Gagliano, Landry et les autres

Jean-Guy Dubuc
La Tribune (Sherbrooke, Qc) mardi 3 mai 2005

On en a entendu du plus drôle au plus étrange la semaine dernière : les antipodes idéologiques, Bloc québécois et Parti conservateur, s'unissent contre les libéraux; Alfonso Gagliano prédit l'indépendance du Québec; le Toronto Star considère que "le Québec d'aujourd'hui est séparé du Canada"; et Bernard Landry juge que les Canadiens n'ont plus qu'à se préparer à devenir "de bons voisins". Ce qui signifie que les émotions peuvent guider les convictions; et qu'elles peuvent devenir interchangeables dans notre univers politique, bien au-delà de la raison. Essayons quand même de raisonner un peu...

Depuis qu'il a quitté la politique, l'ex-ministre Gagliano est devenu la tête de Turc de tous les commentateurs. Son séjour à Copenhague n'y a rien changé; et son retour à Montréal encore moins. Il est donc facile de mettre en doute sa parole; jusqu'à temps qu'il décide de jouer au devin pour brandir la menace de la fin du Canada...

Là, ses paroles deviennent crédibles, du moins auprès d'une certaine clientèle qui y trouve son intérêt à le prendre au sérieux.

On serait tenté de lier à cette vision du futur les gains que le Bloc québécois semble devoir faire en répétant que "le gouvernement libéral n'a plus l'autorité morale pour gouverner". Imaginez que les conservateurs prennent le pouvoir à cause de l'appui du Bloc...

À moins que les bloquistes veuillent faire la preuve qu'un gouvernement fédéral ne peut rien pour le Québec. Tactique plausible, évidemment; mais au prix de quel triste marché... D'autant plus que la presse anglophone semble se rendre compte de la stratégie du "fait accompli", contre lequel elle ne peut rien faire.

Fort de cette vision partagée par Gagliano et le Bloc, Bernard Landry avertit le ROC (Rest of Canada) de se faire à l'idée devenue inévitable: nous serons bientôt de joyeux voisins. Voilà, c'est fait, on n'en discute même plus.

Mais il y a un os dans ce raisonnement. C'est que pour qu'il se réalise, il faut que le reste du Canada demeure uni;. Impossible: le ROC ne sera plus jamais ce qu'il est aujourd'hui.

Le Canada, séparé en son milieu par un autre pays qui isolera les provinces maritimes, ne pourra survivre. Et les Canadiens anglais ne seront pas les seuls à vouloir crucifier les Québécois: les Acadiens aussi, sûrement.

Ces populations isolées, séparées de leurs "compatriotes" par un autre pays, ne pourront demeurer unies. L'indépendance du Québec signifie la fin du Canada, la fin de l'entité politique canadienne telle qu'on la connaît, le début d'un éparpillement démographique qui risque de faire mal à beaucoup de nos "bons voisins". Pas certain que des conservateurs au pouvoir puissent se faire pardonner leur association "stratégique" avec le Bloc, grand vainqueur mais fossoyeur du pays. Pas plus que les libéraux, qui devront leur défaite à ce même Bloc, qui lui a retiré "l'autorité morale" de gouverner l'ancien pays!

C'est là un élément qu'il faut examiner dès maintenant: le Canada sans le Québec risque fort de devenir tout autre, un pays bien différent de celui que nous connaissons. On peut envisager plusieurs scénarios; ils sont peut-être tout aussi fantaisistes, et en même temps aussi réalistes, les uns que les autres. Mais on peut au moins tenir pour acquis que le grand pays "de l'Atlantique-au-Pacifique" n'existera plus. Dans la transformation, les États-Unis pourront faire des gains, peut-être avec les parties qui deviendront les plus fragilisées. Avec quels "bons voisins" le Québec fera-t-il des alliances? Avec Washington? Pas simple, l'association après la souveraineté.

Cette vision pourra être qualifié de chimère. Et elle l'est peut-être! Reste qu'elle paraît plus réaliste que bien d'autres, fortement idéalistes.




Le Québec est déjà séparé

Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 30 avril et dimanche 1er mai 2005

Revue de presse: Les périodes de crise politique comme celle que nous traversons à l'heure actuelle ont pour vertu de mener des gens à songer à ce qui, hier, leur semblait impensable, tabou, à envisager des perspectives honnies.

