Corruption - centre culturel tchèque

Un hôtel de luxe sur un terrain patrimonial?

Nicolas Bérubé
La Presse 28 juin 2005

Un projet de centre culturel tchèque, pour lequel Ottawa a accepté de céder un terrain patrimonial longeant le canal de Lachine pour un dollar symbolique, s'est mystérieusement transformé en un projet d'hôtel de luxe, a appris La Presse.

Le terrain est situé à un jet de pierre du bassin Peel, où Loto-Québec projette de déménager son Casino. Jusqu'en 2002, il faisait partie du parc du Canal-de-Lachine, espace classé « lieu historique national » que Parcs Canada se fait un devoir de protéger des intérêts privés.

En août 2002, sans tambour ni trompette, le ministère de la Justice, dirigé alors par Martin Cauchon, et celui du Patrimoine, dirigé par Sheila Copps, ont donné leur accord à un projet de location à long terme du lot situé à l'intérieur des limites du parc, à l'angle de la rue du Séminaire et de la rue Dock.

Dans un bail emphytéotique d'une durée de 99 ans et d'une valeur symbolique d'un dollar, le gouvernement cède le contrôle du terrain à George Syrovatka, responsable du Centre tchèque inc. Cette organisation à but non lucratif compte y construire un centre culturel visant à faire la promotion de la culture tchèque.

Or, en janvier 2005, le projet soumis par M. Syrovatka à la Ville de Montréal est tout autre: le promoteur veut désormais construire un édifice de six étages et de 70 000 pieds carrés abritant un hôtel de 75 chambres ainsi qu'un centre sur la culture tchèque. Le projet s'appelle maintenant « Centre culturel et hôtel- Centre culturel tchèque ». L'édifice proposé est d'une hauteur de 25 mètres, soit le double de ce que la réglementation permet.

Jointe par La Presse hier, la directrice nationale des communications de Parcs Canada, Nicole Racette, a indiqué être au courant du dossier. « Pour le moment, tout ce que je peux vous dire, c'est qu'une enquête interne est en cours afin de déterminer si les conditions du bail ont été respectées », a-t-elle dit.

George Syrovatka, le responsable du projet, a lui-même un parcours unique: il a été le petit ami d'Ivana Trump avant que celle-ci ne devienne la femme du richissime américain Donald Trump. M. Syrovatka a aussi été champion skieur: une course de descente baptisée George Syrovatka Downhill Race est organisée annuellement depuis 25 ans à la station de ski Jay Peak, au Vermont.

De son propre aveu, M. Syrovatka n'est pas celui qui finance cet ambitieux projet. Il est associé à un ou plusieurs hommes d'affaires, dont il veut taire l'identité pour le moment. « Le projet en est encore aux phases préliminaires, dit-il. Nous avons notamment besoin d'un changement de zonage. Nous allons avoir une meilleure idée de la version finale du projet d'ici la fin de l'année. » Selon le bail signé avec Parcs Canada, Centre tchèque inc. doit assumer les coûts de la décontamination du terrain avant d'y ériger un bâtiment.

On trouve déjà un endroit consacré à la culture tchèque dans le quartier, soit la Maison tchèque du Québec, située dans le quartier Émard. Selon M. Syrovatka la mission du futur centre culturel « sera sensiblement la même » que celle de la Maison tchèque. « Nous allons promouvoir la culture tchèque. La différence, ce sera l'hôtel, qui attirera une clientèle internationale et qui servira à financer le centre culturel », dit-il.

Pour Marc Tremblay, membre du regroupement Information Logement Pointe-Saint-Charles et bien au fait des projets immobiliers du quartier, les circonstances de la signature du bail entre le gouvernement et le Centre tchèque sont « étranges ».

« Ça n'a pas été annoncé, dit-il. Tout le monde s'est retrouvé devant un fait accompli. C'est extrêmement rare qu'un terrain en bordure du canal soit mis en disponibilité, et pour la somme d'un dollar... Je connais des tas de gens qui auraient aimé profiter de cette offre alléchante. »

À titre de comparaison, la future mise en disponibilité du centre de tri de Postes Canada, situé tout près du terrain en question, fait présentement l'objet d'un appel de propositions complexe.

