La francophonie, ... yes sir !

Pierre Jury
Le Droit mardi 31 mai 2005

Ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier a prouvé à plusieurs sceptiques que son Conseil de la fédération pouvait avoir des vertus au plan des relations fédérale-provinciales. Lors des négociations de l'automne dernier sur le partage des frais de santé, puis celles sur la péréquation, un peu plus tard, tous ont pu constater les bienfaits d'une collaboration accentuée.

Il reste à voir s'il pourra relever le même défi avec le Conseil de la francophonie. Jusqu'ici, les francophones du Québec, hors Québec et des États-Unis ont encore bien peu à se mettre sous la dent. Le concept, dont il a vanté les mérites encore en fin de semaine, devant une brochette d'élus à Ottawa, ne demeure encore qu'un simple concept et M. Pelletier soutient qu'il faudra attendre encore plus d'un an avant sa concrétisation.

Ce Conseil de la francophonie, il est véhiculé sur toutes les tribunes sympathiques depuis 2001. Il faisait partie du programme du Parti libéral du Québec bien avant son élection, en avril 2003. Deux ans plus tard, ceux qui ont la francophonie à coeur se font dire qu'ils devront encore être bien patients.

Pendant ce temps, chaque année, des ayant-droits français s'assimilent à la langue et à la culture dominante de l'Amérique du nord. Chaque début d'année scolaire est accompagné du triste constat que des dizaines, des centaines d'enfants qui pourraient bénéficier d'un environnement social et communautaire dans la langue de leurs ancêtres voient plutôt leurs familles utiliser l'anglais comme véhicule culturel.

En soi, le Conseil de la francophonie s'avère une excellente idée. Sa création marquerait, en quelque sorte, la fin de l'isolationnisme du Québec face aux communautés francophones aux quatre coins du pays qui mènent une guerre de tous les instants pour survivre. L'Acadie française réussit à tirer son épingle du jeu et prouve ainsi que la loi du nombre est un élément crucial de l'équation de la survie du français : plus elle est dispersée, plus elle est menacée. Le débat de S.O.S. Montfort a démontré que même 500 000 francophones ontariens, parce qu'éparpillés entre le nord, le sud et l'ouest, ne l'ont pas gagnée d'avance. Sans parler du statut bilingue d'Ottawa, capitale du pays.

Le schisme entre les communautés franco-québécoises et hors-Québec est toujours ramené aux États généraux du Canada français, à la fin des années 1960. Dans la foulée de la Révolution tranquille, les Québécois auraient ressenti un besoin viscéral de se tourner vers eux-mêmes, de faire le ménage dans leur propre maison et d'explorer les pistes de l'autonomie politique. Si cette dernière étape n'a pas débouché sur cette autonomie, il y a quand même eu des avancées énormes sur la prise de conscience que le Québec, à tous les niveaux, possède tous les outils pour prospérer. Qu'il le fasse au sein du Canada ou ailleurs, la question demeure en suspens. Mais pendant ce temps, les communautés francophones et acadiennes redoutent une réponse menant à la séparation : leurs craintes sont légitimes et ceux qui prétendent que la protection constitutionnelle du français serait épargnée par un Canada sans le Québec se gourent. En fait, personne ne sait, et aucune garantie n'a jamais été formulée en ce sens.

Quoiqu'il arrive sur ce front, la francophonie a besoin de réseautage, d'information, d'appuis. C'est ce que prévoit faire ce futur Conseil de la francophonie. Si nous nous réjouissons du concept, nous sommes un peu impatients de le voir venir. De voir s'il sera doté suffisamment pour appuyer des projets concrets à travers le Canada - on le voit, le ministère fédéral du Patrimoine ne suffit pas -, et pourquoi pas, l'Amérique tout entière. S'il saura respecter le territoire que se sont forgé les Alliances françaises. De savoir si les échanges entre francophones sauront se faire dans les deux sens, et pas toujours du "grand frère" vers les petites communautés plus isolées qui, à bien des niveaux et malgré des accents râpeux aux sensibles oreilles québécoises, pourraient en montrer sur la survivance et l'opiniâtreté à la défense culturelle.

Bref, il est encore loin d'être réalité et les attentes sont déjà grandes face à ce Conseil de la francophonie...

pjury@ledroit.com




La vitalité de l’anglais a progressé davantage au Québec que celle du français

Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 138, 1 juin 2005

Il a suffi que réapparaisse au menu du prochain congrès du Parti Québécois une résolution proposant d’étendre aux cégeps les dispositions de la loi 101, qui s’appliquent déjà aux niveaux primaire et secondaire, pour que les éditorialistes et les chroniqueurs politiques montent aux barricades pour défendre le statu quo en invoquant la soi-disant « bonne santé » du français au Québec.

En fait, cette proposition amenée par le SPQ Libre – et non par Yves Michaud comme le laissent entendre les médias – s’appuie précisément sur une lecture minutieuse des dernières données statistiques sur la situation linguistique. Ainsi, alors que 27,1 % des enfants de loi 101 se dirigeaient vers le cégep anglophone après le secondaire en 1990, ce taux est passé à 41,3 % en 1996, ce qui n’est pas sans lien avec le fait que, selon les données du recensement de 2001, moins de la moitié des allophones (40 %) travaillent le plus souvent en français et 40 % travaillent le plus souvent en anglais.

Il y a deux types d’opposition au redressement législatif que nécessite cette situation. Il y a la pirouette de ceux qui, comme le chroniqueur Michel David du Devoir, posant en « internationaliste », taxent la revendication de « provincialiste » sous prétexte que le problème se règlera avec l’accession du Québec à l’indépendance. Cela est de la même eau que l’entourloupette de certains « marxistes-léninistes » des années 1970 qui encourageaient les femmes à mettre de côté leurs revendications immédiates au profit de la lutte pour le socialisme, tout en affirmant qu’une fois celui-ci atteint la question perdrait de sa pertinence.

Tout comme les féministes pouvaient plaider avec raison que l’idéologie patriarcale ne disparaîtrait pas par enchantement avec la victoire du socialisme, il va de soi que le Québec continuera au lendemain de l’indépendance à baigner dans l’environnement anglophone qui est le sien en Amérique du nord.

Le deuxième groupe d’opposants est celui des jovialistes de la langue qui présentent un tableau euphorique de la situation sur la vitalité du français et le déclin de la force d’attraction de l’anglais. Mais leur optimisme est basé sur une lecture biaisée des données statistiques. Le cas le plus flagrant est l’éditorial intitulé « L’obsession » d’André Pratte du dimanche 29 mai, qui est contredit de belle manière par l’article du journaliste Denis Lessard dans le même journal, intitulé « L’anglais est en meilleure forme que le français au Québec ».

Cet article est basé sur une entrevue avec Charles Castonguay, le mathématicien de l’Université d’Ottawa, qui vient de faire paraître une étude intitulée « Les indicateurs généraux de la vitalité des langues au Québec : comparabilité et tendances 1971-2001 ».

L’étude de Charles Castonguay mérite qu’on s’y arrête. Elle analyse les données des 30 dernières années qui présentent à première vue un bilan positif et rassurant. Pour l’ensemble du Québec, la force d’attraction du français relativement à l’anglais aurait progressé de 27,7 % en 1971 à 45 % en 2001.

Autrement dit, il y a toujours une majorité d’allophones qui font des transferts linguistiques vers l’anglais (143 315 selon le recensement de 2001, soit deux fois plus qu’en 1971), mais le nombre de substitution vers le français gagne du terrain (118 353 en 2001 soit quatre fois plus qu’en 1971). Nous sommes évidemment encore loin d’une vitalité égale entre les deux langues. Celle-ci signifierait que le français aurait attiré 237 743 allophones et l’anglais seulement 23 933.

Cependant, l’étude minutieuse de Charles Castonguay démontre que même un optimisme prudent sur la vitalité du français - c’est-à-dire la persistance des francophones à l’utiliser et son pouvoir d’attraction sur les natifs d’autres langues – n’a pas sa raison d’être si on examine attentivement l’évolution réelle sur le terrain.