Prenez le chevronné chroniqueur Richard Gwyn, qui signait une chronique des plus étonnantes dans le Toronto Star d'hier. Son propos ? «Arrêtez de vous tourmenter avec la séparation du Québec» : c'est déjà un fait. Une «séparation silencieuse» s'est en effet opérée depuis la Révolution tranquille. Si bien qu'aux yeux des Québécois d'aujourd'hui, dit Gwyn, «le gouvernement national -- celui d'Ottawa -- est presque dénué de pertinence, sauf en tant que banquier». Autrement dit, les Québécois «font à peu près tous leurs choix politiques eux-mêmes. Et ces choix sont tout autant déterminés par cette force externe qu'est l'économie mondialisée. Tout comme dans le reste du Canada». Bien sûr, il demeure entre le Québec et le ROC «certains liens symboliques et juridiques». Cependant, opine Gwyn, «ils ne sont pas différents des liens du Canada avec l'Angleterre».

Autre élément d'une séparation de facto : Gwyn souligne que «toutes les entreprises qui avaient menacé de quitter un Québec souverain ont déjà déménagé». Même chose pour les Anglo-Québécois : ou bien ils sont partis, ou bien ils ont «accepté calmement leur statut de minorité au sein de cette autre nation».

Gwyn lance un «restez calmes !» bien senti à ses concitoyens. Nul besoin de se crisper, de se lamenter, de voir l'avenir en noir, dit-il. En effet, «la séparation n'est plus une solution politique aussi traumatisante que par le passé». Après tout, souligne-t-il, les précédents s'accumulent : «L'Union soviétique n'existe plus. Même chose pour la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie. Le Timor s'est séparé de l'Indonésie. L'Irak pourrait bien être divisé en parties sunnite, chiite et kurde.»

Le chroniqueur fait remarquer au surplus que ce que les «séparatistes» ont toujours proposé, c'était «la souveraineté-association». Certes, «personne ne sait ce que cela signifie, y compris les séparatistes eux-mêmes». Mais le résultat pourrait être en somme assez «peu différent de notre situation actuelle». En effet, répète-t-il, «le Québec d'aujourd'hui est séparé du Canada. Demain, il pourrait l'être tout autant, mais au sein d'une nouvelle union de type Canada-Québec».

Cela, dit Gwyn, aurait «l'avantage de préserver notre sentiment de former une communauté s'étendant d'un océan à l'autre». Ce serait pure illusion, bien sûr, concède-t-il. «Mais pas plus que ne l'est cette idée selon laquelle le Québec est actuellement une province comme une autre.» Il termine en citant le politologue Benedict Anderson, selon qui les États-nations, de toute façon, sont des «communautés imaginées». Bref, «soyez imaginatifs plutôt qu'effrayés ou en colère».

***

Un tout autre ton dans le Globe and Mail d'hier. «Heureusement qu'il y a la Loi sur la clarté !», semblaient s'exclamer les éditorialistes.

Selon eux, l'appui de 54 % à la souveraineté révélé par le sondage Léger Marketing de cette semaine a été dégagé par «le même type de question "vous aurez le beurre et l'argent du beurre" que celle de 1995». Or, grâce à la loi conçue et promue par le ministre Stéphane Dion, «plus jamais le gouvernement n'interrogera les Québécois en ces termes flous». Car s'il le fait, «le fédéral ne reconnaîtra même pas les résultats». Le Globe rappelle que la Cour suprême du Canada a bien dit, dans le renvoi sur la souveraineté du Québec, que pour entamer des négociations, il faudrait respecter la double règle de la «question claire» et de la «majorité claire».

Le Globe a la conviction que si on laisse tomber «l'enrobage sucré» du partenariat avec le reste du Canada, l'appui à la souveraineté baissera radicalement au Québec. La seule question possible, selon le journal torontois (qui estime que «même le mot "souveraineté" constitue une esquive, permettant de masquer le véritable projet séparatiste») : «Voulez-vous que le Québec se sépare du Canada et devienne un pays indépendant ?»

En somme, le fait d'exiger de la «clarté» par l'entremise d'une loi, c'est sans doute ce que le gouvernement fédéral «a fait de plus intelligent» au cours de toutes ces décennies de lutte contre le mouvement souverainiste, écrit le Globe. «En tout cas, c'était certainement mieux que de tenter d'acheter l'adhésion des Québécois avec des drapeaux canadiens, des t-shirts unifoliés et autres babioles du programme des commandites.» Une opération, conclut le Globe, «des plus stupides».

