in fulfilling its obligations to publish a magazine and newsletter and its lack of success in lobbying for education access and health and social services for anglophones.
Ms. Raymond said the department might provide up to $100,000 for a "strategic planning exercise" that would allow Alliance Quebec to consult Quebec's English-speaking community and develop clear objectives.
"We have been supporting Alliance Quebec for 23 years, but it has to achieve results," Ms. Raymond said.
"Our job is to manage public funds and achieve results. There is nothing in the agreement about human rights activities or legal expenses."
Even if Alliance Quebec ceases most of its activities, organizers hope to pursue an investigation of what they say was a conspiracy by Parti Quebecois members to discard valid No votes in the 1995 sovereignty referendum.
"Despite the shortage of money, we want to continue with the case of 86,000 rejected ballots in English-speaking areas during the 1995 Quebec referendum," Mr. Labbe said. "There may have been a conspiracy to reject No votes. If there was something wrong, we want to make sure it doesn't happen again."
Alliance Quebec provided legal assistance in an English-language sign dispute in 1999 when a group of Shawville residents drove an Office quebecois de la langue francaise inspector out of town.
In 2003, the organization was involved in the case of a Cohen Parasiuk of Wakefield, who was denied admission to an English-language school because his father had attended French immersion classes in Winnipeg.
A Supreme Court of Canada ruling in March requires Quebec to broaden the grounds for admission of anglophones to English schools so Cohen, 8, and his sister, Lilly, 5, can attend Wakefield Elementary School next fall.
"When we show the Canadian government is applying the Official Languages Act outside Quebec, but not in the province, we are an embarrassment," Mr. Labbe said."There are two options: Either correct the situation or silence the people who are delivering this message. The department has chosen the latter."
Mr. Labbe said Alliance Quebec is one of 24 anglophone groups that receive funding from the Canadian Heritage Department, but the only one that advocates civil rights for the province's English-speaking minority. He said the organization's annual budget was $1 million until 1998, when it began criticizing the federal government.
Brent Tyler, a former Alliance Quebec president, believes the organization's grant has been cut because it fought for anglophones' rights to English education for their children, demanded more federal jobs for English-speakers in Quebec and decided to take Canada to the United Nations because of Quebec's sign law.
The United Nations Committee on Human Rights is to decide in July or August whether it will hear the case of the Lyon and the Wallrus, an antique and picture-framing shop in Knowlton, Que., that was convicted in 1997 of having a sign with English and French lettering of the same size.
Mr. Tyler filed a complaint with the UN Human Rights Committee in the Lyon and the Wallrus case in 2003. Quebec's language laws currently require that French be predominant on outside business signs. English lettering is allowed, but it must be smaller.
In December 2002, the Supreme Court of Canada refused to hear a challenge of the law. And in March 2003, Canadian Heritage announced it would conduct a financial audit of Alliance Quebec.
"Under the International Covenant on Civil and Political Rights, everyone has the right to freedom of expression that can't be limited, except in the interest of public order or to protect the rights of others," Mr. Tyler said. "But as long as the law in Quebec says people can be prosecuted, fined and have their property seized for having a sign in both official languages, the voice for rights and freedoms will never go away."
Marvin Jason, a retired director from the federal auditor general's office who examined the report on Alliance Quebec expenses, said auditors criticized the organization for activities that were in its contract with Heritage Canada.
"The auditors criticized them for their work on human rights and language rights, but Alliance Quebec had a contractual agreement to provide those things," Mr. Jason said. "There is no question that the Canadian Heritage Department was out to get Alliance Quebec and the organization should have questioned the terms of reference of the audit.
"Basically, they are on the ropes and it is all over."
In 2002, then heritage minister Sheila Copps said she would investigate charges that Heritage Canada officials threatened to cut funding to Alliance Quebec unless it dropped plans to keep tabs on the federal government.
The promise came after Mr. Tyler, as Alliance Quebec president, told a Senate committee hearing that Heritage Canada official Beverly Caplan told his group to make changes to its annual application for funding or face cuts in the amount of money it receives from the government.
Mr. Tyler said the organization was told to remove all reference to plans to "research and assess application of the Official Languages Act to ensure compliance with the regulations by federal government institutions."
Brian Gibb, executive director of the Regional Association of West Quebecers, said many anglophone groups in Quebec have eschewed a confrontational approach to language rights because it has been so unsuccessful.
"There is a shift in focus away from English-language rights and towards community development like providing better health and social services for anglophones," Mr. Gibb said.
"Look at the statistics: there has been a 25-per-cent decrease in the English population of Quebec during the last 25 to 30 years. I think the anglophone communities have realized that they are threatened and are members of a linguistic minority."

Alliance Quebec deserves support
HAROLD FORESTER, Freelance
The Montréal Gazette May 24, 2005 Tuesday
Federal government tightening screws. English-speaking Quebecers need group to defend their rights
Why are English-speaking Quebecers getting shafted by the federal government? The slashing of Alliance Quebec's funding will force the only significant group that has defended the rights of Quebec anglophones into bankruptcy. Who will then be available to support the countless legitimate grievances the community faces?
Alliance Quebec has always agreed the French language needs a degree of support and protection. However, over the past 25 years, successive provincial governments have applied regulations that have effectively suppressed the use and visibility of English in this province, to the point where it has stifled investments, driven many English- speaking Quebecers to leave the province, and discouraged English-speaking immigrants from coming here. Commercial businesses have frequently taken the easy route out by posting only French-language signs and providing only limited product information in English.
