

LANGUE D'AFFICHAGE
L'étiquetage s'améliore... les plaintes augmentent
Denis Lessard
La Presse mercredi 15 juin 2005
Québec - La langue d'affichage pose moins de problèmes, mais les plaintes concernant l'étiquetage des produits de consommation ont augmenté en flèche au cours des derniers mois, révèlent les dernières statistiques de l'Office québécois de la langue.
Les chiffres du site Web de l'organisme montrent qu'au 31 mars 2005, l'Office avait reçu 2749 plaintes touchant l'étiquetage dans les 12 mois précédents. Cela représente la moitié de toutes les plaintes reçues l'an dernier par l'organisme, une hausse importante par rapport aux 1490 plaintes reçues à ce sujet l'année précédente.
En tout pour l'année 2004-2005, l'Office aura reçu 3330 plaintes, comportant 5477 objets d'infraction. L'année précédente, on avait reçu 2754 plaintes, portant sur 4067 infractions.
Mondialisation
À La Presse, la présidente de l'Office, Nicole René, a souligné hier qu'il était clair que les problème d'étiquetage des produits étaient devenus, à cause de la mondialisation des marchés, la première source d'irritation des consommateurs.
En revanche, souligne-t-elle, le niveau des plaintes reçues au cours de la dernière année apparaît moins spectaculaire si on tient compte des dossiers ouverts dans les années précédentes. Si 2004-2005 renoue avec des niveaux observés dans le passé, c'est pour l'année 2003-2004 que, de façon inexpliquée, le nombre de plaintes envoyées à l'Office avait mystérieusement chuté.
" Il n'y a pas d'explication à la croissance de cette année ", observe Mme René, soulignant que l'Office avait fait des campagnes de sensibilisation auprès des consommateurs sur leurs droits linguistiques.
" En matière d'étiquetage, il y a hors de tout doute une amélioration, le nombre de plaintes est davantage un indicateur de la sensibilité des consommateurs plutôt que de la qualité de l'étiquetage ", résume Mme René, qui entame sa 10e année à la tête de l'Office.
L'ouverture des marchés et la proportion toujours croissante des produits d'importation multiplient les probabilité d'étiquetage délinquant, selon elle. De plus, " les gens sont plus sensibles, il y a même eu des opérations ciblées sur certains produits ", souligne-t-elle. Dans le secteur des électroménagers, la fermeture d'usines importantes au Québec a augmenté l'arrivée de produits étrangers, qui, souvent, font peu de place au français ou même au bilinguisme sur leurs panneaux de commande.
Logiciels
En ce qui concerne les logiciels, le nombre de plainte a doublé, passant de 111 en 2003-2004 à 344 l'an dernier. En revanche, on ne trouve guère plus de cas touchant la langue d'affichage, soit 444 il y a deux ans contre 442 l'an dernier.
Désormais les emballages des logiciels sont conformes à la loi, observe Mme René, mais avec l'Internet, les consommateurs ont pris connaissance de la disponibilité des versions françaises des logiciels en Europe, ce qui a incité les gens à déposer bien des doléances au gouvernement.
L'utilisation du français comme langue de service a suscité 175 plaintes l'an dernier, moins que l'année précédente. C'est un secteur où " il n'est pas évident d'intervenir ", convient Mme René.
Montréal est toujours la source du plus grand nombre de récrimination en matière linguistique - 496 plaintes venaient de la métropole l'an dernier, contre 458 l'année précédente. La Montérégie arrive deuxième avec 238 plaintes.

Les écoles anglaises débordent
Violaine Ballivy
Le Soleil vendredi 17 juin 2005
Les écoles francophones ont encore perdu du terrain au profit de leurs consoeurs anglophones cette année. Alors que la baisse démographique force la multiplication des fermetures des premières, les secondes, elles, sont pleines à craquer.