***

Plusieurs observateurs affirment que de toute façon, il n'y a aucune inquiétude à avoir : les Québécois ne feront pas la souveraineté.

Pourquoi ? Le Toronto Star répondait hier en éditorial que ce n'est pas contre le Canada que les Québécois en ont mais contre Jean Chrétien, qui «a gaspillé 250 millions de dollars pour agiter des unifoliés sous leur nez». Selon le Star, les fédéralistes peuvent trouver de quoi se consoler jusque dans le sondage qui crédite le OUI de 54 % d'appuis. Ces mêmes études «semblent confirmer que la colère du Québec n'est pas tant dirigée contre le Canada que contre les libéraux». De toute façon, il faut se garder de faire des scénarios trop définis : la preuve, écrit le Star, c'est que Stephen Harper est en train de se discréditer aux yeux du ROC (rest of Canada) en pactisant avec le diable (le Bloc).

Et encore, qu'est-ce que le Bloc ? C'est la seule autre option viable aux yeux de nombreux Québécois, écrivait dimanche Tom Brodbeck dans le Winnipeg Sun. Il affirme que, pour les Québécois, c'est «une sorte de parti régional». À preuve, «ceux qui votent pour le Bloc ne sont pas nécessairement des séparatistes». Brodbeck précise tout de suite : «Mais qu'on me comprenne bien : le Bloc est un parti séparatiste. Sa mission consiste à briser le pays. À mon sens, ce sont des traîtres.»

***

Une brève «on the ROC» pour finir. Peter Worthington, du Toronto Sun, découragé par l'entente entre les libéraux et le NPD, écrivait hier : «Peut-être, mais seulement peut-être, que le Canada est trop gros et trop peu peuplé pour exister comme pays uni. Peut-être devrions-nous nous séparer, comme l'URSS, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, l'Éthiopie, pour ne citer que quelques précédents. Peut-être que notre avenir est là si Martin et les libéraux survivent.»

arobitaille@sympatico.ca




Le serment du test

Claude G. Charron
Le Devoir jeudi 5 mai 2005

Lettres: Lachine, le 3 mai 2005 - La déclaration du juge en chef et ancien président du PLC selon laquelle les souverainistes québécois ne devraient pas pouvoir accéder à la magistrature nous ramène près de deux siècles et demi en arrière alors que, après la «Conquête», les nouveaux sujets de sa très chrétienne majesté britannique ne pouvaient accéder à une fonction publique sans d'abord prêter le serment du test. Cette obligation a eu cours de la Proclamation royale du 10 octobre 1763 à l'acte de Québec du 22 juin 1774.

Donc, pas d'occupation d'un simple poste de crieur public sans d'abord répéter à haute voix devant un haut gradé militaire : «Je, A. B., déclare que je crois qu'il n'y a dans le sacrement de la Sainte Cène de notre Seigneur Jésus-Christ aucune transsubstantiation des éléments de pain et de vin, ni dans le moment de leur consécration, ni après leur consécration, par quelque personne que ce soit [...]. Ainsi, que Dieu me soit en aide.»

En 1774, la frousse qu'a eue George III de voir les Canadiens pencher du côté de ses sujets insurgés dans les 13 colonies a fait en sorte que notre bon roi a changé son fusil d'épaule : plus de serment du test mais un serment d'allégeance.

Un serment d'allégeance à Sa Majesté la reine Elizabeth II que j'ai dû prononcer en 1953 devant un vieux colonel à la retraite pour pouvoir occuper un simple poste de technicien à la Société Radio-Canada.

Pour se protéger des méfaits du nationalisme québécois, sauf pour les juges, les politiciens et quelques hauts fonctionnaires, le Canada d'aujourd'hui n'a plus besoin ni de serment du test ni de serment d'allégeance. Il suffit de garder bien à l'oeil les séparatistes. Et de les garder au plus bas de l'échelle sociale. Parlez-en à Michel Robert. [...]






Le serment du test (bis)

Donald Fyson
Le Devoir mardi 10 mai 2005

Lettres: L'histoire du Québec peut servir à appuyer bien des causes, y compris les positions souverainistes et fédéralistes, mais il faut éviter de sombrer dans la caricature facile. Quand Claude G. Charron affirme que, après la conquête, les Canadiens ne pouvaient accéder à aucune fonction publique, y compris le «simple poste de crieur public», sans d'abord prêter le serment du test («Le serment du test», Le Devoir, 5 mai 2005), il ne fait que répéter un vieux mythe de l'histoire du ressentiment.