Alliance Quebec fought on anglophones' behalf by first pointing out the issues, then demanding changes and, finally, when all other options were exhausted, by taking the offenders to court.
Examples of Alliance Quebec's endeavours include expanding access to English schools, ensuring health and social services were available in the English language to all Quebecers, demanding that governments at all levels provide both services and documentation in English. It has had both failures and successes, but were there to respond to the needs of more than 600,000 English-speaking Quebecers.
Alliance Quebec had been funded by Heritage Canada, not because that agency had any particular affinity to English-speaking Quebecers, but because its mandate is to support minority-language groups throughout the country. The problem arose when AQ expanded its role from mainly providing cultural activities to become adversarial.
Heritage Canada did not intend to fund advocacy and Alliance Quebec was forbidden to use any federal funding to cover the costs of going to court. AQ attempted to raise money itself, but businesses were reluctant to donate funds to a group that was perceived as political and possibly "anti-French." Over the years, Heritage Canada gradually reduced AQ's annual funding from more than $1 million to less than $600,000. It downsized, but continued to function, at a reduced level.
Serious problems began when Alliance Quebec began to investigate and support a postal employee who was dismissed after he had filed many grievances against Canada Post for defying the Official Languages Act. This was not only beyond the scope of cultural issues, but AQ was now perceived to be by biting the hand that fed it, as both Canada Post and Heritage Canada are part of the Canadian government. It was also seen as threatening the language peace in Quebec by constantly confronting the Quebec government on its treatment of anglophones.
Heritage Canada then chopped AQ's funding down to $200,000, but only after AQ had already spent $400,000 midway into its fiscal year. This was virtually guaranteed to put the group into bankruptcy, as AQ has no other significant source of funds.
Heritage Canada claimed AQ had failed to provide proof they had spent the federal funds on specific projects that had been previously approved.
That is an unreasonable requirement to impose on Alliance Quebec. AQ has to be present in the community, to instantly respond to unanticipated issues that arise. AQ needs funds to cover its core operating costs of an office, staff to respond to public queries, communications and legal expenses before a single planned event can even take place. The recent intervention by AQ to assist the nurses who had been fired for failing their written French-language exams is just one example. AQ should not be paid by activities any more than police or fire departments are paid by the call.
Alliance Quebec is the only organization that has been present to fight injustices against English-speaking Quebecers. It is unfortunate that such an organization is needed, but it is up to the federal government to find a way to provide the necessary funds for Alliance Quebec to continue its good work.
Harold Forester is a former director of Alliance Quebec and a former chairperson of the AQ Laval/North Shore.

Alliance Quebec: Do MPs really care?
Éditorial
The Gazette Friday, May 27, 2005
Alliance Quebec's ad-hoc "special governing council," meeting tomorrow, might well find itself forced to close up shop, because federal funding has dried up. This is the final act - or is it? - of a long-running political tragedy - or, as some would say, farce.
Alliance Quebec's tempestuous past, and the siren-song allure of federal government money, have brought the organization to this sad state.
Many Montreal anglos simply shrug off the idea that AQ might go out of business, but that is a mistake. True, AQ currently has only limited utility. Its biggest success in years involved only a handful of nurses. Every little bit helps, and we congratulated AQ on helping those women meet French-at-work requirements. But AQ was born for grander things. And once it's gone, it could prove very difficult ever to reconstruct. In these perilous times, with Yes support high in the polls again, anglophones might soon need all the community strength they can get.
AQ is at death's door largely because Ottawa has chosen to play hardball about funding. Federal Heritage department bureaucrats much prefer to deal with the Quebec Community Groups Network (QCGN), a coalition of groups, it appears, that is most active off the island of Montreal.
There was considerable resentment and mistrust of AQ among off-island anglophones during the "angryphone" years, when AQ's main tactics were protest rallies and court cases. This is understandable: AQ, reflecting the compact, numerous Montreal anglo community, settled on priorities and tactics that alarmed and dismayed the more thinly spread off-island anglos.
But when AQ started cashing federal cheques, and abandoned any efforts at mass-membership tactics, the writing was on the wall: Ottawa wants linguistic peace, and found it easy to move its money from pesky AQ to the less rowdy QCGN. Now an aide to Heritage Minister Liza Frulla has bluntly told AQ to work with the QCGN.
Conspicuously absent from this little bureaucratic drama are Montreal's members of Parliament. MPs, who generally elbow each other aside to take credit for a mind-numbing range of federal spending, have all been content to keep quiet while AQ goes to the wall; we have seen no evidence that a single MP has lobbied Frulla to save AQ.
Today, we invite Montreal Island's MPs to tell us why they are so willing to let AQ die. We will publish, subject to our normal editing policies, a fair sampling of responses we receive from Montreal MPs.
But we're not holding our breath. On every other scrap of federal spending, Bloc Quebecois MPs routinely and vigilantly demand Quebec's fair share of the loot; on this program, it would be unrealistic to expect the same.
And Liberal MPs' silence about the fate of AQ is a nasty little reminder of how the federal Liberals take the anglophone community for granted.