La semaine dernière, la Ville de Montréal a annoncé qu'une assemblée publique de consultation sur le projet du Centre tchèque aura lieu demain, le 29 juin, à 20 h, au centre Georges-Vanier, au 2450, rue Workman.

Nicolas.berube@lapresse.ca




Les paradis fiscaux

Pierre Jury
Le Droit mardi 28 juin 2005

Depuis que Canada Steamship Lines est directement visé par deux initiatives du Parlement au milieu des années 1990, Paul Martin est soupçonné d'avoir profité de son poste au cabinet pour s'enrichir personnellement. Ce sont des accusations graves, qui ne peuvent être lancées à la légère.

Ces politiques, mises de l'avant pendant le gouvernement de Jean Chrétien, sont des cibles de choix pour l'Opposition, en particulier Yvan Loubier, du Bloc québécois.

Récemment, le comité des Finances de la Chambre des communes, a demandé à ce que les dirigeants de CSL, les trois fils de M. Martin, Paul J.-R., David et James, viennent témoigner de devant lui. Cela devait se faire avant les vacances d'été, cela se fera vraisemblablement à l'automne.

Les contribuables sont très sensibles à toutes les questions entourant les paradis fiscaux. La simple légalité de leur existence s'avère au-delà de la compréhension des millions de Canadiens ordinaires qui n'y mettront même jamais les pieds, sans parler d'y investir leurs maigres économies dans des coquilles vides.

C'est pourquoi l'Opposition se fait toujours du capital politique à attaquer une cible que ne veut défendre personne, sauf quelques bien nantis et leurs fiscalistes. Et il est plus facile de se livrer à de telles attaques sous un gouvernement minoritaire, puisque la minorité en Chambre se reflète au sein du comité.

Mais le jupon des attaquants de M. Martin dépasse. S'ils en veulent au système des paradis fiscaux, qu'ils amorcent une réflexion en profondeur avec des témoins-experts qui éclaireront les élus et toute la population perplexe. Inviter les fils du premier ministre ne relèvera en rien le débat sur la pertinence des abris fiscaux étrangers. Devant le comité, ils ne serviront que de chair à canon. Que le comité fasse les choses sérieusement : ses recommandations n'auront qu'encore plus de poids.

pjury@ledroit.com




Frulla veut que les Québécois fêtent le Canada

Sylvain Larocque
Presse Canadienne mercredi 29 juin 2005

Ottawa - La ministre du Patrimoine, Liza Frulla, veut réconcilier les Québécois, y compris les souverainistes, avec la Fête du Canada.

Mme Frulla est allée jusqu'à inviter des députés du Bloc québécois à participer aux festivités qui se dérouleront sur la colline parlementaire, vendredi.

«La Fête du Canada, c'est une fête pour le monde», soutient-elle en entrevue à La Presse Canadienne. «J'ai invité mes collègues bloquistes à venir célébrer à Ottawa en leur disant: «Ca va vous faire une expérience...»'

Mais la réponse ne s'est pas fait attendre.

«Ils m'ont dit: «bien regarde Liza, on n'est pas intéressés à célébrer le Canada!» Mais ce n'est pas grave. Je les ai invités pareil et j'étais très sincère. S'ils avaient dit oui, ils auraient eu une belle place dans la section VIP, parce que c'est comme ça que je le célèbre. Cela étant dit, je peux comprendre qu'ils m'aient dit non.»

«La ministre n'a pas compris que nous ne souhaitons pas être dans la section VIP, mais dans celle des dignitaires étrangers», réplique en riant un porte-parole du Bloc, Frédéric Lepage.

Débordements

Quoi qu'il en soit, la colorée ministre n'a pas l'intention d'imiter l'une de ses illustres prédécesseures, Sheila Copps, qui n'avait pas hésité à faire du 1er juillet un outil de promotion de l'unité nationale.

«Moi, je ne crois pas à cela, assure-t-elle. (...) Ce n'est pas en tapissant le Québec avec des drapeaux qu'on va dire qu'on est plus canadiens.»

