Pour une candidature de gauche dans la course à la chefferie du Parti Québécois

Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 143, 10 juin 2005

La course à la chefferie du Parti Québécois ouvre une extraordinaire fenêtre à la gauche souverainiste québécoise pour présenter à la population son projet de société et ses positions sur la démarche référendaire.

L’adoption par le congrès du Parti Québécois du concept de club politique dans ses statuts est porteuse d’une modification fondamentale du fonctionnement et de la culture récente de ce parti.

Désormais, le Parti Québécois se déclare prêt à accueillir dans ses rangs l’expression de points de vue divergents. Avec les clubs politiques, le Parti Québécois a le potentiel de redevenir le grand parti de la coalition souverainiste qu’il était à ses origines.

Rappelons qu’en vertu des nouveaux statuts, un groupe « de militantes et de militants pour la souveraineté qui veulent mettre en évidence et promouvoir l’expression politique d’une perspective spécifique qu’ils jugent importante » pourront fonder un club politique qui aura une représentation officielle dans les différentes instances du parti. Le SPQ Libre, qui est à l’origine de ce nouveau concept de club politique, déposera incessamment une demande de reconnaissance formelle.

Dans cette nouvelle perspective, il est tout à fait logique que le courant progressiste et syndicaliste présente une candidature dans la prochaine course à la chefferie pour profiter de toutes les tribunes pour débattre avec les autres candidates et candidats de l’avenir du Québec.

Cela est d’autant plus important que l’élection du nouveau chef se fera au suffrage universel de tous les membres du Parti Québécois. La campagne électorale sera donc l’occasion d’une vaste opération de recrutement de nouveaux membres par chaque candidate et candidat. La gauche ne peut rater pareille occasion de renforcer la tendance progressiste et syndicaliste à l’intérieur du Parti Québécois.

De plus, une candidature devant récolter 50% des voix plus une pour être déclarée élue, la campagne électorale pourra être l’occasion d’alliances entre différents candidats. Nous ne connaissons pas encore les règles qui prévaudront, mais il est fort probable - comme ce fut le cas lors de l’élection de Pierre-Marc Johnson et plus récemment de Gilles Duceppe au Bloc - que les électeurs et les électrices devront cocher un deuxième et un troisième choix sur le bulletin de vote en prévision de la situation où aucun des candidats n’obtiendrait la majorité absolue au premier tour.

Dans ces conditions, une candidature de la gauche, même si elle ne pouvait prétendre à la victoire, pourrait détenir la balance du pouvoir dans le cas où aucune candidature ne rallierait d’emblée une majorité. Une éventualité fort plausible dans le contexte actuel. La gauche pourrait alors négocier son appui à telle ou telle candidature placée en meilleure position en demandant, par exemple, à ses supporteurs d’inscrire le nom de cette candidature comme deuxième choix sur leur bulletin de votes. Bien entendu, la gauche négocierait en échange de cet appui des avantages pour le courant qu’elle représente.

Déjà, l’adoption par les membres du Parti Québécois d’un programme éminemment progressiste et des statuts qui jettent les bases nécessaires pour la formation de la grande coalition souverainiste nécessaire pour battre le gouvernement Charest et remporter le référendum sur la souveraineté étaient suffisantes pour interpeller l’ensemble de la gauche québécoise, tant celle à l’extérieure qu’à l’intérieur du Parti Québécois, et l’inciter à réévaluer attentivement la situation.

Le déclenchement d’une course à la chefferie et les conditions démocratiques dans laquelle cette élection se tiendra rend cet examen encore plus essentiel et incontournable.

La gauche québécoise est à la croisée des chemins. Elle ne peut rater ce rendez-vous historique, sous peine de se marginaliser complètement pour de longues années.