Contrary to the naive musings of AQ president Darryl Gray, the death of AQ would not have "a devastating effect" on the federal Liberals. And as long as anglophones vote slavishly for the federal Liberals no matter what, then why should the Liberals do the anglo community any favours?

« Le catalan sera reconnu dans l'Union européenne pendant la présidence britannique ».
MARGARITA OBIOLS / Secrétaire aux Relations Internationales du Gouvernement catalan
TATE SANTA EULÀRIA lundi 16 mai 2005
Barcelone.- Le Gouvernement catalan veut-il faire partie de la francophonie ?
- Pasqual Maragall a informé, à l'occasion de son dernier voyage à Paris, que le ministre français des Affaires Étrangères, Michel Barnier, nous avait proposé de considérer la possibilité d'entrer dans la francophonie après avoir constaté et partagé le besoin de travailler dans le but d'améliorer la présence du français en Catalogne. En effet, au cours des 25 dernières années, le recul de l'enseignement de cette langue en Catalogne a été préoccupant.
- Les États appartenant à la francophonie permettent-ils la collaboration catalane ?
- Oui. La francophonie est une organisation qui présente quatre types d'adhérents : 50 membres de plein droit ; trois régions ; trois États associés et dix États observateurs. De plus, elle prévoit le statut d'invité spécial pour les collectivités territoriales issues d'états n'y appartenant pas, mais qui participent à ses sommets et à quelques-uns de ses programmes. Par exemple, ceci est le cas de la région italienne du Val d'Aoste ou de la Louisiane, aux États-Unis. Ce statut s'adapterait à la Catalogne.
- La Catalogne pourrait-elle avoir le statut d'invité spécial ?
- Oui, mais cet aspect est encore à l'étude. Il n'est pas nécessaire pour cela que le français soit langue officielle. Par contre, le respect des Droits de l'Homme, la promotion de la paix ou le respect de la diversité culturelle et linguistique sont indispensables. Cela pourrait être une solution pour atteindre, dans le cadre de la politique du Gouvernement catalan, l'un de nos objectifs en terme de projection extérieure et qui repose sur la diversité culturelle et le dialogue entre les cultures et les civilisations. Le fait que la Catalogne collabore ou non avec la francophonie ne constitue pas l'aspect essentiel. Ce qui nous préoccupe, c'est l'actuelle situation de la langue française en Catalogne.
- Mais, le français a tellement reculé en Catalogne ?
- Oui. La Catalogne était un important centre de pénétration de la culture française en Péninsule Ibérique. Mais après des années d'oubli, le niveau de connaissance de la langue française a considérablement baissé. Cette situation est incompréhensible. Pour vous faire une idée de la situation actuelle, je vous dirai que dans les programmes d'enseignement catalans, seulement 9 pour cent des élèves étudient cette langue, par rapport à la moyenne espagnole qui se situe à 19 pour cent.
- À quoi est dû ce recul en si peu d'années ?
- Je pense que plusieurs facteurs y ont contribué. Le recul du français a été détecté depuis le retour de la démocratie en Espagne, date qui a coïncidé avec la normalisation de la langue catalane. Le fait que le catalan ait été reconnu comme tel fut un facteur fondamental pour nous tous à cette époque. Mais je pense que le processus de normalisation du bilinguisme ou de l'introduction du catalan dans l'enseignement aurait pu être appliqué d'une autre manière. En effet, au lieu de concevoir que le bilinguisme nous rendait plus à même d'être polyglottes, nous avons décidé de soutenir le catalan et l'espagnol, car même en ce qui concerne l'enseignement de l'anglais, nous sommes au-dessous de la moyenne espagnole. Les pays bilingues sont les mieux préparés pour devenir multilingues, mais la Catalogne n'a pas su profiter de l'occasion.
- Le Gouvernement catalan a-t-il déjà pensé comment modifier cette situation ?
- Oui, nous envisageons la possibilité d'organiser des cours pour adultes afin de remettre à niveau tous ceux qui avaient appris le français, et de soutenir l'enseignement multilingue depuis l'enfance. Et nous avons d'autres propositions en attente qui vont depuis les échanges culturels en passant par des accords avec des télévisions.
- Le fait que le Gouvernement catalan décide de soutenir le français constitue-t-il une contre-partie au soutien de la France à la reconnaissance du catalan dans l'Union européenne ?
- Non, la promotion de la langue française est une idée à nous, car elle est antérieure à ce fait. Il est vrai que nous voulons obtenir pour le catalan un statut spécial dans l'Union européenne, et dans ce sens, nous recherchons des alliés.
- Finalement, la France a donné son soutien à la reconnaissance du catalan dans l'Union européenne. Cet objectif pourra-t-il être atteint ?
- Oui, cela a déjà bien avancé.
- Le projet phare de votre ministère est l'Euro-région. Pensez-vous que la Communauté de Valencia y adhérera ?
- Je pense effectivement que la Communauté de Valencia y souscrira.
La personne
Margarita Obiols (Barcelone, 1er janvier 1949) est la secrétaire des Relations Institutionnelles du Gouvernement de la Catalogne depuis janvier 2004. Elle a déjà occupé des fonctions similaires au sein du Conseil municipal de Barcelone depuis 1993 jusqu'à son entrée dans le Gouvernement catalan. Elle est l'une des personnes de confiance du Président du Gouvernement, Pasqual Maragall, car elle débuta sa carrière politique avec lui en 1974 au sein du Conseil municipal de Barcelone. Elle est enthousiaste, directe et très didactique. Elle parle avec fierté des projets de la Catalogne au niveau international. Elle indique le besoin de soutenir la langue française en Catalogne après des années d'oubli et donne pour assumé le fait que le catalan sera reconnu en Europe. On dit d'elle qu'elle est proche, sincère et fidèle.