Entre 2000 et 2004, le nombre d'écoliers au primaire et au secondaire francophone a chuté de près de 3500, indiquent les données du ministère de l'Éducation. Pendant ce même laps de temps, les troupes de Shakespeare ont suivi le chemin inverse, bondissant de 615. Proportionnellement, 98 % des Québécois de la région fréquentaient l'école francophone en 1990, contre 96,6 % en 2004. À l'échelle de la province, les chiffres sont passés de 91,5 % à 89,5 %.
"Le glissement annuel paraît insignifiant, mais ce qui compte, c'est la tendance qui ne cesse de favoriser l'anglais", a souligné hier Jean Dorion, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. L'homme souhaite un resserrement des conditions qui permettent la fréquentation de l'école anglophone, autorisée aux enfants dont les parents ont étudié dans cette langue, et ayant eux-mêmes effectué la majorité de leurs études en anglais.
"Nous ne voyons qu'un seul facteur qui puisse expliquer la hausse de notre clientèle", remarque la directrice des services administratifs de la commission scolaire anglophone Central Quebec, Kathleen Scott. "Il y a plus de gens qui ont décidé de se prévaloir de leur droit d'envoyer leur enfant à l'école anglophone." A contrario des commissions scolaires des Découvreurs et de la Capitale, la Central Quebec ne prévoit aucune fermeture d'école et, faute d'espace, elle en a même inauguré une en 2002, qui comptera 340 enfants l'an prochain.
Au ministère de l'Éducation, on estime toutefois - comme à la Central Quebec - que cette croissance tire à sa fin. D'ici deux ans, les effectifs devraient se stabiliser, puis commencer à décroître. "Il y a une bulle en ce moment. En 1977, au moment de l'application de la loi 101, on a donné une dérogation aux enfants qui étaient déjà inscrits à l'école anglophone de poursuivre leurs études. Presque 30 ans plus tard, ce sont leurs enfants qui se retrouvent à l'école anglophone", note Johanne Méthot, agente d'information.
VBallivy@lesoleil.com

L'image du français doit être améliorée, selon la commissaire aux langues
BRUCE CHEADLE
PC 20 juin 2005
OTTAWA (PC) - Une campagne de publicité sera lancée en Ontario pour revaloriser le français.
Selon la commissaire fédérale aux langues officielles, Dyane Adam, les Ontariens doivent changer leur attitude à l'égard de la langue française. Après 35 ans de bilinguisme au pays, la commissaire a lancé un appel d'offres de 100 000 $ pour une "stratégie de marketing social" en Ontario.
Un expert a en effet énoncé que le bilinguisme ne devait plus être promu comme un devoir patriotique teinté de culpabilité, mais comme un tremplin vers la mondialisation.
Diffusé dans un site gouvernemental la semaine dernière, l'appel d'offres, qui vient à échéance lundi en fin de journée, sollicite des soumissions afin de "promouvoir la valeur et l'image de marque de la langue française auprès des non-francophones".
"L'objectif du projet, poursuit-on dans l'appel d'offres, est de susciter un changement d'attitude mesurable des Ontariens à l'égard de l'usage et de l'apprentissage de la langue française".
Une telle campagne est une première. L'objectif est de reprendre partout au pays le plan de mise en marché qui en ressortira, a précisé le porte-parole de la commissaire, Robin Cantin. L'Ontario constitue donc le noyau originel du projet.
"C'est là où nous pouvons faire la percée la plus importante dans l'apprentissage des deux langues officielles, car le bilinguisme individuel est un peu bas actuellement en Ontario", a-t-il commenté.
Il y a deux ans, le fédéral avait fixé comme objectif de doubler en 10 ans le nombre de Canadiens bilingues dans le groupe d'âge de 18 à 25 ans. Cependant, seul un élève sur 10 poursuit ses cours de français de base jusqu'en 12e année, selon l'organisme Canadiens Parents for French (Parents canadiens en faveur du français).
L'association a aussi précisé que l'inscription aux cours de français est en baisse dans toutes les provinces, sauf à l'Ile-du-Prince-Edouard.