Pourquoi? D’abord parce que les modifications apportées aux questionnaires (changement de l’ordre des questions, etc.) lors des recensements de 1991 et 2001 ont totalement faussé la comparaison des données. À l’aide de différents recoupements, le professeur Castonguay évalue que l’accroissement de 19,5 % de la francisation relative des allophones entre 1981 et 2001 est gonflé de 7 à 8 % par suite des modifications du questionnaire et serait donc plus près de 10% que de 20%.

Deuxièmement, une bonne partie des gains du français sont imputables à un changement dans la sélection des immigrants plutôt qu’aux politiques linguistiques. À partir des années 1970, le Québec accueille majoritairement des francotropes, c’est-à-dire des ressortissants de pays jadis sous influence française (Haïti, Indochine, Maghreb, Liban) ou des personnes de langue maternelle latine (espagnol, portugais, roumain), tous davantage portés vers le français que l’anglais. Selon les données recueillies, dans le cas des francotropes, la majorité des substitutions de la langue d’origine en faveur du français auraient été réalisées avant l’arrivée au Québec.

Troisièmement, il faut tenir compte du tamisage migratoire interprovincial. En effet, les immigrés allophones anglicisés sont plus portés que les francisés à quitter le Québec pour migrer ailleurs au Canada. Le mathématicien Charles Castonguay constate que ce tamisage linguistique a évidemment pour effet de hausser le taux de francisation relative parmi les immigrés qui résident encore au Québec.

De plus, il faut tenir compte des décès parmi les générations des allophones anglicisés arrivés au Québec il y a 30 ans alors que les immigrants étaient surtout des anglotropes.

La réduction du nombre d’allophones anglicisés ne signifie donc pas un plus grand pouvoir d’attraction de la langue française.

Charles Castonguay conclut de sa recherche que, pour la période 1971-2001, « en chiffres absolus tout comme en chiffres relatifs, la vitalité générale de l’anglais a progressé davantage au Québec que celle du français. »

En fait, l’importance démesurée de l’anglais dans le monde du travail à Montréal de même que dans les cégeps et les universités fait contrepoids à la prépondérance démographique des francophones et à la Charte de la langue française au point d’accroître l’attrait relatif de l’anglais auprès des allophones immigrés.

Dans ce contexte, modifier la Charte de la langue française afin d’appliquer au niveau collégial les mêmes critères d’accès à l’école anglaise qu’au primaire et au secondaire est un strict minimum. D’ailleurs la proposition à l’étude lors du congrès du Parti Québécois a d’autres volets concernant le marché du travail et la langue de l’administration publique.




Alliance on life support

Don Macpherson
The Montréal Gazette May 31, 2005 Tuesday

It's time that the people who want to fight Quebec's language laws in court put their own money where their mouths are.

It was back to business as usual yesterday for Quebec's best-known English-rights organization - that is, not much business at all.

At its weekend meeting, the board of Alliance Quebec voted against filing for bankruptcy and for continuing, even though the organization has been rendered ineffectual by its financial and political problems, which are related to each other.

There doesn't appear to be much chance that the federal Heritage department, whose annual grant to the Alliance now represents virtually its only source of income, will bail out the organization.

The department says Alliance has either not properly accounted for how it spent some of the federal money it has received or misspent some of it, notably on court challenges to Quebec's pro-French language legislation.

On the latter point, lawyer Brent Tyler, who is also former president of the Alliance, said yesterday none of his cases challenging Bill 101 were financed out of the organization's federal grant.

He said the only money he received from the Alliance related to a court case was a $9,000 loan to pay for an application for leave to appeal a court decision. But he said that money came out of membership fees and donations, not the grant, and he repaid it with interest.

The feds, however, who essentially created Alliance Quebec in 1982 to speak for the province's English-speaking minority, have made it abundantly clear they're unhappy with the more aggressive direction the organization has taken in recent years.

The faction currently in control of the Alliance has been noisily challenging aspects of Quebec's pro-French language policy, while the feds want it to let sleeping dogs lie and stick to quiet lobbying for better English-language services.

And they've already retaliated by starving the Alliance to the point of death, repeatedly and drastically slashing their grant to the organization. Sometimes they've done so retroactively, cutting the grant well into the budget year for which it was given.

But while the muzzling of the Alliance by a federal government determined not to disturb the linguistic peace in Quebec might be the most popular explanation for the organization's current plight, it's not the only one.

There's also the ineptitude of some of the Alliance's recent leaders, which makes the arrogance that accompanied it incomprehensible.

Tyler and before him William Johnson were unable to get along with anybody who was not unquestioningly loyal to them. They alienated other anglophone groups, especially from smaller communities, and even some of their own supporters, forfeiting the Alliance's claim to speak for all English-speaking Quebecers. This weakened the organization politically and made it vulnerable.

And at the same time, they weakened it financially. Dues-paying members stopped renewing their memberships and contributors stopped giving. So the Alliance made itself even more dependent on the federal government, even while it refused to follow the strategy of its financial master for dealing with the delicate language issue.

This leaves the faction in the English-speaking community that wants to carry on the fight against aspects of Bill 101 with no choice but to try to raise funds otherwise.

They can start by canvassing the 750,000 Quebec anglophones whose support they have always claimed. But since they would not be restricted by the provincial law on political financing, they could accept donations in any amount from any source. They could even solicit outside the province; one of Tyler's recent Supreme Court cases was financed almost entirely by the Toronto-based National Citizens Coalition.

Of course, donations probably wouldn't be tax deductible. And private fundraising is harder work than demanding a government handout.

But Tyler and others have shown that court challenges, including some for which Alliance Quebec has claimed credit, can be funded without federal aid. And if the feds are no longer paying the piper, then they can hardly call the tune.

It's time that the people who want to use the courts to nibble away at Quebec's language laws put their own money where their mouths are.

dmacpher@thegazette.canwest.com




Chic, un débat sur la langue!

Vincent Marissal
La Presse mercredi 1 juin 2005

Il y avait longtemps. Un bon débat sur la langue, ça nous manquait tellement, c'est rassurant de savoir que l'on peut toujours compter sur les péquistes purs et durs pour ramener un sujet aussi rassembleur sur le tapis.

C'est à croire qu'ils le font exprès: non seulement les péquistes s'apprêtent-ils à visser Bernard Landry sur son trône pour les prochaines élections, mais, en plus, ils n'ont rien trouvé de mieux, en vue de leur congrès, que de mettre la table pour une nouvelle bataille sur la langue.

Pour le renouveau, il semble qu'il va falloir attendre encore une ou deux générations au Parti québécois. Ne manque plus qu'une querelle ésotérique sur la date du prochain référendum et tout sera en place pour un beau party rétro, en fin de semaine au Palais des congrès de Québec.

Mettez-vous dans la peau d'un jeune Québécois (allophone ou de souche) qui regarde Bernard Landry donner la réplique à Yves Michaud sur une proposition de Léandre Dion dans un débat qui remonte au " Bill 22 " de Robert Bourassa dans les années 70. Avec tous les clichés éculés sur les immigrants qui n'attendent qu'une occasion pour tourner le dos au français et épouser l'anglais...

C'est pas pour faire de l'âgisme, mais on a déjà entendu ce vieux 33 tours grésiller avant aujourd'hui, non? Excusez l'anglais, mais il y a de fortes chances pour que notre jeune Québécois branche son iPod sur U2: " You're stuck in a moment and you can't get out of it. "

Dans la perspective pas trop lointaine d'élections, les péquistes auraient pourtant largement de quoi occuper leur congrès avec les problèmes du gouvernement Charest. Mais la faction des purs et durs ne peut apparemment résister au dossier du français.

Ce sont pourtant les mêmes péquistes qui, après leur victoire inattendue dans Laurier-Dorion, l'an dernier, avaient triomphalement annoncé que leurs frères et soeurs des communautés culturelles montraient, enfin, des signes de rapprochement avec le mouvement souverainiste. Est-ce que leur jeune députée Elsie Lefebvre va expliquer aux néo-Québécois de sa circonscription au cours de la prochaine campagne électorale que leurs enfants devront passer un test de français spécial pour avoir les mêmes droits que leurs copains de souche?

Ce que le député Léandre Dion, avec l'appui de six associations de circonscriptions et les jeunes du PQ, notamment, propose, c'est de donner aux pure laine le droit d'être cancre en français, puisqu'ils n'auront pas à subir le test de français en question, qu'ils choisissent le français ou l'anglais au collégial.