Le Québec a longtemps ignoré la francophonie canadienne
Matthieu Boivin
Le Droit lundi 30 mai 2005
Le ministre québécois Benoît Pelletier reconnaît que le Québec a pratiquement ignoré la francophonie canadienne évoluant à l'extérieur de ses frontières durant plusieurs décennies. Il estime que le Parti libéral de Jean Charest a fait déjà sa part pour combler une partie du vide et il demande en même temps au gouvernement fédéral d'en faire plus pour la francophonie canadienne au sens large.
À la suite de son discours au Brunch des élus, samedi matin, M. Pelletier a dû essuyer un barrage de questions concernant la position des Québécois vis-à-vis les Canadiens-Français du reste du pays. Il a avoué qu'encore aujourd'hui, ses concitoyens n'ont pas beaucoup de considération pour les francophones de partout au pays. "Si vous, les Franco-Ontariens, vous êtes méfiants à notre égard, je dois avouer que les Québécois ressentent une certaine indifférence à votre endroit. [...] Il faut faire attention quand on généralise, mais si j'avais un sentiment à décrire ce serait celui-là : l'indifférence."
M. Pelletier estime que ce sentiment s'est développé au fil des ans, à partir des années 60 et 70, quand le Québec était en quête de sa propre identité. À partir de cette époque, la Belle Province a pratiquement toujours ignoré les francophones hors Québec en développant ses politiques.
"Depuis 1967, et jusqu'à notre élection, aucun gouvernement québécois n'avait remis en cause cet isolement du Québec. Même les gouvernements libéraux. [...] Ce mouvement social de quête d'identité a été longtemps très fort partout au Québec."
Le ministre responsable de l'Outaouais et des Affaires intergouvernementales canadiennes sait qu'il reste encore beaucoup de travail à faire pour rétablir des liens solides avec le reste de la francophonie canadienne. Même certaines entreprises québécoises qui s'installent ailleurs au pays ne font pas grand-chose pour faire vivre le français au-delà des limites du Québec.
"Il y a encore du travail de conscientisation à faire. Durant un de mes récents voyages à Moncton, au Nouveau-Brunswick, je suis allé à un restaurant St-Hubert et tout était en anglais. Même chose pour une pharmacie Jean Coutu. C'est certain que cela envoie le mauvais message."
Durant la séance de questions, M. Pelletier a demandé au gouvernement fédéral d'en faire plus lui aussi. Il a notamment fait référence au fait que plusieurs ambassades canadiennes partout dans le monde n'ont toujours pas d'ambassadeurs bilingues et que parfois la documentation remise aux touristes canadiens à l'étranger n'est disponible qu'en anglais.
Il s'est également adressé au député d'Ottawa-Orléans, Marc Godbout, sur l'implication du fédéral dans la cause de la minorité française, sans vouloir lui remettre tous les torts sur son dos à lui-seul. "C'est important qu'on vous (fédéral) entende plus parler de dualité linguistique. Vous parlez souvent des droits de la personne et de multiculturalisme, mais la dualité linguistique, c'est aussi une valeur canadienne importante."
À la fin de la période de questions, le président de l'ACFO d'Ottawa, Brian Beauchamp, était très heureux de ce qu'il venait d'entendre, surtout en ce qui a trait à la nouvelle position du Québec. "Si chaque fois que la francophonie canadienne toute entière, en incluant le Québec, se lève ensemble pour faire des réclamations au gouvernement fédéral, nous aurons un poids beaucoup plus important. Les Canadiens-Français représentent toujours 25 % de la population du pays."
mboivin@ledroit.com

Pelletier prépare un Centre de la francophonie
Matthieu Boivin
Le Droit lundi 30 mai 2005
Afin d'unir toute la communauté canadienne-française et d'en assurer sa pérennité, le ministre québécois Benoît Pelletier et plusieurs autres intervenants travaillent présentement à l'élaboration du Centre de la francophonie dans les Amériques et à l'élaboration d'une nouvelle politique québécoise en matière de francophonie canadienne.
M. Pelletier a participé, samedi matin au Centre Pauline-Charron, au Brunch des élus, en compagnie de plusieurs leaders de la francophonie en Ontario, tels que Jean Poirier et Brian Beauchamp (ACFO). Le député fédéral d'Ottawa-Vanier, Marc Godbout, ainsi que des élus municipaux d'Ottawa, George Bédard, Michel Bellemarre et Jacques Legendre, étaient également sur place.
Dans son discours, qui a été bien accueilli par la soixantaine de personnes réunies, M. Pelletier a fait référence à l'aménagement à Québec, en vue de l'automne 2006, d'un Centre de la francophonie dans les Amériques, un projet de 10 millions de dollars. Annuellement, les coûts d'opération de ce centre sont présentement évalués à quelque 5 millions.
"Le centre aura notamment comme objectif de favoriser la connaissance, le rayonnement et la promotion du fait français dans les Amériques", a indiqué un M. Pelletier très en verve.