Liza Frulla estime plutôt que ce sont des «gestes de fierté gouvernementale» comme l'assainissement des finances publiques, l'accord fédéral-provincial sur la santé et la reconnaissance du mariage gai qui convaincront les Québécois de célébrer la Fête du Canada.

«Par le passé, après le référendum, il y a eu un traumatisme qui nous a amenés à certains débordements ou des abus — je suis très polie — au niveau de l'utilisation de l'unité nationale, admet-elle. Mais ma vision, la vision de Paul Martin, la vision du gouvernement actuellement, ce n'est pas ça du tout. C'est plutôt de dire: «on va fêter parce qu'on a des raisons de fêter».

Au passage, la ministre se permet de déplorer le côté partisan que revêtent souvent les célébrations de la Fête nationale du Québec.

«La Saint-Jean devrait être une manifestation de ce que l'on est comme Québécois, célébrant notre diversité et notre culture francophone, avance-t-elle. Se servir du drapeau et de la fête de la Saint-Jean pour en faire un tremplin souverainiste, j'ai toujours eu beaucoup de difficulté avec ça. Le drapeau québécois appartient à tous les Québécois.»

Même si elle a imposé une réduction de 25 pour cent du budget annuel de Célébrations Canada, qui organise les activités du 1er juillet au Québec, Mme Frulla promet que les spectateurs n'y verront que du feu.





La fête du Canada

Ottawa continue de « gâter » le Québec

Alain Bouchard
Le Soleil jeudi 30 juin 2005

Programme de commandites ou pas, les fêtes du Canada continuent d'« arroser » très généreusement le Québec en 2005. Même si sa part a été réduite par rapport à l'année dernière, la Belle Province reçoit plus de la moitié du budget consacré aux célébrations fédérales, alors qu'elle constitue seulement 24 % de la population du pays.

La ministre du Patrimoine canadien, Liza Frulla, a accordé 7,3 millions $ pour l'organisation des fêtes du Canada cette année, dont le 1er juillet constitue le point culminant. De ce montant, 3,7 millions $ seront dépensés au Québec, alors que 5,2 millions $ l'avaient été en 2004, rappelle l'attaché de presse de Liza Frulla, Jean-François Deltorchio.

Scandale

Cette réduction de 29 % n'empêche pas le Bloc québécois de continuer de crier au scandale. « Le Parti libéral du Canada n'a pas su tirer leçon du scandale des commandites, a déclaré hier au SOLEIL le député de Charlesbourg, Richard Marceau. Après avoir rempli les poches des amis du régime, le gouvernement libéral persiste à vouloir acheter la conscience des Québécois. Il continue de vouloir enfoncer le fédéralisme dans la gorge du Québec. »





La fête du Canada

Les familles à l'honneur à la fête du Canada

Marie-Claude Lemieux
La Presse jeudi 30 juin 2005

La seconde fête nationale de l'été, celle du Canada, s'annonce encore une fois plus discrète que la Fête nationale du Québec. Presque silencieusement, sans fanfare ni drapeaux, on a érigé dans le Vieux-Montréal les emplacements qui accueilleront les célébrations du 1er juillet. Les familles, les touristes et... le pont Jacques-Cartier sont à l'honneur.

Ancrée au coeur du Vieux-Montréal, la fête du Canada profite ainsi de l'affluence touristique. «C'est un espace déjà populaire, commente Sylvie Brunetta, porte-parole de Célafête. Les gens y viennent spontanément pour une foule d'activités.»

En plus de la Confédération, on célébrera les 75 ans du pont Jacques-Cartier. Pour l'occasion, Robert Charlebois entonnera au cours d'un concert, ce soir, son célèbre hymne à Cartier. Ce spectacle aura lieu sur la scène Célafête du quai Jacques-Cartier, située en face de la place Jacques-Cartier, au-delà de la Promenade des artistes.

Demain, dès 11 h 30, l'astronaute et président d'honneur de l'événement Marc Garneau donnera le coup d'envoi de la fête sur la scène du quai Jacques-Cartier. Toute la journée, les familles seront les bienvenues au parc du bassin Bonsecours et sur la promenade du Vieux-Port. Les organisateurs promettent que l'endroit grouillera d'animation ambulante: saynètes, service de maquillage de fantaisie, fanfare loufoque avec des musiciens et amuseurs de rue. Les enfants pourront sauter sur des jeux gonflables géants et s'adonner à des activités comme l'hébertisme.