Au Québec, l'exclusion des catholiques avant 1775 se limite à un nombre restreint de postes supérieurs (juges, conseillers du gouverneur, etc. ) et ne s'étend pas à la plupart des fonctions publiques. Donc, dans la période 1764-1775, on retrouve des Canadiens catholiques qui assument les fonctions de crieur, sans pour autant être soumis au serment du test; certains sont même d'anciens huissiers du Régime français qui poursuivent ce métier malgré le changement de métropole. Dans les campagnes, les principaux officiers locaux, les baillis, sont presque tous des habitants, élus par leurs voisins. Même des fonctionnaires importants comme les grands voyers (principaux officiers de la voirie) sont des catholiques.

Ce n'est pas que l'administration coloniale britannique soit particulièrement bienveillante. Elle n'a tout simplement pas le choix de se rabattre sur le savoir-faire local de la population canadienne, ce qui cadre très bien avec sa philosophie d'un mode de gouvernement indirect.






ADQ bangs law-and-order drum

Don MacPherson
The Montréal Gazette May 17, 2005 Tuesday

Mario Dumont has a weakness for ideas imported from the American right, such as the flat tax and school vouchers.

He also likes ideas that are populist, such as labelling his Action Democratique du Quebec as "autonomist."

As Dumont says candidly, that's where most of the voters are. When Leger Marketing, in a poll for The Gazette and Le Journal de Montreal, recently offered Quebecers a choice of political labels for themselves, "autonomist" was the most popular choice. In fact, it was more than twice as popular as the ADQ.

Dumont's newest issue is both populist and inspired by the American right.

The ADQ has declared war on crime, a major theme of the party's council meeting last month.

Delegates heard from a critic of the parole system and an advocate for the families of crime victims. They received a report from a party committee saying the public is in danger from "criminals walking the street" because they were released from prison too soon.

They discussed proposals to hear victims at sentencing and parole hearings, to increase sentences for certain crimes and to make prisoners pay room and board if they can afford it. (The proposals are for adoption at another meeting in the fall.)

And they heard Dumont promise that an ADQ government would "fight crime, in order to make Quebec a better place to live." He told journalists his party wants "a Quebec that loves its children enough to ensure their safety the way it should."

A couple of weeks ago, Dumont met again with Pierre-Hugues Bienvenu, whose daughter was murdered three years ago and who founded an association for the families of murdered or missing people. Dumont promised to study Bienvenu's proposal of a charter of rights for victims and their families.

Dumont's implication that Quebec children are in danger from criminals might resonate with Quebecers.

From 1998 to 2002, the Canadian Council on Social Development compiled a "personal security index" to compare statistical indicators of personal economic, health and physical security with polling data on perceptions of how secure people feel.

The CCSD found Quebecers were consistently more afraid than other Canadians of both violent and property crime.

In 2002, the last year the CCSD compiled the index, 60 per cent of Quebecers said they felt very safe from violent crime in their own neighbourhoods. That was well below the national rate of 72 per cent.

The proportion of Quebecers who felt very safe from property crime, 56 per cent, was also lower than the national rate, which was 65 per cent.

But Quebecers' perceptions didn't match reality. While they were more afraid of crime than other Canadians, they were actually less likely to be victims.

In 2001, the last year for which statistics were available when the index was compiled, Quebec was the province with the fewest violent crimes for every 100,000 inhabitants - 719 - compared with 994 for the country as a whole.

That is, a Quebecer was nearly 30 per cent less likely than the average Canadian to be a victim of homicide, attempted murder, assault, a sexual offence, abduction or robbery.

As for property crimes such as breaking and entering into a residence or motor vehicle theft, the CCSD said Quebec's rate was "in the middle of the pack" among the provinces and below the national average, though it did not provide figures.

In the previous decade, Quebec's overall crime rate had declined by 29 per cent, second only to Ontario's 33 per cent. "Yet residents of Quebec remain the most fearful of crime, both violent crime and property crime," the CCSD observed.

One possible explanation for this is media coverage of crime.

As Dumont's mentor, Robert Bourassa, used to say, in politics, perception is reality. And the more the ADQ talks about making Quebec safe from crime, the more it feeds the perception that we aren't safe now.