Ce centre de recherche, qui devrait évolué en partenariat avec l'Université Laval, aura comme objectif de mettre en valeur la culture française d'Amérique du Nord, tout en étant un milieu de rencontre pour toutes les communautés francophones. Des fonctionnaires y travailleront à l'année afin d'assurer le bon fonctionnement des lieux.
"Le centre mettra en place une vitrine culturelle par laquelle il assurera la promotion de la culture et de la langue françaises dans tous les domaines d'activité, notamment par la diffusion de créations et de productions telles la projection de films, l'organisation de spectacles, de tables rondes, de débats, de semaines thématiques ou de soirées littéraires, a expliqué M. Pelletier.
Par ailleurs, le centre favorisera la connaissance et la promotion du patrimoine francophone des Amériques par le biais de la généalogie et de l'histoire des familles."
De partout en Amérique, les chercheurs et amoureux de la langue française auront accès par le biais d'Internet à une grande gamme de documents emmagasinés au centre.
Afin que le Québec soit plus proche des communautés francophones vivant hors Québec, les fonctionnaires et politiciens du Québec sont en train d'élaborer une nouvelle politique en matière de francophonie canadienne.
Durant les décennies précédentes, les francophones vivant hors Québec ont décrié le manque de collaboration du Québec à leur égard, ce à quoi M. Pelletier tente de remédier.
"Il s'agit là (nouvelle politique) d'un changement majeur d'orientation" pour le Québec, a d'ailleurs lancé M. Pelletier.
Celui-ci veut continuer à développer cette politique, en partenariat avec les autres provinces et organismes de défense du français partout au pays, pour qu'elle soit prête pour le printemps 2006. Cette politique remplacera celle de 1995, qui a comme nom : "Politique du Québec à l'égard des communautés francophones et acadiennes du Canada".
mboivin@ledroit.com

Le libre choix remis en question au collégial
Denis Lessard
La Presse lundi 30 mai 2005
Le PQ veut réintroduire les tests linguistiques pour les allophones
Québec - Coincé entre des militants qui veulent restreindre l'accès aux cégeps anglophones et des députés qui préconisent le statu quo, Bernard Landry envisage un compromis qui ressusciterait les " tests linguistiques " pourtant décriés par le PQ dans les années 1970.
Selon la proposition à laquelle travaille le critique péquiste en matière de langue et député de Saint-Hyacinthe, Léandre Dion, un gouvernement péquiste exigerait que les allophones qui envisagent de s'inscrire au collégial en anglais aient une bonne connaissance du français.
Cette proposition sera délicate à faire adopter, toutefois, car elle évoque les tests linguistiques imposés dans les années 70 sous le gouvernement Bourassa, dans le cadre de la Loi 22. Mais la proposition, téléguidée par l'entourage de M. Landry, vise à éviter ce qui risque de provoquer un dérapage important au congrès du PQ.
En effet, plusieurs circonscriptions exigeront que l'on impose au collégial les mêmes obligations linguistiques qu'au primaire et au secondaire. Actuellement, francophones et allophones ne peuvent faire leurs études secondaires en anglais, mais ils peuvent intégrer le réseau anglophone dès le collégial.
Or, la proposition envoie un message " pernicieux et toxique " à l'ensemble de la population, selon le député péquiste de Borduas, Jean Pierre Charbonneau.
Il dit avoir bon espoir que l'on trouve une solution pour éviter d'interdire les cégeps anglophones aux francophones et aux allophones. " À cet âge, ce sont des adultes, ils ont le droit de faire des choix ", lance-t-il.
Pomme de discorde
Estimant avoir en poche son vote de confiance, le chef péquiste Bernard Landry a confié à Léandre Dion, adversaire du libre choix linguistique au collégial, le mandat de trouver une solution qui satisfasse les deux camps. La question linguistique avait été une pomme de discorde aux congrès de 1996 et de 2000, les militants de Montréal notamment échouant à chaque occasion dans leurs tentatives d'obtenir qu'un gouvernement péquiste s'engage à resserrer la Charte de la langue française.
Pour le caucus et le député Dion, la précarité du français ne fait pas de doute. En 1990, 27 % des allophones formés en français au secondaire optaient pour l'anglais au collégial. En 2004, pas moins de 40 % faisaient ce choix, constate le résumé transmis par M. Dion à ses collègues.
Le recentrage décidé par M. Landry et son entourage tombera comme une douche froide sur les espoirs des militants péquistes de Ville-Marie, qui estiment que leur chef s'était engagé, lors de leur congrès régional, à réparer cet " oubli " de 1997.
" On a été surpris quand il nous a dit qu'il croyait que c'était une erreur de ne pas le faire à l'époque ", résume Renée Collin, de la circonscription de Mont-Royal. Elle se rappelle même que M. Landry avait précisé que son entourage ne partageait pas son point de vue. " À l'exécutif de Mont-Royal, on s'est demandé par la suite si on avait rêvé! "
Toujours prêt à monter au créneau dès qu'on aborde les questions linguistiques, Maxime Barakat estime aussi que M. Landry s'était dit disposé à imposer le français aux allophones au collégial. Mais comme Mme Collin, il observe que cet engagement remonte à une période où M. Landry était encore bien incertain du résultat de son vote de confiance.