Professeur d'histoire à l'université Concordia, à Montréal, Matthew Hayday estime que le bilinguisme est mûr pour refaire son image.
A l'origine, dans les années 70 et 80, le programme visait à renforcer l'unité nationale et à donner une bonne conscience patriotique, a expliqué l'auteur de "Bilingual Today, United Tomorrow: Official Languages and Education and Canadian Federalism", qui sera publié plus tard cette année.
Ce message était séduisant au moment où la menace d'éclatement du pays paraissait réelle, mais la stratégie a généré bien peu de retombées, a ajouté M. Hayday dans une entrevue.
Il a suggéré une démarche différente qui cible les adolescents: "Toute deuxième langue se révèle être un tremplin important dans l'apprentissage subséquent d'autres langues, ce qui représente un atout dans l'économie mondiale."
Le français devrait donc être un choix naturel au pays puisqu'il donne des avantages immédiats, tels que des emplois au gouvernement et la possibilité de vivre partout au pays.
"La démarche requiert donc un changement d'image", a-t-il conclu, si Ottawa est sérieux dans ses objectifs.
Le plan fédéral, quel qu'il soit, visera précisément les jeunes et sera limité dans sa portée, peut-être en partenariat avec des conseils scolaires, a détaillé M. Cantin.

Le déclin de l’école française se poursuit
SSJB
20 juin 2005
Montréal, le 16 juin 2005 – Le président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Jean Dorion, a commenté ce matin en conférence de presse les statistiques de l’année scolaire 2004-05 sur la répartition des élèves du Québec entre les réseaux d’enseignement français et anglais.
Ces chiffres indiquent, cette année encore, pour l’ensemble des écoles (publiques, privées subventionnées et privées non-subventionnées) une baisse de la part occupée par le réseau français dans le total des effectifs scolaires. Ce déclin est lent, mais il se poursuit depuis treize ans au niveau primaire et depuis douze ans pour l’ensemble des niveaux (préscolaire, primaire et secondaire), sans aucune année de répit.
En conséquence, l’école anglaise gagne sans cesse du terrain ; elle comptait 9,46% de tous les élèves du primaire en 1991 ; elle en compte cette année 11,54%.
UNE TENDANCE IRRÉVERSIBLE MALGRÉ LA LOI 104
Le glissement annuel paraît insignifiant. Ce qui compte, souligne Jean Dorion, c’est la tendance. Elle ne cesse de favoriser l’anglais, même après la loi 104 qui, en juin 2002, fermait un « trou » dans la Loi 101, en interdisant désormais le recours à l’école anglaise non-subventionnée comme moyen d’accéder à l’école publique anglaise. Le constat de recul surprend ceux qui pensaient qu’au contraire, avec la Loi 101 (1977), l’immigration augmenterait sans cesse la part de l’école française. Ce fut le cas, d’ailleurs : de 1977 à 1992 la part de l’école anglaise chuta de 16,60 % à 9,64 %. Mais depuis, la tendance s’est inversée ; rien n’incite à croire que la progression actuelle de l’école anglaise ne se poursuivra pas indéfiniment, à moins de changements dans les critères d’accès à cette école.
LES FACTEURS
Tous ne s’entendent pas sur les facteurs du déclin ; on l’a même, sans preuve, attribué aux mariages mixtes. En réalité, on ne peut imputer le lent déclin du secteur français à un facteur unique, mais à la cumulation de plusieurs, qui s’alimentent mutuellement. La cause n’est pas A ou B ou C , elle résulte plutôt de A+B+C et même de AxBxC. Cependant, parmi les facteurs importants, il suffirait d’en retrancher un pour que la part de l’école française se remette à progresser. Or, avec la Loi 101 originale, c’est-à-dire sans «clause Canada», l’école française n’aurait jamais perdu de terrain depuis treize ans. Bien au contraire.