À la sortie de la cinquième secondaire, on séparera donc les pure laine d'un bord et les allophones de l'autre et on fera subir un test de français aux élèves du deuxième groupe qui veulent poursuivre leurs études en anglais. Belle image.

Que l'on veuille s'assurer à la sortie du secondaire que les élèves parlent, lisent et écrivent le français correctement, cela devrait aller de soi. Mais cela devrait viser tous les élèves, peu importe leur origine.

On a décidé au Québec, compromis oblige, que les enfants, une fois leur secondaire terminé, peuvent choisir la langue de leur choix au cégep. Si après 12 ans dans le réseau francophone, ils ne maîtrisent pas suffisamment le français, c'est davantage la faute du système scolaire que la leur. Chose certaine, il commence à se faire tard, à 16, 17 ou 18 ans, pour rattraper des lacunes qui remontent à la petite enfance.

Ce que la proposition Dion laisse entendre, c'est que le système scolaire québécois est incapable d'inculquer une connaissance appropriée du français aux enfants. Si c'est le cas (et c'est probablement le cas, si on en croit toutes les études sur le sujet), l'enseignement du français est aussi mauvais pour les pure laine que pour les allophones. Or, les francophones passeraient à travers les mailles du filet même si, quel paradoxe, ils poursuivent des études en français. On serait donc plus sévère envers un jeune Chinois qui, après avoir fait son primaire et son secondaire en français, se dirige vers le génie aérospatial dans un programme anglophone qu'envers sa consoeur francophone de souche qui se destine à l'enseignement.

Il se trouvera certainement un avocat pour dénoncer les relents de " racial profiling " d'une telle mesure puisqu'on imposerait un test à certains élèves sur la seule base de leur origine ethnique. Cette proposition, si elle devait être adoptée, s'en irait directement à la Cour suprême (encore une fois!).

Il est probablement plus facile- et plus rassurant- de limiter le problème de la maîtrise du français aux seuls allophones que de faire un vrai débat sur l'enseignement ou, plus délicat encore, sur la place réelle du français en milieu de travail, notamment dans les industries pharmaceutique, aérospatiale ou dumultimédia.

Plus risqué aussi, comme chaque fois que l'on rallume le feu sous la marmite linguistique.

Imaginez le tollé si une telle proposition était venue de Jean Charest, que l'on aurait accusé, encore une fois, d'être complètement débranché de la société québécoise.





Rapport de la commissaire aux langues officielles

Langues officielles: le gouvernement manque de leadership

Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 1 juin 2005

Le Plan d'action adopté en 2003 souffre de retards inquiétants, selon Dyane Adam

Ottawa - Le Plan d'action sur les langues officielles mis en place par le gouvernement fédéral en 2003 au coût de 751 millions de dollars arrive à mi-parcours avec «des retards importants et même inquiétants». Les progrès sont «inégaux» et, dans plusieurs domaines, il est impossible de savoir si les cibles sont en voie d'être atteintes.

La commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, n'a pas mâché ses mots hier contre le gouvernement Martin, l'accusant de «manquer de leadership et de volonté administrative» et de ne pas avoir de «chef» pour mener ce plan important à bon port. Dans son rapport annuel dévoilé hier, la commissaire brosse le portrait d'un gouvernement qui manque de rigueur, qui agit trop lentement et qui n'a toujours pas consenti toutes les sommes promises à la réalisation de ce plan sur les langues officielles, dévoilé en grande pompe il y a plus de deux ans. «Un sérieux coup de barre est nécessaire», a souligné Dyane Adam.

Le Plan d'action sur les langues officielles a été créé en mars 2003 pour répondre aux critiques qui fusaient de toute part à l'époque, le gouvernement Chrétien étant alors accusé d'avoir laissé se détériorer l'accès à des services dans les deux langues officielles. Ce plan de 751,3 millions de dollars en cinq ans vise une série d'améliorations dans trois domaines: l'éducation, le développement des communautés et la fonction publique.

En général, c'est un constat plutôt sombre que la commissaire met en avant, indiquant clairement que s'il y a eu d'immenses progrès en matière de santé, de justice et d'immigration, il y a aussi d'immenses zones d'ombre qui continuent de planer sur la mise en oeuvre du plan. «Le plan d'action, qui devait unir les efforts des différentes institutions fédérales pour relancer la dualité linguistique, souffre d'un manque de cohésion et de coordination, peut-on lire dans la conclusion du chapitre 1 de son rapport. Le gouvernement n'est pas à même d'en mesurer régulièrement les progrès ni d'en révéler les résultats aux Canadiens. Il s'agit d'une situation très préoccupante. La relance voulue par le plan d'action pourrait être compromise si on ne procède pas immédiatement à une remise en ordre.»

Selon Mme Adam, le plan, qui doit arriver à échéance en 2008, est vraiment appliqué de façon «inégale» d'une institution fédérale à l'autre. «Le gros problème du fédéral, c'est qu'il a de la difficulté à mener un dossier qui touche plusieurs ministères, a-t-elle expliqué en conférence de presse. Quand il y a plusieurs joueurs à la même table, comme c'est le cas, c'est drôlement important d'avoir un chef qui a une idée claire de ce qui doit être accompli et qui ramène à l'ordre pour garder le cap si nécessaire. Et je pense que c'est la grande difficulté en ce moment.»

Le Plan d'action sur les langues officielles est freiné au plus haut niveau à l'heure actuelle, dit-elle. «Le leadership n'est ni assez fort ni assez rigoureux en ce moment pour soutenir un développement et un tempo assurés. Voyez-vous, nous sommes dans la troisième année du plan, il doit être évalué dès septembre prochain, soit dans quelques mois, et on n'a toujours pas annoncé les indicateurs de rendement qui seront utilisés pour évaluer le plan à mi-parcours. C'est problématique, cette lenteur.»

D'ailleurs, les sommes promises n'ont pas toujours été accordées. En 2003-04, seulement 50 des 65 millions promis ont été distribués. Et pour l'année dernière, le gouvernement a été incapable de fournir des renseignements, ce qui a empêché la commissaire de se pencher sur la question. «C'est très malheureux, dit-elle. Quand je visite les provinces, il y a un appétit d'agir dans ce domaine-là [les langues officielles]. Les provinces veulent vraiment améliorer l'accès à la formation linguistique pour les jeunes, aider les communautés minoritaires à améliorer leurs institutions. Mais la lenteur du gouvernement fédéral à agir impatiente beaucoup de gens. C'est un des problèmes majeurs.»

C'est l'éducation qui a suscité les plus vives critiques de la commissaire hier. Dans ce domaine, qui arrache un peu plus de la moitié du budget total (381 millions), le gouvernement espère notamment doubler d'ici 2013 la proportion de diplômés des écoles secondaires qui connaissent leur seconde langue officielle et porter à 80 % la proportion d'ayants-droit inscrits dans les écoles de langue française à l'extérieur du Québec. «Il y a des retards importants et inquiétants dans ce domaine, a souligné la commissaire. Il n'y a aucun indicateur de rendement pour faire la mise au point et mesurer les progrès accomplis. Si ces indicateurs existaient, ça permettrait d'ajuster le tir si ça ne progresse pas assez vite.»

La fonction publique en a également pris pour son rhume hier puisque, sur les 29 institutions fédérales évaluées par la commissaire et son équipe, aucune n'a obtenu la note «exemplaire». Onze institutions ont obtenu le résultat «bon», 11 autres ont reçu «moyen» et sept doivent se contenter de «faible» en ce qui a trait à la qualité des services offerts dans les deux langues. Par contre, aucune n'a obtenu la note «très faible».

Lorsqu'on répartit ces résultats par régions, on se rend compte que les fonctionnaires fédéraux du Québec se sont relâchés depuis un an, passant de la perfection (100 %) à 90,4 %. La province tombe ainsi en deuxième place, derrière la région de la capitale fédérale (Ottawa-Hull), qui obtient la note de 100 % cette année. Au troisième rang, on retrouve le Nouveau-Brunswick (89,9 %), alors que les petites provinces ou les territoires comme l'Île-du-Prince-Édouard (31,8 %), les Territoires du Nord-Ouest (42,9 %) ou Terre-Neuve-et-Labrador (49,5 %) ferment la marche. Dans les plus grandes provinces, c'est le Manitoba et la Saskatchewan qui peinent à offrir des services fédéraux dans les deux langues, pour une note de 43,6 %.