" M. Landry semblait en train de cheminer, il n'avait pas dit oui, mais il n'avait pas fermé la porte, au contraire ", résume Martin Lyonnais, président de l'Association péquiste de Mont-Royal et instigateur de la proposition controversée. Il faut se souvenir, indique-t-il, qu'en 1996 M. Landry s'était opposé un peu à regret aux militants qui avaient défié Lucien Bouchard et au retour à l'unilinguisme français dans l'affichage. " Il avait dit qu'il serait à l'autre micro, en faveur de mesures plus musclées, si les choses ne s'amélioraient pas ", se souvient M. Lyonnais.
Pour M. Barakat, il faudrait au préalable s'assurer que tous les programmes soient offerts en français- actuellement, la technique de production pharmaceutique n'est offerte qu'en anglais, à John Abbott, observe-t-il. On ne pourrait interdire l'accès à ce programme aux francophones et aux allophones sans s'assurer qu'il soit offert en français, souligne-t-il.

Inscriptions sur les électroménagers: Sérieux recul du français
Pierre-André Normandin
Le Soleil lundi 30 mai 2005
Le français accuse un sérieux recul dans le monde des électroménagers. À peine 30 % des appareils vendus au Québec en 2003 avaient des inscriptions rédigées dans la langue de Molière, révèle une enquête de l'Office québécois de la langue française (OQLF).
Cette proportion représente une nette diminution par rapport à 1977, époque à laquelle cette industrie francisait près de 80 % de ses appareils.
Une visite du SOLEIL dans les rayons d'un magasin grande surface confirme ce constat. Seulement quatre appareils - réfrigérateurs, fours, laveuses et sécheuses confondus - affichaient des inscriptions dans la langue de Molière. Ironiquement, seuls les panneaux de contrôle étaient traduits, les avertissements inscrits à l'intérieur ayant été rédigés uniquement en anglais.
Interrogé à ce sujet, un vendeur a affirmé que la Charte de la langue française s'applique uniquement à l'affichage des commerces et non pas aux électroménagers. Vérifications faites, l'article 51 stipule clairement que "toute inscription sur un produit, sur son contenant ou sur son emballage (...) doit être rédigée en français".
"Pendant de nombreuses années, plusieurs de ces appareils étaient produits au Québec. Les entreprises se conformaient donc à la Charte de la langue française", explique le porte-parole de l'Office, Gérald Paquette.
Mais voilà, depuis la délocalisation des fabricants du Québec vers les États-Unis, les compagnies ne voient plus le français d'un aussi bon oeil. Et comme la Charte s'applique uniquement aux entreprises ayant pignon sur rue dans la province, l'Office ne peut pas mettre les fabricants à l'amende.
Afin de contrer cette tendance, l'OQLF entreprend une campagne pour forcer les fabricants à tenir compte de la langue de Molière. L'Office se tourne maintenant vers les détaillants qui devraient recevoir des contraventions pour la vente de produits non conformes à la Charte.
Une entreprise est passible d'une première amende de 500 $ à 1400 $. Ensuite, les contraventions peuvent atteindre 7000 $ pour les récidivistes.
L'Office espère ainsi que les détaillants forceront les fabricants à traduire les inscriptions sur leurs produits sous peine de cesser de vendre leurs produits. "Le Québec est un peu le David face à Goliath, mais on a eu des percées. Nous pensons qu'avec la collaboration des grands détaillants, nous allons convaincre les fabricants non seulement de bilinguiser leurs appareils, mais aussi de trilinguiser ", dit Gérald Paquette.
En effet, l'Office souhaite voir les inscriptions dans les trois langues devenir une norme pour l'Amérique du Nord, ce qui faciliterait le respect de la Charte québécoise.
Jusqu'à présent, une douzaine de fabricants se sont engagés à corriger l'étiquetage de leurs appareils d'ici deux ans. Une quinzaine d'entreprises ont toutefois refusé de s'engager à apporter des correctifs.
Whirlpool, qui avait jusqu'à l'an passé une usine à Montmagny, se retrouve sur la liste des entreprises qui refusent de franciser ses appareils. En fait, seules les cuisinières de l'entreprise présentent des inscriptions en français.
Chez Maytag, on explique que si les inscriptions ne sont pas traduites en français, les panneaux digitaux de ses plus récents appareils sont en français, anglais et espagnols. Reste que pour démarrer leur machine, les gens doivent toujours appuyer sur le bouton "start".
PANormandin@lesoleil.com

L'anglais est en meilleure forme que le français au Québec
Denis Lessard
La Presse dimanche 29 mai 2005
Québec - Toutes proportions gardées, l'anglais est en meilleure forme que le français au Québec, la " vitalité générale de l'anglais a progressé davantage que celle du français " depuis 1971, estime une étude réalisée pour l'Office québécois de la langue française.
Cette recherche, confiée à Charles Castonguay, mathématicien de l'Université d'Ottawa, fait le bilan de plus de 30 ans d'évolution linguistique, de 1971 à 2001. Dans l'étude que La Presse a obtenu, M. Castonguay, intervenant bien connu dans le dossier linguistique, met de côté plusieurs prémisses qui dans le passé ont contribué à une lecture optimiste de la situation du français par rapport à l'anglais. Curieusement, l'Office n'a pas mis cette étude sur son site Internet, un oubli que ne s'explique pas l'auteur, car le rapport est public depuis près d'un mois. " Ç'a été diffusé d'une drôle de façon ", résume le professeur d'Ottawa.