The CCSD also found people age 65 and older are least likely to feel very safe from both violent and property crime. And since the last election, the ADQ has been appealing to older people because they're more likely to go to the polls.

dmacpher@thegazette.canwest.com




CONSEIL POUR L'UNITÉ CANADIENNE - Charest a versé 10 000 $

Norman Delisle
Presse Canadienne mardi 17 mai 2005

À même son budget discrétionnaire, le premier ministre Jean Charest a versé 10 000 $ au Conseil pour l'unité canadienne l'an dernier, révèle les documents des crédits du Conseil exécutif.

La subvention a soulevé mardi les critiques du porte-parole de l'opposition péquiste, Alexandre Bourdeau, député de Berthier. «Le Conseil de l'unité canadienne a obtenu sa grande part de financement du fonds secret pour l'unité canadienne, qui avait été mis sur pied par le gouvernement fédéral. C'est 600 millions $ qui avaient été versés dans ce fonds entre 1993 et 2003, et 89 millions $», a dit le député Bourdeau.

En conséquence, le député de Berthier croit que la subvention discrétionnaire de 10 000 $ aurait pu servir beaucoup mieux les jeunes Québécois si elle avait été versée à des organismes régionaux qui ont subi des coupes budgétaires de la part du gouvernement.

Le premier ministre Jean Charest a bondi de son siège, qualifiant l'intervention du député Bourdeau de «grossièreté».

La subvention au Conseil pour l'unité canadienne va à un programme appelé «Rencontres du Canada». Ce programme existe depuis très longtemps. Son objectif est de réunir à Ottawa, pendant une semaine, des jeunes qui viennent de partout au Canada, dans le but de les familiariser avec les institutions canadiennes, d'encourager un dialogue et de leur permettre de rencontrer des gens qui proviennent de tous les milieux, a expliqué le premier ministre.

«Je suis allé souvent, moi, à cet endroit - c'est au Centre Terry-Fox - rencontrer les jeunes, leur faire une présentation et recevoir leurs questions», a dit M. Charest.

La somme de 10 000 $ provenant du budget discrétionnaire du premier ministre vise à assumer les frais de jeunes Québécois qui participent à l'événement. Environ 3000 jeunes au total participent aux rencontres, dont 383 viennent du Québec.

M. Charest a reproché au député Bourdeau de tenter de raccrocher ce programme à la Commission Gomery, «puis d'essayer de faire des associations malveillantes, malhonnêtes sans aucune espèce de justification avec le programme qui s'appelle Rencontres du Canada».




La restructuration de l'État sur la voie de garage

Tommy Chouinard
La Presse mercredi 18 mai 2005

Sitôt déposé, le rapport du groupe de travail sur l'examen des organismes de l'État est mis sur la voie de garage par les ministres du gouvernement Charest.

Un an après avoir demandé à un groupe de travail de passer au crible 60 organismes publics dans la foulée de la restructuration de l'État, le gouvernement Charest a finalement décidé d'abolir une poignée de comités et de petites sociétés dont le grand public ignorait même l'existence. Les documents remis aux journalistes annoncent même la disparition d'organismes déjà abolis par une loi adoptée l'année dernière à l'Assemblée nationale.

C'est que des ministres sont réfractaires à plusieurs recommandations du groupe de travail présidé par l'ancien haut fonctionnaire Thomas Boudreau. Alors que le rapport présenté hier propose d'abolir le comité d'accréditation des associations d'élèves ou d'étudiants et le comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études, le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, refuse catégoriquement de mettre en oeuvre cette recommandation.

Son collègue de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, n'entend pas non plus signer l'arrêt de mort du Comité de déontologie policière comme le propose le groupe de travail.

Le ministre des Finances, Michel Audet, rejette, du moins pour l'instant, une recommandation visant à abolir la Société nationale du cheval de course et à confier au privé la gestion des hippodromes. Contrairement à l'avis du groupe de travail, le ministre des Transports, Michel Després, ne souhaite pas procéder dès maintenant à la privatisation de certaines activités de la Société des traversiers du Québec.

En conférence de presse, la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, a reconnu que des ministres «ont exprimé des réserves» concernant le rapport du groupe de travail. «Ce n'est pas un rapport qui va rester sur les tablettes», a-t-elle ajouté, soulignant toutefois qu'«il revient à chaque ministre de mettre en oeuvre les recommandations qui se rapportent aux organismes dont il est responsable».