LA LOI 101 ORIGINALE : LA « CLAUSE QUÉBEC »
La loi 101 du docteur Laurin faisait du français la langue de l’école, sauf que les familles scolarisées en anglais au Québec, avant la Loi, garderaient ce privilège, leur descendance aussi. Cette disposition de compromis, honorable, sera baptisée plus tard «clause Québec». Par contre, la Loi imposait à ceux qui choisiraient dorénavant de s’établir au Québec, même venant du Canada anglais, une condition raisonnable: que leurs enfants fréquentent l’école française. Les migrations, d’où qu’elles viennent, même du Canada anglais, ne joueraient plus contre le français, mais pour lui.
L’IMPACT DE LA « CLAUSE CANADA »
En 1982, dix gouvernements anglophones ont imposé au Québec une constitution réduisant ses pouvoirs sur la langue d’éducation. L’article 23 de leur charte des «droits» force le Québec à ouvrir l’école anglaise à tout enfant si lui-même ou sa famille immédiate a déjà fréquenté telle école au Canada. C’est ce qu’on appelle la «clause Canada».
Comme on ne distingue plus « clause Québec » et « clause Canada », on ne peut mesurer l’impact précis de cette dernière. Mais il est considérable. Au Québec, 65,5% des élèves nés ailleurs au Canada fréquentaient l’an dernier le secteur français (beaucoup venant de familles franco-ontariennes, acadiennes et, surtout, québécoises de retour). Mais le gros tiers restant (10 474 écoliers) représentait un super-bonus pour le réseau anglais, qui ne dessert qu’un dixième de notre population. Si, dans un bassin de crème à 10%, illustre Jean Dorion, vous ajoutez périodiquement de la crème à 35%, vous obtiendrez de la crème à 11%, puis à 12% et ainsi de suite (cette comparaison Anglos et crème survivra, espère-t-il, à tous les procès de rectitude politique!).
Mais ce n’est pas tout : aux élèves anglophones nés dans d’autres provinces, s’ajoutent ceux nés au Québec de parents scolarisés en anglais ailleurs au Canada. Cette deuxième catégories d’élèves admissibles doit bien être plus nombreuse que la première, car le gros des migrations inter-provinciales est le fait de jeunes adultes qui n’ont pas encore d’enfants. En 2001, selon Statistiques Canada, parmi tous les résidants du Québec de langue maternelle anglaise, nés au Canada et âgés entre 25 et 44 ans (soit les catégories d’âge plus susceptibles d'avoir des enfants d'âge scolaire), 22,6 % étaient nés dans les provinces anglophones.
Que serait-il arrivé sans la « clause Canada »? La plupart des deux groupes d’élèves précités seraient à l’école française. La proportion des élèves scolarisés en français n’aurait jamais pu diminuer, comme elle le fait depuis 1992. Au contraire, elle augmenterait constamment.
Pour contrer le déclin amorcé par l’école française, revenir à la clause Québec est légitime. De quel droit divin l’habitant de Calgary, que nul n’oblige à s’installer au Québec, peut-il prétendre y exiger une école anglaise pour ses enfants? Les Suisses ne reconnaissent aucun droit de ce genre à leurs concitoyens qui changent de canton ; personne ne les juge moins civilisés que nous.
Quelles que soient les intentions de ses auteurs, l’art. 23 de la Charte des «droits» constitue l’équivalent d’un droit que se serait donné le Canada de ré-angliciser petit à petit le Québec. Il fait partie d’une constitution imposée de force, à tel point que huit premiers ministres québécois, depuis, ont refusé de la signer. À la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, nous rêvons d’un gouvernement québécois qui aurait la force de dire «nous refusons de l’appliquer car nous ne l’avons jamais signée». Cette attitude suppose un appui de la population, lequel exige, en premier lieu, une meilleure connaissance des enjeux. Nous voulons y contribuer par la présente conférence de presse et par celles que nous donnerons à chaque année, tant que les statistiques annuelles sur la fréquentation scolaire feront état du déclin de l’école française, a conclu Jean Dorion.