Les feux d'artifice ne manqueront pas le rendez-vous. Ils éclaireront tout le Vieux-Montréal dès 22 h 30 demain soir, à moins que la temps ne force leur report. (...)




Harper is way out of step on same-sex law

Josée Legault
The Montréal Gazette June 30, 2005 Thursday

It's finally done. And the sky didn't fall on our heads. With this week's historic vote in the House of Commons, same-sex couples will have the choice, as heterosexuals do, to celebrate their love through marriage.

Although it remains a sensitive issue for some, Conservative Party leader Stephen Harper did put on a sad spectacle when he said the same-sex marriage bill would lack legitimacy because it couldn't be passed without the support of the "separatist" Bloc Quebecois.

It was like watching a political suicide live on TV. With Harper continuing to cater to the Canadian Alliance wing of his party with such statements, you can almost see a majority Liberal government loom on the horizon of the next federal election.

It's as if Harper didn't learn from the 2004 election. The only thing that allowed Paul Martin's Liberals to get that life-saving minority government was their successful campaign against Harper's positions on moral values.

Saying what he says on same-sex marriage, even vowing to revisit the issue in Parliament with a free vote, Harper just doesn't understand what his true Achilles's heel is. He also shows although he'll tour Quebec this summer, he has all but given up hope of making any kind of breakthrough here.

Some opposition to the Civil Marriage Act is bound to continue, but time will eventually do its work and Harper will find himself even more disconnected from mainstream opinion, especially in Quebec and Ontario.

Still, the depth of Harper's opposition to same-sex marriage, and that of others who refuse to give up their fight is difficult to grasp. With so many important societal issues waiting for our Parliament to address, why put so much energy in trying to keep gays and lesbians from getting married?

It seems to me that the stubbornness of the gay community to have access to marriage for those who choose it is the most magnificent tribute that has been paid to one of the most basic institutions of our society in a long time.

In an era of cynicism and heightened individualism, gays and lesbians are telling the rest of society that marriage is something worth fighting for. If anything, they're rehabilitating marriage while taking nothing away from heterosexuals.

Yes, marriage can be seen as a big complex set of rules and contractual obligations. But in the end, what is it really? What does the word marriage mean today?

Above all else, two key words reside at the heart of marriage in the modern era: love and commitment. More than ever, marriage in most modern societies is mostly about that mysterious thing called love.

It doesn't mean that marriage is the only way true love can be lived, but when two people choose to commit to one another, it remains a most powerful and meaningful pledge.

Why do we cry at weddings, anyway? It's precisely because we witness the solemn, moving commitment between two people in love. In a wedding, this love is shared like a gift with friends and family.

Even the divorce rate could be seen as one more sign of how love has become central to marriage. When it's no longer there, marriages eventually dissolve - which takes nothing away from the original intent. After all, if 50 per cent of marriages fail, 50 per cent also succeed, including second marriages.

So why would only heterosexuals have the chance to experience this kind of commitment? Why wouldn't homosexuals have access to one of our most important institutions and symbols? In our societies, rituals and symbols should continue to matter.

That is why what we call a "civil union" was not enough for many. Although it took care of the legal aspects, marriage transcends that in many ways.

That's where the commitment has a lexicon of its own, one that has meaning regardless of sexual orientation. You could say that it's not quite the same thing to say: "This is my husband or my wife," rather than "this is my civil union partner." Those words express the pledge and the pride a person has in being married to the one he or she loves.

Paul Martin, of course, has a more legal explanation for the same-sex marriage bill: "We are a nation of minorities, and in a nation of minorities it is important that you don't cherry-pick rights."

But it's not only about the Charter of Rights. It's about making sure those who want to make this commitment can do it.

This bill is, indeed, a historic moment, although the courts had to force it on Parliament while some provincial jurisdictions also opened the way for Ottawa to act.

But what matters is that it's done. Finally done.