Les 35 ans des langues officielles

La commissaire aux langues officielles a également remis hier un rapport spécial qui retrace les 35 années écoulées depuis la première loi sur les langues officielles. Elle a dit comprendre les critiques de la loi, qui estiment que c'est un échec, mais elle ne partage pas leur avis. «Je comprends parce que ces gens veulent l'obtention d'une cote de 100 %. On souhaiterait que les deux groupes linguistiques soient traités de façon égale et jouissent des mêmes droits. Et, effectivement, ce n'est pas encore le cas après 35 ans. Mais il faut aussi voir d'où nous partons. Le parcours n'a pas été linéaire, il a plutôt été en dents de scie. Mais l'important, c'est qu'il y a eu des progrès.»

Selon Mme Adam, chaque jalon important de l'histoire est le résultat d'une volonté politique forte, ce qui devrait inciter le gouvernement Martin à mettre les bouchées doubles. «Je crois que Paul Martin aurait tout avantage à avoir l'oeil sur ce dossier, a soutenu Dyane Adam. Parce que là, ça plafonne. Il y a un besoin de renouveau, et c'est une occasion inouïe d'agir dans un dossier qui est peut-être vieux mais qui est au coeur de l'identité canadienne.»

Réagissant au rapport de la commissaire, le ministre responsable des langues officielles, Mauril Bélanger, a tenu à souligner que «le gouvernement est absolument déterminé à continuer la progression», a-t-il dit à sa sortie de la période de questions. Selon lui, le gouvernement n'a «aucun» problème de leadership. «Quand le gouvernement a présenté le plan, on a dit qu'on ferait les ajustements à mi-parcours, a-t-il dit. À l'automne, je compte présenter ce rapport, et s'il y a lieu de faire des ajustements, on les fera.»




Le syndrome du Titanic

Michel David
Le Devoir jeudi 2 juin 2005

Il y a exactement un an, les trois jeunes mousquetaires du PQ, Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Jonathan Valois, remettaient à la direction du parti un rapport qui faisait le bilan de la tournée qui leur avait permis de rencontrer des milliers de jeunes de toutes les régions du Québec.

Par la suite, ils s'étaient bien défendus d'avoir suggéré que la souveraineté n'intéressait plus les jeunes, mais il se dégageait très clairement de leur texte que les débats sur la mécanique référendaire et la loi 101 faisaient passer les péquistes pour un troupeau de dinosaures.

Assez curieusement, le comité national des jeunes du PQ (CNJ) semble faire partie de ceux qui sont toujours obsédés par ces questions. S'il n'est guère étonnant de voir Yves Michaud se relancer avec enthousiasme dans le débat linguistique, qui l'enflamme depuis 40 ans, on aurait pu s'attendre à ce que l'ardeur des jeunes péquistes trouve un autre exutoire.

Au congrès du week-end prochain, ils seront aux côtés de M. Michaud pour tenter de convaincre les délégués d'étendre aux cégeps les dispositions de la Charte de la langue française qui régissent l'accès à l'école anglaise aux niveaux primaire et secondaire.

Les jeunes que les trois mousquetaires avaient rencontrés au cours de leur tournée se passionnaient plutôt pour la mondialisation ou l'environnement. «Plutôt que de parler de social-démocratie et de loi 101, cette génération nous parle de développement durable et de diversité culturelle. Le Parti québécois gagnerait à faire évoluer son discours en ce sens», écrivaient-ils dans leur rapport.

Bien sûr, on peut avoir divers intérêts dans la vie. En toute justice, le CNJ est également l'auteur de propositions portant sur l'enseignement de l'histoire, l'abolition des subventions à l'école privée ou encore l'adoption d'une charte de l'environnement et du développement durable.

***

Il n'en demeure pas moins étonnant de voir les jeunes péquistes se faire les promoteurs d'une diminution radicale des subventions aux universités anglaises. Dans les années 60, leurs parents étaient descendus dans la rue au cri de «McGill français !», mais on croyait cette époque révolue. Pareil anachronisme chez ceux qui constituent l'avenir du PQ est navrant.

Autant la souveraineté accroîtrait sensiblement la force d'attraction du français sur les immigrants, autant il est probable qu'elle modifierait également la relation que les francophones de souche entretiennent avec la langue anglaise.

Certes, un Québec souverain demeurerait un îlot francophone dans une mer anglo-saxonne, mais l'anglais cesserait une fois pour toutes d'être la langue du conquérant pour devenir un instrument d'ouverture sur le monde, que les Québécois voudront utiliser au même titre que le reste de l'humanité.

En raison de leur statut minoritaire au Canada et de leur complexe d'infériorité au Québec même, les francophones se sont longtemps réfugiés dans leur unilinguisme comme à l'intérieur d'une forteresse. Le jour où ils auront le sentiment d'avoir la pleine maîtrise de leur destin dans un environnement culturel mieux assuré, ils pourraient très bien choisir d'investir eux-mêmes les établissements d'enseignement postsecondaire de langue anglaise afin d'acquérir la maîtrise d'une langue seconde sans pour autant tourner le dos au français.

Dans une perspective canadienne, on peut s'inquiéter de voir un grand nombre d'immigrants abandonner leur langue maternelle au profit de l'anglais plutôt que du français, mais il serait incongru de décréter dès aujourd'hui que, dans un Québec souverain, les francophones n'auraient pas le droit de parfaire leur anglais au cégep s'ils le désiraient.

Sans parler du message qu'on enverrait en ce qui concerne le respect des droits de la personne. Un message «pernicieux et toxique», comme l'a dit Jean-Pierre Charbonneau. Les étudiants de niveau collégial ne sont plus des enfants. Tant qu'à y être, pourquoi ne pas étendre les dispositions de la loi 101 aux universités ? Il est vrai qu'en coupant les vivres à McGill et à Concordia, cela ne serait peut-être pas nécessaire.

***

Lancée en catastrophe pour éviter une confrontation majeure au congrès, la proposition du député de Saint-Hyacinthe, Léandre Dion, risque de faire plus de mal que de bien. Même si la comparaison ne tient pas, tous ceux qui ont intérêt à jeter de l'huile sur le feu auront beau jeu de rappeler les tests linguistiques que prévoyait jadis la loi 22.

Comment se fait-il que personne au PQ n'ait vu venir l'iceberg ? En prévision du congrès de mai 2000, des mois de discrètes négociations avaient permis d'arriver à un compromis avec la faction la plus modérée des «purs et durs».

En échange du statu quo en matière linguistique, le gouvernement Bouchard s'était engagé à convoquer des états généraux de la langue, présidés par Gérald Larose, dont le rapport avait finalement exclu d'imposer la fréquentation du cégep français aux allophones.

Cette fois-ci, on a laissé la proposition cheminer dans les instances du parti sans y faire obstacle.

M. Landry, soucieux de voir son leadership confirmé au congrès, s'est bien gardé d'intervenir dans le débat.

Un de ses principaux lieutenants, Sylvain Simard, croyait sans doute bien faire en confiant au Devoir que la grande majorité des députés s'oppose à ce qu'on modifie les critères d'accès au cégep anglais, lui préférant d'emblée la solution mise en avant par leur collègue de Saint-Hyacinthe, mais c'était précisément le genre de chose à ne pas dire. Rien n'irrite davantage les militants péquistes que de se faire dicter leur conduite par l'aile parlementaire. M. Simard, qui a déjà occupé le poste de vice-président du parti, devrait pourtant le savoir.

Yves Michaud a aussitôt qualifié de «compromission» la proposition de M. Dion. Cela n'augure pas très bien. C'est toujours la même chose avec le PQ : dès qu'un iceberg est en vue, il faut qu'il se précipite dessus. C'est ce qu'on pourrait appeler le syndrome du Titanic.




Les altermondialistes et la question linguistique

Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 139, 2 juin 2005

L’UFP et Option citoyenne ont été très discrètes sur les questions linguistiques qui retiendront l’attention des personnes déléguées au congrès du Parti Québécois cette fin de semaine. Ni Amir Khadir ni la direction de l’UFP ne sont intervenus, comme si la question n’était qu’une marotte du Parti Québécois.