" La vitalité du français s'améliore durant les années 1990, mais pas au rythme que les chiffres pourraient nous porter à croire ", tranche-t-il en entrevue.
Évaluant le pouvoir d'attraction du français et de l'anglais dans un rapport d'une cinquantaine de pages, M. Castonguay observe que les chiffres officiels montrent une " vitalité plutôt médiocre " du français pour la période de 1971 à 1986. Dans l'ensemble du Québec, la francisation des allophones compensait à peine le virage vers l'anglais des francophones de Montréal et des Outaouais. L'anglais gagne bon an mal an plus d'adhérents chez les allophones que le français. " Malgré la vitalité du français au Québec, il y a eu plus- beaucoup plus même- de nouvelles substitutions réalisées sur le territoire québécois en faveur de l'anglais qu'en faveur du français entre 1971 et 2001 ", affirme-t-il dans la conclusion de son étude.
À compter de 1991, la situation du français s'améliore subitement. De l'avis du professeur Castonguay, cela s'explique essentiellement par des changements apportés par Statistiques Canada aux questionnaires du recensement. Le questionnaire " long ", à compter de 1991, proposait une question sur la connaissance du français et de l'anglais plutôt que sur la langue d'usage à la maison, comme par le passé. " Pas besoin de faire de dessin, il y a un bonus à figurer en premier sur un bulletin de vote. Si on tient compte de ça, on voit que le poids de la population francophone a poursuivi sa baisse, à Montréal et dans l'ensemble du Québec ", explique le spécialiste.
À compter du recensement de 1991, on trouve subitement une réduction de 20 000 personnes chez les francophones " anglicisés ". Une fois ce transfert mis de côté, on ne trouve " aucun progrès ni recul réel " sur le plan de la francisation pour les 30 ans que couvre l'étude, affirme M. Castonguay.
Le spécialiste dit avoir cherché pendant 10 ans les raisons de cette francisation subite des allophones au recensement de 1991.
Une autre fluctuation en 2001 correspond aussi à des changements dans les questionnaires de recensement.
Pour lui, à compter du recensement de 1991, le questionnaire " remodelé " a " gonflé artificiellement de quelque 20 000 et 30 000 respectivement " les transferts des allophones vers le français et l'anglais.
En 2001, d'autres modifications augmentent de 10 000 les transferts d'allophones vers le français.
En fait, il faudrait retrancher 30 000 transferts des deux côtés pour avoir une photo plus exacte de la période de 1971 à 2001.
En 2001, on a perdu 40 000 allophones; cinq ans plus tôt, 20 000 avaient aussi été " oubliés ", la plupart chaque fois dans la grande région métropolitaine, explique M. Castonguay.
Autre élément qui montre dans les statistiques une vigueur artificielle du français, " un nombre non négligeable " d'allophones anglicisés au Québec sont partis pour d'autres provinces alors que ceux qui ont opté pour le français sont restés.
Ce même " tamisage migratoire " joue aussi pour les francophones qui quittent le Québec et optent pour l'anglais- ils disparaissent des statistiques québécoises.
La migration interprovinciale a ainsi rehaussé artificiellement de deux façons la vitalité du français par rapport à l'anglais, observe le spécialiste.
Autre élément qui favorise l'apparence de transferts plus importants vers le français que vers l'anglais, ce sont les décès.
Il y a 30 ans, on trouvait beaucoup plus d'allophones anglicisés. Par conséquent, davantage d'anglicisés sont décédés depuis 1971.
Cette réduction du nombre d'allophones anglicisés ne signifie pas pour autant un plus grand pouvoir d'attraction de la langue française.

Une idée viciée
Jean-Marc Salvet
Le Soleil mardi 31 mai 2005
Scandale des commandites, impopularité du gouvernement Charest, ralliement de François Legault... Bernard Landry ne pouvait rêver d'une meilleure conjoncture pour le congrès de son parti. Et pourtant... Voilà que de preux chevaliers de la question linguistique exigent que le PQ, s'il est reporté au pouvoir, oblige les Québécois issus de l'immigration à fréquenter le réseau français d'enseignement collégial. Une idée qui peut paraître séduisante à certains, mais qui est viciée.
Fort de son expérience, le chef du Parti québécois devait quand même se douter que ce rendez-vous partisan, qui se tiendra à Québec de vendredi à dimanche, ne se déroulerait pas sans anicroche. Il s'agit du PQ, après tout. Mais il aurait probablement souhaité que ce ne soit pas autour de la langue que le débat dérape.
Les délégués du PQ feraient fausse route en adoptant cette résolution demandant que les dispositions de la loi 101 qui s'appliquent au primaire et au secondaire soient étendues au collégial. Le projet est appuyé par six associations régionales, l'aile jeunesse du Parti, le SPQ libre et le supermilitant Yves Michaud.
On peut comprendre et partager leurs inquiétudes devant certaines données compilées par l'Office de la langue française. Mais d'autres données de l'organisme démontrent aussi que de vrais progrès ont été réalisés au fil des ans. En fait, le portrait est contrasté. La situation du français s'est améliorée, bien qu'elle demeure précaire, surtout à Montréal.