C'est ainsi que seulement quatre organismes seront abolis sans que leur mandat ne soit transféré à la fonction publique. Or, trois de ces organismes sont déjà disparus depuis des mois. L'Observatoire québécois de la mondialisation a été liquidé par Québec en 2003. La Société de sidérurgie du Québec (Sidbec) et la Société du parc industriel et portuaire Québec-Sud n'existent plus depuis l'adoption d'une loi en décembre 2004. Seule l'abolition de la Société nationale de l'amiante est nouvelle, mais cet organisme disposait déjà d'un mandat limité.

«Je ne dirais pas que c'est cosmétique, s'est défendue Mme Jérôme-Forget. Le but de l'opération, ce n'est pas d'abolir des structures de façon dogmatique. Le but, c'est d'examiner l'appareil gouvernemental pour s'assurer que le travail s'effectue de façon pertinente.»

Dix autres organismes seront éliminés, mais leur mandat ainsi que leur personnel seront transférés dans les ministères. Il s'agit notamment de la Société québécoise d'assainissement des eaux, de la Société québécoise de développement de la Zone de commerce international de Montréal à Mirabel et de quelques comités consultatifs peu connus.

Seize des 60 organismes examinés par le groupe de travail, dont la Régie des rentes et la Commission des droits de la personne, demeurent inchangés. Le groupe propose quelques modifications de nature administrative dans le cas de 22 organismes, mais il n'est pas acquis que les ministres suivront les recommandations. Par exemple, Jacques Dupuis refuse de modifier le statut de la Sûreté du Québec comme le suggère le groupe de travail.

Monique Jérôme-Forget s'est dit incapable de chiffrer les économies qui seront réalisées avec l'abolition d'organismes et le transfert de leur mandat vers les ministères. Cette année, 58 autres organismes seront examinés, dont le BAPE et la Régie de l'assurance maladie.

«La montagne a accouché d'une souris», a lancé le député péquiste Sylvain Simard. Selon lui, le Parti libéral a eu tort de prétendre, lors de la campagne électorale, que l'État comptait une foule d'organismes à abolir.




L'État perdra du poids, mais la cure laisse perplexe

Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 18 mai 2005

Réingénierie - Monique Jérôme-Forget ne peut dire combien le coup de plumeau rapportera au trésor public

Le gouvernement Charest a passé au crible une première tranche de 60 des 188 organismes publics afin de juger de leur pertinence. Principal résultat: plusieurs comités obscurs seront intégrés aux ministères. La réingénierie n'a encore rien du grand chambardement que l'on promettait.

Québec - La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a finalement dévoilé, hier, le résultat de sa réingénierie appliquée à 60 organismes d'État, mais elle était incapable d'évaluer les économies découlant de ce brassage de structures.

À l'issue de l'examen systématique de 60 des 188 organismes publics dont s'est chargé un groupe de travail présidé par Thomas Boudreau, le gouvernement Charest ordonne la disparition de 22 organismes, dont 13 seront entièrement absorbés par des ministères, deux seront privatisés et trois autres verront leur mandat partagé entre les secteurs privé et public. Seize organismes sur les 60 seront maintenus sans modification, deux seront fusionnés et 20 seront «améliorés».

Le gouvernement ne sait pas toutefois quelles économies il pourra réaliser. «Je ne le sais pas parce que justement, quand on va réintégrer des organismes dans des ministères, il est bien difficile d'estimer comment est-ce qu'il va y avoir d'économie», a dit Mme Jérôme-Forget.

Seulement quatre organismes seront totalement abolis. Mais il s'agit de trois sociétés devenues des coquilles vides après la vente de leur actif et d'un autre organisme mort-né qui n'avait jamais reçu de budget de fonctionnement.

Ainsi, la ministre a annoncé l'abolition de Sidbec, de la Société nationale de l'amiante et de la Société du parc industriel et portuaire Québec-Sud, trois sociétés qui ont été vidées de leur substance et qui n'ont d'existence que sur papier. Sur papier également, l'Observatoire québécois de la mondialisation, créé par le gouvernement précédent et dont la ministre a cité la disparition, alors que le gouvernement Charest l'avait sacrifié d'entrée de jeu en ne lui accordant aucun fonds. «Au niveau des organismes, je n'en ai jamais fait une religion, moi, qu'il fallait abolir des organismes», a dit la présidente du Conseil du trésor en précisant que l'essentiel est d'évaluer et de mettre à jour le mandat et la mission des organismes.