Seule Françoise David a fait de brèves interventions publiques sur le sujet. Dans Le Devoir du 29 mai, la journaliste Kathleen Lévesque rapporte que Mme David y voit « un exemple flagrant que le PQ est engoncé dans ses vieux réflexes. ''Ça m’inquiète. La radicalisation du discours n’est pas un virage à gauche sur le plan des idées et du programme. Le PQ sera-t-il plus soucieux de l’environnement, de l’égalité?’’ questionne Mme David ». Quelques jours plus tard, à l’émission Maisonneuve à l’écoute, Françoise David disait voir dans l’anglicisation de notre société « un effet de la mondialisation ».

Il est curieux que ces formations de la gauche québécoise, qui font de la lutte à la mondialisation néolibérale leur principal cheval de bataille, passe ainsi sous silence la question linguistique. C’est pourtant un fait admis par tous les altermondialistes que la mondialisation néolibérale, dans sa marche pour imposer le marché et restreindre le rôle des États, propage à l’échelle du globe l’anglais et la culture de masse états-unienne, laminant sur son passage les cultures nationales.

Devant ce rouleau-compresseur homogénéisant, plusieurs se lèvent avec raison pour se porter à la défense de la diversité culturelle et demander qu’on réhabilite le rôle des États. Plusieurs de nos altermondialistes se réclament d’ailleurs de cette lutte et ne ratent jamais une occasion de joindre leur voix au choeur de ceux qui revendiquent l’intervention de l’État pour faire contre-poids au marché.

Tout cela, c’est pour la théorie. En pratique, plusieurs de ces altermondialistes ne semblent pas réaliser que la culture qu’ils proclament haut et fort vouloir défendre n’existe pas sans le support qu’est la langue. Ça ne leur effleure pas l’esprit que les législations linguistiques sont parmi les plus importantes dans la lutte contre la mondialisation néolibérale. Cela est particulièrement vrai dans le cas du Québec où la vitalité de l’anglais est toujours supérieure à celle du français, comme vient de le révéler une étude du professeur Charles Castonguay.

Dans cette perspective, étendre au niveau collégial les dispositions de la loi 101 est une mesure d’une grande importance. C’est à l’adolescence que les étudiants découvriront le cinéma et le théâtre québécois et francophone ou baigneront totalement dans la culture anglophone, c’est au cégep qu’ils prendront l’habitude de lire Le Devoir, La Presse ou The Gazette.

À ce propos, il est stupéfiant de voir les éditorialistes André Pratte de La Presse et Bernard Descoteaux du Devoir se tirer dans le pied en s’opposant à l’obligation faite aux allophones ayant effectué leurs études primaire et secondaire au secteur francophone de les poursuivre au cégep francophone. Comme si Le Devoir pouvait se permettre de perdre un lectorat potentiel !

Sur la question linguistique, l’UFP et Option citoyenne nous rétorqueront sans doute que la question des cégeps est secondaire et que le véritable enjeu est la langue du marché du travail. Nul ne peut nier l’importance de la langue de travail. Les chiffres sont révélateurs : 40 % des allophones travaillent le plus souvent en anglais et à peine autant travaillent le plus souvent en français. D’ailleurs, la proposition de SPQ Libre en débat au congrès du PQ contient un long chapitre sur le français au travail. Mais nos amis des autres composantes de la gauche québécoise seraient plus crédibles s’ils accordaient une quelconque importance dans leurs délibérations et leurs programmes à la question linguistique.

En fait, pour ce segment de la gauche, la question linguistique - tout comme la question nationale - n’est que diversion. C’est essentiellement ce que dit Françoise David quand elle se demande si le PQ « serait aussi soucieux de l’environnement et de l’égalité » et qu’elle affirme que la radicalisation du discours sur la langue « n’est pas un virage à gauche sur le plan des idées et du programme ».

Vouloir créer un « environnement » linguistique francophone qui permettrait que 92% des allophones effectuent un transfert linguistique vers le français et 8% vers l’anglais - ce qui respecterait la proportion des deux groupes linguistiques de notre société - n’est pas pour Mme David une idée de gauche « sur le plan des idées et du programme ». Trouve-t-elle plus « égalitaire » la situation actuelle qui voit, selon les statistiques officielles nettement gonflées comme l’a démontré le professeur Castonguay, à peine 45 % des allophones effectuer un transfert linguistique vers le français !

Dans l’immense brassage de la mondialisation, les peuples sentent avec raison leur identité nationale menacée. Ils réagissent de différentes façons. Dans plusieurs pays du tiers-monde, le fondamentalisme religieux a canalisé ce désarroi, occupant le terrain laissé vacant par les alternatives socialistes en déroute depuis la chute de l’Union soviétique.

Dernièrement, en France et aux Pays-Bas, l’opposition à la mondialisation néolibérale s’est exprimée dans le rejet de la proposition de constitution européenne. Les premières analyses démontrent une importante fracture de classes dans ce vote. Les classes privilégiées ont voté pour le Oui, les classes ouvrière et populaire pour le Non. Les clivages politiques partisans traditionnels ont sauté. Le camp du Non balaie un spectre qui va de l’extrême droite à l’extrême gauche.

Ces constats nous interpellent au Québec. Ici comme ailleurs, la question est posée : qui de la gauche ou de la droite prendra la direction de la lutte contre la mondialisation néolibérale ? Ce n’est sûrement pas en minimisant l’importance des questions linguistique et nationale que la gauche pourra aspirer à prendre le leadership de cette lutte.

Notre histoire nous enseigne le formidable potentiel de changement social que recèlent les sensibilités linguistique et nationale de notre peuple. Notre défi est de faire en sorte que cet extraordinaire levier serve à créer une société plus juste et plus égalitaire dans un environnement où il fera bon vivre.





Réplique de l'UFP

LA SOLITUDE DE SPQ LIBRE

l'Union des forces progressistes (UFP)
L'aut'courriel n° 140, 3 juin 2005

À la veille du congrès du Parti québécois, le groupe Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre) s’inquiète pour sa motion sur la fréquentation obligatoire du cégep en français pour les allophones ayant fait leurs études primaires et secondaires dans cette langue. C’est du moins ce que trahit ce soudain cri d’alarme devant la « discrétion » de l’Union des forces progressistes (UFP) sur les questions linguistiques. Dans une missive de L’aut’courriel (no 139, 2 juin 2005), Pierre Dubuc demande en effet pourquoi « ni Amir Khadir ni la direction de l’UFP ne sont intervenus » sur ces questions.

SPQ-Libre se sent-il déjà à ce point isolé à l’intérieur du PQ qu’il doive solliciter l’appui de la gauche libre à l’extérieur de ce parti pour défendre certaines revendications ? Craindrait-il d’avoir déjà atteint les limites de sa capacité à tirer le PQ vers la gauche comme il en a fait le pari ?

Contrairement à ce que prétend Pierre Dubuc, l’UFP place la langue au coeur de la citoyenneté québécoise. Pour nous, le français doit être la langue commune du pays du Québec. Voilà pourquoi nous appuyons « une conception moderne de la nation, définie comme étant la communauté humaine vivant au Québec, ayant le français comme langue officielle de communication dans les institutions et au travail, partageant un ensemble de lois et de conventions sociales, et riche de sa diversité culturelle ».

SPQ-Libre semble déçu que l’UFP ne fasse pas écho publiquement à sa revendication du cégep en français pour les allophones. Peut-être devrait-il se rappeler que la commission présidée par Gérald Larose, l’ancien syndicaliste, s’est bien gardée de formuler une telle recommandation au terme des États généraux sur la langue française. Au grand dam d’un bon nombre de nationalistes, mais au grand soulagement du PQ alors au pouvoir.