Language police stoop to the trivial
Editorial
The Gazette June 21, 2005
In Richmond, no less than anywhere else in Quebec, Grand Frere is watching you. This peaceful town in the Eastern Townships, settled by United Empire Loyalists 200 years ago and refuelled through the middle of the 20th century by immigrants from the British Isles and the Continent, has developed an enviable practical bilingualism that apparently pleases everyone and excludes no one.
But such social harmony does not satisfy the Office quebecois de la langue francaise, which has ordered town hall employees to issue tax assessments and public notices in French only and converse exclusively in French (rather than in French and English) when the subject is official business.
Nor does the crackdown end there. On and Off switches on air conditioners will be relabelled and English computer keyboards will be replaced, in accordance with Bill 101 and its legislative and regulatory offspring. We can be confident now that municipal employees will no longer swelter through their summers while they haplessly hit the Shift button instead of Return.
Whether the Charter of the French Language is ridiculous or righteous is a subject that still divides Quebecers. Many feel strongly one way or the other. Some in the centre recognize (and even regret) its oppressive overtones while contending that there were linguistic imbalances worth correcting when the charter was established in 1977.
But the application of the law in the 21st century strikes us as almost exclusively ridiculous. Infractions now involve "push" inscriptions on trash cans and English greeting from barkeeps in overwhelmingly English-speaking saloons. The tongue troopers are no longer protecting French from decline, let alone extinction. They are fighting a battle that has already been won - indeed, a battle that never existed in Richmond. Anglophone Richmondites, like anglophone Quebecers, are now divided mostly between those who speak French well and those who wish they spoke it better.
Of course, the national question transcends language. It cannot be said that quiet little Richmond has kept its name out of the papers entirely. Last November members of the local Canadian Legion branch requested - as do Legionnaires everywhere in Canada - Canadian flags from their MP for Remembrance Day. Andre Bellavance of the Bloc Quebecois huffed and puffed and refused. Given the timing, this Office order (activated, like all such orders, by an anonymous complaint) looks suspiciously like payback.
Nevertheless, the law is the law, so the municipal authorities in Richmond will comply, while the citizens, anglophone and francophone, fume about the interference of a remote and ruthless government agency in their peaceful everyday lives.
Can we hope for more sense from the Office and less nonsense? Probably not. It is a fact of political life for the Jean Charest Liberals that as federalists (and a party in the approval doldrums) they cannot afford to look soft on language. As for the Office, it will continue to enforce trivial and vindictive complaints for a very simple reason: French is stronger than ever in Quebec, so they have nothing else to do.

«Nouveau souffle» à l'Office de la langue française
Discret changement de garde à la direction
Marie-Andrée Chouinard
Le Devoir mardi 28 juin 2005
Les changements de garde se succèdent à la tête des organismes gouvernementaux: après Télé-Québec, c'est au tour de l'Office de la langue française de faire peau neuve, comme l'a décrété le Conseil des ministres la semaine dernière.
Nicole René doit en effet céder son poste à France Boucher, actuelle sous-ministre adjointe à la Culture et aux Communications, afin de donner un «nouveau souffle» à l'organisme rempart de la langue française.
Passée sous silence à la veille des festivités de la Saint-Jean-Baptiste, cette nomination a été dévoilée jeudi dernier par le Conseil des ministres, tout comme celle de Michèle Fortin, qui prendra les rênes de Télé-Québec à compter de la semaine prochaine.
«Le départ de Mme René est associé à un nouveau souffle à la direction de l'Office québécois de la langue française», a indiqué hier Véronik Aubry, attachée de presse de la ministre Line Beauchamp, qui est responsable de la Charte de la langue française. «Pour ce gouvernement, la langue française est une priorité, et la nomination de Mme Boucher confirme l'importance de ce dossier», a indiqué la porte-parole, sans toutefois préciser la nature du «nouveau souffle» souhaité.
Mme René, à qui il a été impossible de parler hier ni non plus à qui que ce soit à l'Office de la langue française, occupait ce poste depuis une dizaine d'années déjà.