Cela dit, les tenants de la ligne dure pourraient-ils nous expliquer de quelle façon le gouvernement du Québec contraindrait des allophones à fréquenter un cégep francophone, compte tenu de ce que l'école n'est plus obligatoire après 16 ans ? Le Québec sera-t-il plus avancé si cette mesure incite une partie de ces jeunes adultes à quitter les études ou à aller étudier en Ontario ?
Savent-ils d'ailleurs pourquoi ces jeunes issus de l'immigration choisissent de poursuivre leurs études collégiales en anglais ? N'est-ce pas parce que, espérant un jour décrocher un meilleur emploi et être le plus mobile possible, ils veulent s'assurer d'une meilleure maîtrise de la langue anglaise ? Comme 5000 francophones qui choisissent le réseau collégial anglophone, ils estiment que les cours d'anglais qu'ils ont suivis au primaire et au secondaire ne leur ont pas permis d'atteindre le niveau qu'ils souhaitent. C'est là que le bât blesse. C'est là-dessus qu'il faut travailler.
Pour leur part, les cégeps anglophones devraient s'assurer que ces jeunes ayant été scolarisés en français puissent continuer d'améliorer leur maîtrise de la langue de Molière lorsqu'ils sont de passage chez eux (quand c'est nécessaire). Cela peut être fait par des cours d'appoint. Il en va de leur responsabilité non seulement à leur égard, mais à l'égard du Québec tout entier.
JMSalvet@lesoleil.com

The fix is in for Alliance Quebec
Diane Francis
Financial post 31 May 2005
One of the most economically destructive "social" policies in recent Canadian history has been the permitted abuse of anglophones by the Quebec government and the abandonment of them by Ottawa.
The damage is well documented. Discriminatory actions since the 1970s resulted in the largest migration (some 400,000) of people in Canadian history, the loss of Montreal’s economic pre-eminence, the departure of an estimated 1,400 head offices and only a trickle of foreign direct investment compared with other provinces. The result has been dismal economic performance and a continuing brain drain.
A few hardy activists have remained in the province, however, but now their efforts to defend anglophone rights, through a federally funded agency called Alliance Quebec, are about to be strangled. The Allliance’s funding has been sliced from $900,000 a hyear to $539,000. The recommendation is to gut the grant to $300,000 a year.
Last week, the organization was nearly shut down due to financing cuts and delays. Workers remain unpaid and directors have quit, amid concerns they may be personally liable for unpaid bills. Its crime? It is the only organization in Quebec with a track record of fighting and researching abuses against those who speak Canada’s other official language, English.
Alliance Quebec is financed through an annuall grant obtained from the Canadian Heritage department, as are a number of francophone organizations.
Last year, the department’s wolves moved in for the kill by auditing the organization. This followed a series of research efforts that embarrassed the federal government. Alliance exposed abuses involving discrimination against anglophones in hiring practices inside and outside Quebec by the federal government; discrimination against anglophone employees at Canada Post and discrimination against businessmen that was brought to the attention of the United Nations Human Rights Committee.
Marvin James of Ottawa is not associated with Alliance Quebec, and is retired from the Auditor General’s Office in Ottawa, but was asked a favour to audit Canadian Heritage’s audit. He is upset at what he has discovered.
"It was a fix. A pure fix. They wanted to get rid of Alliance Quebec and that’s what they’re doing. They’re right on the ropes now," he said in a telephone interview yesterday.
The fix was in becasue Alliance Quebec was measured against criteria that it was not contractually obligated to perform; certain obligations it was contracted to perform and did were not counted or given credit for; and the group security costs were disallowed, despite threats and an incident when a bomb was placed during a meeting two years ago taht did not go off but would have killed people, he said.
Likewise, Joe Holden, a concerned citizen of Ottawa, became angry about the audit and years of harassment. He made a formal complaint last year to the Office of the Official Languages Commissioner about the mistreatment by Heritage officials.
"It took months, but the Office found some of Alliance Quebec’s procedures needed some tweaking, but other than that said things were okay," he said. "But I wanted them to look at the bias and harassment that has been going on there for a couple of years. They are telling this group to shut up when they’ve been the only ones to defend anglophones."
For instance, the Alliance helped 30 anglophones nurses retain their jobs in Quebec after they were told they flunked a French test when they didn’t. It also help stem attempts by the provincial language police to harass business people for not speaking French well enough or to shut down and bankrupt others who did not obey sign bylaws that discriminate against English. One case involved harassment of a contractor for using the anglo name "Bill’s Plumbing" on his van.
Another federal strategy has been to finance an obedient group called the Quebec Community Groups Network. It has an annual budget of $3-million and lots of Liberals on the payroll.
The problem with defending anglophone rights is not just a matter of Liberal politics, but is also partly constitutional: Trudeau’s flawed Charter of Rights and Freedoms allows provinces to opt out of guaranteeing certain language/human rights. This makes battles lengthy and expensive as governments use every loophole and trick in the book.
Politically, the only language rights that have been given protection and emphasis in Canada are French language rights. Ottawa has spent millions financing French language activists who push for bilingual signs and hiring quotas everhwyere, while spending billions more promoting the use of the French language. A fraction of this is spent advancing the use of English.
Clearly, the madness should stop. The official abandonment of anglos has caused huge damage to the economy, morale and reputation of this country. And the current struggle at Alliance Quebec is another, perhaps final, shabby example.