Que l’UFP ne ressente pas l’urgence de se prononcer sur cette question, rien d’étonnant. La revendication n’émane pas des rangs de nos membres ni des mouvements populaires ou sociaux. Elle surgit en raison du congrès du PQ, comme d’ailleurs souvent en pareille occasion. Si nous soutenons l’idée de faire du français la langue commune, l’anglicisation des allophones - mais aussi des francophones - est un problème complexe. Il faut donc trouver un ensemble de solutions, notamment la francisation du milieu de travail, le financement adéquat des cours de français pour les nouveaux venus, la reconnaissance des diplômes étrangers pour faciliter leur intégration professionnelle, etc. Par ailleurs, les institutions d’enseignement de langue anglaise perdraient une partie de leur attraction si elles étaient financées équitablement en fonction du poids démographique de la population minoritaire anglophone. Il y aurait sans doute d’autres mesures que les communautés issues de l’immigration pourraient formuler si elles étaient invitées à la discussion. Pour bâtir un pays « riche de sa diversité culturelle », l’UFP propose de travailler avec l’ensemble des forces vives de notre société, en dehors des congrès du PQ.

Altermondialiste et altersouverainiste

Pour L’UFP, l’affirmation nationale se double d’un engagement envers la solidarité internationale. C’est d’ailleurs un trait distinctif par rapport au PQ. Bernard Landry dit en effet vouloir que le Québec accède à la souveraineté pour pouvoir signer des ententes internationales comme la ZLÉA. Or, ces ententes ouvrent grand la porte au « rouleau compresseur homogénéisant » qui menace la « diversité culturelle », ce que dénonce, à juste titre, SPQ-Libre. Pourtant, cette intention explicite du PQ ne semble guère troubler Pierre Dubuc qui préfère vilipender la gauche altermondialiste.

Et qu’en est-il du soi-disant silence de l’UFP sur la question nationale? Pierre Dubuc fait là aussi fausse route. En réalité, au point deux de sa plate-forme, l’UFP affirme que « la question nationale est liée à l’émancipation sociale ». Loin de la minimiser, nous la plaçons sur un pied d’égalité avec la question sociale. Pour parvenir à l’indépendance du Québec, nous proposons d’ailleurs une démarche originale qui commence à trouver des échos dans les rangs indépendantistes. Il s’agit d’une Assemblée constituante composée de citoyennes et citoyens élus pour rédiger un projet de constitution, lequel serait soumis à un référendum. À cet autre monde possible, nous allions cet autre Québec possible!

Les silences de SPQ-Libre

L’UFP s’étonne à son tour du silence de SPQ-Libre sur cette vaste démarche de démocratie participative qui pourrait faire germer dans le coeur des gens du Québec le projet du pays. Comme nous déplorons sa discrétion retentissante sur la réforme du mode de scrutin, laquelle figure pourtant dans le programme du PQ depuis plus de 30 ans. Comme nous nous inquiétons de son mutisme devant l’appui du PQ au projet de loi 62 qui ouvre pourtant la voie à la privatisation de divers services publics dont l’eau.

Et la liste des silences pourrait s’allonger si l’on en croit une entrevue qu’accordait Bernard Landry, le 26 février 2005, à la Tribu du Verbe (Sébastien Aubé, À contre-jour, ). À propos de la sortie médiatique commune de l’UFP, d’Option citoyenne et de SPQ-Libre contre les partenariats publics-privés (PPP), il déclarait : « [.] le SPQ, il est dans le PQ. Alors, faut qu’on s’occupe des intérêts du PQ et qu’on le fasse arriver au pouvoir. Alors chaque geste doit être mesuré en fonction de notre solidarité partisane et de notre discipline de parti. » Tout porte donc à croire que la marge de manoeuvre de SPQ-Libre ne pourra aller qu’en s’amenuisant.

Sans partager la conviction des personnes ayant opté pour l’aventure des clubs politiques, l’UFP respecte leur choix. Nous croyons toutefois, pour paraphraser Pierre Dubuc, que ce n’est sûrement pas en minimisant l’importance des questions sociales que SPQ-Libre pourra prétendre assumer le leadership de la lutte contre la mondialisation. Notre formation politique maintient qu’il n’y a pas de raccourci possible pour arriver à construire une alternative de gauche crédible et unie. C’est une tâche longue et ardue, nous le savons, mais sans doute moins solitaire que celle de SPQ-Libre qui tente de ranimer un parti aujourd’hui usé par le pouvoir et ayant toujours accordé plus d’importance au sommet de Davos qu’à celui de Porto Allegre.




Le débat linguistique est l’affaire de toutes les Québécoises et de tous les Québécois

Collectif
TRIBUNE LIBRE 2juin 2005

Ont signé le présent texte :
Tomas Arbieto, président du comité national de la citoyenneté et de l'intégration du Parti Québécois (CNCI)
Pietro Biacchi, membre du Comité Jean-Martucci Société Saint-Baptiste de Montréal (SSJBM)
Vittorio Capparelli, président de l'association "Amitié Québec-Italie-Canada" affiliée à FIEI (Federazione Italiana Emigrati Immigrati)
Umberto di Genova, président Section Henri-Bourassa SSJBM
Dino Fruchi, membre de "Les Italiens pro-Québec"
Leila Ichkles, membre du CNCI
Malik Kalid, membre du CNCI
Anne-Michèle Meggs, conseillère générale à la SSJBM
Maria Mourani, présidente régionale du Parti Québécois de Montréal-Ville-Marie
Phillippe Nguene-Nguene, secrétairedu PQ de Montréal-Centre, membre du CNCI
Ercilia Palascio-Quintin, membre du CNCI et des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO)
Duncan Robertson, membre du CNCI
Paolo Zambito, président de la cellule du Parti Québécois de l'UQAM

Nous trouvons profondément irritant l’argument ressorti récemment par les adversaires de la reprise du débat linguistique, à l’effet que celui-ci indisposerait les citoyennes et les citoyens allophones. C’est insinuer que les personnes d’une autre langue maternelle que le français seraient incapables de comprendre ce débat ou que l’avenir du français au Québec leur tiendrait moins à cœur…

Les citoyens d’origines diverses ayant choisi de faire du Québec leur patrie font face aux mêmes enjeux que tous les Québécois, y compris les enjeux nationaux et linguistiques. Ceux qui ont choisi le français comme langue commune ou comme langue d’usage, font également face à l’exigence de la connaissance de l’anglais, souvent dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec le tourisme ou les relations internationales. La violation du droit de travailler en français atteint durement les nouveaux arrivants francisés, à qui on avait dit que le français est la langue officielle et commune du Québec. Ces derniers se retrouvent devant des offres d’emploi où la connaissance de l’anglais est demandée sans justification.

D’autre part, on semble penser que les problèmes linguistiques existent uniquement au Québec. Ils se retrouvent en fait partout où des peuples luttent pour leur autodétermination. Le récent débat démocratique en Ukraine est un exemple parmi d’autres. Des lois linguistiques existent dans plus de 110 pays.

Faire du français la langue commune et officielle du Québec est essentiel à la cohésion sociale, à l'inclusion et à la pleine participation de tous à la même sphère de droits et de devoirs. Le français est le ciment qui relie tous les citoyens qui forment le peuple québécois. Défendre le français au Québec, c’est inclure les Québécois de toutes origines et de toutes langues maternelles. Il faut connaître et utiliser une même langue pour se comprendre, pour former une société unie et solidaire.

C’est dans cet esprit inclusif que la Charte de la langue française a été établie. Voici ce qu’on pouvait lire en 1977, dans l’énoncé de politique qui précéda l’établissement de la Loi : « Autant la pluralité des moyens d’expression est utile et féconde sur un même territoire, autant il est nécessaire que, comme un préalable, un réseau de signes communs rassemble les hommes. Sans quoi ne sauraient subsister la cohésion et le consensus indispensables au développement d’un peuple. »

Toutes les institutions publiques doivent tendre à faire du français la véritable langue commune du Québec. Tout ce qui consacre la dualité linguistique — et le pseudo libre choix entre les cégeps français et anglais en fait partie — mine le caractère officiel et commun du français au Québec.

Nous croyons que la première étape pour en arriver à une véritable harmonie dans le domaine linguistique devrait être celle-ci : diffuser le constat de la situation linguistique réelle et faire le vrai débat de fond avec toutes les citoyennes et tous les citoyens. La vision rose que certains médias tentent présentement d’imposer à grands coups d’analyses superficielles ne va certainement pas dans ce sens.




Le cégep français: agissons!