En coulisses hier, on s'interrogeait discrètement sur ce changement de garde, qui suit l'annonce publique du départ de Mme Beaugrand-Champagne à la tête de Télé-Québec. Celui-ci a été une surprise pour la principale intéressée et n'a pas donné lieu, semble-t-il, à des explications gouvernementales.
La successeure de Mme René, France Boucher, est actuellement sous-ministre adjointe au développement régional et à la muséologie pour le ministère de la Culture et des Communications, un poste qu'elle occupe depuis 2004, après avoir été vice-présidente de la Commission de protection du territoire agricole du Québec.
Mme Boucher, âgée de 44 ans, a également traversé le ministère des Régions, le Secrétariat au développement des régions et celui du Conseil exécutif à titre de sous-ministre adjointe. Ses entrées dans la haute fonction publique avaient été précédées par un séjour comme directrice de cabinet du président de l'Assemblée nationale, Jean-Pierre Saintonge de 1989 à 1994. Elle est aussi la fille de l'ex-mairesse de Sainte-Foy, Andrée Boucher.
Mme Boucher dirigera aussi par intérim la Commission de toponymie.

Libérez-nous de la grammaire!
Valérie Lessard
Le Droit mercredi 29 juin 2005
Les Chiens sales qui chantent Va donc chier à satiété, envoyant valser les bonnes manières et tout vocabulaire. La Chicane qui parle de ses «erreurs les plus pires». Les Loco Locass qui sacrent, comme bien d'autres artistes québécois l'ont fait avant eux.
Le français est souvent malmené dans les chansons. Que penser d'un titre tournant à la radio qui reprend à chaque refrain une ou des fautes de grammaire? Est-ce la responsabilité de l'artiste d'écrire et de chanter dans une langue soutenue? L'utilisation du joual ou d'un vocabulaire plus familier n'est-elle pas plutôt le reflet de la société d'aujourd'hui?
Marie-Chantal Toupin a connu le succès avec des pièces telle Toé et moé. Quand elle chante que «Toé c'est moé pis moé c'est toé», la blonde interprète le fait avec son coeur, sans se soucier de rendre un texte dans un français soutenu. «La qualité du français, ce n'est pas la première chose à laquelle je m'attarde, décrète-t-elle. Je fonctionne par coup de coeur. Il faut qu'il y ait une émotion qui passe, et si la rime c'est «toé c'est moé», je la prends pareil!»
Pour France D'Amour, ce qui importe, c'est que l'artiste reste vrai dans ce qu'il ou elle essaie de transmettre au public. Si l'auteure-compositrice-interprète aime la façon qu'a un Daniel Boucher de «s'approprier la langue pour en faire ressortir tous les accents», par exemple, elle apprécie moins que, par «paresse» intellectuelle, par manque d'amour du français et de la poésie, on tue l'émotion dans une chanson au profit de ce qu'elle qualifie d'opportunisme, qui «n'a plus rien à voir avec la beauté de créer et le besoin de communiquer».
«C'est la chanson qui m'a donné le goût de la beauté de la langue française, raconte France D'Amour. Plus jeune, quand j'étudiais la musique, je n'écrivais pas mes textes. Il faut dire que personne dans ma famille ne m'a transmis cette passion pour la langue. Mais plus ça va, plus j'écris, plus j'ai envie de puiser dans cette richesse pour parler aux gens.»
Selon elle, il faut toutefois avoir la motivation personnelle pour le faire. Une discipline qu'Andrée Watters s'applique à respecter quand vient le temps de prendre la plume.
«Étant la fille de deux enseignants, la qualité du français, c'est primordial pour moi ! lance Andrée Watters. J'écris mes chansons avec mon Bescherelle et mon dictionnaire tout près. Sur mon album À travers, on retrouve deux «y'a», et non «il y a»... Et ça, c'est le plus loin que j'accepte d'aller ! Mais, même si c'est très important pour moi, j'adore écouter du Vincent Vallière ou du Marie-Chantal Toupin. Même s'ils s'expriment en joual, ça ne m'agace pas. L'important, c'est que le style colle à la peau.»