Le syndrome de Duplessis

Félix-Antoine Joli-Coeur, Montréal
Le Devoir vendredi 10 juin 2005

Libre opinion: La démission-surprise de Bernard Landry a été accueillie avec la plus grande stupéfaction. Humilié par son propre parti, celui qui s'est fait une place importante dans l'histoire de notre nation a vite recueilli la sympathie populaire. C'est ainsi que nous avons vu se multiplier les remarques condamnant le Parti québécois et plus particulièrement ses membres qui ont refusé d'entendre les appels au ralliement lancés par ceux qui, hier encore, montraient ouvertement la sortie à leur chef.

Bernard Landry est un grand homme. Il n'en demeure pas moins que le moment de quitter était venu. À la suite des dernières élections, tous s'attendaient à ce qu'il offre sa démission. Certains journalistes écrivaient même qu'il existait une entente entre Pauline Marois et Bernard Landry, ce dernier ayant prétendument monnayé son «couronnement» à la tête du PQ contre la promesse de quitter son poste après un seul mandat au pouvoir ou encore sur-le-champ s'il perdait les élections. Or, depuis lors, M. Landry disait vouloir rester parce qu'aucune candidature ne lui paraissait valoir sa propre personne et qu'aucun René Lévesque n'apparaissait sur son écran radar.

Paradoxalement, je crois que c'est la longévité de nos politiciens qui explique en grande partie le prétendu manque de relève. Quelle ne serait pas la surprise de René Lévesque de s'apercevoir que ses collaborateurs tiennent encore aujourd'hui le haut du pavé ! Peut-être croirait-il même qu'avoir été ministre dans son cabinet est un préalable pour accéder à la présidence de son parti (il y a bien sûr eu Lucien Bouchard, mais les «vrais» péquistes disent qu'il s'agissait d'une erreur).

Sorties ratées

Évidemment, cela n'est pas propre au Parti québécois. Le pouvoir semble avoir une influence délétère sur ceux qui l'exercent. Je suis même porté à croire que parmi les centaines d'articles et d'ouvrages politiques que j'ai lus, c'est l'épopée fantastique de J. R. R. Tolkien qui décrit le mieux la nature du pouvoir politique en l'incarnant par un anneau qui fait dépérir ceux qui le portent.

Ainsi, on ne compte plus ceux à qui on a dû montrer la porte avec insistance. Jean Chrétien en est peut-être la démonstration la plus illustre. Plus loin dans l'histoire, on dit que René Lévesque souffrait littéralement de surmenage lors des derniers mois de son dernier mandat et que certains députés cherchaient à voir s'il existait une forme d'impeachment pour qu'on l'expulse de son siège.

En fait, on ne compte plus les sorties ratées chez les grands politiciens. Et cette obstination à vouloir rester, envers et contre tous, représente à mes yeux le plus grand obstacle au renouvellement de notre classe politique.

L'expérience et la sagesse doivent demeurer dans nos instances politiques. Il est souhaitable que, parmi nos représentants, nous retrouvions des doyens qui portent notre mémoire. Mais il me semble que nous devrions nous battre contre la sclérose lorsqu'il s'agit des postes de dirigeant.

Mandats limités

Pourquoi ne pas enchâsser dans la Constitution une disposition limitant à deux le nombre de mandats que peut accomplir un premier ministre, voire un maire ? Et pourquoi ne pas enchâsser dans la pratique qu'un chef politique doit obligatoirement remettre son poste en jeu s'il perd ses élections ? Ceux qui s'intéressent au service public seraient ainsi assurés que la roue tourne et qu'elle continuera à tourner, leur offrant ainsi la chance d'espérer un jour occuper le poste de chef.

D'ici là, loin de voir une crise au sein Parti québécois, les événements-surprises ayant mené à la démission de Bernard Landry me font espérer un renouveau de la classe politique québécoise. Peut-être que, dans deux ans, le Québec sera pour la première fois dirigé par une femme ou par une personne issue de l'immigration ?

Dans tous les cas, souhaitons une heureuse retraite politique à M. Landry, qui n'aura pas eu la mauvaise idée de s'accrocher encore plus longtemps. Et laissons à Duplessis ce qui appartient à Duplessis, à savoir son triste record de cinq mandats à la tête du gouvernement.