Mario Beaulieu, auteur principal de la proposition sur la langue du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre qui a été adoptée dans plusieurs instances du Parti québécois en vue du congrès qui commence ce soir.
La Presse vendredi 3 juin 2005

Dans à peu près tous les pays développés, l'éducation publique est dispensée dans une seule langue

À quelques heures de l'ouverture du congrès national du Parti québécois, on entend dire que le renforcement de la loi 101, et notamment, l'application au niveau collégial des critères balisant déjà aux niveaux primaire et secondaire l'accès à l'école publique anglaise, correspondraient à un " programme de province "! En fait, l'étude des législations linguistiques à travers le monde indique plutôt le contraire. Des lois linguistiques existent partout dans le monde, soit dans plus de 110 pays. Dans à peu près tous les pays développés, l'éducation publique, sur un même territoire, est dispensée dans une seule langue.

Le système d'éducation joue un rôle fondamental dans la transmission d'une langue et d'une culture. C'est un facteur essentiel à l'intégration des nouveaux arrivants. Avec l'adoption de la loi 101 en 1977, les nouveaux arrivants furent tenus de fréquenter l'école française. Le Livre blanc de la loi 101 proclamait que " l'école anglaise, qui constitue un système d'exception accordé à la minorité actuelle du Québec, doit cesser d'être assimilatrice. " Soulignons que la loi 101 porte sur l'accès aux écoles publiques et non pas aux écoles privées non-subventionnées. Ce faisant, elle n'interdit pas le libre choix scolaire à proprement parler.

Cependant, l'accès au réseau collégial public anglais n'est pas balisé par la Charte de la langue française. Le Québec est à peu près le seul État développé au monde où l'on finance, sans aucune limite, des institutions d'éducation supérieure dans une autre langue que celle de la majorité.

Ce laisser-faire n'est pas sans conséquence lorsqu'on sait que 93 % des nouveaux arrivants avaient plus de 15 ans à leur arrivée et étaient donc, en bonne partie, en âge de fréquenter les cégeps ou les universités.

On a aussi observé une augmentation élevée de la propension des étudiants allophones à choisir le cégep anglais. Les premiers " enfants de la Loi 101 " sont parvenus au niveau collégial en 1989. En 1990, 27,1 % des étudiants allophones qui sont passés par l'école secondaire française choisissaient de fréquenter le cégep anglais. Par la suite, leur choix du cégep anglais est en forte hausse, atteignant 41,3 % en 1996: il semble se stabiliser par la suite. Le mouvement est à sens unique: les allophones qui ont étudié au secondaire en anglais choisissent de façon constante, et dans la presque totalité, le cégep anglais (99,5 % en 2003). Cela en dit long sur le peu de prestige d'une éducation postsecondaire en français au Québec.

Mobilité linguistique et la langue de travail

Tous les chercheurs s'entendent pour dire que, parmi toutes les dispositions de la Loi 101, ce sont les mesures scolaires qui ont eu le plus grand impact sur la force d'attraction du français, notamment sur les transferts linguistiques, c'est-à-dire l'adoption par un individu comme langue d'usage à la maison d'une langue autre que sa langue maternelle.

Dans le mémoire du Parti québécois à la commission Larose, en 2001, on constatait que: " Ce qui doit être une préoccupation majeure de la politique linguistique du Québec, c'est la prédominance toujours marquée des transferts en faveur de la langue anglaise. Selon qu'ils sont majoritairement favorables au français ou à l'anglais, les transferts linguistiques ont une incidence directe sur l'objectif d'intégration à la majorité francophone, objectif inhérent à la Charte de la langue française. En vertu de cet objectif, la proportion de transferts linguistiques vers le français devrait idéalement dépasser les 90 %, ce qui respecterait la représentativité réelle des anglophones québécois. " Nous sommes loin du compte. Selon Statistique Canada, cette proportion était de 46 % en 2001.

Les principaux progrès de la force d'attraction de la langue française se retrouvent chez les jeunes immigrants allophones, qui vont à l'école française à plus de 80 %. Cependant, la proportion desdits " enfants de la Loi 101 " qui effectuent des transferts linguistiques demeure restreinte. En 2001, seulement 9 % des allophones arrivés entre l'âge de 1 an et 14 ans ont effectué des transferts vers le français.

Les travaux de Charles Castonguay indiquent que l'élan des transferts linguistiques vers le français insufflé aux jeunes allophones par l'école française s'épuise presque totalement à partir de l'âge du collégial.

Les cégeps jouent un rôle beaucoup plus large que la simple transmission d'une langue. Ils jouent un rôle important dans l'intégration des valeurs et de la culture publique commune au Québec. Les programmes d'études préuniversitaires y côtoient les programmes d'études techniques. En outre, l'enseignement collégial est une voie majeure d'intégration à l'emploi.

L'application de la loi 101 au cégep pourrait renforcer l'usage du français comme langue de travail. Selon les données du recensement de 2001, moins de la moitié des allophones travaillent le plus souvent en français. En analysant ces données, le professeur Charles Castonguay de l'Université d'Ottawa en conclut que: " Le rayonnement de l'anglais comme langue principale de travail à Montréal domine largement celui du français. "

Certains opinent que la reprise du débat linguistique pourrait nuire à l'avènement de la souveraineté. En fait, la nécessité d'établir le français comme langue commune au Québec a toujours été un des plus puissants déterminant de l'appui à la souveraineté chez les Québécois de toutes origines. Assurer la survie et l'épanouissement de la langue et de la culture nationales est au fondement de la lutte universelle pour l'autodétermination des peuples et pour la diversité culturelle dans le contexte de la mondialisation.

Ce n'est certainement pas en jouant à l'autruche et en créant une fausse impression de sécurité que les souverainistes vont démontrer la nécessité sinon l'urgence de leur projet. À la veille du dernier congrès du Parti québécois un sondage démontrait que l'argument linguistique pourrait avoir un impact significatif, voire décisif, dans un éventuel débat référendaire si les souverainistes pouvaient démontrer à un nombre plus important d'électeurs que la survie du français passe par l'accession du Québec à la souveraineté (Jean-Marc Léger et Richard Nadeau, Le Devoir, 27 avril 2000). Il s'agit du levier qui manque pour dépasser définitivement le cap de 50 %.

(...)




Où veulent nous mener les « renforçateurs » de la loi 101?

Guy Bouthillier; Robin Philpot
Le Devoir vendredi 3 juin 2005

Libre opinion: La loi 101, et singulièrement l'idée de faire du français la langue commune, est née du grand projet de faire du Québec un vrai pays, mais comme l'indépendance manque toujours à l'appel, les progrès que cette loi a permis restent fragiles.

À ceux qui songeraient à la «renforcer», il faut rappeler que c'est seulement le jour où le français pourra s'appuyer sur la souveraineté qu'il sera assuré de continuer à marquer des points dans la vie de tous les jours, mais d'abord dans les coeurs et les esprits de tous ceux qui vivent ici, notamment auprès de ceux dont ce n'est pas la langue maternelle.

Dans ce futur pays, en effet, il y aura un État et un seul, une langue officielle et une seule. Il y aura un territoire, et un seul, et, sur ce territoire, une population non plus morcelée en langues et en ethnies mais enfin rassemblée autour d'une appartenance et d'une citoyenneté nouvelles.

Dans ce futur pays, les écoles (même celles de langue anglaise) nous apprendront à le distinguer de tous les autres, cette partie bleue de l'Amérique rouge, tandis que les médias nous rapporteront sa voix depuis l'ONU, l'UNESCO et l'ALENA.

Dans ce futur pays du Québec, c'est l'État de ce pays, et nul autre, agissant au nom du peuple du Québec et de nul autre qui, après avoir choisi, accueilli et aidé l'étranger venu frapper à nos portes, lui donnera, comme à tous les citoyens, sécurité judiciaire, protection sociale et droits politiques. Comment les habitants de ce pays, les vieux comme les nouveaux, pourraient-ils choisir de s'exclure plutôt que de participer et de le faire en s'appropriant la langue de ce pays par tous les moyens mis à leur disposition, notamment ceux qui leur fournissent les écoles de ce pays? Et les cégeps - pourquoi pas un seul réseau collégial francophone au Québec?

Une étape indispensable

Vue sous cet angle, la souveraineté apparaît bien comme l'étape décisive vers le règlement de notre lancinante question linguistique.