Mme Jérôme-Forget a confirmé la privatisation de la Société nationale de cheval de course (SONACC), qui gère les hippodromes au Québec. Mais au cabinet du ministre des Finances, Michel Audet, on a indiqué que le conseil des ministres n'avait pas encore pris de décision et que M. Audet poursuivait des discussions avec l'industrie, y compris avec la SONACC.

Le rapport Boudreau recommandait aussi l'abolition du Comité de déontologie policière, le Comité d'accréditation des associations d'élèves et d'étudiants et le Comité sur l'accessibilité financière des études. Le gouvernement a décidé de passer outre. Dans le cas du Comité sur l'accessibilité financière des études, on peut comprendre que le gouvernement ne veuille pas toucher aux structures compte tenu du mouvement de grève des étudiants.

Une deuxième vague d'examen de 58 organismes, dont la Régie d'assurance maladie du Québec (RAMQ) et le Conseil du statut de la femme, est entreprise en 2005-06. Le nouveau groupe de travail est dirigé par François Geoffrion et Lise Lachapelle.

Le porte-parole de l'opposition officielle pour l'administration publique, Sylvain Simard, estime que la réingénierie a encore une fois «accouché d'une souris». En 2003, les libéraux, par démagogie, clamaient qu'il y avait des centaines de millions à récupérer en abolissant des structures, a-t-il rappelé. L'État doit régulièrement revoir les activités de ses organismes, mais on voit que «le diagnostic des libéraux était faux de fond en comble», estime M. Simard.




Qui réinvente quoi?

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 19 mai 2005

La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, publiait cette semaine son premier rapport d'étape portant sur le Plan de modernisation du gouvernement du Québec. Ce serait exagérer que d'affirmer que rien n'a été fait, mais ce serait tout aussi excessif de parler d'un grand pas pour le Québec!

Le premier rapport d'étape publié cette semaine par Mme Jérôme-Forget énumère les dossiers sur lesquels le gouvernement s'est penché dans le cadre du Plan de modernisation de l'État adopté l'an dernier. Le but de ce plan est d'alléger les structures, de réévaluer les programmes et de voir à la planification des ressources humaines.

Après une année de travail, le bilan indique qu'on a créé Services Québec, ce guichet unique de services qu'il faut maintenant construire, qu'on a poursuivi le branchement Internet des établissements scolaires et des bâtiments municipaux, réduit le nombre d'unités de négociation dans le réseau de la santé et réduit de 1400 sur 75 800 le nombre de fonctionnaires. On a aussi entrepris de revoir les règles de gouvernance des sociétés d'État et mis sur pied l'Agence des partenariats public-privé.

Certaines de ces mesures, comme le non-remplacement de quelques centaines de fonctionnaires mis à la retraite, méritent d'être soulignées. Mais pour un gouvernement qui se disait déterminé à «réinventer le Québec», avouons que ces premiers résultats sont minces.

Pour l'avenir, un second document publié le même jour par Mme Jérôme-Forget donne une idée de ce qui suivra. Il s'agit du rapport du Groupe de travail sur l'examen des organismes du gouvernement, présidé par un professeur de l'ENAP, Thomas Boudreau. L'étude a porté sur un premier groupe de 60 des 188 organismes publics québécois, dont la Régie des rentes, la Régie du logement ainsi que des dizaines de comités, de commissions et de sociétés.

Ceux qui rêvaient d'un grand ménage seront déçus : les recommandations du groupe de travail se limitent pour l'essentiel à suggérer des modifications mineures afin d'améliorer la performance. Dans les rares cas où on propose la disparition de l'organisme étudié, il s'agit de coquilles vides comme la Société de l'amiante, voire d'un simple transfert de responsabilités. Pour ce qui est des cas plus litigieux, leur disparition a aussitôt été contestée par les ministres responsables. On pense notamment au Comité de déontologie policière, ou encore à la Société nationale du cheval de course, dont le groupe de travail propose la privatisation en affirmant que ses fonctions ne constituent pas «un rôle essentiel de l'État». C'est le moins qu'on puisse dire !