«L'artiste doit être libre, y compris de la grammaire! Le but d'une chanson, ce n'est pas d'enseigner le français, c'est de toucher, de provoquer, d'étonner les gens», soutient Biz, des Loco Locass, citant Victor Hugo, qui, lui, disait qu'«en poésie, tout a droit de cité».
«Le poète est transgression, aventure, innovation, souligne le poète, rocker et enseignant de littérature au secondaire Lucien Francoeur. Il se permet des expériences, des aventures linguistiques, comme Clémence DesRochers avec Le monde sont drôle. Rimbaud, déjà, utilisait des termes empruntés à l'anglais dans Being Beauteous. C'est le travail du poète de transgresser la langue, mais ça ne veut pas dire qu'il doit être imité. Ça, c'est le rôle du professeur.»
«Le problème de la langue, c'est du trompe-l'oeil, prétend Plume Latraverse. Ma génération, si on a tout envoyé promener dans les années 1960 et 1970, y compris la langue, cétait contre la religion, son autorité et le français appris à coups de règle sur les doigts. Juste avant, on avait eu un envahissement de chanteurs français. On s'est battu pour revendiquer le droit de chanter librement. Cela dit, moi, j'ai toujours fait attention à la qualité de la langue: mes albums sont moitié-moitié (50 % de textes parsemés de joual et de québécismes, 50 % en français «correct»). Alors si les jeunes ont de la difficulté à enligner trois phrases sans faire de faute, je ne pense pas être responsable.»
Manque de vocabulaire ou manque d'idées?
«Si tu travailles avec 400 mots de vocabulaire, ça finira évidemment par paraître, reconnaît Biz. Et, pour déconstruire, il faut quand même savoir construire. On utilise des anglicismes, des sacres, du slang dans nos chansons. Mais j'utilise aussi le dictionnaire pour écrire mes textes et ça ne me dérange pas que les jeunes qui nous écoutent aient à fouiller dans le leur pour apprendre qui est Gaston Miron, par exemple. J'appelle ça du dommage collatéral. Oui, on a l'idée de niveler vers le haut, mais on ne prétend pas pour autant être des pédagogues.»
«Les jeunes n'ont plus de base, aujourd'hui! C'est déplorable! Ça n'a pas de bon sens! s'insurge pour sa part Jean-Pierre Ferland avec véhémence. J'ai appris à écrire avec Ferré, Brel, Aznavour, Verlaine, Rimbaud. Je me suis permis d'être plus loose avec le français après avoir bien assimilé la base. Par exemple, Une chance qu'on s'a : on sait que ça ne se dit pas, que, techniquement, c'est une erreur, mais on comprend que c'est comme un cri du coeur et on le prend comme tel.»
S'il déplore le manque de vocabulaire de certains, Jean-Pierre Ferland dénonce encore plus vertement «la pauvreté de la pensée». «J'ai accompagné les amoureux toute leur vie. Certains ont même appris à se parler d'amour avec mes chansons, mais qu'est-ce qu'ils apprennent aujourd'hui? se demande-t-il. Hawaïenne ou Toé et moé, ça pogne auprès de ceux qui parlent comme ça et ça m'enrage qu'on ne leur offre pas mieux.»
«Il faut arrêter de prendre les gens pour des cons ! s'exclame de son côté Pierre Lapointe, à qui on a d'ailleurs voulu faire porter le flambeau du français soutenu. Je suis très content que mes chansons tournent à la radio commerciale, puisque je touche à un public qui, autrement, n'aurait pas connu mon matériel. Si la personne qui écoute CKOI achète mon disque parce qu'elle a entendu une de mes pièces à la radio, ça me permet de l'emmener ailleurs, de lui faire découvrir autre chose. Quand la musique est vraie, on ne se pose pas de question.»
Reportage réalisé avec la collaboration de Geneviève Turcot et d'Yves Bergeras