Bernard Landry ruined my game

Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen, Thursday June 9, 2005

Please, look the other way. I’m not done climbing out of the hole I dug for myself with last week’s column. Yes, the golf was mostly fun, thanks. Especially the chip out of the sand trap straight into the cup. But did Bernard Landry really have to ruin my otherwise pleasant weekend?

His resignation from the leadership of the Parti Québécois (and his VerchPres seat in Quebec’s National Assembly) was utterly unpredictable. Nobody saw it coming. Phew. For once I’m happy to be with the crowd. We all thought he’d sail through the leadership review at the PQ national convention. And while Mr. Landry did get the lowest approval score in his party’s history, 76.2 per cent, it was only marginally lower than Lucien Bouchard’s 76.7 per cent in 1996. As I’m sure you remember, Mr. Bouchard lingered as premier long after that; we were stuck with him until he resigned in January 2001.

Mr. Landry had evidently decided he needed at least 80 per cent to remain as leader. If only a few dozen of the 1,500 or so delegates at the convention had voted for him, we wouldn’t be discussing any of this, and I’d probably be writing about how Quebec’s day-care strike is a strong argument against Ken Dryden’s national day-care nightmare – er, I mean plan. But they didn’t, and here we are.

If you’re waiting for me to start saying nice things about the departed leader, as so many have been doing since Saturday night, you’re out of luck. Not because I am seized with an overwhelming desire to be ungracious, but because I’m still scratching my head over what strikes me as an obvious puzzle: Why did he do it?

Mr. Landry had been fighting tooth and nail to remain at the helm of the PQ since the party’s electoral defeat over two years ago, despite incessant demands from many a different faction that he move aside. Opinion poll after opinion poll showed he didn’t exactly enthuse the masses. Most Quebecers, and most PQ members, thought other people (hello, Gilles Duceppe) would do a better job than Mr. Landry, even given Premier Jean Charest’s spectacular lack of popularity. A recent CROP survey showed 77 per cent of Quebecers are dissatisfied with Mr. Charest. Awful. But Mr. Landry didn’t do a whole lot better, with 49 per cent unhappy with his performance.

Despite all this, he was holding on. I can’t tell you how many times, over the last two years, Mr. Landry insisted he was the best person to lead the PQ back to power and the province to nationhood. That he’d leave if he became convinced somebody else would do better. He had managed to squash the leadership ambitions of his two main rivals, Pauline Marois and François Legault, gaining their support mere weeks ago. And now, out of the blue, he resigns?

In his speech Saturday night, Mr. Landry explained that while it broke his heart to leave that way, he was "doing it in the national interest. I am doing it out of respect for democracy. I would have needed a level of support that is much higher. Nobody is irreplaceable." I don’t mean to shock you, but not everything politicians say is completely true and straightforward.

His departure had a strong odour of aprPs moi, le déluge. As though, miffed at not being appreciated as he thought he deserved to be, he’d punish the offenders by making it harder for them to benefit from the current momentum in the party’s favour. The provincial Liberals are extremely unpopular, the federal Liberals are in an even worse position in Quebec thanks to the Gomery inquiry, the Bloc Québécois is in great shape, and public opinion in favour of Quebec sovereignty is rising. A leadership race is the last thing the PQ needed, and that’s exactly what Mr. Landry just caused. As a bonus, he’s creating an impossible situation for Mr. Duceppe, and giving Federal Transport Minister and Paul Martin’s Quebec lieutenant Jean Lapierre reason to smile for the first time in a long while. Why, if Gilles Duceppe goes to Quebec City, as most people believe will happen, then proceeds to show, B la Lucien Bouchard or Jean Charest, that saviours have a tendency to be disappointing, it will hurt both the Bloc and the PQ and benefit the Liberals.

Bernard Landry has always been obsessed with history, and with his place in it. My guess is, he was offered a splendid opportunity to improve his future ranking by sabotaging his successor’s chances, and he took it. And, while I was out looking for birdies, served me a big helping of crow.