Sans beaucoup de ressources ni de temps, le groupe de travail ne pouvait se livrer à des analyses exhaustives de chaque organisme, mais il est tout de même parvenu à faire des suggestions qui méritent attention. Ainsi, on propose de remplacer certains comités permanents par des comités ad hoc qui se réuniraient au besoin, ou encore de retirer la fonction «information du public» offerte par des organisations comme la Régie du logement pour la confier au futur guichet unique de services gouvernementaux. On ne retirera pas des milliards de ces changements, mais il n'y a pas de petites économies quand il s'agit de l'argent durement gagné des citoyens.

Loin de s'amuser à jouer de la tronçonneuse, les membres du groupe de travail ont plutôt fait ce qui devrait être fait de façon systématique par tous les gouvernements au début d'un nouveau mandat. Tant mieux ! Et que ceux qui craignaient le pire se rassurent : au rythme où ce gouvernement «réinvente» l'État, le risque est bien plus élevé de mourir d'ennui que d'une surdose de changement.

j-rsansfacon@ledevoir.com




Un contrat sur mesure pour le directeur des communications de Jean Charest

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 19 mai 2005

Michel Guitard perçoit 195 000 $ par an pour 20 heures de services par semaine

Québec -- Rien n'empêche Michel Guitard, le directeur des communications par intérim de Jean Charest, de vendre ses services en même temps qu'il travaille pour le cabinet du premier ministre.

C'est ce qu'il faut comprendre du contrat de 195 000 $ que la firme de M. Guitard, un ancien employé du Groupe Everest, a signé avec le cabinet de M. Charest et des explications qui ont été fournies hier. «M. Guitard pourra avoir d'autres contrats. Mais il n'a aucun autre contrat à l'heure actuelle», a précisé Marie-Claude Champoux, l'attachée de presse du premier ministre.

En vertu du contrat que M. Guitard et Stéphane Bertrand, le directeur du cabinet du premier ministre, ont signé le 1er février dernier, la firme MGTD - Communications et stratégies, dont M. Guitard est le seul actionnaire, se fera payer des honoraires pour 1000 heures de travail effectué du 2 février 2005 au 1er février 2006 à un taux horaire de 150 $, soit un total de 150 000 $. Il s'agit d'une moyenne de 20 heures par semaine, une demi-tâche pour le conseiller en communications. Le contrat, dont Radio-Canada avait obtenu copie, fut rendu public hier.

À ces honoraires de 150 000 $ s'ajoutent 40 000 $ pour des frais de voyage et 5000 $ pour des frais généraux de bureau.

En ce qui touche à l'éthique et aux conflits d'intérêts, M. Guitard a signé les deux directives en matière d'éthique du premier ministre visant les membres du Conseil exécutif et leur personnel de cabinet, a réitéré hier Mme Champoux.

En vertu de ses directives, M. Guitard «ne peut avoir un intérêt direct ou indirect dans une entreprise qui met en conflit son intérêt et les devoirs de ses fonctions». En plus d'être soumis à des règles de confidentialité, le conseiller s'engage également à ne pas accepter de fonction, pour une période de un an, dans des organismes ou entreprises non étatiques avec lesquels il a eu des rapports directs. Il ne doit pas non plus exercer des activités de lobbyiste pendant la même période de un an.

Toutefois, le contrat de service accordé à la firme de M. Guitard ne contient aucune clause touchant les conflits d'intérêts et les règles d'éthiques. Le personnel politique des cabinets ministériels sont tous des salariés. En ce sens, le contrat de M. Guitard est tout à fait exceptionnel.

À l'Assemblée nationale hier, l'opposition officielle a rappelé le cas de Marius Brisson, l'ancien attaché de presse du ministre Jacques Dupuis. M. Brisson avait travaillé pour le ministre pendant quelques mois en vertu d'un contrat de services professionnels accordé à sa firme Solution.com. En octobre 2003. M. Dupuis lui a offert un emploi en bonne et due forme, mais M. Brisson avait choisi de quitter le cabinet. «Pourquoi le premier ministre n'a pas le même niveau d'éthique que le vice-premier ministre [M. Dupuis] ?», a demandé hier le député de Chicoutimi, Stéphane Bédard. M. Dupuis a répliqué en soutenant que toutes les règles avaient été respectées. Il a produit une note, datée du 14 avril dernier, du directeur général de l'administration, Guy Deschênes, qui confirme ses dires. Aucun appel d'offres n'est nécessaire pour un contrat de services payé à même la masse salariale d'un ministre, stipule la note.