Certains, impatients d'agir ou incertains d'aboutir, voudraient aujourd'hui nous faire sauter l'étape. Savent-ils qu'ils ne régleront rien mais retarderont tout? Parce qu'ils reviennent à une manière de pensée - le nous contre les autres - qui caractérisait la situation minoritaire des «Canadiens français» des années 50 et 60. À l'époque, c'était compréhensible; aujourd'hui, ça l'est moins.

Le pays du Québec est à portée de main; nos débats et nos politiques, linguistiques et autres, devraient se faire en fonction de ce pays et de toute sa population, y compris cette cohorte importante de jeunes diplômés des réseaux scolaires et universitaires anglais qui, plus de 25 ans après la loi 101, sont mieux préparés pour travailler à Toronto qu'à Montréal mais qui ne semblent pas exister dans l'esprit des «renforçateurs» de la loi 101.





Réaction au nouveau régime pédagogique et à l’enseignement « précoce » de l’anglais

Le MNQ réitère sa demande au gouvernement du Québec de procéder à une véritable «analyse d’impact» sur le français

Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ)
TRIBUNE LIBRE 3 juin 2005

Montréal, le 3 juin 2005 – Le gouvernement du Québec a annoncé, hier, son intention de poursuivre sa démarche en vue de faire passer l’enseignement de l’anglais en première année du primaire. Ce faisant, le gouvernement ignore les avertissements répétés du Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ), et balaie aussi du revers de la main l’avis du Conseil supérieur de l’Éducation.

Pas plus tard que le 13 avril avril dernier, le Mouvement appuyait le rapport du Conseil supérieur de l’Éducation en demandant, lui aussi, de « stopper » la machine et de procéder à une véritable « analyse d’impact » avant d’instaurer cette mesure. Il s’avère qu’une récente étude de l’Institut de recherche sur le Québec (IRQ) fait valoir que peu de recherches scientifiques soutiennent la thèse de l’apprentissage précoce. En revanche, plusieurs études permettent de dégager un constat : plus un individu maîtrise sa première langue, plus il a de la facilité à en apprendre une autre.

« Pour l’instant, nous remarquons que le gouvernement du Québec devance presque chaque année l’apprentissage de l’anglais. Pourtant, aucune analyse des impacts n’a véritablement été établie », dit Chantale Turcot, présidente du MNQ. « En moins de 20 ans, nous serons donc passés d’un enseignement de l’anglais commençant à la fin du primaire à un enseignement dès la première année, sans véritable évaluation de la mesure », fait-elle remarquer.

L’étude reprend entre autres le constat de Gilles Bibeau, docteur en linguistique à l’Université de Montréal, voulant qu’une « exposition hâtive et intense à une langue étrangère, fut-elle surtout scolaire, peut avoir des effets non souhaitables à la fois sur le développement en langue maternelle et éventuellement sur la sécurité culturelle des apprenants ». Elle met aussi de l’avant des recherches qui tendent à démontrer que « les sujets collégiens atteignent en six mois approximativement le même niveau que les élèves d’environ neuf ans, qui ont commencé à apprendre l’anglais à l’école maternelle».

« Nous constatons que les parents francophones sont de plus en plus nombreux à souhaiter que leurs enfants maîtrisent l’anglais au terme de leur formation. Cette volonté des parents est compréhensible, mais nous nous interrogeons actuellement sur la façon et le meilleur moment d’enseigner une langue seconde, en l’occurrence l’anglais, dans une société francophone comme le Québec, extrêmement minoritaire sur le continent nord-américain », conclut madame Turcot.

Le MNQ et ses Sociétés affiliées à travers le Québec rendront bientôt public un manifeste sur l’apprentissage des langues secondes.




Le français au Québec, les nouveaux défis

QUÉBEC, le 8 juin /CNW Telbec/

Les Editions FIDES viennent de faire paraître, en partenariat avec le Conseil supérieur de la langue française, Le français au Québec, les nouveaux défis. Ce livre est un appel à la réflexion pour actualiser la politique linguistique face aux défis des années 2005.

Un nécessaire chantier de réflexion sur la politique linguistique

Une trentaine d'années après la promulgation de la Charte de la langue française, beaucoup de chemin a été parcouru, mais la situation du français reste fragile, en butte à de nouvelles pressions. Comme l'écrit Guy Rocher : "Il est certain que le contexte de 2005 est, à plusieurs égards, bien différent de celui que l'on connaissait en 1977 (...) Mais ce nouveau contexte, plutôt que de nous rassurer sur l'avenir de la langue française au Québec, appelle l'élaboration d'une nouvelle politique linguistique adaptée aux défis et aux contraintes qui seront ceux du XXIe siècle (...) La situation (actuelle) de la langue française au Québec exige que s'ouvre un nouveau chantier de réflexion, non pas d'abord sur une loi, mais sur la politique linguistique dont la loi sera l'expression juridique et politique." La mondialisation de l'économie, l'implantation massive des technologies de l'information, l'augmentation de l'immigration, la reconnaissance de plus en plus grande des minorités, la préoccupation des Québécois à l'égard de la qualité de leur langue, voilà autant de données nouvelles dont il faut tenir compte.

Vingt auteurs, alimentés par une quarantaine d'experts

Vingt auteurs, alimentés dans leur analyse par une quarantaine d'experts, ouvrent ce chantier de réflexion. Leurs constats et leurs propositions portent sur des questions de statut de la langue et de qualité. Dans le domaine du statut, les rapports langue et économie, langue et droits, langue et nouvelle technologie, dynamique linguistique et immigration, diversité linguistique et culturelle font l'objet d'investigation.

Chaque auteur s'est employé à faire le point sur une dimension particulière de la situation du français en 2005. Presque tous abordent leur sujet en tenant compte de l'évolution en cours, des défis à relever et des perspectives d'avenir.

Trois grands axes de réflexion

Il ressort de l'ensemble des textes publiés dans ce livre ainsi que des discussions au cours des tables rondes mises en place pour stimuler et alimenter la réflexion des auteurs, une perspective commune de la situation linguistique et l'idée que le contexte actuel en est un de mutation profonde et rapide qui appelle un dispositif renouvelé de défense et de promotion de la langue française au Québec.

L'ensemble des propositions peuvent être regroupées en trois grands axes : doter la politique linguistique d'un volet international, prendre en compte la diversité ethnolinguistique du Québec et être maître de sa langue.

La prise en compte de la diversité linguistique, ligne de force majeure du contexte actuel, suppose une reconnaissance particulière des minorités et des langues autochtones ainsi qu'une attention et une ouverture plus grande aux valeurs propres aux groupes linguistiques. Elle invite à mieux rendre compte de la situation linguistique, à mettre en place une politique d'intégration civique et à affirmer le droit d'accès à la langue commune pour tous les immigrants.

L'ouverture d'un volet international vise à promouvoir la diversité linguistique et à favoriser l'émergence d'une éthique de la diversité qui permette le respect des langues et cultures dans chaque pays, mais aussi à l'échelle supranationale.

Etre maître de sa langue dans une société de l'information est une des conditions du développement économique et de l'innovation; c'est aussi un facteur de cohésion et de bon fonctionnement de la société; dans un monde de plus en plus ouvert, c'est le vecteur privilégié de l'identité; pour les immigrants, apprendre la langue du pays d'accueil, c'est élargir sa liberté d'action.

"Ce livre, a déclaré la présidente du Conseil supérieur de la langue française, madame Nadia Brédimas-Assimopoulos, vient après Le français au Québec, 400 ans d'histoire et de vie, publié en 2000. Il constitue un effort original pour renouveler la réflexion sur l'avenir linguistique du Québec et, à ce titre, il servira de point de départ aux délibérations du Conseil. Il est surtout une source d'information privilégiée pour les Québécoises et les Québécois qui voudront se tenir informés et participer à la réflexion."

Liste des auteurs : Guy Bertrand, Chantal Bouchard, Bernard Cleary, Marie-Eva de Villers, Louis-Jacques Dorais, Aline Francoeur, Christine Fréchette, Pierre Georgeault, Patricia Lamarre, Michel D. Laurier, Monique Lebrun, Catherine Melillo, Luc Ostiguy, Michel Pagé, Alain Prujiner, Guy Rocher, Réjean Roy, Arnaud Sales, Alexandre Stefanescu, José Woehrling.